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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 21:45

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

UE : un néonazi intègre la commission des libertés du Parlement

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

Udo Voigt, député du NPD, un parti d’extrême droite allemand, a été nommé à la commission des libertés du Parlement européen. La nomination de cet élu célèbre pour ses discours révisionnistes provoque l’indignation au sein de l'institution européenne.

Udo Voigt, l’ancien président du parti néonazi allemand NPD (Parti national-démocrate) va siéger  au sein de la commission des libertés du Parlement européen, indique le site d’informations Euractiv.fr. Élu député européen en mai 2014, Udo Voigt était jusqu'ici connu en Allemagne pour ses positions révisionnistes et pro-nazies.

En 2003, il avait qualifié Hitler de « grand homme d’État » dans un journal allemand, puis, quatre ans plus tard, affirmé que « au maximum 34 000 personnes avaient péri durant l’Holocauste », alors que les historiens sont unanimes pour attribuer 6 millions de morts au génocide.

Ce politicien de 62 ans, fils d’un membre des sections d’assaut (SA) du parti nazi, doit son élection au système électoral allemand, purement proportionnel. Il avait réuni 1 % des voix lors du dernier scrutin européen, faisant campagne en réclamant « de l'argent pour Mamie, pas pour les Roms », rapporte l’AFP.

Sa nomination au sein de la commission des libertés du Parlement provoque l’indignation, tous bords confondus. Lors de son discours inaugural, Martin Schultz, président social-démocrate du Parlement, avait condamné ses positions. « Celui qui renie l'Holocauste et qui est contre la dignité humaine, la démocratie et la pluralité, aura affaire à la résistance la plus acharnée de ma part », avait-il déclaré. Le porte-parole de Nigel Farage, le leader des eurosceptiques au Parlement, indique, ainsi que le rapporte Euractiv.fr, qu’il « est particulièrement inquiétant qu'un être humain rationnel, avec un tant soit peu de connaissances historiques, puisse défendre les positions de M. Voigt ».

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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Source : www.lemonde.fr

 

 

Un néonazi allemand à la commission des libertés du Parlement européen

Le Monde.fr avec AFP | 09.07.2014 à 18h11 • Mis à jour le 09.07.2014 à 18h15

 
 
Udo Voigt, élu néonazi allemand, en févrirer 2011 à Berlin.

L'ancien président du Parti national-démocrate d'Allemagne (NPD), Udo Voigt, connu pour ses louanges d'Hitler et son révisionnisme, siégera au sein de la commission des libertés civiles du Parlement européen, rapporte Euractiv, mercredi 9 juillet. Cette instance est notamment responsable du respect des droits de l'homme et de la lutte contre les discriminations.

Avec seulement 1 % des voix aux dernières élections européennes, Udo Voigt a été le premier élu néonazi allemand à faire son entrée au Parlement européen. Malgré le score médiocre enregistré par son parti, il siège à Bruxelles grâce à une réforme du système électoral allemand instaurant une représentation purement proportionnelle aux élections européennes, sans seuil minimum à atteindre. Il s'agira de son premier mandat d'élu.

Pour ces élections européennes, le NPD a notamment fait campagne en réclamant « de l'argent pour Mamie, pas pour les Roms ». « Nous voulons une Europe des patries et non pas [une Europe] qui soit sous la férule des dictateurs bruxellois », avait commenté M. Voigt, entré à 16 ans au NPD, sur le site de son parti.

Dans sa recherche de soutiens pour parvenir à former un groupe au Parlement européen, la présidente du FN Marine Le Pen avait écarté l'idée de le rencontrer.

 

 PROVOCATIONS ET CONDAMNATIONS

Fils d'un membre des sections d'assaut (SA) du parti nazi, Udo Voigt, 62 ans, s'est vu condamner il y a dix ans pour avoir qualifié Adolf Hitler de « grand homme d'Etat ». Par le passé, cet homme a également mis en doute l'ampleur de la Shoah, réclamé la restitution des terres allemandes perdues après 1945, ou encore appelé les électeurs au « combat armé » avant des élections législatives, propos qui lui avaient également valu une condamnation.

 

Parmi ses nombreuses autres provocations : une affiche de campagne le montrant chevauchant une moto et ce slogan : « plein gaz ! », accrochée notamment devant le Musée juif d'Allemagne peu avant un scrutin local en 2011...

Son parti, créé en 1964 par d'anciens fonctionnaires du parti nazi, fait l'objet d'une procédure judiciaire en vue de son interdiction en Allemagne à la suite d'une série de crimes racistes commis par des proches du NPD.

 

SUCCÈS EN ALLEMAGNE

Ancien président du Parti national-démocrate d'Allemagne pendant quinze ans, ce technicien aéronautique diplômé en sciences politiques a mené la liste de cette formation ouvertement raciste, antisémite et révisionniste au scrutin européen.

A la tête du NPD de 1996 à 2011, Udo Voigt a connu un indéniable succès, faisant tripler les effectifs du parti et l'implantant durablement dans certaines parties de l'ex-RDA. Marginalisé au niveau national, le mouvement néonazi compte quelques élus régionaux dans ces territoires déshérités.

M. Voigt avait tenté de « polir » l'image de son parti en priant les crânes rasés de rester en coulisse tandis que lui apparaissait toujours en costume. Il avait été « renversé » il y a trois ans à la suite de luttes internes fratricides dont l'extrême droite allemande est coutumière.

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 21:36

 

Source : cadtm.org

 

 

CADTM

 

Eric Toussaint "Si l’Union Européenne était au service des citoyens elle aurait nationalisé les banques"

6 juillet par Eric Toussaint , Jorge Otero

 

 


 

Président du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde-Belgique et conseiller de plusieurs gouvernements latino-américains, le politologue belge propose "une sortie juste" à la crise.

Après sept ans d’une dure crise économique, le belge Éric Toussaint, un des politologues les plus lucides de la gauche européenne, ne sait que trop qui sont les responsables de cette crise et pourquoi nous sommes dans la situation la plus grave des 80 dernières années |1|. Son diagnostic ne tombe pas du ciel. Il s’agit d’une crise de la dette privée et du capitalisme financier provoquée fondamentalement par les banques. La dette publique, conséquence de la crise ce sont tous les citoyens qui la paient. Éric Toussaint avance avec conviction et détermination des solutions pour une "sortie juste" de la crise.

Président du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde et conseiller de plusieurs gouvernements latino-américains en matière d’audit de la dette publique, Eric Toussaint était en visite pour quelques jours à Madrid. Mardi 1er juillet 2014, il était l’invité de Publico TV |2| dans le cadre du débat de la Tuerka sur le thème : « Entre critique systémique et réflexion sur les politiques économiques alternatives au néolibéralisme en vigueur ».

"Il faut prendre des mesures à faveur d’une sortie sociale de la crise"

Eric Toussaint regrette l’impunité dont jouissent les grands banquiers, qui sont directement responsables de la crise :" les propriétaires des banques privées ont géré l’argent des banques en recherche du profit maximum sans tenir compte du risque". Ce sont eux qui nous conduit dans la présente situation et ce sont eux qui devraient payer pour tous leurs excès.

La réalité est cependant bien différente : ces hommes de premier plan jouissent de la protection des gouvernements européens, personne n’a osé les attaquer et le comble est que les gouvernements ont sauvé les banques avec l’argent public. Cela irrite Éric Toussaint pour qui la punition est très claire : "Il faudrait exproprier les banques et les socialiser. La banque doit être un service public. Les grands actionnaires des banques qui ont été sauvées devraient rétrocéder l’argent des aides avec leur propre patrimoine."

Le penseur belge pense que les choses peuvent se faire autrement que ce qui se passe dans l’Union européenne. Il cite en exemple l’Islande où deux directeurs de banque ont été emprisonnés grâce à la pression citoyenne. Du côté des Etats-Unis, il souligne que Barack Obama ne prend pas de mesure contre le secteur bancaire étasunien et essaie de détourner l’attention de l’opinion publique de son pays en imposant de fortes amendes à des banques européennes comme BNP Paribas.

Dans l’Union européenne et en Espagne, au niveau des gouvernants, il n’y a pas de volonté politique ni de sensibilité à cette question. Si les gouvernements des pays de l’Union Européenne croyaient véritablement qu’ils étaient au service de la majorité des citoyens, ils auraient déjà nationalisé les banques et également rejeté le paiement de la partie illégitime et illégale de la dette publique.

Face à l’immobilisme des gouvernements européens, Toussaint introduit un élément important dans son discours : l’existence d’une alternative. Et cette alternative est chaque fois plus proche en dépit du "contexte politique" au sein de l’Union Européenne. "Les élections européennes ont démontré qu’il y a en Espagne une partie importante de la population qui recherche une alternative réelle au bipartisme et aux options du pareil au même" |3| se réjouit le politologue belge.

Pour Éric Toussaint, l’alternative passe par un programme cohérent avec comme axe "des mesures radicales en faveur d’une sortie sociale de la crise". La possibilité que cette sortie se fasse sans l’euro ne lui importe pas autant qu’à d’autres économistes : il a une position critique contre la monnaie unique et contre le système en tant que tel. Toussaint plaide pour "une sortie de gauche de la crise accompagnée de changements structurels dans la société".

« Je suis partisan de la création d’un impôt confiscatoire de 80 à 90% du revenu du 1% le plus riche de la population. »

En ce sens, l’Amérique latine peut être prise comme une source d’inspiration. Cette partie du monde a appris que la réponse à la crise ne passe pas par des coupes dans les dépenses publiques, les pensions et les politiques sociales pas plus que le gel des salaires. Comme Éric Toussaint l’explique très bien : "l’austérité n’est pas la réponse. Cela conduit seulement à une augmentation de la dette publique. La solution passe par l’adoption d’un programme cohérent et alternatif qui implique l’augmentation de la dépense publique et du pouvoir d’achat des familles, l’annulation de la partie illégitime de la dette publique, la redistribution de la richesse et l’augmentation des recettes fiscales".

Éric Toussaint n’oublie pas non plus la lutte contre les inégalités : « une des mesures fondamentales du programme cohérent dont j’ai parlé est l’imposition des plus riches. Comme Thomas Piketty, je suis partisan de créer un impôt confiscatoire 80 à 90% sur le revenu du 1% le plus riche de la population. La concentration de richesse est intolérable. Franklin Delano Rosevelt, président des États-Unis, l’a fait en 1938 et ce n’était pourtant pas un homme de gauche. Sur base de ces revenus un gouvernement progressiste pourrait mettre en marche un nouveau modèle économique et social. »

"L’austérité n’est pas la solution, elle ne conduit qu’à une augmentation de la dette publique".

"Le problème" comme le reconnaît Éric Toussaint, "est de passer de la volonté de changement à l’expression politique de ce changement". Mais il est néanmoins optimiste : il dit qu’il est enthousiasmé par l’action des Indignés et du 15-M et salue avec sympathie l’irruption du nouveau parti Podemos. Il félicite le 15-M pour sa lutte en faveur d’un "audit citoyen de la dette", une action citoyenne qui d’après ses mots « veut comprendre d’où vient la dette publique en même temps que questionner sa légitimité."

La Troïka (Commission européenne, BCE et FMI) pèse de toutes ses forces pour que les citoyens paient la dette quel qu’en soit le prix, la question de la dette est l’élément central du discours alternatif du penseur belge qui comme président du Comité pour l’Annulation de la dette du Tiers Monde en a fait son cheval de bataille. Il n’est pour lui pas acceptable moralement qu’un pays doive couper dans ses dépenses de santé ou d’éducation pour payer sa dette surtout sans avoir fait un audit de la dette qui permette de déterminer quelle est la part illégitime et/ou illégale de la dette. La réalisation d’audits de la dette est une obligation pour chaque pays : "si on veut une sortie juste de la crise pour les citoyens, il faut annuler le paiement de la partie de la dette qui sera identifiée comme illégitime".

Le refus de payer une partie de la dette n’est nullement une utopie. Éric Toussaint le sait et met en avant l’exemple de l’Équateur pour lequel il a conseillé le président Rafael Correa : Il est possible de le faire. L’Équateur l’a fait en 2008 et 2009 avec succès et des pays comme l’Espagne, la Grèce, le Portugal, l’Irlande et Chypre peuvent faire de même. Pourquoi pas ? Les créanciers de la dette publique sont largement les grandes banques privées qui ont été sauvées avec l’argent public qu’elles ont ensuite utilisé pour acheter les titres de la dette publique de ces pays."

Traduction : Virginie de Romanet

Notes

|1| La version originale est parue en espagnol le 1 juillet 2014 http://www.publico.es/dinero/531461/eric-toussaint-si-la-ue-estuviera-al-servicio-de-sus-ciudadanos-ya-habria-nacionalizado-los-bancos et http://cadtm.org/Eric-Toussaint-Si-... Les notes de bas de page sont de la responsabilité du CADTM.

|2| Publico.es (http://www.publico.es/ ) est un média indépendant espagnol. Son audience est tout à fait considérable : rien que pour le mois de juin 2014, son site a reçu plus de 18 millions de visites (dont 7.600.000 étaient des visiteurs uniques). La quantité de pages visitées en juin : 40 millions environ. L’équivalent de 30 personnes à temps plein sont employées par Publico.es La Tuerka, son émission politique quotidienne télévisée (d’une durée de 1h30, 20h45-23h15) est en général suivie par 40 000 personnes.

|3| Les deux partis qui alternent au gouvernement, le Parti Populaire et le Parti Socialiste (PSOE), ont perdu les élections tandis que plusieurs formations de gauche radicale (Podemos, Izquierda Unida, et, au pays basque, Bildu…) ont reçu un très important soutien populaire et ont pu envoyer une douzaine de députés au parlement européen (note de la traduction).

 

 

Source : cadtm.org

 

 

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 21:01

 

 

Source : www.lemonde.fr


 

Mediator : la responsabilité de l'Etat retenue par la justice

Le Monde.fr avec AFP | 09.07.2014 à 20h32

 

Le tribunal administratif de Paris a retenu la responsabilité de l'Etat dans l'affaire du Mediator – pour la première fois, selon l'avocat Charles Joseph-Oudin, qui défend des victimes de ce médicament.

Dans une décision rendue publique mercredi 9 juillet, il l'a jugé « responsable des fautes commises » par l'agence du médicament (ANSM), « pour ne pas avoir suspendu ou retiré à compter de 1999 l'autorisation de mise sur le marché du Mediator, dès lors que les dangers du benfluorex, substance active du Mediator, étaient alors suffisamment caractérisés ».

Le tribunal a considéré que, « pour importantes que soient les fautes et les manœuvres imputables aux laboratoires Servier (...), il n'y a pas lieu d'exonérer l'Etat » de sa « responsabilité ». L'Etat pourra, s'il l'estime fondé, se retourner contre Servier.

 

 DEMANDE D'INDEMNISATION

Le tribunal a été saisi l'an dernier par une patiente, qui se présente également comme une victime de ce produit. Elle affirme avoir été « exposée de 2001 à 2009 au Mediator en traitement d'un diabète », souffrir depuis « d'essoufflement rapide à la marche et d'œdèmes des jambes », et avoir eu un diagnostic de « fuite aortique minime » et d'« hypertension artérielle pulmonaire modérée ». Le tribunal va ordonner une expertise pour répondre ou non à sa demande d'indemnisation.

Le Mediator a été prescrit pendant trente ans, d'abord contre l'excès de graisses dans le sang, puis comme traitement adjuvant pour les diabétiques en surpoids, avant d'être retiré du marché en novembre 2009. Il était en fait largement utilisé pour ses propriétés de coupe-faim. Utilisé par cinq millions de personnes en France, il pourrait être responsable à long terme de 2 100 décès, selon une expertise judiciaire.

Le scandale sanitaire du Mediator est au cœur de plusieurs procédures judiciaires civiles, pénales et administratives. Au pénal, l'affaire du Mediator fait l'objet de deux procédures distinctes, à Paris et à Nanterre. Elles pourraient être regroupées en un grand procès, qui pourrait avoir lieu en 2015. Le collège d'experts indépendants, qui instruit les demandes d'indemnisation des victimes, a rendu pour l'instant 544 avis positifs et bouclé l'examen de 2 296 dossiers sur un total de 8 500 demandes.

Voir la chronologie : Comprendre l'affaire du Mediator en seize dates

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 17:27

 

*Note perso: L'article date de 2010 mais reste d'actualité...

 

 

Source : www.monde-diplomatique.fr

 

Pour relancer l’économie

Et si on fermait la Bourse...

 

 

C’était il y a un peu plus d’un an : les gouvernements secouraient les banques aux frais du contribuable. Mission accomplie. Mais à quel prix ? L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évalue à 11 400 milliards de dollars les sommes mobilisées par ce sauvetage. Soit 1 676 dollars par être humain... Mais la finance n’est pas qu’affaire de banquiers. C’est aussi celle des actionnaires. Une proposition pourrait ne pas leur plaire : fermer la Bourse.

par Frédéric Lordon, février 2010
Aperçu

Pour un peu, le grand spectacle de ces deux dernières années nous l’aurait presque fait oublier : là où la finance « de marché »* (les astérisques renvoient au glossaire), appellation un peu idiote mais il en faut bien une pour faire la différence, semble s’activer dans un univers clos, loin de tout et notamment du reste de l’économie, la finance actionnariale*, celle des propriétaires des moyens de production, campe à l’année sur le dos des entreprises — et, comme toujours, en dernière analyse, des salariés. Il a fallu la « mode du suicide » si délicatement diagnostiquée par M. Didier Lombard, président-directeur général (PDG) de France Télécom, pour offrir l’occasion, mais si peu saisie dans le débat public, de se souvenir de ce dégât quotidien de la finance actionnariale dont les injonctions à la rentabilité financière sont implacablement converties par les organisations en minimisation forcenée des coûts salariaux, destruction méthodique de toute possibilité de revendication collective, intensification épuisante de la productivité et dégradation continue des conditions matérielles, corporelles et psychologiques du travail.

Contre toutes les tentatives de dénégation dont on entend d’ici les accents scandalisés, il faut redire le lien de cause à effet qui mène du pouvoir actionnarial, dont plus rien dans les structures présentes du capitalisme ne retient les extravagantes demandes, à toutes les formes, parfois les plus extrêmes, de la déréliction salariale. Et si les médiations qui séparent les deux bouts de la chaîne font souvent perdre de vue la chaîne même, et ce que les souffrances à l’une des extrémités doivent aux pressions exercées depuis l’autre, si cette distance demeure la meilleure ressource du déni, ou des opportunes disjonctions dont le débat médiatique est coutumier, rien ne peut effacer complètement l’unité d’une « causalité de système » que l’analyse peut très bien dégager.

Si donc la refonte complète du jeu de la finance « de marché », réclamée avec d’autant plus de martiale véhémence (...)

Taille de l’article complet : 4 277 mots.
Suite de l'article ici
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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 17:15

 

Source : blog.mondediplo.net


 

BNP-Paribas, une affaire de géométries variables

mardi 8 juillet 2014, par Frédéric Lordon

On peut bien, si l’on veut, reparcourir l’affaire BNP-Paribas à la lumière de la saga crapuleuse des banques à l’époque de la libéralisation financière. Il faut bien admettre, en effet, que la série a de quoi impressionner, et jusqu’au point de vue défendu depuis le début ici-même, qui tient plutôt la ligne de ne pas céder à la diversion fait-diversière pour maintenir les droits de l’analyse, telle qu’elle doit rendre compte des crises financières non par l’« hypothèse du mal » — Madoff, Kerviel ou qui l’on voudra —, mais par les fonctionnements structuraux, réguliers, intrinsèques, des marchés de capitaux déréglementés. Dans un élan de sensationnalisme irrépressible autant qu’irréfléchi, les médias, toujours pressés de se rendre au plus gros, et au plus bête, se jettent sur tous les délinquants à chemise rayée comme sur des providences — il est vrai que les occasions sont rares de rafler simultanément les bénéfices de la colère populaire, de la belle image du perp walk [1] des puissants — manière d’attester une souveraine indépendance d’avec les « élites » —, et de la critique de la finance. Mais qui ne critique rien.

 

La fraude comme business model bancaire ? Retour à la table des matières

Car il est bien certain qu’un défilé de traders en combi orange et cadènes aux poignets ne dira jamais rien d’intéressant sur la finance. Obnubilation — par l’image —, et oblitération — de tous les mécanismes ordinaires de la finance —, sont donc les produits les plus certains du barnum systématiquement monté par les médias sur les « grandes affaires » dûment étiquetées « en col blanc ». Prendre la mesure de l’inanité analytique du point de vue criminologique-médiatique requiert, par exemple, de se livrer à une simple expérience de pensée contrefactuelle demandant si la crise financière aurait été évitée si Monsieur Madoff-père s’était retiré ou si Jérôme Kerviel avait fait un BEP de plombier-chauffagiste — bref si les fâcheux n’avaient pas été là. Sauf passion du bouc émissaire et paranoïa en roue libre, la réponse est évidemment non, et les individus délinquants par conséquent renvoyés à leur juste statut : même pas épiphénoménal, simplement secondaire.

Il s’ensuit surtout que comprendre, et puis prévenir, les crises financières exige un peu plus qu’un programme de redressement moral des traders : s’intéresser aux structures mêmes des marchés de capitaux et des institutions bancaires, telles que, dans leur fonctionnement nominal, elles produisent immanquablement ces séquences : surtension spéculative mimétique, renversement brutal des anticipations, crise de liquidité se propageant de proche en proche, pour gagner potentiellement tous les compartiments de marché par le jeu de la course à la réalisation de détresse [2] et de la ruée au cash [3].

Le fait-divers divertit, donc, mais il faut bien avouer qu’au rayon « banque et finance » la récurrence fait-diversière commence à impressionner. Entre Goldman Sachs (spéculation contre ses propres clients), HSBC (blanchiment d’argent, fraude fiscale), Crédit Suisse (fraude fiscale), Barclays (manipulation du Libor), RBS (Libor également), et l’on en passe, la généralisation des comportements crapuleux finirait presque par faire croire à l’existence non pas de simples déviations récurrentes, idée en soi tendanciellement oxymorique, mais à un véritable business model, où une partie du dégagement de profit est très délibérément remise à l’exploitation de situations frauduleuses. Champion bancaire national, mais fier de sa surface globalisée, il n’était que justice — ou bien nécessité — que BNP-Paribas vînt ajouter son nom à ce très illustre palmarès. Six milliards et demi de prune tout de même — il va y avoir du bain de siège au conseil d’administration.

 

Pertes normales, pertes intolérables Retour à la table des matières

On peut cependant résister à la pente « délictuelle » et considérer l’affaire BNP-Paribas sous un autre angle. Et même deux.

Le premier interroge la perception extrêmement variable que prennent les entités capitalistes de leurs pertes selon leurs origines. Car il y a bien quelque chose comme une hiérarchie dans l’acceptabilité, ou la « normalité », des pertes, dont le sommet est évidemment occupé par les « pertes de marché », verdict incontestable d’une quasi-nature à laquelle il est à peu près aussi vain d’objecter que de demander une diminution de l’accélération de la pesanteur. On notera au passage que les « pertes de marché » sont assez souvent l’effet de spectaculaires conneries des équipes dirigeantes, mauvais choix d’investissement ou management déplorable — on pense ainsi, mais comme un exemple parmi tant d’autres, à Boeing qui, à la fin des années 1990, avait cru malin de céder à la mode du downsizing et avait largement licencié, pour se trouver confronté à peine quelques années plus tard à un retour de croissance… et devoir ré-embaucher en catastrophe, mais en s’apercevant que tous les salariés précédemment virés étaient porteurs d’une longue et irremplaçable expérience, et qu’il allait falloir consentir longtemps des coûts monumentaux d’apprentissage, de sous-productivité, et de sous-qualité [4]. Et l’on tiendra pour l’un des symptômes les plus caractéristiques du néolibéralisme qu’on y fustige sans cesse « l’incurie de l’Etat », quand celle du capital engage des sommes non moins considérables, et aussi le destin direct de salariés qui payent de leurs emplois perdus ou de leurs revenus amputés — mais les élites privées de la globalisation, à l’image du « marché », ont été déclarées par principe les insoupçonnables instances de la rationalité, en fait les seules [5].

Or les « élites » économiques sont plus souvent qu’à leur tour à la ramasse, quand elles ne sont pas carrément incapables de comprendre ce qui se passe vraiment dans leurs entreprises, cas d’incompétence spécialement spectaculaires dans le secteur bancaire, comme l’a prouvé la crise des subprimes — des présidents ventripotents, façon Daniel Bouton, n’ayant pas la moindre idée de la tambouille qui se réchauffe dans leurs propres salles de marché [6], ni des risques réels dont ils laissent se charger leurs bilans. Il en est résulté des pertes consolidées pour le système bancaire international dont le FMI avait tenté l’estimation – entre 2 000 et 3 000 milliards de dollars, soit tout de même le plus imposant bouillon de toute l’histoire du capitalisme —, de sorte que « l’élite » s’est révélée nuisance aux intérêts de ses propres mandataires, pour ne rien dire de ceux de la société tout entière.

Rien de cet exploit retentissant cependant n’a conduit à la moindre remise en question de la compétence générale des banquiers néolibéraux à diriger les banques, et pas davantage à chuchoter à l’oreille des gouvernements, deuxième compétence supposément adossée à la première. Rien non plus n’a perturbé le moins du monde le gros mouvement de glotte qu’a nécessité tout de même d’avaler pertes aussi astronomiques, elles également versées au registre de la loi naturelle du marché contre laquelle il n’y a rien à dire.

Ainsi lorsque « le marché » lui impose la sanction, fut-elle colossale, de sa propre incompétence, le capital ne moufte pas. Mais qu’on vienne lui arracher 0,1% de cotisation supplémentaire et il hurle à la mort. Car voilà le bas, le tout en bas, de la hiérarchie de l’acceptabilité des pertes, et en l’occurrence simplement des coûts : ceux qui sont imposés par l’Etat. Procédé décidément d’une puissance heuristique incomparable, il faut là encore se livrer à une expérience de pensée contrefactuelle pour en prendre la mesure, par exemple en partant du montant de l’amende à payer par BNP-Paribas, 6,5 milliards d’euros, en considérant ensuite de celui de son impôt sur les sociétés de 2013, 2,5 milliards d’euros, pour mettre l’un en rapport avec l’autre. Et puis imaginer ceci : un gouvernement de gauche est élu et dit : « la responsabilité des banques privées dans la crise de 2007-2008, dans la récession et les déficits publics qui s’en sont suivis, étant manifeste et incontestable, elles s’acquitteront de la dette qu’elles ont contractée envers la société par une contribution exceptionnelle que nous fixons à trois fois (2,6 fois…) leur dernier impôt payé ». A ce moment ouvrir les micros et bien enregistrer le concert : Michel Pébereau hurle à la mise à mort d’un champion national, Pierre Gattaz déclare l’assassinat de l’esprit d’entreprise, Nicolas Baverez annonce la phase finale du déclin, Bernard Guetta bafouille que nous tournons le dos à l’Union européenne, les Pigeons menacent d’un exode définitif de tous les cerveaux entreprenants, Franz-Olivier Giesbert déclare qu’il faut crever l’Etat obèse, Christophe Barbier que le mur de Berlin a été remonté dans la nuit et que nous nous réveillons du mauvais côté, Jean-Marie Le Guen que trente ans de conversion de la gauche à l’économie de marché viennent d’être rayés d’un trait de plume, Laurent Joffrin pas mieux, etc. Et pourtant, rafler d’un coup trois fois l’impôt annuel, soit à peu de choses près la totalité de son profit, d’un des plus grands groupes mondiaux, les Etats-Unis l’ont fait, et sans un battement de cil.

 

Puissance publique et puissances privées :
la possibilité d’un rapport de force Retour à la table des matières

Lire Ibrahim Warde, « Les Etats-Unis mettent les banques à l’amende », Le Monde diplomatique, juillet 2014.Pays du marxisme-léninisme, comme il est connu de soi, les Etats-Unis ont pris un gros bâton et poum. Disons tout de suite qu’il n’y a pas lieu de pousser des cris d’enthousiasme pour autant. La re-régulation des marchés et des institutions bancaires y est aussi en carafe que partout ailleurs, et pour les mêmes raisons que partout ailleurs — l’infestation de la vie politique et des pouvoirs publics par le lobby financier. Aussi le traitement judiciaire à grand spectacle, par amendes faramineuses interposées, n’est-il que le symptôme de cette impuissance mêlée de mauvais vouloir. Mais au moins y a-t-il quelque chose plutôt que rien. Et même en l’occurrence quelque chose assortie d’assez bonnes propriétés révélatrices. La première tient donc à l’aperception des jugements extraordinairement contrastés auxquels peuvent donner lieu les mêmes événements comptables, selon qu’ils sont le fait de la crasse incurie managériale elle-même — rebaptisée « le marché » —, de la pénalité judiciaire — quand elle est étasunienne —, ou du prélèvement fiscal, pourtant légitime.

La deuxième propriété révélatrice joue formellement d’un semblable effet de contraste, toujours par la simple comparaison avec les Etats-Unis soviétiques d’Amérique, en remettant d’équerre la nature des rapports, et notamment des rapports de force possibles, entre la puissance publique et les puissances privées du capital. Là encore pour s’en apercevoir, il faut imaginer pareille sanction infligée par la justice ou quelque pouvoir réglementaire français à une très grande entreprise, à plus forte raison étrangère, pour entendre, sans le moindre doute possible, les discours de l’attractivité, ou plutôt de la répulsivité du territoire français, la fuite annoncée des « investisseurs », le devenir nord-coréen du pays. Car il est maintenant reçu comme une évidence que les puissances publiques doivent abdiquer toute velléité de souveraineté, qu’elles ne sont finalement que les ancillaires des seules puissances qui comptent vraiment, les puissances du capital.

Par un renversement caractéristique de la pensée économiciste, le néolibéralisme a mis cul par-dessus tête les rapports de souveraineté réels, pour finir par ancrer dans les esprits que l’état normal du monde consiste en ce que le capital règne et que la puissance publique est serve : elle n’a pas d’autre fonction, et en fait pas d’autre vocation, que de satisfaire ses desideratas. Assez logiquement, en pareille configuration, la liste de ces derniers ne connaît plus de limite, et ceci d’autant plus que, encouragé par le spectacle des Etats se roulant à ses pieds, le capital se croit désormais tout permis.

 

Affirmation ou démission Retour à la table des matières

Par ce paradoxe bien connu qu’on pourrait nommer « le zèle du converti de fraîche date », c’est probablement en France que cet état des choses fait les plus visibles ravages et, paradoxe dans le paradoxe, à « gauche », on veut dire à la nouvelle droite, où le devoir d’expiation s’élève pour ainsi dire au carré. Que la volonté politique puisse prévaloir contre le marché, qu’elle ne se borne pas à simplement ratifier ses injonctions, qu’elle puisse même avoir l’ambition d’arraisonner les puissances d’argent, ce sont des idées désormais jugées si épouvantables qu’on est coupable de les avoir seulement considérées. Et ce rachat-là est interminable, à proportion de la croyance antérieure, qu’il ne suffit pas de récuser comme une simple erreur mais dont il faut reconnaître, et puis compenser rétroactivement, l’exceptionnelle abomination. Aussi depuis les 3% maastrichtiens de Bérégovoy jusqu’au « pacte de responsabilité », la Gauche repentie, par là vouée à devenir Droite complexée, n’en finit pas de se couvrir la tête de cendre, dans une surenchère de démonstration qui veut prouver à la face du monde l’irréversibilité de sa conversion — et le Medef a très bien compris qu’il pouvait compter sur elle pour en faire plus que n’importe qui.

Notamment, donc, pour se faire la stricte desservante de l’idée néolibérale par excellence qui pose la souveraineté de « l’économie » — et la subordination à elle de tout ce qui n’est pas elle. Ainsi, par exemple, est-il devenu presque impossible de faire entendre qu’il n’y a rien d’anormal à ce qu’une entreprise de service public soit déficitaire, et endettée, précisément parce que les servitudes de sa fonction, l’universalité par exemple, emportent des coûts spécifiques qui l’exonèrent des logiques ordinaires de l’économie privée.

L’Etat est donc désormais enjoint d’abandonner toute logique propre pour n’être plus, fondamentalement, que le domestique de « l’attractivité du territoire », entreprise de racolage désespérée, car la concurrence est sans merci sur les trottoirs de la mondialisation, d’ailleurs dirigée aussi bien vers l’extérieur — faire « monter » les investisseurs étrangers — que, sur un mode plus angoissé encore, vers l’intérieur — retenir à tout prix notre chère substance entrepreneuriale. Il est bien vrai que dans les structures de la mondialisation néolibérale qui lui a ouvert la plus grande latitude possible de déplacements et d’arbitrages stratégiques, le capital a gagné une position de force sans pareille, et la possibilité du chantage permanent : le chantage à la défection, à la fuite et à la grève de l’investissement [7].

Le rapport de force réel cependant ne s’établit pas seulement d’après ses données objectives, mais plus encore peut-être d’après le degré d’amplification que leur font connaître un certain état de soumission et une propension à baisser la tête — à leur maximum dans le cas de la Droite complexée. Si le cas BNP-Paribas, donc, est bien une affaire de géométrie variable, c’est parce qu’en plus de montrer les variations auxquelles peuvent donner lieu les « jugements de pertes », il met en évidence, par la comparaison la plus irrécusable — celle avec les Etats-Unis —, la différence dans les degrés de fermeté, ou d’abdication, des puissances souveraines face aux puissances privées du capital.

Là où l’Etat de François Holande s’humilie chaque jour davantage devant le patronat français, l’administration étasunienne, à qui on peut reprocher bien des choses mais certainement pas de méconnaître ses propres prérogatives de souveraineté, sait de temps en temps rappeler aux entreprises les plus puissantes à qui vraiment revient le dernier mot en politique. En ces occasions — évidemment exceptionnelles, car on présenterait difficilement les Etats-Unis comme le lieu sur Terre du combat contre le capital… —, en ces occasions donc, le gouvernement US se moque comme de son premier décret des possibles cris d’orfraie, de la comédie de l’Entreprise outragée, de la menace du déménagement et de la porte claquée. Etonnamment d’ailleurs, de cris d’orfraie, il n’y a point. BNP-Paribas s’est fait copieusement botter le train, mais BNP-Paribas s’écrase, relit de près Rika Zaraï, fait des frais d’herboristerie… et n’attend, en se faisant petit, que le moment d’avoir le droit de faire retour à ses chères opérations dollars. BNP-Paribas pourrait bien monter sur ses grands chevaux et promettre le boycott des Etats-Unis, les Etats-Unis s’en foutent comme de l’an quarante, et ils s’en foutraient même si ça leur coûtait. Car il s’agit d’affirmer un primat.

 

Ne plus se rouler au pied du capital Retour à la table des matières

Que les raisons diplomatiques qui ont commandé en dernière instance la décision étasunienne soient les plus critiquables du monde, la chose n’est pas douteuse, mais ça n’est pas là qu’est le problème en l’occurrence. Le problème est de principe, et tient à la réaffirmation de la hiérarchie des puissances. Il n’y a certainement pas que des motifs de réjouissance dans l’affirmation de l’imperium étatique, dont on sait à quel point il peut se faire haïssable, le cas des Etats-Unis étant d’ailleurs spécialement gratiné sous ce rapport. Mais s’il n’y a à choisir qu’entre l’imperium de l’Etat et celui du capital, alors la décision est vite faite. Pour toutes ses distorsions et ses pantomimes, il arrive que la chose appelée (par charité) « démocratie », dans le cadre de laquelle l’imperium d’Etat est contraint de s’exercer, il arrive donc, parfois, que la « démocratie » impose des commencements de régulation, voire laisse passer quelque chose de la voix populaire si celle-ci finit par le dire suffisamment fort. Dans l’espace du capital, en revanche, nul ne vous entendra crier.

S’il s’agit de capitalisme, tout ce qui vient des Etats-Unis est réputé insoupçonnable, répète en boucle le catéchisme néolibéral. Pour une fois profitons-en. Les occasions de faire jouer en notre faveur les fausses hiérarchies de la légitimité sont trop rares pour ne pas être exploitées jusqu’au trognon. S’il y a bien une leçon à tirer de l’affaire BNP-Paribas, ça n’est pas tant que les banquiers néolibéraux sont des fripouilles, aussi bien au sens du code pénal que de la nuisance sociale, c’est que la puissance publique, pourvu qu’elle le veuille, n’a ni à passer sous le tapis ni à céder à tous les ultimatums du capital. La vérité c’est que les capitalistes sont assez souvent de grosses nullités ; qu’on ne compte plus les désastres privés comme publics auxquels ils ont présidé ; que leur départ outragé aurait assez souvent moins d’une catastrophe que d’un opportun débarras ; qu’il ne manque pas de gens, derrière, pour prendre leur place — et pourquoi pas sous les formes post-capitalistes de la récommune [8] ; que si c’est le capital local lui-même qui fait mine de s’en aller, il y a d’abord quelques moyens juridiques très simples de l’en empêcher ; que si c’est le capital étranger qui menace de ne plus venir, il n’y a pas trop de mouron à se faire pourvu qu’on n’appartienne pas à la catégorie des eunuques « socialistes » : la rapacité du capital sait très bien s’accommoder même des conditions les plus « défavorables » — le cas BNP-Paribas ne démontre-t-il pas précisément qu’on fait la traque aux entreprises qui se précipitent, mais clandestinement, pour faire des affaires en Iran, au Soudan, etc., pays pas spécialement connus pour leurs ambiances business friendly

S’il y a un sou de profit à faire plutôt que zéro, le capital ira [9]. Et si, d’aventure, offensé, il prend ses grands airs un moment, il reviendra. L’éternel retour de la cupidité, ne sont-ce d’ailleurs pas les marchés financiers qui en font le mieux la démonstration : là où la théorie économique vaticine, le doigt tremblant, qu’un défaut sur la dette souveraine « ferme à tout jamais les portes du marché », l’expérience montre que les Etats ayant fait défaut font surtout… leur retour sur le marché à quelques années d’écart à peine, et qu’ils sont bien certains de trouver à nouveau des investisseurs pour leur prêter, d’autant plus si les taux sont un peu juteux.

 

Sagesse du (très) gros bâton,
exemplarité de la saisie Retour à la table des matières

Que la puissance publique ait ainsi les moyens de réaffirmer le primat de la souveraineté politique et de tendre le rapport de force avec le capital, comme l’atteste spectaculairement la décision des Etats-Unis contre BNP-Paribas, mais contre bien d’autres groupes, étrangers ou pas, bancaires comme industriels, c’est un aspect du dossier qui, curieusement, n’a pas traversé l’esprit d’un seul éditorialiste. On se souvient en revanche de la tempête d’indignation qu’avait soulevée la nationalisation par le gouvernement argentin de YPF, filiale du groupe pétrolier espagnol Repsol. N’étaient-ce pas les lois du marché, peut-être même les droits sacrés de la propriété, qui étaient ainsi foulés au pied ? Indépendamment de toute discussion du bien-fondé de la décision économique en soi, qui est sans pertinence pour le présent propos, on rappellera tout de même que cette nationalisation s’est faite dans les règles, par rachat monétaire de leurs titres aux actionnaires — le droit de propriété n’a donc pas trop souffert. Il n’y a d’ailleurs aucune raison pour qu’il en aille toujours ainsi. Il est des cas où la violation de bien public est telle que la saisie pure et simple est une solution d’une entière légitimité politique — c’est bien ce qu’il aurait fallu infliger au secteur bancaire privé dans sa totalité, responsable de la plus grande crise financière et économique de l’histoire du capitalisme [10].

Il faut rappeler ces choses élémentaires pour prendre à nouveau la mesure des pouvoirs réels de la puissance souveraine, contre tous les abandons des démissionnaires — vendus ou intoxiqués. Et l’occasion est ainsi donnée d’offrir au paraît-il insoluble problème de la re-régulation financière sa solution simple, simple comme le « dénouement » du nœud gordien, une solution en coup de sabre : les règles — c’est-à-dire les interdictions — de la nouvelle régulation posées [11], toute infraction sérieuse sera aussitôt sanctionnée par une nationalisation-saisie, soit une expropriation sans indemnité aucune des actionnaires.

Comme l’a définitivement montré la crise ouverte depuis 2007, crise généreusement passée par la finance privée aux finances publiques et à l’économie réelle, et qui s’est payée en millions d’emplois perdus, en revenus amputés et en innombrables vies détruites, la position occupée par le système bancaire dans la structure sociale d’ensemble du capitalisme le met ipso facto en position de preneur d’otages — à laquelle la théorie économique, bien propre sur elle, préfère le nom plus convenable d’« aléa moral » —, et par là même en position d’engendrer impunément, et répétitivement, des dégâts sociaux hors de proportion. La tolérance en cette position névralgique d’un secteur privé, abandonné à la cupidité actionnariale, ne peut avoir moindre contrepartie que la reconnaissance de la très haute responsabilité sociale des banques qui s’ensuit, assortie des sanctions les plus draconiennes en cas de manquement, la saisie-nationalisation en étant la plus naturelle — position en réalité d’une grande, d’une coupable, tolérance, car la conclusion qui suit logiquement de pareille analyse voudrait plutôt que, par principe, le système bancaire soit d’emblée, et en totalité, déprivatisé [12].

En tout cas, comme le montre à sa manière l’affaire BNP-Paribas, et le profil bas aussitôt adopté par ses dirigeants, le rapport de force a ses éminentes vertus, le seul moyen de faire plier une puissance, comme celle du capital, étant de lui opposer une puissance contraire et supérieure. Il suffit donc de sortir les contondants de taille suffisante pour (re)découvrir que le capital n’est pas souverain, et qu’il peut être amené à résipiscence. Gageons que les conseils d’administration bancaires, dûment informés du nouveau « contexte régulateur » qu’on se propose de leur appliquer, ne manqueraient pas — désormais — de surveiller avec un peu moins de laxisme, peut-être même de très près, les agissements des directions qui sont en fait leurs mandataires. Et que, sous la menace d’une expropriation sans frais, ils se montreraient des plus attentifs au respect par leur banque des nouvelles règles en vigueur.

Le capital, dit-on, s’y entend comme personne pour trouver les défauts de la cuirasse, tourner les réglementations et faire fuir tous les contrôles. A leur corps défendant sans doute, les Etats-Unis viennent de prouver que non, en montrant en acte qu’il suffit de taper suffisamment fort pour que le capital se tienne tranquille. Nul ne sera assez égaré pour voir dans cette décision à l’encontre de BNP-Paribas autre chose qu’une de ces éruptions réactionnelles de souveraineté étatique [13] sans suite ni cohérence, en tout cas sans le moindre projet politique d’ensemble. Mais peu importe : la démonstration est là, il appartient ensuite à qui voudra de la prolonger en un projet, le projet que le capital ne soit plus le souverain dans la société, le projet d’une déposition en somme.

 

Notes

[1] Perpetrator walk, ou perp walk, est le nom donné à l’exhibition médiatique des accusés, menottes aux poignets, encadrés par deux policiers.

[2] C’est-à-dire la vente en panique des actifs vendables.

[3] Voir à ce sujet André Orléan, Le Pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999, et De l’euphorie à la panique. Penser la crise financière, Editions Rue d’Ulm, 2009 ; ainsi que Frédéric Lordon, Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Raisons d’agir, 2008.

[4] On trouvera un catalogue d’erreurs managériales bien fourni dans l’ouvrage de Christian Morel, Les Décisions absurdes, Gallimard, 2009.

[5] De ce point de vue le numéro de Marianne en date du 19 juin 2014 qui pose la question « Les grands patrons français sont-ils nuls ? » tranche agréablement.

[6] Ce qui ne veut certainement pas dire en l’occurrence que Kerviel était seul au monde, l’hypothèse que nul dans sa hiérarchie n’ait rien connu de ses agissements étant proprement rocambolesque.

[7] Au sujet des prises d’otages du capital voir « Les entreprises ne créent pas l’emploi », 26 février 2014.

[8] Sur l’idée de « récommune », voir Frédéric Lordon, La crise de trop, Fayard, 2009 ; Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza, La Fabrique, 2010.

[9] En ces temps de capitalisme actionnarial, la formulation la plus juste dirait : « s’il y a une opportunité de passer la barre de la rentabilité financière d’un sou plutôt que de zéro… »

[10] Voir « Pour un système socialisé du crédit », 5 janvier 2009.

[11] Dont on pourra trouver les éléments dans « Si le G20 voulait… », septembre 2009.

[12] Voir « Pour un système socialisé du crédit », 5 janvier 2009.

[13] Qu’on nous épargne les distinctions en l’occurrence byzantines entre « l’Etat », stricto sensu, et « la Justice ». Ce qui compte ici c’est la puissance publique lato sensu, en tant qu’elle oppose sa logique propre à celle des puissances privées.

 

A quoi sert « Le Monde diplomatique » ? A apprendre et à comprendre. A donner un peu de cohérence au fracas du monde là où d’autres empilent des informations.
                                                                                                                                                                             Source : blog.mondediplo.net

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 16:59

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Syndicalisme

« La conférence sociale n’est qu’une mise en musique de la symphonie du Medef »

par Ivan du Roy 8 juillet 2014

 

 

 

 

Trois confédérations syndicales ont finalement boycotté la « grande conférence sociale » annuelle, lancée par François Hollande depuis son élection. La CGT et FO ont annoncé qu’elles ne participeraient pas à la seconde journée de réunion, ce 8 juillet. L’Union syndicale Solidaires avait déjà décidé de ne pas s’y rendre. Pour quelles raisons ? « La liste est longue », répond Eric Beynel, nouveau porte-parole de Solidaires, qui revient sur le bilan de deux ans de mandat socialiste et présente les mobilisations à venir contre les traités de libre-échange et les nouvelles vagues de dérégulation en cours de négociation. Entretien.

Basta ! : Pourquoi boycotter la conférence sociale ?

Eric Beynel [1] : La liste des motifs est longue ! En 2012, lorsque la « grande » conférence sociale annuelle est lancée, suite à l’élection de François Hollande, nous sommes venus avec des propositions. Nous y sommes allés sans nourrir d’immenses espoirs mais dans l’idée d’avoir un véritable espace d’échanges. En 2013, la conférence sociale a pour sujet central les retraites. Il s’en est suivi une contre-réforme avec l’augmentation de la durée de cotisation à 43 ans. Le seul élément un peu positif a été la mise en place du compte pénibilité qui permettrait aux salariés travaillant dans des conditions pénibles, comme le travail de nuit, de partir en retraite un peu plus tôt. Or, ce compte pénibilité vient d’être remis en cause par le gouvernement, qui cède aux injonctions du Medef ! En 2014, cette conférence sociale apparaît surtout comme une mise en musique de la symphonie du Medef. Nous avons donc décidé de ne pas jouer les chœurs d’accompagnement.

Même si cette conférence a pour enjeu l’emploi ?

La priorité de l’emploi, on voit ce qu’il en est aujourd’hui : les plans de licenciements ne cessent d’augmenter, ainsi que le nombre de sans emplois et de précaires. Dans la Fonction publique, le gel des salaires entre dans sa 7ème année. Le gouvernement stigmatise le moindre mouvement social : lors des grèves enseignantes sur la réforme des rythmes scolaires, très récemment avec la grève des cheminots sur la restructuration de la SNCF. Gouvernement et patronat ont la volonté de simplifier le code du travail, mais en le rendant inopérant. Regardez la proposition du ministre du Travail François Rebsamen de suspendre les seuils sociaux qui permettent aux salariés d’être représentés au sein des entreprises (lire ici). Quant à la nouvelle convention Unedic, elle accentue les difficultés pour les intermittents, intérimaires et précaires. Autant de raisons supplémentaires de ne pas participer à cette conférence sociale.

En matière de dialogue social, le bilan de Hollande serait-il pire que celui de Sarkozy ?

Contrairement à la présidence Sarkozy, nous sommes reçus par le gouvernement. Mais nous constatons une fermeture du débat et des mesures opposées à toute politique sociale. C’est un vrai gouvernement néolibéral. Il ne nous semble pas que ce soit pour cela que Hollande a été élu. Une partie de la majorité s’en rend compte. Donc oui, la question mérite d’être posée.

De nouveaux traités de libre-échange – TTIP/Tafta entre l’Union européenne et les États-Unis, Tisa pour une libéralisation du commerce et des services – sont en cours de négociation. Quelle sera la réponse syndicale à ces nouvelles vagues de dérégulations ?

Depuis plusieurs mois, syndicats et organisations non gouvernementales mènent campagne dans le cadre du collectif Stop Tafta. Les 20 et 21 septembre, nous aurons d’ailleurs une réunion à Paris pour préparer une mobilisation nationale. Le premier enjeu, c’est de sortir ces négociations de la confidentialité dans laquelle les gouvernements souhaiteraient qu’elles demeurent. Lorsque la vérité éclate sur ces négociations, cela déclenche des mobilisations. Ensuite, il s’agit de révéler les dangers que ces projets d’accords recèlent pour les peuples européens et américains. Attention à ne pas opposer les populations entre elles, la cible, ce sont bien les multinationales. Car ces traités visent à remettre en cause les normes sociales et environnementales existantes.

Le patriotisme économique constitue-t-il, selon vous, une réponse à ces dérégulations et aux délocalisations ?

Il ne faut pas se tromper d’objectif. Notre rôle consiste à combattre les stratégies du capitalisme financier et des multinationales qui font fi des frontières, que ce soit par le dumping social ou l’évasion fiscale, pour leur seul profit. Nous défendons la mise en œuvre de mécanismes de régulation, qui s’appuient sur le droit international, pour que ces profits soient partagés. Le patriotisme économique n’est donc pas une notion portée par Solidaires.

Une poignée de députés socialistes et écologistes, en lien avec le Forum citoyen pour la responsabilité sociale des entreprises, préparent une loi sur la responsabilité des multinationales, notamment vis-à-vis des pratiques de leurs filiales et sous-traitants. Avez-vous des propositions en la matière ?

Présenter un projet de loi qui régule les relations entre donneurs d’ordre et sous-traitants est une bonne idée. C’est un sujet que l’on porte depuis longtemps. Reste à voir le contenu. Espérons qu’il soit plus consistant que ce qui a été fait sur la régulation du système financier ! L’idéal serait que cette loi crée de réels contrepouvoirs pour les salariés, via les institutions représentatives du personnel, comme la possibilité d’exercer un droit de veto au niveau d’un comité d’entreprise lorsqu’un projet de restructuration, de mise en place d’une sous-traitance ou de délocalisation, y est présenté.

On parle beaucoup de conversion écologique de l’économie. De votre point de vue, comment concilier cet impératif et l’avenir des salariés qui travaillent dans les secteurs les plus concernés, comme l’automobile, la chimie ou l’énergie ?

L’essentiel, c’est d’y associer largement les salariés eux-mêmes et ne pas opposer écologie et emploi. L’écologie ne doit pas apparaître comme un diktat ou une contrainte supplémentaire, mais comme un véritable enjeu de société. Selon le GIEC (groupe d’experts inter-gouvernemental sur l’évolution du climat, ndlr), il nous reste une vingtaine d’années pour freiner le réchauffement climatique. Ensuite, il n’y aura plus de retournement possible. Face à ce défi, il existe de vraies possibilités pour redéployer positivement l’économie : en relocalisant une grande part de la production agricole, en développant des modes alternatifs de production d’énergie et de transports. Ces nouvelles industries sont capables de créer des emplois. Avec les mobilisations qui se préparent en vue de la conférence climat qui aura lieu à Paris fin 2015, et les villages des alternatives – Alternatiba – qui s’élaborent, nous pouvons montrer que cet enjeu est une chance, et non une contrainte.

Selon une étude la Confédération syndicale internationale publiée en mai, la France (avec l’Italie) est le pays d’Europe où la défiance envers les syndicats est la plus forte (lire ici). Avez-vous conscience de ce relatif désamour et comment y répondre ?

Si nous construisons cet outil syndical qu’est Solidaires, c’est bien parce que nous avons conscience de l’importance de renouveler les pratiques syndicales et de refonder un syndicalisme de transformation davantage en lien avec les mouvements sociaux et les mobilisations. En trois ans, entre juin 2011 et juin 2014, nous sommes passés de 100 000 à 110 000 adhérents. Ce n’est pas négligeable. Depuis quelques années, nous avons lancé un chantier spécifique sur les conditions de travail. Au-delà des questions d’emploi et de carrière, il s’agit de reconstruire des collectifs de salariés sur des sujets comme la pression et la souffrance au travail, l’exposition aux substances cancérogènes ou les maladies professionnelles. À partir de ces sujets, nous recréons du lien entre salariés et organisations syndicales, entre des collectifs de travail mis à mal, voire détruits, par des années de stratégies managériales. La défense des salariés dans l’exercice de leur activité de travail est un point solide sur lequel le syndicalisme peut se reconstruire et regagner la confiance des salariés. Cela peut être la base de futures conquêtes sociales.

Propos recueillis par Ivan du Roy

Photo : CC William Hamon

 

Notes

[1Nouveau porte-parole de l’Union syndicale Solidaires, aux côtés de Cécile Gondard Lalanne, salariée de La Poste.


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 16:49

 

Source : www.marianne.net

 

Barroso a-t-il cédé aux industriels du tabac ?
Mardi 8 Juillet 2014 à 13:00

 

Patricia Neves

 

L’ancien commissaire européen à la Santé, le Maltais John Dalli, a été contraint à la démission à l’automne 2012, par le président de la Commission Manuel Barroso. A-t-on voulu avoir sa peau pile au moment où il préparait une nouvelle directive anti-tabac ? Enquête, documents sonores à l'appui, sur ce que l'on nomme le "Dalligate" et qui pourrait être un "Barrosogate"...

 

ZHOU LEI/CHINE NOUVELLE/SIPA
ZHOU LEI/CHINE NOUVELLE/SIPA
John Dalli, commissaire européen à la Santé, a-t-il profité de sa position pour soutirer de l’argent à une grande marque de tabac suédoise ? A-t-il vendu ses services, en octobre 2012, à Swedish Match, qui souhaite depuis longtemps commercialiser ses produits, les snus, sorte de tabac moulu conditionné sous forme de pâte humide ou de sachets, jusque-là interdits en Europe mais très « prisés » en Suède ?
 
Non, se défend l’intéressé. Il n’avait aucunement l’intention d’autoriser le commerce des snus dans la directive anti-tabac qu’il préparait alors.
 
Non, concèdent les représentants de Swedish Match eux-mêmes au cours d’un long entretien, dont Marianne publie des extraits, organisé dans le bureau de l’euro-député José Bové, en mars 2013, soit cinq mois après les faits.
 
Malgré ces démentis répétés, John Dalli sera contraint à la démission à l’automne 2012, par le président de la Commission Manuel Barroso. Le portugais, sûr de lui, évoque à l’époque détenir des « preuves circonstancielles non ambiguës » d’un trafic d’influence. Il s’appuie alors sur un rapport de l’OLAF, l’Office anti-fraude, dont il est le seul à avoir connaissance. Les parlementaires qui en feront la requête le demanderont en vain.

Face à José Bové, les membres de Swedish Match parlent volontiers. La conversation, en anglais, est enregistrée. Ils le savent. Le départ de John Dalli ? Pour eux, une aubaine. La directive anti-tabac qui aurait dû être examinée le 23 octobre 2012 a été reportée. Adoptée en décembre 2012 par la Commission, elle ne sera soumise au vote, au mieux, que fin 2014. Ils ont gagné du temps, ne s’en cachent pas, poursuivent d’ailleurs leur lobbying intense, en faveur des snus, auprès de José Bové, grand fumeur… de pipe. José Bové écoute, enquête depuis plusieurs mois sur l’étrange destitution de John Dalli, qu’il qualifiait hier encore, sur France Inter, « d’invraisemblable », John Dalli ayant été selon lui « viré en vingt minutes sans pouvoir se défendre ». 
 
Les deux comparses de Swedish Match, Cecilia Kindstrand-Isaksson et Johan Gabrielsson, en viennent rapidement, à l’affaire, sans que José Bové n'ait à l'évoquer. Ils le concèdent d’emblée : Swedish Match n’était pas parvenue à approcher l’ancien commissaire à la Santé d’origine maltaise. Pour arriver à leurs fins, ils piocheront malicieusement dans leurs réseaux et mandateront une juriste, maltaise elle-aussi, Gayle Kimberley, qui réussira quant à elle à obtenir le rendez-vous tant espéré avec John Dalli à l’occasion duquel elle lui remettra des documents sur la non-dangerosité des snus« Malte est une très petites îles où toutes les élites se connaissent » explique Johan Gabrielsson dans l’enregistrement. Pour cette simple mission, la juriste recevra entre 4 000 et 5 000 euros. Très impliquée dans sa tâche, fort lucrative, elle fait du zèle. Jusqu’au mensonge ?

>>> Cliquez sur l'enregistrement ci-dessous :

 

entretien_jose_bove_et_swedish_match_1.m4a Entretien José Bové et Swedish Match.m4a  (399.36 Ko)


Car si John Dalli confirme ce premier rendez-vous, il nie avoir été présent à une seconde entrevue, le 10 février 2012, en compagnie de la juriste et d’un proche à lui, Silvio Zammit, un Maltais (encore une fois) à la tête d'une pizzeria. Or, c’est précisément au cours de cette deuxième réunion qu’aurait été fixée la somme de 60 millions de dollars demandés à la marque suédoise par l’intermédiaire de son ami Silvio Zammit, afin d’obtenir la commercialisation des snus. Seulement voilà, la juriste, Gayle Kimberley, n’était pas à la réunion. C’est Swedish Match qui le confirme.

« Si vous le voulez, je peux vous raconter ce qu’il s’est passé. Je sais qu’elle (Gayle Kimberley) n’y était pas. Je sais qu’elle n’était pas à la seconde réunion » déclare Johan Gabrielsson.

>>> Cliquez sur l'enregistrement ci-dessous :

 

seconde_reunion_1.m4a Seconde réunion.m4a  (298.15 Ko)


L’Office de lutte anti-fraude, d’ailleurs, en avait connaissance, toujours d'après Johan Gabrielsson.
« L’OLAF était-il conscient de ça ? », de l’absence de Gayle Kimberlay le 10 février 2012, demande José Bové. 
« Oui, ils l’avaient clairement incorporé dans leurs investigations ».

>>> Cliquez sur l'enregistrement ci-dessous :

 

investigations_1.m4a Investigations.m4a  (354.81 Ko)


Ce qui n’empêchera pas l’OLAF de rédiger un rapport à charge contre John Dalli et de demander à Johan Gabrielsson de continuer à expliquer publiquement que Dalli était présent à ce deuxième rendez-vous !
 
« L’OLAF nous avait dit de maintenir… ».
« De maintenir votre version des faits ? » interroge José Bové. 
 
Johan Gabrielsson, lui, répond par une formule alambiquée, dément un premier temps, peu convaincant, en prenant de plus en plus de précautions, conscient de l’accusation grave qu’il vient de porter. Mais il finit, en fait, par confirmer ses premiers propos.

>>> Cliquez sur l'enregistrement ci-dessous :

 

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Ainsi l’Office anti-fraude, chargé d’enquêter, avait-il déjà pris parti. Pourquoi cet organisme a-t-il maintenu une accusation qu'il savait infondée ? A-t-on voulu avoir la peau de l’ancien commissaire à la Santé pile au moment où il préparait une nouvelle directive anti-tabac ? Barroso a-t-il cédé aux industriels du secteur ? Actuellement interrogé par le Tribunal de l'Union européenne, une première pour un président de la Commission, Manuel Barroso doit en répondre.
 
Aux juges, il a notamment déclaré avoir « perdu la confiance politique et personnelle envers John Dalli » qui aurait reconnu, d'après Barroso, « avoir été imprudent ». Avant de poursuivre : « Si l’intégrité d’un membre de la Commission est mise en doute, toute la Commission est mise en cause ». Même si le membre en question a été blanchi par la justice maltaise saisie du dossier... John Dalli demande désormais réparation. Un euro symbolique. Il a également lancé deux procédures en Belgique, l'une contre Swedish Match, l'autre contre la Commission...
Source : www.marianne.net

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 21:11

 

 

Source : www.agoravox.fr


 

par ZEN (son site) vendredi 4 juillet 2014 -  
Capitalisme financier criminogène

 

 

 

 Criminogène ? 
 Ah bon ? pourtant les bonnes nouvelles s'accumulent.
 Enfin, si on peut dire...
 Pour la plupart des grandes banques et des groupes financiers, l'année a été bonne : un bénéfice record pour  les 1.000 premières banques de la planète. Champagne !
 Comme en 2012, un grand cru.

 Sauf que....derrière cette façade comptable en trompe l'oeil se cachent de nouveaux risques.
 Les banques sont toujours les championnes de l'opacité.
Pire, le monde financier en général est grangrené par la fraude.
 Ce ne sont pas de dangereux extrémistes, de méchants gauchistes, de naïfs Robin des bois, de vilains complotistes ou des attérés qui l'affirment.
 Mais des économistes critiques, qui n'ont pas ou plus le nez dans le guidon des petites ou grandes affaires et ne sont pas ou plus guidés par la peur ou l'intérêt.
 Tous se sont penchés sur les mécanismes bancaires que la crise a révélés et qui ne sont pas réglés sur le fond, malgré quelques toilettages de surface, à grand renfort de bruyants G8 à l'usage de l'opinion déstabilisée.

 ____________ Paul Jorion n'est pas le seul à analyser le problème.
 Issu du sérail, le banquier Naulot, en a fait état dans un libre récent.
 Un peu plus tôt, le magistrat Jean de Maillard a montré par le détail comment la fraude est un rouage essentiel du système financier tel qu'il fonctionne depuis un certain nombre de décennies dans les échanges mondialisés. Un étude qui se heurte à une grande indifférence de la part des milieux concernés, des marchés financiers hors-sol, avec leur dysfonctionnement structurel, ce qui n'est pas étonnant.

    Un ancien trader fait de son côté une critique sans concession d'un système qu'il connaît bien, même s'il ne va pas jusqu'à remettre en cause certains fondements.
 "Compte tenu de ce parcours, le brûlot qu’il vient de publier sur « les dysfonctionnements des marchés financiers », titre de l’ouvrage, n’en est que plus éclairant sur les causes de la dernière crise et sur les motifs qui expliqueront la prochaine Car toutes les leçons n’ont pas été tirées et les risques existent toujours ; ils ont juste été déplacés des banques vers les marchés. Or, « pour être tranquille en matière systémique, il faudrait supposer que ces risques seront mieux supportés par les acteurs de marchés. On peut en douter », commente l’auteur. Rien n’est donc réglé..".

 Certains banquiers s'en prennent eux aussi à un dévoiement qu'ils ont pu observer et qu'on n'a pas fini de décrypter.


 Mais leurs voix comptent si peu... 
 Jeau-François Gayraud, spécialiste de grande criminalité, dans une analyse approfondie et sans concessions évoque, lui, le nouveau capitalisme criminel, aux déviances frauduleuses, inédites dans l'histoire, jusque dans les pratiques obscures du trading haute fréquence. La régulation, dérisoire, n'y a pratiquement aucune influence.
 Déni et aveuglement (parfois complicité) sont les attitudes générales des agents dits régulateurs ou politiques en charge de veiller à cette économie particulière, souvent souterraine, le plus souvent opaque, parfois mafieuse, jouant contre l'économie réelle, qu'elle devrait servir. 

   Franklin Delano Roosevelt aurait-il eu la même mansuétude vis à vis du gouvernement des banques, dont le pouvoir a été à peine écorné ? Roosevelt qui disait publiquement : "...Nous avons dû lutter contre les vieux ennemis de la paix – le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse, l’antagonisme de classe, l’esprit de clan, le profiteur de guerre. Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des États-Unis comme un simple appendice à leurs affaires privées. Nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé. Jamais dans toute notre histoire ces forces n’ont été aussi unies contre un candidat qu’elles ne le sont aujourd’hui. Elles sont unanimes dans leur haine pour moi – et leur haine me fait plaisir. Je peux dire que lors de mon premier mandat ces forces menées par l’égoïsme et la soif du pouvoir ont trouvé un adversaire à leur hauteur. J’aimerais pouvoir dire à l’issue de mon deuxième mandat qu’ils ont trouvé leur maître..."

__Les banques, ayant tant reçu des Etats, ne disent même pas merci, les ingrates !
 Elles continuent même à spéculer en douce, comme la plus importante de toutes, qui donne l'exemple, en toute légalité, Goldman SachsElles ne risquent pas trop d'être inquiétées : on a tant besoin d'elles ! Too big to fail and to jail...Elles ne souhaitent qu'une chose : qu'on continue à les laisser faire.
 Comme le remarquait, outré, un ancien directeur de la Banque Mondiale :
 "Les banques sauvées grâce à l'argent public se retournent vers ceux qui les ont sauvées en disant : payez vos dettes ! Leur arrogance est inacceptable " (J Stiglitz)
 Ou, comme disait son célèbre compatriote :
         « Le gouvernement devrait créer, émettre et favoriser la circulation des monnaies et des crédits nécessaires à la satisfaction du besoin de dépense du gouvernement et du besoin d’achat des consommateurs.L’adoption de ces principes doit permettre aux contribuables d’économiser le paiement d’un gros volume d’intérêts. L’argent cessera de gouverner et se mettra au service de l’humanité.  » (Abraham Lincoln)

 

 

 

 

Source : www.agoravox.fr

 

 


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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 20:19

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Tribune 05/07/2014 à 16h16
CICE : François Hollande vient de me faire cadeau de 50 000 euros
Xavier Denamur | Restaurateur

 

 

François Hollande est sympa, il vient de me donner 49 017 euros ou plutôt il m’a permis de déduire cette coquette somme de mes impôts. Je ne comptais pas dessus. Mes affaires marchent très bien, merci. Je paye déjà mes salariés bien au-dessus de la moyenne de mon secteur. J’ai refait mes banquettes, mon chauffage...

Je ne fais pas d’export et ne compte pas en faire. Je paiera 591 153 euros d’impôts à titre personnel cette année. Bref, je n’en avais pas besoin, mais un petit billet de 50 000 c’est toujours bienvenu. Franchement merci, François Hollande.


François Hollande à Paris, le 3 juillet 2014 (Denis Allard-POOL/SIPA)

C’est donc aussi ça, le fameux crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) ? Un gros cadeau qui ne se voit pas donné à des gens qui n’en ont pas forcément besoin ? Combien d’entreprises, comme la mienne ou encore plus rentables, ont touché le pactole ? Qu’en ont-elles fait ?

Le coût du CICE risque d’exploser

Cette histoire a d’ailleurs pour moi un goût déjà vu. Entre 2009 et 2012, la fabuleuse baisse de la TVA dans la restauration [PDF] m’avait permis d’empocher quelques centaines de milliers d’euros avec lesquels j’avais d’ailleurs produit le film « République de la Malbouffe » dans lequel je dénonçais les incohérences d’une des mesures les plus emblématiques du sarkozysme.

Faudra certainement que je ponde quelque chose sur cette mesure phare du hollandisme. Si au final la mesure bling-bling de l’ancien Président des riches a coûté une dizaine de milliards aux deniers de l’Etat pour des résultats médiocres voir contraires aux objectifs fixés, le coût global du CICE sauce Hollande risque d’exploser au-delà de 50 milliards s’il est maintenu dans les conditions actuelles jusqu’à la fin du quinquennat.

Sans contreparties ciblées comme je le réclamais déjà dans une lettre adressée au Président en janvier 2014, ce nouveau cadeau aura des résultats assez similaires à ce qui s’est passé dans la restauration avec la baisse de la TVA. Peu d’emplois et peu d’activité, beaucoup d’effets d’aubaine et pas mal de dividendes. Et surtout, des miettes pour les TPE, des lichettes pour les PME et des grosses parts de gâteau pour les grandes entreprises.

Du fric empoché discrètement

Après avoir amélioré ses marges de 190 millions d’euros par an grâce à la baisse de la TVA pendant trois ans, combien une entreprise comme McDonald’s va-t-elle déduire de ses impôts ? McDo qui emploie massivement des salariés au smic et s’arrangerait depuis 2009 pour payer le minimum d’impôts en France va donc réclamer un très gros chèque auprès des services de Bercy.

La France est décidément un eldorado inépuisable pour la marque du clown. D’ailleurs, le Président habitera-t-il encore à l’Elysée lorsque la publication des datas sur cette mesure, entreprise par entreprise, permettra d’en faire le vrai bilan ?

Certes, des petites et moyennes entreprises profitent certainement de cette mesure pour renflouer leur trésorerie, investir ou embaucher mais était-il nécessaire de sortir le canon à eau pour bien arroser quelques spécimens ? A moins que l’on me prouve que le doublement des bénéfices de la Poste grâce aux 297 millions d’euros de son CICE ait permis à cette entreprise d’investir, d’embaucher ou d’innover plus qu’à l’accoutumée, il n’y aura que les actionnaires et les boites largement arrosées pour croire aux vertus de ce dispositif.

L’angoisse réelle ou feinte du patronat avant la conférence sociale ne servirait-elle pas à occulter ce joli paquet de fric que les entreprises empochent discrètement avec la mise en œuvre du CICE ?

Le nouveau Président des grands patrons

En remettant à mes salariés les bulletins de paye du mois de juin que j’ai agrémenté d’une « prime exceptionnelle de CICE » correspondant à un mois de salaire de base sous certaines conditions d’ancienneté, je me suis rendu compte qu’aucun d’entre eux comme la grande majorité des salariés de ce pays ne savait ce que recouvrait le CICE. Je leur avais pourtant bien écrit :

« Suite à la réunion du début de l’année avec 75% des salariés de l’entreprise, suite à la réalisation du bilan 2013, suite au dépôt de ma déclaration d’impôts 2013 et après consultation de la déléguée du personnel, j’ai décidé d’attribuer l’ensemble du montant du CICE à l’amélioration de votre pouvoir d’achat bien écorné par des hausses d’impôts successifs et la fin (brutale et maladroite) du dispositif sur les heures supplémentaires. »

Alors qu’il serait temps d’atténuer les tensions sociales et de réduire les inégalités, d’inciter massivement à l’investissement productif et à la formation des salariés dans les TPE et PME, le gouvernement n’a pas eu le courage d’imposer des contreparties aux organisations patronales. A la fin de son mandat, le nouveau Président des grands patrons mettra certainement en avant le fait que les petits chefs d’entreprises à l’agonie n’auraient pas survécu sans ce dispositif. Une rhétorique déjà entendue et qui cette fois-ci risque de ne pas passer comme une lettre à la poste.

 

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 17:25

 

Source : www.youtube.com

 

 

       

Ajoutée le 20 juin 2014

Plénière Au-delà du capitalisme

Directeur de recherche au CNRS, économiste passé chez les philosophes. Développe un programme de recherche spinoziste en économie politique et en sciences sociales. A récemment publié Capitalisme, désir et servitude (La Fabrique, 2010), D'un retournement l'autre, comédie sérieuse sur la crise financière (Seuil, 2011) et La société des affects (Seuil, 2013)

 

 

Source : www.youtube.com

 


 

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