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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 17:30

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Entretien 02/12/2014 à 11h30
« Le numérique détruit de l’emploi... au sein du numérique »
Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89

 

Un homme devant un ordinateur (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Il y a deux fois plus d’informaticiens au chômage qu’il y a cinq ans. Vous avez bien lu : des informaticiens. Des gens qui, plus jeunes, ont écouté le conseiller d’orientation, et ont suivi le parcours qui devait les préserver du chômage. Selon les méthodes de comptage, ils sont entre 45 000 et 55 000.

Au même moment, des chefs d’entreprise affirment en chercher, des informaticiens, et avoir du mal à en trouver. Alors quoi ?

Régis Granarolo, président du Munci, une association d’informaticiens qui dissèque chaque mois les statistiques du secteur, nous aide à y voir plus clair.

Rue89 : Depuis des années, on encourage les jeunes à se tourner vers l’informatique. Quand on voit la progression du chômage dans ce secteur, on se demande quand même si ce n’était pas une erreur.

Régis Granarolo : La pensée unique qui fait de l’informatique un eldorado est un gros mensonge. Certes, les jeunes qui ont un bac +3 ou un bac +5, les ingénieurs, n’ont pas trop de souci à se faire. Mais pour les autres, le chômage augmente fortement depuis 2008. Chez les bac +2 ou +3, le taux de chômage atteint 14%. Ce qui fait que je suis assez circonspect quand je vois toutes ces nouvelles écoles, ces « académies du Web » qui délivrent des diplômes de niveau bac +2 (même si leurs directeurs assurent qu’ils ont un bon taux d’insertion).

Vous dites que les jeunes ingénieurs informaticiens n’ont aucun souci à se faire. A partir de quel âge les ennuis commencent-ils ?

Dans l’informatique, on est considéré comme vieux à 40 ans. Une étude de l’Apec (elle porte sur les cadres, mais le phénomène est vrai pour les non-cadres aussi) a montré [PDF] que 74% des recrutements dans notre secteur se font à moins de six ans d’expérience. On est le secteur qui recrute le plus entre zéro et cinq ans d’expérience, et dont le taux de plus de 50 ans est le plus faible de toute l’économie. Chez les développeurs, selon les cabinets spécialisés, 90% des recrutements se font à moins de deux ans d’expérience. Ce jeunisme est sidérant.

Pourquoi un tel jeunisme ? Les compétences évoluent à toute allure, tout le monde est vite dépassé ?

En partie. Les employeurs affirment aussi chercher chez les jeunes un état d’esprit, plus de flexibilité, de mobilité. Autre tendance : la constitution d’équipes très homogènes pour éviter les conflits générationnels. Mais la principale raison, c’est les salaires : les jeunes coûtent moins cher.

Une fois qu’ils sont embauchés, que deviennent-ils ?

Très vite, ils ont envie de devenir chefs de projet, parce que c’est prestigieux, et beaucoup mieux payé. Ils font plus d’encadrement et moins de technique. Aux Etats-Unis, les développeurs seniors sont beaucoup plus nombreux. C’est très précieux.

Ici, à la fin des années 90, il était impensable d’avoir des chefs de projet avec moins de cinq ans d’expérience. Aujourd’hui, au bout d’un an ou deux, c’est courant. C’est un système qui encourage la déperdition technique. Et implique d’embaucher toujours plus de jeunes pour renouveler la base de la pyramide.

Est-ce dans cette optique que des rudiments de code vont être enseignés à l’école ?

J’en ai peur. Une meilleure culture numérique est une nécessité, l’apprentissage du « pseudo-code » (la formalisation en langage informatique du langage naturel) et de l’algorithmique sont intéressantes, mais l’enseignement à tous du codage ne doit pas être une priorité. L’idée selon laquelle on manquerait de développeurs, et qu’il faudrait susciter des vocations chez nos enfants, est complètement folle. Hélas certains de nos dirigeants en sont convaincus.

Axelle Lemaire [secrétaire d’Etat chargée du Numérique, ndlr] et Fleur Pellerin [ministre de la Culture, ndlr] semblent complètement manipulées par les lobbies patronaux du secteur (Syntec, Afdel, France numérique, etc.) et sincèrement persuadées que des centaines de milliers de postes de développeur vont être créés. Pour examiner chaque jour depuis dix ans la situation de l’emploi dans le secteur informatique, je peux vous dire que c’est une idée complètement farfelue !

Une fameuse étude [PDF] publiée en 2011 du cabinet McKinsey, reprise partout – notamment par le Conseil national du numérique – annonçait 450 000 créations d’emplois dans le numérique sur la période 2011-2015. Au bout de trois ans, on n’a pas dépassé les 60 000.

Mais entretenir ce genre de fantasmes permet aux chefs d’entreprise d’avoir en permanence un vivier de jeunes candidats bien formés et pas chers. Ce discours est aussi un moyen de légitimer le recours à l’off-shore et à l’immigration économique depuis les pays à bas coûts, et de toucher des aides publiques pour former à la va-vite des non-informaticiens à nos métiers.

La réalité, c’est qu’il y a, en France, un sureffectif d’étudiants formés à nos métiers.

Il y a pourtant des tas d’annonces non pourvues...

Quand des SSII [sociétés de services en ingénierie informatique, ndlr] se plaignent d’avoir du mal à recruter, ce n’est pas faux ; mais elles ne disent pas qu’elles ont des critères de sélection draconiens, et oublient qu’elles ont souvent une mauvaise image (au contraire des DSI [directions des systèmes d’information] des grandes entreprises). Il est vrai aussi que de plus en plus de professionnels passent en freelance, ce qui fait autant de candidats en moins.

Ensuite, vous devez savoir que quatre offres d’emploi sur cinq dans l’informatique ne correspond à aucun poste disponible dans l’immédiat ; seulement, les entreprises constituent des CV-thèques, ou se préparent au cas où elles remporteraient un appel d’offres qui impliquerait d’embaucher.

« Informaticien » est un vocable qui recouvre de nombreux métiers. Certains d’entre eux restent tout de même très recherchés, non ?

Si la pénurie générale est un mythe, il est vrai qu’il y a pénurie de profils très spécialisés : des développeurs confirmés sur certaines technologies, dans le cloud computing, le big data, la sécurité informatique, l’informatique collaborative, les réseaux sociaux, les applis mobiles... Ceci dit, inutile de s’emballer. Le big data ou la cybersécurité représentent pour le moment moins d’un millier de recrutements par an.

Les ingénieurs systèmes et les administrateurs réseaux vont rester très recherchés pendant quelques années mais on en aura de moins en moins besoin : les réseaux sont de plus en plus auto-administrés. On peut aussi se poser des questions pour les développeurs : la tendance est à l’industrialisation du développement, à la réutilisation d’outils existants ; avec le cloud-computing, on va faire (hélas) de moins en moins de sur-mesure. Le numérique détruit aussi de l’emploi... au sein du numérique.

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 17:09

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

Emmanuel Macron, le renard et le poulailler

|  Par Hubert Huertas

 

 

 

« C’est un échec », vient de reconnaître Emmanuel Macron, le ministre de l’économie, à propos du pacte de responsabilité, et cette phrase est singulière. Elle veut dire que le cœur même de la politique de François Hollande, son fameux « cap », serait en fait une voie de garage.

Emmanuel Macron a l’air de tomber des nues : ce mardi matin, sur Radio Classique, il était en colère contre Pierre Gattaz, le président du Medef : « Je n’ai pas à qualifier l’attitude de Pierre Gattaz, s’est-il écrié. J’ai simplement à dire que dans le pacte de responsabilité, il y a le mot responsabilité. Aujourd’hui, il y a très peu d’accords de branche qui sont signés. Aujourd’hui, c’est un échec et c’est aussi le sien. »

Rappel des faits : au lendemain de son élection, François Hollande, conseillé par un certain Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de l’Élysée, décide de se lancer dans ce qu’on appelle « une politique de l’offre ». Alléger les charges des entreprises, afin de les rendre plus « compétitives », ce qui permettrait de créer de l’emploi. Vingt milliards d’euros sont d’abord investis dans le CICE, le crédit d’impôt compétitivité emploi, complétés à partir de janvier 2014, par vingt autres milliards, le tout s’appelant désormais « pacte de responsabilité ».

La promesse est celle d’un échange « gagnant-gagnant ». J’allège tes charges, et en contrepartie tu allèges mon chômage en procédant à des embauches.

Un débat s’engagera à gauche, et jusqu’au cœur du gouvernement. D’un côté ceux qui se méfient, ou qui s’indignent : le Front de gauche, la plupart des écologistes, et une partie des socialistes inspirés par les frondeurs, considèrent que cet énorme chèque, quarante milliards, le plus gros jamais signé sous la Cinquième République, en pleine période de rigueur, est un cadeau pur et simple, et un contresens économique qui oblige à pressurer les ménages, donc à réduire la consommation au moment où il faudrait la relancer.

En face d’eux, les défenseurs du pacte voulu par le président de la République. Ils se disent convaincus que le Medef est un partenaire, et qu’il renverra l’ascenseur. Dans leur esprit, les quarante milliards d’allègement ne sont pas une dépense mais un investissement. Cette politique, présentée comme « la seule possible », est symbolisée par la déclaration d’amour de Manuel Valls, applaudi debout par le patronat, après avoir lancé son célèbre « j’aime l’entreprise ». Un choix si radical qu’il provoquera une crise au sommet de l’État, avec le départ d’Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti.

Malgré ces remous politiques, qui se sont ajoutés aux catastrophes électorales des municipales et des européennes pour l’ensemble de la gauche, et malgré l’abstention des frondeurs socialistes, le budget a été voté, avec, pour les particuliers, des économies à tous les étages, et pour les entreprises les milliards du fameux pacte.

Au bilan, malgré une rafale de déclarations publiques allant dans le sens du Medef, à propos des chômeurs dormants, des trente-cinq heures bloquantes, ou du Smic mirobolant, le patronat n’a pratiquement engagé aucune négociation sur les contreparties du pacte, il est vent debout sur le volet pénibilité des retraites, et les petits patrons viennent de descendre dans la rue.

Emmanuel Macron, surnommé jadis « le Mozart de la finance », paraît découvrir ce décor. Un Macron apparemment tout étonné que Pierre Gattaz en demande davantage, et qui muscle son discours depuis quelques jours, comme s’il avait des doutes sur la politique du baiser sur la bouche illustrée par Manuel Valls, et qu’il voulait la remplacer par un bras de fer avec le patronat.

Macron qui découvre donc, en homme de gauche, et en émule de Montebourg, la bonne vieille fable du renard libre dans le poulailler libre. Le problème, c’est que son budget est voté et qu’on voit mal comment il s’y prendra pour lancer au patron des patrons : « rendez les poules » !

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 16:55

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

EDF: un nouveau président sous influence

|  Par martine orange

 

 

 

La première décision de Jean-Bernard Lévy concerne l’embauche d'Anne Méaux comme conseillère en communication. Une nomination surprenante : la responsable de l’agence Image 7 est étroitement liée au désastre d’Areva. Mais ce n’est que la partie visible de l’édifice. Derrière cette décision, tous les réseaux de Gérard Longuet, qui a investi ce secteur depuis longtemps, se mettent en place pour venir épauler le président d’EDF, qui n’a aucune expérience ni connaissance du secteur.

Cela a, semble-t-il, été sa première décision. Avant même d’avoir pris officiellement la présidence d’EDF, Jean-Bernard Lévy a décidé de s’adjoindre un conseiller en communication extérieur. Il a fait appel aux services d’Anne Méaux, la présidence du cabinet Image 7. Sa mission : « conseiller le président d’EDF et la direction de la communication pour toutes les questions de communication », explique-t-elle. Montant du contrat : secret défense.

 

Jean-Bernard Lévy, président d'EDF 
Jean-Bernard Lévy, président d'EDF © Reuters

Jean-Bernard Lévy s’inscrit avec cette première décision dans les habitudes des patrons des grands groupes du CAC 40. Les services de communication interne de leur groupe, pourtant généralement fournis, ne leur semblant pas suffisants, ils s’empressent de s’adjoindre une société de conseil externe, totalement dévolue à leurs services, plus qu’à ceux du groupe bien souvent. Interrogeant quelques amis proches, certains lui auraient donc vivement recommandé de s’occuper de son image de grand patron et de s’entourer des conseils d’Anne Méaux. Jean-Bernard Lévy s’est empressé de suivre le conseil.

La décision a surpris nombre d’observateurs. Ils ne s’attendaient certes pas à ce que Stéphane Fouks, patron de l’agence Euro RSCG et très proche du premier ministre Manuel Valls, soit reconduit dans ses fonctions : il s’était trop engagé dans la campagne pour le renouvellement d’Henri Proglio à la tête d’EDF. Mais de là à désigner Anne Méaux, il y avait un pas qu’ils n’imaginaient pas que Jean-Bernard Lévy, nommé par un gouvernement de gauche, franchirait.

Même dans les milieux gouvernementaux, cette décision aurait fait tousser, selon nos informations. Car Anne Méaux n’est pas une figure neutre dans le monde du conseil.

Depuis plus d’une décennie, cette libérale convaincue s’est constitué une sphère d’influence notable dans le monde français de l’énergie, avec l’appui de ses amis de droite.

En 2004, au moment de la nomination de Pierre Gadonneix à la présidence d’EDF, elle se vantait d’être à l’origine de sa promotion à la tête du groupe public, en ayant recommandé son nom auprès de son ami, le premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, et d’avoir ainsi empêché la reconduction de François Roussely, défendu par Stéphane Fouks (voir l’enquête de Libération de cette époque). Pendant une période, elle a conseillé le président d’EDF « jusqu’à la privatisation » du groupe, dit-elle.

Les années ont passé et la présidence controversée d’Henri Proglio chez EDF a occulté ce qui s’est passé auparavant. Mais la présidence de Pierre Gadonneix, chaudement recommandé par Anne Méaux, a été une des plus calamiteuses pour le groupe public. Son bilan peut se lire ici, ici ou . Son aventurisme aux États-Unis a coûté plus de cinq milliards d’euros au groupe. Il est parti en laissant une entreprise souffrant de sous-investissement chronique, y compris dans la sécurité nucléaire, percluse de dettes et condamnée à augmenter ses tarifs pour faire face.

Mais c’est surtout aux côtés d’Anne Lauvergeon, l’ancienne présidente d’Areva, que le rôle d’Anne Méaux a été le plus important. Pariant l’une comme l’autre beaucoup – tout ? – sur la com, Anne Lauvergeon et Anne Méaux se sont tellement bien entendues qu’elles sont devenues amies. Ferraillant sur tous les terrains, elles ont mené ensemble une bataille ininterrompue de communication en défense d’Areva, contre les ennemis du groupe nucléaire, Henri Proglio en tête. Ces combats incessants ont permis d’entourer de fumée le reste, le plus important : la gestion industrielle et financière du groupe. Trois ans après le départ d’Anne Lauvergeon, la poussière est en train de retomber, permettant de découvrir la réalité, mise en exergue par le pré-rapport de la Cour des comptes : celle d’un groupe en perdition, qui a besoin d’une recapitalisation d’au moins 1,5 milliard d’euros. « Comment Anne Méaux ose-t-elle se présenter à nouveau comme conseil d’EDF, après avoir été mêlée de si près au sinistre d’Areva ? » s’interroge un proche du dossier.

Ces précédents ne semblent pas avoir gêné Jean-Bernard Lévy. Arrivant seul, dans un secteur où il n’a jamais travaillé, où il n’a aucune expérience, ni aucune amitié, le nouveau PDG d’EDF est pressé de se constituer des relais et des appuis. Anne Méaux est l’un de ceux-là. D'autant qu'elle est en relation étroite avec l'ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot, une autre de ses clientes, qui, après avoir postulé à la présidence d'EDF pour remplacer Henri Proglio, a obtenu du gouvernement en lot de compensation un poste d'administrateur dans le groupe public.

Mais le contrat avec Image 7 n’est que la partie visible de l’édifice. Derrière cette décision, ce sont tous les réseaux de Gérard Longuet – auxquels Anne Meaux a appartenu, ayant été comme lui, comme Pierre Gadonneix, à Occident dans les années 1970 – qui sont en train de venir prêter main forte à Jean-Bernard Lévy, de lui suggérer les nouveaux noms de l'état-major, de l’aider à comprendre ce qu’il peut faire.

À ses débuts, avant d’être chez Matra, puis chez Vivendi et pour finir chez Thalès, Jean-Bernard Lévy est d’abord passé par le cabinet de Gérard Longuet en 1986, lorsque ce dernier était secrétaire d’État des postes et des télécommunications. Les deux hommes se sont manifestement très bien entendus puisque, lorsque Gérard Longuet est à nouveau nommé ministre de l’industrie en 1993, il offre à Jean-Bernard Lévy d'être son directeur de cabinet. Ils sont restés très proches. Ces derniers temps, Gérard Longuet tout comme Pierre Gadonneix semblent lui accorder beaucoup de temps pour lui dispenser quelques conseils et réflexions.

Néolibéral convaincu, Gérard Longuet est un fervent partisan de la libéralisation de tous les services publics. Outre les questions de défense, le sénateur UMP de la Meuse dit avoir toujours été très intéressé par les questions d’énergie. Depuis plus d’une décennie, il est un de ceux qui ont le dossier en main, donnent toutes les impulsions législatives et réglementaires. Son programme, dans le passé, était des plus arrêtés : il était favorable à une mise en concurrence totale de l'énergie, la fin des tarifs régulés, une augmentation des prix afin de soutenir la concurrence, un démontage des services d’EDF et une libéralisation totale du nucléaire en France.

 

Gérard Longuet 
Gérard Longuet © Reuters

Son équipe et lui ont investi méthodiquement toutes les places depuis cette époque pour le mettre en œuvre. Il y eut d’abord Edmond Alphandéry, très proche d'eux, nommé président d'EDF en 1994, puis Pierre Gadonneix en 2005. C’est ainsi que Philippe de Ladoucette, un ami très proche de Gérard Longuet, fut aussi désigné en 2006 pour prendre la présidence de la commission de régulation de l’énergie (CRE). Malgré des résultats contestés, celui-ci, contre toute attente, a été reconduit dans ses fonctions en 2011. Depuis, il se fait oublier, se contentant d’entériner les hausses successives des prix de l’énergie, décidées par le gouvernement mais qu’il a chaudement recommandées depuis des années.

Grâce à ses liens et son influence, Gérard Longuet a noué de solides relations et gagné de puissants soutiens dans le secteur. Ses avis semblaient si prisés que GDF Suez l’a embauché comme conseiller  en 2008, juste après la fusion avec Gaz de France, pour travailler « sur le déploiement du nucléaire en France et à l’étranger ». Ce contrat contre nature l’a bloqué, plus tard, dans ses ambitions pour devenir ministre de l’industrie, semble-t-il.

Gérard Longuet avait postulé pour devenir président d’EDF en 2004 puis à nouveau en 2009. En vain. Mais il peut aujourd’hui se réjouir d’avoir un de ses proches à la présidence du groupe public, avide de conseils et de suggestions, prêt à s’entourer d’amis. Jean-Bernard Lévy ira-t-il jusqu’à suivre toutes les recommandations qui lui sont faites ?

Au gouvernement, certains commencent à se rendre compte que Lévy n’est peut-être pas seulement ce polytechnicien soutenu par le corps des Mines. Ils se demandent si sa nomination, liée à une guéguerre entre Matignon et l’Élysée, n’a pas été une erreur, s’il n’y avait pas d’autre candidat plus présentable. Trop tard. Il fallait se poser les questions avant et s'interroger sur la stratégie plutôt que sur le casting patronal. Jamais un sujet aussi essentiel, censé être au cœur des préoccupations gouvernementales, n'a été traité de façon aussi brouillonne et inconsidérée. Il restera à la gauche les effets de tribune pour défendre « l’État stratège » et vanter les mérites « des services publics à la française ».

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 


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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 17:47

 

Source : cadtm.org

 

CADTM

 

 

Série : Les États au service des banques au prétexte du « Too big to fail » (partie 8 et dernière)

Le piège de la liquidité

1er décembre par Eric Toussaint

 

 

 


À cause des politiques menées par les banques centrales et les gouvernements, l’économie des pays les plus industrialisés est tombée dans ce que J. M. Keynes appelait le piège de la liquidité. Alors que les banques centrales injectent des liquidités et baissent les taux d’intérêts, les banques et les grandes entreprises privées préfèrent garder ces liquidités à portée de la main et/ou les utilisent pour spéculer. Ajoutons que les profits réalisés ne sont pas réinvestis dans la production ou l’amélioration des services, ils sont dans leur écrasante majorité distribués aux actionnaires (soit sous forme de dividendes ou via le rachat des actions).

Pour compléter le bilan de l’action des banques centrales des pays les plus industrialisés depuis le début de la crise et résumer les menaces que leurs politiques font peser, il est important de souligner le dilemme auquel elles sont confrontées, dilemme dont elles sont responsables.

Pour le dire simplement et un peu schématiquement, les banquiers centraux se demandent pendant combien de temps ils vont maintenir la politique actuelle qui consiste à injecter massivement des liquidités dans les banques et à maintenir un taux d’intérêt réel très bas, proche de zéro et, en tout cas, inférieur à l’inflation. Ils savent très bien et depuis un bon moment qu’en menant cette politique afin de permettre aux banques (et à de grandes entreprises non financières) de se maintenir à flot, ils ont favorisé la naissance de nouvelles bulles spéculatives qui peuvent éclater à très court ou à moyen terme. La question n’est pas : éclateront-elles ou pas ? Mais bien : quand éclateront-elles ?

En même temps, les dirigeants des banques centrales savent que s’ils réduisent nettement les injections de liquidités, ils vont mettre en difficulté les grandes banques et provoquer l’éclatement des nouvelles bulles spéculatives qui se sont formées ces dernières années. Si en plus ils augmentent les taux d’intérêt, cela accroît le risque de faillites bancaires et d’éclatements de bulles. Difficulté supplémentaire, s’ils augmentent les taux d’intérêt, ils augmentent automatiquement le coût du paiement de la dette publique et aggravent le déficit des États |1|.

Bien sûr, il y a des alternatives (voir http://cadtm.org/Europe-alternative... ). Ces alternatives impliquent d’opter pour un changement radical de politique, d’arrêter de favoriser le 1 % le plus riche et d’entamer des réformes profondes au profit des 99 %. Or les banquiers centraux n’ont aucune envie et aucune intention de changer le contenu de classe de leur politique : ils sont au service du 1 % et du système qui le fait vivre.

Cela nous ramène donc à leur dilemme. Poursuivre grosso modo la politique actuelle (injection de liquidités dans les banques et bas taux d’intérêt), ou entamer un tournant sans changer de logique, c’est-à-dire réduire l’injection de liquidités |2| et aller vers une augmentation des taux d’intérêt. Le choix entre la peste et le choléra.

La mise en œuvre d’une politique conjuguant des taux d’intérêt très bas avec l’injection de grandes quantités de liquidités dans les banques privées a entraîné les effets suivants |3| :

1. Les banques sont parvenues à se maintenir à flot (à quelques exceptions notables près) car elles ont pu se procurer auprès des banques centrales les fonds qu’elles ne trouvaient plus sur les marchés financiers (réduction comme peau de chagrin des prêts interbancaires, grandes difficultés à vendre des titres d’emprunts bancaires à longue échéance – covered bonds et autres titres |4|, etc.). Par ailleurs, ce financement des banques centrales auquel s’ajoutent les aides diverses et variées des États (voir parties 1 à 3) leur permet d’avoir un accès aux Money Market Funds pour trouver du financement au jour le jour. Cet accès peut être fermé du jour au lendemain comme cela s’est produit en 2011. Bref, les banques privées dépendent complètement du soutien des États et de leur banque centrale (voir également parties 5 et 6).

2. Les banques ont poursuivi leurs activités spéculatives en les déplaçant vers les activités offrant les rendements les plus élevés : elles ont délaissé (pour un temps) le marché de l’immobilier pour se porter vers la spéculation sur les matières premières et les aliments (surtout en 2008-2009), les titres de la dette publique (depuis 2009), les obligations des entreprises non financières (corporate bonds), les valeurs boursières (depuis le début 2013), les devises… Leurs activités de trading n’ont donc pas été réduites. Les techniques spéculatives se sont modifiées et dans certains cas ont été aggravées, notamment par le renforcement du trading à haute fréquence.

3. Les banques ont réduit les crédits aux ménages et aux entreprises, en particulier les petites et les moyennes entreprises qui représentent la majorité des emplois. En 2013, les crédits bancaires ont diminué de 2 % dans la zone euro, les crédits aux entreprises non financières ont diminué d’environ 3,5 %. Les économies périphériques dans l’Union européenne sont bien sûr les plus touchées. Les banques ont durci les conditions auxquelles elles accordent un crédit à l’économie réelle (les ménages et les entreprises non financières, en particulier les PME), ce qui va à l’encontre de la volonté des banques centrales qui affirment que les banques doivent augmenter leurs crédits. Aux États-Unis, la situation est un peu différente de celle de l’Europe et du Japon dans la mesure où les banques américaines ont repris en 2013-2014 une politique de crédits hasardeux via des produits structurés contenant notamment des prêts pour l’achat d’automobiles. Elles ont également recommencé, certes dans de faibles proportions jusqu’ici, une politique de crédits hasardeux dans le domaine immobilier en 2013-2014. Au-delà des discours, les banquiers centraux (et les gouvernements) ne prennent aucune mesure contraignante pour amener les banques à délier leurs bourses envers les secteurs qui pourraient relancer la demande privée et revenir à un peu de croissance, ou du moins la soutenir.

4. Les grandes entreprises non financières privées de crédits bancaires ont recours à l’émission d’obligations (les corporate bonds) pour se financer. Les banques et autres zinzins les achètent car elles procurent en général un assez bon rendement. En cas de besoin, elles peuvent revendre ces obligations sur le marché secondaire. Les perdantes sont les petites et moyennes entreprises qui n’ont pas les moyens d’émettre des obligations sur les marchés financiers. Ce que propose Mario Draghi aux banquiers européens pour les encourager malgré tout à augmenter leurs crédits aux PME, c’est d’accroître la production de produits structurés constitués d’un ensemble de prêts à ces PME. De quoi s’agit-il : les banques qui octroient des crédits aux PME peuvent les sortir de leur bilan en les titrisant via leur assemblage dans un produit structuré (Asset Backed Securities). La BCE propose aux banques d’ensuite les déposer comme collatéral (= en garantie) auprès d’elle afin d’obtenir en échange du crédit à 0,05 %. Sachant que les taux exigés des PME par les banques oscillent en 2014 entre 5 % et 6 % en Espagne et en Italie, entre 3 et 4 % en France et en Allemagne, les banques pourraient faire des bénéfices tout à fait intéressants affirme Mario Draghi. Malgré cette proposition alléchante, les banques renâclent à augmenter leurs crédits aux PME et à accroître la fabrication de produits structurés tels que proposés par le président de la BCE |5|. Celui-ci est très déçu et il continue à faire la même proposition chaque fois qu’il en a l’occasion. Mario Draghi a fini par annoncer que la BCE allait acheter directement des ABS aux banques à partir de la fin 2014 |6|. En plus, elle va acheter des corporate bonds émis par les entreprises non financières et augmenter ses achats de covered bonds émis par les banques privées.

5. La politique des banques à l’égard des dettes publiques souveraines prend des formes contrastées et complémentaires. D’une part, elles n’hésitent pas à spéculer contre les dettes souveraines de certains pays qu’elles ont contribué à fragiliser. Pour cela, quand elles n’interviennent pas directement, elles utilisent leurs bras financiers, Hedge funds, Special Purpose Vehicle (SPV), Fonds de placement… Dans le même temps (voir la partie 6), les banques ont augmenté très fortement leurs achats de titres souverains comme sources de rendement assez élevés (il s’agit de titres espagnols ou italiens pour parler du marché le plus important), ou comme garantie et moyens de liquidité (titres souverains des États-Unis, du R-U, de l’Allemagne et des pays sûrs de la zone euro)… Selon les règles du comité de Bâle, la possession de titres souverains ne nécessite pas de réunir en contrepartie des fonds propres, du coup les banques en achètent massivement |7|. Il ne faut surtout pas être surpris de politiques qui peuvent apparaître contradictoires de la part des banques, car elles se sont spécialisées dans des arbitrages entre leurs activités spéculatives (dans la perspective d’un rendement élevé) et les autres types de placements.

6. Ceci étant dit, les banques n’ont pas réellement assaini leur bilan et elles n’ont pas diminué de manière significative l’effet de levier (voir Descente dans le milieu vicieux des banques).

7. Plus largement, la politique des banques centrales et celle des gouvernements ont eu des effets très négatifs pour la santé des économies tout en faisant le bonheur des banques, des autres sociétés financières ainsi que de grandes entreprises non financières. Des dizaines de millions d’emplois ont été supprimés, des millions de familles ont perdu leur logement, la pauvreté a fortement augmenté ainsi que les inégalités, la qualité des services publics a été dégradée de manière délibérée… et de nouvelles bulles spéculatives se sont développées.

8. Voici une liste non exhaustive des nouvelles bulles spéculatives qui génèrent des rendements importants et risquent d’éclater :

- La bulle des obligations d’entreprises non financières, les corporate bonds (voir http://cadtm.org/Les-banques-ces-co... ). Le dernier krach retentissant remonte à 1994, le précédent avait eu lieu en 1987.

- La bulle boursière en pleine expansion (la bulle précédente a éclaté en 2007-2008).

La bulle des commodities (voir http://cadtm.org/Les-banques-specul... ). À signaler qu’on a connu un mini krach des commodities lié au trading à haute fréquence en mai 2010. Le prix du pétrole a baissé de 40 % entre juin et fin novembre 2014, ce qui commence à provoquer des défauts de paiement de la part de certaines compagnies pétrolières fortement endettées. Le précédent grand krach des commodities remonte à 1981-1982.

- Certains économistes parlent d’une bulle immobilière en formation en Allemagne, voire aux États-Unis.

L’éclatement d’une seule de ces bulles peut provoquer des effets en chaîne de très grande ampleur.

Patrick Artus de la banque Natixis évoque la possibilité d’une crise financière qui pourrait être produite par un reflux des capitaux qui sont allés de manière spéculative vers l’Espagne, l’Italie et le Portugal au second semestre 2013. Les investisseurs financiers ont retiré à partir de mai-juin 2013 des capitaux qu’ils avaient placés jusque là dans des pays émergents (Brésil, Inde, Turquie, Afrique du Sud, Indonésie) et ont acheté des titres et des actions en Espagne, en Italie et au Portugal car ils offraient des rendements plus intéressants |8|. Ces capitaux spéculatifs peuvent tout aussi bien repartir comme ils sont venus si la situation se dégrade dans ces pays ou si des rendements élevés sont offerts par d’autres pays.

La nouveauté avec les bulles actuelles, c’est qu’elles se développent dans une situation de faible croissance économique, voire de stagnation, dans les pays les plus industrialisés, alors que les phases de développement des bulles au cours des quarante dernières années allaient de pair avec une certaine euphorie économique et un taux de croissance assez élevé.

9. À cause des politiques menées par les banques centrales et les gouvernements, l’économie des pays les plus industrialisés est tombée dans ce que J. M. Keynes appelait le piège de la liquidité. Alors que les banques centrales injectent des liquidités et baissent les taux d’intérêts, les banques et les grandes entreprises privées préfèrent garder ces liquidités à portée de la main. Les banques les gardent pour faire face à des coups durs liés aux bombes à retardement qu’elles détiennent dans leur bilan et aux nouvelles bulles qu’elles contribuent activement à fabriquer. Les entreprises industrielles et de services considèrent que cela ne vaut pas la peine d’investir puisque la demande privée et publique est anémique. Elles s’assoient pour ainsi dire sur un énorme tas de liquidités et/ou les utilisent pour spéculer. La firme Apple conserve dans sa trésorerie 150 milliards de dollars de liquidités à la fin de 2013. Pour donner un ordre de grandeur, cette somme correspond au budget annuel de toute l’Union européenne (plus de 500 millions d’habitants) ! Les plus grandes entreprises non-financières au niveau mondial détenaient des liquidités pour un montant total de 2 800 milliards de dollars fin 2013 |9|. Selon une autre estimation, les entreprises européennes détenaient en 2012 en liquide 2 400 milliards d’euros (soit 16 fois le budget annuel de l’Union européenne !) |10|. C’est du jamais vu. Les grandes entreprises privées ne sont pas intéressées à les investir dans l’économie productive ou/et à les prêter aux ménages et aux PME. Quant aux profits qu’elles réalisent, les entreprises privées ne les réinvestissent pas dans la production, elles les distribuent aux actionnaires soit sous la forme de dividendes soit via le rachat des actions. Aux États-Unis, en 2014, les entreprises ont redistribués aux actionnaires 95 % de leurs profits |11|.

Selon J. M. Keynes, pour sortir du piège de la liquidité, il faut que les pouvoirs publics augmentent les dépenses publiques afin de relancer la demande et, du coup, l’économie : dépenses d’investissement (on pourrait évidemment investir massivement dans la transition écologique, les énergies renouvelables, les grands travaux publics utiles, les bâtiments scolaires et communautaires), dépenses pour engager du personnel dans les services publics et pour mieux les rémunérer, dépenses sociales (santé, éducation, services sociaux), augmenter les montants des retraites et de différentes allocations sociales… Mais de cela, les banquiers centraux et les gouvernements ne veulent pas en entendre parler.

10. En conséquence de leur politique, le volume du bilan des banques centrales a considérablement augmenté. Le bilan de la BCE a été multiplié par trois entre 2007 et 2012 et celui de la Fed a été multiplié par quatre entre 2006 et 2014. Cette croissance énorme sur une période courte a servi à maintenir intacte la puissance des grandes banques privées sans pour autant sortir les économies concernées de la crise. C’est ce qu’indiquent clairement les points précédents. Au-delà des effets d’annonce, aucune mesure radicale n’a été mise en œuvre pour assainir véritablement le système bancaire. Grâce à l’intervention des banques centrales (et bien sûr aux décisions des gouvernements), les grandes banques privées poursuivent leurs activités massivement spéculatives et souvent frauduleuses, voire criminelles. Elles sont soutenues par un mécanisme de transfusion permanente de ressources (crédits publics illimités à taux d’intérêts quasi-nuls ou clairement négatifs), certaines d’entre elles et non des moindres sont simplement maintenues en vie sous respiration artificielle (crédits publics illimités auxquels s’ajoutent une injection de capitaux publics afin de les recapitaliser et des garanties publiques concernant leurs dettes).

La politique appliquée jusqu’ici par les banques centrales et les gouvernements a entraîné une très forte augmentation de la dette publique en conséquence de plusieurs facteurs qui sont liés : le coût du sauvetage des banques, le coût de la crise dont les banques centrales, les gouvernements, les banques privées et les autres grandes entreprises portent la responsabilité, la poursuite des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux grosses fortunes… Cela donne un caractère clairement illégitime à une partie très importante de la dette publique. Son annulation fait partie des propositions de sortie de crise.

L’action des banques centrales et la fonction des crises en système capitaliste

Dans le système capitaliste, une crise sert, d’une certaine manière, à remettre les pendules à l’heure : les bulles spéculatives éclatent et ensuite le prix des actifs se rapproche de leur valeur marchande réelle ; les entreprises les moins rentables font faillite, il y a destruction de capital. Le chômage s’accroît et les salaires baissent. Les crises font en quelque sorte partie du métabolisme du capitalisme. Evidemment, je ne suis pas en train de justifier les crises et/ou le capitalisme, je souhaite juste indiquer que le fonctionnement du système capitaliste implique l’éclatement périodique de crises.

Jusqu’ici, l’intervention des pouvoirs publics, qui répondent docilement aux demandes des patrons, permet d’éviter ou d’empêcher que la crise remplisse sa fonction normale de « purge » du système capitaliste sauf du côté des licenciements massifs de salariés. Alors que du côté de la majorité de la population, les victimes se comptent par dizaines de millions, du côté des responsables de la crise, il n’y a pas de véritable remise en ordre du côté du capital, les faillites de grandes entreprises sont très limitées, les banques n’ont pas apuré leurs comptes et de nouvelles bulles spéculatives se sont formées ou sont en cours de formation. L’investissement productif n’a pas repris. Les profits ne sont pas investis dans la production, ils vont directement « dans la poche des capitalistes », càd de 1% de la population.

La faible quantité de faillites bancaires aux États-Unis, en Europe et au Japon n’est attribuable qu’à l’aide apportée aux banquiers privés par les banques centrales et les gouvernements de l’UE. Les gouvernants ont considéré que les banques privées étaient trop grosses pour tomber en faillite. Le maintien d’une politique gouvernementale qui favorise les intérêts des grandes entreprises privées et qui s’attaque aux droits économiques et sociaux des populations, une demande publique et privée insuffisante et en réduction, des bulles spéculatives persistantes… sont les ingrédients d’une prolongation de la crise. Si un tournant radical favorable à la justice sociale n’est pas pris, la crise va se prolonger pendant de nombreuses années.

FIN de la série  : Les États au service des banques au prétexte du « Too big to fail »

Notes

|1| Il est important de préciser qu’une augmentation des taux d’intérêt aura des effets très négatifs pour tous les pays en développement qui éprouveront de grandes difficultés à refinancer leurs dettes et qui verront une importante quantité de capitaux les quitter pour aller chercher de meilleurs rendements dans les pays les plus industrialisés. Mais cela les banquiers centraux n’en ont cure, la présidente de la Fed l’a déclaré publiquement en février 2014. Cela peut rappeler ce qui s’est passé en 1980-1981 quand les taux d’intérêt ont augmenté brutalement suite à une décision de la Fed. De multiples auteurs ont analysé les effets du tournant que la Fed a pris en matière de taux d’intérêt à partir d’octobre 1979 (voir notamment les travaux de Gérard Duménil et Dominique Lévy. J’ai également publié de nombreux articles et ouvrages sur le sujet avec le CADTM).

|2| La Fed a entamé prudemment ce tournant à partir de décembre 2013 en réduisant le volume mensuel des achats de produits hypothécaires structurés (MBS) et de bons du trésor (US Treasury bonds). À partir de novembre 2014, la Fed a mis fin à ces achats de MBS et de bons du trésor. Par contre, la BCE et la Banque du Japon ont augmenté leurs achats de titres à partir de novembre 2014 !

|3| Je n’aborde pas ici les délits, les crimes, les manipulations auxquelles se livrent les grandes banques. Cela a été analysé dans la série "Les banques et la doctrine « trop grandes pour être condamnées »"(en 9 parties)

|4| L’émission de covered bonds par les banques en 2013 a été la plus faible depuis 1996 ! Comparé à 2011, elle a baissé de plus de 50 %. En 2011, l’émission des covered bonds s’était élevée à 370 milliards de dollars tandis qu’en 2013, elle représentait à peine 166 milliards de dollars. Voir Financial Times, « Europe covered bond issues slump », 27 novembre 2013.

|5| En 2013, en Europe, les émissions de tous les types d’ABS pris ensemble ont fondu de 38 % par rapport à 2012 (Financial Times, 18 février 2014). En 4 ans, la chute est de plus de 80 % ! (Financial Times, 3 septembre 2013).

|6| Voir http://cadtm.org/Super-Mario-Draghi...

|7| Voir http://cadtm.org/Les-banques-bluffe... et http://cadtm.org/Banques-bulletin-d...

|8| Natixis, « Où peut se localiser la prochaine crise financière ? », 26 février 2014, http://cib.natixis.com/flushdoc.asp.... Dans ce document, Patrick Artus mentionne aussi la possibilité d’une crise financière provoquée par le Royaume-Uni : « Le Royaume-Uni est un candidat possible, avec l’ouverture très rapide de son déficit extérieur due à l’asymétrie entre progression de la demande et progression de l’offre, ce qui est une cause habituelle des crises ».

|9| Financial Times, « Concentrated cash pile puts recovery in hands of the few », 22 janvier 2014.

|10| Financial Times, « European Corporate buybacks sink to 2009 lows », 2 novembre 2012. L’article se réfère aux calculs de Thomson Reuters. Selon The Economist, les entreprises canadiennes détenaient 300 milliards de dollars de cash en 2012, soit 25 % de plus qu’en 2008. Le phénomène concerne l’ensemble des pays les plus industrialisés : au Japon, en 2012, les entreprises conservaient sous forme liquide l’équivalent de 2 800 milliards de dollars, soit 75 % de plus qu’en 2007 ! (The Economist, « Dead money. Cash has been pilling up on companies’ balance-sheets since before the crisis », 3 novembre 2012).

|11| Selon Alternatives économiques, « les bénéfices des entreprises du S&P 500 sont reversés à 95% sous la forme de dividendes et de rachats d’actions », n° 340 – novembre 2014

Éric Toussaint, maître de conférences à l’université de Liège, préside le CADTM Belgique et est membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, Aden, 2014, http://cadtm.org/Bancocratie ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010.

 

 

Source : cadtm.org

 

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 17:39

 

Source ; www.reporterre.net

 

 

Grands projets inutiles : corruption, police et gaspillage. Voici la carte des résistances

Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre)

lundi 1er décembre 2014

 

 

 

 

Aéroport, ferme-usine, barrage, stade, village de vacances, centre commercial… Notre-Dame-des-Landes et le Testet ne sont que deux parmi les nombreux Grands projets inutiles qui abiment la France. Sur le terrain, les opposants se mobilisent. Reporterre publie la carte de cette déferlante de béton.


- POUR PREPARER LA RENCONTRE DE REPORTERRE LUNDI 1 DECEMBRE : Projets inutiles : la victoire est possible !


GP2I, ça vous dit quelque chose ? Grands projets inutiles imposés. Tout est dit. « Ces projets constituent pour les territoires concernés un désastre écologique, socio-économique et humain, dit la Charte de Tunis, adoptée en mars 2013 lors du Forum social. Ils n’intègrent jamais la participation effective de la population à la prise des décisions, (…) s’inscrivent dans une logique de concurrence exacerbée entre les territoires et impliquent une fuite en avant vers toujours ‘plus grand, plus vite, plus coûteux, plus centralisateur’. »

Il y en a forcément un près de chez vous. De la ferme-usine des Mille Vaches à la centrale à biomasse de Gardanne, aucune région ne semble épargnée. En réaction, des citoyens se rassemblent, s’organisent et luttent. Recours judiciaires, occupation, création de Zad (zone à défendre).

« Chacun des mouvements a acquis des connaissances et des compétences, les uns sur la protection de la biodiversité, d’autres sur les problématiques ferroviaires, d’ordre juridique », écrit Attac dans un communiqué.

L’organisation est à l’initiative d’une première réunion de travail coopératif, qui s’est tenu à Paris samedi 13 septembre. « Il est de l’intérêt de tous de pouvoir mutualiser ces compétences, non pas pour créer une supra organisation, mais simplement pour être plus efficaces grâce aux savoirs que l’ont peut partager. »

Après quatre forums internationaux contre les GP2I, et une
convergence des luttes lancée en juillet depuis Notre-Dame-des-Landes, l’heure est donc au rassemblement et à la coopération.

Gaz de schiste, complexe commercial ou ligne ferroviaire. Reporterre publie aujourd’hui une carte de France, évolutive bien entendu, de ces GP2I.

- Pour toute correction ou complément,
envoyer courriel à < planete (arobase) reporterre.net >

- On nous a envoyé de nombreuses informations relatives à d’autres projets inutiles. Nous les ajouterons bientôt à cet article et à cette carte. On en indique déjà quelques-uns ci-dessous, après la carte. Merci de nous excuser de ce retard indépendant de notre volonté :)


 

Cliquer ICI pour VOIR EN PLEIN ECRAN


A quoi il conviendra d’ajouter :

- Décharge à ciel ouvert sur le site des Parrines, à Chateau-Arnoux (Alpes-de-Haute-Provence. Projet maintenu malgré un avis négatif de la commission d’enquête.

- Extension d’un supermarché à Réalmont, dans le Tarn.

- Lignes à haute tension dans la Durance, au nord des Alpes.

- Canal Seine Nord Europe : 1.300 hectares, vingt millions de mètres cubes d’eau prelevés dans les rivières et zones humides, prélèvement du fret sur les trains plutôt que sur les camions, import-export de céréales,… pour un coût de 4,8 milliards d’euros qui aura un "effet d’éviction" (termes de l’Inspection générale des finances") sur les autres investissements

- Carrière de Bedeilhac, dans l’Ariège.

- Réacteur expérimental de fusion thermonucléaire ITER, à Cadarache. 13 milliards d’euros - et des milliers de tonnes de béton - pour une éventuelle et incertaine énergie à la fin du siècle.

- Centrale à biomasse de Pierrelatte (Drôme) : elle dévore 150.000 tonnes de bois par an.

- Déviation routière en pleine zone naturelle près de Deauville, combattue par l’association Pays d’Auge nature et conservation.

- Centre de Congrès à Annecy, sur la presqu’ile d’Albigny.

- Projet de LGV (ligne à grande vitesse) Limoges-Poitiers. À voie unique. Sans possibilité d’y faire circuler des trains de marchandises. Pas rentable économiquement. Fort impact écologique. Info ici.

- Mine d’or dans la Creuse : près de Lussat. Voir le Collectif de vigilance sur les projets miniers creusois.

- Hyper incinérateur à Echillais, près de Rochefort, en Charente-Maritime. Tiens, encore avec la compagnie Vinci....

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source ; www.reporterre.net

 

 

 

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 17:30

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

C'est la dépense publique qui sauve la France de la dépression
Lundi 1 Décembre 2014 à 17:30

 

Christophe Ramaux

 

Membre des Economistes atterrés, Christophe Ramaux rappelle de façon salutaire que si, en France, "l'austérité a été moins brutale qu’en Europe du Sud", "c’est grâce à la dépense publique, cette grande galeuse selon les libéraux". Et pourtant, note-t-il, "loin de tirer cette leçon, le gouvernement planifie une nouvelle baisse de 50 milliards de la dépense publique sur les trois prochaines années".

 

DENIS CLOSON/ISOPIX/SIPA
DENIS CLOSON/ISOPIX/SIPA

Mois après mois, le gouvernement se ravise. Fin 2012, il tablait sur une croissance annuelle du PIB de 2 % (en volume) à compter de 2014. On a finalement une quasi-stagnation : 0,4 % (après déjà 0,3 % en 2012 et en 2013), avec le risque sérieux de ne guère faire mieux l’an prochain. La réduction promise des déficits publics et de la dette publique n’a pas davantage eu lieu. Fin 2012, le gouvernement prévoyait un déficit de 2,2 % du PIB pour 2014, il est finalement le double, à 4,4 %. La dette publique prévue à 90,5 % s’établit à 95,3 %. Comment expliquer ces « erreurs » de prévision ? A chaque fois, le gouvernement a sous-estimé l’impact récessif de sa politique. L’austérité budgétaire et salariale étouffe l’activité. Cela réduit d’autant les recettes fiscales et augmente mécaniquement les déficits et les dettes, puisque ceux-ci sont calculés par rapport à un PIB… qui se contracte.
 
Ce qui est vrai de façon générale l’est plus encore lorsque le privé se porte mal. Or, la grande crise ouverte en 2007 est celle du régime néolibéral qui pendant des années avait soutenu la demande par la dette privée en lieu et place de la hausse des salaires. Depuis 2007, le privé est contraint de se désendetter. Cela entraîne un choc négatif de demande. Si le public ne prend pas le relais, c’est la catastrophe assurée : baisse de production mais aussi baisse des prix, ce qui finalement rend impossible le désendettement. Le FMI, lui-même, a finalement reconnu cela. Preuve qu’il a poussé loin sa conversion au néolibéralisme, le gouvernement ne l’admet toujours pas.
 
A l’échelle mondiale, les plans de relance monétaire et budgétaire ont permis que la Grande récession ouverte en 2007 ne se transforme pas en Grande dépression. Mais les dirigeants européens ont refusé de reconnaître ce rôle positif de l’intervention publique. Après une brève parenthèse keynésienne en 2008 et 2009, ils ont, contre l’avis même des Etats-Unis, pris le tournant vers l’austérité. Quatre ans après, le bilan est affligeant. Les pays qui ont été le plus loin dans l’austérité budgétaire (Grèce, Portugal, Espagne…) connaissent une véritable dépression. Leur PIB s’effondre. Et leur dette publique, loin de se réduire, augmente fortement (on retrouve « l’effet dénominateur »).
 
La France a, elle aussi, pris le chemin de l’austérité, ce qui explique son enlisement dans la stagnation. Mais cette austérité a été moins brutale qu’en Europe du Sud de sorte qu’elle n’est pas en dépression. Cela mérite d’être souligné : c’est grâce à la dépense publique, cette grande galeuse selon les libéraux, que nous échappons pour l’heure à la dépression.
 
Lire la suite le blog des Economistes atterrés

 

 

Source : www.marianne.net

 


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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 21:03

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Les mots et techniques de communication du pouvoir pour imposer les projets inutiles

Groupe Marcuse

samedi 29 novembre 2014

 

 

 

 

« Aménager mais protéger et recréer. » Les mots des partisans du barrage de Sivens sont révélateurs d’une stratégie de communication visant à faire accepter la destruction de la biodiversité. Et relèvent d’une longue histoire des techniques d’acceptation sociale des projets d’aménagement imposés par des intérêts capitalistes. Décryptage.


- POUR PREPARER LA RENCONTRE DE REPORTERRE LUNDI 1 DECEMBRE : Projets inutiles : la victoire est possible !


Pour justifier son projet de barrage, le conseil général du Tarn s’est offert divers « publi-communiqués » en pleine page de La Dépêche du Midi. L’un deux, le 1e octobre, portait un titre révélant les enjeux actuels de la lutte de Sivens : « Aménager mais protéger et recréer ».

Stratégie des mots

La conjonction de coordination « mais » signifie qu’il y a contradiction entre « aménager » et « protéger et recréer ». Les communicants semblent ainsi valider l’argument fondamental des opposants aux « grands projets » d’aménagement du territoire : ils sont trop destructeurs – si destructeurs qu’il faut carrément « recréer » les espaces dévastés, soit réaménager des zones humides ailleurs !

Le communiqué poursuit sans rire : « 19,5 ha de zones humides sont préservées pour compenser les 13 ha de zones humides impactées par la retenue. La compensation environnementale est de 150 % ». Que les citoyens soient rassurés : plus on saccage, plus on préserve.

On aurait tort de ne voir dans cette formule qu’un aveu involontaire. Les communicants l’ont sciemment choisie afin de rendre le scandale tolérable en le banalisant. Derrière ce message, il y a une logique implicite qu’il s’agit de faire accepter : si aménager = détruire, alors il faut compenser. Mais cette « logique » de marchandage compensatoire ne vaut que pour ceux qui acceptent l’équivalence de départ, au lieu d’estimer qu’il faut la combattre.

Le territoire géré pour le capital

Surtout, ce qui est censé « compenser » le scandale va en fait dans le même sens. Car la destruction comme la préservation des territoires par l’Etat, ces deux moments de leur aménagement, se font au détriment de leur usage commun par les populations locales qui s’en servent encore de garde-manger et de pharmacie. C’est notamment ainsi que les voient les vieilles paysannes et les jeunes « zadistes » qui n’ont pas intégralement délégué leur (sur)vie aux industries agro-alimentaires et pharmaceutiques.


- Au Testet, octobre 2014 -

Ce que désigne l’aménagement du territoire apparaît ici clairement. Dans la plupart des cultures, les terroirs et les paysages étaient le produit de celles et ceux qui y vivaient ; tout cela est désormais « géré » d’en haut et de loin, par l’Etat central dépositaire de « l’intérêt général », lequel se mesure à la croissance du PIB, saupoudrée de « mesures écologiques ».

Le territoire est ainsi soustrait aux gens qui y vivent et mis au service de l’accroissement du capital. Ce qui implique de faire la guerre aux usages vernaculaires et, si nécessaire, de déménager sans ménagement les populations locales.

Construire l’acceptation sociale

Toutes ces expropriations se sont faites sans trop d’opposition dans l’après-guerre, tant qu’il y eut un large consensus des communistes et des gaullistes en faveur du Progrès. Les choses se sont ensuite gâtées, notamment avec le « grand projet » de nucléarisation de l’Hexagone qui aboutit en 1977 au même crime que celui du 26 octobre 2014 : Vital Michalon est tué par une grenade offensive.

Dans les années 1980, l’Etat crie alors à l’aide : comment donner un vernis démocratique aux projets mûrement imposés par les élites ? Et les sociologues de proposer un nouvel outil, la « démocratie technique » : au-delà de la propagande, il s’agit d’aménager la contestation, de l’intégrer au processus de décision pour mieux la gérer, la cantonner à un rôle de contre-expertise technique et anéantir en elle toute opposition politique.

Il faut organiser des « forums hybrides » (Michel Callon) associant les représentants de l’Etat aux délégués des associations et autres organisations paragouvernementales, afin que la « société civile » puisse discuter et par là même valider démocratiquement les décisions prises par la technocratie.

Il faut « cartographier les controverses » (Bruno Latour) et, si besoin, créer de toutes pièces des associations afin que, lors de ces débats, il y ait des acteurs de la « société civile » favorables aux projets des élites. Chacun verra alors qu’« en bas », il y a des « pour » et des « contre », que les choses sont « complexes » et qu’il vaut mieux laisser l’Etat savant s’en charger. Et c’est ainsi qu’un polytechnicien a fondé l’Association des écologistes pour le nucléaire (AEPN).

Intégrées dans les processus de « concertation », il est clair que toutes ces associations, sincères ou factices, sont désormais utilisées comme organes de gestion de la contestation. Certains mouvements d’opposition ont donc refusé de participer à ces parodies de démocratie.


- Manifestation contre la centrale de Creys-Malville, années 1970 -

Éviter le piège de la « démocratie participative »

Ainsi, Pièces et Main d’œuvre (PMO) a invité au boycott de la concertation lancée par la Commission Nationale du Débat Public (« CNPD, participer, c’est accepter ») à propos des nanotechnologies en 2010. Les premières mises en scène de débat public furent perturbées avec tant d’ardeur que les autorités préférèrent annuler les suivantes, pour éviter de nouveaux camouflets. Il en est allé de même pour le projet d’enfouissement des déchets nucléaires CIGEO.

 

*Suite de l'article sur reporterre 

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 17:58

 

 

Source : FranceCulture  lien

 

 

 

 

Ajoutée le 2 oct. 2013

David GRAEBER
Docteur en anthropologie
Economiste
Professeur à la London University

Vient de publier : Dette : 5000 ans d'histoire , éd. Les Liens qui libèrent

 

 

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 17:38

 

Source : www.mediapart.fr

 

Wolfgang Streeck, pour résister à ce capitalisme postdémocratique

|  Par Antoine Perraud

 

 

 

 

Le sociologue allemand Wolfgang Streeck, dans un essai mobilisateur, Du temps acheté (Gallimard), analyse le divorce consommé entre capitalisme et démocratie. Il ne voit guère que l'État-nation pour freiner aujourd'hui les méfaits du « libéralisme de marché hayékien ». Compte-rendu critique.

Rares sont les essais dont la lecture s’apparente à un voile qui se déchire. Celui de Wolfgang Streeck est de ceux-là. Né en 1947, directeur émérite de l’Institut Max-Planck pour l’étude des sociétés de Cologne, il s'attache à « la crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique », sous le titre Du temps acheté. Et il démontre ce qui advient sous nos yeux : les pays industriels, grevés par leurs dettes, laissent les manettes au marché créancier ; ces États démunis n’assurant plus que la répression des citoyens récalcitrants.

Est-ce l’oralité originelle de ce texte conçu pour frapper et convaincre – il s’agit de “conférences Adorno” tenues en juin 2012 puis retravaillées pour publication ? Est-ce la traduction efficace et juste de Frédéric Joly ? Toujours est-il que cet ouvrage se lit comme un bréviaire du discernement.

Tout part du moment où l’État fiscal devient État débiteur – notons qu’une telle situation, qui se dessina en France sous M. Giscard, se vérifia au temps du président Mitterrand, d’où la déréliction du “Peuple de gauche”… Wolfgang Streeck rappelle donc que la crise des matières premières, en 1973, qui marqua la fin des “Trente Glorieuses”, a rompu l’équilibre keynésien d’après-guerre : « Il n’était plus possible de compter sur une croissance continuellement élevée et de considérer celle-ci comme synonyme d’une formule de paix démocratique-capitaliste. » Adieu « l’ardente obligation du plan » chère à de Gaulle, ou « l’optimisme régulateur », en vogue dans l’Amérique de Kennedy !

Les sursauts planétaires de 1968 avaient d’autre part sonné comme autant d’alertes chez les suzerains du capitalisme : si les enfants gâtés se révoltent ainsi, s’avère donc nécessaire une dose de cruauté sociale, d’effroi économique et d’intimidation politique. Le Chili allait servir de laboratoire pour les citoyens devenus souris expérimentales. On peut regretter que l’auteur, accaparé par le vice de forme et les tropismes fâcheux du capitalisme, ne prenne pas en compte l’effondrement du système socialiste, qui libéra l’économie libérale de sa fonction de vitrine du monde libre, de contre-modèle endiguant la menace collectiviste : la voracité des classes possédantes et de leur bras armé, la finance internationale, pouvait alors échapper à toute retenue, se montrer littéralement effrénée…

 

 

En anglais, présentation et causerie (un rien “radical chic” mais passionnantes) de Wofgang Streeck à Londres...

Wolfgang Streeck met en évidence le changement de paradigme permettant « que l’économie capitaliste soit sans cesse, et de plus en plus, délivrée de l’intervention démocratique » : l’ère de l’endettement étatique. L’inflation avait fait son temps et débouché, a contrario, sur la stabilisation monétaire menée au pas de charge par Mr Reagan et Mrs Thatcher avec, en contrepartie d’une monnaie enfin saine, le chômage de masse et une résistance syndicale brisée de méchante façon. Difficile d'aller plus loin dans l'immédiat. Comment ne pas ponctionner davantage d’impôts ni démonter encore plus sauvagement l’État social ? Comment acheter une paix relative ? Par l’endettement, étatique puis privé. Un endettement vertigineux aux allures de fuite en avant. Avec, au bout du compte, l’addition noélibérale que les politiques allaient présenter à leur peuple : privatisations, dérégulations, emplois asséchés ou précaires, protection déclinante ou inexistante. Les élus n’étaient plus que de vagues régisseurs des quatre volontés de la main invisible du marché. En témoigne la mercantilisation de la couverture sociale, dévolue aux compagnies d’assurance privée.

Restait le refuge de l’épargne et du rendement des capitaux. Patatras ! « L’effondrement du système bancaire international qui menaça en 2008 força les pouvoirs publics, qui auraient justement voulu ne plus avoir à s’occuper d’économie, à rentrer à nouveau sur le terrain. En conséquence, tous les succès rencontrés dans la consolidation des finances publiques, qui avaient été obtenus au prix de risques politiques élevés, furent dans le même temps annulés. » Et voilà le capitalisme englué dans une triple crise : bancaire, des finances étatiques et de l’économie réelle.

Wolfgang Streeck démonte la propagande massive alors mise en place, faisant porter le chapeau des faillites bancaires sur un trop-plein de démocratie avec son cortège de revendications périlleuses aux dépens du bien commun. Il s’est plutôt agi, selon lui, d’un chantage d’établissements prédateurs auto-décrétés « trop gros pour mourir » et sauvés par leurs agents d’influence ayant gangréné les États – Henry Paulson, ancien président de Goldam Sachs et veillant sur le Trésor dans le gouvernement de Bush le Jeune, s’avérant le plus symptomatique de ces pompiers pyromanes.

 

 

Le sociologue allemand prouve par A+B la corrélation entre la construction – puis la déconstruction, puis la reconstruction – de l’endettement public et l’étouffement de la démocratie de masse. Avec en toile de fond l’aggravation continue de l’inégalité des revenus et des patrimoines dans les pays industriels, menant à une dislocation du contrat social. « Parallèlement aux avancées du capitalisme réformé néolibéral, note l’auteur, la participation des citoyens aux scrutins démocratiques recula de façon continue et parfois dramatique, et avant tout parmi les couches sociales qui auraient dû être les plus intéressées par les prestations étatiques et la redistribution économique étatiquement imposée du haut vers le bas. Ce fait aide à prendre la mesure de la victoire, écrasante, du capitalisme réformé néolibéral sur le capitalisme qui avait été celui de l’État social démocratique des décennies 1960 et 1970. »

Confondre l'Union monétaire avec « l'idée européenne »

Sur fond de résignation populaire, la prétendue justice du marché a donc supplanté feu la justice sociale, en l’absence de toute correction démocratique, désormais rendue impossible. Le discours dominant fustige « les dépenses trop élevées », alors que le cœur du problème, rappelle Wolfgang Streeck, gît dans des recettes trop basses. Échapper à l’impôt, de la part des grosses sociétés ou des grandes fortunes passées maîtres dans l’évasion fiscale, s’inscrit dans un projet politique consistant à réduire à néant l’État : « Affamer la bête » (“starving the beast”), selon le slogan du néolibéralisme yankee.

 

 

L’État fiscal – redistributeur, social, keynésien – est devenu État débiteur (les emprunts ayant donc remplacé les impôts), puis État de consolidation (dressage politique : surveiller et punir). Il culpabilise ses citoyens pour trop « puiser dans les caisses », renonce à réguler, se laisse déposséder par ses créanciers qu'incarnent les marchés. Résultat : Keynes a disparu au profit de Hayek, qui théorisa le triomphe du libéralisme sur les cendres de la démocratie. Et Wolfgang Streeck de noter : « Bon nombre d’éléments laissent  penser que l’apparition du capital financier se ramène à celle d’une deuxième “peuple”, les gens du marché rivalisant désormais avec le peuple national. »

Le sociologue constate les ravages de la globalisation incontrôlable menée au nom du bon plaisir d’un capitalisme démesuré, supranational et donc à l’abri de toute pression électorale, ayant à sa main une diplomatie financière interétatique. L’universitaire allemand consacre alors la dernière partie de son essai à réhabiliter l’État-nation qu’il entend arracher aux vieilles lunes nationalistes, afin de contrer l’eurocratie qu’il cherche à dissocier de l’idéal européen. Retrouver une souveraineté aux dépens des exigences des marchés, histoire de refonder une certaine idée du fonctionnement démocratique.

Il observe les mouvements de résistance en Grèce, ainsi qu’en Italie ou en Espagne : les poussées d’une gauche qui ne se montre plus indigne de ce nom… « L’alternative à un capitalisme  sans démocratie serait une démocratie sans capitalisme, du moins sans le capitalisme que nous connaissons », note l’auteur. Il se livre à un éloge de la dévaluation comme outil de régulation pour mieux appeler à sortir de l’euro et à démanteler l’UE. Il entend se distinguer des politiciens d’extrême droite, égoïstes, injustes et darwinistes, qui appellent à l’exclusion des maillons faibles. Son objectif « n’est pas la punition, mais la libération et la réhabilitation des pays qui courent aujourd’hui le risque d’être définitivement pris dans les rets d’un système de marché affranchi de toute intervention politique et qui leur réserverait le rôle d’éternels perdants et pétitionnaires ».

Wolfgang Streeck s’en prend aux « officiants du culte européen », sans toujours s'imposer en irréfragable officiant du culte anti-européen. Il ne fait guère comprendre comment et pourquoi « les esprits ont été amenés à confondre l’Union monétaire avec l’“idée européenne”, voire avec “l’Europe”, alors même que l’Union monétaire est un projet de rationalisation de l’expansion du marché ». Notre sociologue a ses angles morts idéologiques. Sa démonstration souffre parfois de ne distinguer aucune utopie égalitaire, mais uniquement de la gloutonnerie matérielle, chez les partisans de l’Europe. À rebours, les contempteurs de l'UE sont dotés d’idéalisme et trop rapidement exonérés de “populisme”, notion revalorisée non sans mauvaise foi : la résistance éclairée n'est-elle pas préférable à la rage tripale ? Au reste, Wolfgang Streeck tourne autour de la violence protestataire et du passage à l'acte transgressif en politique, donnant sporadiquement l’impression de jouer avec le feu.

Néanmoins le tocsin est sonné. Et bien sonné : « Le droit de vote, le droit de grève et le droit de manifester sont encore ancrés en Europe au seul échelon national. Auront-ils un jour une existence à l’échelon européen ? Nulle réponse n’est donnée, sinon par la Cour de justice européenne, qui a déjà défini, dans tous les cas, le droit de grève comme secondaire par rapport aux “libertés” du marché intérieur. Je défends dans cet ouvrage une certitude : assurément, ces institutions nationales et d’autres encore, quand bien même en l’état elles ne se montrent pas en mesure d’apporter des réponses constructives à la présente crise du capitalisme, ont le mérite d’exister. Sans elles, le projet d’une économie politique démocratique en Europe ne serait pas aujourd’hui dans une grande détresse ; il serait depuis longtemps mort et enterré. »





Wolfgang Streeck :
Du Temps acheté.

La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique

Traduit de l'allemand par Frédéric Joly.

(Gallimard, nrf essais, 378 p., 29 €).

 

 

*Boîte Noire :

Merci au sociologue Frédéric Pierru, abonné à Mediapart, qui, dans l'un de ses commentaires, m'a engagé à chroniquer un tel ouvrage.

Du Temps acheté aide à prendre conscience de l'inanité des arguments lénifiants selon lesquels l'Europe, par essence démocratique, ne saurait tolérer un gouvernement postfasciste au sein de l'Union, ce qui atténuerait toute prise de pouvoir par Marine Le Pen. Or Bruxelles se satisfait actuellement du commissaire hongrois dépêché par le national-populiste Viktor Orbán et s'accommoderait sans doute de l'extrême droite française, au nom d'une domestication des peuples qui se fait de plus en plus clairement jour dans les « États consolidés », ainsi que le démontre Wolfgang Streeck...

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 16:50

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

La scandaleuse privatisation de l'aéroport de Toulouse-Blagnac

|  Par Laurent Mauduit

 

 

 

 

Pour la première vraie privatisation du quinquennat Hollande, Emmanuel Macron veut céder l'aéroport de Toulouse-Blagnac à un groupe chinois implanté dans des paradis fiscaux et à un groupe canadien radié pour dix ans par la Banque mondiale, pour des faits graves de corruption. Enquête sur une cession qui a tout de l'affaire d’État.

Depuis que François Hollande l’a promu ministre de l’économie, Emmanuel Macron s’est fait une spécialité de multiplier les provocations en sortant chaque jour de sa hotte un nouveau projet concocté au préalable dans les cénacles patronaux ou dans les milieux de la haute finance dont il vient. Remise en cause des 35 heures, gel des salaires, déréglementation du droit du travail, agression contre les professions réglementées comme celle d'avocat : le successeur d’Arnaud Montebourg multiplie les annonces de nouveaux projets.

À toutes ces provocations, il va falloir bientôt ajouter un scandale, voire une affaire d’État. Sur décision d’Emmanuel Macron, l’aéroport de Toulouse-Blagnac pourrait être partiellement privatisé dans les prochains jours au profit d’un consortium sino-canadien. Or l’un des groupes, dénommé SNC-Lavalin Inc., a fait l’objet en 2013 de la plus grave sanction prise par la Banque mondiale pour des faits de corruption. L’autre est implanté dans une myriade de paradis fiscaux, dont les îles Vierges et les îles Caïman.

Pour l’heure, l’affaire n’a fait que peu de bruit, n’alimentant que quelques articles modestes ici ou . Elle est pourtant d’une considérable importance.

À cela, il y a une première raison. C’est la première fois, depuis que François Hollande a accédé à l’Élysée en mai 2012, qu'une véritable privatisation, fût-elle partielle, est engagée. Jusque-là, des cessions de 2 ou 3 % du capital de certaines entreprises publiques avaient été mises en œuvre afin de permettre à l’État, de plus en plus impécunieux, de boucler ses fins de mois. Mais jamais le contrôle même d’entreprises publiques n’avait été cédé, au terme d’une privatisation.

Or, dans le cas présent, c’est bien de cela dont il s’agit. Alors que l’aéroport de Toulouse-Blagnac était jusqu’à présent contrôlé à hauteur de 60 % par l’État, 25 % par la chambre de commerce et d’industrie de Toulouse, 5 % par le conseil général du département, 5 % par la Ville de Toulouse et 5 % par la Région, l’État a décidé de se retirer. Le 18 juillet 2014, le Journal officiel a révélé qu’un appel d’offres international serait lancé. « Cette cession portera dans un premier temps sur 49,99 % du capital et comportera également une option de vente par l’État de sa participation résiduelle au capital », pouvait-on lire. En clair, les candidats au rachat qui seront choisis pourront disposer sous trois ans d’une option sur 10,1 % du capital, et contrôler ainsi largement plus de la majorité du capital de la société.

Pourquoi donc l’État engage-t-il une privatisation ? À tout le moins, cela aurait souffert d'être discuté, d’autant que l’aéroport de Toulouse-Blagnac, le sixième français, a un rôle économique stratégique, compte tenu notamment des implantations voisines des sites d’Airbus. De plus, il affiche une très belle santé économique, réalisant bon an mal an des profits de l’ordre de 10 millions d’euros.

Et pourtant, non ! L’ancien associé gérant de la banque Rothschild qu’est Emmanuel Macron ne s’est guère soucié de l’intérêt général et a choisi de mener la privatisation tambour battant de ce « bijou de famille » – selon l’expression qui a fait florès, au plus fort des controverses suscitées par les premières privatisations, en 1986-1988. Un débat aurait été d’autant plus impérieux qu’Emmanuel Macron est visiblement saisi d’une fringale de privatisation, puisque après Toulouse, ce sera ensuite le tour des aéroports de Nice puis de Lyon d’être vendus à l’encan.

Mais dans le cas de cette privatisation, ce sont surtout les modalités retenues et la procédure choisie qui apparaissent comme le plus choquant. Au début, rien que de très normal. Au terme du premier tour de l’appel d’offres, huit candidats au rachat se sont mis sur les rangs. Puis, pour le second tour, il n’est plus resté que quatre consortiums pour présenter une offre.

La plus grave sanction de la Banque mondiale

Le premier candidat au rachat est Aéroports de Paris, allié à Predica, la filiale assurances du Crédit agricole. Le deuxième candidat est le groupe d’infrastructure Vinci, associé à la filiale spécialisée de la Caisse des dépôts, CDC infrastructures, et une filiale d’EDF dénommée EDF Invest. Le troisième candidat est Cube, un fonds d’investissement spécialisé dans les infrastructures, associé à Natixis, la banque d’investissement de BPCE. Et le quatrième candidat est un consortium un tantinet mystérieux comprenant le groupe canadien SNC-Lavalin Inc. (un concurrent d’Alstom dans le domaine des transports, mais aussi présent sur le secteur du BTP) et un groupe chinois, dénommé Friedmann Pacific Investment Group.

Dans un premier temps, on pouvait penser que la compétition se jouerait entre les deux premiers candidats, qui présentent l’avantage d’être adossés à des groupes publics et d’avoir dans leur tour de table des groupes qui ont un véritable savoir-faire. Quitte à privatiser, autant que le joyau reste dans la grande galaxie du public et soit entre les mains de professionnels du secteur ! Quitte à privatiser, autant, de surcroît, que cela contribue à créer des « champions » nationaux.

L’une de ces deux solutions était d’autant plus probable que les deux autres candidats semblaient avoir assez peu de chances d’être retenus. Dans le cas de l’alliance Cube-Natixis, parce qu’ils ont pour double handicap de ne pas avoir de racine dans la sphère publique et de ne pas avoir de compétence aéroportuaire. Quant au quatrième candidat, il apparaît parfaitement infréquentable.

Selon les informations que Mediapart est parvenu à recueillir, la structure de tête du groupe chinois est détenue par un oligarque dénommé Poon Ho Man et son épouse Christina, et se nomme Capella Capital Limited, une holding immatriculée aux îles Vierges britanniques. Cette holding de tête a pour filiale à 100 % une société dénommée Friedmann Pacific Investiment Holdings Limited, dont le pays d’immatriculation est inconnu : cette dernière société aurait elle-même une filiale dénommée Friedmann Pacific Asset Management Limited, immatriculée également aux îles Vierges britanniques.

Ce serait cette dernière société qui serait alliée au groupe canadien pour faire une offre pour l’aéroport de Toulouse. Cette même société aurait elle-même une autre filiale dénommée China Aircraft Leasing Groups Holdings Limited, implantée aux îles Caïman, qui a fait récemment l’acquisition de quatre Airbus et qui envisagerait d’en acquérir d’autres.

Quant au groupe canadien qui fait partie du même consortium, SNC-Lavalin Inc, on a tôt fait de savoir ce qu’il faut en penser. Il suffit d’aller sur le site internet de la Banque mondiale (c’est ici) pour y apprendre que la banque lui a imposé la plus grave sanction jamais prononcée dans l’histoire de l’institution pour des faits graves de corruption.

Sous le titre « La Banque mondiale radie SNC-Lavalin Inc. et ses filiales pour dix ans » et le sous-titre « la plus longue période d'exclusion jamais fixée dans un règlement de la Banque mondiale », voici ce que l’on peut lire dans un communiqué en date du 17 avril 2013 : « Le Groupe de la Banque mondiale annonce ce jour la radiation de SNC-Lavalin Inc. – en plus de ses 100 filiales – pour une période de 10 ans, suite à une faute professionnelle commise par cette société dans le cadre du Projet de construction du pont multifonctionnel du fleuve Padma et d'un autre projet financé par la Banque. SNC-Lavalin Inc. est une filiale du Groupe SNC-Lavalin, une société canadienne dont elle représente plus de 60 % des opérations. Cette radiation s’inscrit dans le cadre d’un Accord de règlement négocié entre la Banque mondiale et le Groupe SNC-Lavalin, à l'issue d'une enquête menée par la Banque mondiale sur des allégations de complot de corruption impliquant SNC-Lavalin Inc. et des fonctionnaires au Bangladesh. »

Le communiqué ajoute : « Alors que l'enquête suivait son cours, une autre faute professionnelle commise par SNC-Lavalin Inc. a été portée à l'attention de la Vice-présidence de l’Intégrité de la Banque mondiale en rapport avec le Projet de transport et d'électrification rurale au Cambodge, financé par la Banque (…). La faute commise par SNC-Lavalin incluait un complot visant à verser des pots-de-vin et à faire de fausses déclarations dans le cadre de la soumission à un appel d'offres pour des contrats financés par la Banque, et ce en violation des directives de la Banque mondiale concernant la passation des marchés. »

Avec un tel groupe sur les rangs, blacklisté par la Banque mondiale jusqu’en 2023, il semblait donc acquis que le quatrième candidat au rachat n’aurait aucune chance de voir son offre aboutir.

Entourloupe devant la commission

Et pourtant si ! Jouant des coudes pour que les groupes publics soient écartés et que le sulfureux candidat sino-canadien soit retenu, c’est l’exploit d’Emmanuel Macron : il a tout fait pour que le candidat imprésentable puisse remporter la compétition. Et pour cela, la procédure a dérogé aux usages habituels.

C’est la Commission des participations et des transferts (CPT), autrefois dénommée Commission de privatisation, qui a la haute main sur la décision puisque le ministre de l’économie ne peut rien décider sans son avis conforme. Ordinairement, tous les candidats passent devant elle pour défendre leur offre, et c’est traditionnellement un mardi qu’elle se réunit en séance pour arrêter son avis.

Mais cette fois, les choses se sont déroulées différemment. Dimanche 23 novembre, tous les candidats au rachat ont appris qu’ils seraient précipitamment reçus les uns après les autres par la CPT dès le lendemain, le lundi 24 novembre. Tous, sauf un, le consortium sino-canadien qui, lui, serait reçu le mardi 25.

Les trois premiers candidats au rachat ont aussitôt flairé l’entourloupe. Ils se sont pris à penser qu’on allait amuser la galerie et sauver les apparences en les faisant défiler devant la CPT mais que la décision était déjà prise et que ce serait le groupe sino-canadien qui l’emporterait. Et c’est effectivement comme cela que les choses se sont passées. Mardi 25, après la présentation par le consortium sino-canadien de son offre, le directeur de l’Agence des participations de l’État, Régis Turrini (l’ancien directeur des fusions-acquisitions du groupe Vivendi) a informé les sept membres de la CPT que sa recommandation allait au groupe sino-canadien.

Pour la petite histoire, Régis Turrini, selon nos informations, a enrôlé comme conseil dans cette affaire le cabinet d'avocats BGDS, créé par Antoine Gosset-Grainville, l'ancien collaborateur de François Fillon comme celui de Jean-Pierre Jouyet – il était d'ailleurs présent au célèbre déjeuner entre les deux hommes. De son côté, la Caisse des dépôts s'est entourée du conseil de Frédéric Salat-Baroux, le gendre de Jacques Chirac.

La recommandation du patron de l'Agence des participations de l’État n’est en vérité pas surprenante de la part de ce haut fonctionnaire qui a fait une bonne partie de sa carrière dans le privé, et qui a été durant des années l’un des plus proches collaborateurs de Jean-René Fourtou. Mais l’important est ailleurs : si Régis Turrini a défendu cette recommandation, c’est probablement parce que le ministre de l’économie lui en a donné l’instruction.

L’affaire était en vérité cousue de fil blanc depuis le début. Pour une raison sur laquelle il n’est pas inintéressant de s’arrêter. Si le consortium sino-canadien avait voulu faire acte de candidature pour devenir l’exploitant d’un aéroport de Toulouse restant dans le giron public, cela aurait été impossible, car le droit public n’aurait pas permis que la société canadienne, sanctionnée pour des faits graves de corruption, se mette sur les rangs. Mais dans le cas d’une privatisation, c’est le droit privé qui l’emporte. Pour écarter a priori le groupe canadien, il aurait donc fallu – ce qui est habituellement la règle – que le cahier des charges de l'appel d'offres contienne une disposition écartant des candidats ayant fait l’objet de sanctions similaires.

Or, dans le cas présent, le cahier des charges (on peut le télécharger ici) ne contient aucune clause restrictive de ce type : avec le recul, les autres candidats ne doutent pas que cette omission n’est sûrement pas le fruit du hasard. Emmanuel Macron a donc tout fait pour imposer ce choix sino-canadien, sans doute parce qu’il vit avec l’obsession qu’il faut administrer la preuve aux marchés financiers que la France est un pays décidément très accueillant. Même au point de vendre des actifs très rentables à des groupes mal famés ?

L’affaire, pourtant, n’est pas totalement bouclée. Car la CPT doit donc encore rendre son avis – ce sera chose faite dans les heures ou les jours qui viennent. Ordinairement, cette commission (dont on peut consulter ici la composition) n’est guère courageuse et se plie aux moindres desiderata du patron de Bercy. C’est si vrai que dans sa longue histoire, la commission n’a fait de la résistance qu’une seule fois, dans le cas de la privatisation de Thomson-CSF, qu’Alain Juppé voulait brader en 1996 pour 1 franc symbolique. Résultat : pour cette seule fois, la commission avait rendu un avis défavorable.

Alors, la CPT fera-t-elle preuve une seconde fois de courage ? Il serait imprudent d’en jurer. Tout juste peut-on relever que, de très bonnes sources, les membres de la commission sont ces jours-ci plutôt grognons et ne semblent guère apprécier qu'on veuille leur faire entériner une affaire qui pourrait tourner au scandale. Et puis pour le président de la commission, un haut fonctionnaire dénommé Bertrand Schneiter, c’est sans doute une épreuve dont il se serait volontiers passé.

Bertrand Schneiter est connu notamment pour avoir présidé l’Établissement public de financement et de restructuration (EPFR), l’établissement public auquel Christine Lagarde avait donné ses instructions pour lancer l’arbitrage en faveur de Bernard Tapie. À la tête de cet organisme avant qu’il n’ait à gérer ce scandale, Bertrand Schneiter a été invité le 3 septembre 2008 par la commission des finances de l’Assemblée nationale à expliquer aux députés comment fonctionnait l’EPFR, avant qu’il ne soit emporté dans la tourmente Tapie. Et lors de cette audition (on peut la consulter ici), le haut fonctionnaire avait eu cette formule : « Je n’ai jamais demandé quelque instruction que ce soit à quelque ministre que ce soit. » Le voici de nouveau au pied du mur…

Quoi qu'il en soit, c'est une privatisation scandaleuse qui est en passe d'aboutir. Dans le cas d'une autre privatisation sous le précédent quinquennat, Arnaud Montebourg avait eu des termes sévères, à l'occasion d'un entretien vidéo avec Mediapart.

Il s'agissait du projet de privatisation de la régie publicitaire de France Télévisions, que Nicolas Sarkozy voulait conduire à bien au profit de ses amis Alain Minc et Stéphane Courbit. Arnaud Montebourg avait alors estimé qu'il s'agissait « de brigandage politique ». L'expression pourrait resservir aujourd'hui…

 

 

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Par Laurent Mauduit

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

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