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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 20:16

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

En Espagne, le talk-show de Podemos envoie du bois

 

A deux mois des élections générales, les chaînes espagnoles rivalisent de débats politiques. Ceux de « La Tuerka », l’émission du parti de Pablo Iglesias, détonnent. Et ça marche : l’ex-télé de quartier s’est muée en machine médiatique.

 

 

 

 

(De Madrid) Devant les portes aux vitres teintées, Noelia récite son texte à voix basse, en finissant sa cigarette :

« Bonsoir à toutes et à tous, et bienvenue sur “La Tuerka”... » 

En haut d’une tour donnant sur les grands boulevards, quelques minutes avant le début de l’enregistrement, les invités défilent, maquillés, jusqu’au plateau.

 

Noelia Vera, seule journaliste de

Noelia Vera, seule journaliste de « La Tuerka » - Adrien Ortavent/Rue89
 

Autour de la table au design futuriste, des tasses aux caméras, tout est floqué « La Tuerka ». Les néons éclairent un studio rouge et blanc flambant neuf. Noelia Vera, la présentatrice de l’émission, fait cliquer son stylo machinalement, avant que le générique ne commence.

Tous les soirs de la semaine, l’extrême gauche a son propre talk-show, diffusé via le site du quotidien de gauche radicale blico. Après quatre saisons, « La Tuerka » est devenue une référence en Espagne. Et plus seulement pour les militants.

 

Sur le plateau de
Sur le plateau de « La Tuerka » : seul le Parti populaire n’a pas répondu présent - Adrien Ortavent/Rue89
 

Aujourd’hui, autour de la table, l’émission accueille des représentants des principaux partis en lice pour les élections législatives de décembre : d’un côté, Noelia Martínez, conseillère socialiste à la mairie de Madrid, de l’autre, Dolores Pastor du parti de centre-droit Ciudadanos, ou encore Ramón Espinar, sénateur Podemos. Depuis ses débuts en 2010, la petite télé associative a fait du chemin.

 

« Deviens toi-même le média »

Quand Pablo Iglesias, le leader de Podemos, a eu l’idée de lancer sa propre émission de débat politique, « La Tuerka » n’était encore qu’un débat amateur et militant sur les bancs de la fac. Considérant la télévision comme « une chose étrangère à la gauche », plutôt que de la bouder, il décide d’en faire un instrument politique :

« Si les médias ne viennent pas à toi, deviens toi-même le média. »

Avec d’autres professeurs de l’université Complutense de Madrid, dont Juan Carlos Monedero et Iñigo Errejón, deux des fondateurs du parti, il forme le réseau La Promotora, et s’unit à l’association d’étudiants en sciences politiques Contrapoder. Noelia Vera se souvient :

« Les deux associations ont alors commencé à organiser ensemble des débats politiques filmés à la fac, sur des sujets qui n’étaient pas abordés par les médias traditionnels. »

 

Un mug
Un mug « La Tuerka » - Adrien Ortavent/Rue89
 

Iglesias et Monedero financent l’émission en payant de leur poche, et font avec les moyens du bord. Avec des capacités techniques réduites, et sans aucun journaliste, les débats attirent pourtant chaque semaine plus de participants et de public. Jusqu’à se faire remarquer par Paco Pérez, directeur de la télévision du quartier madrilène de Vallecas Tele K, qui propose à Iglesias d’héberger ses débats sur la chaîne.

Le rendez-vous politique des militants de gauche, jusqu’ici informel et sans moyen, devient télévisé et régulier. « La Tuerka » est née.

 

Aux côtés des Indignés

Malgré un décor un peu bancal et des rideaux noirs en guise de fond, la « télévision de gauche » est lancée. Mais elle reste très confidentielle, et son public, très engagé. Noelia Vera raconte :

« C’est grâce au mouvement des Indignés que l’émission a décollé. Au début des manifestations du 15-M, nous étions face à un grand silence médiatique. Peu de chaînes couvraient ce qu’il se passait. Alors Pablo et les autres sont descendus dans la rue, pour enregistrer “La Tuerka” pratiquement en direct de la Puerta del Sol. »

 

Avec un discours anti-austérité et en donnant la parole aux Indignés qui vivaient jour et nuit sur la place, l’émission devient populaire et tourne sur les réseaux sociaux. « La Tuerka » commence à faire parler, et son créateur avec elle.

 

Pablo Iglesias, bête médiatique

Noelia le reconnaît :

« “La Tuerka” a énormément aidé à faire connaître Pablo. Il était de plus en plus invité sur les plateaux de télé : lorsque les médias avaient besoin d’un interlocuteur pour parler du 15-M, ils pensaient tout de suite à lui. »

Peu à peu, le profil des invités de l’émission se diversifie. « La Tuerka » passe d’une à quatre émissions hebdomadaires, dont un débat politique, une chronique féministe, un JT satirique, une analyse de sujets d’actualité par Monedero, et un face-à-face.

Au fur et à mesure des tournages, Pablo Iglesias s’habitue à la caméra et muscle son discours, avant même la création de Podemos en janvier 2014. Pour Noelia, c’est évident :

« C’est, entre autres, grâce à son expérience à “La Tuerka” que Pablo a pu prendre la tête du parti. »

L’emballement médiatique fait le reste. Pablo Iglesias et Juan Carlos Monedero, qui assuraient la présentation et l’organisation des émissions, n’ont plus assez de temps à accorder aux tournages. Ils passent le relais à Noelia Vera, qui donnait un coup de main à la communication du parti. Passée par CNN et l’agence espagnole EFE, elle est la toute première journaliste à intégrer l’équipe.

Pablo Iglesias conserve son émission du vendredi, « Otra Vuelta de Tuerka », un entretien en face-à-face avec un politique ou intellectuel. Il reçoit entre autres l’économiste Thomas Piketty, la philosophe Chantal Mouffe, ou encore la future maire de Madrid, Manuela Carmena, et atteint des centaines de milliers de vues sur YouTube.

 

« C’est d’abord un projet politique »

S’il y a une chose qui n’a pas changé à « La Tuerka », c’est le contenu des débats. Il s’agit de donner la parole à des intellectuels, des politologues, avec des idées de droite ou de gauche, peu importe, mais pour parler enfin « des sujets qui n’avaient pas leur place dans le paysage médiatique classique : la crise sociale, les coupes budgétaires, la corruption, l’emploi, tout ce qui touche vraiment les Espagnols ».

Les médias de Podemos

« La Tuerka » n’est pas le seul outil médiatique du jeune parti de gauche. L’émission « Fort Apache », bien qu’elle ne soit pas produite par Podemos, est également présentée par Pablo Iglesias, et diffusée sur la chaîne iranienne Hispan TV. Le leader de Podemos a d’ailleurs dû essuyer de nombreuses critiques l’accusant d’avoir financé son émission grâce au gouvernement iranien.

Plus récemment, le parti de gauche radicale a également créé l’Institut 25-M, à l’origine du magazine trimestriel La Circular, qui accorde une large place à la culture, ainsi qu’aux débats politiques et philosophiques. A la fin du mois d’octobre, le parti va même ouvrir son propre centre culturel, baptisé La Morada, où se mêleront débats, théâtre, espaces de coworking, et même... une boutique Podemos.

Iglesias refuse pourtant d’accoler les termes d’« alternatif » ou de « contre-information » à sa télé. Il préfèrerait qu’on parle de « La Tuerka » comme d’une vraie télé de gauche.

Noelia, dont le JT est réalisé en une seule prise, souligne :

« Les politiques peuvent argumenter pendant plusieurs minutes, sans coupe ni montage, et développer librement leurs idées. Impossible sur les chaînes traditionnelles. »

Mais à quelques semaines des élections générales, qui auront lieu le 20 décembre, les sujets d’actualités brûlants ont vite fait de se transformer en thèmes de campagne, quitte à s’assoir un peu sur les débats de fond.

Au lendemain du face-à-face opposant Pablo Iglesias au leader de Ciudadanos Albert Rivera, qui a réuni plus de 5 millions de téléspectateurs, Noelia Vera a du mal à canaliser ses invités. Elle tente de calmer le jeu entre la conseillère socialiste et le politologue Jorge Verstrynge, sympathisant de Podemos, qui la tacle :

« Parti populaire et PSOE [Parti socialiste ouvrier espagnol, ndlr], c’est la même merde. »

Tous ricanent.

 

Sur les écrans de

Sur les écrans de « La Tuerka » - Adrien Ortavent/Rue89
 

Pendant cette période, « La Tuerka » ne va-t-elle se réduire à un moyen pour Podemos de diffuser ses idées ? Noelia se défend :

« C’est d’abord un projet politique, on ne s’en est jamais cachés. Mais je suis journaliste d’abord, militante ensuite. Et en aucun cas porte-parole du parti. »

Elle assure qu’elle confrontera tous les candidats dans son JT avant l’élection. Y compris Iglesias, à qui, c’est promis, elle ne fera pas de faveur.

 

Dans le studio de

Dans le studio de « La Tuerka », hébergé par la rédaction de Público - Adrien Ortavent/Rue89
 
 
 
 
 
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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 16:36

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Madrid, première capitale européenne à auditer sa dette

28 septembre par Virginie de Romanet

 

 

 

 

Le geste est novateur, le 27 août 2015, la capitale espagnole, par la voix de son conseiller municipal en charge de l’Economie et des Finances, Carlos Sánchez Mato, a annoncé le lancement d’un processus d’audit destiné à faire la lumière sur la manière dont la dette a augmenté considérablement au cours de la dernière décennie.

En mai 2011, la Puerta del Sol, en plein centre de Madrid voit converger tous les regards et les espoirs suite à l’irruption inattendue du mouvement des Indignados, aussi connu en Espagne comme « Movimiento 15M » |1| qui marque une volonté de réappropriation de la politique après plusieurs années de mesures d’austérité d’abord impulsées par le PSOE (le parti socialiste espagnol) suite à la crise financière de 2008.

Le « movimiento 15 M » a donné lieu à une floraison d’initiatives critiques œuvrant à transformation de la situation socio-économique du pays. Alors que l’Etat espagnol a consacré plus de 60 milliards d’euros à sauver des banques responsables de leur situation en raison de spéculations inconsidérées, il abandonne les plus vulnérables. Notamment ceux qui s’étaient endettés pour acquérir leur logement principal et qui en raison de la crise, ne sont plus en mesure de rembourser leur emprunt. Ils se voient non seulement expulsés, la banque récupérant leur bien, mais restent par dessus tout redevables de cette dette qui n’a pourtant plus lieu d’être. Cette situation inique a donné naissance à la Plateforme des affectés par les hypothèques (PAH) qui lutte pour contrer ce mouvement massif d’expulsions et pour le droit à un logement digne. Parallèlement à cette initiative s’est constituée la Plateforme d’audit citoyen de la dette (PACD) qui a popularisé l’intérêt de la démarche d’audits populaires. Les élections de mai dernier ont vu l’émergence de représentants du mouvement social qui ont, entre autres, gagné les municipalités des deux principales villes du pays, Madrid et Barcelone. L’élection de Manuela Carmena, ex-juge luttant contre la corruption représentante de la nouvelle force politique « Ahora Madrid » (Madrid maintenant), marque une rupture avec l’administration précédente du Parti Populaire (le principal parti de droite) qui a, entre autres, fait fortement augmenter la dette.

 

Des collectivités territoriales affectées par la dette

Le système dette n’affecte pas seulement le niveau de pouvoir le plus important qu’est le niveau national ou fédéral mais il a des répercussions au niveau des échelons de pouvoir inférieur. Avec une hausse des montants consacrés au service de la dette, l’Etat central a moins de moyens pour des politiques nationales et cela se répercute également au niveau des régions et des communes. En France, le processus de décentralisation, qui a été présenté comme une avancée démocratique avec plus de pouvoir accordé aux régions et communes - échelon de pouvoir plus proche des citoyens - ne l’a été que tout à fait partiellement car ces dernières se sont vues reconnaître de nouvelles attributions sans pour autant bénéficier des moyens financiers qui devraient leur permettre de les mener à bien.

En France, comme Patrick Saurin en a fait la démonstration dans son ouvrage « Les prêts toxiques. Une affaire d’Etat. Comment les banques financent les collectivités locales |2| », le surcoût des manipulations bancaires spéculatives pour les collectivités territoriales représente plus d’un milliard d’euros par an.

Alors que Madrid, avec ses 3,165 millions d’habitants, représente moins de 7% du total de la population du pays, sa dette s’est élevée à plus de 17% des dettes de toutes les municipalités |3|. Elle est en effet passée de 1,45 milliards en 2003 à près de 6 milliards en 2015 (42% du total de la dette de toutes les capitales des 50 provinces espagnoles) et le service de la dette a presque triplé entre 2011 et 2014 passant de 523 millions à 1,49 milliards d’euros. Un tel endettement nous laisserait croire que les conditions de vie y sont meilleures qu’ailleurs et qu’elles ont connues une amélioration sensible...

Dans une étude sur le sujet, le conseiller Sánchez Mato montre qu’alors que les dotations aux différents quartiers ont diminué en l’espace de 4 ans de 98 millions, le service de la dette a, lu,i augmenté de plus de 1,1 milliard d’euros. Le montant affecté aux quartiers sur les 5 derniers exercices est monté à 2,6 milliards alors que le coût du service de la dette a été bien plus élevé avec 4,8 milliards d’euros |4|.

 

Des grands projets d’une utilité contestable

Les grands travaux d’infrastructures - qui ne sont pas toujours nécessaires à la population et parfois nuisibles à l’environnement et entachés de corruption - représentent un facteur important de l’accroissement de l’endettement. Des surcoûts par rapport à un budget initial peuvent être acceptables, car des complications peuvent se présenter en cours de route mais de là à augmenter 5, ou 6, fois le montant prévu, il y a un gouffre qui sert la dette et la corruption. Il s’agit de montants qui servent aux entreprises de bâtiment et travaux publics, ainsi qu’à payer les intérêts de la dette avec des commissions pour les responsables en place. Il est bien évident qu’il s’agit là de dettes illégitimes dont la majorité de la population n’a pas profité et qui ne doivent donc pas être remboursées.

Comment expliquer une multiplication par près de 4 du coût du projet Calle M-30 concernant le périphérique autoroutier entre 2004 et 2014 |5|, par près de 5 la réalisation d’un parc aquatique |6|, par plus de 13 fois la rénovation du Palacio Cibeles, siège de la municipalité de Madrid si ce n’est pour l’intérêt des banques, des sociétés privées de travaux publics et de commissions à ceux qui décident ces projets. Tous cela porte préjudice à la majorité de la population et tout particulièrement à celles et ceux d’en bas, ce qui donne lieu à un manque de logements sociaux de qualité |7|, de logements subventionnés accessibles à l’achat pour des ménages à faibles revenus, de la hausse du coût des soins de santé à la charge des patients, etc. Les mesures d’austérité ont également concerné les emplois publics de la ville puisqu’en 2014, 281 employés municipaux ont perdu leur emploi, et si on compare avec 2009, on compte 2445 emplois en moins |8|.

L’effet boule de neige joue un rôle fondamental et la corruption dans nombre de collectivités territoriales et grandes villes a aussi un impact. La conséquence : une baisse ou une absence de progression des dépenses sociales et le recours à des partenariats publics-privés qui, in fine entraînent des surcoûts conséquents. Sánchez Mato en donne des exemples flagrants. Pour remporter un marché public d’entretien des voiries et parcs, le consortium qui a remporté le marché avait baissé son prix de 33 % mais cela n’a pas pu se faire sans conséquence puisque cela a entraîné une diminution des effectifs de 1400 personnes sur 6000. En plus de la perte de salaire que cela entraîne pour les personnes licenciées, et de négliger le travail à fournir (avec 1400 personnes de moins, il est impossible de fournir le même travail) le coût retombe sur la collectivité qui finance les allocations de chômage. Par contre, il est probable que et les salaires de leurs dirigeants et les dividendes des actionnaires de ces entreprises - si actionnaires il y a - ne connaîtront eux pas de baisse !

 

L’importance des partenariats public-privé (PPP) et autres formes de privatisation rampante

Tant au niveau des Etats qu’aux échelons inférieurs du pouvoir, il n’est pas rare que les pouvoirs publics propriétaires de bâtiments fonctionnels les vendent dans une visée budgétaire de court terme pour les louer ensuite. Le montant qu’ils ont obtenu de la vente est généralement bien inférieur à ce qu’ils vont devoir débourser pour la location. Les gagnants de l’opération sont bien sûr ceux qui achètent à une valeur inférieure au prix du marché et les sociétés immobilières et propriétaires qui louent aux pouvoirs publics, dont les pertes retombent sur la majorité de la population. A Madrid, ce sont plus de 50 millions d’euros qui étaient payés au titre de loyers alors que de nombreux bâtiments étaient sous-utilisés |9|. Ce phénomène devient de plus en plus répandu dans les grandes (mais aussi plus petites) villes dans de nombreux pays. En dehors de bâtiments administratifs, d’autres secteurs comme les hôpitaux publics sont également concernés. Et le constat est chaque fois le même, ils sont bien plus coûteux que des postes publics et ne profitent qu’à une poignée de très grandes entreprises qui verrouillent les contrats sur de longues périodes en imposant de lourdes pénalités en cas de rupture anticipée.

La question clé est bien sûr celle de l’illégitimité d’une partie de la dette qui ne sert pas les fins qui devraient être les siennes même si elle peut être considérée comme « soutenable » du point de vue macro-économique. En effet, avec un même montant une entité publique peut choisir de faire des projets qui bénéficient à la majorité de la population avec un accent particulier pour les moins bien lotis, ou alors des projets qui bénéficient aux promoteurs par des coûts exorbitants et aux créanciers par des taux d’intérêt abusifs. Le graphique suivant illustre ce déséquilibre au dépends de la population.

Windows Metafile - 2 Mo

Alors que le service de la dette sur la période a englouti 4,42 milliards d’euros, les dépenses liées à la promotion et protection sociale n’ont, elles, représenté que 1,1 milliard d’euros soit 4 fois moins. Et pourtant le discours véhiculé par les médias est généralement le même : « nous avons vécu au dessus de nos moyens » ; « on a trop dépensé, il faut se serrer la ceinture ». Jamais on n’entend parler du service de la dette comme la première dépense celle qui entretient et aggrave les déficits publics créés par des cadeaux fiscaux et des dépenses inappropriées dont la majorité des citoyens n’est nullement responsable. Les projets utiles destinés à bénéficier à la majorité de la population sont généralement beaucoup moins coûteux et le bénéfice social peut être réellement constaté.

Tous ceux qui bénéficient et alimentent ce système d’endettement sont totalement opposés à la réalisation d’audits car ils savent pertinemment |10| que dans tous les cas l’audit démontrera qu’une partie non négligeable (généralement supérieure à 50 % de la dette) n’a pas servi les intérêts de la population est de ce fait illégitime et devrait être annulée ou répudiée. L’annonce de l’organisation d’un audit a ainsi donné lieu à la dégradation de la note de la dette de Madrid par l’agence de notation Standard & Poors |11|. L’argument portant sur le fait que les mandataires politiques sont élus et que de ce fait les engagements financiers qu’ils prennent doivent être respectés peut et doit être mis en question. La Déclaration universelle des droits de l’homme reconnait à toute personne le droit de s’impliquer dans les affaires publiques |12| comme le prévoient également différentes Constitutions.

L’audit de Madrid pourrait représenter un sérieux pas en avant à deux conditions : que la participation citoyenne soit réellement effective et donne lieu à une large mobilisation sociale, à la suite de la communication des résultats de l’audit et que la maire et ceux de son équipe issus du mouvement social aient clairement en tête la perspective de répudier la part de la dette dont l’audit aura démontré le caractère illégitime.

 

 

 
Notes

|1| Le 15 mai 2011 d’où 15M a marqué le début de l’occupation de la Puerta del Sol à Madrid, occupation qui a s’est rapidement étendue à la plupart des places principales des grandes villes espagnoles.

|2| http://cadtm.org/Les-prets-toxiques...

|3| Leur volume a nettement augmenté suite à la crise de 2008, en raison d’une baisse des transferts aux régions et municipalités ce qui presque mécaniquement conduit ces entités à augmenter leur endettement et leurs impôts pour pallier à cette baisse de recettes

|4| Carlos Sánchez Mato, Endeudamiento urbano. La insostenibilidad social de la deuda municipal de Madrid. https://www.fuhem.es/media/cdv/file...
disponible en version abrégée sur http://cadtm.org/La-insostenibilida...

|5| Le projet a consisté en son remodelage et en l’enterrement d’une partie de son tracé.

|6| Le Centre aquatique faisait partie des infrastructures prévues pour les candidatures de Madrid aux JO de 2012 et 2016. Budgété au départ à 108 millions d’euros, un an après le début des travaux qui n’avaient guère avancé, le budget avait déjà augmenté de 28 millions mais cela n’allait pas s’arrêter là, en 2010 l’enveloppe augmentait encore de 21 millions.

|7| Alors qu’un loyer moyen à Madrid dépasse les 1000 euros, l’Espagne ne compte que 1,1% de logements sociaux, un des taux les plus faibles d’Europe et on ne parle pas de qualité.

|8| Carlos Sánchez Mato, ibid.

|9| ¿En qué se ha fundido el dinero Gallardón ? http://www.elmundo.es/elmundo/2010/...

|10| Carlos Sánchez Mato, ibid.

|11| http://www.eleconomista.es/economia...

|12| Déclaration universelle des droits de l’homme - DUDH Article 21.1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis.

Auteur

Virginie de Romanet

est membre du CADTM Belgique

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Source : http://cadtm.org

 

 

 

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 17:01

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

En Espagne, un «réseau de villes-refuges» se met en place

|  Par Ludovic Lamant

 

 

À l'initiative de Barcelone, des villes « indignées » se mobilisent pour accueillir davantage de réfugiés, et lancent des campagnes de solidarité. Leur objectif: faire pression sur le gouvernement de droite de Mariano Rajoy, qui se crispe sur le sujet à l'approche des élections générales.

 

Alors que le gouvernement de Mariano Rajoy rechigne à répondre aux demandes de Bruxelles en matière d'accueil des migrants, Barcelone, Madrid et d'autres villes d'Espagne dirigées depuis mai par des plateformes « indignées » veulent créer un « réseau de villes-refuges ». La mairie catalane est la première à avoir pris une initiative, en annonçant la création d'un registre des familles volontaires, pour aider les migrants de passage (en leur proposant un logement, ou en leur apportant, plus modestement, une aide matérielle).

« Ce n'est pas de la charité. L'asile est un droit de l'homme, inscrit dans les traités internationaux, mais aussi dans la charte de Barcelone », a expliqué mardi Gerardo Pisarello, premier adjoint à Barcelone, un Argentin qui s'est lui-même installé en Catalogne en 2001. Vendredi, sur sa page Facebook, Ada Colau, la maire de Barcelone issue de la société civile, avait lancé un « appel à l'empathie » qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux : « Soit nous abordons un drame humain avec cette capacité d'aimer qui est propre à l'humanité. Soit nous terminerons tous déshumanisés. Et les morts seront encore plus nombreux. Ce n'est pas une bataille pour nous protéger "des autres" à laquelle nous assistons. La guerre en cours est une guerre contre la vie. »

Le projet d'un registre des familles reste encore très embryonnaire. « Nous avons reçu beaucoup de lettres de familles, qui se proposent d'accueillir des réfugiés chez eux », raconte Ada Colau. Pisarello ne s'est pas aventuré à donner des chiffres précis. Le conseiller municipal insiste sur la nécessité, pour les municipalités, de travailler en réseau, en réponse au défi migratoire. « La Generalitat [l'exécutif catalan, ndlr] ne possède que 28 places d'accueil pour les demandeurs d'asile, pour un séjour qui peut durer jusqu'à six mois », le temps d'obtenir une réponse à leur requête, précise El País. D'après les associations d'aide aux étrangers, quelque 783 demandeurs d'asile présents ces jours-ci sur le sol catalan attendent une réponse. Le chiffre de 400 réfugiés, que pourrait accueillir Barcelone dans les semaines à venir, circule dans les milieux associatifs, mais n'a pas été confirmé par la mairie.

 

 

La maire de Madrid, Manuela Carmena, a saisi la balle au bond : « Je vais en parler à Colau, je suis intéressée, nous sommes deux grandes villes, différentes, mais d'accueil », a-t-elle expliqué mercredi sur les ondes de Onda Cero. « Nous sommes prêts à faire le nécessaire pour accueillir ceux qui en ont besoin, mais nous souhaitons que ce soit le gouvernement [de Mariano Rajoy, ndlr] qui nous dise combien de personnes vont arriver à Madrid », a poursuivi Carmena. Plusieurs maires issus du mouvement indigné, dont ceux de Madrid, Barcelone, Cadix, La Corogne ou Saragosse, se sont donné rendez-vous, vendredi à Barcelone, pour débattre de leurs expériences respectives depuis leur accession au pouvoir au printemps. Cet échange, le premier du genre, qui se déroulera en public et en plein air, sera sans doute l'occasion de préciser les contours de cet hypothétique « réseau de villes-refuges ».

Le maire de Valence, la troisième ville d'Espagne, s'est lui aussi déclaré intéressé, même s'il a précisé vouloir savoir, d'abord, « ce que vont faire la Generalitat de Valence [l'exécutif régional, ndlr] et le gouvernement [de Madrid, ndlr] ». Joan Ribó n'est pas, à proprement parler, un maire issu du mouvement « indigné » du 15-M (en référence au 15 mai 2011, lorsque des Espagnols s'étaient emparés des places d'Espagne), mais cette figure du mouvement Compromis incarne elle aussi un renouveau de la classe politique espagnole. Les villes de Pampelune (capitale de la Navarre), de La Corogne (Galice) ou encore de Las Palmas (Canaries) ont aussi exprimé leur intérêt à rejoindre ce réseau. Pampelune « sera à la hauteur, parce qu'il n'en est pas possible autrement », a déclaré son maire, Joseba Asiron (de la coalition Bildu, gauche indépendantiste).

Mardi, Pisarello, l'adjoint au maire de Barcelone, est également monté au créneau sur un autre dossier sensible, celui des fonds débloqués par l'agence de l'UE Frontex, versés aux États membres pour faire face à l'urgence humanitaire. « Ce sont les villes qui sont les mieux placées pour répondre à ce défi », a-t-il jugé. L'Espagne doit toucher 527 millions d'euros de Frontex, sur les six prochaines années, selon El País.

Cette offensive politique des maires « indignés » – encore très fragile – intervient alors que l'Espagne est l'un des pays de l'UE qui délivre le moins de statuts de réfugiés. Au printemps, la commission de Bruxelles avait fixé des quotas de réfugiés à chacun des 28 États membres, dont 5 849 personnes pour l'Espagne. Mais Mariano Rajoy, souverain en la matière, avait ramené ce chiffre à moins de la moitié. Jusqu'à présent, Madrid a donné son feu vert à l'accueil de 1 300 réfugiés déjà présents sur le sol européen, et à 1 439 autres, encore présents dans leur pays d'origine. Lors d'un déplacement en Allemagne mardi, Rajoy a toutefois lâché du lest, sous la pression de la chancelière Angela Merkel, et n'a pas exclu de faire évoluer sa position : le quota « peut être modifié », par exemple à l'occasion de la prochaine réunion des ministres européens de l'intérieur, le 14 septembre à Bruxelles.

« Nous allons faire pression, depuis les villes, grâce à ce réseau de familles solidaires, pour que le gouvernement de Rajoy modifie sa politique, et consacre bien à l'accueil des réfugiés les fonds européens qu'il reçoit à cet effet », a prévenu Ada Colau. En écho, le site d'information indépendant Contexto a mis en ligne un appel assez musclé (ci-dessous), qui exhorte l'exécutif de Madrid à « cesser de faire honte à ses citoyens » face à « ce naufrage moral et politique ». Les auteurs plaident pour que le gouvernement accepte « sans attendre les quotas établis au sein de l'UE, et aille plus loin, en augmentant encore un peu plus le nombre de réfugiés qu'il est prêt à accueillir, proportionnellement à l'ampleur de la catastrophe humanitaire qui se déroule en Méditerranée ».

 

 

La sortie de la maire de Barcelone n'a pas manqué de déclencher des réactions de ses adversaires politiques, à quelques semaines d'élections régionales en Catalogne particulièrement tendues (le 27 septembre). « Barcelone ne peut pas résoudre seule tous les problèmes du monde. Elle doit le faire de manière coordonnée et conformément à ses compétences », a fait valoir le chef du PP à Barcelone (le parti de droite au pouvoir à Madrid, minoritaire en Catalogne). Ciudadanos, le nouveau parti de centre droit emmené par le catalan Albert Rivera, a lui aussi dénoncé la démarche individualiste de la maire de Barcelone. Quant aux socialistes catalans (qui ont permis l'élection de Colau à la tête de la mairie, eux aussi minoritaires en Catalogne), ils soutiennent l'exécutif local, tout en espérant que l'on n'en reste pas au stade de l'annonce.

 

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 21:11

 

Source : http://VTVCanal8

 

Communiqué

 

La nouvelle loi de protection des flics lors d'une expulsion en Espagne.

Le journaliste qui a communiqué cette vidéo a été arrêté, précisément parce qu'il l'a notofié.

Logement et liberté de la presse

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 21:11

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Hologramme 04/07/2015 à 10h22

« Loi bâillon » : les Espagnols forcés d’innover pour manifester

Robin Prudent | Journaliste Rue89

 

 

 

  • Le droit de manifester a pris un sacré coup en Espagne. La loi de « sécurité citoyenne », entrée en vigueur le 1er juillet, multiplie les restrictions. Le journal El Mundo liste ainsi les 44 conduites qui seront désormais interdites et punies de lourdes amendes, sans passage devant le juge. Parmi elles :

  • « refuser de s’identifier à la demande d’une autorité » ;
  • « ne pas respecter les restrictions de circulation » ;
  • « escalader des bâtiments ou des monuments sans autorisation » ;
  • « manquer de respect aux forces de sécurité » ;
  • « utiliser des lasers sous quelque forme que ce soit »

 

La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) s’inquiète, elle, d’une loi qui cherche à « dissuader les citoyens d’exprimer leurs opinions au travers d’actes publics ».

 

« Ley Mordaza » ou « loi bâillon »

Des inquiétudes fondées qui ont valu à la loi un surnom : « Ley mordaza » (« loi bâillon »).

Les interdictions – rédigées dans des termes assez flous – obligent les Espagnols, qui se sont tant mobilisés pendant la crise et contre les mesures d’austérité, à changer leurs habitudes.

Pour continuer de faire entendre leur voix, la résistance en ligne, sur les réseaux sociaux et sur plusieurs plateformes citoyennes, s’organise. Mais celle-ci pourrait bien aussi être mise à mal.

 

Amende pour une vidéo de la police

Comme le  le blogueur Marco Nurra, l’article 30 de la loi prévoit que toute personne faisant la promotion d’une manifestation non autorisée, sur les réseaux sociaux, en créant un site ou juste en affichant les symboles de cette contestation sur son profil, pourra être considérée comme l’un des organisateurs. Elle risque ainsi une amende allant jusqu’à 600 000 euros, sans passage devant un juge.

« Faire la promotion d’une manifestation non autorisée devant la chambre des députés peut être considéré comme un acte terroriste. Mais aussi bloquer une page web d’un site gouvernemental ou du FMI par exemple. »

La publication d’une vidéo montrant des policiers va aussi devenir une pratique très risquée. La loi prévoyant que si de telles diffusions « mettent en danger [la] sécurité personnelle et familiale » du policier, les responsables seraient condamnés à de lourdes amendes. Une mesure floue, qui sème la confusion sur les risques encourus par ceux qui voudraient publier des vidéos de violences policières, comme celle ci-dessous.

 

Des hologrammes insaisissables

Le blogueur Marco Nurra poursuit :

« Le mot “terrorisme” en Espagne a été vidé du sens que l’on connaissait, devenant un espace sans limite dans lequel on peut intégrer une série d’actions qui étaient considérées, jusqu’à maintenant, comme des droits. »

Une première initiative, pacifique et médiatique, avait été organisée pour dénoncer le projet de loi en avril dernier : faire manifester des hologrammes.

Des centaines d’Espagnols, mais aussi d’autres personnes mobilisées dans le monde, avaient scanné leur image et leurs revendications, avant que celles-ci soient projetées sur le Parlement.

 

 

Pas facile pour le gouvernement d’arrêter des manifestants bruyants, nombreux, mais seulement composés de lumière.

 

Les statues bâillonnées

Contactée par Rue89, une membre de l’association organisatrice No Somos Delitos (Nous ne sommes pas un délit) précise leur rôle dans le futur :

« Pour le moment, nous n’avons pas prévu d’autres mobilisations à propos de la loi bâillon. Mais d’autres manifestations concernant des problématiques différentes vont être affectées par cette loi. Chaque collectif appréciera la meilleure forme pour mener à bien sa protestation. »

Certains ont déjà commencé à réfléchir à de nouvelles possibilités pour manifester sans risquer des amendes. Ces derniers jours, Greenpeace a ainsi dénoncé cette nouvelle loi en bâillonnant des statues emblématiques de Madrid.

 

Une statue bâillonnée, le 1er juillet 2015 à Madrid (Greenpeace)

 

D’autres ont exprimé leur colère avec des messages sur des murs.

 

Enfin, certains ont laissé des messages explicites dans le métro : « Manifestation : à utiliser en cas d’urgence. Tout abus sera sanctionné. »

 

Si les formes alternatives de mobilisation sont nombreuses, cette loi n’en reste pas moins un outil puissant aux mains du pouvoir en place, affirme le porte-parole de l’association Juges et libertés.

« Cette loi n’est pas faite pour la sécurité des citoyens mais plutôt pour celle du gouvernement. »

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 21:27

 

Source : http://www.franceculture.fr

 

 

 

Une loi pour museler la population en Espagne

02.07.2015 - 07:24

 
 
 

Une nouvelle loi sécuritaire, qui encadre le droit de manifester, est entrée en vigueur hier en Espagne hier. Elle prévoit notamment des amendes allant jusqu'à 600.000 euros pour certaines manifestations non autorisées. Ses détracteurs y voient une atteinte aux libertés les plus fondamentales.

 

Demonstrators with their mouths taped sit outside the Spanish parliament during a protest against Spanish government's new secur Juan Medina © Reuters

 

Dans quel pays imaginez-vous que l’on puisse promulguer une loi pour museler la population ? Certainement pas l’Espagne. Et pourtant. Hier, la loi dite de sécurité citoyenne est entrée en vigueur. Cette loi, qui a pour but de garantir l’ordre vise, notamment, les manifestations et les réunions publiques. Et c'est la raison pour laquelle l’opposition, mais aussi plusieurs associations et même l’ONU dénoncent aujourd'hui une atteinte aux libertés les plus fondamentales. Ils ont même rebaptisé cette loi, "loi bâillon", car disent-ils, désormais les citoyens ne pourront plus exprimer dans la rue des idées allant à l’encontre de celles de la classe politique dominante.

 

De quoi s'agit-il ? Le texte comprend 45 infractions, peut-on lire sur le site de la RTBF. Les manifestations devant le parlement et autres bâtiments officiels sont notamment classées parmi les infractions les plus graves. Ainsi, le fait de protester face au Sénat, devant la Chambre nationale des députés ou tout Parlement régional pourra être puni de 30 000 euros d'amende. Idem si vous refusez de décliner votre identité à un agent des forces de l'ordre. Si vous photographiez un policier en service pendant une manifestation, il vous en coûtera jusqu'à 600 euros Et puis si vous êtes à l’origine de l’organisation d’une activité festive, dans un endroit proscrit par les autorités (par exemple les réseaux de transport), la contravention peut monter jusqu’à 600 000 euros.

 

Pour ses détracteurs, cette loi ne serait en réalité qu’un moyen, à peine déguisé, de juguler toutes les tentatives de protester contre la politique de rigueur, mise en place par le parti conservateur. Et de fait, c'est vrai qu'en se réappropriant l’espace public, les manifestants ont mis à rude épreuve le pouvoir. Avec la crise économique, des mouvements sociaux ont commencé à se consolider, la protestation sociale s’est généralisée. De ces mouvements sont même nées des formations politiques, comme Podemos, qui forment désormais partie de l'échiquier politique espagnol. En clair, le paysage politique est en train de changer, écrit la directrice adjointe du quotidien EL MUNDO. Ou dit autrement, au travers de cette loi, le gouvernement veut taire la contestation et empêcher que d’autres forces politiques émergent. Et pour ce faire, il est indispensable non seulement de limiter le droit de manifester, mais aussi le droit de relayer les informations concernant l'action citoyenne. Les témoins de brutalité policière, par exemple, ne pourront plus en rendre compte. Et pourtant, rappelle la journaliste, nous avons tous en tête les images enregistrées par des citoyens pendant des rassemblements, qui mettaient en lumière les agissements de la police. Or avec cette nouvelle loi ce ne sera plus possible. En clair, pour les détracteurs de la loi, nous ne pourrons plus être nous-mêmes et nous ne pourrons plus désormais penser librement. Car la pensée libre est liée à la possibilité de se réunir pour parler, s’exprimer dans les places, dans les marchés, dans les rues.

 

Le texte est même tellement ambiguë que tout et n’importe quoi peut désormais tomber sur le coup de cette loi. Si vous relayez l’information sur une manifestation ou si vous retweetez simplement une information, vous pouvez être considéré comme l’organisateur de ce rassemblement et donc être fautif. En clair, cette loi vise toutes les nouvelles formes de contestations qui se jouent sur les réseaux sociaux. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle, il y a déjà quelques semaines, le collectif "Hologrammes pour la liberté" avait projeté sur la place des Cortes (où se trouve l'Assemblée nationale), des centaines d’images en 3D représentant des manifestants. Une manière de signifier que ce sera désormais la seule façon de manifester en Espagne, sans être inquiété par la police.

 

Et puis ce n'est pas tout, car l’entrée en vigueur de cette loi va également de pair avec une double modification du code pénal, lequel entraîne un glissement de la sphère judiciaire à la sphère administrative. En clair, si lors d’un rassemblement, un manifestant était interpellé et mis en garde à vue, il était jusqu'à présent présenté à un juge. Et dans la plupart des cas, ce dernier considérait que l’action du citoyen relevait de la liberté d’expression. Or avec ce nouveau dispositif, le citoyen est éloigné du pouvoir judiciaire. C’est l’administratif qui prendra désormais le relais. En d'autres termes, une fois que le citoyen aura reçu sa contravention, il lui sera plus difficile de la contester. C’est donc la police qui aura désormais le dernier mot, précise à son tour la responsable des enquêtes chez Amnesty international en Espagne.

 

Interrogé par PUBLICO, un juge ne dit pas autre chose : il estime que cette loi n’a rien à voir avec la sécurité des citoyens. C’est une loi sécuritaire du gouvernement qui fait face à la contestation citoyenne, dit-il, avant d’ajouter : le citoyen est devenu l’ennemi. D'où la conclusion signée cette fois-ci d'un bloggeur hébergé toujours sur le portail de gauche PUBLICO : c'est un triste jour pour la démocratie. Il s'agit d'une régression aussi dure qu'inutile au niveau de la lutte douloureuse que nous avons menée. La démocratie a perdu de sa vigueur. Et nous voilà désormais renvoyés à un passé que nous n'avons pas encore complètement oublié ; à l'époque de la main de fer, de la peur instrumentalisée comme arme politique et de la primauté de l'ordre sur toute divergence.

Par Thomas CLUZEL

 

 

Source : http://www.franceculture.fr

 

 

 

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 21:57

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Régression

En Espagne, austérité et privatisations détruisent le système de santé publique et nuisent à la qualité des soins

par

 

 

 

En Espagne, la politique d’austérité s’est traduite par des coupes budgétaires et des suppressions de postes massives dans les hôpitaux et les dispensaires publics. Aux dépens du personnel soignant, maltraité par une organisation du travail dégradé, et des patients, victimes de délais d’attente à rallonge et de négligences médicales en hausse. Le secteur privé profite, lui, d’une hausse des deniers publics, et de la privatisation rampante des hôpitaux. Les fortes mobilisations syndicales et citoyennes, ainsi que la victoire du nouveau parti de gauche Podemos à Madrid, ont pour l’instant mis un coup d’arrêt à cette destruction programmée du système de soins publics et universels. Enquête.

 

Le spectacle n’est pas très flatteur pour la direction de l’établissement hospitalier. Des lits sont entassés en quinconce dans les couloirs et dans les chambres individuelles. Les issues de secours sont bloquées et le travail du personnel soignant entravé. Avec l’augmentation des maladies hivernales, le service est rapidement saturé. La plupart des patients sont des personnes âgées, demandant une attention particuliers. L’exiguïté interdit toute intimité. Pendant que l’on vide les flacons d’urine de certains, on sert le repas à d’autres. L’odeur ambiante est désagréable. La tension entre le personnel soignant est palpable. Le service des urgences l’Hôpital 12 de Octubre, au sud de Madrid, semble au bord du burn out.

 

« Je n’en peux plus ! », soupire une infirmière tout en réalisant une prise de sang sur une vieille dame. L’infirmière est aphone, malade elle aussi, mais dans l’impossibilité de prendre un congé. Si elle le fait, sa charge de travail se répercutera immédiatement sur l’une de ses collègues. « Le personnel absent n’est pas remplacé », nous explique sa collègue. « Et puis il y a aussi de nouvelles sanctions économiques. »

 

« La saturation des urgences est devenue permanente »

En 2012, le gouvernement de Mariano Rajoy (Parti populaire, droite), a modifié le régime des indemnités journalières versées aux fonctionnaires de l’État en cas d’arrêt de travail pour les maladies et les accidents non-professionnels. Une infirmière voit ainsi ses indemnités réduites de 75% à partir du quatrième jour d’absence et jusqu’à 100% à compter du vingt-et-unième. L’infirmière enrouée ne décolère pas : « Comment voulez-vous que je récupère en étant constamment en contact avec des gens malades ? Sans compter que je dois à mon tour faire attention de ne contaminer personne. »

Ces scènes inquiétantes se banalisent. Dans un autre hôpital public de Madrid, le Clínico San Carlos, la saturation des urgences a forcé l’hôpital à annuler des interventions chirurgicales programmées de longue date afin de libérer des lits et du personnel. Quelques mois plus tôt, le personnel des urgences de l’hôpital madrilène La Paz dénonçait les graves carences de leur unité de soins : « 22 lits pour 45 malades ». La presse espagnole s’est faite l’écho du cri d’alarme généralisé des personnels soignants, mais aussi de l’indignation citoyenne face à plusieurs cas de personnes décédées. Elles avaient passé jusqu’à quatre jours aux urgences, après neuf mois sur liste d’attente !

 

Hausse des cas de négligences médicales

La Defensora del Pueblo – l’équivalent espagnol du Défenseur des droits –, Soledad Becerril, a publié début 2015 un rapport très critique sur la situation des services d’urgence dans les établissements hospitaliers publics [1]. Elle y signale, entre autres, que « la saturation des urgences est devenue permanente » et « augmente les cas de négligences médicales ». Reyes Gallego, infirmière à l’hôpital 12 de Octubre et membre du syndicat Syndicat unique de santé et d’hygiène (SUSH), confirme ces risques : « Quand il y trois patients dans un box prévu pour deux, les couloirs envahis par les lits et qu’un patient à besoin d’une intervention urgente, la possibilité de commettre des erreurs est exponentielle ». De leur côté, les directions des hôpitaux et les autorités sanitaires évoquent invariablement des « situations ponctuelles ».

 

Difficile de quantifier l’ampleur des négligences médicales. Il n’existe pas de statistiques officielles publiques. En 2005, l’Institut de statistiques espagnol a cessé de publier les indicateurs de la qualité de soins dans les hôpitaux. Seule l’association Defensor del Paciente (défenseur du patient), créée en 1987 pour venir en aide aux victimes de négligences médicales, publie chaque année un rapport sur la base des plaintes déposées contre les services d’urgences. D’après leurs données, le nombre de cas d’erreurs médicales présumées n’a cessé d’augmenter depuis 2010, passant de 12 162 cas (dont 554 décès) à 14 749 (dont 835 décès). Soit une hausse de 21% en quatre ans.

 

Délai d’attente moyen pour une opération : 98 jours

C’est aux experts médicaux et éventuellement aux juges de déterminer s’il y a faute professionnelle, et si ces fautes sont directement responsables des décès. « En moyenne, d’année en année, 40% des cas qui parviennent à l’association sont confirmés comme étant des négligences médicales », souligne Carmen Flores, la présidente de l’Association. Qu’en est-il des 60% restants ? Les données disponibles ne permettent pas de distinguer les plaintes rejetées de celles qui sont demeurées sans suite, les frais d’expertise juridiques à la charge du patient étant un frein pour que ces recours aboutissent.

 

L’association d’usagers est confrontée à un autre phénomène : les plaintes face à la longueur des listes d’attente. « Ces plaintes concernent les délais pour obtenir un traitement spécifique, pour être redirigé vers un spécialiste ou simplement avoir un diagnostic. Du total des plaintes que nous recevons, les deux tiers sont relatives aux listes d’attente », explique Carmen Flores. Et elles aussi augmentent depuis trois ans. D’après les propres statistiques du Système national de santé, entre juin 2012 et décembre 2013, l’attente moyenne pour une intervention chirurgicale est passée de 76 jours à 98 jours. Près d’un patient sur six est sur liste d’attente depuis au moins six mois, sur l’ensemble du territoire espagnol. Pour Carmen Flores, la cause de ces négligences et de ces délais ne fait aucun doute, ce sont les coupes budgétaires pratiquées par le gouvernement.

 

19 000 postes supprimés en deux ans

Pour les qualifier, le gouvernement espagnol a choisi un euphémisme : des « mesures urgentes pour garantir la durabilité du système national de santé et améliorer la sécurité des prestations ». Ces mesures se sont traduites par la suppression de 19 000 postes sur tout le territoire entre janvier 2012 et janvier 2014, soit 7% des effectifs de la santé publique (272 000 médecins et personnel infirmier). Le budget alloué au système de santé publique a chuté de 11 % entre 2010 et 2014. Outre la dégradation des conditions de travail et de la qualité des soins dispensée aux patients, cette politique d’austérité provoque un début d’exode du personnel soignant hors d’Espagne.

 

« Ces trois dernières années, 7 378 médecins [sur un total de 232 816 médecins inscrits à l’Ordre des Médecins en 2013] ont sollicité le certificat d’aptitude pour partir travailler hors de nos frontières », comptabilise l’Organisation médicale collégiale, qui chapeaute la profession. « Ce chiffre montre bien la crise qu’est en train de traverser la profession médicale en Espagne ». Le nombre de certificat octroyé a presque triplé depuis 2010. En parallèle, le nombre d’infirmiers au chômage a été multiplié par cinq, avec 20 000 personnels soignants sans emploi fin 2013.

 

« La Santé Publique est clairement maltraitée »

« La Santé Publique est clairement maltraitée en Espagne », s’insurge Reyes Gallego, du syndicat minoritaire SUSH. « Nous sommes surchargés de travail, et nos efforts ne sont valorisés ni par la hiérarchie ni même par la société. Comment se sentir motivés dans ces conditions ? ». Très souvent, les personnels sont directement la cible de l’énervement des usagers, qui leur attribuent la responsabilité de leur trop longue attente de soins. « Nous subissons un stress énorme. Parfois, au plus fort de l’activité des urgences, un médecin arrive et exige que nous interrompions ce que nous sommes en train de faire pour effectuer un électrocardiogramme à un patient… assis sur une chaise ! On est loin des conditions optimales enseignées à l’école d’infirmières pour faire ce genre d’interventions ! », témoigne Mar Coloma, infirmière à l’hôpital public Ramón y Cajal de Madrid. « Cette pression fait que les infirmières vivent dans la peur constante de commettre des erreurs, sans compter les lésions que cela induit ». Elle se souvient de cette infirmière surmenée dont le doigt, quelques mois auparavant, a été sectionné par une porte d’ascenseur.

 

Partout, l’évaluation quantitative, via la gestion des budgets, a pris le pas sur l’évaluation de la qualité des soins et de la prise en charge des patients (lire aussi notre article). « En tant que responsable d’un service, si l’on montre à la direction qu’on est capable de bien gérer le budget qu’elle nous a confiée, et mieux encore si l’on arrive à économiser sur ce budget, nous sommes récompensés », témoigne Luis Fernández, du service de cardiologie infantile de l’hôpital Ramón y Cajal. « Dans le cas contraire, nous sommes sanctionnés par une réduction de budget pour l’année suivante. »

 

La situation dans les dispensaires n’est guère meilleure. « L’organisation du travail a empiré ces dernières années. Avant nous avions un système d’évaluation, une plus grande participation dans la prise de décisions et un dialogue régulier avec nos supérieur. Tout cela a disparu avec le gouvernement actuel », décrit Rosa Bajo qui travaille dans le dispensaire de Campo Real, à une trentaine de kilomètres de la capitale. « Désormais, nous avons l’impression que la hiérarchie valorise davantage notre capacité à diminuer les coûts et à bien gérer le budget plutôt que d’améliorer les conditions de vie et de santé de nos patients. C’est très démotivant. »

 

L’austérité, prologue à la privatisation des hôpitaux

Plutôt que de « garantir la durabilité du système national de santé », le gouvernement espagnol est accusé de l’affaiblir, au profit des cliniques privées. Le processus de privatisation du secteur de la santé a commencé en 1991, sous le mandat du Premier ministre socialiste Felipe González. A l’époque, un rapport parlementaire pointe déjà « une certaine fatigue du système sanitaire ». « Depuis, les gouvernements successifs ont délibérément laissé se dégrader le système de santé publique. Ils ont sans cesse réduit ses budgets et ses effectifs et externalisé des services, de façon à orienter le public vers les opérateurs privés », accuse Juan Antonio Recio, ancien infirmier et membre de la Coordination anti-privatisation de la santé publique (CAS), qui regroupe des professionnels de santé, des usagers et des syndicats opposés aux mesures d’austérité.

 

C’est ce qui est arrivé à Juan José Martín. Ce patient doit subir une opération pour ôter des varices. Au préalable, il doit procéder à des examens cardiologiques et prendre rendez-vous avec un spécialiste. Or, le système public de santé madrilène est désormais équipé d’un service informatisé, géré par une société privée, qui centralise toutes les prises de rendez-vous et les redirige directement vers des médecins spécialistes en fonction de leur agenda. Initialement orienté vers un établissement privé, Juan José Martín refuse par principe, au nom du maintien des services publics. Réponse du service madrilène de santé : son rendez-vous sollicité en janvier 2015 ne lui sera accordé qu’en octobre prochain. « C’est une tactique pour décourager les patients et les diriger vers le privé où ils n’auront pas à attendre des mois pour obtenir leur rendez-vous », interprète-t-il.

 

Les budgets publics accordés au privé en forte hausse

Manuel Rengel, médecin néphrologue à l’hôpital universitaire Princesa confirme cette stratégie. Les patients qu’il reçoit ont initialement été systématiquement orientés vers les cliniques privées, sous contrat avec l’État, pour les premiers examens. Ce qui pose également des problèmes en matière de suivi de ces patients. Car si les prises de rendez-vous sont centralisés, la transmission des dossiers médicaux semble faire défaut. « Il n’y a aucune communication avec les médecins privés qui se sont chargés des premiers examens », déplore le spécialiste. « Donc, s’il y a un problème, je ne sais pas à qui m’adresser. Même si je le savais, je devrais demander l’autorisation à la direction de l’hôpital pour entrer en contact avec un médecin de l’extérieur au sujet d’un patient. » Le néphrologue exige donc que tous les examens aient lieu dans son service afin que le suivi de ses patients ne soit pas fragmenté.

 

Un rapport de la confédération syndicale CCOO (Comisiones Obreras), publié en septembre 2014, analyse en détail l’évolution des budgets octroyés au système public et aux partenariats public-privé en matière de santé [2]. Si celui destiné aux structures de soins publics diminue, l’enveloppe consacrée aux partenariats public-privé augmente. En dix ans, de 2002 à 2012, elle est passée de 3,6 milliards d’euros à 5,7 milliards en 2012. Soit une augmentation de 63 % en faveur du privé.

 

Huit nouveaux hôpitaux gérés par le secteur privé dans le cadre d’un partenariat avec l’État ont ainsi ouvert leurs portes dans la région de Madrid. Des personnels soignants venus du public y ont été transférés. Les conditions de travail et le niveau de qualité des soins dispensés sont-ils pour autant satisfaisants ? Une étude réalisée par la Coordination anti-privatisation il y a cinq ans ans tend à montrer le contraire, en recueillant des dizaines de témoignages [3].

 

« J’ai vu des médecins craquer et rentrer chez eux en pleurant »

« J’ai vécu le transfert au nouvel hôpital comme la pire année de ma vie, avec des relations entre professionnels néfastes, une qualité des soins qui se détériore. Dès que nous avons commencé à protester, nous avons eu de gros problèmes avec la direction. Certaines de nos déclarations sont sorties dans la presse et nous avons été menacés directement », décrit un médecin urgentiste de l’hôpital privatisé de Majadahonda. « Bien que l’équipe soit plutôt jeune, entre 30 et 40 ans, les arrêts de travail sont de plus en plus longs, avec carrément des dépressions. J’ai vu des médecins craquer et rentrer chez eux en pleurant », détaille une infirmière du même hôpital.

 

La conception même de ces nouveaux hôpitaux est mise en cause par le personnel qui y travaille. « Il y a des fuites d’eau partout, les canalisations gouttent. Quand il pleut, l’eau passe sous les portes des sorties de secours des blocs opératoires alors qu’elles devraient être obligatoirement étanches ! La seule chose que propose la direction est de placer des seaux », raconte une infirmière auxiliaire de l’hôpital Infanta Leonor. Cette privatisation rampante n’a pas non plus amélioré l’accès aux soins : d’après un rapport de Médecins du Monde publié en février 2015, 40 000 personnes se sont ainsi retrouvé privées du droit aux soins médicaux gratuits – sauf cas d’interventions vitales [4].

 

Premières victoires des mobilisations sociales

La réaction face à cette dégradation du système de santé espagnol est d’abord venue des mouvements anti-austérité, nés dans le sillage du mouvement des indignés. Suite à l’annonce en avril 2012 par le ministre régional de la Santé, Javier Fernández Lasquetty (Parti populaire) de plusieurs mesures – baisse du budget de la santé publique de 7%, privatisation total de plusieurs hôpitaux et dispensaires –, de nombreux collectifs de citoyens se sont créés pour protester contre ces coupes budgétaires et privatisations.

 

Depuis des “marées blanches”, rassemblant des professionnels de santé, des syndicats, des associations de patients, des activistes anti-austérité se succèdent dans les rues de Madrid, en faveur d’un « système de santé de gestion publique, universel et de qualité ». Une première victoire est remportée en janvier 2014 lorsque le Tribunal Supérieur de Justice de Madrid décide de suspendre de façon préventive le processus de privatisation des six hôpitaux, alléguant que les « dimensions extraordinaires » de la mesure pourraient « porter un préjudice irréparable » aux usagers et personnels médicaux de Madrid [5]. Et en mai 2015, la gauche, emmenée par le nouveau parti Podemos, a ravi la ville de Madrid aux conservateurs néo-libéraux.

 

Nathalie Pédestarres, à Madrid

Photo : Marches blanches à Madrid en février 2013 / © Hugo Atman


- Article publié en partenariat avec Hesamag, magazine consacré à la santé et à la sécurité au travail, publié en français et en anglais par l’Institut syndical européen. Pour se procurer la revue, cliquez ici.

- Lire aussi :Pays riche et vieillissant, adepte de l’austérité, cherche infirmier européen pauvre pour emploi au rabais

Notes

[1« Las urgencias hospitalarias en el Sistema Nacional de Salud : derechos y garantías de los pacientes », Defensor del Pueblo, Janvier 2015.

[2« Analisis del presupuesto sanitario 2014 », Fédération de la santé et des secteurs sociaux et sanitaires, CCOO, septembre 2014.

[3« Dando voz a las profesionales, percepciones sobre los nuevos modelos de gestion de la sanidad », Consuelo Alvarez Plaza (anthropologue), Juan Antonio Gomez Liebana (Sociologue), CAS Madrid, juin 2010.

[4« Derribando el Muro de la Exclusion Sanitaria », Médecins du Monde, février 2015.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 21:37

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

En Espagne, les citoyens font plier les banques... parce qu’ils agissent ensemble

25 juin 2015 / Marie Astier (Reporterre)
 

 

 

 

Un habitant menacé d’expulsion par la banque vient négocier ses dettes... accompagné d’une dizaine de personnes. C’est une des méthodes de la Plateforme des victimes des hypothèques. Ces groupes locaux ont essaimé partout en Espagne, résistant collectivement à la vague d’expulsions : un exemple... inspirant.


 

- Madrid, reportage

Peu à peu, les fauteuils se remplissent. Plus d’une vingtaine de personnes s’entassent dans le petit centre social autogéré « Nosaltres », au cœur de Madrid, dans le quartier populaire de Lavapies.

Il y a des jeunes militants à la barbe longue, des quarantenaires qui sortent du boulot, des retraités bien apprêtés. Tous les lundis soirs, ils se retrouvent pour « l’assemblée logement ». Ensemble, ils forment l’un des groupes locaux de la Plateforme des victimes des hypothèques. En espagnol, Plataforma de los afectados por las hypotecas, ou PAH.

« Alvaro ? Où en es tu ? » lance un participant. Avec sa femme, ils ont acheté leur appartement il y a dix ans, en pleine bulle immobilière. Puis la crise et le chômage sont venus. Les petits boulots ne suffisent plus à payer l’hypothèque. Ils tentent de renégocier leur dette auprès de leur banque, ou de transformer l’hypothèque en location à tarif social.

 

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Stop expulsion

A l’autre bout du cercle, le quarantenaire se lève. « La directrice d’agence me dit qu’elle ne peut rien faire. » La banquière à laquelle ils ont affaire a jusqu’ici été inflexible. Les réactions fusent. Tout le monde est d’avis qu’elle cherche à gagner du temps, pour obtenir l’expulsion d’Alvaro et sa femme. « Il faut agir vite. » « On maintient la pression. » « Quand est-ce qu’on y retourne ? »

« Elle m’a dit de ne pas passer le jeudi après-midi parce qu’il y a beaucoup de clients », avance Alvaro… « Parfait, donc rendez-vous jeudi 16 heures devant l’agence. Qui peut venir ? » Plusieurs mains se lèvent. L’une se désigne même pour faire des tracts résumant le cas d’Alvaro, à distribuer aux clients de la banque.

Il n’ira pas négocier seul, mais accompagné d’une dizaine de personnes vêtues des tee-shirts verts de la PAH. Le but est que la directrice d’agence contacte ses supérieurs, les seuls habilités à décider sur ce type de dossier. Pour y arriver, on tape la banque là où ça fait mal : à l’image.

 

« C’est d’une utilité énorme »

Autres cas, celui de ce retraité qui a cessé de payer son loyer il y a trois ans « à cause de problèmes familiaux ». Un jour, il reçoit l’avis d’expulsion : « J’étais désespéré, je croyais que j’allais rester à la rue. Quelqu’un m’a dit qu’il y avait cette assemblée, ils m’ont aidé. » Sa dette a été rééchelonnée, il a pu rester chez lui.

« C’est d’une utilité énorme. Il y a des gens, si on les met à la rue, c’est la mort. Ils me l’ont évitée, et si je peux aider à éviter cela à d’autres, chaque fois que je pourrai, je participerai aux assemblées et aux actions. » On n’aurait pas imaginé ce vieil homme digne dans son costard impeccable occuper une banque à force de chansons, sit-in et distribution de tracts.

Après deux heures de débat, l’assemblée est levée dans un joyeux brouhaha. On fume une clope en fermant le centre social, puis les discussions se poursuivent dans un bar voisin. « Le cas le plus extrême, c’est l’expulsion, raconte Carles, un jeune homme à la barbe blonde luxuriante. C’est l’un des plus anciens de l’assemblée. Dans ce cas, on convoque le maximum de personnes, on s’amasse devant la porte du logement, et on résiste pacifiquement. »

 

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Affiche : « Tu as un problème de logement ? Tu n’es pas seul ! »
 

« Si je faisais une caricature, je dirais qu’il y a deux types de gens qui viennent à la PAH : les militants et les personnes affectées, poursuit-il. Mais en fait, on est tous touchés d’une façon ou d’une autre. On a tous des difficultés à se loger. »

Parmi ceux qui participent à l’assemblée, beaucoup n’avaient pas imaginé devenir un jour militants. Ils arrivent souvent là par le bouche à oreille. « Tu n’arrives plus à payer, ou tu sens que ce sera bientôt le cas ? Viens à l’assemblée de ton quartier », répètent les slogans. La PAH accepte tout le monde, mais chaque nouveau venu est aidé à deux conditions. D’abord, il doit venir aux assemblées chaque fois qu’il peut. Ensuite, il doit rester, même une fois son problème résolu, car il peut aider les autres grâce à son expérience.

 

Le pouvoir aux citoyens, plutôt que l’assistanat

La Plateforme a été lancée en février 2009 à Barcelone, par un petit groupe d’activistes du droit au logement. « Ces quarante dernières années, l’État espagnol a encouragé les gens à accéder au logement via le surendettement, explique Carlos Macias, porte-parole national de la PAH. En 2007, l’Espagne construisait plus que la France et l’Italie réunies. On a vu venir l’explosion de la bulle immobilière et la crise. On s’est dit que beaucoup de gens allaient perdre leur emploi, qu’ils ne pourraient plus payer les hypothèques et que des milliers de familles allaient être expulsées. Mais on ne pouvait pas apporter une solution à un problème aussi massif avec quatre experts dans un bureau qui gèrent les cas un par un. »

Alors ces militants se sont inspirés de la culture anarchiste et autogestionnaire des mouvement sociaux barcelonais. « Plutôt que de l’assistanat, on a donc instauré des assemblées où les gens partagent l’information et se forment entre eux », poursuit-il.

Le procédé « redonne du pouvoir aux gens. On les aide à surmonter la honte d’être dans cette situation, et on leur donne un savoir technique pour y faire face. Ils prennent conscience que seuls, ils ne peuvent pas y faire face, mais à travers l’action collective, on peut y arriver », détaille le porte-parole. Un discours repris par le slogan de la Plateforme : « Oui, c’est possible. » « On s’entraide avec les amis de la PAH et ça fait du bien », confirme Alvaro à Madrid.

 

 

Et ça fonctionne, la PAH a fait tache d’huile. Une fois formé au sein d’une assemblée, chaque citoyen peut en créer une nouvelle dans son quartier, et ainsi de suite. Depuis 2009, près de 220 groupes locaux ont essaimé dans tout le pays, ont stoppé 1663 expulsions et relogé 2500 personnes.

Une force de frappe due au fait que « la PAH a changé l’imaginaire collectif, estime Carles à Madrid. Quand on est face à la banque, on se sent inférieur. Mais aujourd’hui, les banques n’ont plus l’opinion publique pour eux. Elles doivent négocier. »

 

Inaction de l’État

La PAH apporte une réponse à une urgence sociale. Désormais, les statistiques des expulsions rythment l’actualité de la même façon que les chiffres du chômage. Plus de 100.000 en 2012, année record, 67.000 en 2013 puis 68.000 en 2014… La majorité de ces expulsions arrivent à des familles qui ne peuvent plus payer leur loyer ou leur hypothèque. Au plus fort de la crise, on comptait plus de 500 expulsions par jour.

La Constitution espagnole garantit le droit à « un logement digne et adapté ». Mais dans les faits, la politique espagnole du logement n’a pas su se renouveler face à la crise. « Nous faisons ce que devrait faire l’État », déplore Carlos.

La loi sur les hypothèques est l’une des moins protectrices de l’Union Européenne. D’habitude, la banque récupère la maison ce qui annule la dette. En Espagne, si la valeur du logement est devenue inférieure à celle de la dette, la personne expulsée doit continuer de rembourser.

Le porte-parole résume : « Si on regarde le paysage du logement en Espagne, c’est le pays qui expulse le plus, c’est le pays qui a le plus de logements vides - plus de 3,5 millions - et c’est le pays de l’Union Européenne avec le moins de logements sociaux - moins de 1 % face à une moyenne de 18 %... »

 

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Carlos Macias

La PAH tente donc aussi d’agir au niveau politique. Grâce à une initiative législative populaire, en 2012 une proposition de loi est arrivée jusqu’au Parlement. Elle prévoyait l’effacement de la dette quand la banque récupère le logement, un développement du logement social et un moratoire sur les expulsions. Elle a été repoussée à cause du Parti Populaire, le parti de droite majoritaire à l’Assemblée.

La PAH s’est donc réorientée vers une action locale. Cette fois-ci, l’initiative législative populaire a été déposée au Parlement de Catalogne. Il ne manque que deux voix pour qu’elle soit approuvée. Côté municipal, trois villes catalanes ont déjà pris des mesures pour récupérer des logements vides appartenant aux banques : elles sont pénalisées d’une amende si elles ne les louent pas, une façon de créer des logements à tarifs sociaux.

Barcelone pourrait aussi suivre le mouvement. Fin mai c’est une ancienne porte-parole de la PAH, Ada Colau, qui a été élue maire. Son programme promet notamment un moratoire sur les expulsions. Le jour de son investiture, symboliquement, elle est elle-même intervenue pour en empêcher une...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 15:08

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Ce que préparent les mairies «indignées» en Espagne

|  Par Ludovic Lamant

 

 

Les investitures aux municipales se déroulent samedi, avec, en particulier, l'entrée en fonction d'Ada Colau à Barcelone et Manuela Carmena à Madrid. D'autres plateformes citoyennes vont diriger des villes comme Saragosse, La Corogne ou Cadix. Salaire des élus, audit des dettes municipales, blocage des expulsions immobilières… Quelles sont les mesures dans les tuyaux ?

Après avoir inventé des années durant des contre-pouvoirs de toute sorte (ici ou ), le mouvement « indigné » qui a surgi en 2011 s'apprête à prendre le pouvoir, samedi, dans les deux plus grandes villes d'Espagne et une poignée d'autres grandes municipalités à travers le pays. C'est un séisme dans le paysage politique espagnol, presque inchangé depuis la fin de la transition post-franquiste, au début des années 1980.

 

 

À Barcelone, l'activiste Ada Colau, 41 ans, à la tête de Barcelona en Comú, va devenir la première femme à diriger la ville, après un accord passé avec les socialistes catalans du PSC, la gauche indépendantiste de l'ERC et la CUP, une formation de gauche radicale et indépendantiste, qui devrait lui donner la majorité absolue. La cofondatrice, en 2009, de la PAH, cette plateforme anti-expulsions immobilières qui a essaimé dans tout le pays au plus dur de la crise, devait participer, samedi en fin de journée, à une grande fête pour célébrer l'investiture, place Sant Jaume, dans le centre historique de la ville (ci-contre).

De son côté, l'ex-juge de 71 ans Manuela Carmena, figure des luttes anti-franquistes et tête de liste de Ahora Madrid, a conclu un pacte avec les socialistes du PSOE, qui devaient, sauf ultime rebondissement, voter pour son investiture et bloquer la candidate ultra-droitière du parti populaire (PP), Esperanza Aguirre. Pour la première fois depuis 24 ans, le PP n'est plus aux manettes de la capitale. À La Corogne (Galice), à Cadix (Andalousie) ou Saragosse (Aragón), d'autres figures issues des mouvements sociaux et citoyens vont, elles aussi, entrer en fonction.

Ces candidatures de « convergence », à géométrie variable, portées par des mouvements sociaux anti-austérité, des syndicats mais aussi par des partis politiques plus traditionnels à la gauche du PSOE, ont bousculé le paysage espagnol, à l'issue des élections municipales du 24 mai. Sept ans après l'éclatement de la bulle immobilière, elles vont devenir le laboratoire d'une autre manière de faire de la politique. À Valence, la troisième ville d'Espagne, c'est un autre exécutif de gauche alternative qui devait se former, avec un maire issu de Compromís (une coalition de gauche qui n'est pas liée au mouvement « indigné » du 15-M), soutenu par le PSOE local et le mouvement citoyen València en Comú.

Le sort de Podemos dans les urnes leur est désormais lié. Si ces plateformes citoyennes engrangent les succès dans leurs premiers mois au pouvoir, elles renforceront un peu plus la dynamique du mouvement anti-austérité de Pablo Iglesias, à l'approche des législatives, prévues pour novembre. À l'inverse, en cas d'échec, Podemos pourrait se trouver déstabilisé. Passage en revue des principaux éléments de leurs programmes.

Des baisses de salaire des élus
C'est la mesure partagée par toutes les plateformes citoyennes : les conseillers municipaux élus se sont engagés à baisser leurs salaires. À Barcelone, ce sera assez spectaculaire, conformément au « code d'éthique » (à télécharger ici) que chaque candidat a signé avant de se présenter : Ada Colau gagnera 2 200 euros par mois (un peu plus de trois fois le salaire minimum en Espagne). Soit 37 000 euros par an, contre 144 000 euros pour son prédécesseur.

À Madrid, les conseillers ne toucheront pas plus de 2 594 euros, sauf ceux, au sein de Ahora Madrid, qui sont également membres de Podemos, pour qui le plafond sera de 1 930 euros. La maire Manuela Carmena touchera 40 000 euros sur l'année, contre 100 000 précédemment pour le même poste. Mais ces mesures, annoncées de longue date, ne vont pas pour autant entraîner de véritables économies dans le budget des mairies.

Dans la plupart des cas, il s'agira de reverser la différence entre le salaire total et le plafond fixé par les candidats, au parti (c'est le cas de Podemos) ou à des associations caritatives, choisies au coup par coup. Dans certains lieux, comme à Saint-Jacques-de-Compostelle, il est prévu une modification des statuts municipaux pour baisser les salaires de l'ensemble des conseillers municipaux, qu'ils soient élus des plateformes citoyennes ou non. Il en est également question à Barcelone, mais Ada Colau aura sans doute du mal à trouver une majorité sur ces questions au sein du conseil municipal. Barcelona en Comú a aussi promis la suppression des voitures officielles.

À Barcelone, un « plan de choque » face à la crise

 
 

"En España ha habido una revolución democrática"- Alcaldesa electa de Barcelona @AdaColau http://ow.ly/NVdVG 

 

 

 

Certaines des promesses de Barcelona en Comú, pas forcément les plus décisives, ont déjà fait grand bruit. C'est le cas de la décision de supprimer la subvention annuelle de 4 à 4,5 millions d'euros versée par la mairie de Barcelone au Grand prix de Formule 1 d'Espagne (le circuit est situé dans le nord de Barcelone) : « Ce n'est pas la priorité », s'est justifiée Ada Colau qui promet de réutiliser cet argent pour des aides à l'alimentation.

Autre mesure : le moratoire décidé sur la construction et l'ouverture d'hôtels à Barcelone, qui durera tant qu'un « audit citoyen » travaillera sur les manières d'adoucir l'impact du tourisme de masse sur la ville catalane. Concrètement, cela signifie que l'un des projets immobiliers phares de la précédente mandature, l'ouverture par un fonds d'investissement étranger d'un hôtel luxueux dans la tour Deutsche Bank, sur le Passeig de Gràcia, l'une des grandes artères chics de la ville, est bloqué.

Dans le même ordre d'idées, des privatisations en cours de crèches seront gelées, tout comme les extensions prévues de plusieurs centres commerciaux. Au-delà, c'est tout un plan de relance de la ville qui a été imaginé, chiffré à 160 millions d'euros d'investissements (à télécharger ici). Il est question de créer 2 500 emplois en investissant 50 millions d'euros dans la rénovation énergétique des logements, le recyclage des déchets ou encore le soutien aux économies coopératives (Barcelone compte un peu moins de 100 000 chômeurs).

 

Des plateformes « laïques » en Galice

Ada Colau sera très attendue sur la question des expulsions immobilières (on parle d'une quinzaine d'expulsions quotidiennes à Barcelone en 2015). Elle a beaucoup promis sur ce front, et les sceptiques rappellent que les municipalités ont en fait peu de compétences en la matière. La nouvelle mairie veut mettre en place une structure formalisée pour aider au dialogue entre les banques, les autorités politiques et les ménages menacés d'expulsion. Elle veut aussi – et la mesure risque de faire des vagues – taxer les établissements bancaires qui continuent de détenir des bureaux vides, pour financer du logement social.

Face à la crise sociale, l'une des propositions phares est celle d'un salaire complémentaire, une sorte de « RSA municipal », qui serait versé aux ménages les plus pauvres, victimes de la précarité énergétique. Il reste un dossier ultrasensible en Catalogne, sur lequel, jusqu'à présent, Ada Colau a manœuvré avec un sens politique impressionnant : l'indépendance de la Catalogne, à l'approche d'élections régionales le 27 septembre prochain.

La nouvelle maire de Barcelone réclame le fameux « droit à décider » (c'est-à-dire la tenue d'un référendum en bonne et due forme sur l'indépendance, ce que Madrid, jusqu'à présent, refuse), mais ne va pas jusqu'à plaider ouvertement pour l'indépendance de la Catalogne. Le sujet divise énormément au sein de Barcelona en Comú, entre des indépendantistes « de gauche » (venus du Proces Constituent, par exemple) et des membres plus réfractaires (parmi les écolos d'ICV, ou encore au sein de Podem, la déclinaison catalane de Podemos).

L'ERC, la gauche indépendantiste catalane, favorite des élections de septembre, a tenté de forcer Colau à se positionner plus franchement, en échange de son soutien politique pour l'investiture de samedi. Mais l'intéressée est restée prudente.

 

Manuela Carmena, le 25 mai à Madrid.Manuela Carmena, le 25 mai à Madrid. © Juan Medina / Reuters.


À Madrid, un audit de la dette municipale
C'est l'une des promesses phares de Ahora Madrid, reprise dans le texte d'accord avec les socialistes publié vendredi (à télécharger ici) : un audit de la dette municipale, qui s'annonce musclé après 24 années de gestion du PP et une dette accumulée de sept milliards d'euros. L'objectif, selon le document, sera de traquer « les surcoûts dans les travaux publics, les contrats de maintenance, les contrats de service […] et les processus en cours de privatisation des services municipaux ».

Certains économistes sont déjà montés au créneau pour exprimer leur scepticisme – en particulier parce que la municipalité, si elle souhaite restructurer sa dette, devra négocier avec des banques, les mêmes avec lesquelles elle va sans doute devoir ouvrir un autre front, et entrer en conflit, si elle souhaite bloquer les expulsions pour impayés des ménages… L'affaire s'annonce donc, sinon impossible, en tout cas ardue.

Au programme également, un durcissement de la fiscalité sur les entreprises et des garanties, pour les ménages les plus pauvres, dans l'accès à l'eau et à l'électricité. Il est aussi question, dans le document, d'une ambitieuse refonte des services administratifs et de « critères transparents et objectifs » pour sélectionner et rémunérer le personnel administratif. En Espagne, des critiques dénoncent depuis des années l'emprise des partis politiques sur l'administration, ce qui nuirait à son efficacité.

 

Une affiche de campagne non officielle : Manuela Carmena, Angela Davis
Une affiche de campagne non officielle : Manuela Carmena, Angela Davis
 

L'équipe de Ahora Madrid pourrait aussi rouvrir le dossier mémoriel, comme le sous-entend, dans une tribune récente, l'une de ses conseillères municipales, la philosophe Montserrat Galcerán. La loi sur la mémoire historique adoptée sous le premier mandat Zapatero pour tourner la page du franquisme n'a en effet jamais été totalement appliquée, et la municipalité pourrait prendre des initiatives pour poursuivre le travail lancé par l'ex-chef de gouvernement socialiste. En Galice, les plateformes citoyennes élues ont déjà annoncé qu'elles n'avaient pas l'intention de participer à des actes religieux prévus en juillet, au nom de la « laïcité » – une vraie rupture dans l'Espagne post-franquiste, là encore.

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Pour en savoir plus sur la nouvelle donne espagnole, notre débat, organisé le 4 juin dans les locaux de Mediapart :

 

 

 

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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 19:58

 

Source : http://www.lefigaro.fr

 

La nouvelle maire de Barcelone promet de diviser son salaire par cinq

 

 

 

 

Ada Colau, arrivée en tête des élections municipales à Barcelone, devrait accéder à la mairie le 13 juin prochain.

 

INFOGRAPHIE - Elle l'avait annoncé : en cas de victoire aux élections municipales, Ada Colau, figure issue du mouvement des Indignés, baissera son salaire de maire de Barcelone de 12.000 à 2200 euros.

 
 
Chose promise, chose due. Il y a quelques semaines, citée par le site El Economisats.es, Ada Colau, future maire de Barcelone, annoncait vouloir «élaborer une charte éthique» se traduisant notamment par un plafonnement du salaire de maire à 2200 euros net par mois. Une mesure qui concernera également l'ensemble des cadres de la mairie et signera l'abandon de tous les autres avantages. Xavier Trias, le maire indépendantiste conservateur sortant, percevait lui un pécule de 143.000 euros annuels, soit 12.000 euros mensuels. Ancienne employée d'un Centre d'études économiques et sociales et porte-parole de la Plateforme des affectés par l'hypothèque (PAH) -l'organisation de lutte contre les expulsions de familles surendettées, Ada Colau assure n'avoir «jamais gagné un salaire supérieur à 1500 euros par mois». De plus, toujours pas souci économique, elle réduira le nombre de voitures officielles détenues jusqu'ici par la municipalité en mettant un point d'honneur à continuer à se «déplacer en bus».

Il s'agit d'un geste hautement symbolique. Il y a quelques mois, le roi d'Espagne Felipe VI annoncait la baisse de son salaire de 20% par rapport à celui de son père, Juan Carlos. Une décision prise dans le cadre de son opération visant à restaurer l'image de la monarchie espagnole. Le Parti Populaire (PP) s'était également prononcé dans ce sens, notamment la numéro deux du parti, Maria Dolores de Cospedal, qui n'avait pas hésité à supprimer le salaire des députés dans sa région de Castille-La Manche. «C'est un symbole. Cela prouve que Ada Colau n'est pas entrée en politique pour se faire de l'argent, qu'elle n'est pas dans le système de corruption qui fait tant de mal à l'Espagne depuis quelques années. Après, c'est beau sur le papier mais cela ne va pas résoudre les problèmes de déficit de la Catalogne», résume la politologue Sylvia Desazars de Montgailhard.

 

8650 euros brut pour Anne Hidalgo

Reste qu'au regard du salaire des maires d'autres grandes villes européennes, la maire de Barcelone fera figure d'exception. À titre de comparaison, Anne Hidalgo, la maire de Paris, touche 8650 euros brut par mois, sans compter ses 1643 euros d'indemnités de frais de représentation. Le futur salaire d'Ada Colau correspondra en France à celui du maire d'une commune de 10.000 à 19.999 habitants (qui touche, selon la grille officielle des salaires, 2470,95 euros par mois), alors que la capitale de la Catalogne en compte plus d'1,6 million. La maire actuelle de Madrid, Ana Botella, émarge elle à 100.000 euros annuels, soit environ 8330 euros par mois.

 

*Carte interactive des différents salaires des maires en Europe à voir ici
 

Rendue célèbre pour sa lutte contre les explusions immobilières, celle qui est en passe de devenir la première maire issue du mouvement des Indignés a affirmé le soir de sa victoire que «ce jour historique allait marquer le début de l'espoir. Celui de la fin de l'austérité, dans un pays où plus d'un actif sur quatre est au chômage, et l'espoir d'une société juste». Ada Colau, âgée de 41 ans et soutenue par Podemos, est alors devenue en quelques semaines une pionnière en posant les fondations d'un bastion d'Indignés dans la deuxième ville la plus peuplée d'Espagne.

 

 

Source : http://www.lefigaro.fr

 

 

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