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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 17:39

 

reporterre.net

 

Au Japon, la mobilisation contre le nucléaire reste vive

Marc Humbert (Reporterre)

mardi 15 octobre 2013

 

 

 

De nouvelles manifestations contre le nucléaire ont eu lieu ce week-end au Japon. Un campement permanent est installé devant le ministère de l’Economie. Et la situation à Fukushima même reste très inquiétante.


 

Je reviens d’un court séjour au Japon où la situation de Fukushima et du nucléaire continue d’être le sujet principal de discussion. La résistance de la société civile est persévérante et passive comme le montre le campement permanent face au ministère de l’Economie.

 

 

Campement à Tokyo devant le ministère de l’Economie -

 

Elle est aussi active : une nouvelle grande manifestation a eu lieu dimanche 13 octobre. Une dizaine de milliers de participants, selon les chiffres publiés, ont parcouru les rues de Tokyo et convergé vers le siège de Tepco, l’entreprise qui gère la centrale de Fukushima. On peut accèder à des images sur une video postée par un participant. On voit le style bon enfant populaire de ces « rallyes » organisant la résistance.

Les cœurs de trois réacteurs de la centrale accidentée il y a deux ans et demi ont fondu, ils ont traversé l’enceinte de confinement et ont enfoncé le béton. Leur état nécessite des mesures permanentes de refroidissement et même d’injection d’azote pour éviter l’explosion, la situation exacte de ces « corium » et leur évolution ne sont absolument pas maîtrisées et si on continue à ne rien faire de plus, cela ne peut évoluer vers un démantèlement. Bien au contraire, le risque d’évolution dramatique demeure, bien plus élevé que pour toute centrale « en bon état » avec ou sans nouveau tremblement de terre.

En outre, les conséquences de la seule situation actuelle sur l’environnement empirent : non seulement des émanations de radioactivité se poursuivent dans l’atmosphère, mais l’eau utilisée pour le refroidissement s’échappe directement vers la mer ou/et rejoint la nappe phréatique qui atteignait déjà avant l’accident le niveau des sous-sols des réacteurs. La nappe phréatique est polluée par la radioactivité et déverse la pollution dans la mer ; l’eau la plus radioactive est en principe pompée, décontaminée et stockée, mais au fil des années les quantités sont devenues phénoménales et de premières cuves de stockage ont commencé à fuir, avec de l’eau polluée rejoignant la mer ; les 900 autres devraient suivre.

 

Des niveaux de radioactivité élevés

La population qui a été évacuée des zones interdites où le gouvernement espère rétablir un niveau inférieur à 20ms/an (niveau toléré pour un temps limité pour les travailleurs du nucléaire) sera invitée une fois ce niveau obtenu à rejoindre son ancien habitat, et l’aide de 700 euros par mois versée par le gouvernement sera stoppée un an après la levée de l’ordre d’évacuation.

Le niveau de radioactivité dans des zones d’environ 80 km autour de la centrale, comme à Kôriyama ou Fukushima, dépasse de plusieurs fois le niveau « normal international » de 1msv/an, sans parler des « hot spots » où elle connait des pics très dangereux. Vivre en permanence dans cette zone est une contrainte et un cauchemar pour une partie de la population, pour les 250 000 enfants de Fukushima qui doivent faire surveiller leur thyroïde (une quarantaine ont déjà été atteints d’un cancer) quand d’autres s’efforcent d’oublier cette radioactivité invisible dont certains subiront cependant les conséquences sur leur santé physiologique.

Dans le reste du pays, l’inquiétude n’est pas toujours exprimée, pas même dans les comportements, mais elle est là et dans un pays sous la menace permanente de tremblements de terre très violents, la majorité du peuple souhaite l’abandon du nucléaire et dans l’ensemble de l’échiquier politique, de nombreuses voix se font entendre pour supprimer totalement l’énergie nucléaire.

 

Manifestation à Tokyo (sans date) -

Actuellement aucun réacteur nucléaire n’est en fonctionnement au Japon. La société civile se mobilise, des citoyens campent en permanence en face du ministère de l’économie pour réclamer l’abolition, une grande pétition nationale s’efforce de rassembler dix millions de signatures (près de neuf millions pour le moment) et une nouvelle grande manifestation se déroule ce 14 octobre à Tokyo (de 7h à 10h du matin, heure de Guichen). Pourtant le gouvernement n’a pas encore pris de décision d’arrêt.

 


Ceux qui veulent les soutenir : Cochez j’aime ici ou Tweetez un message à vos amis : "soutenez les manifestations anti-nucléaires japonaises chaque vendredi." Regardez ce site ou devenez un supporter « I back your demonstration against nukes » à envoyer avec vos coordonnées à : info@coalitionagainstnukes.jp.


Complément d’information

Plus sur la situation à Fukushima et au Japon depuis le 11 mars à lire ici



 

Source : Marc Humbert pour Reporterre

Photos :
. Manifestation à Tokyo dimanche 13 octobre : Japan Times
. Campement : Marc Humbert (septembre 2013)
. Manifestation nocturne : Metropolitan Coalition Against Nukes

Lire aussi : Fukushima : sous la centrale se forme un marécage radioactif.

 

 

Lire aussi :

FUKUSHIMA : Le fil des nouvelles depuis la catastrophe du 11 mars 2011 ici

 

 

 

 

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 18:21

 

 

lemonde.fr

Fukushima : dans l'enfer des "liquidateurs"

LE MONDE | 10.10.2013 à 11h27 • Mis à jour le 10.10.2013 à 16h42 | Par Philippe Pons (Iwaki, Japon, envoyé spécial)

 
 
Vue de la centrale accidentée de Fukushima, le 31 août 2013.

Le rendez-vous a eu lieu dans un endroit discret, loin des regards, comme il l'avait demandé. Parler à des journalistes est risqué : les employeurs sont nerveux et pourraient en faire un prétexte de licenciement. "C'est comme pour les accidents du travail, il y a une solidarité collective : si ce n'est pas trop grave, on les dissimule pour ne pas avoir d'ennui avec les assurances sociales", explique l'un des "liquidateurs" de la centrale nucléaire de Fukushima, chargés de sécuriser et de démanteler le site.

La trentaine, il travaillait comme employé d'une entreprise sous-traitante à la centrale au moment de l'accident qui suivit le tsunami du 11 mars 2011. Puis, le contrat de son entreprise n'a pas été renouvelé. Il vient de reprendre le travail sur le site. "La situation des travailleurs s'est améliorée pour la sécurité, mais le niveau de salaire a baissé et il y a de moins en moins de personnes qualifiées", confie-t-il, demandant que son nom ne soit pas mentionné.

"La qualité du travail laisse à désirer car la direction demande d'aller plus vite, mais les gars n'ont pas d'expérience suffisante. Parfois ils ne connaissent même pas le nom des outils", commente un contremaître d'une entreprise d'inspection de la radioactivité qui a une cinquantaine d'ouvriers sous ses ordres. "Les équipes changent souvent. Il y a une rotation obligatoire parce que les ouvriers qui ont reçu le taux d'irradiation maximum pour l'année, 50 millisieverts norme internationale est de 20 mSv/an pour les travailleurs du nucléaire], doivent quitter la zone mais d'autres partent prématurément parce qu'ils s'estiment trop mal payés. Si on ne forme pas rapidement des ouvriers qualifiés et sûrs, on ne pourra pas aller plus vite et faire du bon travail. On manque même de chef d'équipe qualifié. Les travaux sont souvent défectueux et bâclés."


 LES FUITES EXISTENT DEPUIS LONGTEMPS 

Ces carences expliquent en partie les fuites d'eau contaminée qui se sont multipliées ces derniers mois. Nos interlocuteurs sourient. "Les fuites ? Elles existaient depuis longtemps, mais on n'en parlait pas. Ce n'est qu'après les sénatoriales de juillet que les grands médias les ont révélées !"

Même les employés directement embauchés par Tokyo Electric Power Company (Tepco), l'opérateur du site, quittent l'entreprise en raison de l'insuffisance des salaires et des primes de risque ou du non-paiement des heures supplémentaires. "La centrale manque de bras. Il y a un millier d'offres d'emploi dans la préfecture de Fukushima : à peine un quart de ces emplois sont pourvus", précise le directeur adjoint de l'agence d'emploi d'Iwaki. Les travaux de décontamination moins dangereux et la perspective des Jeux olympiques de Tokyo en 2020 drainent de la main-d'oeuvre ailleurs que vers la centrale accidentée.

Ils sont un peu plus de 3 000 à travailler à la centrale : 1 400 vivent à J-Village – Japan Football Village, un complexe sportif de Tepco transformé en centre d'accueil des ouvriers – et les autres, environ 1 600, aux alentours dans des auberges ou des logements provisoires construits sur des parkings devant lesquels, le soir, sont alignés les minibus qui les amènent et les ramènent à J-Village. Ils en repartent pour le site, à une dizaine de kilomètres, et en reviennent par navette spéciale.

 

  "PONCTIONS" SUR LES SALAIRES

Une partie des liquidateurs sont originaires de la région – parfois, ce sont des agriculteurs chassés de leur exploitation située en zone contaminée. Les autres viennent des quatre coins du Japon, même d'Okinawa – à plus de 2 000 kilomètres au sud. L'embauche s'opère à travers une cascade de sous-traitants : six à huit échelons, selon les catégories de travail.

"Pour les trois premiers, les sous-traitants directs de Tepco qui sont de grosses entreprises, on peut savoir comment sont effectuées les embauches, mais aux échelons inférieurs, c'est très difficile", commente Hiroyuki Watanabe, conseiller municipal communiste à Iwaki, qui a organisé un service de conseil pour les employés à la centrale. "On a l'impression que le Japon, pays technologiquement avancé, utilise les méthodes les plus sophistiquées, avec ses robots, à la centrale accidentée, mais la réalité est différente. On utilise souvent du matériel ancien, car une fois contaminé, il devient inutilisable".

 

Des ouvriers, le 13 juin, pendant une opération de décontamination de Naraha, ville située dans la zone d'exclusion de la centrale de Fukushima.

Les personnels les moins qualifiés ne bénéficient pas de protection suffisante et sont victimes de "ponctions" sur leur salaire par les intermédiaires par lesquels ils sont passés pour être embauchés. Au final, ils ne touchent que 6 000 yens (45 euros) par jour. "Les entretiens avec les travailleurs sont révélateurs d'un mécontentement et d'une inquiétude latente de ceux qui sont les plus exposés. Certains essaient de tricher avec la limite d'exposition cumulative aux radiations pour continuer à travailler le plus longtemps possible", explique M. Watanabe. Ils cachent leur dosimètre dans un lieu peu contaminé pour diminuer le niveau d'irradiation enregistrée au cours d'une journée.

 

  DES VILLES MORTES

Des entreprises voudraient abaisser la limite de 50 à 20 mSv/an, "mais les ouvriers refusent, car ils veulent du boulot. En même temps, ils sont amers, car ils se sentent ignorés du reste du pays. Tokyo est indifférent à leur sort", poursuit M. Watanabe. Au J-Village sont affichées des lettres de lycéens envoyées de tout le pays pour les encourager.

L'époque des bons salaires dans l'affolement de l'année qui suivit la catastrophe avec l'afflux de travailleurs et, dans leur sillage, des bars à filles dans les villes alentour, est révolue. Les travailleurs de la centrale restent cloîtrés dans les dortoirs en préfabriqué de leurs entreprises ou dans les auberges de la région. Des villes mortes, comme Hirono, à une dizaine de kilomètres au sud de la centrale. Evacuée, la petite ville a été rouverte en août 2012. C'est le dernier arrêt de la ligne de chemin de fer allant vers le nord, qui est interrompue.

Un millier d'habitants est revenu sur les 5 800 avant la catastrophe. Les écoles sont vides. La plupart des maisons fermées, les rideaux de fer des magasins baissés. En début de soirée, la rue principale est faiblement éclairée, morose. Seule enseigne lumineuse : celle du bistrot Maehama. La petite salle au premier est quasi vide. "On a perdu les habitués, déplore le patron. Les travailleurs ne viennent pas. Ils achètent de quoi manger dans les supérettes le long de la nationale."

Les liquidateurs vivent dans les maisons louées par des propriétaires qui ne veulent plus y habiter. On ne les voit qu'à l'aube et en fin de journée monter et descendre des minibus. Le démantèlement de la centrale prendra sans doute quarante ans : il faudra des dizaines de milliers de "soutiers" comme eux, – invisibles et vulnérables.

Philippe Pons (Iwaki, Japon, envoyé spécial)
Journaliste au Monde

 

 


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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 17:14

 

 

marianne.net

 

La situation toujours plus alarmante de Fukushima

Vendredi 4 Octobre 2013 à 17:38

 

Lucille Fonteny

 

Après une nouvelle fuite d’eau de 430 litres découverte à Fukushima, une énième panne du système de décontamination a eu lieu vendredi.

 

Fukushima - NEWSCOM/SIPA
Fukushima - NEWSCOM/SIPA
La catastrophe de Fukushima ne cesse de s’aggraver. Tokyo Electric Power (Tepco), société qui exploite le site de la centrale, a annoncé vendredi que la seule unité opérationnelle des trois que compte le dispositif de décontamination a été arrêtée pendant près de 12 heures suite à une anomalie. Un dispositif qui apparaît toujours plus fragile, malgré les mises en garde de l’Autorité de régulation nucléaire et du gouvernement japonais.  

Tepco avait annoncé jeudi le déversement de 430 litres d’eau contaminée échappée d’un des réservoirs de la centrale. Un porte-parole de la compagnie, Masayuki Ono, s’était dit « désolé de devoir annoncer une telle fuite » lors d’une conférence de presse. Il avait indiqué ne pas pouvoir « écarter l’hypothèse d’un écoulement vers l’océan Pacifique. Le réservoir aurait débordé car rempli à ras bord. « On peut dire que c’est une erreur », avait reconnu M. Ono.

Une erreur qui s’est ajoutée à de nombreux accidents depuis la catastrophe nucléaire causée par le tsunami du  11 mars 2011. Depuis plus de deux ans, Tokyo Electric Power Company (Tepco) tente de gérer la surchauffe des réacteurs de Fukushima avec beaucoup de difficultés. L’eau contaminée qui a servi à leur refroidissement est stockée dans des centaines de réservoirs construits à cet effet. Mais son volume ne cesse d’augmenter, et le système de décontamination de l’eau tombe régulièrement en panne.

23 tonnes d’eau de pluie contaminée avaient déjà débordé après s’être accumulées dans un réservoir quand un typhon a frôlé le Japon mercredi. En août, une fuite de 300 md’eau radioactive s’était échappée d’un réservoir de 100 mmal assemblé. Ce dernier incident avait obligé la compagnie à employer des moyens supplémentaires pour contrôler les quelques 300 cuves en acier.

Une communication bancale

La communication sur les fuites d’eau est bancale tant pour Tepco que pour le gouvernement japonais. Après avoir affirmé devant le Comité international olympique le 7 septembre que la situation était « sous contrôle »,  le premier ministre Shinzo Abe s’était rendu sur le site le 19 pour ordonner à l’exploitant de régler une fois pour toute le problème. « Je vais m’employer à contrer les rumeurs qui mettent en doute la sûreté de la centrale », avait- il déclaré.

Malgré ces polémiques auxquelles viennent s’ajouter les problèmes de santé des ouvriers sur le site ainsi que ceux liés à l’environnement naturel autour, le Japon a été choisi par le CIO pour accueillir les Jeux Olympiques d’été en 2020. 
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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 16:30

 

mediapart.fr

Fukushima : Tepco annonce une nouvelle fuite d’eau radioactive

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

Plus de deux ans après la catastrophe de Fukushima, la société japonaise Tepco annonce une nouvelle fuite dans les cuves de stockage de l’eau contaminée. 

 

Alors que la situation à Fukushima n’est toujours pas maîtrisée, la société Tepco, exploitant de la centrale nucléaire, a annoncé jeudi 3 octobre, une nouvelle fuite d’eau radioactive sur le site.

La fuite provient d’une des 5 cuves construites sur la pente inclinée du site de la centrale nucléaire. C’est lors du transfert de l’eau contaminée d’une de ces cuves qu’une partie de l’eau radioactive s’est échappée du sommet du réservoir, s'écoulant au-delà du mur d’enceinte de protection des cuves.

L’eau contaminée des cuves, construites par Tepco et gérées par l’Etat japonais, est extrêmement radioactive. Les 430 litres qui se sont échappés du site contiennent 580 000 becquerels par litre de substances radioactives quand la limite légale n’en autorise que 30 par litre.

Le porte-parole du gouvernement, lors d’une conférence de presse, a déclaré que « la situation était totalement sous contrôle ». Les autorités sont cependant dans l’incapacité de détailler précisément l’ampleur de la fuite.

Ce nouvel incident a été découvert dans une zone différente de celle de la précédente fuite en août 2013, lors de laquelle 300 tonnes d’eau s’étaient échappées des cuves.

Depuis la catastrophe sur le site nucléaire en mars 2011, les cuves construites pour accueillir l’eau contaminée, nécessaire au refroidissement des réacteurs, fuient et s’écoulent dans le Pacifique.

 

 

 

                                                                             ***************************************

 

 

La série noire continue à la centrale accidentée japonaise. Tepco qui gère le site ravagé par le tsunami du 11 mars 2011 a annoncé hier avoir découvert des gouttes sur la partie supérieure d’un réservoir de 450 m3. Un écoulement vers l’océan Pacifique distant de 200 mètres environ n’est pas exclu.

Tepco a reconnu “une erreur” sur ce réservoir rempli à ras bord.

Une fuite de 300 m3 d’eau très radioactive était déjà survenue en août dernier d’un gros réservoir de même conception mais plus important et mal assemblé. L’incident avait dégénéré en crise mais le Premier ministre japonais avait assuré au monde entier que la situation était pourtant et soi-disant “sous contrôle” lors de l’attribution des Jeux Olympiques de 2020 finalement décrochés par Tokyo.

 

 

 

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 15:23

 

 

lemonde.fr

Fukushima : le système de décontamination de l'eau à nouveau stoppé

Le Monde.fr avec AFP | 28.09.2013 à 08h54 • Mis à jour le 28.09.2013 à 11h39

 
 

 

 

Le problème de l'eau contaminée a dégénéré en crise à la centrale de Fukushima.

 

 

La compagnie gérante de la centrale accidentée de Fukushima a fait part, samedi 28 septembre, de l'arrêt du système avancé de traitement de liquide (advanced liquid processing system, ALPS) qui venait tout juste d'être remis en service, à cause d'un problème technique.

Tokyo Electric Power (Tepco) s'est rendu compte dans la nuit de vendredi à samedi de l'existence d'un problème dans le débit d'une pompe de ce système de décontamination de l'eau  censé filtrer 62 éléments radioactifs (à l'exception du césium 134 et du césium 137 retirés en amont et du tritium qui reste).

Tepco avait relancé une unité ALPS en test à chaud vendredi à 0 h 4, mais a dû la stopper à 22 h 37 le même jour, sans pour le moment connaître la cause exacte de cette avarie. Entre-temps, 100 tonnes de liquide radioactif ont été traitées, ce qui est une goutte d'eau comparée à l'énorme quantité de plus de 400 000 tonnes stockées dans des réservoirs ou accumulées dans les sous-sols du complexe atomique saccagé par le tsunami du 11 mars 2011.

 

 

 DISPOSITIF ARRÊTÉ PLUSIEURS MOIS

Le dispositif ALPS avait déjà été testé en mars, mais n'avait alors pas donné totale satisfaction. Il a été arrêté plusieurs mois pour remédier à ce qui ne fonctionnait pas correctement. Une seule des trois unités existantes avait été remise en exploitation vendredi, les autres devraient l'être dans quelques semaines.

ALPS est un des rouages clés de la stratégie de Tepco pour traiter les centaines de milliers de tonnes d'eau du site, une quantité qui augmente de jour en jour et qui ne pourra pas être stockée indéfiniment, d'autant que les réservoirs utilisés ne sont pas fiables. L'un d'eux a fui récemment et a jeté le doute sur les 300 autres du même type.

 

 PURIFIER L'EAU AVANT MARS 2015

Lors de la tenue vendredi d'une réunion d'une commission d'enquête parlementaire sur le problème de l'eau à Fukushima, le patron de Tepco, Naomi Hirose, a déclaré vouloir "purifier l'eau contenue dans les réservoirs d'ici à la fin de mars 2015 [terme de la prochaine année comptable]".

Le problème de l'eau radioactive a dégénéré en crise, et Tepco est sous la pression du gouvernement japonais et de la communauté internationale pour en venir à bout, une partie de cette eau souillée s'écoulant aussi dans l'océan Pacifique voisin depuis les sous-sols inondés de la centrale. Le gouvernement a déjà décidé d'allouer des fonds pour créer un "mur de glace" en sous-sol afin d'isoler les eaux contaminées sous la centrale des nappes souterraines. Il s'agira de faire passer dans des tuyaux verticaux une substance réfrigérante pour geler le sol alentour. La construction de cette muraille prendra néanmoins deux ans.

Lire : "Le Japon va consacrer 360 millions d'euros à Fukushima"

 

 

 

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 17:18

 

 

Le Monde.fr

 16.09.2013 à 17h15 • Mis à jour le 16.09.2013 à 17h23

 

 

 

Le puissant typhon Man-yi a traversé lundi le Japon du sud-ouest au nord-est, déversant des pluies "sans précédent" sur plusieurs régions, placées "sous alerte spéciale". De l'eau accumulée à la centrale de Fukushima s'est déversée dans l'océan.

 

 

 

Ce typhon, le 18e de la saison en Asie, a déjà fait plus d'une centaine de blessés et au moins deux morts. Il a abordé lundi l'île principale de Honshu via la préfecture d'Aichi (centre-sud) à 7 h 40, heure locale (dimanche à 22 h 40 GMT), avant de traverser la région de Tokyo, puis de se diriger vers l'océan Pacifique à l'est via la province de Fukushima, a annoncé l'Agence de météorologie.

 

Il a véhiculé de très fortes rafales de vent (jusqu'à 160 km/h) et des pluies qualifiées en certaines endroits de "terribles" dans un large périmètre

 

Des "alertes spéciales" de niveau maximal ont été émises pour la première fois par l'Agence de météorologie dans plusieurs régions – dont l'ex-capitale impériale, Kyoto, à l'ouest –, à cause de précipitations jamais vues.

 

En fin d'après-midi, on déplorait deux morts, quatre disparus et au moins 127 blessés, selon la chaîne de télévision NHK.

 

 

 

 

 

 

Des trombes d'eau se sont aussi abattues sur la région de Fukushima, où se trouve la centrale ravagée par le tsunami du 11 mars 2011, et de ce fait très vulnérable. Ces précipitations exceptionnelles ont obligé la compagnie exploitante, Tokyo Electric Power (Tepco), à prendre des dispositions particulières.

Crédits : AP/Shizuo Kambayashi

 

 

 

 

 

Elle avait dès dimanche renforcé les fixations des équipements cruciaux, comme les conduites d'eau pour le refroidissement des réacteurs ou les pompes. Les grues ont aussi été arrimées et les patrouilles de surveillance renforcées.


Tepco a été forcée d'appliquer des "mesures d'urgence" consistant à évacuer vers l'océan Pacifique voisin l'eau de pluie qui s'était accumulée dans les zones protégées par un muret où sont installés des réservoirs de liquide radioactif. Ces relâchements ont été réalisés après avoir vérifié que la teneur en strontium 90 de cette eau un temps en contact avec le sol contaminé ne dépassait pas 30 becquerels par litre, a assuré Tepco.

 

 

 

 

Dans certains réservoirs, le niveau de rayonnements bêta de l'eau accumulée était si élevé (jusqu'à 170 000 becquerels par litre) que Tepco n'a pu la laisser sortir et a dû installer des pompes provisoires afin de la transvaser dans des citernes. Les pluies risquent en outre d'augmenter d'autant les quantités déjà très importantes d'eau radioactive qui se sont infiltrées dans les sous-sols du complexe atomique en péril.

Crédits : AP/Shizuo Kambayashi

 

 

 

Les groupes de transport aérien et ferroviaire ont quant à eux annoncé une réduction de leurs services. Quelque 500 vols devaient être annulés au total lundi, notamment au départ de Tokyo, et les liaisons par trains, dont une partie des lignes à grande vitesse, ont été réduites. Comme ce lundi est un jour férié, de graves conséquences aux heures habituelles de pointe ont, semble-t-il, été évitées.

 

Avant lundi, le Japon avait cette année été relativement épargné par les typhons, mais de fortes pluies avaient déjà causé de nombreux dégâts en août dans l'Ouest, tandis que l'Est a connu une chaleur sèche aussi torride qu'exceptionnelle qui a fait au moins 350 morts (des personnes âgées).

 

 

 

 

 

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 20:29

 

 

Le Monde.fr avec AFP

09.09.2013 à 12h57 • Mis à jour le 09.09.2013 à 15h43

 

 
 
Vue de la centrale accidentée de Fukushima, le 31 août 2013.

Le parquet de Tokyo a décidé de ne pas donner suite à une plainte d'habitants de la préfecture de Fukushima qui voulaient poursuivre pour négligence devant la justice criminelle les dirigeants de Tepco, l'entreprise qui gère la centrale accidentée, et le gouvernement japonais de l'époque.

Les résidents et militants à l'origine de la plainte ont néanmoins le droit de la reformuler et de la soumettre de nouveau au parquet. De nombreuses autres plaintes devant la justice civile sont en cours, ce qui signifie que la justice est loin d'en avoir fini avec cette affaire.

 

 PAS DE NÉGLIGENCES PROFESSIONNELLES

Dans cette plainte particulière toutefois, les procureurs ont estimé que la catastrophe nucléaire de Fukushima de mars 2011 ne pouvait pas être imputée aux négligences professionnelles d'un certain nombre de responsables.

Lire l'entretien avec le directeur général adjoint de l'Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN), Jérôme Joly :  "'A Fukushima, les solutions mises en œuvre ne sont qu'un pis-aller'"

Les plaignants avaient demandé au parquet de poursuivre non seulement les dirigeants de la compagnie gérant le site, Tokyo Electric Power (Tepco), mais aussi l'ancien chef de la Commission de sûreté nucléaire et l'ancien premier ministre Naoto Kan, ainsi que plusieurs de ses ministres.

Ils reprochaient à ces divers responsables d'avoir tardé à dévoiler des données sur l'ampleur de la contamination radioactive issue de la centrale de Fukushima Daiichi (220 kilomètres au nord-est de Tokyo), dont les systèmes de refroidissement avait été coupés après le passage d'un tsunami le 11 mars 2011.

Les plaignaient arguaient aussi du fait que ces dirigeants n'avaient pas prévu de mesures de protection suffisantes pour faire face à un raz-de-marée.

 

 PLUS DE 1 400 RÉSIDENTS MORTS

Au final, ils estiment que ces diverses erreurs ont entraîné la mort de nombreux résidents des environs. Si personne n'est mort officiellement des radiations émises après l'accident, la préfecture de Fukushima a estimé en juin que plus de 1 400 résidents de la région étaient morts des suites de la catastrophe, en raison des mauvaises circonstances de leur évacuation, de la dégradation de leurs conditions de vie ou par suicide.

Le parquet a toutefois statué que Tepco ne pouvait pas prévoir un séisme et un tsunami de cette ampleur. Le tremblement de terre au large des côtes nord-est du Japon avait atteint la magnitude 9 et le tsunami avait largement dépassé les 10 mètres de haut.

Voir la visite virtuelle de Fukushima par Google

 

 

 

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 16:46

 

Le Monde.fr

 07.09.2013 à 13h48 • Mis à jour le 07.09.2013 à 17h16 | Par Donald Walther et Audrey Garric

 

 

 

Durée : 02:14  |  Images : Donald Walther / LeMonde.fr  

Depuis quelques mois, l'opérateur Tepco multiplie les annonces inquiétantes au sujet de fuites à la centrale de Fukushima Daiichi. Les enceintes de confinement des réacteurs et plusieurs réservoirs laissent échapper plusieurs tonnes d'eau contaminée chaque jour. Mais que deviennent ces rejets radioactifs ?

Le Monde.fr

 


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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 15:01

 

 

reporterre.net

Marc Humbert (Reporterre)

mardi 3 septembre 2013

 

 

 

 

Malgré les efforts du gouvernement japonais et de la compagnie Tepco pour faire croire à un retour à la normale à Fukushima, la situation sur le site nucléaire reste extrêmement critique. Le sous-sol de la centrale est en train de s’affaisser dangereusement et un séisme risquerait de tout précipiter dans la mer. Voici une synthèse de la situation, trente mois après la catastrophe.

 


 

- Correspondance, Tokyo

Trente mois après la catastrophe déclenchée le 11 mars 2011, la situation n’était toujours pas sous le contrôle de la compagnie Tepco, que l’Etat laisse en première ligne tout en la finançant. Le déluge d’informations et de communiqués émis par Tepco et les autorités concernant la situation a eu pour objet de faire croire au retour progressif à la normale grâce aux moyens mis en oeuvre. En fait la situation est telle que la construction d’un sarcophage complet serait nécessaire.

Par ailleurs, l’objectif a été de rassurer les populations et d’organiser au plus vite le retour de celles qu’il avait fallu évacuer. La réalité est que les populations sont les victimes du négationnisme nucléaire.

 

Un gigantesque sarcophage est nécessaire

Depuis le début, de l’eau de refroidissement est injectée dans les réacteurs. Cette injection reste nécessaire et le circuit n’est pas fermé. Une installation retraite l’eau récupérée, mais sans diminuer suffisamment sa radioactivité pour qu’on puisse la déverser dans la mer ; il faut donc la stocker. 300 000 m3 d’eau radioactive se trouvent ainsi contenus dans près d’un millier de cuves, qui commencent à fuir. Cependant, toute l’eau injectée dans les réacteurs n’est pas récupérée. Une partie de cette eau contaminée a envahi les sous-sols et des tranchées.

En outre Tepco et les autorités publiques ont reconnu en août que 300 m3 d’eau polluée – soit le tiers de ce qui est injecté chaque jour - rejoint la mer.
Tepco semble incapable de colmater les brèches, mais il n’est pas question d’arrêter ou de ralentir cette injection d’eau, l’état des réacteurs ne le permet pas. Bien au contraire, on a même appris en juillet qu’il était toujours nécessaire, comme on le fit au plus fort de la crise en 2011, d’y injecter de l’azote.

Au vu des informations récentes, il apparaît que le risque en cas de séisme ne concerne pas seulement, comme on le pensait jusqu’à présent, la piscine du réacteur n°4, mais la totalité du site de la centrale.

On peut soupçonner qu’ayant percé leurs cuves, les cœurs fondus des réacteurs ont enfoncé et fissuré les enceintes de confinement et les radiers de béton, ouvrant le chemin à l’eau de refroidissement qu’ils reçoivent. Elle se charge de radionucléides et les emmène dans les sous-sols, dans les tranchées et dans la nappe phréatique qui communique avec la mer. Ceci est cohérent avec toutes les données de relevés publiés par Tepco.

Le dessous de la centrale est en train de devenir un marécage radioactif. Un séisme violent pourrait provoquer un glissement de terrain qui emporterait le tout dans l’océan. Pour parer à cela, il faut envelopper le tout dans un gigantesque sarcophage. Pour le moment il n’en est rien dit officiellement.

 

Les populations victimes du négationnisme nucléaire

La nouvelle équipe au pouvoir espère redémarrer les centrales arrêtées. Pourtant, dès la mi-septembre, le Japon se retrouvera sans aucun réacteur nucléaire en activité. Le gouvernement, continue comme depuis mars 2011, à minimiser tant l’étendue des zones concernées par la contamination que le niveau de sa dangerosité. Elle persiste à prétendre que 20 msv/an [milliSievert / an] constitue un niveau de radioactivité inoffensif pour les populations, quon pourrait donc laisser vivre dans des zones présentant ce niveau. Elles se calent sur la position officielle des organismes internationaux clamant l’innocuité de l’exposition à des doses dites faibles tant qu’elles restent en dessous de 100 msv/an.

Une récente étude menée en Australie sur la population de l’ensemble des jeunes sur plusieurs années vient pourtant de démontrer qu’à partir de 4 msv/an d’exposition, on voit apparaître des effets sur la santé.

Les populations appelées par les autorités à revenir dans de telles zones se montrent récalcitrantes. Seules s’y décident des personnes âgées.

Ailleurs dans le département de Fukushima, la situation n’est pas pour autant « normale ». En 2010, dans la ville de Fukushima à 80 km de la centrale, on enregistrait un niveau de 0,4 msv/an. La norme internationale est de 1 msv/an. Le niveau mesuré dans le département était annoncé le 17 août comme étant de 3 msv/an – soit sept fois plus qu’en 2010. Au bureau de la mairie pour l’eau pure, l’indicateur, on mesure même un niveau atteignant presque les 4 msv/an.

Nombre de résidents restent dans cette ville et dans le département, faute de pouvoir faire autrement, mais sont inquiets. 300 000 personnes environ ont quitté depuis 2011 leur résidence - bien au-delà des communes ayant eu l’ordre d’évacuer - et nombre d’entre elles ont reçu un peu d’aide pour se loger de manière temporaire. Mais aucune aide à la relocalisation n’a été fournie, l’objectif des autorités étant qu’après un peu de temps, tout le monde revienne pour reconstruire un beau Fukushima.

Pourtant même dans des zones situées en-dehors du département, l’environnement est trop radioactif et les autorités l’ont reconnu de fait : elles ont financé un programme de décontamination dans plusieurs départements où vivent près de 15 millions de personnes et qui incluent des communes de départements limitrophes de Tokyo (Saitama et Chiba par exemple).

La santé des populations japonaises est en danger sur le long terme, dans des proportions bien plus élevées que ce que montre la réalité d’aujourd’hui pourtant dramatique : les 200 000 enfants de Fukushima sont suivis quant à leur thyroïde et déjà 44 d’entre eux ont développé un cancer.

Mais on ne veut pas songer à ce qui se passerait si les autorités publiques et Tepco ne prenaient pas les mesures nécessaires face à l’état de la centrale et qu’un séisme venait précipiter des pans entier de la centrale dans la mer.

 



 

Source : Marc Humbert pour Reporterre

Marc Humbert est professeur d’économie politique à l’université de Rennes. Il était, le 11 mars 2011, directeur à Tokyo d’un centre de recherche sur le Japon (CNRS- MAEE). Il suit attentivement l’actualité à Fukushima et a rédigé une note développée sur la situation présente, dont il a fait une synthèse pour Reporterre.

Source : Courriel à Reporterre

Photo : Agoracosmopolitan

Lire aussi : Fukushima : Le gouvernement japonais dénie l’ampleur du drame

 

 

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 12:30

 

Médiapart

|  Par Michel de Pracontal

 

 

 

Les derniers développements de la situation à Fukushima montrent que la crise nucléaire n'est toujours pas sous contrôle. Mais la communauté internationale ne semble pas avoir pris la mesure du problème.

Vue aérienne de réservoirs de stockage à Fukushima 

Vue aérienne de réservoirs de stockage à Fukushima© Reuters/Kyodo

 

Les derniers événements survenus à Fukushima démontrent que, près de deux ans et demi après le tsunami du 11 mars 2011, la crise nucléaire est encore très loin d’être réglée. Le plus étonnant est le peu de réactions internationales que suscite cette situation, alors même que la pollution radioactive menace les zones de pêche du Pacifique. D’ores et déjà, deux des principales coopératives de pêcheurs de la préfecture de Fukushima viennent d’annoncer qu’elles suspendaient leur activité sine die. Or la pollution ne peut que s’aggraver. Au moins 300 tonnes d’eau contaminée provenant de la centrale accidentée se répandent chaque jour dans le Pacifique, et cela probablement depuis mai 2011.

Pourtant, jusqu’ici, la communauté internationale n’a lancé aucun appel ni pris aucune initiative visant à combattre cette dégradation de l’environnement océanique. Seuls les voisins du Japon ont réagi, et de manière plutôt modérée. La Corée du sud réclame aux autorités japonaises des explications sur la manière dont elles comptent empêcher les rejets radioactifs de contaminer les zones de pêche. La Chine s’est déclarée « choquée » et a appelé le Japon à fournir des informations « complètes, pertinentes et en temps opportun »… Mais ces déclarations restent formelles et ne sont accompagnées d’aucune action concrète, que ce soit pour faire pression sur le Japon ou à l’inverse pour lui proposer une aide.

En 1986, Tchernobyl avait mobilisé l’attention du monde entier. Étrangement, tout se passe comme si la communauté internationale était incapable de prendre au sérieux la catastrophe de Fukushima, l’accident nucléaire le plus grave de l’histoire avec celui de la centrale ukrainienne. Les grands pays nucléaires, notamment la France et les États-Unis, qui ont des accords de coopération avec le Japon, n’ont apporté que des aides ponctuelles et limitées. Aucune action internationale susceptible d’avoir un impact significatif sur la crise de Fukushima n’a été entreprise, ni même proposée.

Encore plus étonnant, le Japon lui-même ne semble pas, jusqu’ici, avoir pris en compte la gravité réelle de l’accident nucléaire. Et cela, malgré la multiplication des rapports sur la catastrophe et des annonces de réformes destinées à améliorer la sécurité. D’où la colère des habitants de la région de la centrale. Le gouverneur de la préfecture de Fukushima, Yuhei Sato, a déclaré, à propos de la pollution de l’océan révélée ces jours-ci : « Nous voulons que ces problèmes soient traités pour ce qu’ils sont, une urgence nationale ». Manière indirecte de signaler que la dimension nationale ne va pas de soi : aussi incroyable que cela paraisse, dans les faits, le gouvernement a tendance à gérer Fukushima comme une crise régionale, et ne mobilise pas les ressources nécessaires pour faire réellement face à la situation.

« Cette crise ne menace pas seulement la sécurité des zones environnantes, mais aussi la confiance internationale envers le Japon. Le premier ministre Shinzo Abe devrait prendre en main la situation en donnant une réponse rapide et efficace. » C’est ainsi que l’un des principaux quotidiens japonais, Asahi shimbun, juge les récents événements survenus à la centrale de Fukushima. Un autre grand journal, The Mainichi, dénonce le « manque de sens des responsabilités du gouvernement », à qui il reproche d’avoir abandonné la gestion quotidienne de la crise à Tepco (Tokyo Electric Power Company), l’exploitant de la centrale.

Pour la presse japonaise, il est clair que le gouvernement ne joue pas son rôle, et se contente de dénoncer les errements de Tepco sans prendre la direction des opérations. Shinzo Abe a annoncé, le 7 août, que le gouvernement allait « prendre des mesures » au lieu de laisser Tepco agir seule. Mais pour l’instant, cette déclaration ne s’est pas traduite en actes.

La NRA, l’autorité régulatrice, se montre tout aussi ambiguë à l’égard de Tepco. Elle a fait monter la tension en classant au niveau 3 sur l’échelle Ines - incident grave - , la fuite de 350 tonnes d’eau fortement radioactive qui se sont échappées d’un réservoir et risquent de se répandre dans le Pacifique, si ce n’est déjà fait. La NRA a effectué une inspection à la centrale le 23 août. Elle a conclu que Tepco avait été « négligent » dans la surveillance des réservoirs, et que de nouvelles fuites similaires étaient à craindre.

Cette conclusion n’a rien de surprenant. Dès le début, les experts avaient pointé le risque de fuite des réservoirs, au nombre d’un millier environ, que Tepco a construit à la hâte pour recueillir l’eau contaminée produite sur le site. Une partie de cette eau est issue des circuits de refroidissement des réacteurs, tandis qu’une autre partie provient de la nappe phréatique et s’infiltre par le sous-sol dans les galeries où elle se mêle aux substances radioactives. On estime qu’environ 360 000 tonnes d’eau contaminée se sont accumulées sur le site, représentant 85% de la capacité totale des réservoirs, évaluée à 430 000 tonnes à la date du 20 août. Chaque jour, du fait que les infiltrations se poursuivent, 400 nouvelles tonnes s’ajoutent au stock existant.

Les réservoirs étaient destinés à éviter que l’eau ne pollue le Pacifique, mais ils ont été affectés par des fuites à répétition depuis avril dernier. Tepco a prétendu que l’eau issue de ces fuites n’atteignait pas l’océan. En réalité, chaque jour, au moins 300 tonnes d’eau radioactive s’échappent des galeries de la centrale et se déverse dans le Pacifique. Comme la centrale est criblée de fissures et que de l’eau circule dans tous les sous-sols de l’installation, la quantité réelle est certainement supérieure, mais très difficile sinon impossible à déterminer exactement.

 

Schéma des fuites d'eau à Fukushima 

Schéma des fuites d'eau à Fukushima© Reuters

 

En effet, la contamination de l’océan peut emprunter plusieurs chemins (voir le schéma ci-dessus). La fuite d’un réservoir de stockage n’est qu’un des cas de figure possibles. Comme on l’a vu ci-dessus, de l’eau s’infiltre du sous-sol dans la centrale où elle se contamine. Une partie de cette eau, n’étant pas stockée, peut s’échapper et atteindre l’océan. De plus, comme les galeries ne sont pas parfaitement étanches, on peut craindre une contamination des nappes phréatiques, estiment les experts français de l’IRSN (voir  leurs explications ici).

«Toutes vos contre-mesures ne sont rien d'autre que des expédients»

Le quotidien The Mainichi du 22 août mentionne une autre possibilité envisagée par Tepco qui, après avoir nié la pollution de l’océan, en rajoute désormais… Selon la firme, une fraction de l’eau très contaminée qui s’accumule dans les galeries situées sous les réacteurs n°2 et 3 s’écoulerait directement dans l’océan. Tepco a avancé cette hypothèse parce que le niveau de radioactivité mesuré dans l’eau de mer aux abord de la centrale ne s’explique pas si on ne prend en compte que la contamination plus diluée qui résulte des infiltrations d’eau venue du sous-sol.

En l’état actuel, les éléments fournis par Tepco et par les autorités japonaises ne permettent pas de dresser un tableau précis et complet de la pollution radioactive de l’océan. Et donc de savoir à quelle échelle les zones de pêches risquent d’être touchées. Ce point est préoccupant, et justifie la demande chinoise d’une information plus complète et pertinente.

Ajoutons que la pollution marine continue de s’aggraver, du fait que la stratégie de stockage des eaux contaminées choisie par Tepco est vouée à l’échec. Comme on l’a vu, même si les réservoirs étaient parfaitement étanches, une partie de l’eau continuerait malgré tout à s'échapper de la centrale avant d’être récupérée. Pomper l’eau contaminée dans ces réservoirs revient à vouloir transférer un liquide dans une bouteille en utilisant un entonnoir percé de nombreux trous!

 

Opération destinée à stopper les fuites d'eau radioactive dans l'océan à Fukushima 

Opération destinée à stopper les fuites d'eau radioactive dans l'océan à Fukushima© Reuters/Kyodo

 

Qui plus est, comme le stock d’eau contaminée augmente en permanence, il faut construire sans cesse de nouveaux réservoirs. Tepco prévoit de porter leur capacité à 800 000 tonnes d’ici 2016. Mais le processus est sans fin, car les réservoirs ont une durée de vie limitée, et il faut donc aussi renouveler ceux qui sont en place. Ce qui implique qu’il faut aussi les surveiller de manière continue. Et tout cela, en sachant qu’une partie de l’eau s’échappe de toute façon… en clair, le système des réservoirs est une impasse.

Pourtant, le gouvernement japonais comme l’autorité régulatrice ont validé l’approche de Tepco, même s’ils la critiquent aujourd’hui. Incohérence d’autant moins compréhensible qu’un important rapport divulgué en juillet 2012, établi par une commission d’enquête parlementaire indépendante (Naiic), a montré que l’accident nucléaire résultait d’une « multitude d’erreurs et de négligences délibérées » commises par Tepco (voir notre article ici). La gestion de la crise a été maintenue, et continue de l’être, entre les mains de Tepco alors que cette dernière a largement fait la preuve de son incompétence. Le processus qui consiste à laisser l’industriel mener seul les opérations et à faire ensuite des inspections pour constater les carences que l’on avait prévu dès le départ ressemble à une sinistre comédie.

On peut ajouter que l’irresponsabilité du pouvoir japonais est antérieure au gouvernement de Shinzo Abe, entré en fonction fin 2012. Son prédécesseur, Yoshihiko Noda, avait annoncé en décembre 2011, neuf mois après le tsunami, que la centrale de Fukushima Daiichi se trouvait en « arrêt à froid ». Ce qui revenait à dire que la phase accidentelle était terminée et que la situation permettait d’assurer la sécurité. Les récents événements illustrent à quel point cette déclaration était prématurée et fallacieuse.

En refusant de prendre en compte la gravité de l’accident, et en abandonnant la gestion concrète de la crise à Tepco, le gouvernement japonais a maintenu une situation dans laquelle il est impossible de sécuriser le site de Fukushima. Les habitants de la région sont les premières victimes de cette politique qui ne vise pas à résoudre les problèmes, mais semble surtout tenir d’un discours de façade. La population ne s’y trompe pas. Lors d’une réunion tenue dans la préfecture de Fukushima, un dirigeant de Tepco, Tsunemasa Niitsuma, est venu présenter les excuses de l’entreprise à la coopérative de pêche locale. Un pêcheur lui a lancé : « Toutes vos contre-mesures ne sont rien d’autre que des expédients ».

Ce que reconnaît implicitement le directeur de la NRA, Shunichi Tanaka, qui a déclaré le 21 août : « Nous craignons une situation dans laquelle nous n’aurons plus de contrôle sur l’eau contaminée à moins de la laisser s’échapper dans l’océan ». Faut-il comprendre qu’on a construit plus de mille réservoirs pour, en fin de compte, rejeter à la mer les centaines de milliers de tonnes d’effluents radioactifs ?

Malheureusement, il est à craindre que l’objectif principal du gouvernement ne soit pas de résoudre les problèmes posés par l’accident de Fukushima, mais de préserver les chances de relancer le nucléaire japonais, presque à l’arrêt aujourd’hui. Si l’on faisait de Fukushima une cause nationale, en lui accordant l’investissement nécessaire aussi bien en termes humains que financiers, il deviendrait difficile, sinon impossible, de défendre simultanément le redémarrage de réacteurs nucléaires dans le même pays. On peut penser que traiter sérieusement Fukushima conduirait, à terme, le pays à abandonner l’atome civil.

Or le Japon reste associé à l’industrie nucléaire mondiale, notamment à Areva mais aussi à des entreprises américaines. La pression du lobby de l’atome, venue de l’intérieur du pays comme de l’extérieur, tend à maintenir un statu quo pourtant de plus en plus invivable. Le seul moyen de faire évoluer la situation serait l’entrée en scène de nouveaux acteurs. Il faut signaler à ce propos que le vice-président de Tepco, Zengo Aizawa, vient de lancer un appel à la coopération étrangère, déclarant : « Nous avons besoin d’aide, non seulement du gouvernement japonais, mais de la communauté internationale. »

Sincère ou opportuniste, cette déclaration mérite d’être entendue. L'idée d'une coopération entre les différents pays qui ont une expérience du nucléaire a été avancée dès le début de la catastrophe, notamment par le consultant Mycle Schneider (lire son interview  ici). Ce dernier appelle à la création d’une « task force internationale » pour Fukushima, qui rassemblerait « les meilleurs experts de chaque pays possédant une industrie nucléaire ».

L'intérêt d'une telle task force serait d'offrir une chance de rompre l’isolement dans lequel se trouve aujourd’hui le Japon. Et de briser le cercle vicieux des relations entre le gouvernement, la NRA, Tepco et la population japonaise. Encore faudrait-il que la communauté internationale cesse de considérer Fukushima comme un événement local, sinon insulaire. Et se décide à reconnaître qu’un accident qui entraîne la pollution à grande échelle des eaux du Pacifique justifie une approche qui dépasse les frontières.

 

 

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