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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:31

 

Le grand bond en arrière de l’Egypte

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

L'annonce de la libération conditionnelle de Moubarak est l'ultime symbole du retour des militaires aux commandes de l'Egypte. L'éradication des Frères musulmans, la faiblesse des autres forces politiques et l'impuissance occidentale augurent mal de l'avenir du pays.

Des trois pays qui avaient renversé leurs dirigeants lors du « printemps arabe » de 2011, le cas de l’Égypte, comparé à la Tunisie et la Libye, s’était toujours annoncé comme le plus problématique. Non seulement cette nation est la plus peuplée du monde arabe (85 millions d’habitants), avec une population relativement pauvre et peu éduquée, mais la chute d’Hosni Moubarak était autant due aux manifestants réclamant la démocratie qu’à l’armée qui avait simplement décidé de changer de cheval. Dès le départ, la « révolution égyptienne » n’en était pas vraiment une, malgré des élections présidentielles relativement libres qui avaient conduit à la victoire du candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, en juin 2012.

Aujourd’hui, les masques sont véritablement tombés et le « régime des officiers », mis en place par Gamal Abdel Nasser en 1954 est de retour en force. L’annonce de la libération conditionnelle de l’ancien raïs Hosni Moubarak, mercredi 21 août 2013, après deux années de détention, représente l’ultime symbole de ce grand bond en arrière. Un éteignoir sur les espoirs, qui avaient toujours été fragiles, d’une Égypte démocratique et libre.

Quand, le 3 juillet dernier, les militaires avaient arrêté le président Morsi après des semaines de manifestations populaires dirigées contre sa gouvernance et établi un « gouvernement d’union nationale », il pouvait encore y avoir l’espoir raisonnable d’une phase de transition, compliquée certes, afin de ramener l’Égypte vers la stabilité qui lui fait tant défaut depuis deux ans et demi. Mais maintenant que l’armée et la police ont entrepris d’éradiquer les Frères musulmans au prix d’un millier de morts – quasiment tous des civils –, ont rétabli l’État d’urgence tant détesté des années Moubarak, procèdent à des arrestations de masse arbitraires, tentent de museler la presse, le tout enrobé dans une rhétorique orwello-bushienne de « guerre au terrorisme », il est difficile d’imaginer comment le pays pourra sortir d’une spirale infernale de violence, d’autocratie et d’appauvrissement.

  • L’armée reprend fermement les rênes du pays

Un jour avant que l’armée et la police ne décident d’évacuer sauvagement, avec toute la puissance de frappe d’un régime répressif, les différents campements des Frères musulmans qui protestaient contre la destitution de « leur » président, la plupart des observateurs estimaient que les forces de sécurité se contenteraient d’affamer et de couper l’électricité aux manifestants, afin de régler le problème lentement, mais sûrement. C’était même l’assurance que des représentants (civils) de l’exécutif égyptien avaient donné aux gouvernement étrangers, à Washington en particulier. Mais la décision de frapper fort – et de frapper pour tuer, pas seulement pour disperser ou effrayer –, puis de pourchasser et d’arrêter tous les cadres dirigeants de l’organisation, signifie bien que l’armée n’entend pas juste réduire l’influence des Frères, mais véritablement les anéantir. L’arrestation très médiatisée, mardi 20 août, de leur guide spirituel, Mohamed Badie, le montre bien : jamais Moubarak n’avait pris cette décision.

 

"Non au coup d'État, oui à la légitimité !" Le sang d'un militant des Frères musulmans coule devant un poster de M. Morsi. 
"Non au coup d'État, oui à la légitimité !" Le sang d'un militant des Frères musulmans coule devant un poster de M. Morsi.© Amr Abdallah Dalsh/REUTERS

Le porte-parole de l’armée, Ahmed Ali, s’est d’emblée lavé les mains de toutes les accusations que l’on pourrait porter contre les forces de sécurité en déclarant : « Quand on a affaire à des terroristes, on ne peut pas s’embarrasser de considérations pour les droits humains ou civiques ! » Quant au nouvel homme fort du régime, le général Khalil al-Sisi, il a justifié ces opérations en expliquant : « L’armée et la police sont les gardiens de la volonté du peuple. » S’il est exact qu’une grande partie de la population continue de soutenir l’armée, il est aujourd’hui évident que l’exécutif actuel a tué bien plus de protestataires que Moubarak en 2011 ou que Morsi, quand il a lui aussi choisi d’user de la violence.

De plus, les militaires ont repris leurs vieilles pratiques : l’État d’urgence bien entendu, mais aussi les nominations des gouverneurs provinciaux (la moitié des édiles régionaux choisis la semaine passée sont des officiers), l’intimidation des journalistes étrangers et indépendants (les locaux d’Al Jazira ont été saccagés), l’interdiction des sit-ins, et les menaces judiciaires contre les dissidents. La caution libérale du nouveau régime, le prix Nobel de la paix Mohamed el-Baradei, a démissionné de son poste de vice-président dès le début de la répression : voilà aujourd’hui qu’il est attaqué en justice pour « trahison de confiance ». Officiellement, c’est un simple citoyen qui a porté plainte, mais ce genre de tactique était courante depuis des décennies.

Même si le gouvernement actuel n’a rien à voir avec l’élargissement d’Hosni Moubarak, personne ne peut sérieusement imaginer qu’il ne pouvait pas s’y opposer – la justice n’étant pas un parangon d’indépendance en Égypte. L’image d’un Moubarak libéré après le retour au pouvoir de ses pairs, et n’ayant plus à répondre de ses années de dictature, est le symbole de la réaffirmation du retour des officiers aux manettes.

  • Les Frères musulmans sont affaiblis, mais certainement pas morts

Le millier de morts, les centaines de blessés et d’emprisonnés, le deuil et la nécessité de se cacher… les Frères musulmans ont indubitablement reçu un coup aussi débilitant que celui des années 1950. Dans un témoignage accordé au New York Times, un cadre de l’organisation islamiste explique : « Poser des questions sur la structure de notre mouvement aujourd’hui, c’est comme demander des nouvelles de la carrière professionnelle d’un homme en train de mourir. » Selon une militante égyptienne des droits de l’Homme jointe par téléphone, « les militants des Frères musulmans ont désormais peur : ils ont peur de sortir dans la rue, peur de se faire arrêter et torturer, peur pour leur famille. Il n’y a pas que les instances dirigeantes qui ont été démantelées, il y a aussi la base qui est découragée. »

Mais, malgré la volonté affichée par les militaires d’éradiquer définitivement l’organisation, peu d’analystes estiment cela possible. Certainement pas sur le long terme. Car le mouvement est fortement implanté depuis des dizaines d’années partout en Egypte et ce ne sont pas les errements de Mohamed Morsi lors de son année à la tête du pays ni la répression en cours, qui peuvent éliminer son influence d’un coup de baguette magique. Surtout, toutes les tentatives d’éradication de l’islam politique par la force entreprises depuis un siècle n’ont jamais fonctionné autrement que ponctuellement, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Turquie, de l’Irak, de l’Afghanistan, des Républiques soviétiques, de la Syrie ou même de l’Algérie. Comme l’explique l’historien spécialiste du Moyen-Orient Juan Cole : « Tous les exemples que nous avons suggèrent qu’il est impossible d’éradiquer les mouvements politiques basés sur la religion par la force. Les engagements religieux se transmettent par la famille, et chaque génération de politicien peut y faire appel. Les généraux égyptiens sont en train d’essayer quelque chose qui ne peut être réalisé sur le long terme autrement que par des techniques génocidaires. »

La question la plus immédiate est celle de la réponse des Frères musulmans. Le gouvernement égyptien a agité le spectre de la guerre civile pour justifier sa réaction violente. Mais c’est au contraire l’acharnement du régime qui pourrait précipiter cette hypothèse, en radicalisant les éléments les plus jusqu’au boutistes de l’organisation et en les coupant des dirigeants qui avaient, pour la plupart, une influence modératrice. Pourtant, plus que la guerre civile, ce sont des actes terroristes revanchards qui sont à craindre. On l’a déjà constaté depuis une semaine avec des attaques contre des commissariats de police et des églises coptes, et surtout l’assassinat de 25 recrues de la police dans le Sinaï, cette vaste région qui est depuis des mois hors du contrôle gouvernemental.

Le Sinaï, ainsi que la province du nord-ouest qui jouxte la Libye sont deux des régions qui ont voté le plus massivement en faveur de Mohamed Morsi lors des élections de 2012 : elles risquent de se transformer en zone de repli pour les plus radicaux des Frères musulmans qui seraient tentés d’abandonner les directives de non-violence de l’organisation et de recourir à la lutte armée. En retour, ce genre de développement ne ferait que renforcer la brutalité du régime et son discours sécuritaire, éloignant la perspective de toute transition démocratique.

  • L’impuissance occidentale

Une fois de plus, dans la foulée de la destitution du président Morsi début juillet, les puissances occidentales ont été incapables de prendre une position de principe, rappelant les hésitations de janvier 2011. L’administration Obama et l’Union européenne ont soigneusement évité d’appeler le coup d’État par son nom et le secrétaire d’État américain John Kerry a été jusqu’à qualifier les actions de l’armée de processus de « restauration de la démocratie ». Fortement décrédibilisés par leurs années de soutien inconditionnel aux autocrates arabes, les Occidentaux n’avaient plus que l’arme financière pour, éventuellement, se faire entendre. Or celle-ci est en train de disparaître. Les réticences européennes et américaines à couper les appuis financiers offerts à l’Égypte ou à les assortir de conditions strictes ne font que renforcer l’indécision et l’imprécision des politiques occidentales.

Surtout, l’Arabie saoudite et les émirats du golfe persique se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont promis 12 milliards de dollars d’aide à l’Égypte sans l’assortir de la moindre condition (de quoi ridiculiser les 1,5 milliards de dollars annuels des États-Unis et le milliard des différents pays de l’UE). L’Arabie saoudite, qui déteste autant les Frères musulmans que l’esprit démocratique des « révolutions arabes », a adopté une attitude particulièrement provocatrice en annonçant qu’elle avait amplement les moyens de compenser toute diminution de l’aide occidentale. Le Qatar, qui penche lui du côté des Frères musulmans, a également promis de continuer à appuyer financièrement l’Égypte.

Le problème n’est pas tant que les promesses émanant des États de la péninsule arabique ne sont pas toujours tenues (les Palestiniens en savent quelque chose), mais que cet afflux de cash n’est qu’une rustine sur une chambre à air passablement usagée. La situation actuelle en Égypte ne risque pas de faire revenir les touristes ni les investisseurs dont le pays a tant besoin. Le fait que l’armée ait sciemment restreint l’approvisionnement en électricité et nourriture juste avant de se débarrasser de Morsi, afin de pouvoir se targuer d’améliorations ultérieures, ne plaide pas en faveur d’une gestion apaisée et impartiale de l’économie, qui reste le principal problème des Égyptiens.

  • Une coalition politique introuvable

Un des aspects les plus séduisants du mouvement de la place Tahrir demandant le départ de Moubarak en janvier 2011 était l’alliance de circonstance entre les Frères musulmans et les mouvements laïques et progressistes. Mais ces derniers (que l’on regroupe généralement sous l’appellation anglo-saxonne de “libéraux”), qui représentent le meilleur espoir d’un renouveau de la politique égyptienne et de l’ancrage dans la démocratie, n’ont jamais été capables de s’unir autrement que contre quelqu’un ou quelque chose. D’abord opposés au « régime des officiers », ils ont néanmoins soutenu un ancien premier ministre et général d’aviation, Ahmed Shafik, lors du second tour de l’élection présidentielle plutôt que Mohamed Morsi, contre lequel ils se sont ensuite battus. Ce sont à nouveau eux qui sont descendus dans la rue en juin pour appeler à la fin de la gouvernance des Frères musulmans et qui ont applaudi des deux mains au retour musclé de l’armée.

 

En 2011, les jeunes manifestants de la place Tahrir, encore pleins d'espoir.  
En 2011, les jeunes manifestants de la place Tahrir, encore pleins d'espoir. © Thomas Cantaloube

Aujourd’hui, à nouveau, les “libéraux” se divisent : certains continuent de soutenir Khalil al-Sisi et le régime militaire qu’il est en train de réinstaurer, d’autres réalisent qu’ils ont fait fausse route. Les salafistes d’al-Nour, eux aussi opposés aux Frères musulmans et qui s’étaient rangés aux côtés de l’armée, ont pareillement fait marche arrière. Ces forces d’opposition sont en train de comprendre que ce qui est en train de se mettre en place n’est rien d’autre qu’un retour à l’ordre ancien qui a prévalu pendant soixante ans et que, si l’armée était capable de réprimer aussi durement les partisans de Morsi, elle n’hésiterait pas à le faire contre des entités politiques plus faibles.

Tant qu’une coalition sérieuse entre les “libéraux” et ceux des Frères musulmans qui décideront de poursuivre le processus politique (à condition qu’on les y autorise) ne se mettra pas en place, les militaires auront les mains libres pour gouverner comme ils l’entendent. Mais les dissensions internes et désormais, le sentiment de trahison de ces deux groupes l’un envers l’autre rendent encore plus compliquée une telle alliance. Sans oublier le poids de l’Histoire et des institutions qui prévalent depuis un demi-siècle dans le monde arabe. Comme le constate le politologue palestinien Rami Khouri, « la triste leçon venue d’Égypte est que les deux groupes les mieux organisés et les plus populaires, les forces armées et les Frères musulmans, se sont tous deux montrés incompétents à gouverner ». « L’absence d’autres mouvements organisés et crédibles de citoyens qui pourraient participer au processus politique et bâtir un nouveau système constitutionnel est malheureusement la conséquence de la domination, depuis plusieurs décennies dans toute la vie publique arabe, des officiers, des tribus et des fanatiques religieux »écrit-il dans le Daily Star de Beyrouth. Le grand bond en arrière de l’Égypte, deux ans et demi après le vent d’espoir qui s’était levé, augure très mal de l’avenir du pays et de la région.

 

 

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 18:31

 

Rue89

L’édito 16/08/2013 à 18h55

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

 

 

 

Massacre sans précédent en Egypte, voiture-suicide près de Beyrouth, assassinats ciblés en Libye et en Tunisie, 100 000 morts dans la guerre civile en Syrie... La liste est incomplète, mais donne une idée des drames que traverse une bonne partie du monde arabe, un peu plus de trois ans après ce qui fut justement surnommé le Printemps arabe.

La référence explicite dans le choix de cette appellation avait été le Printemps des peuples de cette année fatidique 1848 à travers l’Europe, qui avait vu des soulèvements populaires, des barricades, des révolutions, réprimés dans le sang mais dont l’impact fut décisif sur l’évolution des systèmes politiques et des nations du continent.

Le Printemps de 1848 n’avait pas débouché du jour au lendemain sur la démocratie parfaite. Au contraire, en France, la révolution de 1848 s’achève dans le sang et les divisions.


Lamartine devant l’Hôtel de Ville de Paris le 25 février 1848 refuse le drapeau rouge, par Henri Félix Emmanuel Philippoteaux (via Wikipédia)

 

Il fallait être d’un optimisme sans failles pour croire que le Printemps arabe de 2011 permettrait de passer sans écueils de la dictature à une démocratie pluraliste et tolérante comme les pays en question n’en ont jamais connue. Plusieurs décennies d’autoritarisme abêtissant laissent des traces durables.

Le cimetière des analyses

Depuis le premier jour, le monde arabe défie les prédictions et les analyses des meilleurs experts, et fait exploser les illusions ou les effets d’optique de l’instant :

  • Il y a eu la vague des blogueurs qui ont donné l’illusion qu’il suffisait de tweeter pour faire tomber les dictatures ;
  • Il y a eu la contagion de la Tunisie à l’Egypte, avec le même succès, qui a fait penser que d’autres pays suivraient avec autant de facilité ;
  • Il y a eu l’analyse un peu rapide selon laquelle l’absence des islamistes du déclenchement des soulèvements les priverait d’influence ou même de succès ;
  • Il y a eu l’illusion « BHLienne » du coup de pouce sans douleur aux « démocrates » libyens, pour se retrouver avec une déstabilisation générale, sensible jusqu’au Mali ;
  • Il y a eu le cliché maintes fois répété selon lequel l’« hiver islamiste » succédait désormais au « printemps démocratique » ;
  • Il y a aujourd’hui le risque de croire que tout ça n’aura été qu’un interlude entre deux périodes de dictature, que deux ans et demi et beaucoup d’agitation plus tard, les peuples arabes n’auront réussi qu’à changer la photo du despote de l’heure.

L’échec de ces prophéties devrait inciter à la prudence analytique, et à penser que rien, décidément, n’est écrit d’avance dans ces événements d’ampleur historique qui traversent l’ensemble d’une zone géopolitique-clé.

Plusieurs fractures

Ce qui est certain, c’est que l’onde de choc partie d’une obscure bourgade tunisienne, Sidi Bouzid, a réveillé une région que l’on pouvait croire condamnée à l’immobilisme politique.

Mais en même temps, elle a réveillé ou exacerbé des lignes de fractures colossales, qui produisent aujourd’hui les drames auxquels nous assistons impuissants.

  • La fracture sociale et culturelle à l’intérieur des sociétés arabes, comme le montrent à l’évidence les impasses politiques de Tunisie et d’Egypte, et l’impossible dialogue traditionnalistes/modernistes. Entre une partie de la population éduquée, connectée, qui aspire au changement, et des sociétés restées très conservatrices, la rupture est consommée là où un compromis serait nécessaire.
  • La fracture chiite-sunnite, évidemment pas nouvelle (la guerre Iran-Irak des années 80 pour ne pas remonter au VIIe siècle), est centrale dans le conflit en cours en Syrie ou dans les événements de Bahreïn ou du Liban, et plus généralement dans la lecture des événements de nombreux Arabes.
  • La rivalité Qatar-Arabie saoudite est aussi l’un des éléments importants en toile de fond de nombreuses situations, qu’il s’agisse du soutien à telle ou telle faction en Syrie, ou aux pouvoirs successifs en Egypte.

Les Occidentaux en retard d’une crise

Depuis deux ans et demi, il est un acteur qui court derrière les événements sans grand impact : les Occidentaux.

Ils ont été pris par surprise alors qu’ils pensaient eux-aussi que les dictateurs étaient inamovibles (souvenez-vous d’Assad sur les Champs-Elysées ou des efforts de Nicolas Sarkozy pour faire de Moubarak et Ben Ali les parrains de son éphémère Union pour la Méditerranée), et sont toujours en retard d’une crise.

Les hésitations françaises, initialement en flèche pour aider l’opposition syrienne sans trop savoir désormais comment le faire, en sont le révélateur cruel.

Dernier piégé par l’imprévisibilité et la rapidité des événements, John Kerry, le Secrétaire d’Etat américain, qui a salué le renversement de Mohamed Morsi par l’armée comme un « rétablissement de la démocratie », pour mieux devoir aujourd’hui condamner le massacre commis par les mêmes militaires dans les rues égyptiennes.

Les éditoriaux de la presse américaine qualifient ouvertement l’administration Obama de « complice » de la tuerie insensée de cette semaine, une tâche de sang sur le bilan diplomatique déjà passablement contestable du prix Nobel de la paix avant l’heure.

Une étape dans la quête de modèle

Le risque d’un rétablissement autoritaire dans la région n’est pas à exclure, pas plus qu’une victoire relative de Bachar el-Assad n’est pas impossible.

Mais tout comme l’écrasement du Printemps des peuples de 1848 en Europe n’a pas marqué la fin de l’histoire, les heures sombres que traverse le monde arabe ne marquent qu’une étape dans l’ère nouvelle ouverte depuis 2011.

Une étape de plus dans la quête d’un modèle de développement politique, culturel, identitaire et social, qui agite le monde arabe depuis des décennies, et qui est encore loin d’avoir abouti.

Pour l’heure, au-delà des souffrances et des morts, les images du Caire sont tragiques car elles renvoient les islamistes dans l’idée que la démocratie n’est pas faite pour eux, elles placent les libéraux dans une cruelle contradiction aux allures de piège, et elles transforment durablement les « arbitres » militaires en nouveaux bourreaux.

Tous les ingrédients de l’échec, voire pire si rien n’est fait pour stopper l’engrenage de la guerre civile, sont là.

 

 

 

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 21:48

 

 

 Médiapart

|  Par Juliette Chapalain et lorraine kihl et Walid Youssef

 

 

Les forces de l'ordre ont violemment évacué les partisans du président déchu qui occupaient deux places du Caire depuis six semaines. Le ministère de la santé égyptien faisait état de 278 morts mercredi soir alors que les Frères musulmans parlaient de milliers. L'état d'urgence est déclaré pour un mois dans tout le pays. Le vice-président par intérim et prix Nobel de la paix Mohamed El-Baradei a démissionné. 

 

 

 

Les corps de membres des Frères musulmans et de partisans de Morsi allongés à la mosquée Rabiya Al-Adawiyya, le 14 août 2013
Les corps de membres des Frères musulmans et de partisans de Morsi allongés à la mosquée Rabiya Al-Adawiyya, le 14 août 2013© REUTERS/Amr Abdallah Dalsh
 
 

L’évacuation par les forces de l’ordre égyptiennes de deux places du Caire, occupées depuis six semaines par des partisans du président déchu Mohamed Morsi, s’est transformée, mercredi 14 août, en un véritable bain de sang, au Caire et dans certaines villes de province. L'état d'urgence est déclaré dans tout le pays pour un mois, et selon Associated Press, le gouvernement a annoncé la mise en place d'un couvre-feu nocturne au Caire et dans dix autres provinces. Il se tiendra de 19 h à 6 h du matin, selon une annonce du conseil des ministres du gouvernement par intérim. Le vice-président et prix Nobel de la paix Mohamed El-Baradei a présenté sa démission. Il avait été envisagé pour le poste de premier ministre, mais sa nomination, décriée tant par les islamistes que la coalition laïque, avait été annulée.

 

 

Dans sa lettre de démission au président par intérim, Mohamed El-Baradei a déclaré : « Comme vous le savez, j’avais imaginé plusieurs façons de disperser ces manifestants de manière pacifique, et suggéré des procédés pour entamer une réconciliation nationale. Mais, après ce jour, je pense que nous paierons le prix fort pendant longtemps avant l’avènement de la réconciliation. Par conséquent, il est devenu incroyablement difficile pour moi de porter la responsabilité d’actions que je ne cautionne pas, de décisions dont je crains les conséquences, et je ne peux pas être responsable d’une seule goutte de sang versée. Les seuls qui profitent des événements d’aujourd’hui sont les terroristes, les anarchistes, les extrémistes, et vous feriez bien de vous souvenir de ce que je vous avais dit. Que Dieu bénisse l’Égypte et son peuple. »

L'AFP avance le nombre de 140 manifestants pro-Morsi tués sur la place Rabiya Al-Adawiyya. Un bilan réalisé dans des morgues improvisées, qui ne tient pas compte des morts éventuels dans les autres rassemblements du Caire, ni de ceux d'autres affrontements en cours dans le pays. Des dizaines de blessés et de morts seraient acheminés vers les hôpitaux toutes les minutes, selon des journalistes sur place : « Le nombre de cadavres a triplé en moins de 15 minutes dans une chambre », a twitté un membre du New York Times

 

 

Les Frères musulmans évoquent un « massacre » et le chiffre de 2 200 morts et d'au moins 10 000 blessés, relate Le Monde. Quant au ministère de la santé, il chiffre à 278 le nombre de morts pour l'ensemble du pays. 

 

Exfiltration de militants par la police et utilisation de bombes lacrymogènes, dans la matinée du 14 août. © Al-Jazeera

Bulldozers et voitures pour évacuer les campements


Depuis six semaines, les partisans de Mohamed Morsi occupent deux places de la capitale égyptienne. Situé autour de la mosquée Rabiya Al-Adawiya, le principal campement regroupait plusieurs milliers d'hommes. Son évacuation, laissée en suspens à la faveur du ramadan, était attendue, contrairement à la tournure extrêmement violente prise par les événements. La police a entièrement bouclé les quartiers des deux campements mercredi matin avant d'envoyer véhicules blindés et bulldozers. « À l'aube ce matin, j'étais au campement près de la mosquée de Rabiya al-Adawiyya dans le quartier de Nasser City au Caire, raconte le journaliste Mike Giglio, dans Newsweek. Vers 7 h, j'ai vu les forces de sécurité s'engager sur la route. Une voiture blindée noire de police a pris la tête, suivi par les transporteurs sables. Les manifestants ont paniqué. Ils avaient construit des barricades de sacs de sable et de pavés autour des tentes qui abritaient quelque 5 000 partisans de Morsi, peut-être plus. Mais rien qui nécessite que les forces de sécurité amènent des bulldozers. »

 

 


Afficher Bain de sang au Caire sur une carte plus grande



Les tentes ont été enfoncées et les manifestants assaillis de gaz lacrymogènes. Un journaliste de CNN a évoqué des tirs venant des toits des immeubles. Selon des témoignages concordants, plusieurs personnes auraient été abattues. Les personnes enfermées dans le camp de Rabiya Al-Adawiyya et qui ne souhaitaient pas poursuivre les affrontements ont été autorisées à rentrer chez elles aux alentours de 17 h 30, selon les images diffusées sur la chaîne égyptienne ONTV, au même moment, des manifestants ont mis le feu au ministère des finances, selon cette même chaîne. 

Selon le ministère de l'intérieur, le second camp, place Nahda, est passé sous le contrôle de la police en fin de matinée et 200 opposants « armés » ont été arrêtés.



 
Affrontements sur le pont du Six Octobre. Un hummer de la police est précipité du pont alors que cinq hommes sont à l'intérieur© Chaîne égyptienne Elfagr Mubasher
 

Armes automatiques contre jets de pierre ?

Sur Al-Jazeera, CNN et dans la presse anglo-saxonne, plusieurs journalistes ont affirmé ne pas avoir vu de manifestants pro-Morsi faire usage d'armes à feu. Toutefois, Video 7 a diffusé des images montrant des manifestants munis d'armes automatiques dans le quartier d'El Mohandesin, au Caire : 

 

Des pro-morsi armés, rue de la Ligue des pays, au Caire.
 
 
 Des manifestants pro-Morsi tirent en direction de la police.© Vidéo7

 

Si la situation au camp de la mosquée Rabiya Al-Adawiyya était encore confuse mercredi matin, le ministère de l’intérieur a par contre affirmé que la place Nahda était « totalement sous contrôle ». Environ 200 « manifestants armés » y auraient été arrêtés. D'après Reuters, les manifestants ont tenté d'établir un camp sur une troisième place de la ville : Mohamed Mahmoud. 

Les manifestations se sont également tenues dans diverses provinces égyptiennes. Selon le Ahramonline, des centaines de manifestants ont bloqué une route principale à Assiut, plusieurs marches de protestation se sont déroulées à Alexandrie et à Aswan, où les manifestants ont jeté des pierres sur les bureaux du gouvernement, et des manifestants ont mis le feu à des véhicules de police à Minya. Cinq personnes seraient mortes à Suez. Plusieurs routes majeures ont été bloquées dans le pays, notamment celles reliant Le Caire à Alexandrie. Selon l’agence officielle Mena, des pro-Morsi auraient incendié trois églises coptes dans la province d'el-Menia, dans le centre de l’Egypte. Le responsable d’Human Rights Watch en Allemagne, Wenzel Michalski, lui, compte six églises attaquées. Des commerces et magasins détenus par des coptes auraient également été visés. 

Les Frères musulmans, de leur côté, ont appelé les Égyptiens à « descendre dans la rue contre le massacre », jeudi 15 août. Dans la soirée, Essam Al-Erian et Mohamed Al-Beltagi, deux dirigeants de la confrérie, ont été arrêtés, selon Reuters. La fille de ce dernier avait été tuée par balles dans l'après-midi.

Les journalistes, visés

Deux journalistes sont morts et beaucoup ont été arrêtés. Un caméraman de la chaîne britannique Sky News a été tué par balles au Caire, selon la chaîne, ainsi que la jeune Habiba Ahmed Abd Elaziz, reporter d'Xpress, le site anglophone de Dubaï. Mike Giglio, le correspondant de Newsweek, raconte sur son compte Twitter avoir été arrêté avec plusieurs confrères par la police : « Les flics ont pris mon ordinateur portable et l'ont ouvert sur place. Ils m'ont frappé au visage jusqu'à ce que je leur donne le mot de passe. Ordinateur, porte-feuille et portable ne m'ont pas été rendus. »

 

© Twitter
 

Il est ensuite emmené avec un groupe de personnes interpellées dans un stade de foot, où les policiers anti-émeute entourent un groupe de prisonniers agenouillés. Le journaliste raconte avoir croisé d'autres journalistes lors de sa détention, parmi lesquels deux Français.
« J'ai été arrêté en même temps qu'un photographe indépendant égyptien, Mahmoud Abou Zeid, et un autre français, Louis Jammes (...) Ils ont aussi été frappés après avoir été identifiés comme journalistes. Je suis aussi tombé sur le photojournaliste français Mani. (...) Mani était du côté des manifestants à Rabiya, il essayait de filmer. » L'envoyé spécial d'Al-Jazeera au Caire a été arrêté en fin de journée.

Le correspondant du Guardian au Caire, Patrick Kingsley, raconte que, sous une pluie de balles, les pro-Morsi préparent des cocktails Molotov dans la rue. Les accès aux campements et aux alentours ont été bouclé par la police. « À ceux qui essayent d'accéder à Rabaa : laissez tomber. »

 

© Twitter
 

Le journaliste a été arrêté peu après à un check-point.

Les condamnations unanimes ont émergé au cours de la journée

  • Amnesty International : « La promesse des autorités d’utiliser la méthode fatale en dernier recours seulement a été brisée. Bien trop souvent par le passé, les forces de sécurité égyptiennes ont usé d’une force excessive envers les manifestants, entraînant des conséquences catastrophiques », a déclaré Philip Luther, directeur d’Amnesty International au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Selon l’ONG, le sit-in de Rabia Al-Adawiyya est interdit d’accès, et plus de 200 personnes ont été tuées durant les affrontements et autres violences politiques depuis la chute du président Morsi.
  • L'OTAN : le secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen a déclaré : « Je suis profondément concerné par la situation en Égypte, et les effusions de sang incessantes. Je déplore la perte des vies. L'Égypte est un partenaire important pour l'OTAN, pour le dialogue méditerranéen. J'appelle les deux camps à refréner la violence et à travailler à la restauration du processus politique. » 
  • L’Union européenne : « J'appelle les forces de sécurité à faire preuve de la plus grande retenue et tous les citoyens égyptiens à éviter de nouvelles provocations et une escalade de la violence », a écrit la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton dans un communiqué.
  • L'ONU :  le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon « regrette que les autorités égyptiennes aient choisi la force pour répondre aux manifestations en cours ». « Bien que l'Onu continue de réunir des informations précises sur les événements de la journée, il semble que des centaines de personnes ont été tuées ou blessées dans les affrontements entre les forces de sécurité et les manifestants », a précisé un communiqué en provenance de l'organisation mondiale.
  • Les États-Unis : « Les États-Unis condamnent sévèrement l'usage de la violence envers les manifestants égyptiens », a annoncé Josh Earnest, l'un des porte-parole de la Maison Blanche. « Nous avons appelé à maintes reprises les forces de sécurité égyptiennes à faire montre de réserves. (...) Tout comme nous avons vivement incité les protestataires à manifester avec calme », a-t-il rappelé. 
  • La France : « La France déplore très vivement les violences survenues au Caire lors des opérations d'évacuation », a déclaré un porte-parole du Quai d'Orsay.
  • L'Iran :  le ministère des affaires étrangères redoute la « guerre civile ». « L'Iran suit de près les événements amers en Égypte, désapprouve les actions violentes, condamne le massacre de la population et met en garde contre ses graves conséquences », a affirmé le ministère iranien des affaires étrangères, dans un communiqué.
  • Le Qatar : le principal soutien des Frères musulmans a dénoncé l'assaut de la police. « Le Qatar dénonce avec force la méthode utilisée contre les manifestants pacifiques (...) qui a coûté la vie à un certain nombre d'innocents sans armes », a déclaré un porte-parole du ministère des affaires étrangères du Qatar.
  • La Turquie : « La communauté internationale, notamment le Conseil de sécurité des Nations unies et la Ligue arabe, doit agir immédiatement pour faire cesser ce massacre », a déclaré le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan, dans un communiqué.
  • L'Allemagne :  Berlin a demandé une « reprise immédiate des négociations » pour contrer « toute nouvelle effusion de sang ».
  • L'Angleterre : Londres « condamne » l'utilisation de la force pour disperser les manifestants.
  • L'Italie : la ministre italienne des affaires étrangères a estimé qu'il était « nécessaire que les forces de police exercent le maximum d'auto-contrôle et tous doivent éviter toute incitation à la violence ».

Montée des violences fin juillet

Avant ces événements, la nuit du 26 au 27 juillet 2013 était considérée comme la plus dramatique depuis le début de la révolution en Égypte, en janvier 2011. Les chiffres différaient également selon les sources. Au moins 120 personnes avaient été tuées lors des affrontements entre les partisans de l’ancien président déchu, Mohamed Morsi, et les forces de l’armée dans la banlieue du Caire, selon les Frères musulmans. De son côté, le ministère égyptien de la santé ne faisait état que de 20 morts. 

Cette flambée de violence fait suite à une montée des tensions depuis plusieurs jours en Égypte. Le 24 juillet, le général Abdel Fattah Al-Sissi, homme fort de l’armée qui avait mené l'opération de destitution du président Mohamed Morsi, avait exhorté « tous les Égyptiens honnêtes » à manifester pour lui « donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme »Cette exhortation avait été interprétée comme un appel ouvert à une confrontation directe de la rue avec les Frères musulmans, qui avaient appelé leurs sympathisants à manifester contre le coup de force de l'armée. 

La chute de Morsi, point de départ des affrontements

Depuis dimanche 30 juin, soit un an jour pour jour après l'élection du représentant des Frères musulmans à la tête du pays, Tamarod (“rébellion” en arabe) avait réclamé la démission du chef d'État égyptien avant le mardi 2 juillet, 17 heures, et assurait avoir collecté plus de 22 millions de signatures, soit plus que le nombre de votes récoltés par Mohamed Morsi lors de la présidentielle. Le mouvement contestataire avait rassemblé plus de 14 millions d'Égyptiens dans les rues du Caire les premiers jours. Parmi les partisans de Tamarod, on retrouve des personnalités laïques, libérales, ou de gauche, dont le cyberdissident charismatique de la révolution égyptienne de 2011, Wael Ghonim.

 

Sur Twitter, le cyberdissident Wael Ghonim prend parti pour Tamarod

Justifiant qu'« il n'y a pas d'autre alternative que la fin politique du pouvoir des Frères musulmans et de leur représentant Mohamed Morsi », le mouvement a rejeté tout dialogue avec le président. Les partisans de Tamarod s'étaient attaqués au siège des Frères musulmans au Caire, incendié pendant la nuit du 1er au 2 juillet.

Tamarod réclamait également de l'armée égyptienne qu'elle se positionne clairement pour ou contre son action, laquelle avait adressé le 1er juillet, un ultimatum de 48 heures au gouvernement pour résoudre cette crise politique. 

Après la chute de Mohamed Morsi le 3 juillet, destitué par l'armée et emprisonné, l'économiste et ex-ministre des finances Hazem El-Beblaoui, avait été nommé le 9 juillet premier ministre du gouvernement de transition par le président par intérim. Un gouvernement par intérim dont les Frères musulmans sont absents, et qui est vivement contesté par leurs partisans. 

 

 

 

 

 

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 15:24

 

 

Le Monde.fr avec AFP

03.07.2013 à 10h31 • Mis à jour le 03.07.2013 à 10h46

 

 


Human Rights Watch fait état de 91 cas d'agressions sexuelles au moins depuis le 28 juin sur la place Tahrir, certaines tournant au viol.

Près d'une centaine d'agressions sexuelles ont été commises sur la place Tahrir et ses environs au Caire en quelques jours, en marge des manifestations contre le président Mohamed Morsi, a rapporté l'ONG Human Rights Watch (HRW), mercredi 3 juillet.

L'organisation, située à New York, fait état de 91 cas d'agressions au moins, certaines tournant au viol, depuis le 28 juin, sur la base d'informations recueillies par des associations locales luttant contre ce phénomène, devenu récurrent en marge des manifestations en Egypte. Le communiqué de HRW fait état de cinq attaques contre des femmes le 28 juin, 46 le dimanche 30 juin – journée des plus fortes manifestations –, 17 le 1er juillet et 23 le 2.

 

Lire l'enquête Place Tahrir, le viol comme crime politique

 

Le scénario le plus souvent décrit par les victimes est celui d'un groupe de jeunes hommes "qui repère une femme, l'encercle, la sépare de ses amis", avant de l'agresser, de lui arracher ses vêtements ou de la violer. Dans certains cas, la victime est traînée au sol pour continuer d'être agressée dans un autre endroit. Dans plusieurs cas, ces attaques, dont certaines ont duré près d'une heure, ont conduit à des hospitalisations.

HRW rapporte que des femmes ont été "battues avec des chaînes métalliques, des bâtons, des chaises et attaquées avec des couteaux". Le communiqué déplore que "le désintérêt du gouvernement" pour ce problème se traduise par une culture "d'impunité".

 

 DISSUADER LES FEMMES DE MANIFESTER

Devant l'ampleur du phénomène, des groupes se sont mis en place au Caire depuis plusieurs mois pour recenser les agressions sexuelles et protéger les femmes lors des manifestations. Ces attaques ont dans plusieurs cas visé des journalistes étrangères. Faute d'arrestations, les responsables de ces actes sont mal identifiés. Certains mettent en cause des groupes de voyous profitant du fait que la police a renoncé à être présente sur Tahrir pour commettre des agressions.

Des groupes militant contre la violence estiment que ces actes visent à dissuader les femmes de participer aux rassemblements contre le pouvoir, et à ternir l'image des manifestations sur ce site emblématique pour le mouvement pro-démocratie.

 

Lire aussi : Le harcèlement sexuel, la onzième plaie d'Egypte


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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 16:48

 

 

Marianne

 

 Rédigé par Martine GOZLAN le Dimanche 30 Juin 2013 à 23:50

 

 

C'est la plus grande manifestation de l'histoire du pays. 14 millions d'Egyptiens se sont rassemblés dans toutes les grandes villes pour crier " dégage !" au président Mohamed Morsi. Le leader des Frères musulmans a réussi à dégoûter l'Egypte des islamistes!




Affrontements le 28 juin à Alexandrie. Photo AFP
Affrontements le 28 juin à Alexandrie. Photo AFP
Misère. Clanisme. Fanatisme. Immobilisme absolu des appareils  au coeur des tempêtes qui ont déjà balayé un premier monde, celui de la dictature renversée, et s'apprêtent à emporter le second monde : la dictature des apparences, celle qui se grime en démocratie. Le sang coule à nouveau en Egypte, des  foules énormes se jaugent et s'affrontent. Trois morts le 28 juin: deux Egyptiens dont un journaliste tué à Port Said et un  photographe américain de 21  ans à Alexandrie, près du siège des Frères musulmans. Cinq nouvelles victimes ce week-end.

Mais les majoritaires ne sont plus ceux qu'on pensait. Le mouvement " Tamarrod", " Rébellion", a réussi à mobiliser 14 millions d'e manifestants( chiffres donnés par des sources militaires)  le dimanche 30 juin contre Mohamed Morsi, Frère musulman désormais récusé par le peuple. Ce peuple qui l'avait pourtant élu voici un an;

Incroyable renversement! L'énigme du Nil!

Que va faire l'armée?

Que n'avait-on pas dit de Mohamed Morsi, pourtant, voici un an! Comme d'habitude, les commentaires macéraient dans l'eau bénite: l'homme, oint par le suffrage universel, avait bien entendu " changé" du tout au tout, il n'était plus ce Frère musulman ultra-réactionnaire, bigot, d'envergure limitée, dont le charisme avait pourtant échappé à la plupart des journalistes dans les mois précédents.  Le nouveau président devait conjuguer le talent oratoire et la diplomatie, tirer le fellah du Nil de son malheur, en finir avec la corruption qui avait été le vrai moteur de l'insurrection anti-Moubarak.
En matière diplomatique, on célébrait son art de la médiation à Gaza. En matière économique...il était urgent d'attendre!

Un an plus tard, où en est l'Egypte? Plus pauvre, plus divisée, plus corrompue, plus meurtrie, elle a vu ses enfants s'entretuer à Port-Saïd, ses jeunes toujours embastillés, son aura sur la scène internationale sombrer.
La sécurité est une chimère: le lynchage est devenu une sorte de réflexe dans plusieurs villes et villages. Pas de police, pas de justice: la pulsion règne.
Haine de l'autre: les Coptes, bien sûr, ces chrétiens que Moubarak non plus n'avait pas protégés, mais aussi la haine des chiites, minorité musulmane de l'Egypte majoritairement sunnite. On a lynché à mort toute une famille la semaine passée;

Et là-haut, dans le ciel et les ors des palais de la révolution bénie par Dieu, qu' a fait Mohamed Morsi?
Il a perpétué la gouvernance par clan, le sien, celui des Frères musulmans. Bafouant la gouvernance pour le peuple, il s'est installé dans le fauteuil du Raïs en se contentant d'ajouter un Coran- et la charia- à son sceptre de pseudo-démocrate. Il a multiplié les recommandations  sociétales archaïques et flatté les salafistes: tout ce qui devait condamner le tourisme, vital pour l'ex-grande puissance des bords du Nil. Sa dernière bévue? Nommer par décret gouverneur de Louxor  le chef du groupe des Gamaat Islamiya, responsables en 1997 d'un attentat qui avait tué 58 touristes sur le site des pyramides. On cauchemarde! La population et les employés du site de Louxor ont crié leur révolte. Prise de conscience tardive: le terroriste promu gouverneur a dû démissionner.
Cette folie dit tout.
A cette folie, 14 millions d' Egyptiens disent non sur les places d'une nouvelle Révolution.

 

 

 

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 17:13

 

Médiapart

 

 

Lire aussi

C’est sans doute l’une des plus importantes journées depuis la révolution égyptienne de février 2011. A l’appel du mouvement Tamarod (rébellion en arabe), ce dimanche 30 juin, plusieurs centaines de milliers de personnes défilent en Egypte contre le gouvernement des Frères musulmans et le président de la République, Mohammed Morsi. A 16h, une estimation militaire officieuse mais reprise par la presse égyptienne faisait état de 3 millions de manifestants anti-Morsi. En fin de journée, les rassemblements semblaient encore plus massaifs, à tel point que plusieurs observateurs et blogueurs égyptiens estimaient qu'il s'agissait d'une mobilisation bien plus importantes que lors de 25 et 28 janvier 2011.

 

The Big Pharaoh @TheBigPharaoh

This is only ONE, UNO, UN street in Cairo leading to the presidential palace. #Jun30 pic.twitter.com/kw5YfIFQck

Voir l'image sur Twitter


Tamarod revendiquait samedi 22 134 465 de signatures pour sa demande de destitution du président, près de dix millions de plus que l’ensemble des suffrages obtenus par Morsi lors de son élection à la présidence il y a tout juste un an. L’opposition égyptienne craint la mainmise des Frères musulmans sur les organes de l’Etat, quand ceux-ci renvoient dos-à-dos manifestants et partisans de l’ancien régime, responsables selon les «Frères» des blocages institutionnels actuels et de la dégradation de l’économie.

Ce matin dès l’aube, plusieurs milliers de personnes sont venues rejoindre les tentes dressées samedi sur la place Tahrir au Caire.

 

La place Tahrir à l'aube, une image partagée sur les comptes twitter des activistes égyptiens 
La place Tahrir à l'aube, une image partagée sur les comptes twitter des activistes égyptiens

 

Toute la journée de dimanche, les rues du centre-ville étaient décrites comme vides par les habitants de la capitale égytpienne, la plupart des commerçants et chefs d'entreprises ayant demandé à leurs employés de ne pas venir travailler.

 

Evan Hill @evanchill

Cairo's streets are deserted. Every business I know gave their employees the day off.

 

 

Erin Cunningham         @erinmcunningham

speechless! RT @bencnn: Photo: cairotraffic: no problem. #30June #Egypt pic.twitter.com/MLCBjJbGBv

Voir l'image sur Twitter


A la mi-journée, des manifestations d’ampleurs aux cris de «Morsi dégage!» avait lieu notamment place Tahrir au Caire, à Menoufia, Chaequiya, Alexandrie, Gharbia, Beni Suef, dans le sud du Sinaïd, à Damietta, Suez et Post Said, contre un seul rassemblement de plusieurs milliers d’Egytpiens en faveur du président, à Nasr City au Caire. En fin de journée, le cortège des anti-Morsi devait se former devant le palais présidentiel entrouré de blocs de bétons, dans le quartier d'Héliopolis au Caire.

 

The Daily News Egypt @DailyNewsEgypt

MT ‏@NoraBeh Protesters at the #Palace say the main event will start around 6 pm when all marches converge there #June30

 

 

18h dimanche, place de l'opéra 
18h dimanche, place de l'opéra© Cendrine Cazenave

«Nous sommes manifestons pour débouler le dictateur en devenir et ôter la pierre qui nous bloque le chemin de la démocracie», écrit la chroniqueuse Dalia Ziada. A Paris aussi, les Egyptiens expatriés, pro comme anti-Morsi, ont prévu de se rassembler place Saint-Michel et place de l'Opéra.

Parmi les singularités des défilés de ce dimanche en Egypte, la présence d'un cortège de policiers mené par l'ancien ministre de l'intérieur, Ahmed Gamal El Din, en poste d'août 2012 à janvier 2013. Dans plusieurs défilés du Caire, des soldats se sont également mélés aux manifestants.

Le mouvement ne se fait pas entendre uniquement dans la rue. Au moins huit parlementaires ont officiellement démissionné, a indiqué samedi dans un communiqué Ahmed Fahmy, le porte-parole du Conseil de la Choura, la chambre haute du Parlement dominée par les musulmans conservateurs. Ce dimanche, la ville de naissance du président Morsi, El-Adwa, dans le delta du Nil, est elle-même divisée, comme le raconte un reportage du journal Al Ahram.

De leur côté, les Frères musulmans ont appelés leurs jeunes à défiler ce dimanche pour soutenir Morsi et défendre la légitimité de président élu. Sur son compte twitter, le porte parole des «Frères» a lui affirmé que ses militants étaient victimes d’attaques de « brigands », référence à l’époque Moubarak lorsque des voyous à la solde du régime attaquaient les manifestants pour les disperser.

 

Gehad El-Haddad @gelhaddad

Various scene of attacks & violence by thugs, #Tamarod activists, Opposition protestors & figures, Blakblock gangs. http://youtu.be/dYaHf7PUyj4  

 



 

Deux sièges du parti liberté et justice, le parti des Frères musulmans, ont du reste brûlés dimanche après-midi dans les provinces d'Al Charqeyyah et al-Dekahlia,  rapportait la chaine Al Jazeera. «Demain ne nous fait pas peur», ont néanmoins affirmé les sympathisants de Morsi, réuni à Nasr city et interrogés par le reporter du Daily news Egypt. Pour le reste, à 19h, la journée semblait s'être déroulé sans affrontements majeurs, malgré les craintes de participants exprimées la veille. « Les Frères musulmans ont toujours utilisé la violence, le terrorisme, la dictature. Je pense qu'ils vont de nouveau l'utiliser contre nous aujourd'hui ! Peut-être que nous ne verrons pas la belle Egypte de l'après 30 juin », redoutait notamment Ahmed Adel, membre du mouvement Tamarrod intérrogé par Radio france internationale.

 

Un nouveau premier ministre pour sortir de la crise?

 

Gregg Carlstrom @glcarlstrom

Tahrir now #egypt pic.twitter.com/4Wnf5yxBSv

Voir l'image sur Twitter


Entre les deux camps, la polarisation a atteint un degré de violence dramatique ces derniers jours, faisant craindre aux Egyptiens que la journée ne dégénère en affrontements meurtiers. Selon le dernier bilan, huit personnes, dont un américain venu enseigner l'anglais ont péri entre mercredi et samedi dans les précédentes manifestations et affrontements entre pro et anti-morsi. L'armée a indiqué qu'elle s'était déployée dans les provinces pour renforcer la protection des installations vitales en cas de graves dérapages.

 

Le journal Tahrir titre "Dégage", dimanche 30 juin 
Le journal Tahrir titre "Dégage", dimanche 30 juin

« Les Frères musulmans ont toujours utilisé la violence, le terrorisme, la dictature. Je pense qu'ils vont de nouveau l'utiliser contre nous aujourd'hui ! Peut-être que nous ne verrons pas la belle Egypte de l'après 30 juin », craignait Ahmed Adel, membre du mouvement Tamarrod intérrogé par Radio france internationale.

Quelles solutions désormais pour Morsi ? Dimanche matin, les rumeurs les plus diverses se répandaient sur les réseaux sociaux et dans les médias, de la reprise en main par l’armée à la proposition secrète de confier le gouvernement à Hamdine Sabahi, l’opposant nassérien de gauche et troisième homme de l’élection présidentielle.

Cette idée de proposer un nouveau premier ministre est d’ailleurs timidement reprise à son compte dimanche matin par le porte-parole des « Frères musulmans » et conseiller du parti liberté et justice, Gehad El-Haddad, dans un entretien accordé à Al Ahramonline. Le porte-parole appelait cependant en fin de matinée sur Twitter les partis qui souhaitent participer au prochain gouvernement à se préparer pour les prochaines élections parlementaires. Une manière d'écarter toute idée de concession à court terme, puisque la date des élections n'est pas encore fixée, ni attendue avant le printemps 2014 du fait des difficultés à élaborer une loi électorale cohérente et de l'oppostion de la Haute cour constiutionnelle, qui a invalidé la précédente.


  Gehad El-Haddad @gelhaddad

Egypt's next parliment will create the government. Those who feel they can contribute to government should start preparing for parl election

Face aux Frères musulmans, l'oppostion demeure unie, malgré l'hétérogénéité du Front de salut national, qui s'étend des partisans de l'ancien régime jusqu'aux progressistes. Samedi, Mohammed El Baradeï et Hamdine Sabahi ont adressé des messages de soutien aux manifestants, Sabahi appelant à poursuivre « les buts de la révolution » et « à construire le futur de la nation » en manifestant ce dimanche 30 juin. Les deux hommes ont eux-mêmes défilé bras-dessous, bras-dessous dimanche.

Le souhait du Front du salut national, la principale coalition de l’opposition, est d'obtenir la constitution d’un gouvernement d’union nationale, d'amender le projet de constitution jugé brouillon et trop islamisant, avant d'organiser des élections anticipées dans six mois. Trois demandes refusées par Morsi jusque-la. Dans un entretien accordé au quotidien britannique The Guardian et publié dimanche 30 juin dans la matinée, Mohamed Morsi a maintenu cependant son offre de dialogue concernant la constitution, et fustigé les «forces étrangères» qui interfèrent dans les affaires du pays, sans pour autant nommer d’Etat en particulier.

 


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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 16:39

 

Le Monde.fr avec AFP

 29.06.2013 à 18h29

 

 

 

 

Un manifestant égyptien brandit un portrait barré du président Mohammed Morsi, l'appelant à démissionner, le 29 juin 2013 au Caire.

Plusieurs députés sortants, favorables à la laïcité, ont démissionné samedi 29 juin du Conseil consultatif égyptien (la Choura) pour afficher leur soutien aux opposants du président islamiste Mohammed Morsi à la veille d'une manifestation monstre prévue pour réclamer son départ.

Au moins huit parlementaires ont officiellement démissionné et plusieurs autres ont présenté leur démission qui n'a pas encore été acceptée, a indiqué dans un communiqué Ahmed Fahmy, le porte-parole du Conseil de la Choura, la chambre haute du Parlement dominée par les islamistes.

La Choura joue d'habitude un rôle secondaire mais depuis la dissolution de la chambre basse du Parlement en juin 2012, elle détient l'ensemble du pouvoir législatif en Egypte jusqu'à la tenue de nouvelles élections.

 

Lire : La démocratie menacée


 L'EGYPTE DIVISÉE FACE À MORSI

Ces démissions interviennent alors que l'Egypte est profondément divisée entre les partisans du président pour qui il épure les institutions corrompues, et ses détracteurs qui l'accusent de concentrer le pouvoir aux mains des islamistes. "Nous leur avons donné une chance de réconciliation mais ils ne l'ont pas saisie", a expliqué Mona Makram Ebeid, l'une des démissionnaires.

 

Lire l'édito du Monde : Egypte, le triple échec des Frères musulmans


Ihab Al-Kharrat, à la tête du comité des droits de l'homme au sein de la Choura, a indiqué qu'au moins 22 membres avaient présenté leur démission. "Nous démissionnons en soutien aux 22 millions d'Egyptiens qui n'accordent plus leur confiance à Morsi", a-t-il précisé.

Ce chiffre fait référence au nombre de signatures que la campagne Tamarrod (rébellion en arabe) affirme avoir rassemblé samedi sur une pétition réclamant la démission du président et la tenue d'une élection présidentielle anticipée.

 

Lire : Tamarrod : 15 millions de signatures contre le président égyptien


Avec une population de plus de 80 millions d'Egyptiens, ce chiffre est supérieur à celui des électeurs ayant voté pour M. Morsi — 13,23 millions, soit 51,7 % des suffrages exprimés— au second tour de la présidentielle en juin 2012.

Les partisans de M. Morsi font toutefois valoir que cette pétition n'a pas de valeur constitutionnelle, et que seules des élections peuvent décider du maintien ou du départ d'un chef d'Etat. M. Morsi a indiqué récemment qu'il comptait rester jusqu'à l'échéance de son mandat, en juin 2016.

 

 

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 17:30

 

 

Le Monde.fr avec AFP | 30.03.2013 à 13h23 • Mis à jour le 30.03.2013 à 16h23

 

 
L'animateur de télévision égyptien Bassem Youssef.
 

Le procureur général égyptien a ordonné, samedi 30 mars, l'arrestation d'un célèbre animateur de télévision satirique, Bassem Youssef, accusé d'insulte à l'islam et au président issu des Frères musulmans Mohamed Morsi, a rapporté l'agence de presse officielle Mena.

Selon des sources judiciaires, plusieurs plaintes ont été déposées contre M. Youssef. Il est accusé d'offense à l'islam pour s'être "moqué du rituel de la prière" dans son émission, et d'insulte envers le président Morsi pour avoir "raillé son image à l'étranger", selon ces sources. L'auteur d'une des plaintes a demandé que des mesures légales soient prises contre lui afin de dissuader d'autres personnes de suivre son exemple, selon une des sources.

 

 ÉMISSION INSPIRÉE DU "DAILY SHOW"

Son émission satirique hebdomadaire "Al-Bernameg", inspirée du "Daily Show" américain de Jon Stewart, tourne en dérision les figures politiques du pays et n'épargne ni le président ni les dirigeants des Frères musulmans.

Le 1er janvier, le procureur général avait décidé d'ouvrir une enquête visant cet animateur. Une plainte avait en effet été déposée par un avocat, Ramadan Abdel Hamid al-Aqsari, qui a par le passé cherché à poursuivre en justice nombre de personnalités du monde politique et médiatique.

 

Archives : Un humoriste égyptien poursuivi pour ses railleries contre le président Morsi (édition abonnés)


L'augmentation du nombre de plaintes déposées contre des journalistes a fait planer le doute sur l'engagement de M. Morsi concernant le respect de la liberté d'expression, une revendication-clé du soulèvement populaire qui avait provoqué la chute de l'ancien président Hosni Moubarak en 2011.

Le procureur de l'Etat nommé par M. Morsi, Talaat Ibrahim, avait ordonné le 27 décembre l'ouverture d'une enquête contre trois dirigeants de l'opposition accusés d'inciter au renversement de M. Morsi, premier président civil et islamiste d'Egypte. Mais l'avocat ayant déposé la plainte à l'origine de cette enquête s'est depuis rétracté.

 

Vidéo : En Egypte, la liberté des médias inquiète


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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 17:43

 

Le Monde.fr | 04.02.2013 à 12h10

 

 

 

La scène prend place devant le palais présidentiel au Caire, vendredi 1er février, et met l'Egypte en émoi. On y voit un homme déshabillé par la police, battu et traîné au sol au cours d'une manifestation. Interrogé le lendemain des faits par la télévision d’État, la victime de 48 ans a assuré que ce n'était pas la police mais des manifestants qui s'en étaient pris à lui. Les images, pourtant, montrent clairement que ce sont des agents qui l'ont molesté. Le président Mohamed Morsi a promis qu'une enquête serait ouverte afin de faire toute la lumière sur l'incident, alors que près de 60 personnes ont trouvé la mort dans des manifestations ces derniers jours.

Images : Reuters - vendredi 1er février 2012
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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 20:13

 

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 25.01.2013 à 07h20 • Mis à jour le 25.01.2013 à 19h55

 

 

 

Dans un climat de tension politique et de crise économique, l'Egypte vivait, vendredi 25 janvier, une nouvelle journée de manifestations à l'occasion du deuxième anniversaire du début du soulèvement populaire, qui contraignit Hosni Moubarak à la démission début 2011. L'opposition a appelé à défiler à travers le pays contre le président islamiste Mohamed Morsi et les Frères musulmans dont il est issu, en reprenant les mêmes mots d'ordre qu'il y a deux ans : "Pain, liberté, justice sociale". "Sortons vers les places pour finaliser les objectifs de la révolution", a appelé sur Twitter Mohamed ElBaradei, l'une des figures de proue de l'opposition laïque.

 Au moins 110 personnes ont été blessées dans ces manifestations, selon les services de secours. Selon des témoins, des manifestants hostiles au pouvoir attaquaient des bâtiments officiels. 

Au Caire, des manifestants se sont rassemblés aux abords de l'immeuble qui abrite la télévision d'Etat et le ministère de l'information, avant de se rendre place Tahrir dans le centre-ville. Une foule de milliers de personnes y est rassemblée. Certains ont passé la nuit sur cette place, qui fut l'épicentre de la révolution de janvier-février 2011.

Un manifestant lance un cocktail Molotov contre les forces de l'ordre, dans une rue près de la place Tahrir au Caire, le 25 janvier. Manifestants sur la place Tahrir, au Caire, le 25 janvier.

Depuis jeudi soir, des accrochages sporadiques opposent, dans les rues autour de cette place, la police à des centaines de jeunes gens. En lançant pétards et cocktails Molotov, ils ont notamment tenté de démanteler un barrage de blocs de béton pour permettre aux manifestants de circuler librement dans le centre-ville.

Le ministère de l'intérieur, qui a indiqué que cinq policiers avaient été blessés, a appelé les manifestants à éviter les confrontations avec les forces de l'ordre. D'autres rassemblements sont prévus devant le palais présidentiel d'Héliopolis dans la banlieue de la capitale, ainsi que dans plusieurs villes de province comme Alexandrie (nord) et Assiout (centre).

Un manifestant jette des pierres aux forces de l'ordre, vendredi 25 janvier à Alexandrie.

A Alexandrie, des heurts ont éclaté vendredi entre la police et des manifestants, qui ont fait brûler des pneus. La police a fait usage de gaz lacrymogènes, selon des témoins. "Il y a beaucoup de fumée à cause des pneus brûlés. Et il y a des gens étendus par terre qui n'arrivent pas à respirer à cause du gaz lacrymogène", a dit à l'AFP Racha, une habitante de la ville.

Les manifestants ont aussi pris d'assaut le siège du gouvernorat dans la ville d'Ismaïliya, dans l'Est, et dans le delta du Nil, d'autres ont encerclé un bâtiment du gouvernorat à Damiette, et ont lancé une attaque contre la cour d'un autre à Kafr El-Sheikh, provoquant des heurts avec les forces de l'ordre, selon les témoins.

Dans la ville d'Ismaïliya, sur le canal de Suez, le siège local du parti des Frères musulmans a également été incendié par les manifestants. De la fumée noire sortait des fenêtres de locaux du Parti de la liberté et de la justice (PLJ). Les Frères musulmans ont indiqué par ailleurs que des manifestants avaient tenté d'envahir un de leurs locaux au Caire.

 PAS D'APPEL DES FRÈRES MUSULMANS

Des manifestants, vendredi, place Tahrir.

Les Frères musulmans n'ont pas officiellement appelé à manifester vendredi. Pour marquer le deuxième anniversaire de la "révolution", ils ont lancé une initiative intitulée "Ensemble nous construisons l'Egypte", rassemblant une série d'actions sociales et caritatives. "Les Frères sont très préoccupés par l'escalade, c'est pourquoi ils ont tenté de ne pas apparaître au premier plan le 25 janvier", analyse Shadi Hamid, directeur de recherches du Brookings Doha Center. 

Les laïques et les libéraux, rassemblés au sein du Front du salut national (FSN), accusent les Frères musulmans de vouloir dominer le pays et de restreindre les libertés civiques, notamment depuis l'adoption, en décembre par référendum, d'une Constitution controversée.

Lire :  Après le 'oui' à la Constitution, quelle stratégie pour l'opposition égyptienne ?

 CRISE POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE

Un jeune manifestant, vendredi, place Tahrir.

Deux ans après le séisme politique de la révolte, l'Egypte peine toujours à trouver son équilibre entre un pouvoir qui se prévaut de la légitimité des urnes et ses adversaires qui dénoncent l'émergence d'un système autoritaire dominé par les Frères musulmans. Il doit également affronter une grave crise économique, avec l'effondrement des investissements étrangers, la chute du tourisme et un déficit budgétaire en hausse notamment.

Le climat est alourdi par l'annonce attendue samedi, du verdict dans le procès des responsables présumés de la mort de 74 personnes à l'issue d'un match de football à Port-Saïd (nord-est) en février 2012. Les "Ultras" du club cairote d'al-Ahly, qui assurent compter la grande majorité des victimes, menacent de manifestations violentes et d'une "nouvelle révolution" s'ils n'obtiennent pas justice.

 

 

 

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