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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 17:37
Source  www.liberation.fr

 

 

La contestation de l'austérité au cœur de la crise politique
Dominique ALBERTINI 25 août 2014 à 12:22 (Mis à jour : 25 août 2014 à 12:32)

Manifestants contre le chômage et l'austérité à Marseille, le 12 avril 2014Manifestants contre le chômage et l'austérité à Marseille, le 12 avril 2014 (Photo Bertrand Langlois. AFP)
ANALYSE

Vivant depuis plusieurs années, le débat sur un changement de politique s'étend à mesure que se confirme le marasme français et européen. Et provoqué le remaniement.

 

Particulièrement vif depuis les défaites électorales de la majorité au printemps, le débat sur l’austérité vient de prendre une nouvelle ampleur en provoquant directement la démission du gouvernement. A la différence du dernier en date, le remaniement à venir vise en effet, selon les mots de l’Elysée, à mettre la nouvelle équipe «en cohérence avec les orientations» économiques de François Hollande — fortement contestée dimanche par Arnaud Montebourg et Benoît Hamon.

Dès juillet 2013, cependant, la ministre de l’Environnement Delphine Batho avait été débarquée pour avoir protesté contre la baisse des crédits de son ministère. «C’est un mauvais budget», avait-elle estimé, faisant le procès de la rigueur. En mars 2014, les ministres écologistes Cécile Duflot et Pascal Canfin refusaient, pour des raisons similaires, d’intégrer le nouveau gouvernement formé par Manuel Valls. A l’Assemblée, les défaites de la majorité aux municipales, puis aux européennes, ont poussé plusieurs dizaines de députés «frondeurs» à réclamer un changement de politique économique, et à menacer le gouvernement de lui retirer leur soutien.

D’autres partis de gauche, tels que le PCF et le PG, ainsi que des syndicats de salariés contestent aussi de longue date les politiques d’austérité. Le 12 avril 2014, entre 25000 et 100 000 personnes ont défilé à Paris en ce sens. 

Le débat n’est pas né d’hier non plus dans les milieux économiques : de nombreux spécialistes — par exemple le collectif des «économistes atterrés» — pointent depuis longtemps les risques de l’austérité appliquée simultanément dans les pays de la zone euro. Aux Etats-Unis, le prix Nobel d’Economie Paul Krugman fustige régulièrement cette stratégie, notamment sur son blog. Là encore, pourtant, la contestation est allée s’amplifiant, à mesure que se précisait le risque d’une déflation dévastatrice pour le Vieux continent. 

«L’Europe risque réellement d’être confrontée au phénomène qu’a connu le Japon : une lente érosion des prix s’accompagnant d’une croissance durablement faible, a dit Christopher Sims, lui aussi Nobel d’économie, dans une interview au Monde, le 23 août. Le problème est que la Banque centrale européenne […] se dit prête à mener, si nécessaire, une politique monétariste expansionniste. Mais il y a de tels doutes sur cette politique à l’intérieur des Etats membres qu’il n’est pas sûr qu’elle puisse tenir cet engagement». Un troisième prix Nobel, Peter Diamond, a pour sa part jugé que «les historiens enduiront de goudron et de plumes les membres de la BCE».

De même, dans un féroce éditorial publié mi-août, le New York Times s’en prenait aux «politiques erronées que les dirigeants européens s’obstinent à poursuivre, en dépit de toutes les preuves qu’il s’agit de mauvais remèdes». Une critique qui s’appuie sur de dernières statistiques particulièrement inquiétantes. La croissance française promet ainsi d’être atone en 2014, sur fond de chômage en hausse. Et la comparaison des taux de croissance américain et européen depuis 2008 est cruelle : 

Malgré ce contexte, François Hollande et Manuel Valls ont tranché contre un changement de politique, jugeant que les mesures adoptées depuis 2012 n’ont pas encore produit leurs effets. Et chargeant l’Europe d’adopter les nécessaires mesures de croissance. De quoi faire prospérer un débat qui menace de dégénérer en crise politique

Dominique ALBERTINI
Source  www.liberation.fr


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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 17:04

 

Source : www.agoravox.fr

 

Le timbre à 1 €, c’est pour bientôt ?

 

Les dirigeants de la poste ont fait un rêve qui deviendrait le cauchemar de beaucoup de personnes qui utilisent le courrier traditionnel :

Le timbre poste rouge passe à 1 €.

En conséquence plus personne ou presque plus personne ne le demande et chacun se rabat sur le timbre vert moins cher et surtout accessible.

Ce n’est d’ailleurs pas difficile.

Déjà les distributeurs en service ne délivrent que du vert et pour le rouge il n’y a plus qu’à faire la queue.

 

Ce n’est qu’un rêve direz-vous !?

Malheureusement la réalité risque de rattraper la fiction.


L’ARCEP ( l’Agence de régulation postale) a accepté que la poste puisse augmenter son timbre 3,5% de plus que l’inflation.

Les lettres et colis postaux vont voir leurs tarifs postaux augmenter de 5,2% par an et comme cette fameuse « indépendante » ARCEP autorise la poste à utiliser la moitié de l’augmentation prévue sur quatre ans, le timbre peut augmenter de 9% le 1er janvier 2015.

Pour parfaire son projet de rentabilisation la Poste va élargir l’écart entre le prix du timbre rouge et celui du timbre vert.

La baisse importante prévisible du nombre de courriers à J+1 va permettre de réduire les effectifs de nuit des centres de tri.

En effet l’acheminement à petite vitesse (J+2) ne nécessitera plus un service de nuit.

Voici là des économies substantielles.

Les effectifs déjà réduits d’un quart de 2002 à 2013 vont ainsi fondre et augmenter la productivité.

Les actionnaires privés attirés par la manne vont pouvoir se précipiter.

C’est la fin programmée du service public de la poste.

Usagers de la Poste, rassurez vous !

L’ex service public a affiché en 2013 un bénéfice net en progression de 31 %

Tout va bien pour les actionnaires de cette société anonyme assurant encore un service public.

Le personnel va en subir les conséquences et tant pis pour celles et ceux qui n’ont que la poste leur permettant de communiquer !

La résistance est encore possible et nécessaire contre cette casse.

Rien ne justifie une augmentation des tarifs postaux !

Jean-François Chalot

 

 

Source : www.agoravox.fr

 

 

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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 16:12

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

L’édito 24/08/2014 à 23h37
Hollande peut balayer Montebourg, pas le problème qu’il pose
Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

 

 


Montebourg et Hamon à la fête de la rose à Frandy-en-Bresse, le 23 août 2014 (JEFF PACHOUD/AFP)

 

Evidemment, l’attaque d’Arnaud Montebourg, flanqué de son sidekick Benoît Hamon, n’est pas très conforme à l’exigence de cohésion gouvernementale imposée par François Hollande. Pensez un peu : mercredi, face à la stagnation de l’économie, Hollande jure de garder le cap ; samedi, Montebourg prône l’inverse : un changement de cap, un électrochoc. Puis, dimanche, lors de la Fête de la rose à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), chemise grande ouverte et bouteille de vin à la main, il prend des mines goguenardes pour vanter sa loyauté au gouvernement. Pas étonnant que Matignon tique, parlant dimanche soir de « ligne jaune » franchie. La semaine qui s’ouvre promet d’être sanglante.

Evidemment, Arnaud Montebourg n’agit pas sans arrière-pensées politiciennes : il s’ébroue dans le jeu des petits chevaux de la Ve République. Quoi qu’il en dise, il songe depuis longtemps à sa prochaine rupture avec François Hollande : elle est programmée ; il sait bien, tout en l’ouvrant, qu’un ministre ferme sa gueule ou démissionne (c’est un de ses modèles qui a énoncé l’axiome) ; il se prépare à terminer la mandature dans un costume d’opposant. Il considère l’instant : Cécile Duflot vasouille en s’essayant à l’antihollandisme ; Jean-Luc Mélenchon lâche la présidence de son parti pour se lancer dans une croisade institutionnelle, le changement de la Constitution ; la fronde gonfle au sein du PS... Autant de différentes étoiles qui, s’alignant, le poussent à occuper le terrain à gauche : c’est son moment, il le saisit.

Sur le fond, Montebourg a raison

Sur le fond de son attaque, cependant, Montebourg a raison. Hollande s’enferre, la France et l’Europe ont besoin de changer de politique. En constatant que l’économie est bloquée par l’austérité budgétaire européenne, Montebourg rappelle une nécessaire vérité. La politique économique menée en Europe a étouffé celle-ci. Il le résume d’une phrase :

« Aujourd’hui, la réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique car elle aggrave le chômage, une absurdité financière car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics, et un sinistre politique car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes qui veulent détruire l’Europe. »

 


La une du Monde de dimanche 24 août

 

Aujourd’hui, François Hollande et Manuel Valls peuvent difficilement traiter ces propos d’irresponsables, comme ils le font des critiques des frondeurs du PS : ils font de plus en plus consensus.

Les grandes institutions internationales, comme le FMI, partagent ce diagnostic. Même le très orthodoxe Mario Draghi, patron de la banque centrale européenne, dresse un constat similaire. Lors d’un colloque à Jackson Hole, aux Etats-Unis, il s’est lancé dans une intéressante analyse des causes de l’évolution aberrante du chômage dans la zone euro.

 


Le chômage dans la zone euro et aux Etats-Unis : édifiant graphique produit par Draghi à Jackson Hole (BCE)

 

« Il existe des alternatives »

Il n’a pas trop insisté sur les « rigidités structurelles du marché du travail » (argument de base du prêt-à-penser habituel dans ces cénacles), mais a franchement mis le désastre social actuel au compte d’un mauvais réglage macroéconomique : l’assèchement est induit à la fois par un resserrement du crédit et des politiques budgétaires et fiscales peu accommodantes.

Le banquier central considère qu’une plus grande flexibilité dans la politique budgétaire des pays européens permettrait de sortir plus vite de la nasse. Il existe des marges de manœuvre, juge Draghi. Montebourg, lui, affirme qu’« il existe des alternatives ».

François Hollande, en insistant sur « le cap » à tenir, alors que tout indique que le bateau France s’enfonce, a raté sa rentrée et Montebourg en profite. Le Président peut certes balayer l’impertinent, mais il ne balaiera pas facilement l’idée simple que ce dernier a eu l’insolence de rappeler : lorsque l’on touche le fond de la mer, rien n’oblige à creuser.

 

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 16:45

 

Source : tempsreel.nouvelobs.com

 

 

INFOGRAPHIE. La France championne des dividendes versés aux actionnaires
Le Nouvel Observateur

 Voir tous ses articles

Publié le 23-08-2014 à 09h22

La distribution des dividendes aux actionnaires bat des records au deuxième trimestre 2014 alors qu'au même moment, l'investissement des entreprises baisse.

 

 

Les entreprises françaises sont celles qui ont distribué le plus de dividendes à leurs actionnaires au deuxième trimestre 2014. PHILIPPE HUGUEN / AFP  
Les entreprises françaises sont celles qui ont distribué le plus de dividendes à leurs actionnaires au deuxième trimestre 2014. PHILIPPE HUGUEN / AFP

 

 

 

"J'attends du patronat [...] qu'il utilise pleinement les moyens du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi pour investir et embaucher et non pour distribuer des dividendes". Cet appel, on ne peut plus clair, provient de François Hollande himself.

Pas plus tard que mercredi dernier, dans un entretien au "Monde", le président de la République a exprimé ses attentes à l'égard des entreprises, qui ont commencé à bénéficier du CICE au deuxième trimestre 2014. Hasard du calendrier, à la même période, les entreprises françaises ont versé des dividendes records à leurs actionnaires.

 
 
 
 

La France est le pays "qui a réalisé la meilleure performance et est également le plus important payeur de dividendes en Europe, en hausse de 30,3%" par rapport au deuxième trimestre 2013, souligne une étude publiée par la société de gestion Henderson Global Investors. Soit près de 31 milliards d'euros versés par les entreprises françaises. Dans le même temps, les dividendes ont progressé de 18,2% au niveau européen par rapport à l’année dernière, pour atteindre 115,5 milliards d'euros.

Les entreprises hexagonales sont les plus généreuses en Europe avec leurs actionnaires devant l'Allemagne et le Royaume-Uni, qui ont respectivement augmenté de 4 et de 9,4% la distribution de dividendes à leurs actionnaires. 

La nouvelle tombe fort mal, une semaine après la publication des chiffres de l'Insee annonçant une baisse de l'investissement des entreprises françaises de 0,8% au deuxième trimestre 2014.

L'investissement des entreprises en recul

Ce chiffre de l'investissement en baisse préoccupe le gouvernement, comme l'a fait savoir le ministre des Finances Michel Sapin dans "Libération" le 17 août :

Il y a une responsabilité évidente des entreprises françaises. Nous leur donnons des moyens pour investir, embaucher, innover. Elles doivent saisir cette chance. Ce qui n’est pas encore le cas : l’investissement a reculé au deuxième trimestre."

Les chiffres publiés le 14 août par l'nsee ne semblent pas de bonne augure pour les deux derniers trimestres de 2014 : la Formation brute de capitale fixe (FBCF), indicateur qui mesure l'investissement réel des entreprises, est en baisse de respectivement 1 et 1,1% pour les premier et deuxième trimestre 2014.

Pour autant, baisse des investissements et augmentation des dividendes vont-ils de paire ? Pas forcément si l'on se fie au bulletin de la Banque de France publié en juin dernier. Exemple avec les évolutions comparées des années 2011 et 2012.

Le secteur financier tire son épingle du jeu

Les banques françaises semblent être les grandes gagnantes du deuxième trimestre 2014. L'étude de Henderson Global Investors montre comment le secteur financier français "a effectué un retour à la normale":

Le Crédit Agricole a rétabli ses versements (1,2 milliards de dollars US), la Société Générale a réalisé une forte hausse et BNP Paribas a continué ses versements de dividendes malgré la forte amende imposée par les régulateurs américains. AXA fut le plus important payeur en France (2,7 milliards de dollars)", précise l'étude.

Une augmentation des dividendes qui coïncide avec la tendance mondiale : entre le deuxième trimestre 2013 et 2014, la distribution de dividendes dans le secteur bancaire est passée de 42 à 48,1 milliards de dollars... soit le double des dividendes distribués en 2009 lors du début de la crise financière.

Jean-Luc Mounier - Le Nouvel Observateur

 

 

 

Source : tempsreel.nouvelobs.com

 


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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 21:34

 

 

Source : www.terraeco.net

 

 

Les champs français, nouveau placement financier

 

18-07-2014

 

Les champs français, nouveau placement financier
(Le vignoble de Gevrey-Chambertin, acquis par un investisseur chinois en 2012. Crédit photo : Urban - Wikimedia)
 
De plus en plus de terres agricoles sont achetées par diverses entreprises n'ayant aucun lien avec l'agriculture. Une forme d'accaparement des terres qui inquiète.

Dans la Somme, Michel Ramery, entrepreneur du BTP et 369e personnalité la plus riche de France, s’associe via un montage juridique et financier à des agriculteurs pour construire la fameuse ferme des Mille vaches. Dans le Bordelais, des holdings chinoises multiplient les investissements dans les vignobles. Dans le Pas-de-Calais, deux investisseurs belges se paient 250 hectares de terres convoitées par des jeunes agriculteurs du cru. En Camargue, la famille royale danoise rachète à une mutuelle la plus grande ferme du coin.

Le point commun entre ces quatre affaires qui ont secoué ces dernières années le monde agricole français semble être un détail. Pourtant, il change tout. A la tête de ces exploitations on ne trouve plus des agriculteurs mais des sociétés, qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’agriculture. Ce type d’acquisitions, très rares il y a encore quelques années, se multiplient ces derniers mois. « Il y a aujourd’hui en France de plus en plus d’exploitations agricoles dont le gérant n’est pas un agriculteur mais une société d’investissement, une holding, des marchands de biens, une société de gestion privée. Dans ces exploitations, la société décide de tout. Avec le matériel d’aujourd’hui on peut facilement gérer à distance avec simplement un salarié ou un sous-traitant. Ça a commencé dans le secteur viticole, aujourd’hui on le voit aussi dans les grandes cultures, le lait, l’élevage hors-sol », confirme Emmanuel Hyest président de la FNSafer (Fédération nationale des Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural).

45% des surfaces agricoles sont occupées par des sociétés

Chargées d’assurer la transparence du marché foncier rural et de favoriser l’installation des jeunes agriculteurs, ces Safer sont totalement dépassées par ce phénomène. On estime en effet que 45% des surfaces agricoles françaises sont occupées par des sociétés, contre 8% il y a 10 ans. Autant de surfaces qui peuvent être échangées sans que ces organismes n’en sachent rien. Car ces transactions ne sont pas enregistrées chez le notaire après déclaration mais consistent en une simple revente de parts sociales d’une entreprise dans un cabinet d’avocat. En clair, l’acquéreur qui souhaite un terrain agricole n’achète plus un nombre d’hectares mais des parts de la société Trucmuche elle-même propriétaire du terrain désiré (Voir encadré au bas de l’article).

« Ce genre de transaction est très difficile à voir. Sur le terrain, l’effet est invisible, c’est une fusion financière, un simple transfert de parts sociales. De plus, souvent, l’exploitant reste le même », explique Tanguy Martin, en charge des relations avec les Safer au sein de l’association Terre de liens (qui achète des terres agricoles pour y faciliter l’installation de paysans bios). Ce dernier estime que ce manque de transparence est renforcé par une « véritable ingénierie de l’opacité » mise en place par ces acheteurs d’un nouveau type et par « une culture de la défiscalisation très forte chez les agriculteurs qui ont tendance depuis longtemps à faire des montages sociétaires même sur des exploitations de petites tailles pour des raisons fiscales ».

A quoi ressemble le travail d’un agriculteur employé par ce type de société ? Le sociologue François Purseigle a travaillé sur le sujet. Avant toute chose, il insiste : « Ce phénomène est la marque d’un secteur d’activité à la recherche d’investisseurs, cela montre la difficulté du monde agricole à se financer et l’incapacité des agriculteurs à transmettre leur ferme. » Mais il craint que « cela entraîne une perte de gouvernance pour les agriculteurs ». « L’investisseur peut changer ses choix culturaux en fonction de la rentabilité du moment ou des subventions. Cela donne une activité agricole de plus en plus mobile et de plus en plus délocalisable : si le secteur n’est plus rentable on se déplace. »

« Pour eux, il faut labourer »

Pour une étude consacrée au sujet en Camargue [1], le sociologue a rencontré plusieurs de ces salariés. Leurs témoignages ont confirmé ses craintes. Le sociologue n’hésite pas à employer les termes de « métayage », voire de « servage », à ce sujet. Le régisseur d’un domaine agricole témoigne notamment de sa perte de responsabilités : « Les industriels du secteur agroalimentaire qui possédaient l’exploitation [dont je parle] ont été rachetés par un groupe étranger qui ne voyait pas d’un bon œil les pratiques du régisseur. La gestion technique a alors été confiée à une entreprise familiale locale qui possédait une exploitation agricole et qui faisait du stockage. Et pendant trois ans, c’est le régisseur envoyé par cette entreprise familiale qui a géré la propriété pour le compte de ces industriels. Au bout de trois ans, ces étrangers ont vendu à d’autres étrangers. Ce sont eux qui gèrent maintenant le domaine. Ils sont pour la culture traditionnelle. Tout labour. Pour eux, il faut labourer. Après, pour tout ce qui est organisation du travail, je me débrouille. »

« Ce qui est nouveau, c’est que ces investissements ne sont plus de simples placements patrimoniaux, on considère que l’exploitation de la terre en elle-même va être très rentable. Si demain ça se confirme, ce sera catastrophique pour l’agriculture française », déplore Tanguy Martin, de l’asso Terre de liens. Pour ces observateurs, si ce phénomène se poursuit, le modèle agricole français pourrait être menacé. « La crise alimentaire de 2008-2009 a fait prendre conscience que l’agriculture est un investissement financier d’avenir, que les besoins alimentaires sont en forte croissance. Or la France est l’un des principaux producteurs alimentaires d’Europe de l’Ouest avec en prime un climat très favorable et donc l’investissement y est peu risqué », analyse Emmanuel Hyest. « C’est une forme d’accaparement des terres puisque n’importe quels capitaux étrangers peuvent prendre le contrôle des exploitations françaises stratégiques et que ces sociétés n’ont pas de liens avec le territoire et son avenir », conclut son collègue Robert Levesque, directeur général de Terres d’Europe-Scafr (Société de conseil pour l’aménagement foncier rural), bureau d’études de la FNSafer.


Les très petits changements de la loi d’avenir agricole

Votée le 9 juillet dernier, la loi d’avenir agricole prévoit l’élargissement du droit de préemption des Safer dans le cas de la cession de la totalité des parts sociales d’une société foncière. Une mesure qui devrait améliorer l’efficacité de leurs interventions mais qui sera facile à détourner : il suffira à l’acheteur d’acquérir non pas la totalité des parts sociales d’une société foncière mais « seulement » 99% de celles-ci pour ne pas être inquiété.

[1] Nguyen Geneviève et Purseigle François, « Les exploitations agricoles à l’épreuve de la firme » L’exemple de la Camargue, Etudes rurales, 2012/2 n°190, p. 99-118

 

 

Source : www.terraeco.net

 

 

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 21:19

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com

 

Le revenu d’existence pour tous, le moyen de sortir de la crise
Sylvain Gouz - Journaliste

Publié le 23/08/2014 à 14h48

 

 

Il est aujourd’hui question – c’est François Hollande qui le dit – de « marier » la prime pour l’emploi et le RSA (revenu de solidarité active) pour redonner un peu de pouvoir d’achat aux plus pauvres. Et cela en remplacement de l’allègement des cotisations sociales pour les plus bas salaires annulé par le Conseil constitutionnel.

On se gardera ici d’entrer dans les contraintes techniques de ce mariage qui ne donnerait de « fruits » qu’à horizon de nombreux mois. Quelques lignes, simplement, pour souligner la petitesse absurde, la médiocrité ridicule, de cette mesure – autant que celle à laquelle elle devrait se substituer– dans un pays qui se veut, dixit le président Hollande, « la cinquième puissance économique du monde ».

Assurer à chacun de quoi vivre

Si l’on excepte trois années de récession (1975, 1993 et 2009), l’économie française a connu, faut-il le rappeler, soixante ans de « croissance » selon l’expression consacrée. C’est un pays riche, même si, percluse d’inégalités, elle ne distribue pas équitablement sa richesse (voir la distribution « record » des dividendes servis aux actionnaires en ces temps de crise).

Ceci pour en venir à cette formidable idée du « revenu minimum d’existence », idée qui devrait hanter l’esprit de tous les dirigeants des pays dits développés : car il s’agit tout simplement d’assurer à chacun de quoi vivre. Et par là même de sortir de la crise. Au-delà des primes, des prestations, des allocations diverses...

Un grand professeur d’économie, qui vient de nous quitter, Yoland Bresson, auquel me liait une amitié aussi profonde qu’intellectuelle, l’a formulé de très heureuse façon : un revenu qui serait attribué « inconditionnellement de la naissance à la mort, égal pour tous et cumulable sans restrictions avec n’importe quel revenu d’activité ».

Pas une fumeuse utopie


Yoland Bresson (AIRE)

Le professeur Bresson a montré dans différents ouvrages – notamment « Le Revenu d’existence ou la métamorphose de l’être social » (éd. L’Esprit Frappeur) – que loin d’être une fumeuse utopie, cette idée serait parfaitement applicable et viable dans notre économie, malgré la crise, malgré les choix pour le moins hasardeux de ceux qui nous gouvernent.

Le professeur Bresson présidait l’Association pour l’instauration d’un revenu d’existence (Aire), précisément dédiée à son projet et qui en développe les multiples aspects. On constatera, sur son site, le sérieux et la rigueur de cette approche vers une société plus fraternelle.

Le train est en marche

Au-delà même de la France, cette idée fait son chemin sur le plan européen. Une pétition a circulé en 2013 dans l’Union européenne pour l’instauration au niveau européen d’un revenu d’existence ou « revenu de base ». Il fallait 1 million de signatures pour mettre en route le processus d’examen du projet par les instances européennes. En neuf mois, la pétition en a recueilli près de 300 000. Un bon début... mais compte tenu des règles européennes, tout est à recommencer.

N’empêche, le train est en marche. Le revenu d’existence finira par s’imposer dans nos pays, tant pour des raisons philosophiques que « bassement » économiques. Merci encore à Yoland Bresson d’en avoir été l’un des plus pertinents pionniers.

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com

 

 

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 20:22

 

 

Source :  cadtm.org

 

CADTM

 

Série : Les États au service des banques au prétexte du « Too big to fail » (partie 1)

Les aides massives des banques centrales aux grandes banques privées

21 août par Eric Toussaint

 


Résumé : Depuis l’éclatement de la crise bancaire en 2007, les banques centrales des pays les plus industrialisés prêtent massivement aux banques à des taux d’intérêt très bas afin d’éviter des faillites, permettant aux grandes banques qui en bénéficient d’économiser des sommes considérables en termes de remboursement des intérêts.

La Fed achète massivement aux banques des États-Unis des produits structurés hypothécaires, la BCE n’achète pas jusqu’ici de produits structurés mais elle accepte que les banques les déposent comme collatéraux, autrement dit comme garantie, des prêts qu’elle leur octroie.

Les gouvernements, quant à eux, apportent leurs garanties et injectent massivement des capitaux afin de recapitaliser les banques.

Les banques systémiques savent qu’en cas de problème, du fait de leur taille et du risque que représenterait la faillite de l’une d’elles (« too big to fail »), elles pourront compter sur le soutien des États qui les renfloueront sans sourciller.

Les gouvernements empruntent sur les marchés financiers en émettant des titres de la dette publique souveraine. Ils confient la vente de ces titres aux grandes banques privées. Les banques bénéficient par ailleurs de baisse d’impôts sur les bénéfices.

De plus, au sein de la zone euro, les banques jouissent du monopole du crédit destiné au secteur public.

À partir de 2007, les gouvernements et les banques centrales des pays occidentaux les plus industrialisés plongés dans la plus grande crise économique depuis les années 1930 ont donné la priorité absolue au sauvetage des banques privées et au système financier qui les entoure (sociétés d’assurances, fonds de placement, fonds de pensions privés…) |1|. Le sauvetage des banques est réalisé aux dépens de l’écrasante majorité de la population (les 99 %). Les pouvoirs publics ont tout fait pour maintenir les principaux privilèges des banques privées et pour laisser intact leur pouvoir. Le coût du sauvetage est énorme : explosion de la dette publique, perte de recettes fiscales, forte restriction des prêts aux ménages et aux PME, poursuite des activités spéculatives et aventureuses qui, dans certains cas, ont nécessité de nouveaux sauvetages coûteux.

Les prêts massifs des banques centrales aux banques privées

Depuis l’éclatement de la crise bancaire en 2007, les grandes banques centrales des pays les plus industrialisés (BCE, Banque d’Angleterre, Fed aux États-Unis, Banque nationale de Suisse, Banque du Japon) prêtent massivement aux banques à des taux d’intérêt très bas afin d’éviter des faillites. Sans cette ligne de crédit illimitée, une grande partie des banques serait en cessation de paiement car les sources habituelles de financement se sont taries, les prêts interbancaires ont fondu (car les banques se méfient les unes des autres), les ventes d’obligations bancaires sont très faibles, et les prêts au jour le jour assurés par les money market funds sont aléatoires (voir encadré). Le cumul des prêts des banques centrales aux banques privées depuis 2007 dépasse de loin la somme de 20 000 milliards de dollars. Comme cette manne de crédits est prêtée à un taux d’intérêt très bas, cela permet aux grandes banques qui en bénéficient d’économiser des sommes considérables en termes de remboursement des intérêts.

Qu’est-ce que les Money Market Funds ?

Les Money Market Funds (MMF) sont des sociétés financières des États-Unis et d’Europe, très peu ou pas du tout contrôlées ni réglementées car elles n’ont pas de licence bancaire. Ils font partie du shadow banking, la banque de l’ombre. En théorie, les MMF mènent une politique prudente mais la réalité est bien différente. L’administration Obama envisage de les réglementer car, en cas de faillite d’un MMF, le risque de devoir utiliser des deniers publics pour les sauver est très élevé. Les MMF suscitent beaucoup d’inquiétude vu les fonds considérables qu’ils gèrent et la chute depuis 2008 de leur marge de profit. En 2012, les MMF états-uniens maniaient 2 700 milliards de dollars de fonds, contre 3 800 milliards en 2008. En tant que fonds d’investissement, les MMF collectent les capitaux des investisseurs (banques, fonds de pension…). Cette épargne est ensuite prêtée à très court terme, souvent au jour le jour, à des banques, des entreprises et des États. Dans les années 2000, le financement par les MMF est devenu une composante importante du financement à court terme des banques. Parmi les principaux fonds, on trouve Prime Money Market Fund, créé par la principale banque des États-Unis JP Morgan, qui gérait, en 2012, 115 milliards de dollars. La même année, Wells Fargo, la 4e banque aux États-Unis, gérait un MMF de 24 milliards de dollars. Goldman Sachs, la 5e banque, contrôlait un MMF de 25 milliards de dollars. Sur le marché des MMF en euros, on trouve de nouveau des sociétés états-uniennes : JP Morgan (avec 18 milliards d’euros), Black Rock (11,5 milliards), Goldman Sachs (10 milliards) et des européennes avec principalement BNP Paribas (7,4 milliards) et Deutsche Bank (11,3 milliards) toujours pour l’année 2012. Certains MMF opèrent également avec des livres sterling. Bien que Michel Barnier, commissaire européen en charge des marchés financiers, ait annoncé vouloir réglementer le secteur, jusqu’à aujourd’hui rien n’a été mis en place. Encore des déclarations d’intention qui ne sont pas suivies d’effet |2|.

L’agence de notation Moody’s a calculé que pendant la période 2007-2009, 62 MMF ont dû être sauvés de la faillite par les banques ou les fonds de pensions qui les avaient créés. Il s’agit de 36 MMF opérant aux États-Unis et 26 en Europe, pour un coût total de 12,1 milliards de dollars. Entre 1980 et 2007, 146 MMF ont été sauvés par leurs sponsors. En 2010-2011, toujours selon Moody’s, 20 MMF ont été renfloués |3|. Cela montre à quel point ils peuvent mettre en danger la stabilité du système financier privé.

En dehors de ces financements directs, les banques centrales utilisent d’autres moyens pour venir en aide aux banques privées.

Ainsi, la Fed achète massivement aux banques des États-Unis des produits structurés hypothécaires (Mortgage Backed Securities). Entre 2008 et début 2014, elle en a acheté pour un peu plus de 1 500 milliards de dollars |4|. En 2012-2013, elle a acheté chaque mois aux banques et aux agences immobilières |5| qui garantissent les crédits hypothécaires pour 40 milliards de dollars de ces produits largement toxiques, afin de les soulager de ce fardeau. Fin 2013, elle a commencé à réduire ces achats qui s’élevaient en mars 2014 à 35 milliards de dollars par mois. En octobre 2014, la Fed détiendra 1 700 milliards $ de MBS soit environ 21 % du volume total de ces produits toxiques |6| . C’est énorme.

La BCE n’achète pas de produits structurés mais elle accepte que les banques les déposent comme collatéraux, autrement dit comme garantie, des prêts qu’elle leur octroie. Pendant la période 2010-2013, la quantité de produits structurés (ABS) déposés par les banques auprès de la BCE a oscillé entre 325 et 490 milliards d’euros.

La BCE achète également des obligations (covered bonds) émises par les banques privées pour se financer |7|. Il s’agit d’une aide fort importante de la BCE aux banques qui rencontrent de graves problèmes pour se financer sur les marchés. Cette aide est carrément passée sous silence dans les médias. Depuis l’éclatement de la crise, la BCE a acheté pour 76 milliards d’euros de covered bonds, 22 milliards sur le marché primaire et 54 milliards sur le marché secondaire. Il faut souligner que la BCE a acheté notamment des covered bonds qui ont une mauvaise notation (BBB-), ce qui veut dire que les agences de notation n’avaient pas confiance dans la santé des banques qui les ont émis. À la date du 18 mars 2014, la BCE détenait pour 52 milliards d’euros de covered bonds des banques. C’est un montant très important si on le compare au volume des émissions de ces obligations par les banques. En 2013, il ne s’est élevé qu’à 166 milliards d’euros, en chute de 50 % par rapport à 2011 |8|.

Notes

|1| Au Japon, le gouvernement et la banque centrale avaient fait de même à partir de l’éclatement de la bulle immobilière et de la crise bancaire au début des années 1990. Voir Daniel Munevar, « Décennies perdues au Japon », in Damien Millet et Éric Toussaint, La dette ou la vie, Aden-CADTM, 2011, chapitre 15.

|2| Financial Times, « EU shadow banking plan rapped », 26 mars 2012 ; « MMF lose worth in low interest rate world », 10 septembre 2012 ; « EU abandons reform on money market funds” » 10 mars 2014.

|3| Financial Times, « 20 money market funds rescued », 21 octobre 2013.

|4| Fin janvier 2014, le bilan de la FED était supérieur à 4 000 milliards de dollars : 2 228 milliards de bons du Trésor et 1 586 milliards de créances hypothécaires titrisées (MBS).

|5| Fannie Mae, Freddie Mac et Ginnie Mae.

|6| Natixis, EcoHebdo, 25 juillet 2014, N°29, http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=78192

|7| La banque Natixis, qui est évidemment, comme toutes les banques, très favorable à ces achats, a publié un rapport enthousiaste sur la question dès 2009 : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=46663

|8| L’émission de covered bonds par les banques en 2013 a été la plus faible depuis 1996 ! Comparé à 2011, elle a baissé de plus de 50 %. En 2011, l’émission des covered bonds s’était élevée à 370 milliards de dollars tandis qu’en 2013, elle représentait à peine 166 milliards de dollars. Voir Financial Times, « Europe covered bond issues slump », 27 novembre 2013.

Éric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, préside le CADTM Belgique et est membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, Aden, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010.

 

 

Source :  cadtm.org

 

 

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 19:56

 

Source : www.reporterre.net

 

 

« Il faut renoncer à la croissance économique », la nouvelle doctrine d’Attac

Entretien avec Thomas Coutrot

mardi 19 août 2014

 

 

 

 

Attac a quinze ans. Mouvement au coeur de l’altermondialisme, son histoire en reflète les échecs et les succès. Son porte-parole, Thomas Coutrot, raconte comment l’écologie est entrée dans le logiciel du mouvement, et évoque l’explosion du système du fait du blocage du capitalisme.


Née en 1998, l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac) a fêté son quinzième anniversaire. L’occasion de remonter l’histoire trépidante du début du XXIe siècle, et de s’interroger sur la situation présente : la force des alternatives s’imposera-t-elle à un système figé, ou la seule issue est-elle l’explosion ? On en discute, avec Thomas Coutrot, économiste et porte-parole d’Attac.

Reporterre - Quelle est l’histoire d’Attac ?

Thomas Coutrot - Attac est né en même temps que le mouvement altermondialiste, dont la première grande date marquante a été 1999, avec le sommet de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) à Seattle : de grandes manifestations s’y sont déroulées, manifestant l’émergence du mouvement. C’est le moment où l’on commence, à la suite des crises financières en Asie et en Amérique Latine dans les années 1990, à s’apercevoir des pouvoirs exorbitants dont dispose l’industrie financière et des ravages qu’elle fait subir aux sociétés. Donc, le mouvement inter mondialiste se développe contre le libre échange, contre l’OMC, contre l‘AMI (Accord multilatéral sur l’investissement). Et puis, l’idée a été avancée par Ignacio Ramonet, du Monde diplomatique, d’appliquer la taxe Tobin, une taxe sur les mouvements de capitaux : cette idée a fédéré plein d’acteurs associatifs ou intellectuels qui se rendaient compte qui fallait faire cause commune, parce que les combats des différentes causes - syndicale, écologique, féministe, des droits de l’homme, de solidarité internationale -, ces combats séparés se heurtaient à un adversaire extrêmement puissant. Isolé, aucun ne pouvait plus obtenir d’avancée.

Attac en France est rapidement devenue une association de masse. En 2002, elle y comptait trente mille adhérents et plusieurs dizaines de comités locaux, avec un essaimage dans des pays européens, africains, latino-américains et même asiatiques. Le Forum social mondial a été créé en 2001 à Porto Alegre, au Brésil, et Attac y a joué un rôle important.

- A Porto Alegre, le 25 janvier 2001 -

Mais les attentats du World Trade Center en septembre 2001 ont cassé la dynamique du mouvement. La contre-offensive des néo-conservateurs américains a été extrêmement forte et a coupé les ailes des mouvements sociaux aux Etats Unis et du mouvement altermondialiste. Ensuite, Attac a vécu une crise qui a éclaté en 2006.

Découlait-elle de la contre offensive des néo conservateurs ?

Le mouvement altermondialiste n’était plus dans une phase ascendante. Cela a pu convaincre certains que ce mouvement n’était pas aussi important que cela et qu’il fallait revenir à des méthodes classiques de conquête du pouvoir politique : partis et candidatures aux élections. En 2004, la direction d’Attac a tenté de lancer des listes aux élections européennes. Cette tentation s’est renforcée par le succès de la campagne contre le traité constitutionnel en 2005, où Attac a joué un rôle important.

Mais une grande partie de l’association s’y est opposée. Beaucoup d’adhérents étaient venus par dépit du jeu des rivalités de pouvoir, des batailles d’écuries parlementaires ou présidentielles, et ne voulaient pas retrouver dans Attac ce type de compétitions. Ainsi, malgré le prestige et le capital symbolique dont disposait Bernard Cassen et la direction du fait de leur rôle dans la création d’Attac, ils n’ont pas réussi à convaincre la majorité des adhérents d’en faire un proto parti politique qui aurait été le cœur de la recomposition politique à la gauche du parti socialiste.

La direction sortante s’est retrouvée minoritaire. Mais Attac était déjà sur le déclin. Entre 2003 et 2006, l’association avait déjà perdu dix mille adhérents et était retombée à vingt mille adhérents Entre 2006 et 2009, l’association a de nouveau perdu dix mille adhérents. Depuis, elle s’est stabilisée autour de dix mille.

Comment Attac s’est-elle relevée de cette crise ?

Il est quasiment miraculeux de mon point de vue qu’on ait réussi à conserver dix mille adhérents dans une association aussi traumatisée. Mais il y avait, au-delà de l’équipe fondatrice et de la direction, un collectif vivant et pluraliste qui a pu, avec l’apport de jeunes militants, la stabiliser. En particulier grâce à la question écologique : c’est après la crise de 2006 qu’Attac s’est ouvert à l’écologie et a commencé à considérer qu’une de ses missions était de construire des synergies entre le mouvement ouvrier traditionnel et le mouvement écologique.

Une mutation difficile : quand les idées de la décroissance sont apparues au début des années 2000, beaucoup chez Attac se sont braqués contre cette idée.

Oui. Au conseil scientifique et dans la culture historique des fondateurs, on avait une alliance de keynésiens et de marxistes chez qui la tradition écologique est marginale. Le centre de gravité était le keynésiano-marxisme qui pensait donner un autre contenu social à la croissance, une croissance axée sur la satisfaction des besoins et non pas sur la rentabilité financière, mais une croissance. Et quand sont arrivées les thèses de la décroissance, beaucoup de militants y ont vu le danger de l’apologie de l’austérité, la négation du fait que les besoins humains non satisfaits existent à profusion, notamment au Sud.

Ces crispations étaient encouragées par le fait que, du côté du discours de la décroissance - Paul Ariès le dit très bien aujourd’hui -, il y a eu une alliance ambiguë entre des courants progressistes et des courants plus douteux sur le plan idéologique. Ce fait qu’il y avait des réactionnaires du côté de la décroissance était monté en épingle par les opposants à ces thèses de façon convaincante. Ces incompréhensions se sont largement dissipées après 2006. Mais cela n’est pas seulement lié à la crise d’Attac, où le courant le plus étatiste et archaïque s’est marginalisé, c’est aussi lié à l’évolution du mouvement de la décroissance lui-même : il a clarifié son idéologie.

Il reste aujourd’hui dans Attac une forte réticence à utiliser le terme de décroissance qui est perçu comme aussi vide de sens que le mot de croissance. La décroissance n’est pas perçue comme un terme permettant de figurer une alternative. Le mot lui même n’est pas repris par Attac - à juste titre selon moi.

Refusez-vous explicitement le terme de croissance ?

Depuis 2008-2009, le terme de « croissance » n’apparaît plus positivement dans les textes d’Attac. On considère que la croissance n’est pas la solution. On est pour une économie sans croissance, pour ce qu’on appelle la décroissance sélective. Il y a des secteurs qui doivent décroître, d’autres qui doivent croître.

Et pourquoi l’avez-vous abandonnée ?

A cause de la prise de conscience qu’on ne peut pas découpler la croissance du PIB (produit intérieur brut) et l’émission de CO2. Le découplage absolu est une impossibilité et il faut en tirer les conséquences. Intellectuellement, c’est l’argument décisif. On ne peut pas découpler la croissance économique de la progression des émissions de gaz à effet de serre, donc il faut y renoncer.

Comment définirais-tu le projet économique d’Attac ?

C’est un projet de démocratie économique. Même une économie stationnaire connaîtra du changement. L’histoire de l’humanité ne sera pas figée une fois pour toutes. Il y aura du développement de certaines productions et des abandons d’autres. Donc la trajectoire de développement doit résulter de la délibération démocratique articulée à tous les niveaux. C’est ce que certains appellent la planification participative avec l’idée qu’il y aura toujours une économie marchande. Le marché est un outil économique beaucoup plus ancien que le capitalisme et lui survivra. Mais les forces du marché ne doivent pas déterminer les trajectoires du développement économique des sociétés. Ceci doit être fait par les délibérations démocratiques articulées au niveau local, régional et international.

Attac, c’est quoi : un mouvement d’éducation populaire ? un mouvement de production d’idées alternatives ? Un mouvement militant ?

Notre définition du début est toujours valide : Attac est un mouvement d’éducation populaire tourné vers l’action. On est parti sur une conception d’éducation populaire para-universitaire, dont les membres du conseil scientifique vont donner des conférences dans les comités locaux devant les adhérents et les sympathisants, qui viennent s’instruire au contact de la Science. Cela a beaucoup marqué le début de l’association et continue à structurer le fonctionnement de pas mal de comités locaux. On finit par s’apercevoir que ce n’est pas très efficace. Donc on diversifie : les projections de films suivies d’un débat ouvert constituent aujourd’hui la forme d’animation la plus utilisée.

Par ailleurs, on réfléchit sur l’interpellation des pouvoirs. Attac concevait son rôle comme étant d’interpeller les politiques : « Il faut mettre en place une taxe Tobin, il faut faire une réforme fiscale, il faut faire une réduction du temps de travail, il faut faire mener une politique de transition écologique, etc. ».

Avec la crise de représentation, de légitimité du système politique, et avec le diagnostic de la cooptation des hautes sphères de l’appareil d’Etat par les intérêts financiers et économiques qui fait qu’on a maintenant affaire à une oligarchie et que les politiques publiques reflètent de façon systématique les intérêts de cette oligarchie, « interpeller » devient largement inutile. On s’oriente vers le soutien, la mise en visibilité des initiatives concrètes dans la société, sur l’énergie, l’agriculture, l’écologie, etc. Les alternatives concrètes locales deviennent un des outils principaux de la transformation sociale. Aussi, on s’oriente de plus en plus vers la mobilisation citoyenne sur des cibles précises, telles que les multinationales ou la Banque centrale européenne. On a par exemple lancé un mouvement de boycott d’Unilever pour soutenir Fralib.

Pourquoi ce choix ?

Fralib est un des trop rares exemples de lutte sociale – il s’agit de sauver les emplois – avec une démarche écologique pensée avec la relocalisation des circuits courts. Ce projet est emblématique de pleins de choses. La CGT locale – pas nationale ! - se bat durement depuis trois ans avec peu de soutien extérieur, alors qu’ils sont vraiment dans un projet écologique.

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 

 

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 17:39

 

Source : www.lefigaro.fr

 

 

 

L'Europe, empire allemand ? Entretien avec Jean-Michel Quatrepoint

 

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN- Pour le journaliste économiste Jean-Michel Quatrepoint, auteur du Choc des empires, la construction européenne a totalement echappé à la France et se trouve désormais au service des intérêts allemands. Première partie de l'entretien accordé au Figarovox.


 

Retrouvez la deuxième partie de l'entretien ici.


Jean-Michel Quatrepoint est journaliste économiste. il a travaillé entre autres au Monde, à la Tribune et au Nouvel Economiste. Il a écrit de nombreux ouvrages, dont La crise globale en 2008 qui annonçait la crise financière à venir.  

Dans son dernier livre,Le Choc des empires. Etats-Unis, Chine, Allemagne: qui dominera l'économie-monde? (Le Débat, Gallimard, 2014), il analyse la guerre économique que se livrent les trois grands empires qui règnent en maitres sur la mondialisation: les Etats-Unis, la Chine et l'Allemagne.  


Dans votre livre vous expliquez que le monde se divise désormais en trois empires: les Etats-Unis, la Chine, l'Allemagne. Qu'est-ce qu'un empire?

Pour être un empire, il faut d'abord se vivre comme un empire. Ensuite, il faut une langue, une monnaie, une culture. Sans parler des frontières. L'Amérique, c'est Dieu, le dollar et un drapeau. La Chine, c'est une économie capitaliste, une idéologie communiste et une nation chinoise qui a sa revanche à prendre, après l'humiliation subie au XIXème siècle. Quant à l'Allemagne, c'est en empire essentiellement économique. Quand Angela Merkel a été élue en 2005, son objectif premier était de faire de l'Allemagne la puissance dominante en Europe: elle a réussi. Maintenant il s'agit de façonner l'Europe à son image. Mais avec des contradictions internes: pour des motifs historiques bien compréhensibles, Berlin ne veut pas aller jusqu'au bout de la logique de l'empire. Elle n'impose pas l'allemand, et est réticente sur la Défense. Elle veut préserver ses bonnes relations avec ses grands clients: la Chine, les Etats-Unis et la Russie.

Vous écrivez «L'Union européenne qui n'est pas une nation ne saurait être un empire»..

L'Europe est un patchwork et ne peut exister en tant qu'empire, face aux autres empires.

C'est tout le problème de l'Europe allemande d'aujourd'hui, qui se refuse à assumer sa dimension d'empire. 28 états sans langue commune, cela ne peut constituer un empire. L'Angleterre ne fait pas partie du noyau dur de la zone euro. Les frontières ne sont pas clairement délimitées: elles ne sont pas les mêmes selon qu'on soit dans l'espace Schengen ou la zone euro. L'Europe est un patchwork et ne peut exister en tant qu'empire, face aux autres empires.

«L'Allemagne est devenue, presque sans le vouloir, le nouveau maitre de l'Europe», écrivez-vous. Comment se traduit cette domination de l'Allemagne en Europe? D'où vient-elle? Sur quels outils s'appuie cette hégémonie?

Cette domination vient de ses qualités…et de nos défauts. Mais ce n'est pas la première fois que l'Allemagne domine l'Union européenne. A la fin des années 1980, juste avant la chute du mur, elle avait déjà des excédents commerciaux considérables. La réunification va la ralentir un instant, car il va falloir payer et faire basculer l'outil industriel allemand vers un autre hinterland. La RFA avait un hinterland, c'était l'Allemagne de l'Est: le rideau de fer n'existait pas pour les marchandises. Les sous-ensembles (par exemple les petits moteurs équipant l'électroménager allemand) étaient fabriqués en RDA à très bas coût (il y avait un rapport de 1 à 8 entre l'Ost mark et le Deutsche Mark), puis assemblés en Allemagne de l'Ouest. Avec l'équivalence monétaire décidée par Kohl à la réunification (1 deutsche mark= 1 Ost mark), les Allemands perdent tous ces avantages. Il faut trouver un nouvel hinterland pour retrouver des sous-traitants à bas coût. Ce que l'Allemagne a perdu dans la réunification, elle le retrouvera par l'élargissement de l'UE. Ce sera dans la Mittleuropa, l'espace naturel allemand, reconstitué après l'effondrement du communisme. La Hongrie, la Tchéquie, et même la Pologne: c'est la Germanie, le Saint Empire romain germanique.

Ce que l'Allemagne a perdu dans la réunification, elle le retrouvera par l'élargissement de l'UE. Ce sera dans la Mittleuropa, l'espace naturel allemand, reconstitué après l'effondrement du communisme. La Hongrie, la Tchéquie, et même la Pologne : c'est la Germanie, le Saint Empire romain germanique.

Dans un premier temps ils ont donc implanté des usines modernes dans les pays de l'Est pour fabriquer des sous-ensembles, qui sont assemblés en Allemagne où l'on fabrique un produit fini, que l'on vend avec une kyrielle de services voire avec le financement. La grande force de l'Allemagne c'est d'avoir choisi dans la division internationale du travail un créneau où ils sont quasiment seuls, l'industrie de qualité, principalement automobile (elle leur assure une part très importante de leurs excédents commerciaux).

Un hinterland permis par l'élargissement, une «deutsche qualität», mais aussi «un euro fort» qui sert les intérêts allemands…

L'euro c'est le mark. C'était le deal. Les Français ont péché par naïveté et se sont dit: faisons l'euro, pour arrimer

L'euro c'est le mark. C'était le deal. Les Français ont péché par naïveté et se sont dit : faisons l'euro, pour arrimer l'Allemagne à l'Europe

l'Allemagne à l'Europe. Les Allemands ont dit oui, à condition que l'on joue les règles allemandes: une banque centrale indépendante (basée à Francfort), avec un conseil des gouverneurs dirigé par des orthodoxes, dont la règle unique est la lutte contre l'inflation, la BCE s'interdisait dès le départ d'avoir les mêmes outils que la FED ou la banque d'Angleterre et depuis peu la Banque du Japon, même si Mario Draghi est en train de faire évoluer les choses. Mais le mal est fait.

Vous dites que l'Allemagne fonctionne sur une forme de capitalisme bismarckien mercantiliste. Pouvez-vous nous définir les caractéristiques de cet «ordolibéralisme» allemand?

L'ordolibéralisme allemand se développe dans l'entre deux guerres et reprend les principes du capitalisme mercantiliste bismarckien. Bimarck favorise le développement d'un capitalisme industriel et introduit les prémices de la cogestion . Il invente la sécurité sociale. Pas par idéal de justice sociale, mais pour que les ouvriers ne soient pas tentés par les sirénes du socialisme et du communisme. C'est la stratégie qu'a déployé l'Occident capitaliste entre 1945 et 1991. Le challenge du communisme a poussé l'Occident à produire et à distribuer plus que le communisme. La protection sociale, les bons salaires, étaient autant de moyens pour éloigner des populations de la tentation de la révolution. Une fois que le concurrence idéologique de l'URSS a disparu, on est tenté de reprendre les avantages acquis… 1 milliard 400 000 chinois jouent plus ou moins le jeu de la mondialisation, la main d'œuvre des pays de l'Est est prête à travailler à bas coût…tout cela pousse au démantèlement du modèle social européen. Les inégalités se creusent à nouveau.

L'ordolibéralisme se développe avec l'école de Fribourg. Pour ses tenants, l'homme doit être libre de créer , d'entreprendre, de choisir ses clients, les produits qu'il consomme , mais il doit aussi utiliser cette liberté au service du bien commun. l'entreprise a un devoir de responsabilité vis-à-vis des citoyens. C'est un capitalisme organisé, une économie sociale de marché où les responsabilités sont partagées entre l'entreprise, le salarié et l'Etat. Il y a quelque chose de kantien au fond: l'enrichissement sans cause, et illimité n'est pas moral, il faut qu'il y ait limite et partage.

Le mercantilisme, c'est le développement par l'exportation. Il y a d'un coté les pays déficitaires, comme les Etats-Unis et la France et de l'autre trois grands pays mercantilistes: l'Allemagne, le Japon et la Chine. Ces trois pays sont des pays qui ont freiné leur natalité et qui sont donc vieillissants, qui accumulent donc des excédents commerciaux et des réserves pour le jour où il faudra payer les retraites. L'Amérique et la France sont des pays plus jeunes, logiquement en déficit.

Les élections européennes approchent et pourraient déboucher pour la première fois dans l'histoire sur un Parlement européen eurosceptique. Comment voyez-vous l'avenir de l'Europe? Comment sortir de l'Europe allemande?

L'Europe est un beau projet qui nous a échappé avec l'élargissement, qui a tué la possibilité même du fédéralisme. On a laissé se développer une technocratie eurocratique, une bureaucratie qui justifie son existence par le contrôle de la réglementation qu'elle édicte.

Il faut absolument réduire nos déficits, non pas pour plaire à Bruxelles ou à Berlin, mais parce que c'est la condition première et nécessaire du retour de notre souveraineté. John Adams, premier vice-président américain disait : « il y a deux manières de conquérir un pays : l'une par l'épée, l'autre par la dette ».

Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il ne faut pas avoir une bonne gestion. Il faut absolument réduire nos déficits, non pas pour plaire à Bruxelles ou à Berlin, mais parce que c'est la condition première et nécessaire du retour de notre souveraineté. John Adams, premier vice-président américain disait: «il y a deux manières de conquérir un pays: l'une par l'épée, l'autre par la dette». Seuls les Américains échappent à la règle, justement parce qu'ils ont une épée tellement puissante qu'ils peuvent se permettre de faire de la dette! Nous ne pouvons pas nous le permettre. Ce n'est pas une question de solidarité intergénérationnelle, ou de diktat bruxellois. Si notre dette était financée intégralement par l'épargne française, comme c'est le cas des japonais, il y aurait beaucoup moins de problèmes. On aurait dû financer notre dette par des emprunts de très long terme, voire perpétuels, souscrits par les épargnants français.

A 28 l'Europe fédérale est impossible, de même qu'à 17 ou à 9. Il y a de telles disparités fiscales et sociales que c'est impossible. Je suis pour une Confédération d'Etats-nations, qui mette en œuvre de grands projets à géométrie variable ( énergie, infrastructures, métadonnées etc ). Il y a une dyarchie de pouvoirs incompréhensible pour le commun des mortels: entre Van Rompuy et Barroso, entre le Conseil des ministres et les commissaires. Dans l'idéal il faudrait supprimer la commission! Il faut que les petites choses de la vie courante reviennent aux Etats: ce n'est pas la peine de légiférer sur les fromages! Le pouvoir éxécutif doit revenir aux conseils des chefs d'état et aux conseils des ministres, l'administration de Bruxelles étant mise à leur disposition et à celui d'un Parlement dont la moitiée des députés devraient être issus des parlements nationaux. Si l'on veut redonner le gout de l'Europe aux citoyens il faut absolument simplifier les structures .

Comment fait-on pour réduire la dette avec une monnaie surévaluée? Faut-il sortir de l'euro?

Une dette perpétuelle n'a pas besoin d'être remboursée. Je suis partisan d'emprunts à très long terme, auprès des épargnants français, en leur offrant un taux d'intérêt digne de ce nom.

Le traité de Maastricht a été une erreur: on a basculé trop vite de la monnaie commune à la monnaie unique. Il n'est pas absurde de prôner le retour à une monnaie commune et à du bimétalisme: un euro comme monnaie internationale et 3 ou 4 euros à l'intérieur de la zone euro. Mais cela nécessite l'accord unanime des pays membres, et c'est une opération très compliquée. Sur le fond, la sortie de l'euro serait l'idéal. Mais il faut être réaliste: nous n'aurons jamais l'accord des Allemands.

Si nous sortons unilatéralement, d'autres pays nous suivront …

Pour sortir unilatéralement, il faut être très fort, or notre pays, dans l'état dans lequel il est aujourd'hui, ne peut pas se le permettre. Quand aux autres: Rajoy suivra Merkel, les portugais aussi (ces dirigeants appartenant au

Hollande et Sarkozy ne se sont pas donné les moyens d'imposer un chantage à l'Allemagne.

PPE), Renzi joue son propre jeu. La France est isolée en Europe. Elle ne peut pas jouer les boutefeux. Hollande et Sarkozy ne se sont pas donné les moyens d'imposer un chantage à l'Allemagne. Il fallait renationaliser la dette, pour ne plus dépendre des marchés et s'attaquer au déficit budgétaire, non pas pour plaire à Merkel, mais pour remettre ce pays en ordre de marche. Sarkozy faisait semblant de former un duo avec la chancelière alors que c'est elle qui était aux commandes. Hollande, lui fuit, et essaye de gagner du temps, deux mois, trois mois. Il cherche l'appui d'Obama nous ramenant aux plus beaux jours de la Quatrième République, à l'époque où on quémandait l'appui des Américains pour exister.

Comme vous l'expliquez dans votre livre, la France, faute d'industrie, essaie de vendre les droits de l'homme…

Oui nous avons abandonné le principe de non ingérence en même temps que nous avons laissé en déshérence des pans entiers de notre appareil industriel. Alors que la guerre économique fait rage, que la mondialisation exacerbe les concurrences, nous avons d'un coté obéré notre compétitivité et de l'autre on s'est imaginé que l'on tenait avec les «droits de l'homme «un «plus produit» comme on dit en marketing. Or ce sont deux choses différentes. Surtout quand il s'agit de vendre dans des pays où les gouvernements exercent une forte influence sur l'économie. Les droits de l'homme ne font pas vendre. C'est malheureux mais c'est ainsi. De plus la France à une vision des droit de l'homme à géométrie variable. Pendant qu'on fait la leçon à Poutine, on déroule le tapis

Arrêtons de vouloir donner des leçons au reste du monde, sinon le reste du monde sera en droit de nous en donner !

rouge au Qatar où à l'Arabie Saoudite. Avec la Chine on tente de rattraper les choses. Mais les Chinois, contrairement à nous, ont de la mémoire. Savez-vous pourquoi le président chinois lors de sa venue en France s'est d'abord arrêté à la mairie de Lyon avant celle de Paris? Parce que M Delanoë avait reçu le dalaï-lama, et que les Chinois se souviennent du trajet de la flamme olympique en 2008 dans la capitale. Nous occidentaux, nous n'avons pas de leçons à donner au reste du monde. Les espagnols ont passé au fil de l'épée les Indiens, les Anglais ont mené une guerre de l'opium horriblement humiliante pour les Chinois au XIXème. Arrêtons de vouloir donner des leçons au reste du monde, sinon le reste du monde sera en droit de nous en donner!

 

 

 

Source : www.lefigaro.fr

 

 

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 14:05

 

Source : www.mediapart.fr

 

Fusionner le RSA et la prime pour l'emploi, explications

|  Par Michaël Hajdenberg

 

 

 

Le président de la République a annoncé la fusion du RSA, mis en place par Martin Hirsch, et de la prime pour l'emploi. Aucun des deux dispositifs n'a répondu aux objectifs attendus de soutien aux revenus modestes et d'incitation à la reprise d'un emploi. Le député Christophe Sirugue a donc proposé une nouvelle solution, la prime d'activité. L'Élysée est intéressé. Mais hésite.

Comment mieux soutenir les travailleurs pauvres ? François Hollande et Manuel Valls ont dû revoir leurs plans après la censure du Conseil constitutionnel. Le président de la République a donc annoncé mercredi, entre autres, la fusion du RSA (revenu de solidarité active) et de la PPE (prime pour l’emploi).

L’idée n’est pas nouvelle – c’est le moins que l’on puisse dire – puisqu’elle apparaît dès l’origine dans le projet du concepteur du RSA, Martin Hirsch, en 2005. Mais la fusion, jugée trop risquée politiquement, avait été abandonnée au moment de la mise en place du dispositif en 2008-2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Dans ces conditions, comment François Hollande compte-t-il s’en sortir ? Pourquoi prend-il cette décision maintenant ? Quels seront les gagnants et les perdants ?

Au vu de l’explosion du nombre de travailleurs pauvres en France (7,5 % des travailleurs aujourd’hui), le RSA avait été pensé comme un complément de revenus versé par l’État. Le dispositif devait également inciter les chômeurs à retrouver du travail. Ainsi, quand un chômeur reprend une activité même à très faible revenu, pour 1 euro de gagné, les allocations diminuent de 0,38 euro, permettant ainsi une progression globale du revenu de 0,62 euro.

Seulement, 68 % des travailleurs qui pourraient bénéficier de ce coup de pouce non négligeable (176 euros en moyenne par mois) ne le demandent pas ; bien loin de l’image de la France assistée véhiculée par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale.

Le dispositif RSA est ouvert aux personnes âgées de 25 ans et plus. Un RSA jeunes a bien été créé en septembre 2010. Mais les conditions sont si restrictives qu’il ne bénéficie aujourd’hui qu’à 9 000 adultes âgés de 18 à 25 ans.

En tout, moins d’un million de personnes touchent le RSA-Activité (qu’il ne faut pas confondre avec le RSA socle, équivalent de l’ancien RMI, alloué à ceux qui n’ont aucun revenu). En 2010, il avait été calculé que le RSA activité avait permis une baisse modeste de 0,2 point du taux de bas revenus en 2010. Alors qu’en cas de recours intégral à la prestation, le nombre de travailleurs pauvres aurait diminué d’environ 150 000.

La PPE, elle, existe depuis 2001. 6,3 millions de personnes en bénéficient. Elle permet soit de payer moins d’impôts, soit, pour ceux qui n’en paient pas, de toucher un crédit d'impôt, c'est-à-dire une somme d'argent, une fois par an. Le montant annuel moyen versé au titre de la PPE était de 434 euros en 2012.

Il a été reproché à la PPE de « saupoudrer » la dépense publique au détriment de son efficacité. Selon la Cour des comptes, la PPE ne contribuait qu’à hauteur de 3,3 % à la réduction des inégalités de vie en 2008 et, en 2007, seuls 6 % des bénéficiaires sortaient de la pauvreté grâce à son effet.

Les deux dispositifs ont des objectifs proches, qui visent à soutenir ceux qui gagnent moins que 1,3 fois le Smic. Mais ils se complètent mal, se chevauchent, rendant l’ensemble indigeste et opaque. Ils n’ont pas la même temporalité (annuelle contre mensuelle). Ils ne relèvent pas de la même administration (administration fiscale contre CAF). N’ont ni la même assiette, ni la même logique.

 

Christophe Sirugue, lors de la remise de son rapport sur la prime d'activité à Jean-Marc Ayrault, en juillet 2013 
Christophe Sirugue, lors de la remise de son rapport sur la prime d'activité à Jean-Marc Ayrault, en juillet 2013 © Reuters

Par conséquent, dans les ministères concernés par la réforme, on confirme que l’Élysée partage le constat d’échec dressé sur ces deux dispositifs par le député Christophe Sirugue dans un rapport rendu en juillet 2013 au premier ministre. Interrogé ce mercredi, celui-ci confirme avoir été en contact avec l’Élysée mais sans savoir précisément ce qui sera retenu de sa proposition dans le projet de loi à venir. « Est-ce que tout sera calé sur mes propositions ou est-ce que le projet ne fera que s’en inspirer ? Je n’en sais rien. » Le député rappelle en tout cas que ses préconisations, élaborées avec un large groupe de travail, peuvent être mise en œuvre en six mois.

Qui seront les perdants ?

 

Martin Hirsch, père du RSA. 
Martin Hirsch, père du RSA. © Reuters

Martin Hirsch, de son côté, pense également « du bien » de l’annonce. « Le fait de ne pas intégrer la PPE dans le RSA explique les difficultés qu’on a aujourd’hui avec l’un et avec l’autre. Si on en finit avec cette concurrence, ce sera plus simple et l’accès sera meilleur », explique-t-il. En 2009, il avait été estimé que 6 millions de ménages risquaient de perdre la prime pour l’emploi. Pour une perte annuelle moyenne de 500 euros environ. D’où le renoncement.

Cette fois, le risque est moins important. D’abord parce que depuis 2008, la prime pour l’emploi a été gelée. Ce qui fait que mécaniquement, 500 000 foyers de moins la touchent chaque année.

Surtout, l’annonce ne vient pas seule. François Hollande a également fait valoir des changements concernant les barèmes de l’impôt sur le revenu. Ce qui devrait permettre de rattraper un certain nombre de ménages qui perdront la PPE.

Quel pourrait être le nouveau dispositif ? L’idée de Christophe Sirugue est de créer une prime d’activité. Fini le RSA-activité, qui avait un effet repoussoir. « L’amalgame avec le RSA-socle suscitait une stigmatisation frappante », explique le député. Cette fois, les 18-25 ans qui travaillent (hormis les jobs d’été d’étudiants et les apprentis) auraient accès à la prime d’activité. Écarté le distinguo incompréhensible qui faisait que pour la même activité et le même salaire, un jeune de 26 ans touchait plus d’argent que son copain de 24 ans.

Ce serait la CAF, et non l’administration fiscale, qui verserait un complément simplifié, mensualisé à la suite d’une déclaration trimestrielle.

Surtout, et c’est la mesure qui suscite le plus de débats aujourd’hui à l’Élysée, la prime serait individualisée. Autrement dit, on prendrait toujours en compte l’ensemble des revenus d’un ménage pour savoir si une personne est éligible à la prime d’activité. « Si un homme est un travailleur pauvre, mais que sa femme gagne plus de 5 000 euros par mois, on ne va pas la lui verser », fait valoir Christophe Sirugue.

 

La proposition synthétisée de prime pour l'emploi extraite du rapport Sirugue 
La proposition synthétisée de prime pour l'emploi extraite du rapport Sirugue

Mais une fois qu’il est éligible, seuls ses propres revenus de salarié sont pris en compte pour le calcul de la prime, qui pourrait être versée à tous ceux qui gagnent moins que 1,2 fois le Smic.

 

 

Auparavant, pour le calcul du RSA activité, l’ensemble des revenus du foyer était pris en compte, y compris les revenus des enfants vivant au foyer, rendant les calculs incertains, indigestes, et intrusifs. Martin Hirsch dit aujourd’hui ne pas savoir quelle est la meilleure solution. Christophe Sirugue, lui, en fait une condition incontournable : « Le familial, c’est un dispositif social. Alors que là, la prime est une mesure d’accompagnement du parcours professionnel, qui est un parcours individualisé. »

À l’évidence, la mesure devrait générer des perdants. « Et encore plus si on reste à budget constant », pronostique Évelyne Serverin, directrice de recherche au CNRS, spécialiste des politiques publiques de l’emploi. Des gens toucheront moins qu’avant. On supprime une source de complément de revenus. »

Qui ? Combien ? Dans les ministères concernés, les calculettes tournent à plein régime. Dans son étude, Christophe Sirugue avait identifié les familles monoparentales avec plusieurs enfants comme les grandes perdantes d’une telle réforme. Des mécanismes complémentaires avaient donc été envisagés (augmentation de l’allocation de rentrée scolaire pour ces familles, ou somme forfaitaire versée pour chaque enfant). Est-ce que ce sera le scénario retenu ? Ou serait-ce le début d’une nouvelle usine à gaz ?

Jusqu’à présent, le budget de la PPE était de 2,5 milliards par an. Et celui du RSA Activité de 1,5 milliard. Mais mécaniquement, plus le taux de recours est important, plus l’État doit débloquer d’argent. « Il aurait fallu proposer un système d’automaticité du versement, comme pour la PPE, où il n’y a qu’une case à cocher pour la toucher », explique Évelyne Serverin. Ce n’est toutefois pas le système qu’a retenu Christophe Sirugue, qui table d’ici trois ans sur un taux de recours passant de 32 % (pour le RSA-Activité) à 60%. Si François Hollande veut bien mettre en œuvre son idée.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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