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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 16:19

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Les petits boulots du futur commissaire européen au climat et à l'énergie

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

 

La polémique continue d'enfler sur le candidat espagnol à la commission européenne, à l'approche des auditions devant le parlement européen.

 

L'ONG bruxelloise CEO, qui plaide pour davantage de transparence à Bruxelles, a publié un inventaire des reproches formulés à l'encontre de Miguel Arias Cañete, le candidat de l'Espagne pour la commission européenne.

Parmi les reproches à l'encontre de ce vieux routard de la politique espagnole, qui fut à deux reprises ministre de l'agriculture sous la droite : des intérêts familiaux dans le secteur agricole, des participations dans des compagnies pétrolières et un rôle controversé dans l'élaboration d'une loi sur la construction sur les côtes en Espagne.

A lire ici (en anglais).

 

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 20:31

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/friture-mag

 

 

RSA : un pas en avant, deux pas en Ariège

« Je ne sais pas si je suis complètement remise ». Pas du genre fragile, Sarah, 38 ans, ne revient toujours pas de son passage devant la « Commission Sociale Territoriale » (CST) de mars à Foix (Ariège) (1). Au RSA depuis 2011 cette mère d’un enfant de huit ans suit une formation de psycho-patricienne, non reconnue par l’Etat, pour travailler dans l’écoute. Un projet pas assez sérieux aux yeux du département qui la convoque. « Ce n’est pas un tribunal » lui dit-on d’entrée. Mauvais signe.

Par Ludo Simbille sur www.frituremag.info

Face à elle deux professionnels du social, deux techniciens du département. Après sa présentation, une avalanche de questions. Le ton est inquisiteur, hautain. Les réflexions intrusives, suspicieuses
« —Si vous changiez votre enfant de l’école, vous aurez plus de temps pour trouver du travail ! »
« —Vous avez pensé à déménager ? » etc. Jusqu’à ce que la sanction tombe. Retrait de 100 € de son revenu de solidarité. Motif : « démarches insuffisantes ». Sarah sort et éclate en sanglots.
Retrait total ou partiel, suspension temporaire, remboursement de « trop perçu » rendez-vous obligatoires… Menace ou sanction réelle, la version ariégeoise de lutte contre la précarité prend des allures de contrôle social. Stigmatiser et culpabiliser tout détenteur du Revenu de Solidarité Active qui ne remplit pas ou mal son contrat d’insertion ou qui n’a pas le profil adéquat.

Le CAFCA le subit régulièrement. Depuis août 2012 le Collectif d’Autodéfense Face aux Contrôles de l’Administration accompagne et défend les personnes précaires devant Caf, MSA, Pôle Emploi. A coup de « blocage » des CST. Au point que les forces de l’ordre filtraient jusqu’à peu l’accès à ces dernières. Dernière action en date, avril 2014, l’occupation du Conseil général pour exiger que Séverine, mère isolée dont le RSA fut suspendu puis remis, touche ses arriérés d’alloc. Elle vient de les recevoir. « Un résultat de la lutte », précise une militante. Ces intermittents, ces chômeurs, ces Rsastes s’organisent contre l’isolement et pour l’arrêt de ces pratiques qu’ils considèrent humiliantes. Sarah : « Ils sont là uniquement pour rabaisser la personne alors qu’ils sont censés nous accompagner ». « Un mur froid, inhumain ) » (2). Après un recours, elle gardera finalement la totalité de son revenu minimum.

Droit ou faveur ?

Au pays du « socialisme congelé » (3), les 6000 détenteurs du minima social du 09, un des territoires le plus touché par cette précarité, seraient devenus la cible n°1. Ils pèseraient trop lourds sur les finances publiques pour le département chargé de financer le Rsa socle. « ll y a parmi les allocataires des gens qui trichent, qui n’y ont pas droit. (…) Il s’agit d’argent public qui demande le plus de crédit » déclarait Augustin Bonrepaux, président du Conseil Général en 2012 (4). Autour de 30 M€. Ce qui ne l’a pas empêché de rehausser le volet social de 8 % cette année. Un coût mirobolant de 450 € mensuel par foyer en moyenne.
L’allocataire a « des droits et a surtout des devoirs » (5), se justifient à l’envi A. Bonrepaux et consort. « L’administration, paternaliste et condescendante, tente régulièrement de faire passer pour des faveurs ce à quoi nous avons droit pour vivre. La pression, constante et sans relâche, fait partie intégrante du dispositif » rappelle la CNT 09 qui épaule parfois le Cafca dans ses actions (6).
Des « miettes pour calmer la grogne sociale », rétorquent certains. « Ils ont l’impression de donner plein de sous. C’est quoi leur salaire à eux ? » s’emporte Catherine, elle aussi sortie en larmes de sa CST. On la menaçait de lui baisser son Rsa couple. 700€ pour quatre. C’était sans compter sur Malick son compagnon qui a passé son coup de gueule « On n’est pas dupe, ils ont pas intérêt à mettre une famille à la rue, mais on peut lui taper dessus »

« Les mettre au boulot »

En comité de pilotage du département, l’objectif de la direction est assez clair : « on va les mettre au boulot ! », raconte une source interne. Léger problème, avec un taux de chômage à plus 12, 2 %, les offres d’emploi n’encombrent pas les fichiers Pôle Emploi Ariège. Quitte à réorienter les profils de ces assistés en puissance à n’importe quel prix. Pour toucher son dû, Sarah a du écrire sur son recours qu’elle « élargissait son champ de recherche aux boulots alimentaires ». « Je suis allée en intérim, vu mes diplômes ils m’ont regardé avec des yeux ronds ». La logique tourne à l’absurde kafkaïen : « Si je vais travailler, ce sera pour payer la garde de mon enfant ». Daniel lui, travailleur social de métier, avait postulé dans une structure pour jeunes handicapés dont le directeur, membre de la commission, lui reprochait son manque de démarches. Il ne lui avait jamais répondu.
Souci d’honnêteté, Catherine et Malick l’on joué franc-jeu en CST : « on ne cherche pas de boulot ». Bac+ 5, elle, veut tenter sa chance dans la vannerie tandis que lui, BTS, construit leur maison sans passer par les banques. « Peu importe ce que je leur disais, pour eux j’étais une glandeuse. Comme s’ils décidaient de ma vie à ma place ». Etre un « bon pauvre » qui « s’insère » dans le chantier, les ménages, la manutention.

Ces coups de pressions retombent aussi sur les employés. En interne la CST de Foix a la réputation d’être la « plus dure » d’Ariège. Une « punition » pour les professionnels qui y travaillent. Cette tendance au contrôle viendrait du recrutement de techniciens gestionnaires « très normés » issus du monde économique. « Nous, on arrivait de l’éducation populaire ou de science de l’éducation », se souvient Paul, un conseiller d’insertion. Pas vraiment de politique du chiffre sur les « sorties positives » des Rsaste mais des rendez-vous, des règles, des obligations de données, des « outils » tels que ces « courbes d’évolution »... du chiffre d’affaires du précaire. C’est ni blanc ni noir, tempère Paul. « Les élus sont encore sur du social mais ne supportent pas ceux qui ne veulent pas s’en sortir ».

Gâchis humain

Du boulot, du moins de l’activité, la « terre courage » en foisonne. Agriculture, apiculture… Max, membre du Cafca avait un contrat d’insertion dans la cueillette. Un autre : « vente de savon à base de plante ». Catherine s’était vue invalider son contrat de travail dans un café culturel. Des ambitions professionnelles « ubuesques » pour un département plutôt hostile au mode de vie alternatif. A l’image de cette imprimerie associative qui avait le tort d’être gratuite. Une cafcaïenne raille : « Pour eux, le sens social, c’est dégager de l’argent ». Vrai que l’Ariège, terre historique d’accueil de néo-ruraux, c’est plus le pays des hippies décroissants que des costumes cadres dynamiques. De ceux qui font un « pas de côté ». Malick : « Ce n’est pas par choix mais j’estime être en résistance au Rsa, je prends ma vie en main. Je ne fais pas rien, je prend mon temps ».

 

Notes

(1) Tous les prénoms sont modifiés à la demande des intéressés.
(2) D’absurdité et de « torture morale » qualifiait Dominique Méda ce type de contrôle.
(3) Lire l’enquête de Mediapart sur le système politique ariégeois et les dossiers de La Buvette des alpages sur l’édile. http://www.buvettedesalpages.be/bon....
(4) M. Bonrepaux tenait-il le même discours à propos des subventions qu’il verse aux entreprises ? Ou au « Club Ariège Pyrénées Investissement », ce lobby créé et financé à 98% par le CG ? Sans résultat, il fut dissout pour des raisons de corruption.
(5) Et l’élu s’y connaît en citoyenneté, lui qui fut mis en examen pour délit de favoritisme dans deux marchés publics. (La Dépêche, 25/05/2013).
(6) Une étude sur le RSA qualifiait cette mécanique « d’absurde » et « torture morale » http://www.cee-recherche.fr/publica...

 

 

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/friture-mag

 

 

 

 

 

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 17:23

 

 

Source : www.reporterre.net


 

« L’heure est à la construction d’une alternative »

Entretien avec Eva Joly

lundi 15 septembre 2014

 

 

 

Eva Joly, députée européenne et ex-candidate écologiste aux élections présidentielles, plaide pour le rassemblement des alternatifs. Elle ne voterait pas la confiance au gouvernement Valls, dont elle juge que sa politique n’est pas de gauche.


Reporterre - Le Parti Socialiste peut-il encore être considéré comme un parti de gauche ?

Eva Joly - Je pense qu’il y a au sein du PS nombre d’authentiques militants de gauche. On ne peut pas condamner tout le parti. Mais il est condamné par la politique conduite en son nom par Hollande et Valls dont on peut dire, par contre, qu’elle n’est pas de gauche.

C’est quoi, être de gauche ?

J’en ai une définition très claire : être de gauche, c’est imposer les régulations nécessaires pour que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts particuliers. La gauche doit incarner cette volonté, au service des plus faibles. Cela passe par des confrontations, car il y a une tension perpétuelle entre l’intérêt général et les intérêts économiques et industriels, qui sont très puissants. Et c’est le rôle du politique de ne pas laisser la société aux mains du marché et à sa prétendue « auto-régulation ».

Prenons l’exemple de l’amiante. En France, on a réglementé très tard car c’étaient les professionnels de l’amiante qui géraient le problème, alors que la plupart des pays européens l’ont interdit durant les années 1970. On savait pourtant depuis longtemps que l’amiante était dangereux. Ce retard va causer 100 000 morts d’ici 2050, c’est un scandale sanitaire. Mais le pouvoir en place n’en tire pas vraiment la leçon, et les lobbies continuent à sévir : ils ont enterré les class-action [actions en justice de groupes de citoyens], et ont réussi à rendre impuissante la loi de séparation bancaire.

Sous François Hollande, le court-termisme règne en maitre. Voilà ce qui explique qu’il soit si peu sensible à l’écologie. Pourtant, par la redéfinition même de l’intérêt général grâce aux réflexions sur les générations futures et les biens communs, l’écologie ouvre un « au-delà » de la gauche. Pour moi, elle en est l’avenir. La gauche du 21e sera écologiste ou ne sera plus.

Vous avez évoqué avec Julien Bayou une plate-forme pour réunir les mouvements qui s’opposent au « socialisme gouvernemental ». Sur quoi peut-on les rassembler ?

Sur une dynamique de projet, et pas seulement de rejet. Le virage écologique d’abord. Il faut prendre en compte les impératifs d’un monde fini, la lutte contre le changement climatique, la transition énergétique, toutes ces choses dont je continue de m’étonner chaque jour que l’on ne les prenne pas au sérieux, alors qu’il est déjà très tard.

Les institutions ensuite. La République est à bout de souffle, il faut se battre pour une VIe République, pour vaincre la maladie de la Ve, qui met trop de pouvoir dans trop peu de mains. Il faut redonner du pouvoir aux citoyens.

Sur le social, la violence de la crise demande de se mettre d’accord sur la sanctuarisation de secteurs qui ne peuvent pas faire les frais d’une politique de réduction des déficits publics. Santé, environnement, logement et éducation doivent au contraire faire l’objet d’investissements.

Enfin, reste l’Europe. Les solutions doivent être européennes. Il faut que les autres forces modifient leur positionnement sur l’Europe. On ne pourra pas faire route avec les euro-sceptiques s’ils n’acceptent pas l’idée qu’il faut modifier l’Europe, et non pas la détruire.

Quel est le périmètre de cette plate-forme sur l’échiquier politique : le Parti communiste peut-il en faire partie, ou François Bayrou ?

Il n’y a pas d’exclus a priori : ceux qui, en sincérité, veulent conduire une autre politique peuvent venir. Mais il faut de la cohérence. François Bayrou est un pro-européen, il a une fibre sociale et il a souvent eu du courage. Mais il semble avoir choisi le retour à droite dans le giron de Juppé. J’en prends acte. Pour autant, ceux des démocrates qui veulent participer à la création d’un bloc progressiste sont les bienvenus. Avec les communistes, nous avons des choses à faire. Ils sont indispensables à la construction d’une nouvelle majorité. Mais dénoncer l’austérité sans demander un changement de modèle productif et sans renoncer au culte de la croissance à tout prix est une impasse.

Et Arnaud Montebourg ?

Arnaud Montebourg a un rôle à jouer mais les gaz de schiste sont un vrai problème chez lui. Il doit laisser les mirages industrialistes de côté. J’aimerais aussi que Christiane Taubira se lance et donne de la voix à nos côtés, parce qu’elle incarne l’espoir pour des millions de personnes.

Les partenaires privilégiés semblent être le Parti de Gauche, Nouvelle Donne, les frondeurs du PS et quelques mouvements comme Ensemble. Tous ont-ils fait leur aggiornamento sur l’écologie ?

Ils n’en sont pas tous au même point, il reste parfois du greenwashing. Mais beaucoup ont commencé à comprendre que c’est important, sans en tirer forcément toutes les conséquences. C’est ce sur quoi il est nécessaire de travailler.

Mais ces quelques piliers de convergence suffiront-ils à dépasser tout ce qui vous distingue, dans vos cultures politiques ?

Le temps est mûr pour cela. Nous devons construire une coalition qui débat et faire arbitrer nos désaccords par les citoyens. Je ne crois pas que le succès puisse découler d’un accord au sommet.

Si cet espace politique existe déjà, il ne s’est pas imposé lors des dernières élections. L’année 2014 a signé l’échec des différentes stratégies, qu’elles aient choisi de participer au gouvernement ou qu’elles en soient restées en dehors…

Notre échec découle aussi de notre division. Et de l’absence de dynamique citoyenne. A l’inverse, je regarde avec respect et intérêt ce qui s’est passé à Grenoble. Rassemblées, les forces alternatives peuvent être majoritaires.

Mathématiquement, cela marche peut-être, mais politiquement, on peut en douter, non ?

Il ne s’agit pas de fédérer des minorités, mais d’ouvrir une dynamique politique nouvelle. La rencontre des personnalités qui portent ces mouvements politiques est une première étape, mais ce que nous voulons profondément, c’est un retour aux citoyens. L’important en politique, ce qui fait sa valeur, ce sont les militants. C’est à eux que je suis fidèle chez EELV. Il y a dans la société civile, dans les associations, beaucoup de force et de volonté de changement. Beaucoup de gens avec une conscience politique et qui ne sont pas satisfaits de l’offre actuelle. C’est d’abord à eux que s’adresse la primaire de l’espoir...

 

*Suite de l'aricle sur reporterre

 

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 17:07

 

Source : www.mediapart.fr

 

Fête de l’Huma: Mélenchon se remet en mouvement sur le modèle espagnol de Podemos

|  Par Stéphane Alliès

 

 

Pendant que responsables du Front de gauche, écologistes et socialistes critiques cherchent ensemble la riposte à Valls, Jean-Luc Mélenchon lance son mouvement pour la VIe République en s'inspirant directement de l'expérience espagnole de mobilisation citoyenne.

Ils sont venus, ils se sont vus, et s’ils ne s’avouent pas encore vaincus, ils sont loin de se mettre d’accord pour la suite. Ce week-end à la fête de l’Huma, au parc de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), le beau temps a souvent été vu comme un signe optimiste pour les lendemains de la gauche. À travers des allées fournies d’une foule plus nombreuse que les deux années précédentes, la gauche critique, en délicatesse avec le gouvernement Valls, veut croire, avec plus ou moins d’enthousiasme et de sincérité, au début d’un quelque chose alternatif. « Le soleil brille sur la gauche, ça nous change de la pluie hollandaise », rigole un militant derrière son stand de saucisses-frites.

 

Pierre Laurent lors de son discours d'accueil à la fête de l'Huma, le 13 septembre 2014 
Pierre Laurent lors de son discours d'accueil à la fête de l'Huma, le 13 septembre 2014 © S.A

 Puissance invitante d’un rendez-vous qu’ils ont voulu comme celui de « la gauche qui se reparle », les communistes jouent un chemin alternatif et unitaire qu’ils entendent tracer avec la meilleure bonne volonté possible. « Paradoxalement, le scénario d’un FN au second tour, qu’agitent tant Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis, nous enlève des scrupules et doit nous décomplexer, explique la dirigeante communiste Marie-Pierre Vieu. Car on est sûr en l’état actuel que le PS ne sera pas en face. Donc il faut trouver autre chose. »

Lors d’un déjeuner avec la presse vendredi, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a résumé le message qu’il n'a pas cessé de marteler au gré de ses interventions de tribunes et de médias : « Désormais, on doit construire l’alternative sociale que les Français voulaient en 2012. »

Pierre Laurent espère que le rassemblement du Front de gauche avec les écologistes et les “frondeurs” du PS va se concrétiser dans « la riposte » à l’Assemblée, voire dans la rue, puis dans « la recherche de solutions communes » et enfin dans la perspective d’une coalition électorale, pudiquement nommé pour l'instant « travail de rassemblement ». « Nous prendrons toutes les initiatives nécessaires pour faire dialoguer toutes les forces de gauche qui ne se reconnaissent pas dans le gouvernement », dit-il.

Pour l’instant, l’heure est à la reprise de contact, entre embrassades de travées et banquets devant caméras. Chacun s’arrange de cette ritualisation de l’unité de la gauche, qui semble condamnée à rester éternellement un combat. « On ne va passer à l’alternative en deux jours, admet Pierre Laurent. Les intérêts partisans de chacun ralentissent les convergences. Nous, on envoie le signal qu’on est disponible et qu’il faut aller vite. »

L’un de ses proches confie, en "off" : « Se retrouver autour d'une table, ça n’allait déjà pas de soi pour certains. C’est aussi pour cela qu’on a fait un repas plutôt que de s’essayer à un communiqué commun. On en est là… »


Déjeuner entre responsables du Front de gauche, d'EELV et des frondeurs, à la fête de l'Huma 
Déjeuner entre responsables du Front de gauche, d'EELV et des frondeurs, à la fête de l'Huma © S.A

Samedi midi, sous la tente du stand de la Côte-d’Or et les pieds dans l’herbe, le repas de la gauche alternative avait des airs de Cène incertaine. « On ne sait pas encore qui sera Judas », rigole un convive. Autour des escargots et d’une dizaine de dirigeants communistes et du Front de gauche (Jean-Luc Mélenchon, Éric Coquerel, Clémentine Autain ou Christian Picquet), on retrouve les socialistes de l’aile gauche (Jérôme Guedj, Pascal Cherki, Barbara Romagnan ou Marie-Noëlle Lienemann), ou des proches de Martine Aubry (Christian Paul ou Jean-Marc Germain). Mais aussi Isabelle Attard, co-présidente de Nouvelle donne, le président de la Ligue des droits de l’homme, Jacques Dubois, l’ancienne présidente du syndicat de la magistrature, Évelyne Sire-Marin, l'ancienne co-présidente d’Attac, Aurélie Trouvé.

Enfin les écologistes Jean-Vincent Placé et David Cormand, qui expliquent tous deux que le groupe EELV à l’Assemblée devrait en grande majorité s’abstenir lors du vote de confiance, mardi 16 septembre. Tout le week-end, le PCF aura aussi multiplié les assauts d’amabilités envers les écolos. Envers Cécile Duflot, venue vendredi débattre sur le logement et défendre sa loi Alur, « qui n’est pas la loi Duflot, mais une des rares lois votées par toute la gauche ». Ou envers Emmanuelle Cosse, qui s’est fait applaudir par l’assistance en parlant transition énergétique et santé au travail.

« Il va vite falloir passer aux travaux pratiques »

Le banquet n’a pas franchement débouché sur une quelconque initiative, ni même de grandes discussions politiques. Juste une bouffe, pour s’assurer que ça vaut bien le coup de se revoir pour parler sérieusement. « On est dans les préliminaires, mais il va vite falloir passer aux travaux pratiques, explique le dirigeant écologiste David Cormand. Déjà, on va y voir plus clair après le vote de confiance, et savoir sur combien de parlementaires on pourra s’appuyer. »

Là encore, les communistes n’ont cessé d’exprimer un soutien compréhensif aux “frondeurs”, ces députés socialistes qui refusent la caporalisation libérale engagée par Manuel Valls. « Je sais bien que ça va se finir par des abstentions et que ce ne sera pas suffisant pour obtenir un changement de gouvernement, explique Pierre Laurent. Mais il n’y a pas si longtemps, il n’y avait pas de frondeurs. » Ceux-ci assument de ne pas vouloir faire tomber le gouvernement Valls, mais confirment leur amertume. « À cette étape, on assume. À cette étape… », dit Pascal Cherki. Marie-Noëlle Lienemann abonde : « Le vote contre serait une occasion pour la direction du PS de nous exclure du PS, car “ils” rêvent de garder le parti. » La sénatrice, figure de l’aile gauche socialiste, estime à 63 le nombre d’abstentions nécessaire pour faire tomber Valls, sans y croire toutefois. Car ils ne devraient être qu’autour d’une trentaine de députés PS à “fronder”, pronostiquent certains.

 

Pierre Laurent et Emmanuelle Cosse, à la fête de l'Huma, le 13 septembre 2014 
Pierre Laurent et Emmanuelle Cosse, à la fête de l'Huma, le 13 septembre 2014 © S.A

Chez les aubrystes, on vit la séquence comme un avertissement supplémentaire, renforcés par les nouvelles déclarations de la maire de Lille, « carte postale » supplémentaire à l’attention du pouvoir. « J'ai été premier secrétaire du PS, a ainsi rappelé Martine Aubry samedi, depuis une assemblée de la fédération du Nord, à laquelle était présent le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis. On fait l'unité en parlant du fond, on ne fait pas l'unité en disant "Unité, unité, unité". On fait l'unité sur un projet, on fait l'unité sur des valeurs, sur un sens et sur des réponses. » Avant de se prononcer « pour l'indépendance de chacun », au moment de voter ou non la confiance au gouvernement Valls 2. Pourtant, tout le monde reste encore dubitatif (au minimum), quant à un retour de celle qui incarne à merveille le rassemblement unitaire de cette gauche critique du gouvernement, mais qui incarne aussi toutes ses incertitudes.

Alors, faute d’imam sortant de sa cachette, ses proches demandent a minima que « les réunions de groupe PS ne soit plus un lieu où à chaque vote, c’est “soumission ou apocalypse” », selon les termes de Jean-Marc Germain. Ou ils exigent « la fin de cette période où la gauche ne pourrait pas se parler », comme Christian Paul. Ce dernier défend aussi « la nécessité d’un plan d’urgence sociale » qu’il souhaiterait voir mis en œuvre à l’Assemblée par la majorité parlementaire, autour de dispositifs fiscaux favorisant le pouvoir d’achat, d’une réelle conditionnalité de l’octroi du CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) aux entreprises, notamment en matière de création d’emplois, ou d’une nouvelle loi bancaire.

 

Inauguration du stand du Front de gauche à la fête de l'Huma, avec les porte-parole de chaque parti, le 12 septembre 2014 
Inauguration du stand du Front de gauche à la fête de l'Huma, avec les porte-parole de chaque parti, le 12 septembre 2014 © S.A

Mais aucun de ces frondeurs socialistes ne sait vraiment au bout de combien d’avertissements ils pourraient passer au blâme du gouvernement Valls. Et c’est ce qui irrite, ou du moins ne convainc pas, les sceptiques du Front de gauche. Au PG, on continue ainsi à afficher son désaccord stratégique. Et on martèle la nécessité de « ne plus s’allier au système libéral », c’est-à-dire au PS, comme l’a scandé Éric Coquerel à la tribune du débat unitaire de la fête de l’Huma.

Si on se plie de bonne grâce aux mises en scène confortant la subsistance du Front de gauche, assurant son attachement au rassemblement né il y a désormais six ans, le cœur ne semble plus y être vraiment, comme à Montreuil la semaine passée (lire ici). « Les frondeurs ne sont pas des révolutionnaires, franchement, maugrée Jean-Luc Mélenchon. Disons qu’ils sont mignons, là où les autres sont moches. » Ce dernier a choisi de repartir au combat, façon de démentir ces médias qui se seraient « réjouis trop vite » de ce qu’ils avaient interprété hâtivement comme une retraite.

Mélenchon et l'inspiration Podemos

Sans conteste, le héraut de l’autre gauche semble avoir digéré sa lassitude estivale et ce qu’il admet lui-même comme un échec stratégique, celui de ne pas être parvenu à dépasser le PS aux dernières européennes. Revigoré par un accueil chaleureux dans les allées de la fête (là où celui des deux dernières années était plus frais, voire tendu), enchaînant selfies bravaches et embrassades militantes, Jean-Luc Mélenchon veut regarder d’un air distant les discussions entre partis de gauche, car à son sens ce n’est plus là que ça se joue.

 

Jean-Luc Mélenchon pose pour un selfie, à la fête de l'Humanité, le 13 septembre 2014 
Jean-Luc Mélenchon pose pour un selfie, à la fête de l'Humanité, le 13 septembre 2014 © S.A

Au stand du Parti de gauche, il a prononcé un discours devant une foule nombreuse, débordant très largement dans les allées de la fête, et a assuré les « siens » qu’il ne « déserterai(t) jamais (son) poste de combat ». « On est dans un moment de reconstruction, confie-t-il ensuite à quelques journalistes. En ce moment, ça se cristallise sur la souveraineté populaire. »

Après le parti allemand Die Linke (« son échec nous a indiqué que créer un parti n’était pas la solution, c’est pour ça que nous avons continué de privilégier le Front »), les révolutions arabes (il a laissé la parole au candidat du Front populaire tunisien Hamma Hammami), la coalition grecque Syriza (dont il estime que « le besoin d’experts les a conduits à recycler des sociaux-démocrates en rupture »), Mélenchon louche désormais du côté de l’Espagne. Et du mouvement Podemos, parti en construction, issu du mouvement des Indignés. « Il y a plein de bolivariens dedans », glisse-t-il en allusion à une autre de ses références stratégiques internationales, celle des révolutions citoyennes sud-américaines (lire ici).

 

Devant le stand du Parti du gauche à la fête de l'Huma, lors du discours de Jean-Luc Mélenchon, le 13 septembre 2014 
Devant le stand du Parti du gauche à la fête de l'Huma, lors du discours de Jean-Luc Mélenchon, le 13 septembre 2014 © S.A

La souplesse et l’innovation de Podemos, qui a recueilli 8 % aux dernières européennes et envoyé cinq eurodéputés à Strasbourg et Bruxelles, sans même avoir créé encore de parti, cela rend admiratif Mélenchon. « Ils disent ce que je n’ai jamais osé dire », confie-t-il. Lui ne cache pas leur emprunter leur définition d’un nouveau clivage, surpassant gauche et droite, entre front du peuple et oligarchie. « Ils donnent la ligne d’une nouvelle confrontation », explique l’ancien candidat à la présidentielle, qu’il résume en une formule centrale, reprise aux Espagnols : « Le système n’a plus peur de la gauche, il a peur du peuple. »

Cette nouvelle approche ne convient pas franchement aux communistes, ainsi que l’explique Pierre Laurent : « Je vois l’idée que la gauche ne se relèvera pas de Hollande et Valls et qu'il faudrait donc faire autrement. Mais je n’y crois pas, car des millions de gens se retrouvent dans cet imaginaire, et cela reste un levier politique fort. Même s’il est vrai qu’ils ne mobilisent pas toutes les classes populaires, les partis restent un creuset de la démocratie, qu’on ne peut pas bazarder comme ça d’un coup. » En revanche, l’universitaire et “socialiste affligé” Philippe Marlière, qui a critiqué ce nouveau clivage dans un récent ouvrage collectif (lire ici), avoue son trouble sur la question, après en avoir longuement discuté avec deux des responsables de Podemos, venus à la fête de l’Huma. « Il faut que je cogite », sourit-il.

 

Pablo Bustinduy et Jorge Lago (Podemos) entourent Martine Billard, à la fête de l'Huma, le 13 septembre 2014 
Pablo Bustinduy et Jorge Lago (Podemos) entourent Martine Billard, à la fête de l'Huma, le 13 septembre 2014 © S.A

Samedi matin, ces deux-là, Pablo Bustinduy et Jorge Lago, ont détaillé minutieusement, et dans un français impeccable, leur « renouvellement profond du récit, des méthodes et des pratiques » politiques, lors d’un débat sur le stand du PG. « Si l’on veut repolitiser la souffrance et la colère, il faut admettre que le clivage gauche/droite est rejeté et faire un pari audacieux, y a expliqué Bustinduy. Nous ne savons pas qui nous sommes exactement, ni quelle est l’exactitude de nos convergences sur ce que nous voulons, mais nous savons qui ils sont en face, et nous opérons une construction politique par rapport à ceux dont nous ne voulons plus. » Podemos serait alors « un parti fondé sur une hégémonie et non une idéologie, ajoute Lago, où l’on part du plus petit dénominateur commun pour rassembler au maximum, puis on élargit toujours un peu plus ».

Concrètement, ces indignés-là ont choisi d’abord de « briser un tabou à gauche » en créant en premier lieu « une structure purement électorale ». Ouvertes à qui le souhaitait, des primaires de désignation ont vu 150 candidats se présenter aux suffrages. Plus de 30 000 votants et plus d'une centaine de milliers d’adhérents plus tard, voici Podemos quatrième force du pays, devant le partenaire traditionnel de la gauche radicale européenne, Izquierda unida.

« Nous, on agit et on voit »

Cet éloge de l’action dépassant les questions de chapelles plaît à Mélenchon, qui se désespère régulièrement des manques d’audace ou temporisations de ses alliés communistes. « Tout est figé, alors on laisse ceux qui veulent se retrouver autour d’une table pendant six mois, un an, deux ans… Nous, on agit et on voit, dit Alexis Corbière, dirigeant du PG. Si ça ne marche pas, tant pis, au moins on aura essayé. »

Son Podemos à lui, ce sera le « m6r », pour Mouvement pour une VIe République. Une page internet vient d'être créée, recueillant 16 000 signatures en deux jours, assure-t-il, sans compter celles obtenues dans les allées de la fête. Là encore, il s’inspire de l’expérience espagnole, et promet « un réseau social totalement horizontal, sans chefs ni cartes d’adhérents », capable de s’autogérer pour préparer les esprits à la révolution citoyenne, et appliquant « la démocratie la plus directe possible ». Pour bien montrer qu'il entend faire différemment, le logo n'a plus rien à voir avec le graphisme mélenchonien. Ni rouge, ni vert, le logo du « m6r » est jaune et orange, et aussi un peu bleu, ressemblant à un dessin enfantin de soleil ou d'étoile.

 

Un stand de signatures de soutien au mouvement pour la VIe République, à la fête de l'Huma, le 12 septembre 2014 
Un stand de signatures de soutien au mouvement pour la VIe République, à la fête de l'Huma, le 12 septembre 2014 © S.A

Lors de son discours, il a cherché à donner corps à l’enjeu d’une constituante, face à ceux qui jugent « trop abstraite » son idée. S’inscrivant dans l’histoire des républiques précédentes, « qui ont toujours servi à sortir du monarchisme, de l’empire ou du pétainisme », il voit sa VIe République comme l’outil « pour sortir du néolibéralisme qui détruit la démocratie pour pouvoir fonctionner ».

À ses yeux, il s’agit de « combiner stabilité des institutions et capacité d’intervention populaire ». Il évoque le « référendum révocatoire » afin de sanctionner des élus en cours de mandat, mais voit surtout la VIe République comme « un mot d’ordre social », constitutionnalisant « la démocratie dans les entreprises », « droit de préemption coopératif et ouvrier » en cas d’abandon d’un site par un propriétaire, élection « vraiment représentative pour le patronat », inscription de droits fondamentaux tels que « le partage, la citoyenneté, l’humanité universelle » ou « règle verte », sorte de règle d'or écologique.

Et puis, Mélenchon ne peut s’empêcher de glisser malicieusement en marge de la tribune, combien un recentrage de son action politique sur la constituante permettrait de lever un désaccord inconscient avec les communistes. « On a un cadavre dans le placard sur le sujet, dit-il en souriant. En 1917, la constituante a été dispersée par les bolcheviks… » Façon de convoquer l’histoire pour enfoncer un coin dans l’attitude dubitative des communistes français, pourtant bien lointains héritiers de la révolution d’Octobre…

Peut-être pour la première fois de sa longue carrière politique, Mélenchon ne sait-il pas où il va, n’a pas planifié son affaire plus que ça, et semble se réjouir de sauter dans l’inconnu, loin des tergiversations d’appareils. « Je ne sais pas comment ça marche, mais les camarades de Podemos vont nous l’expliquer et nous donner leurs outils. Je ne sais pas si on va y arriver, mais venez les gens, prenez le boulot en main, parce que moi, je sature ! » a-t-il lancé au micro.

Quand on lui demande quelles initiatives vont être prises, il parle d’agiter les réseaux sociaux, « avant de voir comment on peut passer du virtuel à la rue ». S’il évoque en passant la possibilité d’une nouvelle marche en novembre, pour le mi-mandat de François Hollande, pour qui les mots sont toujours aussi durs (« mais c’est devenu presque doux par rapport à ce que disent désormais les socialistes eux-mêmes »), il paraît persuadé que tout peut passer par Internet. Il dit ainsi regarder vers Avaaz, un site de pétitions et de mobilisations qui l’intrigue aussi fortement, et rappelle son intérêt ancien pour « l’école de formation de masse » qu’est devenu le numérique. « Quand j’étais jeune, on était fier d’avoir tiré un tract à 2 000 exemplaires, dit-il. Aujourd’hui, entre mon blog, twitter et Facebook, on s’adresse à des centaines de milliers de personnes. »

Quand on souligne que certains fondamentaux de Podemos ne semblent toutefois pas aisément transférables dans la gauche, comme la méthode de primaires archi-ouvertes pour les investitures (un exercice auquel le Front de gauche dans son entier a toujours été hostile), ou encore le profond renouvellement du personnel politique (majoritairement trentenaire et non-professionnel de la politique), il acquiesce, tout en faisant remarquer que « former de nouveaux militants prend du temps ». Mais ce samedi à la fête de l'Huma, il ne semble pas vouloir déjà penser à tout cela : « Il va falloir s’habituer à ce nouvel angle, comme il va falloir s’accorder avec les communistes. Mais de toute façon, soit on continue comme avant et on se fera dégager, soit on y arrive. » En aura-t-il assez et cela sera-t-il suffisant pour ouvrir un nouveau « cycle ascendant », comme il dit ? Lui-même ne le sait pas, mais il semble au moins y prendre du plaisir.

 

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 16:57

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

A l'assaut de Jersey, le secret bien gardé des riches

|  Par Dan Israel

 

 

 

À 1 h 20 de Saint-Malo, l’île anglo-normande a fait fortune en supprimant les impôts des entreprises et en offrant à tous les fraudeurs du monde le secret absolu de ses trusts. Une « réussite » payée au prix fort, comme le dénonce inlassablement Attac, qui organisait un colloque sur place ce week-end.

S’embarquer pour Jersey depuis Saint-Malo, c’est plonger dans une drôle d’ambiance. Dès le terminal portuaire, la compagnie qui relie la France à la plus grande des îles anglo-normandes clame fièrement que « l’évasion est déjà à bord » de ses ferries. Et en montant sur le bateau, on ne manquera pas de remarquer qu’il est immatriculé à Nassau, aux Bahamas, paradis fiscal renommé pour les pavillons de complaisance qu’il offre à tous les armateurs du monde. Après 1 h 20 de traversée, une fois débarqué à Saint-Hélier, la plaisante capitale de Jersey, c’est le nombre de plaques métalliques bien astiquées sur les murs qui attire l’œil. Elles signalent les banques, les avocats fiscalistes ou les sociétés de domiciliation qui font la fortune de l’île, deuxième territoire d’Europe le plus riche par habitant, après le Luxembourg.

 

Au terminal des ferries de Saint-Malo, direction Jersey. 
Au terminal des ferries de Saint-Malo, direction Jersey.

Car Jersey est un paradis fiscal, et un lieu réputé dans le monde entier pour le secret absolu qu’il offre aux entreprises et aux riches particuliers qui souhaitent y cacher leurs activités ou leur argent. Mais si elle fait la richesse de l’île, cette activité hautement lucrative ne distribue pas ses fruits de manière égale aux 100 000 habitants. À Jersey, se côtoient l’opulence des représentants de la finance et la grande pauvreté d’une partie croissante de la population. C’est ce que dénonce Attac depuis 13 ans.

Vendredi 12 septembre, c’était la quatrième fois que l’association faisait le déplacement, en organisant un colloque sur place (avant de prolonger l’événement à Saint-Malo le lendemain). En juin 2001, pour l’opération « Étranges paradis », 140 de ses membres avaient débarqué pour la première fois. Susan George, la cofondatrice d’Attac, était de l’opération à l’époque. Ce week-end, elle revenait sur l’île pour la première fois. À ses côtés dans la salle louée à Saint-Hélier pour l’occasion, Thomas Coutrot, l'un des porte-paroles de l’association, accompagné d’une vingtaine d’adhérents, principalement de la région malouine, leurs correspondants locaux de Jersey, l’universitaire canadien Alain Deneault (qui a récemment présenté à Mediapart son dernier livre) ou Lucie Watrinet, de l'association française CCFD-Terre solidaire, très active sur les questions de développement et de fraude fiscale.

Ils étaient accompagnés par des représentants du Tax justice network, l’ONG la plus pointue et peut-être la plus exigeante dans le champ de la lutte contre l’évasion fiscale et contre ce qu’elle nomme les « juridictions du secret » (le livre d’un de ses membres, le journaliste Nicolas Shaxson, est un incontournable). Animateur des débats vendredi, le dirigeant et fondateur du Tax justice network, John Christensen, sait de quoi il parle lorsqu’il dénonce la « capture par la finance du gouvernement et de l’élite de l’île » : Jersiais d’origine, il a été le conseiller fiscal du gouvernement local pendant douze ans, avant de se détourner de son métier et de s’opposer férocement à ses anciens camarades.

 

John Christensen, fondateur du Tax justice network 
John Christensen, fondateur du Tax justice network © D.I.

Auteur d’un livre intitulé La Malédiction de la finance (disponible gratuitement en anglais ici), John Christensen se désole d’avoir assisté à la prise de pouvoir sur son lieu de naissance du secteur financier, qui représente un quart des emplois directs, de très nombreux emplois indirects et 60 % du PIB. « Cela a détruit l’équilibre économique ici, témoigne-t-il. Les banques, les conseillers financiers et les avocats fiscalistes sont partout, mais le tourisme et l’agriculture ont disparu. Et aujourd’hui, le coût de la vie y est supérieur à celui du centre de Londres. »

À la recherche des bananes de Jersey

Située à 135 kilomètres au sud de l’Angleterre, Jersey entretient une relation particulière avec le Royaume-Uni et l’Union européenne. L'île est une dépendance de la couronne britannique depuis le 13e siècle. Toutes ses lois sont validées par la Reine, et ses activités financières sont intimement liées à la City de Londres, à qui elle sert bien souvent de discret paravent. Pourtant, elle est formellement indépendante et dispose d’un gouvernement et d’un parlement autonomes. Elle peut ainsi établir ses propres règles fiscales, au nez et à la barbe de l’Union européenne, dont elle peut ignorer les traités car elle n’en est pas formellement membre.

C’est dans ce contexte que Jersey a développé en 50 ans de puissantes infrastructures de gestion de fortune offshore, qui s’appuient lourdement sur le secret qu’elle assure à ses clients. Représentant à peine 1 % du marché des services financiers offshore, elle n’en arrive pas moins à la neuvième place de l’Index de l’opacité financière, l’outil de mesure mis sur pied par le Tax justice network.

Ce territoire offre un avantage considérable aux entreprises qui font tout pour réduire leur taux d’imposition : depuis 2009, les bénéfices des sociétés qui s’y établissent ne sont pas taxés (les entreprises purement financières doivent tout de même payer 10 % de taxes). Ce qui fait de Jersey un lieu de passage très prisé parmi la longue liste de destinations exotiques où les grandes entreprises font transiter leurs activités et leurs profits. Des jongleries qui n’ont bien sûr lieu que sur le papier, les intermédiaires présents en masse sur l’île se chargeant d’y assurer la présence symbolique d’une entreprise ou de ses filiales, sans qu’elles aient le moindre besoin d’y développer une activité réelle.

 

Comme un geste de bienvenue ironique, des cartons de bananes accueillent les arrivants au port... 
Comme un geste de bienvenue ironique, des cartons de bananes accueillent les arrivants au port... © D.I.

Exemple emblématique de cette absurdité née de la mondialisation financière, et totalement légale : officiellement, ce petit bout de terre perdu dans la Manche est le premier exportateur de bananes en Europe. Simplement parce que les entreprises américaines productrices ont intégré depuis longtemps la combine. Dans son excellent film sur les impasses que représentent les paradis fiscaux, le journaliste Xavier Harel (également auteur d’un livre de référence) a ainsi embarqué en toute candeur John Christensen dans un périple à la recherche des bananiers de Jersey. Les deux hommes ont fini par tomber sur les bureaux poussiéreux et inutilisés de la compagnie qui était censée développer une activité florissante sur place.

Les trusts, perles de Jersey

Mais la vraie perle de Jersey est à chercher du côté du secteur des trusts, en pleine santé bien que fort discret. Peu connu en France mais fréquent et légal dans les pays de droit anglo-saxon, ce contrat est l’outil ultime en termes de dissimulation, et l’une des armes favorites des évadés et autres fraudeurs fiscaux. Alors que partout dans le monde, la pression en faveur de la transparence financière se fait plus pressante, les trusts font encore figure de trou noir du système financier international. Remontant à l’époque des croisades, ils permettent à un riche particulier d’y loger sa fortune, ou à une entreprise d’y placer une partie de ses activités, puis de faire comme s'ils n’en étaient plus ni les propriétaires ni les bénéficiaires directs. Pourquoi ? Parce qu’une fois que vous avez placé un bien ou une activité dans un trust, ils sont désormais gérés par un trustee, un homme de confiance nommé pour s’en occuper, censément en toute indépendance.

Dans les faits, cette construction se révèle la plupart du temps purement théorique, une des missions officielles du trust pouvant par exemple être d’assurer le train de vie d’un ou plusieurs bénéficiaires, ou de transmettre un héritage, pourquoi pas sur plusieurs générations. Le tout en parfaite légalité, et dans le secret le plus absolu : l’accord est connu du trustee et de son mandataire seuls, il n’est pas signalé aux autorités et n’est inscrit dans aucun registre ! Il est impossible pour quiconque de connaître avec exactitude le montant placé dans les trusts de Jersey, mais on estime généralement que les sommes gérées sur l’île pour des non-résidents vont de 400 à 600 millions de livres sterling (500 à 750 millions d’euros).

 

L'arrivée à Jersey. 
L'arrivée à Jersey. © D.I.

Officiellement, les autorités n’ont aucun souci avec leur activité financière, puisqu’elles martèlent depuis des années qu’elle est parfaitement légale. Jersey Finance, l’organisme parapublic qui est la voix officielle du secteur, et son directeur général Geoff Cook, répètent sur tous les tons que Jersey est un centre financier tout à fait sérieux, et qu’il est régulé par une autorité de contrôle rigoureuse et efficace. D’ailleurs, s’écrient d’une seule voix les rares gestionnaires de fortune qui veulent bien s’exprimer sous couvert d’anonymat, les trusts « ont une réelle utilité et peuvent recouvrir des réalités tout à fait légales ». À les entendre, contre quelques milliers d’euros de frais de gestion, ils seraient la solution idéale pour tous ceux qui souhaitent que leur argent finance des activités philanthropiques après leur mort, ou qu’il ne soit pas dilapidé par leurs héritiers.

C’est exact. Mais c’est loin de recouvrir tous les cas. Comme chaque habitant de l’île le sait, les « sham trusts », les trusts fictifs qui servent à camoufler argent ou bénéfices, sont légion. Mais il est très difficile de témoigner de cette réalité à visage découvert. Pour preuve, dans la salle qui accueille Attac et ses invités, l’assistance est plutôt clairsemée. En tout, seule une grosse cinquantaine de personnes ont fait le déplacement. Beaucoup de têtes grises, peu de jeunes, et pas mal d’habitués des réunions militantes. Se montrer critique en public est fort délicat dans ce mouchoir de poche totalement dépendant de la finance, où tout le monde se connaît, et se surveille. Une ambiance de plomb qui n’est pas sans rappeler celle qui règne au Luxembourg, autre minuscule territoire menant la danse de l’industrie financière, auquel Mediapart a déjà consacré une série de reportages.

 

Les intervenants invités par Attac, le 12 septembre à Jersey 
Les intervenants invités par Attac, le 12 septembre à Jersey


L'omerta règne sur l'île

« C’est vrai qu’il est très difficile de s’afficher avec nous si vous travaillez dans la finance. Ou si votre cousin, votre sœur, vos enfants sont dans cette branche. Or, à part l’éducation et le secteur de la santé, il n’y a que la finance qui donne du travail ici », témoigne Pat Lucas, petite dame énergique aux cheveux blancs et au regard d’acier, l’une des activistes qui tient à bout de bras depuis des années la petite section jersiaise d’Attac, créée à la suite du « débarquement » des militants français à l’été 2001. « Beaucoup de gens n’osent pas se montrer avec nous mais nous soutiennent, et nous aident en cachette », assure-t-elle. « Pas mal de jeunes gens se sont mobilisés au fil des ans, mais ils ne sont restés que quelques mois, car ils étaient menacés de perdre leur emploi ou leur logement. On ne se rend pas compte de la pression qu’ils subissent », confirme Jacques Harel, l’un des responsables de la section malouine d’Attac.

Sur place, le débat politique est presque inexistant. Indépendante depuis le 13e siècle, l’île n’a jamais connu d’alternance politique… puisque jusqu'à l’an dernier, les partis politiques étaient interdits ! Les 29 députés siègent en leur nom propre (et tout comme le premier ministre, ils sont souvent fort riches). Il y a quelques mois, trois d’entre eux ont monté la première formation politique, le Reform Party, pour essayer de réveiller les esprits. Ses militants occupaient une place de choix lors de la réunion d’Attac, et ils espèrent bien récupérer plus de sièges lors des prochaines élections, le 15 octobre.

En attendant, les voix dissidentes qu’ils représentent ont bien du mal à se faire accepter. Le député Montfort Tadier en a fait l’amère expérience au printemps 2013. Dans l’excellente double page que Le Parisien a consacré à l’époque au cas de Jersey, le témoignage sans concession du jeune responsable politique était largement mis en valeur. Il y déclarait que les pratiques locales « privent le fisc français de millions d'euros » et que Jersey est bien un paradis fiscal, où l’industrie des « sham trusts » tourne à plein. Sacrilège. « Je n’ai fait que dire des choses assez banales, mais les exposer en dehors de l’île a été considéré presque comme un crime passible de la peine capitale, témoigne-t-il. Les journaux et les responsables politiques, tout le monde m’a désigné comme l’ennemi de la finance. » Et donc de Jersey. Il dit avoir passé « des moments très difficiles » dans les derniers mois.

Les banques françaises bien présentes

En réponse à ses attaques, les autorités ont fait valoir que beaucoup de choses avaient changé dans les îles anglo-normandes. La lutte contre la fraude fiscale devenant une priorité affichée des gouvernements partout dans le monde, Jersey ne peut pas continuer à apparaître comme un adversaire acharné de toute régulation. Depuis quelques années, la commission de contrôle indépendante utilise donc ses pouvoirs pour surveiller de plus près les activités qu’elle est censée réguler. Quelques professionnels ont été invités à être plus rigoureux dans leur gestion. Et surtout, Jersey n’a-t-elle pas accepté de se soumettre à l’échange automatique d’informations fiscales, le nec plus ultra de la lutte contre le secret bancaire ? Elle se plie ainsi aux désidératas du Premier ministre britannique David Cameron, qui a annoncé que les territoires associés à la Grande-Bretagne allaient tous rentrer dans le rang.

Le long trajet vers la transparence est pour autant loin d’être achevé, et les principaux concernés le savent bien. Car les trusts, la pierre angulaire de l’industrie financière de l’île, ne devraient pas être touchés avant longtemps par les ardeurs réformatrices. Comment le pourraient-ils ? Les autorités ignorent souvent tout des accords passés entre un avocat et ses riches clients. Certes, Cameron a promis la création de registres publics des propriétaires réels des entreprises. Mais l’OCDE, le club des pays riches qui orchestre les tentatives de réforme pour plus de transparence, n’arrive pas à imposer l’idée que de tels registres devraient être consultables par tous. Et surtout, quel intérêt aura une liste montrant que de nombreuses sociétés sont en fait détenues par des trusts, dont les ayant-droits réels demeurent inconnus ?

Les contribuables indélicats peuvent continuer à camoufler leur existence en toute tranquillité en passant par Jersey. Tout récemment, le Guardian et l'International Consortium of Investigate Journalists se sont associés pour révéler l’identité de célèbres détenteurs de trusts sur l'île, gérés par la filiale locale de Kleinwort Benson, un célèbre cabinet de gestion de fortune. Parmi les personnalités épinglées, on trouvait l’acteur et réalisateur Mel Gibson, le champion de moto Valentino Rossi, l’entraîneur de foot Bryan Robson, Mark Knopfler, le leader du groupe Dire Straits… En 2004 déjà, à la suite du divorce tumultueux d’un footballeur anglais, on apprenait ainsi que les joueurs d’Arsenal, dont le Français Thierry Henry, envoyaient des millions d’euros de primes directement sur l’île, pour échapper au fisc.

De très nombreux donateurs et politiciens du parti conservateur anglais apparaissent aussi dans la liste du Guardian. Parmi eux, Andrea Leadsom, figure du parti et… ministre aux services financiers. Son mari et son beau-frère géraient des fonds à Jersey et ont versé plus de deux millions d’euros au parti ou à ses bonnes œuvres via un trust.

Voilà qui n’émeut pas outre mesure la France. Mediapart a déjà raconté comment, à la toute fin 2013, le ministère des finances hexagonal a retiré précipitamment les Bermudes et Jersey de sa liste noire des paradis fiscaux, arguant de leur nouvelle et récente coopération en matière d'échange de renseignements. Ces deux territoires y ont été inscrits moins de six mois, mais si leurs noms étaient restés sur la liste en janvier 2014, les entreprises français y faisant affaire auraient dû payer de lourdes amendes.

Or, tout comme aux Bermudes, les banques françaises sont largement présentes à Jersey, pour au moins deux d’entre elles : BNP-Paribas (qui y emploie pas moins de 222 personnes) et la Société générale. Quelle y est leur activité ? Officiellement, il s’agit de gérer le patrimoine de riches contribuables, qui ne sont bien sûr pas français, ou dont tous les revenus sont déclarés aux autorités hexagonales, jurent-elles.

 

La délégation d'Attac devant les locaux de la BNP à Jersey. 
La délégation d'Attac devant les locaux de la BNP à Jersey. © D.I.


Se chauffer ou manger, certains doivent choisir

Même si son origine est contestable, la manne financière qui s’abat sur Jersey devrait au moins permettre à tous ses habitants d’être riches. Dans la réalité, c’est loin d'être le cas, et les militants locaux dénoncent même des inégalités croissantes. « Ici, nous avons un dicton : en hiver, les vieux doivent choisir entre “heat” et “eat”, entre se chauffer et manger », grogne John Heys, retraité et activiste de la première heure, de temps à autre guide touristique au célèbre zoo de l’île pour mettre du beurre dans les épinards. L’impôt sur le revenu qui existe sur l’île n’est pas progressif. C’est même le contraire : en théorie, tous les citoyens payent 20 % d’impôts, mais en vérité, les plus riches obtiennent de confortables ristournes sur leurs millions, et les plus fortunés d’entre eux peuvent même négocier directement avec le fisc un forfait annuel, déconnecté de leur patrimoine réel.

En parallèle, en 2009, il a fallu compenser le manque à gagner induit par la disparition de l’impôt sur les sociétés, soit le quart des recettes fiscales totales disparaissant du jour au lendemain. Le gouvernement a donc imposé la good and service tax, un impôt de 5 % sur les biens de première nécessité, proche de la TVA. « Nous avons réuni une pétition de 20 000 signatures, et cela n’a rien changé, s’indigne John Heys. Le Premier ministre nous a dit que même si les 100 000 habitants de l’île signaient, il ferait quand même passer sa loi. Cela s’appelle vivre dans une dictature. Et j’assume mes propos. » Pour Geoff Southern, député du Reform Party, « l’île est passée à 0 % d’impôts sur les entreprises parce que d’autres territoires l’ont fait, et que nous avions peur que toutes les compagnies quittent notre territoire, y compris celles qui n’y exercent aucune activité ! Nous sommes piégés par notre propre logique… ».

Ce sont les habitants les plus pauvres qui portent donc en premier lieu les conséquences des choix politiques et fiscaux de Jersey. Dans l’île, rappelle Geoff Southern, le salaire minimum est équivalent à celui de la Grande-Bretagne, alors que le coût de la vie y est 20 % supérieur. De quoi éveiller quelques consciences, comme celle de James, étudiant de 22 ans ayant toujours vécu sur place, et venu écouter les interventions de ce vendredi. Au terme de la journée, il a sauté dans le ferry pour assister à la seconde partie des débats, le lendemain à Saint-Malo, et envisage de rejoindre Attac. « Je ne veux pas effrayer les gens en étant radical, mais il faut leur expliquer la situation et tenter de sortir Jersey de sa mono-activité, nous rendre moins dépendants de la finance, dit-il. Je veux m’impliquer, et que mon engagement fasse la différence. »

 

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 


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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 17:01

 

Source : www.reporterre.net

 

Grands projets inutiles : ils se poursuivent avec acharnement. Voici la carte des projets et des résistances

Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre)

samedi 13 septembre 2014

 

 

 

Aéroport, ferme-usine, barrage, stade, village de vacances, centre commercial… Notre-Dame-des-Landes et le Testet ne sont que deux parmi les nombreux Grands projets inutiles qui abiment la France. Sur le terrain, les opposants se mobilisent. À l’occasion de leur première réunion de coordination, organisée ce samedi à Paris, Reporterre publie la carte de cette déferlante de béton.

 


 

GP2I, ça vous dit quelque chose ? Grands projets inutiles imposés. Tout est dit. « Ces projets constituent pour les territoires concernés un désastre écologique, socio-économique et humain, dit la Charte de Tunis, adoptée en mars 2013 lors du Forum social. Ils n’intègrent jamais la participation effective de la population à la prise des décisions, (…) s’inscrivent dans une logique de concurrence exacerbée entre les territoires et impliquent une fuite en avant vers toujours ‘plus grand, plus vite, plus coûteux, plus centralisateur’. »

Il y en a forcément un près de chez vous. De la ferme-usine des Mille Vaches à la centrale à biomasse de Gardanne, aucune région ne semble épargnée. En réaction, des citoyens se rassemblent, s’organisent et luttent. Recours judiciaires, occupation, création de Zad (zone à défendre).

« Chacun des mouvements a acquis des connaissances et des compétences, les uns sur la protection de la biodiversité, d’autres sur les problématiques ferroviaires, d’ordre juridique », écrit Attac dans un communiqué.

L’organisation est à l’initiative d’une première réunion de travail coopératif, qui se tient à Paris ce samedi 13 septembre. « Il est de l’intérêt de tous de pouvoir mutualiser ces compétences, non pas pour créer une supra organisation, mais simplement pour être plus efficaces grâce aux savoirs que l’ont peut partager. »

Après quatre forums internationaux contre les GP2I, et une
convergence des luttes lancée en juillet depuis Notre-Dame-des-Landes, l’heure est donc au rassemblement et à la coopération...

 

*Suite de 'article sur reporterre

 

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 17:45

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

 

ARGENTINE

La dette extérieure et la « tromperie organisée »

12 septembre par Adolfo Pérez Esquivel

 

 


28 août 2014, Buenos Aires - Quand j’étais enfant, nous faisions un ballon avec du papier journal et de vieux chiffons et nous l’enveloppions avec de la ficelle pour qu’il résiste mieux aux coups de pied. Nous nous amusions aussi à bien d’autres jeux parmi lesquels il y en avait un que nous appelions « la tromperie organisée ».

Quand quelqu’un disait quelque chose que nous pouvions mettre en doute ou quand nous découvrions qu’il nous mentait, nous lui disions que c’était une « tromperie organisée » (car nous ne voulions pas nous faire avoir). Quand nous découvrions le mensonge, nous recevions un bonbon et, quand on ne le découvrait pas, nous devions payer un gage.

Pour le problème de la dette extérieure, c’est un jeu assez semblable à celui-ci auquel jouent des personnes de l’extérieur et de l’intérieur du pays que nous appelons « vautours » et où l’arbitre essaye de mettre le pays en échec et mat alors que les peuples concernés sont considérés comme de simples spectateurs.

Le jeu de la « tromperie organisée » n’est pas nouveau dans le monde de la finance et de la spéculation. Il s’agit de déplacer les pièces du jeu en faisant croire aux pays appauvris qu’ils sont les débiteurs des pays riches et que les peuples doivent payer cette dette extérieure et éternelle sous peine de se retrouver en défaut de paiement, de subir des embargos et toute une batterie de sanctions.

Notre gouvernement se trouve encerclé dans ce jeu de la tromperie organisée. Comme il se rend compte qu’aucun juge des États-Unis n’émettra un état de faillite judiciaire en faveur de l’Argentine, il ouvre le parapluie et dit comme tout le monde qu’il faut « honorer la dette souveraine ».

Pardonnez mon ignorance mais à quelle notion se réfèrent-ils quand ils affirment qu’il faut honorer la« dette souveraine » : pourquoi le pays devrait-il payer en même temps ce qui est légitime et ce qui est illégitime dans cette dette sans rechercher ce qui est immoral, injuste et entaché du sang du peuple ? Pourquoi payer une dette qui a déjà été payée plusieurs fois ? Qu’ont fait les gouvernements démocratiques quand ils ont cédé la souveraineté nationale à des tribunaux étrangers et que faire pour éviter ainsi cette tromperie ?...

Cela fait plus de 30 ans qu’avec des organisations sociales et des personnalités, nous proposons de faire un audit sur la dette. Il est nécessaire de nous référer à Alejandro Olmos qui a porté pour la première fois un jugement sur la dette extérieure et au Juge Ballestero qui, voici 18 ans, a envoyé sa résolution du problème au Congrès National pour qu’il recherche les dommages causés dans le pays par ce paiement. Depuis 14 ans, tout cela dort dans le sommeil des complicités et reste enfermé dans un placard du Congrès.

La tragédie, c’est que les gouvernements des pays endettés se sont transformés en fidèles croyants du Dieu Moloch auquel ils rendent un culte dans leurs temples en installant le rituel du paiement de la dette éternelle avec pour objectif d’être plus tard bénéficiaires d’un paradis fiscal et de pouvoir un jour bénéficier de nouveaux crédits pour payer les intérêts de cette dette extérieure et s’assurer ainsi qu’elle continue à croitre pour pouvoir continuer à la payer afin de recevoir un jour les indulgences du capitalisme qui réclame de plus en plus de sacrifices.

Dans leur angoisse existentielle et comme des croyants fidèles, les gouvernants, les ministres, tous les hommes politiques et les entrepreneurs prient, gesticulent, déchirent leurs vêtements et font des discours en annonçant que le pays est disposé à payer la « dette souveraine » malgré la faim de leur peuple. Dans la réalité, les conséquences de cette situation sont : la faim dans le peuple, la mortalité infantile, l’inflation qui dévore tout sur son passage en provoquant une plus grande pauvreté, le manque de ressources pour la santé et l’éducation et l’augmentation de la violence sociale et structurelle qui rend les inégalités plus criantes.

Le peuple sait très bien que le paradis promis n’existe pas sauf pour les riches. Ils nous ont vendu la tromperie organisée, comme l’a fait le Club de Paris dont le sport favori est de jouer au saccage des pays appauvris.

Alors que le gouvernement est disposé à négocier l’inacceptable, certains dans l’opposition politique et économique, pensent qu’il faut tout payer sans discuter. Ce sont les croyants fidèles soumis au jeu de la tromperie organisée qui espèrent que le Juge Griesa et les vautours vont pouvoir faire échec et mat sur le dos du pays. Il ne faut pas oublier ce qui est arrivé au Ghana à la Frégate Libertad, le bateau école argentin, qu’ils ont presque envoyé par le fond avec l’embargo ; c’est là un exemple assez récent de ce qui risque d’arriver à la nation elle-même.

Pour cela, nous devons assumer les défis et ne pas accepter de demeurer simples spectateurs devant cette situation. Nous devons aussi réclamer le paiement de la dette intérieure.

Les peuples ont une grande capacité de résistance ; ils doivent être protagonistes et constructeurs de leur propre histoire et lutter pour devenir libres et souverains. Nous devons convoquer tous les secteurs sociaux du pays, sans discriminations idéologiques et politiques et réunir des forums dans tout le pays, dans chaque communauté, dans les syndicats, les églises, les universités et les mouvements étudiants, et dans les organisations sociales, culturelles et politiques, pour analyser la situation et créer de nouvelles initiatives face au labyrinthe dans lequel s’est fourvoyé le pouvoir et dont il ne sait comment sortir.

Il est nécessaire de mettre en place un audit de la dette extérieure et de convoquer une consultation populaire et le gouvernement devra alors se soumettre à cette consultation, écouter d’autres voix et analyser de possibles alternatives économiques pour affronter non seulement les vautours de l’extérieur mais aussi ceux de l’intérieur du pays. Car, l’unique dette souveraine à payer doit être définie avec le peuple argentin.

Marechal disait : « D’un labyrinthe, on ne peut sortir que par le haut », il faut choisir pour le bien de tous et savoir que nous récolterons ce que nous aurons semé. Le peuple doit arrêter de se soumettre à la tromperie organisée.


Source : http://www.alterinfos.org/spip.php?...

Adolfo Pérez Esquivel a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1980.

Traduction de Francis Gély

 

 

 

Source : cadtm.org

 

 

 

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 17:33

 

Source :  www.bastamag.net

 

 

 

Bruxelles

Anti-écolos et pro-marchés financiers peuplent la Commission européenne

par Ivan du Roy 11 septembre 2014

 

 

 

 

« Nous nous réjouissons du portefeuille arraché par Pierre Moscovici face aux conservateurs en Europe : non seulement il obtient les affaires économiques, mais il sera également en charge de la fiscalité. C’est un portefeuille essentiel pour lutter contre les paradis fiscaux. » Les socialistes français élus au Parlement européen sont bien les seuls à s’enthousiasmer de l’arrivée de l’ancien ministre des Finances à Bruxelles. La réforme bancaire qu’il a mise en place en France est jugée « dérisoire », Moscovici s’étant largement soumis aux exigences du lobby bancaire (lire notre enquête). Sur la question des paradis fiscaux, ce sont les députés et les sénateurs qui ont durci in extremis la loi, malgré les réticences du ministre. Et lorsque le précédent commissaire européen français Michel Barnier (UMP) présente en janvier 2014 un projet de réforme européenne du secteur bancaire, qui vise à limiter la taille des banques, le ministre des Finances socialiste juge sa proposition trop radicale !

Le collègue de Pierre Moscovici en charge des services financiers est lui directement issu du milieu des marchés financiers. Le conservateur britannique Jonathan Hill a fondé en 1998 une entreprise de lobbying, Quiller Consultants. Une société dont il est toujours actionnaire. Parmi ses clients : des poids lourds du secteur financier comme la banque HSBC, la société interbancaire de télécommunication financière (Swift), et l’organisation gérant la City de Londres... Ou dans un tout autre domaine, MigrationWatch, un think-tank considéré comme proche de l’extrême droite.

Un pétrolier au climat

En matière d’écologie, ce n’est guère plus enthousiasmant : le nouveau commissaire en charge du climat et de l’énergie, Miguel Arias Cañete, est l’ancien ministre de l’Agriculture et de l’Environnement du gouvernement conservateur espagnol. Il a présidé jusqu’en 2012 une compagnie pétrolière, Compañía Mercantil Petrolífera Ducar S.L, domicilié dans un paradis fiscal et dont il est toujours actionnaire. Il est aussi critiqué par les écologistes espagnols pour avoir autorisé l’extraction de gaz de schiste et la fracturation hydraulique et pour avoir fait de l’Espagne « la porte d’entrée des OGM en Europe ». Il avait également créé une polémique lors de la campagne électorale européenne en affirmant, après avoir débattu avec la candidate socialiste : « Le débat entre un homme et une femme est très compliqué. Si l’on abuse de sa supériorité intellectuelle, on a l’air d’un machiste en train de coincer une femme sans défense. »

« C’est inouï et immoral que la Commission européenne ait choisi pour ce poste quelqu’un qui est l’anti-thèse du défenseur de l’environnement et des énergies renouvelables », commente Florent Marcellesi, le porte-parole du mouvement écologiste espagnol Equo à Bruxelles. « A un an de la Conférence de Paris sur le climat, (…) le choix de monsieur Cañete au portefeuille climat énergie est choquant », renchérit le député européen écologiste Yannick Jadot. Le Parti de gauche appelle de son côté les députés européens à s’opposer à cette nomination.

Une « insulte » à la démocratie

L’environnement, la mer et la pêche sont placés sous la houlette de l’ancien député et homme d’affaires maltais Karmenu Vella. Investi dans plusieurs sociétés hôtelières et de BTP maltaises, Karmenu Vella préside également jusqu’en 2013 le groupe de tourisme Orange Travel Group associé à plusieurs sociétés de croisière, comme Croisières de France ou les tristement célèbres croisières Costa. Le prisme touristique du personnage prendra-t-il le pas sur la protection de l’environnement ?

« La composition de la commission Juncker annonce le renforcement des politiques néolibérales qui entraînent l’Europe dans le gouffre. Pour Attac France, il s’agit d’une véritable insulte pour les millions de citoyens européens qui souhaitent rompre avec le dogme de l’austérité et la domination de la finance, pour engager la transition écologique et sociale », estime l’association altermondialiste. Un néolibéralisme qui ouvre aussi une porte à la droite dure : l’ancien ministre hongrois Tibor Navracsics, membre du très réactionnaire parti Fidesz s’occupera de l’éducation, de la culture, de la jeunesse et de la citoyenneté… Malgré son enthousiasme pour la nomination de Pierre Moscovici, « la délégation socialiste française s’inquiète de l’équilibre politique » de la Commission. Pouvait-on réellement attendre autre chose d’un Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, qui a gouverné un paradis fiscal pendant 20 ans ?

Ivan du Roy (avec Nathalie Pédestarres à Madrid)

 


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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 17:25

 

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Mobilisations

Du rire aux armes : quand l’humour devient un contre-pouvoir

par Sonia (Lutopik) 12 septembre 2014

 

 

 

 

Pour certains activistes, rigoler et militer ne sont pas deux choses incompatibles, bien au contraire ! Des clowns engagés aux actions ironiques du collectif Sauvons les Riches, le rire est l’arme de nombreux militants qui l’utilisent pour médiatiser leurs actions, déstabiliser l’adversaire et, ce qui ne gâche rien, mettre un peu de joie dans leur vie.

Cet article a initialement été publié dans le magazine Lutopik.

« Pas d’allocs pour les dreadlocks », « Moins de festivals, plus de quinzaines commerciales », « Lacrymo, même pas mal, envoyez du napalm ». Ces slogans, scandés dès 2003 par les artistes du collectif Restons vivants lors de leurs « Manifs de Droite » contre la réforme du statut des intermittents, ont lancé en France la mode des actions militantes amusantes pour faire passer des revendications sérieuses. Des clowns mimant et caricaturant les forces de l’ordre aux goûters-surprises de Jeudi noir lors de visites d’appartements à louer à des tarifs exorbitants, en passant par les actions rigolotes du Collectif Sauvons les riches, l’humour a investi le champ du militantisme.

Car parmi tous ses pouvoirs, le rire possède un atout précieux pour les manifestants : sa force médiatique. Des images et des slogans amusants, précédés d’appels téléphoniques aux rédactions, attirent les caméras plus sûrement que quelques pancartes traditionnelles. Et nul besoin d’être nombreux. Une poignée de militants déguisés en Dalton devant le Sénat pour dénoncer les parlementaires ayant voté contre la levée de l’immunité de Serge Dassault, et presque toutes les chaînes de télé en parlent le jour même.

Sur le plan de la communication, c’est ultra-efficace, et le côté spectacle n’occulte pas pour autant les revendications. « Généralement, la médiatisation se fait en deux temps, explique élise Aubry, militante notamment au sein des collectifs Jeudi noir et Sauvons les riches. Le temps de l’action, où les médias assistent à l’opération humoristique, voire burlesque, qui pose le contexte de la protestation, et un second temps où la presse s’interroge sur le fond des réclamations et rapporte les contre-propositions portées par le collectif. » Ce genre de manifestations permet également d’aborder des sujets complexes de façon ludique et plus attrayante. Et puis elles sont un bon moyen de recruter. Après chaque action, de nouveaux membres rejoignent les collectifs, attirés par leur côté convivial.

 

Arme de dérision massive

Mais l’humour n’est pas qu’un aimant médiatique, c’est aussi une « arme de dérision massive » donc de remise en cause du pouvoir, assurent les clowns activistes. Nées en 2003 avec la CIRCA (Clandestine Insurgent Rebel Clown Army, l’Armée clandestine des clowns insurgés et rebelles) pour protester contre la guerre en Irak à l’occasion d’une visite de Georges W. Bush au Royaume-Uni, les armées de clowns se sont multipliées un peu partout dans le monde. En France, l’Artnez des Clowns compte plusieurs groupes, dont la BAC, la Brigade Activiste des Clowns, qui s’est fait connaître en karchérisant la mairie de Neuilly car « là où il y a des voyous, il faut nettoyer au Karcher » (la ville ne compte que 2,5% de logements sociaux, ce qui n’est pas conforme à la loi).

On peut aussi croiser des clowns membres du GIGN (le Groupement d’Intervention des Gros Nez), des CRS (les Clowns à Responsabilité Sociale) et autres corps de l’Artnez, dans des manifestations, singeant les forces de l’ordre, aussi bien dans leur accoutrement que dans leur gestuelle. Avec leurs mimiques, leurs tenues bariolées et décalées, les clowns déstabilisent et obligent leurs spectateurs à s’interroger, pour souvent se rendre compte que « dans ce monde tellement absurde, le clown est finalement le personnage le plus juste », rapporte le sous capt’aime Batman, clown mili-Terre depuis 2009.

 

 

Mais attention, être clown, c’est du sérieux ; il ne suffit pas de mettre un nez rouge. Pour interpeller les spectateurs et susciter la réflexion, il faut « être » clown et non « faire le clown ». L’Artnez des clowns, « c’est un mouvement artistico-politique », aime à le décrire le sous capt’aime. Et ça s’apprend. Il faut réussir à « libérer le clown qui est en nous, celui qui laisse parler ses sentiments, ses émotions ». Cela demande du temps, nécessite d’apprendre la communication non violente, le lâcher-prise, l’écoute… « C’est un outil super chouette et incroyablement efficace pour changer le monde en se changeant soi-même », témoigne Batman.

 

Gêner les forces de l’ordre

Dans les manifestations, les clowns ont aussi la capacité de gêner les forces de l’ordre. Mimées, ridiculisées, mais non agressées, celles-ci ne savent pas comment réagir. Lors de la manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en février 2014 à Nantes, les clowns ont fait tampon pendant plus d’une heure entre policiers et manifestants, permettant d’une part à de nombreuses personnes de se calmer, de prendre un peu de distance, de rire à un moment où régnait plutôt la tension, et d’autre part de gêner la police qui ne peut plus tirer à travers les clowns dansant devant eux… Et puis, «  au milieu d’une zone de guerre, c’est beau, c’est plein de couleurs, d’amour, de fleurs... ». Finalement, la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour venir à bout de la quarantaine d’activistes grimaçant devant eux, jetant des fleurs et gesticulant. Une intervention qui « met en lumière où se situe incontestablement la véritable violence ».

Que ce soit par la médiatisation ou par l’art, le militantisme joyeux permet aussi de « se faire plaisir. « Distribuer des tracts, ce n’était pas mon truc. Les actions humoristiques offrent une créativité, une liberté qui n’est pas possible dans des partis politiques », explique élise Aubry. « Une de nos forces est de montrer que militer, ce n’est pas forcément chiant. On peut s’épanouir », confirme un clown. Et « être heureux est un acte de résistance », rappelle le philosophe Patrick Viveret. « Le bonheur est important, car derrière tous les systèmes de domination, il y a de la maltraitance, de la peur. »

Sonia (Lutopik)

 

Lutopik est partenaire de Basta ! Retrouvez sa présentation sur notre page partenaires. Retrouvez le sommaire du dernier numéro du magazine, avec un dossier consacré aux nomades, sur cette page.

Photo de Une : Camille
Photo : Nicolas Portnoi pour Sauvons les Riches

 


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Source : www.bastamag.net

 

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 17:15

 

Source : www.mediapart.fr

 

Dominique Méda: «Une autre voie que le modèle libéral ou la sortie de l’euro»

|  Par Joseph Confavreux

 

 

 

Les déclarations des responsables socialistes ne font pas qu'épouser les discours de la droite. Elles sont la marque d’un conservatisme idéologique tributaire d’un modèle périmé. Entretien avec la sociologue Dominique Méda.

Le refrain entonné en cette rentrée parlementaire par les responsables socialistes est affligeant pour ceux et celles qui jugent qu’ils ne font, ainsi, qu’emboîter le pas à ce que préconise la droite, que ce soit en matière de contrôle des chômeurs, d’organisation du travail, ou encore de recherche éperdue de la croissance, perçue comme la panacée de toute politique économique.

 

Dominique Méda 
Dominique Méda

Mais cette petite musique est également inquiétante pour tous ceux qui jugent, à l’instar de la sociologue Dominique Méda, un changement de société et d’économie, et d’organisation européenne, non seulement nécessaire mais urgent. Une révolution impossible à réaliser sans bouleverser les certitudes doctrinales, comme les outils idéologiques et les représentations du monde forgés durant les Trente Glorieuses, y compris à gauche, où la théorie keynésienne, devenue porte-drapeau de l’anti-austérité, trouve ses limites.

Professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine et titulaire de la chaire « Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales » au Collège d’études mondiales, Dominique Méda est l’auteure de nombreux ouvrages, dont Le Travail – Une valeur en voie de disparition (Éd. Aubier 1995, rééd. Flammarion, Champs, 1998), Au-delà du PIB – Pour une nouvelle mesure de la richesse (1998, Éd. Champs-Actuel). Son dernier ouvrage, La Mystique de la croissance – Comment s’en libérer, vient d’être republié en poche aux éditions Champs-Flammarion.

On a beaucoup glosé sur l'affrontement entre Valls et Montebourg. Mais ces deux hommes ne font-ils pas du retour de la croissance l'alpha et l'oméga de leur politique économique ?

Si, évidemment, mais ils ne sont pas les seuls. Presque tous les partis – à part EELV et Nouvelle Donne – font du retour de la croissance la condition de la sortie de crise. Très peu de responsables politiques s’interrogent sur ce que nous devrions faire si la croissance ne revenait pas de manière durable – et encore moins sur le fait de savoir si les effets négatifs de la croissance sur notre patrimoine naturel et notre cohésion sociale ne devraient pas nous conduire au plus vite à rompre avec cette obsession.

La croissance reste notre veau d’or alors même que des rapports et des articles de plus en plus nombreux mettent chaque jour plus précisément en évidence le lien qui existe depuis deux siècles entre la croissance et les prélèvements opérés sur les ressources naturelles, l’augmentation des pollutions de toutes sortes, le risque de changement climatique. Alors que nous devrions mettre en débat la possibilité d’une société post-croissance – où la croissance du PIB ne serait plus l’objectif principal – et discuter de la meilleure manière d’engager nos sociétés dans une reconversion écologique susceptible de remettre l’emploi et le sens du travail au cœur de nos réflexions…

Quelles sont les différences entre une société post-croissance et une société de décroissance ?


 

Je n’utilise pas le terme de décroissance parce que je crains toujours qu’il ne fasse peur : dans croissance il y a croître et le terme comporte des significations positives, même si peu nombreux sont ceux qui se demandent ce qui croît et savent qu’il s’agit du Produit intérieur brut, c’est-à-dire d’une réalité finalement extrêmement réduite par rapport à ce à quoi nous attachons vraiment de l’importance. Car le PIB ne prend pas en compte les activités domestiques, familiales, bénévoles, de loisir, amicales, politiques, c’est-à-dire toutes celles dont la dernière enquête emploi du temps de l’Insee a révélé qu’elles étaient les activités préférées des Français…

Cet indicateur est indifférent à la proportion de la population qui consomme et qui produit. Il comptabilise de la même manière les productions utiles et celles qui sont toxiques. Et surtout, il ne dit strictement rien des évolutions du patrimoine naturel (qualité de l’air, de l’eau, des sols…) et de la cohésion sociale. Il ne joue pas le rôle d’alerte. On pourrait un jour avoir de gros taux de croissance mais une Terre devenue inhabitable. Le mystère, c’est que malgré tout, nous continuons à prier pour le retour de la croissance.

Comment l’expliquez-vous ?

L’augmentation de la production est au centre de notre dynamique sociale depuis au moins le XVIIIe siècle. Elle est perçue depuis lors à la fois comme vecteur d’amélioration matérielle, processus de civilisation, fabrique du lien social, pourvoyeuse d’égalité. On a fini par la confondre avec le progrès. L’économie, devenue la « science » reine, a construit l’outillage conceptuel permettant de penser une société qui se reproduit sans même plus avoir besoin de la Nature (qui a disparu des équations) et en postulant que le progrès technologique nous permettra toujours de nous en tirer.

Nous sommes désormais tributaires de logiques, de représentations, de conventions économiques et comptables qui ont été adoptées par le monde entier. Le taux de croissance du PIB est devenu l’indicateur de performance de référence qui permet de classer les pays. Même la théorie keynésienne – qui revient à la mode et sert de porte-drapeau anti-austérité – fait de la consommation un quasi-devoir social. Pour engager la bifurcation, on a donc besoin de rompre avec tout l’outillage intellectuel élaboré au cours des deux siècles précédents.

Cette convergence rend-elle pour autant obsolètes les oppositions entre keynésianisme et néo-libéralisme ou entre communisme et capitalisme ?


 

Elle ne rend pas obsolètes les rapports de force, ni le caractère légitime de la remise en cause des politiques d’austérité. Mais elle oblige à franchir un pas de plus : non pas revenir au keynésianisme d’origine mais réinjecter dans Keynes tout ce qu’on appris sur la crise écologique depuis une vingtaine d’années. Car c’est à une véritable relecture de notre passé que nous invite la série de travaux que le rapport Meadows a inaugurée et ces courbes éloquentes qui montrent l’évolution parallèle de la croissance et des émissions de gaz à effet de serre, des pollutions, des dégradations. La croissance a été à l’origine d’immenses bienfaits, de progrès fantastiques, mais ces Trente Glorieuses qui ont tant marqué notre imaginaire et que nous regrettons sont aussi celles de la surconsommation, du gaspillage des ressources, de l’augmentation vertigineuse de l’effet de serre.

Comment convertir des économies fondées sur la croissance ?


 

Je crois qu’il faut d’abord parvenir à mettre en évidence les coûts cachés de la croissance – comme avaient su le faire les années 1970 : expliquer pourquoi la convention datée qu’est le PIB occulte par construction les maux ; opérer un travail de relecture de notre passé comme l’a fait le collectif de chercheurs dirigés par Christophe Bonneuil dans Une autre histoire des "Trente Glorieuses" ; montrer que les taux de croissance élevés n’ont pas produit que du plus mais aussi du moins, qu’il s’agisse des ressources naturelles, du climat, du sens du travail, de la santé ; et que les plus riches ont consommé une part disproportionnée des ressources communes. Il faut ensuite montrer le caractère désirable d’une situation dans laquelle ce ne sont pas les taux de croissance qui constitueraient l’objectif principal.

Nous disposons déjà d’un certain nombre de travaux – je pense notamment à ceux de Jean Gadrey – qui montrent qu’une production écologiquement et socialement plus propre exigerait un plus grand volume de travail et pourrait donc être fortement créatrice d’emplois.

Il se pourrait donc bien que la reconversion écologique de nos sociétés permette – si nous sommes assez malins – à la fois de redistribuer cette nouvelle quantité de travail sur un plus grand nombre de personnes et de changer le travail. Cela suppose de relocaliser une partie de la production, de réaliser celle-ci dans des unités plus petites – et pourquoi pas organisées autrement – de rompre avec la production Made in Monde, de viser des gains de qualité et de durabilité et non plus des gains de productivité. C’est évidemment une rupture majeure avec l’organisation économique actuelle.

L’idée que la crise économique puisse être l’occasion de changer de modèle en profondeur n’a-t-elle pas pris du plomb dans l’aile ces derniers temps ?

Si. En même temps, les propositions de nouveaux « modèles » fleurissent… Mais la crise économique et sociale est si violente et nos États sont tellement ligotés par les contraintes européennes que la crise écologique apparaît comme une menace très lointaine dont il sera bien temps de s’occuper plus tard, quand la croissance sera revenue. L’alliance qui avait commencé à se mettre en place au début de la crise, en 2008, entre syndicats, salariés, consommateurs, ONG et gouvernements autour d’une cause commune entre social et écologie, a éclaté. L’écologie apparaît aujourd’hui comme l’ennemie de l’emploi.

Dans les différents scénarios qui sont évoqués pour sortir de la crise (réformes structurelles détricotant notre modèle social, relance, sortie de l’euro…), il y en a un qui est très peu évoqué : faire de l’Europe non pas l’économie la plus « compétitive » mais une zone de très haute qualité écologique, démocratique et sociale. Cela suppose la mise en œuvre, au plus vite, d’un programme massif de transition, permettant d’engager la reconversion des industries les plus polluantes et le développement des énergies de substitution. Les ruptures avec le « modèle actuel » sont multiples : il faudrait un financement par une BCE réformée, une redistribution massive des revenus et une solidarité sans faille entre les États européens, une imposition commune, l’adoption de normes écologiques et sociales élevées… Mais cela pourrait avoir un effet d’entraînement sur le reste du monde. 

L’idée peut être séduisante, mais comment la mettre en œuvre ?

Des politistes néo-institutionnalistes qui théorisent le changement social – je pense à Peter Hall – montrent qu’on ne parvient à changer que lorsqu’on arrive à la fois à montrer les échecs du paradigme en vigueur et qu’un autre modèle est prêt. Je pense que les échecs et les impasses du système actuel sont flagrants, mais qu’il reste encore trop d’obscurités sur les contours du modèle futur désirable et sur le chemin qui va de l’un à l’autre. Mais des changements importants sont en cours du côté des acteurs : je pense à l’évolution d’un groupe politique comme Attac qui met aujourd’hui la reconversion écologique au premier plan de ses préoccupations alors qu’il a été longtemps en faveur de la croissance ; mais aussi à tous les mouvements décroissants, objecteurs de croissance, promoteurs de la sobriété ; enfin à tous ces citoyens qui refusent la double aliénation de la surconsommation et du travail sans sens.

Mais le travail est immense : il faut nous doter de nouveaux instruments, de nouvelles unités de mesures, de nouvelles représentations du monde, et donc sans nul doute inventer de nouveaux fondements et de nouvelles articulations entre les sciences. Par ailleurs, si nous ne parvenons pas à convaincre nos concitoyens, notamment les plus défavorisés, de l’intérêt de ce nouveau modèle, alors ce sont les solutions les plus simplistes qui triompheront. Pour les rallier à cette cause, il faudra engager une redistribution massive des revenus et des consommations.

Peut-on vraiment avoir à la fois l'emploi, la démocratie et le confort avec moins ou pas de croissance ?

Je le crois, mais cela suppose des changements. Certains pensent que lorsque les choses iront vraiment mal (pénuries de ressources, changement climatique, pollutions majeures…), il faudra des régimes autoritaires pour limiter la consommation et réorienter les économies. Mais il y a aussi des scénarios qui, en insistant sur la sobriété ou le rapprochement des niveaux de consommations des très riches et des très pauvres, laissent au contraire penser que seul un développement intense de la démocratie à tous les niveaux permettra d’engager cette grande bifurcation : cela suppose de rompre avec un modèle où « démocratie » signifie aujourd’hui que les plus riches captent la majeure partie d’une croissance de plus en plus faible.

Pourquoi, malgré les destructions d'emplois, l'idée continue-t-elle à progresser que l'augmentation du taux et de la durée du chômage proviendrait des réticences des employeurs à embaucher et de leur crainte de ne pouvoir se séparer de leurs salariés ? Et pourquoi juge-t-on encore que l’importance du chômage serait liée à un manque de volonté des chômeurs, comme on l’a encore récemment entendu dans la bouche du ministre du travail ?

C’est l’ensemble du « paquet idéologique » forgé à la fin des années 1980 et inlassablement diffusé dès ce moment par les organisations internationales (OCDE, FMI, Banque mondiale) qui est désormais adopté, après le Royaume-Uni puis l’Allemagne, par la majorité des partis politiques français, droite et gauche confondues : tous les problèmes viendraient de la « rigidité de l’emploi » et il nous faudrait, pour regagner en compétitivité, démanteler les protections de l’emploi si patiemment construites au cours du dernier siècle, engager des « réformes structurelles » et finalement jeter au panier la fameuse déclaration de Philadelphie qui, en 1944, affirmait que « le travail n’est pas une marchandise ».

 

 

Nous avons montré dans L’Emploi en ruptures qu’il est facile de licencier en France et que ce ne sont évidemment pas les règles qui encadrent le travail qui sont à l’origine du chômage. L’explosion des ruptures conventionnelles le montre bien. Mais une partie des organisations patronales continue à rêver du « travail libre », de la situation qui existait avant l’intervention du droit du travail. C’est dans la même perspective que s’inscrivent les discours récurrents prônant la diminution permanente du coût du travail, du niveau d’indemnisation du chômage ou des minima sociaux, comme un des moyens de sortir de la crise. Au cœur de cette rhétorique se trouve une croyance : le chômage serait non pas un défi collectif mais un défaut individuel, de l’ordre de la paresse.

Mais les droits sociaux acquis par les salariés au XIXe siècle l’ont été dans une économie où la concurrence n’était pas mondiale ?

Certes, mais ce sont exactement les mêmes arguments qui étaient opposés aux partisans du droit du travail. Par ailleurs, la protection sociale et la protection de l’emploi ont permis d’améliorer la qualité de la main-d’œuvre et de la production. Je crains que la course à la baisse du coût du travail qui s’est engagée en Europe ne finisse par précariser une partie considérable de la population : cela me semble contradictoire avec le souhait d’une Europe qualifiée produisant des biens et services de haute qualité.

On a vu rejaillir dans la bouche du nouveau ministre de l’économie, Emmanuel Macron, une remise en cause de la réduction du temps de travail : cette réduction peut-elle être vraiment une solution d'un monde à croissance faible ou nulle ?

Cela dépend de ce qu’on entend par là. Il est sans doute préférable de parler de partage du travail que de réduction du temps de travail. En effet, la redistribution du travail sur l’ensemble de la population active supposerait certes la réduction du temps de travail de certains mais aussi l’augmentation de celui de beaucoup d’autres, notamment de ceux qui subissent des temps partiels subis et des horaires fragmentés. Il existe de fait, à tout moment, un certain partage du temps de travail, mais il est sauvage et inégalitaire. Il faut le civiliser en rapprochant les durées du travail, parce qu’il est urgent de réintégrer les chômeurs, notamment ceux de longue durée, dans l’emploi car on sait que les compétences (et le moral) se perdent vite dès qu’on est éloigné du travail.

Cessons de dire que la France serait paresseuse : tous les grands pays européens ont connu une importante réduction du temps de travail depuis soixante ans comme l’Insee l’a montré, mais les modalités de ce partage ont été différentes : beaucoup de petits temps partiels courts (occupés par les femmes) et de temps complets longs pour les hommes en Allemagne, des durées plus proches en France, grâce aux lois Aubry. Cela me semble un point fondamental, trop peu souvent commenté quand on se contente de comparer les durées du temps de travail à temps complet.

Derrière la question des modalités de partage du travail et de l’emploi, il y a donc des choix de société déterminants. Il nous faut absolument tirer un bilan serein des lois Aubry : le taux de chômage était au même niveau qu’aujourd’hui lorsque la RTT a été engagée. La période 1997 et 2001 a été marquée par la création de deux millions d’emplois, le retour de l’enthousiasme, un surprenant baby-boom…

Ne faut-il pas toutefois faire évoluer les modalités de ce nouveau partage de travail, par rapport à ce qui avait été fait avec Martine Aubry ?


Martine Aubry, en 2012 
Martine Aubry, en 2012

Je ne suis pas critique de la loi Aubry, même si un problème important a été l’intensification du travail. D’où l’importance de conditionner des aides ou des diminutions de cotisations sociales à l’obligation de créer des emplois et de ne pas modifier le décompte du temps de travail. Si la croissance ne revient pas, il n’existe qu’une méthode pour réintégrer au plus vite les chômeurs de longue durée – de plus en plus nombreux – dans l’emploi : c’est une grande opération de redistribution du travail accompagnant la reconversion écologique, doublée d’une massive opération de formation permettant des transitions professionnelles protégées.

Plusieurs études montrent qu’investir dans la reconversion écologique de notre économie (rénovation thermique des bâtiments, verdissement des procédés de production, développement des énergies renouvelables et des transports en commun, agro-écologie) pourrait créer des emplois : Philippe Quirion les chiffre à environ 600 000 emplois pour la France à l’horizon 2030. Et on peut s’attendre à ce qu’un ralentissement des gains de productivité redonne au travail le sens qu’il avait perdu dans un grand nombre de secteurs et de métiers. Cela suppose de faire participer les très hauts salaires, mais aussi et surtout les actionnaires et les revenus du patrimoine à travers une redistribution massive de richesses et de revenus.

Pourquoi estimez-vous que cette nouvelle répartition du volume d’emploi doit s’imbriquer avec une redéfinition du travail ?

Parce que si une telle opération était bien faite, elle pourrait nous permettre de rendre le travail plus supportable en évitant que l’on exige de chaque individu des gains de productivité plus élevés. Dans la plus grande partie des services aujourd’hui, faire des gains de productivité conduit à dégrader le sens et la qualité du travail. Nous avons tous appris en économie que les gains de productivité conditionnaient la croissance et le progrès, que la destruction créatrice était une bonne chose. On a oublié de nous parler de la destruction des ressources naturelles et de la perte de sens du travail…

Bertrand de Jouvenel le disait mieux que moi : les gains de productivité, s’ils constituent un progrès pour le consommateur, sont une régression pour le producteur… Je crois qu’aujourd’hui, à un moment où les solutions de sortie de crise se radicalisent – si je simplifie outrageusement, adoption du modèle libéral ou sortie de l’euro –, il existe une autre voie, qui exigera elle aussi de profonds changements mais qui semble la plus prometteuse : une reconversion écologique menée par une Europe forte et solidaire qui se serait débarrassée de ses démons...

 

 

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Source : www.mediapart.fr

 

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