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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 17:08

 

Source : www.leparisien.fr


 

Les étroites relations entre Jean-François Copé, Coca-Cola et Bygmalion

Publié le 09.10.2014, 11h56 | Mise à jour : 17h21

 

 

ARCHIVES. L'ex-président de l'UMP Jean-François Copé aurait entretenu une relation étroite avec le groupe américain Coca-Cola. Ce dernier aurait financé plusieurs projets du maire de Meaux, en Seine-et-Marne, ainsi que la société Bygmalion, aujourd'hui au cœur de l'enquête sur la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy.
ARCHIVES. L'ex-président de l'UMP Jean-François Copé aurait entretenu une relation étroite avec le groupe américain Coca-Cola. Ce dernier aurait financé plusieurs projets du maire de Meaux, en Seine-et-Marne, ainsi que la société Bygmalion, aujourd'hui au cœur de l'enquête sur la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy. | AFP / Eric Feferberg

Le Point dévoile un «cocktail explosif» ce jeudi entre Jean-François Copé, Coca-Cola et Bygmalion. D'après l'hebdomadaire, Jean-François Copé, ancien de l', aurait entretenu une relation très étroite avec la firme américaine.
Une relation qui aurait même eu une influence en 2008 en plein débat sur la taxe sur les sodas... 

Tout démarre avec l'affaire de la bouteille Coca-Cola. Selon Le Point, le musée de la Grande Guerre de Meaux (Seine-et-Marne), ville dont Jean-François Copé est le maire depuis 1995, aurait reçu 50 000 euros de la part de Coca-Cola afin qu'un modèle en verre, tout à fait ordinaire mais daté de 1917, soit exposé. D'après nos informations, il n'y a toutefois pas de rapport établi entre entre la bouteille, achetée au prix de 38 euros (hors frais de port), et le mécénat entre le musée et plusieurs partenaires, d'un montant de 3 millions d'euros et dont Coca-Cola fait partie à hauteur de, effectivement, 50 000 euros. 
 
 


Copé et la présidente de Coca-Cola se connaissent bien

Mais Le Point ne s'arrête pas là. L'hebdomadaire rappelle que, depuis 2005 et le lancement du festival Musik'Elles de Meaux, Coca-Cola est devenu un partenaire actif de la ville avec des échanges de marchandises, voire de sommes d'argent pouvant atteindre jusqu'à 30 000 euros par an. La relation entre Jean-François Copé et Coca-Cola aurait été permise grâce à Dominique Reiniche, à la de Coca-Cola Company Europe entre 2005 et 2014. L'ancien chef de l'UMP et la femme d'affaires ont mené un combat commun au moment où lui, comme député, proposait une loi visant à imposer 40 % de femmes au sein des conseils d'administration des grandes groupes. 

Depuis, ils ne se seraient plus quittés. Au même moment, rappelle Le Point, Coca-Cola est en combat avec une jeune députée UMP, Valérie Boyer, qui souhaite taxer les sodas trop sucrés. Alors président du groupe UMP à l'Assemblée, Jean-François Copé aurait exercé une influence non négligeable sur la députée en la menaçant de retailler sa circonscription. «Elle s'est abstenue au moment de voter son propre amendement», se souvient Yves Bur, un ancien député UMP interrogé par l'hebdomadaire. Malgré tout, la taxe sur les sodas sera adoptée mais en 2011 après plusieurs rebondissements. 

Coca-Cola et Bygmalion

L'histoire entre Coca-Cola et Jean-François Copé ne s'arrête pas là. Lorsque celui-ci prend la tête de l'UMP en 2012, le groupe Coca-Cola devient client de... Bygmalion, la société de communication aujourd'hui mise en cause dans une affaire de fausses factures lors de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. La firme aurait versé au moins 120 000 euros sur les comptes de Bygmalion. Une somme qui pourrait intéresser les enquêteurs de l'affaire explique Le Point. D'autant qu'en avril dernier, au moment où éclate l'affaire, Dominique Reiniche, la proche de Jean-François Copé, a quitté Coca-Cola...

LeParisien.fr

 

 

 

Source : www.leparisien.fr

 

 

 

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 21:35

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Le gouvernement prépare une nouvelle offensive contre chômeurs et salariés

|  Par Rachida El Azzouzi

 

 

Repos dominical, 35 heures, assurance-chômage… Manuel Valls et ses ministres veulent détricoter les acquis sociaux les plus chers à la gauche. Même du temps de la droite, on n’aurait pas osé...

Après un vibrant « J’aime les entreprises » à l’université d’été du Medef puis une version allemande « Ich mag die Unternehmen » à Berlin, le premier ministre Manuel Valls a offert, lundi, une nouvelle démonstration de la dérive libérale au sommet du pouvoir cette fois en anglais à Londres : « My government is pro-business ! [mon gouvernement est favorable au monde des affaires]. » C’était à Guildhall, à la City, le temple de la finance, cet adversaire sans visage que la gauche avait promis de combattre si elle accédait à l'Elysée. Mais la finance n’a jamais été une ennemie pour l’ancien maire d’Évry. C’est même une amie précieuse. Les plus hauts revenus ne seront plus taxés à 75 %. Cet impôt, promesse de campagne qui a tourné à la farce, sera supprimé dès la fin de l’année (lire ici), a-t-il confirmé outre-Manche.

Valls, qui se rêve en Tony Blair français, va même plus loin dans la distribution de gages au patronat sous couvert de la relance de l’économie et de la lutte contre le chômage de masse. Après les 40 milliards d’allègements de charges sans contrepartie et sans impact sur l’emploi, la réforme du marché du travail (ANI) qui a flexibilisé et précarisé un peu plus les salariés, celle des retraites qui allongent la durée de cotisation, il promet de vite s’attaquer au totem des 35 heures de Martine Aubry, au repos dominical et aux chômeurs « trop bien indemnisés ». De vieux marronniers du Medef, plein de clichés, que même la droite, même Nicolas Sarkozy, n’ont pas osé toucher, trop risqué socialement.

Voilà des semaines que Valls ou ses ministres, François Rebsamen (travail) et Emmanuel Macron (économie) en tête, distillent dans le débat public une tout autre idéologie que celle qui a porté François Hollande au pouvoir. Ils lancent des pavés dans la mare, des propositions scandaleuses, stigmatisantes, reprises en boucle dans les médias du matin au soir, qui désarçonnent, désespèrent et ulcèrent leur famille politique, son aile gauche ainsi que les syndicats de salariés, les associations de chômeurs et précaires. Souvent, ces sorties, qui se suivent et se ressemblent, sont présentées, commentées comme «le dernier couac du ministre untel » que Matignon vient d’emblée démentir d’un « ce n’est pas à l’ordre du jour », « la priorité, ce n’est pas créer un débat confus sur le temps de travail », etc.

Fin août, il y a eu ainsi « le couac » de Macron sur les 35 heures aussitôt recadré. Dans une interview au « Point » accordée les jours précédant sa nomination et publiée quelques jours après, l’ex-conseiller de François Hollande, en bon banquier, recommandait d’« autoriser les entreprises et les branches à déroger aux règles de temps de travail et de rémunération » « dans le cadre d’accords majoritaires avec les syndicats ». Soit la généralisation de ce qui existe déjà depuis la réforme du marché du travail de janvier 2013 (ANI) dans les entreprises en grandes difficultés économiques via les accords de maintien dans l'emploi. Quelques jours plus tard, début septembre, juste avant la grand-messe des partenaires sociaux, c’est François Rebsamen qui commettait « un impair ». Il demandait à Pôle emploi de renforcer le contrôle des chômeurs «pour vérifier que les gens cherchent bien un emploi» et appelait à la sanction en ressortant le discours de la droite et de l’extrême-droite sur « le chômeur fraudeur fainéant qui ne bouge pas de son canapé ».

 


 

C’était le tollé de la rentrée politique et sociale mais la langue de Rebsamen n’avait pas fourché. Dans un grand entretien accordé au journal bourguignon Miroirs, la semaine dernière, l’ancien maire de Dijon récidive. « Je me bats depuis longtemps pour une vision libérale de l'économie », annonce le titre. Le ministre revient notamment sur sa sortie sur «les chômeurs-fraudeurs» « qui n'a pas empêché 60 % de la population d'approuver ce message » : « Ils (les Français) ont conscience qu'il faut adapter notre système social, par ailleurs très protecteur : en renforçant les contrôles, en assouplissant les seuils, la législation sur les 35 heures, en autorisant le travail le dimanche. » Présentée comme un nouveau « couac » du ministre du travail, cette interview gênante, qui sera dépubliée à la demande du ministère puis republiée par le journaliste finalement (lire ici notre article), n’est que le miroir réfléchissant la pensée de Rebsamen et pas uniquement lui.

Aujourd’hui, la répétition est telle que le doute n’est plus permis sur les ambitions d’une partie de ce gouvernement. Il s’agit ni plus ni moins que de poursuivre l’entreprise de démolition du code du travail engagée depuis 2002 par la droite, de tester, diviser l’opinion publique sur des sujets éminemment explosifs pour faire passer ensuite en force les réformes au pas de charge. Le discours de Valls lundi à la City en témoigne. Depuis le début de sa tournée européenne, de l’Italie au Royaume-Uni en passant par l’Allemagne, pays où l'indemnisation du chômage a été rabotée depuis le début des années 2000 pour inciter au retour au travail, le premier ministre remet en question dans chacun de ses discours « le système français », ses blocages, ses verrous.

« La France a une préférence pour le chômage de masse bien indemnisé, c'est un fait », a-t-il dit en privé lors de sa visite à Berlin. « C'est (...) parce que nous acceptons malheureusement un chômage trop élevé, même s'il est bien indemnisé, que nous avons perdu du temps », a-t-il confié à son homologue finlandais la semaine dernière. Du pain bénit pour Pierre Gattaz, le patron du Medef. Dans son plan « un million d'emplois », il propose de « poursuivre la réforme de l’assurance-chômage pour accélérer le retour à l’emploi des chômeurs » et d'ouvrir pour ce faire de nouvelles négociations « sans attendre l’échéance de la convention actuelle ».

Ce mardi, dans l'émission Preuves par trois, sur Public Sénat, c’est un des très proches de Valls, Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'État aux relations avec le Parlement, qui appuyait à son tour l’idée, suivi du porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll. « On le sait, il y a des gens qui ont un certain niveau de rémunération de substitution pour lequel ils peuvent se dire légitimement, “dans le système actuel, je peux attendre six mois un an avant de rechercher un travail” », a notamment déclaré Le Guen.

Derrière ces déclarations assenées comme des vérités, on retrouve tous les fantasmes rebattus sur les demandeurs d'emploi durant le quinquennat Sarkozy et pour lesquels le parti socialiste n’avait pas de mots assez durs à l’époque pour les condamner. Il en est un qui persiste : celui des emplois non pourvus, ces fameux jobs qui ne trouvent pas preneurs malgré le nombre élevé de chômeurs. Les chiffres varient du simple au double. Sous Sarkozy, on en comptait un jour 500 000, un autre 250 000. Sous Hollande, c’est aussi le yoyo. Rebsamen parlait de 350 000 emplois jusqu’à ce que Pôle emploi dévoile une étude, fin septembre, jugeant stérile le débat sur les statistiques et relativisant la réalité des offres non pourvues ainsi que la responsabilité des demandeurs d'emploi dans les difficultés de recrutement (lire ici l’article des Échos).

En France, la question de l’indemnisation des chômeurs, qui relève des partenaires sociaux sous la bannière de l'Unedic (l’organisme paritaire de gestion de l'assurance-chômage) et qui pose la question de la légitimité de l’État, est récurrente. Elle revient sur la table trois mois à peine après l’entrée en vigueur, début juillet, d'une nouvelle convention d'assurance-chômage. Celle qui fut signée en mars par trois syndicats (CFDT, FO et CFTC) et le patronat, et qui a entraîné le mouvement des intermittents du spectacle toujours mobilisé.

A la veille de l’ouverture ce jeudi de la négociation sur la modernisation du dialogue social qui doit réformer les seuils sociaux, les syndicats voient «une provocation» dans cette rhétorique empruntée au patronat. « Il n’est pas question, dans cette période de hausse du chômage, de baisser les droits des chômeurs, encore moins de renégocier la convention avant son terme », a réagi Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. « On s’en prend aux chômeurs et cela évite de parler du chômage », a renchérit son côté son homologue Thierry Le Paon de la CGT. «A quoi joue Valls, à quoi joue le gouvernement ?», se demandent-ils. En janvier dernier, François Hollande avait déclaré : « Ce n’est pas à un moment où il y a un taux de chômage élevé qu’il faut réduire les droits des chômeurs ».

 

Lire aussi

 

Source : www.mediapart.fr

 

 


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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 14:47

 

 

Source : www.marianne.net


 

Nouvelles villes chinoises en France : un scandale industriel annoncé ?
Mardi 7 Octobre 2014 à 05:00

 

Francis Journot*

 

Francis Journot, membre des associations "Vêtements made in France" et "Rendez-nous notre industrie" s'alarme de l'implantation prochaine de plusieurs milliers d’entreprises chinoises en Indre et en Moselle. Des "projets pharaoniques" dont le coût final, explique-t-il, pourrait se chiffrer en dizaines de milliards d’euros pour le contribuable et en millions d’emplois européens sacrifiés.

 

Maquette du projet de Châteauroux en 2010 - MEIGNEUX/SIPA
Maquette du projet de Châteauroux en 2010 - MEIGNEUX/SIPA

En juin dernier, trois cent invités dont des élus locaux et des représentants des Etats français et chinois, assistaient au Château d’Ozans, à l’inauguration d’une plateforme logistique destinée à accueillir des entreprises chinoises souhaitant se développer sur le marché européen. Le projet, baptisé EuroSity, est développé par Sino France economic cooperation zone (SFECZ), qui représente dans l'Hexagone, Beijing capital land (BCL), filiale immobilière du fonds souverain  d’investissement chinois Beijing capital group (BCG). Mark Bottemine, directeur général de l’aéroport de Châteauroux-Centre, ex-candidat PS à la mairie de Châteauroux et initiateur du projet, déclarait au journal le Monde en mai 2010 : « Nous sommes finalement revenus avec un projet politique du gouvernement central [de la République populaire de Chine] ».
 
A terme, l’activité s’étendrait sur une zone de plus de 600 hectares, située aux portes de Châteauroux et s’articulerait autour du tarmac de l’ancienne base militaire de l’OTAN, capable d’accueillir les plus gros avions-porteurs en provenance de Chine. Cette nouvelle cité économique gérée par un fonds d’Etat chinois, pourrait bénéficier de la classification zone franche de l’ancienne base militaire et offrir aux entreprises, bon nombre d’avantages fiscaux dont une exonération de l’impôt sur les sociétés et des charges sociales pendant cinq ans ainsi qu’une défiscalisation des investissements.
 
Il n’échappera à personne que le principal but poursuivi, consiste à réaliser sur des produits finis ou semi-finis, une dernière étape mineure sur le territoire français afin de pouvoir ensuite inonder le marché européen et le monde entier de produits manufacturés et high-tech, avec un label « made in France » qui augmenterait considérablement la valeur ajoutée d’une fabrication pourtant souvent préalablement exécutée dans des conditions de travail proches de l’esclavage.

L’ancien maire de Châteauroux et sénateur UMP de l’Indre Jean-François Mayet, avait, au cours de son  mandat municipal, effectué plusieurs déplacements en Chine afin de convaincre des entrepreneurs chinois de venir s’installer dans l’agglomération et s’exprimait en 2010 sur France info : « Certainement que la Chine est arrivée à un moment où elle a besoin de présenter une image plus vertueuse, et le choix qu’ils font, c’est d’européaniser leur production, de peut-être marquer dessus “made in Europe” ou “made in France” ». Depuis, Gil Avérous, son ancien chef de cabinet et nouveau maire, a repris le flambeau et rencontré 900 entrepreneurs chinois en juillet dernier. Il annonçait, à son retour, l’implantation d’une première entreprise en automne mais déclarait ignorer le nombre d’emplois que celle-ci compte créer.  
 
Le concept fait bonne figure en prévoyant également la transformation du château en hôtel quatre étoiles, la construction d’un pôle d’enseignement supérieur international en lien avec l’université française et des départements « recherche & développement ». Le Conseil général de l’Indre a investi 15 millions dans des aménagements routiers. L’agglomération de Châteauroux présidée par Gil Avérous, financerait l’achat de terrains et la création de voieries avec un investissement de 91 millions sur quinze ans. La première pierre d’un immeuble de 4 500 m2 a été posée et les premières entreprises devraient s’installer dans un an. Le président de la SFECZ, se refuse à communiquer le nombre d’emplois que la zone pourrait créer mais promet d’investir environ 200 millions d’euros sur cinq à huit ans dont 20 millions d’euros en 2014.
 
Cependant, si l’on considère que le coût de construction du pôle universitaire devant accueillir 6 000 à 8 000 étudiants avoisinerait probablement 40 ou 50 millions d’euros et qu’il faudrait ensuite allouer autour de 30 ou 40 millions d’euros de frais annuels de fonctionnement, le budget entier n’y suffirait guère. Et si l’on ajoute l’hôtel 4 étoiles, tous les travaux de la zone, l’édification d’immeubles de bureaux, d’entrepôts et de toutes les infrastructures indispensables, les coûts de fonctionnement de départements R&D, d’un aéroport particulier avec sa piste de 3,5 km, comptant parmi les plus importants de France et comportant (peut-être ?) une douane dédiée, le budget annuel annoncé de 25 à 40 millions peu laisser dubitatif.
 
A moins que derrière un habillage médiatique vendant un « hub » de coopération sino-française, ne subsiste finalement du projet global, que la construction de quelques immeubles de bureaux et d’immenses entrepôts. Mais quelle que soit l’option retenue, le principal bénéficiaire de cette opération de capital investissement, serait SFECZ, dont la vente des terrains et des bureaux pourrait rapporter, selon les Échos , 2 milliards d’euros.

Indre et Moselle, même combat 
          
Le projet Terra lorraine ou ITEC, défendu par Patrick Weiten (UMP), président du Conseil général de Moselle, est développé par Comex Holdings, société basée en Chine, fondée par des spécialistes de la finance internationale. Un investissement de 150 millions pour la création d’une plateforme commerciale qui occuperait 240 000 m2, devrait lors de la première phase permettre l’accueil de 2 000 à 2 500 entreprises chinoises sur la zone d’Illange. Cependant, les dirigeants de la filiale européenne Comex euros developments, basée au Luxembourg, n’ont jamais révélé l’origine des fonds ni le montage financier. A terme,  la surface construite totale de la zone atteindrait 6,5 millions de mètres carrés et devrait accueillir 20 000 entreprises chinoises. Le Conseil général de Moselle met en avant la création de 3 000 emplois dès l’ouverture du site et à terme 30 000, pour un investissement total qui selon son président, atteindrait 6 milliards d’euros.
 
La nouvelle ville économique qui pourrait s’étendre sur une longueur de plusieurs kilomètres, s’offrirait une halle d’exposition et s’enorgueillirait d’un hôtel de luxe 5 étoiles de 300 chambres, d’un parking de 280 000 m2, de tours de bureaux et de centaines de résidences. Les entrepôts destinés à recevoir chaque jour les centaines ou milliers de containers arrivés par route ou voie fluviale, devraient s’étaler sur plusieurs millions de mètres carrés.
 
Le chiffre évoqué de 500 containers journaliers importés dès l’installation des 2 000 premières entreprises, équivaudrait probablement annuellement à environ 2,5 ou 3 millions de tonnes de produits importés et, si l’on ose une projection, les 20 000 entreprises attendues pourraient bien importer chaque année, autour de 25 ou 30 millions de tonnes de marchandises vendues aux professionnels et peut-être directement aux particuliers. Pour comparaison, bien que les produits concernés ne soient guère alimentaires, la superficie totale des locaux du marché de Rungis, plus grand marché de produits frais au monde, n’occupe que 230 hectares et les arrivages physiques n’excédent guère 1,5 million de tonnes de marchandises par an pour un chiffre d’affaires de 8,5 milliards d’euros mais desservant 20 millions de consommateurs.
 
La plateforme mosellane du commerce chinois permettrait, selon la liste officielle, l'importation et la distribution en France et en Europe de vêtements et textiles, accessoires de mode, articles de sport et de loisir, cadeaux et fantaisies, mobiliers et équipement de la maison, matériels de construction et de bricolage, composants électriques et électroniques, produits de télécommunication et informatiques, machines et biens d’équipement industriel, matériels de sécurité et télésurveillance, équipements d’énergie nouvelle et d’économie d’énergie et matériaux de construction. Pour exemple, le chiffre de 5 000 containers par jour équivaudrait à une importation annuelle de dizaines de milliards de vêtements et de milliards de smartphones, ordinateurs portables ou matériels électroménagers qui pourraient être réexpédiés avec le label « made in France » vers les autre pays d’Europe mais aussi vers les autres continents.         
 
Espionnage, dumping et conséquences sur l'emploi

L’activité générée par l’installation de 2 000 puis 20 000 sociétés importatrices de 500 à 5 000 containers par jour pourrait effectivement créer de nombreux emplois. Mais qui peut croire que celles-ci choisiront de travailler avec des transporteurs acquittant leurs cotisations sur le sol français. Il est également à craindre que les entreprises, installées à proximité d’une zone géographique abondante en main d’œuvre des pays à bas coûts d’Europe, choisissent d’économiser 30 à 40 % sur leurs coûts salariaux (l’Allemagne, distante de 30 kilomètres d’Illange, emploie plus d’un demi-million de salariés détachés et notre pays en rétribue près de 350 000).   

De même, il est peu certain que, bien qu’ayant dans le cadre de leur installation des facilités d’obtention de visas pour recruter des personnels chinois, les dirigeants nouvellement installés, accordent leur préférence à des travailleurs mosellans aux exigences salariales plus élevées que leurs compatriotes. Faible pouvoir d’achat d’employés sous-payés, modèle autarcique, il est peu certain que nous assistions au formidable essor économique régional et à la création des emplois que le Conseil général promet aux chômeurs mosellans. Il eut été plus efficient de consacrer une part des investissements et de l’énergie déployée par les élus à la réalisation de vrais projets industriels créateurs d’emplois.

Les effets sur l’emploi dans de nombreux pays d’Europe pourraient s’avérer désastreux et l’industrie européenne pourrait connaitre une nouvelle hécatombe. Parmi les 20 000 ou 22 000 sociétés qui devraient s’installer, certaines ne comptent que quelques milliers d’employés en Chine mais d’autres en comptent plusieurs dizaines de milliers. Ainsi, le nombre cumulé du personnel de ces entreprises pourrait représenter en Asie, plusieurs millions d’emplois.

Alors nul ne doute que les exigences de croissance de ces entreprises nécessiteraient une politique commerciale agressive fondée sur le dumping et à laquelle les entreprises industrielles européennes ne pourraient guère résister. Huawei, géant des technologies de l'information et de la communication, qui devrait s’installer bientôt à Châteauroux, emploie 150 000 personnes et réalise 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel mais l’Union européenne l’accuse de dumping de ses produits sur le marché européen et reproche au gouvernement chinois de lui avoir versé des aides illégales.

Par ailleurs, ce groupe né en 1988 au sein de l’armée populaire de libération chinoise a dépensé l’an dernier 3 millions d’euros en lobbying à Bruxelles pour notamment, tenter de faire oublier les accusations d’espionnage qui pèsent sur lui. Le 29 septembre 2014, lors d’un entretien avec Manuel Valls, les promesses d’investissement et de création d’emplois de son fondateur, Ren Zhengfei, ont semble t-il, convaincu le Premier ministre, de soutenir l’implantation du géant des télécom. Mais le gouvernement peut-il ignorer les recommandations du rapport du sénateur Jean-Marie Bockel et décider de faciliter l’implantation d’un  groupe suspecté d’espionnage et déjà jugé indésirable par l’Union européenne, les Etats-Unis et l’Australie.    
 
Des élus locaux, nationaux et des membres du gouvernement ont-ils vocation, sans une consultation préalable de l’ensemble des partenaires européens, à décider de l’avenir de l’industrie manufacturière européenne au moment où certains pays comptent 40 % ou 50 % de jeunes chômeurs. Bon nombre de pays membres de l'Union européenne bâtissent une grande part de leur développement avec une industrie manufacturière pouvant représenter jusqu’à 35 % de l’emploi pour certains d’entre-eux. Les pays de l’UE seraient parfaitement fondés à s’opposer à des projets qui modifieraient leurs orientations économiques, ferait bondir leur chômage et laminerait ce qu’il reste de l’industrie européenne.
 
Qui paiera pour ces projets pharaoniques ?
 
On peut se demander comment les mises de base des fonds d’investissement (de 20 millions pour le projet de Châteauroux ou 150 millions d’euros pour celui d’Illange) pourraient permettre d’ériger ces véritables villes. Il convient de comptabiliser toutes les dépenses dont celles générées par la construction des infrastructures publiques indispensables. Alors comment seront réellement financés ces deux projets pharaoniques ? Quel sera le montant des subventions distribuées aux entreprises ? En cas d’aides jugées non conformes, l’État français sera ensuite tenu de payer des amendes à la Commission européenne mais parviendra-t-il à obtenir des entreprises chinoises la restitution des aides ordonnée par Bruxelles ?
 
Combien d’usines françaises fermeront ? La perte de 100 000 ou 200 000 emplois ouvriers, estimation basse, pourrait représenter, si l’on tient compte des emplois indirects et induits, une perte de 300 000 à 800 000 emplois dont le coût annuel en dépenses pour l’emploi (DPE) et dépenses connexes, pourrait atteindre 7,5 à 20 milliards. Par ailleurs, il nous faudra aussi appréhender les effets en cascade. L’aggravation du déficit de la balance commerciale et des comptes publics dont celui des régimes de protection sociale due à la baisse du nombre de cotisants. Et si l’on ajoute les effets d’une accentuation de la désertification dans de nombreux territoires, les préjudices seraient multiples. Aussi, le coût total pour le contribuable français, pourrait à terme atteindre plusieurs dizaines de milliards d’euros.
 
Les gaspillages ou scandales de l’argent public sont certes légion. Néanmoins, bon nombre de contribuables pourraient juger intolérable que l’État français cofinance des projets émanant du gouvernement central de la République populaire de Chine, dictature qui continue à exécuter chaque année plusieurs milliers de ses opposants politiques ou de fonds d’investissement basés dans des paradis fiscaux dont le souci n’est certainement pas la création d’emplois et dont l’opacité des capitaux devrait interpeller.

Des ministres bienveillants ?
 
Ces projets mortifères pour la fabrication française, sont connus depuis plus de quatre ans. Pourtant, les ténors des gouvernements n’ont jamais protesté. L’ancien ministre du Redressement productif connaît le porteur du projet d’illange, Régis Passerieux, depuis la fin des années 1980. Cet énarque, avocat et ancien maire PS qui a milité aux cotés de l’actuel ministre du Travail François Rebsamen, aurait déclaré en 2013, a la suite d’une entrevue avec Arnaud Montebourg : « Bien sur que je lui en ai parlé. Il m’a écouté attentivement et n’a semblé ne rien avoir contre. » Cependant, qui peut nier que ces concepts sont susceptibles de galvauder définitivement l’image de la fabrication française et de provoquer la fermeture de nombreuses usines sur notre territoire. Alors cela interroge encore : est-il acceptable que des ministres qui ont pour mission de protéger l’économie et l’emploi, aient fermé les yeux.  
 
Maintenant, notre association, bien que non subventionnée, doit s’ériger pour palier leur manquement et constituer une opposition à ces deux projets éminemment dangereux pour notre pays. Souhaitons que notre article alerte le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, et que celui-ci tire la sonnette d’alarme avant un désastre industriel. Le gouvernement pourrait également se raviser avant un scandale qui éclabousserait la classe politique. Il est en effet probable que la justice devra un jour déterminer la responsabilité de chacun des acteurs publics qui auront facilité l’aboutissement de projets engageant sans visibilité et sans limite, l’argent de tous les contribuables français. Pourquoi ne pas créer une commission d’enquête parlementaire. Aujourd’hui, les pouvoirs publics ne semblent pas encore avoir pris toute la mesure de scandales certes, en devenir mais déjà manifestes de l’argent public.

Des députés des 28 pays membres de l’Union européenne pourraient également se révéler soucieux de la sauvegarde de leurs industries manufacturières et décider de faire valoir auprès de la Commission européenne une légitime opposition à ces implantations, justifiée, entre autres, par des aides disproportionnées, des accusations d’espionnage et une distorsion accrue de la concurrence, basée notamment sur le dumping.
 

* Francis Journot est membre des associations citoyennes www.vetements-made-in-france.com,www.international-convention-for-minimum-wage.org,www.rendez-nous-notre-industrie.com

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 14:33

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-les-economistes-atterres

 

 

Capitalisme : pourquoi l’embrayage de la croissance patine
Jean-Marie Harribey
Co-président des Économistes atterrés
Publié le 08/10/2014 à 10h04

 

 

Les meilleurs experts commencent à s’inquiéter. Non seulement les politiques d’austérité menées partout en Europe ne font qu’approfondir la crise, aggraver le chômage et accroître les inégalités, mais il se pourrait que le système soit entré dans une phase de ralentissement durable de la dynamique économique dans le monde, à cause de la conjonction inédite de contradictions sociales et écologiques fortes.

La crise ouverte en 2007, déclenchée par l’explosion de la finance, ne serait pas un simple épisode conjoncturel, mais marquerait une profonde mutation structurelle, que l’on commence à identifier par le déclin sur 40 ans de la progression de la productivité du travail et de celle de la productivité totale des facteurs mesurant l’influence du progrès technique.


La productivité du travail, en anglais (The Conference Board, PDF)


La productivité de l’ensemble des facteurs de production, en anglais (The Conference Board, PDF)

Cette évolution concerne l’ensemble des pays capitalistes développés et commence même à toucher les pays émergents.

Obstacles ou décalage temporel ?

Aux Etats-Unis, l’économiste Robert Gordon explique [PDF] que la croissance ne reviendra pas. Il identifie six obstacles au retour de la celle-ci :

  • le ralentissement démographique induit une moindre augmentation de la quantité d’heures de travail ;
  • la stagnation de l’efficacité de l’éducation freine les progrès de la productivité du travail ;
  • l’augmentation des inégalités atténue les bienfaits de l’éducation ;
  • la compétition entre nations émergentes et nations à hauts salaires handicape ces dernières ;
  • les contraintes écologiques sont de plus en plus prégnantes ;
  • l’endettement privé et public réduit le revenu disponible des ménages.

Pour lui, les innovations liées aux techniques modernes n’ont rien à voir avec celles introduites antérieurement. Elles produisent beaucoup de gadgets électroniques, elles permettent d’acheter sur Internet, elles créent de nouveaux besoins comme celui de téléphone mobile, mais elles n’engendrent aucun effet comparable à l’invention de l’électricité ou à celle du chemin de fer qui a remplacé les diligences.

A l’inverse, deux autres économistes, Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, soutiennent l’idée que le monde n’est qu’au début d’une période qui verra naître une nouvelle conception de l’innovation : il s’agira moins d’inventer de nouveaux objets que de combiner d’une meilleure façon ceux qui existent déjà, grâce aux procédures digitales, capables de transformer toute information en langage binaire. Il faudrait simplement voir la faiblesse actuelle des gains de productivité comme un effet du décalage dans le temps entre l’introduction des nouvelles techniques et leur influence économique.

La contradiction sociale

L’« efficacité » des deux premières révolutions industrielles fut due à l’accompagnement des innovations techniques par une transformation des rapports sociaux permettant leur utilisation à grande échelle.

Quel est l’accompagnement « social » de la révolution informatique et de la mondialisation du capital ? C’est la précarisation, la flexibilisation du travail et l’amoindrissement de la protection sociale. Rien qui permette d’envisager une relance de la productivité du travail, d’autant plus que la tertiarisation des économies en réduit encore la possibilité.

Pendant l’époque flambante du néolibéralisme, les détenteurs de capitaux ont restauré leur taux de rentabilité par une exploitation accrue du travail. Mais celle-ci a des limites, car la 25e heure par jour n’a pas été inventée et car ce sont les salariés qui achètent en masse les marchandises.

La contradiction écologique

Et c’est ici qu’intervient la seconde contradiction, d’ordre écologique, qui se greffe sur la contradiction sociale. Le taux de profit dépend aussi de l’efficacité du capital engagé. Or, aujourd’hui, cette dernière commence à être freinée par l’épuisement et la dégradation des ressources naturelles ou bien par leur renchérissement.

Au total, lorsque l’écart entre l’évolution de la productivité et celle du salaire se réduit parce que la baisse relative des salaires atteint un plancher, les possibilités de restauration du taux de profit s’amenuisent et les occasions d’investissements suffisamment rentables se raréfient, tandis que toutes les institutions financières se réfugient dans les placements spéculatifs à court terme.

Si, dans le même temps, les ressources matérielles naturelles se raréfient ou se dégradent, ce n’est plus seulement la variable de répartition qui voit s’épuiser sa capacité d’augmentation du taux de profit, c’est aussi le cas de l’efficacité du capital.

Une « crise globale » du capitalisme

On voit donc l’absurdité de la diminution des taux d’investissement par rapport au PIB dans les pays capitalistes développés : au risque d’hypothéquer l’avenir, on préfère consacrer les profits au rachat d’actions et au versement de dividendes. C’est en ce sens que l’on peut parler d’une « crise globale » du capitalisme : tout concourt à accroître les difficultés à produire et réaliser de la valeur, but ultime du capital.

Il s’ensuit que l’idée selon laquelle le capitalisme pourrait retrouver dans les pays développés une trajectoire de croissance économique durablement élevée se heurte à la logique néolibérale elle-même et aux capacités de la planète.

Dès lors, la notion de « croissance potentielle », définie comme le niveau de croissance si le travail et le capital étaient utilisés au maximum sans tension sur les prix, perd son intérêt. La relance conjoncturelle n’est donc pas susceptible de redéfinir une trajectoire positive au capitalisme néolibéral. La recherche du plein emploi par la voie de la croissance économique est, à moyen terme, une impasse.

Miser sur des investissements d’avenir

La bifurcation vers un modèle nouveau par la mise en œuvre d’investissements d’avenir provoquerait certainement un dynamisme économique de meilleure qualité, avec un accroissement temporaire du PIB, non pas recherché comme but en soi, mais comme un résultat qualitatif de cette bifurcation.

Après cette phase de transition où les besoins sociaux essentiels seraient satisfaits, une évolution vers un état stationnaire (du point de vue quantitatif) serait sans doute souhaitable. Une sorte d’atterrissage en douceur pour éviter le crash.

 

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-les-economistes-atterres

 

 

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 17:12

 

Source : www.mediapart.fr


 

« L'imposture économique », le livre qui ébranle la pensée néolibérale

|  Par Dan Israel

 

 

Les économistes néoclassiques ne vivent pas dans le monde réel, mais dans un univers parallèle, basé sur des hypothèses hasardeuses et non démontrables, qui empêchent une vraie réflexion sur l'état de nos sociétés. Telles sont les conclusions ravageuses de L'Imposture économique, un livre iconoclaste de l’économiste australien Steve Keen, qui retourne contre la pensée dominante les armes de l'analyse économique la plus traditionnelle.

 

Le programme est énoncé sans fard et sans crainte des superlatifs dès les premières pages du livre. Il s’agit de « provoquer une révolution scientifique, attendue de longue date en économie ». Pas moins. L’auteur de cette profession de foi s’appelle Steve Keen. Cet économiste australien est aujourd’hui directeur du département Économie, Histoire et Politique de l’université de Kingston à Londres. Son livre, L'Imposture économique, qui paraît en France le 9 octobre aux éditions de l’Atelier, est paru dès 2001 pour sa première édition dans le monde anglo-saxon, sous le titre Debunking economics, « Démystifier l’économie ».

Il s’y emploie à dynamiter méthodiquement les bases de la théorie néoclassique, la pensée économique qui sous-tend toute l’idéologie néolibérale contemporaine. Un par un, Steve Keen examine les axiomes de la micro-économie, censés décrire le fonctionnement des consommateurs et des entreprises. Il ne le fait pas à coup de méthodes extravagantes ou en faisant appel à des théories farfelues. Au contraire, il les expose à la lumière de certains des auteurs classiques de la discipline et les analyse avec les armes mêmes de la pensée économique la plus traditionnelle.

 

 

Après avoir été passées à ce crible, ces théories, parfois aussi centrales que les « lois » de l’offre et de la demande, ne tiennent plus guère debout. « La prétendue science économique est un agrégat de mythes qui fait passer l’ancienne conception géocentrique du système solaire de Ptolémée pour un modèle puissamment sophistiqué », balance, cruel, l’auteur. « L’une des nombreuses raisons qui ont permis aux économistes de réussir à prendre le contrôle des politiques sociales, c’est l’affirmation d’une certaine légitimité intellectuelle face à quiconque s’oppose à leurs recommandations, rappelle-t-il. L’objet de ce livre est de montrer que cette affirmation est fallacieuse. »

Le livre sort avec une certaine pompe dans l’Hexagone, l’auteur étant sur le territoire ces jours-ci pour participer à plusieurs réunions publiques (voir la liste de ces rencontres sous l’onglet Prolonger). Il est appuyé par Gaël Giraud, un économiste français hétérodoxe qui s’est imposé dans le débat politique français en publiant, fin 2012, une note extrêmement sévère sur le projet de loi de séparation des activités bancaires, qu’il jugeait tout à fait insuffisant (consulter sa note ici). Auteur de la préface, Giraud a supervisé la traduction française du livre de Keen. Il juge, dans une passionnante interview à Mediapart (à lire ici), qu’« il s’agit d’un texte majeur qui fera date ». « Ce livre est une interpellation. Celle d’un universitaire économiste qui apostrophe sa communauté et, par-delà celle-ci, notre société tout entière », écrit-il.

Car il faut prendre la mesure du monde dans lequel vivent et raisonnent les économistes. Un monde parallèle, qui ne reflète la réalité que de très loin. Et à rebours de toute démarche scientifique réelle. « Plutôt que démarrer par un phénomène qui nécessite une explication, comme le ferait une science, les économistes commencent avec une opinion sur la façon dont devrait être la réalité. Par exemple, avec leur abstraction favorite, le marché où devrait régner une “concurrence pure et parfaite”. Aucun marché sur la planète n’a jamais approché cette abstraction, mais ils tentent de modéliser l’économie entière “comme si” elle était principalement constituée de ces phénomènes non existants. », rappelle Steve Keen à Mediapart.

Les économistes travaillent donc, rappelle Giraud dans sa préface, dans « un univers sans monnaie et sans secteur bancaire, où le capital s’accumule tout seul sans être produit par personne (…). Une galaxie imaginaire peuplée de gentlemen dotés d’une puissance de calcul infinie, capables d’anticiper le niveau de tous les prix (…) jusqu’à la fin des temps ». Un univers que Keen s’emploie à mettre à bas.


Les lois de l'offre et de la demande ne tiennent pas la route

Le livre est écrit d’une plume alerte, un brin moqueuse, mais soucieuse de pédagogie. Le langage plutôt accessible (qui nous enjoint par exemple à « calculer le schmilblick ») ne masque pas la rigueur théorique à l’œuvre. À tel point que certains passages de déconstruction économique sont à réserver aux lecteurs avertis, entrepreneurs, économistes ou étudiants désireux de s’informer à d’autres sources que les programmes universitaires classiques. Car Steve Keen parle le langage commun à tous les économistes qui se respectent, fait de modélisation et de formules mathématiques (même s’il épargne à ses lecteurs la moindre équation dans ses quelque 500 pages de démonstration passionnée).

« Les économistes néoclassiques utilisent des équations et des modèles qui paraissent compliqués à quiconque n’est pas spécialisé en physique ou en mathématiques, et ils semblent donc posséder un savoir plus grand que le simple mortel, explique l’auteur à Mediapart. Il faut une profonde connaissance des maths et de la science pour comprendre qu’il s’agit d’une pseudo-science. »

Parmi les cibles de Keen, on trouve la fameuse « loi » de la demande, selon laquelle « chaque consommateur s’efforce d’obtenir le plus haut niveau possible de satisfaction en fonction de son revenu ». Or, explique le livre, « cette théorie n’est pas solide ». Si les économistes apportent une analyse cohérente du comportement d’un seul individu, ils ne parviennent en revanche pas à faire passer la modélisation au degré supérieur, en analysant le comportement de tous les individus formant ensemble une société. Pour le faire, ils sont contraints de postuler qu’il n’existe soit qu’un seul individu, soir qu’une seule marchandise dans toute la société ! « Les conditions qui sont nécessaires pour “assurer” la validité de la loi de la demande au niveau du marché constituent en fait la preuve par l’absurde que cette loi ne peut s’appliquer », estime Keen.

Il en va de même avec la non moins célèbre courbe de l’offre, base de l’analyse économique de la production des entreprises, qui, selon l’économiste australien, « n’existe pas ». Quant à la courbe croissant du coût marginal, qui explique que, à « court terme », la productivité d’une entreprise chute à mesure que la production augmente, de telle sorte que de plus hauts niveaux de production conduisent à des prix plus élevés, elle serait sans aucun fondement dans la plupart des cas : « Seules les marchandises qui ne peuvent être produites dans des usines (comme le pétrole) sont susceptibles d’avoir des coûts de production qui se comportent selon les attentes des économistes » !

Attaques à droite, mais aussi à gauche

Mais si ces règles de bases sont en fait invalides, pourquoi n’ont-elles pas été dénoncées depuis des années ? En fait, elles l’ont régulièrement été, et souvent par des penseurs reconnus des écoles classiques et néoclassiques. Mais leurs analyses ont soit été noyées (peut-être volontairement) dans des chiffres et des formules mathématiques alambiquées, soit elles ont été ignorées par le monde universitaire. Et puis, explique l’auteur à Mediapart, « le principal facteur qui avantage la théorie néoclassique est que, pour faire marcher une économie, on n’a pas besoin de la théorie économique au sens où on a besoin d’une science de l’ingénierie pour construire un pont : si l’économie était aussi nécessaire que l’ingénierie, ses défauts auraient été identifiés et corrigés il y a bien longtemps, parce que les économies de tous les pays se seraient effondrées comme des ponts mal construits ».

Au fil des pages, les théories les plus basiques sur le comportement des producteurs, des salariés ou des consommateurs tombent à l'eau. Keen montre aussi comment la pensée néoclassique néglige le rôle de l'incertitude et des anticipations de gain dans les comportements économiques. Pire encore, la plupart des modèles oublient de conceptualiser le rôle du crédit et de la monnaie, en omettant de faire apparaître les banquiers dans leurs calculs !

 

Steve Keen. 
Steve Keen. © D.R.

L’auteur, qui se définit comme « post-keynésien », utilise ses constats et ses découvertes pour déplorer la mainmise de la pensée néoclassique dans le débat universitaire, mais aussi et surtout politique depuis le début des années 1980. Depuis la sortie de la première édition de son livre en 2001, il échange d’ailleurs des argumentaires musclés avec les tenants de cette pensée, qui tentent de mettre à mal ses analyses. Pour se faire une idée de l’argumentaire critiquant son livre, on peut se reporter à cet article hébergé sur le site du magazine Forbes, qui reconnaît que Keen pointe de réelles erreurs de calcul et de modèle, mais qui plaide qu’elles sont sans conséquence pour la description de l’économie réelle.

Bien plus surprenant, Keen a aussi maille à partir avec des économistes de l'aile gauche, et notamment avec l’un des plus célèbre d’entre eux, le Prix Nobel Paul Krugman. Sur son blog, Krugman l’attaque par exemple ici ou ici, et Keen fait de même ou . On trouve un résumé de leur débat sur le rôle de la monnaie et des banques par ici. Pourquoi ces querelles régulières, de la part de deux hommes qui partagent des critiques similaires sur le système capitaliste actuel ? Parce que leur évaluation des théories classiques est presque contraire, comme Gaël Giraud l’explique à merveille dans l’entretien accordé à Mediapart. Steve Keen complète : « Nous pouvons être dans le même camp pour un débat sur les politiques économiques à mener (et nous le sommes souvent), même si nous avons des opinions totalement différentes sur la façon dont l’économie fonctionne réellement. »


La « nature mensongère » des manuels d’économie

Au fil de son ouvrage, l’économiste australien déplore que la formation des économistes les empêche presque totalement de déceler les erreurs qui parsèment la théorie qui leur est inculquée, puis que le système même fasse triompher cette « pédagogie paresseuse ». Pour un universitaire, il est en effet extrêmement risqué en terme de carrière de critiquer l’école néoclassique dominante. Keen pointe aussi « la nature mensongère des manuels d’économie » les plus connus, pour leur propension à masquer les faiblesses théoriques des thèses qu’ils défendent : « Les économistes sont si engagés en faveur de leur méthodologie de prédilection qu’ils ignorent ou banalisent les points où leur analyse dévoile ses plus grandes faiblesses. Pour que l’économie mérite vraiment la noble appellation de “science sociale”, ces échecs devraient la conduire à abandonner cette méthodologie et à en rechercher une autre, plus solide. »

Steve Keen cache à peine son ambition de bouleverser le monde de l’analyse économique avec la même amplitude que ne l’a fait Keynes dans les années 1930. Pour l’instant, on en est loin. Malgré ces échanges musclés avec certains économistes, son travail a été, au moins dans un premier temps, largement ignoré par les spécialistes de la discipline. Mais depuis la crise financière démarrée en 2008, son statut évolue, et pour cause. « Dans la première édition, je faisais remarquer à plusieurs reprises qu’une telle crise était probable dans un futur proche, et le facteur que je citais comme la cause – l’éclatement d’une bulle spéculative financée par la dette – est effectivement ce qui l’a provoquée, raconte-t-il. Mes idées ont aujourd’hui plus de valeur parce que l’événement que je pronostiquais est arrivé. »

Les dernières pages de son livre sont consacrées à la présentation de diverses écoles de pensée alternatives, toutes critiques  de la théorie dominante. Aujourd’hui, force est de constater qu’elles ne s’imposent pas dans les discours, académiques ou politiques. « Elles auront plus de succès quand une seconde crise adviendra dans les pays anglo-saxons ou lorsqu’une première crise éclatera en Chine », rétorque Keen, qui prévoit une nouvelle crise majeure dans les cinq à dix ans, « parce que le niveau de la dette est toujours trop haut, et que le renouveau de ces économies fait une fois de plus grimper le niveau de la dette privée ». L’économiste se veut optimiste : « Il n’y a pas de messie en économie, mais il y a de nombreuses autres écoles de pensée à partir desquelles une théorie économique décente pourrait être bâtie, et je pense que leur heure arrivera dans la prochaine décennie. »

Lire ici l'interview accordée à Mediapart par l'économiste Gaël Giraud, qui explique la portée du livre.

Voir sous l’onglet Prolonger les prochaines conférences de Steve Keen en France.

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 


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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 15:56

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

Les hélicoptères du Kazakhstan, l’affaire d’Etat qui inquiète Sarkozy

Le Monde | 07.10.2014 à 11h01 • Mis à jour le 07.10.2014 à 15h10 | Par Fabrice Lhomme et Gérard Davet

Nicolas Sarkozy, en visite officielle au Kazakhstan, à Astana, le 6 octobre 2009.

La justice française enquête, depuis le printemps 2012, sur une affaire d’Etat susceptible d’impliquer le pouvoir sarkozyste. Dans la plus grande discrétion, deux juges d’instruction parisiens, saisis de faits de « blanchiment en bande organisée », « corruption d’agents publics étrangers », « complicité et recel » de ces délits, explorent les dessous de contrats signés en 2010 entre la France et le Kazakhstan, pour près de 2 milliards d’euros. Ces marchés, comprenant la fabrication de 45 hélicoptères par Eurocopter, sont susceptibles d’avoir donné lieu au versement en France de rétrocommissions.

Un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, alors président de la République, et l’ex-chargée de mission de Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée, ont été placés en garde à vue en septembre dans cette affaire qui s’annonce explosive. En effet, Nicolas Sarkozy est lui-même soupçonné d’avoir fait pression en 2011 sur le Sénat belge, à la demande du président kazakh, afin d’adoucir le sort judiciaire d’hommes d’affaires d’origine kazakhe poursuivis en Belgique… et de permettre la conclusion de ces mirifiques contrats. Deux intermédiaires et une avocate niçoise ont été mis en examen en septembre dans ce dossier, suspectés d’avoir permis le versement d’importantes rétrocommissions. Le « Kazakhgate » n’en est, sur le plan judiciaire, qu’à ses débuts. 

 

Pour la justice française, le dossier débute réellement au printemps 2012. Le 4 avril, à quelques semaines de l’élection présidentielle, Tracfin, l’organisme antiblan...

L’accès à la totalité de l’article est protégé

 

*Suite de l'article sur lemonde.fr

 

 

Source : www.lemonde.fr

 

 

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Source : www.mediapart.fr

 

 

Amende de Sarkozy: encore une enquête judiciaire

|  Par Mathilde Mathieu et Ellen Salvi

 

 

 

Le parquet de Paris a ouvert lundi 6 octobre une information judiciaire pour « abus de confiance », « complicité » et « recel » après que Nicolas Sarkozy a fait payer par l'UMP l'amende de 363 615 euros que le conseil constitutionnel lui avait infligée.

Le parquet de Paris a ouvert lundi 6 octobre une information judiciaire pour « abus de confiance », « complicité » et « recel » dans l'affaire de l'amende de 363 615 euros infligée par le conseil constitutionnel à Nicolas Sarkozy et que l'UMP avait réglée en lieu et place du candidat, annonce le quotidien Le Monde. Le journal précise que l'ancien président devrait être rapidement entendu dans ce dossier.

Alors que le parti a réglé en 2013 la pénalité financière de 363 615 euros imposée à l'ancien candidat à la présidentielle (liée au rejet de son compte de campagne), le parquet de Paris avait dans un premier temps ouvert une enquête préliminaire sur d'éventuels « abus de confiance », « complicité » et « recel de ce délit », au préjudice de la formation politique. Cette enquête avait été confiée à l'Office anticorruption de la police judiciaire de Nanterre.

Comme Mediapart l'avait raconté jeudi 3 juillet, la loi est en effet très claire : c’est le candidat sanctionné par le conseil constitutionnel qui doit « verser (l’amende) au Trésor public », pas son parti. Dans une note transmise à la nouvelle direction de l'UMP, un avocat sollicité par François Fillon avait récemment pointé ce risque d'abus de confiance.

Ce sont finalement les deux commissaires aux comptes de l’UMP, chargés de certifier les comptes du parti pour l'année 2013, qui ont alerté la justice cet été sur le paiement potentiellement illégal de cette amende, ainsi que des 153 000 euros que Nicolas Sarkozy était censé rembourser personnellement à l’État (et qui correspondaient à une avance de frais de début de campagne).

Nous republions ci-dessous notre analyse sur le sujet publiée le 3 juillet

_______________________________________________________________

« Ma campagne n’a pas coûté un centime au contribuable », s’est flatté Nicolas Sarkozy mercredi 2 juillet, lors de son intervention sur TF1 et Europe 1. Il est vrai que le rejet de son compte de campagne par le conseil constitutionnel, à l’été 2013, l’a privé du moindre remboursement de frais par le Trésor public. Mais cette assertion ne manque pas de sel. En réalité, sa campagne truquée aurait dû rapporter beaucoup d’argent à l’État français.

Car s’il se confirme que Nicolas Sarkozy a caché 17 millions d’euros de frais de meeting aux autorités de contrôle, ce n’est pas une « amende » de 363 000 euros que le conseil constitutionnel aurait dû lui infliger, mais une méga-sanction de 17 millions d’euros, au profit de Bercy.

En effet, en cas de dépassement du plafond de dépenses légales, la loi prévoit que le conseil constitutionnel « fixe une somme égale au montant du dépassement que le candidat est tenu de verser au Trésor public ». En l’occurrence, si les "Sages" n’ont infligé qu’une pénalité de 363 615 euros à Nicolas Sarkozy, c’est qu’ils ont repéré seulement 363 615 euros de dépenses hors plafond, faute d’investigations réelles. Mais ils étaient loin du compte.

D’après la comptabilité cachée d’Event & Cie (la filiale de Bygmalion chargée d’organiser les meetings), l’entreprise s'est contentée de facturer 4,3 millions d’euros au candidat UMP alors que ses prestations valaient en fait 21,2 millions d’euros – soit quelque 17 millions d’euros de frais dissimulés aux autorités de contrôle (voir les révélations de Mediapart dans le détail). L’ancien directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy, Jérôme Lavrilleux, a d’ores et déjà raconté, lors de ses aveux, qu’Event & Cie s’était rattrapé en adressant de fausses factures à l’UMP.

Les trois juges saisis d'une instruction ouverte pour « faux et usage de faux », « abus de confiance » et « tentative d’escroquerie », s’efforcent désormais de vérifier tous ces chiffres. « Ma campagne sera-t-elle à nouveau réexaminée ?!, s’est d’ailleurs agacé Nicolas Sarkozy, mercredi soir. Elle ne l’a pas déjà été assez ? »

Assurément non. Un militant de la transparence, Raymond Avrillier, vient ainsi d’écrire à la commission des financements politiques (CNCCFP), qui a épluché le compte du candidat UMP en première instance, pour lui demander de « se considérer comme abusée en fait et en droit » et de « réviser » ses décisions – sur le montant de la pénalité comme sur les comptes 2012 de l’UMP, qu’elle a validés sans tiquer.

« La CNCCFP et le Conseil constitutionnel ont été grandement trompés quant au dépassement du plafond des dépenses électorales de M. Sarkozy qui est en réalité de plusieurs millions d’euros, écrit cet ancien élu écologiste, déjà très actif dans « l’affaire des sondages » de l’Élysée. La CNCCFP et le Conseil constitutionnel n’ont pas fixé la somme réelle, égale au montant du dépassement, que le candidat est tenu de verser au Trésor public ! »

Certains s'en inquiètent aussi à l’UMP, depuis quelques jours. Et quelques-uns poussent le raisonnement encore plus loin : « S’il s’avère que onze millions d’euros de dépenses ont été dissimulés (ndlr, le montant hors taxe initialement évoqué par l'avocat de Bygmalion), cela signifie que non seulement la pénalité aurait dû être de onze millions d’euros, mais aussi que des comptes faux ont été sciemment présentés au Conseil constitutionnel pour limiter le montant de cette sanction. En clair, qu’on pourrait parler d’une "escroquerie au jugement" du Conseil constitutionnel », analyse un proche de la nouvelle direction intérimaire.

D'après la jurisprudence de la Cour de cassation, l'escroquerie au jugement est une déclinaison de l’article 313-1 du code pénal sur l’escroquerie, qui concerne « le cas où un individu parvient, en trompant un tribunal par la production d’une pièce fausse, à obtenir une décision qui portera atteinte au patrimoine d’autrui ».

Sollicité par Mediapart, le secrétaire général du conseil constitutionnel n’a pas répondu à nos interrogations sur le sujet.

En fait, l’UMP commence tout juste à réaliser les risques juridiques relatifs à cette sanction de 363 000 euros. François Fillon, en particulier, s’est récemment interrogé sur la légalité de son paiement par le parti en 2013, alors qu’elle avait été infligée à Nicolas Sarkozy en personne.

Consulté à son initiative il y a quelques jours, un avocat a ainsi produit une note (déjà évoquée par L’Express) pointant un risque d’« abus de confiance ». La loi est en effet très claire : c’est le candidat sanctionné qui doit « verser (l’amende) au Trésor public », pas sa formation politique.

Or la somme a été réglée en octobre 2013 par l’UMP de Jean-François Copé, après que l’avocat du parti, Me Philippe Blanchetier, a produit une première note affirmant que c’était légalement possible. 

Cliquer pour agrandir. 

Interrogé par Mediapart, celui-ci s’étonne des embarras soudains à la tête de l’UMP. « Rien n’était caché, déclare-t-il. On aurait pu verser l’argent à Nicolas Sarkozy qui aurait payé le Trésor public, et personne n’y aurait vu que du feu. Nous avons préféré assumer. Pour moi, il n’y a pas d’abus de confiance. Il ne s’agit pas d’une amende pénale à proprement parler. Et il est quand même normal pour un parti d’essuyer les conséquences pécuniaires de la campagne présidentielle de son candidat. D’ailleurs l’administration fiscale n’a rien trouvé à y redire. »

D’après nos informations, l’UMP ne s’est d’ailleurs pas contentée de régler ces 363 000 euros. La formation a effectué un second virement de 153 000 euros, le même jour, correspondant à une avance de l’État que Nicolas Sarkozy avait touchée en début de campagne et qu’il était contraint de rembourser.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 15:39

 

Source : www.mediapart.fr

 

La farce de la taxe à 75% sur les hauts revenus va bientôt prendre fin

|  Par Laurent Mauduit

 

 

 

« My government is pro-business », a proclamé lundi avec cynisme Manuel Valls devant la City de Londres, le temple de la finance que François Hollande prétendait vouloir combattre. Et de la parole aux actes, le premier ministre a confirmé la prochaine disparition de la taxe à 75 %, un impôt croupion créé pour abuser les électeurs de gauche.

Multipliant les cadeaux aux grands patrons et désespérant chaque jour un peu plus leur électorat, François Hollande et Manuel Valls ont choisi de conduire une politique économique si clairement néolibérale qu’on avait presque fini par oublier qu’il existait encore une taxe à 75 % sur les hauts revenus, ultime scorie d’une campagne présidentielle au cours de laquelle le candidat socialiste avait promis de suivre un cap exactement contraire. Et pourtant cette taxe à 75 % existe toujours. Mais plus pour très longtemps : validée par le Conseil constitutionnel le 29 décembre 2013, elle disparaîtra presque un an plus tard, à la fin de 2014.

C’est Manuel Valls, lundi, qui en a apporté la confirmation, à l’occasion d’un voyage à Londres. Et comme souvent, c’est avec un mépris affiché pour l’électorat de gauche, avec un art consommé de la provocation, qu’il a annoncé la bonne nouvelle aux milieux d’affaires. En usant d’une formule soigneusement préparée à l’avance, sans doute grâce à ses amis de l’agence Havas, il l’a fait presque avec délectation, en sachant que cela indignerait une fois encore les électeurs de gauche et que cela plairait, une fois de plus, aux milieux ultraconservateurs de la City : « My government is pro-business. »

Comment faut-il traduire la formule ? En vérité, cela va bien au-delà de la formule à laquelle s’était tenu Manuel Valls jusqu’à présent, devant notamment le Medef  : « Mon gouvernement est pour les entreprises. » Car le mot de « business », cela signifie tout autre chose que seulement les entreprises. Ce sont les affaires, c’est l’argent, ce sont les profits, c’est le monde de la finance. Vulgairement dit, c’est aussi le « pognon »…

Mais Manuel Valls ne s’en est donc pas tenu à cette seule provocation. Comme par défi, il a aussi fait une autre annonce qui complète la première : il a confirmé que la célèbre taxe à 75 % pesant soi-disant sur les hauts revenus serait supprimée à la fin de l’année.

Ce n’est certes pas une surprise. De longue date, François Hollande avait annoncé que cette mini-taxe payée par les entreprises sur les revenus de plus de 1 million d’euros qu'elles versent à certains de leurs cadres serait applicable sur la base des revenus de 2013 et 2014.

Mais avec délectation, Manuel Valls a indiqué que le gouvernement avait bien l’intention de ne pas aller au-delà, quand bien même toute la philosophie de son budget pour 2015 trouverait son inspiration dans les doctrines de la droite et des milieux patronaux. Sans le moindre souci de rééquilibrer ce budget radicalement de droite, Manuel Valls a donc confirmé la mort de la taxe à 75 % d’ici la fin de l’année : « Je sais que cette taxe a fait grand bruit ici [en Angleterre], et surtout notre décision de taxer les salaires très élevés. Mais beaucoup de gens oublient de dire que c’était temporaire. Ça n’existera plus au 1er janvier 2015 », a déclaré le chef du gouvernement dans des propos relayés par Bloomberg TV.

La provocation n’a certes pas grande importance car en vérité cette mini-taxe s’est avérée être une farce, organisée pour duper les électeurs de gauche. Et sa disparition ne changera quasiment en rien le caractère très inégalitaire du système fiscal français.

Que l’on se souvienne en effet de l’histoire passablement tourmentée et grotesque de cette mini-taxe (lire L’impôt sur les sociétés implose, la taxe à 75 % aussi). Pour apprécier la comédie à laquelle a donné lieu toute cette histoire, il faut se souvenir que le projet phare de François Hollande, avant l’élection présidentielle, était d’engager une « révolution fiscale » sur le modèle de ce que préconisait l’économiste Thomas Piketty, en fusionnant la Contribution sociale généralisée (CSG) et l’impôt sur le revenu, pour refonder un véritable impôt citoyen et progressif. Puis, en cours de campagne, le candidat socialiste a fait une embardée : mettant de côté ce projet très ambitieux, il a proposé une mini-taxe provisoire à 75 % pour les revenus dépassant 1 million d’euros. La suggestion était faite pour frapper les imaginations mais elle était en réalité très en retrait sur la précédente, car sans réforme de l’assiette de l’impôt, elle n’était pas de nature à rendre le système français plus progressif (lire Impôts: Sarkozy ment, Hollande bricole).

Puis, nouvelle reculade, quand le Conseil constitutionnel a censuré à la fin de 2012 cette réforme qui avait été (délibérément ?) très mal mise en œuvre par Jérôme Cahuzac, François Hollande a choisi une nouvelle fois de rabattre la voilure, en faisant en sorte que la nouvelle taxe soit payée non plus par les cadres dirigeants des entreprises, mais les entreprises elles-mêmes. Ce qui évidemment changeait tout, car cela ne corrigeait plus les injustices de l’impôt sur le revenu.

Mais quand on a découvert, à l'automne 2013, les modalités précises de cette nouvelle taxation dans les documents annexés du projet de loi de finances pour 2014, l’effet de sidération a été encore plus grand. Car le système a ainsi été conçu qu’il avantage les très grandes entreprises, qui bénéficient d’une sorte de bouclier fiscal. Et surtout, la nouvelle taxe à laquelle étaient soumises les entreprises concernées était déductible… de l’impôt sur les sociétés.

Pour saisir le mécanisme, il suffisait de se reporter à un fascicule budgétaire, qui est dénommé « Évaluation préalable des articles du projet de loi » et que l’on peut consulter ci-dessous :

Un impôt croupion déductible de... l'impôt sur les sociétés !

D’abord, on découvrait (à la page 52) que la disposition était de portée microscopique puisque « environ 470 entreprises versent à approximativement 1 000 salariés ou dirigeants des rémunérations dont le montant annuel excède un million d’euros ». De surcroît, le dispositif initial avait été amendé : la taxe était de seulement 50 % du montant des rémunérations versées à des cadres dirigeants au-delà de 1 million d’euros annuels, mais, en plus, le montant de la taxe, qui était due deux années (en 2014 sur la base des revenus de 2013 et en 2015 sur celle des revenus de 2014), était plafonnée à hauteur de 5 % du chiffre d’affaires réalisé l’année au titre de laquelle la taxe était due.

Avec un taux d’imposition de 50 % et non plus de 75 % comme c'était prévu à l'origine, de surcroît plafonné à 5 % du chiffre d’affaires, la nouvelle taxe Hollande n’avait donc plus rien à voir avec la taxe initiale de 75 %, qui elle-même n’avait plus rien à voir avec la « révolution fiscale » promise avant la présidentielle. C’était si vrai que le plafonnement de 5 % sur le chiffre d’affaires a fonctionné comme un véritable « bouclier fiscal », à la manière de celui qu’en d’autres temps, Nicolas Sarkozy avait inventé au profit des très hautes fortunes.

Dans le cas présent, le plafonnement a en effet profité aux entreprises les plus riches. À titre d’illustration, examinons en effet ce qui est advenu pour les clubs de football de la Ligue 1. Au total, 114 joueurs ou entraîneurs évoluant dans les 15 clubs les plus riches, sur un total de 20, ont été concernés par la nouvelle taxation, dont 21 joueurs du PSG, 17 de l’OM, 14 de Bordeaux ou Lille ou encore 13 de Lyon.

La nouvelle taxe a donc concerné les trois quarts des clubs de L1. Mais le système de plafonnement n’a profité qu’aux plus riches. Le basculement de la taxe à 75 % vers une taxation de 50 % plafonnée à 5 % du chiffre d’affaires a ainsi permis au PSG de ne payer pour 2013 que 19,5 millions d’euros au lieu des 43,4 millions qui auraient découlé d'une taxe sans plafonnement, soit une économie de 23,9 millions d’euros générée par ce plafonnement. De leur côté, l’OM et Lyon ont respectivement fait une économie d’environ 7,8 millions et 6,6 millions d’euros.

En clair, vivent les riches ! Voilà l’une des aberrations du système inventé par les socialistes. Même Nicolas Sarkozy n’aurait sans doute pas conçu un système aussi biscornu, à l’avantage des plus hauts revenus.

Mais les bizarreries de cette nouvelle taxe ne s’arrêtaient pas là. La taxe est, en effet, de surcroît… déductible de l’impôt sur les sociétés. Le système est méticuleusement expliqué à la page 57 du fascicule « Évaluation préalable des articles du projet de loi » : « Sur la base d’un taux de taxation de 50 % et d’un plafonnement de la taxe à 5 % du chiffre d’affaires, le rendement de la taxe est estimé à 310 millions d’euros en rendement brut et à 210 millions en rendement net de la déductibilité de la taxe du bénéfice imposable à l’impôt sur les sociétés. » Traduisons : la déductibilité permet donc de minorer le coût de la taxe pour les entreprises, en 2014, de 100 millions d’euros. En clair, la taxe, qui était déjà de portée purement microscopique, était minorée encore de 30 %.

En bout de course, la fameuse taxe, celle qui a si fortement compté dans la campagne du candidat Hollande, a été purement symbolique : « Compte tenu de la mécanique de l’impôt sur les sociétés, la mesure rapportera donc 260 millions d’euros en 2014 et 160 millions d’euros en 2015, soit un rendement global de 420 millions sur deux ans », concluait ce fascicule budgétaire.

Voilà où nous en sommes arrivés ! La taxe à 75 % qui avait si fortement frappé les imaginations pendant la campagne présidentielle est devenue une pure pantalonnade ; et la finance, dont François Hollande se disait l’ennemi, a pris les commandes du budget de l’État.

Ultime symbole, et non des moindres : c’est devant la City, le temple de la finance que François Hollande prétendait combattre, que Manuel Valls a confirmé la suppression programmée de cet impôt croupion. Fiscalement, cela n’a strictement aucune importance. Politiquement, l’annonce est d’une arrogance et d'un cynisme sidérants. Comme pour signifier, à ceux qui en douteraient encore, que cette politique économique et sociale n’est résolument pas de gauche…

 

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 14:16

 

Source : www.reporterre.net


 

L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie

vendredi 3 octobre 2014

 

 


L’édition de poche du livre est parue en collection Points, avec une préface originale et au prix de 7 €.


L’OLIGARCHIE CA SUFFIT, VIVE LA DEMOCRATIE

Sommes-nous en dictature ? Non. Sommes-nous en démocratie ? Non plus. Les puissances d’argent ont acquis une influence démesurée, les grands médias sont contrôlés par les intérêts capitalistes, les lobbies décident des lois en coulisses, les libertés sont jour après jour entamées. Dans tous les pays occidentaux, la démocratie est attaquée par une caste.

En réalité, nous sommes entrés dans un régime oligarchique, cette forme politique conçue par les Grecs anciens et qu’ont oubliée les politologues : la domination d’une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l’ensemble des citoyens.

Si nous voulons répondre aux défis du XXIe siècle, il faut revenir en démocratie : cela suppose de reconnaître l’oligarchie pour ce qu’elle est, un régime qui vise à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques.


Car la crise écologique et la mondialisation rebattent les cartes de notre culture politique : l’Occident doit apprendre à partager le monde avec les autres habitants de la planète. Il n’y parviendra qu’en sortant du régime oligarchique pour réinventer une démocratie vivante. Si nous échouons à aller vers la Cité mondiale, guidés par le souci de l’équilibre écologique, les oligarques nous entraîneront dans la violence et l’autoritarisme.

Au terme de ce récit précisément documenté mais toujours vivant, le lecteur ne verra plus la politique de la même façon.


Lire des extraits :

- Les 20 premières pages

- « Pourquoi ne se rebelle-t-on pas ? »

- « Les trois scénarios »

- La croissance impossible

Un bref résumé :

- La démocratie, l’oligarchie, l’écologie


Un député lit le livre à l’Assemblée. C’était le 23 juillet 2013. Encore une de ces assommantes séances de questions au gouvernement. Que faire pour ne pas mourir d’ennui ? Lire un bon livre, a décidé Pascal Cherki, député PS de Paris :

Source : Le Lab, Europe 1

En Algérie, recension par Maurice Tarik Maschinodans El Watan : "Lisez d’urgence L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie, le petit livre – accablant, effrayant – d’un journaliste essayiste, le 25 avril 2013.

Noël Mamère, février 2013 : "Hervé Kempf l’a dit mieux que je pourrais l’exprimer : si nous voulons répondre aux défis du XXIe siècle, il faut revenir en démocratie. Cela suppose de reconnaître l’oligarchie pour ce qu’elle est, un régime qui vise à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques." (Rue89).

Entretien en portugais avec Eduardo Febbro, pour Carta Maior, le 21 janvier 2013 : « Vivemos em uma ditadura ou em uma democracia ? »

Stéphane Hessel : "Il faut lire le livre de Hervé Kempf sur l’oligarchie. Nous ne vivons pas dans une société démocratique, mais dans une société oligarchique où un ou deux millions de personnes, sur les sept milliards que nous sommes, détiennent l’essentiel des leviers de commande", in : Stéphane Hessel et Elias Sanbar, Le rescapé et l’exilé, éd. Don Quichotte, 2012, p. 104.

Video : Participation à l’émission Ce Soir ou jamais, le mardi 27 novembre 2012. Cet extrait présente le débat sur Notre Dame des Landes

Video : Animation du débat Des écologistes au gouvernement, pour quoi faire ? - hélas, 30 secondes de publicité avant la vidéo...

Musique : Eco-crisis par Axon Sound

Vidéo : Intervention dans le documentaire, Changements climatiques : menace pour la paix, sur Arte, diffusé en avril 2011 sur Arte

Video de la conférence aux Rencontres Déconnomiques d’Aix-en-Provence, le 7 juillet 2012 : Economie politque du post-capitalisme

Compte-rendu de l’intervention à Montréal le 9 juin 2012 lors du Festival Solidarités d’Alternatives

Un résumé en hongrois : Demokrácia, oligarhia, ökológia


Lire Le livre du mois (d’avril 2012) de la revue LMDP pour les enseignants de français.

Lire : les deux références d’Eva Joly en ce qui concerne l’environnement sont Edgar Morin et Hervé Kempf

Voir ITV vidéo avec Patricio Arena, sur Novacité, enregistrée en novembre 2011, où l’on parle du Chili, de Chavez, et du capitalisme versus écologie.

Lire la 32e raison de ne pas voter Sarkozy.

Voir ITV vidéo à Silfiac, le 4 février 2012, par Bretagne durable, ainsi que le compte-rendu des débats de cette journée sur la démocratie.

Voir la vidéo du débat à Chambéry le 21 janvier 2012 sur TV net citoyenne

Ecouter l’analyse du Forum de Davos et de l’évolution du capitalisme sur Radio Canada, en entretien avec René Homier-Roy dans l’émission « C’est bien meilleur le matin » le 27 janvier 2012.

Ecouter un résumé vidéo du débat avec Marie-Claire Cailletaud, à l’Université citoyenne du Blanc Mesnil le 9 janvier 2012. Enregistrements intégraux ici

Lire : L’oligarchie à Genève ? Rassurons-nous, rien de tout cela... La fin des haricots

Lire le compte-rendu du débat à l’Université populaire de Roubaix en juin (6 décembre 2011).

Voir le débat avec Pascal Bruckner animé par Daniel Schneidermann, le 2 décembre 2011, sur Arrêt sur image (sur abonnement).

Lire l’entretien avec Stéphane Poirier, de Mouton noir, de Rimouski, au Québec (11 novembre 2011).

Ecouter l’entretien avec Kristyna Gavrinevov sur Euraradio Nantes, diffusé le 9 novembre 2011.

Lire Réponse à Pascal Bruckner, entretien avec Thierry Boutte, de La Libre Belgique (10 novembre 2011).

Benjamin Ball, "indigné", lit L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie. Et l’émission "Grain à moudre" à laquelle il a participé, sur le mouvement des indignés, justement, est bien intéressante

Ecouter la conférence débat à Bayonne le 22 juillet 2011 à la Fondation Manu Roblez-Aranguiz : Radio Cultura, chercher le mot "oligarchie" pour trouver l’enregistrement.

Lire « Il y a un désir populaire de sortir du capitalisme pour aller vers une société écologique », entretien avec Audrey Chauvet, de 20 Minutes (28 octobre 2011).

Voir le débat sur l’écologie avec Pascal Bruckner et Yves Paccalet dans l’émission "Ce soir ou jamais" le 4 octobre 2011.

Lire « Pour sauver la planète, il faut changer le système », entretien avec Marcela Valente, d’IPS News (septembre 2011).

Voir La France devient-elle une oligarchie ? dans l’émission "Ce soir ou jamais" le 26 janvier 2011.

Voir l’ITV vidéo sur le thème "Capitalismo y medio ambiente" sur Agenda Pública, el programa periodístico de la Universidad Nacional de Rosario (Argentina) ; sous-titres et commentaire en espagnol (septembre 2011).

Leer : Entretien avec Soledad Barruti, de Pagina 12 (quotidien de Buenos Aires), le 25 septembre 2011, El planeta de los CEOs

Voir l’entretien avec Heiner Wittman sur l’énergie nucléaire, réalisé en août 2011.

La lecture de "L’oligarchie ça suffit..." par Jean-Luc Mélenchon...

 

*Suite de l'article sur reporterre


 

Source : www.reporterre.net

 

 

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 16:52

 

Source : www.marianne.net

 

 

Mille vaches ? Non, mille ouvrières invisibles !
Samedi 4 Octobre 2014 à 05:00

 

Jocelyne Porcher*

 

"Quel peut être le sentiment d'une vache, une de celles qui sont récemment arrivées sur le site encadrées par la police et quasiment traite manu militari ? Quelle va être sa vie dans cet établissement censé conjuguer compétitivité, productivité, rentabilité, adaptabilité, profitabilité ?" Jocelyne Porcher, directrice de recherche à l'Inra, répond à ces questions en imaginant le quotidien morne et triste des "ouvrières" à cornes de la ferme-usine des "mille vaches"...

 

MARS JEROME/JDD/SIPA
MARS JEROME/JDD/SIPA

 

Mille vaches ? Non, mille ouvrières invisibles !
>>> Tribune parue dans Marianne daté du 26 septembre

Parmi les acteurs du conflit qui oppose les promoteurs du projet « mille vaches » et ses détracteurs, les vaches sont rarement citées. Pourtant, au-delà des questions de « bien-être animal », qui peuvent du reste être rapidement évacuées, considérant que la conception des bâtiments a sans nul doute intégré ce paramètre zootechnique en veillant à une ventilation ad hoc ou à des logettes réglementaires, la prise en considération des vaches a visiblement été oubliée. Pourtant, 1 000 vaches, ou 500, ou 300, cela veut dire une vache, une autre vache, une autre vache... Toutes ces vaches forment un troupeau mais chaque vache est un individu singulier. Quel peut être le sentiment d'une vache, une de celles qui sont récemment arrivées sur le site - par exemple la 312 -, encadrées par la police et quasiment traite manu militari ? Quelle va être sa vie dans cet établissement imposé en France comme un nouveau modèle de production laitière sachant conjuguer compétitivité, productivité, rentabilité, adaptabilité, profitabilité... et électricité à l'heure de la fin des quotas laitiers ?

Dès son arrivée, la 312, une prim'Holstein comme il en existe des millions dans le monde, n'a pas manqué de remarquer que son lieu de vie n'était pas une étable, pas une ferme, mais une usine. Donc qu'en dehors de toute autre rationalité la production résumerait toute son existence. Elle a pu dès lors prévoir que celle-ci allait être courte, voire très courte. Il ne serait pas question de pâturage, de rumination à l'ombre du soleil ou à l'abri d'un arbre sous la pluie, de retour à l'étable la panse rebondie, d'échanges affectueux avec un éleveur bio « né dans les vaches », anxieux à l'idée qu'elle l'attende sous l'orage. Non, rien de tout cela. L'usine. Des conditions de travail tracées au cordeau du profit maximum. Un espace clos sur lui-même, une nourriture sans variété (ensilage de maïs-soja - probablement importé, probablement OGM -, compléments médicamenteux), des congénères affligées se croisant à l'entrée de la salle de traite. La salle de traite, trois fois par jour. Des ouvriers humains qui s'activent sans relâche à la machine à traire. Des vaches ouvrières qui suivent les procédures. Des ouvriers, des ouvrières, des machines. Une usine. Où ne comptent ni les humains ni les vaches ni même ce qu'ils produisent ensemble. La 312 sait que les quelque sept cents jours (dans le meilleur des cas) qui lui restent à vivre vont être la répétition d'un seul jour sans rapport aucun avec son monde à elle, son monde de vache.

Car la 312 aime marcher, et même courir, elle aime pâturer et manger des fleurs, elle aime ruminer auprès d'une copine, échanger des impressions, se castagner un peu à l'occasion, regarder tout ce qui se passe alentours, car elle est curieuse et méditative. Elle aime élever son veau - et même si donner son veau à l'éleveur ne lui plaît pas et qu'elle voudrait drastiquement renégocier les conditions de ce don, elle y consent pour l'instant. Elle aime écouter la radio le soir au moment de la traite, surtout la musique quand son éleveur chantonne au rythme cadencé de la machine. Elle aime la paille propre dans l'étable l'hiver, et elle aime attendre au chaud le retour du printemps.

A Abbeville, à l'usine, il n'y aura ni éleveur, ni printemps, ni hiver. Un seul jour répété mille fois. Pour mille vaches.

Quel immense gâchis collectif pour le bénéfice à court terme de quelques-uns ! Cette usine va produire de l'électricité, du lait à un prix bradé, des veaux considérés comme des sous-produits de la production électrique. Elle va contribuer à jeter sur le marché mondial sans protection aucune des éleveurs à qui on fait croire depuis cinquante ans, de façon réitérée et pourtant contredite par les faits, que la modernisation, en vérité l'industrialisation, de leur métier est inévitable et d'un rapport gagnant/gagnant. Depuis les charniers de la « vache folle », ce credo a perdu de sa séduction, mais pas de sa puissance, comme en témoigne la promotion, voire l'utilisation obligée, dans les exploitations des nouvelles technologies appliquées aux productions animales. Notons que la production d'énergie via les animaux d'élevage n'est pas une nouveauté puisque la filière porcine industrielle a montré l'exemple en valorisant efficacement, via des composteurs ou des méthaniseurs, les cadavres de porcs (malades, improductifs, sous-productifs...), sous-produits de la production de viande dont elle ne savait plus que faire. Abbeville n'est qu'un symptôme.

Ce sont les productions animales dans leur ensemble, ici et ailleurs, qui imposent leur logique mortifère à nos existences. Les vaches ne vivent pas avec nous, ni nous avec elles depuis des milliers d'années pour le bénéfice des investisseurs, mais parce que la vie est plus belle ensemble que séparés. Mieux vaudrait s'en souvenir avant qu'il ne soit trop tard.


* Jocelyne Porcher est directrice de recherche à l'Inra, auteur de Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIe siècle (Ed. La Découverte).

 

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 16:42

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

ça bouge ! Forum pour l’accès aux droits

« Des millions de nos concitoyens sont exclus de l’accès aux soins »

par Aline Archimbaud 2 octobre 2014

 

 

 

 

 

En matière d’accès aux soins, et face aux difficultés qui s’accumulent, des millions de personnes ne font plus valoir leurs droits. « Les coûts de long terme du non recours aux soins sont catastrophiques », estime la sénatrice de Seine-Saint-Denis, Aline Archimbaud, qui en appelle à un choc de solidarité. D’autant que ces difficultés pour être soignés se cumulent souvent avec le mal-logement, l’impossibilité d’accéder aux loisirs ou la précarité de l’emploi. Pour faire émerger des propositions concrètes face à ce mal-être social, l’élue organise un forum pour l’accès aux droits en Seine-Saint-Denis, les 10 et 11 octobre prochains.

La mission parlementaire de l’an dernier sur "l’accès aux soins des plus démunis" l’a confirmé : des millions de nos concitoyens en grande précarité, des salariés pauvres, intérimaires, en contrats courts, en temps partiels subis, des jeunes ou retraités modestes sont dramatiquement exclus de l’accès aux soins.

Ces très grandes inégalités dans l’accès à la santé se cumulent avec d’autres : non accès aux droits au logement, à l’emploi, aux transports, à la formation, à la culture, aux aides sociales, à la protection judiciaire, au sport, à l’énergie, la nature... Les mêmes mécanismes jouent en spirale et les mêmes catégories en subissent les conséquences. Le non recours aux soins a en effet un caractère transversal et cumulatif : ce sont souvent les mêmes populations qui ont des problèmes de logement, renoncent à se soigner, ou sont sans emploi. Le résultat est là : des millions de personnes ne font même plus valoir les droits qui leur sont pourtant conférés par la loi.

40 mesures à portée de main

Alors que les coûts de long terme du non recours sont massivement catastrophiques, certaines institutions, et y compris l’État, spéculent discrètement sur ce renoncement pour réaliser des économies de très court terme. Dans son rapport remis au Premier Ministre en septembre 2013 la sénatrice Aline Archimbaud en appelait comme bien d’autres avant elle à "un choc de solidarité".

Elle proposait 40 mesures, à portée de main :
· Une vague de simplifications radicales s’attaquant enfin à des lourdeurs bureaucratiques kafkaïennes,
· La suppression des obstacles financiers les plus lourds,
· La mise en place de dispositifs de prévention accessibles,
· L’encouragement à l’essaimage de nombreuses pratiques innovantes mais peu
reconnues.

Quelques-uns de ces éléments ont été pris en compte par les pouvoirs publics, mais il reste beaucoup à faire. Il est donc temps de faire entendre plus largement ces interpellations et surtout de les élargir à tous les thèmes et populations concernés par le non recours aux droits. C’est aussi un choix de responsabilité quand on considère que cette situation nourrit les divisions au sein de la société, remet en cause la cohésion sociale, et favorise la montée des extrémismes.

La Seine-Saint-Denis, un exemple et un levier à l’échelle du pays

Voilà pourquoi afin de lancer une dynamique nationale de mobilisation nous proposons la tenue d’un premier forum pour l’accès aux droits en Seine Saint Denis, qui se déroulera les 10 et 11 octobre 2014, à l’université de Paris 8-Saint Denis [1]. Ce département est en effet à la fois un révélateur, un exemple et un levier à l’échelle du pays.

Il s’agit, en deux vagues d’ateliers, par domaines puis par catégories de personnes concernées, de faire émerger des propositions très opérationnelles, de court ou moyen terme. Il s’agit ensuite de porter dans une plénière ces propositions à la connaissance et à la réaction des décideurs locaux (administrations, services publics, institutions, collectivité) qui accepteraient de se soumettre honnêtement à cet exercice démocratique en face à face. Il s’agit enfin de décider des formes souples de coordination permanente et d’action entre tous les acteurs qui voudront s’investir dans la suite de la mobilisation et notamment dans d’autres forums du même type.

Nous appelons les associations, syndicats, les professionnels, universitaires, les experts citoyens et tous ceux qui se sentent concernés à se joindre à nous pour préparer ce forum, à contribuer sur le site que nous mettrons en place, et à lui donner le maximum d’écho.

- Pour connaître le programme complet du forum et pour vous inscrire, rendez-vous sur le site Internet d’Aline Archimbaud.

Photo : CC William Hamon

 

Notes

[1Avec la participation de l’Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) et de la revue Alternatives Economiques.


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

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