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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 19:43

 

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Business ou idéologie ?

Élections aux États-Unis : quand des champions du CAC 40 financent des extrémistes

par Olivier Petitjean 3 novembre 2014

 

 

 

Les États-Unis votent ce 4 novembre pour renouveler leur Chambre des représentants et une partie du Sénat. Comme pour les précédentes campagnes électorales, l’argent coule à flots. Les entreprises françaises ne sont pas en reste : elles ont dépensé plusieurs centaines de milliers de dollars via leurs « political action committees ». Et soutiennent en majorité… les candidats du parti Républicain, la droite états-unienne, dont certains figurent parmi les plus rétrogrades en matière d’écologie ou de droits des minorités. Objectif affiché : entraver toute nouvelle régulation environnementale, sociale ou financière, alors que se négocie le futur traité de libre-échange entre l’Europe et les Etats-Unis.

Les élections de mi-mandat se déroulent ce mardi 4 novembre aux États-Unis. En jeu, le renouvellement d’une partie du Congrès et du Sénat. Comme lors des précédents scrutins, l’argent coule à flots pour alimenter les campagnes électorales des futurs sénateurs et congressmen. Des sommes titanesques, comparées aux budgets d’une campagne présidentielle française, collectées par les « political action committees » (PACs). Ces structures sont créées par des grandes fortunes, des entreprises, des lobbies en tout genre pour financer les dépenses des candidats, ou acheter des annonces publicitaires dans les médias pour éreinter leurs adversaires. Et aux États-Unis, il n’existe aucune limite.

Exemple ? Le PAC lancé par Thomas Steyer, un milliardaire partisan d’Obama, et à la fibre écologiste, a récolté 76 millions de dollars pour soutenir les démocrates. En face, les frères Koch, à la tête d’un empire pétrochimique considéré comme l’un des plus gros pollueurs aux États-Unis, ou le milliardaire Karl Rove, un « stratège » politique présenté comme l’architecte des victoires de George Bush Junior, ont investi chacun plus de 20 millions de dollars en faveur des candidats républicains les plus conservateurs [1]. Ce déferlement d’argent peut jouer un rôle crucial : les Républicains, alignés idéologiquement sur leur frange la plus extrémiste, celle du tea party, ambitionnent de consolider leur mainmise sur la Chambre des représentants et de conquérir la majorité au Sénat, avec pour conséquence de bloquer encore davantage les institutions et d’empêcher l’adoption de toute nouvelle régulation sociale ou environnementale.

Une vingtaine de grandes entreprises françaises participent de près aux élections états-uniennes : leurs propres « political action committees » ont récolté près de trois millions de dollars. Et pour financer qui ? Les Républicains, en majorité, et quelquefois les plus réactionnaires de leurs candidats. Lors des élections présidentielles de 2012 aux États-Unis, Basta ! et l’Observatoire des multinationales avaient déjà publié une longue enquête sur l’implication financière des entreprises françaises dans la campagne électorale pour la Maison blanche – un sujet jusqu’alors totalement ignoré en France.

Les entreprises françaises préfèrent les Républicains

Cette enquête avait révélé l’ampleur du soutien financier apporté par des entreprises telles que Sanofi, GDF Suez, Lafarge, Vivendi ou Areva à des candidats républicains, y compris ceux défendant les positions les plus réactionnaires, voire extrémistes [2]. Parmi les hommes et femmes politiques bénéficiant des largesses des « champions » du CAC 40 figuraient ainsi des proches du tea party – la droite extrême états-unienne –, des candidats qui prêchent le déni du changement climatique, le créationnisme, l’abrogation de toute forme de régulation environnementale, l’homophobie ou le renvoi des immigrés chez eux.

Deux ans plus tard, à quelques exceptions près, plusieurs grandes entreprises françaises, via leurs PACs, continuent de miser sur les mêmes écuries. Les données ci-dessous sont tirées du site opensecrets.org, qui collecte et met en ligne les déclarations transmises à la Commission électorale fédérale (Federal Electoral Commission, FEC). Il s’agit des chiffres déclarés au 24 octobre 2014.

Top 20 des entreprises françaises impliquées financièrement dans la campagne 2014



C’est Sanofi qui, via son comité d’action politique, investit le plus dans la campagne électorale. Au fil des scrutins, ses financements n’ont cessé d’augmenter et se dirigent de manière toujours plus marquée vers les Républicains : 210 000 dollars lors des élections de mi-mandat de 2010, 489 000 en 2012, et près du double cette année, dont les deux tiers au profit de la droite états-unienne. Une tendance que l’on ne peut manquer de mettre en rapport avec les options de son directeur exécutif récemment « débarqué », Chris Viehbacher, qui voulait diriger l’entreprise pharmaceutique depuis les États-Unis. En plus de sa contribution au PAC de Sanofi, celui-ci a d’ailleurs financé directement, à titre personnel, plusieurs figures de l’establishment républicain. Les financements d’Areva sont eux aussi en hausse, quoique de manière plus modérée, avec une nette inflexion vers les Républicains. Michelin, Airbus et ArcelorMittal déclarent des chiffres globalement stables, mais de plus en plus nettement marqués en faveur des Républicains.

Autre cas notable : celui de la Société générale, particulièrement mise en cause suite à la publication de notre article en 2012. Deux ans plus tard, elle n’affiche plus que 36 936 dollars de financements. C’est vingt-cinq fois moins qu’en 2012 (933 670, à 83% pour les Républicains). Difficile de savoir si ces financements ont continué par un autre biais. Reste que le patron de la banque aux États-Unis, Craig Overlander, ne cache pas ses préférences : il a versé une contribution personnelle de 15 000 dollars au Comité national républicain pour les sénatoriales [3]. Quant à Danone, Alcatel et le groupe Banque populaire Caisse d’épargne, ils sont les rares à préférer les Démocrates.

Bannir toute régulation

Qui sont les candidats qui bénéficient de ces largesses ? Les entreprises françaises ont tendance à privilégier les leaders républicains en place plutôt que les plus extrémistes du tea party. Mais la notion d’« extrémisme » semble devenue très relative au sein de la droite états-unienne dès lors que l’on touche à des sujets comme le changement climatique, les armes à feu, la fiscalité ou le droit à l’avortement. Parmi les candidats préférés des entreprises françaises, des personnalités politiques se sont particulièrement illustrés dans ce domaine. Areva, Sanofi et GDF-Suez ont ainsi dépensé plusieurs milliers de dollars en faveur de Ed Whitfield (Kentucky), auteur d’une législation bannissant toute régulation des gaz à effet de serre. Ces mêmes entreprises, aux côtés d’ArcelorMittal ou du groupe Louis Dreyfus, l’un des leaders dans le négoce de matières premières, ont ensemble accordé plus de 15 000 dollars à John Shimkus (Illinois), qui avait déclaré ne pas craindre la montée des mers parce que, selon la Bible, Dieu a promis à Noé que l’humanité ne serait plus jamais menacée par un déluge...

Si les Républicains conquièrent effectivement le Sénat, le mieux placé pour occuper la présidence du Comité de l’environnement et des travaux publics – une position stratégique – n’est autre que James Inhofe, sénateur de l’Oklahoma. Airbus, Sanofi, Areva et Michelin en ont fait un de leurs favoris. Problème : c’est aussi l’un des climato-sceptiques les plus fanatiques du parti républicain. Il considère que la question du changement climatique n’est qu’une vaste conspiration [4]. Il a aussi été classé comme le membre le plus à droite de tout le Sénat : il s’illustre régulièrement par son soutien à l’ultra-droite israélienne et par son combat contre les droits des immigrés ou des homosexuels.

Armement, finance, médicaments : des intérêts bien compris

Après nos révélations de 2012, l’excuse la plus souvent avancée par les entreprises pour justifier ces financements pour le moins dérangeants est que les PACs sont des fonds créés officiellement par leurs employés. Les grands groupes concernés n’exerceraient donc aucune influence sur la destination des fonds collectés. Or, ces PACs sont souvent hébergés au sein des entreprises. Certaines ont même encouragé leurs employés à y contribuer. Et leurs plus gros donateurs ne sont autres que les dirigeants de ces entreprises, ce qui ne les empêche pas de financer par ailleurs les candidats républicains à titre personnel, comme Chris Viehbacher de Sanofi, Craig Overlander de la Société Générale, ou encore Clyde Selleck, le patron de Michelin aux États-Unis [5] : Chris Viehbacher pour Sanofi, le directeur général Louis Schorsch pour ArcelorMittal, le directeur général Allan McArtor et sa femme pour Airbus (aux côtés de Marc Paganini, président d’Aribus Helicopters et de Guy Hicks, directeur du bureau de Washington)]].

Étrangement, quelle que soit l’étiquette politique des candidats financés, leur profil et leur programme correspondent très étroitement aux intérêts des entreprises. Les financements accordés par BNP Paribas bénéficient par exemple à des hommes politiques hawaiiens, la banque y possédant une importante filiale, la First Hawaiian Bank. Cela explique pourquoi BNP Paribas penche plutôt vers les Démocrates, Hawaii étant un bastion historique de ce parti. Mais les autres PACs liés à BNP Paribas sont largement favorables aux Républicains. Autre exemple : les PACs de Michelin, Safran ou Airbus privilégient les candidats siégeant dans des comités déterminants pour les contrats d’équipement militaires. Parmi les principaux bénéficiaires de la générosité d’Airbus, on trouve ainsi Buck McKeon de Californie, président du Comité des forces armées de la Chambre des représentants (le Congrès), ou encore Jeff Miller de Floride, lui aussi membre du Comité des forces armées de la Chambre des représentants.

Le traité de libre-échange en toile de fond

Il n’y a pas que les entreprises françaises qui s’immiscent dans la campagne électorale. Les entreprises européennes – en particulier des firmes britanniques et des banques suisses – sont de loin les plus impliquées. Ces multinationales favorisent elles aussi nettement les Républicains, davantage hostiles à toute forme de régulation, environnementale, sanitaire ou financière. Les banques, les firmes pharmaceutiques et chimiques et les industries d’armement apparaissent comme les principaux contributeurs. Le PAC de la banque suisse UBS a ainsi collecté plus de 1,3 million de dollars tandis que celui du groupe d’armement britannique BAE System y a investi plus de 800 000 dollars. Cette ingérence illustre l’interpénétration des intérêts politiques et économiques des deux côtés de l’Atlantique, alors même que se négocie un futur traité de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis.

Ces données ne constituent très probablement que la pointe de l’iceberg. Depuis la décision Citizens United de la Cour suprême américaine, en janvier 2012, toutes les barrières pour limiter l’influence de l’argent en politique sont tombées. Le fonctionnement de l’institution chargé de contrôler ces financements, la Federal Elections Commission (FEC), est délibérément entravé par ses membres républicains. Le nombre de procédures de contrôle ou de sanction initiées par la FEC s’est effondré. Les financements des entreprises peuvent être canalisés à travers des PACs, lesquels sont soumis à certaines obligations de transparence. Mais l’argent arrive aussi, et de plus en plus souvent, par d’autres biais : sociétés fantoches créées pour l’occasion, organisations à but non lucratif, ou encore associations professionnelles. N’étant pas soumises à l’obligation de déclarer la source de leur argent, ces structures permettent aux entreprises ou aux milliardaires de peser sur les campagnes électorales en toute discrétion. Aucun moyen ou presque de savoir si les entreprises françaises et leurs filiales y ont recours, et dans quelle mesure.

Neutralité de façade

Les entreprises qui souhaitent maintenir une neutralité de façade ont également recours à des associations professionnelles. Elles leur permettent de mener campagne de manière souterraine contre une législation ou un candidat. Si l’on ne connaît pas le montant des donations éventuelles effectuées par les firmes françaises, on connaît au moins les organisations professionnelles dont elles sont des membres actives, en siégeant au conseil d’administration. C’est le cas pour la plus puissante d’entre elles, la Chambre de commerce états-unienne (US Chamber of Commerce). Autrefois chambre de commerce classique, elle s’est muée en véritable machine de guerre au service des lobbies économiques… et des candidats républicains. L’US Chamber of Commerce est pour l’instant le principal financeur de la campagne électorale 2014, avec 31,8 millions de dollars dépensés au 25 octobre, quasi exclusivement en faveur de candidats républicains, et dans les circonscriptions les plus contestées [6].

« Lorsque des grandes entreprises décident qu’elles veulent pousser leurs propres candidats mais qu’elles ne souhaitent pas que cela se voit, elles appellent l’US Chamber of Commerce », explique Lisa Gilbert de Public Citizen. On sait peu de choses sur ces généreux contributeurs. Mais deux entreprises françaises, Sanofi et Air Liquide, siègent, via leurs directeurs exécutifs, au Conseil d’administration de l’US Chamber of Commerce. Sans surprise, le lobby patronal est aujourd’hui l’un des principaux acteurs, à Washington comme à Bruxelles, de la promotion du traité de libre-échange transatlantique (TTIP).

150 millions de dollars en loblying

Les associations professionnelles sectorielles jouent aussi un rôle important dans la campagne. L’American Chemistry Council (Conseil américain de la chimie), grand défenseur du gaz de schiste et pourfendeur de la régulation des produits chimiques, a ainsi dépensé 2,4 millions de dollars. Air Liquide, Arkema, Solvay et Total en sont membres, et toutes, sauf Arkema, siègent à son conseil d’administration. Même phénomène pour l’American Petroleum Institute (Institut américain du pétrole), qui représente les intérêts de l’industrie pétrolière et gazière, ou PhRMA qui représente l’industrie pharmaceutique.

Les dirigeants des entreprises françaises expliqueront qu’ils ne font que suivre l’exemple – et souvent à une bien plus petite échelle – des entreprises nord-américaines avec lesquelles elles sont en concurrence. « Le système [états-unien] est totalement différent des usages européens », argumenteront-ils. Leurs entreprises doivent bien s’adapter ! Les entreprises françaises ne sont d’ailleurs pas avares en dépenses de lobbying. En quatre ans, vingt groupes français cotés ont ainsi dépensé près de 150 millions de dollars pour des actions de lobbying à Washington. Et on retrouve une partie de celles qui sont les plus impliquées dans l’actuelle campagne électorale, comme le montre le tableau ci-dessous [7].

Les 20 entreprises françaises les plus actives dans le lobbying à Washington



Problème : entre mener des actions de lobbying et s’immiscer directement dans une campagne électorale, en tentant d’influencer le résultat, il existe une frontière éthique. Le rôle toujours croissant des entreprises et des milliardaires dans la vie politique est un sujet suffisamment polémique aux États-Unis – une importante campagne citoyenne est en cours pour limiter à nouveau rigoureusement le rôle de l’argent en politique – pour que des groupes français prennent davantage de précaution. En particulier si c’est pour soutenir des candidats parmi les plus extrémistes. Et a fortiori lorsque ces groupes sont majoritairement ou partiellement propriété de l’État français, comme c’est le cas d’Airbus, d’Areva et de GDF Suez. Les représentants de l’État au sein de ces groupes ont-ils pour mandat de cautionner le soutien financier à des climato-sceptiques ou des représentants de l’ultra-droite ?

Entre business et idéologie

Ce que révèle l’implication des multinationales françaises dans la politique états-unienne, c’est aussi l’amalgame de plus en plus fort entre ce qui relève des « intérêts économiques bien compris » des entreprises et de l’idéologie. L’hostilité envers l’État régulateur, le déni du changement climatique ou de la gravité des diverses formes de pollutions, la promotion de la liberté individuelle… autant de points de convergence entre un certain radicalisme d’extrême-droite et la vision du monde néolibérale. C’est cette convergence nouvelle – inventée aux États-Unis depuis quelques années, et qui fonde aujourd’hui l’identité même du parti républicain – que les firmes françaises paraissent prêtes à encourager. Le feront-elles demain en France et en Europe ?

Olivier Petitjean

Photo : CC BlankBlankBlank

Notes

[1Lire ici, en anglais.

[2] La version longue de cette enquête est disponible ici.

[3Lire ici.

[4] Il est l’auteur d’un livre paru en 2012 intitulé Le plus grand hoax de tous les temps : comment la conspiration du changement climatique menace votre futur (The Greatest Hoax : How the Global Warming Conspiracy Threatens Your Future).

[5] Voir ici).

[6] Voir le rapport publié il y a quelques jours par l’ONG Public Citizen. Lire aussi cette enquête du Washington Post.

[7] Ces données sont aussi tirées du site OpenSecrets.org. Elles sont vraisemblablement très incomplètes, pour les mêmes raisons que celles invoquées à propos des financements politiques, notamment le rôle des associations professionnelles.

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Source : www.bastamag.net

 

 

˜

Entreprise

Financements déclarés, en dollars

Part des financements aux Républicains

1

Sanofi

933 270

63%

2

Airbus

370 602

78 %

3

AXA

284 740

57%

4

Vivendi

218 330

47%

5

Areva

217 927

58%

6

BNP Paribas

119 250

32%

7

ArcelorMittal

93 360

63%

8

Michelin

56 416

74%

9

GDF Suez

56 200

55%

10

Lafarge

53 000

47%

11

Louis Dreyfus

48 450

89%

12

Arkema

47 600

64%

13

Société Générale

36 936

70%

14

Safran

36500

47%

15

Suez environnement

35 700

15%

16

Alcatel

33165

26%

17

Air Liquide

28750

59%

18

Danone

25850

0%

19

BPCE/Natixis

24150

27%

20

Sodexo

20490

76%

˜

Entreprise

Dépenses de lobbying déclarées 2010-2014, en millions de dollars

1

Sanofi

36,695

2

Airbus

18,965

3

Vivendi

15,32

4

Renault-Nissan

11,5

5

ArcelorMittal

7,97

6

Alstom

7,48

7

Alcatel-Lucent

6,31

8

Safran

5,792

9

Michelin

4,662

10

SNCF

3,95

11

AXA

3,89

12

Areva

3,58

13

Arkema

3,32

14

Sodexo

3,225

15

Pernod-Ricard

3,04

16

Lafarge

2,92

17

Air liquide

2,475

18

GDF Suez

2,28

19

Thales

1,84

20

Veolia

1,545

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 16:13

 

Source : www.liberation.fr

 

 

 

Derrière Sivens, une question de démocratie
Anahita GRISONI Sociologue, urbaniste 3 novembre 2014 à 16:24
 (Illustration Stefano Rossetto)
TRIBUNE

La mort de Rémi Fraisse marque un tournant dans le mouvement écologiste mais souligne surtout le fossé de plus en plus béant entre une démocratie de façade et la démocratie réelle.

 

La mort violente du botaniste Rémi Fraisse, lors de la manifestation contre la construction du barrage de Sivens, marque un tournant dans le mouvement écologiste. Celui-ci semble d’ailleurs s’éloigner chaque jour davantage des institutions de la politique écologique, d’EELV au projet ministériel d’une transition énergétique de surface. L’écologisme contemporain s’en prend directement aux projets d’un Etat qui, droite et gauche libérale confondues, ne reconnaît même pas à la fameuse «société civile» le droit de manifester son opinion quant aux projets d’aménagement du territoire. En opposant les mouvements violents et non-violents, en condamnant, souvent arbitrairement, les «désobéissants», en multipliant des déclarations musclées et inefficaces, le gouvernement tente de déplacer l’attention du public sur les

En l’occurrence, ce n’est pas de cela dont il s’agit, mais plutôt du fossé de plus en plus béant entre une démocratie de façade et la démocratie réelle que les opposants aux GP2I (1) semblent appeler de leurs vœux. Si la loi du 13 juillet 1983 relative à la démocratisation des enquêtes publiques et à la protection de l’environnement ne confère à l’Etat qu’une obligation d’information du public quant aux projets d’aménagement d’envergure, et à l’enquête une valeur consultative. D’autres mesures juridiques, plus récentes, parmi lesquelles la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbains) du 13 décembre 2000 visant entre autre à renforcer les mesures de «démocratie participative» ou la réforme du Grenelle II, datant du 12 juillet 2012 et relative à «l’engagement national pour l’environnement», se sont succédées dans cette direction.

Il semblerait pourtant qu’un nombre toujours croissant de personnes ne se reconnaisse pas dans ces définitions de la démocratie ou de la participation. Au-delà du cadre des mouvements contre les GP2I, l’actualité récente des mobilisations – mouvement du 15 mai espagnol, parc Gezi à Istanbul, Occupy Wall Streat – montre que, en France comme ailleurs, les modalités de participation mise à disposition de la population sont au mieux obsolètes, au pire une mascarade et que seule une réforme en profondeur du droit à l’engagement permettra réellement de parler de démocratie.

 (1) GP2I est le sigle utilisé par les opposants aux Grands Projets Inutiles et Imposés.

Anahita GRISONI Sociologue, urbaniste
fractures sociales.Sur le même sujet

 

Source : www.liberation.fr

 

 

 


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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 22:17

 

Source : www.reporterre.net


 

Grands projets inutiles : ils se bâtissent à la grenade. Voici la carte des résistances

Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre)

samedi 13 septembre 2014

 

 

 

Aéroport, ferme-usine, barrage, stade, village de vacances, centre commercial… Notre-Dame-des-Landes et le Testet ne sont que deux parmi les nombreux Grands projets inutiles qui abiment la France. Sur le terrain, les opposants se mobilisent. Reporterre publie la carte de cette déferlante de béton.


GP2I, ça vous dit quelque chose ? Grands projets inutiles imposés. Tout est dit. « Ces projets constituent pour les territoires concernés un désastre écologique, socio-économique et humain, dit la Charte de Tunis, adoptée en mars 2013 lors du Forum social. Ils n’intègrent jamais la participation effective de la population à la prise des décisions, (…) s’inscrivent dans une logique de concurrence exacerbée entre les territoires et impliquent une fuite en avant vers toujours ‘plus grand, plus vite, plus coûteux, plus centralisateur’. »

Il y en a forcément un près de chez vous. De la ferme-usine des Mille Vaches à la centrale à biomasse de Gardanne, aucune région ne semble épargnée. En réaction, des citoyens se rassemblent, s’organisent et luttent. Recours judiciaires, occupation, création de Zad (zone à défendre).

« Chacun des mouvements a acquis des connaissances et des compétences, les uns sur la protection de la biodiversité, d’autres sur les problématiques ferroviaires, d’ordre juridique », écrit Attac dans un communiqué.

L’organisation est à l’initiative d’une première réunion de travail coopératif, qui s’est tenu à Paris samedi 13 septembre. « Il est de l’intérêt de tous de pouvoir mutualiser ces compétences, non pas pour créer une supra organisation, mais simplement pour être plus efficaces grâce aux savoirs que l’ont peut partager. »

Après quatre forums internationaux contre les GP2I, et une
convergence des luttes lancée en juillet depuis Notre-Dame-des-Landes, l’heure est donc au rassemblement et à la coopération.

Gaz de schiste, complexe commercial ou ligne ferroviaire. Reporterre publie aujourd’hui une carte de France, évolutive bien entendu, de ces GP2I.

- Pour toute correction ou complément,
envoyer courriel à < planete (arobase) reporterre.net >

- On nous a envoyé de nombreuses informations relatives à d’autres projets inutiles. Nous les ajouterons bientôt à cet article et à cette carte. On en indique déjà quelques-uns ci-dessous, après la carte. Merci de nous excuser de ce retard indépendant de notre volonté :)...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 21:27

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Barrage de Sivens: les dérives d'un socialisme de notables

|  Par Mathieu Magnaudeix

 

 

Après la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive qu'avaient lancée les gendarmes, le conseil général du Tarn a décidé d'attendre avant de se prononcer sur le sort du barrage de Sivens. Dans ce fief PS, Thierry Carcenac, président du conseil général, élu depuis près de quarante ans, cumulard et ayant exercé à peu près tous les mandats qu'offre la République, fontionne en vase clos. L'affaire du barrage est l'illustration tragique de la lente dérive d'un socialisme gestionnaire, conduit par des notables enferrés dans leurs certitudes.

 

Vendredi 31 octobre, les conseillers généraux du Tarn, tenu par le PS, devaient décider du sort réservé au barrage de Sivens, sur le chantier duquel le jeune Rémi Fraisse a été tué ce week-end par une grenade offensive qu'avaient lancée les gendarmes. Ils ne se sont pas déjugés. Ils ont « pris acte de l'impossibilité de poursuivre toute activité liée au déroulement du chantier sur le site de Sivens ». Et renvoyé la balle dans le camp de l'Etat, qui organise mardi prochain une réunion de crise sous la houlette de Ségolène Royal, la ministre de l'écologie.Sans renoncer explicitement au barrage. Pour cause: ce projet aujourd'hui contesté et remis en cause, ils l'ont toujours soutenu.

Le 17 mai 2013, les élus de gauche (majoritaires) et de droite l'avaient approuvé par 43 voix sur 46. À l'époque, seuls trois élus avaient voté contre : Jacques Pagès (divers gauche) et deux communistes, Roland Foissac et Serge Entraygues, qui réclament aujourd'hui l'abandon du projet.

Dans les années 1990, il en était déjà question pour stocker l'eau et aider les exploitations agricoles dans le bassin-versant du Tescou, cette partie pauvre du département. Le récent rapport des experts du ministère de l'écologie pointe une série de dysfonctionnements : des besoins en eau surévalués (le nombre d'exploitants bénéficiaires serait de 30 à 40, pas 81 comme l'affirme le conseil général), une étude d'impact insuffisante, un plan de financement « fragile », etc. Malgré le drame, la majorité des élus locaux campent sur leurs positions : suspendre le chantier, d'accord. Le redimensionner comme le suggère le rapport d'experts ? Peut-être. Mais l'arrêter comme le demandent les écologistes, pas question. « Il n'est pas possible que des gens violents imposent leur décision à tous les autres », assure dans Le Monde le président du conseil général, Thierry Carcenac, qui en a fait une affaire personnelle.

« Si on cède à 200 personnes aujourd'hui, on ne pourra plus construire d'autoroutes en France », tempête Jacques Valax, député PS, lui aussi élu départemental. L'opposition locale est sur cette ligne, comme les responsables nationaux de la FNSEA, le premier syndicat agricole, connu pour sa défense d'un modèle productiviste. « Ce barrage est primordial pour les agriculteurs et s'il est arrêté, définitivement, c'est la mort d'une vallée », menace Jean-Claude Huc, président de la chambre d'agriculture du Tarn, administrateur de la FNSEA. Dans Le Figaro, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, s'en est violemment pris aux activistes anti-barrages, accusés d'être des « djihadistes verts ».

Le Tarn, terre de gauche imprégnée de socialisme et de radicalisme, fut la patrie de Jean Jaurès, dont on célèbre cette année le centenaire de la mort. Le fondateur de L'Humanité y fut d'abord professeur de philosophie, puis élu en 1893 député de Carmaux, en pleine grève des mineurs. Par fidélité au fondateur de la SFIO, l'ancêtre du PS, c'est à Carmaux que François Mitterrand lança sa campagne présidentielle en 1980. Depuis la décentralisation de 1982, le conseil général a toujours été à gauche, dirigé par le PS avec le soutien des radicaux de gauche.

Dans ce fief rose, c'est aujourd'hui un socialisme gestionnaire, de plus en plus contesté dans les urnes, qui est aux manettes. C'est là sans doute une clé d'explication de l'entêtement de Thierry Carcenac, président du conseil général, à soutenir un barrage à l'intérêt discutable, puis à en lancer les travaux malgré la contestation d'occupants toujours plus nombreux au cours des derniers mois et malgré les nombreux recours en justice encore en cours d'examen. Combiné à une forte présence des gendarmes, ce jusqu'au-boutisme a contribué à tendre la situation sur place.

Il y a une semaine, Carcenac, 63 ans, était un parfait inconnu dans la politique française. Jusqu'à la mort de Rémi Fraisse et cette déclaration qui a choqué : « Mourir pour des idées, c'est une chose, mais c'est quand même relativement stupide et bête. »

 


Thierry Carcenac est l'incarnation du grand baron local, réélu à tout coup. Issu d'une famille modeste, il a exercé à peu près tous les mandats qu'offre la République. Il est élu la première fois en 1976 – conseiller municipal de Lescure-d’Albigeois. Puis trois ans plus tard au conseil général (canton d'Albi Nord-Est), dont il est alors le benjamin. Depuis trente-cinq ans, il n'a jamais quitté les bancs de l'assemblée départementale. En 1992, il succède à la présidence à Jacques Durand, l'homme fort du département, mort prématurément. Il y est toujours. Cumulard assumé, Carcenac a été député entre 1997 et 2012. Le 28 septembre, il a été élu sénateur. Talonné de 17 voix par un candidat UMP, mais élu.

 

Dans les années 80 et 90, cet inspecteur des impôts de profession a été chargé de mission auprès de ministres socialistes, de l'industrie et du budget : Édith Cresson, Michel Charasse, Martin Malvy, l'homme fort de la région. Il exerce ou a exercé une série de fonctions locales clés : président de l'Agence pour l'animation du Tarn économique, des sociétés d'économie mixte Sem 81 et E.Téra, des syndicats mixtes de l'Abbaye-École de Soréze et d'aménagement du musée Toulouse-Lautrec d'Albi ou encore président du syndicat intercommunal à vocations multiples (SIVOM) d'Arthès-Lescure.

« C'est vrai que ma longévité peut interroger, concédait-il déjà en 2004. Je ne suis pas usé, je me remets en cause en permanence et je suis le plus possible à l'écoute des autres. Mon atout c'est mon expérience. (…) Jeune, vous arrivez et vous ne connaissez rien. » Dix ans plus tard, il a le même discours pour justifier sa candidature aux sénatoriales. « J’aurais pu arrêter. Mais je pense que je peux encore apporter quelque chose. Je veux être une voix et une écoute. »

Les élus du conseil général: 64 ans et demi de moyenne d'âge

Dans une lettre à en-tête du conseil général envoyée le 17 septembre à ses électeurs, Thierry Carcenac dénonce une « opposition » agressive et violente qui « tente d'imposer l'abandon du projet par des méthodes inadmissibles dans un État de droit ». Dans la campagne des sénatoriales, Carcenac a mis en avant son intransigeance pour s'attirer les voix des grands électeurs. Le Parti de gauche (PG), qui a déposé un recours contre son élection au Sénat, lui reproche d'ailleurs d'avoir « utilisé les moyens financiers du conseil général pour s'adresser aux électeurs par des publi-communiqués publiés dans La Dépêche du Midi dans lesquels il défendait le projet de barrage ».

Plus globalement, les politiques locaux à majorité socialiste ne semblent avoir pris que tardivement la nature et la mesure de la contestation suscitée par le projet, comme s'ils n'avaient voulu y voir que des « casseurs » opposés à tout progrès – une rhétorique reprise ces derniers jours par Manuel Valls qui, avant le drame, s'était vanté d'avoir « tenu bon »  à Sivens devant les Jeunes Agriculteurs (lire notre article).

La faute à leur profil ? Maître d'ouvrage du projet, l'assemblée départementale est âgée : aucun trentenaire, une seule quadra, 64 ans et demi en moyenne selon nos calculs. Les trois quarts des élus ont plus de 60 ans, ce n'est "que" 60 % dans les autres conseils généraux. Un conseiller général sur 6 a plus de 70 ans. Il est aussi peu féminisé : 5 femmes seulement, dont quatre sont simples conseillères et ont moins de 60 ans. La seule femme vice-présidente, Claudie Bonnet, en charge de l'action sociale (plus de la moitié des 440 millions d'euros de budget du département), a été assistante parlementaire d'un ancien sénateur socialiste.

 

La très mâle assemblée départementale 
La très mâle assemblée départementale © DR

La faute à l'inertie et à l'entre-soi ? Le Tarn est une petite baronnie socialiste. Les carrières politiques y sont longues. Jacqueline Alquier, sénatrice PS qui s'est retirée en 2014, a été élue au conseil général dès 1979, avant de devenir députée puis d'être élue à la Haute Assemblée en 2004. Le Tarn est aussi la terre de l'ex-sénateur socialiste Jean-Marc Pastor, élu au conseil général en 1982 (il y est resté 26 ans) et au palais du Luxembourg en 1996. En 2011, Mediapart avait révélé qu'il avait fait payer par le Sénat 2 500 euros de fausses factures émises par le restaurant géré par sa fille et dont il détenait des parts. Ce qui l'avait poussé à produire une fausse lettre de soutien du président du Sénat…

Dans l'actuel conseil général, nombre d'élus l'ont été dans les années 1990. C'est par exemple le cas d'André Cabot, vice-président PS du conseil général, qui supervise le projet de barrage. Élu en 1992 dans le canton de Valderiès, la ville dont il est maire, ce technicien d'agriculture de profession est aussi président du « puissant et omniprésent syndicat d'adduction d'eau de Valence Valderiès », dixit La Dépêche du Midi.

Cabot est aussi administrateur de la CACG (Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne), stociété d'économie mixte interrégionale qui a mené les études sur le barrage, mais est censée le construire et même l'exploiter. « Elle a joué depuis 25 ans un rôle central dans le portage de cette opération », pointe le rapport des experts du ministère, qui remet en cause certains de ses calculs et déplore qu'aucune alternative au barrage n'ait été étudiée. Cette structure est trustée, côté politiques, par des représentants socialistes et radicaux et, côté agriculteurs, par la FNSEA. André Cabot est aussi vice-président de l'agence de l'eau Adour-Garonne qui finance 50 % des 9 millions d'euros de travaux.

Ce monde de décideurs en vase clos ne remet guère ses certitudes en doute. Comme Mediapart l'a écrit (lire ici notre enquête), le conseil général du Tarn a déjà mis en service un barrage surdimensionné en 1998, construit et exploité par la CACG, et aujourd'hui lourdement déficitaire. Dans un autre domaine, la quasi-totalité des élus du Tarn plaident depuis des années pour une autoroute entre Castres et Toulouse. Thierry Carcenac n'écarte pas la piste d'un partenariat public-privé, qui garantirait des délais rapides mais pourrait faire monter la facture pour l'automobiliste jusqu'à 15 euros l'aller-retour. Au sein du PS, seul Samuel Cèbe, le jeune secrétaire fédéral, et  Linda Gourjade, députée PS qui fait partie des "frondeurs" socialistes, se prononcent pour une liaison sans péage.

Comme ailleurs, le système politique local est condamné à évoluer. Le PS, qui ne détient pas Albi et Castres, les deux grandes villes, a perdu du terrain aux municipales de mars, Graulhet et Gaillac étant passés à droite. Le Front national est entré dans cinq conseils municipaux. À Graulhet, le candidat frontiste a fait plus de 30 %.

Avec l'introduction de la parité et le renouvellement global et plus partiel de l'assemblée départementale, les cantonales de 2015 vont accélérer le renouvellement du personnel politique. Manuel Cèbe, le jeune premier fédéral, a posé une règle claire : pas plus de trois mandats. « Thierry Carcenac a inscrit sa présidence dans la durée, le rassemblement, l’expérience et le respect des personnes. La fédération du PS le soutient dans sa mission jusqu’en 2015 », indique-t-il dans la presse locale. Autrement dit : pas au-delà. « Dix-huit ans, c’est suffisant pour accomplir sa tâche. L’objectif est de renouveler et d’ouvrir les exécutifs », dit-il. Thierry Carcenac n'a pas dû apprécier.

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Manifestation dimanche à Paris. France Nature Environnement, dont Rémi Fraisse était membre, annonce un « sit-in pacifique » à la mémoire du jeune militant écologiste mort à Sivens. Cette manifestation aura lieu le dimanche 2 novembre à 16 heures au Champ-de-Mars à Paris, devant le Mur pour la paix.

 

Lire aussi

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 15:57

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Irresponsabilité sociale

Crédit agricole, la « banque verte » qui soutient les énergies sales et la destruction de montagnes

par Olivier Petitjean 30 octobre 2014

 

 

 

 

Très loin de ses racines mutualistes et agricoles, le Crédit agricole figure, aux côtés de BNP Paribas et de la Société générale, parmi les principaux financeurs mondiaux du secteur du charbon, une source d’énergie particulièrement polluante, et la principale responsable du changement climatique. Selon des chiffres révélés par les Amis de la terre et Banktrack, le soutien financier des banques françaises au charbon ont même augmenté de 218% depuis 2005 ! La « banque verte » est aussi critiquée pour son soutien à l’une des formes les plus destructrices d’extraction de charbon, la pratique du « mountaintop removal » – suppression des montagnes – aux États-Unis.

Le Crédit agricole est régulièrement critiqué pour s’être peu à peu éloigné de ses racines coopératives et mutualistes, afin de devenir une banque « comme les autres », brassant des milliards d’euros en bourse, via sa banque d’affaires Crédit agricole SA, présente sur les marchés financiers. Ses attaches historiques au monde rural français se sont donc quelque peu distendues [1], au point qu’elle paraît aujourd’hui moins préoccupée de répondre aux besoins des petits paysans qu’à ceux de l’agrobusiness, y compris dans ses activités les plus controversées. Le nom de la « banque verte » a ainsi été cité par les ONG parmi les principaux acteurs de la spéculation sur les matières premières agricoles, du développement des agrocarburants au détriment de l’environnement et de la souveraineté alimentaire, ou encore de l’accaparement des terres. Au moins ces diverses activités gardaient-elles un lien ténu avec la vocation originelle du Crédit agricole.

Un « vert » qui tire sur le noir charbon

Ce que ses clients savent peut-être moins, c’est que le Crédit agricole est aussi l’un des principaux financeurs mondiaux du secteur du charbon (mines et centrales électriques), l’une des formes d’énergie les plus nocives pour l’environnement et la santé humaine, et le principal contributeur au changement climatique. Un ensemble de rapports publiés le 29 octobre par les Amis de la terre et le réseau mondial Banktrack [2] vient confirmer l’ampleur des investissements du Crédit agricole dans ce secteur. La banque y aurait injecté plus de 7 milliards d’euros, sous forme de prêts ou d’émissions obligataires, entre 2005 – date de l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto – et avril 2014. Ce qui la place derrière BNP Paribas, championne nationale avec 15,6 milliards d’euros, mais devant la Société générale.

Globalement les investissements des banques françaises dans le charbon [3] ont augmenté de 218% en huit ans – alors même qu’elles multipliaient les déclarations de bonnes intentions au sujet de la lutte contre le changement climatique ! C’est pourquoi les Amis de la terre ont classé le Crédit agricole et BNP Paribas, dans leur guide « Comment choisir ma banque ? » comme les deux banques françaises comportant le « risque maximal » pour le climat. Elles sont classées respectivement 9e et 20e au classement mondial des banques les plus impliquées dans le charbon établi par Banktrack.

500 cimes de montagnes rasées aux États-Unis

Et ce n’est pas tout. Les Amis de la terre ont voulu, en nominant le Crédit agricole aux prix Pinocchio 2014, dénoncer plus particulièrement le soutien financier apporté par la banque à ce qui constitue l’une des formes les plus destructives et les plus polluantes de l’exploitation du charbon : le mountaintop removal (MTR), ce qui se traduit littéralement par « suppression des cimes de montagne ». Cette pratique, utilisée dans les régions charbonnières des Appalaches aux États-Unis (Virginie occidentale, Kentucky, Tennessee…) consiste à évider à coups d’explosifs des sommets montagneux pour porter à l’air libre les filons de charbon qu’elles recèlent. Ce qui permet ensuite de les exploiter de manière ultra-économique, en réduisant drastiquement la main d’œuvre nécessaire.

On estime qu’au moins 500 montagnes et plusieurs milliers de kilomètres carrés de forêt ont déjà disparu à cause de l’expansion du mountaintop removal depuis les années 1970. Pire encore, les éclats de roche et les déchets toxiques issus du traitement du charbon sont ensuite déversés dans les vallées. Les cours d’eau qui ne sont pas purement et simplement enfouis sous les décombres sont gravement pollués. La combinaison de cette pollution de l’eau avec celle des poussières et particules libérées dans l’air entraine des conséquences sanitaires dramatiques : les taux d’incidence de cancers dans les régions concernées sont supérieurs de 50% à la normale. « Le mountaintop removal n’est pas seulement un crime environnemental mais constitue un véritable danger pour les populations qui voient les cas de cancer se multiplier et dont l’espérance de vie est près de vingt ans inférieure à la moyenne états-unienne », dénonçait Paul Corbit Brown, de l’ONG locale Keepers of the mountains, lors de l’Assemblée générale du Crédit agricole en mai 2014.

Double langage ou dialogue de sourds ?

Autant de raisons qui font du mountaintop removal une technique extrêmement controversée. Ce qui n’a pas empêché le Crédit agricole de soutenir financièrement, sous diverses formes, deux des principales entreprises concernées, Arch Coal et Alpha Natural Resources, à hauteur de 519 millions d’euros entre 2005 et 2014. Selon les chiffres collectés par Banktrack, elle se classe ainsi au 10e rang des banques impliquées dans le mountaintop removal. Pourtant, les campagnes citoyennes, la multiplication des procès pour pollution de l’eau, les (timides) efforts récents de l’administration fédérale états-unienne pour réguler davantage la pratique ainsi que la baisse du prix du charbon rendent ces investissements plutôt risqués. Le numéro 2 du secteur, Patriot Coal, a annoncé l’abandon progressif du mountaintop removal, suite à une procédure de banqueroute en 2012. Et le Crédit agricole a déjà perdu de l’argent suite à la mise en redressement l’année suivante de Trinity Coal, une autre entreprise impliquée dans le mountaintop removal.

De nombreuses banques américaines et étrangères – parmi lesquelles BNP Paribas, RBS, UBS, JPMorgan Chase, Wells Fargo et UniCredit – ont officiellement annoncé qu’elles cesseraient de financer le mountaintop removal. C’est d’ailleurs aussi théoriquement le cas du Crédit agricole, suite à l’entrée en vigueur de sa nouvelle politique sectorielle mines et métaux. Sauf que, selon les Amis de la terre, cette politique est formulée de manière tellement vague qu’elle a permis à la banque de continuer à financer Arch Coal et Alpha Natural Resources comme si de rien n’était. La politique du Crédit agricole stipule par exemple qu’aucun financement ne sera accordé à une entreprise dont plus de 20% du charbon serait issu du mountaintop removal. Un engagement plutôt facile à tenir alors qu’aucune entreprise n’est dans ce cas !

Suite à sa nomination au prix Pinocchio, le Crédit agricole a réagi en déclarant qu’elle ne « participe à aucun projet de financement de MTR » [4]. Et de préciser que seules deux lignes de crédit sont actuellement accordées à Alpha Natural Resources et Arch Coal, que ces lignes de crédit ne sont pas utilisées, et qu’en outre ces entreprises ne sont quasiment plus engagées dans le mountaintop removal… Des affirmations plutôt étranges : aucune autre source ne fait état d’un abandon du mountaintop removal par les deux entreprises concernées. Et les informations rassemblées par les écologistes indiquent que la banque a bel et bien continué à intervenir financièrement auprès d’Arch Coal et Alpha Natural Resources au cours des derniers mois. Il est vrai qu’il ne s’agissait pas de « projets de financement » au sens strict du terme.

Pour Lucie Pinson, des Amis de la terre, c’est signe que le Crédit agricole « continue à jouer avec les mots ». La nomination de la banque au prix Pinocchio est une bonne occasion de pousser la banque à traduire ses engagements en actes clairs. Les votes sont ouverts à tous les internautes jusqu’au 17 novembre.

Olivier Petitjean

Une version plus complète de cet article est publiée sur le site de l’Observatoire des multinationales.

Photo : © Paul Corbit Brown

 

Notes

[1Au Conseil d’administration de Crédit agricole S.A. siège un représentant des organisations professionnelles agricoles, désigné par arrêté ministériel, qui n’est autre que Xavier Beulin, président de la FNSEA et de Sofiprotéol (lire notre article).

[2Il s’agit du guide actualisé « Climat : comment choisir ma banque ? » et du rapport Charbon : l’argent sale des banques françaises. Voir aussi (en anglais) le rapport Banking on Coal 2014 du réseau Banktrack, qui fournit les données globales.

[3Qui sont pour 93% le fait des trois plus importantes d’entre elles.

[4Voir la réponse du Crédit agricole et la « réponse à la réponse » des Amis de la terre sur cette page.


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Source : www.bastamag.net

 

 

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 15:27

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon

 

 

De Tarnac à Sivens: «Réprimer toute discussion en déclenchant l'alarme»

Quelques jours seulement après la mort du jeune Remi Fraisse, Alain Bauer, qui, avec Stephane Fouks, constitue la garde rapprochée de Manuel Valls, vient opportunément de démasquer dans une interview à Atlantico les contours d’une conspiration extrémiste verte où se mêlent gauchistes, anarchistes, « environnementalistes » de tous poils et écologistes radicaux. Des jeunes gens radicalisés dont les tendances politiques vont du vert au rouge en passant par le noir de l'anarchisme, jusqu'au vert-de-gris plus récemment, et « qui ne sont pas du genre à fuir devant une charge de police. » On en tremblerait de peur si le criminologue, bien connu pour ses extrapolations hasardeuses, n’apportait cette précision de nature à susciter l’hilarité générale : « L'exemple type du néo rural qui n'a pas peur de la violence, c'est José Bové. » C’est pourtant ce genre d’élucubrations qui ont conduit à l’affaire Tarnac dont on sait maintenant qu’elle fut montée de toutes pièces par la police et dont l’inspirateur, on n’ose dire le scénariste, fut Alain Bauer, le conseiller officieux de Manuel Valls. A cette occasion je republie une chronique parue dans Le Monde du 5 décembre 2008 sous le titre « Fictions du terrorisme ».

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"Vous habitez Saint-Denis, donc vous êtes anarchiste, affirmait Rochefort dans L'Intransigeant du 16 mars 1892. Si vous n'étiez pas anarchiste, vous n'habiteriez pas Saint-Denis. Or, une bombe a fait explosion à la porte de l'hôtel de Sagan ; et comme les bombes ne peuvent être lancées que par des anarchistes... Je vous envoie au dépôt parce que vous êtes certainement anarchiste, puisque vous habitez Saint-Denis, et qu'étant anarchiste, il est évident que c'est vous qui avez lancé la bombe."

La boutade de Rochefort pourrait s'appliquer à la construction médiatico-policière de la prétendue "cellule" terroriste basée à Tarnac, en Lozère. La prise d'assaut de ce paisible village situé sur le plateau de Millevaches par les brigades antiterroristes avec hélicoptères, troupes d'élite et caméras de France Télévisions est la plus grande opération d'intoxication de l'opinion réalisée par un gouvernement depuis plusieurs décennies. Qualifiée alternativement d'anarchistes ou d'autonomes, voire d'anarcho-autonomes, une vingtaine de jeunes gens qui avaient entrepris de redonner vie à ce petit village, ouvrant une épicerie-restaurant, une bibliothèque et un ciné-club, avec le but innocent et peut-être naïf de vivre et de penser autrement, se sont retrouvés embrigadés, profilés, enfermés dans la fiction d'une dangereuse organisation terroriste invisible qui complotait contre la sécurité de l'Etat. Un récit policier. A leur tête, un chef, doctrinaire et omniprésent, que son père décrit comme incapable de planter un clou sans se blesser ou de transporter une brouette sans renverser son contenu, aurait manigancé toutes sortes d'actions périlleuses contre l'Etat démocratique.

Ce jeune philosophe ami de Giorgio Agamben et ancien élève du sociologue Luc Boltanski, le seul avec sa compagne à être maintenu en prison depuis le 11 novembre, serait le cerveau d'une entreprise terroriste aux ramifications internationales, une construction qui nous informe davantage sur l'imaginaire policier que sur une nébuleuse terroriste qui apparaît après trois semaines d'interrogatoires et huit mois de filature de plus en plus nébuleuse et de moins en moins terroriste.

Pour Giorgio Agamben, qui partage avec les inculpés la même critique de la biométrie et qui refusa de s'y soumettre au point de renoncer à faire cours aux Etats-Unis, "on cherche le terrorisme et on finit par le construire, tout ça pour répandre la peur chez les jeunes gens". L'écrivain Serge Quadruppani y voit la "farce du retour de l'épouvantail terroriste" et la "fabrication de la mouvance anarcho-autonome par la ministre de la police et par les médias qui ont relayé sa parole sans aucun recul critique...".

La matérialité des preuves et la qualification "terroriste" des faits font l'objet de vives critiques de la part d'universitaires, de philosophes, d'écrivains et d'éditeurs. "Les habitants de Tarnac ont refusé d'acheter ces histoires", affirme Eric Hazan, l'éditeur de La Fabrique, qui a publié L'Insurrection qui vient, un livre présenté par la police comme une pièce à conviction, alors qu'il s'agit d'une critique du capitalisme cognitif comme on en trouve des dizaines sur les étals des libraires, à la suite, par exemple de La Société du spectacle, de Guy Debord, ou de L'Homme unidimensionnel, d'Herbert Marcuse : deux essais qui annonçaient effectivement, sans les fomenter pour autant, les événements de mai 1968, si c'est cela qui inquiète le ministère de l'intérieur.

Pour la première fois peut-être dans l'histoire des sociétés, tous les mécanismes de contrôle et de surveillance ne reposent plus seulement sur des données observées et recensées visant à donner la connaissance la plus complète possible des activités passées d'un individu ou d'un groupe social, mais à les profiler, les prévoir ou les inventer, comme dans le film Minority Report (2002), de Steven Spielberg, dans lequel la "brigade du précrime" est capable de prévoir, et même de voir, les images de crimes avant qu'ils ne se produisent et d'en intercepter les auteurs, ou dans celui de Paul Verhoeven, Starship Troopers (1997), où les agents du "corps psy", une Gestapo high-tech, sont capables de divination : ils lisent dans les pensées de l'adversaire et peuvent influencer les personnes sur lesquelles ils se branchent. 

Cette fictionnalisation de la surveillance va bien au-delà des dangers dénoncés par Orwell dans 1984 et ouvre la voie à toutes les constructions paranoïaques de l'imaginaire médiatico-policier. C'est ce nœud entre surveillance et simulation, contrôle social et construction fictionnelle qui est sans doute le principal danger qui pèse aujourd'hui sur les démocraties.

Jeremy Bentham est sans doute le premier à avoir perçu cette dérive possible dans "les fictions politiques du parlementarisme britannique du début du XIXe siècle". Son manuel des sophismes politiques (1824) pourrait servir de bréviaire à tous les démocrates inquiets des dérives sécuritaires et de leur banalisation médiatique. Il y diagnostiquait ce sophisme redoutable "dont le sujet est le danger sous ses diverses formes et dont l'objet est de réprimer toute discussion en déclenchant l'alarme...".

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Lire également l'article de Joseph Confavreux sur le dernier livre du Comité Invisible,  "A nos amis" : "Comité Invisible, la révolution au XXI ème siècle" http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/291014/comite-invisible-la-revolution-au-xxie-siecle

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon

 

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 16:28

 

Source : www.liberation.fr

 

 

 

L'Igas publie un rapport sévère sur les Hôpitaux de Marseille
AFP 29 octobre 2014 à 07:24 (Mis à jour : 29 octobre 2014 à 15:24)
L'hôpital de La Timone à Marseille, en 2006.L'hôpital de La Timone à Marseille, en 2006. (Photo Anne-Christine Poujoulat. AFP)

Clientélisme, gestion archaïque et privilèges accordés à FO sont au nombre des griefs pointés par l'Inspection générale des affaires sociales. Le directeur de l'AP-HM affirme que le rapport porte sur «une époque révolue».

 

Gestion «archaïque», «système clientéliste», finances «inquiétantes», «privilèges» accordés au syndicat majoritaire : l’Igas a publié mardi soir un rapport accablant sur la situation de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM).

«L’inertie qui a caractérisé l’établissement pendant des années et la prégnance du poids politique et d’organisations syndicales fortes sont des freins réels à la restauration d’un fonctionnement normal», résument les auteurs. «La bonne distance entre la mairie et les instances de l’AP-HM n’est toujours pas trouvée», selon le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, commandé en mars 2013 par la ministre de la Santé, Marisol Touraine.

«Il doit être mis un terme au système clientéliste qui a longtemps prévalu», intime l’Igas, qui développe : «Un grand nombre de recrutements de personnels non qualifiés est intervenu pendant de nombreuses années sur recommandation d’élus. Un certain nombre de ces agents, qui se considèrent "protégés" posent des problèmes en raison de leur comportement irrespectueux voire menaçant vis-à-vis des cadres de proximité dont certains sont découragés.» La mission de l’Igas s’étonne, en outre, que les réunions du conseil de surveillance «aient toujours lieu à la mairie de Marseille» et recommande qu’elles se tiennent désormais au sein de l’établissement.

L’Igas cible également les «privilèges» accordés au syndicat majoritaire Force ouvrière : «Il convient de mettre fin à la situation réservée à une organisation syndicale [...] fût-elle majoritaire, et de la considérer comme les autres, sans privilège d’information et en évitant de lui laisser son rôle traditionnel de "conseil" en recrutement.»

Investissements excessifs

Par ailleurs, l’Igas juge «inquiétante» la situation financière de l’AP-HM, «très fortement endettée» à cause notamment «d’une politique d’investissement ambitieuse et coûteuse». La dette de l’AP-HM a atteint un milliard d’euros fin 2012 et «l’objectif de retour à l’équilibre est toujours repoussé» et «n’est actuellement prévu qu’en 2014», déplore l’Igas. «Les efforts pour y parvenir sont encore insuffisants», estime l’Inspection, alors que c’est un enjeu «fondamental pour assurer l’avenir de l’AP-HM». Outre la réduction de la dette, l’Igas prône donc la mise en œuvre «sans délai d’un plan d’actions pour assurer la fiabilité et la sincérité des comptes».

Le rapport est aussi cinglant concernant l’organisation. «Des activités sont gérées de manière archaïque», assène l’Igas, qui cite notamment la gestion «sous forme papier» des archives «sans cohérence entre les différents sites» de l’AP-HM.

Autre point noir : la situation «toujours préoccupante» de l’informatique. En février 2012, un rapport de la Cour des comptes constatait l’échec de l’informatisation du dossier-patient, qui avait engendré une dépense «largement voire totalement inutile» d'«au moins 14 millions d’euros». «Au moment des investigations de la mission, tous les enseignements tant sur le plan financier qu’organisationnel n’ont pas été tirés», assure l’Igas.

«L’ARS Paca doit exercer, plus qu’elle ne l’a fait au cours des dernières années, ses missions de contrôle, d’évaluation et de suivi de la gestion et de l’évolution de l’AP-HM», conclut le corps de contrôle interministériel du secteur social.

«Constats du passé»

«La période analysée dans ce rapport se termine fin 2012. Un certain nombre de constats sont pour moi des constats du passé», a réagi le directeur général de l'AP-HM, Jean-Jacques Romatet, lors d’une conférence de presse, affirmant que ce rapport de l’Inspection générale des affaires sociales rendu public mardi parlait «d’une époque révolue». «Je trouve normal qu’un rapport fait par une inspection générale soit rendu public. La date à laquelle il est rendu public ne m’appartient pas», a-t-il remarqué, interrogé sur l’échéance de la sortie de ce rapport, achevé en janvier 2014.

«La gestion des ressources humaines a été repensée de la cave au plafond. Aujourd’hui, les recrutements sont faits comme dans tous les autres hôpitaux de France, avec une équipe dont je réponds comme de moi-même, il ne peut y avoir de critique sur ce point», a affirmé Jean-Jacques Romatet, qui a pris ses fonctions en janvier 2013. Et de marteler : «Je ne fais pas de recrutement sur des raisons autres que professionnelles». «Aucune personne n’est protégée à l’AP-HM, c’est clair !», a-t-il aussi lancé.

Le secrétaire FO à l’AP-HM Marc Katramados,a dénoncé de son côté «un rapport qui ne sert à rien», où «tout est faux». «Il y a toujours des jaloux... Rien ne m’inquiète, ça me fait même rire ! Le clientélisme, c’est des conneries», a-t-il poursuivi, considérant que ce rapport qui «ressemble à un règlement de comptes» ne vise qu’à «casser l’image de l’AP-HM et sa nouvelle équipe de direction». Celle-ci a présenté mardi au ministère de la Santé le plan de «redressement» sur 5 ans de l’AP-HM. «Il y un temps pour semer, un temps pour récolter, et je peux vous dire qu’on recoltera», a conclu Jean-Jacques Romatet, insistant sur la mise en place d’une «nouvelle organisation».

L’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), troisième CHU de France, emploie environ 15 000 agents sur quatre sites.

AFP
Source : www.liberation.fr

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 20:05

 

Source : www.arte.tv

 

 

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 19:26

Si les ressources mondiales de notre planète étaient gérées au mieux, aucun enfant ne devrait mourir ni de faim ni de soif. Une hypothèse que Claus Kleber, journaliste à la ZDF, s'attache à démontrer point par point. Pourquoi les ressources alimentaires, pourtant abondantes, n’atteignent-elles jamais certaines populations ? Comment empêcher que les matières premières et l’eau potable ne deviennent la cible des spéculateurs ou des enjeux de pouvoir ? Peut-on tirer un meilleur parti des terres et des mers sans les épuiser ?

Nourrir la planète

À l’horizon 2050, la Terre comptera dix milliards d'habitants : impossible de continuer à balayer d’un revers de main la question alimentaire, alors que la population augmente trois fois plus vite que la production agricole. Des remèdes sont proposés à diverses échelles, du recours au génie génétique jusqu’à l’idée de faire des terres d’Afrique un gigantesque champ destiné à nourrir la planète. Pourtant, la solution la plus évidente consisterait d’abord à répartir plus rationnellement la production actuelle, à l’heure où une partie colossale de celle-ci est dilapidée par une gestion très peu scrupuleuse. L'amélioration du niveau de vie dans les nouveaux pays industrialisés comme la Chine ne facilite pas la tâche, car elle entraîne une hausse spectaculaire de la demande en viande, denrée coûteuse en eau et en terres. Ce documentaire en deux parties – la première consacrée à la faim, la seconde à la soif – traverse les frontières à la rencontre des populations les plus touchées par la pénurie, pour mettre en évidence le caractère mondial de la crise qui s’annonce, et s'interroger sur les responsabilités des États, des décideurs politiques, des entreprises et des scientifiques…

 

 

Source : www.arte.tv

 

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 17:19

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Prix Pinocchio

Lyon-Turin : une ligne ferroviaire à 30 milliards d’euros pour gagner une heure ?

par Sophie Chapelle 28 octobre 2014

 

 

 

 

« Pourquoi améliorer les lignes [ferroviaires] existantes quand on peut tout simplement creuser un nouveau mégatunnel dans les Alpes, et dépenser des milliards d’euros pour gagner quelques minutes ? » L’association des Amis de la Terre ne mâche pas ses mots à l’égard du projet de ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin (voir nos précédents articles). Elle a décidé de nominer aux Prix Pinocchio la société Lyon-Turin ferroviaire (LTF) – filiale commune de Réseau Ferré de France (RFF) qui gère le réseau ferré national et de son homologue italien Rete Ferroviaria Italian – dans la catégorie « Mains sales, poches pleines ». Un prix décerné à l’entreprise ayant mené la politique la plus opaque au niveau financier, en termes de lobbying ou dans sa chaine d’approvisionnement.

100 millions d’euros par kilomètre

Les critiques portent en partie sur le coût pharamineux de l’ouvrage qui ne cesse d’augmenter. « De 3 milliards d’euros initialement, on est passé aujourd’hui à 30 milliards, observe les Amis de la terre. Le tout pour quoi ? Pour relier Paris à Milan en 4 heures et quart. Alors qu’avec la ligne actuelle, on pourrait déjà assurer cette liaison en un peu plus de 5 heures… ». Soit seulement une heure gagnée avec ce projet de ligne à grande vitesse. Dans un courrier à l’association [1], la société LTF défend son projet, soulignant que le trajet entre Paris et Milan s’effectuera bien « en 4h au lieu de 7 aujourd’hui ». Le coût de la section entre la France et l’Italie serait par ailleurs établi à 8,5 milliards d’euros. Deux arguments que les Amis de la Terre déconstruisent point par point sur leur site [2].

Le rapport de la Cour des comptes publié le 23 octobre dernier n’épargne pas le projet Lyon Turin dont elle juge la rentabilité « trop faible » [3]. « Rappelons que la ligne coûterait 100 millions du kilomètre selon les évaluations les plus basses et que selon les prévisions de LTF en valeur 2010, pour le seul tunnel de base de 57 km, le kilomètre coûterait plus de 149 millions d’euros ! », s’insurge Daniel Ibanez, fervent opposant au projet. « Comment justifier, au moment où le gouvernement recherche 50 milliards d’euros, un projet dont chaque kilomètre de tunnel est égal à la construction d’un hôpital de 60 000 m² », réagissent les eurodéputées écologistes Karima Delli et Michèle Rivasi. Le financement de la section transfrontalière par l’Union européenne, à hauteur de 40 %, ne serait par ailleurs toujours pas confirmé, selon Michael Cramer, président du Comité des transports du Parlement européen [4].

Risques « d’infiltration criminelle » ?

L’association des Amis de la Terre rappelle également que deux anciens responsables de LTF, le directeur général et le directeur des travaux, ont tous deux été condamnés à de la prison en première instance en Italie pour trucage d’appel d’offre [5]. Une procédure d’appel étant en cours, la société LTF se refuse à tout commentaire sur ce dossier. Lyon Turin Ferroviaire tient néanmoins à préciser qu’elle a signé un protocole visant à prévenir des infiltrations criminelles dans les marchés des travaux publics entre les pouvoirs publics italiens et les organisations syndicales du BTP. Elle s’est également engagée à respecter auprès du CIPE – Comité interministériel pour la programmation économique – des engagements antimafia dans l’attribution des marchés. En trois ans, l’autorité publique de contrôle (GITAV) aurait ainsi écarté 4 entreprises intervenant sur le chantier du Lyon-Turin.

Les Amis de la Terre observent toutefois que « des comptabilisations troublantes persistent dans les comptes de LTF ». A l’instar des 10,322 millions d’euros pour une galerie jamais creusée à Venaus, en Italie... Malgré les interpellations de l’association de lutte contre la corruption Anticor, LTF n’a pas donné de réponse à ce sujet. Les Amis de la Terre, aux côtés d’autres organisations, remettent en question la pertinence du projet de ligne à grande vitesse. Et appellent à utiliser la ligne ferroviaire existante modernisée, « qui à elle seule pourrait transporter la totalité des marchandises circulant actuellement par les Alpes du Nord entre la France et l’Italie ».

Le vote en ligne pour le prix Pinocchio 2014 est ouvert jusqu’au 17 novembre.

@Sophie_Chapelle

Pour aller plus loin :
- La société LTF invite à lire les 10 questions clés sur le Lyon-Turin (voir ici)
- Le site de la coordination des opposants au Lyon-Turin (voir là)

 

Notes

[1Voir ici.

[2Voir ici.

[3Télécharger le rapport en cliquant ici. Voir en page 27 : « Il ne reste en fait pratiquement aucune ville européenne qui soit à la fois d’importance suffisante en termes de population et suffisamment proche pour justifier d’une liaison TGV par rapport à la France. Cette trop faible rentabilité socio-économique est par exemple manifeste pour la liaison Lyon-Turin, que la Cour a critiquée dans son référé du 1er août 2012. »

[4« Le projet ne fait toujours pas l’objet d’un accord de financement qui en tout état de cause ne pourra intervenir qu’après un arbitrage entre différents projets qui doivent être proposé avant la fin février 2015 », précise un communiqué du Mouvement No Tav. Vidéo de la rencontre

[5Voir le jugement des deux directeurs (2011).


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

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