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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 18:55

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

Charles de Courson veut augmenter les députés... pour leur assurer "un niveau de vie décent" !

 

 

Charles de Courson prône une augmentation des indemnités des parlementaires.

Charles de Courson prône une augmentation des indemnités des parlementaires. - WITT/SIPA
Il a osé le dire

Charles de Courson veut augmenter les députés... pour leur assurer "un niveau de vie décent" !

 

 

Le député UDI de la Marne ne semble pas réaliser que son indemnité correspond à plus du double du salaire moyen en France...

Alors que l’affaire Fillon a encore renforcé la défiance des Français sur l’utilisation des fonds publics par leurs représentants, certains élus n’hésitent pourtant pas à crier famine. C’est le cas de Charles de Courson, député UDI de la Marne, qui plaide ce vendredi 10 mars dans Le Parisien pour une augmentation de la rémunération des députés et sénateurs. Avec l’argument suivant : « Les parlementaires français ne sont pas les mieux payés en Europe, notamment par rapport à leurs homologues italiens ou britanniques. Les augmenter est la seule façon de leur assurer un niveau de vie décent et de leur éviter d'avoir un autre métier qui pourrait entraîner des conflits d'intérêts »

Un « niveau de vie décent » ? Un député touche aujourd’hui une indemnité de 7.186 euros bruts par mois, soit environ 5.000 euros nets. Charles de Courson ne semble pas être au courant qu’en France, le salaire moyen s’établit à 2.225 euros nets par mois, selon le ministère du Travail.

 

Je suis obligé de mettre de ma poche

Charles de Courson

Ajoutons qu’un député dispose aussi d’une indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) de 5.340 euros, qu’il dépense à peu près comme il l’entend, sans aucun contrôle. Charles de Courson le reconnaît d’ailleurs volontiers : « Ce n’est pas un secret que certains collègues disposant d’un mandat exécutif local utilisent une partie de l’IRFM pour des dépenses personnelles. » Et pourtant, le député - qui est aussi maire de Vanault-les-Dames, un village de la Marne, et conseiller départemental - prône aussi une revalorisation de cette enveloppe : « Ma circonscription est une zone rurale, et mes frais professionnels ne sont pas entièrement couverts par l'IRFM. Je suis obligé de mettre de ma poche. » Pour couronner le tout, Charles de Courson souhaite aussi faire passer le crédit dont dispose chaque député pour rémunérer ses collaborateurs « de quelque 9.700 euros brut à 15.000 euros ».

Notons tout de même que Charles de Courson est prêt à accepter quelques contreparties à ce festival d’augmentations. Le député juge « nécessaire de réduire le nombre de parlementaires ». Il veut interdire « le cumul avec des activités privées », sauf « pour certaines professions, comme les médecins ». Charles de Courson souhaite également prohiber « l’embauche d’un membre de sa famille ».

Le débat sur la rémunération des parlementaires a été relancé jeudi par Julien Dray. « Soyons sérieux, si on veut régler le problème de la corruption, un député a besoin de 9.000 euros net par mois », a affirmé au Point ce proche de François Hollande, qui n’est plus député depuis 2012. Julien Dray veut toutefois interdire aux parlementaires d’exercer « toute autre fonction que la leur » et d’embaucher des membres de leur famille. Il propose aussi que leurs collaborateurs soient rémunérés directement par les assemblées, et non par une enveloppe mise à disposition des parlementaires - celle avec laquelle François Fillon payait sa chère Penelope...

 

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 17:35

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Compte suisse et blanchiment: le député LR anti-fraude sociale bientôt au tribunal

 

Par Mathilde Mathieu
 
 
 

D'après nos informations, le député Dominique Tian (LR), membre de l'équipe de campagne de François Fillon et grand pourfendeur de la fraude sociale et des “assistés”, fait l'objet d'une citation directe devant le tribunal correctionnel de Paris pour « blanchiment de fraude fiscale » et « omission dans sa déclaration de patrimoine ».

 

Dans l’équipe Fillon (ou plutôt sa dernière version), Dominique Tian est chargé de plancher sur « le financement de la protection sociale ». Au sein de la droite, il passe en effet pour un expert de la lutte contre la fraude sociale et s’est fait une spécialité de pourfendre les assistés – pas tant les patrons qui omettent de payer leurs cotisations que les prestataires abusant des “allocs”, de la Sécu ou du RSA. Désormais, son discours aura plus de mal à passer.

D’après nos informations, le parquet de Paris a décidé, à l’issue d’une enquête préliminaire ouverte en 2015 sur signalement de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (Hatvp), de faire citer Dominique Tian devant le tribunal correctionnel pour « blanchiment de fraude fiscale » et « omission dans sa déclaration de patrimoine ». Pourra-t-il rester dans le prochain organigramme de campagne de François Fillon, en pleine recomposition ?

Dominique Tian. © DR

Également premier adjoint au maire de Marseille, ce dirigeant d’entreprises, longtemps proche de Bruno Le Maire, a en effet détenu des fonds en Suisse, non déclarés au fisc, de la fin des années 1990 jusqu’en 2014, date à laquelle il s’est décidé à les rapatrier via la « cellule de dégrisement » de Bercy – un dispositif de relative indulgence à l’égard des évadés fiscaux mis en place par le ministre Bernard Cazeneuve pour inciter ces derniers à rentrer.

 

Entretemps, en 2012, le député a rempli une déclaration de patrimoine muette sur ses actifs cachés à l'étranger, qui dépassaient alors 2 millions d’euros. C’est ce document, remis à l’ancêtre de la HATVP, qui se retrouve aujourd'hui dans le viseur de la justice, épaulée dans ce dossier par les enquêteurs de l'Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). Sollicité mardi 7 mars par Mediapart, Dominique Tian nous a simplement répondu qu'il n'avait « aucune information » sur la procédure en cours.

« Ce compte en Suisse a été ouvert par mon père, tentait-il de relativiser en 2015, lorsque nous l'avions interrogé. C'est un héritage. On l'a appris tardivement. C'était compliqué à gérer, comme dans toutes les familles. La procédure Cazeneuve est faite pour ça. » Après l'héritage, il s'est toutefois passé plus d'une décennie avant qu'une régularisation soit entreprise. Pire : les fonds répartis entre plusieurs banques ne seraient pas restés dormants, loin de là. Au-delà d’un éventuel redressement fiscal, Dominique Tian devra donc s’expliquer, en prime, à la barre d’un tribunal correctionnel et en audience publique....

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

Lire aussi

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 17:19

 

 

Source : http://www.amisdelaterre.org

 

 

BNP Paribas mise sur le banc des accusés à Paris

 

Paris, le 9 mars 2017 – Ce matin, 33 Faucheurs de Chaises des Amis de la Terre et d’ANV-COP21 ont organisé une action dans une agence BNP Paribas du 19e arrondissement de Paris. Les militants dénoncent le rôle de la banque dans l’évasion fiscale, le financement des énergies fossiles et d’entreprises responsables de violation des droits humains. Ils se mobilisent en vue du procès du Président des Amis de la Terre Florent Compain le 11 avril.

A 9 heures, 33 militants ont mené une action non-violente sous forme d’un « Mannequin challenge » [1] dans une agence BNP Paribas du 19e arrondissement de Paris. C’est sous les yeux des clients et du personnel de la banque que les militants se sont figés tout en portant des panneaux symbolisant les différents chefs d’accusation à l’encontre de BNP Paribas : « évasion fiscale », « crimes climatiques », « atteinte aux droits des peuples », tandis qu’un personnage représentant le Directeur général de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé, était mis sur le banc des accusés.

Cette action s’ancre dans la reprise de la mobilisation annoncée le 27 février 2017 par les Faucheurs de Chaises [2]. Plus de 200 lettres informant BNP Paribas ont été envoyées aux agences régionales, en précisant que ces actions ne visaient pas le personnel mais bien les dirigeants de la banque. Cette nouvelle vague de mobilisation intervient après l’annonce du second procès d’un Faucheur de Chaises [3], Florent Compain, président des Amis de la Terre, suite à une plainte de la BNP Paribas. Bien que la banque a renoncé à de se porter partie civile, Florent Compain sera bien jugé à Bar-le-Duc. Les Faucheurs de Chaises appellent donc à une mobilisation le 11 avril devant le siège de BNP Paribas au 16 boulevard des Italiens.

Les militants des Amis de la Terre et d’ANV-COP21 portaient ce matin plusieurs chefs d’accusation à l’encontre de BNP Paribas : responsabilité dans l’organisation du système de l’évasion fiscale, financement des énergies fossiles via le soutien à des projets comme le terminal de gaz de schiste Texas LNG aux Etats-Unis ou à des entreprises comme Kepco qui prévoit plus de 14GW de nouvelle capacité charbon, mais également complicité dans des violations des droits humains lorsque BNP Paribas soutient des projets comme l’oléoduc Dakota Access Pipeline où les cas de traitements inhumains contre les Sioux de Standing Rock ont été reconnus par des représentants des Nations-Unies [4].

«  Evasion fiscale et financements massifs aux énergies fossiles : les activités actuelles de BNP Paribas font obstruction à une transition sociale et écologique et nous condamnent à un monde à plus de 2°C et à l’augmentation des inégalités et des violences. Nous lui demandons d’y mettre un terme immédiatement et de respecter enfin son engagement pris à la COP21 de tout faire pour que l’objectif de l’Accord de Paris de rester sous la barre de +2 °C voire + 1,5 °C de réchauffement global soit atteint. » affirme Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée des Amis de la Terre.

« Chaque année ce sont 60 à 80 milliards d’euros qui sont perdus par les finances publiques à cause de l’évasion et de la fraude fiscale. Il est temps qu’une volonté politique mette un terme à ces pratiques qui nous pénalisent tous, et que l’argent soit investi dans la transition sociale et écologique. Plusieurs milliers de personnes se sont mobilisées dans des actions de désobéissance civile non-violentes avec les Faucheurs de Chaises et notre détermination ne s’arrêtera pas. » conclut Alma Dufour d’ANV-COP21.

 

En savoir +

[1] Les « mannequin challenge » sont des actions où les participants figurent immobiles

[2] Le collectif des Faucheurs de Chaises est composé des Amis de la Terre, d’ANV-COP21, d’Attac, de Bizi et de Solidaires Finances Publiques. Il est actif depuis 2015, et a organisé notamment les réquisitions de chaises en vue du Sommet de la transition sociale et écologique lors de la COP21 à Montreuil.

[3] Le premier procès était celui de Jon Palais, jugé le 9 janvier 2017 à Dax. Il avait obtenu la relaxe totale pour tous les chefs d’accusation. http://www.amisdelaterre.org/Le-11-avril-mettons-BNP-Paribas-sur-le-banc-des-accuses.html

[4] Sur Texas LNG : http://www.amisdelaterre.org/BNP-Paribas-annonce-reflechir-a-ses-financements-sur-les-energies-non.html Sur le Dakota Access Pipeline : http://www.amisdelaterre.org/Trump-Dakota-Access-Pipeline-et-les-banques-francaises.html

Crédits photo : Claire Dietrich https://www.facebook.com/zelda.zonk.12

 

 

 

Source : http://www.amisdelaterre.org

 

 

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 18:55

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

Mobilisation

Georges-Pompidou : l'hôpital "le plus moderne" de France, symbole de la souffrance du personnel hospitalier

 

 

 

Georges-Pompidou, l'hôpital parisien jadis ultra-moderne, est aujourd'hui devenu un symbole du mal être du personnel hospitalier

Georges-Pompidou, l'hôpital parisien jadis ultra-moderne, est aujourd'hui devenu un symbole du mal être du personnel hospitalier - LANTZ/SIPA
Etranglé par les restructurations et les différents plans d'économies, le personnel hospitalier manifeste de nouveau ce mardi 7 mars pour de meilleures conditions de travail. Focus sur l'hôpital parisien Georges-Pompidou devenu l'un des emblèmes du mal-être de la profession.

Sous l’imposant toit de verre de l’hôpital européen Georges-Pompidou, l’un des plus prestigieux de la capitale, des patients et leurs familles tentent d’occuper le temps. Face à l’accueil, assis sous d’immenses palmiers avec le dernier hors série "Manger sain" entre les mains ou branchés via leur smartphone sur les derniers rebondissements du "FillonGate", tous attendent sagement. Dans les couloirs, quasi-vides et très propres, peu de traces visibles des différents maillons de cette grosse machine qui compte plus de 1.000 lits et totalise presque 100.000 hospitalisations par an. A "Pompidou" pourtant, derrière les portes et les écrans d’ordinateur, c’est la course.

"On fait une toilette à un patient, le patient d’à côté va sonner, on se rend compte qu’on a oublié un gant, alors on va chercher le gant, entre-temps le téléphone sonne, on répond, puis un visiteur vous arrête parce qu’il ne trouve pas la chambre de son ami, les ambulanciers vous arrêtent à leur tour parce qu’ils ne retrouvent pas leur patient et dans la chambre, le patient à qui on fait la toilette attend toujours qu’on revienne avec le gant", raconte d’un seul souffle Nacerine, une jeune aide-soignante de l’hôpital. En quatre ans, le constat est sans appel : la jeune femme, une jolie brune qui a toujours voulu travailler "dans le social", a vu sa charge de travail décupler.

 

"Mutualiser, fusionner, multiplier les partenariats public-privé"

Alors ce mardi 7 mars, dans la continuité des journées de mobilisation du personnel hospitaliser des 8 novembre et 24 janvier derniers, Nacerine, dont les conditions de travail n’ont cessé de se dégrader, va une nouvelle fois manifester. Aujourd’hui, "on ne peut plus faire notre métier", explique-t-elle. En cause selon Joran Jamelot, l’un des représentants CGT de l’hôpital Georges-Pompidou, cette logique libérale sur laquelle se sont calqués les gouvernements successifs depuis plusieurs décennies et qui ne vise qu’à "mutualiser, fusionner, multiplier les partenariats publics-privés" pour à terme, estime-t-il, "réduire l’offre de soin".

Une logique dans laquelle s’inscrit notamment l’une des mesures phares de la dernière loi de modernisation de notre système de santé : la mise en place de groupements hospitaliers de territoire (GHT). Censée garantir l’accès aux soins pour tous, cette mesure portée par la ministre Marisol Touraine se traduit surtout, pointe Joran Jamelot, par la "suppression de lits". Outre le nouveau plan d’économies - trois milliards d'euros d’ici à fin 2017 - et les"22.000 suppressions de postes dans la fonction publique hospitalière prévues cette année", 135 GHT doivent en effet à l’avenir réunir à eux seuls l’activité des 850 hôpitaux français actuels. Principale conséquence aujourd’hui de cette volonté de "restructuration permanente", conclut le représentant CGT : la diminution de la durée moyenne des hospitalisations enregistrées partout sur le territoire.

 

"Restructuration permanente"

"Le séjour à l’hôpital est raccourci", confirme Nacerine. Et "c’est du boulot en plus pour nous." Car en une journée "à six entrées, entre les chambres à préparer, les patients à accueillir, les bilans complets à réaliser, les soins, les examens et les transmissions écrites", la charge de travail est "énorme". Sans compter le manque de lits, qui concerne même les patients programmés plusieurs semaines à l’avance et qui donne lieu à tout un système de "patients hébergés", explique la jeune aide-soignante. Ce mic-mac, désormais bien rôdé, consiste tout simplement à caser le patient au hasard des services, là où il y a de la place. Ainsi n’est-il pas rare qu’un patient venu se faire soigner pour un cancer se retrouve au service orthopédie ou au service ORL, développe la jeune femme.

 

"L’autre fois, se souvient-elle, dans mon service, on avait une patiente hébergée, envoyée de chirurgie réparatrice. Une femme brûlée de la tête aux pieds qu’on devait préparer avant son opération. On ne savait pas comment faire. Est-ce qu’elle avait le droit de se doucher ? Est-ce que ce n’est pas trop risqué avec la peau brûlée ? On a dû appeler les collègues pour savoir quoi faire. On ne peut pas se permettre d’avoir autant de patients hébergés et nous aussi d’envoyer nos patients."

A cela s’ajoute par ailleurs bien souvent le manque de matériel, y compris lorsqu’il s’agit de réaliser les plus petits soins du quotidien, comme prendre une tension. L’appareil qui défaille, le brassard qui s’arrête de gonfler… Nacerine multiplie les anecdotes, comme lorsqu’il lui arrive de parcourir toutes les chambres à la recherche d’un pied à perfusion, qui s’échange au gré des besoins des patients. "Franchement on passe la moitié de notre journée à aller dans les autres services parce qu’il nous manque ceci ou cela. Et l’hôpital est immense…", pointe Nacerine qui reconnaît toutefois avoir récemment reçu dans son service de tous nouveaux tensiomètres… les premiers en quatre ans ! "Alors que les tensiomètres, c’est quelque chose qu’on utilise toute la journée, une fois par équipe donc trois fois par jour", s’étonne-t-elle encore. "Mais heureusement qu’il y a un vrai esprit d’équipe dans mon service, qu’on s’entraide", se rassure la jeune soignante.

 

Ramener la Santé au centre des débats

La solidarité du personnel ne suffit pas toutefois à soulager le mal-être des effectifs. L’hôpital Georges-Pompidou, avec ses pôles d’excellence - cardio ou cancérologie - répartis sur 120.000 mètres carrés et huit étages, en est devenu ces derniers mois un triste symbole, au fil des suicides qui ont touché le personnel. A l’image de cet infirmier qui s’est tué par défenestration le 6 février à l’hôpital, ou encore de ce cardiologue qui s’est également jeté par l’une des fenêtres de l’établissement fin 2015.

Nacerine ne connaissait pas l’infirmier, pas plus que le cardiologue. Tout juste avait-elle eu l'occasion de saluer le premier. Mais elle s’interroge : "C’était quelqu’un de discret , qui ne travaillait pas ce jour-là. Alors pourquoi est-il venu se suicider à l’hôpital ?"

"Pourquoi est-il venu se suicider à l'hôpital ?"

Nacerine, aide soignante

 

 

Face à l'urgence sur le terrain, la ministre de la Santé a bien annoncé une série de mesures grâce au déblocage d’une enveloppe de 30 millions d'euros, parmi lesquelles la création d'une mission nationale chargée de la qualité de vie au travail des soignants ou encore, le déploiement en trois ans de services de santé au travail, intégrant entre autres des psychologues. Pour le délégué CGT de Georges-Pompidou, c’est néanmoins toute la "logique économique", cette politique du chiffre et "ses impératifs financiers qui dominent tout, qui écrasent tout", qu’il faudrait revoir.

"Ramenons au centre des débats la question de la Santé", plaide donc Joran Jamelot dans un contexte de campagne présidentielle sans cesse aspirée par les affaires, aveugle à la souffrance du quotidien, des petites mains, et qui se manifeste parfois, pour Nacerine, par des menaces de patients ou de proches excédés. "Je vais te tabasser, je t’attends en bas à la fin de ton service", s’est-elle déjà entendu dire. Elle qui n’a pas même le temps, certains jours, de faire une pause voire d'aller aux toilettes, mais qui croit toujours en ce qu’elle fait.

"Quand il y a des périodes catastrophiques, je me dis ‘pourquoi je n’ai pas fait un autre boulot ?’ Et quand je rentre dans la chambre d’un patient et qu’il me remercie pour mon travail, là je me dis ‘bah voilà’".

Oui mais jusqu’à quand ? Dans cet hôpital décrit comme avant-gardiste lors de son inauguration en 2001, qui s’avère être lui-même le fruit de la plus importante opération de restructuration hospitalière jamais menée à l’époque en Europe, la question s’agite dans toutes les têtes. Jusqu’à quand tiendront-ils comme ça ? Symbole de ce délitement : le dispositif de valises automatiques via lequel tous les prélèvements sanguins sont directement acheminés au laboratoire de l’établissement sans que le personnel ait à se déplacer. Un dispositif érigé fièrement lors de l’ouverture de l’hôpital début 2000 et… en panne lorsque nous rencontrons Nacerine, mi-février.

 

 

 

par Patricia Neves

Journaliste société - justice

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 18:36

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

Denis Baupin annonce une plainte contre les femmes qui l'ont accusé de harcèlement sexuel

 

 

Au lendemain du classement sans suite des plaintes qui pesaient sur lui pour "agressions" et "harcèlement" sexuels, Denis Baupin riposte. Dans le "JDD" ce mardi 7 mars, le député annonce qu'il attaque à son tour en justice les quatre femmes qui avaient déposé plainte contre lui ainsi que son ancien parti, EELV.

La contre-attaque de Denis Baupin n'aura pas tardé. Quelques heures seulement après le classement sans suite des plaintes qui le concernaient pour "agressions" et "harcèlement" sexuel, le député annonce dans une interview au JDD ce mardi 7 mars qu'il va saisir à son tour la justice. Avec plaintes pour "dénonciation calomnieuse" contre les quatre femmes qui avaient déposé contre lui, ainsi que contre son ancien parti, EELV.

Malgré le non-lieu, le parquet de Paris a pourtant rendu des conclusions plutôt sévères à l'endroit de l'ancien vice-président de l'Assemblée : "Les faits dénoncés, aux termes de déclarations mesurées, constantes et corroborées par des témoignages, sont pour certains d'entre eux susceptibles d'être qualifiés pénalement. Ils sont cependant prescrits", a pris soin de souligner le procureur dans son communiqué.

 

Insuffisant pour Denis Baupin qui dit vouloir "lever toute ambiguïté". Quitte, comme première étape, à tordre le message du parquet dans le sens qui l'arrange : "Le communiqué du parquet montre qu’il n’a trouvé aucune preuve tangible des accusations portées à mon encontre. Il dit juste que les faits dénoncés auraient été 'susceptibles' d’être qualifiés pénalement... à condition qu’il y ait eu des preuves, ce qui n’est pas le cas".

 

 

Derrière les accusations dont il a fait l'objet, Denis Baupin dénonce une "opération de diffamation en bande organisée" dont le dessein n'était autre que de "nuire politiquement" à lui-même et à son épouse Emmanuelle Cosse, ancienne secrétaire nationale d'EELV. Bien sûr, le député n'accuse directement personne mais ne cite qu'un seul nom : "Il faut se souvenir que Cécile Duflot se préparait alors pour être la candidate écologiste à l'élection présidentielle. Ma femme venait d'accepter d'être ministre (…), je n'étais pas dans la ligne…"

"La prescription n’est pas mon alliée", assène encore Denis Baupin dans le JDD. Taisant tout de même un fait : la prescription qui s'applique pour ce type de faits, qui était de 3 ans quand lui a été accusé en 2016, a depuis lors été allongée à six ans. Si les quatre plaignantes avaient attaqué aujourd'hui, les faits "susceptibles d'être qualifiés pénalement", selon les mots du parquet de Paris, auraient probablement connu une suite judiciaire.

 

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 18:07

 

 

Source :  http://www.bastamag.net

 

 

Crise agricole

Asphyxiés par leurs créanciers, trois agriculteurs se suicident chaque semaine

 

par

 

 

Le Salon de l’agriculture vient de s’achever. Ses organisateurs ont souhaité le placer sous le signe de la « passion » et des « ambitions ». Des thématiques « inspirées de l’actualité » qui permettent d’aborder « toutes les composantes du secteur : formation, savoir-faire, métiers, innovations... », a déclaré Jean-Luc Poulain, président du Salon. Exit le marasme financier dans lequel nombre de paysans continuent de se débattre, notamment dans l’élevage laitier, particulièrement dans l’ouest de la France. « L’image que ce salon renvoie n’a pas grand chose à voir avec la réalité, soupire Yannick, qui se sépare peu à peu de ses animaux pour s’orienter vers la production de céréales. Les agriculteurs qui ont les moyens d’aller au salon ne sont pas très nombreux. »

 

Acharnement des coopératives, banques et assurances

Et ce ne sont pas leurs créanciers qui vont les aider à sortir la tête de l’eau, au contraire. L’association Solidarités paysans Bretagne s’alarme de l’acharnement des
coopératives agricoles, banques et compagnies d’assurances, qui maltraitent les agriculteurs déjà en graves difficultés. « Certaines coopératives mettent en place des échéanciers irréalistes, avec des mensualités très élevées, et des taux d’intérêts exorbitants, qui s’approchent des 10% par an ! signale Elisabeth Chambry, directrice de Solidarité Paysans Bretagne. Les agriculteurs ne s’en rendent pas forcément compte lors des négociations, parce qu’ils ne lisent pas nécessairement toutes les lignes des contrats. À ce train là, la dette peut rapidement doubler ! » Les agriculteurs commencent évidemment par payer les intérêts. Résultat : s’ils ont à nouveau des difficultés quelques mois plus tard, ils réalisent que leur dette n’est toujours pas payée...

Le tableau n’est pas plus reluisant du côté des banques. « Les taux sur les prêts pour restructuration sont très élevés, jamais en dessous de 4% par an, souvent au dessus », remarque Elisabeth Chambry. Chez les banquiers, on appelle ça le « coût du risque ». Les banquiers se servent aussi en frais annexes : frais de rejet, frais d’examens de comptes, frais liés aux modifications d’emprunt, etc. « Une famille accompagnée en règlement amiable judiciaire (RAJ, procédure spécifique au domaine agricole pour ré-échelonner, voire supprimer des dettes, ndlr) peut cumuler plus de 4000 euros de frais bancaires, en six mois. Cela équivaut au soutien du RSA sur la même période. » À cela s’ajoutent des pressions graves : le conseiller est injoignable, il refuse d’ouvrir un compte en redressement judiciaire, ou de soutenir une reconversion.

 

Saisies de cheptels et coupures de courant

« Pour garantir les dettes, les créanciers ont des droits sur les moyens de production voire sur la production elle-même. Un paysan qui a vendu son cheptel de porcs pour faire face n’a pas vu la couleur de l’argent : tout a été versé directement au créancier. Il n’y avait plus rien pour le reste de la ferme », se désole encore Elisabeth Chambry. Les assurances, quand elles ne résilient pas purement et simplement les contrats, envoient volontiers les huissiers. « Je paie 6500 euros d’assurance par an, rapporte un agriculteur normand. Là, j’ai un mois de retard sur certaines cotisations, soit 240 euros. Et bien ils me menacent de résilier tous mes contrats ! » Tenus de payer, les agriculteurs ne sont même plus couverts. « Une pression similaire est mise par EDF. Cela commence par un message qui vous sommes de les rappeler. Vous tombez sur une boîte vocale qui vous dit que vous devez 1000, 1500 ou 2000 euros. Et tant que vous ne faîtes pas de virement, vous avez ce numéro qui vous rappelle sans cesse pour vous rappeler le montant de vos dettes. »

La mutualité sociale agricole (MSA), qui prélève les cotisations sociales des agriculteurs, n’est pas en reste. « Plusieurs agriculteurs nous font part de pratiques qui s’apparentent clairement à du harcèlement », note Elisabeth Chambry. Certains agriculteurs souhaitant se convertir, mais ne pouvant payer leurs cotisations, sont obligés d’auto-financer leurs formations, alors même qu’ils cotisent depuis des années au fonds de formation de la MSA ! « Nous sommes vraiment seuls face à nos difficultés, soupire l’un d’eux. Comment s’étonner que certains d’entre nous craquent complètement ? » En moyenne, trois agriculteurs se suicident chaque semaine, selon les données les plus récentes dont dispose Santé publique France, qui datent de 2011 (en 2010 et 2011, 253 agriculteurs et 43 agricultrices se sont suicidés) [1]. Le secteur de l’élevage bovin est particulièrement touché.

 

 

Notes

[1Le chiffre de 732 suicides d’agriculteurs en 2016, qui circule via une infographie AFP n’a pas été confirmé par Santé publique France, ni par la MSA.

 

 

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Source :  http://www.bastamag.net

 

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 17:57

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Alternative politique

Comment l’union des socialistes et de la gauche radicale a mis un terme à l’austérité au Portugal

 

par

 

 

Depuis novembre 2015, c’est une union des gauches qui est au pouvoir au Portugal : un gouvernement socialiste soutenu au Parlement par les partis de la gauche radicale et les écologistes. Cette alliance inédite a réussi à mettre fin à l’austérité imposée pendant quatre ans par la troïka. Les composantes les plus à gauche ont imposé au gouvernement socialiste des mesures de revalorisation des bas salaires et des petites pensions, et de lutte contre le travail précaire. Avec succès : l’économie repart, le déficit public recule, et le petit pays du sud de l’Europe arrive même à convaincre Bruxelles du bien-fondé de cette politique. Un modèle à suivre ?

Mi février, Benoît Hamon, en visite de trois jours au Portugal, a rencontré des acteurs de l’union des gauches qui y gouverne depuis plus d’un an. On en parle beaucoup moins que la Grèce avec Syriza ou l’Espagne avec Podemos. A Lisbonne, la gauche a réussi à défaire une droite adepte de l’austérité. Le Parti socialiste a réussi à reprendre le pouvoir à la faveur d’une alliance inédite avec les forces de gauche radicale : le Parti communiste portugais, les écologistes, et le Bloco de esquerda (« bloc de gauche » [1])

En octobre 2015, c’est pourtant une coalition de droite – « Portugal en avant ! » – qui était arrivée première lors des élections législatives portugaises, avec 38 % des voix. Les différents partis de gauche gardaient, ensemble, une majorité des voix et des sièges au Parlement : les socialistes, deuxième avec 32 %, le parti anti-austérité Bloco de esquerda 10 % et l’Union des verts et des communistes 8 %.

L’ancien premier ministre de droite forme alors un gouvernement minoritaire, renversé au bout de deux semaines par les forces de gauche. C’est un socialiste, Antonio Costa, qui devient Premier ministre. Le Bloco de esquerda, les verts et les communistes n’intègrent pas le gouvernement, mais concluent un accord avec les socialistes pour le soutenir. La condition : que celui-ci mette en œuvre un programme clair contre la politique d’austérité menée au Portugal depuis quatre ans sous la pression de la troïka – Commission européenne, Fonds monétaire international, et Banque centrale européenne – suite à la crise économique et financière de 2008 et à la crise de la dette publique qui s’en est suivie.

 

Une bouffée d’air pour la population

« Une telle union des gauches, ça n’était jamais arrivé au Portugal, souligne Marisa Matias, députée trentenaire du Bloco de esquerda au Parlement européen. Les gens ont perdu beaucoup pendant cette période d’austérité. Le salaire minimum et les retraites, même les plus petites, ont été gelés, et les impôts des travailleurs ont beaucoup augmenté. » Entre 2010 et 2013, le taux de chômage portugais bondit de 11% à plus de 17%. L’accord de 2015 engage le gouvernement à abroger ces mesures qui ont appauvri la population portugaise. « Le programme prévoyait de revenir au niveau des salaires et des pensions qui prévalait avant l’austérité. Bref, de récupérer ce qui avait été perdu pendant les quatre années de troïka », précise la députée européenne.

Quand, au même moment en France, un gouvernement socialiste se prépare à faire passer coûte que coûte une loi de dérégulation du droit du travail, le gouvernement d’union des gauches portugais décide d’un programme pour « tourner la page de l’austérité ». « La politique d’austérité suivie ces dernières années a pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage, avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes, les citoyens les moins qualifiés, les familles et les milliers de Portugais sans emploi. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs », analyse le programme du nouveau gouvernement décidé fin 2015. La rhétorique détonne avec les politiques menées auparavant au Portugal et dans le reste de l’Europe en crise.

Parmi les premières mesures concrètes : l’augmentation du salaire minimum, qui passe de 485 euros en 2014 à 557 euros en 2017, soit une augmentation de 15%. De nouvelles hausses sont prévues : 580 euros en 2018 puis 600 euros en 2019. « Nous avons aussi augmenté les retraites, fait adopter une baisse des impôts sur les revenus des travailleurs, et renforcé le droit du travail », signale Marisa Matias. Le gouvernement vient de lancer un programme de lutte contre la précarité dans l’emploi public, et a stoppé les privatisations des infrastructures, comme les transports. Des mesures sont prévues pour l’accès à l’éducation et à la santé. « Avec cette union des gauches, le parti socialiste a dû infléchir son projet dans notre sens. Après un an et quelque mois de ce gouvernement, il y eu un changement majeur de politique au Portugal », se réjouit l’élue.

 

Des questions qui restent à trancher

Comment le Portugal a-t-il pu mener une politique contraire aux dogmes bruxellois ? En 2011, en pleine crise de la dette, le Portugal accepte un prêt du FMI et de l’Europe de 78 milliards d’euros en échange d’une politique d’austérité drastique : baisse des salaires, réduction des dépenses dans la fonction publique, privatisation des infrastructures et des services publics. C’est avec cette politique que le nouveau gouvernement veut en finir. Au mois de juillet 2016, la Commission européenne menace le Portugal et l’Espagne de sanctions pour leur déficits publics jugés excessifs, avant d’abandonner les poursuites en août, pour laisser aux deux pays un délai supplémentaire.

Aujourd’hui, le Portugal a ramené son déficit public à 2,1 % du PIB, soit en dessous de la limite des 3% fixée par Bruxelles, et bien en dessous des plus de 4 % de l’année précédente [2]. « Bien sûr qu’il y a eu des pressions de Bruxelles, rapporte Marisa Matias. « Mais avec ce gouvernement d’union des gauches, nous avons réussi à réduire le déficit à 2 %. C’est l’objectif de Bruxelles. Il n’avait jamais été atteint au fil des années d’austérité. Le PIB est même en croissance pour la première fois depuis la crise, à 1,2 %. Cela reste peu, mais nous sommes partis de zéro. » Le chômage est aussi en recul. Il est redescendu fin 2016 sous la barre des 11%, loin des records atteins en 2013 par le précédent gouvernement de centre-droit [3].

Reste le problème des banques portugaises, dont la situation est toujours fragile [4]. Et de la renégociation de la dette publique. « Nous nous sommes mis d’accord avec le gouvernement socialiste sur une politique pour la sécurité sociale, sur le droit du travail, mais pas sur la dette publique », explique la députée européenne de gauche. Le dossier demeure donc en chantier. Mais en attendant, la population portugaise vit un peu mieux que sous le régime imposé par les libéraux et la troïka. Un exemple à méditer pour les candidats français ?

Rachel Knaebel

Notes

[1Le Bloco de esquerda est né en 1999 de la fusion de plusieurs partis situés à l’extrême-gauche du champ politique portugais.

[2Voir ici.

[3Voir ici et ici.

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 17:36

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Emmanuel Macron veut réécrire la régulation financière

 
Par martine orange

 

 

 

Se rangeant aux côtés des banques et des assurances, le candidat d’En Marche juge que les règles prudentielles sont trop contraignantes. Il souhaite à l’avenir que ce soit les ministres des finances et non les régulateurs qui les déterminent. Un premier pas pour effacer toutes les leçons de la crise financière.

 

 

 

 

S’il y avait encore un doute sur le positionnement d’Emmanuel Macron, il vient de le dissiper : il se place ostensiblement du côté de la finance. Tandis que l’attention de l’opinion publique est captée par le feuilleton quotidien de la droite, il avance discrètement ses propositions. Et quelles propositions ! Il ne s’agit rien de moins que de remettre en cause la régulation élaborée après la crise financière de 2008. Comme Trump, il propose de réécrire ces règles contraignantes. Au nom de l’économie bien sûr.

L’auditoire devant lequel il a émis cette idée lundi n’était sans doute pas prêt à aborder un tel sujet : Emmanuel Macron avait été alors invité à débattre avec les chefs d’entreprise de la CPME (ex-CGPME), comme le seraient avant et après lui Marine Le Pen et François Fillon le même jour. Alors que les petits patrons attendaient sans doute un discours plein de bonnes intentions en faveur des PME, le candidat d’En marche s’est brusquement emparé de la question réglementaire des banques et des assurances.

Emmanuel Macron débat à la CMPE, lundi 6 mars © Bactiactu

Emmanuel Macron débat à la CMPE, lundi 6 mars © Bactiactu

 

Ses propositions sont simples : il veut reprendre la main sur la régulation financière. Pour lui, les régulateurs ont des positions beaucoup trop rigides, voire dogmatiques. Il vaudrait bien mieux que cette tâche prudentielle soit confiée aux ministres des finances européens. Ils seraient beaucoup plus à même, selon Emmanuel Macron, d’établir les ratios prudentiels (Bâle 2 et 3 pour les banques, Solvency 2 pour les assurances) qui fixent le niveau de fonds propres pour les banques et les assurances. « Ce que je souhaite, c'est que les grands ratios de solvabilité de liquidité et de fonds propres des banques et des assurances puissent être discutés au niveau européen à l'Ecofin chaque année et qu'on en fixe, avec des objectifs de financement économique, les grandes règles », a expliqué Emmanuel Macron.

Le candidat d’En Marche juge que ces règles sont trop contraignantes, et finissent par être plus néfastes que bénéfiques pour l’économie. En tout cas, elles ne sont pas du tout « adaptées à la France », selon lui. « Nous nous sommes fait avoir », a-t-il assuré. Les règles prudentielles des établissements financiers « touchent beaucoup les économies comme les nôtres qui n'étaient pour rien dans l'origine de la crise ». « Les instances prudentielles veulent de la prudence, donc elles n'ont qu'un objectif de réduction du risque et donc elles ont désincité (sic) les banques et les assurances à financer l'économie », a-t-il regretté.

L’argumentation n’est pas nouvelle. Elle est développée depuis des années par les banquiers et les assureurs, en guerre contre toutes les régulations financières qui leur ont été imposées après la crise financière. Tous mettent en avant le prétexte du financement de l’économie pour obtenir l’assouplissement voire l’annulation de ces règles, qui encadrent plus strictement leurs engagements. Dans les faits, ces dernières ne semblent avoir guère gêné la distribution de crédit. Selon les statistiques de la banque de France, le volume de crédit accordé aux entreprises non financières a augmenté de 4,8 % en rythme annuel, fin janvier, ce qui est en phase avec une économie qui croît d’à peine 1 % par an.

Pour les chefs d’entreprise, le problème de toute façon n’est pas là. Les difficultés actuelles qu’ils rencontrent ne sont d’ailleurs pas liées à l’accès au crédit, mais au flou sur l’avenir. Ce sont les carnets de commandes, l’augmentation des débouchés, de la consommation qui les incitent à investir, à se développer et pas le crédit. En gros, des questions de demande et non d’offre.

Jusqu’à présent, les banques françaises ne semblent pas avoir pâti non plus des nouvelles règles qui leur sont imposées. Alors que leurs concurrentes comme Unicredit en Italie ou Deutsche Bank en Allemagne sont en train de procéder à des augmentations de capital qui se chiffrent en dizaines de milliards pour restaurer leur bilan, elles se classent parmi les établissements financiers les plus profitables en Europe. BNP Paribas a affiché un résultat net de 7,7 milliards d’euros en 2016, AXA de 5,8 milliards d’euros, la Société générale de 3,9 milliards, le Crédit agricole de 3,5 milliards. Des résultats qui les placent en tête du CAC 40.

 

 

Lire aussi

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 17:13

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

Entretien

Transparence des lobbies : ce décret du gouvernement qui risque d'affaiblir la loi

La première version du décret d'application de la loi Sapin II paraît affaiblir la loi.

La loi Sapin II sur l'encadrement du lobbying prévoit la création d'un registre numérique des représentants d'intérêts. Sauf que le projet de décret, qui a fuité dans la presse, menace de rendre cette disposition inconsistante... Explications avec Elsa Foucraut, chargée du plaidoyer pour Transparency France, ONG de lutte contre la corruption.

 

La loi Sapin II sur l'encadrement du lobbying a été promulguée le 9 décembre dernier. Elle prévoit la création d'un registre numérique des représentants d'intérêts auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), afin de permettre aux citoyens d'apprécier le cheminement des décisions publiques. Une avancée démocratique ? Pas si vite... Les modalités de publication de ce registre restent à préciser, via un décret du Premier ministre qui sera prochainement signé. Or, une première version du texte a récemment fuité dans le média spécialisé Contexte... et paraît aller à l'encontre des objectifs de la loi. Explications avec Elsa Foucraut, responsable du plaidoyer - comprendre, lobbyiste - pour Transparency France, ONG de lutte contre la corruption.

 

Marianne : Une première version du décret d'application de la loi Sapin II, qui entérinera la création d'un registre numérique des lobbyistes auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), a récemment fuité dans la presse. Son contenu vous inquiète. Pourquoi ?

 

Nous espérons que la position de l'exécutif va évoluer avant la publication du décret car cette première version affaiblit
l'esprit de la loi. Les représentants d'intérêts n'auraient à inscrire
sur le registre ni leurs positions publiques, ni le nom des
parlementaires rencontrés, ni la date de ces rencontres. Ces informations ne seraient publiées qu'une fois par an. Le risque est d'aboutir à un simple annuaire et c'est ce que nous voulons éviter.

"Cette première version affaiblit
l'esprit de la loi"

 

En quoi est-ce si problématique ?

La loi Sapin II a été votée pour que les citoyens puissent comprendre le cheminement de la décision publique, avec davantage de transparence. A cette fin, il est indispensable de connaître la position des représentants d'intérêts et l'identité des parlementaires qu'ils rencontrent : s'il s'agit du rapporteur d'un projet de loi, ce n'est pas la même chose que s'il s'agit d'un parlementaire qui a moins de responsabilités. Enfin, il faut connaître la date de ces rencontres pour avoir une indication sur l'éventuelle influence d'une rencontre sur un amendement ou un article de loi voté…

 

Pourquoi cette disposition suscite-elle autant de résistances ?

Un certain nombre de représentants d'intérêts continuent à considérer que le lobbying est d'autant plus efficace qu'il se pratique de manière opaque et peu régulée. Ce n'est pas du tout notre conception. Nous estimons que le lobbying est un rouage naturel de la démocratie, à condition qu'il soit exercé avec transparence et probité. Si on opère de manière éthique, on n'a pas à avoir peur de ce registre. A Transparency, nous publions d'ailleurs l'agenda de nos rencontres avec les élus.

 

Après l'affaire Cahuzac, François Hollande a pris des engagements forts en matière de transparence. Estimez-vous le contrat rempli ?

Nous avons salué le bilan globalement satisfaisant du quinquennat, marqué par de vraies avancées, comme
la création de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie
Publique et la mise en place d'un statut des lanceurs d'alerte.
Mais il reste des marges d'amélioration importantes. Nous avons
d'ailleurs récemment demandé aux candidats à la présidentielle de se
prononcer en faveur d'un certain nombre de mesures, de
la transparence des financements politiques à l'indépendance de la
justice, en passant par la participation citoyenne et le non-cumul des
mandats.

 

 

 

 

@girard_etienne

Journaliste politique

 

 

Source : https://www.marianne.net

 

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 16:54

 

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89

 

 

L'enfer des start-up : "J'avais l'impression que tout le monde portait des lunettes roses"

 

 

 

 

 

Quand Mathilde Ramadier commence à travailler dans le secteur dynamique des start-up, l'expérience tourne au cauchemar. Dans son dernier livre, elle dénonce un "excès d'optimisme" face à "de nouvelles formes de manipulation".

L'enfer des start-up : "J'avais l'impression que tout le monde portait des lunettes roses"
Mathilde Ramadier (DR)

Si l'expérience start-up vous tentait, réfléchissez-y à deux fois. Dans un pamphlet, la jeune auteure met en lumière les absurdités de la "startupshère" et du management du bonheur (et plus largement du monde du travail et de notre société toute entière). 

Avec sur son CV un BTS graphisme, un master Normal Sup' de philosophie, et déjà plusieurs expériences professionnelles, Mathilde Ramadier arrive dans la Silicon Allee berlinoise en 2011.

C'est là qu'elle commence à travailler au sein de la start-up The Base [tous les noms ont été modifiés dans le livre, ndlr]. 

Passée l'excitation des débuts et le "welcome kit" (e-mail de bienvenue plein de smileys et de promesses), la désillusion est rapide.

"On imagine les start-up comme des entreprises "révolutionnaires", financées par des "business angels", dirigées par des "rockstars", et alimentées par des "treasure hunters". Hou hou ! On redescend sur terre deux minutes ?"

Derrière la mise en scène millimétrée et la success story que l'on nous vend sur Instagram, il y a un monde brutal pour les individus, raconte-t-elle. La révolution (ou plutôt "disruption") annoncée n'en est pas une.

Le bon vieux modèle de l'exploitation du travail par le capital est toujours là, où le rabaissement des individus est la norme et le sexisme rien de très grave. Les tâches sont abrutissantes, l'urgence est la règle, l'encadrement omniprésent, les sourires artificiels... et les psychanalystes riches !

Par cette description acerbe de la "startupshpère", Mathilde Ramadier nous illustre a fortiori un ultralibéralisme cynique, et une modernité désenchantée. En 2013, elle témoignait déjà chez Rue89. On la retrouve aujourd'hui avec son livre « Bienvenue dans le nouveau monde, comment j'ai survécu à la coolitude des start-ups » (éd. Premier Parallèle, 2017). Entretien.

http://referentiel.nouvelobs.com/file/15940906.jpg

Rue89. A quel moment avez-vous compris que travailler au sein d'une start-up n'était pas fait pour vous ?

Mathilde Ramadier. Très très vite. En fait, je suis arrivée à Berlin en 2011 après mon master de philosophie. Je voulais faire un doctorat mais vous connaissez la situation, c'est difficile d'avoir un financement, je ne voulais pas me lancer dans une vie précaire pendant cinq ans.

En arrivant à Berlin, je ne m'inscris pas à la fac, donc il me faut un travail assez vite. Et là je me rends compte que le secteur qui embauche le plus, le plus dynamique, c'est celui des start-up. J'ai mon premier entretien chez les concurrents de Airbnb, pour un job de « responsable référencement site français ». Ça ne nécessite pas un Bac+8, mais c'est quand même un poste un peu sérieux, avec des responsabilités.

Là-bas, on me proposait un salaire de 650 euros brut. J'ai explosé de rire et refusé. Et en fait c'est comme ça, sur le tas, que j'ai compris qu'il n'y avait pas de salaire minimum en Allemagne [un salaire minimum a été introduit en Allemagne en 2015, ndlr]. Au fur et à mesure, j'ai été confrontée à des désillusions et j'ai compris que l'univers des start-up abusait vraiment de cette précarité.

Du coup, très vite, je me suis méfiée, mais je me disais "essaie encore". Il y a peut-être eu une part de naïveté de ma part, ou en tout cas peut-être un excès d'optimisme. Pourtant je suis quand même d'un naturel assez méfiant et sceptique à la base, mais bon, une fois qu'on est pris dans le tourbillon.

 

Lorsque vous travailliez, vous aviez déjà un regard attentif sur votre environnement de travail, avec l'idée d'un livre en tête ?

Honnêtement non. Mon expérience dans les start-up débute en septembre 2011, pour finir en juin 2015. La dernière, que je raconte dans le livre, c'était à Vesta [une start-up dans le domaine de l'art, ndlr], pendant 6 mois. Depuis, je vis complètement de mes activités d'auteure. 

L'idée du livre m'est venue juste après cette dernière expérience, à l'été 2015. J'ai d'abord écris un premier jet, un peu comme pour écrire des mémoires, pour ne rien oublier.

Quand je travaillais chez Vesta, je ne prenais pas de notes, je n'y réfléchissais pas, mais je pense que j'étais déjà un peu dans la posture de l'espionne. Je regardais déjà ça avec beaucoup d'amusement, j'étais à l’affût de tout ce qui pouvait être ridicule.

 

Beaucoup de personnes sont tournées en ridicule dans votre livre. Vous êtes très virulente, par exemple lorsque vous évoquez les DRH, ou plutôt la "talent recruiter" en novlangue. En fait, pour vous la start-up est une énorme mise en scène ?

Oui. En fait c'est une comédie, particulièrement dans ces deux expériences que je relate le plus : Vesta, parce que c'était la dernière et la plus longue ; et The Base, où je suis restée à peine 20 jours mais qui était la plus absurde. C'était vraiment absurde, une vraie comédie.

Si j'avais été un peu parano, j'aurai pu me demander s'il n'y avait pas de caméra cachée... Javais l'impression que tout le monde était enfermé dans un rôle, il y avait tellement peu d'humilité, de recul sur soi, de clairvoyance. J'avais comme l'impression que tout le monde portait des lunettes roses.

 

D'ailleurs lorsqu'on vous lit, on comprend que vous n'aimez pas trop les petits chiens, les petits cœurs, les manies healthy, et tout ce qui en général incarne cette culture de la start-up.

Ce n'est pas que je ne les aime pas par snobisme, mais parce que ça participe de tout ce mirage : c'est du papier cadeau qu'on nous vend, mais qui contient finalement du vide.

Je n'ai rien contre un petit chien en soi, même si c'est un caniche et qu'en général, les caniches c'est plutôt le symbole du pouvoir que le chien du prolétaire. J'utilise aussi des smileys (je ne suis pas une vieille réac'), mais je n'en mets pas non plus à la fin de chaque phrase quand je m'adresse à mes collègues. Et évidemment j'aime manger des choses qui sont bonnes pour la santé, j'achète du bio, etc.

Mais tout ça était tellement poussé à l'excès, comme pour servir une idéologie. Le frigo était plein de choses bonnes pour la santé, bio et à la mode (on y trouvait par exemple toutes les sortes de limonade :  au maté, aux fruits rouges...) : c'est un peu comme si on voulait donner le sentiment qu'on était les pionniers de quelque chose et que jusqu'à la moindre chose ingurgitée devait forcément être le symbole du changement.

C'est ça qui m'agace : c'est l'enveloppe. Pareil pour le team-bonding, les apéros after-work. J'adore faire la fête moi, j'aime bien boire des coups, mais avec des vrais amis. Je ne veux pas être obligée de le faire toutes les semaines avec mes collègues, juste pour faire un selfie avec mes patrons et dire après sur Instagram que j'étais là.

 

Vous parlez aussi beaucoup des nouvelles techniques de RH, avec des logiciels comme 7Geese, ou ce que vous appelez la « carotte 2.0 ». On se dit que les méthodes managériales n'ont pas vraiment changé, on a juste mis un coup de vernis, et la compétition qui en découle est d'autant plus insidieuse ?

Exactement. C'est une nouvelle forme de manipulation, une prise de pouvoir qui ne dit pas son nom. Elle est donc d'autant plus perverse et difficile à contourner pour un jeune ou quelqu'un qui n'a pas beaucoup d'expérience professionnelle.

Vu qu'on matraque l'idée que « c'est le nouveau monde », qu'ici on est en train d'inventer la nouvelle manière de travailler, les gens ne se méfient plus.

J'ai vu ça autour de moi : des gens loin d'être bêtes, mais qui pourtant gobaient un peu tout ça sans prendre aucun recul. Je pense que c'est à relier au fait qu'on est convaincus qu'il n'y a plus besoin de se méfier, puisque ici tout va bien, on est loin du vieux monde, de l'entreprise à hiérarchie pyramidale.

Dans le livre, je raconte par exemple l'anecdote de cette très jeune DRH de Vesta, que j'avais été voir pour lui demander s'il n'y avait pas une faute de frappe dans mon contrat : j'avais un CDD de 6 mois, et ma période d'essai durait 6 mois. Donc je vais la voir et elle me dit que c'est normal et qu'elle a le même contrat : elle ne voyait pas où était le problème.

C'est dangereux. Même si c'était permis par la loi du travail allemand, ce que je dénonce fondamentalement, c'est le fait qu'elle ne voyait pas ce qu'il y avait de dérangeant.

 

Vous nous parlez de danger. Dans le livre, vous faites même référence à Orwell, et à l'idée qu'il s'agit d'un modèle qui incarnerait une nouvelle forme de totalitarisme : encadrement, novlangue et propagande, culte de la personnalité, etc.

Oui. Par exemple, pour le culte de la personnalité... Pour certains patrons, encore une fois chez Vesta et The Base que j'ai le plus approchés, c'était une vraie figure emblématique du chef, et je dirais même du messie. C'était le gars intouchable : quand il rentrait dans le bureau le matin c'était comme s'il marchait sur les eaux.

Bien sûr, il ne connaissait pas nos prénoms, il nous regardait tous de haut, et disait bonjour très fort, de manière outrancière. On ne savait évidemment pas combien il gagnait ni même à quoi il occupait ses journées. Par contre, on avait tout à fait confiance en son niveau de vie qu'il étalait.

C'est anecdotique mais il venait toujours avec son caniche, il postait beaucoup de photos sur Instagram qu'il nous envoyait même parfois directement par mail. Il s'y montrait à droite à gauche, dans tel aéroport, soit-disant pour négocier des deals pour la boîte. Mais bon, il était très souvent en vacances sur des plages paradisiaques. Son trip, c'était surtout les palmiers : on était vraiment dans le cliché du grand patron qui va se détendre sur une plage des tropiques.

Encore une fois, sous couvert de ce papier cadeau, des idées d'un monde nouveau, on retrouve finalement les même codes qu'avant. Ça m'a souvent fait pensé au "Loup de Wall Street" [le film de Martin Scorsese, ndlr], ou alors à ce qu'on pouvait reprocher à la pub dans les années 80-90.

 

Vous utilisez des termes relatifs à la psychanalyse en décrivant des employés infantilisés par des maniaques, hystériques, phobiques, obsédés par le court-termisme... Qu'est ce que Freud aurait pensé de tout ça ?

Je pense qu'il aurait adoré ! Moi aussi d'ailleurs. Comme je n'ai pas abandonné l'idée d'être psychanalyste un jour, j'avoue que je me frottais un peu les mains quand je voyais ces cas-là.

Freud a écrit un livre sur la religion, qui s'appelle « L'Avenir d'une Illusion ». Même s'il est un peu dépassé – il a 100 ans ou presque – je trouve le titre très beau. En fait, je pense qu'il aurait pu écrire quelque chose avec le même titre pour parler de tout ça. Ça aurait collé. Parce qu'on peut se demander quel est l'avenir de cette illusion-là ? En a-t-elle même un ?

Est-ce que ces types sont réellement convaincus de tout ce qu'ils font et tout ce qu'ils disent, ou est-ce que alors c'est un pur excès de mégalomanie ? Je ne sais pas. Parce que c'est vrai qu'ils ont tellement le vent en poupe, ce n'est plus comme les patrons de grands groupes d'il y a 20 ans, qui avaient quand même un peu mauvaise presse.

Là, vraiment, tout le monde les encense. La gauche comme la droite, les jeunes comme les vieux.

 

C'est vrai que les témoignages comme le vôtre, qui s'érigent contre cette culture de la start-up, restent rares. Pourquoi ?

C'est vrai, et pourtant je suis convaincue de ne pas être la seule. Par exemple il y a Dan Lyons, un ancien journaliste reconverti dans le milieu de la start-up alors qu'il était quinquagénaire : il a écrit le livre « Disrupted, My Misadventure in the Start-Up Bubble Audible » (éd. Hachette Books, 2016).

C'est un récit très bien écrit, très drôle. Finalement, il raconte un peu la même chose que moi, mais du point de vue d'un senior. Il raconte le jeunisme exagéré qui l'a particulièrement marqué, le manque de maturité. Nos propos se rejoignent en beaucoup de point.

Et puis il y a l'écrivain Eric Sadin avec qui j'ai pu échanger un peu sur le sujet, qui a publié « La Siliconisation du Monde. L'irrésistible expansion du libéralisme numérique » (éd. L'échappée, 2016). Lui qui n'a jamais travaillé pour une start-up va plus loin : il s'attaque à la Silicon Valley pas seulement en tant qu'employeur mais véritablement comme producteur de valeur. Mais oui, nous sommes peu nombreux.

 

Pourtant, beaucoup en souffrent. Vous décrivez une génération Y, les millenials, ces jeunes précaires qui jonglent entre périodes d'essai, CDD, et salaires de misère. Vous évoquez d'ailleurs des vague de démissions. Donc les gens se rendent bien compte que ce n'est pas normal ?

Comme je le dis dans le livre, pour majorité, les employés des start-up ne sont pas bêtes, ils se doutent bien qu'il y a des choses qui ne sont pas normales, mais ils se disent que c'est peut-être juste cette boîte-là, ou que c'est parce que c'est une jeune start-up, donc qu'elle peut faire quelques erreurs. Et puis ceux qui en souffrent comme moi n'en parlent pas forcément. Il faut puiser l'énergie, trouver la force d'en parler.

 

Vous avez parlé de Dan Lyons, qui s'intéresse beaucoup à la question des seniors dans les start-up. Vous épinglez aussi des discriminations portant sur les nationalités ou le genre, et décrivez parfois la « startupsphère » comme un milieu sexiste. Les discriminations sont monnaies courantes ?

Ça, ça n'a pas été le cas dans toutes les start-up, mais les exemples que je cite dans le livre sont quand même suffisamment forts. Moi personnellement, je n'ai pas été victime de sexisme directement, à part une fois quand le CEO [Chief Executive Officer, ndlr] m'a dit que je devrais faire hôtesse si je manquais de volonté, de "faim". Si j'avais été un homme il ne m'aurait pas dit ça. Mais voilà.

Dans le sous chapitre consacré au sujet, j'analyse aussi le fait que certaines start-up développent des modèles qui enferment, séparent les deux genre avec pleins de clichés.

 

Vous racontez qu'on vous a décrit la garde-robe comme le « problème féminin universel »  ?

Voilà, ce genre de conneries. Et j'ai remarqué aussi, je n'ai jamais vu un seul CEO femme, lorsque j'étais freelance ou employée pour cette douzaine de start-up pendant quatre années. Sans compter les autres, que j'ai juste approchées en entretiens, et d'où je suis partie en courant.

Il y avait bien d'autres postes par contre, qui eux étaient toujours occupés par des femmes : les "talent recruiter" (DRH), les "offices manager" (secrétaires). Il y a toujours des différences de salaire aussi. Donc finalement il y a toujours une différence de schéma, toujours pas d'égalité.

 

Vous ne prévoyez pas un retour dans le milieu ?

Non, c'est vrai que là je me suis un peu grillée ! Mais c'est le prix à payer, je n'ai pas de soucis avec ça. 

 

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Pourquoi les start-uppers parlent tous franglais

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        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

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