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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 15:15

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Les murs, une barrière criminelle sur la trajectoire des réfugiés : l'exemple grec

|  Par Amélie Poinssot

 

 

 

Plus de quatre-vingts personnes sont mortes noyées ces dix derniers jours au large des îles grecques. De nombreuses voix à Athènes en appellent à ouvrir le mur de l'Evros, érigé fin 2013 par le gouvernement de droite de Samaras sur les 12 km de frontière terrestre qui séparent la Grèce de la Turquie. À l'heure où plusieurs pays d'Europe centrale tentent de fermer leurs frontières, le cas grec met en évidence les conséquences criminelles de telles barrières.

 

 

 

Le décompte est macabre. Quatre morts le 2 novembre, au large de l'îlot de Farmakonissi. Onze morts, dont six enfants, la veille, au large de l'île de Samos. Vingt-deux corps repêchés au large de Kalymnos et de Rhodes le 30 octobre. Quarante-deux décès dans le naufrage d'une embarcation transportant plus de 300 personnes au large de Lesbos le 28 octobre. Trois corps retrouvés, dont deux enfants, mais aussi sept disparus, le 25 octobre, au large de Lesbos… Ces dix derniers jours, les naufrages des embarcations précaires de migrants qui s'engagent dans la traversée des côtes turques vers les terres grecques sont devenus pratiquement quotidiens, venant alourdir un nombre de morts en Méditerranée qui a déjà battu un triste record : près de 3 000 personnes ont perdu la vie en tentant une traversée vers le continent européen depuis début 2015.

La situation sur l'archipel hellène, si elle n'était déjà humainement tragique, aurait un aspect absurde. Seuls quelques kilomètres séparent les îles grecques les plus orientales des côtes turques – parfois même moins : entre Samos et la Turquie, 1 200 mètres à peine… Pour les touristes munis de passeports européens, le voyage, en toute sécurité, ne coûte que quelques euros. Pour ces hommes, ces femmes et ces enfants qui fuient un pays en guerre ou des conditions de vie devenues trop dangereuses, en provenance de Syrie, d'Afghanistan, d'Irak ou d'Iran, la traversée peut coûter jusqu'à 3 000 euros (comme en témoigne notamment ce récit par Carine Fouteau, qui retrace le parcours d'un réfugié syrien, de Hama à Solo). Une traversée où ils mettent leur vie en jeu, entassés à plusieurs dizaines sur des pneumatiques, beaucoup ne sachant pas nager.

La Grèce a toujours été une porte d'entrée dans l'Union européenne : ses îles, proches des côtes turques, ont toujours vu passer des migrants. Mais la situation s'est considérablement aggravée ces deux dernières années et le bilan humain n'a jamais été aussi lourd. Cela ne tient pas seulement à l'ampleur du flux actuel, sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et en constante augmentation (le mois d'octobre a présenté un nouveau pic pour la Grèce, qui a vu arriver plus de 200 000 personnes d'après l'Organisation internationale des migrations). Ce phénomène est lié, aussi, au changement de parcours migratoire, la route des îles étant la seule encore possible en Grèce, et la plus dangereuse de toutes, en particulier lorsque les vents se lèvent sur la mer Égée, comme c'est le cas en ce moment.

 

La main d'un homme échoué sur l'île de Lesbos, le 31 octobre 2015.
La main d'un homme échoué sur l'île de Lesbos, le 31 octobre 2015. © Reuters
 

Car depuis deux ans, une barrière construite à la limite nord-est de la Grèce, le long des 12 kilomètres de frontière terrestre qui la séparent de la Turquie, au détour d'un méandre de l'Evros – le fleuve frontalier –, a fermé la route plus sûre que constituait, pour les migrants, cette entrée dans l'Union européenne (UE) par une simple traversée à pied (que Mediapart avait raconté, déjà, début 2011). Érigé sous le gouvernement Samaras (droite conservatrice), en dépit de l'avis critique de Bruxelles et sans argent européen, ce mur de barbelés, désormais étroitement surveillé avec l'aide de Frontex, a eu l'effet exactement contraire de celui escompté : loin de limiter les entrées en Grèce, sa construction a provoqué un déplacement de la route migratoire vers les îles. Multipliant, par là même, le nombre de morts et de traversées périlleuses.

À l'heure où plusieurs gouvernements d'Europe centrale envisagent d'ériger de nouveaux murs, l'exemple grec devrait faire réfléchir. Après la Hongrie de Orban, qui a fait construire un mur de 175 km à sa frontière avec la Serbie et souhaite désormais installer de nouvelles clôtures à ses frontières avec la Roumanie et la Croatie (voir notamment l'interview accordée par Viktor Orban au Figaro, le 16 septembre dernier), c'est au tour de l'Autriche de vouloir construire une barrière sur sa frontière avec la Slovénie. Ce serait une première : la fermeture d'une frontière au sein même de l'espace Schengen. De son côté, le premier ministre slovène s'est dit prêt à édifier une clôture entre son pays et sa voisine croate… Or – c'est une évidence rappelée régulièrement par les ONG et les associations d'aide aux migrants –, un mur n'a jamais empêché un migrant fuyant la guerre de poursuivre sa route.

En Grèce, on ne compte plus ces derniers jours les voix qui s'élèvent pour « ouvrir » le mur de l'Evros. Il y a eu notamment, ce week-end, le cri de colère d'Aris Messinis, photographe grec employé par l'Agence France-Presse à Athènes, qui se trouve régulièrement sur les îles pour couvrir ces arrivées sans précédent et les élans de solidarité qui les entourent. Mais la solidarité ne suffit pas, dit-il, face à la tragédie. « À Lesbos, nous vivons une deuxième Syrie, a-t-il déclaré dans une interview au site grec indépendant Press Publica, qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. L’État, notre État de gauche, n'existe pas. Il laisse les bénévoles et les pêcheurs sortir les hommes des vagues. La seule chose que fait notre État de gauche c'est de twitter, à travers le compte Tweeter du premier ministre, sur l'Europe qu'il souhaite. L'Europe, soi-disant, de la solidarité et de l'humanisme. » Le photographe n'a pas de mots assez durs pour décrire la réalité qu'il tente de saisir avec son appareil. « Je suis père… et je vois devant moi des enfants qui se noient. […] J'ai couvert des guerres et j'ai vu des enfants morts. Mais ce qui se passe ici n'a pas de précédent. Ils sont comme des moutons à l'abattoir. » Alors que la barrière de l'Evros reste, pour l'heure, complètement hermétique, Aris Messinis déclare : « Qu'ils ouvrent au moins une porte, afin de les laisser passer, goutte à goutte. C'est seulement comme ça que les noyades s'arrêteront et que le contrôle voulu pourra fonctionner. »

 

« Barrière de la honte »

La question du mur de l'Evros est pourtant ouvertement posée par de nombreux acteurs sur le terrain. Plusieurs associations militent pour son démantèlement, et même des institutions, comme la région Égée du Nord. À Kastanies, la commune la plus proche de cette frontière terrestre avec la Turquie voisine, le collectif « Stop Evros Wall » a organisé ce samedi 31 octobre une manifestation qui a rassemblé des centaines de personnes, dont une bonne partie venue de Thessalonique pour l'occasion. Parallèlement, la commission « droits de l'homme » de Syriza, rappelant opportunément que la Grèce a été le premier pays en Europe à ériger un mur face aux flux migratoires, a demandé l'ouverture de cette « barrière de la honte » et l'organisation d'un passage sécurisé pour les réfugiés.

Mais au niveau gouvernemental, rien ne bouge pour l'instant et la position de l'exécutif Tsipras, à rebours de son parti, tient de la schizophrénie. Le premier ministre a bien fustigé, dans son discours devant la Vouli, la semaine dernière, l'« hypocrisie » européenne et condamné ces pays qui « adoptent la logique de construction de murs et de fils barbelés sur les frontières pour empêcher les migrants de passer leurs frontières »… Mais il n'a pas dit un mot sur la frontière nord-est du pays. Dans l'opposition au moment de la construction du mur, en 2012, les députés Syriza étaient pourtant les premiers à s'opposer à cette politique de fermeture et de répression à l'égard des migrants…

 

La barrière de l'Evros, au moment de sa construction, en 2012.
La barrière de l'Evros, au moment de sa construction, en 2012. © Archives Reuters
 

Le Journal des rédacteurs (Ephimerida ton syntakton, quotidien grec partenaire de l'opération #OpenEurope), a posé la question aux trois membres du gouvernement compétents sur ce sujet : le ministre délégué à la politique migratoire, celui délégué à la protection du citoyen (équivalent du ministre français de l'intérieur) et le ministre de la marine. Dans son numéro du 2 novembre, les trois répondent, écartant l'éventualité d'une ouverture à court terme et renvoyant la balle aux institutions européennes. Pour le premier, Nikos Mouzalas, « la question de démanteler le mur repose sur une base politique et idéologique juste. […] Nous l'écoutons avec grand respect et attention. Je me retrouverais probablement davantage dans le slogan “aucun mur nulle part”, mais je ne veux pas imposer à la mobilisation ses termes. Toutefois, dans la conjoncture actuelle, les conditions ne sont pas réunies pour que le démantèlement du mur conduise à un résultat positif ; au contraire, le risque est que cela renforce les problèmes pour les réfugiés comme pour la Grèce ».

Le ministre rappelle ainsi qu'il y a eu de nombreux morts lorsque les migrants empruntaient la route de l'Evros, les années précédentes. Ce n'est pas faux, mais il fait la confusion entre la traversée par le fleuve Evros, effectivement très meurtrière, et la traversée, à pied, par la frontière terrestre qui, elle, ne présentait pas de danger objectif. « La question n'est pas de ne pas avoir de morts en mer Égée et d'en avoir dans la région de l'Evros. La question est celle de la nécessité d'avoir une politique européenne de responsabilité commune, qui comprenne un accord avec la Turquie afin de réduire le flux, et que les autres pays cessent de construire des murs et d'alterner ouverture/fermeture des frontières. »

Pour Nikos Toskas, le ministre délégué à la protection du citoyen, le mur à la frontière gréco-turque ne joue tout simplement « aucun rôle ». Le ministre de la marine Theodoris Dritsas, quant à lui, exprime, comme Mouzalas, son opposition aux murs en général, mais l'impossibilité de s'attaquer à celui-ci en particulier. « Les barrières sont la preuve d'un manque de stratégie et la seule chose qu'elles font est de confirmer de manière criminelle les égoïsmes nationaux. […] Les tragédies dans les eaux de la mer Égée, mais aussi sur toutes les routes migratoires terrestres, nous imposent d'avoir une stratégie d'ensemble. »

Autre problème soulevé par ces ministres : pour gérer au mieux cette frontière, la Grèce et l'Union européenne doivent établir un nouvel accord avec la Turquie. Bruxelles a promis à Ankara un chèque de 3 milliards d'euros pour l'aider à contenir le flux vers l'UE et à accueillir les migrants à l'intérieur de ses frontières. Mais dans un contexte de relations gelées entre l'Union et la Turquie et d'un durcissement autoritaire du président Recep Tayyip Erdogan, dont le pouvoir vient d'être confirmé avec le succès de son parti, l'AKP, aux élections, la coopération sur ce dossier s'annonce des plus difficiles. Et pour ne pas faciliter les choses, la Grèce et la Turquie, vieilles sœurs ennemies, comptent entre elles de nombreux contentieux, parmi lesquels la répartition des eaux territoriales au large des côtes turques… Les réfugiés ne sont pas seulement victimes de conflits dans leurs pays. Ils sont aussi, dans leur tentative d'entrer en Europe, pris dans le filet d'enjeux géopolitiques qui les dépassent complètement.

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 14:56

 

Source : http://www.tlaxcala-int.org

 

 

 

Flanby va faire ses courses au Taipedistan
Coup de dent N° 154
 

   
Ayman El Kayman Αϋμαν Eλ Καϋμάν أيمن الكايمان
 

 

Flanby* débarque ce jeudi à Athènes, accompagné de 70 patrons des plus grands groupes capitalistes français, pour profiter des Grandes Soldes automne-hiver du plus grand dépôt de sorties d'usines d'Europe, TAIPEDISTAN  SARTL (Société à responsabilité TRÈS limitée). C'est ce qu'est devenu le pays qu'on appelait la Grèce.

Le TAIPED est un machin qui gagne à être connu. C'est  l'acronyme du Ταμείο Αξιοποίησης Ιδιωτικής Περιουσίας του Δημοσίου (Tameio Axiopoieses Idiotikes Periousias tou Demosiou), en anglais Hellenic Republic Asset Development Fund, autrement dit le Fonds de développement du patrimoine de la république hellénique. Drôle de "développement". En fait c'est l'Office de liquidation de la Grèce, mis en place en 2011 pour brader tout ce qui peut l'être. Cet organisme est privé. Il a établi la liste de tout ce qui peut être vendu en Grèce, des plages et îles aux zones vertes classées Natura 2000 en passant par les entreprises publiques d'énergie, de transport etc. Le tout bradé pour trente fois rien. Les Allemands ont déjà commencé à se servir, comme les Chinois et les Qataris, les Français ne doivent donc pas traîner s'ils veulent faire de bonnes affaires, histoire d'oublier la tragi-comédie d'Air France-KLM.
 

 
En fait, tous ces achats ne coûteront pratiquement rien aux acheteurs puisqu'ils récupèreront l'argent déboursé via les remboursements de la dette grecque aux banques françaises, allemandes etc., permis par ces ventes. Donc, vous avez bien compris : les banques européennes ont prêté de l'argent à la Grèce pour acheter des milliards de choses très utiles (armes, métro d'Athènes, Cité Olympique) aux entreprises contrôlées par ces banques. Pour les rembourser, la Grèce se livre à un strip-tease intégral et leur vend tout ce qui peut être vendu, et même ce qui, légalement, logiquement, moralement, ne pourrait pas être vendu. Bref, pour rembourser une dette odieuse, illégale et illégitime, des actes de vente illégaux, illégitimes, et odieux.
 
Conclusions ? Vive la Gauche radicale grecque ! Vive l'Internationale socialconservatolibérale !
 

PS: Y avait-il une alternative pour la Grèce ? Bien sûr, et très simple. Voilà mon Plan Z: 

La Grèce a une dette d'environ 300 milliards d'euros. De son côté l'Allemagne a une dette envers la Grèce d'au moins la moitié, soit 150 milliards, si on met ensemble tous les dégâts provoqués par l'occupation allemande de la Grèce :
-100 000 morts de famine
-50 000 prisonniers de guerre
- 20 000 travailleurs forcés
 -48 500 Juifs déportés de Salonique à Auschwitz (auxquels la Reichsbahn, ancêtre de la Bundesbahn, fit payer leur billet de train, inventant ainsi la déportation payante)
-6 000 massacres de civils,
-Sans oublier le vol de l'or et des devises de la Banque de Grèce, qualifié d' "emprunt" (avec un pistolet sur la tempe du directeur).
Donc, l'Allemagne et la Grèce pouvaient se mettre d'accord pour remettre les compteurs à zéro : je ne te dois plus rien, tu ne me dois plus rien. Resterait une petite centaine de milliards à régler. La Grèce pourrait vendre le copyright sur l'ensemble de ses sites historiques, de l'Acropole, Salamine et Marathon au Mont Athos, aux NR (Nouveaux Riches) de la planète, je veux parler des camarades chinois, qui nagent dans le fric. Pour 100 milliards, les Chinois pourraient reproduire, aux dimensions de leur choix, tous ces sites et les ouvrir au tourisme chinois, indien et brésilien. Et voilà! Il est pas beau, mon plan Z ?

AeK, pépiniériste de plans X, Y, Z

Note
*Flanby (de l'anglais "flabby", flasque) est une marque commerciale française de flan au caramel industriel commercialisée par Lactalis Nestlé. C'est Arnaud Montebourg qui, en 2003, a lancé cette comparaison restée célèbre dans les couloirs de l'Assemblée nationale : "Hollande, c'est Flanby". Le dessert est connu pour son aspect flageolant, mais il reprend toujours sa forme initiale, même secoué dans tous les sens. Pour ma part, je préfère pour l'automate ectoplasmique de l'Élysée le surnom Gouda (prononcer "Khouda"), le nom du célèbre fromage batave, rose-rouge à l'extérieur et jaune pipi à l'intérieur.
 
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’Esprit soit avec vous !
…et à la prochaine !
 
Note de la traductrice grecque, Christine Cooreman
 
Sur le plan Z: 

Je saisis parfaitement la « touche » humoristique dudit plan Z. Je tiens toutefois à préciser que, tant pour moi que pour beaucoup d’autres Grecs, ce serait impensable de considérer comme solution à la crise grecque l’ « échange » de dettes. Procéder à une « compensation » entre la dette odieuse et illégale (telle que celle créée pour la Grèce à la suite des mémorandums -entre autres…) avec la dette de l’Allemagne envers la Grèce, qui comporte une dimension morale énorme, serait un véritable outrage à la mémoire de tous ceux qui ont lutté, qui ont souffert et qui sont morts sous l’occupation allemande.


 



Merci à Coups de dent-Chronique satirique hebdomadaire sur l'actualité de la Galaxie
Source: http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=16253
Date de parution de l'article original: 20/10/2015
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=16253

 

 

Source : http://www.tlaxcala-int.org

 

 

 

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 20:30

 

Source: http://cadtm.org

 

 

Quand Tsipras fait disparaître toute trace de ses contradicteurs !...

22 octobre par Yorgos Mitralias

 

 

 

Voici donc que le gouvernement Tsipras bis vient de résoudre deux de ses grands problèmes : celui de la dette publique et celui représenté par l’ex-présidente du Parlement grec, Zoe Konstantopoulou. Comment a-t-il fait pour réussir cet exploit ? Mais tout simplement, en effaçant pour toujours du site officiel du Parlement grec tout ce qui pourrait rappeler Zoe Konstantopoulou et ses initiatives durant sa brève présidence, dont la Commission pour la Vérité de la Dette Publique.

Face à cet impressionnant bond en arrière du gouvernement grec, qui nous ramène aux heures de gloire du stalinisme triomphant des années 30 |1|, mais aussi du maccarthisme le plus envahissant du début des années 50, on est en droit de se demander : est-ce que la dette publique grecque a pour autant disparu ? Et est-ce que Zoe Konstantopoulou a accepté sa défaite, et s’est décidée à ne plus dire la vérité et taire ses critiques au vitriol ?

La réponse est : non. L’astronomique dette publique grecque continue, imperturbable, sa marche en avant comme d’ailleurs Zoe Konstantopoulou, qui refuse de s’avouer vaincue. Alors, une question s’impose : vu que le nettoyage du site du Parlement des présences indésirables manque manifestement d’efficacité, pourquoi le successeur de Zoe Konstantopoulou, et ses amis, ont procédé de cette manière ? Que cherchaient-ils en réalité ?

La seule réponse possible est qu’en agissant ainsi, tout ce beau monde cherchait à envoyer un message, ou plutôt un signal, à quelqu’un. À qui ? Mais, évidemment, aux célèbres « partenaires européens » avec qui les nouvelles autorités grecques venaient de conclure un accord, qui est en même temps… l’unique programme du gouvernement Tsipras bis. Mais aussi à ceux d’en bas, grecs, pour qu’ils n’aient plus le moindre doute sur l’inéluctabilité de l’écrasement de toute résistance aux Memoranda et à leurs inspirateurs…

En somme, il s’agissait d’un acte hautement symbolique qui, ni plus ni moins, ambitionnait à effacer pour toujours de la mémoire collective des Grecs, non seulement toute trace d’une alternative à la politique des Memoranda, mais aussi, le nom même de celle qui a pu incarner cette alternative !

En réalité, l’acharnement de ces néophytes du néolibéralisme, contre ce qui pourrait s’identifier à leur mauvaise conscience, ne s’est pas limité à faire disparaître tout ce qui rappelait la brève présidence de Zoe Konstantopoulou. En effaçant aussi l’Appel de la campagne internationale de « soutien à la Commission pour la Vérité sur la Dette Publique et au droit des peuples à auditer les dettes publiques » |2|, ces apprentis sorciers de l’école stalinienne de la falsification ont voulu faire disparaître toute trace de ces 24 423 hommes et femmes venants de quatre coins du globe, qui ont – jusqu’à ce moment, car la collecte des signatures continue - manifesté leur appui actif à cette campagne ! En faisant de la sorte, ils n’ont pourtant démontré qu’une chose : leur total mépris pour ces milliers de gens de progrès, dont au moins 2000 professeurs d’université et économistes, qui ne voulaient que soutenir la Grèce contre ses bourreaux !

La prédilection des dirigeants de ce Syriza génétiquement modifié, pour les pires des méthodes administratives, ne peut pas étonner. En effet, bien avant leur spectaculaire capitulation, ils faisaient déjà attaquer violemment et vulgairement la Commission pour la Vérité de la Dette Publique par leurs médias spécialisés en basses besognes, sans pour autant oser la critiquer eux-mêmes, publiquement et sur le fond. D’ailleurs, jusqu’à maintenant, c’est en vain qu’on chercherait le moindre argument sorti de leur bouche contre l’audit citoyen de la dette publique…

En revanche, ces lâches ont toujours préféré les coups bas à la confrontation publique. Cyniques, et armés de l’arrogance du pouvoir, ils se permettent de se foutre royalement de ces dizaines de milliers de gens qui ont signé l’Appel de soutien à la Commission d’audit et qui ne leur sont d’aucune utilité, vu que ces illustres médiocrités se sentent à l’aise seulement en compagnie des « grands » de ce monde. C’est à eux que s’applique parfaitement ce que Jorge Semprun disait de Santiago Carrillo : « Toute sa vie il ne voulait qu’une seule chose, entrer dans les grands salons »…

Vivant dans l’insécurité permanente, et découvrant des ennemis même là où il n’y a que de simples militants qui s’interrogent, il n’est alors pas étonnant que ces adeptes d’un Machiavel au rabais fassent appel aux pires traditions staliniennes, afin de faire disparaître tout ce qui les dérange. Privés – heureusement – des moyens que l’oncle Joseph possédait en son temps, ils se contentent alors d’effacer tout ce qui témoigne de leurs trahisons et autres péchés, à l’instar des inquisiteurs staliniens qui faisaient disparaître par millions les vies, les noms, et même les visages de leurs compatriotes soviétiques. Détail éloquent : comme alors à Moscou, aujourd’hui aussi à Athènes, ces inquisiteurs font disparaître en toute priorité ceux qui osent refuser la modification génétique de leur parti et persistent à se proclamer… communistes, anticapitalistes et critiques radicaux de l’ordre établi !

Notre conclusion se veut optimiste : il faudra beaucoup plus que le « nettoyage » du site du Parlement grec, et même beaucoup plus que l’incessante campagne de dénigrement et de coups – très - bas pour faire disparaître les résistances à ceux qui ont vendu leur âme au diable néolibéral, en acceptant d’appliquer ses politiques inhumaines. Même dans des conditions très difficiles, le combat continue car il s’agit maintenant de la défense de tout ce qu’on a de plus précieux : de notre dignité et de notre (sur)vie…

 

 

 
Notes

|1| Voir sur ce sujet l’extraordinaire classique de David King Le Commissaire disparaît, éd. Calman-Levy.

|2| Voir le site de l’Appel (en 16 langues) ainsi que de la campagne internationale de soutien : http://greekdebttruthcommission.org/index.php. Étant donné que, contre vents et marées, cette campagne continue, les signatures de soutien sont plus que jamais bienvenues…

Auteur

Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.


http://www.contra-xreos.gr

Autres articles en français de Yorgos Mitralias (23)

 

 

 

Source: http://cadtm.org

 

 

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 15:01

 

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L’économiste James Galbraith raconte les coulisses du plan B grec

20 octobre par Martine Orange

 

 

 

 

De février à juillet, l’économiste s’est rendu à Athènes pour travailler aux côtés du gouvernement. Il raconte les débats autour d’une éventuelle sortie de l’euro. « On s’est exagéré les difficultés. Pour la prochaine fois, on saura comment faire », dit-il.

Deux mots lui viennent spontanément pour résumer la situation actuelle de la Grèce après le nouveau plan d’austérité. Deux mots dont l’économiste américain James Galbraith assume la violence pour expliquer, ce vendredi 16 octobre, à l’institut Veblen, devant ses collègues français, l’ampleur du désastre grec : colonisation et liquidation. « C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui. Une perte d’indépendance totale et une liquidation de l’État grec. La Grèce est un pays qui n’est plus indépendant. Le gouvernement a perdu toute marge de manœuvre. Il lui est interdit d’introduire la moindre loi sans l’accord préalable de ses créanciers », dit l’économiste américain.

Alors que le Parlement grec vient d’adopter la première salve des réformes imposées dans le cadre du nouveau plan européen de juillet, James Galbraith explique l’envers du décor. « Ces 48 projets de loi prioritaires sont dictés à Bruxelles et traduits ensuite en grec », dit-il. « Ce ne sont pas des réformes pour améliorer les conditions économiques de la Grèce. Ce sont des réformes construites par les lobbies », poursuit-il.

À l’entendre, chacun d’entre eux veut sa part. Les dates de fraîcheur du lait ont été repoussées de 3 à 7 jours pour que les entreprises hollandaises puissent exporter leur lait. Les grands groupes pharmaceutiques se sont arrangés pour être avantagés face à l’industrie locale, en invoquant une concurrence en fait « manipulée au travers des paradis fiscaux et des prix de transfert ». Les privatisations sont conçues pour « créer des monopoles privés pour les entreprises étrangères » sur les biens les plus intéressants, à l’image de l’aéroport d’Athènes, détenu par le groupe allemand de BTP Hochtief.

Le constat dressé par James Galbraith est d’autant plus dur qu’il a travaillé pendant six mois pour éviter d’en arriver là, pour tenter de trouver d’autres voies. De février à juillet, l’économiste américain a délaissé ses cours à l’université d’Austin (Texas) pour venir à Athènes aux côtés de « son ami » Yanis Varoufakis, alors ministre des finances. Ensemble, les deux économistes, qui sont très proches, ont essayé de concevoir d’autres schémas, d’imaginer des solutions de compromis, d’étudier, dans le plus grand secret, un plan B de sortie de l’euro, au cas où.

Mais finalement, rien ne s’est produit comme prévu. N’y avait-il pas beaucoup de naïveté de leur part à sous-estimer le rapport de force européen ? « Depuis le début, on ne se faisait aucune illusion. On savait que si on n’obtenait pas un résultat à court terme, la situation serait de plus en plus difficile. L’État grec n’avait plus que 3,5 milliards de réserves », raconte-t-il. Très vite, dit-il, il leur est apparu qu’il n’y avait rien à attendre des ministres des finances, des réunions de l’Eurogroupe. « Ce sont des petites gens, conservateurs », dit-il. Il s’en faudrait de peu pour que James Galbraith prononce le mot de minables, tant il a été déçu de voir l’incompétence économique de ces responsables, pris, à l’entendre, entre leurs élections (Espagne, Portugal, Irlande) et l ’idéologie (Slovaquie, Lituanie, Finlande).

« Que pouvait-on faire pour améliorer la situation de la Grèce ? Cela ne les intéressait pas. C’étaient des discussions dans le vide. Il fallait changer de niveau. Se concentrer sur la chancelière allemande Angela Merkel et obtenir une décision politique avec l’appui des États-Unis. Obama a bien appelé Angela Merkel. Mais la décision politique espérée n’est pas venue », dit-il.

Mais pourquoi, ont insisté plusieurs économistes français lors de la discussion, ne pas avoir pris dès l’arrivée au pouvoir la décision d’instaurer un contrôle des capitaux, afin de créer un rapport de force, de rendre possible un plan B, si nécessaire ? « Il y avait une raison politique pour ne pas le faire. Alexis Tsipras considérait que ce premier pas était irréversible vers la sortie de l’euro. Et puis, on craignait la réaction populaire. On avait tort. La population était prête, comme on l’a constaté au moment de la fermeture des banques et de l’instauration du contrôle des capitaux fin juin. Les Grecs avaient pris leurs précautions », relève-t-il.

Chargé de travailler avec quatre ou cinq personnes à l’élaboration d’un plan B, James Galbraith raconte combien cela a été complexe. Il leur fallait se réunir dans le plus grand secret, sans aucune aide de l’appareil de l’État, de la Banque centrale de Grèce, afin que rien ne fuite à l’extérieur. « On ne pouvait pas en discuter publiquement. Les risques de déstabilisation étaient trop grands. » Très vite, ils se sont trouvés retrouvés à évaluer seuls des problèmes très matériels. En cas de sortie de l’euro, la Grèce aurait-elle assez de pétrole ? Y avait-il suffisamment d’insuline dans les hôpitaux ? Comment faire avec les retraités qui retirent l’intégralité de leur pension dès les premiers jours du mois ?

La question monétaire, des moyens pour assurer la liquidité de l’économie étaient au centre de leurs préoccupations. Car sans Banque centrale autonome, sans réserves, sans monnaie indépendante, tout tourne au casse-tête. « S’il y avait une possibilité de sortie de l’euro faite de façon collaborative, si les pays avaient le droit de prendre une dérogation, avec le soutien de la Banque centrale européenne, cela pourrait marcher », explique-t-il.

En mai, raconte l’économiste, ils ont discuté la possibilité de faire une démarche auprès du ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, afin d’étudier les modalités d’une transition monétaire. « Mais Alexis Tsipras a dit non. Il craignait que cela ne s’ébruite. Dans son entourage, ils étaient de toute façon persuadés dès le début que c’était impossible », raconte-t-il.

« On s’est exagéré les difficultés de la sortie de l’euro. Je crois maintenant qu’on aurait pu maintenir un système de paiement sans changer les codes. Avec le contrôle des capitaux, c’est déjà fait. Pour la prochaine fois, on sait maintenant comment faire », dit James Galbraith.

Car il y aura une prochaine fois, James Galbraith en est persuadé, que ce soit en Irlande, au Portugal, en Grèce ou ailleurs. « J’étais très attaché au projet européen. Je le suis beaucoup moins maintenant. Un système qui n’admet pas la discussion, qui est catégoriquement opposé à tout gouvernement de gauche, qui est catégoriquement engagé dans la déstabilisation, ce n’est pas possible. Que signifie une Europe qui a pour programme de couper les retraites des plus vulnérables, de réduire la syndicalisation à zéro, de libéraliser le marché du travail jusqu’à l’informalisation ? » dit-il. Avant de prédire : « La prochaine fois qu’un gouvernement de gauche est élu, il viendra d’emblée avec un plan B dans la poche. »

Revenant sur le référendum de juillet, James Galbraith confirme que Syriza s’attendait à perdre. « Ils pensaient que le oui l’emporterait et même ils l’espéraient », dit-il. Le non l’a gagné, suivi la semaine d’après par une « capitulation », selon ses termes, et un nouveau plan d’austérité. Pour James Galbraith, l’échec de ce nouveau plan est déjà inscrit. Même si l’augmentation des taxes permet pendant quelques mois d’augmenter les recettes de l’État, les mesures exigées vont conduire selon lui à une nouvelle diminution de l’activité, à une nouvelle récession.

« Alexis Tsipras a fait tout pour retenir le pouvoir », constate-t-il. « Il dispose d’un Parlement stable. Il a pu choisir ses candidats. Il a écarté son opposition de gauche et il a un partenaire qui ne demande rien. Il peut rester pendant quatre ans. » « Mais le gouvernement va-t-il pouvoir obtenir le résultat demandé par les créanciers ? Certes, le Parlement va accepter tout ce qui est exigé. Mais les magistrats, la police, la population vont-ils faire ce qu’on leur demande ? » s’interroge James Galbraith. « Pour le peuple grec, ce contrat est illégitime. Il lui a été imposé par coercition. Cela m’étonnerait qu’il n’y ait pas de résistance passive, voire active de la population. La rue est toujours là. »


Source : Mediapart

 

 

 

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Grèce : les banques se sauvent, le désastre est toujours là

9 mars 2012, par Martine Orange

 

 

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 16:31

 

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La clinique autogérée grecque d’Elliniko refuse un prix du Parlement européen

Les représentants du centre qualifient d’ « hypocrite » le prix offert par les institutions européennes

19 octobre par Fátima Fafatale

 

 

 

 

La clinique communautaire métropolitaine autogérée d’ Elliniko a rejeté le Prix du citoyen européen 2015 décerné par le Parlement européen. Le même Parlement dont le président, le social-démocrate allemand Martin Schulz, a menacé les Grecs de sortie de la zone euro s’ils votaient « non » au référendum, a offert cette reconnaissance au centre, qui prend en charge les patients qui ont perdu la couverture gratuite des soins, un prix que ses membres ont rejeté en disant qu’« il serait totalement hypocrite de recevoir un tel prix alors que l’Europe fait semblant de ne pas voir les bébés souffrant de malnutrition, les malades de cancer non assurés qui meurent, les histoires de familles souffrant de la faim et de personnes qui vivent sans nourriture, sans eau ni électricité pour une année de plus ".

Les membres de la clinique ont indiqué qu’ils profiteraient de leur visite à Bruxelles pour tenter de faire campagne contre le mémorandum et la politique d’austérité imposée à la Grèce. Mais, après avoir été informée, la vice-présidente du Parlement européen, Sylvie Guillaume, du Parti socialiste français, a fait annuler les billets d’avion et l’hébergement prévus pour la participation des représentants du centre à la cérémonie, prévue entre hier et aujourd’hui (15 octobre) à Bruxelles, en disant qu’elle ne trouvait pas leur participation appropriée. « L’événement et la cérémonie sont une occasion spéciale pour reconnaître tous les gagnants et ne devraient pas être utilisés à d’autres fins, et cela n’a rien à voir avec la qualité de votre action », a-t-elle dit.

Les membres du collectif ont déclaré que le prix symbolisait la reconnaissance de « quatre ans de lutte pour une société plus juste pour les chômeurs non assurés qui ont été abandonnés par l’État grec durant la crise », mais ils ont rappelé que »ce combat est pour les trois millions de personnes en Grèce sans sécurité sociale, sans travail et dans la pauvreté la plus absolue en raison des politiques d’austérité imposées par le FMI avec la BCE et l’UE".

Ils ont déclaré dans un communiqué après avoir appris qu’ils recevraient le prix : « Pour nous et la plupart des Grecs, l’Europe est notre maison, une maison pleine de gens compréhensifs et solidaires, c’est l’Europe dans laquelle nous croyons et que nous voulons. Malheureusement, nous avons trouvé une Europe perdue dans les engrenages bureaucratiques et les intérêts financiers. À notre grande consternation, nous voyons que la première priorité pour l’Europe est de trouver des milliards d’euros pour les banques privées alors qu’en même temps, elle impose au budget de santé grec une coupe de 50% par rapport à 2009 ».

Dans le texte, la clinique autogérée d’Elliniko cite les données de l’Institution Prolepsis sur l’appauvrissement de la société grecque : six élèves sur dix à Athènes (sur 64 écoles analysées) ont des besoins nutritionnels urgents, 11% des élèves ne possèdent pas d’assurance-maladie, 7% d’entre eux ont vécu pendant une semaine sans électricité en 2014, 1053 écoles ont bénéficié du programme d’aide alimentaire pour couvrir les besoins de base de 152 937 élèves. Le communiqué se fait aussi l’écho de l’étude du Bureau du budget du Parlement grec, selon laquelle 3,8 millions de Grecs vivent près du seuil de pauvreté (432 euros par personne) et 2,5 millions Ils sont en-dessous de ce seuil (233 euros par personne et par mois). « Cela signifie que 6,3 millions de Grecs, 58% de la population, vit près ou en-dessous du seuil de pauvreté », soulignent-ils.

Pour toutes ces raisons, le collectif affirme qu’il ne rejette pas l’Europe ou son peuple, mais qu’il se sent obligé de « tourner le dos à toutes les institutions et à tous leurs politiciens, Parlement européen inclus, qui traitent les gens comme des chiffres dans des archives comptables », attitude qui, disent-ils, « est une honte pour la civilisation européenne ».

 

Traduction : Fausto Guidice pour Tlaxcala.

 

 

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 14:03

 

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/monica-m

 

 

Yanis Varoufakis à propos des élections du 20 septembre

 

Les créanciers  sont les vrais gagnants en Grèce

Alexis Tsipras a été mis en position d'échouer

 par Yanis Varoufakis

(ma traduction d'un article du Gardian)

 Alexis Tsipras a arraché une  victoire retentissante après la défaite humiliante de Juillet devant la Troïka des créanciers de la Grèce. Défiant les partis d'opposition, les sondeurs d'opinion et les critiques dans ses rangs (y compris de moi-même), il a obtenu une majorité réduite mais réelle.  La question est de savoir s'il peut à la fois rester à son poste et exercer le  pouvoir.

 Les plus grands perdants ont été  les petits partis représentant les extrêmes du débat après le référendum. Unité Populaire n’est pas parvenu à exploiter la souffrance ressentie par une majorité des électeurs du « Non » après que Tsipras  eut adopté un accord qui réduit la souveraineté nationale et accroît le niveau déjà terrible  de l'austérité. Potami, un  parti réformiste chéri de la Troïka, a également échoué à rallier le plus petit vote «Oui». Avec Tsipras conquérant d'un nouveau genre, maintenant fermement la barre du programme de la Troïka, les partis pro-Troïka n'avaient rien à offrir.

Le plus grand gagnant est la Troïka elle-même. Au cours des cinq dernières années, les projets de loi de la  Troïka sont passés par le parlement avec des majorités ultra-minces,  procurant des nuits blanches à leurs auteurs. Maintenant, les projets de loi nécessaires au troisième Mémorandum passent avec de confortables majorités, car Syriza s’y est engagé. Presque tous les députés de l'opposition (à l'exception des communistes du KKE et les nazis de l'Aube dorée) votent pour eux.

Bien sûr, pour en arriver là,  il a fallu meurtrir profondément la démocratie grecque. Un million 600.000 Grecs qui avaient voté lors du référendum de Juillet n'ont pas pris la peine de se présenter aux bureaux de vote dimanche -  ce n'est pas une grande perte pour les bureaucrates de Bruxelles, Francfort et Washington,  qui semblent concevoir  la démocratie comme une nuisance.

Tsipras doit maintenant mettre en œuvre un programme de consolidation et de réforme fiscale qui a été conçu pour échouer. Les petites entreprises, sans accès aux marchés de capitaux, doivent désormais prépayer l'impôt de l'année à venir  sur leurs bénéfices prévisionnels 2016. Les ménages devront débourser des impôts fonciers scandaleux sur des appartements et des magasins qui ne fonctionnent pas bien et  ne peuvent même pas être vendus. Des hausses du taux de la TVA risquent d’augmenter les fraudes à la TVA. Semaine après semaine, la Troïka exigera plus de récession, des politiques antisociales: coupes dans les retraites, baisse des allocations familiales, augmentation  du nombre de saisies.

Le plan du premier ministre pour braver cette tempête est fondé sur trois engagements.

D'abord, la poursuite des négociations avec la Troïka pour régler des détails importants.

Ensuite, la question de l'allégement de la dette.

Enfin, la question de l'oligarchie.

Les électeurs ont appuyé Tsipras parce qu'il leur a semblé  le candidat le mieux à même  de remplir ces objectifs. Le problème est que sa capacité à le faire est sévèrement limitée par l'accord qu'il a déjà signé.

Son pouvoir de négocier est négligeable, compte tenu du fait que, selon les termes du Mémorandum, le gouvernement grec doit "obtenir l'accord de la [troïka] sur toutes les actions pertinentes pour la mise en œuvre  des objectifs du Mémorandum" (Notez l'absence de tout engagement de la part de la Troïka avec le gouvernement grec.)

L'allègement de la dette viendra sans doute, sous une certaine forme, mais pas de façon thérapeutique. L’allègement de la dette est important car il permet de réduire l'austérité (c’est-à-dire baisser les objectifs d'excédent primaire) pour stimuler la demande et attirer les investisseurs. Mais une austérité dure a déjà été acceptée (excédents primaires absurdes de 3,5% du PIB à partir de 2018), dissuadant les investisseurs.

La troisième promesse est la clé du succès de Tsipras. La seule raison d'être d'un gouvernement de gauche qui a accepté un nouveau prêt limitant sa capacité à réduire l'austérité et à prendre soin des plus faibles, est d'attaquer les avantages acquis et les privilèges. Cependant, la Troïka est la meilleure amie des oligarques, et vice versa. Au cours des six premiers mois de 2015, lorsque nous  avons contesté le monopole de la Troïka sur l’élaboration des politiques en Grèce, ses plus grands supporters nationaux ont été les médias appartenant aux oligarques et leurs agents politiques. Ces mêmes personnes et intérêts ont maintenant embrassé Tsipras. Peut-il se retourner contre eux? Je pense qu'il le veut. Mais la Troïka a déjà désactivé ses principales armes (par exemple en forçant la dissolution de l'unité de lutte contre la criminalité économique, SDOE).

En 2014, le Premier ministre conservateur Antonis Samaras s'est trouvé face à un dilemme similaire, celui d'avoir à mettre en œuvre un programme en échec de la Troïka. Il a feint une  allégeance à la Troïka sur un mode évasif et laxiste, de peur que Syriza ne gagne.

Tsipras aura-t-il plus de succès en s’engageant dans un autre programme en échec de la Troïka? Les perspectives ne sont pas brillantes, mais nous ne devons pas les nier. Le sort du nouveau gouvernement dépend des liens qu’il va nouer avec les victimes du Mémorandum, de la mise en œuvre de véritables réformes pour donner aux entreprises la confiance d’investir. Il dépend aussi de sa capacité à utiliser l'intensification de la crise pour exiger de réelles concessions de Bruxelles. C'est un défi de taille. La victoire, même douce, ne compte pas: l’objectif  est de faire la différence.

À propos de différence, les conservateurs ont fait de leur mieux pour donner une image plus douce lors de la campagne. Hélas, pour eux, la crise des réfugiés a forcé leur misanthropie à remonter à la surface. Le contraste entre l'accueil réservé à des milliers de réfugiés au cours des dernières semaines et les camps construits par le gouvernement Samaras explique pourquoi les progressistes déçus se sont tournés vers Syriza dans les bureaux de vote.

 Dans mes  rares moments d'inexplicable optimisme, je me plais à imaginer que la bonté envers les étrangers en détresse est, peut être, le signe avant-coureur d'une campagne du gouvernement grec  contre la vision dystopique de la Troïka européenne.

http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/sep/21/alexis-tsipras-greece-greek-leader-troika-yanis-varoufakis

 

 

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/monica-m

 

 

 

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 15:27

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

L’usine grecque qui résiste sans patron et avec des savons écolos

19 septembre 2015 / Emmanuel Daniel (Reporterre)


 


 

L’histoire de Vio Me est un rayon de soleil dans l’hiver sans fin que traverse la Grèce, alors qu’elle élit dimanche 20 septembre sa nouvelle Assemblée législative. Le patron a fermé cette usine de matériaux pour le BTP, mais les ouvriers ont décidé de l’occuper et de relancer une production écolo de manière autogérée grâce à un formidable soutien populaire.

Au nord de Thessalonique, une zone commerciale immense gagne progressivement du terrain sur ce qui était il y a peu une zone industrielle. Au milieu de cet océan consumériste, cachée derrière une allée de grands arbres, une usine poussiéreuse vient rappeler qu’il y a peu, on croisait ici des ouvriers en bleu de travail en lieu et place des clients poussant leur caddie. L’endroit semble désaffecté. Toutes les entrées paraissent condamnées et une seule voiture est garée sur le vaste parking.

Pourtant, dans un des bâtiments, derrière un mur de vieille tôle, des bruits sourds viennent parfois briser le silence. 

Pour pénétrer dans l’usine, il faut s’annoncer. Le lieu est gardé 24 heures sur 24 par des ouvriers et des soutiens locaux. Et pour cause, les travailleurs de Vio Me, occupent illégalement les lieux depuis 2011, année où les propriétaires ont décidé de cesser brutalement l’activité.

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Vue depuis le toit de l’usine. Dèrrière les grands arbres commence l’immense zone commerciale.

Désobéissance à la loi du marché

L’histoire aurait pu se terminer comme beaucoup d’autres en Grèce ces dernières années. Une entreprise bénéficiaire (ici Filgeram-Johnson, maison mère de Vio Me) décide de fermer ses portes et de ne pas payer les arriérés de salaire qu’elle doit à la cinquantaine d’ouvriers d’alors.

Sauf qu’eux ont décidé de désobéir à la loi du marché. Pendant un an, une trentaine d’ouvriers syndiqués de l’usine l’occupent pour empêcher les propriétaires de récupérer les machines. La première année, ils peuvent compter sur leur maigre indemnité chômage pour survivre. Puis, au fur et à mesure de la médiatisation de leur combat, les soutiens, locaux d’abord, puis internationaux, abondent, permettant de prendre en charge les besoins en argent et nourriture de ces travailleurs en lutte. Au terme de nombreuses assemblées générales, les ouvriers et leurs soutiens décident de relancer la production. Mais plutôt que de fabriquer de la colle pour carrelage, l’ancienne spécialité de l’usine, ils décident de produire du savon et différents produits ménagers naturels. Ce virage écologique n’avait rien d’évident, surtout en Grèce où cette sensibilité n’est pas des plus développées.

C’est par nécessité et pragmatisme que les ouvriers de Vio Me sont devenus écolos. « On savait qu’on ne pouvait pas faire la même chose qu’avant car on avait peu d’argent alors que les machines sont chères et la matière première importée. On a alors cherché une matière première peu chère et locale, or on a beaucoup d’huile ici !  », m’explique Tinna, arrivée au moment de la reprise de la production. Ce sont également les soutiens locaux qui les ont convaincus de se lancer dans des produits écologiques, plus susceptibles d’êtres vendus dans les réseaux militants.

Nul besoin de patron


Un autre changement d’ampleur est intervenu depuis la réouverture. Leur usine, ils ont décidé de la gérer sans chef. Quand je demande à Dimitris, un des piliers de la lutte qui gigote sur sa chaise en attendant qu’on lui traduise les questions, pourquoi ils ont décidé de s’organiser ainsi, il me répond sur le ton de l’évidence : « Le patron est parti, pourquoi chercher à en avoir un autre ? Je l’ai vu deux fois en deux ans. On n’avait pas besoin de lui pour se servir des machines qu’on utilise tous les jours. » Mais il reconnaît que passer d’une organisation hiérarchisée où les tâches sont divisées à l’extrême à l’autogestion « ne fut pas facile. D’ailleurs, ça ne l’est toujours pas aujourd’hui. Mais on a appris à mieux se connaître. Le ‘je’ est devenu ‘nous’. Il n’y a pas l’administration d’un côté et nous [les ouvriers] de l’autre comme avant, seulement nous avec le même niveau de pouvoir. »

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Dimitris nous montre les produits de l’usine

Tinna est assise à ses côtés sur une des chaises en plastique qu’ils ont installées en rond pour recevoir les visiteurs du jour : des journalistes japonais, des documentaristes espagnols et grecs, des voyageurs français et moi. Elle détaille l’organisation de Vio Me : « On se rencontre deux fois par semaine en assemblée en plus des discussions informelles pendant le travail. » Tout le monde peut être amené à tout faire même si certaines tâches qui demandent des compétences spécialisées sont assurées par une personne. « Vu que je parle anglais, c’est moi qui m’occupe des relations avec les journalistes et les soutiens internationaux », explique-t-elle.

Ce jour-ci, il y a autant de visiteurs que de travailleurs et l’usine, aussi vide qu’un bureau de vote un jour d’élections européennes, donne l’impression de tourner au ralenti. Les membres de la coopérative aimeraient voir leur lieu de travail aussi foisonnant que par le passé. « On pourrait être cinquante à travailler ici. On devrait être cinquante d’ailleurs. Tout le monde aimerait qu’on grandisse et qu’on utilise toutes les possibilités de l’usine », avance Dimitris.

Mais plusieurs éléments rendent difficile cette montée en puissance. D’abord, la situation économique en Grèce ainsi que leur faible trésorerie qui les pousse à réinvestir leurs maigres recettes dans l’achat de matières premières plutôt que pour l’acquisition de nouvelles machines. Mais cette limitation est aussi due à leur mode de distribution. Les produits écolos de Vio Me sont principalement écoulés dans leur réseau de solidarité dans des squats, des centres sociaux et via divers collectifs qui commandent des cartons de produits et se chargent ensuite de les écouler. Le reste est vendu lors de festivals et du marché de producteurs organisé tous le mois sur le site. « On ne pourra grandir que si on trouve plus de contacts à l’étranger. La prochaine étape est donc d’impliquer plus de gens », dit Tinna.

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Savons fraîchement coulés dans leur moule en train de sécher

La fragile flamme de l’utopie autogestionnaire grecque

Vio Me, cette lutte de travailleurs s’appuyant sur un soutien populaire conséquent, est souvent portée en étendard du mouvement des structures autogérées en Grèce qui s’est développé, si l’on peut dire, à la faveur de la guerre économique qui a plongé le pays dans la tourmente. Pourtant, sur le plan économique, cette expérience est fragile. « Les salaires permettent à peine de survivre », fait savoir Tinna. D’autant plus qu’ils ont travaillé d’arrache-pied pour réorganiser la production, et s’approprier les nouveaux savoir-faire, tout en menant un travail politique intense. « On travaille bien plus de huit heures par jour. Vio Me implique une large partie de notre vie. On aimerait bosser moins mais on doit penser à notre survie », raconte-t-elle, visiblement éprouvée. A plusieurs reprises pendant l’entretien, elle fait montre d’un certain agacement et répond aux questions avec des phrases courtes entrecoupées de soupirs.

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Cour intérieure de l’usine

La jeune femme explique que nous ne sommes pas tombés au meilleur des moments. « Excusez-moi si je suis un peu stressée, la situation est tendue ces jours-ci. » Ils font face aux pressions de plus en plus insistantes des propriétaires de l’usine qui multiplient les procédures judiciaires. « On en a une par mois en ce moment », assure Tinna. Selon elle, ces derniers rêvent de récupérer leur bien, non pas pour relancer la production mais pour tout détruire et vendre le terrain à des promoteurs immobiliers afin d’agrandir encore la zone commerciale.

Un risque rendu plausible par deux décisions de justice défavorables à Vio Me. Concrètement, ils sont expulsables à tout moment. Certains soutiens du mouvement font pression sur le gouvernement pour permettre à cette expérience autogestionnaire de se développer dans de bonnes conditions. Tinna elle déclare ne pas s’intéresser à ce qui se passe dans la tête des puissants. « On ne sait pas ce qu’ils veulent faire. Ce qu’on sait, c’est que la police devra venir nous déloger. On va résister et réagir », lance la jeune femme, faisant écho au slogan de Vio Me : « Occuper, Résister, Produire. »

Le collectif de soutien à Vio Me milite aussi pour une régularisation de leur statut d’entreprise autogérée, chose promise par Tsipras lors d’une visite de l’usine pendant sa campagne électorale.

Je demande à mes interlocuteurs aux visages aussi fatigués que les murs de l’usine si malgré les difficultés, le jeu en vaut la chandelle. « Même si je ne le croyais pas, on n’a pas d’autres choix », répond Tinna après une hésitation en rappelant que la plupart des ouvriers étaient en premier lieu désireux de maintenir leur emploi dans un contexte de chômage de masse. Dimitris lui est plus tranché : « En un mot : Oui ! Bien sûr que ça vaut la peine. Certes on est partis du besoin de survivre mais ça a surtout à voir avec la liberté et la lutte des classes. » Ragaillardie par la réponse de son camarade de lutte, Tinna rebondit : « Ce que je gagne vient de ce que je produis. Il n’y a pas de patron qui profite de notre travail. D’abord on se débarrasse des patrons, ensuite on se débarrassera de l’Etat. »

Les travailleurs de Vio Me aimeraient que d’autres leur emboîtent le pas sur les chemins de la révolte et de l’autogestion. Ils multiplient donc les événements militants et accueillent régulièrement des visiteurs, accompagnent et soutiennent d’autres travailleurs dans leurs luttes, en Grèce et ailleurs

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 15:13

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Pourquoi payer une dette insoutenable et illégale ?

17 septembre par Olivier Bonfond

 

 

 

Le 13 juillet 2015, après six mois de négociations, Alexis Tsipras a décidé de capituler et de signer un accord funeste avec ses créanciers. Pourtant, une autre voie était possible : s’appuyer sur les conclusions du rapport d’audit pour poser un acte unilatéral de suspension de paiement et/ou de répudiation de la dette.

Article publié dans la revue Ensemble (n°88 – septembre 2015), une publication du Collectif Solidarité Contre l’exclusion, disponible en ligne ici : http://www.asbl-csce.be/journal/Ens...

Depuis mai 2010, la Grèce applique un programme d’austérité et dajustement structurel, qui est la condition pour recevoir une « aide financière » du Fonds Monétaire International, de quatorze Etats membres de la zone et du Fonds européen de stabilité financière. Ces mesures étaient censées réduire le déficit budgétaire et la dette publique et ramener la compétitivité et la croissance. C’est tout le contraire qui s’est passé : la dette a explosé, l’économie a connu une profonde récession (-25%), les services publics se sont fortement dégradés et des millions de citoyens ont plongé dans la pauvreté et la précarité. C’est en réaction à cette situation, dans le cadre de la responsabilité du Parlement envers le peuple grec, et en application de l’article 7 du règlement n° 472/2013 de l’Union européenne, que le 4 avril 2015, la Présidente du Parlement grec a décidé de créer la Commission pour la Vérité sur la Dette publique (the Debt Truth Committee).

Composée d’une trentaine d’experts internationaux et grecs, la Commission pour la Vérité sur la Dette publique a reçu pour mandat d’analyser tout le processus d’endettement de la Grèce et de détecter les dettes qui peuvent être considérées comme illégales, odieuses, illégitimes et/ou insoutenables.

Malgré des obstacles et des difficultés, comme par exemple le fait que la Banque centrale de Grèce a refusé de nous communiquer plusieurs informations cruciales (notamment les flux financiers entre la Banque centrale de Grèce et la BCE), la commission a pu remettre un rapport préliminaire le 17 juin 2015 |1|.

Fondamentalement, ce rapport aboutit à des conclusions qui sont sans appel : la dette réclamée à la Grèce est totalement insoutenable et une grande partie de celle-ci est illégale et illégitime.

 

Insoutenabilité et suspension de paiement

La dette grecque est triplement insoutenable. Elle est insoutenable d’un point de vue strictement financier, car tout le monde s’accorde à dire que la Grèce est tout simplement incapable de rembourser cette dette. Elle est également insoutenable d’un point de vue social, car l’Etat grec ne peut continuer à payer sans que celui-ci ne remette en cause ses obligations internationales en matière de droits humains fondamentaux. Elle est aussi insoutenable d’un point de vue économique et écologique car les conditions qui sont attachées à cette dette reposent sur des hypothèses totalement irréalistes qui ont fait preuve de leur échec, et détruit toute possibilité de relancer une activité économique qui serait socialement juste et écologiquement viable.

La Commission a également montré dans son rapport que la Grèce pourrait suspendre immédiatement le paiement de la dette en s’appuyant sur la notion juridique de l’état de nécessité. Selon le droit international, l’état de nécessité désigne « les cas exceptionnels où le seul moyen qu’a un État de sauvegarder un intérêt essentiel menacé par un péril grave et imminent est, momentanément, l’inexécution d’une obligation internationale dont le poids ou l’urgence est moindre ». La Grèce satisfait pleinement aux quatre conditions requises pour invoquer l’état de nécessité. Elle a donc la possibilité de suspendre le remboursement de sa dette de manière unilatérale (sans accumuler des arriérés d’intérêts) en vue de garantir à ses citoyens les droits humains fondamentaux, tels que l’éducation, la santé, etc.

La Grèce satisfait pleinement aux quatre conditions requises pour invoquer l’état de nécessité.

Ajoutons que cette notion est reconnue par les cours et les tribunaux internationaux, qu’elle a déjà été utilisée et qu’elle fait donc l’objet d’une jurisprudence. A titre d’exemple, dans l’affaire Socobel, datant de 1939 et opposant la Société commerciale de Belgique et le gouvernement grec, le conseil du gouvernement grec, M. Youpis, soulignait le fait que « la doctrine admet à ce sujet que le devoir d’un gouvernement d’assurer le bon fonctionnement de ses services publics prime celui de payer ses dettes. »

 

Illégitimité et remise en cause de la dette

Les dettes réclamées à la Grèce sont illégitimes car elles n’ont absolument pas bénéficié à la population grecque.

Les dettes réclamées à la Grèce sont illégitimes car elles n’ont absolument pas bénéficié à la population grecque. L’audit a démontré de manière irréfutable que tous les soi-disant plans d’aide ont été conçus et organisés dans l’unique but de sauver les grandes banques privées, en particulier françaises et allemandes, mais aussi grecques. Rappelons qu’en 2010, 7 banques (3 françaises et 4 allemandes) constituaient à elles seules les principales créancières de la Grèce avant l’intervention de la Troïka rebaptisée aujourd’hui « Institutions » et qui est devenue un quatuor composé du FMI, de la BCE, de la Commission européenne et du Mécanisme européen de stabilité. Alors qu’une restructuration de la dette en 2010 était déjà nécessaire pour beaucoup, dont le FMI, la décision a été prise de la reporter. La raison de ce report est donnée de manière très claire par le FMI : « Une restructuration de la dette aurait été plus bénéfique pour la Grèce, mais c’était inacceptable pour les partenaires européens. Repousser la restructuration a offert une fenêtre aux créanciers privés pour réduire leur exposition et transférer leurs créances au secteur public |2| ».

Le rapport de la Commission d’audit a établi que plus de 80 % des 240 milliards des prêts octroyés par la Troïka en 2010 et 2012 sont repartis directement dans le remboursement d’une vingtaine de banques privées. Une partie importante de cet argent n’est même jamais arrivée sur le sol grec, elle a simplement transité par un compte spécifique créé à la BCE. En permettant à ces banques de se mettre à l’abri de l’éclatement de la bulle de crédit privé qu’elles avaient créée, cette opération de sauvetage des créanciers privés par des institutions publiques a créé une dette illégitime pour la population.

 

Illégalité et acte unilatéral de répudiation

Une dette est un contrat qui lie deux parties. Cependant, pour que ce contrat puisse être réputé valable, il doit respecter en ensemble de conditions et de procédures légales, tant au niveau du droit national qu’international. Or, l’audit a mis en lumière une série impressionnante d’irrégularités qui invalident les engagements de la Grèce à l’égard de ses créanciers. En voici quelques-unes.

Une série impressionnante d’irrégularités invalide les engagements de la Grèce à l’égard de ses créanciers.

 

Les Etats européens ont violé leurs obligations en matière de droit international. Les États membres de la zone euro qui ont prêté à la Grèce sont signataires du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), et, à ce titre, sont soumis au respect des obligations prévues par ce Pacte, y compris en dehors de leur territoire national respectif. Or, il existe un lien direct entre les conditions imposées par les créanciers à la Grèce et la violation de droits socio-économiques fondamentaux.

 

Les contrats de prêt violent l’article 9 du Traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE) qui stipule : « Dans la définition et la mise en œuvre de ses politiques et actions, l’Union prend en compte les exigences liées à la promotion d’un niveau d’emploi élevé, à la garantie d’une protection sociale adéquate, à la lutte contre l’exclusion sociale ainsi qu’à un niveau élevé d’éducation, de formation et de protection de la santé humaine.  »
Ne pas tenir compte des droits humains dans les programmes macroéconomiques qui ont été imposés à la Grèce en 2010 et en 2012 représente donc une violation à la fois du droit international et du droit de l’Union.

 

Les créanciers n’ont pas agi de bonne foi. La bonne foi est un principe fondamental du droit international qui veut que les accords doivent être honorés seulement si les deux parties agissent de bonne foi. L’article 26 de la Convention de Vienne sur le droit des traités stipule que les traités doivent être exécutés de bonne foi. Or, Il existe des évidences qui montrent que les parties contractantes ont agi de mauvaise foi. En effet, un document interne du FMI, daté du mois de mars 2010, démontrant que les créanciers savaient à l’avance que l’imposition du Memorandum of Understanding (MoU) allait créer une catastrophe économique et sociale et conduirait inévitablement à une hausse importante de la dette grecque.

 

La Constitution grecque a été violée. Les articles 28 et 36 de la Constitution grecque prévoient que le Parlement doit donner son accord pour valider tout accord international. Or, tant les mémorandums que les conventions de prêt sont des accords internationaux et devaient donc, à ce titre, être ratifiés par le Parlement, ce qui n’a pas été le cas.

 

Le FMI a violé ses statuts. En imposant des conditionnalités qui ont entraîné une forte augmentation du chômage et la chute du PIB de la Grèce, le FMI a violé de façon manifeste l’article 1 de ses statuts. Cet article stipule que le Fonds a parmi ses objectifs de « contribuer à l’instauration et au maintien de niveaux élevés d’emploi et de revenu réel et au développement des ressources productives de tous les États membres, objectifs premiers de la politique économique. »

 

La BCE a outrepassé son mandat et a exercé un chantage politique. La BCE a fait pression pour empêcher une réduction de la dette grecque en 2010 alors que celle-ci était insoutenable. Selon l’ancien représentant de la Grèce au FMI, Panagiotis Roumeliotis, auditionné au Parlement grec par la Commission, le président de la BCE de l’époque, le Français Jean-Claude Trichet « était parmi ceux qui ont mené bataille contre une restructuration en menaçant la Grèce de lui couper les liquidités. En réalité, Mr Trichet bluffait pour sauver les banques françaises et allemandes |3| ». Par ailleurs, début février 2015, la BCE a décidé de ne plus accepter les obligations de la dette grecque en garantie. En faisant cela, la BCE a aggravé la crise et a augmenté l’instabilité financière de la zone euro, ce qui est en totale contradiction avec son mandat.

 

Les contrats de prêts contiennent des clauses abusives. Ces accords stipulent par exemple que l’État s’engage à renoncer totalement à son immunité. Or, Un Etat n’est pas obligé d’appliquer un contrat qui viole de manière flagrante sa souveraineté politique et économique. Autre clause abusive : les créanciers ont poussé le bouchon jusqu’à insérer une clause qui garantit que la Grèce devra honorer ses obligations même si les accords s’avéraient illégaux ! « Si l’une ou l’autre des dispositions contenues dans cette Convention devait être ou devenir en tout ou en partie invalide, illégale ou impossible à appliquer dans un cadre juridique, la validité, la légalité et l’applicabilité des autres dispositions contenues dans la Convention n’en seraient pas pour autant affectées. Les dispositions qui sont en tout ou en partie invalides, illégales ou inapplicables seront interprétées et mises en œuvre selon l’esprit et l’objectif de cette convention. »

 

La lutte pour le « non » à l’austérité n’est pas terminée

Ce rapport préliminaire a pour objectif de fournir des arguments solides pour remettre en cause le paiement de la dette. Jusqu’à présent, le gouvernement a décidé de ne pas s’en saisir et de se soumettre aux exigences mortifères des créanciers. Une chose est sûre : rien n’est réglé en Grèce. Avec un tel accord, la dette va continuer à augmenter et la crise humanitaire va s’approfondir. Mais le combat en Grèce n’est pas terminé. Le 22 août, 25 députés de l’aile gauche de Syriza formait un nouveau parti (« L’unité populaire »), en vue des nouvelles élections prévues pour fin septembre. N’oublions pas non plus que les citoyennes et citoyens de Grèce, en votant massivement NON à l’austérité lors du dernier référendum, ont montré qu’ils ne sont pas résignés. Et c’est sans doute cela le plus important : ce rapport n’a pas été écrit avant tout pour le gouvernement grec. Il se veut un outil au service de tous les citoyens et les mouvements sociaux qui luttent contre l’austérité et l’esclavage de la dette. Quant à la commission d’audit, elle continuera son travail, d’une manière ou d’une autre. Son mandat a une durée d’un an et elle remettra son rapport final en mai 2016.

Avec un tel accord, la dette va continuer à augmenter et la crise humanitaire va s’approfondir.

Parallèlement aux collectifs d’audit citoyens qui se développent partout en Europe depuis quelques années, il serait très utile de mettre en place des commissions indépendantes d’audit de la dette dans le plus de pays possibles. Premièrement, parce que construire une alternative crédible au néolibéralisme et à l’austérité passe nécessairement par un conflit avec les marchés financiers et les créanciers. Deuxièmement, parce que tous les audits qui ont été réalisés jusqu’à présent, y compris avec des moyens très limités, font ressortir la même chose : une partie importante de la dette a été contractée de manière frauduleuse, irrégulière, illégale ou illégitime.

 

Economiste, Conseiller au CEPAG, Olivier Bonfond est membre de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque et auteur de Et si on arrêtait de payer ? 10 questions / réponses sur la dette publique belge et les alternatives à l’austérité, Aden, juin 2012.

 

 
Notes

|1| Lire le rapport ici : http://cadtm.org/Rapport-preliminai...

|2| FMI (2013). Greece : Ex Post Evaluation of Exceptionnal Access under the 2010 Stand-By Arrangement. Country Report n°13/156.

|3| PAUMARD Emilie, Audition de Panagiotis Roumeliotis (15 juin 2015), 17 juin 2015, www.cadtm.org

Auteur

Olivier Bonfond

est économiste, conseiller au CEPAG et auteur du livre “Et si on arrêtait de payer ?" Editions Aden. Juin 2012.
Il est membre de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.

 

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Source : http://cadtm.org

 

 

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 15:01

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Les Grecs vivent la décroissance de la joie et de l’espoir

17 septembre 2015 / Emmanuel Daniel (Reporterre)
 


 

 

Juste avant l’élection de Syriza, Yannis Varoufakis, ex-ministre des finances de Tsipras déclarait dans une interview que les Grecs étaient « prêts à mener une vie austère ». Vraiment ? Reportage auprès des principaux intéressés, quelques jours avant les nouvelles élections. 


- Athènes, reportage

A 42 km d’Athènes, aux abords de Marathon, Photis tente de vivre mieux avec moins. Sur le terrain de quatre hectares qu’il occupe avec quelque amis, l’homme aux habits amples et au teint hâlé de ceux qui vivent et travaillent sous le soleil prône une sobriété heureuse reposant sur l’autonomie alimentaire et énergétique qu’il n’est pas loin d’atteindre. Il le fait pour lui, bien sûr, mais aussi pour « montrer qu’on n’a pas besoin de vivre comme des esclaves pour produire et consommer des choses dont on n’a pas besoin ».

Photis vit en zone rurale mais développe aussi des « jardins verticaux », dans des barils ou des bacs en bois afin de prouver aux citadins qu’eux aussi peuvent faire pousser tomates et patates. Une reprise en main de la production alimentaire qu’il juge nécessaire en vue des années difficiles à venir. Cet adepte de la simplicité volontaire assure que les cures d’austérité à répétition imposées au peuple grec ont rendu son discours audible. « Il n’y a pas si longtemps, on me prenait pour un fou. Mais aujourd’hui au moins, on m’écoute. » Il reconnaît néanmoins qu’au cours des cinq dernières années, les criminels en col blanc de la Troïka ont été bien plus efficaces que les partisans de la décroissance pour pousser les Grecs à changer leur mode de vie.

 

Sobriété forcée

Depuis 2009, le PIB a décru d’un tiers. Avec 28 % de la population sans emploi dont 58 % des jeunes, la Grèce connaît le plus fort taux de chômage d’Europe. 25 % des fonctionnaires ont perdu leur poste, les autres ont vu leur revenu diminuer. Les retraites ont baissé de 15 à 44 % selon les personnes et les salaires ont chuté de 24 % en quatre ans, le salaire minimum a baissé de 14 % depuis 2008. Près d’un tiers des habitants vivent sous le seuil de pauvreté et certaines sources annoncent qu’un quart des enfants iraient à l’école le ventre vide. Au gré des coupes budgétaires imposées par les créanciers, les Grecs expérimentent malgré eux la décroissance que des écologistes du nord de l’Europe appellent de leurs vœux. Sauf que, pour la plupart, cette sobriété forcée n’a rien d’heureuse.

 

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Manifestation du 21 juillet

Vanessa, une énergique trentenaire impliquée dans les milieux libertaires athéniens ne cache pas son exaspération. Chômeuse quasiment à plein temps depuis cinq ans, elle est retournée vivre chez sa mère, comme la plupart des jeunes grecs que j’ai pu rencontrer. « Je veux retrouver ma liberté, je n’en peux plus d’habiter chez ma mère et de devoir lui demander de l’argent dès que je veux faire quelque chose. » A défaut de trouver du travail, elle a repris ses études avec une idée en tête, quitter la Grèce en espérant trouver ailleurs suffisamment de ressources pour voler de ses propres ailes. Elle rejoindra bientôt sous d’autres cieux les 300 000 Grecs qui ont pris le chemin de l’exil économique depuis 2010.

Quitter Athènes est aussi l’obsession de Yannis. Quarantenaire, il jongle entre les petits boulots plus ou moins déclarés dans le bâtiment et les périodes de chômage. Lui ne veut pas partir à l’étranger mais gagner la campagne autour de Katerini, dans le nord du pays où une partie de sa famille est installée. « A Athènes il n’y a pas de travail, il te faut de l’argent pour tout et il n’y a aucun moyen d’être autonome. » Pour lui, la seule issue à la crise est l’exode urbain, et il assure qu’il a déjà commencé. Un sondage datant de 2012 confirme cette tendance : 68 % des habitants d’Athènes et de Thessalonique interrogés songeaient alors à quitter la ville pour la campagne.

 

"Le pire est à venir"


Vassili, trentenaire au regard sévère atténué par son physique d’ours en peluche, relativise cette vague supposée de retour à la terre. « Il y a du monde pour parler de décroissance, mais beaucoup moins quand il s’agit de travailler la terre », dit-il en ciblant principalement ses camarades libertaires qu’il désespère de voir un jour joindre le geste à la parole. Lui cultive des oranges depuis deux ans avec quelques amis sur un terrain qu’on leur prête en échange de coups de main. Ils font aussi des conserves et des champignons dans une cave d’Exerchia, le quartier anarchiste d’Athènes. Ils vendent une partie de la production sur un marché informel, consomment et échangent le reste. Pour Vassili, les Grecs seront dépendants de la Troïka tant qu’ils seront incapables de produire leur propre nourriture, et il craint qu’ils le soient encore longtemps.

J’interpelle Dimitris alors qu’il gare son scooter près d’un parc. Ce quarantenaire athlétique est très loin de ce genre de considérations. Quand je lui demande si l’austérité l’a poussé à changer son mode de vie, il répond : « Je sors beaucoup moins. Je ne peux plus mettre d’argent de côté. J’ai du quitter mon appartement pour un plus petit. Je réduis ce qui ne m’était pas nécessaire. » Mais, en tant que fonctionnaire et célibataire, il fait partie de ce qu’il reste de la classe moyenne grecque et à ce titre, il refuse de s’appesantir sur sa situation. « Ça m’a affecté mais ce n’est rien comparé aux gens qui ont une famille. Moi, mon salaire tombe à la fin de chaque mois, dit-il. Tout autour de moi, il y a des gens sans emploi et qui galèrent pour prendre soin de leurs enfants. Je ne vois pas trop d’issue joyeuse à la situation. Surtout que le pire est à venir. »

 

 

Un sentiment partagé par Clio, une joueuse de harpe d’une trentaine d’année qui tente bon an mal an de vivre de son art. « Avec la nouvelle loi, les gens vont se faire expulser de leur logement s’ils n’arrivent pas à payer leurs taxes. Les prix des produits de base vont augmenter ; le sucre, les pâtes. Et même le bois de chauffage. Là, les gens ne sont pas trop mal, il fait beau et tout le monde est dehors. Viens cet hiver quand personne ne pourra se chauffer, ce sera autre chose. La moitié au moins des immeubles coupent le chauffage central, les gens circulent dans leur appart’ avec des manteaux et se chauffent a la couverture électrique quand ils dorment. L’hiver dernier, Athènes était entourée d’un brouillard épais car les gens brûlaient tout ce qui leur tombait sous la main. »

 

« Nous devions changer, mais pas comme ça »

Luc Ferry, qui a dû visiter la Grèce sans descendre de l’avion, écrivait mi-juillet dans Le Figaro qu’en « traversant le pays, si on voit parfois la pauvreté, on ne voit la misère nulle part ». Certes, l’économie informelle et l’entraide familiale permettent encore aux Grecs de survivre. Mais il suffit de s’éloigner quelque peu des hôtels de luxe pour l’observer, la misère. Au Pirée, à quelques arrêts de bus seulement du port où les touristes débarquent par milliers chaque jour, les victimes innocentes de la guerre économique menée contre la Grèce se regroupent sur une petite place rebaptisée Square de la solidarité. Des bénévoles organisent plusieurs fois par semaine des distributions de repas pour une centaine de personnes, ainsi que des distributions de produits frais et secs récoltés devant les supermarchés et les marchés.

Des SDF édentés, sacs en plastique aux pieds, côtoient des retraités dont l’accoutrement impeccable ne laisse pas transparaître leur situation. Alors que les premiers mangent leur plat servi dans un récipient en plastique sur un banc ou à même le sol, les autres disparaissent une fois leur gamelle remplie, honteux de leur détresse. Je n’ose leur demander, comme à mes autres interlocuteurs, s’ils trouvent des vertus à l’austérité.

 

 

L’effondrement économique n’a pas eu tant d’impact sur le quotidien de Kristina, une fonctionnaire de 37 ans, qui attend un ami sur un banc de pierre. Certes, elle dépense et voyage moins mais elle assure que cette remise en question de son mode de vie a été salutaire. « On faisait des prêts pour acheter des choses dont on n’a pas besoin. J’ai même fait un prêt pour partir en vacances, se rappelle-t-elle, un peu honteuse. Il était nécessaire de réagir parce que mon pays était malade et on menait une vie folle, nous devions changer. Mais pas comme ça. Ce sont toujours les mêmes qui paient les pots cassés, et pas ceux qui devraient payer. »

Dora, militante libertaire impliquée dans des actions de soutien aux migrants arrive elle aussi à trouver du positif dans la situation : « Depuis le début de la crise, des centaines d’initiatives solidaires et basées sur l’autogestion ont vu le jour à travers le pays et beaucoup de gens ont pris conscience de la dictature de la Troïka et des méfaits du capitalisme. » Cliniques autogérées, jardins partagés, circuits courts, cuisines populaires, collectifs de lutte contre les expulsions locatives ou la privatisation de régies municipales de l’eau, échanges de services...

La nécessité a poussé les Grecs à s’organiser pour assumer ensemble les tâches que l’État a renoncé à accomplir et à expérimenter, dans la douleur, l’autogestion, la gratuité, l’entraide et la décroissance. « Il y a eu un pic en 2012, mais en ce moment ça stagne. Les gens sont fatigués », nuance Nansy, impliquée dans le centre social Nosotros à Exerchia. Elle impute cette baisse de régime à Syriza qui « s’est approprié les mots et les idées de ces mouvements et en a détourné les énergies »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 15:00

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

En Grèce, la campagne sans saveur d'un Syriza en mutation

|  Par Amélie Poinssot

 

 

 

Les Grecs élisent de nouveaux députés ce dimanche 20 septembre, pour la deuxième fois en neuf mois. Des élections anticipées provoquées par le premier ministre Alexis Tsipras, qui ne pouvait plus compter sur une majorité au parlement. Aux antipodes des espoirs soulevés en janvier, Syriza tente, tant bien que mal, de convaincre les électeurs qu'il peut encore améliorer le mémorandum d'austérité signé à Bruxelles.

 

Athènes (Grèce), de notre envoyée spéciale.- « Allons-nous payer cette dette ? » « Noooonnn ! » « Allons-nous payer cette dette ? » « Noooonnn ! » La foule répond d'une seule et même voix. À la tribune : Zoi Konstantopolou, celle qui fut pendant sept mois présidente de la Vouli, le parlement grec. Celle, aussi, qui fut à l'origine d'un audit sur la dette publique grecque. Depuis fin août, elle a quitté le parti d'Alexis Tsipras. Puis elle a rejoint le tout nouveau parti formé par l'aile gauche de Syriza qui prônait la sortie de la zone euro et a fait scission, Unité populaire. Personnalité aussi agaçante pour les uns qu'elle est adulée par les autres, Zoi Konstantopoulou soulève des salves d'applaudissements ce mardi soir sur Omonia, l'une des places centrales d'Athènes. Les formules sont appuyées et font mouche. « Au dilemme entre mémorandum ou démocratie, nous répondons : démocratie ! Au dilemme entre soumission ou démocratie, nous répondons : démocratie ! Au dilemme entre euro et démocratie, nous répondons : démocratie ! » Alexis Tsipras et Εvanguelos Meïmarakis (le chef de la droite, qui a pris la suite d'Antonis Samaras après sa démission en juillet) sont renvoyés dos à dos. Syriza, diabolisé, concentre les attaques et la candidate invite les électeurs à ne pas voter pour « les plus à droite que la droite, les plus pro-austérité que les fidèles de l'austérité »… On a peine à croire qu'il y a encore deux mois, Zoi Konstantopoulou était membre de ce parti.

La foule en réalité n'est pas bien dense et l'ambiance, plutôt terne. La circulation n'a pas été coupée, à peine la moitié de la place est occupée par le rassemblement. L'opposition de gauche à Syriza peine à mobiliser ? La lassitude des électeurs doit atteindre des sommets. Il est loin, le temps des grands meetings politiques qui rythmaient les campagnes électorales en Grèce. Et elle est déjà loin, aussi, cette époque où la gauche grecque mobilisait des foules combatives et pleines d'espoir. C'était pourtant… il y a neuf mois. Alexis Tsipras emmenait Syriza autour d'un programme fondamentalement radical : retrait de toutes les mesures d'austérité votées depuis 2010, fin de la supervision de la Troïka, restructuration de la dette publique. Les meetings étaient pleins, les candidats enchaînaient les réunions publiques. « L'espoir arrive », disait le slogan du parti de la gauche radicale. Aujourd'hui, le parti assure qu'il va pouvoir « renégocier » le mémorandum. Personne n'a l'air d'y croire. C'est à peine si les députés Syriza candidats à leur réélection décrochent leur téléphone à l'appel d'une journaliste. Seul Tsipras remplit les salles et parcourt le pays. Pour le reste, la campagne se résume à des spots télévisés et des interviews des principaux responsables politiques.

 

Zoi Konstantopoulou pendant son meeting le 15 septembre à AthènesZoi Konstantopoulou pendant son meeting le 15 septembre à Athènes © Amélie Poinssot
 

Il faut dire que le bilan de Syriza n'est pas glorieux. À part la réforme du code de la nationalité favorable aux enfants d'immigrés, aucune mesure de son programme n'a pu être mise en œuvre. Les électeurs seront nombreux à bouder les urnes : le sens de ce scrutin est indéchiffrable pour qui n'est pas politisé. Le 5 juillet en effet, les Grecs votaient massivement « non » au plan d'austérité proposé par la Commission européenne. Or dix jours plus tard, leur gouvernement entérinait un programme encore plus sévère en termes de mesures budgétaires. Et il faudrait à présent le reconduire au pouvoir ? Maria, une mère de famille au chômage, est venue écouter Zoi Konstantopoulou. « J'en ai assez des mensonges de Tsipras, de Nouvelle Démocratie, du PASOK, nous dit-elle. On en a marre de payer leurs erreurs. On veut un avenir pour nos enfants, on veut qu'eux aussi puissent fonder une famille. » Syriza dans le même panier que les deux partis traditionnels de Grèce, la droite et les socialistes : l'exercice du pouvoir aura été fatal pour le parti de la gauche radicale...

« Tsipras a cassé l'espoir qu'il avait pourtant lui-même personnifié. Il a prétendu qu'il n'y avait pas d'alternative », regrette Errikos Finalis, membre jusqu'au 30 juillet dernier du comité central du parti. Après la signature, le 13 juillet, de l'accord à Bruxelles qui posait les bases de ce que l'on appelle désormais le « troisième mémorandum », les démissions se sont succédé à la tête de Syriza. Les différents courants les plus à gauche de ce parti – fondé à l'origine par une coalition d'organisations alternatives, marxistes, trotskistes, ou encore de tendance écologique – ont claqué la porte, le KOE d'abord (Organisation communiste de Grèce), puis la Plateforme de gauche (le courant anti-euro emmené par Lafazanis, qui a lancé fin août le parti Unité populaire), puis différentes personnalités, y compris des cadres de la ligne Tsipras. Au total, la moitié des quelque 200 membres du comité central sont partis. « C'est la fin d'une époque, non seulement pour Syriza, mais aussi pour la gauche et pour les luttes populaires. La gauche n'offre plus aucune perspective à une population complètement désillusionnée et désorientée », affirme Errikos Finalis.

Après la signification européenne de l'arrivée au pouvoir en janvier d'une gauche radicale, puis le moment historique de la victoire éclatante du « non » au référendum, la chute, de fait, est brutale. « Les élections précédentes avaient un sens : en 2012, il s'agissait de donner une claque au vieux système politique, début 2015 il s'agissait de faire gagner la gauche. Cette fois, les électeurs sont invités à se rendre aux urnes… pour que Syriza se débarrasse officiellement des poids lourds de la gauche et se réorganise en interne !, lâche Errikos Finalis. C'est un programme de clarification politique, pour aboutir à un gouvernement de coalition qui correspond au fond à ce qu'attendent les Européens. Tsipras n'aura fait que rétablir l'ancien système politique. » Dans le bureau de ce militant de longue date, les affiches témoignent d'une époque révolue pourtant pas si ancienne : « Non aux mémorandums et à la Troïka. Votons Syriza ! »

 

Les deux erreurs de Tsipras

Errikos Finalis est d'autant plus amer que son courant, et d'autres, avaient mis leurs réserves en sourdine à l'approche des élections de janvier. Ils avaient joué l'unité du parti pour se donner toutes les chances de remporter les élections. Même si, depuis les élections européennes de mai 2014, ils observaient avec méfiance une certaine réorientation de Syriza, trop au centre à leur goût. La multiplication des voyages de Tsipras aux États-Unis, notamment, en hérissait plus d'un au sein du parti. « Nous avons avalé pas mal de couleuvres pour ne pas ternir l'image de Syriza en public », assure Errikos. Il voulait y croire. Il y a cru. Il ne pensait pas que le virage, une fois au pouvoir, serait si rapide.

Or le virage n'a pas seulement été rapide au niveau de la politique engagée par l'exécutif, il a aussi été rapide dans le processus de prise de décision en interne… Au sein de Syriza, depuis le premier accord avec les Européens, le 20 février, on reproche à Tsipras de ne plus tenir compte des différentes sensibilités du parti. Et alors qu'un congrès devait se tenir ce mois de septembre et aurait fourni l'occasion aux membres du parti de s'expliquer après cette année mouvementée, le chef du parti et premier ministre a fait sauter cette échéance en appelant aux élections anticipées. Les militants sont autant remontés contre l'acceptation de l'austérité européenne que contre ce fonctionnement, perçu comme antidémocratique. Désormais, Alexis Tsipras semble prendre ses décisions de manière assez solitaire. Entouré d'un cercle restreint composé de Nikos Pappas, son bras droit de toujours, de Panos Skourletis, l'ancien porte-parole du parti à la langue de bois maîtrisée, et de quelques conseillers qui aujourd'hui fuient la presse, le premier ministre semblait même passer outre l'avis du numéro 2 du gouvernement, Yannis Dragasakis. Ce dernier avait en effet exprimé quelques réserves sur la décision d'organiser un référendum.

De fait, le référendum a joué à contre-courant de l'intérêt des Grecs. À Bruxelles, il a profondément énervé les dirigeants européens. « Mais ce référendum a en réalité été très utile, assure Yorgos Korfiatis, un trentenaire militant de Syriza. Il a permis de faire taire l'opposition intérieure, et de mettre fin au chantage du Grexit. Il faut se rappeler les pressions européennes pour faire chuter le gouvernement Tsipras… tandis qu'à Bruxelles on recevait les chefs des centristes et de la droite, prêts à former un nouvel exécutif ! Le résultat a prouvé aux Européens que loin d'être isolé, Tsipras avait tout un peuple derrière lui. Et cela a cloué le bec aux médias grecs, qui faisaient campagne pour le Oui en faisant planer le risque de la sortie de la zone euro. Cela a permis d'écarter le scénario de la “parenthèse de gauche” prête à se refermer. »

Problème, estime Kostas Lapavitsas, économiste marxiste et ancien député Syriza, aujourd'hui candidat sur les listes d'Unité populaire, Alexis Tsipras a commis deux erreurs. Une erreur politique : celle de refuser que la Grèce quitte la zone euro (« Il n'a pas compris ce qu'était l'Union monétaire, or cette union implique forcément l'application de politiques d'austérité »), et une erreur stratégique : celle de ne pas avoir cherché à créer des alliances avec la France et l'Italie, de manière à ce que ces dernières exercent une pression sur l'Allemagne. Lapavitsas n'en démord pas. Ce qu'il faut, c'est que la Grèce se mette en cessation de paiement « afin de dégager des marges de manœuvre budgétaires pour financer une politique de relance ». L'attachement des Grecs à l'euro, il n'y croit pas. Il aurait fallu préparer dès le départ une sortie organisée. Kostas Isychos, qui était ministre adjoint à la défense dans le gouvernement Tsipras et se présente aujourd'hui sur les listes d'Unité populaire, le confirme : « Le premier ministre a fait un choix politique, parfaitement conscient, de rester dans le cadre de l'euro. Il n'avait pas d'arme dans la négociation. En revanche il avait une bombe atomique avec le résultat du référendum. Il ne s'en est pas saisi. Il faut dire qu'il était lui-même surpris par l'ampleur du Non. » Isychos, lui, travaillait sur le développement des échanges avec des pays hors UE : Russie (trois voyages en six mois), Brésil, Chine, Iran. « Tsipras ne nous suivait pas là-dessus, il ne voulait pas provoquer d'affrontement ni avec les Européens, ni avec Washington. »

 

"Le non l'emportera", le slogan électoral d'Unité Populaire."Le non l'emportera", le slogan électoral d'Unité Populaire. © Amélie Poinssot
 

Difficile de saisir la ligne d'Unité populaire, membre du gouvernement jusqu'en juillet, aujourd'hui son premier adversaire. Que pourra faire cette petite formation dans l'opposition ? Sera-t-elle même en mesure de constituer un groupe parlementaire substantiel ? Face à une droite emmenée par l'un de ses piliers, un sexagénaire vulgaire et populiste en la personne d'Evanguelos Meïmarakis, la gauche grecque renoue avec ses vieux démons : ses sempiternelles divisions et ses discours en boucle. Les amis d'hier deviennent les pires ennemis, des barrières idéologiques hier invisibles apparaissent aujourd'hui infranchissables. Ce deuxième scrutin 2015, loin d'apporter du renouveau, donne à voir une scène politique sclérosée.

 

Naïveté et manque d'expérience

Tout, à Athènes, incarne la confusion et la désillusion. Dans les rues, des affiches électorales à moitié déchirées se superposent, l'« espoir » de janvier, l'appel au non de juillet, les nouvelles promesses de septembre. « Débarrassons-nous du passé, conquérons le lendemain », dit maintenant le slogan de Syriza, « le Non l'emportera », placarde Unité populaire. Lequel se veut le nouveau parti de gauche anti-système, tout en incorporant dans ses rangs des figures vues et revues, notamment deux apparatchiks syndicaux de la compagnie nationale d'électricité et de la télévision publique… À quelques jours du scrutin, la plupart des quotidiens ne se donnent même pas la peine de faire leur une sur les élections. Le sujet est ailleurs. La Grèce voit arriver des milliers de réfugiés chaque jour. Athènes et son port, Le Pirée, sont devenus le lieu de passage n° 1 en Europe. Syriens et Afghans arrivent par centaines chaque jour sur les ferries en provenance des îles du Dodécanèse, celles qui font face aux côtes turques. La plupart d'entre eux repartent aussitôt vers la frontière avec la Macédoine. Ces jours-ci, la route migratoire du nord, via les 12 kilomètres de frontière terrestre qui séparent la Grèce de la Turquie, est en train de rouvrir – c'était le principal point de passage il y a trois ans. Deux mondes se côtoient sans se croiser. La politique politicienne et la détresse des migrants. La grande absente de la campagne.

 

Dans une rue d'Athènes, l'affiche électorale de Syriza accolée à une affiche de juillet appelant au 'non'Dans une rue d'Athènes, l'affiche électorale de Syriza accolée à une affiche de juillet appelant au 'non' © Amélie Poinssot
 

Sur le terrain, chez les sympathisants et les militants, c'est la déroute. L'organisation de jeunesse de Syriza a vu partir au moins deux tiers de ses effectifs cet été. « Solidarité pour tous », le réseau national de collectifs d'entraide en partie financé par Syriza (chaque député lui versait 8 % de son salaire) se déchire. Faut-il continuer à travailler main dans la main avec un parti qui dans les faits mène une politique opposée à ce que prônent ces collectifs autogérés ? Christos Giovannopolous, un des piliers du mouvement, en est convaincu : il faut se séparer de Syriza. Pour lui, la formation de Tsipras est devenu un parti gestionnaire, guidé seulement par des choix électoralistes et politiciens, complètement déconnecté de sa base. « Je ne veux pas être l'alibi de gauche de Syriza », dit-il.

Quelques personnalités, pourtant, veulent y croire encore. C'est le cas de Sia Anagnostopoulou (que Mediapart avait invitée pour une soirée de débats consacrée à la Grèce, en juillet). En campagne dans sa circonscription de Patras, dans l'ouest du pays, cette historienne entrée en politique à la faveur des élections de janvier et qui fut secrétaire d’État aux affaires européennes dans le bref intermède entre l'accord du 13 juillet et la convocation des élections anticipées, fin août, estime qu'il y a encore des marges de manœuvre et qu'elle n'a « pas le droit » d'abandonner ses électeurs. « Il faut poursuivre la bataille. Le gouvernement Tsipras a réussi à percer quelques brèches dans le bloc européen. Certes, nous n'avons pas pu appliquer notre programme, mais toute cette négociation s'est déroulée sous le chantage du Grexit, une direction qui aurait été non seulement suicidaire pour la Grèce, mais qui était également contraire à nos engagements de campagne. Nous l'avions dit aux électeurs en janvier, nous voulions un accord au sein de la zone euro. » Sia Anagnostopoulou en est convaincue : l'application du mémorandum est encore négociable. Tsipras, en signant un accord lié à un financement sur trois ans, a en réalité réussi à gagner « du temps et de l'espace » à un moment d'asphyxie bancaire où la Grèce n'avait aucune source de financement.

Et Syriza est bien placé pour mettre enfin en place une ambitieuse politique de réformes en Grèce : « Nous ne sommes pas liés à l'oligarchie comme l'est la droite de Nouvelle Démocratie. Nous avons les coudées franches pour lutter contre la fraude et l'évasion fiscales. » Mais le gouvernement Tsipras n'a-t-il pas manqué de préparation pour la négociation qui l'attendait ? « Nous avons tous été victimes d'une certaine naïveté, reconnaît la candidate. Moi-même, tout en sachant que la négociation avec les Européens allait être difficile, je croyais profondément à l'Europe démocratique, l'Europe du consensus, je croyais sincèrement que l'on allait trouver ensemble une voie alternative… J'ai été naïve à ce niveau-là. Nous avons manqué également d'alliés politiques sur le continent. Nous n'avions pas cherché ces dernières années à bâtir des alliances avec les socialistes ou les Verts par exemple. C'est une erreur et nous allons travailler là-dessus. Il y a des forces qui ne sont pas exclusivement de gauche mais qui partagent avec nous le constat que le dogme de l'austérité ne peut pas être la solution. »

 

Konstantin Tsoukalas, l'une des figures intellectuelles du parti, qui a siégé à la Vouli pendant cette dernière législature, l'admet sans détour : « Nous n'avons pas pu mettre en œuvre une politique de gauche. La situation économique était trop difficile – et même dangereuse. Tsipras a par ailleurs sous-estimé la force de la droite européenne. Et Syriza manquait d'expérience. En politique, il faut savoir deviner ce qui est faisable ou pas, ce que l'on peut dire et ce que l'on ne peut pas dire, comprendre qu'une bataille n'est jamais complètement gagnée, jamais totalement perdue. Les ministres de ce gouvernement ont dû apprendre toutes ces subtilités en cours de route. » Les négociations se sont en outre déroulées dans un contexte européen très hostile à Syriza, rappelle cet universitaire, un environnement qui est sur le point de changer. « Sans être béatement optimiste, j'observe avec beaucoup d'intérêt le réancrage à gauche du Labour. Des élections sont à venir au Portugal, en Espagne, en Irlande. Renzi et Hollande sont en train d'évoluer. Pour la première fois depuis le traité de Maastricht, il se pourrait que l'orthodoxie allemande soit ébranlée. Une nouvelle alliance progressiste pourrait changer l'équilibre des forces européennes. »

 

Le kiosque électoral de Syriza, dans le centre d'Athènes.Le kiosque électoral de Syriza, dans le centre d'Athènes. © Amélie Poinssot
 

Une cadre de Syriza, membre du comité central, admet qu'il y a eu des erreurs : « Tsipras a cru que la politique était au centre des intérêts européens, qu'elle était plus importante que les questions économiques. C'était une position trop idéaliste. Il nous a fallu apprendre, nous avons découvert combien les décisions se prenaient par rapport aux chiffres, nous avons fait le constat de l'impossibilité. » En définitive, résume cette personne, « il y avait d'un côté des Européens convaincus qu'ils avaient devant eux quelqu'un qui allait finir par tout accepter ; et de l'autre, un gouvernement grec qui croyait que parce qu'il avait des arguments logiques il allait être entendu. Ni l'un ni l'autre n'ont réussi ».

Toutes les personnes interrogées – anciens membres du gouvernement, députés et cadres de Syriza ou qui ont quitté le parti – le disent, il n'y a jamais eu de plan B. Les affirmations de Varoufakis comme quoi il aurait travaillé sur un scénario alternatif n'ont pas de sens. Cela n'a jamais été présenté en conseil des ministres. « Varoufakis est en train de réécrire l'Histoire, lâche une source gouvernementale de premier rang. Mais l'Histoire, c'est ce qui est en train de se passer, ce n'est pas ce que l'on aurait aimé qu'il se passe ! » La vérité, poursuit ce participant aux négociations, « c'est que l'accord du 13 juillet aurait pu être signé beaucoup plus tôt. Mais les dirigeants européens ne voulaient pas envoyer un tel signal avant les élections en Espagne. Certaines forces à Bruxelles ont cherché à nous faire tomber. Dès le 15 février, j'avais été briefé très sérieusement sur la possibilité d'un contrôle des capitaux [mis en place fin juin et toujours en vigueur – ndlr]. Il y a eu l'asphyxie financière par la BCE, la fuite massive des capitaux grecs… Nous étions acculés à signer un accord qui ne nous convenait pas, sinon nous entraînions le pays vers le chaos total. Vous savez, quels que soient le niveau de préparation d'un gouvernement et sa capacité à élaborer un programme, tout cela, finalement, a un impact assez faible devant les rapports de force qui se jouent au niveau européen. Et le rapport de force nous était complètement défavorable ».

L'accord final est, certes, un programme d'austérité dure. Mais il avance sur plusieurs points. La perspective d'une restructuration de la dette est entérinée. La sécurisation des besoins financiers du pays est assurée sur trois ans avec un total de 86 milliards d'euros de prêts – au lieu des 5-6 mois de couverture prévus au départ. Enfin, assure cette source, de nombreux sujets sont encore ouverts et négociables. « Ce mémorandum ne peut pas nous sortir de la crise. Il faut l'intégrer dans un programme plus large qui comprendra une lutte efficace contre la corruption, contre la collusion, une profonde réforme de l’État. C'est cela que nous allons nous efforcer de faire, avec le souci d'une plus grande justice sociale. »

L'électorat est loin d'être convaincu. Il est peu probable que Syriza obtienne la majorité absolue à l'Assemblée ce dimanche. Pour continuer à gouverner, il lui faudra former une coalition avec ses ennemis d'hier, les socialistes du PASOK et/ou les centristes de Potami. Les mauvaises langues parlent même d'une grande coalition avec la droite de Nouvelle Démocratie. Dans un entretien accordé dimanche au quotidien Kathimerini, le leader de la droite s'est en effet montré ouvert à tous les scénarios d'alliance – une hypothèse toutefois formellement écartée par notre source gouvernementale. Reste que, pour l'heure, le résultat de la première expérience d'exercice du pouvoir de Syriza ne fait pas la différence, aux yeux des électeurs, avec les politiques d'austérité menées par les gouvernements passés. C'est de cette manière, en brouillant son message politique, que le PASOK s'est effondré.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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