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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 14:13
| Par La rédaction de Mediapart

 

 

La chambre sociale de la Cour de cassation a invalidé, le jeudi 3 mai, l'arrêt de la cour d'appel de Paris annulant, pour absence de motif économique, le plan social de l'éditeur de logiciels bancaires Viveo. Le dossier devra être rejugé par la cour d'appel de Versailles qui statuera à nouveau en conformité avec l'analyse de la Cour de cassation.

Depuis 2010, les syndicats de l'entreprise contestent un plan social visant 64 salariés, annoncé quelques semaines après le rachat de Viveo par le groupe suisse Tenemos. Selon eux, au moment du rachat, Viveo France était une entreprise en bonne santé et le plan social n'était pas justifié par des motifs économiques.

Déboutés en première instance de leur demande d'annulation de ce plan social, les syndicats avaient obtenu gain de cause auprès de la cour d'appel en mai 2011. Dans son arrêt, cette dernière avait estimé que « la procédure de licenciement collectif engagée par la société Viveo France le 10 février 2010 n'est pas fondée sur un motif économique ».

Le 11 avril, lors de l'audience de la Cour de cassation, l'avocat général s'était prononcé en faveur d'une cassation du jugement de la cour d'appel de Paris, indiquant qu'il fallait s'en tenir à la jurisprudence et que le juge ne pouvait suspendre un plan qu'en cas d'insuffisance des mesures d'accompagnement ou de non respect de la procédure de consultation des représentants du personnel.

La décision de la Cour de cassation tombée ce jeudi était très attendue par les syndicats et les juristes, mais surtout par les entreprises qui refusent l'ingérence du juge dans leur gestion. Réunis place Saint-Michel autour d'une banderole indiquant « les produits en Inde, l'argent en Suisse, les chômeurs en France », une quinzaine de salariés ont confié à l'AFP leur déception.

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 12:29

 

 

LE MONDE | 03.05.2012 à 13h57

Par Alain Frachon, International

 
 

Il faut comprendre la colère des Espagnols - c'est celle de beaucoup d'Européens. En théorie, les Espagnols ont "tout bon". Ils sont plus que "casher" au regard de la doxa du moment. Voilà dix-huit mois qu'ils font exactement ce que Berlin, Bruxelles et Francfort ordonnent : coupes drastiques dans les dépenses publiques, hausse des impôts, réforme du marché du travail, etc. Qu'obtiennent-ils en retour ? Pour le moment, un désastre.

Un jeune Espagnol sur deux est au chômage, funeste destin qui est celui de plus d'un quart de la population active du pays. La croissance est négative et le moyen terme ne laisse entrevoir qu'une perspective : encore la récession.

Si au moins cette cure d'austérité et ces douloureuses réformes de structure valaient à Madrid la bénédiction des marchés... Même pas. Prétextant, entre autres, l'absence de perspective de croissance, les marchés exigent des rendements élevés (près de 6 % sur des obligations d'Etat à dix ans) pour acheter de la dette espagnole.

Mais les marchés - banques, compagnies d'assurances, fonds de pension et autres grands gestionnaires de l'épargne - sanctionneraient tout autant Madrid si l'Espagne ne s'imposait pas cette cure d'amaigrissement budgétaire. Celle-là même qui est responsable de l'absence de perspective de croissance... Comment dit-on "perdant-perdant" en espagnol ?

En Europe, tout le monde fait de l'austérité en même temps, de façon quasi indiscriminée. Au nom de la lutte contre la dette. Et, sauf en Allemagne, tout le monde ou presque vit à l'heure de la récession et du chômage de masse, lesquels entretiennent la dette.

Les électeurs se révoltent. Mettons la Grèce à part, dont l'appartenance à l'euro est une aberration. Mais en Italie, en Irlande, en Espagne, au Portugal, en France et même aux Pays-Bas, le moral est plombé. C'est partout le sentiment d'une inextricable situation. Jusqu'à présent, à l'exception de l'Allemagne, aucune équipe dirigeante sortante n'a résisté à l'épreuve des élections. Pour la France, on saura dimanche.

D'où la nouvelle petite musique qui se fait entendre ici et là : l'accent ne doit plus être mis sur la réduction des déficits, mais sur l'incitation à la croissance, laquelle, seule, nourrira les recettes fiscales qui assécheront les dettes des Etats.

L'Europe se bouchait les oreilles. Le chef d'orchestre et trésorier-payeur général, l'Allemagne, avait donné le tempo : point de salut hors de l'austérité budgétaire. C'est affaire de conviction profonde, fondée sur l'expérience du pays. On ne bâtit une croissance durable que sur un retour à la compétitivité, lequel suppose comptes publics en équilibre, modération salariale et réformes de structure. Ce qui a pris plus de dix ans à l'Allemagne et requiert donc de la patience, comme le dit le bon docteur Jens Weidmann. L'inflexible patron de la Bundesbank néglige juste cette réalité : le temps de la réforme économique n'est pas celui de la démocratie politique.

Il y a près de deux ans déjà que quelques Prix Nobel d'économie, les patrons du Fonds monétaire international et les éditorialistes du Financial Times (FT), parmi d'autres, dénoncent l'ordonnance de Berlin. La liste comprend des personnalités aussi extrémistes que les Américains Joseph Stiglitz et Paul Krugman, Dominique Strauss-Kahn puis Christine Lagarde.

Leur argument est celui que développe cette semaine le FT : "Les programmes aujourd'hui imposés à des pays comme l'Espagne sont vraisemblablement condamnés à l'échec. En poussant leurs économies dans la récession et même dans la déflation, ils vont alourdir encore le fardeau de leurs dettes, et non l'alléger."

On condamne une politique d'austérité appliquée de façon uniforme et simultanée à toute la zone euro. On appelle à plus de discrimination : certains pays ont encore quelques marges de manoeuvre budgétaire. Pour le retour à l'équilibre des comptes, on réclame un calendrier précis mais plus étalé dans le temps.

Cela laisse entière la question de l'incitation conjoncturelle à la croissance. Comment faire ? Quoi qu'on dise outre-Atlantique, la relance par la dépense d'Etat dans une zone où la moyenne de la dette publique atteint près de 90 % du produit intérieur brut, cette relance-là a des limites. L'euro n'est pas le dollar, hélas !

Pour faire marcher l'Etat, payer ses fonctionnaires, assurer ses échéances les plus diverses, un pays comme la France doit emprunter chaque jour quelque 500 millions d'euros. Mieux vaut des marchés bienveillants.

Reste Bruxelles. On entend par là l'Europe instituée, ses instances communautaires. Elle seule a la capacité d'emprunter à bon prix, offrant la garantie de son poids économique global. Il y a plus de dix ans déjà que Jacques Delors - encore un subversif, vu de Berlin - s'égosille à réclamer des euro-obligations. Non pas pour boucler le budget de tel ou tel des membres de l'Union, mais pour lancer des projets de grands travaux d'infrastructure, de recherche et d'éducation ; bref, préparer la compétitivité de demain.

Voilà qui viendrait compléter l'indispensable cure de diététique budgétaire. Voilà qui formerait ainsi un cocktail de politique économique conjoncturelle - le fameux policy mix des Anglo-Saxons - autrement plus intelligent que la potion unique aujourd'hui infligée aux peuples d'Europe. Ce ne serait pas une panacée, ce serait un peu de baume. Il ne faut pas entretenir de nouvelles illusions : les politiques de croissance comme celles d'austérité ne produisent pas d'effet Cocotte-Minute.

Le traitement ne dispenserait pas nombre de pays, à commencer par la France, de procéder à des réformes de structure profondes. L'Etat-providence est un enfant des "trente glorieuses", le rejeton d'une époque de forte croissance révolue. Le garder suppose de le financer autrement.

Question légitime : pourquoi le chemin tracé par Jacques Delors au moment du lancement de l'euro n'a-t-il pas été suivi ? Réponse : parce que la France et l'Allemagne, notamment, n'ont cessé de délégitimer tout ce qui relève des instances communautaires de l'Union européenne. La crise d'aujourd'hui dans la zone euro n'est pas seulement le sous-produit de la bombe partie de Wall Street en 2008. Elle traduit les dysfonctionnements de l'Europe.


frachon@lemonde.fr

Alain Frachon, International

 

 

 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 15:06
| Par Philippe Riès


Pourquoi retirer d’une étagère poussiéreuse l’épopée du « sauvetage d’Alstom », prototype du storytelling qui aura été, pendant cinq ans, la recette du sarkozysme en campagne électorale permanente ? D’abord parce que, comme le dit le candidat sortant, les Français ont droit « à la vérité et à la clarté ».


Ensuite, parce jusqu’au dernier moment, le « candidat du peuple » aura endossé le costume du super-héros volant au secours de l’emploi des Français et proclamé son amour des usines, surtout quand les ouvriers et ouvrières admis sur la photo souvenir ont le bon goût de ne pas dépasser sous la toise le visiteur d’une heure. Enfin, parce cette gestion politique par compassion affichée a été, sous le quinquennat qui s’achève, érigée en règle d'or, le moindre fait divers imposant la descente sur place, toutes affaires cessantes, du ministre concerné, voire du premier ministre ou du président lui-même. Tout cela, parce que Nicolas Sarkozy, un beau jour de l’année 2004, aurait sauvé du dépôt de bilan le groupe industriel Alstom.


Vrai ? Non, faux ou en tout cas très exagéré.


Pas plus qu’il n’a sauvé le monde et l’Europe au cours d’une présidence française de l’Union européenne dont le bilan a été gonflé à l’hélium (lire ici), Nicolas Sarkozy n’a « sauvé » Alstom. Petit rappel des faits.


En 2003, le groupe français d’énergie et de transport est au bord de la faillite. A l’origine, non pas tant une mauvaise conjoncture temporaire sur ses principaux marchés qu’un accident industriel. Pour assurer son indépendance technologique et élargir sa gamme de produits, la division Energie d'Alstom rachète l’activité des turbines industrielles de grande puissance du groupe helvético-suédois ABB. Bonne vision stratégique mais exécution calamiteuse. L’opération bouclée, la direction d’Alstom s’aperçoit que des dizaines d’unités déjà vendues à travers le monde de ces turbines de nouvelle génération ne marchent pas. Le fardeau financier qui découle de cette opération est écrasant : indemnisation des clients, mise à niveau technique, la facture équivaut à des milliards d’euros (entre 4 et 5 milliards d'euros).


Plus grave : toujours clairvoyantes et courageuses, les banques françaises prennent peur et coupent les vivres à Alstom, jugé trop endetté. Plus de cautions pour la signature des grands contrats d’équipement qui portent sur des montants considérables et des délais d’exécution de plusieurs années. C’est très simple : plus de cautions bancaires, plus de commandes. On a beaucoup parlé à l’époque du concurrent allemand Siemens, en position de prédateur à l’affût du démantèlement d’Alstom pour mettre la main sur des pans entiers de son activité. On ne sait pas que le patron d’une des principales banques privées françaises pariait lui aussi sur la faillite et le démembrement du groupe.


Nicolas Sarkozy face à Mario Monti

Dans ces conditions, l’intervention de l’Etat s’impose. Le schéma financier sera monté par Philippe Jaffré, l’ancien président d’Elf-Aquitaine, tiré de sa pré-retraite dorée par son ami et collègue de l’inspection des finances, Pierre Bilger, le PDG d’Alstom. Il n’y a que des coups à prendre mais Jaffré y va, jetant dans la bataille ses compétences financières, sa connaissance des milieux bancaires (il a été directeur général de la Caisse nationale du Crédit agricole) et des rouages de l’Etat, et les forces que la maladie qui l’emportera en 2007 commence à lui disputer.


Sur le plan industriel, le redressement du groupe est confié à une équipe nouvelle dirigée par un ingénieur du Corps des mines, Patrick Kron.


La réalité est que quand Nicolas Sarkory débarque à Bercy en mars 2004, le dispositif de sauvetage d’Alstom, qui prévoit une prise de participation temporaire de l'Etat, est complet, négocié avec l’équipe du précédent ministre de l’économie et des finances, l’ancien industriel Francis Mer. A noter que dans la présentation complète de cette affaire que fait Patrick Kron en décembre 2007, devant l’Ecole de Paris du management (lire ici), il mentionne Francis Mer mais pas une fois son successeur. Un oubli sans doute, ou une ingratitude. Il rappelle toutefois que l’Etat « s’est battu à Bruxelles pour que son intervention soit jugée compatible avec les règles européennes ».


Car c’est bien à cela que se limitera l’intervention de Nicolas Sarkozy dans le dossier : boucler la négociation avec la direction de la concurrence de la Commission européenne, sous l’autorité du commissaire à la concurrence, l’Italien... Mario Monti.


Voici ce qu’en dit Patrick Kron : « L’intervention de l’État a nécessité d’obtenir un accord de la Commission européenne, qui était dans une situation schizophrénique : d’un côté, elle était dans une logique de dissuasion et de punition des entreprises qui font appel à l’État ; de l’autre, les services de la Direction générale de la concurrence considéraient que dans notre marché assez concentré, il était important de maintenir Alstom dans le paysage pour garantir un niveau de concurrence suffisant. » Présentation bien française mais passablement tendancieuse.


Bruxelles ne voulait pas le démantèlement d'Alstom

Comme institution, la Commission n’affiche pas de préférence pour un statut d’entreprise, public ou privé. En revanche, elle exige que les plans de redressement financés par l’argent public produisent des résultats, afin de décourager les récidivistes. C’est pourquoi une entreprise aidée par un Etat ne peut pas tendre à nouveau la sébile avant dix ans. Et c’est souvent pour contourner cette règle que les gouvernements décident, en dernier ressort, de privatiser leurs canards boiteux. L’interminable et ridicule saga de la SNCM, qui a déjà coûté des centaines de millions d’euros au contribuable français, donne une idée de ce qui se passerait si on lâchait la bride sur le cou aux politiciens.


Mais l’essentiel, dans ce que rapporte Patrick Kron, est la confirmation que la Commission n’a pas voulu la disparition ou le démantèlement d’Alstom. Cela aurait laissé le marché européen dans des secteurs essentiels entre les mains de deux acteurs majeurs, Siemens et General Electric dans l’énergie, Siemens et Bombardier pour le transport ferroviaire. Ce que savaient tous ceux qui ont suivi ce dossier à Bruxelles.


Pas plus qu’il n’a eu à sauver Alstom du démantèlement, Nicolas Sarkozy n’a épargné au groupe industriel français les compensations qui accompagnent habituellement le feu vert des autorités européennes. Certaines douloureuses, d’autres accueillies avec un soulagement mal dissimulé comme le largage des Chantiers de l’Atlantique, un boulet financier. Comme le reconnaît Patrick Kron, il y a une certaine logique à exiger d’une entreprise très endettée qu’elle s’aide elle-même en cédant des actifs quand elle demande le soutien du contribuable. Au total, le périmètre d’Alstom sera réduit de 40 %.


Ce que l’éphémère (ils le furent tous) ministre de l’économie et des finances de Jacques Chirac a obtenu indéniablement, c’est, une fois l’accord de principe conclu avec Bruxelles, de faire participer l’austère Mario Monti à la “photo-op” pour les journalistes et photographes qui faisaient le pied de grue devant le siège de la Commission. Selon un témoin direct de cette “négociation” finale entre deux portes, celui qui est aujourd’hui à la tête d’un gouvernement de technocrates en charge de sortir l’Italie de l’ornière n’était évidemment pas dupe. Qu’il ait apprécié d’être ainsi manipulé, c’est une autre histoire.

 


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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 14:53

 

Rue89 - SOS 02/05/2012 à 12h52
Ramses Kefi | Journaliste
Victime d’une logique de réduction des coûts – encore plus criante en banlieue – voulue par la loi Bachelot, cet hôpital des Yvelines « fait flipper ».

L’entrée des urgences de Poissy (Ramsès Kefi)

 

Mariam, 26 ans, jure qu’elle pourrait « balancer » des dizaines d’histoires sur l’hôpital de Poissy (Yvelines). Si elle était « friquée », elle ne mettrait pas les pieds dans « cette cour des Miracles ». Qu’elle irait se faire soigner à la clinique, « pour échapper à la descente aux enfers du public ».

Elle raconte les cinq heures passées avec son père, en janvier dernier, aux urgences de Poissy :

« C’est un vieillard. Le pauvre grelottait. On avait mis son lit près des toilettes, parce qu’il n’y avait plus de place. L’odeur, le froid étaient insupportables.

On ne lui avait donné qu’un drap pour se couvrir. J’ai demandé des couvertures, on m’a dit qu’il y en avait pas. J’ai demandé d’autres draps, on m’a dit la même chose. J’ai gueulé, puis je me suis rendu compte que tout le monde s’en foutait. Cela paraissait presque normal. Cet hosto fait flipper. »

« Une ambiance de mauvais polar »

En 1997, l’hôpital de Poissy a fusionné avec celui de la ville voisine de Saint-Germain-en-Laye, formant l’une des structures hospitalières les plus importantes d’Ile-de-France : environ 4 000 personnes employées, 1 200 lits, pour un bassin de population de plus de 600 000 habitants. L’une des plus mal gérées et des plus tourmentées aussi. La première préoccupation des personnes rencontrées est d’éviter à tout prix cet établissement.

En plus des énormes dettes et du déficit de l’établissement, un rapport de la Direction départementale des affaires sanitaires sociales (DDASS) a mis en lumière, en 2009, des malversations et des irrégularités dans l’attribution de marchés publics. Le point de départ de plusieurs enquêtes et d’un long feuilleton.

Directeurs évincés, procédures judiciaires qui traînent, soupçons autour de politiciens locaux et, récemment, projet de déménagement de l’établissement dans la commune voisine de Chambourcy mis en suspens.

Début 2011, Le Point décrivait un hôpital où « l’intérêt du patient passe en second », Le Parisien « une ambiance de mauvais polar » et « un gâchis ».

« En sortant, tu ne sais pas si tu as été bien soigné »

Le mot « gâchis » reviendra plusieurs fois dans la bouche de Mariam, qui ne veut cependant pas accabler le personnel dans son témoignage :

« En regardant les aides-soignants, les infirmières et les médecins, on comprend qu’ils n’y peuvent pas grand-chose. Tu y entres et en sortant, tu ne sais même pas si tu as été bien soigné. »

Lucile Cranney, infirmière et membre du syndicat SUD de l’hôpital, confirme : « Cet hôpital part en sucette. »

Sur les urgences de Poissy, régulièrement pointées du doigt par les usagers, elle dira qu’elles sont à l’image de l’établissement :

« Les locaux des urgences ne sont même plus adaptés puisqu’avec la fermeture pour raison économique de celles de Saint-Germain-en-Laye la nuit et les week-ends, nous devons tout assumer. Sans moyens humains et économiques supplémentaires. »

Khadija, 52 ans, habite « dans le coin » depuis 1984. Opérée du pied en 2010, puis de la hanche en 2011, elle soupire :

« Les médecins n’ont même plus le temps de communiquer, ni de vous expliquer correctement, car une seule chose les obsède : vous réexpédier chez vous par tous les moyens, parfois sans diagnostic.

J’ai connu cet hôpital dans les années 80 et 90. Je peux dire sans trop m’avancer que les conditions pour les patients étaient meilleures. »

Absentéisme et dépression chez le personnel

Le récit de Florent, 29 ans, originaire de la commune voisine d’Achères, est le même. A quelques mots près :

« C’était un week-end en début d’année. J’avais chopé la mononucléose. J’étais à bout. Je l’ai appris par mon médecin traitant le lundi, qui ne m’a pas cru quand je lui ai dit qu’à Poissy, le samedi soir, ils m’avaient prescrit du Doliprane et du repos.

Le médecin qui m’a ausculté là-bas était plus crevé que moi. Il n’avait qu’une envie : que je dégage. »

« Le personnel qui a des diplômes et qui peut se vendre ailleurs s’enfuit, sans vraiment être remplacé », glisse Lucile Cranney. La fuite du personnel, des compétences, mais pas seulement :

« La politique du chiffre à court terme, c’est plus de contractuels, plus de CDD. Parmi les médecins aux urgences, beaucoup ne sont que vacataires. Le taux d’absentéisme est important, celui de dépression aussi. Les rapports avec la nouvelle direction sont très compliqués. [...]

On a oublié les desseins premiers de l’hôpital. C’est devenu une entreprise comme une autre. On parle de santé là ! »

« Les économies ne se font jamais au détriment des usagers »

Si le nouveau directeur de l’hôpital de Poissy-Saint-Germain, Yves Bloch, reconnaît une baisse du « personnel non qualifié », il refuse néanmoins de lier le malaise des patients et du personnel à la situation économique de l’établissement :

« Tous les établissements doivent faire avec le budget serré, mais les économies ne se font jamais au détriment des usagers. Il est clair néanmoins que nous ne travaillons pas dans les conditions matérielles que nous voudrions, bien que notre ambition soit d’être toujours au niveau. »

Il se projette vers 2014 et l’ouverture, hypothétique, d’un nouveau bâtiment, plus grand, plus adapté pour accueillir les urgences de Poissy. Dit que dans certains cas, l’urgentiste est dans l’impossibilité d’établir un diagnostic clair, « parce que les choses mettent parfois plusieurs jours à être visibles ». Qu’’il reçoit, parfois, des lettres de remerciements.

Supprimer la loi Bachelot


Le couloir des urgences de Poissy (Pierre B.V)

Je lui fais part de certains témoignages. Celui de Mariam notamment. L’histoire des couvertures :

« Je ne nie pas les difficultés et m’en excuse d’ailleurs auprès des patients. [...]

Sans remettre en cause les réclamations, il est vrai aussi que lorsque que quelqu’un vient aux urgences, il s’attend – et c’est humain – que l’on s’occupe de lui tout de suite. Il voit tout négativement, parce que son état l’y encourage. »

En septembre 2011, un collectif regroupant usagers, personnel de l’hôpital et associations s’est formé pour la défense de l’hôpital de Poissy-Saint-Germain. Il milite, entre autres, pour la réouverture 24 heures sur 24 des urgences de Saint-Germain-en-Laye et la suppression de la loi Hôpital, patients, santé et territoires de 2008, promulguée pour ramener l’hôpital public à l’équilibre budgétaire.

« Demain, il n’y aura peut-être plus d’hôpital public »

Fabienne Lauret, infirmière et membre du collectif, dénonce une volonté « très claire » de sacrifier « le public au profit du privé » et de booster l’activité des cliniques :

« On met en concurrence les hôpitaux et on privatise les services les plus rentables de l’hôpital public. On ne prend ni en compte les besoins de la population, ni ceux du personnel.

On est dans une logique de réduction des coûts complètement aveugle, décidée arbitrairement, sans aucune concertation. »

Dans Le Courrier des Yvelines du 7 décembre 2011, les mots de Christian Lehmann, écrivain et médecin généraliste à Poissy, étaient plus durs :

« Il est peut-être déjà trop tard. Demain, il n’y aura plus de médecine tournée vers l’individu, plus de médecine générale, plus d’hôpital public. Vous serez soignés comme vous avez été vaccinés contre H1N1. Un mélange d’étatisme et d’incompétence. »

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 17:47

 

Le Monde.fr avec AFP | 01.05.2012 à 17h51 • Mis à jour le 01.05.2012 à 18h16

 
 
Anne Lauvergeon, le 16 janvier, à Paris lors d'une conférence de presse.

 

L'ex-patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, a déposé une nouvelle plainte lundi pour de présumés faits d'espionnage, a indiqué mardi son avocat, Jean-Pierre Versini-Campinchi, confirmant une information du Canard enchaîné.

"Elle a été piratée sur ses ordinateurs personnels", qu'elle a fait vérifier après avoir eu des doutes à l'occasion de la publication de son livre Une femme qui résiste en avril, selon son avocat. Les vérifications menées par une société spécialisée ont permis de constater qu'elle a fait "l'objet d'une attaque, avec 23 000 tentatives d'intrusion en dix jours", selon Me Versini-Campinchi.

"C'est l'espionnage dans toute son horreur", a poursuivi l'avocat, qui dit avoir porté plainte lundi pour "violation du secret des correspondances et intrusion dans un système informatique". "J'espère que cette deuxième preuve d'un espionnage va mobiliser le parquet de Paris", a souligné Me Versini-Campinchi, en référence à une précédente plainte déposée par Mme Lauvergeon.

Lire : "Comment Areva a enquêté sur Anne Lauvergeon"

Elle avait déjà porté plainte en décembre 2011 pour des faits présumés d'espionnage dont elle et son mari, Olivier Fric, auraient été victimes en 2011. Le parquet de Paris a ouvert le 21 décembre une enquête préliminaire pour tenter de vérifier si le couple a effectivement été la cible d'écoutes illégales par des officines privées dans une enquête qui portait notamment sur les conditions de l'acquisition en 2007 par Areva de la société minière canadienne Uramin.

Le mandat d'"Atomic Anne" n'avait pas été renouvelé en juin 2011 après plus de dix ans à la tête d'Areva, se heurtant à ses mauvaises relations notoires avec le président Nicolas Sarkozy et avec le patron d'EDF, Henri Proglio.

 

 

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 17:31

 

LE MONDE ECONOMIE | 30.04.2012 à 17h09 • Mis à jour le 01.05.2012 à 14h30

Par Harold Thibault (Shanghaï, correspondance)

 
 
Une du "Monde Eco & entreprise" du mercredi 2 mai 2012.

C'est à l'issue d'une conférence donnée devant une classe de MBA de l'Essec que Wang Xiaozu, professeur de finance à l'université de Fudan (Shanghaï), a réalisé à quel point le capitalisme de Wall Street a perdu son attrait au profit du modèle hybride chinois : "Un étudiant est venu me demander ce que la France peut apprendre du modèle chinois. C'était absolument impensable avant 2008 !"

L'anecdote du professeur Wang n'est pas qu'insolente pour les Occidentaux, elle le fait tout autant sourire du point de vue chinois. Car, de l'intérieur, le système est sous le feu des critiques.

Surtout le rôle prééminent que s'attribue l'Etat, acteur central, accusé de faire ses affaires entre ses entreprises publiques, ses banques, ses passations de marchés, au détriment de la petite entreprise privée, du petit épargnant, du peuple, des Chinois.

 

"NOUS DEVONS BRISER LEUR MONOPOLE"

Début avril, le premier ministre en personne s'est attaqué à un pilier du capitalisme d'Etat. "Franchement, nos banques font des profits bien trop faciles, a lancé Wen Jiabao. Pourquoi ? Parce qu'un petit nombre de banques majeures occupent une position de monopole, ce qui signifie qu'on ne peut que se tourner vers elles pour les crédits et les capitaux." Et de conclure : "Nous devons briser leur monopole."

Ce thème se répand depuis l'effondrement, à l'automne dernier, des coopératives de crédit informelles de Wenzhou. Les patrons de cette ville dynamique de l'est du pays, ne parvenant pas à obtenir des prêts auprès des grandes banques - puisque celles-ci préfèrent prêter aux entreprises bénéficiant de la garantie de l'Etat -, étaient contraints d'emprunter à des cercles privés, à taux usuriers. Incapables de rembourser, plusieurs dizaines de débiteurs ont pris la fuite à l'autre bout du pays ou à l'étranger, et l'un d'eux s'est jeté par la fenêtre.

L'affaire a fait grand bruit en Chine, car Wenzhou, cité ultra-commerçante, est un emblème de la Chine des petits entrepreneurs privés, où chacun pourrait s'enrichir en montant son affaire. Signe des temps réformateurs, le gouvernement a annoncé le 28 mars qu'il laissera les prêteurs privés de Wenzhou opérer des caisses de crédit aux PME.

Mais il y a peu de chances de voir cette décision se généraliser à l'ensemble du pays, où les banques étatiques ont toujours la haute main.

Elles sont exemplaires d'un système résumé par la formule "le public avance, le privé recule". Les officiels sont placés par le Département de l'organisation du Parti communiste à la tête des grandes entreprises de secteurs allant des télécommunications à la métallurgie.

Ils sont membres du Parti communiste chinois (PCC) et reliés par ligne cryptée à ses instances dirigeantes par un mystérieux téléphone rouge décrit par Richard McGregor dans The Party (non traduit). Ce combiné, placé sur le bureau des cadres est joignable en seulement quatre chiffres, et est devenu un symbole du cercle réduit que forme une élite contrôlant simultanément l'économie et la politique.

 

L'ÉTAT MAJORITAIRE

En trois décennies de réformes, le PCC a bien laissé ses citoyens monter librement leurs entreprises, mais à la condition de ne pas céder le coeur du réacteur. Les grandes banques et entreprises ont certes été introduites en Bourse pour se refinancer et améliorer leur gouvernance, mais l'Etat conserve une part majoritaire dans des secteurs qualifiés de "stratégiques", un terme assez large pour englober la téléphonie mobile ou le transport aérien.

Qu'importe qu'il choisisse Air China, China Eastern ou China Southern, le voyageur chinois donne de l'argent à des entreprises publiques, chacune dotée de sa cellule du parti. Idem quand il opte pour un forfait chez China Mobile ou China Unicom. "Le capitalisme d'Etat est contraire à l'efficacité puisque les acteurs ne concourent pas pour créer de la richesse mais appliquer une politique", juge l'économiste Xu Xiaonian, de la China Europe International Business School (Shanghaï).

Outre que cette filiation ne pousse pas franchement à une concurrence bénéfique au consommateur, la question des dividendes est devenue le serpent de mer de la réforme. Ces entreprises jouissent souvent de monopoles formels et au minimum d'un soutien par le crédit, mais ne reversent que 10 % ou moins de leurs bénéfices à l'Etat actionnaire.

Dans ce système, les banques prêtent sans compter puisque l'Etat sera toujours là pour payer. Il suffira, au pire, de repousser l'échéance des prêts ou d'en accorder de nouveaux. Rien de plus simple puisque la banque centrale n'est pas indépendante et garantit des taux d'intérêt faibles. Les alternatives étant limitées, le petit épargnant chinois voit ses économies se dégrader.

Avec une inflation qui devrait atteindre 4 % en 2012 et une rémunération des dépôts de 3,5 % sur un an, les taux demeurent négatifs. Le système ne promeut pas la demande des consommateurs chinois.

"La première défaillance du capitalisme d'Etat est de mener à une concentration de richesse parmi une élite politique ou au moins connectée politiquement plutôt qu'à une distribution plus large des bienfaits de la croissance, juge Huang Yasheng, professeur de management au China Lab du Massachusetts Institute of Technology. La Chine est l'un des pays les plus inégalitaires de la planète et le capitalisme d'Etat en est une cause directe."

Est-ce l'Etat fort et son système clos qui font avancer le pays depuis trois décennies ou bien sont-ils, au contraire, un frein pour l'avenir ? La traversée de la crise a semblé fournir un argument favorable à la première hypothèse. Par un colossal plan d'investissements dans les infrastructures, l'Etat-parti a permis à la Chine de maintenir une forte croissance alors que la planète tombait en récession.

Mais le problème, souligne Pei Minxin, sinologue au Claremont McKenna College (Californie), est que "les décisions sont prises du point de vue d'un petit groupe, et non de celui du bien-être général". Le parti a ses propres obsessions, au premier rang desquelles la stabilité. Le modèle a ses avantages, "il permet certaines réalisations importantes au mépris de leur coût", comme le développement du réseau de voies ferrées à grande vitesse et d'autoroutes qui assurent l'emploi des travailleurs migrants malgré le ralentissement économique, et a doté la Chine d'infrastructures inimaginables dans la plupart des pays en développement. Mais "la véritable efficience consiste à produire avec des ressources limitées", tempère M. Pei.

 

LE CAPITALISME D'ETAT CHINOIS N'INVENTE PAS GRAND-CHOSE

Au fond, le capitalisme d'Etat chinois n'invente pas grand-chose. Michael Pettis, professeur à l'université de Pékin et membre de la Fondation Carnegie, retrouve les mêmes questionnements que lors... de la création en France du Crédit mobilier en 1852. C'est un modèle tiré principalement par l'investissement, dans lequel le crédit est dirigé par l'Etat, qui contrôle les taux d'intérêt.

Le risque de crédit est socialisé. Dans les phases initiales, les projets viables économiquement sont aisément identifiés, la croissance est donc rapide et soutenue. Les choses se compliquent lorsque "apparaissent des problèmes massifs de mauvaise allocation des capitaux et, au final, une crise de la dette". Comme les signaux de prix sont distordus et les incitations politiques extérieures au système, le modèle est maintenu longtemps après le point au-delà duquel il devrait être abandonné. "Beaucoup en Chine ont compris cela, mais il est très difficile politiquement d'abandonner ce modèle", note M. Pettis.

Les attaques du premier ministre contre les banques publiques et de récents commentaires du gouverneur de la banque centrale, Zhou Xiaochuan, sur une prochaine libéralisation des taux d'intérêt laissent penser qu'aux yeux des réformateurs, dont tous deux font partie, le moment est venu. Ceux-ci considèrent que l'Etat-parti doit réduire la voilure s'il veut conserver une certaine légitimité populaire. Le 27 février, un épais rapport de la Banque mondiale soutenu par le très probable futur premier ministre, Li Keqiang, insistait sur la nécessité d'une "diversification graduelle de la propriété" des entreprises publiques.

Le fossé avec les dirigeants les plus conservateurs est saisissant. Ces derniers pensent, au contraire, qu'en acceptant une révision supplémentaire de son rôle dans l'économie et la société le Parti communiste dénaturerait cette fois-ci trop profondément le système et perdrait son pouvoir.

D'où certains doutes sur la volonté réformatrice malgré la saillie du premier ministre, souvent surnommé "le meilleur acteur de Chine". "Si le gouvernement est sincère, alors qu'il vende tout de suite des actions des banques sur le marché", tranche l'économiste Xu Xiaonian.

Le pays est déjà armé, selon lui, pour éviter de basculer dans une oligarchie à la russe à la faveur de ces privatisations. "Après l'effondrement de l'Union soviétique, la plupart des deals ont été passés sous le manteau. Mais les banques chinoises sont cotées en Bourse, le cadre existe donc déjà. Si les nouvelles actions sont vendues à Hongkong, il y a peu de chances de tomber dans les mêmes erreurs", dit-il.

Pour Wang Xiaozu, de l'université de Fudan, la leçon de la Chine reste au final celle de la stabilité : "Bien sûr, le système pèche en matière d'efficience, mais il y a eu un réel gain en échange : nos banques publiques n'ont pas fait les folies qui ont mené à la crise de 2008 aux Etats-Unis et en Europe..." Réformer oui mais avec prudence : "Certes, notre Chery n'avance pas très vite, dit-il en référence à des automobiles chinoises connues pour leurs faibles performances. Mais, si nous lui greffons directement un moteur de Ferrari, elle risque d'imploser."

Un argument que certains ne manqueront pas d'exploiter. Début avril, Lin Zuoming, patron de l'avionneur public Aviation Industry Corporation of China, dénonçait ainsi les appels aux privatisations comme une "conspiration" venue de l'étranger.

Harold Thibault (Shanghaï, correspondance)

 

 

 

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 14:59
| Par Martine Orange

 

Etrange 1er Mai ! Ce qui devrait être la fête du travail s’annonce sous le signe du chômage, de la pauvreté et de la peur de la régression sociale dans toute l’Europe. Dimanche, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé à Madrid et dans des dizaines de villes espagnoles pour protester contre les mesures d’austérité, visant en premier la santé et l’éducation. Les syndicats ont déjà appelé à défiler à nouveau le 1er Mai.


Dans le reste de l’Europe, l'Allemagne fait exception où le puissant syndicat de la métallurgie, IG Metall, a entamé un bras de fer avec le patronat, et réclame une augmentation de 6,5 % des salaires. Partout ailleurs, de Prague à Lisbonne en passant par Athènes ou Bruxelles, les confédérations syndicales sont sur le qui-vive, abasourdies par la vague de chômage qui s’abat sur l’Europe, l’entraînant dans le sillage de la grande dépression des années 1930. Toutes dénoncent l’enchaînement des réformes, qui déchirent morceau par morceau le contrat social européen, sans apporter aucun remède.


La petite musique qui se fait entendre depuis quelques jours à Bruxelles n’est pas suffisante pour les rassurer. Certes, les dirigeants européens y parlent maintenant de croissance. Ce mot jugé tabou lorsque les économistes le suggéraient il y a des mois, désigné encore comme inconvenant quand François Hollande indiquait, en décembre, qu’il renégocierait le traité européen pour l’y inclure, a désormais acquis droit de cité. Le premier ministre italien Mario Monti, comme le dirigeant espagnol Mariano Rajoy, en situation quasiment désespérée, appellent ce changement avec insistance, soutenus par un monde financier de plus en plus inquiet par la dégradation économique, politique et sociale de l’Europe.


De plus en plus isolée, la chancelière allemande Angela Merkel a donné quelques signes d’inflexion. Après avoir admis le mot, elle a même cherché à lui donner quelques contenus. Samedi, elle a annoncé la préparation d’un agenda de croissance pour le sommet européen de juin, et  s’est déclarée pour la première fois favorable à un renforcement des capacités de prêts de la Banque européenne d'investissement (BEI) et à un feu vert à une utilisation plus flexible des fonds structurels européens. Selon le quotidien espagnol El Pais, un projet de recapitalisation de 10 milliards d’euros de la BEI serait à l’étude, en vue d’augmenter sa force financière et de soutenir un plan “Marshall” de 200 milliards d’euros d’investissements publics et privés dans les infrastructures, les énergies renouvelables et les technologies de pointe. Bruxelles a démenti lundi étudier un tel plan.


L’évolution d’Angela Merkel sur la croissance, toutefois, ne doit pas faire illusion. Les débats sémantiques qui ont agité la commission européenne toute la semaine dernière en témoignent. Si le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a bien déclaré mercredi qu’il fallait d’urgence revenir en arrière dans le plan européen et mettre en place un pacte de croissance, c’est aussitôt pour préciser que ce dernier devait comporter des mesures « structurelles ». Jeudi, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, enfonçait le clou : il envoyait une lettre à tous les chefs d'Etat, en leur demandant d’accélérer les réformes européennes propices à la croissance. Lundi, le quotidien italien la Repubblica dévoilait les conversations secrètes entre Angela Merkel et Mario Monti visant à faire avaliser simultanément par leurs deux parlements le nouveau traité européen assorti d’une coopération renforcée entre les deux pays, afin par la suite de faciliter la création des eurobonds. Une manière de prendre de revers la France en cas d’élection de François Hollande.


Après l'austérité, les réformes structurelles


 

Que cache cette appellation de pacte de croissance, assortie de mesures structurelles ? Le président de la BCE a dévoilé le fond de sa pensée dans un entretien au Wall Street Journal en février : « Le modèle social européen  est mort », avait-il affirmé. Personne ne s’était alors étonné d’une telle incursion dans le champ politique du responsable de la banque centrale, par ailleurs si jaloux de son indépendance. Mais il est vrai que Mario Draghi ne faisait que répéter ce que la BCE avait écrit noir sur blanc au gouvernement de Silvio Berlusconi en septembre 2011 lorsqu'elle réclamait non seulement des mesures de rigueur budgétaire mais d’importantes réformes sociales touchant les retraites comme la fonction publique.


L’échec patent des plans de sauvetage européens successifs conduit les responsables européens à renforcer encore cette intransigeance. L’austérité budgétaire imposée à toute l’Europe s'étant avérée incapable de réduire les tensions économiques et la crise des dettes (l’étonnant est qu’ils en soient surpris), la seule voie qui leur semble désormais viable pour résoudre les disparités économiques au sein même de l’Union, et de ramener une certaine convergence, consiste à imposer une baisse des niveaux de coûts de production dans les pays les plus fragiles. Toute dévaluation monétaire étant impossible pour cause de monnaie unique, ce rétablissement ne peut donc passer que par la déflation sociale. 


Depuis trois ans, c'est ce qui est déjà mis en œuvre. Tous les pays européens ont révisé à la baisse leur système de retraite. L’Espagne a allongé l’âge légal de la retraite de 65 à 67 ans. La Grèce est passée de 60 à 65 ans, avec diminution de 20 % des retraites et pénalités en cas de départ anticipé. La France a adopté une des réformes les plus dures, en imposant à la fois un allongement de l’âge légal, porté à 67 ans, et une augmentation des années de cotisations, portées à 42 ans, contre 35 à 40 ans dans le reste de l’Europe. L’Italie vient juste d’adopter une nouvelle réforme de son système de retraite, imposant elle aussi un allongement de la durée légale. La Belgique est en train de négocier la réforme du sien.


Désormais, c’est le marché du travail qui est en ligne de mire. Les premiers pays victimes de la crise ont été comme de juste les premiers à faire l’expérimentation de la doctrine élaborée entre Bruxelles et le FMI. La Grèce a connu la potion la plus amère. Les salaires ont d’abord été diminués, les avantages annexes ont été supprimés, tandis que le temps de travail était allongé et porté à plus de 40 heures. Un salaire “jeune” a été institué, représentant 84 % du salaire minimum, soit 592 euros par mois. Dans un deuxième temps, les contrats de la fonction publique ont été remis en cause et 15 000 fonctionnaires ont été placés dans une structure d’attente appelée à disparaître à la fin de 2013. Les accords par branche sont en voie de démantèlement au profit des seuls accords d’entreprise. Le gouvernement Papandréou a déjà autorisé des accords d’entreprise permettant des salaires inférieurs aux accords de branches. Les contrats à durée indéterminée sont en voie d’être remplacés par des contrats à durée déterminée ou précaire. Les préavis de licenciements ont été raccourcis.


Au terme de neuf plans successifs d’austérité, l’économie grecque est en récession pour la cinquième année consécutive. Elle devrait enregistrer une nouvelle chute d’au moins 3 % du PIB cette année, selon les prévisions. 60 000 petites entreprises ou artisans ont fermé l’an dernier. Le chômage a doublé en deux ans et dépasse les 22 % de la population active, et près de 50 % chez les jeunes. Avec la  dérégulation complète du marché du travail, les salaires enregistrent une baisse de 22 à 28 % en ce début d’année, selon les chiffres de l’inspection du travail.


Un nouveau volet de réformes est déjà prévu. La Troïka, qui rassemble Union européenne, FMI et BCE, exige que le gouvernement s’attaque à « toutes les rigidités économiques du pays ». Le salaire minimum devrait diminuer à nouveau de 20 %. Les professions réglementées – taxis, avocats, notaires, médecins... – figurent parmi les premiers sur la liste. De nouvelles réformes sont prévues dans la fonction publique en vue de remettre en cause le statut de fonctionnaire. Enfin, alors qu’un tiers de la population grecque ne peut déjà plus se soigner, il est prévu de libéraliser le secteur de la santé, de couper dans les crédits. En attendant de s'en prendre à ceux de l’école.


Un marché unique du travail

L’Espagne et le Portugal connaissent depuis deux ans de profondes remises en cause sociales. Les salaires ont été diminués de 20 à 25 %, le temps de travail a été allongé, les congés diminués. En Espagne, surtout, l’assurance chômage a été revue à la baisse. Le versement des allocations chômage a été réduit à un an. L’Espagne ne disposant pas comme en France de revenu de solidarité, les chômeurs sont de plus en plus nombreux à ne plus avoir aucune ressource. Pour l’instant, la solidarité familiale joue. Mais jusqu’à quand ?


La Commission européenne, jugeant les réformes insuffisantes, a demandé aux gouvernements italien, espagnol et portugais de renforcer leur plan de réforme. Les choix faits sont à peu près identiques dans chaque pays.


Le gouvernement espagnol a fait adopter une nouvelle réforme dès le 12 février. Elle permet de baisser les salaires, d’allonger les temps de travail, d’augmenter la flexibilité du travail. Les licenciements sont rendus plus faciles et moins coûteux. Le rôle des syndicats est réduit tant dans les négociations collectives que lors des plans sociaux. Le gouvernement ne cache pas qu’il veut d’ailleurs remplacer les conventions collectives par des accords d’entreprise, ou les limiter au seul cadre du contrat entre employeur et employé. Dans la foulée, le gouvernement entend remettre en cause les contrats à durée indéterminée et instituer un contrat unique à durée déterminée. Ce dispositif  permettrait, selon lui, de faire disparaître l’écart entre les emplois protégés et les précaires, et favoriser l’emploi des jeunes. Plus de 50 % des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage en Espagne. Et l’extrême précarité à laquelle ils sont assujettis n’a pas permis de créer un emploi de plus.


En Italie, le nouveau premier ministre Mario Monti a décidé de s’attaquer au marché du travail, après les retraites et les professions réglementées. Il entend supprimer l’article 18 du code du travail, qui prévoit l’interdiction de licencier « sans juste cause ». De même, les conventions collectives seraient assouplies. Là encore, l’accord d’entreprise est privilégié. Enfin, le gouvernement étudie naturellement une révision du contrat à durée indéterminée.


 

Au Portugal, la réforme du code du travail a été adoptée fin mars. Le texte assouplit les conditions de licenciement, la durée des préavis. Il facilite le recours au chômage partiel. Il institue même un système de « banques d’heures », permettant aux entreprises d’allonger le temps de travail et d’augmenter la flexibilité, sans coût supplémentaire. Là encore, le contrat à durée indéterminée est sur la sellette.


Cette longue liste de dispositions, prises dans différents pays, cache en fait une grande uniformité dans le but poursuivi : les dirigeants européens ont clairement en tête d’imposer un marché unique du travail en Europe, qui va bien au-delà dans leur esprit de la directive Bolkenstein. Bas salaires, suppression de tout contrat à durée indéterminée, dérégulation complète des conditions de travail et de licenciement, abandon de toute convention collective, dénonciation de tout statut particulier, disparition des syndicats, tout cela doit permettre, selon leurs experts, de favoriser une mobilité au sein de l’Europe et de « fluidifier le marché du travail européen ». La langue, la culture, la vie des uns et des autres étant manifestement des éléments accessoires dans leur réflexion.


Le changement de position d’Angela Merkel, qui vient brusquement de se déclarer favorable à un salaire minimum par branche en Allemagne mais aussi partout en Europe, s’inscrit dans ce contexte général de mise en place d’une uniformisation a minima du marché du travail européen. Après cette concession de voir l’établissement d’un salaire minimum dans toute l’Europe, les salariés ne pourront être que rassurés.


Un épais silence s’est fait sur ces questions pendant toute la campagne présidentielle en France. François Hollande a fait comme si elles n’étaient pas sur la table, l’austérité budgétaire étant la seule référence. Nicolas Sarkozy, lui, se tait mais prépare le terrain. En décidant d’hystériser le 1er Mai et d’en faire un moment de confrontation avec les syndicats, il pose les premières marques en vue de discréditer les forces syndicales, au cas il serait élu pour un deuxième mandat. De son côté, le premier ministre François Fillon a déjà esquissé en quelques mots le programme à venir en cas de réélection, dans Les Echos : « Un pas très important a été franchi avec la rupture conventionnelle des contrats de travail. Nous avons proposé une seconde étape avec l'accord de compétitivité qui permet, dans une entreprise, de négocier les conditions de salaires, de travail, le temps et l'organisation de celui-ci, s'il y a un accord majoritaire avec les partenaires sociaux. Cet élément de souplesse serait une innovation majeure pour notre droit du travail. »


Si un tel plan européen est poursuivi, ce sera au risque de signer la mort de l’Europe. Car ce plan est la trahison même de la lettre et de l’esprit de la création de l’Union européenne, qui devait être un havre de paix et de prospérité pour tous. De plus, cette déflation sociale organisée semble appelée à connaître le même échec que le plan Laval en 1935 en provoquant un effondrement économique, sans parler des graves crises sociales et politiques attendues.


Même les économistes les plus orthodoxes ne voient pas comment de telles dispositions pourraient sortir l’Europe de la crise et lui apporter la croissance. « Au mieux, les réformes du marché du travail ne porteront leurs fruits que dans cinq ans », estime Exane BNPParibas. D’ici là, l’Europe continue sur la voie du suicide collectif.

 


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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 14:45
Lundi 30 Avril 2012 à 15:00

 

Grand reporter au journal Marianne En savoir plus sur cet auteur

 

Interviewé par « Libération », le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, propose d'organiser avec toute la société civile, un Grenelle sur la pauvreté. Une initiative à laquelle souscrit le député des Landes, Alain Vidalies, Monsieur Emploi-Travail du candidat Hollande.

 

(François Chérèque, secrétaire général de la CFDT - POL EMILE/SIPA)
(François Chérèque, secrétaire général de la CFDT - POL EMILE/SIPA)
« Avec l'ensemble de la société civile, il faut organiser un Grenelle contre la pauvreté. » En suggérant cette grande mobilisation dans les colonnes du quotidien Libération, François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, a fait mouche ce matin... dans les rangs socialistes. A la veille des manifestations de salariés du 1er mai et du rassemblement de Nicolas Sarkozy au Trocadéro, le député des Landes, secrétaire national du Parti socialiste au travail et à l'emploi et responsable de ces questions pour François Hollande, affirme que cette initiative intéressante tombe à pic. Parce qu'après des mois de controverses sur le thème de l'assistanat, et une forte percée du Front national à la présidentielle, elle lancerait enfin un grand débat public dans le pays, sur ce que sont vraiment les conditions de vie des personnes relevant des minima sociaux. « Il faut que tous les Français sachent concrêtement, dans les détails, comment vivent les plus pauvres pour comprendre leur situation, insiste-t-il, c'est nécessaire pour lutter solidairement contre leur exclusion. »

 

Certes dans le programme du candidat François Hollande figurent déjà l'instauration de tarifs sociaux pour l'électricité, le gaz et la construction de nombreux logements. Mais ces mesures, sur fond de niveau record du chômage, ne sauraient suffire à contenir la pauvreté dans l'hexagone. Quid de l'avenir du RSA entré en vigueur depuis 2008 et dont les allocataires, selon une étude récente du Credoc, n'en déplaisent à Martin Hirsch son concepteur, ne voient pas vraiment la plus-value en raison de sa complexité ? Les socialistes promettent de muscler leur accompagnement dans leur retour vers l'emploi. « En discourant sur sa volonté d'obliger ces centaines de milliers de citoyens à travailler sept heures par semaine, la droite manipule l'opinion publique jusqu'à l'imposture, critique Alain Vidalies. Car ainsi elle veut obliger des collectivités locales qui n'en n'ont pas les moyens à créer des milliers emplois publics, alors qu'elle dénonce de telles créations sur un plan national. Nous nous préferons rémunérer normalement des personnes éloignées de l'emploi à se former. » Une priorité qui naturellement pourrait être au cœur des discussions d'un Grenelle de la pauvreté, tel que souhaité par la CFDT. 

 

En effet, en dépit de la création du fond spécifique de sécurisation des parcours professionnels en 2008, le FPSPP, moins de 10% des chômeurs inscrits à Pôle emploi ont eu accès à une formation en 2011. Et selon le Conseil économique social et environnemental (CESE), la France reste, en 2012, l’un des pays développés qui forme le moins ses adultes de plus de 25 ans. Tout particulièrement ceux qui en ont le plus besoin : les salariés des entreprises de 10 à 20 salariés, les jeunes, les séniors et les femmes les moins diplômés. Affligeant sachant que, dans l'hexagone, plus de la moitié des chômeurs vivent avec des revenus en dessous du seuil de pauvreté...
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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 14:32
Marianne - Lundi 30 Avril 2012 à 12:00

 

Tefy Andriamanana
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur

 

L’entreprise Néo sécurité pourrait faire faillite à quelques jours du second tour. Nicolas Sarkozy a pris les devants pour éviter une catastrophe sociale. Mais, dans les faits, avec ou sans intervention de l’Elysée, la plupart des salariés de Néo Sécurité garderont leur emploi. Une belle entourloupe de campagne.

 

(GOUHIER-POOL/SIPA)
(GOUHIER-POOL/SIPA)
Le 3 mai, le Tribunal de Commerce de Paris se prononcera sur le dépôt de bilan de la société Néo Sécurité, 5000 salariés, n°2 français de la sécurité privée. Une possible catastrophe sociale à trois jours du second tour. Pour éviter cela, le président-candidat Nicolas Sarkozy a pris les devants et a juré de sauver l’entreprise. Le patron de Néo Sécurité Jean-Michel Oury, ainsi que des représentants syndicaux, ont été reçus mercredi par Xavier Musca, secrétaire général de l’Elysée. 
 
Et le patron veut l’aide financière des pouvoirs publics. Jean-Michel Houry réclame un prêt de 15 millions d’euros et l’effacement de sa dette fiscale et sociale avoisinant les 40 millions d’euros. Son entreprise s’est beaucoup démenée pour alerter les dirigeants politiques sur sa situation difficile. Un porte-parole a même affirmé : « C’est le plus gros dossier social depuis le début du quinquennat, et même avant ». Mais l’Elysée a assuré qu’elle « mettra tout en ouvre pour assurer la pérennité des emplois et des activités de l'entreprise ». Et même en cas de faillite, le ministère de l’Industrie a déjà annoncé plusieurs possibles repreneurs dont Securitas, une société suédoise n°1 du marché. Selon Le Figaro, le groupe Fiducial, leader de l'expertise-comptable, est aussi sur les rangs.
 
Sur le papier donc, tout a été fait pour sauver les emplois de Néo Sécurité. Mais, dans les faits, les choses sont plus compliquées. D’une part, parce qu’avec l'intervention de l’Elysée, la plupart des salariés de Néo Sécurité garderont leur poste. En effet, depuis 2002, la convention collective des entreprises de sécurité prévoit, en cas de faillite puis de reprise d’une entreprise, le maintien de tous les contrats passés et de 85% des emplois de gardiens. Une règle qui permet aux entreprises donneuses d’ordre d’être gardées en permanence même en cas de défaillance de leur sous-traitant. Un élément reconnu par le ministère de l’Industrie qui a désavoué les déclarations catastrophiques de la présidence : « Contrairement à ce qui a été dit, les emplois des 5000 salariés ne sont pas menacés ».

85% des emplois de toute façon sauvegardés

Autre faille, la gestion de Jean-Michel Houry fait polémique au sein de son entreprise. La CGT dénonçant sa « gestion douteuse » et les « salaires extravagants » de la direction. Pour rassurer les syndicats, Bercy a promis un audit de la gestion de l’actuelle direction, de cet audit dépendra une éventuelle aide financière des pouvoirs publics.
 
Mais peu importe, tout est bon pour faire paraître Nicolas Sarkozy comme le sauveur de l’économie française. Même François Hollande s’est laissé prendre au jeu en dénonçant « des plans sociaux qui sont préparés et qui ne sont pas annoncés » et un « drame qui s'annonce » au sujet de Néo Sécurité. Du côté, des patrons du secteur, on goûte peu la gestion du dossier Néo sécurité. Au SNES, principal organisation patronale, on pointe le « chantage éhonté » de Jean-Michel Houry.
 
Les entreprises françaises de la sécurité privée ont d’autant plus de raison de s’énerver que c’est une grande entreprise suédoise, Securitas, qui est sur les rangs pour récupérer les juteux contrats en cas de faillite de Néo Sécurité, 500 marchés passés seraient en jeu. Le président du SNES Michel Ferrero a d’ores et déjà demandé à être reçu à l’Elysée pour présenter une alternative la reprise des marchés de Néo Sécurité par plusieurs PME locales. Cette solution aurait pour avantage de consolider les entreprises françaises dans un secteur de la sécurité privée en pleine expansion.
 
Mais, à ce stade, la défense du « produire français » est accessoire. Pour le président-candidat, seule compte l’annonce, même hypocrite, des emplois sauvegardés. Même s’ils n’étaient pas menacés. Au moins, le challenge sera plus facile qu’à Gandrange.
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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 14:03

 

Le Monde.fr | 30.04.2012 à 14h18

Par Juan Somavia, directeur général de l'Organisation internationale du Travail (OIT).

 
 

 

En ce 1er mai, des dizaines de milliers de personnes dans le monde vont descendre dans la rue. Rien de bien nouveau ? Tout le contraire...

 

Hommes et femmes au travail sont durement touchés par la crise économique, mettant douloureusement en exergue combien, pendant des décennies, les politiques macroéconomiques ont dévalorisé le sens et la valeur du travail dans la société, d'un "travail décent".

 

Le modèle actuel de croissance considère le travail comme une simple composante d'un coût de production qui doit être le plus bas possible pour accroître compétitivité et profits. Les travailleurs sont des consommateurs bons à souscrire des crédits en lieu et place d'une part légitime, sous la forme d'un salaire, de la richesse que le travail contribue à créer. Une définition qui privilégie le capital.

 

On oublie qu'un travail de qualité est source de dignité personnelle, stabilité pour la famille, de paix pour la communauté, et de crédibilité en matière de gouvernance démocratique. Trop souvent, nous avons perdu de vue ce principe essentiel: le travail n'est pas une marchandise.


Donc un 1er mai pas si ordinaire, au moment où ceux dont les intérêts bien placés insistent pour dire qu'il ne s'est rien passé, que les vieilles recettes viendront à bout de cette crise, une de plus. Il n'en est rien.

 

Cette façon de voir est particulièrement ancrée dans les économies avancées et au sein de la zone euro. Les mesures prises pour juguler l'énorme dette publique creusent en même temps une dette sociale portée par les travailleurs et les familles qu'il faudra pourtant bien endiguer, elle aussi.


Alors que le taux de chômage des jeunes tourne autour des cinquante pour cent en Espagne et en Grèce, nous atteignons les limites d'une récession aggravée par l'austérité. Nous tournons là le dos aux valeurs fondamentales de justice et de solidarité défendues par l'Union européenne, gravées dans le tissu éthique des traités européens fondamentaux, de Rome à Lisbonne.

 

C'est aussi ignorer que la dette ne pourra être remboursée que par la croissance et de l'emploi. Ces politiques s'éloignent également des conventions ratifiées de l'OIT et du rôle primordial joué par le dialogue social dans la recherche de solutions équilibrées en période de crise. Des accords entre employeurs et travailleurs sont écartés par de dures conditionnalités externes.

 

Il nous faut une vision "socialement responsable" de l'austérité budgétaire. Dans une démocratie, il vaut mieux cultiver la confiance populaire à long terme - en particulier celle des plus vulnérables - que de répondre mécaniquement aux demandes de court terme et jamais satisfaites des marchés financiers. De manière générale, les grandes entreprises et le système financier sont sortis de la crise, même si d'aucuns insistent encore sur la "fragilité" de certaines banques. Les gouvernements ont dépensé des milliards d'euros pour assurer le maintien de ces banques. Les travailleurs n'ont pas bénéficié du même traitement. Par contre ils ont subi la crise de plein fouet. Les personnes qui descendent dans la rue le 1er mai et celles qui choisissent de rester chez elles peuvent avoir le sentiment que les mesures prises considèrent les banques comme trop importantes pour sombrer, et les petites gens comme trop "petites" pour compter.

 

Alors, que faire? Nous devons changer notre modèle de croissance. Un modèle qui a engendré d'énormes richesses concentrées entre les mains de quelques-uns, échouant à générer cette croissance "inclusive" à laquelle il était supposé parvenir.

 

Il nous faut une croissance différente, respectueuse de l'environnement, centrée sur les personnes, avec des économies et des sociétés ouvertes. Une croissance efficace ayant pour objectifs d'accroître le bien-être partagé et de réduire les inégalités et pour mesure de réussite, le nombre d'emplois de qualité créés et non les points de pourcentage de PIB engrangés.

 

Le système financier doit être au service de l'économie réelle et cesser de jouer avec l'argent des autres. Les banques doivent renouer avec leur mission première, les prêts aux entreprises afin que celles-ci investissent et créent des emplois. Les politiques de l'emploi, sociales et environnementales doivent compter autant que les politiques macroéconomiques. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.

 

Le respect des droits du travail et de la qualité de l'emploi doit rester un critère fondamental dans les ébauches d'une mondialisation plus équitable et durable. Du temps du "consensus de Washington", l'opinion majoritaire s'accordait sur le fait qu'un marché du travail qui génère des emplois de qualité, une protection sociale et des droits aux travailleurs était voué à l'échec. Pourtant, les pays qui ont investi dans des politiques sociales à long terme et dans la formation ont aujourd'hui une croissance plus stable. Beaucoup sont même devenus plus compétitifs, et sont sortis plus rapidement de la crise que les pays qui ont fait d'autres choix.

 

Plusieurs pays en développement ont démontré la valeur de tels choix en augmentant le salaire minimum, renforçant la protection sociale, stimulant les crédits d'investissement publics et privés, soutenant la consommation, sortant ainsi plus rapidement de la crise que les pays avancés.

 

Je pense qu'il nous faut clore le cycle dans lequel le travail et l'emploi sont de simples dérivés des politiques macro-économiques. Nous devons aller vers une mondialisation plus juste, plus respectueuse de l'environnement et plus durable, capable de satisfaire les aspirations des populations à une vie décente. Cela signifie un accès progressif à un travail bien rémunéré accompagné de droits du travail bien établis. C'est ainsi qu'ont émergé des classes moyennes dans différents pays à différents stades de développement, avec un accès élargi à des emplois de qualité.

 

C'est aussi pourquoi les classes moyennes sont aujourd'hui menacées, parce qu'il est de plus en plus difficile de trouver un emploi décent et de sortir de la pauvreté.

 

Cette inquiétude est valable pour tous les pays. Aucun état, aucun continent ne peut prétendre dicter seul sa loi. Une nouvelle ère de justice sociale exige coopération, dialogue, surtout un cap. Un cap fondé sur des valeurs humaines, en premier lieu le respect de la dignité du travail et des travailleurs.

 

Juan Somavia, directeur général de l'Organisation internationale du Travail (OIT).

 

 

 

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          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



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