Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 16:27

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Le FN en ses mairies: dette et préférence nationale

|  Par Marine Turchi

 

 

Alors que le Front national vise plusieurs mairies lors des élections de mars, quel bilan tirer de sa gestion à Toulon, Orange, Marignane et Vitrolles à la fin des années 1990 ?

Une première version de cet article a été publiée en septembre 2012. Nous le republions à l'occasion de notre partenariat avec les Pieds sur Terre et de la diffusion du reportage audio à Vitrolles que vous pouvez retrouver ici.

« Une dette française en piteux état après trente ans de cogestion UMP-PS. » Lorsqu'elle présente son « plan de désendettement » et son « chiffrage », en janvier 2012, Marine Le Pen veut mettre en scène un Front national devenu crédible face à des adversaires « dans le flou » et responsables de la crise (voir la vidéo). Le Front national avait déjà tenté de se forger une image de bon gestionnaire à la fin des années 1990. Ce fut un échec cuisant. Aux manettes dans quatre villes du Sud-Est (Orange, Marignane, Toulon, Vitrolles), il avait laissé derrière lui des villes endettées jusqu’au cou et démontré son incapacité à construire un projet social. 

 

Jean-Marie Le Pen et les trois maires élus en 1995 : Le Chevallier, Bompard, Simonpieri. 
Jean-Marie Le Pen et les trois maires élus en 1995 : Le Chevallier, Bompard, Simonpieri. © Reuters

Des gestions financières calamiteuses

Les quatre maires frontistes ont fait de l’assainissement des finances une priorité. Les quatre ont mené « une gestion financière calamiteuse », explique à Mediapart le chercheur Gilles Ivaldi, qui a travaillé sur le Front national au pouvoir municipal (lire notre Boîte noire). Déjà endettées pour certaines, ces villes sont plombées par le FN. Trois d’entre elles sont épinglées par des rapports de la chambre régionale des comptes (CRC) de Provence-Alpes-Côte d’Azur (lire notre onglet Prolonger).

 

Bruno Mégret en 2007. 
Bruno Mégret en 2007. © Fabienkhan.

Vitrolles, d’abord. En 2002, le rapport définitif de la CRC est accablant pour Catherine Mégret, maire depuis 1997. Parmi les dysfonctionnements pointés du doigt : l'envoi (évalué à 75 000 euros) aux 36 000 maires de France de deux courriers destinés à parrainer Bruno Mégret pour la présidentielle (cela fera l'objet d'une condamnation pour détournement de fonds publics – lire notre volet 2), des dérives budgétaires, une gestion chaotique des marchés publics, l'augmentation excessive du prix de l'eau, des frais de représentation abusifs (50 000 euros « consommés par des repas parfois pris en groupe, mais le plus souvent à deux ou trois, notamment le week-end », souligne la CRC), 30 % de personnel en plus qu'ailleurs, le recrutement de cadres sans expérience puis le recours à des prestataires extérieurs pour remplir leurs missions, des frais de personnel par habitant qui dépassent de 200 euros la moyenne pour les villes de taille comparable.

Les Mégret ont recours à des subterfuges pour assurer leurs promesses. Ainsi, la baisse des impôts est comblée « par les usagers de l'eau, qui ont eu à supporter une hausse brutale des tarifs (20 %) en 1997 », note la CRC. Le couple balaie les accusations, des « critiques ponctuelles dérisoires et scandaleuses de manipulation ».

À Orange, Bompard s'est longtemps félicité de sa gestion : baisse des impôts, de l'insécurité, du prix de l'eau, investissements « deux fois supérieurs aux villes de la même strate ». Comme à Vitrolles, le maire a procédé à quelques tours de passe-passe : il oublie de dire que l'insécurité a diminué dans tout le département, et que si l'eau coûte moins cher, c’est parce que la ville n'assure plus l'entretien de la tuyauterie et les investissements nécessaires.

En octobre 2011, la chambre régionale des comptes pointe des irrégularités et notamment des « dépenses à caractère familial » des époux Bompard : des « factures de restaurant récurrentes » au nom de Marie-Claude Bompard, des nuits d'hôtels, « un séjour à Spa de cinq jours en 2007 », des soins de « vinothérapie, hammam et bain thermal », des factures de parfums de luxe, des cigares et cigarettes, des « cotisations d'assurances personnelles », « des achats de billets de train, d'instruments de musique, de literie, le règlement d'une facture d'électricité pour un enfant, l'achat d'un téléphone Nokia effectué au nom de jeune fille de l'épouse du maire », l'utilisation de « deux véhicules de fonction », etc. Aujourd’hui encore, le maire continue pourtant de défendre bec et ongles sa gestion.

La « préférence nationale » version locale

 

Jean-Marie Le Pen et Jean-Marie Le Chevallier, ex-maire FN de Toulon. 
Jean-Marie Le Pen et Jean-Marie Le Chevallier, ex-maire FN de Toulon. © Reuters

À Toulon, Jean-Marie Le Chevallier laisse la ville dans un état pire qu’à son arrivée : une dette équivalente au budget de la commune (213, 4 millions d'euros), des charges de personnel qui représentent 60 % des dépenses de fonctionnement et ont augmenté de 31 % en un mandat. L'addition de la gestion catastrophique de l’association Jeunesse toulonnaise (les détails ici) est également salée (plus de deux millions d’euros).

À Marignane, les impôts locaux augmentent, le centre-ville n'est pas rénové comme promis et le rapport de la Chambre régionale des comptes est accablant : aucune « restructuration des services », « diminution de l'autofinancement », « augmentation importante du poids de la dette » (« près de 44 millions d’euros »selon le successeur de Daniel Simonpieri), « trop forte augmentation des charges courantes par rapport aux recettes de fonctionnement ». Durant son mandat, les charges de fonctionnement courant progressent « de 9 % » et les dépenses nettes de personnel explosent (en 2003, elles représentent « 64 % des charges de fonctionnement »).

La CRC note aussi des « avantages en nature » concernant les voitures de fonction (33 véhicules acquis entre 1998 et 2001), « l’attribution d'avantages dans des conditions irrégulières », notamment des logements de fonction attribués « à titre gratuit ».

Dans les quatre villes, l’incompétence financière est masquée par des mesures destinées à laisser penser aux habitants qu’on s’occupe d’eux immédiatement. Des cahiers de doléance ou des boîtes aux lettres pour les suggestions des habitants sont installés. À Vitrolles, « un service municipal pour répondre aux demandes d'entretien et de réparation des habitants dans les 24 heures » est mis en place. À Toulon et Marignane, une ligne téléphonique spéciale pour répondre aux problèmes techniques et administratifs est créée. À Orange, Bompard « a géré le goudron », résumait en 1996 le président de l'association Faire face : « quelques chaussées refaites, des sens interdits supprimés, des places de parking gratuites ».

C'est aussi un constat qu’établissent les chercheurs Gilles Ivaldi et Virginie Martin dans leur étude Le Front national entre clientélisme et recherche d’un enracinement social. Ils s’appuient sur l’exemple toulonnais : la municipalité « assure l’intendance quotidienne » et développe « un système marginal et relativement formel de distribution de services », relayés par le journal Le Toulonnais, outil fondamental de communication de la mairie. Mais « ni plan économique, ni politique sociale, ni même de véritables projets d’urbanisme » n’apparaissent.

 

Une politique sociale fondée sur la préférence nationale

Pas de projets et surtout une « impossibilité de penser le social », selon cette étude. Dépourvu d’ancrage social, de relais syndicaux, disposant de faibles réseaux notabiliaires, le FN n’est parvenu qu’à gagner « les faveurs du petit monde des groupes catholiques intégristes et a globalement manqué son rendez-vous avec le monde ouvrier ». Surtout, la municipalité frontiste se détourne de « l’exclusion et (du) malaise social pour se limiter aux antiennes lepéniennes classiques : gestion saine et rigoureuse contre les débordements de l’exécutif municipal précédent, retour de la sécurité, culture-animation (c’est-à-dire essentiellement la chasse à l’esprit “Rap-Tag-Lang”), administration des certificats d’hébergement, sport, subventions aux associations “n’ayant pas pris de position politique” et réhabilitation des quartiers de la vieille ville ».

À Toulon, l’équipe frontiste « se désintéresse des problèmes familiaux dès lors qu’ils sont liés aux difficultés des périphéries urbaines et de l’immigration », observent Gilles Ivaldi et Virginie Martin. « Le FN ne veut en aucun cas travailler sur des lieux de vie où les populations d’origine immigrée sont importantes » et ce choix est « assumé ». Le social, pour le FN, demeure centré sur quelques groupes : les classes moyennes plutôt que les exclus, les Français plutôt que les immigrés.

 Le credo lepéniste – la « préférence nationale » –, est décliné localement en préférence « orangeoise »« toulonnaise », etc. À Vitrolles, une prime de 5 000 francs (760 euros) est attribuée « aux enfants français nés de parents européens ». La justice l'annulera (lire notre volet 2). Promise également par les trois autres maires, cette prime ne sera pas mise en pratique.

Subventions coupées aux associations sociales

 

J. Bompard avec G. Collard et M. Maréchal-Le Pen à l'Assemblée en 2012. 
J. Bompard avec G. Collard et M. Maréchal-Le Pen à l'Assemblée en 2012. © Reuters

« Pour construire, il faut parfois démolir. » Cette formule de l'adjointe aux affaires sociales d'Orange résume la politique sociale du FN. Comme dans le domaine culturel (lire notre volet 1), les quatre édiles refusent de bâtir sur de l’existant et coupent les subventions à certaines associations. En octobre 1995, Jean-Marie Le Pen convoque d'ailleurs “ses” maires pour les presser d'appliquer cette consigne.

Jacques Bompard apparaît comme « le plus zélé » des maires, (dixit un dirigeant du FN). Exemple avec le budget voté en 1996 à Orange. Il augmente les moyens alloués à la sécurité (+3 %) et les indemnités des conseillers municipaux possédant une délégation (+ 11 000 euros), mais diminue tout le reste : les fournitures scolaires (-25 %) ; le sport (-25 %), la culture (-230 000 euros), l'aide sociale (-10 %, soit -260 000 euros), etc.

Plus de subventions pour les maisons de quartier, « école de la rue dans toute son horreur », selon le maire, ni pour la mission locale, chargée de l'emploi des jeunes. « On leur donnait 300 000 francs à ces braves gens… On ne leur versera plus rien », commente André-Yves Beck, la plume du maire. L'Opar (Orange prévention accueil réinsertion), Oser, association d'insertion des quartiers Nord, le centre médico-social, disparaissent. La gratuité des salles municipales n'est concédée qu'aux associations qui acceptent que la mairie soit « coorganisatrice » de leurs manifestations. 

À Marignane, l’aide allouée aux Restos du cœur est supprimée pour raisons « économiques », mais la subvention du club de foot augmente considérablement. L’association Éclat (organisation de matchs de football, aide aux devoirs), composée de jeunes d'origine maghrébine, voit sa subvention réduite de 75 % et son local supprimé. Daniel Simonpieri préfère accorder 116 000 euros à l'Association d'insertion marignanaise créée par la mairie. Le premier adjoint ironise : « Aucun Maghrébin, aucune personne étrangère ou d'origine étrangère non européenne ne s'est présentée à nos services. Ce doit être l'effet dissuasif du label FN. »

Parallèlement, Fraternité française, l'association caritative du FN, s'installe dans la commune, dans un local spécialement réhabilité par la municipalité. En 1996, le conseil municipal décide également de réserver les cantines scolaires aux enfants dont les deux parents peuvent prouver qu’ils travaillent. Le tribunal administratif suspend l’exécution de cette délibération.

À Toulon, les associations « qui favorisent l'immigration », celles « qui se servent des subventions pour payer des permanents », ou qui étaient proches de l'ancienne municipalité, sont dans le viseur du maire. Jean-Marie Le Chevallier coupe les subventions au Secours populaire, proche du PCF, à la FCPE, la fédération (de gauche) des parents d'élèves, et surtout à l'association de lutte contre le sida Aides, désignée comme « une association d'homosexuels présentée comme organisme de lutte contre le sida ». Dans le même temps, il accorde 2 280 euros à la PEEP (fédération de parents d'élèves, ancrée à droite), 2 280 euros au seul syndicat CFTC et double celle allouée (en 1998) à la Maison des anciens combattants.

Pour mieux la contrôler, les quatre maires tentent de “municipaliser” l'action sociale. Des associations sont créées de toutes pièces, subventionnées par la mairie et gérées par des proches : l'Also à Orange (dirigée par l'épouse du secrétaire général de mairie), Jeunesse toulonnaise à Toulon (gérée par Cendrine Le Chevallier). Celle-ci organise colonies, crèches, activités sportives et sorties à la place du centre de loisirs et d'action sociale (CLAS), mais mal gérée, elle sera placée en liquidation judiciaire en 1999 (lire notre volet 2). À Marignane, le centre communal d'action sociale (CCAS) gère directement le centre aéré.

 

Des budgets sécuritaires
La priorité des quatre maires est ailleurs : la sécurité. Tous augmentent le nombre de policiers municipaux (il est doublé par Le Chevallier et Mégret). À Toulon, les policiers municipaux sont réarmés. À Orange, la police municipale s’installe dans les locaux de la mission locale, qui a mis la clé sous la porte. À Vitrolles, Bruno Mégret estime que la responsabilité des pouvoirs publics est d'assurer une « répression ». Il annonce qu'une des premières mesures de la municipalité sera de “purger” les services sociaux pour « renforcer les effectifs (de police) afin d'améliorer la sécurité ».

« Les éducateurs de rue, les agents de prévention, tout cela sera supprimé, car c'est totalement inefficace », estime-t-il en février 1997. Il faut « que la peur change de camp », martèle Catherine Mégret.

En 2012, Marine Le Pen ne dit pas autre chose. Dans son projet présidentiel, elle prévoit 8,9 milliards d'euros pour l'embauche et l'équipement de forces de police. Un budget qu'elle financerait par la suppression des prestations sociales pour les justiciables d'une peine d'un an ou plus et pour les récidivistes, et par 6,4 milliards d'euros « d'économies liées à la réduction de la délinquance » (lire notre décryptage).

Élus sous l'étiquette FN, les  maires de Toulon, Orange, Marignane et Vitrolles ont quitté le Front national quelques années plus tard pour rejoindre le MNR, le MPF ou le RPR.
Les exemples spécifiques de Dreux (majorité RPR-FN en 1983) et Nice (Jacques Peyrat quitte le FN un an avant de conquérir la mairie de Nice) n'ont pas été intégrés.

Présidente du think tank Different, laboratoire politique proche du PS, la politologue Virginie Martin a réalisé en 2000 une thèse sur le FN en situation de pouvoir municipal. Elle est l'auteure de Toulon la noire. Le Front national au pouvoir (Denoël, 1996) et Toulon sous le FN (L’Harmattan, 2000). Gilles Ivaldi est chercheur au CNRS, spécialiste des partis d’extrême droite et des populismes en Europe occidentale. Il a travaillé sur les gestions municipales du Front national dans le Sud-Est (à lire ici) et sur le FN de Marine Le Pen. Il est l'auteur de nombreux articles et ouvrages sur le sujet (voir sa fiche).

Retrouvez notre dossier d'archives sous l'onglet “Prolonger”. 

 

Source : www.mediapart.fr

 


Partager cet article
Repost0
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 16:04

 

 

Source : www.facebook.com/LesVertsDeRage

 

PRODUIRE SANS POLLUER COÛTE PLUS CHER

Labellisation des produits bio : un marché de dupes ... tout bénef aux pollueurs !

"Un fermier peut vaporiser des produits chimiques pour tuer des insectes, encore plus pour tuer des mauvaises herbes et d’avantage dans le sol pour le rendre productif et nous n'exigeons pas d'étiquettes. Mais si un fermier respectueux de l’environnement veut utiliser le label «bio» (AB), il doit payer le pactole, remplir un interminable cahier de charges et autres tracasserie administratives pour prouver qu'il n’utilise pas de produits chimiques!"
L.V.R.

(C'est la question que se posent nombre d'entre eux, et notamment tous ceux qui ont renoncé à se reconvertir ou qui ont abandonné le label.

Des producteurs qui pour autant ne polluent pas l'environnement. Nombreux sont ceux qui produisent bio mais ne vendent pas sous label AB. Ceux-ci refusent en fait de devoir payer pour prouver qu'ils préservent par leur mode d'agriculture la nature et la santé publique. Une réalité déconcertante qui montre combien l'agriculture biologique dépasse les considérations économiques, et relève aussi d'une démarche citoyenne. )

Labellisation des produits bio : un marché de dupes ... tout bénef aux pollueurs !

L'usage du label bio est conditionné par une certification réalisée chaque année par des organismes indépendants dont les frais, qui peuvent atteindre 1000 euros par exploitation, sont à la charge de l'agriculteur. Produire bio est une chose, mais vendre une production bio en est une autre. Et cette différence conduit de plus en plus de producteurs à sortir du label, tout en continuant à travailler de la même façon, c'est-à-dire, en respectant leur terre.

On est en droit de s'interroger sur la façon dont cette filière est organisée. Contraindre la production bio à des contrôles est une nécessité puisqu'un cahier des charges drastiques est en vigueur, et cela, même si l'on n'estime qu'à 1% le nombre de fraudeur dans cette filière.
Mais est-il acceptable, d'un point de vue « éthique », que le label « Agriculture Biologique » soit payé par ceux qui ont décidé de produire propre ?
C'est la question que se posent nombre d'entre eux, et notamment tous ceux qui ont renoncé à se reconvertir ou qui ont abandonné le label.

Des producteurs qui pour autant ne polluent pas l'environnement. Nombreux sont ceux qui produisent bio mais ne vendent pas sous label AB. Ceux-ci refusent en fait de devoir payer pour prouver qu'ils préservent par leur mode d'agriculture la nature et la santé publique. Une réalité déconcertante qui montre combien l'agriculture biologique dépasse les considérations économiques, et relève aussi d'une démarche citoyenne.

Mais l'impact sur le marché du bio est négatif, car il ne peut se développer qu'à condition que l'offre augmente, permettant de réduire les coûts et de proposer à un plus large public des produits qui ne devraient pas n'être accessibles qu'à ceux qui en ont les moyens.
Alors que les aides publiques permettent à une exploitation en phase de reconversion de franchir les cinq années indispensables aux sols pour éliminer les intrants qu'ils peuvent encore contenir, aucune aide à l'agriculture bio ne vient compenser les charges inhérentes à ce mode de production.
Mais rémunérer les organismes de certification par de l'argent public revient à faire porter le poids des contrôles par les consommateurs.

Ne serait-il pas finalement judicieux de considérer que les modes de production non respectueux de l'environnement devraient s'en acquitter ?

Les « pollueurs » paieraient ainsi pour la certification des non pollueurs. Une situation nouvelle qui relancerait vraisemblablement la filière bio, au profit des consommateurs.

Une option qui ne peut hélas s'inscrire dans une politique agricole héritée d'après-guerre et qui continue à favoriser un modèle intensif, quelqu'en soit le prix environnemental. Ce sont en réalité les consommateurs qui détiennent le pouvoir de faire avancer la question en modifiant leurs habitudes et en réservant une part plus conséquente de leur budget familial à une alimentation plus saine et plus en harmonie avec la nature. L'industrie agroalimentaire et les producteurs seront bien obliger de s'adapter, et les politiques avec eux.
Partager cet article
Repost0
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 15:57

 

Source : www.mediapart.fr

Le Forum de Davos découvre les inégalités

|  Par martine orange

 

 

La concentration de la richesse en si peu de mains n’a jamais été aussi élevée depuis la première guerre mondiale. Cette accumulation se double d’une confiscation politique qui met en cause la démocratie, relève un rapport d’Oxfam. Même les responsables de Davos commencent à s’inquiéter.

« Les inégalités représentent un risque pour la stabilité économique ». Le message vient d’un endroit inattendu : de Davos. A la veille de la réunion annuelle du forum économique mondial, de nombreux participants ont été interrogés sur les risques qui les inquiétaient le plus dans les mois à venir. Réponse : ce n'est plus la crise financière mais les inégalités entre les riches et les pauvres qui viennent en tête de leurs préoccupations !

Sans attendre, le Fonds monétaire international a repris le sujet, insistant sur la menace que faisait peser les inégalités croissance de revenus sur l’économie mondiale. « Les responsables économiques et politiques au forum économique mondial doivent se rappeler que dans de trop nombreux pays les gains de la croissance n’ont bénéficié qu’à trop peu de personnes. Cette situation n’est pas un gage de stabilité »,  déclare Christine Lagarde dans le Financial Times

Si le thème des inégalités émerge à Davos, c’est que les responsables sentent bien qu’il y a danger. Leur rapport est loin des accents de triomphe d’avant la crise financière, vantant les mérites et les bienfaits d’une mondialisation heureuse. Là, il n’ y est question que de risques, de menaces : menaces climatiques, dangers des cyber-attaques, craintes de soulèvements sociaux, voire de conflits civils. Le malaise et la peur sont palpables : les responsables de Davos redoutent d’assister à un phénomène massif de rejet de leurs politiques et à des mouvements de démondialisation. 

Ce rejet, les rapporteurs le reconnaissent, s’enracinent dans une réalité indéniable : plus rien ne marche comme avant. La reprise, tant attendue après la plus grave crise économique de l’après guerre, n’est toujours pas au rendez-vous. Les banques centrales ont déversé des centaines de milliards pour tenter de réparer le système financier. Mais l’essentiel de cet argent a été capté par le monde financier lui-même, et aux plus riches par le biais d’une augmentation spectaculaire des actions et des actifs en tout genre. (Voir 2013, année faste pour les 1% les plus riches).

 

Cliquer pour agrandir. 

Invitée à participer au forum de Davos, l’ONG Oxfam publie ce lundi un rapport sur ces inégalités. L’accumulation des richesses aux mains d’un petit nombre est sans précédent. « 1% des familles détiennent désormais près de la moitié (46%) des richesses du monde », note le rapport. « Aux États-Unis, les 1 % les plus riches ont confisqué 95 % de la croissance post-crise financière entre 2009 et 2012, tandis que les 90 % inférieurs se sont appauvris. La grande récession n'a pas infléchi la tendance à la concentration des revenus : la part du produit national des États-Unis allant au décile supérieur atteint 50,4 %, son niveau le plus haut depuis la Première Guerre mondiale », poursuit-il.

La suite du rapport est tout aussi accablante : « alors que les actions et les profits des entreprises atteignent des niveaux vertigineux, les salaires stagnent en pourcentage du PIB. Pour illustrer l’ampleur de la concentration des richesses, la fortune combinée des 10 personnes les plus riches d’Europe dépasse le coût total des mesures de relance mises en œuvre dans l’Union européenne entre 2008 et 2010 (217 milliards d’euros contre 200 milliards d’euros). Qui plus est, les politiques d’austérité mises en place après la crise pèsent lourdement sur les personnes pauvres, alors qu’elles permettent aux riches de s’enrichir toujours plus. L’austérité a aussi un impact sans précédent sur les classes moyennes ».

Une partie de ces chiffres était connue de longue date. Mais qu’ils fassent leur entrée dans l’enceinte de Davos montre l’ampleur du problème. Longtemps encouragées, voire programmées, les inégalités commencent à être considérées comme une menace pour l’ensemble du système. Car pendant que les milliardaires accumulent les milliards, les classes moyennes disparaissent, les pauvres sombrent. Il n’y a plus d’adhésion large des sociétés civiles. Et l’économie réelle ne repart toujours pas.

Dans toutes les économies avancées, la consommation stagne ou baisse, tandis que la production, par manque de débouchés, n’investit plus et fait du surplace. Les menaces de déflation pointent en Europe. Surtout, le chômage atteint des niveaux catastrophiques. Même aux Etats-Unis, censés être sortis de la crise, la situation de l’emploi est loin d’être revenue à un niveau normal. Officiellement, le taux de chômage est de 7,5%. Mais les nouvelles embauches sont essentiellement dans le secteur des services – des emplois précaires chez McDo ou autres – tandis que les emplois manufacturiers ou dans les services à valeur ajoutée ne cessent de baisser. Plus grave : une partie de la population américaine semble avoir renoncé à rechercher tout emploi et est sortie des statistiques : alors que la situation de l’emploi est censée augmenter, les bénéficiaires de foodstamps – programme d’aide alimentaire pour les plus pauvres payé par le système fédéral – ne cessent d’augmenter.

Confiscation politique

Cette situation de chômage chronique, d’emplois précaires et sous-payés, qui avait été acceptée et encouragée depuis des années, devient une source de risque. Les rapporteurs de Davos en arrivent à s’inquiéter du  chômage des jeunes et de l’émergence d’une génération perdue.

 

Cliquer pour agrandir. 

« Les jeunes entrant sur le marché du travail aujourd’hui sont exposés au chômage et au travail précaire. Les taux de chômage des jeunes ont explosé depuis la crise financière. La situation est particulièrement préoccupante au Moyen-Orient et dans les économies avancées, notamment dans certains pays d’Europe comme l’Espagne ou la Grèce », soulignent-ils, relevant la paupérisation constante des jeunes, endettés jusqu’au cou pour faire des études sans trouver d’emploi par la suite. Une situation qui, selon eux, risque d’amener de plus en plus de jeunes à renoncer aux études, celles-ci devenant réservées qu’aux classes les plus aisées.

Soulignant les risques que font peser la montée des pauvres et l’effondrement des classes moyennes sur le modèle démocratique américain, Barack Obama s’est déjà prononcé pour une augmentation des salaires minimum.  Le premier ministre japonais, Shinzo Abe, encourage aussi les entreprises japonaises à augmenter les salaires. Le gouvernement britannique a aussi pris position pour une hausse du salaire minimum, alors que la perte du pouvoir d’achat pour les salariés s’élève à plus de 10% au cours de ces dernières années. En coulisses, les pressions se multiplient sur l’Europe pour l’amener à renoncer à sa politique d’austérité, les uns et les autres lui reprochant d’entraîner l’économie mondiale par le fond

Mais le problème va bien au-delà d’une hausse du salaire minimum, comme le pointe le rapport d’Oxfam. Les dérèglements actuels sont le résultat de la Grande compression, ces trente années de politique économique menée dans toutes les économies avancées et copiée par les pays émergents, en Chine notamment, visant à un partage des richesses systématiquement au profit des plus riches. La théorie du ruissellement – les fortunes accumulées par les plus riches retomberaient forcément sur l’ensemble –, qui sous-tendait cette politique, ne s’est pas vérifiée. Au-delà de l’accumulation sans précédent des richesses par 1% de la population, l’ensemble du système économique mais aussi politique s’est dégradé. « Les riches ont confisqué les institutions et les représentations politiques à leur profit », accuse Oxfam.

 

 

Depuis les années 1970, « les riches lobbies ont usé de leur puissance financière pour influencer le législateur et le grand public afin de minimiser la pression fiscale sur les plus hauts salaires et les gains en capital, ainsi que pour créer des échappatoires fiscales pour les entreprises », relève Oxfam. « Depuis les années 1980, les secteurs financiers et bancaires  ont dépense des millions de dollars pour démanteler les réglementations mise en place après l’effondrement de la bourse et de la Grande Dépression des années 1930 » , poursuit le rapport avant de conclure : « il y a une corrélation directe entre dérégulation financière et inégalités économiques aux Etats-Unis ».

La critique est tout aussi sévère pour l’Europe. « Sous l’énorme pression des marchés financiers, des programmes d’austérité ont été mis en œuvre dans toute l’Europe, malgré une opposition publique d’envergure. S’appuyant sur des impôts régressifs et des coupes sévères dans les dépenses (en particulier pour les services publics comme l’éducation, les soins de santé, la sécurité sociale), ces mesures ont sonné le début du démantèlement des mécanismes destinés à réduire les inégalités et à permettre une croissance équitable », poursuivent les rapporteurs.  « Même si cela est venu trop tard, les principaux partisans de l’austérité comme le FMI commencent à reconnaître que les mesures d’austérité n’ont pas donné les résultats escomptés en termes de croissance et de relèvement mais ont en fait compromis les perspectives de croissance et d’égalité », ajoutent-ils.

Alors que la Chine marche dans les pas de l’Occident, le Brésil, au contraire, a mis en place depuis plusieurs années une politique de réduction des inégalités et tenté de combler l’immense fossé qui existe entre les plus pauvres et les plus riches dans ce pays. Résultat ? L’émergence d’une classe moyenne éduquée et solide, des pauvres un peu mieux traités, et une croissance économique qui se poursuit, malgré la crise mondiale.

 

 

L’ONG tire des conclusions dramatiques de cette confiscation politique par les plus riches : « les niveaux inédits d’inégalité économique que l’on observe désormais sonnent comme un avertissement : en l’absence de contrôle, les institutions représentatives continueront de s’effriter et le déséquilibre du pouvoir entre les nantis et les pauvres pourrait devenir chronique et immuable ».  Pour Oxfam, c’est la démocratie même qui est désormais en jeu. Elle rappelle la mise en garde de Louis Brandeis, juge à la cour suprême des Etats-Unis : « Nous pouvons ou bien avoir la démocratie ou bien avoir de grandes richesses concentrées dans les mains de quelques-uns mais pas les deux à la fois ».

Les responsables de Davos mesurent l’étendue des dangers : la mainmise sur les institutions politiques et représentatives par les plus riches est devenue trop voyante pour qu’elle n’amène pas des contestations de plus en plus fortes du système. Il y a eu les indignés, ce qui ne les dérangeait pas trop. Mais ce qu’ils observent aujourd’hui les inquiète beaucoup plus : « Alors que la cohésion sociale s’affaiblit et que les citoyens cherchent à s’arracher du contrôle d’institutions distantes et apparemment sans responsabilité, il y a un soutien de plus en plus visible pour les partis extrémistes, défendant des thèses nationalistes, protectionnistes et xénophobes », soulignent-ils.

L’évolution de la Grèce  notamment hante les responsables de Davos. L’étonnant est qu’ils soient surpris de la montée du nazisme à Athènes après le programme d’austérité qui a été infligé au pays. Ils avaient pourtant à disposition la référence historique de l’Allemagne après la politique déflationniste menée en 1932.

L’apparition de contestations sociales violentes, de soulèvements politiques voire de luttes civiles leur apparaît comme un risque majeur pour l’avenir. D’autant, s’inquiètent-ils, que les institutions politiques ont perdu la confiance des citoyens.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Partager cet article
Repost0
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 15:44

 

Source : www.oxfamfrance.org

 

En finir avec les inégalités extrêmes

20/01/2014

 

 

 

 

Photo : Images_of_Money / Flickr - CC BY 2.0

 

Cette semaine se tient à Davos le Forum économique mondial où sont attendues plus de 2 500 personnes, dont une quarantaine de chefs d’état et de gouvernementet des décideurspolitiques et économiques parmi les plus influents au monde.
Ce n’est donc pas un hasard si Oxfam publie cette semaine un nouveau rapport intitulé « En finir avec les inégalités extrêmes », et que la directrice générale d’Oxfam international, Winnie Byanyima, se rend à Davos pour rencontrer certains des intervenants.

Dans ce rapport, Oxfam souligne l’augmentation, depuis le début de la crise économique, des inégalités économiques au profit des personnes les plus riches : aujourd’hui, les 85 plus grandes fortunes au monde possèdent autant que la moitié de la population mondiale. D’un côté, les profits detrès grandesentreprises, les salaires d’une poignée dedirigeants et les transactions boursières battent chaque jour de nouveaux records, et ne montrent aucun signe de ralentissement, tandis que de l’autre, le chômage et la précarité augmentent…

 

1% vs. 99%

Près de la moitié des richesses mondiales est entre les mains des 1 % les plus riches, tandis que 99 % de la population mondiale se partagent l'autre moitié.  Et cela dans le monde entier : l'Inde a vu le nombre de ses milliardaires passer de seulement 6 à 61 ces dix dernières années, concentrant environ 250 milliards de dollars entre les mains de quelques dizaines de personnes dans un pays qui compte 1,2 milliard d'habitants. 

On pourrait penser que ces milliardaires se contenteraient de cet argent, mais pour Oxfam, cesinégalités économiques riment de plus en plus avec confiscation du pouvoir politiqueai profit des plus riches, posant un véritable défi pour la démocratieet entravanttous les efforts qui sont fait pour lutter contre la pauvreté.

Oxfam s’inquiète également pour l’avenir, et du risque de voir ces privilèges se transmettre de générations en générations. Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, sous l’Ancien régime que nous apprenons à l’école, chaque corps, chaque communauté avait ses règles, ses devoirs et ses privilèges et visaient à les perpétuer coûte que coûte.

Bien entendu, aujourd’hui cela a bien changé, mais les élites sont toujours soucieuses de leurs intérêts.

Dans leur ouvrage « Les ghettos du gotha », les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon parlent de la mobilisation des élites françaises pour perpétuer leur mode de vie, et détaillent les nombreux « cercles » qui défendent leur pré-carré. Ils y soulignent le contraste « entre les discours de ces familles sur des sujets économiques et politiques, qui prônent la flexibilité du travail et la mobilité des salariés, et leurs propres pratiques qui visent au contraire à la multiplication des enracinements et à la continuité à travers les générations » [1].

C’est également ce que souligne le journaliste Hervé Kempf dans son ouvrage « L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie » : « Ce groupe a acquis un pouvoir énorme, qui lui permet de contrôler les grands choix collectifs. Derrière l’apparence d’une démocratie représentative, le destin de la collectivité est déterminé par un petit groupe de gens, la classe oligarchique » [2].

 

Quelques solutions ?

Les chefs d’Etats et de gouvernement réunis à Davos ont le devoir d'inverser la progression galopante des inégalités. Oxfam insiste sur la nécessité de prendre des décisions ambitieuses, notamment concernant les paradis fiscaux, qui décuplent les inégalités économiques ; sur la mise en place de fiscalité progressive sur les richesses et les revenus ; en encourageant les États à utiliser leurs recettes fiscales pour financer la protection socialeuniverselle et non de simples ‘’filets de sécurité’’; ou en défendant un salaire minimum vital.

Oxfam demande également la mise en place d'un objectif global pour mettre fin aux inégalités économiques extrêmes dans tous les pays, avec par exemple la surveillance constante de la part des richesses allant aux 1 % les plus riches dans chaque pays.

 

Lire le rapport « En finir avec les inégalités extrêmes ».

[1] « Les ghettos du gotha. Au cœur de la grande bourgeoisie », Editions du Seuil, 2007.

[2] http://www.bastamag.net/Herve-Kempf-Il-est-vital-pour-l

- See more at: http://www.oxfamfrance.org/actualites/en-finir-avec-inegalites-extremes#sthash.EQjnF7Jf.dpuf

 

 

 

Source : www.oxfamfrance.org

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 15:37

 

 

Source : www.mediapart.fr

Conflit d’intérêts à Evry : les omissions de Manuel Valls

|  Par Karl Laske

 

 

Le ministre de l’intérieur avait indiqué que le marché d’études urbanistiques, attribué en avril 2011 à son ex-compagne, avait été interrompu, sans indemnité, par son successeur. En réalité, il lui a attribué un second marché en mai 2012.

C’est un conflit d’intérêts à tiroirs que Manuel Valls a laissé derrière lui, en quittant la présidence de l’agglomération d’Évry en juillet 2012. En avril 2011, comme Mediapart l’a relaté ici, le ministre de l’intérieur a attribué à City Linked, une société créée peu auparavant par son ex-compagne, Sybil Cosnard, une « mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage » pour la mise au point du « projet de territoire » de la communauté d’agglomération Évry Centre Essonne (CAECE).

Manuel Valls avait indiqué à Mediapart que ce marché de 450 300 euros avait été interrompu en 2012, sans indemnité, par son successeur. En réalité, le ministre a attribué un second marché à City Linked, en mai 2012, avant de quitter la présidence de la CAECE, le 9 juillet 2012. Et il lui en avait confié un autre encore pour réaliser le dossier de candidature de l’agglo d’Évry au projet de grand stade de rugby.

 

Manuel Valls 
Manuel Valls © Reuters

L’ancien député et maire d’Évry a donc signé non pas un, mais trois marchés en faveur de la société de Sybil Cosnard, qui a été directrice générale chargée du développement urbain de cette ville de 2004 à 2008. Bien connu à Évry, l’architecte avec lequel Sybil Cosnard s’est associée pour ce second marché, Daniel Vaniche, a reçu en outre les insignes de chevalier de l’ordre national du Mérite sur le contingent du ministre de l’intérieur en novembre 2012.

Écarté lors du premier appel d’offres, en avril 2011, l’architecte Michel Cantal-Dupart a expliqué à Mediapart avoir été surpris par les modalités de cette mise en concurrence. « J’ai pensé que c’était plutôt politique, (…) que c’était ciblé, qu’ils avaient déjà quelqu’un en tête », a-t-il commenté, signalant que son projet chiffré à 243 700 euros était nettement moins disant que celui du groupement formé par City Linked avec l’architecte Roland Castro. Michel Cantal-Dupart déplore les « appels d’offres fléchés ». « Les commissions d’appel d’offres, on leur donne des ordres et après on dit qu’elles ont choisi, assure-t-il. Je n’en veux pas à Manuel Valls, mais j’éclaire sa lanterne pour les futurs appels d’offres. »

« C’est un groupement que nous avons retenu, et surtout pas sa directrice, que nous connaissions, bien évidemment. Ce n’était un secret pour personne, rétorque Bernard Dimon, directeur général des services de l’agglomération. Le cabinet City Linked mettait en ordre de marche un travail de réflexion avec l’architecte Roland Castro, dans le strict respect du Code des marchés publics. Heureusement que l’on connaît des gens, mais ce n’est pas cela qui nous fait choisir. »

Ange Balzano, le président de la commission d’appel d’offres de l’agglomération d’Évry, avait indiqué à Mediapart qu’il ne connaissait pas la dirigeante de City Linked lors de l’attribution du premier marché. « On n’a jamais parlé de ça devant moi, dit-il. On ne regarde jamais, jamais, qui préside les sociétés. Il faut voir ça avec l’administration. » Questionné sur l’attribution, successive, de trois marchés à City Linked, l’élu socialiste de Ris-Orangis botte en touche. « Il y en a qui ont de la chance, c’est vrai, peut-être », confie-t-il, embarrassé.

Dans sa réponse à Mediapart, Manuel Valls avait expliqué que la mission d’études sur le projet de territoire, confiée au groupement de City Linked, avait été « suspendue » après la décision de la Fédération française de rugby d’implanter son grand stade à Ris-Orangis, site proposé par l’agglomération d’Évry. « L’impact de cet équipement d’envergure métropolitaine étant considérable, les élus de l’agglomération ont considéré qu’il n’était pas souhaitable, tant pour des raisons de stratégie urbaine que de capacité de conduire simultanément les deux démarches, de poursuivre l’élaboration du projet de territoire », avait écrit Manuel Valls. La décision de « surseoir à la démarche » avait donc « été prise par le nouveau président de l’agglomération (Francis Chouat – ndlr) au mois de septembre 2012 ».

« Dès lors, il a été convenu avec le groupement qu’il y avait lieu de surseoir aux travaux engagés, indiquait Manuel Valls. Les intervenants ayant participé à la mission, conformément au marché public passé avec la collectivité ont été indemnisés pour le travail réalisé. Il n’y a pas eu de transaction ni d’indemnité de rupture de contrat. »

Ce que Manuel Valls passe sous silence, c’est que si City Linked n’a pas été indemnisée, un nouveau marché lui a été attribué concernant le grand stade, au moment même où l'on décidait de « suspendre » l'étude sur le projet de territoire. Ce nouveau marché, que l’on peut retrouver en ligne ici, s’intitule « assistance à maîtrise d’ouvrage pour les études liées à l’aménagement du site d’accueil du grand stade de rugby », et il a été attribué le 18 mai 2012 par l’agglomération d’Évry. Selon l’avis d’attribution, le marché n’excède pas 190 000 euros annuels, mais un document de synthèse de l’agglomération du 12 novembre 2013 fait apparaître le déblocage d’un budget de 450 000 euros pour ce contrat.

Cette fois, Sybil Cosnard s’est associée au cabinet DVVD SARL, animé par l’architecte Daniel Vaniche, très présent à Évry, avec lequel elle avait déjà obtenu, en septembre 2011, l’attribution d’une mission d’assistance « pour la réalisation du dossier de candidature pour le projet de stade de la fédération française de rugby », un marché public de 180 000 euros hors taxes.

En 2007, l’agence de Daniel Vaniche avait été nominée pour l’Équerre d’argent – un prix attribué par le Moniteur des travaux publics – pour la réalisation d’une passerelle piétonne dans le nouveau centre d’Évry. Elle a aussi construit deux tours au sein de la ZAC du centre urbain, l’un des programmes phares de Manuel Valls, sur lesquels Sybil Cosnard avait planché en tant que directrice générale chargée du développement urbain. En novembre 2012, Manuel Valls a promu Daniel Vaniche dans l’ordre national du Mérite sur son contingent de ministre de l’intérieur et des cultes. Une médaille récompensant cette fois l’engagement religieux de l’architecte, vice-président du consistoire israélite de Paris. Enfin, en octobre 2013, l’agence DVVD a décroché l’important marché de modernisation de la salle des arènes de l’Agora d’Évry.

« Je suis tranquille sur les choix que nous avons faits, défend Bernard Dimon. La communauté d’agglomération a fait des analyses sérieuses. Et si la commission d’appel d’offres fait un choix, le président de l’agglomération n’a pas d’autre choix que de l’attribuer. » « Dans le cas d’espèce, aucune rupture du principe d’égalité devant la commande publique, ni aucun acte irrégulier dans l’attribution du marché n’a été commis », avait certifié le ministre à Mediapart.

 

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

Partager cet article
Repost0
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 15:23

 

Source : www.marianne.net

 

Les vraies liaisons dangereuses de François Hollande
Lundi 20 Janvier 2014 à 05:00

 

Joseph Macé-Scaron - Marianne

 

Au cœur de la déflagration médiatique, une affaire privée. Mais, au cœur du "problème" Hollande, le renoncement. Le président a troqué le combat contre la finance pour une lune de miel avec le Medef, malmené ses promesses économiques pour se plier aux oukases de Merkel. Sans oublier les réseaux de mauvaises influences qui l'égarent.

 

François Hollande et Angela Merkel s'embrassent sur le perron de l'Elysée, décembre 2013 - WITT/SIPA
François Hollande et Angela Merkel s'embrassent sur le perron de l'Elysée, décembre 2013 - WITT/SIPA
Infidèle : qui ne respecte pas un engagement. Avant de se réduire à une affaire de vaudeville et de portes qui claquent, d'amants sous le lit et de maîtresse dans l'armoire, le mot avait un sens plus large puisqu'il servait à établir ce sentiment si précieux qu'est la confiance. Cette bonne vieille idée de confiance qui fait tant défaut à nos économies, mais aussi, plus simplement, à la bonne marche de nos sociétés contemporaines.

La fameuse et fumeuse tirade «Moi, président», ne visait à rien d'autre qu'à rétablir cette confiance mise à mal par cinq longues années - un interminable hiver - de changements de pied, de volte-face, de tromperies, d'enfumages, baptisés pompeusement par les proches de Nicolas Sarkozy et leurs nombreux amis «storytellling», en français courant : histoires à dormir debout pour éditorialistes couchés.

Bref, François Hollande a, d'abord, été élu pour «tourner la page», pour reprendre cette expression que Ségolène Royal vient, non sans une certaine cruauté, de remettre au goût du jour. Or, il faut bien constater aujourd'hui que, si la page a été tournée, c'est avec les engagements pris par le candidat à l'élection présidentielle et non avec la politique de son prédécesseur. Il n'était pas nécessaire de tendre l'oreille, mercredi 15 janvier, pour entendre le concert d'éloges qui montait des rangs de l'opposition après la conférence du chef de l'Etat (Bruno Le Maire, Jean-Pierre Raffarin, Jean-Louis Borloo...). Du (presque) jamais-vu sous la Ve République.

L'infidélité, puisque, en l'espèce, infidélité il y a, est à rechercher ici et maintenant, dans des choix, des pratiques et des méthodes politiques et non dans le remake, version «Plus belle la vie», des amours d'un président et d'une actrice. Ces histoires-là sont surtout privées... d'intérêt, fussent-elles des alcôves fortes.

Avaler des boas

Les vraies liaisons dangereuses ou aventureuses de François Hollande se situent ailleurs. Dans ce tête-à-tête avec le patron du Medef, Pierre Gattaz, dans cette crainte permanente de définir clairement son cap politique, dans ce souci de ne pas sortir du pré carré du petit monde du PS.

Le «tournant» de François Hollande, écrivions-nous dans Marianne la semaine dernière, donne le tournis. Prétendre que tout était déjà écrit et qu'il suffisait de déchiffrer les hiéroglyphes hollandais écrits autrefois dans la salle des congrès de Lorient, grotte miraculeuse des deloristes, est une farce. Pas un ministre actuel ne sait où le conduit le chef de l'Etat, pas un député, pas un maire. Ils ont tous, peu ou prou, l'impression d'évoluer dans un monde flottant.

Le président de la République n'a pas seulement cocufié le socialisme et trompé la gauche. Le PS s'en remettra. Il est prêt à accepter encore davantage. D'abord, on avale les couleuvres, puis ce sont les boas. Le chef de l'Etat n'a pas respecté ses engagements, notamment à l'égard de ceux qui réclament que l'on s'attaque aux dérives de la finance, que l'on entrave les oukases de Mme Merkel, que l'on arrête de sacrifier la jeunesse de ce pays...

L'épisode Gayet aura, peut-être, eu au moins un mérite : il aura mis en lumière la seule vraie constance de l'hôte de l'Elysée : le souci d'attendre le dernier moment pour trancher, comptant sans doute qu'une autre personne ou qu'un autre événement tranche à sa place. Il ne peut pas s'en empêcher. «It's beyond my control ("C'est au-dessus de mes forces")», répète Valmont dans les Liaisons dangereuses de Stephen Frears. Hollande n'est pas Valmont, même s'il ne croise sur son chemin que des Merteuil. Il ressemble à beaucoup d'entre nous. Sa principale liaison dangereuse, il l'entretient avec lui-même.

 

 

Retrouvez le dossier intégral dans le numéro 874 de Marianne en vente en kiosques, depuis samedi 18 janvier, et disponible en souscrivant à notre offre numérique    ou en vous rendant sur le site de nos partenaires Lekiosk.com    et Relay.com    

 

Couverture du magazine Marianne numéro 874
Couverture du magazine Marianne numéro 874
Source : www.marianne.net

Partager cet article
Repost0
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 15:03

 

Source : www.reporterre.net

 

Les inondations dans le Var ne sont pas une catastrophe naturelle

Hervé Kempf (Reporterre)

lundi 20 janvier 2014

 

 

 

Les inondations dans le Var s’expliquent par la bétonisation incontrôlée des terres. Si l’on ne veut plus d’inondations catastrophiques, il faut arrêter le gaspillage des terres et l’étalement urbain.


Inondations dans le Var, alerte rouge, des disparus, des morts… et le Premier ministre qui se précipite avec le ministre de l’Intérieur et le ministre de l’Ecologie, ce lundi, dans la région sinistrée, et déclare l’état de "catastrophe naturelle".

Sauf que ce n’est pas la pluie diluvienne qui crée tant de dommages, mais les conditions dans lesquelles l’eau s’écoule ou est absorbée par le sol. Et comme le Var est un département où l’artificialisation des sols se poursuit à une vitesse incontrôlée, les sols y sont de plus en plus imperméables : "L’imperméabilisation de la surface des sols a de nombreuses conséquences environnementales, écrit le Commissariat général au développement durable. Elle favorise le ruissellement de l’eau le long des pentes au détriment de son infiltration, l’érosion des sols, les coulées d’eau boueuse et le risque d’inondation."

Le phénomène est très bien connu des instances régionales, et c’est sur le site internet du département que l’on apprend que "la forte pression foncière alliée à une forte attractivité touristique conduit à une augmentation régulière des surfaces artificialisées (14,7 % sur la seule période 1993-2002, enquête Teruti). Cette imperméabilisation croissante des bassins versants accentue le caractère torrentiel des écoulements. Ces effets sont aggravés par la constitution des sols, peu favorables à l’infiltration des eaux. Les cours d’eau, qui peuvent charrier nombre de matériaux solides, sont également fortement artificialisés".

Certes, la population du département a beaucoup augmenté depuis trente ans : de 708 000 habitants en 1982 à 1 013 000 en 2011 (soit + 43 %), ce qui a entraîné une explosion de l’urbanisation. Mais cette urbanisation s’est réalisée sans souci d’économiser l’espace et, comme l’a relevé le sénateur Pierre-Yves Collombat dans un rapport publié en 2012, "sans aucune prise en compte du risque inondation : des terrains inondables sont lotis, de vastes surfaces sont imperméabilisées de manière artificielle, les cours d’eau traversant les villages sont couverts, parfois a minima".

Le secret des inondations : la "soif de l’argent"

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net


Partager cet article
Repost0
19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 22:39

 

Source : www.reporterre.net

 

La centrale biomasse de Pierrelatte, l’absurde projet inutile d’AREVA

Barnabé Binctin (Reporterre)

samedi 18 janvier 2014

 

 

Une manifestation est organisée ce samedi 18 janvier à Pierrelatte pour dénoncer le coût écologique et l’impact sur les riverains d’une centrale biomasse ouverte il y a un an. Reporterre a enquêté.


A Tricastin, le nucléaire n’a plus le monopole de l’opposition écologiste. Après notre enquête en décembre sur l’immense site atomique, un nouveau projet énergétique cristallise l’attention des associations locales et de certains élus : la centrale de cogénération biomasse de Pierrelatte.

Le projet naît en 2011, avec la perspective de fermeture par Eurodif de l’usine Georges-Besse I spécialisée dans l’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse. Les eaux chaudes rejetées par l’usine était alors récupérées au profit d’un réseau de chaleur qui alimentait un quartier de Pierrelatte et ses logements sociaux, ainsi que des infrastructures voisines telles que les serres agricoles ou les bureaux Areva du Tricastin. Mais avec la fermeture de l’usine disparaissaient cette énergie sous forme d’eau chaude. Pour la remplacer et dans la foulée des orientations du Grenelle de l’environnement, il fut décidé de construire une centrale de cogénération biomasse : elle brûlerait du bois afin de produire de l’électricité (85 gigawatt-heure, GWh) et de la chaleur (170 GWh).

L’usine thermique représente 55 millions d’euros d’investissement, financés par Areva, qui en a réalisé la conception, la construction, l’installation et la mise en service. Entrée officiellement en activité le 4 octobre 2012, la centrale est exploitée par la société Coriance, une entreprise spécialisée dans l’exploitation de réseaux de chauffage urbain. Mais son fonctionnement engendre des conséquences négatives tant sur le plan environnemental que social.

Une centrale surdimensionné

La centrale doit consommer jusqu’à 150 000 tonnes de bois par an. Dès les débuts du projet, la FRAPNA (Fédération Rhône-Alpes pour la protection de la nature) dénonçait une « logique mega-industrielle […] qui va consommer des quantités pharamineuses de bois » et mener à une « catastrophe écologique à court-terme : surexploitations des milieux forestiers, coupes rases, puis transport et importation massive de bois ».

De fait, depuis la mise en service de la centrale, plusieurs coupes sauvages ont été constatées dans cette région qui compte de très nombreux sites Natura 2000. Les conséquences sur la biodiversité locale s’avèrent importantes. Tout récemment, c’est à La Gare des Ramières, une réserve naturelle, que des coupes à blanc ont été découvertes par le gardien du site. Les probabilités sont fortes que ces coupes servent directement à fournir la centrale à proximité.

Du côté d’EELV (Europe Ecologie les Verts), on dénonce les sollicitations de Coriance auprès des propriétaires forestiers locaux : « Il est facile de créer un effet d’aubaine en proposant de racheter aux particuliers du bois à cinq euros la tonne, soit un peu plus que le prix du marché. Le problème réside dans le laxisme de la règlementation de la coupe, qui est simplement gérée par un arrêté préfectoral ».

Malgré les coupes sauvages, la centrale ne parvient pas à fonctionner à pleine capacité. Alain Volle, un militant d’EELV qui suit de près le dossier, évoque seulement « 20 000 tonnes de bois pour la première année d’utilisation », loin des 150 000 tonnes prévues. Une insuffisance en bois prématurée qui révèle « un projet surdimensionné, ne répondant pas à la demande locale », selon la députée européenne Michèle Rivasi.

La centrale de biomasse témoigne des problèmes de structuration de la filière-bois en France et de l’inefficacité des politiques de grands projets forestiers, quelques semaines après un rapport très critique du CGAAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces verts) sur la politique énergétique misant sur la biomasse forestière.

Pour compenser cette difficulté d’approvisionnement, la centrale est suppléée par une chaudière au gaz et au… fioul. Dans une lettre adressée au Préfet de la Drôme cette semaine, Michèle Rivasi demande ainsi : « Le système devait produire de l’électricité par cogénération. Le fait-il vraiment ? Le fonctionnement au fuel et le stockage du fuel sont-ils règlementaires ? […] Nous nous inquiétons dans ces conditions des nuisances et des impacts qui seront décuplés quand la centrale fonctionnera à pleine puissance » La députée évoque aussi une fuite de 35 000 litres de fioul dans la centrale.

Des impacts locaux conséquents

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

Source : www.reporterre.net

 

 


Partager cet article
Repost0
19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 22:14

CADTM

 

Source : cadtm.org

 

Que faire de ce que nous apprend Thomas Piketty sur Le capital au XXIe siècle

19 janvier par Eric Toussaint

 

 

 

 

Le livre Le capital au XXIe siècle |1| est indispensable pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur la répartition inégale de la richesse au sein de la société. En lisant cette somme (950 pages, auxquelles s’ajoute une grande quantité de données statistiques et de tableaux accessibles via internet |2|), une première conclusion vient à l’esprit : le mouvement Occupy Wall Street a bien raison de cibler le 1 % le plus riche.

En effet, en France, en 2013, le 1 % le plus riche détient 25 % du patrimoine total du pays |3|. Au Royaume-Uni (R.U.), il détient 30 %. En Suède, 20 %. Aux E.U., 32 % |4|. Si on inclut la part dissimulée de la richesse dans les paradis fiscaux   ou sous d’autres formes, le pourcentage augmenterait d’au moins 2 ou 3 points. Pour faire simple, le 1 % de la population, c’est grosso modo la classe capitaliste et elle concentre une part impressionnante du patrimoine |5|.

Si on élargit l’étude aux 10 % les plus riches, on atteint les pourcentages suivants : en France, les 10 % plus riches détiennent 60 % du patrimoine ; au R.U., 70 % ; en Suède, 60 % ; aux E.U., 70 %. Grosso modo, on peut considérer que les 9 % ainsi ajoutés représentent l’entourage ou les alliés au sens large de la classe capitaliste.

Le mouvement populaire devrait avancer des revendications précises en matière de mesures à prendre à l’égard du 1 % le plus riche et des 9 % qui le suivent. La masse de biens mobiliers et immobiliers que ces 10 % détiennent révèle à quel point la richesse est inégalement distribuée et montre qu’un gouvernement de gauche pourrait trouver des ressources en très grande quantité pour, à la fois, mener une politique d’amélioration des conditions de vie de la majorité de la population et réaliser de profonds changements structurels de manière à amorcer la sortie du capitalisme productiviste et lancer la transition écologique.

Thomas Piketty résume dans un tableau saisissant les parts de richesse détenues par les 10 % les plus riches, les 40 % qui suivent et les 50 % d’en bas.

Tableau 1. L’inégalité de la propriété du capital |6|

La moitié de la population des pays du Nord ne détient en tout et pour tout que 5 % du patrimoine, c’est évidemment une raison impérieuse pour dire que lorsque la gauche revendique de taxer le patrimoine, cela ne vise absolument pas les 50 % d’en bas. Quand aux 40 % du milieu, pour reprendre l’expression de Thomas Piketty, ils détiennent 35 % du patrimoine total en Europe occidentale continentale et 25 % aux États-Unis et au R-U, ils sont constitués principalement de salariés, et en minorité de travailleurs indépendants. Ils pourraient être également exemptés de l’impôt sur le patrimoine, en tout cas par exemple pour les trois-quarts d’entre eux.

Si on passe des pourcentages à des montants en euros, on mesure encore un peu mieux ce que signifie la concentration de la richesse par une fraction très réduite de la population.

Une idée des patrimoines en fonction des différents groupes

D’après Thomas Piketty, dans plusieurs pays d’Europe qui ont un niveau de vie proche de celui de la France, les 50 % d’en bas ont en moyenne un patrimoine de 20 000 euros mais, attention, une grande partie des ménages en question n’a aucun patrimoine ou a des dettes.

Les 40 % du milieu, pour reprendre l’expression de Piketty, ont 175 000 euros de patrimoine moyen (cela va d’environ 100 000 à 400 000 euros). Les 9 % au-dessus disposent de 800 000 euros et le 1 % supérieur de 5 millions d’euros. Bien sûr, au top de ce 1 %, on trouve des fortunes comme celle de Liliane Bettencourt |7| qui dépasse 20 milliards d’euros.

De l’inégalité de la répartition du patrimoine privé dans l’Union européenne à sa nécessaire redistribution

Prenons l’Union européenne dont le produit intérieur brut s’élevait en 2013 a environ 14 700 milliards d’euros |8|. Le total du patrimoine privé des ménages européens s’élève à environ 70 000 milliards d’euros. Le 1 % le plus riche détient à lui seul grosso modo 17 500 milliards d’euros |9| (25 % de 70 000 milliards euros). Les 9 % qui suivent détiennent 24 500 milliards d’euros (35 %). Les 40% du milieu détiennent 24 500 milliards d’euros (35 %). Les 50 % restant détiennent 3 500 milliards d’euros (5 %) |10|.

Le budget annuel de la commission européenne s’élève à environ 1 % du PIB   de l’UE. Cela signifie qu’un impôt annuel de 1 % sur le patrimoine du 1 % le plus riche dans l’UE fournirait une somme de 175 milliards, c’est-à-dire davantage que le budget actuel de l’UE qui s’élève environ à 145 milliards d’euros. Que dire d’un impôt de 5 % ? Cela donne une idée de ce qui est potentiellement réalisable si on réussissait par la mobilisation sociale à obtenir un changement radical de politique au niveau européen ou même au niveau d’un seul pays de l’UE |11|.

Un impôt exceptionnel (c-à-d réalisé une seule fois au cours d’une génération) de 33 % sur le patrimoine du 1 % le plus riche dans l’UE fournirait près de 6 000 milliards euros (c’est-à-dire plus de 40 fois le budget annuel de l’UE !). Que dire d’un taux confiscatoire de 80 % ?

Cela doit permettre de prendre la mesure des enjeux portant sur la taxation du patrimoine privé des capitalistes et sur les possibilités qui s’ouvrent en matière d’élaboration de propositions pour trouver l’argent là où il est, afin de le mettre au service de la justice sociale.

Nombreux sont les économistes qui répètent sans cesse qu’il ne sert à rien de taxer les plus riches car ils sont tellement peu nombreux que le rendement ne peut pas être vraiment important. Ce que Thomas Piketty démontre, c’est que le 1 % a concentré au cours du temps une telle quantité de biens immobiliers et mobiliers qu’une politique ciblée sur le 1 % le plus riche ou sur les 2,5 % les plus riches (voire les 10 % les plus riches) peut fournir une très grande marge de manœuvre pour réaliser la rupture avec le néolibéralisme |12| .

À ceux qui affirment que ce patrimoine est inaccessible car il peut franchir facilement les frontières, il faut répondre que la mise sous séquestre, le gel des avoirs financiers, de lourdes amendes et le contrôle des mouvements de capitaux sont de puissants outils qui peuvent parfaitement être utilisés.

L’inégalité de la répartition du patrimoine privé au niveau planétaire

Ce qui vient d’être dit pour l’Union européenne peut être étendu au reste du monde car du Nord au Sud de la planète, on a assisté à une augmentation impressionnante du patrimoine des plus riches.

On pourrait aussi s’intéresser, comme le fait Thomas Piketty, à une minorité encore plus infime. Le 1 vingt millionième le plus riche de la population adulte au niveau planétaire en 1987 était constitué de 150 personnes, chacune ayant en moyenne un patrimoine de 1,5 milliards de dollars. Seize ans plus tard, en 2013, le vingt millionième le plus riche comptait 225 personnes dont chacune avait en moyenne 15 milliards de dollars, soit une progression de 6,4 % par an |13|. Le 0,1 % (1 millième de la population mondiale |14|) le plus riche au niveau mondial détient 20 % du patrimoine mondial, le 1 % détient 50 %. Si on prend en considération le patrimoine des 10 % les plus riches, Thomas Piketty estime qu’il représente 80 à 90 % du patrimoine mondial total, les 50 % d’en bas possédant certainement moins de 5 % |15|. Cela donne là-aussi la mesure de l’effort de redistribution à réaliser. Redistribution qui nécessite la confiscation d’une part très importante du patrimoine des plus riches.

Thomas Piketty constate que le rythme de croissance du patrimoine du millième le plus riche de la planète a progressé au rythme de 6 % par an au cours des dernières décennies alors que l’ensemble du patrimoine progressait au rythme de 2 %. Si un tournant radical n’est pas pris, toutes choses restant égales par ailleurs, au bout de 30 ans, le 0,1 % (le millième le plus riche) possédera 60 % du patrimoine mondial au lieu de 20 % en 2013 ! |16|

Du côté des revenus, la répartition est aussi extrêmement inégale

Thomas Piketty se penche également sur les revenus du travail et montre que les 10 % les plus riches accaparent 25 % des revenus du travail en Europe et 35 % aux États-Unis.

Tableau 2. L’inégalité totale des revenus du travail |17|


Si l’on additionne les revenus du travail et les autres formes de revenus (loyers, intérêts perçus sur l’épargne, profits des entreprises, dividendes…), la répartition est encore plus inégale, comme le montre le tableau 3.

Tableau 3. L’inégalité totale des différents revenus |18|

L’évolution des inégalités de patrimoine au cours des deux derniers siècles

À la veille de la Révolution de 1789 en France, la part du patrimoine national accaparé par le décile le plus riche avoisinait les 90 % et la part possédée par le 1 % le plus riche atteignait 60 % |19|. Après la Révolution, la part du centile le plus riche a un peu baissé suite à la redistribution des terres de l’aristocratie et du clergé au bénéfice de la bourgeoisie (les 9 % et un peu au-delà).

À propos de la part du lion qui revenait au centile le plus élevé en 1789, Piketty souligne que la dénonciation du 1 % le plus riche par Occupy Wall Street combinée à la proclamation « Nous sommes les 99 % » (« We are the 99 % ») n’est pas sans rappeler d’une certaine façon le fameux pamphlet « Qu’est-ce que le tiers état ? » publié en janvier 1789 par l’abbé Sieyès |20|.

Thomas Piketty a établi un graphique qui reprend l’évolution de la part du décile et du centile les plus riches entre 1810 et 2010. Il a regroupé les principaux pays européens dans la catégorie Europe et a présenté les États-Unis à part.

 

En Europe, la part accaparée par le décile supérieur équivaut à plus de 80 % du patrimoine en 1810 et augmente au cours du 19e siècle et au début du 20e pour atteindre 90 % en 1910. Il commence alors à baisser suite à la guerre 1914-1918 et aux concessions que la bourgeoisie a dû faire face aux luttes populaires après la première guerre mondiale |21|. La baisse se poursuit après la deuxième guerre mondiale pour les mêmes raisons et la part des 10 % les plus riches atteint son point le plus bas en 1975 (un peu moins de 60 %). A partir de ce moment-là, il commence à remonter pour atteindre près de 65 % en 2010. La part du 1 % le plus riche suit grosso modo la même courbe, elle passe d’un peu plus de 50 % en 1810 à un peu plus de 60 % en 1910. La baisse commence en 1910 et atteint son point le plus bas en 1970-1975 (20 %) puis commence à remonter. L’évolution aux États-Unis suit la même chronologie mais il est important de souligner qu’alors que la part du centile et du décile le plus riche était inférieure à celle de leurs homologues européens au 19e siècle, la situation se modifie à partir des années 1960 : leur part du gâteau dépasse celle de leurs pairs européens.

Deux conclusions évidentes :
1. La tendance est à une remontée des inégalités, les 1 % et 10 % les plus riches augmentent fortement la part de patrimoine qu’ils accaparent ;
2. L’évolution de la répartition de la richesse peut être rigoureusement expliquée par l’évolution des luttes sociales et des rapports de force entre les classes.

Thomas Piketty résume les raisons qui ont provoqué, entre la première guerre mondiale et 1970, la réduction de la part accaparée par les plus riches et celles qui ont ensuite provoqué la remontée de cette part : « Pour résumer : les chocs du « premier XXe siècle » (1914-1945) – à savoir la Première Guerre mondiale, la révolution bolchevique de 1917, la crise de 1929, la Seconde Guerre mondiale, et les nouvelles politiques de régulation, de taxation et de contrôle public du capital issues de ces bouleversements – ont conduit à des niveaux historiquement bas pour les capitaux privés dans les années 1950-1960. Le mouvement de reconstitution des patrimoines se met en place très vite, puis s’accélère avec la révolution conservatrice anglo-saxonne de 1979-1980, l’effondrement du bloc soviétique en 1989-1990, la globalisation financière et la dérégulation des années 1990-2000, événement qui marque un tournant politique allant en sens inverse du tournant précédent, et qui permettent aux capitaux privés de retrouver au début des années 2010, malgré la crise ouverte en 2007-2008, une prospérité patrimoniale inconnue depuis 1913. » |22|

 

*Suite de l'article sur cadtm

 

 

Source : cadtm.org

 

 


Part des différents groupes dans le total du patrimoine Europe 2010 États-Unis 2010
Les 10 % les plus riches 60,00 % 70,00 %
dont les 1 % les plus riches 25,00 % 35,00 %
dont les 9 % suivants 35,00 % 35,00 %
Les 40 % du milieu 35,00 % 25,00 %
Les 50 % les plus pauvres 5,00 % 5,00 %
Part des différents groupes dans le total des revenus du travail Europe 2010 États-Unis 2010
Les 10 % les plus riches 25,00 % 35,00 %
dont : les 1 % les plus riches 7,00 % 12,00 %
dont : les 9 % suivants 18,00 % 23,00 %
Les 40 % du milieu 45,00 % 40,00 %
Les 50 % les plus pauvres 30,00 % 25,00 %
Part des différents groupes dans le total des revenus Europe 2010 États-Unis 2010
Les 10 % les plus riches 35,00 % 50,00 %
dont : les 1 % les plus riches 10,00 % 20,00 %
dont : les 9 % suivants 25,00 % 30,00 %
Les 40 % du milieu 40,00 % 30,00 %
Les 50 % les plus pauvres 25,00 % 20,00 %
Partager cet article
Repost0
18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 18:30

 

 

Source : www.mediapart.fr

Obama ne voit rien de choquant dans l'espionnage de la NSA

|  Par Iris Deroeux

 

 

Vendredi, Barack Obama prononçait un discours très attendu sur la réforme de la National Security Agency, dont les programmes de surveillance tentaculaire ont été révélés par Edward Snowden. Les réformes annoncées sont minimes et ne satisfont pas élus, associations et entreprises.

« Nous n’allons pas nous excuser simplement parce que nos services de renseignement sont plus efficaces (que ceux d’autres pays) », a glissé Barack Obama, l’air légèrement offusqué, au beau milieu de son discours sur la réforme de la NSA, hier. Cette étonnante remarque résume bien le ton de son intervention. Non, le président ne compte pas revoir en profondeur les pratiques de l’agence de sécurité américaine, pourtant débattues et critiquées aux États-Unis et à travers le monde depuis les premières révélations d’Edward Snowden, en juin dernier. Il est au contraire fier de ses prouesses technologiques.

S’il reconnaît le besoin d’instaurer des garde-fous pour mieux encadrer les programmes de surveillance de la NSA, il estime que la sécurité nationale reste prioritaire et qu’Edward Snowden l’a mise en danger. Tout en insistant sur l’importance des libertés individuelles, Barack Obama a répété à plusieurs reprises que le terrorisme était une menace réelle. Il a mentionné huit fois les attaques du 11 septembre 2001.

Et si la NSA collecte des quantités faramineuses de données (tel un véritable « aspirateur à renseignements », comme nous l’avons expliqué ici), il s’est voulu rassurant tant auprès des Américains que des étrangers en expliquant qu’elles n’étaient utilisées que si elles étaient jugées utiles dans le cadre d’une affaire mettant en jeu la sécurité nationale.

 

Barack Obama, vendredi 17 janvier 2014 
Barack Obama, vendredi 17 janvier 2014 © Kevin Lamarque / Reuters

« À travers le monde, quelle que soit leur nationalité, les gens doivent savoir que les États-Unis ne surveillent pas les citoyens ordinaires qui ne menacent pas notre sécurité nationale, et que l’on prend en compte leurs inquiétudes quant à la protection de leur vie privée », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’il mettrait fin à l’espionnage de chefs d’État de pays alliés, sans préciser lesquels...

Il a ainsi évoqué la protection de la vie privée des étrangers, une première depuis le début de cette affaire en juin dernier ; le débat américain se limitant souvent aux droits des Américains. Ce détail a donc son importance, notent les experts en surveillance de la Brookings Institution, un grand think tank de Washington, réunis après le discours, hier (à retrouver ici). Personne n’arrive cependant à comprendre ce que cela signifie concrètement, et de quels recours légaux disposent éventuellement les étrangers face à la NSA.

Au bout du compte, les mesures concrètes annoncées hier par Barack Obama sont peu nombreuses. La réforme de la NSA s’annonce minime. Il n’a pas beaucoup tenu compte des recommandations faites par le panel qu’il avait lui-même convoqué pour étudier le sujet (dont nous parlions ici). Barack Obama s’est surtout focalisé sur le programme de la NSA consistant à collecter les métadonnées de millions de clients d’opérateurs téléphoniques américains, permettant de connaître le lieu, la date et la durée de leurs appels.

Il n’a pas proposé de réduire la taille de ce programme, mais seulement de limiter l’utilisation des données. Les agents de la NSA devront par exemple obtenir l’aval d’un tribunal à chaque fois qu’ils veulent piocher dans ce stock de données. Ils devront passer par la cour FISC, une cour de justice déjà centrale dans le système de surveillance de la NSA. Elle est composée de juges fédéraux qui délibèrent en secret et signent des décrets autorisant la plupart des missions de surveillance de la NSA (le fonctionnement secret de cette cour fait l’objet de vives critiques, comme nous allons le voir). Il souhaite également que ces données ne soient plus conservées par la NSA, mais par une entité indépendante, dont la forme reste encore à déterminer. Le président a dit se donner jusqu’à fin mars pour y réfléchir.

Dans l’ensemble, ce corpus de mesures ne satisfait pas grand-monde aux États-Unis. Les médias s’étonnent que le président se focalise autant sur un seul type d’activité de la NSA, le programme concernant les opérateurs téléphoniques, quand tant d’autres ont été dévoilés. « Il prétend que ce programme est celui qui dérange le plus les Américains », notent les journalistes du site The Verge. « Mais c’est faux ! On dirait que cela permet seulement de réduire le débat », poursuivent-ils (leur émission est ici).

Se prononçant pour plus de transparence, Barack Obama a ensuite proposé que les arrêts de cette fameuse cour secrète FISC soient déclassifiés plus régulièrement. Il a encore annoncé la création d’un poste de diplomate au sein du secrétariat d’État (l’équivalent de notre Quai d’Orsay), qui serait spécialisé dans les questions de renseignement. 

Des propositions de réforme au Congrès ?

Les nombreuses associations de défense des droits civiques, de protection de la vie privée, que ce soit l’ACLU, l’Electronic Frontier Foundation ou encore le Center for National Security Studies n'ont pas été avares de critiques. Elles estiment que ces réformes ne changent rien au problème de fond : ce gigantesque édifice de surveillance bafoue les droits des Américains, notamment le quatrième amendement de la constitution censé protéger les citoyens contre les fouilles et perquisitions abusives.

Elles déplorent le manque de courage du président, qui pourrait, s’il le souhaitait, réformer en signant de nombreux décrets présidentiels. Comme il l’a indiqué pendant son discours, hier, celui-ci préfère que le Congrès se charge de débattre et de voter de plus amples réformes. Une manière d’enterrer le sujet selon les plus sceptiques, puisque le Congrès est actuellement si divisé qu’il est très difficile d’y obtenir assez de votes pour passer des textes de lois ambitieux...

Il se pourrait cependant que le Congrès surprenne et initie des réformes, notamment car la question de la surveillance brouille les divisions habituelles entre les partis. Au cours des derniers mois, plusieurs textes de lois ont en effet vu le jour, proposés à la fois par des élus démocrates et républicains. Si aucun n’a encore été soumis au vote du Congrès – il faut d’abord qu’ils soient étudiés par les commissions des affaires juridiques de la Chambre et du Sénat –, ils permettent de mesurer l’ampleur du débat provoqué à Washington par les révélations d’Edward Snowden.

Citons la proposition du sénateur démocrate de l’Oregon Ron Wyden, qui vise à faire cesser la collecte des relevés téléphoniques, à limiter l’usage du programme PRISM permettant la collecte des emails, ou encore à réformer la cour secrète FISC pour qu’elle fonctionne de manière moins obscure. Plus ambitieuse, la proposition de Rush Holt, élu démocrate du New Jersey à la Chambre des représentants, qui voudrait que le Patriot Act soit tout bonnement abrogé. Cela remettrait en cause plusieurs programmes de la NSA trouvant leur base légale dans ce texte voté au lendemain du 11-Septembre.

La plus populaire est la proposition de l’élu républicain à la Chambre Jim Sensenbrenner, du Wisconsin, qui n’est autre que l’un des concepteurs du Patriot Act ! Depuis plusieurs mois, celui-ci ne cache pas sa colère face à l’ampleur de la surveillance révélée par Edward Snowden. Il estime que le Patriot Act ne devait absolument pas être interprété de cette manière. Jim Sensenbrenner a donc introduit un texte nommé le USA Freedom Act. Il vise lui aussi à freiner la collecte de données par la NSA, à rendre le travail de la cour FISC plus transparent, à y nommer un observateur indépendant. Il doit aussi permettre aux entreprises du Web de mieux communiquer avec le public quant aux ordres qu’elles reçoivent de la NSA et les informations qu’elles lui transmettent.

Ce texte recueille le soutien de nombreuses entreprises, d’associations, de lobbies et d’élus, tant démocrates que républicains. Le USA Freedom Act est notamment soutenu par les entreprises du Web, tant des géants comme Yahoo!, Google, AOL ou Facebook, que des PME. Leur argument ? Les révélations en cascade sur la surveillance tentaculaire de la NSA ont des conséquences économiques néfastes pour les entreprises américaines.

« Nous sommes avant tout choqués par l’ampleur de la surveillance de la NSA car elle pose de graves questions quant à la protection de la vie privée des citoyens. Mais cet argument n’a pas l’air d’avoir beaucoup de poids… Nous passons donc à un autre argument : le risque économique. Les entreprises high-tech américaines sont en train de perdre leur crédibilité, et donc des clients à l’international », nous explique au téléphone Brough Turner, fondateur de plusieurs start-up, qui s’est associé à d’autres entreprises du Web venues faire du lobbying à Washington en début de semaine, afin de convaincre des élus de soutenir le USA Freedom Act.

« Certains y réfléchissent, d’autres y sont opposés, estimant que la NSA dans sa forme actuelle est essentielle à la sécurité du pays », note-t-il. Il juge le USA Freedom Act insuffisant, mais il ajoute : « Plus personne ne fait confiance à Barack Obama pour changer quoi que ce soit. Il faut donc des initiatives de ce type au Congrès. Il faut aussi des actions en justice, pour juger de la constitutionnalité de ces programmes. » Il reste optimiste et pense que les révélations d’Edward Snowden, distillées au compte-gouttes, « maintiennent le débat vivant, il est impossible d’enterrer le sujet ».

D’autres estiment tout de même que l’accumulation d’informations et de détails techniques rend ce débat sur la surveillance de plus en plus compliqué voire confus. Peter W. Singer, spécialiste des questions de cybersécurité et auteur de l’ouvrage Cybersecurity and cyberwar, what everyone needs to know, a récemment fait une distinction utile entre les différentes catégories de surveillance auxquelles s’adonne la NSA, lors d’une conférence à la Brookings Institution, début janvier.

La première est constituée, selon lui, « d’actes d’espionnages intelligents à l’encontre d’ennemis des États-Unis » ; la deuxième, de missions de surveillance « douteuses et floues d’un point de vue légal », et la troisième, « d’actes non stratégiques et tout simplement stupides ». Il notait que le débat aux États-Unis avait tendance à se focaliser sur la deuxième catégorie et sur les détails juridiques. Au risque de ne pas assez interroger le sens, le coût et les conséquences néfastes sur les relations internationales d’un tel édifice. Le discours de Barack Obama n’échappe pas à cette critique. 

 

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22