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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 17:08

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Tempête 18/06/2014 à 12h21
Commerce équitable : le label Max Havelaar « au bord de l’implosion »
Sophie Caillat | Journaliste Rue89

 

 


Des produits labellisés Max Havelaar à Paris, en octobre 2005 (CHAUVEAU NICOLAS/SIPA)

 

Tempête au sein du principal label de commerce équitable : les acteurs historiques sont en train de claquer la porte de Max Havelaar, et le système entier est au bord de l’« implosion ».

 

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(Fichier PDF)

 

Le mot est sous la plume du directeur général de Malongo France, l’un des principaux acteurs de la filière café, dans une lettre que Rue89 s’est procurée et qui a été transmise au conseil d’administration en vue de la réunion de ce mercredi 18 juin [voir document ci-contre].

A l’heure où nous publions cet article, il se confirme que la direction de Max Havelaar France est en mauvaise posture, puisque son rapport moral n’a pas été approuvé par le conseil d’administration.

Le petit milieu du commerce équitable est habitué à traverser des soubresauts. Comme le dit le directeur de la fédération Artisans du monde :

« On a 40 ans et cela fait au moins vingt ans qu’on est en désaccord, par exemple sur la présence en grande distribution. »

Cette fois, le différend est si profond que les principaux détenteurs de labels se demandent s’ils ne vont pas se passer de Max Havelaar. Car, comme l’écrit le patron de Malongo : « Votre système prend l’eau de toute part. »

 

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(Fichier PDF)

 

La lettre signée Jean-Pierre Blanc parle de « risque majeur pour l’organisation », et d’une association « plus brutale qu’une multinationale ».

Comment en est-on arrivés là ?

La réponse que nous a adressée Marc Blanchard, le directeur général de Max Havelaar France, toute en grands principes généraux, ne nous a pas éclairés [voir document ci-contre]. Il n’a pas souhaité nous répondre par oral.

1 Un risque de « fairwashing »

 

Si les différends sont anciens, une innovation a braqué tout le monde : le « Fairtrade Sourcing Program », dit aussi FSP, imaginé par Fairtrade International, l’association qui chapeaute Max Havelaar France dans le but d’augmenter les débouchés des producteurs du Sud.

Avec ce nouveau label, « Max Havelaar “invente l’équitable light” », résume le site spécialisé Novethic.

En effet, il autorise une entorse à la règle selon laquelle 100% des ingrédients d’un produit labellisé équitable doivent être labellisés eux-mêmes, dès lors qu’il existe une filière équitable pour chacun d’entre eux ; et si certains ingrédients ne sont pas équitables parce qu’il n’existe pas de filière, il faut alors que les ingrédients équitables correspondent à au moins 20% du poids total du produit.

Fairtrade International a lancé le FSP début 2014 pour trois filières : le cacao, le sucre et le coton. Si Max Havelaar l’applique comme prévu, en 2015, explique un ancien administrateur :

« Vous pourrez donc trouver en supermarché une barre de chocolat Mars ou Kit-Kat labellisée “Fairtrade Max Havelaar” mais qui ne contiendra que 5% de chocolat équitable (et 45% de sucre non équitable).

Cette dérogation ne devrait être accordée qu’à condition que les marques s’engagent à terme à développer la filière sucre équitable. »


Le logo traditionnel de Max Havelaar, et les nouveaux logos

Pour l’ONG Agronomes et Vétérinaires sans frontières (AVSF) :

« Il existe un risque réel de “fairwashing” de la part des multinationales qui pourront présenter aux consommateurs des produits portant un label ingrédient Fairtrade Max Havelaar, visuellement très proche du label produit historique. Les multinationales du cacao pourront désormais utiliser du sucre conventionnel issu de l’industrie pour la confection de leurs chocolats. »

2 Un défaut de transparence et de démocratie

 

La résistance s’organise depuis plusieurs mois :

  • en février, l’entreprise Ethiquable a publié sur son site une tribune intitulée « Pourquoi vous ne verrez pas le nouveau label “FSP” de Max Havelaar sur les produits Ethiquable ». Furieuse de l’affront, la direction de l’association a envoyé une lettre en recommandé avec accusé de réception exigeant le retrait du courrier sous menace de poursuites en diffamation. Ethiquable a refusé ;
  • en avril, sept détenteurs de labels ont envoyé une lettre au président et au directeur général de Max Havelaar, leur demandant de suspendre l’application du programme FSP « au moins jusqu’à fin 2016 », une période de transition destinée à permettre « de mener une analyse poussée de la perception du consommateur et de mieux mesurer les risques de dégradation de la crédibilité du label de commerce équitable ».
Voir le document

(Fichier PDF)

 

Or, le courrier [voir document ci-contre] signé par les directions d’Alter Eco, Artisanat Sel, la fédération Artisans du monde, Ethiquable, Jardins de Gaïa, Léa Nature et Malongo, n’a pas été transmis au conseil d’administration.

  • d’où la lettre de Malongo envoyée le 10 juin directement aux administrateurs en amont de leur réunion de ce mercredi.

Deux administrateurs ont démissionné cette année, et les ONG se retirent peu à peu. Parmi celles qui ont participé à la création de Max Havelaar en 1992, plus aucune ne participe à sa gouvernance, que ce soit Ingénieurs sans frontières (ISF), Peuples solidaires, Agronomes et Vétérinaires sans frontières, ou le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD).

3 Les agronomes remplacés par des commerciaux

 

Le turn-over a atteint un niveau record au sein de l’association : sur une équipe d’environ 28 salariés, 19 sont partis en un an et demi, selon les témoignages d’administrateurs et de salariés.

Making of
Contacté, le président de Max Havelaar France, Martial Lesay, ne nous a pas répondu. Les salariés et les anciens administrateurs qui nous ont parlé ont souhaité rester anonymes.

Surtout, « l’ensemble des spécialistes de l’agronomie a été remplacé par des profils commerciaux », selon un ancien salarié. Qui précise :

« Les gens avaient été recrutés pour travailler avec les petits producteurs, et on leur demande de travailler avec la grande distribution. Certes, il faut développer les marchés pour les producteurs, mais la crédibilité du système est en jeu. »

L’arrivée de l’actuel directeur général, Marc Blanchard, venu de l’enseigne de bricolage Weldom, en 2012, a marqué le début du tournant de l’ONG, selon plusieurs témoins.

4 Une concurrence entre labels

 

Peu à peu, les détenteurs de labels s’organisent pour changer de crèmerie et testent des labels concurrents ou l’absence de label.

« Progressivement, on va retirer le logo Max Havelaar de nos produits », explique Gérald Godreuil, directeur de la fédération Artisans du monde, qui n’a jamais été au conseil d’administration. Il pense que la garantie de sa marque peut suffire à rassurer le consommateur, et constate :

« C’est une tendance lourde en Europe : en Allemagne, Gepa a retiré le label, Claro en Suisse ou Oxfam en Belgique font de même. Le marché des labels devient concurrentiel avec EcoCert, Fair for Life, Tu Simbolo.

On ne remet pas en cause le label lui-même, qui reste le plus exigeant et performant, mais la stratégie de développement nous dérange. »

Même s’il ne veut pas abîmer l’image du commerce équitable, Eric Garnier, d’Alter Eco, se demande tout haut :

« Qui apporte de la crédibilité à qui ? Au début, c’était Max Havelaar qui nous en donnait, maintenant on a l’impression que c’est plutôt l’inverse : c’est nous qui faisons le travail de sensibilisation, et c’est eux qui détiennent le système. »

 


 

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A la télé 06/08/2013 à 17h14
« Le Business du commerce équitable », le docu qui fait déchanter
Sophie Caillat | Journaliste Rue89

 

 

Si vous pensez que le label « commerce équitable » rémunère à son juste prix des petits producteurs, vous êtes dans une vision « simple et idyllique ». Celle qu’avait Donatien Lemaître avant de réaliser le film « Le Business du commerce équitable », diffusé ce mardi soir à 22h25, sur Arte.

Après avoir enquêté au Mexique, en République Dominicaine et au Kenya sur la face cachée de Max Havelaar et de Rainforest Alliance, le journaliste avoue sa « déception », lui qui trouvait profondément belle l’intention de départ. Quarante ans après sa naissance dans la mouvance tiers-mondiste, le commerce équitable est en partie devenu un « commerce de l’équitable ».

En République Dominicaine, île des Caraïbes qui fournit 33% des bananes équitables de la planète, des producteurs labellisés Max Havelaar emploient – pour ne pas dire exploitent – des clandestins haïtiens.

Certifiée commerce équitable depuis 2000, la coopérative Banelino [PDF], dirigée par une Néerlandaise, paie ses travailleurs sans-papiers 5 euros par jour (un peu moins que le salaire minimum recommandé en juillet 2013).

Face à une caméra qui a su se faire discrète, ceux-ci disent : « On ne ne peut pas parler devant le patron », et surtout :

« On ne sait pas ce que c’est le commerce équitable. »

 

 

Après la diffusion, Arte a mis en ligne le documentaire en entier :

L’organisme certificateur FLO, ainsi que Max Havelaar, ont refusé de s’exprimer devant la caméra, mais le réalisateur confirme :

« Selon comment vous définissez le commerce équitable, il ne se limite pas aux petits producteurs. Le label est accordé à de grands propriétaires terriens, même si ce n’est pas connu des consommateurs. »

Quant aux « forçats de la banane » ? « Ils se font payer leurs heures supplémentaires, ont une couverture santé et retraite, donc le patron a une politique sociale », résume Donatien Lemaître.

Des marges plus élevées pour les supermarchés

Nico Roozen, l’artisan de la modernisation de la filière, l’un de ceux qui a convaincu ses camarades qu’il ne fallait pas en rester aux magasins Artisans du monde mais vendre à la grande distribution, le dit lui-même dans le film :

« Même s’il est passé de 0,1% à 3-4% du marché dans certains pays, le commerce équitable à lui tout seul ne change pas le système. Il faut faire évoluer les multinationales. »

Pire, il lui rend service comme le détaille Philippe Juglar, ancien torréfacteur devenu consultant, et bon connaisseur de la filière café. D’après ses calculs (pas confirmés par la grande distribution, qui a refusé de communiquer), les marges des distributeurs seraient plus élevées sur du café commerce équitable que sur du café normal : 1,45 euro contre 1 euro par paquet.

 

Bonus du documentaire « Le Business du commerce équitable » (cliquer ici)

A l’ère de « l’équitable industriel », le consommateur se contente souvent d’un joli label, et accepte de payer plus cher un produit qui n’est pas tellement plus vertueux qu’un autre. Comme pour le thé Lipton labellisé Rainforest Alliance.

Au Kenya, la marque Unilever fait cultiver du thé dans des plantations géantes où les travailleurs gagnent 3 euros par jour, soit deux fois plus que le salaire minimum local... seulement les jours où il n’y a pas d’intempéries.

Après la révélation de discriminations et de harcèlement sexuels dans cette plantation, Lipton a mis en place une « hotline ethic ». Mais lorsque le journaliste fait tester la ligne téléphonique et constaté d’abord qu’il est très difficile d’avoir un interlocuteur qui parle autre chose qu’anglais, puis que la conversation est facturée... quasiment le prix d’une journée de travail.

Pourtant, sur la publicité, tout avait l’air « idyllique »

 

 

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 


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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 21:14

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

17/06/2014 à 22h02
L’instructive liste des clients de Bygmalion dévoilée par le Canard
Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

 

 

 

L’article du Canard

Le Canard Enchainé publie dans son édition de mercredi une partie de la liste des clients de Bygmalion – la société dirigée par les amis de Jean-François Copé– ainsi que les intitulés des prestations qui leur ont été facturées entre 2008 et 2013. Au total, hors campagne de Nicolas Sarkozy (20 millions d’euros) le groupe a facturé 60 millions de prestations diverses à diverses sociétés, ministères et associations. « Mais où est passé l’oseille ? » se demande le Canard. La liste est assez instructive :

  • Grande Loge nationale de France, « conseil stratégique » : 15 000 euros ;
  • Medef, « monitoring » et « conseil » : 351 884 euros ;
  • Union nationale des professions libérales : 460 000 euros ;
  • Serge Dassault , « e-réputation » : 350 000 euros ;
  • LVMH (Président : Bernard Arnault), « suivi de l’image du groupe » : 90 000 euros ;
  • Coca-Cola conseil en communication : 120 000 euros ;
  • Veolia, « veille internet » : 179 400 euros ;
  • EDF (président : Henri Proglio) : 637 000 euros ;
  • Forum expo Qatar : 51 000 euros ;
  • AJ Auxerre (le club dont l’actionnaire majoritaire est Emmanuel Limido, actionnaire luxembourgeois de Bygmalion) : 35 880 euros ;
  • Génération France.fr (Copé) : 500 000 euros ;
  • Mairie de Levallois : 200 000 euros ;
  • Conseil général de Seine-Saint-Denis (via Sequano) : 83 000 euros
  • Association de Bruno Le Maire : 43 000 euros ;
  • Groupe UMP à l’Assemblée nationale et questure (« minisites », « e-réputation »...) : 5,5 millions d’euros ;
  • Rachida Dati, « newsletter », 9 323 euros ;
  • Ministère de la santé (sous Xavier Bertrand) : 38 000 euros ;
  • Ministère de l’intérieur (sous Brice Hortefeux puis Claude Guéant), « communication de la Mission nationale pour la réserve civile », « ballons publicitaires », « prestations stratégiques » : 550 000 euros ;
  • France Télévision, 1,2 millions d’euros ;
  • BM Consulting, filiale de France Télévision, 180 000 euros ;
  • France Télévision Publicité « accompagnement stratégique », « e-réputation » : 959 200 euros ;
  • Multimédia France Productions (filiale de France Télé), « accompagnement stratégique » : 50528 euros.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

Mediapart publie la comptabilité complète de Bygmalion

|  Par Fabrice Arfi et Mathilde Mathieu

 

 

 

Selon une comptabilité interne de la société Bygmalion, le candidat Sarkozy a dissimulé presque 17 millions d'euros de frais de campagne aux autorités de contrôle en 2012. Cette comptabilité contenue dans une clef USB a été récupérée par la police judiciaire. Mediapart y a eu accès en intégralité.

Les chiffres ont parlé, meeting par meeting, prestataire par prestataire. Selon une comptabilité interne de la société Bygmalion récupérée par la police judiciaire et à laquelle Mediapart a également eu accès en intégralité, le candidat Nicolas Sarkozy a dissimulé presque 17 millions d'euros de frais de campagne aux autorités de contrôle en 2012.

Les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la corruption ont mis la main, lundi 26 mai, sur une clef USB contenant une double facturation établie par Event & Cie (la filiale événementielle de Bygmalion) pour les 44 meetings électoraux de Nicolas Sarkozy. Dans un premier classeur, sobrement intitulé « Factures 2012 », sont rangées les factures officielles, avec les tarifs déclarés à la commission des comptes de campagne. Dans un second, baptisé « Balances 2012 », se niche une comptabilité secrète avec les prix réels meeting par meeting, souvent trois ou quatre fois plus élevés, parfois jusqu'à sept fois (comme à Marseille).

Nicolas Sarkozy au Trocadéro, le 1er mai 2012. 
Nicolas Sarkozy au Trocadéro, le 1er mai 2012. © Reuters

Les additions sont accablantes. Alors que Nicolas Sarkozy a officiellement réglé 4,3 millions d'euros à Event & Cie pour l'organisation de ses 44 meetings, il a en fait dépensé pour 21,2 millions d'euros (17,7 millions hors taxes) auprès de cette société fondée par deux proches de Jean-François Copé, Bastien Millot et Guy Alves, si l'on en croit leurs archives informatiques qui ne semblent pas avoir été modifiées depuis 2012, selon les constatations de Mediapart.

Vertigineux, l'écart entre les frais déclarés et les frais réels avoisine donc 17 millions d'euros, une somme bien supérieure aux « 11 millions » initialement évoqués par l'avocat de Bygmalion lors de sa conférence de presse du 26 mai. De fait, Me Patrick Maisonneuve avait alors prévenu qu'il s'agissait d'une « fourchette » très approximative.

Quand on tient compte de ces frais de meeting cachés, le compte de Nicolas Sarkozy explose littéralement pour atteindre plus de 39 millions d'euros, bien au-delà du plafond légal fixé à 22,5 millions d'euros. On serait donc loin du dérapage “mineur” repéré par le Conseil constitutionnel en juillet 2013, lorsqu'il a rejeté le compte du candidat, le privant du remboursement de l'État. Désormais, la clef USB de Bygmalion atteste d'une autre histoire : celle d'une fraude industrielle majeure, dissimulée avec la complicité de l'UMP.

Pour que les équipes d'Event & Cie soient payées en intégralité, il a en effet été imaginé que les 17 millions d'euros non facturés à Nicolas Sarkozy seraient supportés illégalement par le parti de Jean-François Copé. La formation politique (largement subventionnée par de l'argent public) a ainsi payé rubis sur l'ongle une cinquantaine de conventions fictives, facturées par Bygmalion entre janvier et juin 2012.

Ces fausses factures, révélées par Libération dès le 14 mai dernier et que Mediapart a pu consulter dans leur totalité, couvrent un montant d'au moins 15,2 millions d'euros (TTC), auquel il faut probablement ajouter quelque 500 000 euros de surfacturations portant sur des événements, eux, bien réels.

Pour illustrer l'ampleur de la triche opérée par l'équipe de Nicolas Sarkozy, Mediapart a rassemblé les données d'Event & Cie dans un tableau permettant de comparer, meeting par meeting, le prix réel d'Event pour les prestations fournies au candidat avec le tarif affiché dans le compte de campagne. Dans la troisième colonne se trouve le différentiel, c’est-à-dire le montant dissimulé à la Commission (il est possible que certains frais engagés par Event & Cie en marge des meetings n’aient pas été déclarés pour la bonne raison qu’ils n’avaient pas de caractère électoral, mais pour des sommes très mineures).

 

http://static.mediapart.fr/files/media_71254/Feuil2.png

 

Le coût réel des prestataires supérieur à celui du prix officiel des meetings...

Aucune des 44 factures officielles ne correspond à la réalité. Toutes sont sous-évaluées d'au moins 100 000 euros, bien souvent 200 000 ou 300 000 euros. Dans neuf cas, ce sont plus de 500 000 euros de frais qui ont été masqués à la commission des comptes de campagne. À Villepinte, la part dissimulée grimpe jusqu'à 1,37 million…

 

Nicolas Sarkozy et son directeur de campagne, le préfet Guillaume Lambert. 
Nicolas Sarkozy et son directeur de campagne, le préfet Guillaume Lambert. © Reuters

Pis encore : pour le rassemblement géant de la Concorde, scénarisé par l'entreprise concurrente Agence publics, aucune prestation de Bygmalion ne figure dans le compte de campagne. Or, d'après les fichiers que nous avons épluchés, Event & Cie aurait travaillé en coulisse pour 1,87 million d'euros. Idem pour le Trocadéro : seules les équipes d'Agence publics apparaissent facialement dans le compte de Sarkozy, alors que Bygmalion était aussi dans le coup pour 576 000 euros, si l'on en croit ses propres chiffres.

D’autres données gravées dans la clef USB prouvent le caractère bidon des factures déposées dans le compte de campagne. Pour chaque meeting, l’entreprise a en effet listé les prestataires extérieurs auxquels elle a dû faire appel (pour la sonorisation, l’image, la retransmission sur internet, etc.) et les sommes qu’elle leur a versées. Mediapart a pu vérifier leur exactitude auprès de plusieurs sous-traitants.

Ainsi, à Nice, Event & Cie a déboursé 412 257 euros pour payer ses prestataires ; or dans le compte de campagne officiel, Event & Cie n’a facturé que 98 972 euros à Nicolas Sarkozy pour l’ensemble du meeting, marge comprise. Et c’est pareil dans chaque ville. Ligne après ligne, le trucage massif du compte ne fait plus aucun doute.

Plusieurs médias ont raconté comment la campagne de Nicolas Sarkozy s'était emballée en 2012, comment le candidat s'est grisé au point de réclamer presque une réunion publique par jour. Il fallait toujours plus de drapeaux, de caméras mobiles, l'un des meilleurs réalisateurs de Paris... Mais jusqu'ici, on manquait cruellement de chiffres et d’éléments matériels.

Cette fois, les policiers les ont entre les mains. Dès le 26 mai, jour de la perquisition au siège du groupe Bygmalion, ils ont aussi entendu son président, Guy Alves, ainsi que Franck Attal, le responsable opérationnel pour la présidentielle, avant de recueillir, quelques jours plus tard, le témoignage du comptable maison.

Estampillé “copéiste”, Guy Alves a assuré aux policiers que les conventions fictives réglées par l’UMP à Bygmalion n’ont servi qu’à couvrir Nicolas Sarkozy – pas question pour lui de laisser penser qu’elles auraient alimenté une caisse noire au bénéfice de son ancien mentor. Les policiers s'efforcent depuis d'authentifier ses fichiers informatiques, de contrôler qu'ils n'ont pas été manipulés. Un travail de bénédictin.

En parallèle, ils vont aussi calculer la marge engrangée par la société et vérifier l’exactitude des chiffres avancés par ses dirigeants dans les médias – ils ont parlé d'une marge autour de 25 %. D’après nos calculs, basés sur les chiffres contenus dans la clef USB, Event & Cie a retiré 4,9 millions d’euros (hors taxes) de la campagne présidentielle, avant déduction des charges internes (salaires maison, cotisations, etc.). Dans les comptes 2012 de la société, que nous avons pu consulter, Event & Cie affiche ainsi un résultat avant impôt de 4,66 millions d’euros (soit une marge de 23,1 %) et de 3,07 millions après impôts.

Mais le principal enjeu de l’enquête préliminaire va désormais consister à identifier les responsabilités des uns et des autres dans la mise en œuvre de ce vaste système de fausse facturation pour masquer le trucage massif des comptes de campagne d’un ancien président de la République.

« Impossible que Lambert ne soit pas au courant »

Interrogé par Mediapart, Jérôme Lavrilleux est l’un des rares à assumer publiquement le délit qu’il a commis, au point d’affirmer : « Ma carrière politique est désormais terminée et je serai probablement condamné, je le sais. » À la fois ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy et ex-directeur de cabinet de Jean-François Copé à l’UMP, il ne retient aujourd’hui plus ses flèches : « Ça rend service à beaucoup de monde, je crois, que je sois le coupable idéal. Mais la seule personne qui pouvait savoir, celui qui avait une vision de tout ce qu'il se passait, c'était le directeur de campagne, Guillaume Lambert. Il est rigoureusement impossible qu'il ne soit pas au courant, tout comme le directeur général des services de l'UMP (Éric Césari, qui n'a pas donné suite à nos sollicitations - ndlr). Sinon, ils faisaient quoi de leur journée ? »


Jérôme Lavrilleux, bras droit de Copé et directeur adjoint de campagne de Sarkozy.  
Jérôme Lavrilleux, bras droit de Copé et directeur adjoint de campagne de Sarkozy. © Reuters

Selon son récit des événements, la décision portant sur la mise en place d’un système de fausses factures pour masquer le dérapage des frais de campagne n’aurait été prise qu’« entre le 6 mai et le mois de juillet, lors d'une réunion dans le bureau d'Éric Césari en présence du directeur de campagne Guillaume Lambert, de Franck Attal de Bygmalion, et Fabienne Liadzé, la directrice financière de l'UMP ». « J'en ai été informé une heure après. Et moi, j'assume d'avoir validé », précise-t-il. Dans la presse, des sources internes à Bygmalion ont plutôt évoqué la date de la « mi-avril ».

De son côté, l’ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, Guillaume Lambert, désormais préfet de Lozère, balaie toutes les accusations par la voix de son avocat. « S'il y avait eu pour 17 millions de plus, cela se serait vu ! Il y a peut-être une facturation qui a dérapé, mais sûrement pas les frais de campagne. Mon client a fait très attention, il rognait sur toutes les dépenses. Il a essayé et a même réussi à faire baisser les prestations, notamment après les meetings de Marseille et Annecy dont les prix étaient hallucinants », déclare Me Christophe Ingrain à Mediapart.

L’argument fait sursauter son ancien adjoint, Jérôme Lavrilleux : « Cette position ne résiste pas à l'examen des faits trente secondes ! Si, comme ils le disent, ils ont trouvé les prestations de Bygmalion trop chères après les meetings d’Annecy et Marseille, pourquoi les avoir gardés après, avec les mêmes fournisseurs et pourquoi les avoir fait travailler en plus d'autres prestataires sur des gros meetings comme le Trocadéro ou Villepinte ? C’est absurde. »

L’ancien directeur adjoint de campagne de Nicolas Sarkozy répète l’histoire d’une campagne qui s’emballe comme un train fou, impossible à freiner. « C'était démentiel, chaque meeting était un véritable plateau télé. Tout se décidait au jour le jour », se souvient-il. Ce récit nous a été confirmé par plusieurs acteurs de premier plan de la campagne, qui ont été ou vont être entendus par les enquêteurs.  

« Il faut laisser l’enquête se faire », balaye l’ancien trésorier de Nicolas Sarkozy, qui souhaite se dégager de toute responsabilité. « Il y avait un ordonnateur des dépenses et un payeur, déclare Philippe Briand. Moi, j’étais le payeur. C’est Guillaume Lambert qui m’envoyait les factures. C’est lui aussi qui commandait les meetings, même si je pense qu’il avait concédé cette tâche à Jérôme Lavrilleux. Moi, les seules factures que j’ai vues sont celles du compte de campagne. On pouvait penser que c’était déjà bien tarifé, puisque François Hollande a dépensé 50 % de moins que nous en meetings. » 

L’avocat de l’UMP, Me Philippe Blanchetier, qui a défendu Nicolas Sarkozy devant le Conseil constitutionnel à l’été 2013, souligne pour sa part qu’« il y a déjà 13,7 millions d’euros de manifestations publiques déclarées dans le compte. C’est un chiffre en ligne avec ce qui a été fait sur toutes les présidentielles depuis 1995. D’ailleurs, la question d’éventuelles sous-facturations n’a jamais été soulevée par la commission des comptes de campagne, qui ausculte pourtant chaque dépense ! » Pas sûr que les comptes de 1995, truqués du côté d’Édouard Balladur comme de Jacques Chirac, soient une référence.

 

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 19:01

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

L’Etat brade les forêts françaises aux multinationales

APSMB - Le Frau

lundi 16 juin 2014

 

 

 

Les services de l’Etat, chargés de conserver et développer les ressources de nos forêts, succombent aux sirènes du lobby industriel : dans le Lot, soixante-dix hectares de vergers à graines forestiers vont être vendus pour destruction à une multinationale. C’est l’avenir des forêts françaises et européennes qui se joue dans cette tractation opaque et malsaine.


Soixante-dix hectares de vergers à graines forestiers, gérés par l’ONF sur la commune de Lavercantière (46) pour les principaux partenaires de la forêt française, sont en passe d’être cédés pour destruction à Imérys Ceramics France-Quartz.

Cette multinationale doit en effet satisfaire à tout prix l’appétit de ses actionnaires et exploiter jusqu’au dernier les galets de quartz situés sous ces vergers. Imérys invoque « des marchés stables, porteurs et la nécessité de sécuriser ses clients ». Les services de l’Etat, pour leur part, ont l’ambition d’en retirer des compensations financières.

Et l’intérêt général, comme celui de la forêt française, où est-il dans tout cela ?

Après avoir déjà détruit une grosse part des landes du FRAU, milieu écologiquement fragile et riche en diversité biologique, et s’en être pris aux restes d’un patrimoine historique médiéval très prisé localement, IMERYS s’apprête maintenant à faire disparaitre le patrimoine biologique et scientifique inestimable que représentent ces vergers à graines forestiers.

Il aura en effet fallu plus de quarante ans aux chercheurs de l’INRA et de l’IRSTEA, en collaboration avec l’ONF et d’autres partenaires de la forêt française, pour les créer. Ce fut de plus un investissement majeur de plusieurs dizaines de millions d’euros consenti durant toutes ces années aux frais du contribuable.

Ces vergers à graines forestiers, à quoi servent-ils ?

 

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 


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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 18:52

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Au Sénat, le PS détricote la loi sur les ondes au profit des lobbies

Marie Astier (Reporterre)

lundi 16 juin 2014

 

 

La proposition de loi sur les ondes électromagnétiques est en train d’être complétement transformée au Sénat, au profit d’un texte qui correspond point par point à ce que réclament les lobbies de la téléphonie mobile.


Après un premier passage chaotique à l’Assemblée nationale, la proposition de loi sur les ondes électromagnétiques est en train de subir une nouvelle cure d’amaigrissement au Sénat.

Laurence Abeille, la députée EELV qui a déposé la loi n’en revient pas : « On est furieux de ce qui s’est passé au Sénat. Le sénateur PS Daniel Raoul, président de la commission des affaires économiques, s’est fait nommer rapporteur du texte à la place d’un sénateur écologiste ! » C’est un manquement à tous les usages, car la loi ayant été proposée par un parlementaire d’EELV, c’est logiquement un des membres de ce groupe qui aurait dû être nommé comme référent du texte au Sénat.

« Le procédé est très cavalier », déplore Laurence Abeille. D’autant plus que le texte sera débattu en séance le 17 juin, dans la « niche parlementaire » spécialement réservée au groupe écologiste pour mettre à l’agenda les textes qu’il souhaite (chaque groupe politique dispose de telles niches). Mais avant même d’être débattu en séance plénière, le texte a été largement modifié par la commission des affaires économiques du Sénat.

- Laurence Abeille -

Nier le lien entre ondes et santé

« La loi a été vidée de sa substance », dit Laurence Abeille. Même si elle avoue qu’avec Daniel Raoul comme rapporteur, elle s’y attendait : « Il m’avait dit qu’il ne voulait pas que la proposition de loi soit acceptée comme telle. »

« Il fallait remettre de l’ordre dans ce texte, c’est un brouillon qui nous est arrivé », répond le sénateur PS. Principale modification du texte, il a supprimé l’un des termes clés de la proposition de loi d’origine. Alors que le texte de Laurence Abeille proposait une « modération » de l’exposition aux ondes, sa nouvelle version parle de « sobriété ».

Daniel Raoul s’explique : « Modération signifie réduction de l’exposition aux ondes. Or il faut être cohérent, aujourd’hui on veut couvrir les zones blanches et grises et augmenter la couverture du territoire, notamment avec le développement de la 4G. La sobriété permet au contraire d’augmenter les installations. »

Etienne Cendrier, porte-parole de l’association Robins des Toits, confirme : « Il m’a reçu dans son bureau et m’a expliqué que la modération, il n’en est pas question, on ne réduira pas les niveaux d’exposition. » Selon le militant, le terme de sobriété est surtout bien pratique pour les opérateurs télécoms. « Cela peut signifier autant la baisse de l’exposition du public que la baisse de ses inquiétudes par rapport aux ondes », déplore-t-il.

Ce changement de terminologie se traduit d’ailleurs dans d’autres dispositions de la loi, selon Laurence Abeille. « Tous les dispositifs qui devaient permettre de limiter l’exposition aux ondes disparaissent », regrette la députée. Le nouveau texte « nie le lien entre ondes et santé », s’inquiète le sénateur écolo Joël Labbé, qui aurait dû être désigné rapporteur de la proposition de loi dans la chambre haute.

Les enfants ne seront pas protégés

Exemple avec la définition des point atypiques, ces zones où l’exposition aux ondes est plus importante qu’ailleurs. Elle est « ramollie », s’indigne Etienne Cendrier. Il invite à comparer les définitions dans le texte sorti de l’Assemblée nationale avec ceux qu’on trouve dans la nouvelle version, corrigée par la commission des affaires économiques du Sénat.

« Les points atypiques sont définis comme les points du territoire où le niveau d’exposition du public aux champs électromagnétiques dépasse sensiblement la moyenne observée à l’échelle nationale », indique le premier texte.

« Les points de mesure, situés dans les lieux de vie fermés, où les expositions du public aux champs électromagnétiques sont les plus fortes à l’échelle nationale et peuvent être réduites, tout en garantissant la couverture et la qualité des services rendus », précise la version corrigée.

L’interdiction du WIFI dans les établissements accueillant des enfants âgés de moins de trois ans, c’est-à-dire crèches et écoles maternelles, est cependant maintenue. En revanche, il n’est plus question de poser des restrictions dans les écoles primaires.

De même, le premier texte prévoyait d’interdire la publicité à destination des enfants de moins de quatorze ans pour les objets connectés comme les tablettes. Une mesure similaire à celle déjà en place pour les téléphones portables. La disposition est finalement supprimée.

« C’est le seul changement de fond, estime Daniel Raoul. On ne peut pas interdire la publicité pour les objets radioconnectés alors que le ministère de l’éducation nationale développe l’école numérique et encourage l’utilisation des tablettes. »

Les maires n’ont plus obligation d’informer

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 


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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 17:54

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Après le Brésil, le Qatar

Coupe du monde : Bouygues et Vinci s’installent au Qatar, un pays qui recourt massivement au travail forcé

par Rachel Knaebel 11 juin 2014

 

 

 

 

 

Après le Brésil puis la Russie, ce sera au tour du Qatar d’accueillir la grande messe du foot mondial en 2022. Stades, métros, autoroutes et hôtels : les chantiers gigantesques s’y multiplient déjà. Et de grandes entreprises françaises – Bouygues et Vinci – y décrochent de très gros contrats. Problème : le Qatar est mis à l’index par l’Organisation internationale du travail, des syndicats, Amnesty International et Human Rights Watch pour ses conditions de travail déplorables et des violations des droits humains à l’égard des nombreux travailleurs migrants. 1 200 ouvriers sont déjà morts sur les chantiers qataris depuis 2010. De leur côté, Bouygues et Vinci se défendent de tout abus et assurent vouloir « faire évoluer les choses ». Y parviendront-ils ? Enquête.

Jeudi 12 juin, le match entre le Brésil et la Croatie donnera le coup d’envoi de la coupe du monde de foot 2014. Au moins huit ouvriers sont morts sur les chantiers brésiliens des stades et des infrastructure du mondial. C’est déjà beaucoup. En 2022, ce sera au tour du Qatar d’organiser l’événement. Les constructions se multiplient donc dans le petit émirat du Golfe. Et les décès d’ouvriers migrants aussi. Selon les chiffres recueillis par la Confédération syndicale internationale, 1 200 ouvriers sont déjà morts sur les chantiers du Qatar depuis que l’émirat s’est vu attribuer l’organisation du mondial, en 2010. La plupart ont péri d’accidents du travail ou de crise cardiaques. En cause : des conditions de travail et de logements lamentables, dans un pays où les températures dépassent les 40 degrés en été. Si rien n’est fait d’ici à 2022, 4 000 travailleurs pourraient perdre leur vie sur les chantiers avant le premier but de la coupe [1].

1,4 million de travailleurs presque réduits en esclavage

« Au Brésil, on a une liberté d’association, un mouvement syndical important. On a réussi à imposer des normes sur les chantiers du mondial. Mais au Qatar, il n’y a aucun droit », déplore Gilles Letort, délégué de la fédération CGT de la construction et membre de l’Internationale des travailleurs du bois et du bâtiment (IBB). Le Qatar compte environ 1,4 million de travailleurs étrangers sur son territoire. La plupart sont népalais, indiens et philippins. Ils représentent la majorité de la population d’un pays à peine plus grand que la Corse, avec un peu plus de deux millions d’habitants. Ils contribuent largement à la croissance de l’émirat. Et pourtant, ils n’ont pratiquement aucuns droits. « Les libertés et droits fondamentaux n’existent pas pour les travailleurs étrangers du Qatar, que ce soit pour les ouvriers migrants pauvres ou pour les expatriés bien payés », dénonce la Confédération syndicale internationale (CSI) dans un rapport paru en mars. « Les travailleurs étrangers sont presque réduits en esclavage – totalement soumis au pouvoir de leurs employeurs qui détiennent un contrôle total sur les salaires et les conditions d’emploi, ont le pouvoir d’attribuer les permis de résidence (ne pas en avoir peut conduire en prison) et peuvent refuser au travailleur un changement d’emploi, ou même un visa de sortie pour pouvoir quitter le pays. Ce système s’appelle la kafala. »

La loi du kafala oblige tout travailleur étranger à avoir un parrain qatari pour pouvoir entrer au Qatar. C’est ce “sponsor”, le plus souvent l’employeur, qui décide si le travailleur a le droit de changer d’emploi ou même de quitter l’émirat. Résultat : le système empêche les travailleurs migrants de réclamer quoi que ce soit, leur retards de salaire, des conditions de travail et de logement décentes, ou même de pouvoir rentrer chez eux.

Dans 90% des cas, les passeports des ouvriers sont confisqués

Pour son rapport, la CSI a visité dix ”camps“ où logent plusieurs milliers de travailleurs, migrants à l’est et au sud de Doha, la capitale qatarie. L’organisation détaille une douzaine d’exemples de situations intenables. Parmi eux, un Philippin de 34 ans ouvrier sur les chantiers de construction. Arrivé en 2011 à Doha par le biais d’une agence de recrutement, son passeport est immédiatement saisi. Il se retrouve ouvrier sur le chantier d’un complexe résidentiel, 60 heures par semaine, pour 260 dollars par mois au lieu des 330 promis. L’employeur ne lui fournit pas d’équipement de sécurité. Le Philippin craint un accident du travail. « Mais mon employeur ne m’a pas donné de carte d’assurance maladie », rapporte l’ouvrier. « Et je ne peux pas payer des frais d’hôpitaux sur mon seul salaire. » Quand l’ouvrier dépose sa démission, son employeur jette la lettre à la poubelle et dit qu’il ne récupèrera pas son passeport. Ce genre de situation est largement répandu. Selon une enquête effectuée en 2011 par un institut qatari, 90% des ouvriers migrants du Qatar ne récupèrent pas leur passeport une fois les démarches faites pour obtenir un permis de résidence. La pratique est pourtant illégale.

L’année dernière, Amnesty international avait déjà publié un rapport accablant sur les conditions de travail et de vie des travailleurs migrants du Qatar [2]. Les témoignages recueillis par l’ONG faisaient état d’abus multiples : des salaires qui ne sont pas payés pendant des mois ; des permis de résidence qui ne sont pas fournis par les employeurs ou pas prolongés alors qu’un ouvrier étranger sans permis de résidence est envoyé en prison s’il est contrôlé ; des ouvriers logés dans baraquements misérables… La liste est longue. Le Qatar interdit par ailleurs aux travailleurs étrangers d’adhérer à tout syndicat.

« Le Qatar est un État pour lequel j’ai le plus grand respect »

« Le Qatar, c’est un eldorado pour les entreprises, mais c’est l’impunité totale ! », déplore Gilles Letort. Le syndicaliste s’est rendu sur des chantiers qataris en octobre 2013 avec une délégation syndicale internationale. « Nous avons visité des chantiers d’entreprise belges, espagnoles, américaines. Ce qu’on voit, ce sont 13 000 ouvriers sur un chantier, sous un soleil de plomb. Les entreprises travaillent avec 40 sous-traitants différents, logent les gens dans des taudis. Et ensuite, elles disent : le Qatar c’est formidable, on fait des résultats à deux chiffres ! » Gilles Letort et sa délégation ont aussi tenté de se rendre sur un chantier conduit par le géant français du BTP Vinci, celui du tramway de Lusail, une ville nouvelle qui va accueillir l’un des stades du Mondial. Mais les syndicalistes se sont fait refouler à l’entrée.

 

 

Avec sa rente pétrolière et gazière, une croissance économique à plus de 6% en 2013, le Qatar est l’un des pays les plus riches du monde en PIB par habitant, au même niveau que le Luxembourg. L’annonce de l’organisation du Mondial a donné un nouveau coup de fouet aux grands projets de l’émirat. Le pays va construire neuf stades pour accueillir l’événement sportif, ainsi que des métros, des autoroutes, des hôtels… L’ensemble des travaux prévus dépasse les 100 milliards d’euros ! De quoi attirer les multinationales du BTP. « Le Qatar est un État pour lequel j’ai le plus grand respect », déclarait ainsi le patron de Bouygues à ses actionnaires en 2012 [3]. Le Qatar bénéficie de ressources naturelles très importantes, et qui a eu des stratégies très intelligentes pour les valoriser. Tant mieux ! » Bouygues a toutes les raisons d’apprécier l’émirat. Le groupe y construit un vaste ensemble immobilier dans un nouveau quartier d’affaire de Doha. Le complexe de neuf gratte-ciel, avec aussi un centre commercial, un centre de conférences, des parkings… représente un contrat à 950 millions d’euros ! [4]. Pour comparaison, le vélodrome de Marseille, un autre grand projet en cours de Bouygues, atteint – « seulement » – 267 millions d’euros.

Visite pour les journalistes, pas pour les syndicalistes

Vinci est encore bien mieux placé. Avec sa filiale QDVC (filiale commune du fonds d’investissements qatari Qatari Diar et de Vinci construction), Vinci édifie une nouvelle ligne de métro à Doha. Montant du contrat : 1,5 milliard d’euros ! Le contrat de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes représente trois fois moins. Vinci/QDVC a aussi obtenu la construction d’une ligne de métro léger dans la ville nouvelle de Lusail (374 millions d’euros pour le dernier volet du contrat), une autoroute en périphérie de Doha (850 millions d’euros), un contrat pour un parking souterrain et un parc paysager à l’hôtel Sheraton de Doha (264 millions d’euros). Eiffage, numéro trois du BTP français, n’a pas encore de projets en cours au Qatar. Mais l’entreprise compte bien se positionner sur les appels d’offre à venir pour les stades. « Nous nous positionnons sur les ouvrages emblématiques à forte valeur ajoutée en termes d’ingénierie, comme la réalisation d’un musée aux Émirats Arabes Unis ou des futurs stades de football pour la Coupe du monde 2022 au Qatar », détaille ainsi Vincent Papait, directeur du développement international d’Eiffage construction métallique [5].

Pour les grands groupes du BTP, le Qatar, c’est donc la poule aux œufs d’or. Quitte à se rendre complice de violations des droits humains ? Bouygues et Vinci se défendent de tout abus. « À l’international, le groupe applique des règles qui reprennent l’ensemble des dispositions définies dans le guide “working housing” édité par l’OIT [Organisation internationale du travail, ndlr] tout en allant plus loin sur certains sujets [6] », indique ainsi Matthieu Carré, de la communication de Bouygues. Même discours chez Vinci. L’entreprise recrute directement ses ouvriers dans leur pays d’origine, prend en charge leur billet d’avion aller-retour, leurs logements climatisés ainsi que leurs repas et leur fournit des équipements de loisirs, assure Maxence Naouri, de la communication du groupe à Paris. [7]. Bref, les employés de Bouygues et Vinci vivraient très confortablement comparé aux situations décrites par la CSI et Amnesty. « Il faut faire la part des choses entre la législation qatarie et les pratiques des entreprises étrangères sur place. Les grandes entreprises sur place essaient de faire évoluer les choses », défend Maxence Naouri, de Vinci.

Alliance entre le BTP français et des investisseurs qataris

Si les conditions de vie et de travail des employés de Vinci sont si confortables, pourquoi avoir refusé à une délégation syndicale d’y pénétrer en octobre ? « C’est vieux ça », s’agace le communicant. « Nous avons organisé une visite d’un chantier pour des journalistes en novembre », ajoute-t-il. C’était le chantier de l’hôtel Sheraton de Doha. Le magazine de BTP Le Moniteur en faisait partie et titrait le 25 novembre : « Vinci exporte sa démarche sécurité sur les chantiers qataris » [8]. Vinci préfère manifestement ouvrir ses chantiers qataris à la presse plutôt qu’aux syndicats. « Pour visiter les chantiers de Vinci, c’était très compliqué », rapporte Gilles Letort. « Vinci dit qu’ils n’avaient pas été prévenus de notre venue. Mais ce n’est pas ça le problème. Ce qui bloque, c’est que le partenaire de Vinci au Qatar, c’est un fonds souverain qatari, Qatar Diar. »

Pour décrocher des contrats qu Qatar, les groupes étrangers sont obligés de s’allier, sur place, à des entreprises qataries. La co-entreprise doit être détenue à 51% par le côté qatari. Bouygues a ainsi créé en 2012 Bouygues Construction Qatar en s’associant à Abdullah Bin Khalifa Al Thani, une « personnalité économique et politique du Qatar », comme le fait valoir le groupe français [9]. Proche du pouvoir, Abdullah Bin Khalifa Al Thani semble en effet un partenaire idéal pour se placer en vue des « appels d’offres à venir, en matière notamment d’infrastructures de transport et d’équipements sportifs ».

De son côté, Vinci s’est allié à une société d’investissements qui dépend directement de l’État qatari. « La société Qatari Diar Real Estate Investment Company (Qatari Diar) a été créée par la Qatar Investment Authority (QIA), le fonds souverain de l’État du Qatar », précise ainsi le rapport annuel 2013 de Vinci [10]. C’est bien plus qu’une alliance de circonstance. Le groupe français a aussi accueilli le fonds souverain de l’émirat dans son propre capital. Depuis 2009, Qatari Diar détient 5,2% du géant du BTP. « Qatar Diar, c’est l’émir », résume Gilles Letort.« C’est pour ça que Vinci décroche contrat sur contrat au Qatar. »

Des promesses et des chartes, mais toujours pas de droits

Face aux protestations et rappels à l’ordre des ONG, des syndicats et même de l’OIT [11] qui a demandé au Qatar, en mars, « de supprimer le recours au travail forcé sous toutes ses formes » [12], qu’a répondu l’émirat ? Des promesses et des chartes. Une première charte a vu le jour l’an dernier. En février, le comité suprême chargé d’organiser la Coupe du monde en a adoptée une nouvelle. Elle détaille des normes à suivre en matière de recrutement, d’hébergement et de rémunération. Mais celles-ci ne doivent s’appliquer qu’aux chantiers directement liés au mondial, ceux des équipements sportifs, pas à ceux des transports ou des hôtels. Et, surtout, la charte ne remet nullement en cause le système de la kafala. « Aucune des deux chartes n’est transposée dans les lois. Elles ne changent rien aux droits des ouvriers au Qatar », note Gemma Swart, de la CSI.

Le 14 mai, nouvelle promesse : des officiels qataris annoncent dans une conférence de presse une réforme du système de parrainage. Une réelle avancée ? La secrétaire générale de la CSI, Sharan Burrow, reste prudente : « Aucun calendrier ni procédure concrète n’ont été indiqués. Et l’annonce a été faite en l’absence de tout ministre du gouvernement. Le système du visa de sortie doit par ailleurs rester en place, mais c’est maintenant le ministère de l’Intérieur qui doit décider qui a le droit de quitter le pays. Et aucune des réformes ne semble s’appliquer aux travailleurs domestiques. » En outre, il n’est toujours pas questions d’autoriser les travailleurs à adhérer à des syndicats ni à négocier collectivement leurs conditions d’emploi. « Rien n’a changé. Vous avez toujours besoin d’avoir une autorisation pour quitter le pays. Il n’y a toujours pas de liberté d’association », résume Gemma Swart.

Fifa, exposition universelle et musée du Louvre : tous avec les émirats !

La Fifa commence tout juste à reconnaître le problème des conditions de travail dans l’émirat. Et cela alors que les soupçons de corruption sur l’attribution du mondial au Qatar s’intensifient. L’organisme a rencontré les organisations syndicales internationales et sommé le Qatar de présenter un état des lieux sur le sujet. La CSI en demande plus. « Si la Fifa demande au Qatar d’abolir le système de la kafala et de respecter les droits fondamentaux, le Qatar le fera », estime Sharan Burrow. « Le problème, c’est que le Qatar a ses lois. Les entreprises en profitent un maximum. Et la Fifa ne demande aucune réglementation minimale du travail pour donner l’organisation des événements », analyse Gilles Letort.

La Fifa a au moins l’excuse de ne pas être seule dans ce cas. L’année dernière, le Bureau international des expositions, basé à Paris, a attribué l’organisation de l’exposition universelle de 2020 à Dubaï, un autre émirat richissime du Golfe. Et le Louvre fait construire une antenne du célèbre musée français dans l’émirat d’Abu Dhabi. Le système de la kafala est un peu plus souple dans les Émirats arabes unis (dont sont membres Dubaï et Abu Dhabi). Mais les conditions de travail des migrants n’y sont guère meilleures. « Les travailleurs migrants sont exploités également à Dubaï et à Abu Dhabi. Ils vivent dans des camps ouvriers misérables et n’ont pas le droit de créer ou d’adhérer à des syndicats », explique Sharan Burrow [13]. « Les travailleurs, tout le monde s’en fiche ! » se désole Gilles Letort. Pendant qu’une partie du monde va suivre les matches du Brésil, la pression monte sur les ouvriers qui travaillent pour préparer le mondial 2022. Gemma Swart en témoigne : « À chacun de nos voyages au Qatar, les gens ont de plus en plus peur de parler ».

Rachel Knaebel

Photo de une - CC Richard Messenger (sur un chantier à Doha) / manifestation contre le travail esclave devant l’ambassade du Qatar à Londres - source

 

Notes

[1Selon des estimations établies sur la base des statistiques fournies par les ambassades du Népal et de l’Inde au sujet de leurs ressortissants immigrés au Qatar et morts sur les chantiers. L’inde et le Népal étant les deux pays dont sont originaires près de la moitié des travailleurs migrants du Qatar.

[2Human Rights Watch a aussi publié un rapport en 2012 sur le sujet.

[3Source : Questions-réponses de l’assemblée générale du groupe, dernière page.

[4Bouygues empoche 60% de ce montant, soit 570 millions, le reste allant aux entreprises qataries partenaires sur le projet.

[5Eiffage, rapport annuel 2013, p 28.

[6Qui sont « la protection incendie des bâtiments, la conformité des installations électriques, la mise en place de système d’air conditionné, la mise en place d’un plan de management de la base vie incluant un règlement interne présenté à tous les occupants, la mise en place de douches individuelles, des règles spécifiques pour les cuisines de la base vie : stockage de la nourriture, nettoyage (…), des contrôles et analyses régulières de l’eau potable et l’organisation de la collecte des déchets »

[7Le chargé de communication de Vinci indique précisément : « Au Qatar, nos ouvriers sont recrutés directement par nous dans leur pays d’origine. Nous leur faisons passer des tests et leur expliquons la nature du travail qu’ils auront à réaliser au Qatar ainsi que les conditions de travail telles que définit par la loi qatarie. Nous prenons en charge leur billet d’avion aller et retour. Les ouvriers sont logés, nourris, blanchis. Tout l’argent qu’ils gagnent constitue donc des économies. Nos ouvriers sont logés dans une base-vie où ils partagent des chambres à quatre pour les plus juniors ou à deux pour les plus seniors, les ouvriers qui dirigent des équipes ont droit à une chambre individuelle. Nos ouvriers dorment bien sûr dans des chambres climatisées et ont accès à des fontaines d’eau potable. Les transferts sont également opérés en bus climatisé. Nous avons prévu des espaces de loisirs dans cette base-vie : hall climatisé avec tables de billards, tennis de table, salle de gym équipée, salles de télévision, postes connectés à internet. En extérieur nous avons construit un terrain de basketball. La cantine est inspectée régulièrement ».

[8France Info aussi y était. Son reportage était moins élogieux. Voir ici.

[9Ici.

[10Ici, p 138.

[11Qui dépend de l’ONU.

[12Lire ici.

[13Voir notamment ce rapport de 2011 de la CSI sur la situation dans le Golfe et cet article du New York Times sur Abu Dhabi.


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Source : www.bastamag.net

 

 

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 17:11

 

Source : www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

La nouvelle conseillère de Hollande s'opposait à la régulation des banques

Le Monde.fr | 13.06.2014 à 10h25 • Mis à jour le 13.06.2014 à 16h43 | Par Mathilde Damgé

 
 
La nouvelle sherpa du président n'affectionne pas particulièrement les mesures de régulation sur lesquelles s'était pourtant engagé le candidat François Hollande.

La promesse du candidat François Hollande de mettre de claires limites au monde de la finance, qu'il désignait comme son « adversaire »  en 2012, semble toujours plus difficile à tenir alors que vient d'être annoncée, mercredi 11 juin, l'arrivée à l'Elysée de celle qui remplacera dans une quinzaine de jours Emmanuel Macron comme conseiller pour les affaires macroéconomiques : Laurence Boone, qui officiait jusqu'ici au sein de la deuxième plus grosse banque outre-Atlantique, Bank of America (BofA).

« On se souvient que, pour convaincre les électeurs, le président de la République avait, l'hiver 2012, indiqué qui était le principal adversaire du changement qu'il promettait », ont réagi les sénateurs du groupe Communiste, républicain et citoyen.

« Ces promesses paraissent bien lointaines alors même que l'Elysée confirme avoir embauché comme conseillère particulière du président une économiste forgée du plus beau métal libéral, au fil d'une carrière allant de Merrill Lynch, l'une des premières banques d'affaires américaine, à Bank of America, en passant par Barclays », ont-ils accusé.

Lire : De la City à l'Elysée, le profil de Laurence Boone irrite la gauche

Critique envers le gouvernement

Dans le journal — résolument libéral — L'Opinion, Laurence Boone avait déjà marqué son opposition franche à la politique du chef d'Etat socialiste. Dans une tribune intitulée « Arrêtons le massacre », publiée le 26 mai, elle s'y montre très critique :

« Les choix de politique économique sont quasiment inexistants. La déclaration de politique générale de Manuel Valls l'annonçait : c'est un programme qui ne vise ni à soutenir la demande à court terme, ni à élever le potentiel de croissance de long terme. »

Dans une note du 10 avril, elle jugeait déjà que « Le nouveau gouvernement est assez peu différent de l'ancien et n'a pas suggéré de changement d'orientation : le premier ministre et le ministre des finances ont changé, pas l'itinéraire », critiquant des mesures d'allègement d'impôts cosmétiques, destinées à donner de quoi écrire à la presse alors que la politique du gouvernement reste en réalité liée à l'obligation de réduction du déficit.

 

Une critique assez répandue chez les économistes, y compris chez ceux considérés comme ayant une sensibilité socialiste. Qu'en est-il des autres positions économiques de Laurence Boone ?

 

Solidarité en Europe

Dans une note du 16 mai, à la veille des élections européennes, l'analyste met en garde ses lecteurs, c'est-à-dire les investisseurs confiant leur argent à la banque pour le placer sur les marchés, contre le pouvoir important du Parlement, notamment dans le cadre de la régulation (taxe sur les transactions, loi bancaire, etc.).

La fragmentation et la division au sein des partis vont jouer sur la façon dont ces derniers voteront sur les sujets qui comptent pour le secteur financier, avance Laurence Boone, un mouvement qu'elle attribue à la désaffection pour l'Europe, elle-même liée au manque d'intégration et de transferts des dettes souveraines.

Un souci de la solidarité qui n'est pas gratuit : « Les pays du Nord de la zone euro ne sont pas en situation de négocier : ils perdraient avec l'explosion de l'euro non seulement les créances des pays du Sud, mais aussi en termes de commerce extérieur, avec un risque non négligeable de faire exploser, aussi, le marché unique », affirmait -elle dans une tribune en 2011.

Ou solidarité sur le « repo » ?

L'explosion de l'euro mettrait aussi en danger le marché de mise en pension des titres, le repo. Un marché qui lutte farouchement contre toute tentative de régulation et de taxation. Ce marché de près de 6 000 milliards d'euros permet d'obtenir de l'argent liquide ou des prêts à court terme en mettant en gage la dette d'un Etat.

Si les dettes d'un pays deviennent trop risquées, les chambres de compensation, qui se portent garantes des différentes parties de la transaction, exigent un appel de marge, un supplément en somme, ce qui empêche certains pays de se financer car ils ne parviennent plus à placer leurs titres de dette.

Laurence Boone avait ainsi déclaré en 2011 à Reuters qu'« augmenter l'appel de marge, c'est prendre le risque de déclencher [un risque de blocage] côté bancaire ». Une déclaration qui en dit long sur les inquiétudes de la banquière, plus soucieuse de l'activité de son industrie sur le marché du « repo » que de la sécurité de celui-ci.

Ne pas affaiblir le marché

Une chose est sûre, la nouvelle conseillère du président n'affectionne pas particulièrement les mesures de régulation. Dans une note du 15 avril, elle accuse les règles d'encadrement européennes régissant les « asset backed securities » (ABS, titres de Bourse adossés à des emprunts, produits spéculatifs en cause dans la crise des crédits immobiliers américains) d'être trop sévères et de risquer d'affaiblir ce marché.

Le 14 mars, elle écrit encore : « Dans un monde parfait, la croissance européenne se redresserait lentement cette année (...) Mais il y a un certain nombre d'obstacles... », citant à ce titre une autre mesure de régulation, l'examen des actifs bancaires exigés par la Banque centrale européenne (BCE) pour vérifier que les banques sont solvables, un examen dont le mode d'emploi est, selon elle, trop complexe et dont l'intérêt est surévalué.

Laurence Boone regrette en revanche que le mécanisme de sauvetage des banques ne soit pas mis en place plus vite, en raison notamment de blocages de la part des gouvernements français et allemand.

Lire sa tribune (en édition abonnés) : La zone euro est toujours en danger ! Une restructuration bancaire s'impose

Optimisme tout neuf

Car l'optimisme dont la nouvelle conseillère fait preuve (« La reprise est là. Elle n'est pas encore très forte, mais elle est incontestable », assure-t-elle), est relativement neuf.

Ses dernières notes chez BofA témoignaient plutôt de craintes de reprise molle et d'un risque de déflation, c'est-à-dire d'une baisse des prix, ce qui n'est en général pas très bon signe. « Nos indicateurs avancés suggèrent que les tendances désinflationnistes pourraient être plus fortes que ce que les indicateurs classiques anticipent, en particulier en France et en Espagne », écrit-elle dans sa note du 28 février.

Dans la même note, l'analyste dit être inquiète de la dîme sur la croissance que prélèveraient de nouvelles mesures d'austérité : « Nous voulons croire que le gouvernement évitera de mettre en danger les graines de la croissance avec de nouvelles doses d'austérité. »

Cette position, en faveur de la croissance plutôt que de la rigueur budgétaire, se retouve davantage chez les économistes dits de gauche que dans le monde bancaire. Dans son cas, elle doit pour beaucoup à ses craintes de tendances déflationnistes, encore confirmées dans ses notes du 5 juin, quelques temps avant qu'elle n'accepte la proposition de l'Elysée.

Lire en édition abonnés : Faut-il avoir peur de la déflation ?

 Mathilde Damgé
De l'éco, du décryptage et une pincée de data

 

 

Source : www.lemonde.fr/les-decodeurs

 

 


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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 16:52

 

 

Source : www.agoravox.fr

 

par Pingouin094 (son site) dimanche 15 juin 2014 -
 
Cheminots, les raisons d’une grève

 

 

L’enfer est pavé de bonnes intentions, ainsi en va-t-il de l’actuelle réforme du système ferroviaire. « Rapprocher la SNCF et RFF » ou encore « créer une convention collective de branche des travailleurs du rail » sont autant de bonnes intentions dans leur principe, mais qui dans leur application, risquent de dégrader fortement la qualité du service public de la SNCF et les conditions de travail des cheminots.

 

 

La SNCF coupé en 3 !

Car le rapprochement d’une partie de la SNCF avec RFF se fera au prix de la scission en 2, voire 3 de la SNCF. Le projet prévoit de créer un établissement « SNCF Mobilité » et un établissement « SNCF Réseau », le pilotage stratégique des deux établissements étant piloté par un troisième établissement « de tête ».

Les gains attendus du rapprochement RFF – SNCF seront ainsi annulés par les pertes à attendre de la scission de la SNCF. Les doublons supprimés entre RFF et SNCF seront remplacés par les doublons crées entre SNCF Réseau et SNCF Mobilité. De même, la rapidité de décision, les facilités de communications gagnées entre RFF et SNCF seront elles aussi annulées par les barrières installées entre SNCF Réseau et Mobilité, et les sujets transverses entre Réseau et Mobilité sont pourtant nombreux.

De plus, la scission en 2 épics peut faire craindre le pire. Il sera ensuite aisé de supprimer l’Epic de tête (la droite a déjà annoncé qu’elle y était favorable) puis de privatiser SNCF Mobilité, entreprise aisément rentable, et de garder dans le giron national SNCF Réseau, structurellement déficitaire dans le projet actuel (puisque cet Epic conserverait la dette due à la création des LGVs).

A noter néanmoins, que les 2 premiers jours de grèves ont permis quelques avancées mineures qu’il convient néanmoins de citer : Les structures transverses (informatique, RH, logistique …) ne seront pas scindées entre les 2 SNCF, mais resteront bien dans l’Epic de tête, ce qui n’était pas garanti avant la grève. De même, CE et CHSCT resteront communs, et la mobilité des personnels entre les 3 Epics sera conservée.

 

Des conditions de travail au rabais !

La réforme prévoit également une convention collective de branche des travailleurs du rail. Une meilleure protection sociale des quelques milliers de travailleurs privés du rail serait une excellente chose pour eux. Mais là encore, le gouvernement annonce qu’il faudra pour cela en passer par une renégociation des accords internes à la SNCF (le « RH 77 » dans le jargon SNCF) sur les 35 heures, le travail de nuit, week-end et jour fériés, les astreintes. On imagine que ce ne sera évidemment pas dans un sens d’une meilleure prise en compte de la qualité de vie au travail des cheminots.

Aligner les conditions de travail de 150 000 cheminots sur celles de quelques milliers de travailleurs privés n’est pas la solution, l’inverse sera au contraire plus juste.

Même si les négociations précises sur cette convention collective et encore plus sur le RH 77 n’ont pas commencé, la grève actuelle a évidemment une nature préventive. Un mouvement fort aujourd’hui permettra aux syndicats de négocier en position de force, tant la convention collective des travailleurs du rail que l’accord interne à la SNCF.

 

Article initialement paru sur le blog de Pingouin094

 

 

Source : www.agoravox.fr

 

 

 

 

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 16:33

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Société

Les acheteurs honteux du lait de la ferme-usine des Mille vaches

Barnabé Binctin (Reporterre)

samedi 14 juin 2014

 

 

 

Le lait que veut produire la ferme-usine des Mille vaches sera-t-il vendu au groupe alimentaire Senoble ? C’est ce qu’affirment des associations, dans une video percutante. Nous avons voulu aller plus loin.


Après sa première vidéo en décembre dernier, le collectif de la Vache en colère a de nouveau fait parler de lui en publiant cette nouvelle vidéo détonnante :

 

 

L’objet du courroux, cette fois, vise un contrat qui lierait Senoble, un groupe important de produits laitiers, à la ferme-usine des Mille vaches. Le lait produit dans cette ferme-usine vivement contestée par la Confédération paysanne et des associations écologistes, pourrait se retrouver dans les produits revendiqués « haut-de-gamme » de Senoble.

L’affaire a été révélée par l’association locale Novissen, qui lutte de longue date contre le projet implanté à Drucat (Somme). Sans trouver de répondant : « Nous avons interpellé les responsables de Senoble au moyen d’une campagne mail, l’idée étant de les obliger à réagir publiquement à cette rumeur. Nous posions une question simple : ‘’Avez-vous un contrat avec la Ferme des Mille Vaches ?’’ mais nous n’avons jamais eu de réponse », dit Michel Kfoury, le président de Novissen.

Pour vérifier ces allégations, Reporterre a commencé par appeler le promoteur de la ferme-usine, Michel Ramery. Nous l’avons joint sur son portable. Réponse : « Senoble ? On a un contrat qui continue, pas de problème. Mais je suis au Sénégal, appelez donc Michel Welter, chef de projet sur les Mille Vaches ».

Nous téléphonons donc à Michel Welter, qui finit par dire : « Je n’ai aucune garantie de vente sur mon lait, pas plus qu’aucun agriculteur en France. Le marché va être complètement bouleversé dans les mois à venir par la fin des quotas laitiers ».

La ferme-usine des Mille vaches prenant du retard – l’inauguration d’abord annoncée au 1er juillet pourrait se faire autour de septembre –, qu’en est-il aujourd’hui ? Car M. Welter est associé d’une coopérative d’élevages laitiers, situé à 26 kilomètres de Drucat, la SCL Lait Pis Carde.

Il explique : « Oui, actuellement, Senoble ramasse mon lait, dans les proportions que représente mon quota de lait, à savoir 2,8 millions de litres par an ».

Mais si actuellement Senoble se fournit chez lui, pourrait-il se fournir à la ferme-usine des Mille Vaches, dont la capacité de production est évaluée à neuf millions de litres par an, lorsqu’elle sera opérationnelle ? « Il pourrait. Mais où est le problème ? Mon lait sera produit dans les mêmes conditions que 95 % de la production laitière française, et on n’utilisera même pas de soja ! », répond M. Welter.

Allo Senoble... euh, Senagral ?

 

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 


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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 21:51

 

Source : www.mediapart.fr

 

L’indécent chassé-croisé entre Bank of America et le pouvoir socialiste

|  Par Laurent Mauduit

 

 

 

La polémique autour de Laurence Boone, l’ex-chef économiste pour l’Europe de Bank of America Merrill Lynch, n’est pas même close qu’une autre risque de naître, à cause du probable départ de l’actuel directeur de l’Agence des participations de l’État (APE), David Azéma, vers… le même établissement !

La polémique autour de Laurence Boone, l’ex-chef économiste pour l’Europe de Bank of America Merrill Lynch, n’est pas même close qu’une autre risque de naître, à cause du probable départ de l’actuel directeur de l’Agence des participations de l’État (APE), David Azéma, vers… le même établissement, pour en devenir le directeur général pour la France ! Si l’information se confirme, elle risque de faire grand bruit. D’abord parce que la régularité de ce pantouflage pourrait poser problème. Ensuite parce que ce jeu de chaises musicales autour de la même banque vient confirmer la porosité entre les milieux bancaires et le pouvoir socialiste.

Selon des informations recueillies par Mediapart, la Commission de déontologie de la fonction publique s’est réunie jeudi 12 juin et, dans le lot des avis qu’elle a rendus, l’un d’eux concerne David Azéma, l’actuel directeur de l’APE, la très puissante administration de Bercy qui gère les plus grosses participations détenues par l’État (les 84,5 % dans le capital d’EDF ; les 36,7 % dans GDF-Suez ; les 11 % dans Airbus ; les 14,1 % dans PSA ; etc.).

Une fois qu’ils sont rendus, les avis sont publiés mais avec beaucoup de retard, et les noms des personnes concernées sont « anonymisés ». Pour l’heure, il n’est donc pas possible de savoir par les voies officielles quel a été l’avis dans le cas de David Azéma. Selon nos sources, il aurait toutefois été positif, mais la commission de déontologie l’aurait assorti de réserves, comme elle le fait souvent.

Quand François Pérol avait par exemple quitté le ministère des finances en 2004, où il était directeur adjoint au cabinet de Nicolas Sarkozy, pour rejoindre la banque Rothschild, la Commission de déontologie avait donné un avis favorable à ce départ mais en fixant une réserve : le « pantoufleur » devait s’abstenir de travailler comme banquier d’affaires sur des dossiers qu’il avait eus à connaître comme haut fonctionnaire – réserve que l’intéressé n’avait d’ailleurs pas respectée, puisqu’il avait ensuite conseillé les Banques populaires pour la création de Natixis. De même, quand Stéphane Richard a quitté ses fonctions de directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy pour passer chez France Telecom, la commission de déontologie a émis un avis favorable assorti de réserves identiques. Et c’est pour cette raison que Stéphane Richard a commencé, à France Telecom, à ne s’occuper que des dossiers portant sur les divisions internationales du groupe.

Dans le cas de David Azéma, l’avis favorable, même avec réserve, de la Commission de déontologie n’en reste pas moins inattendu. Sa situation ne peut, certes, être comparée à celle de François Pérol. Car à l’époque, en 2009, quand le proche collaborateur de Nicolas Sarkozy avait voulu prendre la présidence des Caisses d’épargne et des Banques populaires, pour organiser leur fusion et donner naissance à BPCE, la saisine de la Commission de déontologie n’était plus obligatoire mais seulement facultative ; et précisément, François Pérol n’avait pas jugé nécessaire de la saisir officiellement. À l’époque secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant avait juste eu un échange informel avec le président de la Commission, Olivier Fouquet. Et c’est de cet échange que François Pérol s’était ensuite prévalu pour prétendre que son pantouflage avait été régulier. Alors qu’en réalité, on sait ce qu’il en est advenu : l’affaire a créé une crise au sein de la Commission de déontologie, qui a été de la sorte discréditée ; et François Pérol a finalement été mis en examen pour prise illégale d’intérêts (on retrouvera ici nos très nombreuses enquêtes sur l'affaire Pérol).

Le cas de David Azéma, tant que l’avis n’est pas rendu public, une question reste en suspens : comment un tel pantouflage a-t-il pu recevoir un « feu vert », puisque Bank of America Merrill Lynch, que pourrait rejoindre le haut fonctionnaire, a été la banque conseil de l’État pour plusieurs grandes affaires, dont la récente restructuration du capital du constructeur automobile PSA. Même si à Bercy on fait valoir que David Azéma n’est pas celui qui a personnellement supervisé l’embauche de l’établissement comme banque conseil, il n’en reste pas moins qu’il était le patron de l’APE pour laquelle la banque travaillait.

Nous avons essayé de joindre le nouveau président de la Commission de déontologie, le conseiller d’État Jacques Arrighi de Casanova (on peut consulter ici la liste des membres), mais il n’a pas donné suite à notre appel.

Au demeurant, la Commission de déontologie émet un avis, mais celui-ci ne s’impose pas au haut fonctionnaire qui veut passer dans le secteur privé et cela ne le prémunit pas d’éventuelles poursuites pénales pour une possible prise illégale d’intérêts.

Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle ce possible « pantouflage » risque d’alimenter la controverse. À cela, il y a aussi une deuxième raison. La déontologie des fonctions publiques, qui a fait l’objet d’un remarquable ouvrage de Christian Vigouroux (éditions Dalloz), édicte une première règle : servir et non se servir ! Et dans cette règle, il y a une obligation, au moins morale, d’effort et de continuité. En clair, un haut fonctionnaire ne peut pas postuler à une fonction prestigieuse pour, peu de temps après, user de cette notoriété nouvelle qu’elle lui a apportée et rebondir ailleurs.

Or, depuis quelque temps, c’est la fâcheuse habitude qu’ont prise quelques hauts fonctionnaires. Il faut dire que le mauvais exemple vient des plus hauts sommets de l’État : instable, voulant perpétuellement changer de fonction, d’abord sous Nicolas Sarkozy, aujourd’hui sous François Hollande, c’est Jean-Pierre Jouyet qui a instauré cette jurisprudence. Tour à tour directeur du Trésor, chef du service de l’Inspection des finances, secrétaire d’État, il est devenu en juillet 2012 directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, grâce à l’appui, démocratiquement choquant, de son meilleur ami, François Hollande, prenant une place à laquelle d’autres hauts fonctionnaires sans doute plus légitimes auraient pu postuler. Et non content d’avoir profité de ce passe-droit, il n’a pas même effectué les cinq ans de son mandat. S’ennuyant, il a, de nouveau, pris la poudre d’escampette pour rejoindre l’Élysée. Et dans cet empire financier qu’est la Caisse des dépôts – immense empire qu’il faut beaucoup de temps à connaître et donc à piloter avec doigté – cette inconstance est préjudiciable.

Or David Azéma, lui aussi, dirige une direction de Bercy qui est stratégique pour l’État. À la tête de l’APE, il faut un patron qui ait beaucoup d’expérience et de compétence. Un patron, donc, qui ait de la bouteille et qui ne change pas perpétuellement.

Or, c’est tout l’inverse qui advient. David Azéma n’est en effet directeur de l’APE que depuis le 1er septembre 2012 (le décret de nomination est ici). Et, très vite, à peine un an plus tard, des indiscrétions ont fait comprendre qu’il souhaitait rebondir ailleurs. En début d’année, il a ainsi été sur les rangs pour prendre la présidence de Veolia. Et comme cela ne s’est pas fait et que l’État a fait le carré autour d’Antoine Frérot, voilà que David Azéma lorgne sur Bank of America Merrill Lynch. Dans tous les cas de figure, le départ de ce haut fonctionnaire vers le privé, moins de deux ans après sa nomination, poserait donc au moins un problème éthique. Ce serait un signe de plus du mépris que certains hauts fonctionnaires, notamment ceux de Bercy, affichent pour l’État, quand bien même celui-ci a grandement contribué à faire leur carrière.

Ce mépris vient de très loin, et ce n’est pas David Azéma qui est ici seul en cause. Il est consubstantiel à ce système d’oligarchie auquel l’ENA a donné lieu et qui, avec les grandes vagues de privatisations des années 1980 et 1990, a irrigué tous les milieux d’affaires. C’est l’une des indignations qu’exprimait par exemple dans L’Étrange défaite, écrit au creux de l’été 1940, juste après la Débâcle, l’historien et grand républicain Marc Bloch qui déplorait la tentation de soustraire à l’Université le soin de former les élites françaises. C’est effectivement le gouvernement de Front populaire, en la personne de son ministre de l’éducation nationale Jean Zay (1904-1944), qui a la malencontreuse idée d’exhumer un très vieux projet, déjà caressé en 1848, de créer une filière unique de formation des hauts fonctionnaires, en créant une École d’administration – projet qui finalement bute à l’époque sur l’hostilité du Sénat et qui aboutit seulement en 1945. Mais en tout cas, le constat est celui-là : c’est effectivement la gauche qui dès cette époque porte l’idée de créer cette fameuse École nationale d’administration, qui jouera ultérieurement, et singulièrement à partir des années 1980 et 1990, un rôle si détestable dans la propagation de la pensée unique néolibérale.

Et ce rôle funeste, l’historien en explique dès cette époque les ressorts, en prolongeant sa réflexion : « Quelle que soit la nature du gouvernement, le pays souffre si les instruments du pouvoir sont hostiles à l’esprit même des institutions publiques. À une monarchie, il faut un personnel monarchiste. Une démocratie tombe en faiblesse, pour le plus grand mal des intérêts communs, si ses hauts fonctionnaires, formés à la mépriser et, par nécessité de fortune, issus des classes mêmes dont elle a prétendu abolir l’empire, ne la servent qu’à contrecœur. » L’histoire de Jean-Pierre Jouyet ou de David Azéma est tout entière contenue dans cette sage maxime. Ralliant l’empire, Benjamin Constant (1767-1830) avait dit les choses avec moins de doigté : « Servons la cause ! Et servons-nous ! »

Depuis plus de deux décennies, Bercy entretient donc une chronique interminable, celle de certains de ces hauts fonctionnaires qui, formés désormais à l’école de la « pensée unique » néolibérale, ont un grand mépris pour l’État qu’ils sont censés servir, et qui par flots ininterrompus rejoignent dès qu’ils le peuvent le secteur privé et ses alléchantes rémunérations, stock-options et autres golden parachutes…

Et puis, le possible départ de David Azéma vers Bank of America Merrill Lynch agit comme un révélateur pour une troisième raison : c’est qu’il vient confirmer la porosité entre les milieux bancaires et les sommets de l’oligarchie socialiste. À preuve, le caricatural jeu de chaises musicales qui est en train de s’organiser : cette banque américaine que David Azéma pourrait rejoindre, c’est celle-là même que Laurence Boone quitte pour devenir conseillère économique de François Hollande à l’Élysée, en remplacement d’Emmanuel Macron, qui lui-même venait de la banque Rothschild (lire Hollande change de cabinet, pas de politique).

Et comment et par qui Laurence Boone a-t-elle, elle-même, été recrutée ? Ce n’est évidemment pas indifférent à notre histoire : elle a été enrôlée à l’Élysée par Jean-Pierre Jouyet qui, en 2005, a été pendant quelques mois le patron de la filiale française de la banque Barclay’s, établissement qui était à l’époque le port d’attache… de l’économiste.

Et cette porosité – disons même… cette consanguinité – a des effets désastreux. Car c’est évidemment la clef de l’histoire que nous sommes en train de vivre avec François Hollande. Après avoir promis en janvier 2012 au Bourget que son « adversaire », ce serait « le monde de la finance », il a fait un loupé qui restera dans l’Histoire, tant il est pathétique – et même en certains aspects, grotesque – puisque le chef de l’État a fait de la finance son amie, au point d’embaucher à l’Élysée une Laurence Boone qui a écrit dans le journal néolibéral L’Opinion, il n'y a que quelques jours, que son nouvel employeur avait « un bilan économique désastreux ».

Une économiste de Bank of America s’en va à l’Élysée ; un haut fonctionnaire de Bercy veut au même moment se faire embaucher par le même établissement : cette partie de ping-pong entre la grande banque américaine et le pouvoir socialiste a, en tout cas, quelque chose d’indécent.

 

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 21:24

 

Source : www.marianne.net


 

Bygmalion : le listing intégral des conventions bidons de l’UMP
Vendredi 13 Juin 2014 à 05:00

 

Marc Endeweld

 

"Marianne" s'est procuré le rapport interne de l'UMP que Jean-François Copé a commandé au lendemain des révélations de "Libération" sur les fausses conventions organisées par le parti. Bien discret depuis le début de l’affaire, son auteur, Eric Césari, directeur général de l’UMP et proche de Nicolas Sarkozy, y charge la barque de Bygmalion... Mais lui-même que savait-il vraiment ?

 

WITT/SIPA
WITT/SIPA
Après les révélations de Libération le 15 mai dernier sur les vraies-fausses factures réglées par l’UMP à l’agence Event & Cie, filiale de Bygmalion, Jean-François Copé a demandé un rapport interne, que Marianne s’est procuré.

Un court rapport de sept pages écrit par Eric Césari, le directeur général de l’UMP, et remis à Copé peu avant le bureau politique du 27 mai, au cours duquel ce dernier s’est retrouvé acculé à la démission. Dans ce document figure notamment le listing précis des 72 conventions et colloques payés par le parti entre le 3 janvier 2010 et le 10 juin 2012, pour un total de plus de 19 millions d’euros (voir ci-dessous le deuxième document).
 
Sauf que la plupart de ces événements, comme l'expliquait Libé, n’ont jamais eu lieu. Signe qui ne trompe pas, le même montant revient à longueur de page : 299 000 euros tout rond. Un camouflage comptable grossier…

 

Bygmalion : le listing intégral des conventions bidons de l’UMP

 

Bygmalion : le listing intégral des conventions bidons de l’UMP
Les explications du directeur général
 
Mais il y a plus savoureux dans ce document. Car le plus sérieusement du monde, Eric Césari imagine dans son rapport les raisons d’un tel dysfonctionnement par ces mots :

 

« Deux hypothèses apparaissent alors :
 
Hypothèse 1 : Des engagements de dépenses ont été signés en rapport avec une demande réelle à un moment donné, l’événement ayant été ensuite annulé sans que le service de facturation ait été informé.
 
Cette hypothèse paraît peu probable ou en tout cas, pas dans de telles proportions. Quoi qu’il en soit, cela pose le problème de la facture émise par le prestataire.
 
Hypothèse 2 : Des engagements de dépenses et des factures ont été signés alors qu’ils ne correspondaient à aucune prestation réelle et ce avec une intention frauduleuse de l’un ou plusieurs des signataires trompant les autres.
 
Là encore, le problème de l’émission de la facture par le prestataire est posé »

 

Eric Césari - WITT/SIPA
Eric Césari - WITT/SIPA


Un air bien connu qui pourrait se résumer par : « C'est pas moi, c’est les autres ». Car Césari, dans les deux hypothèses renvoie la faute in fine sur la seule société Bygmalion… Or, comme l’ont révélé les premiers éléments issus de l’enquête préliminaire, ces fausses factures « ventilées » sur des conventions bidons de l’UMP étaient destinées à maquiller les dépassements faramineux des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy.
 
« Il faut sauver le soldat Césari »
 
Notre enquête publiée dans Marianne cette semaine démontre d’ailleurs que l’étau se resserre autour de l’ex-président de la République et de son entourage. Alors que Jérôme Lavrilleux ne disposait pas de la délégation de signature durant la campagne présidentielle, qui d’autre en dehors d’Eric Césari, chargé également des meetings, aurait pu signer les devis d’Event & Cie ? En début de semaine, Libération a d’ailleurs révélé que seule la signature d’Eric Cesari figurait sur les devis des conventions bidons. 
 
Voilà pourquoi « l’opération “il faut sauver le soldat Césari” a été enclenchée », commente un acteur du dossier. Bien discret depuis le début de l’affaire Bygmalion, le directeur général de l’UMP est une des pièces maîtresses de la Sarkozie. Ancien collaborateur de Charles Pasqua, il a connu Nicolas Sarkozy en 2004, quand ce dernier s’est replié sur la présidence du Conseil général des Hauts-de-Seine, avant de prendre la tête de l’UMP.
 
Justement, si Nicolas Sarkozy semble à plus d’un titre vouloir revenir dans le jeu politique et hâter son retour à la tête du parti, c’est aussi parce que la maison UMP renferme de lourds secrets à ne pas laisser dans n’importe quelles mains. Les pièces comptables qui permettraient d’y voir plus clair — les devis et les engagements de dépenses —, avaient d’ailleurs été mises sous scellés fin février, sur demande de Jérôme Lavrilleux. Elles ont alors été entreposées dans le bureau 504, au 5ème étage du siège de l’UMP. Ces pièces étaient celles des campagnes présidentielles de 2012… et de 2007. On comprend mieux la panique de la Sarkozie…

 

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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