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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 16:01

 

Grenoble : " Pas de matraque, juste un film!"

 

 

 
 
Le 31 mars quelques centaines de personnes étaient rassemblées dans le parc Mistral pour voir Merci patron!, le film de François Ruffin. Interdiction de la préfecture, matraquage du public et mise en scène d'une émeute urbaine. 20 interpellations et dix blessés. Témoignage et reportage filmé sur les événements.

Après Paris, Strasbourg, Nantes et Caen (voir ici et ), je poursuis mon travail de documentation des violences policières depuis le début du mouvement de contestation de la "loi Travail". Ce qui s'est passé à Grenoble le 31 mars est particulièrement grave. Je publie la synthèse rédigée par une collègue de l'Université de Grenoble qui a participé aux événements. Le remarquable documentaire réalisé par Stéphane Trouille vient attester de la violence de la répression policière.

Nous manquons encore d'un site national, citoyen et militant, qui collecte l'ensemble des documents et témoignages. Des centaines d'interpellations, des dizaines de blessés, parfois graves, des violences sur enfants, lycéens et étudiants, des campus universitaires investis par la police, des syndicalistes matraqués et arrêtés, des charges violences de CRS dans les rues des villes avec des violences sur des passants, plusieurs enquêtes ouvertes par l'IGPN : tout ceci doit être méthodiquement recensé.

 

Rassemblement citoyen du 31 mars à Grenoble © Stéphane Trouille 

 

A Grenoble (et ailleurs ?), plutôt que ceux qui cherchaient la police,

c’est ce que la police cherchait qui devrait nous intéresser.

 

Comme dans de nombreuses villes de France, la manifestation du 31 mars (25 000 personnes) devait se poursuivre avec des débats, des concerts et par la projection en plein air de Merci Patron ! de François Ruffin. Le préfet, qui avait d’abord autorisé le rassemblement prévu parc Paul Mistral – ce même parc occupé pendant l’hiver 2003-2004 pour défendre les arbres contre l’implantation de l’actuel et toujours controversé stade des Alpes (témoignages et documents : https://www.infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=230) –, est revenu sur sa décision dans le cours de la journée. La mairie lui a emboîté le pas, en arguant les débordements de la manifestation – je n’épiloguerai pas sur ce navrant épisode : un texte que Solidaires Isère a sorti au soir du 31 mars exige très justement que le maire, Éric Piolle (EELV), et les élus répondent de leur choix.

Vers 18H00, les forces de police (police, C.R.S., gendarmerie mobile) ont commencé de prendre ostensiblement position autour du parc. Pas tout à fait une souricière, cependant, puisqu’un côté a été laissé libre, qui a permis aux personnes rassemblées dans le parc, comme à celles qui venaient s’y promener, de sortir, sous les tirs nourris et multidirectionnels de lacrymo (pour plus d’informations : http://particite.fr/les-violences-acceptees/). On pourrait en déduire une certaine bienveillance des forces de l’ordre, malgré la violence de l’agression. Mais alors, pourquoi ne pas laisser ouverte la sortie vers les bords de l’Isère ? Pourquoi choisir la voie menant d’abord à la mairie, puis au cœur du centre-ville ? S’agissait-il de piéger les rebelles dans le quadrilatère de la mairie ? ou de chasser les sauvages pour affoler la ville ?

Le soir du 31 mars, on se demande encore comment le pire a été évité : jets de lacrymo à travers les principales places du centre historique, où les passants faisaient leurs dernières courses, prenaient l’apéritif en terrasse, entre amis, avec les enfants ; courses poursuites dans les ruelles de la ville, éparpillements, nouveaux rassemblements, quittés par les uns, rejoints par d’autres. Pour finir, des affrontements d’une rare violence devant l’Hôtel de police (voir les documentaires de Stéphane Trouille : https://vimeo.com/161179296 et https://vimeo.com/161364764 – en profiter pour voir aussi les autres vidéos du même réalisateur).

Dix blessés sérieux, une vingtaine d’interpellations, douze personnes en gardes à vue (mandat de dépôt requis pour huit d’entre elles, déférées devant le juge des libertés pour manifestation illégale et violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique, selon Le Dauphiné libéré : voir le fil de l’actualité à l’adresse http://www.ledauphine.com/isere-sud/2016/03/31/manifestation-contre-la-loi-travail-importante-mobilisation-a-grenoble), mais aussi plusieurs plaintes déposées pour violences policières.

Tout cela pour voir un film…

Contre des manifestants que réunit l’aspiration à une autre société, soucieuse du collectif et du partage, le mode d’intervention policière a donc mis en scène une émeute urbaine. La volonté de déconsidérer et de dénaturer ce mouvement vaut-elle de tels risques ? Ce travail de sape réussira-t-il ? En tout cas, entre les moments d’affrontement, les manifestants, rejoints par des centaines de passants, continuaient de mettre en pratique, du parc Mistral à la place Victor Hugo, la réappropriation partagée des espaces publics.

 

Un rassemblement contre la répression policière s’est tenu le lendemain, 1er avril, entre 18H et 19H30, sous la menace de canons à eau. Comme il s’agit de continuer le temps qu’il faudra, le rassemblement s’est dissout dans le calme à l’heure dite.

Isabelle Krzywkowski
Professeur de littérature comparée 
Université Grenoble Alpes 

Membre du SNESUP-FSU

 

 

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 15:47

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

#NuitDebout : le retour des indignés ?

Chercheur au Collège d'Etudes Mondiales, Paris, Université Catholique de Louvain. Sociologie, FNRS-Université de Louvain, Président du RC47 "Mouvements sociaux", Association Internationale de Sociologie. 

Avec l’initiative de la « Nuit debout », un groupe de citoyens autour du magazine Fakir et de l’économiste Frédéric Lordon a ouvert un espace qui a permis aux citoyens d’échanger, d’exprimer leur indignation, de rêver ensemble à un autre monde et à une « convergence des luttes » qui reste à construire.
 
Bertrand Combaldieu/AP/SIPA
 

Début mars encore, le mouvement contre le CPE (Contrat Premier Embauche) de 2006 s’imposait comme le référent à l’aune duquel penser et évaluer le début de la mobilisation des jeunes contre la loi du travail. Comme il y a 10 ans, le projet de loi contesté se propose de flexibiliser le marché du travail. Le référent est d’autant plus prisé que ceux qui manifestent aujourd’hui espèrent avoir le même succès que leurs prédécesseurs dix ans plus tôt qui avaient obtenu le retrait du projet de loi.

Depuis le début du mouvement, un autre référent s’impose bien davantage lorsqu’on prête l’oreille aux interventions dans les AG étudiantes et en discutant avec les jeunes manifestants : les mouvements des indignés et d’Occupy du début des années 2010. Il est devenu explicite avec les « Nuits debout » qui ont rassemblé plusieurs milliers de personnes sur la Place de la République.

Dès la fin février, tous les ingrédients semblaient réunis pour que surgisse un « mouvement des indignés à la française », semblable à ceux qui ont marqué le printemps 2011 dans la péninsule ibérique et qui continuent de transformer l’Espagne et le Portugal. Avec l’initiative de la « Nuit debout », un groupe de citoyens autour du magazine Fakir et de l’économiste Frédéric Lordon a ouvert un espace qui a permis aux citoyens d’échanger, d’exprimer leur indignation, de rêver ensemble à un autre monde et à une « convergence des luttes » qui reste à construire.

 

La loi travail, un formidable élément déclencheur

Une frustration latente ne suffit pas à déclencher de grandes mobilisations. Un élément déclencheur est nécessaire. Une « étincelle » qui va mettre le feu aux poudres et donner le timing d’une première séquence de la mobilisation. Dès début mars, il était clair que la n’était pas le cœur du problème pour nombre de manifestants et pour les jeunes lycéens, et de nombreux citoyens mobilisés en dehors des organisations syndicales.

 

 

L’avant-projet de loi est devenu cette étincelle indispensable pour initier une mobilisation, dont les causes et revendications sont bien plus profondes. Il est à la fois « la goutte qui fait déborder le vase » pour des citoyens indignés et une revendication claire et largement partagée qui facilite l’extension du mouvement au-delà des cercles militants, la convergence avec des organisations et les syndicats et une visibilité dans les mass media. C’est aussi autour de cette loi que s’établit un premier calendrier de mobilisations avant que le mouvement ne soit capable de trouver sa propre temporalité. Aussi, comme le déclarait Frédéric Lordon à la tribune de la première « Nuit debout » le 31 mars :

"On ne remerciera jamais assez la loi El Komri de nous avoir sorti de notre sommeil politique."

 

Une rapide montée en généralité

Ce qui distingue les mouvements sociaux d’autres mobilisations est d’être centré sur un autre projet de société bien plus que sur une revendication spécifique. Dès les premières convocations étudiantes et lycéennes pour la manifestation du 9 mars, la « loi travail » apparaissait comme l’opportunité de manifester son indignation plus que sa cause centrale. Dans les cortèges, les manifestants se disent surtout « déçus par la gauche ». C’est « contre la politique du gouvernement » et non autour de ce seul projet de loi que les tracts des collectifs étudiants appelaient à manifester le 9 mars.

En la qualifiant de de loi « Gattaz-Hollande-Valls-Macron-EL Komri », les étudiants renvoient à la collusion entre les élites économiques et politiques, qui étaient au cœur des dénonciations des mouvements indignés et Occupy en 2011. Ils rejoignent beaucoup de militants et d’intellectuels engagés de la « gauche de la gauche » (, 2016) ou de la « gauche du PS », notamment ceux qui ont co-signé la tribune de Martine Aubry pour lesquels cette loi vise moins à créer des emplois qu’à accentuer les inégalités et fustigent la dérive sociale-libérale du gouvernement.

 

Les impasses de la politique institutionnelle

L’absence d’alternative du côté de la politique institutionnelle rend le contexte particulièrement favorable au passage d’une mobilisation contre un projet de loi à un mouvement du type « indignés », qui souligne à la fois les impasses de la politique institutionnelle et propose une démocratie plus participative, centrée sur les citoyens plutôt que sur l’État et les élites politiques. Les citoyens se reconnaissent de moins en moins dans les élites politiques françaises et européennes. Le régime leur apparaît comme une « démocratie sans choix », où voter pour le Parti socialiste ou pour Les Républicains ne change guère les politiques sociales et économiques. Après la loi Macron, le débat sur la déchéance de la nationalité est venu renforcé cette conviction.

 

 

En 2011, c’est ce même constat de deux « partis de gouvernement » aux politiques très semblables et de l’absence d’alternatives satisfaisantes dans l’arène électorale qui était à l’origine du « mouvement du 15 mai » (que les journalistes français ont appelé « les indignés ») en Espagne. Alors que le terrain semblait fertile pour la gauche de la gauche, les écologistes comme le Front de gauche sont minés par les dissensions internes. Ce triste panorama conduit de nombreux Français – notamment parmi les jeunes – à choisir le Front national. Pour les citoyens progressistes, exprimer sa désapprobation dans les rues et construire « une autre politique » sur les places semble la seule option. Dans la « Nuit debout » comme lors des campements indignés, il s’agit avant tout de « se reprendre en main en tant que citoyens » et de remettre en cause la centralité de la démocratie représentative.

 

Une jeunesse sans avenir ?

Bien que dans des proportions différentes, la conjoncture économique difficile et le chômage massif des jeunes est un autre point commun entre le contexte de 2011 dans la péninsule ibérique et la France de 2016.

Alors que François Hollande annonçait que « la jeunesse » serait une priorité de son mandat, les jeunes se sentent délaissés et peu écoutés et malmenés. Le paru ce 31 mars ne leur donne pas tort : « Les dépenses publiques sont concentrées sur les âges élevés » : 23,3 % des 18-24 ans vivaient sous le seuil de pauvreté en 2012 (contre 17,6 % en 2002), 23,4 % des 15-24 ans sont au chômage et, comme le résume (Le Monde), « Pauvreté, chômage, niveau de vie : la situation des jeunes se dégrade par rapport aux autres tranches d’âge ». La « génération précaire » est la première victime de la concentration croissante des richesses et de la flexibilisation du marché du travail.

Plus encore que leurs conditions de vie actuelles, c’est le sentiment d’être « privés de leur avenir » qu’expriment les jeunes dans les manifestations, sur la Place de la République et sur les réseaux sociaux (#onvautmieuxqueca) : « Le gouvernement veut nous faire croire que nous n’avons pas d’autre choix qu’un avenir précaire. Et c’est ça que nous refusons ». Au Portugal puis en Espagne, les collectifs « jeunes sans futur » ont été à l’origine de l’occupation des places en 2011. Cinq ans plus tard, en France, c’est encore leur droit à dessiner un autre avenir qui est en jeu.

Les réseaux « Jeunes sans avenir » étaient à l’origine des mouvements des indignés au Portugal puis en Espagne. Si les mouvements des indignés et celui des « Nuits debout » ne sont pas des mouvements spécifiquement jeunes, les jeunes en sont l’une des forces vives. Dans ces mouvements, ils se construisent et s’affirment en tant qu’individu, que jeunesse et qu’acteur de la démocratie dans leur volonté de penser le monde autrement. Comme le résume un tweet : « Nous avons besoin de penser la société de demain, avec humanisme, liberté, égalité, fraternité ».

 

Infrastructures de la mobilisation : Réseaux militants et timing étudiant

Si l’indignation et l’envie d’un autre monde sont au cœur des mouvements sociaux, les mobilisations dépendent aussi d’une « infrastructure » qui facilite leur émergence. De ce côté également, tous les signaux sont au vert pour un printemps animé en France.

Le timing semble parfait du côté des étudiants et des lycéens. Le gouvernement ne pouvait choisir une meilleure date pour médiatiser cet avant-projet de loi fin février. Au début du second semestre, les réseaux personnels et militants sont bien construits. Les 6 à 8 semaines qui séparent l’annonce du pré-projet de loi par la ministre et les prochaines vacances laissent le temps au mouvement de monter en force, d’autant que les examens de fin d’année sont encore loin. C’est d’ailleurs à cette même époque qu’avaient surgi mai 68, la mobilisation contre le CPE en 2006 ou le mouvement des indignés en Espagne cinq ans plus tard.

Comme pour chacun de ses prédécesseurs, l’émergence de ce mouvement n’est pas aussi spontanée qu’elle n’apparaît dans la presse. Les mobilisations autour de la COP, contre l’État d’urgence ou pour défendre Notre-Dame des Landes ont permis de construire de solides réseaux et, pour les plus jeunes, des expériences militantes. Un collectif préparait depuis trois semaines la « Nuit debout » du 31 mars, notamment autour de la revue Fakir et de l’économiste Frédéric Lordon. Ces « entrepreneurs de la mobilisation » ont joué un rôle crucial pour créer l’espace dans lequel peut ce mouvement peut s’épanouir. Les tentes du collectif « Droit au Logement » légalement installées sur la Place de la République sont fort utiles à l’occupation de la place et quelques appuis discrets du monde syndical ou associatif ont grandement facilité l’organisation logistique du mouvement citoyen.

 

Un mouvement différent ?

Va-t-on pour autant vers une reproduction du mouvement des indignés ? La « Nuit Debout » en emprunte les codes et certains propos, mais le mouvement devra aussi trouver sa propre voie, à la fois parce que le contexte politique est désormais marqué par la sécurité et la montée des idées et partis d’extrême droite et parce qu’il doit tenir compte de ce que sont devenus les « mouvements de 2011 ».

L’enthousiasme international du début des années 2010 pour les mouvements démocratiques dans le monde arabe et la défense de la démocratie dans le monde occidental paraît bien loin. Le climat est désormais bien plus pesant, marqué par le terrorisme, l’état d’urgence et des partis et valeurs d’extrême-droite, qui séduisent notamment de nombreux jeunes. En France et en Europe, la guerre contre le terrorisme est au sommet des agendas politiques. La Place de la République, où se réunit le mouvement du 32 mars, est au cœur du quartier marqué par les attentats du 13 novembre et en héberge le mémorial citoyen. Avec l’État d’urgence, la répression ne se limite pas aux terroristes potentiels. Des musulmans et des jeunes sont régulièrement brutalisés par la police et certaines manifestations lycéennes ont été violemment réprimées. Les forces de l’ordre ont profité de l’état d’urgence pour assigner à résidence des militants écologistes pendant la COP 21 et bénéficient d’un arsenal de moyens pour réprimer les mobilisations sociales.

D’autre part, si les campements des indignés et d’Occupy font partie de l’ADN du « mouvement de 32 mars » français, c’est aussi le cas de ce que sont devenus les acteurs qui ont porté ces mouvements en Espagne, en Angleterre ou aux États unis. Le projet de la « Nuit Debout » s’appuie sur cet héritage, mais doit également se réinventer pour tenter de dépasser certaines limites de ces prédécesseurs. Les exigences d’horizontalité et la volonté de créer une démocratie participative en dehors des sentiers de la politique institutionnelle ont confronté les acteurs des mouvements des places aux limites des mouvements faiblement structurés. Comme le résume Lilian Mathieu dans dans son analyse des convergences militantes en France, ces mouvements ont "une grande capacité à impulser des mobilisations mais sont inaptes à les clore, puisqu’ils ne peuvent négocier et signer des accords de sortie de conflit et ne jouissent pas de la légitimité que fournissent les mécanismes d’élection et de représentation."

Est-il possible de « changer le monde sans prendre le pouvoir », à partir de ses propres pratiques et de la vie quotidienne, ou faut-il au contraire « occuper l’État » et entrer dans la joute électorale pour ne pas laisser la place à ceux qui sont dénoncés par les mouvements ?

Certains activistes des mouvements de 2011 ont décidé de franchir le pas et de s’engager dans l’arène de la politique institutionnelle. En 2011, les indignés espagnols et les collectifs « Occupy » rejetaient clairement ces possibilités. Depuis, certains ont été à l’origine des succès électoraux de Jeremy Corbyn, triomphalement élu à la tête du parti travailliste anglais à l’automne 2015 et de Bernie Sanders, au cours de l’investiture démocrate aux États-Unis. L’émergence du parti « Podemos » en Espagne est à la fois la suite et l’inversion du mouvement des indignés. Il montre que des débouchés politiques sont possibles, mais en passant « de , Pablo Iglesias et ses collègues ont aussi trahi certaines des valeurs fondatrices, comme le refus des leaders, la primauté de la dynamique citoyenne ou la participation du plus grand nombre aux décisions.

Ailleurs, après un début de décennie marqué par les espoirs d’une jeunesse qui descendait d’en les rues pour réclamer plus de en s’appuyant notamment sur la culture et les pratiques des mouvements , leurs mouvements ont eu à faire face au rapport de force avec les acteurs de la politique traditionnelle. Dans de nombreux pays, et particulièrement en Turquie et en Égypte, les acteurs des « mouvements des places » sont aujourd’hui victimes d’une répression violente.

Le « mouvement du 32 mars » qui a émergé ce week-end devra inventer sa propre voie et construire à la fois sur les succès et sur les limites de ses prédécesseurs. Sans préjuger de l’avenir de ces mobilisations, parvenir à rassembler des milliers de citoyens de toutes les générations et réaffirmer qu’un « autre monde est possible » et qu’il existe des alternatives progressistes centrées sur la démocratie, la justice sociale et la dignité constitue déjà un succès considérable dans un contexte pesant marqué par es régressions sociales et le contexte pesant de l’état d’urgence.

 

The Conversation, Sociologie, FNRS-Université de Louvain, Président du RC47"Mouvements sociaux", Association Internationale de Sociologie. Chercheur au Collège d'Etudes Mondiales, Paris,
La de cet article a été publiée sur .

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 23:03
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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 21:30

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

4e #NuitDebout : des centaines de personnes réunies place de la République à Paris

Le Monde.fr avec AFP | • Mis à jour le

 
 

Le mouvement né après la journée de mobilisation contre la « loi travail » gagne en intensité avec des mots d’ordre variés.

Pour la quatrième nuit consécutive depuis la journée de mobilisation contre le projet de « loi travail », des centaines de personnes du mouvement « Nuit Debout » étaient réunies, dimanche 3 avril dans la soirée, sur la place de la République à Paris, avec l’intention d’être là le lendemain encore.

 

« Nous sommes 2 000 ! », a annoncé une bénévole au micro devant la foule, certains assis en tailleur sur les pavés de la place du centre de la capitale, tandis que plus de 75 000 personnes suivaient la soirée en direct sur le réseau Périscope. Le collectif Nuit Debout, associé au DAL (Droit au Logement), a obtenu l’autorisation d’occuper la place jusqu’au 4 avril, a-t-on appris de source policière.

« Salaire à vie », « démocratie par tirage au sort », « baisse des hauts revenus », « embauche de tous les chômeurs », « destruction globale du système capitaliste »... les revendications sont diverses et les participants se succèdent au mégaphone pendant l’assemblée générale, qui a duré plus de deux heures. « Il y a des utopistes parmi nous ? », interroge l’un d’entre eux. Et le public de réinventer les applaudissements en répondant en agitant les mains en l’air.

 

« Réécrire la Constitution »

« Nous ne sommes pas des bisounours, on est des optimistes, le monde dont on rêve, il est là », s’enthousiasme une jeune femme. Certains rêvent ici de « réécrire la Constitution » et réclament « la démission du gouvernement ».

 

Reportage :   #NuitDebout : « Nous étions endormis et nous nous réveillons »

 

Ce mouvement spontané est apparu dans la foulée de rassemblements convoqués par des organisations syndicales, étudiantes et lycéennes pour demander le retrait du projet de loi sur le travail. Mais le mouvement agrège aussi, sous le hashtag #NuitDebout sur les réseaux sociaux, d’autres revendications politiques ou sociales. Et nombre de participants y voient l’amorce d’un phénomène informel comme les mouvements « Occupy » nés dans divers pays, ou comme celui des « Indignés » de la Puerta del Sol, apparu en 2011 à Madrid pour dénoncer l’austérité et la corruption.

 

Lire aussi :   #NuitDebout à Paris : « Il faut construire quelque chose »

 

Chaque matin depuis vendredi, plusieurs dizaines de manifestants ont été délogés par les forces de l’ordre, avant de revenir occuper la place.

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 16:35

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

Comment un rapport du CNRS sur l’impact du diesel sur la santé a été enterré

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

 

 

C’est une histoire exemplaire, révélatrice de l’inertie des pouvoirs publics sur les questions sanitaires, du poids des lobbys et de l’isolement des scientifiques. Selon nos informations, dès l’automne 1997, une quarantaine de chercheurs français livraient une expertise du CNRS intitulée « Diesel et santé ». Pour la première fois, des scientifiques français donnaient clairement l’alerte sur la dangerosité de ce carburant, mettant en évidence le lien entre les fumées de ces moteurs et le risque de cancer. Seize ans avant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe les gaz d’échappement des moteurs diesel dans la catégorie des cancérogènes pour l’homme.

Ce rapport de 245 pages, le document scientifique le plus ambitieux conduit à cette époque sur le sujet, a été purement et simplement enterré. Jamais publié, il est aujourd’hui à peu près introuvable ; il n’en reste que de très rares copies. La direction actuelle du CNRS ignorait jusqu’à son existence même ; sollicité par Le Monde, l’organisme de recherche a mis près de cinq mois à le retrouver, dans son dépôt d’archives de Gif-sur-Yvette (Essonne)… Le Monde a ainsi pu consulter une copie du document.

Avec la prudence habituelle des scientifiques, les auteurs ne tiraient pas de conclusions définitives. « Mais il y avait clairement une alerte », dit l’un des auteurs du rapport, sous le couvert de l’anonymat. « L’action mutagène et génotoxique [qui provoque des dommages à l’ADN] des émissions diesel a été démontrée in vitro, écrivaient les auteurs. A long terme, chez le rat, [elles] induisent la formation de tumeurs pulmonaires (…). Il semble que les particules soient plus particulièrement responsables de cette carcinogenèse. » En 1997, il était encore « illusoire », exposaient-ils, de quantifier l’effet du diesel sur les taux de cancer du poumon chez les humains. Néanmoins, « de nombreuses études épidémiologiques suggèrent qu’une exposition à long terme pourrait participer (…), certes faiblement, à la cancérogenèse ».

 

Les auteurs avaient rassemblé 25 études épidémiologiques sur le sujet, dont 22 montraient un risque accru de cancer du poumon chez les humains exposés aux fumées du diesel. La moitié d’entre elles mettaient en évidence un risque statistiquement significatif.

« En 1993, à mon arrivée au CNRS, je trouvais l’organisme assez timide sur les questions scientifiques en lien avec la société, par rapport à ce qui existait à l’Inserm [Institut national de la santé et de la recherche médicale], par exemple, raconte Pierre Tambourin, figure de la biologie française, à l’époque directeur du département des sciences de la vie du CNRS et aujourd’hui à la tête du Génopole d’Evry. J’ai consulté le directeur général de l’époque, Guy Aubert, sur l’opportunité de s’autosaisir de la question de l’impact sanitaire du diesel, et il m’avait donné son accord. »

Une quarantaine de scientifiques des universités ou des organismes de recherche publics ont ainsi été réunis par le CNRS, avec pour mission de produire une expertise collective sur le sujet. Ce genre d’expertise a généralement une fonction de conseil pour la conduite des politiques publiques. Elle explore l’ensemble des aspects d’un sujet donné et son poids scientifique est très supérieur à celui d’une étude isolée. Plusieurs comités (sur la combustion des hydrocarbures, sur la toxicologie, l’aérologie, l’épidémiologie, etc.) ont ainsi été constitués en vue de réaliser l’expertise. Après plusieurs années de travail, le document a été finalisé en septembre 1997.

« J’ai présenté les principales conclusions en comité de direction du CNRS et je me souviens de réactions assez négatives, poursuit M. Tambourin. Le rapport impliquait que les véhicules diesel soient tous équipés de filtres. Or, à l’époque, cette solution était économiquement viable pour les gros véhicules, mais pas pour les véhicules particuliers. Certains ont vu ce rapport comme une menace pour notre industrie automobile. »

En 1997, c’est la nouvelle directrice générale du CNRS qui hérite de la patate chaude. « J’ai transmis le rapport à ma tutelle, c’est-à-dire au ministère de la recherche, raconte la physicienne Catherine Bréchignac, aujourd’hui secrétaire perpétuelle de l’Académie des sciences. Je l’ai transmis une fois, deux fois et je n’ai eu aucun retour. De guerre lasse, j’ai fait ce que je devais et pouvais faire : nous avons publié un communiqué de presse, sans publier le rapport, qui était toutefois consultable au CNRS. » Il en a rapidement disparu pour devenir introuvable.

Le ministre de tutelle est alors Claude Allègre. Celui-là même qui s’oppose à cette époque à la publication d’une autre expertise collective sur l’amiante. Le 16 octobre 1997, la revue Nature déclenche un scandale en révélant que M. Allègre bloque la publication du rapport de l’Inserm sur cette fibre hautement cancérogène – révélations qui ont conduit à ce que le document en question soit finalement publié. Le rapport sur le diesel restera, lui, dans les limbes.

Pourquoi les auteurs ne se sont-ils pas offusqués de cet enterrement ? « Au départ, on ne nous avait pas dit si le rapport allait être publié ou non, se souvient l’un de ces auteurs, peu accoutumés à travailler sur ce type d’expertise, la première du genre organisée par le CNRS. Je me suis demandé pendant un temps ce qu’ils allaient en faire et puis j’ai renoncé. Mais je ne me faisais pas trop d’illusions : à l’époque, les constructeurs français vendaient leurs diesels au monde entier. »

La non-publication de l’expertise est donc passée inaperçue. Tout comme le communiqué de presse censé lui rendre justice. Diffusé le 27 août 1998, le texte n’évoque aucun des risques sanitaires soulevés par le rapport lui-même.

Au contraire, il ne traite que des incertitudes. « Les données existantes (…) ne permettent pas d’isoler ce qui a trait spécifiquement au diesel, souligne le communiqué. (…) Enfin, les données sur la qualité de l’air sont agrégées et ne permettent pas de distinguer les sources de rejet de polluants. » Loin de relayer l’alerte portée par le rapport, le communiqué a plutôt cherché à diluer la responsabilité du diesel dans la pollution atmosphérique.

Plus étonnant, le communiqué associe les industriels à l’affaire. « Le CNRS, les constructeurs automobiles PSA et Renault, les représentants des pétroliers Total et Elf ont décidé de poursuivre leur investigation, en partenariat avec l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité et l’Inserm, poursuivait ainsi le texte. Un groupe de travail est constitué (…), chargé de poursuivre les études (…). La première réunion de travail de ce groupe doit se tenir au mois d’octobre [1998]. »

Rendu public en plein mois d’août, le communiqué a échappé à plusieurs des auteurs du rapport contactés par Le Monde, qui s’étonnent aujourd’hui de la mention des constructeurs automobiles et des pétroliers. « On a travaillé uniquement entre académiques, à aucun moment nous n’avons été en contact avec des industriels, en tout cas dans mon groupe de travail », confie un chercheur qui a contribué au chapitre sur la toxicologie. « Les industriels ont été mentionnés car nous leur avons adressé le rapport final, puisqu’ils étaient les premiers concernés, répond Mme Bréchignac. En ce sens, je pense d’ailleurs que cette expertise n’est pas restée complètement lettre morte puisqu’il y a eu, depuis, beaucoup de progrès accomplis sur les pots catalytiques. »

Quant au groupe de travail commun entre organismes publics et industriels, mentionné par le communiqué et censé avoir poursuivi les études sur le sujet, il semble n’avoir jamais existé. Interrogés, ni le CNRS ni l’Inserm n’en ont retrouvé la moindre trace.

 

 

 


Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 14:18

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/cecile-canut

 

 

Notre nom ne fait que commencer

 

 

Que se passe-t-il pour que soit à ce point, depuis ce 31 mars, affronté l’ordre imposé du monde ? Que se passe-t-il pour que nous osions ne pas nous soumettre, ni à la volonté des hommes en armes, ni à la logique des discours ambiants depuis longtemps rodés ? Il se passe qu’à force de vouloir tout nous prendre, nous n’avons plus rien à perdre. Nous n’avons rien à perdre.

 Que se passe-t-il pour que soit à ce point, depuis ce 31 mars, affronté l’ordre imposé du monde ? Que se passe-t-il pour que nous osions ne pas nous soumettre, ni à la volonté des hommes en armes, ni à la logique des discours ambiants depuis longtemps rodés ? Il se passe qu’à force de vouloir tout nous prendre, nous n’avons plus rien à perdre. Nous n’avons rien à perdre. Quel est-il ce rien ? Ce rien, c’est, puisqu’une loi le rappelle, un monde du travail nécrosé par l’organisation méthodique des rivalités séparatrices et des opportunismes sournois. C’est un milieu politique qu’on sait mené par des stratégies d’appareil, insoucieux de ceux qu’il courtise, et qui se prend à flatter les passions les plus tristes pour les besoins de sa cause. C’est la honte que constitue ce que nous faisons des migrants et réfugiés que nous abandonnons à leur sort à nos frontières autant qu’à l’intérieur de nos villes. C’est l’avenir qu’on voit grevé par la dette éternelle et le legs de décennies d’incurie environnementale. Mais si c’est tout cela, et d’autres choses encore, c’est aussi plus que cela : c’est, à ce point de fanfaronnade et de mystification, la démonétisation à venir de la parole. Le discrédit des mots.

Car nous en sommes aujourd’hui là : qui croire ? En ce sens, c’est, à l’instar de la question écologique, une dé-vastation du monde à quoi nous nous voyons promis. Au sens premier du terme : ce qui rend moins vastes nos espaces, et singulièrement nos espaces de parole. Quand, à force de spéculations masquées autour d’enjeux de pouvoir, la place de cette parole se réduit à proportion que grandit la peur de la voir reprise et détournée.

Or c’est la parole perdue que nous rencontrons à nouveau. C’est la parole retrouvée qui est rendue audible, et même visible, en ces jours de contestation. Et c’est une fierté. Car la faute la plus grave de ce qui gouverne est de nous avoir rendus inaudibles. D’avoir fait de nous des obscurs, flexibles à merci, juste bons à nous renfrogner en distillant une petite haine quotidienne et venir grossir les rangs des infréquentables politiques. Elle est de nous avoir poussés dans les limites de la double contrainte inassumable de la faute et du désir refoulé, comme de nous avoir amenés à jouir d’un bonheur payé sur le dos des indésirables indésirés refoulés à nos frontières. En vérité, de nous avoir humiliés par la certitude de nous voir courber l’échine indéfiniment, et tout accepter sous l’effet d’une logique concurrentielle qui voue au seul commun de la lutte des places.

Nous avons accumulé des déceptions. Encaissé des appels au renoncement, au consentement à l’ordre injuste qui congédie les travailleurs irréprochables. Nous avons entamé la longue marche des compétitivités sans fin, que jalonnent des jalousies et des convoitises propres à briser les liens qui nous unissent. Avec pour horizon l’inéluctable appel à la vigilance citoyenne qui fait de chacun le policier de l’étranger, de son voisin, et enfin de lui même. Or, cette longue marche vers le nouvel ordre social, politique, économique, nous en avons assez. Nous en avons assez parce que cet ordre-là ruine nos existences. Et les voue au chemin de croix des culpabilités rentrées et des ressentiments séparateurs. Nous n’en voulons plus parce que nous voyons clair quant à ce qui nous attend : la comédie des joies surjouées devant l’inassumable des conduites imposées. Les calculs égoïstes. Les intérêts cachés. Les regrets affectés. Etc. La survie en régime néolibéral renforcé.

Les discours d’information ont beau poursuivre leur besogne comme si de rien n’était. Pour peu qu’on les entende, on croit avoir affaire à des acteurs continuant de jouer devant un parterre clairsemé. Vu que les spectateurs que nous sommes ont déserté la salle. Nous ne regardons plus les télés. Nous n’écoutons plus les radios. Nous ne lisons plus les journaux subventionnés. Nous n’écoutons plus ce qui finit toujours par dire que nous serons suffisamment dociles pour, tout bien considéré, élire, en dépit de nos récriminations, ceux qui ne peuvent que miser sur la résignation. La faiblesse. Et la résipiscence finale.

Tout ce mauvais théâtre, nous n’avons pas d’hostilité envers lui. Nous n’avons pas même d’indifférence. Nous ne lui demandons rien. Pour la raison simple qu’il est hors de notre champ de perception. Il ne fait pas question. Nous écoutons ailleurs, et nous parlons à d’autres. C’est d’abord cela qui se passe, et contre quoi les coups de pieds de l’âne des représentants d’un monde défait ne peuvent rien. Malgré la hargne des forces de l’ordre — quel ordre ? — à l’encontre des plus jeunes. Face à ce qui l’ignore, il ne reste à ses représentants que la force abrupte, indistincte, anonyme sous ses casques et derrière ses boucliers. Il ne leur reste que le mur et la masse de la brutalité d’État.

Car non, décidément, nous n’en voulons plus. Ni notre esprit ni notre corps n’en veulent plus des contraintes et des enfermements du devenir qui nous est imposé. Il a suffisamment fait de nous ceux que nous n’aimons pas être. Il nous a suffisamment accablés. Nous n’en voulons plus car nous n’en pouvons plus de lui, dont nous savons qu’il nous rendra tristes. Ou malades. À tout le moins accaparés par des vicissitudes aussi répétées que futiles. Ce qui se profile, avec la loi dite travail et avec ce qui la suivra puisque l’ordre en cours n’en aura jamais assez des libertés rognées, est un état d’urgence économique qui ne nous laissera pas en paix. Car ce projet dépasse, en l’incluant, la seule condition salariale, et détermine la globalité des existences. Des conditions nous seront faites qui nous empêcheront de nous lier, de parler, de penser. En définitive : de disposer de notre temps. C’est à cela même que conduit l’urgence économique qui veut prévaloir sur tout le reste : à la confiscation de notre temps.

Que la chose soit claire : nous ne voulons pas que notre temps nous soit enlevé. Ce temps est celui que nous prenons pour parler. Pour penser. Pour marcher. Nous ne sommes pas à genoux. Nous sommes debout, la nuit, le jour, pour révoquer ce devenir odieux. Et comment ne pas reprendre ici, pour le retourner, ce mot d’ordre qui court sous chacun des propos de ceux qui croient nous diriger : il n’y a pas d’alternative. Il n’y a pas d’alternative, en effet, pour nous, à l’échappée belle hors de cette autoroute des affairements continus, saturée de désirs sans partage et d’effrois refoulés. Il n’y a pas d’alternative au refus des idées fixes et du désarroi. Il n’y a pas d’alternative à l’espoir de transformer ce monde.

« Je commence mon nom et vous finissez le vôtre. » C’est ce que Voltaire répondit au chevalier de Rohan-Chabot qui trouva malin, lors d’une altercation, de lui rappeler qu’il était roturier. Ce mot est resté célèbre, il préfigurait un temps nouveau. Aujourd’hui, en ce mois de mars le plus long de l’histoire, au bout du boulevard qui porte son nom, à Paris, mais aussi dans bien d’autres endroits de ce pays, c’est de cela qu’il faut que s’avisent ceux qui ne le voient pas encore : notre nom ne fait que commencer.

(Alain Hobé & Cécile Canut)

 

 

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 14:08

 

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Nuit debout, le rêve éveillé d'une convergence des luttes

 

 

Le mouvement Nuit debout, né le 31 mars à des manifestations contre la loi travail, a professé de ne plus se coucher face au pouvoir et le « rêve général » a été décrété pour une durée illimitée. Dans plusieurs villes, en particulier à Paris place de la République, des occupations et assemblées populaires appellent à penser et réaliser la convergence des luttes, un vaste chantier porteur d'espoir.
Rêve général sur la Nuit debout © Stéphane Burlot / Hans Lucas Rêve général sur la Nuit debout © Stéphane Burlot / Hans Lucas

 

Pincez moi, je crois rêver, les jours passent et le soleil ne se couche pas sur la Nuit debout. Ils ne voulaient pas rentrer chez eux après les manifestations du 31 mars contre la loi travail, et voilà qu'une brèche temporelle s'est ouverte : ce n'était pas un poisson d'Avril, nous voici déjà le 34 mars du calendrier lunatico-révolutionnaire. Le vieux temps politique, des divisions et polémiques stériles, s'est arrêté dans cet espace émancipé des contraintes d'une réalité devenue depuis trop longtemps synonyme de frustration. L'ambiance est désormais au « Rêve général », au désir puissant d'avenir, subversion terrible dans cette époque de peurs.


A travers l'occupation de places publiques, en particulier à Paris à l'emblématique République, un mouvement transversal composé d'atomes d'organisations, de particules de militants et d'électrons follement libres ont décidé de fusionner, de converger, dans une explosion de joie. L'expérience est si chaleureuse qu'elle permet de braver le froid jusqu'au matin ; malheureusement, le petit déjeuner des occupants est invariablement gâché par ceux venus étouffer le feu sous leurs bottes. Au troisième jour, les occupants ont pu rester place de la République à Paris, mais la nuit fut agitée suite à des tentatives déjouées d'infiltration des assemblées par la mouvance d'extrème droite du 14 Juillet.


Un tag inspiré dans la faculté occupée de Tolbiac Paris I professait « Où disperserons nous les cendres du vieux monde ? » Peut-être qu'à l'image de l'occupation Nuit debout, qui reprend place depuis trois jours, ce seront les étincelles sauvées du petit matin qui viendront rallumer la flamme chaque soir, le vent de révolte se chargeant de la propager au reste du pays…


Le rêve brisé du capitalisme low-cost

Il n'y a pas à dire, « leurs nuits sont plus belles que vos jours », ces jours maudits d'angoisse, de crise et de division. Le pauvre a peur de perdre son toit, le travailleur de perdre son emploi, le riche de se faire redresser pour deux lingots planqués en Suisse… Pendant ce temps, les maîtres, l'oligarchie des ultra-riches et des puissants, bref, les fameux « 1 % », tremblent d'une excitation coupable de s'être emparés de toutes les richesses, d'avoir transformé la beauté du monde en une vulgaire fiction comptable, succession minable de zéro. Le paradis est désormais fiscal, mais l'enfer bien réel pour les pauvres, « cette moitié de la population mondiale qui ne dispose que de 0,5 % de cette richesse » selon l'ONG Oxfam. Tous les autres sont condamnés au purgatoire par ces maîtres sans justice ni grandeur, ces « tyrans qui ne sont grand que parce que nous sommes à genoux » disait déjà le jeune Étienne de La Boétie. Que diraient aujourd'hui les jeunes Bergson violentés et les autres ? Peut-être que la servitude qui leur est proposée comme unique horizon n'a plus rien de volontaire…

 

classe-dominants-page-001 © Collectif les Engraineurs, pour 20.000 Luttes classe-dominants-page-001 © Collectif les Engraineurs, pour 20.000 Luttes

 

 

 Quand Macron encourageait les jeunes à rejoindre le club des milliardaires, il était plus réaliste que provocateur ; l'avenir est à ce point binaire pour la jeunesse : smicard pour les chanceux ou richard pour les teigneux. Malheureusement pour la classe dominante, le petit confort made in China dans un 20M² ne se vend plus aussi bien que la maison promise à nos parents, la pub kitsch du capitalisme low-cost se déchire avant même que le crédit ne soit remboursé. Dans ce paradis en perdition, il semblerait que le rite d'initiation de l'adulte soit de s'enferrer dans les dettes, chaînes qui tintent au tour du cou de ceux qui marchent la tête courbée et douloureuse.

Il y a tout de même quelque-chose d'incongru à supplier à genoux de tels vendeurs de pacotilles, aussi radins que mesquins, n'en convenez vous pas ? Ainsi, les participants de l'occupation ont pris le parti de ne rien revendiquer, ne pas quémander et de ne jamais se coucher. Frédéric Lordon explicitait pleinement cette ambition dans le seul et unique discours du mouvement le 31 mars : « Merci El Khomri, Valls et Hollande, pour nous avoir enfin ouvert les yeux et fait apparaître qu’au point où nous en sommes, il n’y a plus rien à négocier, il n’y a plus rien à revendiquer. [...] Pour notre part, nous sommes maintenant bien décidés à emprunter une autre voie. La voie qui révoque les cadres, les rôles et les assignations. La voie du désir politique qui pose et qui affirme ! »

Quand il n'y a rien à perdre, tout est gagner, et ainsi le désespéré finit par s'affranchir de ses peurs. Ainsi, les occupants s'enhardissent au point de « vouloir tout, prendre tout, et ne rien leur laisser » mais, tout cela, il faudra l'arracher et pas seulement à mamie du haut de ton 50Cc…


La convergence des luttes, un blasphème politique ?


La Nuit debout est née d'une question simple, inspirée du documentaire satirico-subversif Merci Patron de François Ruffin, fondateur du journal Fakir : « comment leur faire peur ? » Comment faire pour qu'enfin cette lancinante angoisse de l'avenir change de camp ? Lors d'un débat public à la Bourse du travail, un petit millier de personnes répondirent en chœur : « après les manifestations, ne rentreront pas chez nous, passons la nuit debout ! » Le mot d'ordre était lancé, encore fallait-il savoir quoi faire de ces nuits ? Comme entre de vieux amis, ils et elles se sont dit « pourquoi ne pas refaire le monde ce soir ? » Mais bon, l'occupation d'un bistrot, ça manquait un peu de panache. Quand on est un peu fou, seule une idée encore plus folle peut vous sortir de l'impasse. Ils décidèrent alors d'ouvrir une brèche dans la grisaille, rappelant Sénèque "La vie ce n'est pas d'attendre que l'orage passe, c'est d'apprendre à danser sous la pluie", afin d'appeler à la convergence des luttes. Il y a en France 20,000 Luttes du nom de "l'organe de propagande non officiel" du mouvement, pastiche du chiffon à strapontin 20 Minutes, mais malheureusement, pas beaucoup plus de militants.


La convergence des luttes est une idée à la fois si simple, Frédéric Lordon ne manquerait pas de rappeler le dicton grec « L'union fait la force, aouh, aouh » (« 300 », le film), mais à la fois si difficile à fonder : comment unir autant de luttes que de personnes ? Cette question stratégique est au cœur de la Nuit debout, à ce point intime qu'elle n'est encore qu'effleurée du bout des lèvres par les participants à l'immense assemblée populaire. La convergence est avant tout volonté, à l'image de la centaine de personnes investies dans l'organisation préliminaire dans les différentes commissions. « Cette équipe logistique », comme elle se présentait à la revue Ballast quelques jours avant de passer à l'action, a d'abord souhaité provoquer les conditions physiques et matérielles d'une vaste rencontre, embryon de convergence, dont la destinée a ensuite été abandonnée à la volonté de l'Assemblée générale. L'objectif énoncé était un savant mélange entre modestie et ambition : « On considère que la machine doit se lancer. Ensuite, on espère qu'elle vivra ! La Nuit debout est le début d'un mouvement. »

 

Assemblée populaire du 32 mars, République Paris © Photo Ag : MaxPPP/EPA/IAN LANGSDON Assemblée populaire du 32 mars, République Paris © Photo Ag : MaxPPP/EPA/IAN LANGSDON

 


La convergence à ce-ci de difficile qu'elle nécessite renoncement et lâcher prise, loin de l'hyper-contrôle institutionnel si cher aux structures politiques traditionnelles (partis, syndicats, associations…). La Nuit debout refuse de s'incarner, de se trouver des leaders et coureurs de plateaux Tv, préférant sans conteste une approche protéiforme, aussi insaisissable que réellement représentative. Aujourd'hui, la convergence se fait transversale, addition de luttes et d'histoires, croisement de trajectoires, mais pour exister dans tout son potentiel de puissance, elle doit se faire transcendantale, dépasser l'existant pour construire une nouvelle entité, trouver sa propre identité.

La convergence des luttes reste encore un blasphème politique pour ceux dont les postures rigides déguisent parfois mal une forte personnalisation des idées. Il faudra pour cela déconstruire les chapelles politiques, démissionner leurs petits clergés querelleurs et renoncer aux puritanismes dogmatiques. Allant dans ce sens, la Nuit debout invente ses propres outils pour défricher le terrain et invite chacun à venir se faire maçon et architecte pour poser les fondations d'une nouvelle cathédrale populaire et démocratique.

Alors, quel risque y aurait-il à réveiller tous ces somnambules politiques dont les rêves ont été remplacés par l'ambition ? Les maîtres funambules de ce monde désillusionné pourraient bien faire une mauvaise chute à s'éveiller de ce cauchemar dans lesquels ils nous ont plongé et qui nous empêche désormais de dormir. A passer autant de nuits debout, les citoyens se laisseront peut-être bien tous gagner par l'attente fébrile de l'aurore afin d'admirer le monde s'éclairer sous un jour nouveau.

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 16:51

 

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Par ici la sortie!

 

Combien de coups de menton, encore, pour dissimuler le vide d'un pouvoir aux abois ?
cosinus © Christophe cosinus © Christophe

 

Quel culot, ces quelques reculades pour freiner la colère. Mais les Français ont le pied qui chauffe et la semelle impatiente d'aller vivement s'appliquer sur les fesses très-serrées du premier ministre, pour envoyer valser tout ce qu'il représente. Que cette sinistre farce se termine enfin par la déculottée du caudillo !

Malgré des députés godillots, malgré des nouveaux ministres dont on achète l'honneur à pas cher, contre un brimborion de pouvoir et trois miettes de célébrité et de privilèges, malgré des médias aboyant en meute pour défendre leurs patrons, marchands de canons ou affairistes, la population s'agite sous les chaussettes cloutées des petits soldats de l'antisocial. Et la peur, soudain, se lit sur le visage de ceux qui voulaient s'en servir comme d'une arme paralysante pour mieux dominer un peuple endormi.

Combien d'annonces d'attentats déjoués pour camoufler les coups de matraques sur le dos des lycéens, les gaz lacrymogènes, les tirs de flashball et les agissements quotidiens de ces voyous de baqueux qui seront désormais, sur décision du ministre de l'Intérieur, équipés de fusils qui tueront nos jeunes pacifiques plus aisément que les rustiques bâtons télescopiques ? Combien de « nous-sommes-en-guerre » pour étouffer les plaintes de millions de chômeurs ? Combien de prétendus « Molenbeek » pour dresser les gens les uns contre les autres ? Combien de coups de menton, encore, pour dissimuler le vide d'un pouvoir aux abois ?

Las, l'état d'urgence ne sera pas constitutionnalisé. Ni la honteuse déchéance de nationalité. Il est à craindre que cette saloperie de loi sur le travail rentrera penaude dans le tiroir du MEDEF d'où Valls l'a fièrement tirée pour complaire à son copain Gattaz. Le petit chef du gouvernement croyait, sans doute, à sa toute puissance magique comme à l'apathie d'une opinion publique traumatisée par les crimes terroristes. Nous l'aurons déçu, nous les archaïques accrochés à nos zakisocios qui empêchent la belle modernité néolibérale d'instaurer les réformes nécessaires à exploitation totale des travailleurs. On s'en remettra, lui pas. Il ne peut aller plus loin dans la crispation de mâchoires et le froncement de sourcils. Et dans le grand coup de pied au cul qu'il a tant cherché à recevoir, mettons-y tout le cœur et la compétence d'un peuple qui ne peut plus supporter les trahisons et la morgue de ceux qui, au nom de tous, n'agissent par la force que pour favoriser les intérêts de quelques uns, pour la liberté des exploiteurs décomplexés. Par ici la sortie!

 

 

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 16:39

 

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La «Nuit Debout» s'étire jusqu'au «32 mars»
2 avril 2016 | Par Dan Israel
 
 

Après une première nuit passée place de la République à Paris, les opposants à la loi sur le travail ont poursuivi leur occupation. Deux mille personnes, jeunes adultes pour la plupart, se sont retrouvées pour discuter passionnément du monde dans lequel ils aimeraient vivre. Et pour être ensemble, tout simplement.

« Allez, on vote. Qui est pour ? » : une nuée de mains sont secouées en l’air. « Qui est contre ? » : quelques paires de bras se croisent à hauteur de tête, pour exprimer le refus. Sur la place de la République, depuis 20 h 30 ce vendredi soir 1er avril, c’est assemblée générale. Plusieurs centaines de personnes (environ 2 000 au plus fort de la soirée) ont agité les bras selon les codes convenus ensemble, pour prolonger toute la nuit la mobilisation de la « Nuit Debout », qui s’était déroulée la veille à l’appel du collectif informel monté autour du film de François Ruffin Merci Patron !.

 

Après la nuit du 31 mars, les milliers de photos et d’instantanés circulant sur les réseaux sociaux français se sont retrouvés siglés, en toute logique, #32mars. Un mot-clé au parfum de fantaisie utopiste qui correspond bien au ton qu’ont essayé de donner les activistes rassemblés sur l’immense place de l’Est parisien, dont ils ont occupé un gros quart sud-est. Mais l’heure n’est plus au divertissement de la veille, avec concert et projection. Pendant plus de 3 h 30, et jusqu’à minuit, les centaines de participants ont échangé, sagement assis en cercles concentriques autour d’un unique ampli et d’un micro solitaire passant de main en main, ou ont déambulé, discuté, bu, mangé et rigolé tout autour de cette agora en plein air.

 

 © D.I. © D.I.

 

Les policiers, encadrant par petits groupes tout le rassemblement, se remarquent à peine dans l’ambiance détendue. Il faudra attendre 6 heures du matin pour qu'ils renvoient vers le métro la centaine de personne encore présentes sur la place. Un portail fait de cartons empilés et décorés clame côté pile, lorsqu’on s’approche : « Que nul n’entre s’il n’est pas révolté. » Et côté face, il avertit : « Nul ne sort s’il n’est pas convaincu. » De grands cartons vides font office de poubelles, et on y pratique le tri sélectif.

Sur le côté de la place, quelques tentes de fortune ont été montées par certains participants ou par les membres des commissions créées quelques heures plus tôt, à l’issue d’une première réunion : cantine, logistique, communication… Pas très loin, une ardoise blanche résume les besoins en matériel : couvertures, bâches, tentes, marqueurs et tableaux, eau, nourriture, etc. Un seul groupe électrogène tourne, mais il se murmure que la nuit suivante, la centrale CGT de Montreuil devrait prêter un groupe électrogène. Dans la foule, on remarque quelques têtes du mouvement On vaut mieux que ça, déjà croisées à toutes les manifs, l’intermittente Sophie Tissier qui a récemment gagné contre le groupe Canal+ (lire sa tribune sur Mediapart), ou encore l’acteur Samir Guesmi.

Des membres de la commission « Accueil et sérénité » (comme est rebaptisé poétiquement le service d’ordre), bandeau « Nuit Debout » autour du bras, renseignent les badauds. Ils racontent la volonté commune : « Créer un espace de discussions libres », « essayer de lancer d’autres questionnements politiques que celui autour de 2017, où il faut savoir si on votera pour Hollande ou pour Sarkozy ». Vers 21 h 30, François, un scientifique qui a atteint la cinquantaine, membre du comité d’organisation informel, distribue des autocollants « Rêve générale », qu’il vient d’aller chercher dans les locaux d’Ivry du collectif de graphistes Ne Pas Plier. « Je craignais qu’après la première nuit il n’y ait plus personne, mais ça se remplit bien », se réjouit-il.

C’est bien la foule qui continue d’arriver qui a fait s’arrêter Julien et Sophie, 22 et 23 ans. Ils ne savent pas ce qui se passe, mais habitent à côté et avaient déjà repéré l’attroupement la veille au soir. Ils sont curieux, et plutôt admiratifs, bien qu’encore un peu circonspects. « Venir à autant un vendredi soir, oui, ils sont motivés », lâche-t-il. « Et ils n’ont pas seulement le profil de gens qui mangent du bio, il y a tous les profils… », complète-t-elle. Tous les profils ? Ce n’est pas l’avis de l’intervenante du moment à l’AG, qui regrette justement qu’on reste entre membres de « la petite bourgeoisie blanche ».

Et de fait, la grande majorité des participants sont des étudiants, ou des membres de la tranche d’âge 20-35 ans, et sont blancs. Comme Pascaline et Hélène, étudiantes en master d’histoire de l’art. La première avait « juste envie d’être là » : « Tous mes potes m’ont dit qu’il fallait que je vienne, pour voir comment ça se passe, comment s’organise ce mouvement sans aucune violence. » La seconde, qui n’a pas pu manifester contre la loi El Khomri, considère qu’elle « rattrape les choses » en s’asseyant sur la grande place qui se rafraîchit à vue d’œil.

 

 © D.I. © D.I.

 

Pour prendre des forces, direction les deux tentes de bric et de broc marquées « Cantine », où l'on sert ce que des voisins ont apporté ou les invendus des magasins ou des boulangeries environnantes : salades maison, sandwiches clubs, baguettes, yaourts… Le tout à un « prix libre ». Victoire, Chloé et Killian s’activent avec le sourire. Ils viennent de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, et se sont retrouvés un peu par hasard à ce poste stratégique. Pour la première Nuit Debout, ils étaient venus les mains dans les poches, mais cette fois, ils ont eu l’idée de transporter casseroles et réchaud. Ils se sont donc tout naturellement proposés pour aider à remplir les ventres creux.

« On ne sait pas exactement qui porte politiquement le mouvement, mais on est venus voir, raconte Victoire. Pour moi, c’est d’abord une lutte contre la loi sur le travail. Mais nous allons peut-être voir émerger autre chose, une forme de convergence des luttes. » Chloé se dit plus ambitieuse : « On vise bien au-delà de cette loi, il y a un ras-le-bol général. Mais c’est bien, le travail, ça touche à peu près tout le monde, c’est très fédérateur. » Embrassant la foule du regard, elle sourit : « Ça commence à avoir des airs d’Espagne ! »

 

Les indignés espagnols, référence obligée

Le mouvement des Indignados espagnols est la référence obligée des militants de République, avec quelques emprunts au mouvement Occupy américain. Dans l’AG, on énumère les trucs et astuces développés lors de ces mobilisations qui servent de modèles, et on applaudit à tout rompre lorsqu’un citoyen espagnol prend la parole. Pour l’heure, les débats tâtonnent, le ton n’est pas encore trouvé.

 

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D’un côté, on échange passionnément sur la forme que doivent prendre les débats : faut-il laisser chacun parler plus de deux minutes ? comment couper ceux qui se lancent dans un discours fleuve ? Le terme « ZAD » est-il approprié ? Non, selon le représentant du « média center », qui alimente le site Convergence des luttes et les réseaux sociaux en images et communiqués : « Ça fait 36 heures qu’on essaye de raconter la plus belle histoire possible, parce que dans un premier temps, notre but est d’attirer le plus de monde possible. » Or, constate-t-il, « pour les journalistes, les ZAD, c’est des casseurs ». Quelques heures plus tard, le nom-slogan « La Commune debout » emporte finalement les acclamations. Il faut aussi parer aux urgences matérielles : « L’équipe logistique met en place un groupe toilettes sèches » pour suppléer les toilettes publiques de la place, qui ferment à deux heures du matin.

Ces détails pratiques ne masquent toutefois pas les débats de fond, aussi flous soient-ils pour le moment. « Il ne faut pas rester dans un entre-soi militant, il faut se tourner vers l’extérieur en communiquant au maximum », avertit l’un. « On est non partisan, nous n’avons pas d’étiquette politique », tranche l’autre, sous les applaudissements. Il est urgent de faire de la place « une base d’accueil pour tous les mal-logés », voire « pour tous les citoyens du monde », estime un troisième.

Sophie et José, deux quinquagénaires parisiens, parmi les rares cheveux grisonnants assis sur la place, écoutent ces prises de parole le sourire aux lèvres. « Cela fait 30 ans que je participe régulièrement à des luttes, explique Sophie, fonctionnaire. J’ai été de toutes les manifestations contre la loi El Khomri, et j’ai appris l’existence de la Nuit Debout par des tracts. Je partage cette volonté d’autre chose, autrement, qui passe par une convergence des luttes contre les injustices et l’insupportable. » À ses côtés, José approuve : « On va laisser émerger ce qui est en train d’arriver. Je pense que ce mouvement doit appartenir aux jeunes, à la génération de mes enfants. »

Un peu à l’écart, un groupe de jeunes adultes savoure des bières et les joies d’une complicité naissante. Ils sont étudiants en art, en sciences politiques, pions ou journalistes. Ils viennent de se rencontrer, ils se sont tous portés volontaires pour le comité logistique, qui a installé des tentes et quelques palettes garnies de cartons en guise de dortoir. « À 22 ans, j’ai déjà fait un burn-out, confie Nina, qui se reconnaît totalement dans le travail du mouvement On vaut mieux que ça. Le travail, c’était censé permettre de s’épanouir. On pourrait retourner à cette époque, s’il vous plaît ? » « Il faut organiser la lutte qui démarre, il y a l’envie d’un changement profond », lance Irène. Pour Paul, « il y a une mayonnaise militante qui est en train de prendre, et qui dépasse le cadre habituel ».

En bout de place, les envoyées spéciales de BFM et d’i-Télé font leur direct côte à côte. À trois mètres, imperturbables, une guitare, un tambour et une trompette font tourner un air entêtant, pendant qu’un apprenti MC s’essaye à un freestyle en hommage à « tous les fils de lutte ».

Après plus de 3 h 30 de discussion, l’AG touche à sa fin. Les rangs des participants sont plus clairsemés. « Soit on fait la révolution, soit je vous rejoins pour aller danser », glisse au téléphone un grand gaillard en se marrant. Au stand « Cantine », il n’y a plus de beurre pour les sandwiches, il ne reste que de la mayonnaise. Peu de choses ont été formellement décidées pour la suite du mouvement, les comités d'organisation vont se réunir à nouveau.

Le dernier orateur, un jeune homme noir imposant et charismatique, bonnet enfoncé sur les yeux, exhorte la foule à aller occuper l’Hôtel de ville, « sans demander l’autorisation ». Pour l’instant, le mouvement du « 32 mars » squatte la place en profitant d’une autorisation négociée par l’association Droit au logement jusqu’à dimanche. La maire de Paris Anne Hidalgo a déjà prévenu que « les lieux publics ne peuvent pas être privatisés ». Pas de quoi impressionner le colosse. « Si on est vraiment indignés, passons à l’action ! », lance-t-il sous les acclamations. Cette nuit, l’enthousiasme n’a pourtant pas été suivi d’effet. Pas encore ? Comme la veille, les manifestants seront poussés hors du lieu de cette AG au petit matin. Mais pour se compter et juger de leur force, les militants les plus passionnés, qui s’apprêtaient à dormir sur place, ont donné rendez-vous pour la nuit suivante. Même heure, même volonté de refaire le monde, et de le faire savoir.

 

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 16:25

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/christian-salmon

 

 

Et tout à coup, il est là le citoyen...

 

 

"Les citoyens ne se laisseront pas faire…" Extraits d'un texte de Peter Sloterdijk publié en 2011

La légende de Lucrèce fait surgir la res publica de l’esprit de révolte. Ce qu’on appellera plus tard la “sphère publique” est au départ un épiphénomène de la fureur des citoyens. Le premier forum est né de la colère de la masse ; à son premier ordre du jour, il n’y avait qu’un seul point : le rejet de l’infamie émanant du pouvoir dirigeant. C’est à partir de leur colère immédiatement éprouvée face à l’orgueil sans limites du roi que les simples habitants de Rome ont compris que, désormais, ils se voulaient “citoyens”. Aussi, le consensus qui est à la base de ce que nous appelons aujourd’hui encore la “vie publique” repose sur l’unanimité des citoyens face à l’affront fait aux lois tacites des convenances et du cœur. Soulignons encore une fois ce qui fut décisif : ce que nous désignons aujourd’hui par le terme d’origine grecque “politique” dérive du sens de l’honneur et de la fierté des gens ordinaires. Pour parler du spectre des affects liés à la fierté, la tradition européenne se sert du terme grec “thymos”. Et l’échelle thymotique de la psyché humaine comporte de nombreux degrés : de la jovialité, la bienveillance et la générosité à l’indignation, la colère, le ressentiment, la haine et le mépris, en passant par la fierté, l’ambition ou l’obstination. Or, tant que la fierté est au cœur du gouvernement d’une communauté politique, les questions d’honneur et d’honorabilité demeurent au centre de l’attention générale. Le respect de la dignité civique est considéré comme le bien suprême. Et l’esprit public veille scrupuleusement à ce que l’arrogance et la cupidité, les deux forces principales et toujours virulentes de la communauté sociale, n’aient jamais la haute main dans la res publics. On voit ainsi clairement pourquoi il n’est pas anodin, de nos jours, de parler de la décadence de Rome et de faire le parallèle avec la situation actuelle. Celui qui tient ce genre de discours reconnaît implicitement qu’il croit que, le moment venu, succédera à la république moderne – née voilà plus de deux cents ans de la colère antimonarchique ayant animé les révolutions américaine et française – une phase postrépublicaine. Celle-ci se caractériserait par une nouvelle coexistence du pain et des jeux ou, pour parler en termes plus contemporains, par une synergie de l’Etat social et de l’industrie du divertissement. Force est de constater que les signes avant-coureurs d’une telle synergie sont omniprésents. Le discours sur la “postdémocratie” qui nous vient de Grande-Bretagne – c’est-à-dire l’idée que les ­éminentes compétences des grands décideurs ­politiques peuvent nous permettre de faire l’économie de la participation des citoyens – n’a-t-il pas subrepticement conquis les directions des partis et les séminaires de sociologie du monde occidental ? Ne sont-ils pas légion, ceux qui se sont mis existentiellement à couvert – à la manière des stoïciens et des épicuriens de jadis – et se sont résignés à ce que la bureaucratie, le spectacle et l’accumulation de biens privés ­marquent aujourd’hui l’horizon ultime ? On pourrait tirer de ces observations la conclusion hâtive que, au crépuscule de cette deuxième ère républicaine que nous appelions “modernité politique”, les tendances post­démocratiques se sont déjà entièrement imposées. Il ne nous resterait alors plus, à nous les habitants de la deuxième res publica amissa (de la communauté abandonnée), qu’à attendre le retour des Césars – et de leur version de ­pacotille, les populistes, si tant est que le populisme nous apporte aujourd’hui la preuve que le césarisme fonctionne aussi avec des figurants. (…) Et tout à coup il est de nouveau là, sur scène, le citoyen thymotique, le citoyen sûr de lui, informé, réfléchi et désireux de prendre part aux décisions, et quel qu’il soit, homme ou femme, il porte plainte devant le tribunal de l’opinion publique contre le fait que ses préoccupations et ses idées ne sont pas représentées dans le système politique actuel. Il est de nouveau là, le citoyen toujours apte à se révolter, parce que, malgré tous les efforts qui ont été déployés pour le réduire à un fatras libidinal, il a conservé son sens de l’affirmation de soi et il manifeste ces qualités en portant sa dissidence sur la place publique. Le citoyen turbulent refuse d’avaler tout ce qu’on lui sert en politique, de s’abstenir d’exprimer des opinions “contre-productives”. Et, tout à coup, ce citoyen informé et révolté s’avise, on ne sait comment, de prendre au pied de la lettre le paragraphe 2 de l’article 20 de la Loi fondamentale [Constitution allemande], qui stipule que tout pouvoir de l’Etat émane du peuple. Qu’est-ce qui l’a pris de lire le mystérieux verbe “émaner” comme une invitation à sortir de ses quatre murs pour aller exprimer ce qu’il veut, ce qu’il sait et ce qu’il redoute ? A la source du sentiment de communauté des Romains, il y avait le refus de supporter plus longtemps l’arrogance démesurée de leurs dirigeants. Aujourd’hui aussi, d’innombrables citoyens voient des raisons de s’élever contre la morgue de leurs dirigeants. Même si cette morgue est devenue anonyme et si elle se cache derrière des systèmes soumis à une contrainte extérieure, de temps à autre les citoyens, en particulier en tant que contribuables et destinataires de discours creux à visée électoraliste, voient néanmoins assez ­clairement à quel jeu on joue avec eux. Mais pourquoi diable les gens ne peuvent-ils pas rester tranquillement à la place qu’on leur a assignée ? Pourquoi ne peut-on plus compter sur leur léthargie, essentielle pour le système ? Dans une démocratie représentative, les citoyens servent en premier lieu de fournisseurs de légitimité aux gouvernements. C’est pour cette raison que, à intervalles espacés, ils sont invités à exercer leur droit de vote. En revanche, entre les scrutins, c’est avant tout par leur passivité qu’ils peuvent se rendre utiles ; leur tâche principale consiste à exprimer par leur silence leur confiance envers le système. Pour être polis, contentons-nous de constater qu’une telle confiance est devenue une ressource rare. Même les politologues de cour, à Berlin, parlent du fossé manifeste entre la classe politique et la population. Mais les experts n’osent encore émettre ce dur diagnostic : la politique de dépolitisation du peuple est en passe d’échouer. Les Romains de l’époque des Césars étaient parvenus à mener à bien une dépolitisation magistrale : pour répondre aux exigences des citoyens, les élites de l’empire leur proposaient des ersatz passablement satisfaisants – en dépit des signes évidents de la décadence postrépublicaine. Ils avaient su éveiller dans le civis Romanus la fierté des activités civilisatrices de l’empire ; ils avaient rallié les peuples de la périphérie au centre en adoptant la manière douce ; ils avaient été suffisamment intelligents pour garantir aux masses urbaines une participation au narcissisme théâtral du culte des césars. En comparaison, l’incompétence de notre classe politique dans tous les aspects de l’économie thymotique saute aux yeux. Elle n’a bien souvent rien de plus à offrir aux citoyens que la perspective d’une participation à son propre fonctionnement misérable – une offre que la population n’accepte en règle générale que lors d’un carnaval et des oraisons rituelles. Depuis quelque temps, lorsqu’on demande aux instituts de sondages comment le peuple considère les performances de ses gouvernants, ils nous répondent le plus souvent : avec mépris. Inutile de préciser que ce terme appartient au vocabulaire élémentaire de l’analyse thymotique et figure tout en bas de l’échelle de la fierté. Aussi, lorsqu’il est utilisé avec une fréquence et une virulence telles, il devient évident que la gestion psychopolitique de notre communauté déraille amplement. Le songe des systèmes engendre des monstres. C’est ce que vivent les dirigeants à leur manière lorsque les citoyens insatisfaits s’opposent à leurs projets et à leurs procédures. Sans surprise, le mépris répond spontanément au mépris. A Stuttgart et à Berlin, la dissidence malvenue des citoyens a été combattue dans un climat de frayeur, avec un vaste déploiement de policiers et d’insultes. C’est donc à cela que ressemble cette chose sombre d’où émane le pouvoir de l’Etat ? “Contestataires professionnels, anarchistes dilettantes, démocrates d’apparat, égoïstes générationnels, laissés-pour-compte de la prospérité” : voilà en quels termes le gouvernement du Land de Bade-Wurtemberg et ses alliés à Berlin se sont exprimés face aux dizaines de milliers de personnes descendues dans la rue pour s’opposer à un grand projet en voie d’émiettement. Doit-on pardonner ces choix lexicaux parce que ceux qui les ont faits étaient en état de choc ? Non, bien au contraire, il faut être reconnaissant à ces responsables politiques d’avoir enfin exprimé ce qu’ils pensent des citoyens. Il mérite d’être souligné qu’une partie considérable de la presse, y compris de qualité, a été prête, en pleine tourmente, à s’identifier à la classe politique : on a récemment qualifié les manifestants de “citoyens en furie” – cette remarque aurait d’ailleurs été tout à fait judicieuse si elle avait porté en elle la mémoire du lien originel entre révolte et République. Hélas, elle n’a servi qu’à chasser comme des mouches les indésirables dissidents. Pour le reste, on voit que bien des journalistes savent comment apporter leur contribution à l’œuvre d’exclusion des citoyens. (…) Exclure les citoyens par la résignation, c’est jouer avec le feu, car à tout moment la résignation peut se transformer en son contraire, la révolte ouverte et la colère manifeste. Et, une fois que la colère se fixe sur un thème, il n’est pas facile de l’en détourner. A cela s’ajoute, du côté de la classe politique, que l’exclusion moderne des citoyens veut se présenter comme une “inclusion”. La dépolitisation des citoyens doit rester associée à une politisation résiduelle minimale pour assurer l’autoreproduction de l’appareil politique. Les citoyens de notre hémisphère ne sont jamais autant tenus à l’écart de la politique qu’en leur qualité de contribuables. L’Etat moderne est parvenu à imposer aux citoyens leur rôle le plus passif au moment où ils versent leur contribution à la caisse commune. Au lieu de mettre en avant la qualité de donateur du contribuable et de souligner avec respect le caractère de don de l’impôt, l’Etat fiscal moderne accable le citoyen de cette fiction dégradante : le contribuable aurait une dette massive envers la caisse commune, une dette telle qu’il ne pourrait l’effacer qu’en payant ses traites à vie. Les citoyens forment dès lors le groupe sur lequel pèse la dette collective, et ils paieront jusqu’à leur dernier soupir pour ce que les responsables de leur exclusion mettent aujourd’hui sur leur dos. Qu’on ne vienne pas dire que la politique actuelle n’a plus de vision. Il reste une utopie sociale : si la chance est de notre côté et si nous faisons tous notre possible, à terme nous parviendrons même à réaliser l’impossible, à savoir éviter la banqueroute de l’Etat. Et cette utopie devient l’étoile rouge qui luit dans le ciel au crépuscule de la démocratie. Depuis le début de la crise financière, en 2008, de nombreux commentateurs soulignent les dangers de la spéculation sur les marchés financiers. Et pourtant rien n’a été dit sur la plus dangereuse des spéculations : ne tirant aucune leçon des crises, la plupart des Etats modernes spéculent sur la passivité de leurs citoyens. Les gouvernements occidentaux parient que les leurs continueront à se rabattre sur le divertissement ; les gouvernements asiatiques parient sur l’éternelle efficacité de la répression ouverte. L’avenir sera déterminé par le résultat de la compétition entre le mode euro-américain et le mode chinois d’exclusion des citoyens. Tous deux reposent sur le principe qu’il serait possible de contourner le devoir de représentation éclairée et d’ignorer dans l’action politique le savoir et la volonté des citoyens, et ce en continuant à compter sur une forte passivité citoyenne. Jusque-là, tout a étonnamment bien marché. Même en ce mois de décembre fatidique de l’année 2009, après l’échec du sommet de Copenhague sur le climat, les citoyens européens ont préféré s’affairer à leurs achats de Noël plutôt que s’occuper de politique. Ils ont préféré rentrer chez eux les bras chargés de paquets plutôt que d’infliger, symboliquement du moins, le supplice – mérité – du goudron et des plumes à leurs “représentants” revenus les mains vides du Danemark. Nul besoin d’être devin pour savoir ceci : ces bulles spéculatives éclateront tôt ou tard, parce que, à l’ère de la civilisation numérique, aucun gouvernement au monde n’est à l’abri de la révolte de ses citoyens. Et, lorsque la colère accomplit son œuvre, de nouvelles formes de ­participation politique voient le jour. La postdémocratie à notre porte devra attendre.

Peter Sloterdijk

Texte intégral ici: http://www.courrierinternational.com/article/2010/11/25/les-citoyens-ne-se-laisseront-pas-faire 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/christian-salmon

 

 

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