Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 21:29

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

Agonie du capitalisme : les douze salopardes de l’effondrement d’un empire
Le Yéti - voyageur à domicile

Publié le 24/04/2014 à 11h19

 

« Ouais, ouais, ça fait des années maintenant qu’on nous dit que le capitalisme est à l’agonie. En attendant, il est toujours là ! »

J’invite les commentateurs pressés à œillères, pour qui ce genre de propos sert surtout d’anxiolytique pulsionnel contre un stress existentiel en période troublée, à lire ce descriptif minutieux du lent, très lent processus d’effondrement des empires.

Oh bien sûr, écrit notre analyste, un certain Charles Hugh-Smith, un empire peut s’écrouler brutalement. Mais la plupart du temps ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe : un empire agonisant commence par s’évider de l’intérieur. Un vilain et lancinant cancer qui ne tient certes pas dans l’intervalle interpublicitaire d’un fugace journal télévisé.

Les douze salopardes

Et notre analyste de répertorier minutieusement les douze (lentes, très lentes) étapes salopardes de cette interminable agonie :

1. chaque institution du système perd de vue son objectif initial de servir la population et ne se préoccupe plus que de sa propre survie ;
2. ce statu quo corrompu corrompt chaque personne travaillant au sein du système corrompu : tous pour un et surtout tous (les bonus) pour moi ;
3. chaque institution corrompue ne se choisit plus que des dirigeants sociopathes dont la seule compétence est d’escroquer les autres ;
4. les gardiens du temple corrompu préservent coûte que coûte le statu quo et punissent toute tentative d’innovation ;
5. à mesure qu’augmentent les coûts irrécupérables pour sauver le système agonisant, s’accroît en conséquence la résistance à tout système novateur ;
6. la mémoire institutionnelle et la pensée unique tentent de faire survivre les vieilles méthodes du passé, même si celles-ci ont clairement failli ;
7. cette dynamique de l’érosion conduit chaque institution finissante a exiger toujours plus d’argent pour financer son insignifiance, sa corruption et son incompétence ;
8. l’incompétence est récompensée et la compétence sanctionnée ;
9. plus les rendements diminuent, plus les coûts s’élèvent, et plus le système dépérit ;
10. plus les économies d’échelle s’hypertrophient (la mondialisation), et plus les rendements sont en berne ;
11. le trop-plein ne remplit plus que les poches d’une misérable élite corrompue et défaillante ;
12. les vieilles élites et les intérêts dominants deviennent imperméables aux SOS lancés par leurs hommes de terrain.

Indécrottable cécité

Voilà comment les empires et leurs légions devenues fantômes s’effondrent, conclut Charles Hugh-Smith. Le processus d’auto-destruction qu’il décrit est celui de tous les empires disparus, de l’antique empire romain à la finalement plutôt éphémère Union des républiques socialistes soviétiques.

Simple question de temps, d’impuissance contaminée, de corruption passée en pertes et profits, de lâchetés multipliées.

Tout ça ne vous dit rien ? Ne vous rappelle rien ? Ne vous suggère ni ne vous alerte en rien ?

Tant pis, notre indécrottable cécité nous contraint toujours à rebâtir sur des ruines. Car le travail de sape irréversible qui ébranle notre empire actuel continue, lui, son oeuvre saloparde de destruction.

                               
  
                                                                                                                                                                                                                        Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

Partager cet article
Repost0
23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 21:44

 

 

Source : www.agoravox.fr


par taktak mercredi 23 avril 2014 -  
 
Pacte de responsabilité un marché de dupe : la démonstration mathématique que l’on vous prend pour des idiots

 

 

Alors le pacte de responsabilité, idée de bon sens ou marché de dupe ?

Le mieux pour le savoir c'est de faire les comptes et de peser le pour et le compte. C'est ce qu'à fait le PRCF dans une analyse chiffrée et argumentée qui démontre l'imposture.

Ne nous laissons pas plumer !

Le principe du pacte de responsabilité un marché de dupe

JPEG Ça y est François Rebsamen nouveau ministre du Travail de François Hollande vient d’annoncer le nombre d’emplois qu’il escompte créer avec le pacte de responsabilité, vous savez ce marché conclu entre François Hollande et le MEDEF soit disant pour faire baisser le chômage et « améliorer la compétitivité » de la France.

Un peu de décodage pour parler clair, regardons le principe de ce pacte

Le principe est celui d’un marché de dupe : le patronat demande à ce que les cotisations sociales patronales soient diminuées, pour faire baisser en langage médiatique « le cout du travail ». Pour parler clair, il s’agit donc que votre patron diminue votre salaire puisqu’il versera moins d’argent en échange de votre travail pour la sécurité sociale etc…. c’est à dire pour cette partie de votre salaire qui est mutualisé et redistribué à chacun selon ses besoins ( sous formes d’allocations familiales, de remboursements de soins, etc.). Cet argent économisé par les patrons sur votre dos leur permettra éventuellement de rémunérer les actionnaires d’augmenter leurs propres salaires bonus et autre parachutes dorés et d’aller planquer le magot dans les paradis fiscaux, de financer la délocalisation des usines, ou éventuellement d’investir ou de baisser les prix (rien que de penser à ces deux dernières possibilité Gattaz se marre de tant de naïveté). Bref, les patrons vous disent, la baisse des salaires permettra de vendre plus car les prix seront plus compétitifs, et donc peut être d’embaucher un peu…. En gros croyez les sur paroles, ayez confiance, donnez leur toute la farine, ils vous feront suer sang et eau pour faire un gros gâteau, ils se le partagerons et peut être que vous pourrez manger quelques miettes si elles tombent de la table.

Revenons plus en détail sur cette partie du raisonnement, car il n’y a là aucune évidence que baisser les salaires permettent de relancer l’activité puis de créer des emplois.

  • d’abord, il convient d’insister sur le fait qu’il n’y a aucune raison pour que la baisse des salaires soit répercutée en baisse des prix. Le plus probable, à l’image de ce qu’à toujours fait le patronat chacun peu avoir en tête les baisse de TVA dans la restauration ou les aides dans le BTP, est que les entreprises en profite pour augmenter leurs marges, marge qui servira à remplir les poches des actionnaires et du patronat…. Et hop direct dans la popoche de m’sieurs Gattaz, Bouygues, Arnauld, Lagardères et cie. Elle est pas belle la vie ?
  • Ensuite en admettant – hypothèse improbable – que les entreprises répercutent intégralement la baisse du cout de production liée à la baisse des salaires, rien ne garantie que de façon systématique cela permette d’accroitre les ventes. D’une part, la part des salaires peut être très marginale dans le prix. Par exemple très loin devant le handicap monétaire lié à l’euro très fort… Et dans ce cas si l’on veut doper nos exportations pour rétablir notre balance du commerce extérieur, c’est sortir de l’Euro qu’il faudrait.D’ailleurs la BCE ne s’en cache pas en réclamant à corps et à cris cette diminution drastique des salaires. D’autre part, la baisse des prix n’est pas suffisante pour nécessairement déclencher plus d’achat. Cela dépend de « l‘élasticité prix » des biens et services vendus, qui fait que le prix n’est parfois qu’un paramètre mineur en particuliers lorsque l’on parle de technologies de pointe, de services très qualifiés etc. Surtout, pour tous les biens et services adressés aux marchés français, dans la mesure où la baisse des salaires aura considérablement réduit le pouvoir d’achat des travailleurs il n’y aura plus d’acheteurs…Le CICE par exemple, c’est une diminution de 1250 € de salaire pour chaque actif. Dans ces conditions, même en prenant les hypothèses les plus pessimistes sur la part de la valeurs d’une voiture liés à la rémunération des travailleur qui évalue la baisse du prix d’une voiture à 6% si on diminue les salaires de 10% (d’autre sources parlent elles de 1%), un rapide calcul montre que pour une voiture à 15 000€ la baisse de prix est de 900€ (respectivement 150 €) soit nettement moins que la perte de pouvoir d’achat du travailleurs d’autant que le CICE ce n’est pas une baisse des salaires de 10%…..
  • Enfin, rien ne garantie – quand bien même les entreprises vendraient plus – que celles ci embauchent. Elles peuvent tout simplement faire trimer plus vite et fort leurs salariés par le chantage à l’emploi qu’elles savent et peuvent si facilement employer depuis l’ANI , vous savez ce moyen de prendre en otage les travailleurs pour qu’ils acceptent de réduire leur salaire, de travailler plus etc. que l’on doit à ce cher, très cher gouvernement PS….. Travailler plus pour gagner moins quoi.

Rappelons que cela fait des décennies que l’on accorde des exonérations de cotisations sociales en tout genre au patronat, ce qui n’a eu pour effet que de favoriser le recours aux bas salaires. Dans le même temps le chômage a explosé tout comme les déficits des comptes de la Sécu et des caisses de retraites… logique. A tel point que les gouvernements du Parti Maastrichien Unique ont diminué vos retraites, retardés l’age de départ en augmentant le nombre d’années de cotisation, et sabré dans les remboursements des soins médicaux.
Bref l’expérience démontre que c’est un marché de dupe. Mais si on se penche précisément sur les chiffres alors là, il apparait que l’on prend carrément les travailleurs pour des idiots.

la démonstration mathématique que l’on vous prend pour des idiots

 

JPEG - 19.4 ko

190 000 emplois créés grâce aux 10 milliards d’euros d’exonération de cotisations sociales patronales annuelles fanfaronne Rebsamen. S’ils le sont car chacun doit se souvenir que les organisations patronales ont déjà dit qu’elle ne s’engageraient qu’à une seule chose : prendre les milliards.
300 000 emplois en échange des 20 milliards d’euros de cadeau annuel fait à ces mêmes patrons dans le cadre du CICE, c’est exactement ce que promet le ministre.

Point besoin d’avoir fait l’X HEC ou l’ENA pour se livrer au calcul du coût mensuel de ces emplois. Savoir faire une simple règle de trois, manier l’art compliqué de la division et de la multiplications permet de démasquer les soit disant experts mais vrais chiens de gardent médiatiques qui squattent les plateaux de télévision (Mais qu’on les expulse que diable !).

  • 10 000 000 000 € / (190 000 emplois x 12 mois) = 4 285,96 € mensuel pour l’accord Hollande- MEDEF visant à réduire les salaires et satisfaire aux injonctions de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de la Commission Européenne.
  • 20 000 000 000 € / (300 000 emplois x 12 mois) = 5 555,55 € pour le CICE

A ce prix là, on pourrait espérer que les emplois espérés mais absolument pas garantis ne soient pas rémunérés au smic mais à des salaires décents ! Ce n’est pas le cas puisque ces allégements de cotisations sociale vise de l’aveux même du gouvernement à 90% des emplois rémunérés jusqu’à 1,35 SMIC….

Pour donner une base de comparaison, en 2011 la masse salariale du Ministère de l’Éducation Nationale était de 49,9 M€ pour un effectif de 953 356 emplois (équivalent temps plein sources), dont il convient de le souligner 800 000 professeurs qui sont des employés très qualifiés. Un rapide calcul montre que le coût mensuel de ces emplois est de : 4361€ pour des emplois qui ne sont pas rémunérés au smic (quoique vu que les salaires de la fonction publiques sont gelés, bientôt la grille de rémunération des professeurs sera inférieure au SMIC…)

A tous le moins et comme nous avions déjà pu le monter dans notre article Hollande la guerre aux salaires et les cadeaux aux MEDEF en chiffres, le CICE aurait du traduire par la création d’au minimum un demi millions d’emplois !
Chacun sait ce qu’il en est !

Avec ces dizaines de milliard d’euros, il serait parfaitement possible à un gouvernement de gauche – à condition de sortir de l’UE et de l’Euro bien sûr – de lancer toute de suite un plan de réindustrialisation du pays pour embaucher des millions d’ouvriers. En nationalisant les raffineries, les hauts fourneaux et aciéries, toutes ces usines dont nous avons besoins pour produire en France les biens nécessaires aux travailleurs de ce pays. Ces usines qui sont aujourd’hui délocalisées au prix d’un désastre social et environnementale dramatique.

JPEG Bref, Hollande, l’UE, le MEDEF et leurs valets des médias prennent les travailleurs pour des idiots. Le gouvernement ne fait que mettre en application la politique décidée par l’Union Européenne, cette UE construite par et pour l’oligarchie capitaliste, qui est une politique de renforcement de l’exploitation des travailleurs. Par leur mise en concurrence, par la privatisation et la libération des entreprises et services publics. Par la guerre aux salaires menées par la BCE au nom de l’Euro fort

Le 25 mai prochain, montrons que cela suffit ! Montrons que les travailleurs ne sont pas dupes, Boycottons leur farce de l’élection d’un parlement croupions sans pouvoir autre que de rémunérer de pseudo parlementaire près de 10 000€ par mois, alors que l’UE a piétiné notre vote NON de 2005. Brisons les chaines de l’Union européenne, pour sortir de l’UE, sortir de l’Euro par la voie progressiste et démocratique, celle de la souveraineté populaire permettant au travailleurs de prendre en main leur destin pour mettre en œuvre la politique de progrès social dont nous avons besoin

Source : site web du PRCF (pôle de renaissance communiste en france)

 

Source : www.agoravox.fr

Partager cet article
Repost0
23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 21:23

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Comment les Français paient de l'impôt sur l'impôt

Le Monde.fr | 23.04.2014 à 14h10

 
 

 

Les revenus de capitaux mobiliers perçus en 2013 seront imposés cette année, au barème progressif de l'impôt sur le revenu. L'établissement payeur (organisme bancaire ou société) a toutefois prélevé à la source, en 2013, un acompte d'impôt de 24 % sur les intérêts et de 21 % sur les dividendes, sauf si vous avez demandé à en être dispensé.

 

« L'art de l'imposition consiste à plumer l'oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris. » Cette formule de Jean-Baptiste Colbert est toujours d'actualité. Pour se faire, le législateur a plutôt intérêt à procéder à des hausses d'impôts rampantes plutôt qu'augmenter directement le taux des impositions. Et c'est ce qu'il fait.

Une technique consiste à limiter les charges déductibles des revenus imposables. Par exemple, les traitements et salaires sont soumis à la CSG (7,5 %) et à la CRDS (0,5 %) après déduction des frais professionnels. Mais cette déduction prend obligatoirement la forme d'une réduction forfaitaire de 1,75 %. Or le montant est dans la plupart des cas largement inférieur au montant réel des frais professionnels.

Autre possibilité : imposer des revenus non disponibles, comme à l'égard des travailleurs indépendants non adhérents d'un centre de gestion ou d'une association agréée, qui voient leur résultat imposable majoré de 25 %. En clair, s'ils réalisent un résultat de 100, ils seront imposés comme si le résultat était de 125.

Dans les deux cas cela revient à augmenter artificiellement l'assiette de l'impôt et, en définitive, le montant de celui-ci.

 

SYSTÈME OPAQUE

Ces mesures sont des mesures techniques. Mais en gardant le système fiscal opaque, le législateur parvient même à faire payer aux contribuables de l'impôt sur de l'impôt.

L'exemple des prélèvements sociaux est flagrant (principalement 8 % sur les revenus professionnels et 15,5 % sur les revenus du patrimoine) car ils agissent en doublons de l'impôt sur le revenu. Concrètement, les mêmes revenus sont imposés deux fois.

Prenons l'exemple des revenus du patrimoine (revenus fonciers, revenus de l'épargne). Un revenu imposable de 100 donne lieu au paiement de 15,5 de prélèvements sociaux.

En théorie, le contribuable devrait donc être soumis à l'impôt sur le revenu sur son revenu réellement disponible, c'est-à-dire à hauteur de 84,5 (100 - 15,5). Mais seuls 5,1 % (issus de la CSG) de ces prélèvements sociaux sont déductibles.

L'assiette de l'impôt sur le revenu est donc 94,9 (100 - 5,1) au lieu de 84,5. Résultat, le contribuable paie de l'impôt sur des revenus inexistants puisque déjà frappés par les prélèvements sociaux.

 

ÉGALITÉ ENTRE LES CONTRIBUABLES

Lorsqu'il était encore rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale, Christian Eckert avait émis la fausse bonne idée de remettre en cause cette déductibilité partielle de la CSG, en prétextant qu'elle rompait l'égalité entre les contribuables, puisque seuls les redevables de l'impôt sur le revenu pourraient la déduire à la différence de ceux qui échappent à cet impôt...

Désormais secrétaire d'Etat au budget, espérons que M. Eckert ne continue pas à suivre le même raisonnement. Car cela permettrait également de soutenir que la déduction accordée aux salariés au titre de leurs frais professionnels contredirait l'égalité entre les contribuables, puisque ceux qui ne perçoivent pas de salaire ne peuvent pas en bénéficier.

L'égalité entre les contribuables présentée comme un principe directeur de notre pacte social servirait alors d'alibi à une hausse rampante de l'impôt sur le revenu.

 

Frédéric Douet, professeur à l'Université de Bourgogne
Compte twitter : @Fiscalitor

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Partager cet article
Repost0
22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 20:28

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Sous-traitance

Un an après le drame du Rana Plaza, les grandes marques d’habillement ont-elles changé leurs pratiques ?

par Olivier Petitjean 22 avril 2014

 

 

 

 

 

Ils fabriquaient des tee-shirts, polos ou pantalons pour de grandes marques occidentales. 1138 ouvriers et ouvrières du textile ont été tués dans le drame du Rana Plaza, il y a un an au Bangladesh. Suite à l’indignation, un accord sur la sécurité des usines textiles a été signé, notamment par les Français Auchan, Carrefour, Camaïeu, Casino et Leclerc. Les grandes entreprises ont-elles respecté leurs engagements ? La situation des ouvrières du textile s’est-elle améliorée ? Les victimes du drame et leurs familles ont-elles été indemnisées ? Enquête.

Le 24 avril 2013, s’effondre à Dhaka, capitale du Bangladesh, l’immeuble du Rana Plaza. 5 000 ouvriers et ouvrières du textiles y travaillent. Bilan : 1 138 morts et plus de 2 000 blessés, dont certains resteront handicapés à vie. Le bâtiment de neuf étages – alors qu’il est conçu pour n’en posséder que cinq – comprend cinq ateliers de confection, travaillant pour des marques aussi diverses que Benetton, Walmart ou Mango. Mais probablement aussi pour Camaïeu et Auchan – qui ne reconnaît qu’une possible sous-traitance « sauvage » – et peut-être pour Carrefour, qui nie cependant tout lien avec le Rana Plaza. Le jour précédent, les ouvrières remarquent des fissures dans les murs. Les patrons les contraignent à reprendre leurs postes, en les menaçant de ne pas verser leurs salaires.

L’événement mobilise comme jamais les médias et l’opinion publique internationale, mettant en lumière les conditions de travail et de vie des ouvrières – majoritairement de très jeunes femmes – qui fabriquent les vêtements commercialisés en Europe et en Amérique du Nord. Au Bangladesh même, la catastrophe entraîne des manifestations de masse des travailleurs du textile, qui se sont poursuivies pendant plusieurs mois et n’ont pas encore vraiment cessé à ce jour (lire « Depuis la catastrophe du Rana Plaza, les ouvrières du textile se sont radicalisées. »). La pression conjuguée des ouvrières et de la communauté internationale a forcé les élites du Bangladesh et les multinationales du textile à des concessions. Les patrons des ateliers, malgré leur proximité avec les dirigeants du pays, sont aujourd’hui derrière les barreaux.

Du côté des donneurs d’ordres, plus de 150 marques ont signé un Accord sur la sécurité des usines textiles au Bangladesh, en association avec les syndicats nationaux et internationaux, et sous l’égide de l’Organisation internationale du travail (OIT). En France, Carrefour, Auchan, Leclerc, Casino et Camaïeu en sont signataires. Cet accord social novateur prévoit notamment un programme d’inspection des usines et un suivi transparent de ces inspections. Sur le papier, le texte constitue une avancée significative, justifiant les espoirs de nombreux observateurs que le drame du Rana Plaza représentera un tournant décisif en matière de droits humains et de conditions de travail dans l’industrie textile au Bangladesh, voire dans d’autres pays.

« Nous avons tout fait pour que cet accord voit le jour », assurait, à l’époque, le négociateur de Carrefour, premier signataire français du texte. « Nous attendons des syndicats un échéancier de ce qu’il y a à faire, et nous sommes impatients ! ». Si elles affichent fièrement leur participation au processus, les marques françaises – à l’exception de Camaïeu – refusent cependant catégoriquement de participer à l’indemnisation des victimes.

« Pas de responsabilité dans l’effondrement du bâtiment »

Les organisations non gouvernementales françaises, emmenées par Peuples Solidaires et le collectif Éthique sur l’étiquette, ont lancé un appel (déjà signé par plus de 100 000 personnes) à Auchan et Carrefour, ainsi qu’à l’Italien Benetton, à contribuer au fonds d’indemnisation des victimes et à assumer effectivement leurs responsabilités vis-à-vis des conditions de travail des ouvrières de leurs sous-traitants. Les ONG espèrent profiter de l’anniversaire du Rana Plaza pour faire avancer la proposition de loi sur le « devoir de vigilance » des multinationales françaises vis-à-vis des atteintes aux droits de l’homme dans leurs filiales et leur chaîne d’approvisionnement à l’étranger. Déposée par trois députés socialistes et écologistes, la proposition est pour l’instant au point mort, confrontée à l’opposition des lobbies économiques et du gouvernement. Une pétition en ligne vient d’être lancée.

De son côté, Carrefour n’a pas reconnu de lien avec le Rana Plaza, bien que des syndicalistes bangladais aient retrouvé une étiquette de sa marque Tex dans les décombres de l’immeuble après la catastrophe. Des anciens ouvriers de l’immeuble affirment également avoir produit des T-shirts de marque Tex, mais il pourrait y avoir confusion avec une marque danoise [1]. Le cas Auchan est plus problématique. L’entreprise admet initialement que des pantalons de sa marque In Extenso sont fabriqués au Rana Plaza, mais explique qu’il s’agit d’une production sous-traitée « en cascade » par l’un de ses fournisseurs officiels, sans que l’enseigne n’en soit informé.

Accord international : Auchan tiendra-t-il ses engagements ?

Réponse des ONG : « Le fait qu’Auchan n’ait pas été capable de maîtriser sa production tout au long de sa chaîne d’approvisionnement ne la dédouane en aucun cas de sa responsabilité envers les victimes. » Le groupe semble avoir choisi de durcir le ton. Dans un communiqué récemment diffusé, Auchan affirme désormais que son enquête approfondie « n’a permis d’apporter aucune preuve formelle ». Ce qui n’a pas empêché Auchan de « mettre fin de manière unilatérale à [ses] relations commerciales avec [le fournisseur en question] ». Conclusion de la multinationale familiale : « Auchan (…) n’a pas de responsabilité dans l’effondrement du bâtiment. »

La responsabilité du groupe français est cependant bel et bien engagée dans la mise en œuvre de l’accord qu’il a paraphé. Le programme d’inspection prévu concerne environ 1 700 usines textiles sur les 4 500 que compte le Bangladesh [2]. Ces inspections ont commencé fin 2013. Les dix premiers rapports – qui relèvent des problèmes importants de sécurité – ont été rendus public. Selon les dispositions de l’accord, les donneurs d’ordre – Carrefour, Auchan et consorts – s’engagent à aider leurs fournisseurs à réaliser les travaux nécessaires, à maintenir des relations d’affaires pendant au moins deux ans, et à rémunérer pendant au moins six mois les ouvriers et ouvrières mis au chômage pendant la durée des travaux. Pourtant, au moins deux usines viennent d’être fermées suite aux inspections, dont un fournisseur d’Auchan employant 3 500 ouvrières, Softex. Les ouvrières ont été congédiées sans compensation, les patrons de l’usine se défaussant sur Auchan : « Nous fermons des usines à leur demande. Aussi c’est à eux de financer le chômage des ouvriers. » [3]. Dans son récent communiqué, le groupe français reconnaît les faits, mais garde le silence sur le sort réservé au fournisseur et aux ouvrières. Toujours pas responsable ?

200 ouvrières toujours portées disparues

Suite aux manifestationx et aux mouvements de grève, le gouvernement bangladais a été obligé d’augmenter le salaire minimal du secteur textile. Celui-ci a été porté à 50 dollars mensuels (36 euros), contre 28 dollars auparavant. Les ouvriers réclamaient cependant le double (100 dollars). Encore loin du salaire vital au Bangladesh [4], qui prend en compte le prix de besoins essentiels – logement, énergie, eau, habillement, protection sociale, alimentation, transport, éducation santé, petite épargne – et estimé à 260 euros au Bangladesh. H&M, principal donneur d’ordre au Bangladesh, a ainsi proposé de payer directement les ouvriers et de leur assurer un « salaire vital » - au moins, pour commencer, dans quelques usines pilotes. « Nous saluons ces annonces, mais nous n’avons pas connaissance d’initiatives concrètes à ce stade », nuance cependant un autre syndicaliste bangladais.

 

 

L’attitude d’Auchan et de Carrefour n’est certes pas exceptionnelle : seulement dix entreprises se sont engagées formellement dans le dispositif d’indemnisation (dit « Arrangement »), contre plus de 150 pour l’accord ! Les besoins financiers pour assurer une compensation « juste, complète et transparente » aux victimes du Rana Plaza – couvrant les frais médicaux et la perte de revenus, en conformité avec les conventions de l’OIT – ont été estimés à 40 millions de dollars (54 millions d’euros). Un peu moins de la moitié doit être abondée par les donneurs d’ordres internationaux. Une somme extrêmement modeste comparée aux bénéfices des entreprises concernées en 2013, comme le signalent Peuples solidaires et Éthique sur l’étiquette : « 2,4 milliards [d’euros] pour Inditex (Zara), 1,26 milliard pour Carrefour, 767 millions pour Auchan ». Pourtant, à ce jour, 7 millions de dollars ont été promis selon l’OIT

En attendant, grâce aux contributions d’ONG et de quelques entreprises comme l’irlandaise Primark, des aides d’urgences ont été versées, mais de manière aléatoire et insuffisante au regard des besoins. Pire : près de 200 ouvrières seraient encore portées disparues, leurs corps n’ayant pas été officiellement retrouvés dans les décombres [5]. Leurs familles n’ont donc pas droit à des indemnités.

Carrefour et Auchan, une « conduite exemplaire » ?

Pourquoi refuser de participer au fonds d’indemnisation, au risque de se donner une mauvaise image ? Probablement parce que ces entreprises considèrent un tel geste comme un aveu implicite de relation commerciale avec les entreprises du Rana Plaza, pouvant engager leur responsabilité juridique [6]. La mise en place du fonds d’indemnisation – fruit d’une laborieuse négociation entre entreprises et syndicats sous l’égide de l’OIT – s’est pourtant entourée de bien des précautions. Soin a été pris de dissocier contribution financière au fonds et responsabilité directe dans le drame, en précisant que les contributions pouvaient très bien être volontaires. Nombre d’entreprises y ont d’ailleurs participé par le biais d’organisations caritatives internes, comme la « Fondation C&A », ou externes, via des ONG.

Cela n’a visiblement pas suffi à apaiser les craintes dans les directions de Carrefour et Auchan. Leur attitude contraste avec celle d’autres groupes européens, comme l’irlandaise Primark, qui a contribué au fonds en plus de mettre en place son propre programme d’indemnisation. Ou encore C&A ou Inditex (Zara), qui y ont abondé sans pour autant reconnaître avoir des sous-traitants dans le Rana Plaza. Même les géants américains Gap et Walmart – pourtant très critiqués par la société civile internationale pour avoir refusé de signer l’accord – ont participé à l’indemnisation ! Si le groupe Carrefour a pu se présenter comme un « artisan de l’Accord », et vante sa « conduite exemplaire », la réalité paraît donc beaucoup moins reluisante.

La mise en cause de la sous-traitance sauvage et le risque juridique paraissent des excuses bien commodes pour ne rien changer fondamentalement au système établi, et se défausser de toute responsabilité sur leurs fournisseurs. « Les grandes marques occidentales sont celles qui ont le plus profité de la sueur et du sang des ouvrières. Elles doivent donc prendre leurs responsabilités et s’occuper des victimes et des autres ouvrières, au même titre que les propriétaires bangladais des usines », estime Shahidul Islam Shahid, de l’un des principaux syndicats du secteur textile bangladais, le National Garment Worker’s Federation (lire notre entretien). Sera-t-il écouté ?

Ouvrière bangladeshie et new-yorkaise : un destin commun ?

Dans la foulée du Rana Plaza, Auchan s’est empressé d’annoncer un « plan de lutte contre la sous-traitance sauvage ». Pourtant, ce sont bien les pratiques d’achat des groupes de grande distribution et de leurs concurrents qui créent, en imposant des délais très courts pour des volumes excessifs à des coûts ultra compétitifs, le problème de la sous-traitance sauvage. « Auchan a bien entendu été bouleversé par cet événement, mais la responsabilité de la catastrophe est celle de ceux qui ont obligé les salariés à travailler dans un immeuble ne respectant pas les normes d’urbanisme locales et présentant des risques visibles d’effondrement », déclare aujourd’hui le groupe.

Qui a contribué à placer les ouvrières dans cette situation et quels sont les différents degrés de responsabilité ? Plutôt que de répondre à cette question, Auchan choisit d’adopter un ton martial : en cas de violation par les fournisseurs des « contrats commerciaux » et des « modes de relations habituels », la sanction sera immédiate et les sous-traitants ne seront plus référencés parmi les fournisseurs. Une logique similaire à celle de Disney, très critiqué pour avoir décidé unilatéralement de se retirer totalement du Bangladesh après le drame. Et laissant les ouvrières à leur sort après avoir exploité leur travail, en les privant, du même coup, des opportunités économiques et sociales offertes malgré tout par l’emploi textile [7].

Un précédent souvent invoqué à propos du Rana Plaza est celui de l’incendie de la Triangle Wistshirt Factory, une usine textile située en plein New York, en 1911. Cette catastrophe industrielle avait fait 146 victimes : des jeunes femmes qui n’avaient pu s’enfuir de l’immeuble parce que leurs patrons avaient fermé les portes à clé. Le scandale qui a suivi a entraîné la mise en place de régulations pionnières visant à améliorer la sécurité des usines et les conditions de travail des ouvriers aux États-Unis. L’une des artisans de ses réformes, Frances Perkins, est ensuite devenue secrétaire d’État sous Roosevelt, puis l’une des fondatrices de l’Organisation internationale du travail. Suite au Rana Plaza, nous en sommes encore loin.

Olivier Petitjean

Photo : CC rijans

 

Notes

[1Voir à ce sujet le film documentaire Les damnées du low-cost, diffusé par France 5 à l’occasion de l’anniversaire du Rana Plaza.

[2Les autres sont couvertes, soit par le programme parallèle mis en place par Gap et Walmart, soit, pour celles qui restent, par un programme spécifique mis en place par l’OIT et le gouvernement du Bangladesh.

[4Au sens de la campagne Asian Floor Wage.

[5Selon le Guardian.

[6Comme le rapporte cet article du New York Times, le groupe espagnol Mango avait lui aussi choisi un ligne similaire pour refuser toute participation à l’indemnisation. Mango est depuis revenu sur cette position.

[7Lire notamment à ce sujet cette enquête éclairante du Los Angeles Times.


Cet article vous a intéressé ? Basta ! a besoin de ses lecteurs pour poursuivre son travail, faites un don.

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Partager cet article
Repost0
22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 12:43

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

Européennes : de l’abstention pêche-à-la-ligne au « boycott citoyen »

 

Le Yéti - voyageur à domicile

Publié le 22/04/2014 à 12h48

 

 

Le moins que l’on puisse dire est que ces prochaines européennes n’agitent pas les foules. Ni celle de plus en plus maigrelette des électeurs potentiels, ni celle des partis en lice dont le seul but semble être de fournir un poste bien juteux à leurs recalés des scrutins nationaux. Etonnez-vous après qu’une large majorité, moins silencieuse qu’il n’y paraît, s’en détourne.

Vous avez vu les sites de l’UMP et du PS ? Le minimum syndical. L’UMP demande de voter au nom du patriotisme franchouillard (« pour la France, agir en Europe »). Et la page d’accueil du PS, fatiguée en diable, semble datée d’il y a trente ans :

« Olivier Faure [porte-parole du PS, ndlr] : “L’Europe doit être un relai [sic] de croissance.” »

Finalement, les seuls à s’agiter semblent être les opposants à ce « rêve européen » bien frelaté. Mais qui n’ont aucune liste pour les représenter, pas plus celles du FN (berk !) que celles du FDG (bof !). Et qui vont donc devoir s’abstenir.

L’abstentionniste, cet empêcheur de démocratiser en rond

Justement, à part le démontage en règle de l’UE par ses opposants éclairés (Lordon, Sapir, Todd...), mollement et de plus en plus stupidement défendue par des eurobéats suffisants (Colombani) ou carrément phtisiques (les Verts), les seules discussions un tant soit peu argumentées tournent autour de la signification d’une abstention qui promet de battre de nouveau record.

« S’abstenir, c’est voter pour le camp d’en face ! C’est faire le lit du FN ! S’abstenir, c’est abdiquer un droit chèrement acquis par nos ancêtres ! C’est se priver du droit à la parole que le monde entier nous envie ! . L’abstention, c’est un déni de démocratie, ça sert à rien, etc. »

Moyennant quoi, les mêmes dépensent des efforts et des sommes astronomiques en « campagnes citoyennes » pour dissuader les inoffensifs pêcheurs à la ligne de s’abandonner à leur vice antidémocratique.

Rien de surprenant en fait dans cette répétitive logorrhée défensive : l’abstentionniste est un empêcheur de démocratiser en rond dans les isoloirs, ces ultimes paravents d’un semblant de démocratie de plus en plus dévoyée.

La signification très politique de l’abstention

Mais d’autres ne sont pas d’accord sur cette signification-épouvantail et le disent très haut. Vont même jusqu’à tenter de le démontrer comme vient de le faire le PRCF (Pôle de renaissance communiste en France) dans son mensuel Initiative communiste.

L’abstention a une signification très politique affirme le PRCF. Et particulièrement dans le cas des élections européennes. A preuve, les différences marquées des taux d’abstention selon la nature des scrutins : de 19,1 % en moyenne pour une présidentielle à 50,1 % pour les européennes, en, passant par un 28,3 % pour une législative.

Plus significatif encore est la hausse constante de cette abstention aux européennes quand elle demeure plutôt stable lors des présidentielles ou même de législatives pourtant dénaturées par le passage au quinquennat.

 


Evolution de l’abstention aux élections européennes en France

 

Désintérêt citoyen pour la chose européenne ? Allons donc, lors du référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne, le taux d’abstention ne fut que de 30,66 %, soit quasiment la moitié moins de ce qu’il sera probablement le 25 mai prochain, date du scrutin dans l’hexagone.

Une abstention​ revendiquée, ça s’appelle un boycott

De là à requalifier l’abstention en « boycott citoyen », il n’y a qu’un pas que le PRCF franchit allègrement. Et il n’est pas le seul. Car comment appeler autrement la décision d’un Emmanuel Todd de ne pas participer au scrutin ? Une abstention revendiquée, ni une ni deux, ça s’appelle un boycott.

Epargne-nous, ô « commentateur majoritaire », tes sarcasmes sur le coté groupusculaire du PRCF ou sur l’isolement supposé de quelques intellectuels. Quand on fait partie d’une majorité qui donne aux pays des Sarkozy ou des Hollande, on fait pas son fier.

Il est probable, comme l’indique certains sondages officiels, que l’abstention ne changera rien à l’affaire. Et que la social-démocratie continuera à trôner pépère (quoiqu’un brin plus morveuse) à Strasbourg. Forcément, il n’existe aucun parti crédible pour représenter la foule des vrais eurosceptiques (quoiqu’on ait largement dépassé le simple scepticisme dans ce cas d’espèce).

Et là, oui, notre côté pêcheur-à-la-ligne (avec peut-être, pour certains, un petit bonnet rouge en cas d’éventuels frimas) revient au naturel : on s’en fout, ce parlement et tous ceux qui s’y présentent aujourd’hui n’ont strictement aucun pouvoir, ni intérêt.

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

Partager cet article
Repost0
21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 19:04

 

Source : /rue89.nouvelobs.com

 

 

SwissInfo 20/04/2014 à 11h02
Et si, en fin de compte, le smic était une bonne idée ? La Suisse va voter

 

 

SwissInfo"

Samuel Jaberg

 

 

 

Des travailleurs portugais couvrent un champ de fraises à Landquart, en Suisse, le 24 mars 2014 (Arno Balzarini/AP/SIPA)

 

Appelés aux urnes le 18 mai, les Suisses ne sont pas les seuls à se questionner sur l’opportunité de définir un salaire plancher pour tous les travailleurs ou de l’augmenter fortement lorsqu’il existe déjà. Le débat fait rage dans de nombreux pays occidentaux et émergents.

Aux Etats-Unis, Barack Obama a annoncé son intention de relever le salaire minimum de près de 40% pour le fixer à 10,10 USD. Il n’est pas certain que la proposition obtienne une majorité au Congrès, mais le signal est clair : « Donnez une augmentation à l’Amérique », a martelé le président américain lors de son discours annuel sur l’état de l’Union, le 28 janvier dernier.

En novembre 2013, Angela Merkel a dû se résoudre à annoncer l’instauration d’un salaire minimum généralisé en Allemagne, concession faite à ses partenaires sociaux-démocrates du gouvernement.

Mi-janvier, au Royaume-Uni, le ministre du Budget, George Osborne, s’est quant à lui déclaré favorable à une hausse de 11% du salaire horaire minimum pour le rétablir à son niveau d’avant la crise. La Chine, enfin, a décidé l’an dernier de réévaluer le salaire minimum de 18%.

Ces annonces sont une conséquence directe de la crise financière qui a éclaté en 2008 puis de la crise économique globale, selon Sergio Rossi, professeur d’économie à l’université de Fribourg :

« Les dirigeants de nombreux pays commencent à réaliser que les bas salaires sont néfastes pour l’activité économique. C’est en effet le pouvoir d’achat des ménages qui détermine la croissance économique à long terme. »

Par ailleurs, face à des finances publiques qui plongent dans le rouge, deux choix s’offrent aux gouvernements, relève Sergio Rossi :

« Soit ils décident d’augmenter les impôts, une mesure qui n’est jamais populaire, soit de donner un coup de pouce aux bas salaires pour notamment réduire les dépenses publiques en matière de protection sociale. »

Réduire les inégalités

Les Suisses voteront le 18 mai
L’initiative populaire sur le salaire minimum a été déposée par l’Union syndicale suisse (USS) en 2012, munie de 112 301 signatures valables. Elle demande que la Confédération et les cantons protègent les salaires en Suisse et promeuvent des salaires minimums dans les conventions collectives de travail (CCT). D’autre part, elle exige l’introduction d’un salaire minimum national légal de 22 francs de l’heure. Le gouvernement et la majorité du Parlement, composée des partis de droite et du centre, recommandent de la rejeter. Pour être approuvée, elle devra obtenir la double majorité du peuple et des cantons le 18 mai.

Professeur à l’International Institute for Management Development (IMD) de Lausanne, Stéphane Garelli souligne pour sa part que ce regain d’intérêt politique pour le salaire minimum est « le résultat de la disparité croissante de la répartition des richesses et d’une sensibilité accrue à l’égard des nombreux “working poors” en bas de l’échelle ». Dans le monde, 1% des ménages possèdent ainsi 46% des richesses, soit 110 000 milliards de dollars, illustre Stéphane Garelli.

Au mois de février, des experts du Fonds monétaire international (FMI) ont estimé que les inégalités sociales risquaient d’« amputer la croissance », se démarquant ainsi des cures d’austérité que le FMI avaient prescrites en Grèce notamment.

Directeur général de l’organisation internationale du travail (OIT), Guy Ryder est allé plus loin encore à l’occasion d’un discours prononcé le 24 janvier dernier :

« Les inégalités engendrent des frustrations au sein de la population, augmentant le risque d’instabilité. Les troubles actuels dans de nombreux pays sont alimentés par un sentiment d’injustice. »

A l’origine, une idée libérale

Si le salaire minimum est un vieux cheval de bataille de l’OIT, le regain d’intérêt des gouvernements est, en revanche, relativement nouveau. Jusqu’au début des années 1990, le consensus prédominant voulait que le salaire minimum était néfaste pour l’emploi et représentait un frein à la compétitivité des entreprises.

En 1994, les économistes nord-américains David Card et Alan Krueger ont initié un changement de cap en publiant une étude mettant un évidence un lien positif entre la hausse du salaire minimum et l’augmentation de l’emploi. Mais pratiquement tous les spécialistes l’admettent aujourd’hui : ce lien, positif ou négatif, est très difficile à déterminer de manière univoque, tant les effets varient selon les pays, qui plus est dans un système économique de plus en plus ouvert.

Elément piquant : s’il est aujourd’hui porté par la gauche et les syndicats, le salaire minimum était au départ issu des rangs libéraux, souligne Jean Batou, professeur à l’Institut d’histoire économique et sociale de l’université de Lausanne :

« L’idée ne vient pas des socialistes, mais des économistes libéraux qui, au XIXe siècle, ont reconnu l’échec du marché à donner une valeur minimale au travail. Pour John Stuart Mill, dernier des grands économistes libéraux, l’instauration d’un salaire minimum dans la loi devait permettre de rendre le travail suffisamment attractif pour les salariés. »

L’exception suisse

En 1894, la Nouvelle-Zélande, pays de peuplement confronté à une forte immigration européenne, fut le premier Etat à instaurer un salaire minimum légal. Les salaires minimums se sont ensuite généralisés dans les pays développés après la crise des années 1930.

A l’heure actuelle, 21 des 28 pays de l’UE prévoient des salaires minimums fixés par la loi. Jean Batou relève :

« Pour les quelques pays qui n’ont pas encore de salaire minimum interprofessionnel légal, comme l’Allemagne, l’Italie ou les pays scandinaves, des conventions collectives de travail (CCT) couvrent la majorité des emplois. Elles contiennent aussi des dispositions précises en termes de salaires. »

Pourquoi la Suisse n’a-t-elle pas suivi ce mouvement ? Jean Batou explique :

« Durant les Trente Glorieuses [la période de forte croissance qui a suivi la Seconde guerre mondiale, ndlr], en raison de la pénurie de main-d’œuvre, les salaires augmentaient plus rapidement que les revendications des syndicats. La croyance en l’“exception suisse” était par ailleurs très ancrée : on pensait qu’il était possible d’obtenir des augmentations de salaires sans lutte syndicale. »

Le professeur lausannois note également que le mouvement syndical suisse s’est longtemps intéressé en priorité aux ressortissants nationaux, masculins et qualifiés. Mais ils représentent à l’heure actuelle une proportion décroissante du salariat, à l’inverse des femmes et des immigrés à faible qualification actifs dans la vente, les services personnels (coiffure, soins du corps,…), le nettoyage ou l’hôtellerie-restauration, des secteurs peu organisés syndicalement.

D’où la nécessité pour les syndicats de protéger ces nouveaux salariés précaires par la loi. Après plusieurs tentatives au niveau cantonal, dont deux couronnées de succès à Neuchâtel et dans le Jura, ils ont lancé une initiative pour l’introduction d’un salaire minimum au niveau national, qui sera soumise au peuple suisse le 18 mai.

Quel salaire minimum ?

Toute la question est de savoir à quel niveau doit être fixé ce salaire minimum. Trop bas, il ne permet pas de lutter contre le dumping salarial. Trop élevé, il empêche de nombreuses personnes d’entrer sur le marché du travail, car les entreprises préféreront alors externaliser ou automatiser leur production, affirme Stéphane Garelli.

Avec un salaire minimum de 22 CHF (18 euros) de l’heure, soit environ 4 000 CHF (3 280 euros) par mois, comme l’exige l’initiative, « on laissera beaucoup de gens derrière la porte », estime Stéphane Garelli.

Sergio Rossi se montre quant à lui favorable au principe de l’introduction d’un salaire minimum légal, notamment pour « protéger les plus de 50% de travailleurs qui ne sont pas couverts par des CCT en Suisse ». Il estime toutefois que l’initiative est trop rigide :

« Il faudrait différencier ce salaire minimum en fonction des branches économiques et des régions. Dans les secteurs d’activité à faible valeur ajoutée, où la masse salariale est souvent peu flexible, on risque sinon de tirer les autres salaires vers le bas. »

Pour Jean Batou, l’ouverture des frontières et la concurrence accrue entre travailleurs justifient l’introduction d’un tel salaire minimum légal. Soulignant la « croissance extraordinaire » de la productivité du travail en Suisse ces dix dernières années (près de 50%), il tord le cou à l’idée selon laquelle un salaire minimum de 22 francs de l’heure serait exagéré :

« Vu de l’étranger, cela peut paraître très élevé. Mais il n’est pas aisé de faire des comparaisons d’un pays à l’autre, les charges sociales et le coût de la vie étant extrêmement variables. Pour une majorité des travailleurs qui habitent dans les grandes villes suisses, 4 000 CHF par mois suffisent à peine pour vivre dignement. »

Partager cet article
Repost0
21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 18:45

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

Pour Lordon, sortir de l’euro, c’est recouvrer le droit fondamental à la démocratie

 

Le Yéti - voyageur à domicile

Publié le 20/04/2014 à 18h52

 

 

Remarquable intervention de Frédéric Lordon sur France Inter le jeudi 17 avril à propos de l’Union européenne et de l’euro. Indispensable pour ceux qui veulent mieux peser les enjeux des prochaines européennes. Pour le chercheur du CNRS, l’enjeu d’une sortie de l’euro est ni plus ni moins que de recouvrer le droit fondamental à la démocratie.

La stratégie du choc

Sortir de l’euro, dit Lordon, c’est aussi faire sauter l’étouffant verrou allemand. Un verrou, précise-t-il en se défendant de toute germanophobie primaire, qui tient sans doute plus à une conception monétaire orthodoxe à l’extrême par les Allemands qu’à une pernicieuse volonté de puissance de leur part.

Mais qui impose bel et bien sa chape de plomb au fonctionnement de la zone euro. Et rend totalement illusoire toute volonté proclamée de refonder l’Union européenne en dehors de cette rigoureuse orthodoxie monétaire :

« L’ordre des institutions monétaires européennes n’est pas autre chose que le pur et simple décalque de l’ordre institutionnel allemand. »

Entraîné par Patrick Cohen sur le terrain de la dette, Lordon continue d’exposer sa stratégie du choc en prônant le défaut de paiement et la mise à bas radicale du système bancaire et financier privé responsable du marasme actuel. Le public, dit-il, n’a pas à payer le surplus extravagant d’une dette héritée de la crise financière privée survenue en 2007/2008.

 

Ecouter ici

 

Reconquérir le droit de décider nous-mêmes de tout et tout le temps

Lordon ne cache pas la gravité des mesures prônées par sa stratégie du choc. Mais les conséquences douloureuses qui en découleraient incomberaient aux responsables inconséquents qui s’accrochent à un système failli. Des conséquences douloureuses, « il y en aura de toute manière », déclare-t-il, surtout en restant dans l’euro.

Ce scénario extrême, continue Lordon, ne doit pas évincer le scénario central qui a à voir avec le retour à une souveraineté politique confisquée à tous les niveaux territoriaux par des traités sanctuarisés et leurs envoyés spéciaux de mauvais augures comme l’insupportable Troïka.

« Le principe de la souveraineté, ce n’est pas autre chose que le principe démocratique lui-même. Le droit de décider nous-mêmes, de discuter de tout et tout le temps. »

Lordon renvoie d’un revers de main méprisant l’amalgame insidieux avec la politique de repli nationaliste prônée par le Front national :

« Dans un monde discursif bien ordonné, cette question ne devrait pas être posée. Elle conduit à des dégradations regrettables et honteuses du débat public. La variante d’extrême-droite du souverainisme rend les instruments de la délibération et surtout de la décision à des gouvernants autoritaires. La souveraineté de gauche consiste à rendre la décision aux intéressés pour toutes les matières qui les intéressent, c’est-à-dire à pousser le plus loin possible le principe démocratique. »

 

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/yeti-voyageur

 

 

Partager cet article
Repost0
19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 21:58

 

Source : lesmoutonsenrages.fr

 

 

Manipulation du cours des devises : la guerre monétaire mondiale est à un tournant

 

 

5 avril, 2014

Posté par Ender

 

 

Eric Toussaint, du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, affirme dans Le Monde que 95% des échanges de devises sur le marché des changes sont de type spéculatif. De quoi, par exemple, comprendre la récente chute du Rouble ou encore celles des monnaies des pays émergents, comme le Peso argentin.

Les banques sont les principaux acteurs sur le marché des devises et elles entretiennent une instabilité permanente des taux de change. Plus de 95 % des échanges de devises sont de type spéculatif. Une infime partie des transactions quotidiennes en devises concerne des investissements, du commerce de biens et de services liés à l’économie réelle, des envois de migrants.

Le volume quotidien des transactions sur le marché des devises tournait, en 2013, autour de 5 300 milliards de dollars (3799 milliards d’euros) ! Les banques qui disposent, comme les fonds de placement mutuel, de très importantes liquidités en usent et en abusent en poussant des monnaies à la baisse ou à la hausse afin d’obtenir des gains sur les différentiels de taux de change.

Les banques jouent également de manière déterminante sur des dérivés de change qui peuvent provoquer des pertes considérables, sans compter les méfaits de l’instabilité des monnaies pour l’ensemble de la société. A partir de mai 2013, les monnaies de grands pays dits émergents (Inde, Brésil, Afrique du Sud, Russie, Turquie, Argentine…) ont été soumises à des attaques spéculatives et ont perdu dans certains cas jusqu’à 20% de leur valeur.

Source : Le Monde

Les grands banques mondiales, et principalement anglo-saxonnes, sont donc parfaitement en capacité de livrer une véritable guerre monétaire suivant les intérêts géopolitiques. Guerre malheureusement déjà perdue par l’Europe (mais est-ce vraiment une surprise tant que l’UE reste le cheval de Troie des intérêts états-uniens sur le continent ?) mais qui fait rage actuellement entre le roi dollar et le Yuan, et accessoirement le Rouble.

 

Ce jeu de stratégie militaire financière a pris une intensité particulière du fait qu’il a eu lieu au beau milieu de la panique boursière fin 2008-début 2009. Sans rentrer dans les détails, je dirais juste que l’Equipe Russie a annoncé qu’elle accepterait uniquement de l’or en échange de son pétrole et de son gaz — pas de dollars. Puis l’Equipe Chine a elle aussi tenté de son côté de « resserrer le noeud autour du cou du dollar américain ».

Lors du second et dernier jour du jeu de stratégie, la Russie de Vladimir Poutine a déclaré à propos du dollar, « l’unique monnaie de réserve est devenue un danger pour l’économie mondiale : c’est à présent évident pour tout le monde ».

Selon Rickards, la véritable guerre monétaire présagée par Poutine a commencé début 2010. Il l’a nommée la Guerre monétaire III

Source : La Chronique Agora

C’est dans cette perspective qu’il faut lire certaines décisions récentes d’importance, comme le rachat massif par Pékin d’or physique de manière à asseoir le Yuan comme monnaie de réserve internationale de substitution au dollar.

A ce train-là, la Chine devrait devenir, d’ici 2017, le pays ayant les premières réserves au monde, devant les Etats-Unis. Cela fait sens, affirment plusieurs économistes : les dirigeants chinois sont à la manœuvres pour préparer l’après-règne du dollar. La Chine possède en effet plus de 5.000 milliards de dollars, dont la valeur ne cesse depuis cinq ans, de baisser, suite aux opérations d’émissions massives (le « Quantitative Easing ») lancées par la Réserve fédérale.

Elle remplace donc petit à petit ses réserves de dollars par des réserves d’or, plus stables, et plus aptes, le jour où sa monnaie, le Yuan (appelé aussi Renminbi), sera convertible… et donc en mesure de faire concurrence à la devise de son principal rival économique. Récemment, l’agence de presse officielle Xinhua, appelait d’ailleurs à une « désaméricanisation du monde ». Elle prévoit d’ailleurs que le Yuan remplacera à terme le dollar dans les transactions sur les matières premières.

Source : Challenges

Dans le même temps, l’Allemagne a bien du mal à récupérer le stock d’or qu’elle avait confié à la Fédéral Réserve, comme si le stock annoncé par les autorités US ne correspondait pas à l’état des réserves réelles…

Le dernier round de cette guerre monétaire pourrait se jouer actuellement. Le président Russe Vladimir Poutine vient en effet de déclarer que la Russie pourrait sortir du système monétaire basé sur le dollar en imposant le Rouble pour toutes ses transactions internationales !

La Russie, « contrainte et forcée » par les sanctions internationales, crée un système indépendant du dollar. Moscou annonce qu’elle vendra (et achètera) ses produits et matières premières, comme le pétrole, en roubles et non plus en dollars. Cela fait un certain temps que Poutine prépare cette transition, avec la création d’un système de paiement en roubles complètement indépendant et protégé du dollar et des spéculations meurtrières des grandes institutions financières occidentales.

Source : mondialisation.ca

Pour compléter le tableau, il faut signaler l’accord intervenu la semaine dernière entre la bourse de Francfort et Pékin afin de constituer une chambre de compensation euro/Yuan pour tous les échanges entre la Chine et la zone euro.

Après son séjour en France et avant sa visite à Bruxelles, à partir du dimanche 30 mars, le président chinois, Xi Jinping, s’est rendu durant quarante-huit heures en Allemagne, vendredi et samedi : à Berlin pour des entretiens politiques, puis en Rhénanie-du-Nord – Westphalie, où 800 entreprises chinoises seraient installées.

L’annonce économique la plus importante est sans doute le choix de Francfort pour créer une chambre de compensation de la devise chinoise, le yuan. Deux accords, l’un entre les banques centrales allemande (Bundesbank) et chinoise, l’autre entre la Bourse de Francfort et la Bank of China, ont rendu possible cette création, qui devrait faciliter les transactions en yuans effectuées à partir de la zone euro.

Actuellement, les conversions entre le yuan et l’euro ne peuvent se faire qu’à Shanghaï ou Hongkong. Et nombre de transactions s’effectuent en dollars avec un double taux de change.

Source : Le Monde

Tous ces éléments convergeant montrent que la chute du « roi » dollar pourrait s’accélérer…

 

 

Source : lesmoutonsenrages.fr

 

 

 


Partager cet article
Repost0
19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 21:28

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Condamnés et réélus : après Balkany, revoici Bédier !

|  Par Mathilde Mathieu

 

 

Condamné pour corruption passive, Pierre Bédier a fait son retour vendredi à la présidence du conseil général des Yvelines. Un come-back silencieux, après moult tours de passe-passe en coulisse. Le PS dénonce « un sale coup fait à la démocratie ». Son cas repose la question de la réhabilitation en politique.

C’est l’incroyable come-back d’un élu condamné pour corruption à la tête du quatrième département le plus riche de France. Vendredi 11 avril, Pierre Bédier (UMP), ex-secrétaire d’État du gouvernement Raffarin (2002-2004), est redevenu président du conseil général des Yvelines (1,2 milliard d’euros de budget par an), cinq ans après que la justice l’a contraint à lâcher son siège.

 

Pierre Bédier, lors de son discours d'investiture vendredi 11 avril 2014 
Pierre Bédier, lors de son discours d'investiture vendredi 11 avril 2014 © DR

Son cas pose, une fois de plus, la question de la réhabilitation politique d’anciens édiles pris la main dans le sac et de leur « blanchiment » par les urnes – après la réélection d’un Patrick Balkany (UMP) ou d’un Xavier Dugoin aux municipales de mars (voir notre émission vidéo : Corruption, condamnations, réélections).

En 2009, ce chiraquien avait été condamné pour « corruption passive » et « abus de biens sociaux » à 18 mois de prison avec sursis et six ans d’inéligibilité – une peine réduite après une modification du code électoral en 2011. Si Pierre Bédier a toujours crié son innocence, le juge d’instruction de l’époque (Philippe Courroye), le tribunal de grande instance de Paris, puis la cour d’appel de Paris n’avaient exprimé aucun doute : en tant que maire de Mantes-la-Jolie (1995-2005), Pierre Bédier avait touché des pots-de-vin en espèces d’un entrepreneur local spécialisé dans le nettoyage, en échange de marchés municipaux.

« Quelqu’un condamné pour corruption ne devrait plus pouvoir se présenter à aucun scrutin, réagit le président du groupe de gauche au conseil général, André Sylvestre, dépité. Je regrette qu’une telle interdiction n’ait pas été votée avec les lois sur la transparence, au lendemain de l’affaire Cahuzac. » Cette mesure, François Hollande l’avait pourtant annoncée à la télé le 3 avril 2013, sabre au clair. « L’exemplarité des responsables publics sera totale, avait-il insisté. C’est mon engagement, je n’en dévierai pas. » Deux mois plus tard, les députés PS enterraient ses velléités, en agitant une possible « inconstitutionnalité ».

Côté UMP, presque personne n’aura pipé mot, Pierre Bédier arborant le soutien de Jean-François Copé (autre chiraquien de souche). « Je me réjouis de le voir revenir, a ainsi déclaré Henri Guaino, député du cru. J’ai la conviction que c’est quelqu’un d’honnête. » L’honnêteté étant visiblement affaire de conviction, la patronne de la fédération des Yvelines, la filloniste Valérie Pécresse, s’est convaincue qu’il valait mieux se taire – pourquoi se faire des ennemis alors qu’elle vise la tête de liste aux régionales de 2015 ? Jadis surnommé « le patron », Pierre Bédier avait aussi su entretenir une pépinière de jeunes élus qui misent désormais sur lui.

Au fond, seul un "poids-léger" de l’UMP locale, le président de l’agglomération de Mantes-la-Jolie Dominique Braye, s’est dressé publiquement contre le retour du condamné. « Tous les républicains honnêtes auraient dû s’y opposer, gronde ce vieil ami de Gérard Larcher (sénateur des Yvelines). Mais une chape de plomb s’est abattue sur nous, à coups de pressions et menaces. » Dominique Braye a été exclu du parti en février, enfoncé par Jean-François Copé. « Larcher a vaguement essayé de rattraper le coup, mais le courage n’a jamais été sa qualité principale, souffle ce déçu. De toutes façons, un parti qui défend Bédier, Balkany et Dassault, c’est plus mon truc ! »


Gérard Larcher, sénateur UMP des Yvelines et ancien président du Sénat 
Gérard Larcher, sénateur UMP des Yvelines et ancien président du Sénat © Reuters

La voie était libre pour Pierre Bédier, qui a mijoté son couronnement de vendredi pendant des mois, multipliant les arrangements de coulisse, éconduisant les médias nationaux pour mieux prévenir toute polémique. « Il n’a pas dit un mot, s’agace le socialiste André Sylvestre. Je ne sais même pas quel est son programme ! »

Ses manœuvres sont apparues au grand jour en mars 2013. Il lui fallait, avant toute chose, retrouver un simple siège de conseiller général. L’élu de Mantes-la-Jolie, son ami Michel Vialay (UMP), a ainsi décidé, tout à trac, de rendre son tablier. Pour provoquer une élection partielle, encore fallait-il que la suppléante de Michel Vialay accepte, elle aussi, de démissionner. Pas de problème, puisqu’il s’agissait de… Madame Bédier.

À l'issue d'un scrutin déclenché à une date "idéale" , le 7 juillet dernier c'est-à-dire en pleines vacances d’été, Pierre Bédier a ainsi recouvré un mandat (en rassemblant 60,2 % des bulletins, mais à peine 16 % des inscrits). « C’est incroyable, se désespère Françoise Descamps-Crosnier, députée socialiste de Mantes-la-Jolie qui qualifie Pierre Bédier de "voyou clientéliste". Les citoyens réclament des élus exemplaires mais ne mettent pas leurs idées en pratique. »

À l’époque, tous les socialistes n’étaient cependant pas au clair sur l'opportunité de mener campagne sur le thème de la probité. Lors du grand meeting local, Benoît Hamon avait choqué nombre de militants en passant sous silence la condamnation de Pierre Bédier. « J’avais failli quitter la salle ! » se souvient un cadre du PS des Yvelines.

Après son succès dans les urnes, Pierre Bédier devait ensuite trouver le moyen d’« exfiltrer » le président du conseil général en place, Alain Schmitz (UMP). Sa première idée ? Le recaser au Sénat, où une élue des Yvelines, Marie-Annick Duchêne (apparentée UMP), s’est vu suggérer de démissionner. À 73 ans, celle-ci a fait de la résistance. « Je suis contre tous les arrangements de coulisse », confiait-elle à Mediapart en juillet dernier, éreintant Pierre Bédier au passage : « Pour moi, quand un élu a été condamné pour corruption, la politique c’est fini. La dignité qu’on doit aux électeurs, c’est de ne pas se représenter. » Ce jeu de bonneteau ayant échoué, Pierre Bédier en a imaginé un autre.

Jusqu’à vendredi, l’opposition socialiste se demandait ce qu’il avait bien pu promettre à Alain Schmitz pour que celui-ci annonce, le 1er avril, sa démission de la présidence du conseil général. La réponse est tombée dans son discours d’investiture : Pierre Bédier va créer une « Agence départementale de soutien aux communes rurales », avec Alain Schmitz aux manettes (un beau tremplin pour les prochaines sénatoriales). Et avec quelles indemnités ? Ni ce dernier, ni Pierre Bédier n’ont retourné nos appels.

Vendredi, le socialiste André Sylvestre a ainsi dénoncé une « révolution de palais », la fédération PS des Yvelines un « sale coup fait à la démocratie ». Dans l’indifférence générale.

 

Partager cet article
Repost0
19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 21:20

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/jean-louis-legalery

 

 

Royaume-Uni : les écarts continuent

Dans le gouvernement britannique de coalition Tory/LibDem, les semaines se suivent et se ressemblent fâcheusement. A la suite de la démission de la secrétaire d’état à la culture, Maria Miller — voir ici un précédent billet explicatif —, David Cameron a procédé à un mini remaniement, mais le moins que l’on puisse dire est qu’une fois encore il n’a pas brillé par son bon goût et son sens de l’éthique. 

Andrea-Leadsom-011.jpg

Andrea Leadsom, la nouvelle secrétaire d'état au Trésor  © Richard Gardner / Rex

 

En effet, à la fonction de secrétaire d’état au Trésor a été nommée Andrea Leadsom, qui est, depuis 2010, députée de la circonscription de South Northamptonshire, à l’est des Midlands, et membre de la commission parlementaire chargée du budget. Elle était auparavant, et l’information n’est pas sans importance en l’occurrence, cadre supérieur à la banque Barclays, où elle a été directrice des institutions financières.

 

Jusque là tout semblait aller bien, mais, comme le rapporte le Guardian de ce jour, en 2003 Andrea Leadsom et son mari avaient créé une société nommée Bandal et chargée de gérer les biens immobiliers du couple. Or Bandal a été enregistrée à Jersey, et chacun sait que l’île la plus importante de l’archipel anglo-normand fait partie des paradis fiscaux de la planète, havre de paix financier qui n’est qu’à une heure d’avion de Heathrow, l’aéroport de Londres. Le but était bien évidemment, à moins de nourrir une folle passion pour les paysages bucoliques de Jersey, de payer moins d’impôts dans le royaume. Un porte-parole du Trésor Royal a volé au secours de la toute nouvelle secrétaire d’état pour déclarer qu’il s’agit d’une situation claire et que tout ce qui est dû à l’impôt a été payé, ce qui reste à démontrer. Certes elle a pris la précaution — mais quelle précaution révélatrice ! puisqu’elle permet de contourner l’impôt sur les successions voté pendant le mandat de Gordon Brown — de laisser la direction de la société à son fils de 18 ans, lorsqu’elle a été élue à la chambre des communes en 2010. 

 

Hélas pour la nouvelle venue, cette révélation arrive une semaine après une déclaration ferme de George Osborne, chancelier de l’échiquier, donc ministre des finances du royaume, dans laquelle il a affirmé que les mesures pour éviter l’impôt sont moralement inacceptables, tax avoidance measures are morally unacceptable. Et il a conclu on ne peut plus clairement : The message is very simple – if you're hiding your money offshore, we are coming to get you, lisez : le message est simple, si vous cachez votre argent dans un paradis fiscal, nous vous retrouverons. On ne sait pas si Andrea Leadson tremble et évite son ministre de tutelle, mais ce que l’on sait de façon sûre, c’est que depuis l’arrivée au pouvoir des Tories et de leurs fantomatiques alliés, les familles britanniques ont perdu, en moyenne, 1.600 livres sterling par an, soit 1.950 €. Pendant ce temps-là les réformes fiscales ont permis aux millionnaires britanniques d’augmenter leurs revenus annuels de 100.000 livres sterling, soit 122.000 €. Quant à l’impôt non collecté pour cause de fraude fiscale il a représenté 1 milliard de livres sterling en 2013, soit 1 milliard 220 millions d’euros. Décidément « l’exemplarité » n’a pas de frontières…

 

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/jean-louis-legalery

 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22