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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 16:50

 

Source : lemonde.fr

 

ADS veut augmenter les dividendes versés aux actionnaires

 

Tom Enders, directeur exécutif du groupe EADS, a dévoilé lors d’un comité d’entreprise européen, lundi 9 décembre, la réorganisation du futur pôle défense et espace du groupe.

Après avoir provoqué un tollé en annonçant, lundi 9 décembre, la suppression de 5 800 postes dans sa branche défense et espace, le groupe EADS a fait savoir mercredi qu'il entendait maintenir une politique de dividende ambitieuse, avec un ratio de l'ordre de 30 % à 40 % des bénéfices versés aux actionnaires.

Le groupe d'aéronautique et de défense, qui organise mercredi et jeudi à Londres une réunion avec les investisseurs, a également confirmé viser d'ici 2015 une marge de 10 % sur la base de son EBIT (résultat d'exploitation) hors exceptionnels et hors impact du développement de son futur avion long-courrier A350, en prenant une hypothèse de change de 1,30 dollar par euro. En tenant compte de l'effet A350 et sur la base cette fois d'un taux de change de 1,35 dollar, l'objectif de marge est ramené à une fourchette de 7 % à 8 % du chiffre d'affaires.

Le groupe, dont le nouveau symbole boursier sera AIR, a également déclaré qu'il visait le retour à un free cash flow (FCF, flux de trésorerie disponible) positif en 2014 et 2015, après avoir indiqué le mois dernier qu'il s'attendait à un FCF négatif à hauteur de 1,5 milliard d'euros en 2013.

A peine la nouvelle annoncée, le titre connaissait une des plus fortes hausses du CAC 40.

 

Concernant la suppression des 5 800 postes dans la branche défense et espace le groupe brandissait mardi la menace de procéder à des licenciements secs sauf à conclure un accord de « compétitivité » qui pourrait se traduire par de la modération salariale et une augmentation du temps de travail.

 

 

 

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 16:39

 

 

Source : mediapart.fr

Etats-Unis: une réforme bancaire sous la dictée de Wall Street

|  Par Martine Orange

 

 

 

Au lendemain de la crise de 2008, Paul Volcker souhaitait imposer une séparation entre les banques de dépôt et banques d’investissement. Trois ans après, le gouvernement américain va adopter une régulation bancaire, qui ne modifie presque rien.

Soudain, le gouvernement américain a accéléré. Alors que la crise financière a commencé depuis plus de six ans, que les discussions sur les nouvelles régulations financières – dites lois Volcker – s’éternisent depuis plus de trois ans, il n’y avait brusquement plus de temps à perdre : les textes sur la nouvelle réglementation bancaire devaient absolument être adoptés avant la fin de l’année.

Dans la précipitation, les cinq autorités chargées de contrôler le secteur bancaire et financier – dont la Réserve fédérale (FED), la Securities and exchange commission (SEC), la Commodity futures trading commission (CFTC) – ont rendu leur copie, mardi. Un texte de plus de 800 pages qui devait être adopté dans la foulée par le Sénat.

Au milieu des milliers de dispositions et de procédures retenues, quelques questions s’imposent : quelles leçons ont été retenues de la crise ? Les banquiers et les financiers vont-ils être tenus responsables de leurs actes ? Le système financier va-t-il être moins vulnérable ?

Frappé par le déferlement de la crise financière qui avait menacé d’engloutir tout en 2007-2008, l’ancien président de la Réserve fédérale, Paul Volcker, avait tiré un avis tranché sur les événements : le système financier mondial avait un besoin urgent de retrouver une stabilité afin de permettre le développement de l’économie. Et la seule façon pour y parvenir était de revenir à une séparation stricte entre les banques de détail et les banques d’investissement, comme au temps du Glass-Steagall Act, afin d’échapper au chantage des banques sur les États et l’économie, au nom du too big to fail.

Les milliers de contre-propositions avancées par les banques et leurs avocats, les milliers d’heures de lobbying auprès des élus de tout bord – le monde bancaire figure en tête des donateurs des élus américains – , des entreprises et autres groupes d’influence, les centaines d’amendements présentés jusqu’à la dernière minute ont eu raison des idées de Paul Volcker, un moment conseiller économique de Barack Obama.

Bien que les grandes banques de Wall Street comme Goldman Sachs, JP Morgan ou Citi continuent à dénoncer une loi qui les assassine, il ne reste plus grand chose de la volonté de réforme de l’ancien président de la Réserve fédérale dans le texte soumis au Sénat américain. Comme la France, le gouvernement américain est en train de rater sa réforme bancaire. La grande loi de régulation du monde bancaire s’est transformée en un texte confus, reposant sur le bon vouloir des banquiers et la vigilance des régulateurs.

Officiellement, l’activité de trading pour compte propre est désormais interdite aux banques. Mais les banquiers de Wall Street n’ont pas manqué de mettre en avant la nécessité d’offrir à leurs clients tous les services dont ils avaient besoin, d’assurer les contreparties sur tous les marchés, de leur proposer des couvertures sur les risques. Ils ont fini par obtenir les « flexibilités » qu’ils demandaient.

Soulignant combien ils étaient nécessaires aux États pour acheter leurs dettes, ils ont d’abord obtenu de pouvoir conserver leur activité de trading pour compte propre sur le marché des obligations souveraines, sans restriction pour les titres américains et avec un peu plus d’encadrement pour les autres.

Le reste a suivi. À l’avenir, les banques pourront conserver leurs activités de market making (de tenue de marché), acheter et vendre des actions, des obligations, au nom de leurs clients. Elles pourront aussi continuer à offrir des produits de couverture, des dérivés, proposer des contreparties, à la condition, précise la loi, qu’elles démontrent par des tests indépendants, que leurs portefeuilles de couvertures et de dérivés permettent « de réduire ou d’atténuer significativement un ou plusieurs risques identifiés ».

La ligne de partage entre ces activités et celles de trading pour compte propre est bien mince. Comment faire la différence ? Tout va reposer dans les mains des régulateurs et de leur interprétation des textes. Pour montrer qu’elles se conforment bien à la nouvelle législation, les banques devront prouver que leurs positions sont en adéquation avec la demande de leurs clients. Chaque année, les responsables bancaires devront fournir une attestation que leurs systèmes sont bien conformes aux règles instaurées.  

Officiellement, les banques de Wall Street ont déjà fermé une grande partie de leurs départements de trading pour compte propre, afin de montrer leur bonne volonté. Elles ne cachent pas leur soulagement, cependant, d’être parvenues à conserver leurs activités sur la tenue de marché. À voir les chiffres, on comprend : les cinq plus grandes banques de Wall Street ont réalisé un chiffre d’affaires de 44 milliards de dollars grâce à ces activités.

Cartel

Le rôle des hedge funds avait été mis en cause durant la crise. Les banques américaines n’auront plus le droit à l’avenir d’engager plus de 3 % de leurs capitaux dans les hedge funds, les fonds privés d’investissement ou les fonds liés aux matières premières. Anticipant ces restrictions, les grandes banques ont déjà commencé à réduire leurs positions.

Ce désengagement volontaire laisse toutefois perplexes nombre d’observateurs. Car au fur et à mesure que les autorités ont décidé de durcir les règles sur les marchés sous contrôle, des pans entiers de la finance ont couru se réfugier dans l’opacité des marchés de gré à gré, des sociétés écrans, des véhicules spéciaux. Cette finance de l’ombre fait peser des risques encore plus redoutables que les marchés contrôlés, car personne n’est capable d’en évaluer correctement ni la taille ni les positions.

Qui peut croire que les banques se tiennent à l’écart de ces structures opaques ? Qui imagine qu’elles renoncent à la spéculation pour leur seul profit ? Là encore, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La crise financière n’est plus qu’un mauvais souvenir pour les banques. Elles enregistrent des profits records, avec la complicité des banques centrales. Les 85 milliards de dollars déversés chaque mois par la Réserve fédérale sont essentiellement captés par les banques et servent essentiellement à alimenter leurs spéculations sur tous les actifs disponibles – actions, obligations, matières premières, immobilier. La déconnexion de ces marchés avec la réalité économique est devenue si grande que certains prédisent l’éclatement de ces bulles, avec encore plus de dégâts qu’en 2008. Et cette fois encore, les financiers risquent de ne pas en être comptables.

« Aucun banquier n’est allé en prison », s’était étonné Charles Ferguson, l’auteur d’Inside Job. Sensibles aux critiques de l’opinion publique qui reproche cette impunité accordée aux banquiers, les concepteurs de la loi avaient imaginé un moment que les dirigeants des grandes banques apportent leur garantie personnelle sur la conformité des actions de leur établissement par rapport à la loi. L’émotion fut intense à Wall Street : les grands banquiers pourraient avoir à répondre de leurs décisions devant les tribunaux ! Pire : ils pourraient en être comptables sur leurs deniers personnels.

Inutile de dire que la profession a vite réagi pour enterrer une idée si séditieuse. La responsabilité des dirigeants va être strictement encadrée : les dirigeants et les administrateurs sont tenus responsables de la mise en place des procédures requises pour se conformer en tout point à la loi. Chaque année, le président de la banque devra attester par écrit de toutes les procédures sont respectées. Cela peut-il prévenir une faillite ? Sûrement pas. Mais cela permet de dégager la responsabilité des dirigeants. N’est-ce pas l’essentiel ?

Cette loi, assure le gouvernement américain, va permettre de rendre le système financier plus solide, d’éviter une nouvelle crise. La façon dont le monde bancaire a évolué depuis 2008 amène à en douter. Quelques grandes banques, comme Lehman Brothers, Merrill Lynch ou Bear Stearns ont disparu dans la tourmente. Mais les autres sont devenues plus grosses que jamais. Le too big to fail est toujours plus vrai.

Le système bancaire se retrouve aux mains d’un cartel d’une petite dizaine d’établissements tentaculaires, qui s'entendent à merveille. Scandale des subprimes, scandale du Libor, manipulation sur l’Euribor, fraude sur les changes, sur le pétrole, sur l’or : à chaque fois, les mêmes noms reviennent, une poignée de banques allant de JP Morgan à Goldman Sachs en passant par Barclays, Deutsche Bank, UBS et Société générale. Les régulateurs commencent à leur imposer des sanctions de plus en plus lourdes. Mais même l’amende de 13 milliards de dollars infligée à JP Morgan pour son rôle dans la vente de dérivés sur les subprimes semble avoir l’effet d’une mouche sur un éléphant.

Par peur des conséquences jugées imprévisibles, les États-Unis ont préféré laisser prospérer un système opaque. Si le gouvernement américain n’a pas osé, comment croire que les régulateurs auront les moyens de limiter le rôle des banques ou oseront leur imposer des sanctions vitales ? Ce mardi, Wall Street soufflait. Tout va bien pour les banques. Rien que pour elles.

 

 

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 16:32

 

Source : lalibre.be

 

 

Séparons les banques. Après, il sera trop tard!

Contribution externe   Publié le mardi 10 décembre 2013 à 20h40 - Mis à jour le mercredi 11 décembre 2013 à 17h20

 


 

 

Opinions
Alors que le gouvernement planche sur la réforme bancaire, les citoyennes et citoyens refusent une solution a minima soufflée par les lobbies bancaires et adressent ce message fort à nos élus en signant l’appel sur www.scinderlesbanques.be : vous êtes au service du peuple qui vous a élus, pas de quelques banquiers ! Une opinion de Laurence Roland, Réseau financement alternatif; Greg Van Elsen, FairFin; Michel Cermak, collectif citoyen Roosevelt.be

 

 


Aujourd’hui, une occasion unique pour ne pas dire historique s’offre à nous tous. La crise de 2008 a montré que la libéralisation des marchés financiers et la confiance auprès des banques quant à leur capacité à s’autoréguler avaient leurs limites. Les pouvoirs publics durent intervenir à hauteur de 30 milliards d’euros (soit environ 9 % du PIB belge) en recapitalisant, en se portant garant ou en prêtant de l’argent aux banques. Ce sauvetage - indispensable pour que notre économie continue à tourner - a été intégralement financé par une augmentation de la dette publique. Des dépenses qui ont justifié des réajustements budgétaires, avec la mise en place de mesures d’austérité et une diminution des dépenses sociales.

En raison de l’accroissement phénoménal de la dette publique, le citoyen belge n’a absolument plus les moyens d’une deuxième intervention pour sauver les banques. Toute proposition qui ne donne pas la garantie totale qu’un tel scénario se produise à nouveau est donc inacceptable. La responsabilité de notre gouvernement - à qui il est demandé d’agir dans l’intérêt général, celui qui œuvre en faveur de la société dans son ensemble et non de quelques-uns - est à ce propos énorme.

La seule solution réside dans une séparation stricte entre banque de dépôt et banque d’investissement. L’épargne des Belges doit uniquement servir au financement de l’économie réelle. Aucune opération de marché pour compte de la banque ou de ses clients ne doit avoir lieu au sein de la banque de dépôt.

Malheureusement, la proposition faite en comité des ministres restreint ne va pas du tout dans ce sens. Elle fait courir le risque qu’en cas de nouvelle crise, les Etats aient à nouveau à couper dans les dépenses sociales pour, comme en 2008, apporter leur aide aux banques et sauver le système économique.

Pourquoi pas ?

En place d’une séparation stricte, le cantonnement de la banque d’investissement tel qu’il est prévu à l’heure actuelle ne préserve pas du risque que la faillite de l’activité de la banque d’affaires se propage à la banque de dépôt. La BNB admet elle-même qu’il subsiste un "risque de réputation".

Plusieurs économistes, comme Paul De Grauwe, rappellent les dangers d’un mélange des activités de dépôt et d’affaires. Parmi ceux-ci, le fait que les banques utilisent des dépôts à court terme pour les placer à long terme et notamment, pour les prêter à des banques spéculatives. En cas de crise et de perte de confiance, les déposants en viennent naturellement à vouloir retirer leur argent, que la banque n’est pas en mesure de leur rendre en totalité. Un tel phénomène accentue davantage encore la crise.

De plus, la garantie que l’Etat accorde sur les dépôts des épargnants permet aux banques de financer à bas prix leurs activités d’investissement mais aussi à prendre davantage de risques.

Enfin, accepter que des opérations de marchés pour les clients puissent toujours se dérouler au sein de la banque de dépôt rend le contrôle difficile voire impossible. Trading is trading ! Difficile en effet de différencier les opérations pour compte propre de celles pour compte de clients.

Qu’en disent les banques ?

Face à ces arguments, l’industrie financière a eu tôt fait de se couvrir de quelques oripeaux pour démontrer l’inutilité de cette réforme. Parmi ceux-ci, l’impossibilité technique de la solution proposée, l’inutilité d’une réforme belge dans un système mondialisé ou la perte de rentabilité pour le secteur. Enfin, les banques nous disent souvent qu’elles ne spéculent plus et que seuls quelques pour-cent sont désormais affectés à l’investissement pour compte propre.

Concernant l’impossibilité opérationnelle, cela fut appliqué en ‘33 aux Etats- Unis par la loi promulguée par Roosevelt. Chez nous, en Belgique, entre 34 et 92 et dès 2018 au Royaume-Uni. Certes, le contexte a changé mais cela n’est pas impossible.

Concernant l’inutilité de légiférer avant l’Europe, une loi forte dans notre pays est la garantie d’une position forte de la Belgique dans le débat européen. Comme le rappelle également Paul De Grauwe1 (1), le Canada a réussi, à côté du géant américain, à maintenir la scission avec comme principale conséquence que le pays fut peu impacté par la crise.

La séparation conduit-elle à une perte de rentabilité pour les banques ? En 2008, c’est bien leurs activités de marché qui les ont conduites au bord de la faillite. Cette activité est donc par moments très rentable, mais peut également s’avérer catastrophique. Certes, les profits d’une banque de dépôt sont moindres que dans celle d’investissement, mais néanmoins beaucoup plus stables. Ce risque de diminution de profits est d’ailleurs à mettre en relation avec les énormes pertes et l’accroissement phénoménal de la dette que le pays tout entier aurait à subir en cas de nouvelle crise si rien ne change.

Enfin, peut-on se fier à la réduction des montants investis par les banques pour compte propre ? Est-ce le reflet d’une virginité retrouvée ou plutôt d’une simple traversée du désert que la crise qu’elles ont provoquée les oblige à faire ? Plutôt que de l’ignorer, il paraît indispensable de se protéger de leur volonté retrouvée, une fois l’orage passé, de privilégier la rentabilité maximale et l’intérêt unique de leurs actionnaires. Eric De Keuleneer prévoit (2) d’ailleurs que les activités spéculatives des banques belges pourraient à nouveau augmenter dans les années futures.

Au regard de ce qui précède, les demi-mesures proposées par le secteur semblent davantage guidées par des intérêts particuliers et sont inappropriées. Nous, citoyens, refusons, d’une part, que notre argent soit utilisé par les banques dans des activités de marché et d’autre part, nous ne voulons ni ne pouvons supporter et payer les conséquences d’une nouvelle prise de risque exagérée et dangereuse de l’industrie financière. Nous demandons donc à nos dirigeants de prendre leurs responsabilités et d’opter pour la séparation stricte entre banque de dépôt et banque d’investissement.

 

(1) "Le Soir" du 5 septembre 2012.

(2) "La Libre Belgique" du 26 novembre 2013.

 

Sur le même sujet :

 

 

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 16:10

 

Source : mediapart.fr

Surveillance électronique: le Parlement inquiète

|  Par Jérôme Hourdeaux et Louise Fessard

 

 

 

Branle-bas de combat des acteurs d'Internet contre la loi de programmation militaire : celle-ci organise l'accès des services de renseignements aux données électroniques. S'agit-il de la mise en place d'un « Prism » à la française ? C'est ce que dénoncent la plupart des acteurs de l'Internet quand les parlementaires parlent d'un renforcement des protections individuelles.

Au détour du projet de loi sur la programmation militaire (LPM), le Parlement a entrepris d’encadrer et d’élargir l’accès des services de renseignements français aux données des opérateurs de communications électroniques, des fournisseurs d'accès à Internet et des hébergeurs de sites Web. Le texte a été définitivement adopté en deuxième lecture au Sénat ce 10 décembre, par 164 voix contre 146.

Dans un contexte marqué par les révélations d’Edward Snowden sur l’espionnage massif pratiqué par la NSA, il n’en fallait pas moins pour provoquer un déluge de réactions des acteurs de l’Internet, criant au « Prism français » (le programme de surveillance de la NSA)
et à la « dictature numérique ». N'hésitant pas à raconter, aussi, quelques sornettes. Le président PS de la commission des lois du Sénat, Jean-Pierre Sueur, et son homologue à l’Assemblée nationale, Jean-Jacques Urvoas, assurent eux au contraire que le texte renforce les garanties des citoyens.  

Les inquiétudes se focalisent sur l’article 13 du projet de loi. Remanié par un amendement du Sénat, ce dernier autorise les services de renseignements français à accéder aux fadettes (factures détaillées) et autres données de connexion des usagers, pour les mêmes motifs et dans les mêmes conditions que celles prévues pour les écoutes administratives depuis 1991. C’est-à-dire sur autorisation d’une personnalité qualifiée placée près du premier ministre et avec contrôle a posteriori d’une autorité administrative indépendante, la commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS).

Il s’agit de rassembler et de clarifier deux régimes juridiques, l'un issu de la loi de 1991 sur le secret des correspondances, et l'autre d'une loi antiterroriste de 2006. Au passage, le texte légalise la géolocalisation en temps réel par les agents de renseignement, ce qui n’était pas jusqu’alors explicitement prévue dans la loi française. Mediapart décrypte les principales inquiétudes soulevées par le projet de loi.

  • La LPM pérennise-t-elle et étend-elle un régime d’exception ?

La loi antiterroriste de 2006, prorogée à deux reprises, permet déjà à titre expérimental la collecte des données de connexion, mais uniquement dans le cadre de la prévention des actes terroristes. En 2011, les policiers et gendarmes habilités ont ainsi effectué 34 000 demandes de données aux opérateurs. Sans compter 197 000 autres demandes, pour la plupart d’identification d’un numéro ou d’un abonné, transmises, elles, dans le cadre de la loi de 1991.

Désormais, les agents du ministère de l’intérieur, de la défense et du budget (et non plus seulement policiers et gendarmes) y auront accès avec des motifs bien plus larges : pour sauvegarder des éléments essentiels du potentiel scientifique et économique de la France, assurer la sécurité nationale, prévenir la criminalité et la délinquance organisées, ou encore éviter la reconstitution de groupements dissous. À noter que cette liste n’a rien de nouveau. C’est celle appliquée depuis 1991 aux écoutes administratives. Ce type de formulation attrape-tout a par exemple permis aux RG de mettre sur écoute l’épicerie des militants de Tarnac en avril 2008.

Jérémie Zimmermann, porte-parole de l’association de défense des internautes La Quadrature du Net, note ainsi que la formule « potentiel scientifique et économique de la France » est « particulièrement vague » et « très inquiétante ». « Par exemple, un éco-activiste qui s’attaquerait à Areva entre-t-il dans ce cadre ? » s’interroge-t-il. Au vu des précédents, on peut craindre que oui...

  • Plus besoin d’autorisation pour espionner le quidam ?

Comme pour les écoutes administratives, pour avoir accès aux fadettes, les services de renseignements devront d’abord obtenir le feu vert d’une personnalité qualifiée placée auprès du premier ministre. Et ils seront soumis a posteriori au contrôle de la commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS), qui peut « recommander » l’interruption d’une géolocalisation par exemple. Dans les faits, la CNCIS a même pris l’habitude de donner a priori son avis sur les demandes d’écoutes.

« On accroît les garanties pour les fadettes, assure Jean-Pierre Sueur, président (PS) de la commission des lois du Sénat. Il faudra une autorisation du premier ministre et non plus du ministre de l’intérieur. Et pour la géolocalisation en temps réel, c'est encore plus strict, il faudra une demande écrite et motivée des ministres concernés et une réponse écrite du premier ministre. » Jusqu’alors, la DCRI pratiquait déjà les géolocalisations en temps réel, au prix d’un bricolage juridique très incertain. « Faute de texte, on avait calqué la pratique des géolocalisations sur celle des interceptions téléphoniques, explique une source. Mais la CNCIS en a eu marre. Là, on arrête les conneries, on fait un outil spécifique. » « La CNCIS était au courant, mais c’était toléré au motif que l’outil était utile. Nous avions demandé au législateur de trouver un cadre légal », reconnaît le député (PS) Jean-Jacques Urvoas, l’un des deux parlementaires membres de la CNCIS.

  • Des autorités directement branchées « sur sollicitation du réseau » et en « temps réel » ?

La disposition la plus controversée, contenue dans l’article 13 du projet de loi, prévoit de permettre la « sollicitation du réseau en temps réel » pendant une durée renouvelable de 30 jours. À l’origine, cette mesure, introduite via un amendement parlementaire, était destinée à permettre la géolocalisation des téléphones. Celle-ci « nécessite en effet l’envoi de requêtes volontaires récurrentes obligeant le terminal de l’utilisateur à se localiser », expliquait ainsi l’exposé des motifs de l'amendement , déposé par le sénateur (UMP) Jacques Hyest.

« Le dialogue technique entre un téléphone mobile et le réseau est permanent, mais si vous voulez avoir des infos plus fréquentes, le réseau doit le chatouiller pour qu’il réponde, précise un spécialiste. Chaque opérateur a une plateforme nationale pour les géolocalisations en temps réel. »

Mais le texte finalement soumis au vote ne comporte aucune référence explicite à la géolocalisation, laissant craindre une application à tout type de réseau, y compris internet et à tout type de données. « Le problème, c’est que ce terme de "sollicitation du réseau" "en temps réel", techniquement, ne veut rien dire, s’inquiète Jérémie Zimmermann. On peut très bien imaginer l’installation de sondes et de boîtes noires en amont des réseaux pour intercepter le trafic. Or, avec ces technologies, pour filtrer et cibler un utilisateur, on est obligé d’intercepter tout le trafic pour après faire le tri. Et dans ce cas, il n’y a même plus besoin de demander l’autorisation systématique des opérateurs, car il s’agit d’un dispositif permanent. »

Cette notion « est tellement floue qu’elle donne carte blanche à une interconnexion sans filet, ce qui serait intrusif », a également souligné Lionel Tardy, député (UMP) et informaticien, lors des débats. Jean-Pierre Urvoas, membre de la CNCIS, a lui-même du mal à définir cette mesure. « Je n’en sais rien, ça a été écrit au Sénat », reconnaît-il tout en affirmant qu’il s’agit de légaliser une pratique déjà couramment utilisée par les services de renseignements.

  • Des activités de renseignements sans contrôle judiciaire ?

« Cette loi, c’est le plus grand coup porté au fonctionnement de la démocratie depuis les lois d’exceptions pendant la guerre d’Algérie. Il n’y a plus de pouvoir du juge », a prétendu dans Les Échos Gilles Babinet, qui porte à Bruxelles la voix numérique de la France. Il semble donc découvrir la quasi-absence de droit de regard des juges français sur les activités des services de renseignements.

C'est un vieux débat. En matière de renseignements, les écoutes ne sont pas contrôlées par une autorité judiciaire, mais par une autorité administrative indépendante, la CNCIS. « Le monde judiciaire et le monde du renseignement apparaissent, au premier abord, inconciliables, justifiait Jean-Jacques Urvoas dans son rapport sur le renseignement de mai 2013. Alors que le premier repose sur une exigence de transparence, le second attache naturellement un soin constant au secret de ses sources comme de ses opérations. » Le député assure qu’il « n’y a pas d’exemple de défaillance de la CNCIS ». Mais impossible de le vérifier. Car lorsque les juges tentent de s’intéresser de trop près aux activités des services de renseignements français, ils se heurtent au mur du secret défense comme dans l’affaire de Tarnac ou encore l’affaire Karachi.

Pour Jérémie Zimmermann, « la seule façon d’encadrer les écoutes, c’est de les placer sous le contrôle de l’autorité judiciaire, sauf cas exceptionnels. Et non faire l’inverse, c’est-à-dire prendre un dispositif d’exception pour l’étendre à tous les citoyens ». À défaut d'instaurer un contrôle judiciaire, le projet de LPM prévoit de renforcer les pouvoirs de contrôle de la délégation parlementaire au renseignement (DPR), qui était jusqu'alors une coquille vide.

  • Un véritable droit de « e-perquisition » ?

Parmi les autres inquiétudes figure un autre alinéa de l’article 13, prévoyant d’autoriser la collecte « des informations et documents traités ou conservés » non seulement par les opérateurs mais également auprès des acteurs du numérique couverts par la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN). Pour les pourfendeurs du texte, cela pourrait signifier que, désormais, fournisseurs de services, plateformes diverses et hébergeurs pourraient se voir dans l’obligation de donner l’accès à toutes les informations et documents stockés sur leurs serveurs. « Cette formulation est encore une fois tellement vague qu’on peut comprendre qu’elle vise le contenu des communications, ou tout ce qui est contenu sur un serveur de cloud par exemple, ou encore les Google docs ou autres », s’insurge Jérémie Zimmermann qui y voit « un véritable droit de "e-perquisition" ».

  • La création d’un « Prism » à la française ?

« On est en train de créer notre petit Prism à nous, le système de surveillance géant mis au point aux États-Unis au cours des dernières années », lance dans Le Point Benjamin Bayart, président de la Fédération des fournisseurs d'accès à Internet associatifs (FFDN). « Cette architecture est totalement similaire aux différents programmes dévoilés par Edward Snowden », assure lui aussi Jérémie Zimmermann. « On critique Prism, et là, on va bien plus loin, s'inquiète également Gilles Babinet, dans Les Échos. On institue l’état de surveillance permanent. »

Ce risque est évacué d’un revers de la main par un bon connaisseur du renseignement militaire : « On est partis sur une boîte à fantasmes, alors que ce n'est pas du tout du tapissage. L’idée de cribler la société française quand on connaît les moyens des services français, ça fait rire. » Un industriel, habitué à travailler avec les policiers et gendarmes français, s’agace lui aussi : « Tout le monde ne peut pas être suivi en temps réel ! Il faut des effectifs pour traiter ces données. Les garde-fous, ce sont les effectifs pour exploiter les données. » Mais un ancien policier de feu la DST (direction de la surveillance du territoire) aujourd'hui retraité, Patrick Cahez, souligne que c'est la logique de stockage des données qui est inquiétante. « C'est un système de préconstitution de preuves : on amasse tout ce qu'on peut et le jour où on identifie une personne suspecte, on regarde tous les renseignements qu'on a sur elle », indique-t-il.

  • Pourquoi une telle précipitation du gouvernement français ?

Il n’y avait a priori pas d’urgence à légiférer, puisque le dispositif expérimental prévu par la loi antiterroriste n’expire que le 31 décembre 2015. Et que le gouvernement a prévu d’ici 2015 une grande loi sur le renseignement. « On est toujours sur l’engagement pris fin 2012 par Manuel Valls d’unifier les deux systèmes avant 2015 (celui de la loi de 1991 et celui de 2006, ndlr) », justifie Jean-Jacques Urvoas. Le gouvernement craignait également une condamnation de la Cour européenne des droits de l’homme. Le 2 novembre 2010, dans une affaire de tentatives de meurtres et d’attentats à la bombe en Allemagne, la CEDH avait estimé que la géolocalisation en temps réel pouvait se justifier, mais uniquement si elle était expressément prévue dans la loi et susceptible d'un contrôle judiciaire.

Benoît Thieulin, président du conseil national du numérique, regrette la méthode choisie par le gouvernement : « Il est tout d’abord très difficile d’avoir un débat serein dans ces conditions. Ensuite, ce sujet dépasse selon moi très largement le cadre de la LPM. Nous avons basculé dans une nouvelle société où la surveillance peut être potentiellement généralisée. Cela menace l’un des fondements de l’économie numérique : la confiance. » Pour le président du CNNum, qui s’est auto-saisi du sujet, il faut « une concertation très large entre l’État, la société civile et les entreprises, et arrêter de compartimenter les sujets ».

  • Pourquoi une réaction aussi forte des acteurs de l’Internet ?

La fronde a d’abord été menée par les industriels de l’internet, rejoints par le Medef, qui disent craindre de perdre la confiance de leurs clients. « Après les révélations sur Prism, l’Europe était vue comme un îlot protecteur pour les données. Là, on autorise une entrée dans les systèmes d’information de manière administrative. Cela signe la perte d’un avantage compétitif important », s’insurge dans Les Échos Jamel Labed, un industriel président de l’AFDEL, le syndicat des logiciels. C’est un communiqué de l'Association des sites Internet communautaires (Asic), un lobby qui regroupe notamment Google, Facebook, Microsoft, Yahoo, qui, le 21 novembre 2013, a mis le feu aux poudres, alors que le texte était débattu depuis un mois et demi.

Cela ne manque pas de faire sourire Jean-Jacques Urvoas : « Ils font preuve d’une très grande tartufferie. Se présenter comme les parangons de la protection des libertés individuelles, c’est balèze, quand on sait les aspirateurs à données qu’ils sont. » Le 27 septembre 2013, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) avait d’ailleurs mis en demeure Google de se conformer à la loi informatique et libertés. « Ils ont voulu se refaire une virginité », estime une source parlementaire, qui assure que l’Asic n’a jamais demandé à être reçue par les parlementaires.

«Ce texte accroît les garanties et les contrôles, c'est bizarre de se faire accuser du contraire surtout par les majors de l’internet qui font commerce de milliards de données et qui coopèrent avec la NSA », s’agace de son côté Jean-Pierre Sueur, étonné de l’« affolement » général.

Mais les défenseurs des libertés, nettement moins suspects d’agenda commercial caché, ont vite pris le relais. D’autant plus nombreux que « la liste des cibles potentielles a été étendue non plus seulement aux fournisseurs d’accès à internet, mais également à tous les fournisseurs de services et hébergeurs, explique Jérémie Zimmermann. C’est bien pour cela qu’il y a une telle opposition de la part des représentants de l’industrie du numérique qui craignent la mise en place d’un dispositif semblable à Prism ».

« Dans le débat français, il peut y avoir, effectivement, une certaine hypocrisie de certains acteurs qui essayent de se refaire une virginité à peu de frais, confirme Benoît Thieulin. Mais, concernant les grandes plateformes, celles-ci sont en réalité très ennuyées par la situation car, en réalité, elles ont été contraintes par le Patriot Act, et forcées par la NSA, à collaborer. »

 

 

 

 

 


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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 19:28

 

*Un article qui date et pourtant qui reste d'actualité...

 

 Source : monde-diplomatique.fr 

 

Pour relancer l’économie

  Et si on fermait la Bourse...

 

  Frédéric Lordon

 

C’était il y a un peu plus d’un an : les gouvernements secouraient les banques aux frais du contribuable. Mission accomplie. Mais à quel prix ? L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évalue à 11 400 milliards de dollars les sommes mobilisées par ce sauvetage. Soit 1 676 dollars par être humain... Mais la finance n’est pas qu’affaire de banquiers. C’est aussi celle des actionnaires. Une proposition pourrait ne pas leur plaire : fermer la Bourse.

par Frédéric Lordon, février 2010

Pour un peu, le grand spectacle de ces deux dernières années nous l’aurait presque fait oublier : là où la finance « de marché »* (les astérisques renvoient au glossaire), appellation un peu idiote mais il en faut bien une pour faire la différence, semble s’activer dans un univers clos, loin de tout et notamment du reste de l’économie, la finance actionnariale*, celle des propriétaires des moyens de production, campe à l’année sur le dos des entreprises — et, comme toujours, en dernière analyse, des salariés. Il a fallu la « mode du suicide » si délicatement diagnostiquée par M. Didier Lombard, président-directeur général (PDG) de France Télécom, pour offrir l’occasion, mais si peu saisie dans le débat public, de se souvenir de ce dégât quotidien de la finance actionnariale dont les injonctions à la rentabilité financière sont implacablement converties par les organisations en minimisation forcenée des coûts salariaux, destruction méthodique de toute possibilité de revendication collective, intensification épuisante de la productivité et dégradation continue des conditions matérielles, corporelles et psychologiques du travail.

Contre toutes les tentatives de dénégation dont on entend d’ici les accents scandalisés, il faut redire le lien de cause à effet qui mène du pouvoir actionnarial, dont plus rien dans les structures présentes du capitalisme ne retient les extravagantes demandes, à toutes les formes, parfois les plus extrêmes, de la déréliction salariale. Et si les médiations qui séparent les deux bouts de la chaîne font souvent perdre de vue la chaîne même, et ce que les souffrances à l’une des extrémités doivent aux pressions exercées depuis l’autre, si cette distance demeure la meilleure ressource du déni, ou des opportunes disjonctions dont le débat médiatique est coutumier, rien ne peut effacer complètement l’unité d’une « causalité de système » que l’analyse peut très bien dégager (1).

Si donc la refonte complète du jeu de la finance « de marché », réclamée avec d’autant plus de martiale véhémence par les gouvernements qu’ils ont moins l’intention de l’accomplir, occupe le débat public depuis un an, il s’agirait de ne pas oublier que, au moins autant, la finance actionnariale est en attente elle aussi de son « retour de manivelle »... Sous ce rapport il n’y a que le PDG de Libération Laurent Joffrin, joignant la paresse intellectuelle au désir de ne rien rencontrer qui pourrait le contrarier, pour soutenir qu’il n’y a pas d’idées à gauche (2) — sans doute pas dans Libération ni au Parti socialiste en effet (mais on a dit : à gauche). Du vide dans le regard de Laurent Joffrin, on ne conclura donc pas pour autant qu’il n’y a rien. Le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin ou marge actionnariale limite autorisée) est une idée (3). L’abolition de la cotation en continu, et son remplacement par un fixing mensuel ou plurimestriel, en est une autre (4). Vient toutefois un moment où l’on envisage la question autrement : et fermer la Bourse ?

Des chroniques débonnaires du regretté Jean-Pierre Gaillard, longtemps journaliste boursier sur France Info, à l’apparition des chaînes boursières, en passant par l’incessante répétition « CAC 40 - Dow Jones - Nikkei », la Bourse aura bientôt quitté le domaine des institutions sociales pour devenir quasiment un fait de nature — une chose dont la suppression est simplement impensable. Il est vrai que deux décennies et demie de matraquage continu ont bien œuvré à cette sorte de naturalisation, et notamment pour expliquer qu’une économie « moderne » ne saurait concevoir son financement autrement que par des marchés et, parmi eux, des marchés d’actions* (la Bourse au sens strict du terme).

Bien sûr, pour continuer de se dévider, ce discours nécessite de passer sous silence l’ensemble des destructions corrélatives de l’exercice du pouvoir actionnarial ; la simple mise en regard de ses bénéfices économiques supposés et de ses coûts sociaux réels suffirait à faire apparaître tout autrement le bilan de l’institution « Bourse ». Encore faudrait-il questionner la division entre bénéfices économiques et coûts sociaux car les tendances à la compression salariale indéfinie qui suivent de la contrainte de rentabilité actionnariale ne sont pas sans effets macroéconomiques. La sous-consommation chronique qui en résulte a poussé les géniaux stratèges de la finance à proposer aux ménages de « faire l’appoint » avec du crédit, devenu la béquille permanente de la demande manquante — on connaît la suite. Evidemment les bilans sont toujours plus faciles avec une seule colonne qu’avec deux, particulièrement, aurait ajouté l’humoriste Pierre Dac, quand on enlève la mauvaise. Mais vienne la « bonne » à se montrer elle-même défaillante, que peut-il alors rester de l’ensemble ?

Or c’est peu dire que les promesses positives de la Bourse sont douteuses. Sans elle, paraît-il, pas de financement de l’économie, plus de fonds propres pour des entreprises alors vouées à l’insolvabilité, encore moins de développement des start-up annonciatrices des révolutions technologiques ? En avant, dans l’ordre et méthodiquement.

 

Les investisseurs pompaient, pompaient !

Sur le papier, le plan d’ensemble ne manquait pas d’allure. Des agents (les épargnants) ont des ressources financières en excès et en quête d’emploi, d’autres (les entreprises) sont à la recherche de capitaux : la Bourse est cette forme institutionnelle idoine qui mettrait tout ce beau monde en contact et réaliserait la rencontre mutuellement avantageuse des capacités de financement des uns et des besoins des autres. Elle ferait même mieux encore : en apportant des ressources permanentes (à la différence de l’endettement, les capitaux propres, levés par émission d’actions, ne sont pas remboursables), elle stabiliserait le financement et en minimiserait le coût. Patatras : rien de tout ça ne tient la route.

La Bourse finance les entreprises ? Au point où on en est, ce sont plutôt les entreprises qui financent la Bourse ! Pour comprendre ce retournement inattendu, il faut ne pas perdre de vue que les flux financiers entre entreprises et « investisseurs » sont à double sens et que si les seconds souscrivent aux émissions des premières, ils ne manquent pas, symétriquement, de leur pomper régulièrement du dividende (en quantité croissante) et surtout du buy-back*, « innovation » caractéristique du capitalisme actionnarial par laquelle les entreprises sont conduites à racheter leurs propres actions pour augmenter mécaniquement le profit par action et, par là, pousser le cours boursier (donc la plus-value des investisseurs) à la hausse.

La cohérence dans l’incohérence du capital actionnarial atteint d’ailleurs des sommets car, imposant des normes de rentabilité financière exorbitantes, il force à abandonner bon nombre de projets industriels, incapables de « passer la barre », laissant les entreprises avec des ressources financières inemployées... aussitôt dénoncées comme « capital oisif », avec prière de le restituer instamment aux « propriétaires légitimes », les actionnaires — « puisqu’ils ne savent pas s’en servir, qu’ils nous le rendent ! ». Dorénavant, ce qui sort des entreprises vers les investisseurs l’emporte sur ce qui fait mouvement en sens inverse... et donnait son sens et sa légitimité à l’institution boursière. Les capitaux levés par les entreprises sont devenus inférieurs aux volumes de cash pompés par les actionnaires, et la contribution nette des marchés d’actions au financement de l’économie est devenue négative (quasi nulle en France, mais colossalement négative aux Etats-Unis, notre modèle à tous (5)).

Il y a de quoi rester interloqué devant pareil constat quand, dans le même temps, les masses financières qui s’investissent sur les marchés boursiers ne cessent de s’accroître. Le paradoxe est en fait assez simple à dénouer : faute de nouvelles émissions d’actions pour les absorber, ces masses ne font que grossir l’activité spéculative sur les marchés dits « secondaires »* (les marchés de revente des actions déjà existantes). Aussi leur déversement constant a-t-il pour effet, non pas de financer des projets industriels nouveaux, mais de nourrir la seule inflation des actifs financiers déjà en circulation. Les cours montent et la Bourse va très bien, merci, mais le financement de l’économie réelle lui devient chose de plus en plus étrangère : le jeu fermé sur lui-même de la spéculation est très suffisant à faire son bonheur et, de fait, les volumes de l’activité dans les marchés secondaires écrasent littéralement ceux des marchés primaires* (les marchés d’émission).

Que la Bourse comme institution de financement, par là différenciée de la Bourse comme institution de spéculation, soit devenue inutile, ce sont les entreprises qui pourraient en parler le mieux. Le problème ne se pose simplement pas pour les petites et moyennes... qui ne sont pas cotées, mais dont on rappellera tout de même qu’elles font l’écrasante majorité de la production et de l’emploi — on répète pour bien marquer le coup : l’écrasante majorité de la production et de l’emploi se passe parfaitement de la Bourse. Plus étonnamment, les grandes entreprises y ont fort peu recours également — sauf quand leur prend l’envie de s’amuser au jeu des fusions et des offres publiques d’achat (OPA). Car lorsqu’il s’agit de trouver du financement, le paradoxe veut que les fleurons du CAC 40 et du Dow Jones aillent le plus souvent voir ailleurs : dans les marchés obligataires, ou bien, par une inavouable persistance dans l’archaïsme... à la banque ! Une succulente ironie veut qu’il y ait là moins l’effet d’une réticence philosophique qu’un effet de plus de la contrainte actionnariale elle-même, qui voit dans toute nouvelle émission l’inconvénient de la dilution, donc de la baisse du bénéfice par action. En somme, le triomphe du pouvoir actionnarial consiste à dissuader les entreprises qui le pourraient le plus de se financer à la Bourse !

 

D’autres promesses,  d’autres menaces

Ce qui reste de financement brut apporté par la Bourse se fait-il au moins pour les entreprises au coût avantageux promis par tous les discours de la déréglementation ? On sait sans ambiguïté ce que coûte la dette : le taux d’intérêt qu’on doit acquitter chaque année. Le « coût du capital » (ici le coût des fonds propres) est une affaire moins évidente à saisir. Par définition les capitaux propres (levés par émissions d’actions) ne portent pas de taux de rémunération prédéfini comme la dette. Ça ne veut pas dire qu’ils ne coûtent rien ! Mais alors combien ? Très symptomatiquement, la théorie financière ne cesse de s’intéresser au « coût du capital »... mais sous le point de vue exclusif de l’actionnaire (lire « Le coût du capital du point de vue de l’actionnaire ») ! Ceci ne dit rien de ce qu’il en coûte concrètement à l’entreprise de se financer en levant des actions plutôt que des obligations*, ou encore en allant à la banque — et c’est là une question dont la théorie financière, qui révèle ainsi ses points de vue implicites (pour ne pas dire : pour qui elle travaille), se désintéresse presque complètement.

Or ce qu’il en coûte à l’entreprise tient en trois éléments : les dividendes et les buy-backs sont les deux premiers, à quoi il faut ajouter également les coûts d’opportunité liés aux projets d’investissement écartés pour cause de rentabilité insuffisante, c’est-à-dire tous ces profits auxquels l’entreprise a dû renoncer sous l’injonction actionnariale... à ne pas investir.

Tout ceci, qui commence à faire beaucoup, ne se met cependant pas aisément sous la forme d’un « taux » qui pourrait être directement confronté au taux d’intérêt afin d’offrir une comparaison terme à terme des coûts des différentes formes de capital (fonds propres versus dette). Le fait que la dette soit remboursable et non les capitaux propres est une première différence perturbatrice ; inversement, du dividende est payé éternellement sur des actions bien après la fin du cycle de vie de l’investissement qu’elles ont servi à financer ; les actions confèrent en assemblée générale un pouvoir que ne donne pas la dette (et auquel on pourrait assigner une valeur), etc. A défaut de comparaison directe, on peut au moins faire une comparaison différentielle, et observer que l’un des deux coûts, celui des fonds propres, a connu une évolution très croissante : les buy-backs qui étaient inconnus se sont développés dans des proportions considérables ; quant aux dividendes, on peut mesurer leur croissance à la part qu’ils occupent désormais dans le produit intérieur brut, où ils sont passés de 3,2 % à 8,7 % entre 1982 et 2007, et ceci, il faut le redire, du fait même de l’exercice du pouvoir actionnarial, pour qui la déréglementation boursière a été faite... sur la foi d’une baisse du coût de financement des entreprises !

Reprenons : contribution nette négative, et contribution brute hors de prix là où elle avait été promise à coûts sacrifiés... On se demande ce qui reste à la Bourse pour se maintenir dans l’existence — à part les intérêts particuliers du capital financier, il est vrai d’une puissance tout à fait admirable. La réponse est : d’autres menaces et d’autres promesses.

La menace agite le spectre d’une « économie sans fonds propres ». Au premier abord, elle ne manque pas de poids, spécialement en une période où l’on dénonce, non sans raison, la croissance hors de contrôle des dettes privées. Or refuser aux entreprises les bienfaits de la Bourse, n’est-ce pas les renvoyer aux marchés obligataires ou au crédit bancaire, c’est-à-dire à plus de dette encore — et tout le pouvoir aux banquiers, espèce que la crise nous a rendue si sympathique (6) ? Mais une économie sans Bourse n’est pas du tout une économie privée de fonds propres. Trop occupée à vanter ses propres charmes, la Bourse a fini par oublier que l’essentiel des fonds propres ne vient pas d’elle... mais des entreprises elles-mêmes, qui les sécrètent du simple fait de leurs profits, transformés en capital par le jeu de cette opération que les comptables nomment le « report à nouveau » : chaque année le flux de profit dégagé par l’entreprise vient grossir le stock de capital inscrit à son bilan… du moins tant qu’elle ne l’abandonne pas aux actionnaires sous la forme de dividendes.

On dira cependant que l’apport de fonds propres externes (ceux d’actionnaires donc) revêt une importance particulière quand précisément l’entreprise va mal et, par elle-même, ne dégage plus assez de fonds propres internes par profit et « report à nouveau ». Le sauvetage d’entreprises en difficulté ne révèle-t-il pas l’ultime vertu de l’intervention actionnariale, et seules des injections providentielles de capitaux propres ne peuvent-elles pas y pourvoir ? La belle idée : en général, les repreneurs s’y entendent pour mettre au pot le moins possible et pour mener leur petite affaire soit en empochant les subventions publiques, soit en ayant prévu de revendre quelques morceaux de gré à gré, soit en profitant du règlement judiciaire pour restructurer les dettes et larguer du salarié ; et le plus souvent par un joyeux cocktail mélangeant agréablement tous ces bons ingrédients — fort peu actionnariaux.

Comme le cercle commence à se refermer méchamment et que la liste des supposés bienfaits est déjà à l’état de peau de chagrin, on aura bientôt droit au cri désespéré : « Et les start-up ? » Les start-up, la révolution technologique en marche, celle qui nous a donné Internet (juste après que l’armée eut posé les tuyaux et les chercheurs inventé les protocoles...), celle qui enfin nous offrira bientôt des gènes refaits à neuf, comment les ferait-on éclore sans la Bourse ? Bien sûr on a pu se tromper un peu quant à la réalité de ses bienfaits, mais tout sera pardonné quand on aura redécouvert ses véritables, ses irremplaçables prodiges : des promesses d’avenirs radieux.

C’est peut-être dans ce registre prophétique des lendemains technologiques que le discours boursier, par ailleurs si déconsidéré, trouve son ultime redoute — avec parfois l’improbable secours de technologues de gauche, écolos amis de la chimère ayant reçu pour nom « croissance verte », ou enthousiastes du « capitalisme cognitif » (certains, pas tous...) qui nous voient déjà savants et émancipés par le simple empilement des ordinateurs connectés en réseau.

Or il est exact que le financement des start-up semble échapper au système financier classique, et notamment bancaire. Le propre de ces entreprises naissantes tient en effet à la difficulté de sélection qu’elles présentent aux financeurs potentiels du fait même du caractère inédit de leurs paris techniques et de la très grande incertitude qui en découle, faute de références passées auxquelles les comparer. On connaît l’argument : sur dix start-up soutenues, neuf seront d’épouvantables bouillons mais peut-être la dixième une magnifique pépite qui, bien poussée jusqu’à l’introduction en Bourse, décrochera la timbale — comprendre : enrichira ses actionnaires de départ, qu’on nomme, tout ridicule abattu, des business angels anges des affaires »), et fera mieux que les réconforter de leurs pertes sur les neuf autres.

Cette économie de la péréquation très particulière, propre aux entreprises technologiques naissantes, rendrait donc « indispensable » la sortie en Bourse et impossible le financement par le crédit : le banquier facturant en gros le même taux d’intérêt aux dix perdrait tout, intérêt et principal, sur neuf et ne gagnerait que ses quelques pour-cent sur la dixième ; bien trop peu pour que l’opération globale ne soit pas très perdante, et par suite définitivement abandonnée.

Il faut reconnaître que l’argument ne manque pas de sens. Il manque juste à être irrésistible. Car il ne faut pas beaucoup d’imagination pour envisager un taux d’intérêt qui soit, non plus fixe, mais défini comme une certaine part des profits, éventuellement révisable (à la hausse) sur les premières étapes du cycle de vie de l’entreprise. Si celle-ci est effectivement un bingo, elle le prouvera par ses bénéfices, et cette péréquation-là réjouira le banquier comme la péréquation boursière avait réjoui le business angel. Creusant un tout petit peu plus cependant, on finira par tomber sur la réalité moins glorieuse des mobiles qui font tenir les discours généraux du financement en capital des start-up et des héros technologiques.

L’introduction en Bourse a pour finalité essentielle... d’enrichir à millions les créateurs d’entreprise et leurs « anges » accompagnateurs. On les croyait mus par l’idée générale du progrès technique, le bien-être matériel de l’humanité et la passion d’entreprendre : ils n’ont le plus souvent pas d’autre idée que de faire fortune aussi vite que possible et de prendre une retraite très avancée — il n’y aurait pas de test plus dévastateur que de voir ce qui, la promesse de fortune boursière retirée, resterait des troupes des vaillants entrepreneurs. Des cohortes boutonneuses de la nouvelle économie, combien n’avaient pour idée fixe que de bricoler au plus vite une petite affaire susceptible d’être revendue et de faire la culbute patrimoniale ?

On fera remarquer que c’est l’essence même du capitalisme que les agents ne s’y activent pas pour des prunes. Sans doute, mais d’une part on pourrait, du coup, nous épargner le gospel entrepreneurial, et d’autre part c’est une chose de désirer s’enrichir de sa création d’entreprise, mais c’en est une autre de ne s’y livrer qu’à la condition (même si elle n’est qu’à l’état d’espoir) de s’enrichir hors de proportion, comme c’est devenu la condition implicite mais sine qua non des créateurs de start-up. Et il est vrai : ce n’est plus la simple rémunération du travail, ou même le revenu tiré du profit d’entreprise qui peut enrichir à cette échelle, mais bien la timbale boursière et elle seule.

Et c’est ici le terminus du discours de la Bourse. La Bourse n’est pas une institution de financement des entreprises — elles n’y vont plus sauf pour s’y faire prendre leur cash-flow* ; elle n’est pas le roc d’une « économie de fonds propres » — pour l’essentiel ceux-ci viennent d’ailleurs : des entreprises elles-mêmes ; elle n’est pas la providence qui sauve les start-up de l’attrition financière — on pourrait très bien agir autrement.Elle est une machine à fabriquer des fortunes. Et c’est tout. Bien sûr, pour ceux qui s’enrichissent, ça n’est pas négligeable. Mais pour tous les autres, ça commence à suffire.

Cupidité déboutonnée

Ainsi, faire la critique de la Bourse conduit immanquablement à retrouver les vraies forces motrices que le galimatias entrepreneurial s’efforce de recouvrir : il n’y est en fait question que d’enrichissement. Non pas que tous les entrepreneurs soient par principe affligés de cette cupidité déboutonnée — ceux qui ont vraiment l’envie de construire quelque chose sont mus par d’autres ressorts et se passent de la fortune patrimoniale pour s’activer (on n’en fera pas des saints pour autant...). Mais seule la Bourse pouvait installer dans le corps social, ou plutôt dans ses parties les plus concernées, ce fantasme, désormais fait mentalité, de la fortune-éclair, légitime récompense des élites économiques, entièrement due à leur génie créateur et sans laquelle on déclarera qu’on veut faire fuir le sel de la terre, tuer la vie entrepreneuriale, peut-être même la vie tout court.

Fermer la Bourse n’a donc pas seulement la vertu de nous débarrasser de la nuisance actionnariale pour un coût économique des plus faibles, mais aussi le sens d’extirper l’idée de la fortune-flash, devenue référence et mobile, cela-va-de-soi pour bien-nés et normalité du « mérite », pour rappeler que l’argent ne se gagne qu’à hauteur des possibilités de la rémunération du travail, ce qui, dans le cas des individus qui nous intéressent, est déjà la plupart du temps largement suffisant. La Bourse comme miroir à la fortune aura été l’opérateur imaginaire, aux effets bien réels, du déplacement des normes de la réussite monétaire, et il n’est pas un ambitieux dont le chemin ne passe par elle — pour les autres, il y a le Loto, et pour plus personne en tout cas, rapporté à cette norme, le travail.

Aussi la Bourse a-t-elle cette remarquable propriété de concentrer en un lieu unique la nocivité économique et la nocivité symbolique, en quoi on devrait voir une raison suffisante d’envisager de lui porter quelques sérieux coups. On ne dit pas que les arguments qui précèdent closent définitivement la discussion de la fermeture de la Bourse, et il y a sûrement encore bien des objections à réfuter pour se convaincre définitivement de joindre le geste à la parole. On ne le dit pas donc, mais on dit seulement qu’au moins il est temps de cesser de s’interdire d’y penser.

 

Frédéric Lordon

Economiste, auteur de La Crise de trop. Reconstruction d’un monde failli, Fayard, 2009.

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(1) La Crise de trop, chapitres IV et V.

(2) «  La gauche ne dit rien sur la crise financière  », assénait-il encore le 20 septembre 2008 sur France Inter.

(3) Lire «  Enfin une mesure contre la démesure de la finance, le SLAM  !  », Le Monde diplomatique, février 2007.

(4) Lire «  Instabilité boursière : le fléau de la cotation en continu  », La pompe à phynance, Les blogs du Diplo, 20 janvier 2010.

(5) Entre 2003 et 2005 la contribution nette des marchés d’actions au financement des entreprises françaises est de l’ordre d’à peine quelques milliards d’euros. Aux Etats-Unis, elle passe de — 40 milliards à — 600 milliards d’euros sur la même période  ! Seule la crise financière interrompt (provisoirement) ces mouvements massifs de buy-back  Rapport annuel de l’Autorité des marchés financiers  », Paris, 2007).

(6) Comme souvent, c’est l’occasion de se rendre compte que les transformations radicales se font moins «  par parties  » que par «  blocs de cohérence  ». Refaire les structures de la finance nécessite de s’en prendre aux marchés, mais aussi aux structures bancaires. Cf., à ce propos, La Crise de trop, op. cit., chapitre III.

Voir aussi le courrier des lecteurs dans notre édition de mai 2010.

Voir aussi

 

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 19:17

 

Source :blogapares.com

 

 

Union européenne: selon la Croix-Rouge, le niveau de pauvreté est proche de celui de la Seconde Guerre Mondiale

 

la pauvrete s etend dans toute l europe sous l effet de la crise economique 80 millions de pauvres vivent dans l union europeenne en france ils seraient entre 4 8 et 8 millions dessin salles Union européenne: selon la Croix Rouge, le niveau de pauvreté est proche de celui de la Seconde Guerre Mondiale

 

Fini de rire. Les balivernes qu’on nous serine sur l’Union européenne depuis des lustres pour asseoir les mythes de la paix et de la prospérité en Europe se payent comptant. La paix était possible sans ce montage politique démentiel qui vire au fascisme et qui peine de plus en plus à dissimuler la  guerre économique que se livrent  ses Etats-membres. Quant à la prospérité, chacun peut apprécier chaque jour davantage l’échec de cette organisation  livrée aux banksters et aux multinationales grâce à  la politique économique ultra-libérale dérégulée, présentée comme la seule possible.

 

Le seul argument des constructeurs de cette Europe, « sans cela, cela aurait été pire », ne tient plus. Une autre Europe est pourtant possible mais les arguments des prix Nobel, économistes, intellectuels, et autres penseurs et praticiens proposant cette voie ne sont pas entendus. Les tenants d’une autre alternative  sont  qualifiés sans vergogne « d’euros-sceptiques » voire « d’europhobes » par les  bien-pensants avec une arrogance et un mépris grotesques, tant les résultats de « leur Europe » sont catastrophiques. Que la Troïka ait reconnu ses erreurs ne change rien. Désormais c’est le Marché Transatlantique à venir qui devient l’emblème de cette stratégie du chaos savamment organisée.

En attendant des lendemains qui chantent et qui ne sont pas pour demain, bien au contraire, les populations s’enfoncent dans la pauvreté.

Dans un entretien accordé à Rusia Today, Anita Underlin, directrice de la Croix Rouge Europe, fait état de la situation de la pauvreté en Europe dont le niveau dans certains pays atteint celui de la seconde guerre mondiale.

Selon les dernières statistiques environ 43 millions de personnes souffrent de pauvreté dans l’Union européenne, soit près de 10% de la population. La distribution d’aliments depuis le dernier recensement intervenu en 2009 a augmenté de 75%  pour l’ensemble des 52 pays européens où est présente la Croix-Rouge.

Au Royaume-Uni, pays où le nombre de banquiers ayant dépassé le million d’euros de rémunération atteint des sommets, (pas de hasard là-dedans, Michel Husson a démontré le lien entre pauvreté et inégalité de répartition des richesses)  la situation vire au cauchemar. Le nombre de personnes ayant recours aux banques alimentaires a triplé depuis 2009 pour atteindre les 350 000 l’année dernière.

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale, la Croix-Rouge a dû solliciter des dons de nourriture et Anitta Underlin, estime qu’il s’agit de  »la plus grande campagne de distribution alimentaire depuis la Seconde Guerre mondiale. »

D’autres pays ne sont en reste. La crise est particulièrement dure en Italie, en Grèce et en Espagne où la Croix-Rouge espagnole soutient 1,2 millions de personnes en alimentation alors que selon  Eurostat, l’organisme de statistiques aux ordres, ces pays ne seraient pas à risques.
 La  Roumanie, la Bulgarie et la Croatie dont il est certain que la récente entrée dans l’UE ne tirera pas d’affaire, sont au plus haut risque de pauvreté extrême. Non seulement la pauvreté s’accroît, mais qui plus est, les gouvernements sont incapables de porter assistance tant les budgets publics ont été réduits.
Dans les pays de l’est, la paupérisation de la classe moyenne est devenu inquiétante. La classe moyenne qui représentait 20% de la population en 2009 n’en représente plus que 10%. 
L’Union européenne s’est fixé comme objectif de ramener à 20 millions le nombre de personnes vivant dans la pauvreté d’ici 2020.
La situation ne serait pas aussi dramatique, on en rirait d’avance: selon  l’office européen de statistiques Eurostat qui  a publiés ses chiffres  jeudi, près du quart des Européens, soit 124,5 millions de personnes, étaient menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2012. La tendance est à la hausse puisque 24,8% des Européens étaient concernées en 2012 contre 24,3% en 2011 et 23,7% en 2008. Il y a des disparités selon les pays. Ainsi en Bulgarie, c’est presque une personne sur deux (49%) qui était menacée de pauvreté ou d’exclusion en 2012. En Roumanie, la proportion est élevée (42%), tout comme en Estonie (37%) et en Grèce (35%).( source)
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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 18:33

 

 

Source : leparisien.fr


En France, les tarifs de l’eau varient de un à quatre

 

EXCLUSIF. Selon une étude de la Confédération générale du logement, les prix de l’eau accusent de fortes disparités, y compris entre villes voisines.

 

Flora Genoux | Publié le 10.12.2013, 08h17

ARCHIVES. Selon une étude de la Confédération générale du logement, les prix de l’eau accusent de fortes disparités, y compris entre villes voisines.

ARCHIVES. Selon une étude de la Confédération générale du logement, les prix de l’eau accusent de fortes disparités, y compris entre villes voisines. | LP / Matthieu de Martignac


 
Elle est partout potable mais pas au même prix. Selon une étude de la Confédération générale du (CGL), qui a passé au peigne fin le prix de l’eau dans plus de 6000 communes, la facture du consommateur peut varier du simple au quadruple en moyenne.

Ainsi, le mètre cube d’eau coûte 9,86 € à Montmachoux (Seine-et-Marne), le village le plus cher de , mais 2,42 € à Besançon (Doubs).
Ramenée à la moyenne d’un ménage, la différence est de… 800 € par an ! « Un village n’a pas le même poids pour négocier le prix face au distributeur qu’une grande ville », dénonce Michel Fréchet, président de la CGL.

Plus étonnant, les disparités peuvent être importantes entre deux villes voisines. « Tout dépend du maire, qui peut très bien négocier le prix de l’eau s’il le veut. A Béziers (Hérault), où le mètre cube est à 4,68 €, c’est un contrat de rêve pour la Lyonnaise des eaux, relève Elisabeth Chesnais, de l’UFC-Que choisir. Depuis quelques années, certains élus reprennent la main. En 2008, le maire de Saint- Etienne (Loire) a fait campagne sur les prix de l’eau. Il est parvenu à faire baisser le tarif au mètre cube de 1 €. » Même situation à Paris qui a infléchi les tarifs après son passage en régie  en 2010.

C’est donc bien dans le cadre des élections municipales de mars 2014 que les associations comptent peser. « L’idéal serait de passer à un prix unique avec un système d’aide pour les familles en difficulté, comme pour l’électricité », estime Michel Fréchet. Un tarif social de l’eau est d’ailleurs en cours d’expérimentation. Les syndicats de distributeurs d’eau mettent, eux, en avant des prix « en moyenne inférieurs de 11% comparés aux autres pays européens », à l’instar de Tristan Mathieu, directeur de la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau. « En milieu rural, il y a moins d’abonnés, c’est un facteur de renchérissement du prix de l’eau », se défend-il. Mais globalement, les prix sont amenés à grimper. Notamment pour financer le renouvellement des canalisations, confie Pierre Etchart, président de la Fédération des distributeurs d’eau indépendants (FDEI). Selon les communes, les tarifs pourraient ainsi augmenter de 10 à 20%, estime la FDEI.

Le Parisien

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 18:15

 

Source : marianne.net

 

L'homme qui veut la peau des HLM

Lundi 9 Décembre 2013 à 11:40

 

Perrine Cherchève

 

Jean Perrin, le président de l'Union nationale de la propriété immobilière (Unpi), a décidé de s'attaquer aux HLM en faisant le forcing devant la Commission européenne. Son objectif ? Assécher le financement du logement social pour récupérer ses locataires solvables.

 

Quartier Balzac à La Courneuve - A. GELEBART/20 MINUTES/SIPA
Quartier Balzac à La Courneuve - A. GELEBART/20 MINUTES/SIPA

Des millions de Français ont du mal à se loger. Certains consacrent parfois plus du tiers de leurs revenus à payer des loyers exorbitants. Le droit au logement est bafoué tous les jours. Qu'importe, les affaires sont les affaires !

Jean Perrin, le président de l'Union nationale de la propriété immobilière (Unpi), a décidé de s'attaquer aux HLM en faisant le forcing devant la Commission européenne. Son objectif ? Assécher le financement du logement social pour récupérer ses locataires solvables.

Le 5 mai dernier, le patron du syndicat de proprios demandait donc à Bruxelles de dénoncer les 20 milliards d'euros d'aides publiques versés aux HLM. Motif : les bailleurs sociaux «sont en concurrence directe avec les bailleurs privés, s'adressant de surcroît à la même population».

Rebelote le 6 novembre : la Commission n'avait pas rendu ses conclusions que l'Unpi réclamait l'ouverture d'une enquête formelle. En attendant le verdict, ses adhérents devraient s'interroger sur les raisons qui poussent les classes moyennes à se loger dans le parc social.

 

 

 

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 17:53

 

Source : marianne.net

 

Qui a encore besoin des banques?

Lundi 9 Décembre 2013 à 10:03

 

Michel Santi*

 

N’est-il pas étrange et contradictoire de constater que les investissements dans l’outil de production (quel qu’il soit) se maintient à des niveaux anémiques, alors même que les profits atteignent des records?

 

Ben Bernanke - Président de la FED
Ben Bernanke - Président de la FED

Les déboires de nos économies n’ont pas commencé avec la crise financière des années 2007 et 2008. Loin de là puisque, en réalité, une redistribution substantielle des richesses et des revenus s’est opérée depuis le début des années 2000. Au détriment des salaires et en faveur des profits enregistrés par les entreprises, par le secteur financier et par leurs actionnaires. Pour autant, n’est-il pas étrange et contradictoire de constater que les investissements dans l’outil de production (quel qu’il soit) se maintient à des niveaux anémiques, alors même que les profits atteignent des records et, ce, dans une conjoncture où les coûts de financement sont à leur plus bas historique ?

A cet égard, l’exemple d’Apple assis sur des centaines de milliards de dollars est révélateur de ces entreprises peu soucieuses de s’impliquer dans l’économie réelle dès lors qu’elles n’en tirent pas un bénéfice direct et immédiat. Ne nous étonnons donc pas si nos économies subissent une déprime quasi-chronique, si la consommation est en berne et si les revenus des ménages se dégradent.

En effet, la proportion de la rémunération allouée au travail dans le revenu national est graduellement réduite, tandis que les profits des entreprises (financières et non financières) atteignent des sommets. Sans pour autant que celles-ci soient motivées à investir davantage dans l’économie. Bien au contraire en fait, puisque ces investissements à destination des appareils de production sont aujourd’hui à leurs plus bas niveaux historiques.
 
Sinon, comment expliquer la somme phénoménale de 1.8 trillions de dollars détenue par les banques américaines auprès de leur Réserve fédérale ? Auprès de cette Fed – qui rémunère ses établissements financiers y conservant leurs dépôts – et qui s’est lancée dans des programmes massifs de création monétaire censés soulager l’économie. Pour créer en fait un monstre puisque les réserves bancaires stockées auprès d’elle ont été multipliées … par 1000, pour atteindre aujourd’hui environ 1.8 trillions de dollars contre moins de 2 milliards en 2008 !

Loin d’accomplir leur mission d’intermédiation et de pourvoyeuses de liquidités en faveur de l’économie réelle, les banques ont opté de conserver les liquidités généreusement allouées par les baisses de taux quantitatives au sein de leur banque centrale, tout en récoltant au passage une rémunération - certes faible- mais garantie. En finalité, comme c’est une proportion infime des ces liquidités fraichement imprimées par les banques centrales qui trouvent le chemin du système productif, on comprend mieux pourquoi cette création monétaire intense et sans précédent n’a pas dégénéré en hyper inflation.
 
Si d’une part l’économie est donc quasiment privée des liquidités mises par les banques centrales à disposition du secteur financier, et si elle doit faire face d’autre part à des entreprises qui ne réinvestissent pas leurs profits : il est impératif de trouver un autre mécanisme de transmission. Pourquoi nos banques centrales ne feraient-elles pas de leurs propres citoyens les ultimes bénéficiaires de sa politique monétaire ? Ne serait-il pas nettement plus productif (et autrement plus moral) pour les banques centrales qu’elles augmentent leur base monétaire en arrosant de liquidités - non les banques - mais la population ?

Chaque citoyen – riche ou pauvre, avec ou sans emploi- recevrait donc une certaine somme à dépenser, à investir, pour rembourser sa dette, ou tout simplement à déposer dans sa banque, qui l’utiliserait dès lors pour prêter. L’argent et le crédit étant à l’évidence des instruments et des leviers à connotation sociale aigüe, nos responsables (économiques, politiques, financiers) n’ont-ils pas l’obligation morale de procéder à une redistribution des ressources par temps de forte crise, au détriment du créancier et en faveur du débiteur, en faveur du chômeur et des bas revenus en général ? Moduler la valeur conférée à l’argent est de salut public – et d’une incontestable efficacité économique – dans un contexte chargé de déficits comme le nôtre.
 
Alors que la Fed est sur le point de ralentir, voire d’arrêter, sa création monétaire, la Banque centrale européenne n’aura pas d’autre choix que de lancer un programme similaire. En effet, dans notre monde globalisé, il importe peu quelle banque centrale imprime de la monnaie, pour peu que ce soit une institution majeure comme la BCE. Et l’opposition féroce de la Bundesbank ou du gouvernement allemand n’y changera rien car seule cette création monétaire empêchera l’escalade mortifère des frais de financement des dettes périphériques et relancera ces économies.

C’est la Réserve fédérale US qui a poussé cette logique de création monétaire vers des degrés inégalés. C’est également elle qui a délibérément augmenté de manière hyperbolique la taille de son bilan, dans le but avoué de promouvoir l’inflation. En réalité, les baisses de taux quantitatives furent un message subliminal adressé à l’économie : une sorte d’engagement de la part de la banque centrale qui promettait dorénavant d’être « irresponsable ». Quel cran, en effet, pour une banque centrale – dont la mission est la stabilité des prix – que de poursuivre ouvertement l’objectif de relancer l’inflation afin de redémarrer son activité économique !
 
Alors que les « baisses de taux quantitatives européennes » semblent désormais d’actualité, la BCE osera-t-elle en faire bénéficier – non le système financier – mais d’abord les citoyens européens ?

(*) Michel Santi est économiste, auteur de « L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique »« Capitalism without conscience »  Son dernier ouvrage est  «Splendeurs et misères du libéralisme»   (l’Harmattan)

 

 

 

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 17:37

 

Source : bastamag.net

 

 

Un peu d’Histoire

Hommage à Mandela : quand la France et ses grandes entreprises investissaient dans l’apartheid

par Ivan du Roy 10 décembre 2013

 

 

 

 

Une classe politique unanime, des médias focalisés sur la commémoration « planétaire » : les funérailles de Nelson Mandela suscitent l’union sacrée autour du combat que le militant de l’ANC a incarné. Pourtant, quand Nelson Mandela est jeté en prison à perpétuité, il n’en était rien. La France et ses grandes entreprises sont l’un des plus fidèles soutiens au régime raciste de Pretoria, lui vendant armements, centrales nucléaires et technologies industrielles, tout en contournant allègrement les sanctions des Nations Unies. A l’époque, les protestations étaient bien rares.

1964. La condamnation de Nelson Mandela à la perpétuité laisse les grandes puissances occidentales indifférentes. Et n’émeut pas grand monde. 1964, c’est aussi l’année où la France du général De Gaulle intensifie ses relations commerciales avec l’Afrique du Sud. En une décennie, les exportations hexagonales, hors vente d’armes, vers le régime de l’apartheid vont être multipliées par trois, pour atteindre en 1973 plus d’un milliard de francs de l’époque. En y ajoutant les ventes d’armes et de matériel militaire, la France devient alors le deuxième fournisseur étranger du régime raciste, derrière le Royaume-Uni mais devant les États-Unis et l’Allemagne de l’Ouest. Un « fournisseur stratégique », critiquent, à l’époque, les organisations non gouvernementales.

85 entreprises françaises opèrent alors en Afrique du Sud. Et y investissent massivement. La Compagnie générale d’électricité et ses filiales, ancêtres d’Alcatel et d’Alstom, fournissent du matériel pour les chemins de fer ou la production d’électricité et y fabriquent des téléviseurs (Thomson). Renault et Peugeot vendent leurs moteurs à plusieurs usines. La famille Wendel, acteur majeur de la sidérurgie française (actionnaire d’Usinor, qui deviendra ArcelorMittal), s’y approvisionne en charbon pour alimenter ses aciéries. Des groupes du BTP – notamment Dumez, qui deviendra plus tard une composante du groupe Vinci, et Spie Batignolles – y construisent des terminaux portuaires, des barrages hydroélectriques, et des autoroutes, comme celle de Johannesburg. La Compagnie françaises des pétroles, qui deviendra Total en 1991, possède d’importantes participations dans les raffineries sud-africaines, et s’est associée à Shell et BP pour forer au large du Cap.

 

Une centrale nucléaire au service de « l’économie blanche »

EDF et Framatome – intégrée ensuite dans Areva – érigent même la première centrale nucléaire sud-africaine ! « En 1976 la France a signé un contrat pour la construction de la centrale atomique de Koeberg, s’engageant par ailleurs à former une centaine d’ingénieurs et techniciens pour la maintenance de la centrale. Les banques françaises Crédit Lyonnais et la Banque d’Indochine et de Suez [désormais filiale du Crédit Agricole, ndlr] fournirent 82% des capitaux », détaille à l’époque l’écrivaine sud-africaine anti-apartheid Ruth First, assassinée sur ordre d’officiers afrikaners en 1982 [1].

Si les affaires vont bon train, et que des grandes entreprises françaises privées comme publiques investissent massivement en Afrique du Sud, c’est que le régime de l’apartheid et son « économie blanche » fournissent une main d’œuvre « abondante et peu coûteuse » : les Noirs. « II est vrai qu’il y a des Noirs qui travaillent pour nous. Ils continueront à travailler pour nous pendant des générations, même si l’idéal serait de nous en séparer complètement (...). Mais le fait qu’ils travaillent pour nous peut ne jamais leur permettre de revendiquer leurs droits politiques. Ni maintenant, ni dans le futur, ni dans aucune circonstance », déclare en avril 1968 le Premier ministre de l’époque, John Vorster. État et patronat français savent donc pertinemment dans quel système ils placent leur argent.

 

Main d’œuvre abondante et travail forcé

« Un système indirect de travail forcé », évoque sobrement l’Organisation internationale du travail (OIT), qui exclut de son sein l’Afrique du Sud en 1964 [2]. Deux codes du travail distincts, un pour les Blancs, un pour les Noirs, interdiction aux ouvriers noirs de participer aux négociations collectives, refus de reconnaître leurs syndicats, répression violente des grèves des ouvriers africains… Telles sont les caractéristiques de « l’économie blanche » et sa manière de traiter la main d’œuvre noire. En 1975, un ouvrier noir des mines de charbon, auprès desquelles s’approvisionne la sidérurgie lorraine, perçoit un salaire dix fois inférieur à celui d’un ouvrier blanc. Dans la construction ou l’industrie, où sont présents plusieurs grands groupes français, le salaire d’un Noir est cinq fois inférieur à celui d’un Blanc. « L’apartheid aboutit à ce que les travailleurs africains souffrent d’une double oppression : comme Africains, ils souffrent de la discrimination inhérente au système de l’apartheid qui institutionnalise leur subordination ; comme ouvriers, ils souffrent de la surexploitation de leur travail imposée par le contrôle étatique presque absolu de la détermination des salaires des Noirs, base économique du système », décrit Ruth First. Et ce, grâce aux investissements étrangers qui contrôlent alors 80% de l’activité productive sud-africaine, en particulier l’industrie minière et aurifère.

 

 

Pour se défendre, investisseurs et grandes entreprises prétendent jouer un « rôle réformateur » en Afrique du Sud. Du fait du manque de main d’œuvre, de nouveaux emplois ne s’ouvrent-ils pas aux Noirs ? L’émergence d’une main d’œuvre noire qualifiée, base d’une future classe moyenne, n’est-elle pas indispensable pour assurer de nouveaux débouchés aux produits de consommation ? Le pasteur états-unien Leon Howard Sullivan symbolise cette démarche. Premier afro-américain à siéger au Conseil d’administration d’une grande entreprise (General Motors), il propose un code de conduite aux sociétés états-uniennes installées en Afrique du Sud : égalité salariale entre Noirs et Blancs, abolition de toute ségrégation au sein de l’entreprise, liberté syndicale, participation des employés noirs aux négociations collectives… Les prémices d’une « responsabilité sociale des entreprises » ? En 1978, une centaine d’entreprises nord-américaines, sur les 500 présentes, annoncent avoir adopté ce code de conduite. Cinq ans plus tard, Sullivan reconnaît que ses principes « ont commencé à faire effet, mais n’ont pas obtenu les résultats souhaités assez rapidement ». Et appelle la Maison Blanche à rendre obligatoire ce code de conduite, à sanctionner fiscalement les firmes récalcitrantes et à les exclure des marchés publics. En France, aucune voix ne s’élève au sein des direction des grands groupes, y compris publics.

 

En France, les anti-apartheid sont bien isolés

Dans les pays anglo-saxons, d’importantes campagnes de boycott commencent à viser les multinationales présentes en Afrique du Sud, telles Shell ou Coca-Cola. La politique d’apartheid est « moralement indéfendable » reconnaîtra, en 1986, un porte-parole de Shell, tout en déplorant que le boycott qui vise les stations-service est « injuste et erroné » [3]. Rien de tel en France. Rares sont les mouvements qui, dans les années 70, mènent des campagnes contre l’apartheid. Des militants du PSU (Parti socialiste unifié), de la Cimade, des groupes locaux de solidarité, animés par des militants chrétiens, notamment du CCFD, ou des centres de documentation sur le Tiers-Monde – qui donneront ensuite naissance au Réseau Ritimo et à Peuples solidaires – tentent de sensibiliser l’opinion. Et se sentent bien seuls.

« A l’époque, nous n’étions pas nombreux. Le PCF nous soutenait du bout des lèvres. Cela n’intéressait pas le reste de la classe politique, à part quelques individus », se souvient Michel Capron, membre du Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (Cedetim), et vice-Président de la « plateforme RSE » lancée en juin par Jean-Marc Ayrault. « C’était la présidence Giscard. Il n’y avait absolument aucun sentiment de mauvaise conscience, encore moins de culpabilité, de la part des entreprises françaises. Plutôt une sorte de mépris hautain à l’égard de ceux qui aidaient les « terroristes » de l’ANC [Congrès national africain, le mouvement de Nelson Mandela, ndlr] », raconte-t-il. Une campagne de boycott marque cependant les esprits : celle menée contre les oranges de la marque Outspan, importées d’Afrique du Sud. « Nous avons obtenu quelques résultats : les exportations d’oranges vers la France ont chuté de 30%. » Une telle indifférence laisse perplexe au vu de l’actuel concert de louanges à l’égard de Nelson Mandela.

 

Paris, premier fournisseur d’armes de l’État raciste

1964, c’est aussi l’année où la France devient le principal fournisseur d’armes du régime sud-africain. Après avoir été réticente à toute sanction, aux côtés du Royaume-Uni et des États-Unis, la France ne s’est pourtant pas opposée un an plus tôt au vote d’une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu recommandant un embargo sur les armes, en 1963. Mais la résolution n’est pas contraignante. Un an plus tard, alors que le Parti travailliste arrivé au pouvoir au Royaume-Uni y impose un embargo sur les armes, l’État français prend le relais. En 1971, Dassault vend à Pretoria des technologies et licences lui permettant de fabriquer des avions de combat « anti-insurrectionnels », le prototype Mirage-Milan, pour mieux réprimer les actions de guérilla de l’ANC. Entre 1970 et 1975, 48 Mirage F1 sont exportés vers l’Afrique du Sud, ainsi que pléthore d’hélicoptères (Alouettes, Frelon, Puma), de blindés légers ou de missiles. Dassault, Matra (groupe Lagardère), Panhard (racheté par Renault), Turbomeca (groupe Safran) et la Société nationale industrielle aérospatiale (aujourd’hui EADS) sont à la pointe de ce juteux commerce avec l’État raciste. « La France accepte de fournir pratiquement n’importe quel type ou montant d’armes à l’Afrique du Sud, sans tenir compte des restrictions officielles habituellement imposées », commente le Comité spécial des ONG sur les Droits de l’Homme, à Genève, en 1974 [4].

 

 

Le 16 juin 1976, des milliers d’élèves de la banlieue noire de Soweto (Johannesburg) manifestent contre la ségrégation scolaire. La manifestation est brutalement réprimée. « Dans un premier temps, les policiers lâchent les chiens sur la foule. Ensuite, pour amplifier la panique, ils lancent des grenades lacrymogènes, avant de tirer à balles réelles », relate le journaliste de Jeune Afrique Tshitenge Lubabu. Bilan : au moins 575 morts. Un an plus tard, l’Onu vote enfin un embargo contraignant. Qu’importe ! « L’Afrique du Sud a déjà acheté ses armes dont une cinquantaine de mirage F1 ; seul le programme de la marine de guerre reste à compléter : or, c’est précisément dans ce domaine que l’arrêt des ventes d’armes semble ne pas être appliqué », commente un organe de presse du Parti national, au pouvoir. Le régime raciste tiendra encore 15 ans.

 

Amnésie bien française

« Loin d’être un obstacle à la croissance économique de l’Afrique du Sud, le capitalisme racial — l’apartheid — est la cause des taux de croissance extraordinaires de cette économie. De plus, l’accroissement de l’investissement étranger a eu pour effet non de changer le système mais de le renforcer », estimait Ruth First, en 1979. L’Histoire lui donnera raison. Entre l’emprisonnement à vie de Nelson Mandela et son élection comme premier Président d’une Afrique du Sud démocratique, trois décennies seront nécessaires.

Aux Etats-Unis, des procédures lancées par des victimes de l’apartheid contre plusieurs grandes firmes (General Motors, Ford Motor Company, IBM, Daimler et l’allemande Rheinmetall) sont encore en cours [5]. En Suisse, une plaie s’est rouverte avec la mort de Mandela : plusieurs banques, comme le Crédit suisse et UBS, avaient continué d’investir dans le régime de l’apartheid sans être sanctionnées. « C’était la guerre froide. L’Union soviétique faisait tout pour mettre la main sur l’Afrique du Sud, un pays stratégique avec la ville du Cap qui contrôle une importante route maritime. Le but de notre groupe était d’empêcher que l’Afrique du Sud ne tombe entre les mains communistes », se justifie aujourd’hui le leader suisse d’extrême droite Christoph Blocher. La France, elle, a pour l’instant oublié ce sombre passé, pas si lointain.

Ivan du Roy

 

Photo de une : CC Nations Unies

Affiches : source

 

Notes

[1Emprisonnée, puis bannie d’Afrique du Sud, elle s’exile à Londres en 1964 puis s’installe au Mozambique où elle reçoit une lettre piégée le 17 août 1982. Son article « La filière sud-africaine. L’investissement international dans l’apartheid », publié dans la revue Tiers-Monde en 1979 est accessible [sur le portail des revues scientifiques Persée est accessible sur le site de la revue Persée.

[2Voir la déclaration de l’OIT du 8 juillet 1964.

[3Source : Los Angeles Times.

[4L’article, publié dans la revue Tiers-Monde en 1979 est accessible sur le portail des revues scientifiques Persée.

[5Pour plus de détails, lire ici, en anglais.

 

 

 

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