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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 20:25

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Débattre Austérité

Grèce : quel premier bilan pour la gauche, après cent jours de gouvernement ?

par

 

 

 

 

Où en est la gauche anti-austérité au pouvoir en Grèce depuis fin janvier ? Après cent jours de gouvernement, le Premier ministre Alexis Tsipras semble pris en tenaille, coincé entre, d’un côté, les exigences des créanciers du pays et, de l’autre, ses 2,2 millions d’électeurs qui attendent que les promesses soient tenues a minima. Voici un décryptage des points de blocages, des déceptions mais aussi de « la Grèce qui change malgré tout ».

Le nouveau gouvernement grec vient de passer le cap de cent jours au pouvoir. Il est donc possible de faire un bilan provisoire de son action. Dans ce texte je tenterai de recenser les principales difficultés rencontrées ainsi que les critiques qui lui sont adressées avant de décrire les aspects qui laissent entrevoir malgré tout un espoir de changement positif.

 

Le « compromis honorable » introuvable

Le premier constat qu’on fait à Athènes est que le temps semble suspendu. Rien n’a changé en apparence depuis trois mois. Tout le monde attend le résultat des négociations avec les créanciers qui s’éternisent. Le gouvernement de Tsipras paye aujourd’hui le prix de son inexpérience et de son impréparation : l’accord du 20 février n’a pas assuré le versement de la dernière tranche du précédent programme de financement, ni la liquidité nécessaire en provenance de la Banque centrale européenne (BCE). L’État grec se trouve donc constamment au bord de la cessation de paiements.

Pourtant le gouvernement a fait de nombreuses concessions face à la pression des institutions et le risque d’une faillite imminente. Il a également honoré l’ensemble de ses obligations envers les créanciers – plusieurs milliards d’euros déjà prélevés sur le budget de l’État qui du coup n’ont pas été utilisés pour relancer l’activité ou réparer les services publics. En effet, l’économie du pays stagne dans ce climat d’incertitude. Les prévisions de croissance pour l’année 2015 ont été revues fortement à la baisse de 1,4 % à 0,8 %. Le chômage reste extrêmement élevé. Et la Grèce n’a pas touché un euro de la part du mécanisme de soutien financier européen depuis bientôt un an.

 

Tsipras pris en tenaille à l’intérieur

Sur le front de la politique intérieure le premier ministre est coincé : d’un côté l’opposition et les médias dominants le pressent de « signer » avec les créanciers, quelques soient les conditions de l’accord. Pour ce faire ils brandissent des sondages douteux, supposés montrer que les Grecs sont « prêts à tous les sacrifices pour garder l’Euro » et reproduits largement par les médias européens. Ce que l’opposition veut c’est une compromission humiliante qui montrerait ainsi que la rhétorique anti-austéritaire de Syriza était bien du « populisme utopique ».

De l’autre côté l’aile gauche du parti et les millions d’électeurs de classes populaires et moyennes souffrant de la crise qui ont élu ce gouvernement attendent que celui-ci respecte a minima ses promesses électorales : pas de diminution des pensions et des salaires ; reforme de l’impôt pour plus de justice sociale ; régulation du marché de travail ; lutte contre la corruption, la fraude fiscale et les oligarques ; allégement du fardeau des dettes bancaires ; augmentation du salaire minimum…

Tsipras et son gouvernement doivent donc à tout prix obtenir des créanciers un accord « défendable » en interne, faute de quoi la popularité dont ils jouissent toujours risque de s’envoler et la majorité parlementaire qui les soutient imploser. Ceci d’autant plus que de nombreuses voix à gauche s’élèvent désormais pour critiquer leur gestion du pouvoir. En effet, des signes inquiétants se font jour : manque de transparence dans les processus de prise décision, concentration du pouvoir entre les mains du premier cercle de Tsipras, marginalisation d’un certain nombre de personnalités du parti, difficulté à s’ouvrir à la société civile.

 

Le cas emblématique de la télévision publique

Récemment, les critiques se sont cristallisées autour de la désignation de la direction de ERT, la radiotélévision publique ressuscitée après la fermeture décidée de manière autoritaire par le précédent gouvernement à l’été 2013 (Basta ! était sur place à l’époque). En effet, la loi définissant les nouveaux statuts de ERT ne comporte que peu de garanties au niveau de son indépendance face au pouvoir politique, du contrôle par les citoyens, de l’implication de salariés à sa gestion...

De plus, la désignation du nouveau président et du nouveau directeur exécutif se sont faites de manière opaque. Le processus a été conduit par le ministre Nikos Pappas, un proche de Tsipras, sans qu’un projet soit présenté formellement par les différents candidats, seulement des CV qui ont été “examinés dument” mais on ne sait pas par qui.

Les critiques ont été plus fortes encore en raison des personnalités choisies. Le président choisi pour la nouvelle ERT est Dionissis Tsaknis, un chanteur et compositeur populaire, proche des mouvements sociaux, dont les convictions exprimées publiquement sont très ancrées à gauche. Mais en même temps il n’a aucune expérience dans l’audiovisuel et c’est aussi l’un des artistes qui a le plus profité de la bulle des industries culturelles grecques dans les années 90 et 2000.

Son directeur exécutif, Lambis Tagmatarhis, est quant à lui un cadre expérimenté de l’audiovisuel en provenance du privé, proche de l’establishment médiatico-financier. Il symbolise l’ère des excès du paysage médiatique. Ce choix controversé avait comme objectif déclaré d’éviter de placer un proche de Syriza ou quelqu’un sans l’expérience requise. Mais il a conduit des nombreuses personnalités respectées comme le professeur Yorgos Pleios, le journaliste Yorgos Avgeropoulos ou l’ancien directeur technique de ERT Nikos Mihalitsis à refuser d’intégrer le conseil d’administration de la radiotélévision publique .

Un autre problème pour la nouvelle ERT sera la cohabitation en son sein de deux groupes d’anciens salariés : ceux, les plus nombreux, qui se sont battus pendant deux ans pour sa réouverture à travers la radiotélévision autogérée ERTopen et ceux qui n’ont pas hésité à intégrer NERIT, la structure fantomatique mis en place par le gouvernement précédent. Les tensions entre les deux seront donc inévitables.

 

Les tâches herculéennes

Ce recours à des dirigeants de l’ancien « régime » illustre également la difficulté que connaît ce gouvernement pour s’entourer des cadres aux compétences nécessaires à la gestion du pays. Les professionnels affirmés susceptibles d’être utiles dans de nombreux secteurs de l’administration ont souvent immigré ou sont politiquement incompatibles avec le programme de Syriza. D’autres sont tout simplement très bien payés dans le privé. Or, l’état lamentable des finances ne permet pas au gouvernement de proposer à ses collaborateurs des salaires décents par rapport à l’énormité des tâches à accomplir.

En effet, les cadres gouvernementaux se trouvent en première ligne. Disposant des budgets anémiques, voir inexistants, ils sont obligés de composer avec une administration peu efficace, lente et bureaucratique. Ils sont systématiquement confrontés à la corruption de certains agents et aux intérêts privés qui ont profité pendant des années des deniers publics.

A titre d’exemple, selon le témoignage d’une députée, lors d’une visite de l’une de plus grandes prisons du pays à Domokos aucune archive sur les marchés lucratifs de fournitures n’a été trouvée. Toutes les traces des pratiques douteuses du passé avaient tout simplement disparu. Autre exemple, on a découvert que la capacité d’accueil affichée des prisons grecques était largement surestimé par l’administration pénitentiaire. La surpopulation, déjà dramatique, est donc pire que ce qu’on croyait. Le ministère a été obligé d’entreprendre un nouveau comptage de la réelle capacité d’accueil des prisons du pays, calculée cette fois-ci en fonction des standards internationaux.

 

La bataille pour assainir les médias

Même situation au secrétariat général de la communication où Lefteris Kretsos, le nouveau responsable qui a quitté une carrière d’universitaire en Grande Bretagne pour assumer la fonction, a découvert des situations ubuesques : des journalistes payés par l’agence de presse public APE qui n’ont jamais mis les pieds dans les locaux, ni produit la moindre information ; des locaux à l’étranger inexploités voir abandonnés ; des archives audiovisuels publics dans un piteux état.

Kretsos, un proche de Pappas, est en première ligne dans la bataille que le gouvernement tente de mener contre les oligarques qui contrôlent les médias. Il a ainsi récemment exigé le paiement des sommes dues par les chaînes privées pour l’utilisation des fréquences. Les chaines ont justifié leur manquement en évoquant la mise à disposition gratuite du temps d’antenne aux partis politiques, censée compenser le prix de l’utilisation des fréquences. Une excuse qui sonne comme un aveux.

L’autre tâche urgente pour le secrétaire général à la communication est l’examen des conditions dans lesquelles les chaînes privées en quasi-faillite ont obtenu des prêts avantageux des banques, qui elles mêmes avaient été précédemment re-capitalisées avec de l’argent public. Une disposition de la loi de refondation de ERT prévoit que le gouvernement peut révoquer les licences des stations de télévision qui ne peuvent pas payer leurs dettes. Des hommes d’affaires Grecs mais aussi étrangers sont en embuscade pour récupérer les fréquences si redistribution il y a. Faute d’une régulation suffisante et strictement appliquée le risque de créer une nouvelle oligarchie médiatique est existant.

Le projet de ré-agencement du système médiatique grec inclut également l’assainissement du paysage de l’information en ligne. Pour ce faire le gouvernement entend favoriser les sites d’information qui assurent un journalisme de qualité et se fonde sur des modèles économiques transparents, au détriment de ceux qui dépendent des financements douteux et qui pullulent sur l’internet grec diffusant rumeurs et fausses informations. Si l’idée est louable sa mise en œuvre risque d’être compliquée.

 

La Grèce qui change malgré tout

Pour s’apercevoir que la Grèce est réellement en train de changer lentement, il faut s’éloigner du triste spectacle qu’offre la négociation avec les créanciers et s’intéresser à la politique de basse intensité qui vise à changer des pratiques et des mentalités fortement ancrées depuis longtemps. La reforme pénitentiaire en cours qui vise à désengorger les prisons et améliorer les conditions de vie des détenus, même si c’est à moyens quasiment constants, est à ce titre emblématique. Il s’agit d’insuffler une nouvelle mentalité dans un système inhumain qui pendant longtemps a fonctionné à l’écart de la société.

Le même effort, très compliqué, est déployé en direction de la police. Samedi dernier a ainsi eu lieu sur la place Syntagma, devant la parlement, le premier festival de cannabis au centre d’Athènes. Pas un seul policier en uniforme n’est venu perturber cette fête de la jeunesse athénienne qui a repris possession des lieux après des années de répression féroce instaurant un climat de terreur policière au cœur de la ville. Cependant le ministre de la police Panousis reste une bête noire pour des nombreux militants et électeurs de Syriza à cause de ses déclarations droitières répétées.

Autre front de ce type, le ministère de la Culture, longtemps mis au services d’une conception nationaliste et étroite de l’art et de l’histoire, tente de s’assainir et de s’ouvrir. Ainsi le secrétaire général à l’archéologie a par exemple découvert des services désorganises et des locaux délabrés. Il a également révélé des multiples manipulations politiques des fouilles en cours dans le nord de la Grèce visant à gonfler la « fierté nationale » et faire diversion des politiques austéritaires mises en œuvre par le précédent gouvernement.

Enfin, le procès en cours des principaux dirigeants d’Aube dorée pour participation à une organisation criminelle est aussi un signal fort pour les populations d’origine étrangère. Ces-dernières peuvent de nouveau circuler sans peur dans les rues d’Athènes puisque les attaques racistes impunies ont drastiquement diminué (sans disparaître).

Dans la même veine, la libération des centaines de migrants des centres de détention immondes mis en place avec des fonds européens, la couverture maladie universelle, y compris pour les étrangers, le droit du sol remplaçant le droit du sang pour les enfants d’immigrés, le retrait des circulaires stigmatisant séropositifs et toxicomanes et la remise sur pied du système de soin pour les malades mentaux qui est en cours clôturent une période qui restera tristement célèbre dans l’histoire du pays : celle d’un racisme d’État violent et qui pour l’instant reste impuni.

Enfin, il faut ajouter aux points positifs évidement les mesures contre la pauvreté extrême – mais qui touchent une fraction seulement de ceux qui en ont besoin – , la réintégration des fonctionnaires licenciés injustement (dont les femmes de ménage du ministère de l’Économie et les employés de ERT), la reforme de l’Éducation nationale vers plus d’égalité et la mise en place d’une commission d’audit sur la dette par le Parlement. Des débuts encourageants mais dont la suite est conditionnée par l’issue des négociations avec les créanciers et la réussite, qui reste hypothétique, de la politique économique qui s’en suivra.

 

Niκος Smyrnaios [1] (voir son blog)

 

Photo : vue d’Athènes / CC Konstantinos Papakonstantinou

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 21:09

 

Source : http://www.liberation.fr

 

Les retraites grecques au régime

Maria MALAGARDIS Envoyée spéciale à Athènes

 

 

A Athènes, en août 2013. La Grèce compte aujourd’hui 2,6 millions de retraités.
A Athènes, en août 2013. La Grèce compte aujourd’hui 2,6 millions de retraités. (Photo Petros Giannakouris. AP)

 

REPORTAGE

Bruxelles et le FMI font pression sur Athènes pour baisser les pensions, alors que 45% des retraités vivent déjà sous le seuil de pauvreté.

 

Ioánnis Varvákis, aventurier grec du XIXe siècle, a sa statue dans le jardin national d’Athènes. Sous le regard impétueux de cet «homme d’affaires et pirate», se réunit chaque jour une assemblée improvisée d’élégants vieillards, presque aussi connue que le Parthénon, dans la capitale grecque. Ces impassibles octogénaires et nonagénaires se retrouvent pour jouer aux cartes ou au backgammon. Mais, en période électorale, ils se livrent également à des joutes oratoires épiques, qui ont contribué à leur célébrité. Savent-ils qu’ils sont au cœur des difficiles négociations entre la Grèce et ses créanciers ? Le dernier Eurogroupe, lundi à Bruxelles, a donné lieu mardi à une déclaration jugée plus «optimiste» que lors des précédents sommets. Et Athènes a, une fois de plus, honoré les échéances de sa dette en remboursant 750 millions d’euros au FMI, mardi. Mais les blocages persistent. Les interlocuteurs du gouvernement grec n’ayant pas renoncé à le faire plier sur les réformes qu’ils entendent lui imposer. Parmi ces «réformes», exigées par les créanciers, mais dont le contenu est rarement précisé publiquement, figureraient une nouvelle dérégulation du marché du travail (dans un pays où il n’y a déjà pratiquement plus de conventions collectives), ainsi qu’une nouvelle baisse des retraites.

Flegme. Assis en rang d’oignon, les vieillards du jardin ont tous déjà vu leurs pensions diminuer d’un tiers depuis cinq ans. «Je ne touche plus que 680 euros par mois», précise ainsi Dimitri, 83 ans, qui fut tailleur de chemises pour hommes avant de prendre sa retraite à 65 ans. «Moi, je suis veuf, et je peux me contenter de peu. Mais les familles, comment peuvent-elles survivre, si on les appauvrit sans cesse ?» s’interroge l’octogénaire, dont les enfants ont émigré en Suède. Le vieux Dimitri n’a pas voté pour Syriza, la coalition de la gauche radicale arrivée au pouvoir fin janvier. Et il s’offusquerait presque de la nouvelle mode du «sans cravate» adoptée par certains nouveaux ministres. «Le costume, ce n’est jamais anodin. La cravate impose l’autorité et le respect», affirme-t-il, en connaisseur. Pourtant, ce grand-père tiré à quatre épingles soutient désormais le combat de son gouvernement face à Bruxelles et au FMI. «On lui tord le bras pour imposer des mesures impopulaires. Mais pour l’instant, il tient bon», constate-t-il, avec un flegme oriental.

«Les retraites ? C’est une véritable bombe à retardement», admet un universitaire recruté par le nouveau gouvernement pour plancher sur la réforme de la sécurité sociale. «L’équation est simple, explique-t-il. En Grèce, il y a désormais 3,5 millions d’actifs, 1,5 million de chômeurs, et 2,6 millions de retraités. Il va donc bien falloir trouver un moyen pour continuer à financer le système, alors que les inactifs sont potentiellement plus nombreux que les actifs, et que l’économie est essoufflée par cinq ans d’austérité.»

Mais comment faire face au «péril vieux», dans un pays où le vieillissement de la population, amorcé dès le début du XXe siècle, s’est accentué avec l’exil de 300 000 jeunes diplômés depuis deux ans ? Les créanciers ont leur idée. «Ils veulent supprimer la prime de l’Etat accordée aux retraites les plus modestes, celles à 480 euros, qui seraient alors réduites à 320 euros», croit savoir l’universitaire. «Mais qui peut vivre avec si peu ?» s’inquiète-t-il.

Démunis. Or cette pension modeste à 480 euros concernerait un tiers des retraités. Lesquels, bien sûr, sont aussi des électeurs. Comme l’ensemble des 2,6 millions de retraités, qui n’ont peut-être pas voté pour Syriza mais qui, comme Dimitri, se retrouvent parfois en première ligne pour soutenir la résistance du gouvernement contre des créanciers plus inflexibles qu’ils ne l’ont jamais été face aux précédents gouvernements grecs, malgré l’échec patent de l’austérité imposée au pays.

«Aujourd’hui, la Grèce est en guerre. On nous étrangle, car nous sommes devenus l’exemple à abattre. Pour dissuader les autres pays européens de voter eux aussi contre l’austérité», martèle ainsi Voula Arnaoutaki, 56 ans. Retraitée de la fonction publique depuis quatre ans, Voula est l’exemple repoussoir pour les créanciers. «Mais ils feignent d’ignorer que j’ai bénéficié d’une retraite anticipée, justement parce qu’on m’a poussée vers la sortie, au nom de l’austérité. Et, avant de faire croire que les retraités grecs se la coulent douce à un âge précoce, il faudrait aussi rappeler qu’en Grèce, il faut attendre en moyenne deux ans avant de toucher toute sa retraite, en raison de retards chroniques dans les administrations. 400 000 candidats à la retraite attendent aujourd’hui le versement de leurs pensions», souligne cette femme énergique.

Elle travaille désormais comme bénévole dans l’un des centres qui distribuent des médicaments aux plus démunis. Parmi eux, beaucoup de retraités. «Ces vieux qui mendient leurs médicaments, poursuit Voula, ils n’ont même plus peur d’une sortie de l’euro. Car euro ou drachme, ils n’ont plus rien dans la poche.» 45% des retraités grecs vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, et 17% dans une «misère absolue», selon une estimation récente du ministre délégué à la Sécurité sociale.

 

A ECOUTER

 

Maria MALAGARDIS Envoyée spéciale à Athènes

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

 

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 17:03

 

 
 
 

 

La Grèce rembourse le FMI avec l’argent du FMI

|  Par martine orange

 

 

 

C’est par un tour de passe-passe que la Grèce est parvenue à rembourser le FMI le 11 mai. Elle a pioché l’essentiel de la somme dans le compte de réserve qu’elle détient auprès du FMI.

Le soulagement a été total chez les responsables européens lundi 11 mai quand le gouvernement grec a annoncé qu’il honorerait, comme prévu, le remboursement des 750 millions d’euros dus au Fonds monétaire international. Une fois encore, ont-ils soufflé, la Grèce évitait le défaut de paiement, redouté depuis des semaines par les financiers.

Erreur ! La Grèce est plus que jamais au bord de la faillite. Car c’est grâce à un tour de passe-passe que le gouvernement grec est parvenu à honorer sa dernière échéance, comme l’a révélé le journal grec Kathimerimi de mardi. Le gouvernement grec n’a apporté que 100 millions d’euros pour rembourser en partie le prêt consenti par l’institution monétaire. Tout le reste – 650 millions d’euros – a été prélevé sur le compte de réserve que la Grèce détient – comme tous les autres pays membres – auprès du FMI. En d’autres termes, l’argent du FMI a servi à rembourser le prêt du FMI.

L’opération s’est faite avec l’assentiment de la direction de l’organisation internationale. La Grèce a un mois pour renflouer totalement son compte de réserve. Si elle est dans l’impossibilité de le faire, elle sera techniquement déclarée en défaut, de la même manière que si elle n’avait pas payé la dernière échéance.

Cette nouvelle révélation confirme l’état d’urgence financier dans lequel se trouve le pays, alors qu’il négocie toujours un nouveau plan d’aide avec l’Europe. Le ministre des finances, Yanis Varoufakis, a déclaré lundi que l’État grec n’avait plus que quinze jours de réserves financières. Selon Market News citant des sources européennes, les réserves de l’État ne s’élèveraient plus qu’à 90 millions d’euros.

Le gouvernement grec espère trouver un accord avec les ministres européens des finances d’ici à la fin du mois, ce qui lui permettrait de recevoir au moins en partie les 7,2 milliards d’euros d’aide promis. Tout retard pourrait acculer la Grèce à la banqueroute, alors qu’un nouveau remboursement de 302,5 millions d’euros au FMI est dû au 3 juin.

Un nouveau mot est apparu dans le monde financier pour résumer cette situation dangereuse qui peut échapper à tout le monde de façon imprévisible : après le Grexit (pour la sortie de la Grèce de la zone euro), il parle de Graccident.

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 14:31

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Une taxe pour les 500 familles les plus riches de Grèce

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

La liste de réformes du ministère grec des finances prévoit aussi un relèvement de la surtaxe sur les salaires supérieurs à 30 000 euros par an et une hausse de la taxe sur les articles de luxe, par exemple les voitures haut de gamme, rapporte le quotidien allemand Bild.

 

Les 500 familles les plus riches de Grèce pourraient être assujetties à une taxe spéciale dans le cadre de la nouvelle liste de réformes soumises par le gouvernement grec à l'Eurogroupe des ministre des finances de la zone euro, rapporte le quotidien Bild daté de mercredi. Les négociations entre la Grèce et ses créanciers, l'Union européenne et le Fonds monétaire international, portant sur l'attribution d'une aide financière au pays en échange de réformes, sont dans l'impasse.

La liste de réformes du ministère des finances prévoit aussi un relèvement de la surtaxe sur les salaires supérieurs à 30 000 euros par an et une hausse de la taxe sur les articles de luxe, par exemple les voitures haut de gamme, précise le quotidien allemand. Le gouvernement de la gauche radicale d'Alexis Tsipras propose aussi d'introduire une taxe sur les croisières de luxe vers les îles grecques et une standardisation de la taxation du chiffre d'affaires.

Pour améliorer la transparence en matière fiscale, Athènes envisage d'obliger les Grecs à utiliser leurs cartes de crédit pour les paiements supérieurs à 70 euros, de façon qu'il y ait une trace des transactions, ajoute Bild. Le ministre grec des finances Yanis Varoufakis a déclaré mardi s'attendre à ce que l'Eurogroupe, qui doit se réunir lundi prochain, prenne acte de nouveaux progrès vers un compromis, ce qui ouvrirait la voie au versement d'aides financières.

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 15:15

 

Source : http://cadtm.org

 

Appel pour soutenir la Grèce qui résiste et sa Commission pour la Vérité sur la Dette publique.

Pour le droit des peuples d’auditer la dette publique.

4 mai

 

 

 

 

Aux peuples d’Europe et du monde entier,
À toutes celles et à tous ceux qui rejettent les politiques d’austérité et n’acceptent pas de payer une dette publique qui nous étrangle et qui a été contractée sans nous et contre nous.

 

Nous, signataires de cet appel, nous nous rangeons au côté du peuple grec qui, par son vote aux élections du 25 janvier 2015, est le premier en Europe et dans l’hémisphère nord à avoir rejeté les politiques d’austérité appliquées au nom du paiement d’une dette publique contractée par « ceux d’en haut » sans le peuple et contre le peuple. En même temps, nous considérons que la création, à l’initiative de la Présidente du Parlement grec, de la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque, constitue un événement historique d’une importance capitale, non seulement pour le peuple grec mais aussi pour les peuples d’Europe et du monde entier !

Le problème de la dette constitue un fléau qui sévit presque partout en Europe et dans le monde

En effet, composée de citoyennes et de citoyens volontaires venus des quatre coins du globe, cette Commission ne va pas manquer de faire des émules dans d’autres pays. D’abord, parce que le problème de la dette constitue un fléau qui sévit presque partout en Europe et dans le monde. Ensuite, parce qu’il y a désormais des millions et des millions de citoyennes et de citoyens qui, à juste titre, posent des questions à la fois élémentaires et fondamentales concernant cette dette :

« Qu’est devenu l’argent des emprunts, à quelles conditions ces emprunts ont-ils été conclus ? Combien d’intérêts ont été payés, à quel taux, quelle part du principal a déjà été remboursée ? Comment la dette a-t-elle enflé sans que cela profite au peuple ? Quels chemins ont suivi les capitaux ? À quoi ont-ils servi ? Quelle part a été détournée, par qui et comment ? 

 

Et aussi : Qui a emprunté et au nom de qui ? Qui a prêté et quel a été son rôle ? Comment l’État s’est-il trouvé engagé, par quelle décision, prise à quel titre ? Comment des dettes privées sont-elles devenues « publiques » ? Qui a engagé des projets inadaptés, qui a poussé en ce sens, qui en a profité ? Des délits, voire des crimes, ont-ils été commis avec cet argent ? Pourquoi n’établit-on pas les responsabilités civiles, pénales et administratives ? »

Toutes ces questions vont être analysées de manière rigoureuse par la Commission spéciale créée à l’initiative de la Présidente du Parlement hellénique. Cette commission a reçu comme mandat officiel de « rassembler toutes les données en rapport avec l’émergence et l’accroissement démesuré de la dette publique et de les soumettre à un examen scientifique minutieux afin de définir quelle en est la portion qui peut être identifiée comme dette illégitime ou illégale ou odieuse ou insoutenable, cela tant pendant la période des Mémorandums, de mai 2010 à janvier 2015, qu’au cours des années précédentes. Elle doit aussi publier des informations précises, accessibles à tous les citoyens, étayer les déclarations publiques, susciter la prise de conscience de la population grecque, de la communauté internationale, de l’opinion publique internationale, et enfin rédiger des arguments et des demandes relatifs à l’annulation de la dette. » 

 

Nous considérons que c’est le droit démocratique le plus élémentaire de tout citoyen de demander et d’obtenir des réponses claires et précises à toutes ces questions. Nous considérons aussi que refuser d’y répondre constitue un déni de démocratie et un refus de transparence de la part de ceux d’en haut qui ont inventé et utilisent le « système-dette » afin de rendre les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Plus grave encore : nous considérons qu’en gardant jalousement pour eux le monopole de décider du sort de la société, ceux d’en haut privent l’écrasante majorité des citoyennes et des citoyens non seulement du droit de décider, mais surtout du droit de prendre entre leurs mains leurs destinées ainsi que les destinées de l’humanité !

C’est pourquoi, dans cette situation d’urgence nous lançons à toutes les citoyennes et à tous les citoyens, aux mouvements sociaux, aux réseaux et mouvements écologiques et féministes, aux syndicats de travailleurs et aux formations politiques qui ne se reconnaissent pas dans cette Europe néolibérale et de moins en démocratique et humaine, l’appel urgent suivant :

Exprimez votre solidarité à cette Grèce qui résiste en soutenant maintenant et en actes la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque et son travail d’identification de la partie illégale, illégitime, odieuse et/ou insoutenable de cette dette.

Défendez-la contre les attaques indignes dont elle fait l’objet de la part de tous ceux qui, en Grèce et dans le monde, ont intérêt à garder bien cachée la vérité sur le « système-dette ».

Participez activement aux processus d’audit citoyen de la dette qui sont en train de se développer partout en Europe et ailleurs.

Partagez en réseau votre soutien et votre solidarité, car seuls ce soutien et cette solidarité internationale sont en mesure de contrecarrer le plan des puissants d’asphyxier la Grèce qui lutte contre nos ennemis communs : les politiques d’austérité et la dette qui nous étranglent !

Face à un adversaire expérimenté, uni, bien coordonné, armé de pouvoirs exorbitants et surtout décidé à mener jusqu’au bout son offensive contre nous tous et toutes qui constituons l’écrasante majorité de nos sociétés, nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de résister séparément, chacun dans notre coin.

Unissons donc nos forces dans un vaste mouvement de solidarité avec la Grèce qui résiste et apportons notre soutien à la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque, en multipliant de telles commissions d’audit de la dette partout où cela est possible.

 

La lutte du peuple grec est notre lutte et sa victoire sera notre victoire car seule notre union fait notre force.

Pour signer, cliquez ici : GreekDebtTruthCommission.org

 

Liste indicative des 300 premières personnes ayant signé l’appel :

1. Immanuel Wallerstein, sociologist, historical social scientist, and world-systems analyst, USA
2. Noam Chomsky, MIT, USA
3. Ken Loach, film and television director, UK
4. Hugo Blanco Galdos, historico dirigente movimiento campesino indigeno, Peru
5. Etienne Balibar, philosophe, France
6. Frei Betto, writer, political activist, liberation theologist, Brazil.
7. Leonardo Boff, theologist and writer, Professor Emeritus of Ethics, Philosophy of Religion, and Ecology at the Rio de Janeiro State University, Brazil.
8. Gaillot Jacques, France, Évêque
9. Paul Jorion, Belgique, Détenteur de la chaire « Stewsardship of Finance », Vrije Universiteit Brussel, Belgium
10. Padre Alex Zanotelli- missionatio comboniano(Napoli- Italia)
11. Ada Colau (major candidate, Barcelona en Comú) Barcelona- Estat español
12. Susan George, honorary president of Attac-France ; president of the Transnational Instistute, France
13. Costas Isychos, Deputy Minister of National Defense, Greece
14. James Petras, retired Bartle Professor (Emeritus) of Sociology at Binghamton University in Binghamton, New York and adjunct professor at Saint Mary’s University, Halifax, Nova Scotia, Canada who has published prolifically on Latin American and Middle Eastern political issues, USA
15. ALBIOL GUZMAN Marina parlamentaria electa del Parlamento Europeo en las Elecciones al Parlamento Europeo de 2014 por la coalición de La Izquierda Plural.
16. DE MASI Fabio, Ökonom und Politiker (Die Linke). Bei der Europawahl 2014 wurde er in das Europäische Parlament gewählt.
17. CHRYSOGONOS Kostas, European parliamentarian, Syriza, Greece
18. LOPEZ BERMEJO Paloma, sindicalista y política española. Fue elegida eurodiputada, Izquierda Plural, Espana
19. Ransdorf Milislav, Member of the European Parliament for the Communist Party of Bohemia and Moravia, Czech Republic.
20. FORENZA Eleonora, , Parlamentaria Europea (L’Altra Europa con Tsipras) membro della segreteria nazionale del Partito della Rifondazione Comunista, Italia
21. Arcadi Oliveres, economista català i un reconegut activista per la justícia social i la pau, Catalunya
22. Jorge Riechmann, Jorge Riechmann, ensayista, poeta y profesor de filosofía moral (Universidad Autónoma de Madrid). Miembro del Consejo Ciudadano de Podemos en la Comunidad de Madrid.
23. Joanne Landy. Co-Director, Campaign for Peace and Democracy, New York City, USA
24. Tariq Ali, writer, UK
25. Mariana Mortagua, députée Bloco, Portugal
26. Cecilia Honorio, députée Bloco, Portugal
27. João Semedo, députée Bloco, Portugal
28. José Soeiro, député Bloco, Portugal
29. Jeffrey St. Clair,editor of CounterPunch, author of Born Under a Bad Sky and Grand Theft Pentagon, USA
30. Nico Cué, secrétaire général de la FGTB Métal, Belgium
31. Jaime Pastor, Profesor de Ciencia Política y editor de Viento Sur.
32. Michael Lowy, ecrivain, professeur, France
33. Paolo Ferrero, segretario nazionale del partito della Rifondazione Comunista- Sinistra Europea, Italia
34. Farooq Tariq , General secretary , Awami Workers Party, Pakistan
35. Andrej Hunko, depute Die Linke, Germany
36. Annette Groth, depute Die Linke, Germany
37. Mireille Fanon Mendes France ,Expert ONU, France
38. István Mészáros, Professor Emeritues of Philosophy, University of Sussex, Hungary/UK
39. Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic, France
40. Aminata Traore, ancienne ministre de la culture du Mali
41. CARMEN LAMARCA PEREZ, catedratica de Derecho Penal Universidad Carlos III de Madrid, Espana
42. Francisco Louçã, Bloco de Esquerda, Portugal
43. Pablo Micheli, secrétaire général de la CTA (Central de los Trabajadores Autónoma de la Argentina)
44. Joxe Iriarte « Bikila », Miembro de la coordinadora nacional de la organizacion vasca, Alternatiba y de la coailicion Eh-Bildu.
45. Mary N. Taylor, member of editorial board, LeftEast website/Assistant Director, Center for Place, Culture and Politics, City University of New York., USA
46. Ahlem belhadj, pédopsychiatre ; militante féministe, Tunisie
47. Achin Vanaik, founding member of the Coalition for Nuclear Disarmament and Peace and a co-recipient of the International Peace Bureau’s Sean McBride International Peace Prize for 2000, India
48. Michel Warschawski, ecrivain-activiste, Israel
49. Eleonora Forenza, eurodeputata “L’Altra Europa con Tsipras”, Italia
50. Besancenot Olivier, NPA, France
51. Sol Trumbo Vila , Economic Justice, Corporate Power and Alternatives Program , Transnational Institute (TNI)
52. Jesper Jespersen,professor of Economics,Roskilde University, Denmark
53. Marta Harnecker, writer Chile
54. Michael A Lebowitz, economist Canada
55. Krivine Alain, NPA, France
56. Marco Revelli, professore universitario ed ex portavoce “L’Altra Europa con Tsipras”, Italia
57. Marcel Francis Kahn, medecin, France
58. Houtart Francois, Fundaciõn Pueblo Indio del Ecuador
59. SAMIR AMIN,Professeur d’Université,Président Forum Mondial des Alternatives, France
60. Mariya Ivancheva, member of editorial board, LeftEast website/Post-doctoral research fellow, University College Dublin, Ireland
61. Pablo Echenique, Podemos, Espana
62. Gustave Massiah (AITEC (Association Internationale des Techniciens Experts et Chercheurs),membre du Conseil International du Forum Social Mondial, France
63. Juan Carlos Monedero, Podemos, Espana
64. Achcar Gilbert, professor SOAS University of London, UK
65. Gerardo Pisarello (Barcelona en Comú) Barcelona -Estat Español
66. Paul Lootens, Président, Centrale Générale FGTB, Belgium
67. Vicent Maurí, Portavoz Intersindical Valenciana, Espana
68. Pablo Micheli, secrétaire général de la CTA (Central de los Trabajadores Autónoma de la Argentina)
69. Dr Pritam Singh DPhil (Oxford) ,Professor of Economics,Department of Accounting, Finance and Economics, Faculty of Business, Oxford Brookes University, Oxford, UK
70. Raúl Camargo Fernández, candidato en la lista de Podemos a la Comunidad
de Madrid. Miembro de Anticapitalistas, Espana
71. Miguel Benasayag, philosophe, psychanalyste, Argentina/France
72. Vincent DECROLY, ancien parlementaire fédéral indépendant, membre du Secrétariat de VEGA (Vert et de gauche), Belgium
73. Catherine Samary, économiste et altermondialiste, France
74. Harribey Jean-Marie, professeur de sciences économiques et sociales, France
75. Coutrot Thomas, économiste, porte parole d’Attac France
76. Aziki Omar, Secrétaire général, ATTAC/CADTM MAROC
77. Marga Ferré, Coordinadore General de areas Izquierda Unida, Espana
78. Vladimir Unkovski-Korica,member of editorial board, LeftEast website/ Assistant Professor, Higher School of Economics, Moscow, Russia
79. Alessandra Mecozzi,Libera International, Italia
80. Dr. Elmar Altvater, Politikwissenschaftler, Autor und emeritierter Professor für Politikwissenschaft am Otto-Suhr-Institut der FU Berlin., Germany
81. Guido Viale, economist, promotore della lista “L’Altra Europa con Tsipras », Italia
82. Gustave Massiah (AITEC (Association Internationale des Techniciens Experts et Chercheurs)membre du Conseil International du Forum Social Mondial, France
83. Dr Guy Standing,,Fellow of the Academy of Social Sciences, Professor in Development Studies, School of Oriental and African Studies,University of London. Co-President, Basic Income Earth Network (BIEN), UK
84. Julio Perez Serrano, Head of the Contemporary History Research Group, Faculty of Philosophy and Letters,Universidad de Cádiz, Espana
85. Roberto Musacchio, già eurodeputato, Italia
86. Véronique Gallais, militante et actrice de l’économie sociale et solidaire, membre du conseil scientifique d’Attac France
87. Jean Gadrey, économiste, Conseil scientifique Attac, France
88. Rossen Djagalov,member of editorial board, LeftEast website/ Assistant Professor, Koç University, Istanbul, Turkey
89. Paul Mackney - Co-Chair, Greece Solidarity Campaign, UK
90. Katz Claudio, economist, profesor, Argentina
91. Monique Dental, présidente fondatrice Réseau Féministe « Ruptures » France
92. John Weeks, economist. He is a Professor Emeritus of the School of Oriental and African Studies of the University of London, UK
93. Luciana Castellina, già deputata e già presidente Cultura del Parlamento Europeo, presidente onoraria ARCI
94. Tijana Okic, University of Sarajevo, Faculty of Philosophy, Philosophy, Faculty Member, Bosnia/Herzegovina
95. Josep Maria Antentas, profesor de sociología de la Universitat Autònoma de Barcelona (UAB), Espana
96. David Graeber, London School of Economics, Usa/UK
97. Sergio Rossi, Full Professor & Chair of Macroeconomics and Monetary Economics, University of Fribourg, Switzerland
98. Óscar Carpintero,Profesor de Economía Aplicada,Facultad de Ciencias Económicas y Empresariales, Universidad de Valladolid, Espana
99. Geoffrey Harcourt, Emeritus Reader in The History of Economic Theory, Cambridge 1998 ; Professor Emeritus, Adelaide 1988 ; Visiting Professorial Fellow, UNSW 2010–2016, Australia
100. Janette Habel , universitaire, France
101. ANDREJA ZIVKOVIC, sociologist and member of Marx21, Serbia
102. Philippe Diaz, cinéaste, réalisateur de « The End of Poverty », USA
103. Attac Castilla y Leon . España.
104. Andrew Ross, Professor of Social and Cultural Analysis, New York University, USA
105. Lieben Gilbert, Secrétaire Générale CGSP Wallonne, Belgium
106. Esther Vivas, periodista, Estado español
107. Pierre Salama, economiste, professeur emerite des universités
108. Teresa Gómez, economista,miembro del Círculo 3E (Economía,Ecología y Energía) de PODEMOS
109. PACD (Plataforma Auditoria Ciudadana de la Deuda), Espana
110. Liliana Pineda, abocada, escritora -15M-movimiento por la defense de agua, Espana
111. Claude Calame,Directeur d’études, EHESS, ATTAC,Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Centre AnHiMA (Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques, UMR 8210), France
112. Teivo Teivainen, Professor of World Politics, University of Helsinki, Finland
113. Yannis Thanassekos, Professeur de Sociologie politique, ancien directeur de la Fondation Auschwitz, collaborateur scientifique à l’université de Liège, Belgium
114. Enrique Ortega,, professor-movimiento por la defense de agua, Espana
115. Dr. Karl Petrick,Associate Professor of Economics, Western New England University, UK
116. Rosa Moussaoui, grand reporter à L’Humanité, France.
117. Eric Corijn, Professeur Etudes Urbaines, Vrije Universiteit Brussel
118. Dr. Jorge Garcia-Arias,Associate Professor of Economics,University of Leon, Espana
119. Lankapeli Dharmasiri, member of the Polit Bureau of the NSSP, Sri Lanka
120. Colectivo Internacional Ojos para la Paz
121. Yves Sintomer, Membre de l’Institut Universitaire de France, Professeur de science politique, chercheur au CSU-CRESPPA (CNRS/Université Paris-Lumières), France
122. Prabhat Patnaik, Economist, New Delhi.
123. Roger Silverman, Workers’ International Network, UK
124. Des Gasper, professor of public policy, The Hague, Netherlands
125. Dr Julian Wells, Principal lecturer in economics, School of Economics, History and Politics, Faculty of Arts and Social Sciences, Kingston University, UK
126. Lluís Alòs i Martí, profesor economia,Barcelona
127. Benoit Hazard, Anthropologue, Institut interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain (UMR Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales/ Centre National de la Recherche Scientifique), France
128. Bruno THERET, Bruno Théret, économiste, Directeur de recherche émérite au CNRS, université Paris Dauphine, France
129. Steve Keen, professor Head, School of Economics, Politics & History,Kingston University London, UK
130. Jennar Raul Marc, écrivain, France
131. Franchet Pascal, vice-président CADTM, France
132. Adda BEKKOUCHE,Juriste, France
133. Marie-Dominique Vernhes, Rédaction du « Sand im Getriebe » (ATTAC), France
134. Claude Serfati, Economiste, France
135. Samy Johsua, professeur émérite Aix Marseille université
136. Dr. Antoni Domenech, Full Professor of Methodology of Science Faculty of Economics, University of Barcelona, Espana
137. Bibiana Medialdea, economist, Espana
138. Judith Dellheim, Berlin, Zukunftskonvent, Germany
139. Dra. Patricia Britos (Universidad Nacional de Mar del Plata, Argentina)
140. Syed Abdul Khaliq, Focal Person, Executive Director Institute for Social& Economic Justice (ISEJ) Pakistan
141. María Elena Saludas, ATTAC Argentina / CADTM – AYNA, Argentina
142. Gerard PERREAU BEZOUILLE, Premier Adjoint honoraire de Nanterre, France
143. BENHAIM RAYMOND, CEDETIM, ECONOMISTE, France
144. António Dores, Professor Auxiliar com Agregação do Departamento de Sociologia do Centro de Investigação e Estudos de Sociologia (CIES/ISCTE-IUL), Portugal
145. Annie Pourre, No Vox International, France
146. Pedro Ibarra catedrático ciencia política Universidad país vasco, Espana
147. Dan Gallin, Global Labour Institute, Geneva, Switzerland.
148. Cossart Jacques, économiste, France
149. Richard Danie, responsable syndicale FGTB, Belgium
150. Rome Daniel, Attac - Professeur d’économie gestion, France
151. ANGEL GARCÍA PINTADO (escritor y periodista), Espana
152. Gotovitch José, historien, Professeur hon. Université Libre de Bruxelles, Belgium
153. Nacho Álvarez, Professor of Applied Economics, University of Valladolid, Member of Podemos, Espana
154. Dr. Jeff Powell,Senior Lecturer, Economics,Department of International Business & Economics, University of Greenwich, Old Royal Naval College, London, UK
155. J. Francisco Álvarez DNI 41981064S Full Professor of Logic and Philosophy of Science. National Distance University of Spain. Madrid, Espana
156. Christian Zeller, Professor of Economic Geography, University of Salzburg, Austria
157. Dillon John,Ecological Justice Program Coordinator, KAIROS : Canadian Ecumenical Justice Initiatives, Canada
158. Jean-Claude SALOMON, DR honoraire au CNRS, conseil scientifique d’Attac, France
159. Dr.Oscar Ugarteche,Instituto de InvestigacioneEconómicas,UNAM,Ciudad,universitaria, Coyoacán, México DF04510,Coordinador OBELA, Mexico
160. Alberto Montero, economistas de Podemos, Espana
161. Dr Vickramabahu,new same society party- NSSP, Sri Lanka
162. João Romão, Music Sociologist, University of Leipzig, Germany
163. Michel Rouseau, Euromarches, France
164. Julio Alguacil Gómez. Profesor de Sociología. Universidad Carlos III de Madrid, Espana
165. Fernando Rosas, professeur universitaire, Portugal
166. Dr Neil Lancastle,Senior Lecturer, Department of Accounting and Finance, DE MONTFORT UNIVERSITY, LEICESTER, UK
167. Rosaria Rita Canale,Associate professor in Economic Policy, Dept. of Business and Economics, University of Naples « Parthenope », Italia
168. Antonio Baylos, Professeur du Droit de Travail. Université Castilla La Mancha, Espana
169. Abdallah Zniber, ancien président du réseau Immigration Développement Démocratie (IDD) – France
170. Eric Fassin, sociologue, Université Paris-8, France
171. Paul Ariès, politologue, rédacteur en chef du mensuel les Zindigné(e)s, France
172. Nuno Rumo, Democracia e Divida, Portugal
173. Roland Zarzycki, Not Our Debt, Poland
174. Nicolas Sersiron, Président cadtm France et auteur, France
175. Noemi Levy, phd in economics. Chair professor Noemi Levy, UNAM. Economic Faculty, Mexico
176. Domenico M. Nuti, Emeritus Professor, Sapienza University of Rome, Italia
177. Christine Pagnoulle, ATTAC Liège, Université de Liège, Belgium
178. . Dr Judith Mehta, heterodox economist, recently retired from the University of East Anglia, Norwich, UK.
179. Maria João Berhan da Costa, CADPP, Revista Rubra, Habita, Portugal
180. Héctor Arrese Igor, profesor Universidad de Buenos Ayres, Argentina.
181. Ciriza Alejandra, Dra. en Filosofía por la UNCuyo. Investigadora Independiente del CONICET, INCIHUSA CCT Mendoza. Directora del Instituto de Estudios de Género (IDEGE) de la Universidad Nacional de Cuyo, Mendoza, Argentina.
182. René Passet, Professeur émérite d’économie à l’Université Paris 1- Panthéon-Sorbonne, France
183. Dr. Susan Caldwell, professor (retired), Conseil d’administration d’Alternatives, Montréal, Canada
184. Dr. Deborah Potts , Reader in Human Geography, King’s College London, UK
185. Dr. James D. Cockcroft, author, professor (retired), Honorary Editor Latin American Perspectives ; a founder Red en Defensa de la Humanidad ; Montréal, Canada
186. Daniela Tavasci , senior lecturer ,Queen Mary University of London, UK
187. Wilfred Dcosta, Indian Social Action Forum - INSAF,New Delhi, India
188. Malcolm Sawyer,Emeritus Professor of Economcs,University of Leeds, UK
189. Matyas BENYIK, Chairman of ATTAC, Economist, Budapest, Hungary
190. Ricardo Ortega Gonzalez, economista, funcionario de Eusko Jaurlaritza-Gobierno Vasco, Espana
191. Gabriel Colletis, Professeur de Sc. économique à l’Université de Toulouse 1-Capitole. France
192. Adam Rorris, National Coordinator, Australia-Greece Solidarity Campaign, Australia
193. Carlos Durango Sáez , Universidad Carlos III de Madrid, Espana
194. Dr. Laura Horn, Associate Professor, Roskilde University, Denmark
195. Dr. Peter Herrmann, Федеральное государственное бюджетное образовательное учреждение высшего профессионального образования « Российский экономический университет имени Г.В. Плеханова/
Federal state-funded educational institution of higher professional education Plekhanov Russian University of Economics, Russia
196. Dr. Miriam Boyer, ibero-Amerikanisches Institut, Germany
197. Jérôme Duval, CADTM, Estado español
198. Michael Hartmann, Professur für Elite- und Organisationssoziologie, Technische Universität Darmstadt, Germany
199. Dr. Ulrich Duchrow, professor, Scientific Council of Attac Germany
200. Mogens Ove Madsen,Associate Professor, Department of Business and Management, Aalborg University, Denmark
201. Guglielmo Forges Davanzati, Professor of Political Economy,University of Salento, Italia
202. Mehmet Ugur,Professor of Economics and Institutions, University of Greenwich Business School, UK
203. Jacques Berthelot, économiste, France
204. Herbert Schui, Prof. of Economics, Germany
205. Mateo Alaluf, Prof émérite de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Belgium
206. Michele CANGIANI, economist, ecrivain, université Ca’ Foscari, Venise, Italia
207. Marcela de la Peña Valdivia, Chargée de missions (Sociologue, Maitrise en gestion interdisciplinaire de l’environnement, spécialité femmes et développement. Certificat interuniversitaire d’évaluation de politiques publiques, Suisse
208. Jean Batou, professeur, Université de Lausanne, Suisse
209. Julia Varela Fernández, catedrática de sociología de la universidad complutense, Espana
210. Benny Asman, Economic historian, Belgium
211. Pepe Mejia, activista/militante de Attac Madrid, Plataforma contra la operación especulativa en Campamento, Plataforma en Defensa de la Sanidad Pública de Latina, miembro de Podemos y de Anticapitalistas, Espana
212. Joaquin Aparicio Tovar, Catedrático de Derecho del Trabajo y La Seguridad Social. Decano, Universidad de Castilla-La Mancha, Espana
213. raffaella bolini – Arci
214. International Alliance of Inhabitants (Cesare Ottolini IAI Global Coordinator)
215. Marco Bersani, Attac Italia
216. Professor Robert Dixon,Department of Economics, The University of Melbourne, Australia
217. Nicolás Giest, argentinian lawyer, and a also a researcher about the argentinian external debt, Argentina
218. Anastassia Politi, metteur en scène – comédienne, France
219. Luis Glez Reyes. Ecologistas en Acción, Espana
220. Georges Menahem, Economiste et sociologue, directeur de recherche au CNRS, MSH Paris Nord, France
221. Franck Gaudichaud, enseignant-chercheur Université Grenoble-Alpes (France)
222. Iván H. Ayala, profesor universitario, investigador del Instituto Complutense de Estudios Internacionales, Espana
223. Asier Blas Mendoza - Profesor del Departemento de Ciencia Política de la Universidad del País Vasco UPV/EHU, Espana
224. Jean NKESHIMANA, Country Program Manager, Terre des Jeunes du Burundi
225. Piero Di Giorgi, direttore di Dialoghi Mediterranei, Italia
226. Dr. Stefanie Wöhl,Guest Professor,University of Kassel,Political Science Department, Kassel, Germany
227. Enzo Scandurra, Full Professor of Urban Planning, Sapienza University of Rome, Italia
228. Massimo Pasquini, Segretario Nazionale Unione Inquilini, Italia
229. Manuel Martínez Forega, Crítico literario y filólogo. Estudios de Filología Española, de Filología
Románica y de Derecho en la Universidad de Zaragoza, Espana
230. Josep Maria Antentas, profesor de sociología de la Universitat Autònoma de Barcelona (UAB), Espana
231. Barry Finger, Editorial board member, New Politics, Netherlands
232. Giusto Catania, Assessore al Comune di Palermo. - Ex Deputato europeo, Italia
233. Janette Habel , universitaire, France
234. Francesco Denozza, Professore ordinario di diritto commerciale., Dipartimento di diritto privato e storia del diritto., Università degli Studi di Milano, Italia
235. Javier De Vicente, (on behalf of) UNION SINDICAL OBRERA (USO), Secretario Confederal de Accion Internacional, Espana
236. Sebastian Franco (Alter Summit wants to sign the Call for the Commission on debt audit).
237. Jonathan Davies, Professor of Critical Policy Studies, De Montfort University, UK
238. Katu Arkonada - Red de Intelectuales en Defensa de la Humanidad, Espana
239. Juan Tortosa, periodista, Espana
240. Eleonora Ponte, Movimento NO TAV Valle di Susa, Italia
241. Pablo de la Vega, Coordinador Regional, En representación de la “Plataforma Interamericana de Derechos Humanos, Democracia y Desarrollo (PIDHDD Regional)”, organización de derechos humanos de carácter regional, con presencia en 15 países latinoamericanos y caribeños, y sede administrativa en Quito Ecuador
242. Matias Escalera, Cordero, Escritor y profesor, Espana
243. Enzo Traverso, Cornell University, USA
244. José Manuel Lucía Megías, Catedrático de la Universidad Complutense de Madrid, Escritor, Espana
245. Juan Ramón Sanz, Presidente de la Fundación « Domingo Malagón » Madrid España
246. Bruce Clarke, artiste plasticien, France
247. Luis Buendia, Associate Professor of Economics, Espana
248. Dominique Taddéi, économiste, ancien député, président de la commission des lois à l’Assemblée Nationale, France
249. Isabel Pérez Montalbán, escritora, Espana
250. Pablo Duque García-Aranda. Músico y profesor. Madrid, España
251. Frédéric Neyrat, philosophe français, ancien directeur de programme au Collège international de philosophie et Docteur en philosophie (1998). Il est membre du comité de rédaction de la revue Multitudes et de la revue Lignes, France
252. Daniel TANURO, militant écosocialiste, membre de la LCR, Belgium
253. BRACONNIER, Yves, CGSP-Enseignement-Luxembourg, Belgium
254. Jean-Marie Roux, économiste et syndicaliste France
255. Antonio Canalìa sindacalista CGIL Piemonte Italia
256. Michel Cahen, senior researcher, CNRS/Sciences Po Bordeaux, France.
257. Yu Maxime, Compositeur-Comédien, Liège, Belgiun
258. Renato Zanoli - Commissione Ambiente PRC Torino - Italia
259. Luis Cabo Bravo, miembro de IU de Madrid y de la dirección del PCE, Espana
260. Giorgio Ferraresi, “Società dei territorialisti”, già Ordinario di urbanistica al Politecnico di Milano, Italia
261. Edouard Bustin, enseigne les Sciences Politiques à l’Université de Boston et est, également, membre du Centre d’études africaines, USA/Belgium
262. Guillermo Cruz, Guillermo Cruz, realizador de documentales (€uroestafa), España,
263. Françoise Clément, chercheur militante altermondialiste, France
264. Gianni Fabbris - coordinatore nazionale di Altragricoltura -
Confederazione per la Sovranità Alimentare, Italia
265. Luis Dominguez Rodriguez. , Presidente de Attac Castilla y Leon.
266. Antonio Martinez-Arboleda, Reino Unido, profesor universitario, Espana
267. Werner Ruf, Professor an der Universitaet Kassel, Germany
268. Ricardo García Zaldívar. Economista. Activista (Attac España
269. Pratip Nag, Unorganised Sector Workers Forum, India
270. Marc Amfreville (professeur Paris-sorbonne), France
271. L’Initiative de Solidarité avec la Grèce qui Résiste – Bruxelles, Belgium
272. Jean-Michel Ganteau, Professeur, Université Montpellier 3, France
273. Marco Revelli, professore universitario ed ex portavoce “L’Altra Europa con Tsipras”, Italia
274. Rosa Rinaldi, Direzione Rifondazione Comunista
275. Sylvie FERRARI, Associate professor in economics, University of Bordeaux, France
276. Srecko Horvat, Independent scholar, Croatia
277. Karl Fischbacher (Labournet-Austria)
278. Guido Ortona (Prof. Ordinario di Politica Economica),Dipartimento DIGSPES,, Università del Piemonte Orientale, Italia
279. oscar flammini, Espacio de Cultura y Memoria « El Rancho Urutau » de la Ciudad de Ensenada,Provincia de Buenos Aires,Argentina
280. Isabel VAZQUEZ DE CASTRO, Enseignant-Chercheur, formatrice ESPE, France
281. Arnal Ballester, dessinateur. Catalogne, Espana
282. amal Juma, coordinator of the Stop the Wall Campaign.
283. Liliane Blaser, Documentalista, Venezuela
284. Gonzalo Haya Prats, profesor y director del Departamento de Teología en la Universidad del Norte de Chile ; profesor de habilidades directivas en instituciones de enseñanza empresarial en España
285. Sol Sánchez Maroto. Socióloga/Antropóloga/ Activista (Attac España)
286. Raquel Freire, cineasta, activista, Portugal
287. Lisa Tilley, Erasmus Mundus GEM Joint Doctoral Fellow, Department of Politics and International Studies, University of Warwick, Université Libre de Bruxelles, Belgium
288. Thomas Berns, professeur, Université Libre de Bruxelles, Blegium
289. Francesca Gobbo , former Professor of Intercultural Education & Anthropology of Education, University of Turin, Associate Editor of « Intercultural Education », Italia
290. Marcos Del Roio, prof. de Ciências Políticas UNESP, Brasil.
291. Andrea Zinzani, researcher in Political Geography, CNRS (Paris), France
292. MARIAN SANTIAGO (ciberactivista ecosocial), Espana
293. Gloria Soler Sera, Barcelona, escritora-profesora, Espana
294. Sara Rosenberg, escritora y dramaturga, Argentina-España
295. CARINA MALOBERTI, Consejo Directivo Nacional – ATE-CTA (Asociación Trabajadores del Estado – Central de Trabajadores de la Argentina)
296. Convocatoria por la liberación Nacional y Social, Frente Sindical :
Agrupación Martín Fierro (Varela, Mar del Plata y Neuquén
297. Massimo Torreli, Responsabile “L’Altra Europa con Tsipras”.
298. Hichem SKIK, universitaire, dirigeant Parti « Al-Massar » (Voie démocratique et sociale), Tunisie
299. Inma Luna,escritora, poeta, periodista y antropóloga, Espana
300. Manuel Giron, catedratico, Alicante, Espana

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

 

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 17:23

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

L'audit de la dette grecque, une idée qui a fini par percer

|  Par Amélie Poinssot

 

 

L'idée a mis du temps à faire son chemin au sein de Syriza. Elle a finalement été portée par la présidente du parlement, Zoi Konstantopoulou : pour négocier une restructuration de la dette grecque avec les créanciers, il faut d'abord déterminer dans quelles proportions elle est légale, légitime, et soutenable. Début avril, une « commission pour la vérité sur la dette grecque » a été mise sur pied ; elle commence ses travaux en ce début mai.

 

Athènes, de notre envoyée spéciale.- Quand il rencontre pour la première fois les responsables économiques de Syriza, en 2010, pour leur parler audit de la dette, l'accueil est plutôt froid. Yorgos Mitralias, militant depuis toujours, membre grec du CADTM (« Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde ») se trouve alors à Berlin, pour la préparation du forum social européen. Cet ancien journaliste économique en est convaincu : la totalité de la dette grecque n'est pas légitime, et elle est insoutenable à long terme. Yannis Dragasakis – aujourd'hui n° 2 du gouvernement – et Gabriel Sakellaridis – porte-parole de l'exécutif – l'écoutent poliment. Sa proposition ne sera pas retenue par le parti, qui siège alors à Athènes sur les bancs de l'opposition.

« À ce moment-là, je découvre l'ampleur de la dette grecque et le problème que cela pose à l'économie du pays, se souvient Yorgos Mitralias. Alors que le CADTM se concentrait par définition sur les dettes du tiers-monde, pour la première fois il s'agissait de restructurer la dette d'un pays de l'hémisphère Nord. Pour moi, l'instrument de l'audit s'avérait en outre pédagogique : il pouvait conduire, s'il était bien géré, à la question de la décision politique. »

À cette époque-là, la dette pèse 125 % du PIB grec. Il n'y a pas encore eu les deux opérations d'effacement partiel, le « haircut » de février 2012, et le « buying-back » de novembre de la même année : dans chaque cas, une décote déguisée sous la forme d'un vaste échange d'obligations de moindre valeur réalisé avec la bonne volonté des créanciers, alors en majorité privés. Depuis, la dette grecque est passée dans les mains des États européens, qui se sont révélés beaucoup plus frileux devant l'idée d'une nouvelle restructuration. Comble de l'histoire, la dette grecque n'a cessé depuis de poursuivre une pente ascendante : elle frôle aujourd'hui les 180 % du PIB…

Pendant longtemps, l'idée d'un audit de la dette publique reste confinée à des cercles assez restreints de l'extrême gauche grecque. En 2010, Yorgos Mitralias monte son site « Contre la dette ». L'année suivante, il participe avec d'autres à la création d'un collectif citoyen, afin de mobiliser l'opinion publique sur la question de l'audit. Un séminaire est organisé avec de nombreux invités du monde entier, l'amphithéâtre de la fac de droit d'Athènes qui accueille l'événement ne désemplit pas pendant deux jours… et un mois plus tard, pendant le mouvement des « Indignés », le stand du collectif installé au pied du parlement d'Athènes est assailli par les curieux de tous bords. Mais le souffle retombe assez vite et, côté politique, très peu de responsables osent se frotter au sujet. Une seule députée s'empare réellement du dossier : Sofia Sakorafa, une ancienne socialiste qui a pris ses distances avec le Pasok un an auparavant, quand le parti a fait voter le premier mémorandum d'austérité, et qui rejoindra plus tard Syriza – sous l'étiquette duquel elle se fait élire au parlement européen en mai 2014.

« À l'époque, personne ne voulait parler de la dette en tant que telle, confirme l'intéressée, qui ne cache pas sa joie de voir enfin son thème de prédilection sur le devant de la scène. Faire l'audit de la dette, comprendre comment elle s'est créée, c'est nous permettre de ne pas reproduire les erreurs qui nous ont conduits jusqu'ici. »

C'est à la fin de l'année 2013 que le parti de Tsipras se convertit à l'idée d'un audit. La direction de Syriza reçoit alors Yorgos Mitralias, puis le président du CADTM, Éric Toussaint. « L'idée avait enfin pénétré les cercles proches de Tsipras. Je pense que jusque-là ils étaient tout simplement ignorants sur la question de la dette », lâche Yorgos Mitralias. De fait, à partir de ce moment-là, le parti de la gauche radicale construit sa stratégie de conquête de pouvoir. Le discours devient plus précis, le programme plus concret, la présence dans les médias plus offensive. La question d'une restructuration de la dette, et surtout l'organisation d'une conférence internationale à ce sujet, à l'image de la conférence de Londres de 1953 qui avait permis d'effacer une grande partie des dettes allemandes, deviennent l'axe central des discours d'Alexis Tsipras. C'est précisément ce qu'il défend, dans l'entretien qu'il accorde à Mediapart en avril 2014.

Arrivé au pouvoir, en janvier, Syriza tente tant bien que mal d'appliquer une partie de son programme. Il est surtout embarqué dans des négociations interminables avec les partenaires de la Grèce pour boucler les programmes d'austérité décidés sous les gouvernements précédents, et la question de la renégociation de la dette est repoussée à plus tard. C'est finalement la conviction et l'obstination de la présidente de l'assemblée, Zoi Konstantopoulou, qui permettent de ne pas enterrer le sujet. Début avril elle annonce, au cours d'une conférence de presse, la création de la « commission pour la vérité sur la dette grecque ». Composée d'une trentaine d'experts bénévoles, grecs et étrangers, cette commission va s'atteler dans un premier temps à décrypter les dettes contractées par le pays depuis 2010, qui représentent aujourd'hui environ 4/5e du poids total de la dette publique grecque. Elle rendra ses premiers résultats fin juin, avant de poursuivre l'audit sur le reste de la dette, d'ici à la fin de l'année.

 

La Commission de vérité sur la dette publique... par Mediapart La conférence de presse au parlement du 7 avril 2015, qui annonce la création de la "commission pour la vérité sur la dette" © Vouli

 

 La plupart des membres de la commission sont des juristes, spécialistes en droit commercial, droit constitutionnel, droit des traités ou encore experts sur les questions relatives aux droits de l'homme. La commission compte aussi des spécialistes des finances publiques et de l'endettement. Côté français, on y trouve Patrick Saurin, spécialiste des dettes locales et syndicaliste SUD des employés de banque, le juriste Renaud Vivien, ou encore l'économiste Michel Husson de l’Institut français pour la recherche économique et sociale. D'autres experts viennent de Belgique, d'Espagne ou de Grande-Bretagne, sont passés par la prestigieuse London School of Economics ou par des postes aux Nations unies, au Conseil de l'Europe…

 

L'exemple équatorien

L'ensemble de la commission est placée sous la houlette d'Éric Toussaint, le porte-parole du CADTM. Cet analyste économique, auteur de nombreux ouvrages sur la problématique de la dette, ne veut pas conclure avant l'heure, d'autant que « différentes expertises doivent pouvoir s'exprimer au cours de ce travail » mais il rappelle que déjà en 2011, avec le collectif citoyen formé à Athènes, il avait conclu à « une très large illégitimité de la dette réclamée à la Grèce par la Troïka ». Le porte-parole du CADTM voit loin : le rapport de la commission est destiné tout autant aux Grecs qu'aux autorités européennes, lesquelles seront conviées à la présentation des travaux. « Nous inviterons les responsables qui ont été à la tête de la Troïka, comme Dominique Strauss-Kahn, Jean-Claude Trichet et Christine Lagarde, prévoit-il. Les banques françaises et allemandes, en 2010, ont cherché à limiter au maximum leurs pertes. Nous allons montrer comment la Troïka a privilégié les intérêts des banques au détriment de la viabilité de la dette grecque en décidant des mémorandums d'austérité. » Pour ce faire, la « commission de vérité sur la dette grecque » va s'appuyer sur l'article 472 du règlement du parlement européen, lequel stipule que les autorités d'un pays sous ajustement structurel doivent réaliser un audit intégral de leurs dettes. « Cet article nous permettra d'exiger des autorités européennes des réponses à nos questions », précise Éric Toussaint.

La commission, toutefois, n'a aucune fonction décisionnaire. Son mandat est de fournir une analyse objective de la dette publique. Libre à l'exécutif, ensuite, de s'en servir comme d'un argument massue pour négocier un effacement…

C'est précisément ce qu'a fait l'Équateur, en 2009. Une commission – dont faisait partie, déjà, le porte-parole du CADTM – avait planché pendant quinze mois sur la dette publique du pays, travaux dont s'était saisi le pouvoir équatorien pour négocier ensuite avec ses créanciers. Opération réussie : après sept mois de discussions, quelque 40 % de l'ardoise équatorienne avaient été effacés. Diego Borja était alors ministre de l'économie à Quito et se trouvait en première ligne des discussions. Aujourd'hui membre de la « commission pour la vérité sur la dette publique », il voit deux points communs importants entre son pays d'Amérique latine et la péninsule hellène. « Le premier, c'est que tous deux fonctionnent avec une monnaie émise hors du pays – le dollar dans le cas de l'Équateur, l'euro dans le cas de la Grèce –, ce qui a un impact sur l'économie réelle et les marges de manœuvre politiques. Le deuxième, c'est le ratio entre la dette et la capacité économique du pays. Pour l’Équateur, le poids de la dette, avant l'effacement, s'élevait à 35 % du PIB. Certes, ce chiffre est largement inférieur à celui de la Grèce. Mais si l'on tient compte de la puissance économique équatorienne, beaucoup plus modeste, cela revient au même : la dette était si lourde qu'elle était insoutenable pour le pays. »

L'opération d'effacement a pris la forme d'un échange d'obligations auprès des créanciers privés, moyennant une baisse de 70 % de leur valeur. Cela a représenté une économie de 8 milliards d'euros pour le gouvernement équatorien, et une baisse de quinze points de PIB. « Une opération parfaitement légale et légitime, réalisée avec les instruments que permet le marché, souligne l'ancien négociateur, joint par téléphone. Le pays s'était acquitté au préalable de ses dettes auprès du FMI, d'un montant de 80 millions de dollars, ce qui lui a permis de rester irréprochable au regard des institutions internationales. »

L'exemple équatorien est assez parlant pour le cas grec : l'effacement partiel de sa dette avait permis à Quito de dégager de l'argent public pour lancer une politique de grands investissements, dans les secteurs de l'éducation, des transports et de la santé notamment. Mais l'opération financière n'avait pas complètement résolu la question de l'endettement public, et les dettes sont revenues à la hausse ces dernières années en raison de la conjoncture économique et de la baisse du prix du pétrole, principale ressource du pays. De plus, les sommes en jeu à l'époque dans le cas de l'endettement équatorien n'ont rien à voir avec les sommes que l’État grec doit rembourser aujourd'hui. Les mois de juillet et août à eux seuls attendent Athènes au tournant : la péninsule hellène devra alors rembourser 6,7 milliards d'euros à la Banque centrale européenne. D'ici là, plusieurs échéances se présentent vis-à-vis du FMI, dont une le 12 mai qui s'annonce déjà problématique : d'après une source gouvernementale à Athènes, l'État n'a pas la trésorerie nécessaire pour régler les 750 millions d'euros dus à cette date à l'institution de Washington. Au total, la Grèce cumule actuellement une ardoise de plus de 320 milliards d'euros…

Pour Sofia Sakorafa, porteuse du projet d'audit depuis 2011 et désormais responsable des relations de la « commission vérité » avec le parlement européen et les parlements nationaux, l'intérêt de ce travail n'est pas seulement de fournir des arguments à une future restructuration du fardeau de la dette. Il est aussi de modifier le rapport des Grecs à leur administration : « Poser la question de la dette, c'est faire œuvre de transparence sur la gestion de l'argent public », estime la députée européenne qui rappelle combien les jeux Olympiques, en 2004, avaient déjà sacrément alourdi les dépenses de l'État. « Le budget des JO annoncé au départ était de 2,5 milliards d'euros… Il a été de 10,5 milliards au final ! » Décortiquer la dette, explique-t-elle, va permettre de mettre en évidence les nombreux dessous-de-table partis à l'occasion de ces JO, ou encore les juteux contrats signés avec l'entreprise allemande Siemens dans les années 2000. Il va aussi permettre de déterminer la part du budget militaire dans l'envolée des dépenses publiques. En 2010, rappelle l'élue Syriza, lorsque le gouvernement grec signe le premier mémorandum d'austérité, deux pays s'assurent que leurs contrats seront bien honorés malgré le tournant de la rigueur : la France (vente d'hélicoptères) et l'Allemagne (vente de sous-marins).

Autant d'éléments qui, s'ils ressortent clairement des travaux de la commission d'audit, permettront de regarder d'un autre œil l'histoire de ces cinq dernières années… « Il ne s'agit pas seulement de se dire la vérité à nous, les Grecs. Il s'agit de dire la vérité aussi aux Européens sur la réalité de ce qui s'est passé. Sous quelles conditions avons-nous signé les mémorandums d'austérité, que demandaient alors précisément les institutions européennes et le FMI quand ils nous prêtaient de l'argent… ? Personne ne nous a prêté des millions par altruisme. Tous les créanciers en ont tiré profit. » L'Allemagne a ainsi déjà tiré des sommes colossales de l'argent prêté à la Grèce. Les estimations varient, mais d'après le Rheinische Post qui reprenait en mars une déclaration du ministre allemand des finances à ce sujet, Berlin aurait déjà touché 360 millions d'euros en taux d'intérêt depuis 2010.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 17:05

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Ce que l’austérité a fait au système de santé

2 mai par Louise Irvine

 

 

Au mois d’octobre 2014, j’ai visité la Grèce pour observer l’impact de l’austérité sur le peuple grec et en particulier sur la santé et sur le système des soins.

J’ai rejoint d’autres travailleurs du secteur de la santé et la Campagne de solidarité avec la Grèce pour visiter des hôpitaux, des cliniques et des marchés de denrées alimentaires. J’ai discuté avec des soignants, avec des volontaires, avec des politiciens et avec des membres des gouvernements locaux.

Ce que j’ai observé m’a consternée et attristée.

Dans l’hôpital le plus important de Grèce, l’Evangelismos à Athènes, les conditions étaient pires que celles que j’ai rencontrées dans des pays en voie de développement.

Dès que les portes de l’hôpital s’ouvrent les jours « d’urgence » |1|, les gens affluent. L’effondrement des services de santé publique primaires et collectifs fait que toutes celles et tous ceux qui ont besoin de soins doivent se rendre au service des urgences et des accidents des grands hôpitaux, que ce soit pour un accident grave, pour des médicaments, pour des maladies chroniques ou pour faire vacciner les enfants. Des membres du personnel m’ont dit que des victimes de traumatismes majeurs devaient souvent attendre durant des heures pour une radiographie et un traitement à cause du manque de personnel |2|. Lorsque de trop nombreux cas affluent en même temps, il arrive que les gens meurent avant d’avoir été pris en charge.

Les conditions d’austérité imposées en Grèce par la Troïka pour assurer le paiement de la dette aux créanciers, en priorité les banques, ont entraîné la fermeture de nombreux hôpitaux (y compris trois hôpitaux psychiatriques) et cliniques de soins primaires |3|. Ceux qui sont restés ouverts doivent effectuer des coupes drastiques dans le personnel. Des milliers de travailleurs de la santé ont été licenciés.

Trente pourcent de la population grecque vit dans la pauvreté, sans accès à des soins de santé abordables |4|. Les soins de santé sont financés par l’assurance payée par les employeurs et lorsque les gens perdent leur emploi ils perdent du même coup leur assurance médicale. Le gouvernement prétend avoir rétabli les soins de santé pour les plus pauvres, mais des médecins et des infirmières m’ont affirmé que c’était faux. Les commissions d’enquête promises pour évaluer et financer les requêtes de ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir accès aux soins n’ont pas encore été créées.

À Evangelismos, j’ai vu 50 patients psychiatriques entassés dans une salle de 25 lits, partageant deux toilettes et une seule infirmière en psychiatrie. Des patients psychiatriques d’âges et de sexes différents étaient allongés, amorphes, sur des brancards sur les deux côtés d’un long couloir. Au bout de ce couloir, j’en ai vu un autre aménagé de manière analogue. Ces brancards étroits et inconfortables, serrés les uns contre les autres, étaient le seul espace personnel des patients. Les infirmières et les médecins m’ont dit qu’il était impossible de faire un travail thérapeutique dans de telles conditions.

Malgré sa surpopulation, la salle était sinistrement silencieuse. J’ai eu l’impression que la majorité des patients étaient sous sédation, ou bien qu’ils avaient baissé les bras, succombant au désespoir.

L’austérité et les coupes budgétaires ont entraîné une forte augmentation des cas de dépression. Les suicides ont augmenté de 45 %. Les patients à Evangelismos ont encore de la chance – beaucoup d’autres patients qui auraient besoin de lit ont été abandonnés dans la rue, sans soutien de la part de la collectivité. J’étais sur le point de quitter l’hôpital lorsqu’un médecin m’a demandé de dire aux gens du Royaume-Uni ce que j’avais vu et entendu. Il a ajouté qu’ils voulaient « non pas de la charité mais de la solidarité ».

Les gens sont en train de s’organiser pour résister et pour défendre leurs quartiers contre les impacts les plus désastreux de l’austérité. La multiplication des structures de solidarité dans les quartiers pour venir en aide aux gens qui manquent de nourriture ou de soins de santé est une expression de cette organisation sociale. Des cliniques de santé solidaires ont été mises sur pied partout en Grèce, avec du personnel bénévole qui essaie de fournir des soins de base à ceux qui n’ont pas accès aux structures de soins. Des médecins, des infirmières et des pharmaciens se portent volontaires dans ces cliniques, mais cela ne suffit pas de loin à satisfaire tous les besoins.

J’ai visité la Clinique de solidarité sociale à Peristeri, un district d’Athènes ayant une population d’environ 400 000 personnes. Le personnel bénévole, composé de médecins et d’infirmières, qui travaillait dans cette structure m’a expliqué que la plupart des cliniques locales gérées par l’État avaient été fermées. Le gouvernement avait également fermé toutes les policliniques, avant de rouvrir récemment certaines d’entre elles, mais avec seulement 30 % des médecins nécessaires. Là où il y avait autrefois 150 médecins pour fournir des services de santé dans le district, il n’y en a actuellement que 50. Une policlinique pour une population de 400 000 personnes n’avait ni gynécologue ni dermatologue et seulement deux cardiologues.

« Nous voulons qu’on nous rende nos médecins ! » disait une des volontaires avec qui j’ai discuté. Des milliers de médecins ont quitté le pays |5|. Ceux qui restent – y compris des médecins hospitaliers de haut niveau – gagnent environ 12 000 euros par année.

La Clinique de solidarité sociale de Peristeri fonctionne depuis un an et demi grâce à 60 bénévoles, dont 25 médecins qui ont proposé leurs services gratuitement. La clinique est pourvue d’une simple salle de consultation et d’une petite pharmacie de médicaments offerts. Les bénévoles de la clinique disaient que les gens souffrant de maladies chroniques comme le diabète ou les cancéreux avaient d’énormes problèmes pour obtenir les traitements dont ils auraient besoin. Les patients cancéreux non assurés ne peuvent pas payer une chimiothérapie. Les organisations de solidarité demandent aux personnes suivant une chimiothérapie de donner l’équivalent d’un jour de médicaments pour les patients qui n’ont pas les moyens de se procurer ces produits.

Le gouvernement grec [avant l’élection de Syriza] a passé une loi en janvier 2014 permettant de confisquer des biens immobiliers de personnes endettées auprès d’institutions étatiques. Il y en a qui renoncent à poursuivre leur traitement pour éviter de contracter des dettes qui pourraient entraîner la perte du logement pour leur famille.

Actuellement les mères grecques doivent débourser 600 euros pour un accouchement et 1 200 euros s’il y a une césarienne ou des complications. Pour les étrangères vivant en Grèce, le prix est deux fois plus élevé. La mère doit payer la facture en quittant l’hôpital. Au début, lorsque ces tarifs ont été introduits et si la mère ne pouvait pas payer, l’hôpital gardait le bébé jusqu’au paiement de la facture. Condamnée à l’échelle internationale, cette pratique a été interrompue et l’argent est désormais récupéré au moyen d’une taxe supplémentaire. Néanmoins, si la famille n’a pas les moyens de payer, son logement ou sa propriété peut être confisqué. Et si elle ne peut toujours pas payer, elle peut être emprisonnée |6|. Un nombre croissant de nouveau-nés sont abandonnés à l’hôpital. Un obstétricien avec qui j’ai discuté l’a appelé « la criminalisation de l’accouchement ». La contraception est inaccessible pour beaucoup de gens – l’assurance maladie ne couvre même pas son achat. Les avortements sont devenus beaucoup plus nombreux (30 000 par année) et, pour la première fois, le nombre de décès en Grèce est en train de dépasser celui des naissances. Les gens ne peuvent plus se permettre financièrement d’avoir des bébés. C’est déjà suffisamment dur de nourrir et soigner les enfants existants.

D’après un rapport récent |7| compilé par l’Unicef et par l’université d’Athènes, 35,4 % des enfants grecs soit connaissent la pauvreté, soit risquent d’y basculer. Un article dans The Lancetdu 22 février 2014 intitulé « La crise du système de santé grec : de l’austérité au déni » a évalué que le taux de mort-nés avait augmenté de 21 % et celui de la mortalité infantile de 40 % entre 2008 et 2011. De nombreuses familles vivent uniquement grâce à la maigre pension d’un grand-parent – en général d’environ 500 euros par mois. L’effondrement du système de santé primaire signifie que des milliers d’enfants ne sont pas vaccinés. Un cycle de vaccinations infantiles coûte environ 80 euros, et ce prix est trop élevé pour beaucoup de familles.

L’effondrement du système de santé public a entraîné un doublement des cas de tuberculose, la réémergence de la malaria qui avait disparu depuis 40 ans et une multiplication par 700 des infections HIV. La pauvreté de l’alimentation entraîne également une détérioration de la santé de la population. D’après l’OCDE, 1,7 million de Grecs, soit presque un sur cinq, n’ont pas assez à manger |8|. À Athènes nous avons visité un marché alimentaire organisé par le mouvement de solidarité sociale, qui organise la distribution d’aliments directement des paysans à la population. En éliminant ainsi les intermédiaires, les marchés de solidarité sociale obtiennent que la nourriture soit moins chère qu’au supermarché, tout en permettant aux paysans d’être correctement payés. En contrepartie, les paysans donnent un pourcentage de leur production, qui est alors distribué gratuitement aux familles dans le besoin. Une banderole au-dessus du marché proclame « Mettre en pratique l’espoir ». Pour moi c’était là un parfait exemple de l’esprit que j’ai rencontré partout où je suis allée – l’espoir d’un changement combiné avec une approche très pragmatique pour créer des structures de soutien. Pour les personnes avec lesquelles j’ai discuté, il était évident que ces structures n’étaient pas destinées à remplacer des structures d’État, ce qui ne serait pas possible – mais constituaient un moyen de soutenir la vie et la résistance pour empêcher que les gens coulent dans la misère et le désespoir. Ils disaient que ce qu’il fallait c’était une action au niveau gouvernemental.

Le succès du parti de Syriza n’est pas surprenant. Nous avons rencontré Alexis Tsipras, le dirigeant de Syriza, qui a dit que la reconstruction du système de santé serait une priorité pour son gouvernement s’il était élu.

On peut trouver plus d’informations sur la situation de la santé en Grèce et sur les actions de solidarité sur le site du collectif Solidarité France Grèce pour la Santé : https://solidaritefrancogrecque.wor...


Source : Inprecor

 

Notes

|1| Depuis la « réorganisation » du système de santé dans le cadre des mémorandums, les urgences sont concentrées pour le Grand Athènes (plus de 4 millions d’habitants) dans un seul hôpital chargé, tous les 4 jours, d’assurer la permanence. L’hôpital Evangelismos, le plus grand, dispose de 950 lits et de 3 000 salariés.

|2| Le budget du service public de la santé s’élevait à 16,1 milliards d’euros en 2009, il n’était plus que de 11,2 milliards d’euros en 2013. Le nombre d’hôpitaux est passé de 135 à 115 (avec une réduction à 80 prévue dans le plan « Santé 2020 »), avant les mémorandums, la Grèce était dotée d’environ 200 centres en zone rurale, seule la moitié fonctionne encore. Le secteur hospitalier public a perdu 15 000 salariés – médecins, infirmières et infirmiers, aides-soignants… Selon le Dr Ilias Sioras, cardiologue et président du syndicat des travailleurs d’Evangelismos, « Pour remettre l’hôpital à flot, il faudrait augmenter le personnel soignant de 15 000 personnes et recruter 5 000 médecins ». Cf. Fabien Perrier, « La Grèce malade du démantèlement de son système de santé », http://www.regards.fr/web/article/l...

|3| En 1978, dans sa déclaration d’Alma-Ata, l’OMS donnait cette définition des « soins de santé primaires » : « Les soins de santé primaires sont des soins de santé essentiels fondés sur des méthodes et une technologie pratiques, scientifiquement viables et socialement acceptables, rendus universellement accessibles aux individus et aux familles dans la communauté par leur pleine participation et à un coût que la communauté et le pays puissent assumer à chaque stade de leur développement dans un esprit d’autoresponsabilité et d’autodétermination. »

|4| En février 2014, The Lancet estimait que 47 % des Grecs n’avaient pas accès à des soins adéquats.

|5| Fin 2014, plus de 3 500 médecins grecs travaillaient en Allemagne…

|6| Cette loi a été supprimée par le nouveau gouvernement.

|7| Qui donne les chiffres de fin 2012.

|8| Depuis la publication du rapport de l’OCDE, ce chiffre macabre a encore augmenté.

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 16:56

 

 

 

 

Grèce: les Européens lèvent le tabou de la sortie de l'euro

|  Par martine orange

 

 

Les responsables européens parlent désormais ouvertement d’un plan B reposant sur la sortie de la Grèce de la zone euro. En guise d’ultime gage pour parvenir à un accord, le gouvernement grec a accepté la mise à l’écart de son ministre des finances, Yanis Varoufakis, comme l’exigeait l’Eurogroupe. Mais le temps presse.

 

Le tabou est tombé à Riga. Même s’ils s’en défendent publiquement, les responsables européens, ou au moins certains d’entre eux, semblent clairement travailler désormais à un scénario de sortie de la zone euro pour la Grèce.

Lassés de voir la question de la Grèce convoquée à chaque réunion de l’Eurogroupe ou sommet européen, frustrés de ne constater aucune avancée et de se heurter à une résistance qu’ils n’avaient pas prévue de la part du gouvernement grec de Syriza, les ministres des finances de la Slovénie, de la Slovaquie et de la Lituanie – parlant peut-être au nom d’autres ? – ont décidé de briser les apparences, samedi 25 avril, à l’issue d’une nouvelle rencontre de l’Eurogroupe, marquée par un nouvel échec sur la question grecque. Ils ont commencé à parler ouvertement d’un plan B pour la Grèce.

« Un plan B, cela peut être n’importe quoi », justifiait alors le ministre des finances slovaque Dusan Marmor, afin de ne pas donner l’impression de l’urgence. « Mon propos était de se demander ce que nous ferions si le nouveau programme n’était pas adopté à temps pour permettre à la Grèce de se financer et d’améliorer sa liquidité », déclarait-il un peu plus tard pour expliciter son propos.

Loin d’écarter l’hypothèse, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a tenu des propos elliptiques qui semblaient la conforter quelques heures plus tard. « Vous ne devez pas interroger les responsables politiques sur l’existence d’alternatives. Si un politique responsable répond oui à cette question, nous savons ce qui va se passer, s’il répond non, vous ne me croirez pas », a-t-il expliqué à des journalistes dimanche, interrogé sur un éventuel plan B. Pour mieux se faire comprendre, le ministre allemand des finances a fait le parallèle avec le nécessaire secret qui avait entouré le plan de réunification de l’Allemagne en 1989. « Si un des ministres alors en exercice – j’étais un de ceux-là – avait déclaré : "Nous avons un plan pour la réunification", alors le monde entier aurait sans doute dit "les Allemands sont complètement fous". »

Cette seule allusion a suffi à convaincre définitivement les observateurs que l’Allemagne avait bien un plan secret pour faire sortir la Grèce de l’Europe. D’ailleurs, Berlin cache à peine ses arrière-pensées. Avant même les élections grecques, le gouvernement allemand parlait d’une éviction d’Athènes de la zone euro, la jugeant désormais moins risquée qu’en 2012, comme l’avait révélé le Spiegel dès début janvier.

 

Un mur de dettesUn mur de dettes © Wall Street journal
 

Même si le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a catégoriquement nié lundi l’existence d’un plan secret sur la Grèce, il n’a convaincu personne. L’hypothèse d’un Grexit prend de plus en plus de consistance dans les milieux financiers. Tant la situation paraît intenable. La Grèce fait face à un mur de dettes en 2015. Un mur connu de tous les responsables politiques européens et jugé infranchissable dès 2013 par le FMI. Sur l’ensemble de l’année, Athènes doit rembourser plus de 27 milliards d’euros. Ces dettes doivent se payer cash. Car à la différence de tous les autres pays qui peuvent faire rouler leurs dettes, la Grèce est privée de tout accès aux marchés de capitaux et ne bénéficie plus d’aucun soutien financier de l’Europe depuis juillet 2014.

Depuis son arrivée au pouvoir en février, le gouvernement d’Alexis Tsipras a utilisé tous les expédients pour honorer ses échéances. Après avoir mobilisé les fonds de retraite en février, il a fait voter la semaine dernière une loi obligeant toutes les collectivités locales à remettre leur trésorerie à la disposition de la banque centrale, dans l’espoir de gagner encore un peu de temps afin d’arriver à un accord avec les Européens. Mais un certain nombre de collectivités locales ont déjà annoncé qu’elles refusaient de reverser leur argent dans les caisses de l’État.

Chaque jour semble rendre la tâche de plus en plus impossible. Entre mai et début août, le gouvernement doit  trouver plus de dix milliards d’euros pour rembourser le FMI et la Banque centrale européenne. Pour les seuls 15 premiers jours de mai, il a besoin de mobiliser quelque 3 milliards d’euros : 250 millions d’euros pour rembourser le FMI le 1er mai, 1,4 milliard pour l’échéance de billets de trésorerie le 8 mai, 780 millions d’euros pour rembourser à nouveau le FMI le 12 mai, et encore 1,4 milliard de billets de trésorerie arrivant à échéance le 15 mai. Si les billets de trésorerie, majoritairement détenus par les banques grecques, peuvent être reconduits, les prêts aux FMI doivent être remboursés selon un calendrier précis.

En l’absence d’un plan d’aide européen signé dans les plus brefs délais, les analystes financiers sont de plus en plus nombreux à juger un défaut de la Grèce comme inévitable. De Citibank à Goldman Sachs en passant par ING ou Barclays, tous écrivent des scénarios catastrophes sur une sortie de route accidentelle de la Grèce. Les uns évoquent le risque d’un non-paiement du FMI, d’autres les risques de voir une banque exploser, d’autres encore le non-paiement des fonctionnaires et des retraités recevant à la place une sorte de certificat qui servirait de monnaie d’échange à l’intérieur du pays. Quelles que soient les possibilités envisagées, toutes aboutissent à une même fin : la faillite du pays, conduisant à une expulsion de la zone euro, avec contrôle de capitaux et retour de la drachme à la clé.

 

Sortie « accidentelle »

© Reuters
 

Mais si un tel accident advenait, serait-ce vraiment par inadvertance ? Depuis février, les responsables européens n’ont cessé de critiquer le nouveau gouvernement grec. Manquant d’expérience, celui-ci a sans doute commis des impairs. Mais en face, les responsables européens ont fait preuve d’une intransigeance et d’un dogmatisme sans pareils. Refusant de dresser le moindre bilan des plans d’austérité passés, ils ont réfuté toutes les propositions grecques. Même la demande de signer un programme crédible et applicable plutôt que de prendre des engagements qui ne pourraient jamais être tenus car irréalistes, comme l’avaient fait les gouvernements grecs précédents, a été jugée inadmissible.

En quatre mois, le gouvernement grec a dû présenter dix projets successifs de plans de redressement. Il est revenu sur certaines promesses électorales, a accepté de reprendre un programme de privatisation, de reporter les augmentations des minima sociaux. Mais rien, jusqu’à présent, n’a été jugé « crédible » par les Européens.  Ceux-ci semblent attendre un plan conforme en tous points à celui écrit par la Troïka, dans lequel figureraient les mots totem « réformes structurelles de marché de travail et des retraites ». Leurs exigences vont si loin qu’ils ont même réclamé la réintroduction de mesures qui avaient été repoussées par le gouvernement précédent d’Antonio Samaras, pourtant très conciliant à l’égard de l’Europe. Bref, les Européens exigent un reniement complet du programme politique de Syriza. Jusqu’alors, le gouvernement grec a refusé de franchir ce qu’il appelle « les lignes rouges ». Et aucun accord n’a pu être trouvé.

Un homme est désigné, par les responsables européens comme le grand responsable de cet échec : Yanis Varoufakis. Le ministre grec des finances est devenu la bête noire du ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble, dès leur premier entretien en février. Tout en lui déplaît à Berlin : son comportement de rock star, ses critiques acerbes sur les plans d’austérité passés, sa façon de faire la leçon aux autres, son refus de se soumettre à la doxa européenne. De sommet en réunion, tout a été mis en scène pour signifier son isolement, accentuer son rejet.

 

 

L’épisode final s’est tenu vendredi, à Riga. Des ministres des finances sont sortis de la réunion en critiquant vivement l’attitude de Yanis Varoufakis, accusé de faire perdre du temps à tout le monde, et de ne présenter aucun plan digne de ce nom. Pour bien signifier ce rejet, les responsables européens se sont empressés de faire savoir que Yanis Varoufakis n’avait pas assisté au dîner de clôture de la réunion, comme le veut l’usage. En retour, le ministre grec des finances se fendait d’un tweet vengeur, rappelant les propos de Roosevelt en 1936. « "Ils sont unanimes dans leur haine contre moi. Et je me félicite de leur haine". Une citation chère à mon cœur (et proche de la réalité) ces derniers jours. »

 

« Ne pas laisser les empreintes sur l'arme du crime »

Les responsables européens ont fini par avoir gain de cause. Lundi, le gouvernement grec, en guise d’ultime gage, annonçait la mise à l’écart de Yanis Varoufakis des négociations, comme l’exigeait l’Eurogroupe avant tout éventuel accord. L’équipe de négociation a été remaniée. Elle sera conduite désormais par Euclide Tsakalotos, ministre délégué aux affaires économiques internationales, considéré comme l’éminence grise de Syriza.

 

© conseil de l'union européenne
 

La chute de Varoufakis serait imminente, disent des rumeurs bruxelloises. Cette sortie serait le prélude à un comportement plus conciliant de la part du gouvernement grec, poursuivent les milieux européens. Les marchés financiers veulent le croire. L’annonce de la mise à l’écart de Varoufakis a été saluée par une envolée des marchés boursiers, et une spéculation sur les titres grecs. Un accord entre la Grèce et l’Europe serait en vue, pronostiquent déjà certains.

Est-ce si sûr ? Même si Euclide Tsakalotos adopte un comportement différent de celui de Yanis Varoufakis, ses buts et ses objectifs restent identiques. « Mais je commence à avoir des doutes sur le fait que les institutions et les pays membres nous soutiennent réellement sur les réformes de fond. (...) D'après moi, il s'agit de nous conduire, avec l'épuisement des liquidités dont dispose l’État grec, à un point où nous serons obligés de faire encore davantage de compromis », a déclaré Euclide Tsakalatos à Mediapart.

La réunion européenne du 11 mai, décrite à nouveau comme décisive, dira ce qu’il en est. Certains soupçonnent cependant que cette stratégie du bouc émissaire ne soit qu'une mise en scène des Européens, pour éviter d’assumer la responsabilité d’une sortie de la Grèce de la zone euro et faire porter tous les torts sur les Grecs. « Il semble que M. Varoufakis, expert renommé de la théorie des jeux, s’est peut-être trompé sur le jeu auquel jouaient les pays du Nord. Encouragé par Juncker, Draghi, Moscovici et Lagarde, il a joué pour éviter la sortie de la Grèce (…). Le jeu des pays du Nord ressemble plus à éviter de porter le blâme d’une sortie de la Grèce, même s’ils ne peuvent pas encore s’accorder sur un plan B », écrit en réaction aux derniers événements Alastair Winter, chef économiste de la banque d’investissement Daniel Stewart.

Une analyse que partage Citigroup. « Le jeu du chat et de la souris auquel jouent la Grèce et ses créanciers internationaux est en train de tourner au jeu infernal, alors qu’Athènes s’approche dangereusement de la banqueroute. Les responsables politiques européens, les banquiers centraux et les politiques grecs ne s’accordent que sur un point : si la Grèce tombe, ils ne veulent pas laisser leurs empreintes sur l’arme du crime. » 

Le soupçon n’est pas illégitime. Les responsables européens ont-ils vraiment envie de sauver la Grèce ? Lassés de devoir gérer une crise sans fin, certains en arrivent à penser que la sortie de la Grèce de la zone euro serait préférable. « Si la Grèce reste dans l’euro, il n’y aura pas seulement besoin d’un troisième plan de sauvetage, mais d’un quatrième, d’un cinquième et peut-être plus », a dénoncé dimanche Mark Hauptmann, député du CDU, le parti d’Angela Merkel. Une façon de reconnaître que l’Europe a totalement fait fausse route dans sa gestion de la crise grecque depuis 2009.

Sans la Grèce, font valoir les adeptes d’un plan B, la zone euro serait plus cohérente. Ce serait aussi un avertissement sans frais pour la France et l’Italie, jugées trop récalcitrantes dans l’application des réformes « structurelles » demandées par Bruxelles, ajoutent certains. Ils jugent que l’exclusion de la Grèce serait désormais plus facilement gérable. Car l’Europe s’est dotée de cadres institutionnels plus solides, avec la réforme bancaire et la création d’un fonds de soutien. Surtout, le parapluie qu’offre la BCE avec sa politique non conventionnelle leur paraît très protecteur : en cas de coups durs, le système bancaire européen ne serait plus sous la menace, grâce aux milliards déversés par la banque centrale.

La semaine dernière, le gouvernement américain, par la voix de son secrétaire au trésor, Jack Lew, a encore mis en garde les Européens sur cette analyse qu’il juge erronée. « Des experts aussi nous assuraient en 2008 que l’on pouvait laisser la banque Lehman Brothers tomber en faillite, sans inconvénient. On connaît la suite », a-t-il rappelé.

Goldman Sachs a repris l’analyse, estimant que les conséquences d’une sortie de la Grèce seraient incalculables. La première, la plus évidente soutient la banque, serait que contrairement à ce qu’a prétendu et défendu le président de la BCE, Mario Draghi, depuis 2012, l’euro n’est pas irréversible. La monnaie unique ne serait plus perçue comme une monnaie commune de l’Europe mais comme un système de change à parité fixe entre les pays, arrimé à un euro mark. On sait, préviennent des économistes, ce qu’il advient de tels systèmes : ils finissent par exploser, en rappelant la crise du SME en 1992 ou l’effondrement de l’Argentine en 2001. 

Dans une ultime conférence, Yanis Varoufakis a tenté une nouvelle fois d’avertir ses homologues européens à Riga. « Toute référence à un plan B est profondément anti-européenne. Ma première réponse a été de dire qu’il n’y a pas de plan B, il ne peut y avoir un tel plan B. (…) Si la Grèce sort, l’euro sera en grand danger. Car les marchés financiers ne cesseront de demander "qui est le suivant ?" » Les responsables européens ont balayé l’avertissement d’un revers de la main. Pour eux, Yanis Varoufakis reste décidément un insupportable donneur de leçons.

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 20:57

 

Source : http://www.humanite.fr

 

« Nous refusons la poursuite des programmes d’austérité »

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui
Mardi, 28 Avril, 2015
L'Humanité

 

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Stefania Mizara
 
Pour Tassos Koronakis, nouveau secrétaire général de la formation du premier ministre, l’intransigeance des créanciers de la Grèce s’explique par la crainte de voir d’autres peuples d’Europe contester les politiques de rigueur.

Athènes (Grèce), envoyée spéciale.

Plusieurs sondages parus ces derniers jours dans la presse grecque indiquent une fragilisation du soutien populaire à Syriza. Craignez-vous les effets de la stratégie de pourrissement choisie par les institutions européennes et le Fonds monétaire international ?

Tassos Koronakis Au lendemain des élections, le gouvernement a bénéficié d’un soutien populaire extraordinaire. Les Grecs avaient pour la première fois le sentiment que le gouvernement se tenait de leur côté. Alors les négociations s’éternisent, nous avons la responsabilité d’entretenir et de renforcer cette relation de confiance avec le peuple. Syriza doit rester à l’écoute de la société, informer les citoyens.

 

Le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, affirme que le scénario d’une sortie de l’euro ne relève pas du bluff en cas d’échec des négociations. L’idée de « Grexit » fait-elle son chemin ?

Tassos Koronakis Après le discours de ­politique générale du premier ministre, Yanis Varoufakis a prévenu : lorsqu’on entre dans une négociation de cette nature, on doit se préparer au pire. Nous travaillons d’arrache-pied, depuis le début, pour dégager une solution ­mutuellement acceptable. Nous ne sommes pas dans une logique de confrontation. Mais nous refusons la poursuite des programmes d’austérité qui ont plongé le pays dans une crise humanitaire. Nous tiendrons à la lettre nos engagements et nos obligations envers le peuple grec.

 

La nature démocratique du projet européen est-elle en jeu avec la question grecque ?

Tassos Koronakis Quelle Europe voulons-nous dessiner ? C’est le cœur du problème. De notre côté, nous avançons des propositions de sortie de crise qui permettraient de retrouver le chemin d’une construction démocratique. Nos interlocuteurs jugent « incomplète » la liste de réformes établie par le gouvernement grec. Mais en réalité, cette liste ne leur convient pas pour des raisons politiques. C’est donc bien la question démocratique qui est posée.

 

Les mouvements populaires contestant les politiques d’austérité restent sporadiques en Europe. Est-ce un obstacle pour vous ?

Tassos Koronakis Si nos interlocuteurs se montrent si durs avec nous dans les négociations, c’est parce que la Grèce remet en cause les politiques qu’ils imposent partout en Europe. Ils redoutent de voir d’autres peuples contester à leur tour les dogmes du néolibéralisme. De vraies possibilités s’ouvrent pour faire grandir ce mouvement antiaustérité, en Espagne, en Italie, en France. Dans une récente étude d’opinion, en Autriche, 25 % des sondés ont répondu qu’ils seraient prêts à voter pour une formation politique comme Syriza.

 

Vous attendez beaucoup des élections ­espagnoles, à l’automne. Pourtant, la ­démarche de Podemos, qui rejette le clivage entre gauche et droite, est bien différente de la posture de Syriza, qui se définit comme un parti de gauche radicale…

Tassos Koronakis Une victoire de Podemos en Espagne offrirait à toute l’Europe une respiration salutaire. Le clivage entre gauche et droite, tel qu’on le concevait traditionnellement, n’est plus opérant. Ce qui compte, désormais, c’est le positionnement face au néolibéralisme, qui entretient une crise destructrice pour les peuples. Syriza est l’union de courants politiques différents et d’esprits indépendants. Ce parti réunit la gauche ­radicale, mais aussi des écologistes, des militants venus de la social-démocratie. Nous voulons construire un front très large pour contester les choix néolibéraux, donner corps à une Europe démocratique et sociale.

 

Syriza est le théâtre de débats très rudes en ce moment. L’expérience du pouvoir peut-elle menacer la cohésion du parti ?

Tassos Koronakis Ces tensions ne sont pas surprenantes pour qui connaît notre culture de débat démocratique. La confrontation était d’ailleurs bien plus rude lorsque nous étions à 4 % ! Nous sommes très conscients des responsabilités qui pèsent sur nos épaules. Il n’est pas question d’étouffer le débat interne sur le contenu des politiques suivies par le gouvernement. Nous encourageons au contraire la discussion démocratique pour soutenir le gouvernement, faire grandir le mouvement populaire et dégager des réponses permettant de sortir le pays de cette grave crise.

 

La Grèce est confrontée à l’afflux de réfugiés fuyant les guerres au Moyen-Orient. Que pensez-vous des conclusions du dernier Conseil européen sur cette crise ?

Tassos Koronakis L’Europe forteresse rejette le problème à sa périphérie, en exerçant une grande pression sur ses pays frontaliers. Elle évite soigneusement de s’interroger sur les raisons pour lesquelles ces réfugiés fuient leurs pays. Nous ne pouvons pourtant pas échapper à une discussion sérieuse sur la responsabilité de l’Europe dans le chaos qui règne en Syrie, en Libye, en Irak.

Un profil eurocritique et progressiste

Tassos Koronakis a été élu secrétaire général de Syriza le 1er?mars. ?Proche du premier ministre ?Alexis Tsipras, il lui avait déjà succédé ?en 2003, à la tête de la jeunesse ?de Synaspismos, la coalition de la gauche radicale. Formé dans le mouvement altermondialiste, il a pris une part ?active à la création du Forum social ?grec au tournant des années 2000. ?Pro-européen convaincu, ce militant ?fut, à la fin des années 1990, ?l’une des chevilles ouvrières ?d’Endyl, un réseau européen ?de jeunes progressistes engagés ?pour une réorientation sociale ?de la construction européenne.
 

 

Source : http://www.humanite.fr

 

 

 
 
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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 15:39

 

 

vendredi 24 avril 2015

Gabriel Colletis : «Les Grecs préféreront vivre libres et pauvres qu'asservis par la dette »

 
 
 
 
 
Gabriel Colletis est économiste. Il est l'auteur de plusieurs livres sur l'industrie dont L'urgence industrielle (Éditions Le Bord de l'eau, 2012). D'origine grecque, il a également publié à Athènes, en mai 2014, un livre sur la crise et ses issues « Exo apo tin Krisi : gia mia chora pou mas axizei ! » (Editions Livanis). Gabriel Colletis est sollicité par Syriza depuis 2012.
 
 
***
 
Il a beaucoup été dit, dans la presse française, que le gouvernement grec avait "capitulé". Pourtant, on en est très loin. Au contraire, il semble bien qu'il soit le premier gouvernement depuis longtemps à prendre des mesures visant à faire face à "l'urgence humanitaire" d'une part, à lutter contre la fraude fiscale et contre la corruption d'autre part. Quelles sont, concrètement, les mesures prises par le gouvernement Tsipras ?
 
Le programme de la Syriza prévoyait un paquet de mesures humanitaires d'urgence d'un montant d'environ 2 milliards d'euros en faveur des ménages les plus touchés par la crise. Une fois arrivé au pouvoir, le nouveau gouvernement a déclaré vouloir mettre en œuvre les mesures prévues.  Ces mesures ont, d’emblée, été vues d'un œil sceptique par les créanciers (UE, BCE, FMI) de la Grèce qui ont déclaré craindre qu'elles ne fassent dérailler le fragile budget de l'État…que leur politique avait, elle-même, mis à mal.
 
En dépit des difficultés financières qu’il savait qu’il aurait à affronter, le gouvernement de la gauche radicale, élu sur son programme anti-austérité, a ainsi voulu répondre aux besoins liés à la progression de la grande pauvreté. Parmi les mesures annoncées peu de jours après les élections figurent la fourniture de l'électricité gratuite à 300.000 familles dans le besoin, l'accès gratuit aux services de soins, la distribution de coupons d'aides alimentaires et de transport pour les plus modestes ainsi qu'un soutien financier spécifique aux retraités touchant de faibles pensions.
 
Ces mesures ont évidemment un coût. Comment sont-elles financées ?
 
Il faut savoir que ces politiques seront menées, d’après le gouvernement, « en veillant à ce qu’elles n’aient pas d’impact budgétaire négatif ». D’après un accord conclu le 20 février dernier au terme duquel la Grèce accepte de demander une extension de l’assistance financière auprès de ses créanciers en échange de la mise en œuvre d’un programme de réformes que ceux-ci auraient validé, il a été, en effet, prévu que, non seulement le gouvernement grec ne prenne aucune mesure unilatérale, mais encore qu’il n’engage aucune dépense nouvelle sans contrepartie en termes de recettes, ce afin de préserver un excédent budgétaire le plus élevé possible.
 
Le gouvernement semble compter sur de nouvelles rentrées fiscales...
 
Oui. Les mesures humanitaires annoncées seront en effet financées par de nouvelles recettes liées à la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales ainsi qu’au début de réforme de la fiscalité.
 
Gabriel Colletis
La lutte contre le trafic d'essence et de cigarettes doit permettre à l’État grec d'engranger respectivement 1,5 milliard et 800 millions d'euros. Près de 2,5 milliards supplémentaires pourraient être encaissés au travers du recouvrement des dettes fiscales des particuliers et des entreprises. Le cumul des arriérés d'impôts des contribuables grecs s'élève, en effet, à... 76 milliards d'euros et continue d'augmenter tous les mois, en raison des difficultés économiques des ménages. Le gouvernement estime ne pas pouvoir récupérer plus de 9 milliards d'euros, soit 11,6% du total de cette somme, en raison notamment des faillites d'entreprises ou des contribuables dont il a perdu la trace.
 
Enfin et peut-être surtout, l'exécutif de gauche radicale prévoit aussi de tirer 2,5 milliards d'euros de l'imposition des fortunes grecques et des oligarques.
 
Du coup, cela redonne-t-il au pays une petite marge de manœuvre ?
 
Un peu, oui. Mais la Grèce reste « plombée » par l’énormité de la dette et des intérêts. En 2015, l’État grec doit rembourser près de 17 milliards de prêts qui arrivent à échéance. Quant aux intérêts, ceux-ci représentent plus de 20% des dépenses de l’État.
 
Rappelons que depuis août 2014 et jusqu’à ce jour, l’État grec n’a rien reçu du programme dit « d’assistance financière », programme dont le nouveau gouvernement a pourtant demandé l’extension le 20 février dernier…
 
Au bout du compte, loin d'être révolutionnaires, les mesures envisagées par les Grecs semblent fort raisonnables. Toute l'Europe (Allemagne, Eurogroupe, BCE ) semble pourtant s'être mise d'accord pour ne pas leur accorder le temps nécessaire à leur mise en œuvre. Quel est, selon vous, l'enjeu de cette "guerre du temps" ? Pourquoi "les Européens" semblent-il à ce point désireux d'étrangler la Grèce ?
 
Décider d’un programme d’urgence pour venir en aides aux plus démunis dans un pays où sévit une véritable crise humanitaire ne me semble pas être, en effet, la marque d’un gouvernement extrémiste ! De même, vouloir réformer la fiscalité pour assurer le financement des mesures prévues dans le cadre ce programme et, au-delà, constituer un socle solide de financement des services publics comme l’envisage le programme de Syriza, ne paraît pas non plus être une orientation révolutionnaire....
 
On ne peut donc qu’être étonné que ces mesures, que le peuple grec a approuvées, puissent ne pas entraîner l’adhésion des partenaires institutionnels de la Grèce et des pays créanciers.
 
Comment comprendre une telle posture, réaffirmée ad nauseam depuis l’accord du 20 février ? Une explication réside dans la nature de l’orientation choisie : aider les démunis, reconnaître l’existence d’une crise humanitaire et la considérer comme inacceptable, vouloir financer des services publics, sont l’expression de choix qui s’opposent à la doxa libérale promue par les institutions internationales et les gouvernements des pays créanciers. D’après cette doxa, si les pauvres existent, c’est qu’ils n’ont pas su faire les bons choix, ne disposent pas des talents nécessaires (pour reprendre les termes d’Adam Smith). Si une aide doit être envisagée, c’est par la charité publique et non par l’impôt qu’elle doit être concédée. Quant aux services publics…
 
On est donc dans l'idéologie, pas seulement dans la rationalité économique...
 
Tout à fait. Tenter de faire échouer le nouveau gouvernement, c’est avoir pour objectif de montrer qu’il est utopiste ou insensé de penser et vouloir agir autrement que selon les dogmes de la pensée libérale. C’est vouloir prouver que les élections et les mouvements citoyens ne peuvent « changer les traités » et, surtout, l’ordre du monde établi, lequel aujourd’hui est synonyme partout d’une montée très forte des inégalités et des injustices.
 
Alexis Tsipras n'a pas cédé aux vœux des institutions et des pays créanciers, qui, à maintes reprises, ont déclaré qu’ils n'étaient guère satisfaits des réformes proposées par le gouvernement grec, réformes jugées « incomplètes et trop imprécises ».
 
Le refus par les créanciers de la Grèce des réformes proposées par le gouvernement grec repose sur l'absence de deux réformes qu’ils exigent de lui : celle des retraites et celle du marché du travail. 
 
Pourquoi spécifiquement ces deux réformes ?
 
La réponse nous est clairement donnée par le journal La Tribune : les dirigeants européens et leurs administrations sont persuadés que ces «réformes structurelles » sont des leviers de croissance potentielle qui, en favorisant la compétitivité coût du pays, lui permettront de mieux rembourser ses dettes. Sur le marché du travail, ce que veulent les Européens, c'est réduire encore la capacité de négociations collectives salariales des syndicats, déconstruire le droit du travail ou ce qui en reste.
 
Quant au système des retraites, l’objectif est le même que celui recherché partout : reporter l’âge légal du départ à la retraite. Mais, comme le rappelle aussi La Tribune, dans un pays comme la Grèce, prôner un tel allongement signifie refuser de voir le développement de la pauvreté dans le pays et l'importance qu'ont ces retraites pour soutenir le niveau de vie des plus jeunes. C'est aussi refuser de reconnaître que dans un pays où le taux de chômage est de 26 %, il n'y a pas de sens à reporter l'âge légal de départ à la retraite à 67 ans.
 
Plus haut, nous avons indiqué que la Grèce n’avait reçu aucun soutien financier depuis l’été 2014. Mieux ou pire, en dépit de l’accord du 20 février, aucun euro n’est entré dans les caisses de l’État grec alors que celui-ci a eu à faire face à de nombreux et importants débours tant sur le principal de sa dette que sur ses intérêts. On ne compte plus depuis le fameux accord de février les listes de réformes envoyées par le gouvernement grec à ses créanciers. A chaque fois, la réponse est identique : la liste ne convient pas…ce qui justifie que la dernière tranche du programme d’assistance financière ne soit toujours pas versée.
 
L’accord du 20 février apparaît désormais pour ce qu’il est : un marché de dupes. Alors que c’est l’état dégradé du système financier grec qui a poussé le gouvernement à se résigner à demander l’extension du programme d’assistance financière, à l’issue de moult réunions de l’Eurogroupe, toujours marquées par de grandes tensions, la Grèce n’aura rien touché et le gouvernement aura retardé ou édulcoré la mise en œuvre de son programme, voire accepté de poursuivre sur une voie qu’il condamnait au départ (les privatisations, notamment).
 
Ne pensez-vous pas que Tsipras, au départ, ait sous-estimé la rigidité de ses "partenaires" ?
 
La principale erreur de Tsipras aura été de ne pas décider d’un moratoire sur le paiement de la dette et des intérêts. Ayant accepté de les honorer, le nouveau gouvernement s’est mis lui-même dans une situation financière très difficile, bien sûr aggravée par les décisions de la Banque centrale européenne. Rappelons que celle-ci, le 4 février, a coupé un des canaux de financement du Trésor grec : les obligations émises par celui-ci ne seraient plus acceptées par la BCE comme garanties en échange de liquidités prêtées aux banques grecques par la même BCE. Dans le même temps un mouvement massif de retraits de liquidités s’opérait en Grèce. Calculé à environ 2 milliards d’euros par semaine, il aurait atteint 1,5 milliard par jour dans la dernière période (seconde moitié de février), chiffres confirmés par le président du conseil des gouverneurs de la BCE, M. Draghi, qui a indiqué que sur janvier et février environ 50 milliards d’euros avaient été transférés de Grèce vers d’autres pays de la zone euro.
 
Le 25 mars, enfin, jour de la fête nationale grecque, la même BCE enjoignait aux banques grecques de ne plus acheter des bons du Trésor grec afin de ne pas dégrader leurs structures de bilan.Bref, une véritable opération de strangulation financière dont les motifs et certaines illustrations ont été exposés plus haut.
 
Oui, la BCE joue un rôle très politique dans cette affaire. Mais l'Allemagne est aussi en première ligne. Les Allemands n'ont-ils pas, pour raisons de politique intérieure (montée de l'euroscepticisme notamment) intérêt à voir la Grèce quitter la zone euro ?
 
Il est possible en effet que certains Allemands voient d’un bon œil la sortie de la Grèce de la zone euro et, pour d’aucuns, d’après des motifs de politique intérieure. La position globale de l’Allemagne quant au devenir de la zone euro paraît ambiguë. On peut penser que certains milieux allemands ne seraient pas hostiles à une sortie de l’Allemagne de l’actuelle zone euro et à une reconfiguration de cette dernière qui serait alors composée d’un nombre restreint de pays dans la sphère d’influence directe de l’Allemagne. Ces milieux pourraient, dans cette perspective, rechercher un bouc émissaire à l’éclatement de l’actuelle zone euro. La Grèce serait toute désignée pour jouer ce rôle. La boîte de Pandore serait cependant alors ouverte…
 
Vous dites donc que le gouvernement grec aurait dû annoncer un moratoire sur le paiement de sa dette et des intérêts. Comment se scénario aurait-il pu se dérouler ? Est-il encore jouable ?
 
Le défaut sur la dette ou l’annulation partielle de celle-ci est une hypothèse que l’on ne doit surtout pas exclure. Avec, à la clé, une nationalisation vraisemblable du secteur bancaire. De solides arguments plaident en ce sens :
1/ la dette grecque est insoutenable, dépassant 120% du PIB (limite au-delà de laquelle même les économistes du FMI considèrent qu’une dette ne peut plus être remboursée),
2/ elle est en grande partie illégitime pour des raisons économiques selon l’audit réalisé récemment en Grèce et comme le montrera vraisemblablement la commission installée par le Parlement hellène,
3/ elle est illégitime en référence à la crise sociale et humanitaire au regard de laquelle le gouvernement grec serait parfaitement en droit d'invoquer l'argument juridique de l'"état de nécessité" pour suspendre les paiements.
 
Illégitime... mais cet argent a bien été emprunté par la Grèce...
 
Ce n'est pas si simple. Comme le rappellent régulièrement les membres du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde (CADTM), la possibilité de suspendre unilatéralement les paiements s'appuie également sur l'obligation de tous les États à faire primer le respect des droits humains sur tout autre engagement, comme ceux à l'égard des créanciers. Ce devoir est notamment rappelé par le Comité européen des droits sociaux. Dans sa décision du 7 décembre 2012, ce comité saisi d'une plainte de la Fédération des pensionnés grecs a condamné l'État grec pour avoir violé la Charte sociale européenne en appliquant les mesures contenues dans l'accord avec la Troïka. Affirmant que tous les États sont tenus de respecter la Charte sociale européenne en toute circonstance, le comité a rejeté l'argument du gouvernement grec selon lequel il ne faisait que mettre en œuvre l'accord avec la Troïka.
 
Les gouvernements sont donc tenus, rappelle le CADTM, de privilégier le respect des droits humains et de ne pas appliquer des accords qui conduisent à leur violation. Cette obligation est également inscrite à l'article 103 de la Charte de l'ONU. Le droit européen et international légitimerait ainsi des actes unilatéraux de la Grèce.
 
Rappelons enfin au cas où cela serait nécessaire que :
1/ l’Allemagne a obtenu en 1953 un allègement substantiel de sa dette (conférence de Londres)
2/ ce pays ne s’est acquitté que de manière très marginale de sa dette envers la Grèce.
 
Est-ce qu’un moratoire sur le paiement de la dette et/ou un défaut partiel sur celle-ci impliquent ipso facto l'expulsion de la zone euro ? Rappelons que la décision de sortie de la zone euro est une décision souveraine. En d’autres termes, seul un gouvernement peut prendre une telle décision. Ce qui signifie qu’aucun autre gouvernement, aucune institution internationale ne peut contraindre un gouvernement à quitter la zone euro.
 
Vous semblez défavorable à ce Grexit. Pourquoi ? 
 
La réponse est simple. Les importations de la Grèce sont très importantes, y compris sur des produits de première nécessité. La sortie de la Grèce de la zone euro serait donc un désastre pour les plus vulnérables.
 
Ceci étant, et même s’il n’y a aucune relation d’équivalence entre une annulation partielle de la dette et une sortie de la zone euro, il se peut que l’intransigeance et le manque absolu de coopération des institutions européennes finissent par exaspérer une majorité de Grecs, qui pourraient alors considérer qu’il vaut mieux vivre libres et pauvres que ployant sous le poids de la dette et la servitude.

La sortie de la zone euro serait un choc assourdissant pour la Grèce et son peuple. Mais ce choc toucherait tous les pays de la zone euro et sans doute bien au-delà.
 
Avec François Morin, nous avons, malgré tout, envisagé ce cas de figure. Le voici en résumé, sur la base d’une hypothèse qui n’est malheureusement pas improbable. Si la BCE, poursuivant son entreprise de strangulation, ne maintient pas ouvert le robinet des aides d'urgence (ELA) aux banques grecques, celles-ci n’auront plus la possibilité de recourir à la monnaie centrale de la BCE (billets). Le besoin de liquidité pour éviter un bankrun entraînera ipso facto le gouvernement grec à imprimer ses propres billets (drachme). Une dépréciation très forte et un moratoire sur tous les paiements d'intérêt et de remboursements des dettes arrivant à échéance s’en suivront. Ceci déclenchera instantanément une bataille juridique qui durera des années.
 
Mais ce scénario, très dur pour la Grèce, est aussi un scénario catastrophe pour l'Europe : déconstruction rapide de la zone euro, effet de domino de la faillite grecque et déclenchement de CDS (Credit Default Swap) sur plusieurs dettes européennes. Bref, la catastrophe deviendra assez vite mondiale et des systèmes bancaires entiers s’effondreront. Le risque majeur d’un échec total des négociations est bien là : un nouveau cataclysme financier planétaire et des populations entières plongées une nouvelle fois dans une crise redoutable. Beaucoup plus redoutable que la précédente, car cette fois-ci les États sont exsangues.
 
L’intérêt de tous et d’abord des peuples est d’éviter ce scénario et c’est l’honneur du gouvernement grec de refuser de toutes ses forces de s’y adonner, ce, contre les apprentis sorciers de tous bords.
 
Une chose est sûre cependant, que la Grèce sorte de la zone euro ou y reste : la dette grecque doit être allégée. Nous avons proposé une solution favorable à toutes les parties dans cette perspective : transformer une partie de la dette grecque en certificats d’investissements.

 


 
 
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          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



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