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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 21:59

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Témoignages Plateforme des victimes des hypothèques

Espagne : « Transformer l’imaginaire collectif, c’est déjà un processus révolutionnaire »

par

 

 

 

Des centaines de milliers de personnes ont été expropriées de leur logement par les banques, après la crise financière, qui a frappé de plein fouet l’Espagne et son secteur immobilier. Dans la foulée du mouvement 15-M, une Plateforme des victimes des hypothèques (PAH) s’est développée dans tout le pays et a obtenu plusieurs succès. L’une de ses porte-parole, Ada Colau, a même remporté la mairie de Barcelone. Alors que se déroulent ce 20 décembre les élections législatives espagnoles, Carlos Macías, porte-parole de la plateforme en Catalogne, raconte l’histoire de ce mouvement social.

 

Cet article a initialement été publié dans le journal CQFD.

 

« Le BTP était devenu le modèle économique de l’Espagne, mais avec la crise la fin du “rêve espagnol” a sonné. Jusqu’en 2007, l’État et les banques poussaient les gens à s’endetter, exerçant ainsi une forme de contrôle social : un peuple endetté n’a plus le temps de s’organiser, de penser à faire la révolution ou de défendre ses droits. Avant que la bulle immobilière [1] n’explose en 2008, des gens qui venaient des mouvements sociaux sur le logement ou luttant pour les droits élémentaires se sont regroupés et ont anticipé la crise à venir. Ils ont pensé que les luttes sur le logement pouvaient constituer un sujet politique pour les années à venir. De là est née la PAH [2], ici à Barcelone en 2009, avec la volonté de dénoncer le système en cours et de regrouper les gens qui en étaient victimes en vue d’actions collectives, sur des bases autogestionnaires et d’entraide, avec une organisation en assemblées.

Le mouvement s’est vite propagé. Aujourd’hui, il y a 70 groupes en Catalogne et 240 dans l’ensemble de l’État espagnol. Nous faisons une assemblée régionale chaque mois pour nous coordonner et mener des campagnes communes, et nous organisons des rencontres tous les trois mois au niveau national. Chaque entité est autonome localement, avec des décisions prises au consensus et des groupes de médiation en cas de conflit. Le 15-M [3] a beaucoup renforcé les PAH : c’est le moment où je m’y suis engagé, cherchant une manière de concrétiser et de prolonger la colère partagée dans la rue. Une autre force de la PAH, c’est de rassembler des gens différents : ceux qui sont issus du mouvement squat avec leur savoir-faire pour l’ouverture de bâtiments, des anarchistes de toujours et d’autres issus de mouvements plus citoyennistes. Sans compter toutes les personnes pour qui c’est la première forme d’engagement de leur vie.

 

Dans un pays qui connaît le plus grand nombre d’expulsions en Europe mais aussi de logements vides, il a été facile de démontrer l’implication des gouvernants, des banques et des entreprises de construction. Nous avons ensuite mené des actions directes de désobéissance civile non violentes pour nous opposer aux expulsions et nous avons fait pression sur les banques pour qu’elles débloquent les situations.

 

Récupérer collectivement des logements vides

Nous avons aussi mené des campagnes pour que la législation permette d’annuler la dette en cas d’expulsion. Nous avons “récupéré” collectivement des logements vides appartenant aux banques ou au gouvernement, et milité pour l’accès à un loyer social. L’imaginaire a beaucoup changé : la population comprend ces occupations, ce qui nous protège un peu de la répression. Et grâce à ce soutien populaire, les gens qui participent à la PAH gagnent en puissance, car ils oublient leurs peurs.

Après la dénonciation et l’action directe, nous avons fait des propositions législatives, comme l’ILP [4] en 2012, qui a mis le thème du logement dans l’agenda politique. Tous les partis ont eu à se positionner sur un changement de législation.

Seul le Partido popular (PP) [5], qui a la majorité absolue au Parlement, a jusqu’ici refusé de changer la loi selon notre proposition. Cette année, nous avons donc opté pour une forme d’action inspirée des luttes argentines, les escraches, destinées là-bas aux anciens tortionnaires de la dictature bénéficiant d’une impunité légale. Nous sommes allés devant les domiciles des élus PP munis de panneaux verts “¡ Sí se puede !” [« Oui, on peut »] [6] avec nos revendications et des pancartes rouges disant “¡ No !”, avec ce qui devait cesser. Bien entendu, cela ne leur a pas plu, ils ont tenté de nous criminaliser en nous traitant publiquement de terroristes, de nazis à la solde de l’ETA. Bref.

 

« Des milliers de familles vivent aujourd’hui dans des logements occupés à Barcelone »

On a alors saisi les administrations et les municipalités pour non-assistance à personnes en danger et violation des droits humains, et on leur a demandé de soutenir ces réquisitions de logements vides, ce qui a eu au début un peu de succès. Mais les administrations locales ont peu de compétences, aussi nous avons saisi les instances régionales, avec par exemple une proposition législative populaire au parlement de Catalogne, pour demander une aide destinée aux victimes du système de crédit et aux occupations. Même s’il n’y pas de statistiques officielles, des milliers de familles vivent aujourd’hui dans des logements occupés à Barcelone, et après la vague des expulsions dues aux hypothèques, 65% d’entre elles sont motivées par des impayés de loyer. Tout cela s’accompagne de revendications pour un logement digne, avec l’accès à l’eau, à l’électricité et au gaz.

Depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle mairie, les changements, comme l’arrêt des expulsions d’édifices publics, demeurent plutôt symboliques, vu qu’il y en avait peu. Mais ça ne fait que 100 jours qu’elle est au pouvoir. Elle a imposé une table de négociation avec les banques et toutes les associations de lutte, dont la PAH, ce qui n’est pas rien, car cela faisait un an que le dialogue était rompu. Notre première revendication a été de pouvoir participer pleinement aux décisions concernant le logement, non pas dans un cadre formel mais dans une optique de travail en commun.

Trois groupes de travail ont été créés, pour les trois points les plus urgents : 1. les expulsions – comment changer les politiques locales liées aux expulsions ? 2. les services sociaux – comment aider les personnes touchées par les expulsions ? 3. les logements vides – comment mobiliser ces espaces au service des personnes ? Peut-être attendons-nous plus de Barcelona en Comú [7] ou de Podemos que du PP ou du PSOE [8], mais nous ne sommes liés à personne.

 

Par exemple, nous faisons pression sur la nouvelle mairie pour réaliser un recensement précis des logements vides dans la ville. À qui appartiennent ces logements ? Sont-ils squattés ? Quels sont ceux en situation d’insalubrité ? Réalisé par les services de l’État en 2011, le seul recensement en notre possession dénombre 80 000 logements vides : un chiffre indubitablement en dessous de la réalité. À partir de nouvelles données, on pourra pousser la mairie à lancer des réquisitions : si un logement est vide depuis trois ans, le propriétaire peut soit recevoir une amende de 500 000 €, soit être exproprié, et son bien transformé en logement social. Si l’appartement est insalubre, le propriétaire est également obligé de le réhabiliter.

 

Des luttes d’Argentine et du Mexique, jusqu’à l’Espagne

Tout cela est comme un engrenage, et le seul acteur-clé, c’est la société civile organisée. Si la rue n’exerce ni pression ni contrôle, la mairie ne pourra rien faire, même avec la meilleure volonté. On est prêts à mettre la misère à Ada Colau et son équipe s’ils oublient la rue. Mais il est vrai que la population est moins mobilisée, nous vivons un moment d’accalmie dans les cycles de lutte. Par ailleurs, les expulsions liées au crédit ont été très rapides et très brutales. Face cachée de l’iceberg, les expulsions liées aux loyers sont inscrites dans un dispositif plus général de précarisation et de crise, ce qui fait que les gens ont du mal à tenir dans la durée.

Les gens qui ont fondé la PAH venaient du mouvement squat et connaissaient bien l’histoire zapatiste au Mexique. Il y avait des liens forts avec ceux qui ont lutté lors de la crise en Argentine, ce qui nous a donné des bases puissantes en termes d’horizontalité et de partage des savoir-faire, dans une perspective révolutionnaire.

Que veut dire “faire la révolution” ? Si cela signifie tout changer du jour au lendemain, ce n’est pas ce que nous sommes en train de faire. Mais il y a des prolos qui côtoient des gens de la classe moyenne ou des immigrés, réunis autour des mêmes enjeux. Des gens qui sans la PAH ne se seraient jamais parlé et qui s’entraident dans des situations concrètes d’expulsions ou de démarches administratives – le tout avec beaucoup de femmes très actives. Ce dialogue transforme l’imaginaire et les a priori de chacun. Or justement, transformer l’imaginaire collectif, c’est déjà un processus révolutionnaire. »

 

Propos recueillis par Ferdinand Cazalis et Bruno le Dantec (CQFD)

 

Cet article est tiré du dossier de CQFD n°137 : « Au-delà de Podemos, Le pari municipaliste », paru en novembre 2015.

Photos : "Barcelone, octobre 2015" par Ferdinand
Cazalis
Dessin de Une : Émilie Seto

 

Notes

[1Bétonnage frénétique du territoire (aujourd’hui, 3 millions d’appartements vides) dopé par les banques et le blanchiment d’argent. Entre 1996 et 2007, le taux de propriétaires dans le pays passait à 80%. Des centaines de milliers de familles seront ruinées par l’explosion de la bulle. Entre 2007 et 2008, les constructions chutent de 25%, 2 millions de personnes se retrouvent au chômage du jour au lendemain. Ne pouvant plus payer leur crédit ou leur loyer, 600 000 familles ont été depuis expulsées de leur logement.

[2Association de familles ruinées et expulsées de leur logement par les banques. Elle s’est élargie aux locataires et squatteurs expulsés. Présente dans plus de 240 quartiers.

[3A partir du 15 mai 2011 et pendant plusieurs semaines, des milliers de personnes sans drapeau ni parti occupent les places au cri de « Ils ne nous représentent pas ! » et « Démocratie réelle maintenant ! », exprimant une défiance radicale vis-à-vis de la classe politique. Le mouvement, au départ fragile, a été fondateur pour l’engagement politique de toute une jeunesse espagnole touchée par un fort taux de chômage (18% en 1996, 8% en 2006, 22% en 2015). Pour mieux en comprendre les enjeux, voir « Madrid : les racines du 15-M », Émilien Bernard et Ferdinand Cazalis, Article 11, décembre 2011,

[4En mars 2011, la PAH et d’autres organisations de la société civile utilisent le principe constitutionnel d’Initiative législative populaire, qui permet de porter une loi au Parlement si 500 000 signatures sont recueillies en sa faveur. Avec 1,5 million de signataires, cette proposition demande : 1. L’effacement de la dette rétroactivement, donc aussi pour les familles expulsées avant le changement législatif, 2. Un moratoire sur les expulsions, 3. La création de logements sociaux pour reloger les familles expulsées, et la réquisition des immeubles vides appartenant aux banques.

[5Droite de gouvernement, antisociale et corrompue.

[6Calqué sur le « Yes, we can » d’Obama, ce « Oui, on peut ! » est un slogan ralliant autant les militants des mareas (Mouvements de masse qui protestèrent, à partir de 2012, contre la privatisation des services publics. Marée verte pour l’éducation, blanche pour la santé, bleue pour l’eau, etc.), de la PAH ou les partisans de Podemos.

[7Liste de convergence, avec à sa tête Ada Colau, porte-parole de la PAH locale, ayant remporté la mairie de Barcelone en mai 2015.

[8Gauche monarchiste et libérale.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 17:29

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

En Espagne, Podemos a cristallisé la révolte contre les élites

16 décembre 2015 / Entretien avec Florent Marcellesi
 


 

Dimanche, l’Espagne renouvelle son parlement avec un scrutin qui s’annonce très ouvert. Le Parti Populaire – au pouvoir – et le Parti socialiste sont bousculés par l’émergence de deux formations politiques, Podemos et Ciudadanos, qui promettent un renouvellement du personnel et de la vie politique.

 

Florent Marcellesi, Français installé en Espagne, est député européen et membre du parti écolo Equo, qui s’est allié à Podemos pour la campagne des législatives. Il nous explique les enjeux des élections générales de dimanche, alors que s’annonce un grand renouveau politique en Espagne.

 

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Florent Marcellesi.

Reporterre – L’écologie n’est pas très forte en Espagne… En parle-t-on dans la campagne ?

Florent Marcellesi – Pas vraiment. Le premier thème, la corruption, a été mis en avant par les partis émergents. Le Parti populaire (PP) [1] a été très fortement critiqué. Chez eux, la corruption ne concerne pas juste quelques personnes, elle est structurelle et institutionnalisée. Le sujet suivant, c’est l’économie. On a encore 22 % de chômage en Espagne, donc la relance économique est au cœur du débat avec la santé, les retraites, l’état providence. Enfin, le dernier sujet, c’est la réforme de la constitution et la réforme territoriale : que faire avec la Catalogne, qui veut l ’indépendance ?

La bonne nouvelle, de notre point de vue écologique, c’est que notre alliance avec Podemos [2] nous donne la possibilité d’obtenir deux députés. Et la transition écologique est incluse dans le programme de Podemos. Un bémol : ce n’est pas sa priorité. Par exemple, il y a eu deux grands débats entre les candidats, en pleine COP 21. Dans le premier, il était prévu de parler du changement climatique à la fin, mais le temps a manqué. Dans le deuxième, les journalistes ont dit qu’on n’avait pas parlé de changement climatique, mais que ce n’était pas grave parce qu’on peut lire les propositions des candidats sur internet.

Même avec Podemos, nous avons encore de longs débats à avoir. Ils défendent « la social-démocratie du XXIe siècle » et veulent relancer la consommation. Nous demandons le passage à un modèle qui prenne en compte les limites de la planète… Pour nous, c’est se tromper de siècle que de ne pas parler d’écologie.

 

Quelles sont les prévisions pour le scrutin de ce dimanche 20 décembre ?

Il est très difficile de savoir ce qui va se passer. C’est la première fois que les partis Podemos et Ciudadanos [3] se présentent aux législatives. La seule chose que l’on sache est que le système bipartisan va devenir un système à quatre partis. On pense que le Parti populaire sera premier, avec un score en baisse, de 40 % aux dernières élections à 25 % dimanche, mais on se demande qui va finir deuxième.

 

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Militants du parti écologiste espagnol Equo lors de la campagne pour les élections municipales à Séville, en mai 2015.

 

Il est peu probable qu’un parti obtienne la majorité absolue dimanche. A-t-on une idée des alliances qui pourraient se former entre PP, PSOE [4], Podemos et Ciudadanos ?

Non, tout est ouvert. Le système espagnol a été pensé pour avoir deux partis majoritaires qui alternent au pouvoir. Mais la situation actuelle fait voler en éclat la Constitution de 1978. On ne l’a jamais essayée pour un système à quatre partis et on a de gros doutes qu’elle fonctionne.

 

Ces élections présentent un enjeu majeur pour l’avenir du pays. Cela redonne-t-il envie aux citoyens de participer à la vie politique ?

Les débats télévisés sont très, très, suivis. On pense que la participation à ces élections sera très élevée. Il y a beaucoup d’attente. Le système politique espagnol va être chamboulé.

On sait que le changement est possible, mais qui dit changement ne dit pas forcément amélioration. La seule chose que l’on sache, c’est qu’il faut virer le PP du pouvoir pour qu’il y ait du changement.

Par exemple, concernant les questions du changement climatique et de l’énergie, le PP a fait la pire réforme d’Europe pour les énergies renouvelables, alors même que l’Espagne est un des pays qui a le plus de potentiel. Le PP a autorisé des prospections de pétrole aux Baléares et aux Canaries, il soutient le gaz de schiste en Espagne contre les communautés autonomes qui n’en veulent pas. Et l’Espagne est un des pays qui a le plus augmenté ses émissions de gaz à effet de serre depuis la crise.

 

La fin du bipartisme signifie-t-elle que, chez vous, le changement peut venir par la politique institutionnelle ?

La recomposition du paysage politique ne peut pas se comprendre sans les Indignés [5]. Ce sont eux qui ont placé la démocratie et la corruption au centre du débat politique et sociétal en Espagne. Ils ne font pas de politique partisane mais ils ont permis, depuis la naissance de Podemos, une opposition non pas sur un axe gauche/droite, mais sur un axe ceux d’en bas contre ceux d’en haut, démocratie contre dictature, le neuf contre le vieux. Podemos a réussi à transformer l’hégémonie culturelle des Indignés en hégémonie politique.

Il y a environ deux ans, les mouvements sociaux ont vécu un changement de perception et de concept. Ils ont compris que, s’ils pouvaient changer les choses d’en bas, il leur fallait vraiment avoir un pied dans les institutions et un pied dans la rue pour généraliser et porter leurs idées.

En mai dernier, les élections municipales ont marqué un premier changement institutionnel clair. À Barcelone, à Madrid, à Saint-Jacques de Compostelle, à La Corogne, à Cadix, des mouvements sociaux appuyés par des partis politiques ont emporté de grandes mairies. [Lire ici le reportage de Reporterre à Barcelone

 

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Manifestation des Indignés espagnols, en mai 2011.
 

En France, aux régionales, la liste menée par Gérard Onesta en Languedoc Roussillon-Midi Pyrénées ressemble le plus à cette alliance société civile-partis politiques. Mais elle n’a recueilli que 10 % au premier tour.

On ne peut pas comparer ce qui se passe en France et ce qui se passe en Espagne. Chez vous, il y a le Front national, un parti anti-élites qui profite depuis trente ans des erreurs de la droite comme de la gauche, et du manque d’espérance...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Espagne Les indignés d'ici et d'ailleurs
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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 17:11

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Dans le nord de l’Espagne, la permaculture contre le chômage

14 décembre 2015 | Par Ludovic Lamant
 
 

À l’approche des législatives du 20 décembre, Mariano Rajoy, le candidat sortant, martèle qu’il est en train de venir à bout de la crise. Mais les chiffres du chômage restent vertigineux. Mediapart a suivi les pas d’un Galicien de 30 ans qui, après des années sans emploi, s’est lancé à son compte dans l’agro-écologie. « Un acte révolutionnaire » encore loin d'avoir trouvé l'équilibre financier.

De notre envoyé spécial à Ferrol (Galice, Espagne). La route sinueuse s’enfonce dans une forêt d’eucalyptus. Duarte Artabe, au volant de sa camionnette blanche, sourit : « On s’est lancés dans une guerre contre ces foutus eucalyptus. Ils menacent la diversité. Nous voulons replanter des arbustes authentiques, comme des ajoncs. Notre idée, c’est de recréer un écosystème autour de la forêt, pour que les renards ne soient pas tentés de descendre jusqu’à nos poulaillers, en contrebas. »

Depuis 2012, Duarte, 30 ans, vit et travaille à la campagne, sans connexion internet. À neuf kilomètres du port de Ferrol, où il est né, dans l’extrême nord de la Galice, il a retapé la vieille maison secondaire de sa grand-mère, qui s’effondrait. Dans les environs, à une vingtaine de minutes à pied de l’océan, il s’est mis à cultiver, en pirate, trois lopins de terre, un hectare en tout, selon les préceptes de l’agro-écologie. Pour Duarte, ce retour à la nature est une manière de survivre, après des années de chômage, dans un pays incapable d’offrir des emplois à sa jeunesse. Malgré les discours officiels sur la reprise de son économie, l’Espagne affiche toujours l’un des taux de chômage les plus élevés d’Europe (tout près des 50 % pour les moins de 25 ans).

« Le secteur tertiaire espagnol, il faut fuir à toute vitesse. Le secondaire, il faut peut-être y passer rapidement, pour l’expérience, mais vu la crise énergétique qui arrive, ça n’a plus de sens. Le primaire, c’est ce qu’il y a de plus sûr », avance Duarte de manière catégorique. « Et la Galice, grâce à son climat, mais aussi grâce à un système de toutes petites parcelles d’exploitation, ces minifundios qui ont empêché les ravages de l’agriculture extensive, fait partie des terres les plus fertiles d’Europe », assure-t-il.

 

La serre de l'exploitation. ©LL. La serre de l'exploitation. ©LL.



À la fin de l’année 2015, cet agriculteur lecteur de Thoreau, dont la mère enseigne le galicien, est encore loin d’avoir trouvé le modèle économique qui lui permette de vivre de la culture de la terre. Mais les choses, espère-t-il, se mettent en place. « On a choisi d’emprunter un chemin vers l’autosuffisance, qui est très long, forcément. L’agriculture, il faut une vie entière pour l’apprendre. C’est un projet de vie », prévient-il, au moment de commencer la visite des lieux.

À l’arrière de la bâtisse, sous les châtaigniers, un poulailler jouxte un enclos pour les cochons. Un entrepôt pour stocker les céréales, dont les planches de bois ont été peintes en grenat, trône sur cinq mètres de long. De l’autre côté de la route en contrebas, se déploient des terrains plus vastes, zone d’expérimentation pour la permaculture, au croisement de pratiques écologiques et d’un retour aux traditions.

Sous la serre, de l'épurge et des brocolis poussent de manière désordonnée, dans une zone dédiée à la Hügelkultur (à partir de débris de bois usagés, censés doper la fertilité des sols). Plus loin, un jardin circulaire, qui permet de profiter au mieux des inclinaisons du soleil en fonction du terrain, a été abandonné un temps, faute de résultats concluants. « On y fait maintenant pousser les plantes médicinales et aromatiques, qui n’ont pas besoin de beaucoup de soins », précise-t-il.

Duarte n’a pas toujours imaginé devenir un agriculteur bio à son compte. Après des études de développement durable dans la région de Madrid, il décroche en 2009 un master dans les énergies renouvelables. « Produire ta propre énergie, c’est un sujet qui m’a toujours intéressé. Et à l’époque, les énergies renouvelables, en Espagne, c’était la fête », se souvient-il. Mais cette « bulle verte » ne tarde pas à éclater. Des milliers de petits producteurs, trop vite subventionnés par l’État espagnol au début des années 2000, se sont trouvés ruinés quelques années plus tard. Au moment, exactement, où Duarte débarque sur le marché de l’emploi.

 

Duarte Artabe (à gauche) et son collègue Ivan. Duarte Artabe (à gauche) et son collègue Ivan.

 

Après le diplôme, il revient donc à Ferrol. La ville est exsangue. Connue dans toute l’Espagne pour une raison lugubre – c’est le lieu de naissance de Franco –, Ferrol s’est développée lors des décennies passées grâce à son industrie navale, aujourd’hui frappée par la crise. « Nos chantiers navals attendent des commandes, mais il manque la volonté politique du gouvernement de Madrid », regrette Jorge Suárez, le maire de Ferrol, arrivé en mai dernier grâce au succès d’une plateforme « indignée » (lire notre enquête sur les « marées indignées »).

Dans un entretien à Mediapart, le maire ne cache pas l’étendue des dégâts : « La ville affiche le taux de chômage le plus élevé de Galice, à plus de 30 %. Ici, on perd environ 800 habitants par an ces temps-ci. On en avait 90 000 il y a vingt ans, ils sont moins de 70 000 aujourd’hui. La situation d’urgence sociale est critique. Certaines rues de la vieille ville ressemblent à la Bosnie-Herzégovine, avec ces maisons en ruines. » Duarte, lui, a sa propre explication de la panne des chantiers navals : « La crise dure depuis 20 ans ! C’est la conséquence de l’entrée de l’Espagne dans l’UE [en 1986 – ndlr], de l’ouverture des marchés à l’international, et de la concurrence de pays comme la Corée du Sud, qui produit des bateaux de moins bonne qualité, mais aussi moins chers. »

 

Le déclic catalan

 

L'exploitation. L'exploitation.

 

En mai 2011, Duarte fait partie de ces milliers d’Espagnols qui décident, spontanément, d’occuper les places du pays pour dire leur ras-le-bol de la corruption et de l’austérité. Il campe devant la mairie de Ferrol jusqu’à fin juin, et participe chaque jour aux assemblées. À l’automne, changement d’air, cap vers Barcelone. « J’ai envoyé 50 000 CV par jour. En vain. Mais surtout, j’ai découvert là-bas le concept de potager urbain. Ce fut un déclic », raconte-t-il. Dans la vieille ville catalane, au Forat de la Vergonya (un haut lieu des luttes citoyennes ces dernières années), il découvre les pratiques d’autogestion, mais aussi les relations de voisinage qui se nouent et s’enrichissent, autour des cultures bio.

« Cultiver un jardin aujourd’hui, c’est un acte révolutionnaire, à une époque où tout le monde mange de la merde, dans les restaurants et les supermarchés », juge-t-il. De retour à Ferrol fin 2012, Duarte décide d’importer l’esprit du potager urbain catalan en Galice. Il se souvient des terres de sa grand-mère, laissées à l’abandon. Il lui demande l’autorisation de les cultiver, et l’intéressée laisse faire, sans grand enthousiasme. Il s’associe à deux collègues de son âge, et élabore ce projet total d’une vie au champ. Il reprend certains codes du mouvement « indigné », les trois agriculteurs prenant par exemple leurs décisions chaque début de mois lors d’une assemblée.

Le pari du Pumido Ao Natural, le nom galicien de leur exploitation, ne s’arrête pas là : les trois agriculteurs ont décidé de se passer des labels bio (et des subventions de l’UE qui vont souvent avec). « Les certificats servent à donner aux consommateurs une garantie. Mais nous, nous défendons une agriculture locale, sans intermédiaires, et l’on veut connaître toutes les familles qui achètent nos produits. La confiance se génère ainsi : ils viennent nous voir travailler sur nos terres », explique Duarte. En tout, ils travaillent avec une trentaine de familles à Ferrol qui leur demandent, à la semaine, des « paniers ». Jusqu'à présent, c'est trop peu pour compenser les coûts fixes (l'essence jusqu'à Ferrol, l'achat des semences, etc.). D'autant que les prix de vente sont très bas.

 

L'entrepôt pour stocker les grains. ©LL. L'entrepôt pour stocker les grains. ©LL.

 

Dans la grande cuisine, qui fait aussi office de salon, des calendriers sont scotchés sur tous les murs, pour la répartition des tâches sur le mois – en partie décidée selon le calendrier lunaire (« Si tu plantes un chou pendant la lune montante, ses feuilles seront un peu trop ouvertes, alors que pendant la lune descendante, il formera une belle boule »). À trois, à leur toute petite échelle, malgré la dureté du travail, ils semblent ravis de mener ce « projet politique ».

Ces anciens chômeurs bousculent aussi certains clichés sur la jeunesse espagnole, trop souvent réduite au drame des « ni-ni » (les déscolarisés et sans emploi, dont le nombre a explosé sous la crise). Ont-ils, avant de se lancer, pensé à quitter le pays, comme des centaines de milliers d’Espagnols depuis 2007 (ils étaient par exemple près de 90 000 à partir, en 2013) ? « Nous y avons tous pensé. Nous avons hésité. Mais nous avons choisi de rester, de nous ouvrir aux gens qui vivent ici, de tisser des liens avec eux. On essaie. Ça prend du temps », explique Ivan, l'un des collègues de Duarte.

Dans sa vie d’électeur, Duarte n’a voté qu’une seule fois : c’était aux législatives de 2004, « pour sortir Aznar » (en fait pour sanctionner le Parti populaire, déjà représenté à l’époque par Mariano Rajoy, l’actuel chef du gouvernement). Il avait alors voté pour José Luis Rodriguez Zapatero et les socialistes du PSOE. Depuis, s’il avait été présent à Ferrol le 25 mai dernier, il aurait sans doute voté, dit-il, pour la plateforme indignée qui a remporté la mairie. Donnera-t-il sa voix aux législatives du 20 décembre à Podemos, qui se présente en Galice associé aux communistes d'IU ? « Non, je n’irai pas voter. Je préfère faire de la politique à mon échelle, je crois davantage aux réseaux de proximité, c’est mon côté anarchiste », répond-il sans hésiter.

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 14:10

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

En Espagne, la Galice est devenue le laboratoire des gauches et des «indignés»

9 décembre 2015 | Par Ludovic Lamant
 
 
 

Les élections législatives se tiennent le 20 décembre. Réputée l’une des terres les plus conservatrices du pays, la Galice a basculé à gauche aux municipales de mai. C’est le résultat d’un travail de fond mené par les «marées», des plateformes citoyennes qui veulent incarner «l’unité populaire». Pablo Iglesias y a fait ses gammes, avant de lancer Podemos. De Saint-Jacques-de-Compostelle à La Corogne, Mediapart a arpenté cette «Galice rebelle».

De notre envoyé spécial à Ferrol, La Corogne et Saint-Jacques-de-Compostelle (Galice, Espagne). Jorge Suárez grimace lorsqu’il regarde les deux tableaux accrochés au mur. « Je les trouve affreuses, ces peintures. Mais je n’ai rien touché, rien déplacé. Je suis de passage dans ce bureau. Tout cela ne m’appartient pas », se justifie l’ancien syndicaliste, barbu, veste noire et chemise blanche. L’élu a tout de même transformé la petite salle de bains en carrelage bleu attenante, vestige d’une époque où le maire aimait – semble-t-il – prendre des bains sur ses heures de travail, en un élégant fumoir pour lui et ses collaborateurs.

Au printemps, Suárez, 39 ans, est devenu le maire « indigné » de Ferrol, l’un des ports les plus pauvres de Galice (environ 69 000 habitants), dans le nord-ouest de l’Espagne. À une cinquantaine de kilomètres de là, un autre port, La Corogne, l’un des poumons économiques de la région (240 000 habitants) a lui aussi porté au pouvoir une plateforme citoyenne, La Marée Atlantique. À l’intérieur des terres, c’est une autre « confluence », baptisée Compostela Aberta, qui s’est emparée de la capitale politique, Saint-Jacques-de-Compostelle (90 000 habitants).

 

Le maire de Ferrol Jorge Suárez.  © LL. Le maire de Ferrol Jorge Suárez. © LL.

 

Si l’attention des médias s’est portée, aux municipales de mai, sur les victoires « indignées » d’Ada Colau à Barcelone et de Manuela Carmena à Madrid (lire nos reportages ici et ), d’autres maires « rebelles » ont été élus ailleurs, de Cadix à Saragosse. Et c’est en Galice que le phénomène des « marées » a pris le tour le plus étonnant, avec trois des grandes villes de cette région – souvent comparée à la Bretagne – désormais dirigées par les héritiers du mouvement « indigné ».

Signe qui ne trompe pas, Pablo Iglesias est venu en personne observer de très près, dès 2012, ce qu’il appelle l’« écosystème » des gauches en Galice, et qui compte désormais parmi les sources d’inspiration officielles de son parti, Podemos. « Dans cette Galice où l’on croit souvent, à Madrid, qu’il ne se passe rien, maintenant, on nous situe sur la carte », sourit Yolanda Diaz, une députée régionale communiste (IU), qui participe depuis 2012 à ce travail de convergence des gauches. Cinq mois après leur arrivée au pouvoir, ces plateformes bataillent pour faire passer leurs promesses de campagne. Dans un contexte hostile, certaines redoutent même le scénario d’une humiliation « à la Syriza ».

Galice © mediapart

 

La métaphore maritime des « marées » a surgi dans la bouche d’un écrivain galicien, Manuel Rivas, au printemps 2014. « Nous devons être des dornas [des bateaux de pêche traditionnels de Galice – ndlr] solidaires dans la tempête, une marée solidaire de milliers de dornas, tandis que d’autres se battent pour obtenir les meilleures cabines du Titanic, sans comprendre qu’il est en train de sombrer », avait lancé Rivas. Depuis, le terme s’est imposé, en référence à l’extrême fluidité de ces plateformes sans sigles ni banderoles.

La « marée » de La Corogne est sans doute la plus emblématique des « confluences », où l’emprise des partis traditionnels est quasiment inexistante. À peine trois des dix conseillers municipaux issus de la liste de La Marea Atlantica appartiennent à des partis. Les sept autres sont issus de la société civile. Ils ont mis leur métier entre parenthèses, le temps du mandat (quatre ans). Dans cette ville, tenue par les socialistes pendant 28 ans, la dynamique s’est enclenchée très tôt, dans la foulée des européennes de mai 2014. Dès septembre, des assemblées thématiques, et par quartiers, s’organisent pour rédiger un programme.

« On retrouve dans ces plateformes des activistes du 15-M [en référence au 15 mai 2011, lorsque des "Indignés" se sont mis à camper sur les places d’Espagne – ndlr] mais de manière plus significative sans doute, des réseaux plus anciens, liés au Nunca Máis », décrit la journaliste Virginia Uzal, qui suit de près ces « marées ». Le Nunca Máis ("plus jamais", en galicien) est le nom générique d’une myriade de collectifs constitués dans la foulée de la marée noire du Prestige sur les côtes galiciennes en 2002, pour réclamer des sanctions aux responsables, et faire en sorte que d’autres désastres soient évités.

 

 

Se greffent ensuite des militants de mouvements anti-austérité, des activistes au sein de squats, ou des intellectuels qui ont lancé, ces dernières années à La Corogne, des médias indépendants, tous en galicien : une revue culturelle, Luzes (« Lumières »), ou encore un site internet consacré à des débats politiques long format, Galiza Ano Cero (« Galice année zéro », qui n’est pas sans rappeler l’expérience de la Tuerka, l’émission télé lancée par Pablo Iglesias à Madrid). Des primaires sont organisées début 2014, d’où émerge de manière consensuelle un quasi-inconnu, Xulio Ferreiro.

 

Dès 2012, une « Syriza galicienne »

 

« O 15, le journal de l'année du changement », édité en ligne par la Marée Atlantique. « O 15, le journal de l'année du changement », édité en ligne par la Marée Atlantique.
 

« Personne ne me connaissait avant ma désignation comme candidat de la Marée, dans la foulée des primaires. J’étais un activiste de longue date, depuis l’université [en particulier contre le processus de Bologne – ndlr], mais je n’intervenais pas dans les médias. Rien à voir avec Ada Colau à Barcelone, par exemple, qui était déjà une figure de premier plan au moment de la campagne », raconte Ferreiro. Ce magistrat de profession, abonné au Deportivo, le club de foot de La Corogne depuis ses 22 ans, a baissé le salaire du maire, passé de 60 000 euros brut par an à 40 000 (ce qui, dans son cas, a représenté une perte de 13 000 euros par rapport à sa rémunération de 2013).

 

« L’une des clés de notre succès, c’est d’avoir su nous entendre sur des objectifs concrets. On n’est pas venus avec nos identités politiques et nos sigles aux assemblées. Si l’on avait dit d’entrée de jeu : moi je suis communiste, un autre écologiste, un autre nationaliste, on aurait perdu vingt fois avant de se lancer », assure-t-il. Cette méthode de « confluence » (pensée contre les « coalitions » associées aux partis traditionnels), pour établir un « programme de base » (programa de mínimos), se combine avec une forme de leadership très doux, à des années-lumière du charisme plus agressif d’un Pablo Iglesias à la tête de Podemos. « Notre leadership ne peut être que collectif », assure Ferreiro, qui continue de porter depuis son élection les mêmes chemises à carreaux qu’avant.

 

Le maire de La Corogne Xulio Ferreiro. © LL. Le maire de La Corogne Xulio Ferreiro. © LL.
 

Si l’expérience du Nunca Máis, en réaction à la marée noire du Prestige, explique pourquoi la « confluence » en Galice a commencé très tôt, il faut aussi, pour comprendre la spécificité de ce territoire de 2,8 millions d’habitants, se plonger dans les méandres de la gauche locale plus institutionnelle. Avec une particularité de taille, au-delà des socialistes : la gauche galicienne se partage depuis toujours entre une branche nationaliste, incarnée par son homme fort, Xosé Manuel Beiras, et une branche fédérale, façon Izquierda Unida (IU, écolo-communistes). Le moment clé intervient en 2012, peu après le surgissement des « Indignés » : Beiras, totem de la gauche galicienne, né en 1936, quitte le Bloc national galicien (BNG) pour fonder Anova et se rapprocher d’IU.

« À l’époque, Beiras comprend que le débat central porte sur la démocratie [plus encore que l’indépendance de la Galice – ndlr]. On a supprimé nos droits sociaux. On a abandonné des services publics, sous prétexte de la crise financière. Les citoyens se sont fait arnaquer. C’est une lecture importante que fait Beiras, parce qu’elle n’est pas commune dans le nationalisme [en particulier par rapport aux courants majoritaires du nationalisme catalan – ndlr] », commente Yolanda Diaz, d’IU.

Aux régionales de 2012, Beiras et Diaz vont s’entendre et lancer l’Alternative galicienne de gauche, une coalition de partis que Diaz présente comme une « Syriza galicienne ». Leur campagne éclair, avec l’aide d’un conseiller inconnu à l’époque, un certain Pablo Iglesias, cartonne : une troisième place, et 14 % des votes. C’est d’ailleurs pour rendre hommage à ce succès qu’Alexis Tsipras a choisi, comme seule date en Espagne, pour sa campagne aux européennes de 2014 (le Grec était alors candidat à la commission de Bruxelles), de venir en meeting à Saint-Jacques-de-Compostelle : une consécration pour la gauche locale.

 

Des volontaires lavent une plage de Galice en décembre 2012, après la marée noire du Prestige. © Marcelo del Pozo / Reuters. Des volontaires lavent une plage de Galice en décembre 2012, après la marée noire du Prestige. © Marcelo del Pozo / Reuters.
 

« En 2012 s’est produite la première accumulation des forces, du côté des partis de gauche. Nous avons commencé à faire éclater les frontières. Les plateformes municipales, ce fut l’étape d’après, deux ans plus tard », estime aujourd’hui le maire de Saint-Jacques-de-Compostelle, Martiño Noriega. Ce dernier présente un profil un peu différent des deux autres maires « rebelles » de la région : médecin de formation, né en 1975, il est proche de Beiras, et porte-parole d’Anova. Cet habitué des médias, avec son béret toujours enfoncé sur la tête, a déjà dirigé, pendant huit ans, une petite municipalité de la région. C’est la « marée » de Saint-Jacques, très en retard dans la préparation du programme, et assez désorganisée, qui est venue le chercher en renfort début 2015, racontent aujourd’hui des membres de l’assemblée.

 

« Je crois que j’ai apporté un plus, en matière d’expérience des institutions. Quand tout le monde nous tombe dessus, aujourd’hui, pour dire que l’on ne sait pas comment tout cela fonctionne, eh bien, si justement, j’ai fait ça pendant huit ans », estime Noriega. Il est convaincu qu’il doit sa victoire à la capacité de la Marée à avoir créé un « espace métissé ». « Ce brassage des gauches a permis d’élargir le spectre de la représentation. On a retrouvé des gens que la gauche partisane avait perdus. Et ce lieu a permis de contester l’hégémonie du PP et du PSOE », raconte Noriega.

 

Des contentieux juridiques avec des multinationales

Qu’ont fait les mairies « indignées » de Galice depuis l’été ? Elles ont adopté quelques mesures symboliques, et engagé des bras de fer à l’issue encore incertaine. Au nom de la laïcité, elles ont décidé de ne pas participer aux fêtes religieuses estivales, provoquant une polémique qui n’est toujours pas retombée (surtout à Saint-Jacques). Les conseillers municipaux élus ont tous baissé leurs rémunérations. Ils ont adopté un « code éthique » (pas de cumul des mandats, pas plus de deux mandats dans le temps). Dans les trois villes, les rues portant des noms liés au franquisme commencent à être débaptisées (il existe encore une rue "Division Azul" à La Corogne, du nom de ce bataillon franquiste parti combattre avec la Wehrmacht…).

 

La rue 'Division Azul' à La Corogne, du nom de ces volontaires franquistes partis aider la Wehrmacht. ©LL. La rue 'Division Azul' à La Corogne, du nom de ces volontaires franquistes partis aider la Wehrmacht. ©LL.

 

À Saint-Jacques, une expérience pilote de budget participatif a été lancée, pour la gestion des infrastructures sportives. Un moratoire a été décidé sur l’ouverture de boutiques à touristes, dans les environs de la cathédrale. À La Corogne, l’exécutif va lancer l’an prochain, avec le soutien des socialistes, un « revenu municipal pour les ménages frappés de pauvreté » : au moins 532 euros mensuels par foyer, pour une mesure qui devrait bénéficier à une fourchette de 500 à 1 000 familles les plus démunies de la ville – de quoi amortir, espèrent-ils, certains dégâts sociaux de la crise en cours.

Au-delà, c’est un changement d’image qui est en train de s’accélérer, grâce au succès des « marées », très habiles pour jouer sur la fibre locale d’une région souvent ignorée par Madrid. La vision réductrice d’une Galice rurale et hyper conservatrice, dirigée pendant 15 ans (1990-2005) par Manuel Fraga, ex-ministre de Franco, est en train de voler en éclats. Les mémoires de l’anarchisme, à La Corogne (à l’image d’ordinaire très bourgeoise, siège du patron d’Inditex, le propriétaire de Zara), ou encore des luttes ouvrières des ouvriers des chantiers navals à Ferrol (la ville de naissance de Franco) remontent à la surface. Les maires prennent la parole en galicien, langue proscrite sous le franquisme – ce qui n’était pas le cas de leurs prédécesseurs.

À Saint-Jacques-de-Compostelle, où trois maires PP (droite) viennent de se succéder en à peine quatre ans sur fond de scandales politiques, Compostela Aberta cherche aussi à dépasser la vision d’une ville saturée par le tourisme religieux. « Cette ville spectacle, cet incroyable patrimoine, tout cela fait écran. Ces façades sont propriété de l’Église. Il y a de grands déséquilibres sociaux ici. 17 % des habitants sont menacés d’exclusion sociale, explique l’adjointe à la culture Branca Novoneyra, une chorégraphe de 39 ans. Depuis ses origines, la ville a été, grâce au chemin de Saint-Jacques, un réceptacle d’idées, de processus politiques, qui sont encore présents ici, mais qui ont été enfouis. Nous voulons les déterrer, renouer avec ce Saint-Jacques qui fut le lieu d’un projet européen possible, à un moment où l’Europe traverse une crise majeure. »

« Nous avons rompu les clichés, les images préfabriquées d’une ville qui n’existait pas, où l’on ne parlait qu’espagnol, renchérit José Manuel Sande, adjoint à la culture de La Corogne, un ancien programmateur à la cinémathèque locale. Nous avons travaillé dès 2014 dans les quartiers pauvres, pour faire remonter ces contradictions qui existent depuis longtemps à l’échelle de la ville, mais que personne n’avait encore révélées. »

 

Le journal de campagne de « Compostela Aberta »: « Décidons tous et toutes ensemble » Le journal de campagne de « Compostela Aberta »: « Décidons tous et toutes ensemble »
 

Mais les difficultés, sur le terrain, sont énormes. Les soutiens, aux échelons régional ou national, sont inexistants. Et les équilibres politiques restent fragiles. L’exemple le plus saisissant se trouve à Saint-Jacques-de-Compostelle. Le PP et le PSOE, les deux « vieux » partis du jeu espagnol, et officiellement adversaires de toujours, se sont associés pour mettre en minorité la plateforme au pouvoir sur un sujet clé : la fiscalité locale. Contre l’avis du maire, ils ont fait voter une baisse des impôts, qui entraînera un manque à gagner de trois millions d’euros pour le mandat à venir.

 

La manœuvre annonce sans doute la couleur pour la suite du mandat. « Le PP et le PSOE ont non seulement tué notre proposition qui visait à renforcer la progressivité fiscale, mais ils ont en plus adopté une loi qui limite nos ressources fiscales, ce qui leur permettra d’expliquer, à la fin du mandat, que l’on est de mauvais gestionnaires, que l’on n’a pas tenu nos promesses… », se lamente Noriega.

 

Le maire de Saint-Jacques-de-Compostelle Martiño Noriega. © LL. Le maire de Saint-Jacques-de-Compostelle Martiño Noriega. © LL.

 

De là à penser qu’il existe un risque « à la Syriza », qui consisterait pour les pouvoirs traditionnels – partis comme médias locaux – à s'allier pour tuer d’entrée de jeu toute alternative naissante ? « C’est toute la difficulté de prendre le pouvoir, en acceptant de jouer un jeu dont les règles sont pipées, en se confrontant à une culture politique qui n’est pas la nôtre, poursuit Noriega. Maintenant que l’on est arrivé au pouvoir malgré ces règles pipées en faveur des vieux partis, on nous dit que l’on ne peut pas gouverner… Cela fait quatre mois que je dois justifier nos décisions sur la laïcité : c’était dans notre programme ! Cela fait quatre mois que j’explique pourquoi on a retiré les soutiens financiers aux associations anti-avortement : c’était dans notre programme ! Je passe mon temps à justifier le fait que je veux simplement appliquer le programme de la liste qui a fait le plus de voix dans la ville… »

Autre cas de figure : la mairie de Ferrol s’est trouvée dès l'été prise dans une affaire de niveaux anormalement élevés de pollution des eaux de la ville. Depuis, la mairie a toutes les peines du monde à revoir les contrats signés par l’exécutif précédent, avec des groupes privés chargés de l’exécution des principaux services publics – le ramassage des ordures, la propreté, la gestion de l’eau… En clair, la plateforme « indignée » se trouve pieds et poings liés, à court terme, par les engagements des prédécesseurs.

« Toutes ces entreprises sont propriété d’un même homme, Florentino Pérez, par ailleurs le patron du Real Madrid, râle Jorge Suarez. On est donc en pleine bataille avec ce géant, qui s’appuie sur des services juridiques bien plus puissants que les nôtres… On a quatre ans pour essayer de changer cela, ça ne va pas être simple… »

 

« Podemos manque de générosité »

À La Corogne, la situation semble – un peu – plus apaisée, notamment grâce à l’appui du PSOE local. Mais une inconnue persiste : comment faire pour que ces plateformes, une fois au pouvoir, ne se banalisent pas, conservent la fraîcheur des débuts, gardent le contact avec le mouvement des assemblées dans la ville ? « Ces plateformes ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Elles vont s’implanter. Mais le risque, c’est qu’elles deviennent un parti comme les autres », s’inquiète Alfonso Zarauza, un cinéaste qui a participé activement à la « marée » de Saint-Jacques-de-Compostelle.

« Le lien décisif entre ceux qui travaillent à la mairie et la Marée est un point problématique à ce jour. On s’est retrouvés, d’un coup, pris dans des rythmes de travail énormes depuis notre installation. Et c’est vrai que le fait de rendre des comptes, semaine après semaine, n’est pas simple. On se rend compte que l’on ne peut pas toujours tout dire, au quotidien, de ce qui est dans le tuyaux… », reconnaît José Manuel Sande, de l'équipe de La Corogne.

 

« Il y a toute une lourdeur bureaucratique, qui ralentit nos intentions politiques, poursuit Suárez. Le point décisif, c’est de miser plus que jamais sur la participation des citoyens, pour leur expliquer pourquoi l’exécution du programme prend du temps. » Mais dans les faits, aucune des trois mairies n’a encore trouvé la manière de formaliser au mieux cette promesse électorale des candidats des « marées », de rendre des comptes aux assemblées, par nature ouvertes à tous, et mouvantes d’une semaine à l’autre (à la différence d’un parti politique et de ses adhérents).

À ce stade de l’expérience, tous les acteurs des plateformes rencontrés par Mediapart sont unanimes : ils manquent aujourd’hui d’alliés, aux échelons régionaux et nationaux. Le seul réseau de villes « indignées », dont Madrid et Barcelone, ne suffit pas pour inverser les rapports de force souvent durs sur le terrain. D’où l’importance des élections législatives du 20 décembre, et des élections régionales de Galice l’an prochain. Mais la plupart d’entre eux sont aussi très sceptiques sur les chances de Podemos de l’emporter, estimant que la gauche espagnole a déjà perdu une « opportunité historique » pour construire l’« unité populaire ».

« Depuis les années 1930, nous n’avions pas eu une opportunité pareille. Et de ce point de vue, le fait que nous n’ayons pas été capables de construire une vraie candidature d’unité populaire, c’est très grave », juge Yolanda Diaz. La députée est très remontée contre le « manque de générosité » d’un Podemos « bunkérisé », mais n’épargne pas non plus son propre parti, IU, qui « a lui aussi mal fait les choses ».

« Une fenêtre d’opportunité s’est ouverte, avec des débuts de processus constituants dans certaines régions, juge le maire de Saint-Jacques-de-Compostelle. Mais le régime de 1978 [celui né de la transition espagnole, après la mort de Franco – ndlr] s’est fait un lifting. Il a changé de visages, pas de politique. On a changé de roi, mais la monarchie reste. On a changé le patron du PSOE [Pedro Sanchez – ndlr], mais c’est toujours le même vieux parti socialiste. Et au même moment, la réponse de Podemos et des plateformes citoyennes, est très mal articulée. Nous sommes en train de rater cette fenêtre d’opportunité. »

 

Ciutats pel Bé Comú. Guanyar compartint experiències de canvi © Barcelona En Comú

 

Jorge Suárez, le maire de Ferrol, est sur la même ligne. « Nous n’avons pas su profiter de l’élan créé par les victoires de plateformes citoyennes. Les intérêts partisans ont repris le dessus avant les législatives, à Podemos comme à Izquierda Unida. Et nous en sommes en partie responsables : je n’ai moi-même pas eu le temps de faire pression sur le parti à Madrid, englouti par la gestion de la mairie… » À l’instar d’une Ada Colau, maire de Barcelone, qui n’a presque pas fait campagne pour la liste de Podemos aux régionales en Catalogne en septembre, ces plateformes, sous le feu des critiques dès leur installation, semblent parfois avoir été tentées par un repli sur soi, à l’écart des dynamiques nationales.

Aux élections du 20 décembre, la Galice constituera, là encore, une exception. Ce sera l’une des seules communautés autonomes (avec la Catalogne) où Podemos a accepté de jouer le jeu de l’unité populaire, en s’associant à la gauche communiste de Yolanda Diaz (IU), et à Anova de Xosé Manuel Beiras. Mais le parti d’Iglesias n’a pas souhaité enclencher de convergence plus vaste, à l’échelle de toute l’Espagne, en partie pour « protéger sa marque », mais aussi parce que ses éventuels alliés n’ont rien facilité. Les activistes galiciens, experts en « confluence », redoutent que Podemos ne finisse par payer cher cette situation dans les urnes.

 

 

Boîte noire : Ce reportage a été réalisé du 10 au 12 novembre 2015. La vidéo en fin d'article est la retransmission d'un débat organisé à l'initiative de la mairie de Barcelone, le 4 septembre 2015, pour mettre en place un réseau de « villes pour le bien commun » à l'échelle de l'Espagne. On y retrouve notamment deux des maires galiciens interrogés dans l'article, Xulio Ferreiro et Martiño Noriega.

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 14:55

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Espagne : et si l’audit de la dette commençait par les municipalités ?

27 novembre par Fátima Martín , Jérôme Duval

 

 

 

Le 24 mai 2015, lors des élections municipales, des centaines de nouvelles formations, aussi appelées « candidatures d’unité populaire », émergent et raflent les votes dans toute l’Espagne regroupant divers partis politiques parfois appuyés par des mouvements sociaux. Ahora Madrid, Barcelona en Comú, Guanyem, Ganemos... quelles que soient leurs appellations, celles-ci remportent un grand succès pour un changement de politiques fondé sur un processus participatif et transparent. De plus en plus de ces partis de confluence se positionnent en faveur d’un audit citoyen de la dette municipale.
L’audit de la dette de l’État espagnol a commencé par des « municipalités du changement » nouvellement élues, avec en tête Madrid. Pourtant, les entités locales sont les administrations publiques les moins endettées : elles représentent près de 3 % de l’ensemble la dette publique, contre 75 % pour l’administration centrale.
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L’Espagne étant soumise au Protocole de déficit excessif (PDE), elle devrait mener un audit de sa dette comme le stipule le règlement européen :
« Un État membre faisant l’objet d’un programme d’ajustement macroéconomique réalise un audit complet de ses finances publiques afin, notamment, d’évaluer les raisons qui ont entraîné l’accumulation d’un niveau de dette excessif ainsi que de détecter toute irrégularité. » |2|

 

La majeure partie de la dette publique a été contractée au niveau de l’État central. Elle représente 75 % de l’ensemble la dette publique espagnole tandis que la dette des municipalités en représente à peine 3 %. |3| Mais ce qui est intéressant avec l’audit, lorsque celui-ci inclut la participation citoyenne, c’est qu’il permet de tirer des leçons et de renforcer la population sur des questions qui la touchent directement, à l’échelle locale, régionale ou nationale. Par exemple, savoir quel type de politiques sont menées par les pouvoirs publics avec l’argent issu des impôts des contribuables. Savoir quels postes budgétaires ont été sous-représentés pour donner la priorité au remboursement de la dette, lorsqu’ils ne subissent pas de coupes claires dans leurs financement, etc.

 

Face à des expériences non participatives, comme celle du maire de Ceutí (province de Murcie), Juan Felipe Cano, qui a refusé de mener un audit de la situation financière de la municipalité à la demande du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) en arguant qu’il avait déjà été effectué en 2007, le mouvement gagne davantage de forces depuis les élections municipales du 24 mai. |4| Depuis cette date, plusieurs municipalités, où gouvernent désormais des candidatures d’unité populaire, introduisent des audits de la dette de différentes natures, selon les contextes politiques et sociaux locaux.

 

Ahora Madrid , avec à sa tête Manuela Carmona, a remporté la mairie de la capitale avec le soutien du PSOE, mettant ainsi fin à 24 années consécutives de gouvernement du Parti Populaire (PP). La Plateforme pour l’Audit Citoyen de la Dette (PACD) travaille en collaboration avec le conseiller municipal de l’économie et des finances, Carlos Sánchez Mato et avec celui chargé de la participation citoyenne et de la transparence, Pablo Soto (tous deux membres de la nouvelle équipe de la maire Manuela Carmena), en vue de mener un audit de la dette avec participation citoyenne.

 

La PACD a organisé plusieurs rencontres sur la question de la participation citoyenne, notamment les 17 et 18 octobre 2015, sous le slogan « Madrid Audita Madrid » où les citoyenNes ont été invitéEs à participer au processus. Parallèlement, de nombreuses municipalités de la même région ont pris des mesures contre la dette et ont fait part de leur intention de mener des audits citoyens, par exemple El Molar, Leganés, Parla ou Ciempozuelos.

 

« Un audit citoyen de la dette sera mené, chaque facture, ainsi que son origine, sera étudiée » a déclaré la maire Chus Alonso nouvellement élue de Ahora Ciempozuelos, le parti de confluence pour la ville de Ciempozuelos, à l’occasion des débats avant les élections locales. |5| Dans le cas de Leganés, la candidature d’unité populaire, rassemblée dans le nouveau parti Leganemos, a présenté une motion pour effectuer un audit citoyen municipal, participatif, transparent, démocratique et aux visées sociales, qui a été adoptée lors de la plénière du 9 juillet 2015, ouvrant ainsi la voie à sa concrétisation. |6|

 

Le 15 juillet 2015, a été créé l’Observatoire citoyen municipal (OCM) de La Zubia, |7| le premier de la province de Grenade (Andalousie), comme outil pour promouvoir la participation citoyenne, pour faciliter l’accès et la compréhension de l’information, et renforcer l’exercice du contrôle populaire sur les comptes publics. |8| Dans cette ville, le parti Ganemos La Zubia para la gente du nouveau maire Antonio Molina, a remporté 27,82 % des suffrages, 5 sièges au conseil municipal, et a été le parti le plus voté, dépassant le PP et le PSOE. |9|

 

Barcelona en Comú, le parti moteur des candidatures d’unité populaire dans tout le pays, a recueilli le plus de voix lors ces élections municipales. Il a remporté 11 sièges au conseil municipal, dépassant les partis CiU (10 sièges), Ciudadanos (5), Esquera Republicana (5), le PSC (4), le PP (3), la CUP |10| (3) et a réussi à propulser Ada Colau à la mairie de Barcelone. « Pour qu’il y ait audit citoyen, il faut de la transparence dans les données et les mettre à disposition des citoyenNEs. L’idée est la suivante : tout document servant à la gestion municipale doit aussi pouvoir être évalué par les citoyenNEs » a souligné à ce sujet Fernando Pindado, responsable de la transparence et de la participation à la mairie de Barcelone. Il a promis de mettre sur Internet toutes les informations à la disposition des citoyenNEs et de les expliquer. |11|

 

En Catalogne, le gouvernement local de Badalona, |12| mené par la nouvelle maire, Dolors Sabater du parti Guanyem Badalona en Comú, déclare vouloir initier un processus d’audit transparent des comptes municipaux dans le cadre des 24 premières mesures d’urgence du nouveau gouvernement de gauche. |13| De surcroît, dans certains cas, on souhaite profiter de la présence d’un observatoire citoyen municipal (OCM) comme instrument pour mener un audit : « Terrasa est un autre exemple où le maire socialiste a affirmé lors de l’investiture qu’il y aura un processus d’audit via l’observatoire municipal (OCM) sur place, même s’il n’y a pas encore eu de réunion pour décider de l’objet et du point de départ de l’audit » nous confie Enric Pons, membre de la Plateforme pour l’Audit Citoyen de la Dette (PACD). Á Vilassar de Dalt, sur initiative de la CUP, une motion a été adoptée pour mener un processus d’audit citoyen. |14|

 

Á l’occasion d’une réunion avec des représentants de l’OCM de Terrassa |15| et de la PACD, Jordi Ballart, maire de Terrassa depuis 2012, et l’adjoint aux services généraux et au gouvernement ouvert, Alfredo Vega (tous deux du PSC, Parti Socialiste Catalan), ont convenu de mener un audit citoyen de la dette municipale de la troisième ville la plus endettée de Catalogne. Un groupe moteur formé des membres des deux collectifs (OCM et PACD) et des fonctionnaires municipaux a pour objectif de définir le processus de l’initiative. Nous soulignons le niveau de transparence déjà atteint avec le portail http://transparencia.terrassa.cat/, qui permet aux citoyenNEs de voir les budgets de la mairie de façon pratique et simple. Le site http://opendata.terrassa.cat/ rassemble également un large éventail de données en accès libre, actualisées et en format facilement accessibles.

 

La CUP, qui, avec 10 sièges au Parlement catalan, s’est révélée être un élément clé pour le gouvernement de la Generalitat, a une position très claire concernant la dette : « Nous ne paierons pas votre dette », annonçait son programme qui proposait d’en finir avec la Troïka pour répondre aux besoins de la population. La CUP défend un audit populaire et déclare nul et non avenu le paiement de la dette illégitime aux fonds d’investissement et aux banques internationales. L’idée est de suspendre « immédiatement le paiement de la dette et de décréter le non-paiement définitif de l’usure légalisée pour répondre aux besoins des classes populaires ».

 

Le 30 juillet 2015, la plénière du conseil municipal de Ávila (Castille-et-León) a adopté à l’unanimité la réalisation d’un audit citoyen des comptes et des contrats conclus lors des deux dernières législatures, dans le but de faire connaître la véritable situation financière de la municipalité depuis les deux derniers mandats. Sur la proposition de Trato Ciudadano, une des deux nouvelles forces politiques qui ont fait irruption dans le panorama local le 24 mai dernier, l’initiative a profité du soutien de tous les groupes politiques représentés dans la municipalité (PP, Ciudadanos, PSOE, Trato Ciudadano, IU et l’UPyD). « Nous voulons tous la transparence », a affirmé le maire de Ávila, José Luis Rivas du PP, qui ne détient qu’une minorité (son parti détient 9 des 25 membres du conseil municipal) alors qu’au cours des 24 dernières années, le PP y détenait la majorité absolue. |16|

 

À Saragosse, où les travaux pour l’Exposition internationale et l’AVE (TGV espagnol) ont endetté la ville à hauteur de plus de 800 millions d’euros, une commission de travail a été créée avec les conseillers municipaux en charge de l’économie et de la participation citoyenne pour étendre la problématique de la dette aux quartiers, où l’on espère que d’ici à la fin de l’année on puisse former des commissions avec les fonctionnaires, pour analyser tous les travaux financés par la ville.

 

À l’échelle de la région, la porte-parole de Izquierda Unida pour la Commission des finances publiques du Parlement andalou, |17| Elena Cortés, a annoncé la réalisation d’un audit citoyen de la dette de la Junte (la Junta de Andalucía qui organise le gouvernement autonome de la région) pour « déterminer les parties illégitimes de la dette, les créanciers et les surcoûts ». |18|

 

À Cadix, José María González, alias ‘Kichi’, le leader local de Podemos et tête de liste de Por Cadiz sí se puede a mis fin aux années de pouvoir absolu de Teófila Martínez (PP) et ouvre la voie vers une nouvelle étape... Mais il est au pouvoir en minorité avec ses huit conseillers et conseillères de Por Cadiz sí se puede et deux de Ganar Cádiz en Común face aux seize conseillers et conseillères cumuléEs par l’opposition : le PP (10), le PSOE (5) et Ciudadanos (1). Quoi qu’il en soit « l’audit est fondamental et se fera le plus tôt possible » a déclaré le conseiller David Navarro, délégué en charge de l’économie et des finances publiques de la mairie de Cadix, à l’occasion de l’Assemblée extraordinaire de Por Cadiz sí se puede organisée le 17 juin 2015. Il a annoncé que pour 2016, la mairie devra consacrer environ 26 millions d’euros aux remboursements des prêts du « plan de paiement aux fournisseurs » (« plan de pago a proveedores »), ligne de crédit assortie de forts intérêts créé par le gouvernement espagnol en 2012 et destinée aux régions autonomes. Sur le total de cette somme, 3,3 millions seront destinés aux seuls intérêts bancaires. À ce sujet, il a rappelé que cette année, grâce à un accord conclu avec le Ministère de l’économie et des finances publiques, « l’intérêt des crédits de paiement aux fournisseurs est de 0%. Mais l’année prochaine, à partir de janvier, des intérêts de plus de 4% vont commencer à s’appliquer ». |19| Le conseiller de Cadix en charge de la participation citoyenne, Adrián Martínez, précise : « Nous sommes en train d’examiner tous les postes budgétaires des différents départements et entreprises publiques (...) À partir de septembre nous déléguerons ce travail interne aux citoyenNEs pour réaliser un audit externe en bonne et due forme et pour ce faire nous créerons des jurys populaires, des conseils de quartier et des conseils sectoriels de délibération (…) Les jurys populaires seront formés après une petite formation technique et seront choisis selon la disponibilité des membres, une partie par tirage au sort, une autre choisie par l’autorité municipale et une autre par les citoyenNEs », explique le conseiller municipal qui assure : « Les citoyenNEs détermineront quelle dette est légitime et quelle dette est illégitime ». |20|

 

Dans la province de Cadix, la nouvelle formation politique Por Chiclana Sí Se Puede, même si elle ne jouit pas de la majorité à la mairie de Chiclana de la Frontera, va proposer un audit de la dette municipale « qui pourra aussi être encadré et contrôlé par les citoyenNEs ». |21|

 

Que cela plaise ou non au ministre des Finances de l’État, Cristóbal Montoro, la volonté populaire exprimée par de nombreuses municipalités dans tout le territoire espagnol, par la PACD et d’autres organisations en vue de mener un audit citoyen de la dette et de refuser le paiement de la partie illégitime gagne du terrain. À tel point que le 31 août 2015, le ministre Montoro a fini par avertir les gouvernements des communautés autonomes et des municipalités que la dette contractée par les différentes administrations publiques avait déjà été « auditée et identifiée » intégralement et « qu’il fallait payer ». Il a poursuivi, menaçant : « Il faut payer la dette et parler moins. Les critères éthiques sur le fait de savoir si l’on aurait dû ou non contracter la dette, ça c’est autre chose. Mais la dette est bien là et va être remboursée. Et, sans aucun doute, le responsable municipal qui prétend ne pas payer la dette parce qu’il la considère illégitime devra faire face au gouvernement espagnol, qui appliquera la loi et les mesures correctives et afférentes ; parce que la dette se paie en temps et en heure et au montant prévu ».

 

Traduction de l’espagnol : Marion Antonini

 

 
Notes

|1| L’Espagne est divisée en 17 communautés autonomes dont la communauté de la région de Madrid. L’endettement de ces communautés autonomes représente les 20 % restant de la totalité de la dette publique de l’État espagnol. La communauté autonome de Madrid se lance aussi dans un audit de la dette de la région. Voir : Jérôme Duval, 4 novembre 2015 : Les « municipalités du changement » se coordonnent à Madrid contre la dette illégitime

|2| Règlement (UE) Nº 472/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 21 mai 2013 sur le renforcement de la supervision économique et budgétaire des États membres de la zone euro dont la stabilité financière connaît ou court le risque de connaître de graves difficultés. Disponible sur http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ ... Cité par Eric Toussaint, 2015. http://cadtm.org/Si-Syriza-siguiera...

|3| Données de dette publique selon le Protocole de déficit excessif (PDE) de la Banque d’Espagne : http://www.bde.es/webbde/es/estadis...

|4| « El alcalde niega una nueva auditoría y atribuye la deuda actual a los socialistas », 15.08.2015, La opinión de Murcia. http://www.laopiniondemurcia.es/municipios/2015/08/15/alcalde-niega-nueva-auditoria-atribuye/670253.html

|5| 13.05.2015, http://www.sermadridsur.com/noticias/debate-electoral-ciempozuelos_49862/

|6| Lire la motion de LEGANEMOS pour que la municipalité de Leganés mène un Audit citoyen : http://leganemos.org/informa/2015/08/mocion-para-realizar-una-auditoria-ciudadana-municipal-y-otras-iniciativas-en-el-pleno/ et http://leganemos.org/wp-content/uploads/2015/07/auditoria-deuda.pdf Voir la vidéo de Fran Muñoz, Porte-parole du groupe municipal Leganemos, lors de la plénière : https://www.youtube.com/watch?v=98T..."

|7| OCM La Zubia, http://ocmlazubia.org/

|8| http://www.infolibre.es/noticias/club_info_libre/librepensadores/2015/07/16/nace_observatorio_ciudadano_municipal_zubia_35504_1043.html

|9| Source : Ministère de l’Intérieur, Élections 2015.

|10| Parti indépendantiste catalan de gauche, Candidature d’Unité Populaire.

|11| Soto Díaz, Cuarto Poder, 15.08.2015, “Los “ayuntamientos del cambio” impulsarán auditorías ciudadanas de sus deudas a partir de septiembre” : “En septiembre vamos a colocar en la web toda la información. Pondremos los datos a disposición de la ciudadanía, pero además los explicaremos”, añade Pindado. http://www.cuartopoder.es/lentesdecontacto/2015/08/15/los-ayuntamientos-del-cambio-impulsaran-auditorias-ciudadanas-de-sus-deudas-a-partir-de-septiembre/1396

|12| Le nouveau gouvernement de Badalona formé par Guanyem Badalona en Comú, ERC et ICV-EUiA a succédé au PP de García Albiol à la tête de la municipalité.

|13| Voir le point 7 de la liste des mesures proposées par Guanyem Badalona en Comú : « 24 mesures per a les primeres 24 setmanes ». http://guanyembadalona.org/24-mesures-per-a-les-primeres-24-setmanes

|14| Soto Díaz, Cuarto Poder, 15.08.2015, ibidem. http://www.cuartopoder.es/lentesdecontacto/2015/08/15/los-ayuntamientos-del-cambio-impulsaran-auditorias-ciudadanas-de-sus-deudas-a-partir-de-septiembre/1396

|15| OMC Terrassa : http://ocmterrassa.org/

|16| EFE, Ávila, 30 juillet 2015 : « El pleno acuerda por unanimidad realizar una auditoría interna desde 2007 ». http://www.lavanguardia.com/economia/20150730/54434686447/el-pleno-acuerda-por-unanimidad-realizar-una-auditoria-interna-desde-2007.html

|17| Le dimanche 22 mars 2015, des élections anticipées d’un an se sont tenues au Parlement andalou (109 députéEs au total, 8 pour chaque province minimum et les 45 autres sont répartiEs proportionnellement à la population) pour la Xe législature. Il s’agit des deuxièmes élections à l’échelle des communautés autonomes sans élections législatives nationales ou européennes concomitantes depuis 1990.

|18| « IU reclama la auditoria ciudadana de la deuda de la Junta de Andalucía », Tercera Información, 17-07-2015. http://www.tercerainformacion.es/spip.php?article89429

|19| Beatriz Estévez, 18.06.2015, El diario de Cádiz, « La deuda es muy importante y el año que viene va a ser complicado ». http://www.diariodecadiz.es/article/cadiz/2054588/podemos/senala/boquete/considerable/las/cuentas.html

|20| Soto Díaz, Cuarto Poder, 15.08.2015, « Los “ayuntamientos del cambio” impulsarán auditorías ciudadanas de sus deudas a partir de septiembre ». http://www.cuartopoder.es/lentesdecontacto/2015/08/15/los-ayuntamientos-del-cambio-impulsaran-auditorias-ciudadanas-de-sus-deudas-a-partir-de-septiembre/1396

|21| http://www.diariobahiadecadiz.com/noticias/chiclana/por-chiclana-si-se-puede-ante-las-divergencias-sobre-la-deuda-municipal-entre-psoe-y-pp-reclama-su-auditoria-publica/

Auteur

Jérôme Duval

est membre du CADTM et de la plateforme d’audit citoyen de la dette en Espagne (PACD).


http://auditoriaciudadana.net/

Auteur

 
 

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Source : http://cadtm.org

 

 

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 14:03

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Espagne: Juan Carlos Monedero plaide pour un retour aux sources de Podemos

25 novembre 2015 | Par Ludovic Lamant
 
 

Juan Carlos Monedero est le plus âgé, le plus libre et le plus controversé des cinq cofondateurs de Podemos. Ancien prof de Pablo Iglesias à la fac, passé par l’Amérique latine et le parti communiste, il est l’invité ce mercredi de « En direct de Mediapart » pour s'expliquer à l'approche des législatives du 20 décembre en Espagne.

Au moment d’annoncer sa démission de la direction de Podemos en avril 2015, Juan Carlos Monedero avait eu cette formule assassine – et un peu méprisante – à l’adresse de Pablo Iglesias : « Je préfère Galeano à Game of Thrones. » Traduction, pour les non-initiés : l’universitaire médiatique fait référence à l’Uruguayen Eduardo Galeano (1940-2015), l’auteur des Veines ouvertes de l’Amérique latine (1971), qui continue d’incarner une certaine idée de la gauche en Amérique latine.

Ce jour-là, Monedero avait pris ses distances, sacrilège pour un fondateur de Podemos, avec la série télé Game of Thrones dont Pablo Iglesias, leader du mouvement anti-austérité, est un fan de la première heure : il a coordonné un essai politique sur cette fiction, et en a offert un coffret DVD au roi d’Espagne en début d’année. En creux, la critique était lourde : il reprochait à son ami « Pablo » d’être obsédé par la stratégie politique, et d’oublier au passage ses convictions d’homme de gauche. À trop jouer la transversalité droite-gauche pour séduire le plus d'électeurs possible, Iglesias serait en train de perdre son âme, le mettait en garde son ami Monedero.

 

En Clave Tuerka, émission hommage à Eduardo Galeano animée par Juan Carlos Monedero en avril 2015.

Né en 1963, professeur de sciences politiques à l’université Complutense de Madrid (la « Fakul », berceau de la quasi-totalité des cadres de Podemos), Monedero est l’un des cinq fondateurs, en janvier 2014, du mouvement qui a redonné des couleurs à la gauche partisane en Espagne (aux côtés de Pablo Iglesias, Luis Alegre, Carolina Bescansa et Iñigo Errejon). Quelques mois plus tôt, il a publié en Espagne un essai devenu un best-seller, Curso urgente de politica para gente decente (éditions Seix Barral, 2013). Dans ce texte assez inégal, mais qui constitue une étape théorique dans la formation de Podemos, il théorise une nouvelle fois ce qu’il a diagnostiqué très tôt dans sa carrière d’universitaire : la « crise de régime » qui étouffe l’Espagne.

 

Aux crises de la monarchie et de la structure territoriale de l’État (voir les tensions en Catalogne) s’ajoute, depuis l’éclatement de la bulle immobilière à partir de 2007, un appauvrissement généralisé de la classe moyenne, qui prépare le terreau au surgissement du « 15-M ». Ce mouvement indigné déclenché le 15 mai 2011 (d’où son sigle, 15-M) ouvre, d’après Monedero, un « processus constituant », qu’il s’agit d’approfondir pour réussir la « rupture » avec les institutions nées de la transition post-franquiste (cette période qui court, en Espagne, de la mort de Franco en 1975 à la victoire du socialiste Felipe Gonzalez en 1982).

Toute la question posée dans cet essai de 2013 est de savoir quels instruments politiques peuvent parachever la dynamique ouverte par le 15-M. La réponse qu’il a apportée à cette question est aujourd’hui connue de tous : ce sera Podemos, incarné aux yeux du grand public par son ex-étudiant Pablo Iglesias. Monedero est de loin le plus âgé des cofondateurs de Podemos. Si Podemos se présente d’entrée de jeu comme un parti « neuf » contre la « caste » du PP (la droite au pouvoir) et du PSOE (la gauche socialiste), lui fut proche, pendant deux décennies environ, des communistes d’Izquierda Unida (IU). Il fut même le conseiller de Gaspar Llamazares, ex-patron d’IU (Iglesias est aussi passé un temps par les jeunesses communistes, avant de s’en écarter).

Au milieu des années 2000, il prend le large et part travailler en Amérique latine, afin de refonder, espère-t-il alors, « ce lieu que l’on appelait autrefois la gauche ». Monedero a conseillé, de 2005 à 2010, le président Chavez à Caracas. Il a également dirigé, toujours depuis le Venezuela, une école de formation des cadres latino-américains au bolivarisme, le centre international Miranda. Il revient en Espagne quelques mois avant de lancer Podemos.

Son expérience en Amérique latine constitue, de loin, la partie la plus sulfureuse de son CV. Non seulement parce qu’une certaine presse conservatrice, en Espagne, s’est déchaînée à partir de la fin 2014 contre Podemos, caricaturé en « parti chaviste », en raison surtout de la présence de Monedero dans la direction (même s’il n’est pas le seul, loin de là, à avoir arpenté l’Amérique latine et travaillé là-bas).

Surtout, il se trouve pris dans un scandale plus compromettant début 2015, accusé d'avoir sous-déclaré au fisc espagnol quelque 425 000 euros versés par le Venezuela, l’Équateur, la Bolivie et le Nicaragua. Monedero avait été contraint en février de verser 200 000 euros au fisc pour éviter une sanction, et de diffuser des extraits de ses comptes bancaires lors d'une conférence de presse plutôt humiliante. Iglesias et ses collègues le soutiennent et hurlent au lynchage. Peine perdue : Monedero, au printemps 2015, est politiquement carbonisé. De cette période délicate, Monedero dit aujourd’hui : « Ils ne s’attaquaient pas à moi, mais à ce que je représentais comme fondateur de Podemos. »

Tout le monde s’attendait à ce qu’il soit exfiltré discrètement de la direction après les élections régionales et municipales de mai 2015. Il choisit de partir de lui-même fin avril, avec fracas, prenant tout le monde de court. Il règle donc tout haut ses comptes avec Iglesias, en amont de la campagne électorale : « Une minute de télévision est plus importante que les circulos [pour luindlr] », lâche-t-il, en référence à ces assemblées de citoyens, les « cercles », qui ont constitué l’originalité du mouvement à son lancement en 2014, mais qui ont été progressivement marginalisés.

Dans un billet de blog « à son ami Pablo », il explique aussi avoir « mauvaise conscience » à ne plus épauler Iglesias « dans un lieu aussi ingrat que la direction d’un parti ». La réconciliation du couple Iglesias-Monedero est mise en scène début mai dans un entretien long format (ci-dessous) mené par Iglesias, sur le parcours intellectuel de Monedero (un grand moment de communication politique, pour tenter de corriger l’image d’un parti archi divisé...).

 

Entretien Iglesias- Monedero


Aujourd’hui, Monedero défend un retour aux sources du premier Podemos, celui marqué par une plus grande participation des « cercles », à la fois dans la gestion du parti, mais aussi dans l’écriture des programmes. Il critique, en creux, la stratégie du numéro deux, le très influent Iñigo Errejon, disciple du politologue argentin Ernesto Laclau, et qui se refuse à « salir la marque » Podemos avec des sigles de l’ancienne gauche (au hasard, IU).

 

Mais si la voix de Monedero continue de porter dans les médias, elle n’est plus aussi écoutée qu’avant dans l’entourage de Pablo Iglesias. Certains sceptiques ne manqueront pas de se souvenir que le professeur de sciences politiques, lors du congrès fondateur de Vistalegre, à Madrid fin octobre 2014, avait défendu la ligne d’Iglesias et participé, justement, à la banalisation d’un parti qui décidait de se couper de ses « cercles », expliquant à l’époque que les « compromis » du 15-M avaient leur limite dans la pratique…

Quoi qu’il en soit, l’universitaire libéré de ses contraintes reste un soutien vibrant de Podemos, et continue de faire entendre sa petite musique, en particulier lors de l’émission qu’il anime sur la Tuerka le jeudi soir (Otra vuelta de Tuerka). Au lendemain des régionales en Catalogne, fin septembre, il s’est moqué de l’échec de Catalunya Sí que es Pot, la plateforme soutenue par Podemos, qualifiée de « soupe de sigles ». Sur la Grèce, alors qu’Iglesias continue de soutenir la stratégie d’Alexis Tsipras, lui prend davantage ses distances : « Tsipras a fait l’erreur de partir à la chasse aux dragons avec un filet à papillons. Les dragons, c’est le système, et le filet à papillons, c’est de ne pas avoir de plan B. » (Voir la vidéo ci-dessous.)

 

Otra vuelta de Tuerka / 29 octobre 2015.

Dans un entretien à El País en mai, Monedero disait espérer que « son départ de la direction provoque une réaction ». Pendant l’été, Podemos n’est pas parvenu à s’entendre avec d’autres partis – sauf le petit parti écolo Equo – pour une candidature d’« unité populaire » autour d’Iglesias. À l’exception de quelques régions, Podemos se présente donc seul avec sa « marque » aux législatives du 20 décembre. Les sondages donnent le parti en quatrième position, derrière le PP et le PSOE, mais aussi derrière le nouveau parti de centre-droit Ciudadanos. Invité de Mediapart ce mercredi 25 novembre, Monedero aura l’occasion de dire, entre autres choses, si son départ a servi à quelque chose et fait bouger un peu la stratégie de Podemos. Il est permis d’en douter.

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 18:23

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Madrid : 200 000 personnes marchent contre les violences sexistes

12 novembre par Mimosa Effe

 

 

 

Samedi 7 novembre, à Madrid était appelé une marche contre les violences faites aux femmes. Ce sont 268 cars provenant de toutes les villes du pays qui ont convergé à Madrid pour une grande manifestation féministe dont l’idée avait émergé du mouvement féministe Estatal, rejoint par de nombreuses organisations, associations et partis politiques pour dénoncer, la mort de 71 femmes assassinées par leur conjoints, mais aussi pour dénoncer l’ensemble des violences sexistes qui touchent les femmes. Si tous les partis politiques, y compris les partis de droite, étaient présents, les revendications des féministes étaient bien la remise en cause de la politique du gouvernement notamment parce qu’il a réduit les aides allouées aux femmes victimes de violence, mais aussi pour demander une meilleure législation permettant aux femmes d’être protégées. Derrière l’idée de cette marche se trouvait bien l’idée défendue par nos camarades d’Anticapitalistas présentEs en grand nombre à la manifestation que seul un mouvement autonome des femmes, la résistances féministe, permettra aux femmes de l’Etat espagnol de ne plus subir cette violence, de gagner de nouveaux droits.

 

Féministes, tant qu’il le faudra !

Évidemment, cette marche est à mettre dans le contexte des différentes attaques que subissent les femmes dans l’État Espagnol, que ce soit au niveau des salaires et des licenciements comme partout en Europe, mais aussi sur la question de l’avortement. Les manifestations pour le droit à l’avortement avaient déjà rassemblé des centaines de milliers de personnes. Un mouvement féministe et de masse se construit parallèlement mais sans déconnexion des luttes contre l’austérité.

Si les manifestations pour la solidarité avec les femmes de l’État Espagnol avaient pu rassembler plus de 100 000 personnes en France il y a trois ans, le mouvement féministe est aujourd’hui divisé et en grande difficulté. Alors que l’on compte plus de 130 femmes mortes par an en France, on peut voir à quel point le combat féministe est plus que jamais d’actualité, il nous faut prendre l’exemple des féministes de l’État Espagnol pour nous employer à reconstruire un mouvement autonome des femmes large et de masse en commençant par nous appuyer sur la manifestation du 21 novembre et la manifestation non-mixte du 25 novembre contre les violences faites aux femmes.


Merci à Julia C. d’Anticapitalistas pour la photographie et ses informations sur cette marche.

Source : NPA2009.org

 

 

Auteur

 
 

Mimosa Effe

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

 

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 18:56

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Les « municipalités du changement » se coordonnent à Madrid contre la dette illégitime

Journées de formation sur les audits municipaux Madrid, 31 octobre – 1er novembre

4 novembre par Jérôme Duval

 

 

 

À l’initiative de l’eurodéputé de Podemos Miguel Urban, deux journées de formation sur les audits municipaux se sont déroulés à Madrid, dans l’ancien local de la librairie Traficantes de Sueño |1| qui est maintenant devenu un des nouveaux locaux qu’occupent Podemos dans la capitale. Miguel Urban a présenté le déroulement de ces journées de formation et souligné la nécessité d’ouvrir cet espace tourné vers l’action en lien avec les mouvements sociaux.

 

Lorena Ruiz-Huerta, députée de la Communauté autonome de Madrid pour Podemos et présidente de la commission d’audit de la dette de la région a présenté la situation locale et lancé des pistes de réflexion à travers quelques exemples emblématiques. À la région de Madrid, le PP (parti de droite dure du gouvernement Rajoy au pouvoir en Espagne) a perdu la majorité aux dernières élections régionales. Pour la première fois depuis longtemps, l’opposition peut donc avancer en faisant des pactes stratégiques sur certaines questions cruciales. En ce qui concerne le travail de la commission d’audit, Lorena Ruiz-Huerta a relevé l’exemple de la Ciudad de la Justicia (cité de la justice), un centre urbain de 14 immeubles qui a coûté 105 millions d’euros aux habitants de la capitale. L’un de ces édifices de ce projet pharaonique héberge le centre de médecine légale où les 127 chambres froides de cadavres prévues ne trouvent pas l’emplacement nécessaire du fait de la forme circulaire de l’édifice. La commission a commencé à travailler sur ce cas emblématique et a même organisé des visites d’inspections.

 

Daniel Albaracin, membre du comité d’audit en Grèce et conseiller du groupe parlementaire GUE sur les questions de budget, a pointé la nécessité de prendre conscience du caractère unique et distinct de chaque niveau d’investigation, qu’il soit local, municipal, régional ou national. Ceci dit, les stratégies doivent être communes et ces différences s’interconnectent : dans chaque cas il faudra identifier les créanciers, les dépenses et recettes. Il est clair que la problématique et méthodologie de l’audit à Madrid ne peut être transposée à d’autres villes au regard de l’aspect gigantesque de la capitale qui compte près de 3,2 millions d’habitants intra muros et 21 arrondissements (distritos).

Par ailleurs, il existe une différence de taille entre un simple audit qui permet de rationaliser les comptes publics et l’audit que tentent de mettre en place les nouvelles « municipalités du changement », comme elles se nomment elles-mêmes. Celles-ci veulent procéder à une radiographie des mauvais usages des dépenses, évaluer les politiques publiques et l’impact social que celles-ci impliquent. On peut identifier 3 axes de travail : la transparence, l’évaluation des politiques publiques (ce qui a été réalisé et ce qui peut être amélioré) et l’identification des dettes et dépenses illégitimes au regard de la soutenabilité sociale de celles-ci. L’expérience menée en Grèce avec la Commission d’audit qui poursuit son travail est riche d’enseignement. Daniel Albaracin conclut en précisant que le mot « audit » vient du monde comptable pour la bonne gestion d’entreprises ou d’Administrations publiques tournées vers la croissance capitaliste, or il s’agit là de faire bien plus qu’un audit comptable. Il est question d’y ajouter la participation populaire en tenant compte de la soutenabilité des politiques d’endettement pour les citoyens.

 

Carlos Sanchez Mato, responsable des finances municipales de Ahora Madrid pour la nouvelle municipalité de Madrid dirigée par Manuela Carmena, a présenté de manière remarquable l’expérience de l’audit municipal en cours. Nous devons garder espoir, redoubler d’effort et accélérer le cours de notre histoire face à l’opportunité historique qui s’offre à nous avec l’arrivée au pouvoir de municipalités qui optent pour le changement et s’engagent sur la voie des audits municipaux souligne-t-il. Il faut aussi écarter la peur que l’opposition et les médias nous insufflent. La situation de cessation de paiement est déjà une réalité dans certaines villes tout comme en Catalogne.

Au-delà des militants qui connaissent notre discours contre la dette illégitime à travers le travail du CADTM ou de l’audit en Grèce, la possibilité de le porter vers des millions de citoyens s’offre à nous. Tenant compte de la marge de manœuvre limitée d’une municipalité, Carlos Sanchez a expliqué la difficulté de mener à bien une réforme en profondeur sur les politiques fiscales, l’État étant prédominant dans ce domaine. L’impôt sur la taxe foncière (IBI, Impuesto sobre Bienes e Inmuebles), qui ne comprend qu’un taux fixe pour tout le monde est l’une des principales sources de revenu. Il ne peut être réformé en profondeur pour pallier à l’inégalité qu’il génère sans changer la loi. En effet, la législation en vigueur ne permet pas d’augmenter les échelons de taxation pour tendre vers une meilleure progressivité de l’impôt qui prenne en compte les revenus des personnes imposables. Il est donc nécessaire de changer la loi afin que celle-ci permette une plus grande progressivité pour lutter contre les inégalités. Carlos Sanchez a expliqué que l’IBI à Madrid est dorénavant modifié de la manière suivante : il y a une réduction de 7% de l’impôt sur les immeubles résidentiels qui est compensé par une augmentation de 7% de l’impôt sur les immeubles commerciaux.

Carlos Sanchez ajoute qu’il y a incohérence, lorsque le gouvernement finance ses dépenses par des ressources provenant de l’extérieur et de l’endettement, puisque la politique fiscale sert par définition à tendre vers l’équilibre budgétaire. Carlos Sanchez, affirme que malgré ce que disent les agences de qualification (la municipalité envisage de ne pas renouveler son contrat avec Standard & Poor’s), Madrid ne va pas financer sa politique par l’émission de dette mais plutôt par une fiscalité adéquate.

 

Ensuite Yago Álvarez, membre de la PACD Madrid, a énuméré diverses expériences et initiatives d’audit au niveau municipal. Il a rappelé que l’audit n’est pas une fin en soi mais bien plus un outil à notre disposition pour conscientiser sur la mauvaise gestion des ressources, leur impact social et environnemental. Il a rappelé que la participation peut être sectorielle et transversale et il a cité quelques exemples emblématiques :

- Les éléphants blancs (méga projets ruineux pour la collectivité et parfois sans intérêts général) tel que le périphérique de Madrid, la M-30.
- Les budgets réalisés : exemple de Valence avec la publication des 10 années de budgets liquidés (2002 – 2012)
- Les OCM (Observatoires Citoyens Municipaux) qui s’étendent dans tout le pays. Terrassa est donné en exemple.

 

Ensuite, 3 groupes de travail se sont constitués selon la taille des municipalités pour débattre et mettre en avant les sujets importants à traiter par ordre de priorité.

Le lendemain, Eric Toussaint, le porte-parole du CADTM International qui poursuit son travail en tant que président de la Commission de la Vérité sur la dette grecque, a présenté un historique remarquablement complet des différentes expériences d’audits citoyens en s’attardant sur les cas équatorien et grec. Il a rappelé qu’à Liège où siège le CADTM en Belgique, une lutte locale contre un plan d’austérité en 1983 lié à un endettement à 15 % d’intérêt, est à l’origine de la création du CADTM, organisation qui par la suite s’est développée dans une trentaine de pays. Il a par ailleurs abordé les réponses apportées par les pouvoirs publics en terme de restructuration ou moratoire unilatéral. Les expériences qui ont eu lieu en Bolivie, en Équateur, en Argentine ou en Islande ont précédé l’exemple grec où une alternative viable et soutenable est encore possible et nécessaire.

Les participants comptent bien rester en contact afin de poursuivre la réflexion, coordonner leurs travaux d’audit et apprendre des expériences des autres. Une deuxième session de formation devrait voir le jour prochainement pour entamer plus concrètement le travail d’audit municipal proprement dit.

 

 

 
Notes

|1| La librairie et maison d’édition Traficantes de sueños a déménagé à quelques pas, rue Duque de Alba, 13. http://www.traficantes.net/

Auteur

Jérôme Duval

est membre du CADTM et de la plateforme d’audit citoyen de la dette en Espagne (PACD).


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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 15:05

 

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Espagne

Le changement constitutionnel du PSOE qui nous soumet à l’esclavage de la dette est illégal

26 octobre par Fátima Martín , Jérôme Duval

 

 

 

 

« Ce qui se passe actuellement, est une révolution silencieuse, à petits pas, vers une gouvernance économique plus forte. Les États membres ont accepté — et j’espère qu’ils l’ont bien compris — d’octroyer aux institutions européennes d’importants pouvoirs en matière de surveillance. » M. José Manuel Barroso, ancien président de la Commission européenne. Discours à l’Institut européen de Florence, le 18 juin 2010. |1|

En septembre 2011, à l’encontre tant du droit international que du droit national, le projet de révision de la Constitution espagnole du gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero, est adopté avec le soutien du Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, faisant du remboursement de la dette une « priorité absolue » (article 135.3) devant tout autre nécessité. Le 27 septembre 2011, la révision constitutionnelle est promulguée par le Roi et entre en vigueur le jour même de sa publication au Bulletin officiel de l’État (BOE). Elle mentionne dans une disposition additionnelle que la loi organique prévue à l’article 135 « prévoira les mécanismes qui permettront le respect de la limite d’endettement visée à l’article 135.3 de la Constitution espagnole. » |2| Il est clair que la priorité donnée au service de la dette, autrement dit, à l’esclavage imposé par la dette, est l’élément clé de cette réforme.

Ce projet de révision de la Constitution, adopté à toute vitesse en un mois, permet de réduire les dépenses d’éducation et de santé, précarisant davantage la situation de la population, dans le seul but de renforcer les garanties aux créanciers de la dette espagnole. Il s’agit d’une concession inédite accordée aux créanciers, un pas de plus qui garantit leur suprématie et satisfait leurs prérogatives en les inscrivant dans l’édifice constitutionnel. L’accord entre le PSOE et le PP va plus loin que les seuils redoutables de déficit et d’endettement public établis par le pacte de stabilité et de croissance (PSC) de l’Union européenne en 1997. Constitutionnaliser la « priorité absolue » du paiement des intérêts et du capital de la dette, devant tout autres types d’investissement, est très grave, car d’autres objectifs constitutionnels comme l’exercice des droits sociaux sont alors sacrifiés. Inscrire cette suprématie de la dette dans la Constitution démontre le caractère fermé et exclusif de l’idéologie néolibérale qui balaye les modèles alternatifs et nous éloigne de la démocratie que nous souhaitons voir inscrite dans ce texte de lois fondamentales. La Constitution de la démocratie libérale au sein de laquelle nous vivons, protège la monarchie et s’éloigne chaque fois plus d’une démocratie des peuples. L’article 8 de la Constitution de 1978, dont l’élaboration a été fortement contrôlée par des secteurs liés au franquisme, érige l’armée en gardienne de l’ordre constitutionnel.


Article 8 de la Constitution espagnole :

Les forces armées, constituées par l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air, ont pour mission de garantir la souveraineté et l’indépendance de l’Espagne et de défendre son intégrité territoriale et son ordre constitutionnel.

En réformant le texte de lois fondamentales de manière unilatérale, sans consultation populaire ni débat public, le gouvernement a violé la propre Constitution espagnole de 1978 qui, dans son article premier, garantit la souveraineté nationale au peuple (nous soulignons dans les articles suivants de la Constitution).


Article premier de la Constitution espagnole :

1. L’Espagne constitue un État de droit social et démocratique qui défend comme valeurs suprêmes de son ordre juridique, la liberté, la justice, l’égalité et le pluralisme politique.

2. La souveraineté nationale appartient au peuple espagnol duquel émanent les pouvoirs de l’État.

La réforme constitutionnelle contredit aussi l’article 158 de la Constitution espagnole qui spécifie l’importance de garantir les services publics, une direction totalement opposée aux coupes effectuées dans le budget général de l’État espagnol pour donner la priorité au paiement de la dette.


Article 158 de la Constitution espagnole :

1. Le budget général de l’État pourra affecter des crédits aux Communautés autonomes en fonction de l’importance des services et des activités étatiques qu’elles ont assumés et des prestations minimales qu’elles s’engagent à apporter en ce qui concerne les services publics fondamentaux sur tout le territoire espagnol.

Rappelons aussi que l’article 128 qui ouvre le Titre VII de la Constitution espagnole intitulé « Économie et finances », subordonne à l’intérêt général toute la richesse du pays, de sorte qu’aucun individu ne peut être privé de ses biens et de ses droits sinon pour des raisons d’utilité publique ou d’intérêt général. La richesse produite par le pays qui s’en va remplir les poches des créanciers devrait être subordonnée à l’intérêt général et l’État ne devrait pas diminuer les dépenses sociales pour le service de la dette.


Article 128 de la Constitution espagnole :

1. Toute la richesse du pays, dans ses différentes formes et quels qu’en soient les détenteurs, est subordonnée à l’intérêt général.

2. L’initiative publique est reconnue dans l’activité économique. Une loi pourra réserver au secteur public des ressources ou des services essentiels, tout particulièrement en cas de monopole, et décider également le contrôle d’entreprises lorsque l’intérêt général l’exigera.

De la même façon, l’article 131 plaide pour une distribution juste de la richesse pour veiller aux besoins collectifs :


Article 131 de la Constitution espagnole :

1. L’État pourra, par une loi, planifier l’activité économique générale pour veiller aux besoins collectifs, équilibrer et harmoniser le développement régional et sectoriel et stimuler la croissance des revenus et de la richesse et leur plus juste distribution.

Voyons à présent les modifications apportées à l’article 135 de la Constitution espagnole.

Article 135 avant modification |3| :


RÉDACTION ORIGINALE
En vigueur du 29 décembre 1978 au 26 septembre 2011.
Article 135 de la Constitution espagnole :

1. Le gouvernement devra être autorisé par une loi pour émettre un emprunt public ou contracter un crédit.

2. Les crédits destinés au paiement des intérêts ou du capital de la dette publique de l’État seront toujours considérés comme étant inclus dans l’état des dépenses du budget et ils ne pourront faire l’objet d’un amendement ou d’une modification, tant qu’ils sont conformes aux conditions de la loi d’émission.

Article 135 après modification :


1. Toutes les administrations publiques conformeront leurs actions au principe de stabilité budgétaire.

2. L’État et les Communautés autonomes ne pourront encourir un déficit structurel qui dépasse les limites fixées, le cas échéant, par l’Union européenne pour ses États membres.

 

Une loi organique fixera le déficit structurel maximal autorisé pour l’État et les Communautés autonomes, par rapport à leur produit intérieur brut. Les collectivités locales devront respecter l’équilibre budgétaire.

 

3. L’État et les Communautés autonomes devront être autorisés par loi pour émettre un emprunt public ou contracter un crédit.

 

Les crédits correspondant aux intérêts et au capital de la dette publique des administrations devront toujours être inclus dans le montant des dépenses de leurs budgets et leur paiement jouira de la priorité absolue. Ces crédits ne pourront faire l’objet d’amendement ou de modification, lorsqu’ils seront conformes aux conditions de la loi d’émission.

 

Le volume de la dette publique de l’ensemble des administrations publiques par rapport au produit intérieur brut de l’État ne pourra être supérieur à la valeur de référence inscrite dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

 

4. Les limites du déficit structurel et du volume de la dette publique ne pourront être dépassées qu’en cas de catastrophes naturelles, de récession économique ou de situations d’urgence extraordinaires qui échappent au contrôle de l’État et portent considérablement atteinte à la situation financière ou à la viabilité économique ou sociale de l’État, selon une décision prise à la majorité absolue des membres du Congrès des députés.

 

5. Une loi organique développera les principes visés au présent article, ainsi que la participation, dans les procédures pertinentes, des organes de coordination institutionnelle entre les administrations publiques en matière de politique fiscale et financière. En tout état de cause, elle régulera : a) La répartition des limites de déficit et de dette entre les différentes administrations publiques, les cas exceptionnels de dépassement de celles-ci, ainsi que la forme et le délai pour corriger les écarts qui pourraient se produire sur l’un ou l’autre ; b) La méthode et la procédure pour le calcul du déficit structurel ; c) La responsabilité de chaque administration publique en cas de non-respect des objectifs de stabilité budgétaire.

 

6. Les communautés autonomes, conformément à leurs statuts respectifs et dans les limites visées à cet article, adopteront les dispositions nécessaires à l’application effective du principe de stabilité dans leurs règles et décisions budgétaires.

Remarquez le point 3 où nous soulignons l’important changement qui a été ajouté d’un coup de bistouri : « Les crédits correspondant aux intérêts et au capital de la dette publique des administrations devront toujours être inclus dans le montant des dépenses de leurs budgets et leur paiement jouira de la priorité absolue. »

Malheureusement, les révisions constitutionnelles adoptées dans le but d’imposer des reculs sociaux ne sont pas nouvelles. Au Mexique, dixième pays producteur de pétrole, la réforme énergétique de 2013 s’est appuyée sur la révision constitutionnelle des articles 25, 26 et 27 pour permettre la livraison de pétrole aux entreprises transnationales et la privatisation de la plus grande entreprise du Mexique, Pemex (Petróleos Mexicanos). |4| Mais ce n’est pas tout, les Constitutions de différents pays sont modifiées afin d’imposer le plafonnement des dépenses et des déficits publics pour respecter un équilibre budgétaire salvateur. D’autres pays, au contraire, font des choix inverses. C’est le cas de l’Équateur qui a mis en avant l’interdiction de socialiser les dettes privées |5| – ce qui se passe aujourd’hui en Espagne – et prévoit que seul l’État peut recourir « à l’endettement public si les rentrées fiscales et les ressources provenant de la coopération internationale sont insuffisantes » (article 290, paragraphe 1). Notons aussi que la Constitution bolivienne interdit la privatisation de l’eau, que celle du Costa Rica décrète que les dépenses d’éducation ne peuvent pas être inférieures à 8% du PIB4. Ces victoires ont été possibles grâce à des mobilisations sociales ou, comme dans le cas de l’Équateur et de la Bolivie, grâce à une assemblée constituante. À l’inverse, la réforme constitutionnelle de l’État espagnol impose l’obligation de paiement de dettes illégitimes. Pire, l’État pourrait se voir infliger une amende s’il ne respecte pas les engagements de déficit ou d’endettement.

Cette modification constitutionnelle représente un coup dur pour la démocratie, une atteinte aussi bien envers la Magna Carta qu’envers les lois internationales. En effet, l’article 103 de la Charte des Nations Unies (qui constitue l’ordre public international) confirme clairement la suprématie de la Charte sur tout autre accord.


Article 103 de la Charte des Nations Unies :

En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord international, les premières prévaudront.

À ce propos, citons ici le juriste Renaud Vivien : « Rappelons que les États sont tenus de respecter les textes internationaux protégeant les droits humains et que cette obligation de respecter, protéger et promouvoir les droits humains prime sur tout autre accord. […]Autrement dit, un accord dont l’application entraîne une violation des droits humains et de la souveraineté d’un État est nul. La dette contractée dans le cadre de cet accord est donc illégitime. Elle n’a pas à être remboursée et les conditionnalités attachées au prêt doivent être rejetées par les pouvoirs publics. » |6|

La Constitution espagnole doit respecter la Charte des Nations Unies qui spécifie dans son article premier « [qu’en] aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance. » Or, la révision constitutionnelle fait clairement passer les intérêts des créanciers avant ceux des citoyens et porte atteinte aux règles les plus élémentaires de tout État démocratique. La Constitution de n’importe quel État membre des Nations Unies ne peut défendre une violation généralisée des droits humains à cause de politiques imposées par les créanciers étrangers qui priorisent le remboursement de la dette visé à l’article 135.3 de la Constitution espagnole. Les dettes contractées dans le cadre d’accords dont l’objet est de limiter la souveraineté des États et dont l’application entraîne la violation de droits humains sont illégitimes. Selon la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), « il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression. »

Selon les articles 1 et 2 de la Charte des Nations Unies et l’article premier, commun aux deux Pactes des Nations Unies de 1966 relatifs aux droits humains : « Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. Pour atteindre leurs fins, tous les peuples peuvent disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, sans préjudice des obligations qui découlent de la coopération économique internationale, fondée sur le principe de l’intérêt mutuel, et du droit international. En aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance. »

Par ailleurs, l’article 2.3 de la Déclaration des Nations Unies sur le droit du développement de 1986 est incompatible avec les plans d’austérité : « Les États ont le droit et le devoir de formuler des politiques de développement national appropriées ayant pour but l’amélioration constante du bien-être de l’ensemble de la population et de tous les individus, fondée sur leur participation active, libre et utile au développement et à la répartition équitable des avantages qui en résultent. »

Ces obligations légitiment l’intervention de l’État afin qu’il mette fin aux conditions imposées par le FMI ou la Commission européenne. La violation du droit est récurrente chez les créanciers, mais nous avons des arguments juridiques solides pour la condamner.

 

Traduction : Maïté Guillard

 

 
Notes

|1| Voir : https://www.monde-diplomatique.fr/2012/02/DUFRESNE/47427

|2| Voir le Bulletin officiel de l’État (BOE), 27 septembre 2011. http://www.boe.es/boe/dias/2011/09/27/pdfs/BOE-A-2011-15210.pdf

|3| Voir : http://portaljuridico.lexnova.es/legislacion/JURIDICO/30531/constitucion-espanola-aprobada-por-las-cortes-el-31-de-octubre-de-1978-ratificada-el-6-de-diciembre#A0135_00

|4| Rappelons que cette entreprise est publique depuis que le président Lázaro Cárdenaz décréta en 1938 l’expropriation de 17 compagnies pétrolières étrangères en faveur de la nation.

|5| La Constitution équatorienne interdit « l’étatisation de dettes privées » (article 290, paragraphe 7) et prévoit que seul l’État peut recourir « à l’endettement public si les rentrées fiscales et les ressources provenant de la coopération internationale sont insuffisantes » (article 290, paragraphe 1).

|6| Lire Renaud Vivien, « Quelques pistes juridiques pour qualifier une dette publique d’illégitime », 25 avril 2013.http://cadtm.org/Quelques-pistes-juridiques-pour. Ce qui suit et qui se réfère au droit international est largement inspiré de ce texte.

 

Auteur

Jérôme Duval

est membre du CADTM et de la plateforme d’audit citoyen de la dette en Espagne.


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Source: http://cadtm.org

 

 

 

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 22:01

 

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En Espagne, deux ans de prison pour d’anciens banquiers

LE MONDE ECONOMIE | • Mis à jour le | Par

 

 

 

Devant le siège de la Banque d'Espagne, à Madrid.

Devant le siège de la Banque d'Espagne, à Madrid. DOMINIQUE FAGET / AFP

 

Deux ans de prison. Le verdict a été prononcé, jeudi 22 octobre, contre quatre anciens directeurs de la banque régionale espagnole NovaCaixaGalicia, accusés de s’être attribués des parachutes dorés alors même que l’établissement financier se trouvait au bord de faillite.

 

Les quatre banquiers n’iront probablement pas en prison car ils n’ont pas d’antécédents pénaux. A condition toutefois qu’ils restituent les 19 millions d’euros qu’ils avaient perçus de manière « indue » et s’acquittent d’une amende de 75 000 euros chacun.

La sentence vient confirmer le pillage dont ont été victimes les cajas, ces caisses d’épargne semi-publiques au cœur de la crise bancaire qui a secoué lEspagne entre 2008 et 2013. Pour partir avec une confortable préretraite, les dirigeants de NovaCaixaGalicia, établissement né de la fusion de deux cajas, avaient modifié leurs contrats alors même que l’Etat avait déjà dû injecter des fonds pour sauver l’établissement de la faillite.

 

Une « farce »

Le scandale est d’autant plus grand que la banque avait auparavant vendu des milliers d’actions préférentielles – produits financiers complexes et risqués – à près de 40 000 petits épargnants qui pensaient faire un placement sûr, parmi lesquels des enfants ou des personnes âgées, parfois analphabètes, qui signaient d’une simple croix ou de leur empreinte digitale.

Au total, le gouvernement espagnol a injecté via le Fonds de restructuration bancaire (FROB) 9 milliards d’euros dans la banque de Galice, minée par une gestion désastreuse et une forte exposition à la bulle immobilière. Nationalisée et assainie, elle a été revendue fin 2013 pour à peine 1 milliard d’euros au groupe vénézuélien Banesco.

Pour toutes ces raisons, l’association de clients de banques et d’assurances Adicae a annoncé son intention de déposer un recours contre un verdict qu’elle considère comme une « farce ». Elle estime que les dirigeants méritent d’être condamnés pour « escroquerie » et doivent « aller en prison ».

 

Falsification, détournement, corruption…

De nombreux procès contre des banquiers sont attendus dans les prochains mois. L’an dernier, plusieurs responsables de Caixa Penedès ont déjà été condamnés à deux ans de prison, pour « administration déloyale », pour avoir empoché 30 millions d’euros d’épargne retraite. Actuellement, une vaste enquête judiciaire porte sur les conditions d’entrée en Bourse de Bankia, la banque issue de la fusion, en 2010, de sept caisses d’épargne. Elle a depuis reçu 23 milliards d’euros d’aide publique pour ne pas sombrer et contraint l’Espagne à demander à Bruxelles en 2012 une aide de 40 milliards d’euros. Plus d’une trentaine de responsables de Bankia sont mis en examen, dont son ancien président, par ailleurs ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Rodrigo Rato, accusé d’escroquerie, falsification, détournement de fonds, corruption et fraude fiscale dans « l’affaire Bankia » et ses ramifications.

Des accusations de « falsification comptable » touchent aussi des dirigeants de Banco de Valencia, la CAM ou de Caja Castilla-La Mancha. « Le FROB a présenté une quarantaine de plaintes devant le parquet », résume le ministre de l’économie, Luis de Guindos. Pour sauver une douzaine d’établissements financiers, l’Espagne a injecté plus de 56 milliards d’euros dans le secteur durant la crise et ne détient plus que des participations dans Bankia. Le sous-gouverneur de la Banque d’Espagne et président du FROB, Fernando Restoy, a estimé en avril que 40 milliards d’euros de ces aides ne pourront jamais être récupérés.

 

Lire aussi (édition abonnés) : Bruxelles invite l’Espagne à actualiser son budget « dès que possible »

 

 Sandrine Morel (Madrid, correspondance)


 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

 

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