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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 22:08

 

Source : www.mediapart.fr

 

Les banques privées et le miracle de la création monétaire

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

 

Les banques centrales ne sont pas les seules à créer de la monnaie. Les banques privées, par l'octroi de prêts aux gouvernements, aux entreprises et aux citoyens, bénéficient également de ce pouvoir financier exorbitant, qui fonde leur puissance.

Les banques internationales profitent d'un système financier dérégulé, dans lequel elles se rémunèrent en créant elles-mêmes de la monnaie grâce aux prêts octroyés aux gouvernements, aux entreprises et aux citoyens, rappelle l'économiste David Graeber qui publie ce mardi une tribune dans le Guardian sur l'impuissance des politiques et des banques centrales.

Selon le chercheur, spécialiste de la dette, la théorie économique libérale qui postule que les banques centrales abondent les banques en liquidités en fonction de leur besoin et de la demande, est erronée. La masse monétaire, et les bénéfices directs qui en découlent, dépendent en réalité « de combien les gouvernements, les entreprises et les citoyens sont prêts à s'endetter » auprès des banques privées qui peuvent ainsi créer de la monnaie, explique M. Graeber.

Lire la suite sur le site du Guardian

 

 

Source : www.mediapart.fr

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 19:00

 

Source : www.marianne.net

 

 

Le jackpot de Super Mario
Mardi 18 Mars 2014 à 12:08

 

Journaliste économique à Marianne En savoir plus sur cet auteur

 

Mario Draghi, patron de la Banque centrale européenne (BCE), l'un des principaux inspirateurs de la cure d'amaigrissement imposée à Athènes, perçoit quant à lui un très gros salaire. Même avantage pour l'autre homme fort de l'Union, le portugais José Manuel Barroso...

 

Mario Draghi, patron de la banque centrale européenne, (BCE) - Michael Probst/AP/SIPA
Mario Draghi, patron de la banque centrale européenne, (BCE) - Michael Probst/AP/SIPA

 

Voici une nouvelle qui va ravir les Grecs, frappés de plein fouet par les politiques de rigueur, avec à la clé une baisse des revenus supérieure à 30 % depuis la crise de 2008.

Mario Draghi, patron de la Banque centrale européenne (BCE), l'un des principaux inspirateurs de la cure d'amaigrissement imposée à Athènes, émarge, lui, à 378 240 €. A titre de comparaison, Janet Yellen, la nouvelle présidente de la Réserve fédérale américaine (FED), gagne moins de la moitié. Et c'est sans compter le petit bonus.

Comme fonctionnaire européen, Super Mario, l'autoproclamé «sauveur de la zone euro», ne paie pas un fifrelin d'impôt. Même avantage pour l'autre homme fort de l'Union, le portugais José Manuel Barroso, qui carbure, lui, un poil en dessous du salaire de Mario Draghi, à 304 200 €, mais le dépasse d'une tête avec les avantages inclus : 381 600 €.

Dans l'UE, on connaissait comme paradis fiscaux Jersey et Guernesey, mais moins ces îlots au sein de Bruxelles et Francfort.

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 19:50

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Realpolitik 17/03/2014 à 16h34
Malgré la Crimée, les ventes d’armes françaises à la Russie continuent
Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

Samedi, à la veille du référendum en Crimée sur le rattachement à la Russie, le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, se prononçait sur son compte Twitter pour l’arrêt des livraisons d’armes européennes à la Russie :

 

Carl Bildt         @carlbildt

No viable arguments against EU imposing an arms embargo on Russia. EU already stated that the country has committed an act of aggression.

 

« Il n’y a aucun argument de poids contre l’imposition d’un embargo sur les ventes d’armes de l’Union européenne à la Russie. »

Mais lundi à Bruxelles, la réunion des 27 ministres des Affaires étrangères européens n’a accouché que de modestes sanctions ciblant des individus en Russie et en Crimée, dont les déplacements et les avoirs seront ciblés. Pas de trace d’embargo sur les armes.

Une des raisons est à trouver du côté de Saint-Nazaire, où quelque 400 marins de la marine russe sont attendus fin mars pour apprendre à manœuvrer les trois navires porte-hélicoptères de type Mistral (bâtiments de projection et de commandement) vendus par la France à la Russie.

L’amiral Chirkov à Saint Nazaire

Le Vladivostok, premier des ces trois navires de combat, dont la vente a été actée sous la présidence de Nicolas Sarkozy pour un montant total de 1,3 milliard d’euros, a été mis à flot en octobre dernier, en présence de l’amiral russe Viktor Chirkov.


L’amiral russe Viktor Chirkov le 15 octobre 2013 à Saint Nazaire où se produit le Mistral (FRANK PERRY / AFP)

Le Télégramme de Brest rapportait le 6 mars que le Vladivostok avait fait ses premiers essais en mer. Le journal précisait que la moitié arrière avait été construite par les chantiers russes OSK de Saint-Petersbourg, tandis que STX France construisait l’avant pour DCNS. Les deux parties ont été assemblées à Saint-Nazaire.


Le Vladivostok dans le port de Saint-Nazaire (FRANK PERRY / AFP)

La livraison du Vladivostok est prévue fin 2014, tandis que le deuxième bâtiment, qui porte le nom de Sebastopol, en ... Crimée, sera achevé fin 2016. Les deux équipages, soit 400 marins russes, sont attendus fin mai à Saint-Nazaire pour y apprendre à manœuvrer les BPC.

Malgré la condamnation très ferme par la France de la position de la Russie, qui a envoyé des troupes et organisé l’annexion de la Crimée, l’exécution de ce contrat n’est pas remis en cause pour l’instant.

La Russie fait partie des pays ciblés par les industries de défense françaises, en raison notamment de la forte augmentation des dépenses militaires russes : +40% dans les trois ans.

Transferts de technologie et riposte graduée

Le Monde rapportait le 9 mars :

« Les grands industriels français du secteur scellent des alliances avec des entreprises russes, dans l’électronique de combat des hélicoptères, le contrôle aérien, ou encore la navigation inertielle. De nouveaux transferts de technologie sont au cœur de cette relation ».

Tout en étant en pointe dans sa condamnation de la Russie, la France ne veut pas handicaper son industrie de défense à l’exportation, l’un des secteurs phare pour réduire le déficit du commerce extérieur français.

De fait, l’Union européenne est sérieusement handicapée par les intérêts particuliers de ses Etats-membres :

  • la France veut protéger ses exportations d’armes ;
  • la Grande-Bretagne veut sauver la place financière de la City de Londres sur laquelle les capitaux russes ont beaucoup investi ;
  • les pays d’Europe centrale craignent pour leurs importations de gaz naturel russe...

Reste que dans une crise comme celle-ci, la riposte se doit d’être « graduée » : inutile de sortir l’artillerie lourde dès le début, car l’escalade devient difficile à suivre.

La question se posera donc si la Russie décide de ne pas en rester là, de ne pas se contenter d’avoir récupéré « sa » Crimée – dont les Occidentaux savent qu’elle a une histoire et une géographie particulières–, et de continuer à déstabiliser le nouveau pouvoir ukrainien. En poussant par exemple à l’agitation des populations russophones de l’Est de l’Ukraine.

Si la crise devait s’aggraver, ce qui n’est pas exclu, alors la question posée par Carl Bildt, ministre d’un pays neutre, prendra tout son sens, et la France aura du mal à rester dans l’ambiguïté. L’engagement diplomatique a un prix.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 19:43

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

« Pauvres actionnaires ! » ou comment le FN piège la vraie gauche
Le Yéti - voyageur à domicile

Publié le 17/03/2014 à 15h39

 

 

 

En prélude à son nouvel ouvrage, « Pauvres actionnaires ! » (Fakir éditions, 6 euros), François Ruffin s’est livré à une drôle d’expérience : interroger des gens de gauche en leur faisant approuver à l’aveugle des textes signés... Marine Le Pen !

Découvrant le piège dans lequel il vient de tomber, l’un de ses interlocuteurs se défend vertement :

« Nous ne partageons rien avec le FN : le FN nous a pillés, c’est tout autre chose ! »

Quand fifille tue opportunément le père

De fait, tout au long de son petit opuscule, François Ruffin passe au crible « quarante ans de discours économique du Front national » et souligne le virage à quasiment 180 degrés – reste tout de même l’épouvantail immigration, faut pas déconner ! – opéré par la fille Le Pen par rapport au père :

  • fifille en appelle à rebâtir l’Etat, pire à restaurer les services publics, quand papa, en pleine reaganomanie anticommuniste, n’avait de cesse de dénoncer « l’étatisme économique » de ces feignasses de fonctionnaires ;
  • fifille veut en finir avec « l’Europe de Bruxelles », quand papa réclamait de ses vœux plus d’« Europe politique » pour contenir les barbares étrangers aux portes de l’Occident civilisé ;
  • fifille entend relocaliser le travail et l’économie « grâce au protectionnisme social et territorial », prétend même lutter contre la précarité, quand papa s’évanouissait d’indignation à la moindre évocation d’une régulation sociale ;
  • fifille s’en prend aux marchés financiers et aux milliardaires-voyous, quand papa et ses potes plaignaient ces « pauvres actionnaires » tracassés par une administration socialo-bolchévique.

Le discours de gauche a le vent en poupe... mais la gauche ne le sait pas

Mais... eh non, « fifille » n’est pas un cryptonyme de Mélenchon. Le FN n’a pas lancé une OPA sur le NPA de Besancenot. Marine Le Pen a juste phagocyté opportunément les thèmes habituels de la gauche. Parce que, eh oui, c’est le discours de gauche qui a le vent en poupe en ce moment dans le pays.

Et ce n’est pas la gauche qui parle comme le FN, mais bien l’inverse. La vraie gauche, me direz-vous, devrait s’en féliciter ? Ben non, la pauvrette s’en émeut, fait des complexes, aidée en cela par la fausse gauche qui n’en demandait pas tant pour exploiter tant de candides scrupules.

Car il n’y a que les gogos pour penser que fifille, recyclée pour l’occasion en Jeanne d’Arc d’une vague cause ouvrière, est plus crédible que l’aspirant-président Hollande se déclarant adversaire résolu de la finance internationale.

Peu de chance que les électeurs compulsifs du FN se ravisent en lisant le très éclairant ouvrage de François Ruffin (conclu par un entretien décoiffant avec Emmanuel Todd). Mais le texte constituerait à coup sûr une très bonne thérapie pour les partisans moralement déboussolés de la (vraie) gauche.

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 


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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 19:26

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-noel-mamere

 

 

Le diesel, un mensonge d’Etat

Noël Mamère - Député de Gironde

Publié le 17/03/2014 à 12h27

 

 

 

Vous avez aimé les scandales de l’amiante et de la vache folle ? Vous allez adorer celui du diesel. Comme si nous assistions à un mauvais remake, médias et politiques nous refont le coup de la surprise, tentant de faire croire au bon peuple crédule que les pics de pollution que nous vivons n’étaient pas prévisibles. Menteurs et irresponsables.

Depuis de nombreuses années, en effet, ils savent que le diesel émet des particules qui pénètrent dans nos poumons et nous tuent à petit feu. Ils sont au courant des études affirmant que ce carburant contribue aux 42 000 morts prématurées par an.


Des petites voitures (Caroline/Flickr/CC)

Ils savent aussi que le diesel est une technologie sciemment favorisée en France, à seule fin d’aider le constructeur automobile Peugeot à vendre ses voitures à moindre prix. L’automobile n’est pas la seule source de particules fines. C’est vrai. Mais elle en représente environ un quart et le diesel en est la source principale

Ils savent encore que le diesel est condamné par la majorité des autres pays depuis très longtemps : 30% de voitures fonctionnent au diesel en Allemagne, 1% au Japon, pratiquement pas aux Etats-Unis et en Chine.

Si l’on ajoute les camions et camionnettes, c’est 72,4% du parc français qui est diesel, sachant que 80% du carburant vendu en France est du gasoil.

En fait, le piéton, le cycliste et l’utilisateur de véhicule à essence paient pour compenser les ristournes fiscales accordées au gasoil, ainsi que le surcoût dû aux importations pour les utilisateurs de véhicules diesel.

Des gaz « cancérigènes certains »

Ils savent que, depuis le 12 juin 2012, le Centre International de Recherche sur le Cancer, l’agence de l’organisation Mondiale de la Santé, a classifié les gaz d’échappement des moteurs diesel dans la catégorie « cancérigènes certains » – la même que l’amiante ou le tabac – à cause de la dangerosité des « toutes petites particules » émises lors de la combustion du gasoil.

Ils savent que, le 19 mai 2011, la commission Européenne a assigné la France en justice pour non respect des seuils de particules, imposés depuis 2005. A noter que la France est une dangereuse récidiviste des condamnations pour non-respect des réglementations sur la pollution de l’air.

« Nous n’avons plus d’autre choix que d’interdire l’accès de certaines agglomérations aux diesels les plus polluants », nous rappelait Isabelle Derville, responsable de la qualité de l’air au ministère du Développement durable et des transports, dans « Sciences et vie » d’avril 2012.

Ils ne peuvent donc pas dire : « Nous ne savions pas », et nous refaire le coup de l’amiante en se cachant derrière une controverse ouverte par des chercheurs au service des lobbies du diesel et de l’automobile.

Comme au temps du Général de Gaulle

Et pourtant, les « sachants » qui nous gouvernent viennent d’administrer une nouvelle fois la preuve de leur impuissance. Ils ont laissé licencier les ouvriers de PSA et sont intervenus pour entrer dans le capital de cette entreprise, avec le constructeur chinois Dong Fen, sans peser de tout leur poids pour un changement d’orientation de cette entreprise.

Préférant les raisons économiques à la précaution sanitaire, le gouvernement continue à tout miser sur le diesel, comme au temps du général De Gaulle.

Résultat : la France est le seul pays au monde où 60% du parc automobile marche au diesel. Encore une « exception » devenue une menace pour l’ensemble de la population, à l’instar de celle que fait peser le risque nucléaire, autre « exception » dont la France est si fière.

Dès lors, on ne peut que comprendre et soutenir les associations écologiques qui viennent de lancer une plainte contre X pour dénoncer ce double crime environnemental et sanitaire.

Qu’a fait le gouvernement depuis mai 2012 ? Le 6 février 2013 un comité interministériel décide… de ne rien faire ! Aujourd’hui, devant l’urgence sanitaire, on répond par des bricolages de dernière minute, tout en sachant que c’est trop peu et trop tard.

Des rustines, jamais adaptées

On demande aux personnes âgées, aux populations à risques, aux petits enfants, de rester chez eux. On alimente la peur, sans interdire la circulation pour marquer les esprits. C’est que, à une semaine des élections municipales, il ne faut pas contrarier l’électeur automobiliste.

On limite la vitesse, ce qui est une bonne chose, mais avec dix jours de retard.

Les transports gratuits ne peuvent pas réduire le pic de pollution, puisque la grande majorité des habitants d’Ile de France, qui se rend ou circule à Paris, possède un passe Navigo.

Si la circulation alternée permet de réduire ce pic, elle intervient dans des conditions qui vont prouver, comme en 1998, son inefficacité en temps réel. Malheureusement, les Parisiens retiendront qu’on applique dans la précipitation, l’improvisation, l’impréparation.

Des recettes qui ressemblent plus à une querelle interne à la majorité, entre les Verts et les socialistes, qu’à des mesures structurelles que le gouvernement ne veut pas prendre en raison des intérêts en jeu pour les lobbies.

« L’écologie, ça commence à bien faire »

De ce point de vue, la présence des écologistes au gouvernement est cosmétique. Elle ne fait que souligner leur impuissance à changer le cours des choses par des mesures structurelles.

En dix-sept ans – depuis la journée de circulation alternée inventée par Corinne Lepage – sous un gouvernement de droite et appliquée par Dominique Voynet, sous un gouvernement de gauche, ce que les Verts présentent comme une victoire n’est qu’un effet d’affichage qui ne règlera rien. La politique de la rustine a fait son temps.

Pourtant, depuis mai 2012, il était possible de construire une proposition de sortie progressive du diesel – comme l’avait fait la Fondation Nicolas Hulot à la veille du vote du budget – qui ne serait pas considérée comme punitive :

  • Pourquoi, à l’instar du tabac, n’interdit-on pas les publicités pour le diesel  ?
  • Pourquoi n’a-t-on pas distribué les licences des taxis en fonction de leur choix de carburant ?
  • Pourquoi n’a-t-on pas décrété un bonus-malus contre les particules et envisagé une prime à la casse pour les voitures anciennes ?
  • Pourquoi n’a-t-on pas interdit la circulation aux véhicules diesel dans les centres ville, comme à Paris ?

En fait, après avoir choisi de donner la priorité à la compétitivité des entreprises, le gouvernement est en train de reprendre l’adage de Nicolas Sarkozy en son temps : « L’écologie, ça commence à bien faire »… Et la santé aussi !

Un comité national contre la « diésélisation »

J’entends déjà les défenseurs du « Progrès » et de la « compétitivité » traiter les écologistes de Don Quichotte qui ne comprennent rien au fonctionnement de la société et à nos institutions.

Le chevalier à la triste figure avait l’avantage sur nos petits marquis et duchesses contemporains de susciter l’espoir. Nos nouveaux aristocrates suintent la désespérance. Pire, ils ne s’aperçoivent pas qu’ils sont au service des marchands de mort.

Nous leur disons : arrêter le diesel est possible. Désintoxiquons nous de cette drogue à la française. Instituons un Comité national contre la diésélisation, comme il y a un Comité national contre le tabagisme.

La sortie de la diésélisation constitue la seule issue positive de ce brouillard de pollution qui encrasse nos poumons et irrite nos gorges, nos yeux et nos oreilles depuis une semaine.

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-noel-mamere

 

 

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 18:45

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Affaire Kerviel : pour Eva Joly, «la thèse du trader fou ne tient pas»

|  Par martine orange

 

 

 

Alors que la Cour de cassation doit se prononcer le 19 mars sur le pourvoi formé par Jérôme Kerviel, Eva Joly en tant qu'ancien juge d'instruction souligne les nombreuses zones d'ombre qui demeurent dans ce dossier.

Eva Joly regrette de ne pas s'être intéressée au dossier Kerviel plus tôt. « En 2008, au moment des faits, j'étais mobilisée sur la faillite des banques islandaises. En 2012, au moment du procès en appel, j'étais en campagne présidentielle », explique-t-elle. Ce n'est que plus tard, sur les sollicitations de ses amis et notamment de Julien Bayou, qu'elle a commencé à regarder le dossier. « Julien Bayou était très indigné. Il m'a poussée à me pencher sur le sujet. J'ai pris contact avec David Koubbi, l'avocat de Jérôme Kerviel. J'ai lu les pièces du dossier. Je crois que cette affaire est emblématique des dérives de la finance. La thèse du trader fou, isolé, et agissant dans le dos de la banque, ne tient pas », dit-elle. Alors que la Cour de cassation doit se prononcer sur le pourvoi formé par Jérôme Kerviel, elle s'étonne des nombreuses zones d'ombre qui planent encore dans le dossier.

Mediapart. Qu'est-ce qui vous a frappée dans le dossier Kerviel ?


 
© dr

Eva Joly. Tout le monde a été frappé par le montant des dommages et intérêts de 4,9 milliards d'euros réclamés à Jérôme Kerviel. Ce montant correspond aux pertes déclarées par la Société générale. J'ai décidé de me concentrer sur ces pertes. J'ai vu beaucoup de dossiers bancaires dans ma vie de juge d'instruction. J'ai aussi travaillé sur les banques islandaises. Je tire de ces expériences passées la certitude que les bilans des banques ne sont pas nécessairement transparents, que les manipulations peuvent être fréquentes. La crise de 2008 a démontré que nous avons nourri des monstres. Les seules rémunérations des traders le prouvent, la démesure est absolue.

Dans le cas qui nous occupe, il ne faut pas oublier que la Société générale a été prise dans des scandales de blanchiment. À de multiples reprises, avant et après l'affaire Kerviel, elle a été condamnée par la justice pour le non-respect des règles : manipulation des taux interbancaires le 4 décembre 2013, faille dans le contrôle interne anti-blanchiment le 24 octobre 2012. Dans son rapport annuel de 2013, elle signale une dizaine d'affaires en cours. L'affaire du Sentier a démontré au moins que le contrôle interne ne fonctionnait pas. Tout cela m'amène à dire qu'on ne peut pas accepter leurs dires comme parole d'évangile.

Or, pour l'instant, on s'en tient à la version de la banque, sans en remarquer le côté hautement invraisemblable. Comment croire que personne n'a vu ce qu'a fait Jérôme Kerviel ? Quand il faut payer les appels de marge sur les positions qu'il a prises sur le Dax (indice boursier allemand) et Eurostoxx, ce n'est pas Kerviel qui le fait. Personne dans la banque ne s'étonne alors des millions, soit en collatéral, soit en numéraire, qu'il faut apporter en garantie pour couvrir les positions de Jérôme Kerviel ! Qui peut le croire ?

La banque a donné devant la justice sa version sur ses pertes. Vous semblez ne pas être convaincue. Qu’est-ce qui vous intrigue ?

Il faut reprendre les faits depuis le début, et partir des positions prises par Jérôme Kerviel entre le 4 et le 18 janvier 2008. Dans ce court laps de temps, Jérôme Kerviel prend 100 000 contrats Dax et 743 000 contrats Eurostoxx. C'est énorme. Le marché du Dax étant peu profond, compte tenu des positions prises, cela revient à dire que Kerviel détient à ce moment-là 2 % de l'économie allemande. La Société générale, dans sa version, dit avoir tout découvert durant le week-end du 18 janvier et décidé de dénouer le plus rapidement possible ses positions, pour l'essentiel sur trois jours. La banque dit qu'elle n'avait pas le choix du moment du débouclage.

Mais ce moment est quand même assez particulier ! La banque vend alors que les cours sont à la baisse, et ses ventes vont encore accentuer la chute. De 7 500, le cours du contrat Dax tombe à 6 400. Mais il remontera par la suite. Il est étonnant que dans un contexte aussi défavorable, avec une position aussi importante, les pertes se soient limitées à 12 %, selon les propres déclarations de la banque. Dans le rapport annuel de 2007, les commissaires aux comptes font une réserve importante : ils indiquent que les pertes, liées au dénouement des positions de Jérôme Kerviel, sont provisoires. Par la suite, il n’y a jamais eu de révision. Les pertes que la banque a annoncées au moment où elle dénonce l’affaire deviennent comme acquises par tous, y compris par la justice.

Qu'est-ce qu'il y aurait là d'anormal selon vous ?

Je ne dispose pas d’informations particulières mais j'ai un peu d’expérience quant à ces dossiers. Les banquiers ne prennent pas volontairement leurs pertes. Il faut comprendre ce qui se passe. Sur ces marchés, le jeu est à somme nulle. S'il y a des perdants, il y a aussi des gagnants. On peut gagner beaucoup d'argent dans une baisse de marché telle que celle-ci. Qui a gagné ? On ne le sait toujours pas. Aucune vérification n'a été faite. Il faut une contre-expertise large pour déterminer comment les positions ont été débouclées, quelles contreparties étaient en face. Il faut aller voir les relevés de la chambre de compensation, qui a tout. Il faut vérifier aussi les positions prises par les filiales offshore de la Société générale.

J'ai déjà vu, notamment dans le cas des banques islandaises, des banques comme la Deutsche Bank qui ne faisait que du fronting, c'est-à-dire qui était en apparence la banque ayant pris des positions sur le marché islandais. Dans les faits, il est apparu que toutes ses positions étaient garanties par d’autres. La Deutsche Bank ne prenait aucun risque. Elle ne faisait que du portage. Qui peut dire que la Société générale n’était pas dans la même situation ? Ou n’a pas bénéficié de mécanismes protecteurs ?

Je veux souligner un fait qui a été peu relevé et doit retenir l’attention. Dans les comptes 2008 de la banque, la Société générale enregistre cette année-là 15 milliards d’euros de gains sur le trading des instruments financiers dérivés. Pour la banque, c’est un résultat historique. Elle n’a jamais enregistré un profit aussi élevé. En 2011, son deuxième gain le plus élevé sur ce poste est de 8 milliards d’euros.

Ces profits sur instruments dérivés lui ont permis en 2008 de compenser une perte de 7 milliards d’euros liée à la crise financière, et d’afficher un résultat de 4,6 milliards d’euros. Alors qu’on est en pleine crise financière, ces résultats sur instruments dérivés, juste après le dénouement des positions de Jérôme Kerviel, posent question ; d’autant que la banque a juré devant les juges qu’elle ne spéculait pas et que ses positions sur dérivés servaient juste à couvrir les risques. Au vu de ces chiffres, cela paraît un peu contradictoire.

La justice a-t-elle failli, selon vous ?

Elle s’est laissé prendre par la communication remarquable de la Société générale. Il y a eu dès le début une forme d’hystérisation. La banque s’est présentée comme la victime d’un trader hors contrôle. Jérôme Kerviel a été transformé en mauvais objet. La banque a réussi à lui faire porter toutes les critiques que suscite la finance. Et tout le monde a suivi. La presse économique n’a pas fait non plus preuve de beaucoup de curiosité pour aller plus loin. L’effet moutonnier a saisi tout le monde.

Qu’attendez-vous de la Cour de cassation ?

Qu’elle permette que toute la vérité soit faite. Il y a eu beaucoup trop d’émotions dans ce dossier. Elle ne peut pas condamner Jérôme Kerviel à ce qui s’apparente à une mort civile, alors que tant de doutes et d’incertitudes n’ont pas été levés dans ce dossier.

L’avocat général a requis la confirmation du jugement auprès de la Cour de cassation. Mais normalement, le parquet est là pour garantir et protéger l'intérêt général qui, dans ce cas, veut dire protéger l’épargne. Si l’affaire n’est pas rejugée, la justice va donner un brevet d’irresponsabilité à la Société générale. Sérieusement, peut-on faire confiance à une banque qui dit ne pas avoir vu qu’un de ses traders engageait 50 milliards d’euros sur les marchés sans son consentement et sans que ses services de contrôle ne le repèrent ? Au fond, soit la banque dit vrai et il s’agit d’une négligence coupable qui en dit long sur les dangers d’un système, soit la vérité est autre : la banque savait, et on est face à une affaire d’une ampleur phénoménale.

 

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 18:35

 

Source : www.mediapart.fr

 

SFR-Numéricable : petits arrangements entre amis

|  Par martine orange

 

 

 

Le président du conseil de surveillance de Vivendi, Jean-René Fourtou, a beaucoup pesé sur le choix du repreneur de SFR. Officiellement, il a privilégié la candidature de Numéricable pour se ménager une sortie en beauté du groupe. Mais il semble aussi qu’il ait reçu quelques promesses du repreneur.

Commencée par une crise au sein du conseil de Vivendi Universal et le renvoi de Jean-Marie Messier en 2002, la présidence de Jean-René Fourtou pourrait se terminer par une crise identique. Car le choix de la candidature de Numéricable pour la reprise de SFR est en train de provoquer de nombreux remous dans le monde des affaires, qui soutenait massivement l’option Bouygues. Beaucoup se demandent comment a été prise cette décision et les promesses qui ont été avancées pour emporter l’adhésion.

Une nouvelle fois, le fonctionnement du conseil de Vivendi se retrouve au centre des discussions. Au fur et à mesure que les détails émergent, la question de la responsabilité du conseil, de l’indépendance des administrateurs, est posée.

 

© Reuters

La direction de SFR a travaillé depuis plusieurs mois avec Numéricable en vue d’un rapprochement et les équipes ont fini par être convaincues de l’intérêt de cette opération, qui limiterait la casse sociale. Mais il semble que le choix du conseil de Vivendi n’ait pas été dicté par ces seules considérations. D’autres intérêts paraissent avoir pesés.

Jean-René Fourtou, à la différence de son vieil ami Claude Bébéar, a toujours été en faveur de la solution Numéricable. Il a mené personnellement les discussions avec Patrick Drahi, le propriétaire de Numéricable, pour la reprise de SFR. Selon nos informations, il a conduit le processus jusqu’au bout, y compris devant le conseil. « Jean-René Fourtou a bâti un conseil à sa main. Il l’a amené là où il voulait, en organisant un passage en force », raconte un connaisseur du dossier. 

Jeudi soir dernier, le comité exécutif, qui réunit Vincent Bolloré, Daniel Camus, directeur financier du groupe, Pascal Cagni, Aliza Jabès et Alexandre de Juniac, administrateurs indépendants, et est présidé par Jean-René Fourtou, s’est retrouvé au siège de Vivendi pour examiner les candidatures des repreneurs de SFR. Jean-René Fourtou qui veut Numéricable, emporte, selon nos informations, assez vite la décision. Le lendemain, le conseil se range à l’avis du comité exécutif.

Si la décision de choisir Numéricable n’a pas été votée « à l’unanimité » comme l’a assuré Vivendi, elle n’a guère rencontré de résistance. Seul Pascal Cagni, administrateur indépendant, a voté contre. Claude Bébéar, qui soutenait la candidature de Bouygues, n’a pu peser sur les discussions. Hospitalisé, il a participé au conseil par téléphone. On le dit furieux.

Quant à Vincent Bolloré, il s’est tu. « Vincent Bolloré était aussi favorable à la candidature de Bouygues. Mais il n’a pas voulu s’opposer à Jean-René Fourtou. Il aurait été marginalisé », explique un connaisseur du dossier.

Poussé vers la sortie par Vincent Bolloré,  à l’issue d’un putsch qui a eu lieu l’automne dernier, Jean-René Fourtou n’a jamais caché qu’il voulait quitter la présidence de Vivendi en beauté lors de l’assemblée générale du groupe prévue le 24 juin. Dans ce contexte, l’opération Numéricable lui semble de loin préférable, pour être en accord avec ce calendrier, car elle ne pose pas, à ses yeux, de grands problèmes de concurrence et donc pourrait s’achever rapidement.   

De plus, Numéricable a fait une offre d’achat de SFR, payée essentiellement en numéraire, même si Vivendi conservera une participation dans le nouvel ensemble. Ce montage permettra au groupe d’empocher très vite le produit de la vente.  M. Fourtou tiendrait beaucoup, lors de sa dernière assemblée, à pouvoir annoncer la vente de SFR et surtout la gratification qui va avec, soit sous forme de dividendes soit sous forme de rachats d’actions. Une façon de faire oublier aux actionnaires qu’après douze années de présidence, ils n’ont jamais retrouvé les cours d’antan. L’action n’a jamais dépassé les 30 euros depuis 2002. Cela lui permettrait aussi d’en profiter : Fourtou détient encore quelque 800.000 actions du groupe.

Le camp Bouygues comme les banquiers ont toutefois été étonnés par l’opacité qui entourait l’offre de Numéricable. Son actionnaire Patrick Drahi n’a jamais présenté toutes les modalités de son offre. Et ce n’est qu’au dernier moment mercredi soir, à la clôture des offres, que le groupe a fait savoir discrètement qu’il avait renchéri sur sa proposition, après avoir pris connaissance de celle de son concurrent Bouygues.  De l’avis des observateurs, Numéricable a été nettement favorisé durant tout le processus par la direction de Vivendi.

Depuis le choix de Vivendi, des rumeurs insistantes circulent sur l’intérêt personnel que pourrait avoir la direction dans cette affaire. Jean-René Fourtou, Jean-François Dubos, président du directoire après avoir été pendant plus de vingt ans secrétaire général du groupe, et enfin Alexandre de Juniac, pdg d’Air-France-KLM qui siège au conseil de Vivendi comme administrateur indépendant du groupe, se seraient vu promettre un poste d’administrateur dans la nouvelle entité SFR-Numéricable.

intérêts financiers

Interrogé sur cette éventualité lors de la présentation de son  projet  devant la presse lundi, Patrick Drahi a refusé de se prononcer. Vivendi, de son côté, dément toute décision à ce stade. «  Ce n’est pas encore totalement décidé. Mais c’est possible voire probable » explique un des administrateurs de Vivendi à Mediapart. « Avec la vente de SFR, le conseil de Vivendi va éclater. Une partie des administrateurs va rejoindre l’entité télécom. L’autre partie du conseil, qui devrait être en grande partie renouvelée, va rester dans mediaco (nom de code du nouveau Vivendi recentré sur les médias) » .


 
© Reuters

Selon nos informations, Jean-René Fourtou devrait non seulement être nommé comme administrateur mais aussi reprendre une présidence. Celle de la nouvelle entité lui aurait été promise. Mais Patrick Drahi a affirmé ce lundi qu’il assurerait lui-même la présidence du nouveau groupe, au moins un certain temps. En attendant, M. Fourtou pourrait récupérer la présidence d’un quelconque comité stratégique ou autre. La perte de sa présidence chez Vivendi serait ainsi en partie compensée, d’autant que dans le même temps, selon nos informations, Vincent Bolloré a accepté de lui céder sa place au conseil de l’assureur italien Generali. A 74 ans, Jean-René Fourtou a décidément du mal à renoncer au pouvoir.

Mais le pouvoir pourrait se doubler de quelques intérêts financiers, en plus des jetons de présence. Depuis vendredi, des rumeurs récurrentes circulent sur un plan de stock options qui devrait être mis en place dès la formation de la nouvelle entité. Les chiffres sont même précis : le plan correspondrait à 1,35% du capital de la nouvelle entité, évaluée autour de 10 milliards d’euros. Le management pourrait donc se partager autour de 135 millions d’euros. Jean-René Fourtou, qui a déjà amassé une fortune de plusieurs dizaines de millions d’euros à la tête d’Aventis (devenu Sanofi-Aventis) et de Vivendi, en serait un possible bénéficiaire.  

Interrogé dès vendredi par Mediapart, Vivendi dément cette information, qui relève, selon lui, d’une campagne. Patrick Drahi a lui aussi démenti tout projet en ce sens. « Nous n’avons eu aucune information sur un éventuel plan de stock options », soutient un administrateur. « Il n’y a pas de plan pour l’instant. Mais il paraît évident qu’il y en aura un à un moment ou à un autre », dit un autre. Altice, la société mère de Numéricable, a déjà créé des structures d’intéressement pour ses dirigeants au Luxembourg, Altice Management par exemple.

Tout cela porte une sérieuse ombre sur le fonctionnement du conseil de Vivendi. Les administrateurs étaient-ils au courant de ces possibles arrangements entre la direction du groupe et Numéricable ? Si oui, comment ont-ils pu cautionner une opération qui pourrait se traduire par un enrichissement personnel pour le président du groupe ? Le rôle d’Alexandre de Juniac est particulièrement pointé. « Comment un administrateur indépendant, président d’une société publique de surcroît, peut-il accepter de voter en faveur d’une opération où il pourrait être personnellement intéressé ?, se demande un membre éminent du monde des affaires. Cela crée un certain problème. » Alexandre de Juniac n’a pas répondu aux questions que nous lui avons envoyées.

Toutes ces rumeurs et ces soupçons, commencent à créer une certaine tension chez Vivendi et Numéricable. Il y aurait beaucoup trop d’interférences dans le projet, à leur goût. Selon nos informations, les deux groupes trouveraient dangereux dans ce contexte d’attendre trois semaines et voudraient presser le pas pour rendre le rapprochement irréversible. Ils aimeraient boucler le financement bancaire, préalable au choix définitif, d’ici deux à trois jours. 

 

Lire aussi

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 18:21

 

 

Source : www.marianne.net


Les Économistes Atterrés:

 

Pourquoi le « pacte de responsabilité » ne créera pas d’emploi

 

Rédigé par David Cayla le Lundi 17 Mars 2014 à 07:00 c

 

Le pari de François Hollande est de mettre en oeuvre une stratégie du donnant-donnant qui ressemble fort à ce que Nicolas Sarkozy avait tenté avec la baisse de la TVA dans la restauration. Or cette stratégie ne fonctionne pas. Ses partisans oublient que les entreprises ne sont pas responsables de la création d'emploi, car elles ne créent des emplois que si de la demande existe pour leur production.

 

Pourquoi le « pacte de responsabilité » ne créera pas d’emploi

Comment lutter contre le chômage ? Interrogé en septembre dernier sur TF1, le chef de l’État répliquait par le raisonnement suivant : « si on veut des emplois, si on veut des productions en France, si on veut que nos enfants aient une perspective de carrière, il faut des entreprises ». « Il faut que les entreprises se sentent soutenues » ajouta-t-il avant de se proclamer « président des entreprises ». Le « pacte de responsabilité », annoncé quelques mois plus tard, est dans le droit fil de cette logique. L’idée est la suivante : puisque les entreprises sont responsables de la création d’emploi il faut les « responsabiliser », c’est-à-dire négocier avec elles un accord donnant-donnant. Moins de prélèvements d’un côté, des engagements en matière d’emplois de l’autre.


L'échec de la baisse de la TVA dans la restauration

Beaucoup a été dit et critiqué sur ce « pacte ». L’asymétrie de l’accord qui fait reposer sur l’État les seuls véritables engagements chiffrés, son mode de financement qui rajoute de l’austérité à l’austérité, la crainte que « l’observatoire des contreparties » ne se résume à produire de simples constats, le fait qu’aucune garantie ne soit imaginée pour contraindre les entreprises à respecter leurs engagements, si engagement elles prennent…

Il faut dire que l’expérience de la baisse de la TVA dans la restauration a laissé des traces. Des engagements, il y en avait eu. Pour un coût de 2,4 milliards d’euros, les restaurateurs s’étaient engagés tout à la fois à réduire leurs prix et à embaucher. Au final, dans l’estimation très favorable qu’en a fait le gouvernement1, cette mesure aurait créé 50 000 emplois (soit un coût de 48 000 euros par emploi créé2) et son effet sur les prix aurait été marginal.

Mais le pari de François Hollande est d’une toute autre ampleur. Les cotisations familiales des entreprises représentent 35 milliards d’euros par an. Si l’on prend on compte la disparition du CICE et le surcroît d’impôt sur les sociétés que générerait une telle mesure, le coût total de ce projet représente à peu près 10 milliards d’euro. Comme il manque 10 milliards d’euros pour financer le CICE, c’est donc un total de 20 milliards d’euros3 qui seront engagés par le gouvernement au service des entreprises, ce qui représente un coût huit fois supérieur à l’effort consenti par Nicolas Sarkozy en faveur des restaurateurs.


Les entreprises ne font pas l'emploi

Le problème, c’est qu’aucun bilan critique n’a été tiré de l’expérience de la baisse de la TVA. Si les engagements d’alors n’ont pas été respectés, c’est, nous a-t-on dit, parce que les restaurateurs « n’ont pas joué le jeu ». L’explication paraît un peu courte. Qu’est-ce qui garantit que, cette fois, les patrons « joueront le jeu » ? Mais poser la question sous cet angle, c’est se tromper de cible. En vérité, c’est toute la logique de ce type d’accord qu’il faudrait questionner. Les entreprises sont-elles responsables de l’emploi ? C’est la question qu’on ne pose jamais. Or, ce n’est pas parce que les entreprises créent des emplois qu’elles font l’emploi. Comme le rappelle utilement Frédérique Lordon, l’emploi est d’abord la conséquence de la demande adressée aux entreprises par les consommateurs4. Un restaurateur n’embauche pas par esprit civique ou parce qu’il en a la capacité financière. Il embauche, parce qu’il a besoin de salariés. L’expérience prolongée du chômage de masse a eu tendance à déformer certaines vérités économiques. Le travail salarié est vécu comme une ressource rare que les employeurs ne distribuent qu’avec parcimonie. Mais c’est oublier qu’avant d’être une charge, le salarié est d’abord un producteur de richesses irremplaçable. Le nombre de serveurs, de commis, de cuisiniers, embauchés par un restaurateur ne dépend pas du profit réalisé par l’établissement, mais bien du nombre de clients que celui-ci reçoit. Le raisonnement est le même à l’échelle d’un pays. Ce qui détermine le nombre de personnes qui travaillent dans la restauration, c’est simplement le nombre de repas servis annuellement, qui lui-même est déterminé par le budget moyen que chacun consacre à la restauration.

Ce qui est vrai pour les restaurateurs est vrai pour l’ensemble des entreprises. Pas d’emploi sans besoin de travail, pas d’emploi sans « carnets de commande »5, et donc pas d’emploi sans les dépenses qui font le chiffre d’affaire des entreprises. Or, parmi ces dépenses, il y a les dépenses publiques. Qu’elles soient versées sous forme d’aides sociales, sous forme de traitement des fonctionnaires ou sous forme d’investissements, toutes ces dépenses se traduisent presque intégralement par des recettes pour les entreprises françaises. Les ménages consomment l’essentiel de leurs revenus et la très grande majorité de cette consommation se traduit en services ou en produits fabriqués localement.6


Un Etat irresponsable, des entreprises impuissantes

C’est à l’aune de cet autre raisonnement que l’on comprend l’inanité d’un contrat passé entre un État responsable du niveau d’activité mais qui refuse d’agir, et des entreprises, incapables d’avoir le moindre levier sur leurs recettes, mais qui s’engagent néanmoins à « faire des efforts ». Comme si ces efforts avaient le moindre sens économique ! L’État agit avec les entreprises comme des parents avec leurs enfants : « grandissez plus vite, et vous aurez cent euros d’argent de poche ». Et au dessert, les deux parties s’entendent pour négocier âprement les centimètres qui seront acquis à la fin de l’année.

Aussi le véritable scandale de ce pacte n'est-il pas les dizaines de milliards dépensés en vain, mais les 50 milliards d’économie annoncées pour le financer. Car ce qu’on donne aux entreprises sous la forme d’exonérations on le leur reprend via la baisse de leurs chiffres d’affaire. On arguera que ces deux chiffres ne représentent pas les mêmes types de sommes. Les 20 milliards donnés allégeront le coût du travail et bénéficieront directement aux entreprises, alors que les 50 milliards d’économie, qui s’attaquent au chiffre d’affaire, n’empêcheront pas les entreprises de s’adapter à la nouvelle conjoncture. Mais c’est bien là tout le problème. La seule adaptation possible dans un tel cas de figure, c’est d’adapter l’offre à une demande en baisse. Il y a donc fort à parier que, même en cas de hausse des profits, les entreprises soient contraintes de moins produire, et donc de licencier.


Pas d'éclaircies pour les marges

La politique menée améliorera-t-elle au moins les marges des entreprises ? Le drame de l’affaire, c’est que ce n’est même pas sûr. Pour de nombreuses entreprises en effet, leurs marges se font sur les dernières unités vendues. C’est le cas pour toute entreprise qui a réalisé un investissement important, qui doit amortir des coûts fixes en recherche et développement ou qui fait face à des charges financières. Pour ces producteurs, la moindre baisse de la demande se traduit par une baisse des marges d’un montant presque identique. A l’inverse, pour les entreprises dont le niveau d’investissement est faible et l’outil de production adaptable, une baisse de la demande peut être facilement amortie. On voit donc que le « pacte de responsabilité » sera sans doute très bienvenu pour les entreprises de service qui sont fortement consommatrices de main d’œuvre et qui pourront aisément licencier pour préserver leurs marges, alors que les producteurs très capitalistiques, notamment industriels, risquent de voir leurs pertes dépasser les bénéfices qu’ils pourraient réaliser sur le coût du travail.

Au final, le pacte de « responsabilité » améliorera peut-être les marges des entreprises de service et de la grande distribution, mais il n’aidera ni l’emploi, ni les marges des entreprises industrielles et innovantes, et n’a donc aucune chance d’améliorer la compétitivité à long terme de l’économie française.

 

David Cayla

 

Lire aussi la note des Économistes Atterrés: Un pacte irresponsable

 

 

Notes

 

1  Le bilan des engagements pris par les professionnels de la restauration se trouve sur l’adresse suivante : http://proxy-pubminefi.diffusion.finances.gouv.fr/pub/document/18/13667.pdf
 

2  Rappelons que le coût annuel d’un smicard est d’environ 20 000 euros.
 

3  Sur ce chiffrage, lire la note des Economistes Atterrés : « un pacte irresponsable » disponible à l’adresse suivante : http://www.atterres.org/article/un-pacte-irresponsable
 

4  Lire : « Les entreprises ne créent pas l’emploi » disponible sur son blog, La pompe à phynance : http://blog.mondediplo.net/2014-02-26-Les-entreprises-ne-creent-pas-l-emploi
 

5  Frédéric Lordon rappelle à juste titre la formule de Jean-François Roubaud, président de la CGPME, au sujet des contreparties : « encore faut-il que les carnets de commande se remplissent », Les Echos, 3/01/2014.
 

6  Sur cette question, voir la note pour un plan de relance lancée en avril 2013 par des membres de Maintenant la gauche : http://www.maintenantlagauche.fr/retrouvez-le-plan-de-relance-ecologique-et-social/

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 20:14

 

Source : michelcollon.info

 

 

13 mars 2014

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Jamais le monde n’a produit autant de richesses qu’à l’heure actuelle. Si cette richesse était répartie de manière égale entre tous et partout dans le monde, une famille avec trois enfants disposerait d’un revenu de 2.870 euros par mois et d’un patrimoine (épargne, valeur du logement…) de 125.000 euros.

 
 
Nous parlons bien ici de tous les gens sur la planète : Africains, Asiatiques, Européens, Américains, etc. 2.870 euros par mois et un patrimoine de 125.000 euros, voilà qui est étonnamment élevé. Ce n’est certes pas assez pour vivre dans le luxe, mais bien suffisant pour que tous les êtres humains disposent d’un logement confortable, d’électricité, d’eau potable et de sanitaires, également via des méthodes écologiques. 
 
 
Il y a donc assez pour que tout le monde puisse mener une vie plus que décente. Et, pourtant, dans le monde, un être humain sur trois ne dispose pas de dispositif sanitaire de base, et un sur quatre n’a pas accès à l’électricité. Un sur sept vit dans un bidonville, un sur huit a faim et un sur neuf n’a pas accès à l’eau potable.[1] Autre manière d’expliquer les choses : avec une répartition égale de la richesse, tout le monde disposerait de 23 dollars par jour. Et, pourtant, 2,4 milliards de gens doivent vivre avec moins de 2 dollars par jour et 1,2 milliard même avec moins de 1,25 dollar.[2]
 
 
Le problème n’est donc pas qu’il n’y a pas assez de richesse, mais que celle-ci est répartie de manière scandaleusement inégale. Aujourd’hui, 85 personnes possèdent autant que 3,6 milliards de gens ensemble.[3] Le 1% le plus riche possède près de la moitié de toute la richesse du monde alors que 70% les plus pauvres en possèdent 3%. Les très riches possèdent chacun une fortune moyenne d’1,6 million de dollars, soit 700 fois plus que la plus grande partie de la population mondiale.[4]
 
 
Un bon 32.000 milliards de dollars sont à l’abri dans les paradis fiscaux.[5] C’est 130 fois plus que ce qui est annuellement nécessaire pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations unies et éradiquer la pauvreté la plus forte dans le monde. Jamais auparavant le contraste entre ce que l’économie mondiale a à offrir et ce qu’elle donne effectivement pour répondre aux besoins de base n’avait été aussi grand, aussi criant qu’à l’heure actuelle.  
 
 
Prospère Belgique
 
 
En Belgique, ou j’habite, le revenu moyen disponible pour une famille avec deux enfants est de 8.000 euros par mois, et le patrimoine moyen d’une telle famille est un petit 800.000 euros.[6] Des chiffres qui paraissent également étonnamment élevés mais, à nouveau, il s’agit de moyennes qui cachent une répartition extrêmement inégale. 
 
 
D’un côté, le 1% des Belges les plus riches possèdent 40 fois autant que le Belge moyen. Les dix familles les plus riches de notre pays disposent ensemble d’un patrimoine de 42 milliards d’euros, environ autant que les 2 millions de Belges les plus pauvres. Le patrimoine des familles De Spoelberch, De Mévius et Vandamme correspond exactement au budget total de l’assurance maladie en 2012.[7]
 
 
De l’autre côté, 1 Belge sur 5 court le risque de tomber dans la pauvreté ou dans l’exclusion sociale.[8] Une famille sur 5 avec un bas revenu doit reporter des soins médicaux pour des raisons financières.[9] Et il n’est pas du tout rare que des gens doivent travailler à un rythme inhumain pour à peine 1.300 euros par mois. Au vu de la haute prospérité de la richesse de notre pays, c’est inacceptable.
 
 
Le fossé entre riches et pauvres en Belgique n’a jamais été aussi grand, et il continue de se creuser. Les dernières vingt années, les revenus des 30% les plus pauvres ont baissé de 10% alors que le pourcent le plus riche a vu son revenu augmenter de 30%.[10] Durant cette période, le nombre de pauvres a doublé.[11] C’est la conséquence de deux éléments : d’abord, les allocations et salaires ont été gelés ou augmentent moins vite que la prospérité ; ensuite, le capital bénéficie de toujours plus d’avantages fiscaux. Ces dernières trente années, la part salariale dans le PNB (la richesse nationale) a baissé de 67 à 62%, alors que la part du capital a presque doublé, passant de 6 à 10%.[12]
 
 
Pas la crise pour tout le monde
 

C’est la crise qui est ici le grand malfaiteur. Dans le capitalisme, une crise revient à un grand nettoyage brutal et chaotique de l’économie. La facture est invariablement imposée aux travailleurs et aux plus faibles de la société. En d’autres termes, une crise économique est un excellent moyen pour organiser un transfert du travail au capital, des pauvres vers les riches. Les réductions des salaires dans les années 1980 en sont un bon exemple. Si, aujourd’hui, les salaires constituaient une part aussi grande du PIB qu’en 1981, chaque travailleur gagnerait environ 950 euros de plus par mois.[13]
 
 
Le krach financier de 2008 est la répétition du même phénomène. Rien qu’en Europe, 4 millions d’emplois ont disparu à cause de la crise.[14] Dans le monde, 64 millions de gens ont été poussés dans l’extrême pauvreté.[15] Dans presque tous les pays européens, le fossé entre riches et pauvres a augmenté, et même particulièrement fort en Irlande et en Espagne.[16] Actuellement, l’Europe compte 120 millions de pauvres, et 100 à 150 millions de personnes vivent sur le fil du rasoir. Il s’agit donc au total de 43 à 53% de la population ! En outre, avoir un emploi n’est plus suffisant. En Europe, une personne qui travaille sur 10 vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.[17]
 
 
Surtout dans les pays périphériques, la politique d’économies menée depuis 2008 a causé de véritables ravages. Les revenus moyens n’ont pas non plus été épargnés. En Italie, le pouvoir d’achat a baissé de 12%, en Espagne et en Grande-Bretagne (!), de 22%, et en Grèce, même de 33%.[18] Au Portugal, les salaires ont baissé de 12% ;[19] en Grèce, les salaires des fonctionnaires ont même dégringolé de 35%.[20] Aujourd’hui, 31% des Grecs vivent sous le seuil de pauvreté et 27% risquent d’y tomber.[21] En Espagne, la pauvreté pourra atteindre 40% d’ici 2022.[22]
 
 
En Belgique aussi, la pauvreté continue à augmenter. Aujourd’hui, dans ce pays prospère, 24.000 personnes ont besoin de l’aide alimentaire de la Croix-Rouge.[23] Certes, le rythme de cette augmentation a été moins rapide que dans les pays périphériques, parce que nous sommes restés 541 jours sans gouvernement et que des économies n’ont pu être décidées durant cette période. Deuxièmement, chez nous, les syndicats sont plus forts que dans la plupart des pays voisins. 
 
 
Pour les super-riches, la crise a en tout cas été une bénédiction. Jamais auparavant il n’y a eu autant de super-riches (fortune de plus de 22 millions d’euros) dans le monde. En Europe, 4.500 ont rejoint la liste, en Belgique, 60.[24] Les « individus très riches » (high-net-worth individual, avec des moyens d’investissements de plus d’un million de dollars) ont vu leur richesse croître d’au moins 41% depuis 2008.[25] Clairement, ce n’est pas la crise pour tout le monde.
 
 
Une question de civilisation
 
 
Ce fossé est un véritable scandale. Pour l’économiste internationalement renommé Jeffrey Sachs, une redistribution fondamentale de la richesse est une question de « civilisation ».[26] Mais il y a aussi des raisons sociales, économiques et même politiques pour entamer la lutte contre ce fossé. En premier lieu, l’inégalité dans un pays entraîne toute une série d’effets néfastes. Cela raccourcit la vie des gens, les rend plus malheureux, augmente la criminalité, le nombre de grossesses d’adolescentes et d’addictions aux drogues, et cela stimule la consommation excessive.[27]
 
 
Economiquement, une grande inégalité aggrave la crise, puisque des bas revenus signifient moins de pouvoir d’achat, ce qui est néfaste pour la consommation globale et donc aussi pour les investissements.
 
 
Il y existe un important parallèle entre notre époque et la Grande Dépression des années 1930. Entre 1920 et 1928, la part des 5% les plus riches est montée de 24 à 33%. Un an plus tard, c’était l’explosion. En 1983, cette part était de 22% et, en 2008, de 33%, soit précisément le niveau de l’année avant le grand krach.[28] Pour les mêmes raisons, les économies ne sont pas une bonne idée. Elles augmentent le fossé, rallongeant et empirant donc la crise. Mais peut-être est-ce bien le but ?[29]
 
 
Pour finir, un fossé trop grand entre riches et pauvres crée également un danger politique, davantage dissimulé. L’inégalité économique croissante et le recul des revenus bas et moyens suscite le mécontentement et l’agitation dans une large couche de la population. Selon The Economist, dans au moins 65 pays, il existe une possibilité haute à très haute d’agitation et de révolte, comparable avec celles du Printemps arabe.[30] Il n’est donc guère étonnant qu’à Davos, l’élite des riches décideurs, tout comme le président Obama et le chef du FMI, commencent à vraiment s’en inquiéter.[31] 
 
 
Ils n’ont pas encore réalisé qu’il ne s’agit pas ici d’un excès ou d’un débordement, mais bien d’une erreur-système ou d’un vice de construction. Il est grand temps pour quelque chose de nouveau.
 

 
Annex 1 : Priorités du capitalisme mondiale[32]
 
 
 
Annexe 2 Un monde de différence : la China et Cuba
 

Au niveau mondial, ces vingt dernières années, on a assisté à une forte diminution de l’extrême pauvreté ($ 1,25). La chose a été toutefois due en grande partie aux efforts de la Chine sur ce plan. [33] Une telle élimination massive de la pauvreté, comme c’est le cas pour la Chine, était quoi qu’il en soit sans précédent dans l’histoire du monde. Cette diminution de pauvreté est surtout la conséquence d’une forte augmentation des salaires. Pour l’instant le salaire double chaque six ans. [34] Il ne faut donc pas s’étonner que le nombre de revenus moyens en Chine ait très fortement augmenté. En vingt ans, au moins 800 millions de Chinois sont passés dans la catégorie des « revenus moyens » ($ 2-13). Cela équivaut à peu près à toute la population de l’Afrique noire et c’est quatre fois plus qu’en Inde.[35] L’Indice de Développement Humaine (IDH) mesure le progrès social d’un pays. Ces trente dernières années, l’augmentation de l’IDH de la Chine a été la plus élevée du monde entier et a été trois fois supérieure à la moyenne mondiale.[36]
 
 
 
A Cuba, le revenu par habitant est six fois plus bas que dans les pays riches. Le pays subit en effet le plus long blocus économique de l’histoire mondiale. Malgré cela, les soins de santé y sont parmi les meilleurs du monde. A Cuba, personne ne doit postposer une opération ou des soins dentaires faute d’argent. Soins, prothèses et autres interventions payantes chez nous y sont gratuits. Le pays a également un des meilleurs scores au monde en matière d’enseignement. Le pourcentage d’adultes cubains qui font des études supérieures est le deuxième plus haut au monde : 95%.[37] Ce taux est dû au fait que l’enseignement, université comprise, est entièrement gratuit. A Cuba, le pouvoir d’achat ne joue aucun rôle dans le fait de faire ou non des études (supérieures). Globalement, en tant que pays pauvre, Cuba obtient un score de développement social (HDI) comparable à la Belgique et fait même mieux que la Grande-Bretagne.[38]
 
 

[1] Le calcul du revenu d’une famille moyenne est basé sur l’hypothèse vraisemblable que les revenus des ménages disponibles s’élèvent à 70% du PIB. Dans ce cas ici on utilise le Product Brut du Monde (($83.200 milliard PPA en 2012).
Dans certains pays c’est plus que 70%, dans d’autres moins. Pour une famille moyenne ça donne alors $3.440 PPA. Ce chiffre tient compte avec les différences de prix entre les pays pour les mêmes produits ou services, et exprime le pouvoir d’achat réel. Nous avons converti ce chiffre en euro selon la méthode de calcul de la Banque Mondial. http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_GDP_(PPP) ; http://stats.oecd.org/Index.aspx?datasetcode=SNA_TABLE4.
Pour le calcul du patrimoine on se base sur le rapport recent de Crédit Suisse. Selon ce rapport, la patrimoine totale du monde (Household wealth) s’élève à $240.800 milliard. Crédit Suisse, ‘Global Wealth Report 2013’, Zurich 2013, https://publications.credit-suisse.com/tasks/render/file/?fileID=BCDB1364-A105-0560-1332EC9100FF5C83, p. 5.
[12] Il y a vingt ans, ce pourcentage fluctuait entre 6 et 7 pourcent. Aujourd’hui le pourcentage a monté jusqu’ à 15 pourcent. http://www.forum.vierdewereldsyndicaat.org/index.php?topic=1171.0 ;wap2.
[17] Dans ces deux pays, respectivement le coefficient de Gini a augmenté avec 6 et 6,6 points. En Belgique il y avait une augmentation d’un point. http://im.ft-static.com/content/images/bdd220f8-6c0a-11e3-a216-00144feabdc0.img?width=687&amp ;height=1333&title=&desc.
[27] Sachs J., ‘The Price of Civilization. Reawakening American Virtue and Prosperity’,New York, 2011, p. 231.
[28] Wilkinson R. & Pickett K, The Spirit Level. Why Greater Equality Makes Societies Stronger, New York 2009, p. 20.
[33] Le coût annuel de l’éducation, de la santé et de l’éradication de la pauvreté extrême s’élève à 180 milliards de dollars. Pour éradiquer le faim on a besoin de 30 milliards de dollar ; et pour établir de l’eau potable pour tout le monde aussi 30 milliards de dollar.
 http://www.oecd.org/social/poverty/...
 ;  http://www.oecd.org/social/poverty/...
 ;  http://www.who.int/water_sanitation....
Dépenses militaires :  http://www.sipri.org/yearbook/2013/03.
Publicité et mercatique : Calculé sur base de Human Development Report 1998,New York 1998, p. 63 ; http://www.metrics2.com/blog/2006/0....
Spéculation par jour : http://www.reuters.com/article/2013....
[36] The Economist, 14 février 2009, Special report : Middle classes, p. 4 & 9 ; http://data.worldbank.org/indicator/SI.POV.2DAY.
[37] UNDP, Human Development Report 2013, p. 149-151.
[38] UNDP, Human Development Report 2013, p. 5.
[39] UNDP, Human Development Report 2013, p. 144-7.

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 18:57

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Prothèses PIP: les chirurgiens savaient tout, ou presque

|  Par Michel de Pracontal

 

 

Bien avant que la fraude de PIP ne soit épinglée par l'Afssaps en 2010, les chirurgiens clients de l'entreprise savaient à peu près tout de ses dysfonctionnements et certains soupçonnaient que les contrôles étaient truqués. C'est ce que démontrent des documents inédits révélés par Mediapart.

 

Fin 2013, Jean-Claude Mas, patron-fondateur de PIP, et quatre dirigeants de sa société ont été condamnés pour tromperie aggravée par le tribunal de Marseille. Les médias ont décrit en détail la manière dont la société de La Seyne-sur-Mer, épinglée en mars 2010 pour avoir vendu des prothèses mammaires remplies d’un gel de silicone frauduleux, avait truqué les contrôles pour masquer l’utilisation d’un gel non médical. En revanche, on ne savait à peu près rien des relations entre PIP et sa clientèle de chirurgiens plasticiens, opérant dans des cliniques privées ou dans des hôpitaux publics, qui ont acheté et posé les prothèses frauduleuses, parfois au rythme de plusieurs centaines par an.

Mediapart a pu se procurer l’ensemble des rapports mensuels d’activité établis par la direction commerciale de PIP entre début 2005 et fin 2009, juste avant la liquidation de l’entreprise. A l'exemple de ces lignes, rédigées en novembre 2005 par un représentant commercial de PIP :

« La situation des ruptures (de stocks) est totalement incompréhensible et dure depuis… 2002. Le cas du docteur Delgove est symptomatique, plusieurs commandes non honorées, les prothèses commandées en MX remplacées par des TX (alors qu’il n’en souhaite plus…)… Tout ceci alors que la concurrence effectue le “forcing” pour nous déloger… Le Dr Delgove a posé plus de 180 paires PIP en 2004 !! À titre d’information, je viens de régler, la semaine dernière, pour lui près de 1100 € à l’occasion du congrès de la Sofcpre (société française de chirurgie plastique et reconstructrice)… ceci pour que la semaine suivante, il soit contraint de passer commande ailleurs faute de pouvoir se faire livrer par PIP. »

Ces documents internes, inédits jusqu’ici, éclairent l’affaire d’un jour nouveau. Ils montrent que lorsque la fraude a été découverte, le manque de fiabilité de PIP était depuis longtemps un secret de Polichinelle dans le milieu des chirurgiens plasticiens. Les rapports des commerciaux montrent de fortes tensions entre PIP et ses clients exaspérés par les dysfonctionnements chroniques de l’entreprise : mauvaise gestion des stocks, suivi irrégulier des commandes, qualité de fabrication instable, etc. Ils font apparaître que dès 2006 et surtout à partir de 2007, les commerciaux se sont sérieusement inquiétés de la multiplication des ruptures de prothèses. Ils révèlent que certains chirurgiens ont mis en cause le gel PIP dès 2007, et ont soupçonné une fraude aux contrôles au moins un an avant qu’elle ne soit mise en évidence, en mars 2010, par une inspection de l’Afssaps (Agence française pour la sécurité sanitaire des produits de santé, devenue l’Ansm). On découvre, enfin, que PIP a su s'assurer le soutien de certains experts et a entretenu des relations suivies avec les centres anti-cancer, qui ont continué d'acheter ses prothèses alors que de nombreux chirurgiens se détournaient de la société de Mas.

 

Le site de PIP à La Seyne-sur-Mer 
Le site de PIP à La Seyne-sur-Mer © Reuters

 

• Dès 2005, nombreux défauts de qualité ou dysfonctionnements de gestion chez PIP

En mars 2005, les commerciaux de PIP craignent de perdre un important client, le docteur Guy-Henri Muller, à Strasbourg : « Suite à de nombreux problèmes rencontrés avec PIP (extrusions, cas de formation de liquide séreux important lors de reconstructions, ruptures de stock à gérer), ce très gros client a laissé sous-entendre qu’il pourrait très prochainement aller à la concurrence. Ceci serait fort dommageable car Dr Muller a une très forte notoriété. »

Des clients de PIP protestent contre la présence, sur l’enveloppe de nombreuses prothèses, de cheveux, de bulles, de peluches, de taches ou de traces de silicone. En février 2007, à propos d’une réclamation d’un fidèle client – le docteur Dominique Antz, de Mulhouse –, concernant des défauts de texturation, le représentant pose la question : « Comment des enveloppes avec ce type de défaut peuvent-elles franchir le contrôle qualité ? » Le même rédacteur déplore que le chirurgien ait été réduit à « ouvrir 7 boîtes d’implants PIP… pour en éliminer 5… et en poser 2 !! ».

Les représentants signalent de nombreux retards de livraison et des problèmes récurrents de conditionnement ou d’étiquetage. En septembre 2005, le docteur Richard Abs, de la clinique Phénicia à Marseille, « est très mécontent de ne pouvoir obtenir des prothèses de fesses (xième relance) ». En novembre 2007, le CHU de Toulouse reçoit des « livraisons catastrophiques » de gabarits gonflables, conditionnés de façon anarchique : « Parfois, on en met 2 dans une mallette en plastique, parfois 1 seul. Ils sont parfois envoyés dans des valisettes transparentes à fond bleu. Sur une même livraison, les 2 mallettes différentes peuvent être utilisées ! Parfois, ils sont livrés sans valisette, en vrac, dans des cartons. » Avril 2008 : « Le docteur Mage a ouvert une 205 cc à la clinique Antoine de Padoue à Bordeaux. À l’intérieur, une 470 cc !… » Moins d’un an après, le même médecin subira la même mésaventure…

En avril 2005, un problème d’une autre nature : le docteur Alfred Fitoussi, qui travaille à l’institut Curie et à la clinique Saint-Jean-de-Dieu, « a réclamé à nouveau ses honoraires concernant une communication faite au congrès d’Israël en accord avec le distributeur local ». Fitoussi n’en continue pas moins à travailler sur des présentations ou des ateliers pour PIP, même si, en février 2006, il est toujours « très mécontent » de n’avoir aucun règlement.

Dans le compte rendu de mai 2005, on apprend que le docteur Fitoussi « a réitéré sa demande sur les tailles réelles de prothèses asymétriques ». Exclusivité PIP, les prothèses asymétriques sont surtout destinées à le reconstruction mammaire pour les patientes opérées lors d’un cancer du sein. Elles permettent parfois d’obtenir de meilleurs résultats que les prothèses classiques rondes, mais les clients de PIP se plaignent souvent du fait que la gamme soit trop étroite et ne comporte pas assez de tailles. Qui plus est, dans certains cas, ces prothèses asymétriques deviennent rondes…

« Un jour, l'Afssaps va trouver cela bizarre »

La raison pour laquelle Fitoussi demande les tailles réelles de ces prothèses apparaît dans le rapport d’octobre 2006, qui mentionne un échange entre chirurgiens lors d’un congrès organisé par Astra Zeneca. Un chirurgien expose qu’il a choisi un certain modèle de prothèse en se basant sur le catalogue PIP : « Le Dr Fitoussi répond que PIP lui a dit que les cotes des implants étaient fausses et que le cotes officielles avaient été définies pour l’homologation à l’Afssaps sans tenir compte des mesures réelles. » Si l’on comprend bien, le catalogue ne donne pas les vraies mesures des prothèses. L’incident en dit long sur le sérieux avec lequel la société PIP traite les aspects réglementaires.

Les rapports des commerciaux mentionnent plusieurs études cliniques sur le gel de silicone des prothèses PIP. En mai 2005, le représentant indique : « Il devient urgent de faire un point sur les dossiers d’études cliniques (gel de silicone). Médecins concernés : Dessapt et Muller. Les études ont débuté en 2001 pour une durée de deux ans ! Plusieurs demandes ont été faites au service qualité, sans succès… » En juillet, rien n’a changé : « Je relance ce jour le service Qualité pour avoir une situation des études cliniques en gel de silicone sur ce secteur (toujours pas de réponse…). »


Jean-Claude Mas 
Jean-Claude Mas © Reuters

Le gel a aussi été étudié par le docteur Maurice Félix, de la clinique Phénicia à Marseille, l’un des plus gros clients de PIP. En septembre 2005, le docteur Félix « a rendu ses dossiers “suivi patientes” concernant l’étude des gels. Demande le règlement (305 € par dossier × 29 soit un total de 8845 € ». Cette étude n’a manifestement pas détecté la composition frauduleuse du gel. En février 2006, une des patientes de Félix est victime d’une rupture de prothèse avec siliconome (inflammation due au gel), et menace d’un procès, ce qui conduit PIP à prendre en charge tous les frais de réintervention. Début 2007, Maurice Félix sera l’un des premiers à mettre en cause le gel PIP, qu’il juge insuffisamment « cohésif ».

Pour conserver sa clientèle, la société de Jean-Claude Mas a accordé à un certain nombre de chirurgiens des rabais très importants ou des délais de paiement. Les commerciaux de PIP se plaignent de l’incohérence de la politique tarifaire de l’entreprise et de l'absence de grilles de tarif en fonction des quantités commandées. En septembre 2005, PIP a des difficultés avec deux de ses clients parisiens, les frères Sidney et Jacques Ohana (clinique Pétrarque) : le représentant se plaint du fait que les frères Ohana font travailler d’autres chirurgiens avec les tarifs préférentiels que PIP leur a accordés. L’affaire finit par s’arranger. En janvier 2008, le docteur Sidney Ohana est toujours client de PIP, mais un autre incident se produit : alors que le chirurgien « enregistrait une intervention pour une émission télévisée, un implant PIP s’est rompu à l’implantation… il a finalement posé une paire d’implants de marque Sebbin ».

 

• À partir de 2006, la multiplication des ruptures d’implants PIP

En première ligne face aux chirurgiens, les représentants sont les premiers à détecter l’augmentation des cas de ruptures d’implants PIP, qui donnent souvent lieu à des réinterventions dont le fabricant assume les frais. Mai 2006 : « Vu les cas de plus en plus fréquents de ruptures des pmi en gel, l’explication que l’épaisseur est conforme aux normes n’est pas appropriée ni justifiée. Les chirurgiens parlent entre eux », écrit le représentant. Plusieurs chirurgiens signalent des cas de ruptures de prothèses avec siliconomes.

La tendance s’accentue l’année suivante. En février 2007, un représentant exprime sa crainte d’une méfiance croissante des clients, chez qui « commence à faire son chemin » l’idée que les ruptures des prothèses PIP sont dues à des défauts de l’enveloppe. Le représentant redoute que certains chirurgiens soient, « je cite, intimement convaincus d’avoir implanté des dispositifs limite ou douteux… ».

En avril 2007, un autre commercial écrit : « Nous sommes handicapés par l’instabilité des produits PIP. Les nombreuses ruptures d’implants affectent gravement notre image de marque près des chirurgiens plasticiens. Sur le secteur sud-ouest un grand nombre de chirurgiens ne souhaitent plus recevoir PIP. »

Juin 2007 : un chirurgien évoque les ruptures de prothèses alors qu’il n’en a pas personnellement subi, « preuve, si besoin était, que les informations relayées de multiples manières circulent et qu’il serait en conséquence parfaitement inconscient de mésestimer leur portée », note un représentant.

Un de ses collègues enfonce le clou : « Depuis 2 ans, je tire la sonnette d’alarme sur les problèmes de ruptures d’enveloppes : plusieurs mails à la direction et aux services concernés (qualité, R et D, production). Pas une seule fois, on ne m’a répondu. Je pense que cette année, nous allons approcher la centaine de ruptures. C’est grave et les conséquences peuvent être dramatiques pour nous. À chaque fois il y a une DMV (déclaration de matériovigilance) : un jour l’Afssaps va trouver (cela) bizarre ! Plus grave, les chirurgiens parlent entre eux : au niveau national, ils ont maintenant un forum de discussion via le net et pour avoir pu chez un client lire un échange entre eux : ils y vont bon train !! Au niveau régional : l’ACPO (45 plasticiens de l’ouest) : 2 réunions par an, plusieurs de mes clients en ont déjà parlé ! Bref je vous laisse imaginer les dégâts… »

L’inquiétude des commerciaux de PIP contraste avec l’apparente sérénité de l’Afssaps qui ne s’étonne pas de l’augmentation des déclarations d’incidents. À noter que l’un des experts en matériovigilance de l’Afssaps, le professeur Jean-Pierre Chavoin, chef de service au CHU de Toulouse, est un client de PIP. Le représentant responsable du secteur sud-ouest le cite à plusieurs reprises. En novembre 2005, il rapporte que le professeur lui a dit être « l’objet d’une cour assidue (du concurrent) Mac Gahn qui lui présente des implants nouveaux à tester pour en devenir l’expert France, et lui fait miroiter une aide exceptionnelle pour sa manifestation de vidéo-forum de 2007 » ; en octobre 2006, le commercial mentionne une vidéo sur les prothèses asymétriques en cours de réalisation par l’équipe du professeur Chavoin au CHU de Toulouse ; en mars 2007, on apprend que le marché du Centre hospitalier d’Albi a échappé à PIP, « alors que sur les conseils de JP Chavoin le gynéco était prêt à poser des (prothèses) asymétriques en reconstruction » ; en septembre 2007, il est à nouveau question de réaliser un film au CHU de Toulouse.

« Mon chiffre d'affaires s'est maintenu, mais jusqu'à quand ? »

Début 2008, le professeur Chavoin, qui était expert en matériovigilance depuis le début des années 2000, est nommé membre de la commission nationale de sécurité sanitaire des dispositifs médicaux de l’Afssaps. À la même époque, un médecin de son service, le docteur Dimitri Gangloff, vérifie l’état d’une prothèse PIP qu’il s’apprête à utiliser. L’implant lui éclate dans les mains. Une déclaration de matériovigilance est faite, et la prothèse rompue est envoyée à l’Afssaps. Mais l’agence ne réagit pas à ce signalement, pourtant effectué par l’un de ses experts ! Quant au professeur Chavoin, il finit par abandonner les prothèses PIP, son service ayant mis au point un logiciel pour réaliser des implants sur mesure fabriqués par la marque concurrente Pérouse.

 

Christian Marinetti 
Christian Marinetti © DR

 

• En 2008, l’alerte des chirurgiens de Marseille

En avril 2008, le commercial qui s’occupe du secteur sud-est signale que le docteur Félix, de la clinique Phénicia de Marseille, ne posera plus les prothèses PIP « tant que nous ne lui aurons pas apporté la preuve de l’amélioration de nos enveloppes et de notre gel (car pour lui, non seulement nous devons résoudre le problème des ruptures d’enveloppes mais également celui du gel qui, selon lui, n’est absolument pas cohésif) ». Ce chirurgien avait mis en cause le gel des prothèses PIP dès janvier 2007. Cela n’a pas empêché la clinique Phénicia de rester l’un des gros clients de PIP : elle a acheté 150 paires d’implants en octobre-novembre et détient, en 2008, un stock de prothèses PIP pour environ 50 000 €.

Mais les ruptures d’implants se poursuivent chez les patients des trois chirurgiens opérant à la clinique Phénicia, les docteurs Richard Abs, Maurice Félix et Christian Marinetti (principal actionnaire de la clinique). Les rapports entre PIP et la clinique de Marseille se tendent. Marinetti indique à Jean-Claude Mas qu’il ne veut pas garder son stock de prothèses PIP.  En mai 2008, une patiente du docteur Félix doit être opérée en urgence parce que les médecins craignent qu’elle n’ait des métastases. En fait, la patiente souffre de nombreux siliconomes, effet récurrent du gel.

À la même époque, le docteur Abs se propose de créer une base de données sur les incidents liés aux prothèses, qui serait consultable sur « Tam-tam », le forum internet des chirurgiens plasticiens. Sur ce forum, les commentaires négatifs à propos de PIP se multiplient. Les commerciaux sont de plus en plus inquiets : « Mon CA (chiffre d’affaires) s’est maintenu, mais jusqu’à quand ? » s’interroge l’un d’eux en juin 2008 ; un autre lui fait écho : « Mon CA ne tient qu’à mes relations avec (les) chirurgiens. »

En septembre 2008, Christian Marinetti parle d’un « gel toxique ». Il envoie un mail à l’Afssaps en novembre 2008, demandant à l’agence de faire une analyse physico-chimique du gel des prothèses PIP. Cet alerte n’aura pas plus d’effet que les signalements antérieurs, notamment celui de Jean-Pierre Chavoin.

Selon un rapport de février 2009, Jean-Claude Mas a racheté pour 42 000 € le stock de prothèses PIP de la clinique Phénicia. En mars 2009, Richard Abs, le collègue de Marinetti, rencontre un représentant de PIP. D’après ce dernier, Abs « a découvert qu’il existait différentes qualités de silicone médical et que les coûts étaient considérablement plus bas… ces différences (qu’il ignorait jusqu’à présent) lui ont mis un doute à notre sujet, il se demande si l’explication des siliconomes en grand nombre, à chaque rupture, n’est pas là… de ce fait ayant un certain doute il ne posera plus de PIP. Je lui ai expliqué que nous étions soumis à des contrôles rigoureux, ce à quoi il m’a répondu qu’il était possible de présenter des dossiers et des échantillons corrects et de faire ensuite différemment ! qu’il serait intéressant de faire analyser une prothèse rompue ayant entraîné des siliconomes, par un laboratoire spécialisé dans ce type de recherche, et non par nous-mêmes. Cependant, il m’a dit qu’il ne ferait pas part de ses soupçons sur Tam-tam. Le docteur m’a demandé que cette conversation reste entre lui et moi… ».

Ce récit suggère fortement que le chirurgien marseillais soupçonnait PIP de falsifier les contrôles. Mais il n’a pas ouvertement fait part de ses soupçons à l’Afssaps. En octobre 2009, Christian Marinetti envoie un courrier recommandé à la direction de l’agence, sans évoquer de fraude. À la même époque, l’Afssaps reçoit un courrier anonyme comportant des photos qui prouvent la présence sur le site PIP de produits non conformes. Il faudra encore attendre jusqu’à mars 2010 pour que l’agence se décide à effectuer une inspection sur place…

 

• Le marché des centres anti-cancer

En juin 2008, PIP remporte de haute lutte le marché des prothèses pour les centres anti-cancer (plus précisément, pour 14 CAC regroupés en une centrale d’achat qui a été créée début 2008). Ce succès inespéré survient alors que PIP est en train de perdre de nombreux clients, est en conflit avec la clinique Phénicia et fait l’objet d’une campagne de dénigrement sur le forum Tam-tam des chirurgiens plasticiens. On peut s’étonner que les centres anti-cancer, censés se montrer particulièrement rigoureux dans leurs choix de prothèses, aient retenu la candidature de PIP. Deux facteurs ont joué un rôle important : d’une part, PIP est le seul fabricant à proposer, en plus des prothèses rondes, des prothèses « asymétriques » ; d’autre part, l’entreprise de Jean-Claude Mas entretient de longue date des relations avec des chirurgiens travaillant ou ayant travaillé pour les centres anti-cancer.

« Suite à certaines rumeurs… »

Les prothèses asymétriques sont une invention de deux chirurgiens, Marie-Christine Missana et Arnaud Rochebilière. La première a exercé dans le plus grand centre anti-cancer français, institut Gustave-Roussy (IGR) de Villejuif, avant de rejoindre une clinique à Monaco ; le second possède un cabinet à Toulon. L'invention étant brevetée, PIP a régulièrement versé des royalties aux deux médecins (d’après un document comptable que Mediapart a pu consulter, ces royalties s’élevaient en 2005 à 19 700 € pour chacun des deux inventeurs).

 

Prothèse PIP défectueuse 
Prothèse PIP défectueuse © Reuters

Par ailleurs, l’entreprise de Jean-Claude Mas a entretenu des relations suivies avec plusieurs centres anti-cancer. Ainsi, PIP a travaillé avec des chirurgiens ayant exercé à l’institut Curie (Paris), notamment le docteur Alfred Fitoussi, déjà mentionné, et le docteur Krishna Clough, qui a créé l’Institut du sein à Paris. Les comptes rendus des commerciaux montrent que le docteur Fitoussi a effectué des présentations ou des ateliers pour PIP. Par exemple, à propos d’un congrès tenu en juin 2006 au Centre anti-cancer Léon-Bérard, à Lyon, le commercial de PIP note : « Lors de ce congrès, le docteur Fitoussi a fait une très bonne présentation sur nos prothèses asymétriques. Le professeur Chavoin a pris la parole pour dire qu’il était pleinement satisfait de ces implants. »

Lors d’un séminaire d’oncoplastie en mars 2007, dont PIP a subventionné le buffet, le docteur Fitoussi a fait un exposé, de même que ses collègues de l’IGR, les docteurs Marie-Christine Missana et Lise Barreau. Ces exposés ont été accompagnés de films d’interventions chirurgicales.

Il semble que PIP ait eu quelques difficultés à s’implanter à l’institut Gustave-Roussy, malgré la présence du docteur Missana, associée par son brevet à l’entreprise de Mas. D’après les rapports des commerciaux, le service pharmacie de l’IGR s’est dans un premier temps opposé au choix de PIP. Le rapport de décembre 2005 indique que le docteur Missana et sa collègue Lise Barreau avaient d’abord refusé de recevoir le représentant de PIP, qui a finalement pu présenter sa gamme de produits après une intervention de Rochebilière. Le feu vert est donné en 2006 et, en mai 2007, l’IGR est devenu le client n°1 de son secteur, avant la clinique Pétrarque du docteur Sidney Ohana…

Un troisième centre anti-cancer client de PIP est l’institut Claudius-Regaud (ICR), à Toulouse. Des chirurgiens de cet institut, le docteur Ignacio Garrido et le docteur Hélène Charitanski, ont travaillé avec PIP. Garrido a dirigé un atelier sur les prothèses asymétriques lors d’un congrès en 2006.

Par ailleurs, Françoise de Crozals, pharmacienne à l’ICR, était la coordinatrice de la centrale d’achat des centres anti-cancer en 2008. Le service commercial de PIP est entré en relation avec elle début 2008, et a ainsi pu obtenir les informations nécessaires pour répondre à l’appel d’offres.

Si PIP a remporté cet appel d’offres, la situation se gâte début 2009. Un rapport de janvier note que l’institut Claudius-Regaud « ne pose quasiment plus d’asymétriques », notamment parce que les implants se déforment et sont sujets à des rotations « en aussi grand nombre que les anatomiques ». En novembre 2009, Françoise de Crozals, la pharmacienne responsable de la centrale d’achats, se fâche. Lors d’une réunion avec les cadres de PIP, elle se plaint de ce que le gel des prothèses ne serait plus le même qu’au début du marché. Puis elle adresse à la direction de l’entreprise une lettre dans laquelle elle demande, « suite à certaines rumeurs », les éléments complets du dossier, comportant « l’assurance qualité relatif à l’origine des gels de silicone constitutifs de vos prothèses ». Bref, la confiance n’est plus au rendez-vous. Mais le marché avec les centres anti-cancer aura tout de même fonctionné plus d’un an, après avoir été conclu au moment précis où bon nombre des clients de PIP se tournaient vers la concurrence. Une anomalie parmi de nombreuses autres dans cette affaire tortueuse que la justice n’a fait jusqu’ici qu’effleurer.

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

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