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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 21:33

 

 

Source : www.mediapart.fr

 


Le rapport de Caritas Europe qui dénonce le coût humain de la crise en Europe

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

L’ONG accuse les politiques d’austérité imposées par l’Europe. Elle demande aux gouvernements d’accepter d’en reconnaître l’échec et de trouver des alternatives.

Après de nombreuses ONG, Caritas Europe dresse un deuxième rapport accablant sur la situation en Europe. Montée de la pauvreté, montée des inégalités, dégradation des niveaux de vie, chômage, violences, malnutrition, baisse de la santé, de la scolarité… l’ONG dit être submergée par l’effondrement européen.

Toutes les barrières de protection ont sauté, accuse l’ONG, qui s’est intéressée en priorité aux sept pays européens les plus touchés par la crise – Grèce, Espagne, Portugal, Irlande, Italie, Chypre et Roumanie. Le coût humain de la crise y devient insupportable.

La grande pauvreté atteint désormais plus de 10 % de la population. Les salariés, quand ils travaillent, gagnent parfois si peu qu’ils ne peuvent subvenir à leurs besoins. Près de 500 000 salariés en Europe, selon ses estimations, ne peuvent plus se payer un logement. Les populations les plus vulnérables – les femmes, les émigrés non européens, les personnes sans formation – sont les premières atteintes. L’exclusion est devenue telle que l’ONG dit voir de plus en plus de personnes sorties totalement du système et ne comptant plus que sur elles-mêmes.

Peu habituée jusqu’alors à investir le champ politique, Caritas Europe y entre désormais de plain-pied et accuse. Les politiques imposées par l’Europe sont, selon elle, les grandes responsables de cette désagrégation sociale. « Les hauts niveaux de dettes (publiques) n’ont pas été à l’origine de l’effondrement de la croissance, comme les auteurs d’une importante étude (Ash & Pollin 2013) l’ont démontré. Néanmoins, alors que la crise se poursuit, l’attention s’est détournée des évidentes fautes des marchés financiers et s’est tournée vers les erreurs supposées des gouvernements. En fait, le poids du règlement de la crise créée par les marchés financiers et les banques centrales et les régulateurs qui étaient censés les contrôler a été transféré sur les "travailleurs ordinaires, les services publics, les vieux et les faibles" (Quiggin 2012). Quiggin décrit cette politique d’austérité accrue non simplement comme "une idée d’économie zombie" mais comme "une stratégie politique de guerre de classe". »

Le rapport poursuit : « La principale préoccupation parmi les dirigeants a été la volonté, conduite par la Banque centrale européenne, qu’aucune banque ne devait faire faillite et que les problèmes de déficit budgétaire seraient corrigés par l’imposition de mesures d’austérité et de réformes structurelles. Cette politique "de ne pas laisser un seul porteur obligataire derrière" constitue une socialisation massive des dettes accumulées dans les banques privées et représente le plus large transfert de richesses des citoyens vers les créditeurs privés dans l’histoire de l’Europe. »

« Les faits réunis dans ce rapport, et dans le précédent, nous amènent de nouveau à conclure que la politique mettant l’accent prioritaire sur l’austérité ne marche pas en Europe et qu’une alternative doit être d’urgence adoptée », conclut l’ONG en listant une série de priorités allant d’une plus grande prise en compte des impacts sociaux dans les mesures adoptées à une restructuration des dettes, en passant par une  réforme du système bancaire afin de supprimer l’aléa moral dont il bénéficie. Bref, de reprendre toute la gestion de la crise à zéro.

 

 

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 20:14

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Marchés financiers

Nomination controversée : un ex-dirigeant d’UBS devient responsable de l’autorité de contrôle suisse

par Agnès Rousseaux 31 mars 2014

 

 

 

Qui sera désormais en charge de surveiller les banques suisses ? Un ancien dirigeant de la controversée banque UBS (Union des banques suisses) ! Ainsi en a décidé le gouvernement suisse le 26 mars, en nommant le Britannique Mark Branson directeur de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma). Cette agence de contrôle, gendarme du secteur bancaire, doit s’assurer du bon fonctionnement des marchés financiers et des banques, du respect des lois et règlements. Elle prononce des sanctions et est en charge de la lutte contre le blanchiment d’argent [1].

Peut-elle remplir son rôle en toute indépendance si elle est dirigée par un ancien banquier d’UBS ? La nomination de Mark Branson fait grincer des dents. C’est que le banquier a un lourd passé. Il entre en 1998 à UBS pour y passer une grande partie de sa carrière. De 2006 à 2008, il est responsable de la banque d’affaires d’UBS Japon, au moment où celle-ci est impliquée dans le scandale de la manipulation du taux interbancaire Libor. Aucun preuve n’a été établie que Mark Branson avait connaissance des actions de manipulation réalisées par les employés de la banque, a déclaré un porte-parole de la Finma. Dans un rapport sur ce scandale, la Finma reproche cependant à la direction d’UBS de ne pas avoir supervisé de manière adéquate ses employés, rapporte le Wall Street Journal. En 2012, UBS Japon a plaidé coupable concernant cette fraude. La banque a accepté de payer 1,5 milliard de dollars pour régler cette affaire, auprès des autorités suisses, britanniques et états-uniennes.

Mark Branson est ensuite devenu directeur financier et responsable « contrôle du risque et conformité » au siège de la banque, à Zurich. En 2009, il est amené à témoigner devant le Sénat états-unien et à présenter les excuses d’UBS, pour le rôle que la banque a joué dans l’aide à l’évasion fiscale de milliers de contribuables américains. Lors de son audition, Mark Branson critique au passage les efforts des États-Unis pour lutter contre la fraude fiscale, affirmant qu’ils entravent les « traditionnelles pratiques bancaires suisses »...

La Finma gère les faillites et les recapitalisations des banques

Peut-être lassé de tous ces déboires judiciaires, Mark Branson quitte UBS en 2010 pour être nommé chef de la division Banques au sein de la Finma. Il assure depuis février l’intérim à la tête de l’agence, après la démission impromptue de son prédécesseur – pour motifs personnels. Malgré sa nationalité britannique, il fait alors figure de favori pour être nommé directeur de manière permanente, pour des raisons de « continuité stratégique ». La Finma et la Banque nationale suisse (BNS) ont prévu prochainement une révision des lois concernant les banques systémiques, « trop grandes pour faire faillite », qui sont à la fois banques de dépôt pour les épargnants et banques d’affaires (cette définition concerne en Suisse deux banques : UBS et Crédit suisse). Le lobby bancaire, l’Association suisse des banquiers (dont le vice-président est un haut dirigeant d’UBS), a déclaré « attendre du nouveau PDG (de la Finma) qu’il rétablisse le climat de confiance et de coopération entre l’industrie bancaire et les instances de régulation ». Avec une telle proximité entre les banques et ceux chargés de les contrôler, le climat de confiance devrait être au beau fixe.

La position de Mark Branson à des postes stratégiques de la banque ont entrainé de nombreuses critiques sur cette nomination, et sur les liens incestueux entre banques et instances de contrôle. Car c’est la Finma qui serait amenée à décider du sort d’UBS en cas de grave crise bancaire ou de faillite. C’est également elle qui a supervisé la recapitalisation d’UBS pendant la crise financière de 2008, alors que la banque avait perdu près de 50 milliards de dollars dans le naufrage des subprimes.

En France, UBS fait l’objet d’une enquête judiciaire pour blanchiment de fraude fiscale. La banque a été mise en examen pour démarchage illicite de clients français [2] et a également été condamnée en 2013 par les autorité de surveillance à une amende de 10 millions d’euros, pour « laxisme » dans le contrôle de pratiques commerciales susceptibles de relever du blanchiment de fraude fiscale. Ce qui n’a pas empêché la France – et son ministre des Finances Pierre Moscovici – d’être aussi inspirée que la Suisse en décembre dernier, en nommant l’ancienne directrice de la conformité d’UBS France, Françoise Bonfante, à la Commission des sanctions de l’Autorité des marchés financiers, le gendarme de la bourse (lire notre article). Cette décision ayant été vivement critiquée, le ministre Pierre Moscovici a finalement demandé à Françoise Bonfante de démissionner. Les Suisses seront-ils aussi vigilants ?

@AgnesRousseaux

 

Notes

[1La Finma, créée en 2008, est issue de la fusion de la Commission fédérale des banques (CFB), de l’Office fédéral des assurances privées (OFAP) et de l’Autorité de contrôle en matière de lutte contre le blanchiment d’argent (AdC LBA).

[2UBS France a été mise en examen pour complicité de démarchage illicite. Et la maison mère suisse, UBS AG, a été mise en examen pour démarchage illicite.

 

 


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Source : www.bastamag.net

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 22:13

 

Source : www.marianne.net

 

Pourquoi il faut sortir de l'euro
Samedi 29 Mars 2014 à 10:24

 

Propos recueillis par Hervé Nathan

 

L'économiste Frédéric Lordon publie "la Malfaçon", réflexion sur la manière dont la monnaie unique européenne a détruit les souverainetés populaires. Le livre le plus important avant les élections européennes. Il a répondu à "Marianne" en exclusivité.

Baltel/SIPA
Baltel/SIPA
Fut un temps où il était impossible d'émettre la moindre critique sur l'euro. La pensée économique était aussi unique que la monnaie et endormait les 324 millions de citoyens peuplant ladite zone euro. La crise de 2008, la plus longue et profonde depuis 1930, a balayé les certitudes au point que l'euro bashing serait presque devenu tendance. Raison de plus pour être sélectif dans la critique. Celle que nous propose aujourd'hui Frédéric Lordon sort justement du commun. Plutôt que de nous démontrer par a + b qu'on peut sortir de la monnaie unique, que cela ne nous coûtera pas trop cher, que les problèmes économiques du pays en seraient magiquement résolus et que cela ne tirerait pas à conséquences, il affirme au contraire, à raison, qu'il ne s'agira pas d'un dîner de gala.

Absence de démocratie

Si la Malfaçon s'avère, ce que nous postulons, être l'essai le plus important avant les élections européennes du 27 mai prochain, c'est qu'il élève le problème à son vrai niveau, celui de la politique, au sens de savoir qui gouverne la cité. Les traités constitutifs de l'euro ont littéralement congelé la politique économique, l'ont emprisonnée dans des rets si serrés que les peuples n'ont plus le pouvoir de choisir leur avenir, ce qui est bien l'absence de toute démocratie. Le réquisitoire implacable de Lordon, c'est que tout ça n'est pas le fait du hasard : «Que le peuple souverain puisse décider et réviser à sa guise, c'est ce que les puissances qui dominent la construction européenne ne veulent à aucun prix. Il ferait beau voir que le souverain décide contre les intérêts du capital.».

Faut-il le suivre jusqu'au bout ? Au centre de la Malfaçon, il y a l'Allemagne, purement et simplement réduite ici à l'idéologie de la Bundesbank. Or c'est pourtant d'Allemagne, de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, que nous vient l'exigence renouvelée d'un pouvoir européen réellement démocratique. Mais la primauté supposée de la banque allemande sur le pouvoir politique permet de nier toute évolution possible de l'Europe, et donc, non seulement de prôner la sortie de l'euro, mais aussi le détricotage de l'Union européenne elle-même, ce qui est encore autre chose. Lordon ne laisse aucune chance à une «autre Europe». Même s'il s'en défend, le retour au «national» n'est qu'une étape, le point de passage vers un autre monde possible, l'abolition du capitalisme, qui redeviendrait une potentialité dès lors que le peuple serait en possession du pouvoir. On pense irrésistiblement à un «programme de transition», comme aurait dit Léon Trotski, qui amènerait par étapes la société à remettre en cause tout l'ordre social établi. Il n'est pas question de s'interdire l'utopie - à l'heure de la crise, qui le pourrait ? Notre problème à tous, c'est que tandis qu'aucune formation de la gauche ne soutient pour l'heure cette solution, à l'autre bout de l'échiquier politique, une Marine Le Pen a aussi repéré «l'ouvre-boîtes» que serait une sortie de l'euro. Non pas pour aller vers l'émancipation des travailleurs, mais pour ériger à partir de la souveraineté retrouvée un modèle d'Etat autoritaire et de ségrégation. Et elle a une longueur d'avance. n Hervé Nathan

Marianne : Le débat que nous allons avoir n'a pas besoin de faire le procès de l'euro. Nous tenons pour acquis que la monnaie unique, telle qu'elle a été instituée, dysfonctionne, que les règles qui la gouvernent sont, comme vous l'affirmez, «intrinsèquement stupides». Ce qui nous intéresse d'abord, c'est que vous présentez la crise comme «politique avant d'être économique»...

Frédéric Lordon : En effet, je ne situe pas l'enjeu majeur de la sortie de l'euro dans une stratégie économique de dévaluation du change mais dans une entreprise politique de restauration de la souveraineté. Dont la monnaie unique a opéré une invraisemblable destruction. Il faut d'abord y voir l'effet de l'ordolibéralisme allemand [courant libéral apparu dans les années 30] pour lequel le caractère souverain des politiques publiques est une abomination de principe, l'arbitraire et la déraison étatiques par excellence. Sans surprise, c'est en matière de politique monétaire que cette phobie a été portée à son plus haut point. Imposée telle quelle à l'Europe par l'Allemagne, elle a conduit à un modèle qui asservit la conduite des politiques économiques à des règles a priori, celles des traités. Mais dans «politique économique» il y a bien «politique» ! Terme qui se trouve pourtant purement et simplement annulé par réduction à une automatique de la «stabilité». Pour faire bonne mesure, l'Allemagne, anticipant non sans raison que les règles pouvaient être violées, a obtenu que les politiques économiques soient exposées au jugement permanent des marchés de capitaux, instance disciplinaire à la puissance sans équivalent et infaillible garante du respect des normes de l'orthodoxie, le nom convenable dont s'habillent les intérêts de la rente. Les tares économiques de cette construction sont maintenant parfaitement connues. Mais ses tares politiques sont bien pires. L'ordolibéralisme euro-allemand a eu pour effet de barrer l'essence même de la souveraineté politique. Et l'Europe présente nous oblige à répondre à cette question : acceptons-nous de vivre dans un monde d'où toute substance politique a été retirée ?

A vous entendre, on a changé de régime, passant de la souveraineté au pouvoir du capital. Or, on n'a pas l'impression que les buts poursuivis par les gouvernements et les majorités différaient fondamentalement d'aujourd'hui. Le personnel politique du «monde d'avant» est toujours en place. Nous serions passés en dix ans de la lumière à l'ombre. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

F.L. : Comme souvent, le paradoxe n'est qu'apparent. Il est tout à fait exact que les orientations présentes de la politique économique française sont en place depuis les années 80, et, en cela, ne doivent rien à l'union monétaire, qui les a redéployées dans son cadre propre. Mais avec une différence radicale : en leur donnant un caractère non seulement supranational mais constitutionnel ! La tare congénitale de l'euro se tient précisément ici : dans le fait d'avoir constitutionnalisé des contenus de politiques publiques, économique et monétaire en l'occurrence. Rêve néolibéral assurément, mais monstruosité scandaleuse à quiconque conserve un peu de sens aux mots de «souveraineté démocratique». On constitutionnalise les principes généraux de l'organisation des pouvoirs publics, ou bien des droits fondamentaux. Mais la sanctuarisation irréversible, sous la norme juridique la plus haute, donc la moins atteignable, de ce que doivent être et de ce que doivent faire les politiques publiques, c'est une infamie qui ruine jusqu'à l'idée même de modernité politique. Il nous reste donc le loisir d'organiser à notre guise la flicaille et les Vélib'. Mais de ce qui pèse le plus lourdement sur les conditions d'existence de la population, les politiques économiques, nous ne pouvons plus discuter : les réponses sont déjà tout écrites et enfermées dans d'inaccessibles traités. C'est une monstruosité politique contre laquelle il faut redire que la démocratie consiste dans le droit irrécusable à la réversibilité, à la possibilité permanente et inconditionnelle de la remise en jeu, dans le cadre de la délibération politique ordinaire. La montée générale des extrêmes droites n'est pas autre chose qu'une pathologie réactionnelle, qui doit tout ou presque à cette atteinte fondamentale à la conception que les collectivités politiques se font d'elles-mêmes comme communautés de destin souveraines.

Vous affirmez donc qu'il faut retrouver la souveraineté. Et, dites-vous, «c'est plus facile dans le cadre national, qu'au niveau européen». Certes, mais on ne parle pas de la même échelle. Au niveau national, on récupérerait les instruments de pouvoir d'un pays de 65 millions d'habitants. Au niveau de la zone euro, de la puissance de feu de 324 millions d'âmes. Par exemple, un protectionnisme européen serait plus productif vis-à-vis du reste du monde qu'un protectionnisme national...

F.L. : Je soutiens en effet que la base nationale a pour rustique vertu que les structures institutionnelles et symboliques de la souveraineté y sont là, tout armées, et prêtes à être instantanément réactivées en cas de besoin. Cependant, qu'une stratégie de protectionnisme à l'échelle européenne soit plus efficace, j'en conviens sans la moindre difficulté. Mais en principe seulement. Car, en pratique, qui peut imaginer un seul instant qu'une Commission intoxiquée de libre-échangisme jusqu'au trognon puisse jamais vouloir une chose pareille ? A moins, bien sûr, qu'il ne se produise une miraculeuse unanimité intergouvernementale pour le vouloir à sa place... Mais, si votre question est plus largement celle de la sortie «par le haut» d'un fédéralisme européen souverain, il y a malheureusement loin de l'idée générale à sa réalisation.

Certes, mais qui est réticent ? Les Allemands ? Non ! Ce sont les Français qui refusent constamment les propositions des Allemands pour rétablir un niveau de souveraineté au niveau européen. Jacques Chirac et Lionel Jospin ont refusé en 2000 les propositions démocratiques de Joschka Fischer. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe affirme périodiquement que l'on ne peut pas continuer à gouverner la zone euro sans le consentement des citoyens et demande un saut démocratique...

F.L. : Que l'Allemagne soit plus allante - très relativement - que la France pour se diriger vers un fédéralisme européen, ça ne m'est pas coûteux non plus de l'accorder. Mais quel fédéralisme l'Allemagne a-t-elle en tête exactement ? Comment imaginer qu'elle puisse le concevoir autrement qu'en y reconduisant l'absolu sine qua non du modèle de politique économique qu'elle a imposé à l'Europe, et dont elle a fait, dès le début, la condition non négociable de toute participation ?

L'idée d'un fédéralisme européen est très aimable en principe, mais ses défenseurs oublient systématiquement de s'interroger sur ses conditions de possibilité. Or on ne s'en tirera pas avec un simple bricolage institutionnel qui penserait avoir fait de la politique en posant une nouvelle chambre dotée de quelques prérogatives élargies au milieu de nulle part. Cette croyance formaliste, à laquelle le philosophe Jürgen Habermas a donné le nom de «patriotisme constitutionnel», est pour l'heure une chimère. Car les institutions n'instituent pas leurs propres prérequis, et notamment celui qui garantit un fond de communauté tel que pourra s'appliquer une loi de la majorité européenne, à laquelle une minorité consentira à se soumettre sans avoir aussitôt envie de faire sécession. Or, voici l'expérience de pensée à laquelle je conditionne toute idée fédéraliste européenne : l'Allemagne accepterait-elle, non seulement que soient réintégrées dans le périmètre de la délibération démocratique ordinaire toutes les matières qu'elle s'est évertuée à sanctuariser dans les traités, mais aussi d'être mise en minorité si d'aventure la démocratie européenne décidait de revenir sur l'indépendance de la banque centrale, de monétiser les déficits ou de rompre avec l'obsession anti-inflationniste ? Tant qu'on n'aura pas prouvé que la réponse à cette question peut être positive, l'idée de fédéralisme européen demeurera une abstraction politique nulle et non avenue.

La réponse est non aujourd'hui. Mais les choses changent historiquement. Les Allemands bougent, certes lentement et sans entrain, mais les majorités successives outre-Rhin ont toujours fait le pas nécessaire. Rien ne dit par exemple que la Cour de Karlsruhe ne finisse pas par accepter le soutien que la BCE de Mario Draghi a apporté aux Etats en difficulté... Vous désespérez un peu vite !

F.L. : Comme toute société, l'Allemagne évolue et ses invariants symboliques de longue période (pas si longue d'ailleurs, tout ça ne remonte jamais qu'aux années 20) finiront évidemment par changer, en matière monétaire comme pour le reste. Mais la question est ici toute concrète : quand ? Des peuples crèvent et l'urgence est extrême. Le seul accélérateur de l'histoire possible viendrait de ce que l'Allemagne, à son tour, se mette à souffrir des dégâts que ses principes infligent à toute l'Europe. Eventualité improbable cependant, car les principes allemands sont... adéquats à l'économie allemande !

Certains critiques de l'euro affirment qu'il faut «casser l'euro pour sauver l'Europe». Mais ce n'est pas votre propos : votre projet de monnaie commune, alternative à l'euro, exclut l'Allemagne, et de fait ses satellites : Autriche, Pays-Bas, Finlande, Belgique. Une Europe sans ces pays, ce n'est pas l'Europe...

F.L. : Oui, la monnaie commune se ferait, dans un premier temps, sans l'Allemagne ni ses satellites. Le projet européen y survivrait-il, comme à une sortie unilatérale de l'euro, d'ailleurs ? Je ne sais pas, et, pour tout vous dire, c'est une question que je ne trouve pas très importante. Ou plutôt que je trouve mal posée telle quelle. Il faut en finir avec ce fétichisme européen, qui cherche à «faire l'Europe» sans jamais s'interroger sur les conditions de possibilité politiques de ses lubies successives. Et il faut en finir aussi avec ces imprécations, moitié débiles, moitié hallucinées, qui nous promettent l'enfermement façon forteresse et la régression obsidionale en cas d'abandon de l'euro, comme si la France d'avant l'euro, comme si les 170 nations hors Union européenne n'étaient que des Corée du Nord. La bêtise d'une certaine éditocratie est sans fond. Il n'y a que des avantages à cesser de poursuivre des fantasmes de constructions mal conçues, pensée défectueuse qui a produit suffisamment de désastres pour qu'on s'en avise. On peut ne pas faire monnaie unique ni libre-échange sans rivage, et pourtant continuer d'approfondir tous les autres liens entre peuples, précisément en déshérence aujourd'hui : scientifiques, artistiques, éducatifs, culturels. Incroyable : il y a une vie possible entre les nations hors la circulation des marchandises et des capitaux !

Reste une question politique. Vos propositions, comme celles de Jacques Sapir, ne sont portées que par une formation en France, à l'extrême droite, dont vous dites que vous «l'exécrez». Vous-même, vous êtes pour la sortie du capitalisme. Alors êtes-vous «l'idiot utile» du Front national, c'est-à-dire un homme aux convictions sincères mais qui fournit à d'autres les marrons à retirer du feu ? Que faire pour ne pas être récupéré ?

F.L. : A part répéter que l'entreprise politique du FN m'est odieuse, rien. Ou plutôt si : refuser à toute force la démission intellectuelle et politique qui consent à se laisser dépouiller de tout - euro, mais aussi critique de la finance, et même lutte des classes ! - dès lors que le FN y a mis ses pattes sales. Les idiots utiles me semblent plutôt à trouver du côté des tenants de cette désertion qui a pour effet de laisser au FN le monopole et de la critique et de la défiguration de la critique. Si mon travail a un sens politique, c'est bien celui de lui ravir ce monopole, que d'autres partis, le Front de gauche notamment, s'emparent de ces idées et nous délivrent de ce fléau où d'ailleurs l'européisme abstrait trouve désormais son premier et dernier argument. Car les alliances objectives ne sont pas toujours celles qu'on croit. 


REPÈRES

Ordo-libéralisme

Ecole de pensée économique issue de la pensée chrétienne allemande qui postule que l'économie de marché doit s'inscrire dans un cadre normatif fixé par l'Etat, qui ne doit ensuite pas intervenir dans son fonctionnement. Les règles sont nécessaires et suffisantes à garantir l'ordre social. L'ordolibéralisme se distingue du libéralisme pur, qui postule le laisser-faire.

Monnaie commune

Elle se distingue de la monnaie unique en ce qu'elle permet des ajustements concertés entre les monnaies nationales qui la composent, et qu'elle sert de vecteur des échanges avec les autres économies. Elle permet aux pays membres de régler leurs compétitivités relatives par des dévaluations et d'échapper aux mouvements spéculatifs à l'intérieur de sa zone.

Jürgen Habermas

Philosophe allemand, né en 1929, pour qui un «patriotisme constitutionnel», autrement dit l'attachement à la démocratie, doit remplacer la référence à l'Etat-nation dans son pays, après le nazisme.
 

 

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 20:08

 

*Note perso : un article qui date un peu mais qui reste d'actualité

 

Source : www.terraeco.net

 

28-10-2011

 

Edgar Morin : «  Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe  »

 

 

Edgar Morin : « Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe »
(Crédit photo : Olivier Roller)
 
Entretien - Que faire dans cette période de crise aiguë ? S’indigner, certes. Mais surtout agir. A 90 ans, le philosophe et sociologue nous invite à résister au diktat de l’urgence. Pour lui, l’espoir est à portée de main. Entretien.

Article publié dans le

N° 30 - novembre 2011

 

Ralentir… vite !

Pourquoi la vitesse est-elle à ce point ancrée dans le fonctionnement de notre société ?

La vitesse fait partie du grand mythe du progrès, qui anime la civilisation occidentale depuis le XVIIIe et le XIXe siècle. L’idée sous-jacente, c’est que nous allons grâce à lui vers un avenir toujours meilleur. Plus vite nous allons vers cet avenir meilleur, et mieux c’est, naturellement. C’est dans cette optique que se sont multipliées les communications, aussi bien économiques que sociales, et toutes sortes de techniques qui ont permis de créer des transports rapides. Je pense notamment à la machine à vapeur, qui n’a pas été inventée pour des motivations de vitesse mais pour servir l’industrie des chemins de fer, lesquels sont eux-mêmes devenus de plus en plus rapides. Tout cela est corrélatif par le fait de la multiplication des activités et rend les gens de plus en plus pressés. Nous sommes dans une époque où la chronologie s’est imposée.

Cela est-il donc si nouveau ?

Dans les temps anciens, vous vous donniez rendez-vous quand le soleil se trouvait au zénith. Au Brésil, dans des villes comme Belém, encore aujourd’hui, on se retrouve « après la pluie ». Dans ces schémas, vos relations s’établissent selon un rythme temporel scandé par le soleil. Mais la montre-bracelet, par exemple, a fait qu’un temps abstrait s’est substitué au temps naturel. Et le système de compétition et de concurrence – qui est celui de notre économie marchande et capitaliste – fait que pour la concurrence, la meilleure performance est celle qui permet la plus grande rapidité. La compétition s’est donc transformée en compétitivité, ce qui est une perversion de la concurrence.

Cette quête de vitesse n’est-elle pas une illusion ?

En quelque sorte si. On ne se rend pas compte – alors même que nous pensons faire les choses rapidement – que nous sommes intoxiqués par le moyen de transport lui-même qui se prétend rapide. L’utilisation de moyens de transport toujours plus performants, au lieu d’accélérer notre temps de déplacement, finit – notamment à cause des embouteillages – par nous faire perdre du temps ! Comme le disait déjà Ivan Illich (philosophe autrichien né en 1926 et mort en 2002, ndlr) : « La voiture nous ralentit beaucoup. » Même les gens, immobilisés dans leur automobile, écoutent la radio et ont le sentiment d’utiliser malgré tout le temps de façon utile. Idem pour la compétition de l’information. On se rue désormais sur la radio ou la télé pour ne pas attendre la parution des journaux. Toutes ces multiples vitesses s’inscrivent dans une grande accélération du temps, celui de la mondialisation. Et tout cela nous conduit sans doute vers des catastrophes.

Le progrès et le rythme auquel nous le construisons nous détruit-il nécessairement ?

Le développement techno-économique accélère tous les processus de production de biens et de richesses, qui eux-mêmes accélèrent la dégradation de la biosphère et la pollution généralisée. Les armes nucléaires se multiplient et on demande aux techniciens de faire toujours plus vite. Tout cela, effectivement, ne va pas dans le sens d’un épanouissement individuel et collectif !

Pourquoi cherchons-nous systématiquement une utilité au temps qui passe ?

Prenez l’exemple du déjeuner. Le temps signifie convivialité et qualité. Aujourd’hui, l’idée de vitesse fait que dès qu’on a fini son assiette, on appelle un garçon qui se dépêche pour débarrasser et la remplacer. Si vous vous emmerdez avec votre voisin, vous aurez tendance à vouloir abréger ce temps. C’est le sens du mouvement slow food dont est née l’idée de « slow life », de « slow time » et même de « slow science ». Un mot là-dessus. Je vois que la tendance des jeunes chercheurs, dès qu’ils ont un domaine, même très spécialisé, de travail, consiste pour eux à se dépêcher pour obtenir des résultats et publier un « grand » article dans une « grande » revue scientifique internationale, pour que personne d’autre ne publie avant eux. Cet esprit se développe au détriment de la réflexion et de la pensée. Notre temps rapide est donc un temps antiréflexif. Et ce n’est pas un hasard si fleurissent dans notre pays un certain nombre d’institutions spécialisées qui prônent le temps de méditation. Le yoguisme, par exemple, est une façon d’interrompre le temps rapide et d’obtenir un temps tranquille de méditation. On échappe de la sorte à la chronométrie. Les vacances, elles aussi, permettent de reconquérir son temps naturel et ce temps de la paresse. L’ouvrage de Paul Lafargue Le droit à la paresse (qui date de 1880, ndlr) reste plus actuel que jamais car ne rien faire signifie temps mort, perte de temps, temps non-rentable.

Pourquoi ?

Nous sommes prisonniers de l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Ces idées se sont exaspérées avec la concurrence mondialisée, dans les entreprises, puis répandues ailleurs. Idem dans le monde scolaire et universitaire ! La relation entre le maître et l’élève nécessite un rapport beaucoup plus personnel que les seules notions de rendement et de résultats. En outre, le calcul accélère tout cela. Nous vivons un temps où il est privilégié pour tout. Aussi bien pour tout connaître que pour tout maîtriser. Les sondages qui anticipent d’un an les élections participent du même phénomène. On en arrive à les confondre avec l’annonce du résultat. On tente ainsi de supprimer l’effet de surprise toujours possible.

A qui la faute ? Au capitalisme ? A la science ?

Nous sommes pris dans un processus hallucinant dans lequel le capitalisme, les échanges, la science sont entraînés dans ce rythme. On ne peut rendre coupable un seul homme. Faut-il accuser le seul Newton d’avoir inventé la machine à vapeur ? Non. Le capitalisme est essentiellement responsable, effectivement. Par son fondement qui consiste à rechercher le profit. Par son moteur qui consiste à tenter, par la concurrence, de devancer son adversaire. Par la soif incessante de « nouveau » qu’il promeut grâce à la publicité… Quelle est cette société qui produit des objets de plus en plus vite obsolètes ? Cette société de consommation qui organise la fabrication de frigos ou de machines à laver non pas à la durée de vie infinie, mais qui se détraquent au bout de huit ans ? Le mythe du nouveau, vous le voyez bien – et ce, même pour des lessives – vise à toujours inciter à la consommation. Le capitalisme, par sa loi naturelle – la concurrence –, pousse ainsi à l’accélération permanente, et par sa pression consommationniste, à toujours se procurer de nouveaux produits qui contribuent eux aussi à ce processus.

On le voit à travers de multiples mouvements dans le monde, ce capitalisme est questionné. Notamment dans sa dimension financière…

Nous sommes entrés dans une crise profonde sans savoir ce qui va en sortir. Des forces de résistance se manifestent effectivement. L’économie sociale et solidaire en est une. Elle incarne une façon de lutter contre cette pression. Si on observe une poussée vers l’agriculture biologique avec des petites et moyennes exploitations et un retour à l’agriculture fermière, c’est parce qu’une grande partie de l’opinion commence à comprendre que les poulets et les porcs industrialisés sont frelatés et dénaturent les sols et la nappe phréatique. Une quête vers les produits artisanaux, les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr), indique que nous souhaitons échapper aux grandes surfaces qui, elles-mêmes, exercent une pression du prix minimum sur le producteur et tentent de répercuter un prix maximum sur le consommateur. Le commerce équitable tente, lui aussi, de court-circuiter les intermédiaires prédateurs. Certes, le capitalisme triomphe dans certaines parties du monde, mais une autre frange voit naître des réactions qui ne viennent pas seulement des nouvelles formes de production (coopératives, exploitations bio), mais de l’union consciente des consommateurs. C’est à mes yeux une force inemployée et faible car encore dispersée. Si cette force prend conscience des produits de qualité et des produits nuisibles, superficiels, une force de pression incroyable se mettra en place et permettra d’influer sur la production.

Les politiques et leurs partis ne semblent pas prendre conscience de ces forces émergentes. Ils ne manquent pourtant pas d’intelligence d’analyse…

Mais vous partez de l’hypothèse que ces hommes et femmes politiques ont déjà fait cette analyse. Or, vous avez des esprits limités par certaines obsessions, certaines structures.

Par obsession, vous entendez croissance ?

Oui ! Ils ne savent même pas que la croissance – à supposer qu’elle revienne un jour dans les pays que l’on dit développés – ne dépassera pas 2 % ! Ce n’est donc pas cette croissance-là qui parviendra à résoudre la question de l’emploi ! La croissance que l’on souhaite rapide et forte est une croissance dans la compétition. Elle amène les entreprises à mettre des machines à la place des hommes et donc à liquider les gens et à les aliéner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que des socialistes puissent défendre et promettre plus de croissance. Ils n’ont pas encore fait l’effort de réfléchir et d’aller vers de nouvelles pensées.

Décélération signifierait décroissance ?

Ce qui est important, c’est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Il est évident que les villes non polluantes, les énergies renouvelables et les grands travaux collectifs salutaires doivent croître. La pensée binaire, c’est une erreur. C’est la même chose pour mondialiser et démondialiser : il faut poursuivre la mondialisation dans ce qu’elle créé de solidarités entre les peuples et envers la planète, mais il faut la condamner quand elle crée ou apporte non pas des zones de prospérité mais de la corruption ou de l’inégalité. Je milite pour une vision complexe des choses.

La vitesse en soi n’est donc pas à blâmer ?

Voilà. Si je prends mon vélo pour aller à la pharmacie et que je tente d’y parvenir avant que celle-ci ne ferme, je vais pédaler le plus vite possible. La vitesse est quelque chose que nous devons et pouvons utiliser quand le besoin se fait sentir. Le vrai problème, c’est de réussir le ralentissement général de nos activités. Reprendre du temps, naturel, biologique, au temps artificiel, chronologique et réussir à résister. Vous avez raison de dire que ce qui est vitesse et accélération est un processus de civilisation extrêmement complexe, dans lequel techniques, capitalisme, science, économie ont leur part. Toutes ces forces conjuguées nous poussent à accélérer sans que nous n’ayons aucun contrôle sur elles. Car notre grande tragédie, c’est que l’humanité est emportée dans une course accélérée, sans aucun pilote à bord. Il n’y a ni contrôle, ni régulation. L’économie elle-même n’est pas régulée. Le Fonds monétaire international n’est pas en ce sens un véritable système de régulation.

Le politique n’est-il pas tout de même censé « prendre le temps de la réflexion » ?

On a souvent le sentiment que par sa précipitation à agir, à s’exprimer, il en vient à œuvrer sans nos enfants, voire contre eux… Vous savez, les politiques sont embarqués dans cette course à la vitesse. J’ai lu une thèse récemment sur les cabinets ministériels. Parfois, sur les bureaux des conseillers, on trouvait des notes et des dossiers qualifiés de « U » pour « urgent ». Puis sont apparus les « TU » pour « très urgent » puis les « TTU ». Les cabinets ministériels sont désormais envahis, dépassés. Le drame de cette vitesse, c’est qu’elle annule et tue dans l’œuf la pensée politique. La classe politique n’a fait aucun investissement intellectuel pour anticiper, affronter l’avenir. C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes livres comme Introduction à une politique de l’homme, La voie, Terre-patrie… L’avenir est incertain, il faut essayer de naviguer, trouver une voie, une perspective. Il y a toujours eu, dans l’Histoire, des ambitions personnelles. Mais elles étaient liées à des idées. De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande idée. Churchill avait de l’ambition au service d’une grande idée, qui consistait à vouloir sauver l’Angleterre du désastre. Désormais, il n’y a plus de grandes idées, mais de très grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes.

Michel Rocard déplorait il y a peu pour « Terra eco » la disparition de la vision à long terme…

Il a raison, mais il a tort. Un vrai politique ne se positionne pas dans l’immédiat mais dans l’essentiel. A force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. Ce que Michel Rocard appelle le « long terme », je l’intitule « problème de fond », « question vitale ». Penser qu’il faut une politique planétaire pour la sauvegarde de la biosphère – avec un pouvoir de décision qui répartisse les responsabilités car on ne peut donner les mêmes responsabilités à des pays riches et à des pays pauvres –, c’est une politique essentielle à long terme. Mais ce long terme doit être suffisamment rapide car la menace elle-même se rapproche.

Le président de la République Nicolas Sarkozy n’incarne-t-il pas l’immédiateté et la présence médiatique permanente ?

Il symbolise une agitation dans l’immédiateté. Il passe à des immédiatetés successives. Après l’immédiateté, qui consiste à accueillir le despote libyen Kadhafi car il a du pétrole, succède l’autre immédiateté, où il faut détruire Kadhafi sans pour autant oublier le pétrole… En ce sens, Sarkozy n’est pas différent des autres responsables politiques, mais son caractère versatile et capricieux en font quelqu’un de très singulier pour ne pas dire un peu bizarre.

Edgar Morin, vous avez 90 ans. L’état de perpétuelle urgence de nos sociétés vous rend-il pessimiste ?

Cette absence de vision m’oblige à rester sur la brèche. Il y a une continuité dans la discontinuité. Je suis passé de l’époque de la Résistance où j’étais jeune, où il y avait un ennemi, un occupant et un danger mortel, à d’autres formes de résistances qui ne portaient pas, elles, de danger de mort, mais celui de rester incompris, calomnié ou bafoué. Après avoir été communiste de guerre et après avoir combattu l’Allemagne nazie avec de grands espoirs, j’ai vu que ces espoirs étaient trompeurs et j’ai rompu avec ce totalitarisme-là, devenu ennemi de l’humanité. J’ai combattu cela et résisté. J’ai ensuite – naturellement – défendu l’indépendance du Vietnam ou de l’Algérie, quand il s’agissait de liquider un passé colonial. Cela me semblait si logique après avoir lutté pour la propre indépendance de la France, mise en péril par le nazisme. Au bout du compte, nous sommes toujours pris dans des nécessités de résister.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.

La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel…

Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne.

Des femmes et des hommes peuvent-ils aussi avoir ce pouvoir ?

Malheureusement, dans notre époque, le système empêche les esprits de percer. Quand l’Angleterre était menacée à mort, un homme marginal a été porté au pouvoir, qui se nommait Churchill. Quand la France était menacée, ce fut De Gaulle. Pendant la Révolution, de très nombreuses personnes, qui n’avaient aucune formation militaire, sont parvenues à devenir des généraux formidables, comme Hoche ou Bonaparte ; des avocaillons comme Robespierre, de grands tribuns. Des grandes époques de crise épouvantable suscitent des hommes capables de porter la résistance. Nous ne sommes pas encore assez conscients du péril. Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.

Le philosophe Jean-Pierre Dupuy estime que de la catastrophe naît la solution. Partagez-vous son analyse ?

Il n’est pas assez dialectique. Il nous dit que la catastrophe est inévitable mais qu’elle constitue la seule façon de savoir qu’on pourrait l’éviter. Moi je dis : la catastrophe est probable, mais il y a l’improbabilité. J’entends par « probable », que pour nous observateurs, dans le temps où nous sommes et dans les lieux où nous sommes, avec les meilleures informations disponibles, nous voyons que le cours des choses nous emmène à toute vitesse vers les catastrophes. Or, nous savons que c’est toujours l’improbable qui a surgi et qui a « fait » la transformation. Bouddha était improbable, Jésus était improbable, Mahomet, la science moderne avec Descartes, Pierre Gassendi, Francis Bacon ou Galilée était improbables, le socialisme avec Marx ou Proudhon était improbable, le capitalisme était improbable au Moyen-Age… Regardez Athènes. Cinq siècles avant notre ère, vous avez une petite cité grecque qui fait face à un empire gigantesque, la Perse. Et à deux reprises – bien que détruite la seconde fois – Athènes parvient à chasser ces Perses grâce au coup de génie du stratège Thémistocle, à Salamine. Grâce à cette improbabilité incroyable est née la démocratie, qui a pu féconder toute l’histoire future, puis la philosophie. Alors, si vous voulez, je peux aller aux mêmes conclusions que Jean-Pierre Dupuy, mais ma façon d’y aller est tout à fait différente. Car aujourd’hui existent des forces de résistance qui sont dispersées, qui sont nichées dans la société civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour où ces forces se rassembleront, en faisceaux. Tout commence par une déviance, qui se transforme en tendance, qui devient une force historique. Nous n’en sommes pas encore là, certes, mais c’est possible.

Il est donc possible de rassembler ces forces, d’engager la grande métamorphose, de l’individu puis de la société ?

Ce que j’appelle la métamorphose, c’est le terme d’un processus dans lequel de multiples réformes, dans tous les domaines, commencent en même temps.

Nous sommes déjà dans un processus de réformes…

Non, non. Pas ces pseudo-réformes. Je parle de réformes profondes de vie, de civilisation, de société, d’économie. Ces réformes-là devront se mettre en marche simultanément et être intersolidaires.

Vous appelez cette démarche « le bien-vivre ». L’expression semble faible au regard de l’ambition que vous lui conférez.

L’idéal de la société occidentale – « bien-être » – s’est dégradé en des choses purement matérielles, de confort et de propriété d’objet. Et bien que ce mot « bien-être » soit très beau, il fallait trouver autre chose. Et quand le président de l’Equateur Rafael Correa a trouvé cette formule de « bien-vivre », reprise ensuite par Evo Morales (le président bolivien, ndlr), elle signifiait un épanouissement humain, non seulement au sein de la société mais aussi de la nature. L’expression « bien vivir » est sans doute plus forte en espagnol qu’en français. Le terme est « actif » dans la langue de Cervantès et passif dans celle de Molière. Mais cette idée est ce qui se rapporte le mieux à la qualité de la vie, à ce que j’appelle la poésie de la vie, l’amour, l’affection, la communion et la joie et donc au qualitatif, que l’on doit opposer au primat du quantitatif et de l’accumulation. Le bien-vivre, la qualité et la poésie de la vie, y compris dans son rythme, sont des choses qui doivent – ensemble – nous guider. C’est pour l’humanité une si belle finalité. Cela implique aussi et simultanément de juguler des choses comme la spéculation internationale… Si l’on ne parvient pas à se sauver de ces pieuvres qui nous menacent et dont la force s’accentue, s’accélère, il n’y aura pas de bien-vivre. —

Edgar Morin en dates

8 juillet 1921 Naissance à Paris

1939 Rejoint la Résistance

1941 Entre au Parti communiste, dont il s’éloigne avant d’en être exclu définitivement en 1951

1977 Publication du premier tome de La Méthode

1993 Ecrit Terre-Patrie et appelle à « une prise de conscience de la communauté du destin terrestre »

2009 Publie Edwige, l’inséparable (Fayard)

 

 

Source : www.terraeco.net

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 19:01

 

Source : www.lemonde.fr

 

Censure de la « loi Florange » : le Medef jubile, Edouard Martin est furieux

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 27.03.2014 à 16h43 • Mis à jour le 27.03.2014 à 21h23

 
 

 

Florange, le 3 décembre 2012.

 

Le Conseil constitutionnel a estimé, jeudi 27 mars, que des dispositions de la « loi Florange », qui ouvraient notamment la voie à des pénalités pour les entreprises fermant un site rentable, sont « contraires à la liberté d'entreprendre et au droit de propriété ». Il juge que cela « prive l'entreprise de sa capacité d'anticiper des difficultés économiques et de procéder à des arbitrages économiques ».

La pénalité pouvait atteindre jusqu'à vingt fois la valeur mensuelle du smic par emploi supprimé, soit plus de 28 000 euros par salarié, mais ne pouvait dépasser 2 % du chiffre d'affaires.

Le Conseil censure aussi les dispositions prévoyant une pénalité en cas de non-respect de l'obligation de recherche d'un repreneur, estimant qu'elles « portent une atteinte inconstitutionnelle au droit de propriété et à la liberté d'entreprendre ». De fait, la décision du Conseil vide ainsi la loi, promesse de campagne de François Hollande, de sa substance.

Lire la note de blog : Les promesses de François Hollande à l'épreuve de l'an 2

 

 L'UMP SALUE « UNE BELLE VICTOIRE »

La décision  a provoqué la « colère » d'Edouard Martin, ex-syndicaliste CFDT et actuel candidat du PS aux élections européennes, figure emblématique de la lutte contre la fermeture des hauts-fourneaux de Florange.

L'ancien délégué du personnel de l'usine d'ArcelorMittal a dénoncé « une manœuvre politicienne et tacticienne » de l'UMP, dont certains élus avaient saisi le Conseil constitutionnel. « En quoi ont-ils défendu l'intérêt général ? », a-t-il demandé, après que le groupe UMP du Sénat eut salué cette « belle victoire pour [notre] groupe et [notre] famille politique ». Le Medef, opposé dès le départ à cette loi, s'est lui félicité d'une décision « réaliste ».

Quant au ministère du travail, il « prend acte » de la décision. « Nous jugeons la censure sévère, mais il y a des éléments importants qui demeurent », a-t-il réagi auprès de l'Agence France-presse.

 

 NOMBREUX REMANIEMENTS

La promesse initiale du candidat socialiste à la présidentielle consistait à obliger les entreprises sur le départ à céder leurs sites rentables. Confrontée au risque d'inconstitutionnalité, la majorité avait opté pour une dissuasion financière. Après plusieurs remaniements, la « loi Florange », adoptée définitivement le 24 février, obligeait seulement les entreprises de plus de mille salariés à chercher un repreneur pendant trois mois, sous peine de pénalités.

La loi prévoyait aussi que le tribunal de commerce puisse être saisi par le comité d'entreprise. Ne pouvoir motiver le refus de cession que par la seule « mise en péril de la poursuite de l'ensemble de l'activité de l'entreprise » prive l'employeur de sa capacité d'anticiper des difficultés économiques et de procéder à des arbitrages économiques, ont tranché les Sages. Ils ont aussi considéré que le juge n'avait pas à substituer son appréciation à celle du chef d'entreprise.

Pour les socialistes à l'origine du texte, la loi devait empêcher que des usines subissent le sort des hauts-fourneaux de Florange, dans la Moselle, définitivement fermés par ArcelorMittal.

Lire (édition abonnés) : Les patrons fustigent la proposition de la « loi Florange » 

 

Source : www.lemonde.fr


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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 16:51

 

Source : www.marianne.net

 

Un tunnel qui vire au gouffre
Vendredi 28 Mars 2014 à 11:01

 

Journaliste économique à Marianne En savoir plus sur cet auteur

 

Quand les géants du BTP jouent à qui perd gagne, les Etats se retrouvent forcés de payer la facture, salée. La preuve par le tunnel du Perthus, hors de prix...

 

Tunnel du Perthus, sous les Pyrénées, qui assure la liaison Perpignzn-Figueras, va être inondé d'argent public - DAMOURETTE/SIPA
Tunnel du Perthus, sous les Pyrénées, qui assure la liaison Perpignzn-Figueras, va être inondé d'argent public - DAMOURETTE/SIPA

 

 

Au premier abord, aucun rapport entre le stade de foot du Mans et le tunnel sous les Pyrénées assurant la liaison TGV entre Perpignan et Figueras. Pourtant, ces deux ouvrages construits en partenariat public-privé (PPP) sont en lice pour décrocher une petite médaille : celle du premier PPP à faire faillite.

Quelques mois après l'inauguration du tunnel du Perthus, fin 2013, TP Ferro, la filiale d'Eiffage et de son partenaire ibérique ACS (50 % chacun), est dans une situation financière catastrophique. Selon la lettre professionnelle Mobilettre, elle n'a facturé que 300000 € par mois en 2013 pour le passage des rares TGV. Ses banques, qui lui ont prêté 500 millions d'euros sur les 1,1 milliard d'euros nécessaires, ont cédé leurs créances à des fonds vautours qui parient, eux, sur un sauvetage par les deux Etats.

De fait, l'argent public coule à flots : outre les 600 millions de subventions publiques initiaux de Bruxelles, Paris et Madrid, les Espagnols ont dû rallonger de 130 millions d'euros, quand Eiffage et ACS se fendaient de 50 millions d'euros chacun. Une paille.

«Les géants du BTP ont sciemment surestimé les hypothèses de recettes pour faire valider l'opération. Leur but : couler du béton et faire une bonne marge. Quitte à s'asseoir sur leurs 50 millions, explique un haut cadre à la SNCF. C'est ce qui risque d'arriver avec les autres PPP ferroviaires, partagés entre les trois grands : Bouygues pour la liaison Nîmes-Montpellier, Vinci pour Tours-Bordeaux et Eiffage pour la LGV Bretagne.»

Sous la menace d'un dépôt de bilan de TP Ferro, les gouvernements français et espagnol devraient bientôt annoncer qu'ils se retrouvent avec le bébé sur les bras. Très lourd, le bébé.

Paru dans le 883
                                                                                                                                                                                 Source : www.marianne.net


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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 18:12

 

Source : www.marianne.net

 

Un débat, vite, sur le coût du capital!
Jeudi 27 Mars 2014 à 05:00

 

Grand reporter au journal Marianne En savoir plus sur cet auteur

 

Les économistes ont beau multiplier les études sur la rémunération exorbitante des actionnaires, les patrons s'entêtent à faire fonctionner ce système néfaste.

Benoît Hamon, ministre de l'Economie sociale et solidaire, et Pierre Moscovici, Ministre de l'Economie et des Finances - NICOLAS MESSYASZ/SIP
Benoît Hamon, ministre de l'Economie sociale et solidaire, et Pierre Moscovici, Ministre de l'Economie et des Finances - NICOLAS MESSYASZ/SIP
C'est une devinette, telle que les aime Pierre Gattaz, le président du Medef. Qu'est-ce qui, en France, coûte indûment plus de 50 milliards d'euros par an aux entreprises, déséquilibre les caisses sociales et fiscales et prive le pays de centaines de milliers d'emplois ? Le coût du travail, comme s'entêtent à le clamer la Commission européenne, le FMI et le Medef ? Raté. Le surcoût du capital !

Pourtant, les économistes hétérodoxes, ceux du Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé) ou de l'Institut européen d'administration des affaires (Insead), à Fontainebleau, ont beau multiplier les études sérieuses quantifiant cette dérive* - dans le monde, les dividendes ont dépassé la barre symbolique des 1 000 milliards de dollars en 2013 ! -, impossible d'ouvrir ce débat décisif que réclament les syndicats, tout particulièrement la CGT.

«Le gouvernement qui a taxé plus fortement les dividendes ne s'y refuse pas, assure Benoît Hamon, le ministre de l'Economie sociale et solidaire, qui jugeait dès cet automne, dans Marianne, inacceptable que les marchés prélèvent un écot de plus en plus élevée sur les entreprises. Mais, lorsque je cherche à lancer ces discussions, notamment dans le cadre du pacte de responsabilité, mes interlocuteurs extérieurs tentent de m'engluer dans des débats comptables techniques.»

Raisonnement filandreux

Dernier épisode en date de ces esquives ? Alors que le ministre soulignait, dans une tribune publiée par les Echos, que la part de richesse rétrocédée par les entreprises tricolores à leurs actionnaires avait crû de 50 % entre 1999 et 2008, quand elle fondait de 10 % en Allemagne, Benoît Hamon s'est vu répondre par Pierre Gattaz qu'il était naturel que les dividendes s'envolent en période de crise. Parce que cela coûte moins cher aux entreprises d'émettre des actions que de s'endetter auprès des banques.

«Le monde entier fonctionne comme ça. Les Chinois, les Indiens, les Coréens, les Allemands, les Anglais...» a même énuméré le président du Medef. Or, nombre d'experts contestent ce raisonnement filandreux.

«Les cadors du CAC 40 comme les entreprises de taille intermédiaire [ETI] n'ont aucun problème pour se financer à bas coût sur les marchés financiers, confie l'un d'eux. Seules les petites acquittent une dîme trop élevée au profit de leurs banquiers. Or, elles versent peu de dividendes !» En revanche, lorsqu'elles émettent massivement des actions sur des marchés instables, les multinationales et les ETI gaspillent une montagne d'argent pour soutenir leur cours de Bourse en rachetant leurs titres : plus de 6,6 milliards d'euros en 2013 en France pour le seul CAC 40, un montant en hausse de 44 % !

Il est donc grand temps, comme le propose Benoît Hamon, d'en finir avec cette idéologie néfaste de la création de valeur pour l'actionnaire, héritée du thatchérisme, pour discuter enfin du coût du capital et des investissements des entreprises !

* Maximising shareholder value : a new ideology for corporate governance, de William Lazonick et Mary O'Sullivan, University of Massachusetts-Insead.

 

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 18:01

 

 

L’échec cuisant de la gauche lors du premier tour des municipales du 23 mars dernier s’explique avant tout par la politique économique très restrictive menée par François Hollande depuis mai 2012.

Elle a échoué à rétablir de façon significative les équilibres des finances publiques tout en étouffant la reprise de l’activité et en accroissant le chômage. Cette politique résulte de l’acceptation par le nouveau Président des contraintes européennes que le gouvernement d’Angela Merkel était parvenu à imposer depuis 2010.

Pourrait-on remettre en cause ce cadre mortifère aujourd’hui ? Impossible à dire tant qu’on n’a pas essayé, bien sûr, mais les chances de succès sont plus importantes que ne le pense manifestement François Hollande et les technocrates qui l’entoure.

La France, le bon élève de l’austérité


« Made in Germany, le modèle allemand au-delà des mythes » de Guillaume Duval, éd. Seuil, janvier 2013 (Alternatives-economiques.fr)

On s’en souvient : quand François Hollande est arrivé au pouvoir en mai 2012, il avait choisi d’emblée de ne pas remettre en cause le nouveau Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), non encore ratifié par la France, contrairement à ce qu’il avait annoncé durant sa campagne, se contentant alors d’un paquet, resté largement virtuel, de 120 milliards d’euros censé soutenir la croissance.

Parallèlement il décidait, malgré le ralentissement déjà perceptible de l’économie, de tenir coûte que coûte son engagement de campagne de ramener les déficits publics sous la barre des 3% du PIB dès 2013. Et enclenchait un plan de restriction budgétaire sans précédent de 30 milliards d’euros afin de tenir cette promesse.

Au vu de l’échec politique et économique ultérieur, il serait évidemment aisé de lui reprocher ce choix aujourd’hui, mais il faut bien reconnaître que sa marge de manœuvre n’était sans doute pas très grande à ce moment-là et les perspectives de succès faibles en cas d’affrontement avec Angela Merkel, tant la droite dominait sans partage l’Europe.

Echec sur toute la ligne

Pour autant, cette politique a échoué sur toute la ligne. Comme c’était prévisible, la forte restriction budgétaire a étouffé l’activité avec seulement 0,3% de croissance en 2013. Et du fait de ce manque d’activité, les déficits publics se sont à peine réduits, passant de 4,8% du PIB en 2012 à 4,3% en 2013, très loin des 3% visés initialement.

La dette publique s’est encore accrue de plus de 100 milliards d’euros en un an. Surtout, le chômage a poursuivi son envol avec, en janvier dernier, 630 000 inscrits de plus à Pôle emploi qu’en mai 2012… Facteur aggravant : alors que la France avait traversé jusque-là la crise nettement moins mal que la plupart des autres pays de la zone euro en dehors de l’Allemagne, son économie s’est mise à ralentir plus fortement que les autres au moment où celle des pays de la zone euro les plus en crise se redressait (enfin) un petit peu. Faisant apparaître – abusivement – la France comme le nouvel « homme malade de l’Europe ».

La sanction des municipales

C’est cet échec que les électeurs ont fait payer au pouvoir socialiste. La cause n’en est pas qu’« ils n’auraient pas compris » parce qu’on leur aurait « mal expliqué » : ils ont, à juste titre, estimé que les sacrifices importants qu’on leur a imposés en 2013, n’avaient guère servi au bout du compte qu’à aggraver la situation économique et sociale du pays. Ils n’ont du coup guère de raison de penser que ceux, encore plus importants, qu’on leur promet désormais jusqu’à la fin du quinquennat, ont davantage de chance de sortir le pays de l’ornière.

L’orthodoxie européenne a abouti quasiment partout, et pas seulement à France, à faire exploser le chômage, à doper l’extrême droite et les adversaires de l’intégration européenne, tout en empêchant le désendettement public et privé.

En 2008, la zone euro comptait 3,7 millions d’emplois de plus que les Etats-Unis ; en 2014 elle en comptera 2,4 millions de moins selon les prévisions de la Commission européenne. Les Etats-Unis dépasseront cette année leur niveau d’emploi de 2008 tandis que la zone euro en aura perdu dans le même temps 5,3 millions… Un constat de faillite.

Ça bouge à Berlin

Peut-on remettre en cause ce carcan mortifère ? Il serait évidemment présomptueux de prétendre qu’un tel pari serait gagné d’avance, mais il est beaucoup plus jouable que ne semblent le considérer François Hollande et les énarques qui l’entourent.


Angela Merkel à La Haye (Pays-Bas), le 25 mars 2014 (Bart Maat/AP/SIPA)

Tout d’abord, parce que, malgré les apparences que donnent le maintien au pouvoir d’Angela Merkel et de son ministre des Finances Wolfgang Schaüble, les choses bougent en Allemagne. Le constat que la politique européenne de la chancelière est un échec progresse dans l’opinion, celle-ci restant dans sa grande majorité très attachée au projet communautaire.

Les Allemands, qui voyagent beaucoup, se rendent bien compte que cette politique a détruit la société et l’économie de l’Espagne, de la Grèce et du Portugal. Ils mesurent aussi qu’elle a réveillé dans ces pays une profonde hostilité à leur égard, qu’ils espéraient appartenir définitivement au passé.

Des voisins qui s’enfoncent dans la crise

Surtout, au-delà des pays périphériques du Club Med, ils mesurent de plus en plus les effets délétères de cette politique sur leurs principaux voisins et partenaires que sont les Pays-Bas, la France et l’Italie.

Comme en France, l’économie des Pays-Bas se traîne, les déficits ne se réduisent pas et la société est minée par des tensions xénophobes qui profitent à l’extrême droite.

Quant à l’Italie, le vrai « homme malade » de l’Europe, elle n’en finit pas de se heurter au mur de la dette sans trouver une sortie qui n’existe pas dans le contexte européen actuel. Favorisant là aussi les tentations populistes et antieuropéennes. Ce qu’a d’ailleurs compris Matteo Renzi, le nouveau Premier ministre, qui vient de s’affranchir des politiques d’austérité à tout crin auxquelles s’étaient soumis ses prédécesseurs.

Son arrivée au pouvoir n’est pas la moindre des évolutions qui rendent envisageables un tournant européen : la France et l’Italie, pays fondateurs de l’Union, pèsent ensemble 38% du PIB de la zone euro et 36% de sa population. En ce qui concerne la France, le fait que le Front national s’affirme désormais comme la première force politique du pays, constitue pour les Allemands un traumatisme de première grandeur compte tenu de leur histoire. Cela devrait contribuer à modifier en profondeur leur appréciation de la situation européenne.

A cela vient s’ajouter les effets de la crise ukrainienne, qui rappelle opportunément à nos voisins leur profonde vulnérabilité. Elle contribue à enterrer les rêves qui avaient pu commencer à germer dans certains cercles sur un Sonderweg où une Allemagne, débarrassée des lourdeurs de la zone euro et de l’Union européenne, aurait tiré seule son épingle du jeu dans la mondialisation…

Si Hollande et Renzi se décidaient (enfin)...

De plus, le maintien aux affaires d’Angela Merkel a fait sous-estimer en France l’ampleur et la nature du changement intervenu outre-Rhin lors des élections de septembre dernier. Tout d’abord, même si cela ne se traduit pas au niveau gouvernemental, la droite n’est plus maître du jeu chez nos voisins : au Bundestag c’est désormais la gauche qui est majoritaire. De plus le passage de témoin entre les ultralibéraux devenus eurosceptiques du FDP et les sociaux démocrates du SPD, vaccinés par l’échec des politiques schroederiennes, ouvre des perspectives significatives en matière de politique européenne.

Certes le SPD ne s’est pas réellement battu pour inscrire des changements majeurs dans ce domaine dans le contrat de coalition passé avec la CDU, mais même en Allemagne, tout ce que fait un gouvernement n’est pas prévu dans son programme cinq ans à l’avance…

Si François Hollande et Matteo Renzi se décidaient (enfin) à « mettre vraiment la pression » sur Angela Merkel, leurs camarades, en charge à la fois de l’économie et des affaires étrangères au sein du gouvernement, pousseraient probablement la chancelière à infléchir le cours de sa politique européenne.

Maintenant ou jamais

Bref, les Allemands sont indéniablement plus soucieux aujourd’hui qu’il y a deux ou trois ans de ne pas donner raison à leur ancien ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer qui expliquait en 2012 qu’« il serait à la fois tragique et ironique que l’Allemagne réunifiée provoque pour la troisième fois, par des moyens pacifiques cette fois et avec les meilleures intentions du monde, la ruine de l’ordre européen ».

Il faut en profiter pour bousculer Angela Merkel maintenant, avant qu’il ne soit trop tard pour la France et pour l’Europe.

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 17:40

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/marc-naura

 

Ce que pense le FMI des politiques d'austérité et de leurs impacts

Cette analyse (rapide) est tirée de publications récentes en anglais du fonds monétaire international sur le sujet de la croissance, des inégalités et de la politique fiscale. Les publications de 2013-2014 sont citées en fin d'article.

Dans le travail de Laurence Ball et de ses collègues sur les effets de la consolidation fiscale (entendez réduction des dépenses publiques ou augmentation d’impôts) sur les inégalités, les salaires et le chômage, les auteurs ont utilisé les données de 17 pays de l'OCDE sur la période 1978-2009.

Les auteurs ont trouvé que les politiques d'ajustement fiscal ont en général des effets significatifs sur:

  • l'augmentation des inégalités dans le cours et moyen terme
  • la réduction des salaires dans le long terme
  • l'augmentation du chômage à long terme

Ils ont par ailleurs fait une différenciation entre des politiques d'ajustement fiscal basé sur des augmentations d'impôts ou une réduction des dépenses. Les politiques basées sur des réductions des dépenses ont tendance à avoir des effets supérieurs à ceux basés sur des augmentations d'impôts. Par ailleurs, les auteurs ont trouvé que les politiques d'ajustement fiscal ont tendance à réduire les salaires de façon plus significative que les profits ou la rente.

La figure ci-dessous vous montre l'évolution du coefficient Gini qui mesure les inégalités de revenus avant et après les politiques d'ajustement fiscal.
Evolution du coefficient Gini
La figure suivante vous montre l'impact de la consolidation fiscale sur le chômage long terme. Les auteurs rappellent l'étude de Dao et Loungani (2010) qui lie la durée du chômage à la perte de revenus, la santé physique et morale et la diminution du succès scolaire et du salaire potentiel des enfants de chômeurs. Le chômage à long terme aussi réduit la probabilité de retrouver un travail.

Chomage et austerité

Dans une note de Jonathan Ostry et al du FMI de février 2014, les auteurs ont fait une revue de la littérature et leurs propres analyses sur l'impact des inégalités ou de l'égalité sur la croissance.

De cette étude ils retirent que: 

  • un faible niveau d'inégalité est corrélé de façon significative avec une croissance plus rapide et plus durable pour un niveau donné de redistribution;
  • l'impact de la redistribution sur la croissance est généralement infime et seulement dans des cas extrêmes peut-on voir quelque évidence qu'elle a un effet négatif sur la croissance.

La figure ci-dessous vous montre l'effet d'une augmentation des inégalités (mesurées grâce au coefficient Gini) ou de la redistribution sur la croissance à 5 ans. Les données indiquent un effet positif de la redistribution sur la croissance et un effet négatif des inégalités sur celle-ci.

fig3.png

La figure suivante montre l'impact des inégalités et de la redistribution sur la pérennité (la durée) de la croissance. Les données montrent qu'une redistribution dirigée vers les revenus les plus faibles provoquent des périodes de croissance beaucoup plus longue alors qu'une redistribution dirigée vers les revenus les plus hauts ou une augmentation des inégalités occasionne des périodes de croissance plus courte.

 fig4.png

Les auteurs par ailleurs notent que 'de façon surprenante, il y a fort peu de preuves de l'impact destructeur de la redistribution fiscale sur la croissance à un niveau macro-économique'.

Finalement, une publication officielle du FMI du 23 janvier 2014 reprend les résultats de ces études pour suggérer des politiques de redistribution qui soient favorables à la croissance et au bien-être des populations.

Ceci est à mettre en résonance avec une publication précédente par Gajaujo et al en 2011 qui avait démontré l'impact négatif des politiques d'ajustement fiscal sur la croissance basée sur des données de pays de l'OCDE, et sur d'autres études qui ont démontré l'impact de ces politiques sur l'augmentation de la pauvreté.

En résumé, selon ces études basées sur des revues de littérature et l'utilisation de données de l'OCDE, les politiques d'austérité budgétaire ont tendance à:

  • augmenter les inégalités;
  • réduire les salaires;
  • augmenter le chômage à long terme;
  • réduire la croissance.

Par ailleurs, les politiques de redistribution ont tendance elles à:

  • réduire les inégalités;
  • augmenter la croissance;
  • augmenter la durée des périodes de croissance.

Maintenant je ne crois pas qu'on puisse accuser le Fond Monétaire International de biais gauchiste. Cependant, il semblerait que la politique du gouvernement aille à l'encontre des évidences statistiques et expériences précédentes.

De façon peu surprenante, les politiques de restrictions budgétaires mises en place depuis plusieurs années n'ont pas créé l'effet escompté et au contraire, ont suivi le caractère des relations statistiques décrites ci-dessus, confirmant le diagnostic que nombre d'économistes avaient établi avant le revirement surprenant du gouvernement.

Ce qui est réconfortant (et assez ironique) cependant, c'est de trouver dans les publications du FMI la confirmation de la validité pratique des propositions faites par le parti socialiste avant et pendant la campagne et que le gouvernement a décidé d'ignorer.

Il est assez amusant que le FMI donne des leçons de keynésianisme au parti socialiste mais, au train où vont les choses, on n'est plus surpris par grand chose.


(1) The Distributional Effects of Fiscal Consolidation, Laurence Ball et al, 2013, http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2013/wp13151.pdf

(2) Redistribution, Inequality, and Growth, J Ostry et al, 2014 http://www.imf.org/external/pubs/ft/sdn/2014/sdn1402.pdf
(3) Expansionary Austerity: New International Evidence Prepared by Jaime Guajardo, Daniel Leigh, and Andrea Pescatori, 2011 https://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2011/wp11158.pdf
(4) Fiscal policy and income inequality, IMF, http://www.imf.org/external/np/pp/eng/2014/012314.pdf

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/marc-naura

 


 

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 15:40

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Spéculation

Crise financière : comment des « fonds vautours » commencent à attaquer l’Europe

par Olivier Petitjean 26 mars 2014

 

 

 

 

Plusieurs dizaines de fonds spéculatifs s’estiment lésés par la suppression d’aides publiques ou les restructurations de dettes souveraines menées en Europe. Au nom de la protection des investissements, ils attaquent donc les Etats devant des tribunaux commerciaux extranationaux. En jeu : des centaines de millions d’euros d’indemnités à empocher. Si leurs premières cibles sont l’Espagne, la Grèce et Chypre, d’autres pays pourront être concernés. Après l’austérité, les citoyens européens paieront-ils la facture de la crise une seconde fois ?

En plus des politiques d’austérité, une nouvelle menace se profile à l’horizon pour les pays du Sud de l’Europe : celle de procédures intentées devant des juridictions commerciales opaques par des acteurs financiers, qui cherchent à tirer profit des traités garantissant la « protection des investisseurs ». Des fonds spéculatifs, s’estimant lésés par des restructurations de dette ou par la fin de subventions publiques à certains secteurs, font ainsi jouer la clause du « traitement juste et équitable » (lire notre article) des investisseurs pour demander réparation.

Grèce, Chypre et Espagne sont ainsi la cible de procédures intentées devant divers « tribunaux » d’arbitrage par des firmes privées, qui leur réclament plusieurs centaines de millions d’euros. Ces poursuites pourraient être les signes avant-coureurs d’une nouvelle déferlante de procédures du même type affectant tous les pays d’Europe, dont la France. Un nouveau rapport publié par le Transnational Institute et le Corporate Europe Observatory, intitulé « Profiter de la crise - comment entreprises et avocats d’affaires font des profits au détriment des pays européens frappés par la crise » [1] tire la sonnette d’alarme.

Quand les peuples doivent indemniser les spéculateurs

Pour les firmes plaignantes, les diverses mesures prises par les gouvernements européens durant la crise ont diminué la valeur de leurs investissements, et constituent donc une forme d’« expropriation indirecte ». Elles réclament en conséquence des centaines de millions d’euros de compensation. Pour les procédures connues à ce jour, les montants en jeu atteignent 700 millions d’euros pour l’Espagne et un milliard d’euros pour Chypre. La somme demandée à la Grèce n’est pas connue. Les citoyens de ces pays, déjà affectés par des mesures d’austérité qui ont entraîné une dégradation sévère de leur niveau de vie, devront peut-être payer une seconde fois la facture. Non plus, cette fois, pour renflouer les banques européennes, mais pour indemniser les spéculateurs.

Les pays du Sud touchés par des crises financières – notamment l’Argentine – connaissent bien ces « fonds vautours », qui cherchent à profiter de la situation en rachetant à bas prix la dette de ces pays, puis en se retournant contre ces derniers devant les tribunaux commerciaux. Une démarche d’autant plus tentante que les différends relatifs aux investissements entre États et entreprises sont généralement tranchés par des mécanismes d’arbitrage ad hoc, souvent favorables aux intérêts commerciaux, et n’ayant de compte à rendre à personne.

Plainte des investisseurs contre les suppressions de subventions

C’est exactement la situation qu’a connu la Grèce suite à la crise financière qui s’est déclenchée en 2009. L’accord de restructuration de la dette grecque a largement ménagé les intérêts des créanciers privés. Une proportion substantielle de l’aide financière internationale a fini dans les poches des banques françaises ou allemandes : 77% des 207 milliards de l’aide européenne a bénéficié, directement ou indirectement, au secteur financier (lire Où sont passés les 200 milliards destinés au « sauvetage » de la Grèce ?). Cela ne semble pas suffisant pour des investisseurs comme la Poštová Bank, de Slovaquie, qui poursuit aujourd’hui la Grèce, et quelques autres qui menacent de faire de même. L’un d’eux, Dart Management, a déjà obtenu 400 millions d’euros d’Athènes après avoir refusé l’accord de restructuration et menacé le pays de poursuites.

En Espagne, ce sont paradoxalement les coupes budgétaires décidées par le gouvernement pour réduire le déficit public qui posent problème. Elles sont la cible de 22 investisseurs dans le cadre de sept procédures distinctes. En cause, la suppression, pour cause d’austérité, des considérables aides publiques aux énergies renouvelables mises en place avant la crise. Cette suppression est certes contestable d’un point de vue environnemental, et a d’ailleurs été fortement encouragée par les grosses firmes énergétiques européennes. Mais on peut s’étonner que seuls les acteurs financiers internationaux – et non les citoyens espagnols, ni les petites entreprises locales du secteur – disposent des moyens légaux de la dénoncer.

Des paris spéculatifs sans aucun risque

L’année dernière, le Transnational Institute et le Corporate Europe Observatory avaient déjà dénoncé ce complexe système des accords d’investissement et les tribunaux d’arbitrage qui leur sont associés. Un petit monde généralement favorable aux entreprises, fonctionnant de manière opaque, qui fait la fortune de cabinets spécialisés d’avocats d’affaires. Ces derniers n’hésitent pas à encourager leurs clients à poursuivre les États, ou à réaliser leurs opérations financières via des pays tiers pour être sûrs de bénéficier de la protection maximale des accords d’investissement. Résultat, les États se retrouvent contraint de dépenser des millions en frais d’avocats pour ne pas avoir à en débourser encore plus à titre de dédommagement aux plaignants.

Les entités qui poursuivent aujourd’hui la Grèce, Chypre ou l’Espagne devant des tribunaux commerciaux ne sont pas des entreprises de « l’économie réelle », ayant réalisé des investissements concrets et dont la viabilité économique serait mise en danger. Il s’agit dans la quasi totalité des cas de fonds d’investissement, qui ont réalisé des opérations spéculatives en toute connaissance de cause, faisant le pari que si elles échouaient, ils pourraient toujours se retourner contre les États concernés. Inutile de préciser qu’« expropriation » ou non, ils continuent pour la plupart d’afficher des profits confortables.

La jungle des traités d’investissement bilatéraux

L’investisseur qui poursuit la Grèce aujourd’hui, la Poštová Bank de Slovaquie, a racheté la dette grecque à partir de début 2010, alors que le pays était déjà considéré comme en quasi-défaut. Idem pour Dart Management. En Espagne, la plupart des « investisseurs » qui se retournent aujourd’hui contre le gouvernement sont entrés dans le secteur solaire en 2010 ou même plus tard. L’un d’eux, un fonds du groupe BNP Paribas appelé Antin, a ainsi pris ses positions dans le solaire espagnol en 2011 [2]. A un moment où il était clair que la crise de l’euro allait entraîner une réduction des aides au secteur. Derrière certains des fonds luxembourgeois ou néerlandais qui poursuivent aujourd’hui le pays, se cachent d’ailleurs des hommes d’affaires espagnols et de grandes entreprises nationales comme le groupe industriel Abengoa.

En cause : la jungle des traités d’investissement bilatéraux entre pays de l’Union européenne qui semble ne profiter qu’aux intérêts financiers privés. Une banque slovaque détenue majoritairement par des Chypriotes poursuit la Grèce, tandis qu’un fonds grec poursuit Chypre, le tout pour des mesures imposées à ces pays par la « troïka »(Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Commission européenne)... Rien de tout cela ne semble pourtant effrayer les autorités de l’Union, qui paraissent disposées à étendre et renforcer encore les droits des investisseurs dans le cadre des négociations en vue d’un futur accord commercial entre l’Europe et les États-Unis (lire notre enquête).

Olivier Petitjean

Photo : CC Rémy Saglier

 

Notes

[1Profiting from crisis - How corporations and lawyers are scavenging profits from Europe’s crisis countries. Lire ici une traduction française du résumé du rapport.

[2Le montant de la compensation financière demandée n’est pas connu.

 


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Source : www.bastamag.net

 

 

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