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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 13:37

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

Arrêt sur images
De Mayotte à #NuitDebout : l’obsession médiatique pour la violence
 
 

Tiens, Mayotte, au journal de 8 heures de France Inter. Pourquoi Mayotte  ? Parce que des voitures y ont été caillassées. Plusieurs voitures. A la vérité, l’île est en grève générale depuis quinze jours, mais le journal de 8 heures de France Inter n’y avait pas prêté attention.

Pas davantage que tous les autres médias métropolitains, comme nous le remarquions au même moment – pour être justes, il a fallu ces quelques caillassages pour que nous aussi nous émouvions du silence de nos confrères sur la grève générale à Mayotte.

 

La leçon est claire  : si vous voulez avoir l’oreille du gouvernement français, chers grévistes mahorais, ne vous contentez pas de revendiquer « l’égalité réelle », ou le retrait du projet El Khomri, caillassez donc  !

 

CRS et journalistes

Beaucoup moins de journalistes que la veille, mardi soir, à la République, où je suis retourné me promener. Beaucoup moins de CRS, aussi. Pas une seule camionnette de CRS. Disparus, les CRS. Envolés. C’était un mauvais rêve. Comprendra qui pourra. Jours pairs, jours impairs  ? Existe-t-il un rapport arithmétique entre le nombre de CRS et celui de journalistes  ?

« C’est curieux, quand même, qu’il n’y ait plus de journalistes », me dit un jeune « nuitauboutiste », qui regardait Arrêt sur images à la télé, sur France 5, mais ne savait pas qu’elle avait migré sur Internet. « C’est une bonne chose, ou non  ? » La question est sincère. Il se la pose vraiment.

Il faudrait tout reprendre à zéro. Lui expliquer que dans cette obsession médiatique pour la violence visible, il y a des bonnes et des mauvaises raisons. Les mauvaises  ? L’anxiogène fait vendre. Les bonnes  ? Ce sont les points de crise, toujours, qui révèlent les rapports de force et les tensions d’une société.

 

« Leur faire peur »

Est-ce à dire que « Nuit debout » a raison de casser des vitrines de banques à proximité de République  ? Casser des vitrines ou planter un potager, quelle est l’action la plus efficace  ? On pourrait en débattre des jours entiers. Tout dépend de l’objectif fixé, tout dépend s’il s’agit de « leur faire peur », ou de construire « un espace préfiguratif », comme dit l’anthropologue David Graeber. 

Préfiguratif  ? Oui, d’autre chose. D’autres modes de production, d’autres rapports humains et politiques, d’une toute autre société. Et encore. Même s’il s’agit de « leur faire peur », la chose se discute.

 

Casser des vitrines leur fait peur, c’est indiscutable. Mais c’est une peur que connaissent intimement, dans leurs gènes, depuis toujours, tous les possédants. Contre laquelle ils ont des techniques pavloviennes de rétorsion. Ils enverront la police. Peut-être retireront-ils le projet El Khomri. Que le gouvernement suivant re-présentera l’année suivante, le même ou pire.

Tandis que le potager, ils n’y comprennent rien. Ils tournent autour en ricanant, ils se demandent si c’est du cerfeuil ou de la ciboulette. Mais écoutons bien ces ricanements. N’est-ce pas une peur, qu’ils masquent  ? Pas la même peur, certes. Une inquiétude sourde, vague, informulée. N’est-elle pas, au total, plus déstabilisatrice  ? Ce n’est qu’une intuition, n’est-ce pas. Je suis prêt à la discuter.

Initialement publié sur Arretsurimages.net
http://www.arretsurimages.net
 
 
Source : http://rue89.nouvelobs.com
 
 
 
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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 13:20

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Les ministres se cachent pour sentir "Nuit Debout"

Sachant pertinemment qu’ils ne sont pas les bienvenus place de la République, les membres du gouvernement de Manuel Valls adoptent des stratégies de contournement pour prendre le pouls du mouvement “Nuit Debout”, place de la République à Paris.
 
"Cherchez le ministre" pourrait devenir le jeu à la mode à "Nuit Debout". - Sipa
 

Conscients qu’il se passe quelque chose place de la République à Paris, les ministres se gardent bien cependant d’y mettre le pied. Au vu de l’allergie des participants à “Nuit Debout” à toute récupération politique, et de leur rejet du gouvernement, nul doute qu’un ministre en grand équipage y serait accueilli sous les huées. Alors, pour en prendre le pouls sans qu’on leur cherche des poux, les ministres font le choix soit d’y aller incognito, soit de laisser leurs collaborateurs en première ligne.

Invité sur la matinale de France Inter ce mardi 12 avril, le ministre de la Jeunesse et des Sports Patrick Kanner a ainsi confirmé que ce sont les membres de son cabinet qui lui rapportent des choses vues place de la République :

“Moi je ne suis pas allé voir les jeunes place de la République (...) Mais je respecte leur mouvement, j’ai des collaborateurs qui sont jeunes, qui sont intéressés par le mouvement qui sont allés sur place, non pas pour infiltrer ou pour surveiller mais simplement par intérêt personnel.”

Et que lui disent ces infiltrés ?

“Ils me disent que c’est un mouvement qui est intéressant sur le plan intellectuel, sur le plan politique, moi je le regarde non pas avec sympathie mais avec intérêt réel, à condition qu’il respecte naturellement les règles et les lois de la République, c’est-à-dire qu’on ne peut pas occuper indéfiniment un espace public, il y a a d’autres moyens de s’exprimer dans ce pays”.

Selon de ce mardi, Myriam El Khomri aurait adopté la même stratégie que Patrick Kanner, envoyant ses émissaires. Axelle Lemaire a quant à elle fait le choix d’y aller, mais incognito, rapporte par ailleurs le quotidien. La secrétaire d’Etat au numérique se serait ainsi glissée dimanche parmi les manifestants. Une escapade incognito d’autant plus facile pour elle que, comme le relève un proche, “elle n'est pas très connue du grand public et elle n'est pas identifiée aux sujets qui hérissent les manifestants.” Un pari que pourrait aussi faire “Patrick qui ? Kanner”…

 

 

Source : http://www.marianne.net

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 13:10

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

"Merci Patron" : le "cri de ralliement" en une du New York Times

 

 
"Merci Patron !" est à la une ce mardi 12 avril de l'édition internationale du "New York Times". Le quotidien américain décrit le film comme un "cri de ralliement français" contre la loi Travail, voire au-delà…
 
Le visage de François Ruffin, réalisateur de "Merci Patron !", est à la une de l'édition int
ernationale du New York Times mardi 12 avril. - DR/montage Marianne
 
 

D'un "succès tranquille" à un "cri de ralliement français". A la une de l'édition internationale du New York Times ce mardi 12 avril, "Merci Patron !" est encensé. Le film réalisé par François Ruffin, qui décrit le combat d'un couple licencié par une société appartenant à Bernard Arnault, est "devenu un cri de ralliement contre la réforme gouvernementale visant à réformer le code du travail", note le titre américain.

La correspondante du journal à Paris, Doreen Carvajal, fait également référence à "Nuit Debout", quand "des centaines d'indignés se sont réunis la semaine dernière place de la République à Paris pour une projection du film en plein air" et ont "chanté les paroles de la bande sonore". Le film "est ainsi devenu un symbole de ce qu'il se passe dans les rues", confie au New York Times Etienne Ollagnier, co-gérant de la société distributrice du film.

 

"Plus de succès" que Michael Moore

Le New York Times n'hésite pas à comparer François Ruffin à Michael Moore, auteur de documentaires à succès comme Roger & Me, qui relate la suppression de 30.000 emplois chez General Motors à la fin des années 1980. Et d'estimer que "Ruffin a eu plus de succès" que son aîné américain, en obtenant "la visite d'un représentant de LVMH pour convenir d'un accord". La classe américaine…

S'il a bien été diffusé sur la place de la République, le "symbole" y a aussi été quelque peu écorné la semaine dernière. Le réalisateur, par des indignés lui reprochant de "faire la promotion de son film". Le mouvement, parti de la mobilisation contre la loi Travail, brasse aujourd'hui Gare à ceux qui s'y essaieraient…

Sorti en salles le 23 février, Merci Patron ! avait réuni au 4 avril plus de 220.000 spectateurs. Un score conséquent, puisque les distributeurs estiment qu'un documentaire fait une bonne performance à partir de 50.000 entrées.
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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 12:57

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

Nuit debout : bientôt des porte-parole élus ?

 

 

 

Nuit debout : bientôt des porte-parole élus ?

 

Lors d’un débat organisé par l’organisation altermondialiste ATTAC, l’économiste français Frédéric Lordon s’est prononcé pour une évolution stratégique du mouvement de la place de la République.

 

A République, tout le monde connaît Frédéric Lordon. Même les CRS : "C’est le truc de Lordon", lâche un policier casqué à son collègue qui observe l’attroupement devant la Bourse du Travail. Ce mardi 12 avril, une partie de Nuit debout s’est décentralisée à quelques pas de la place de la République, dans ce QG des syndicats français, pour assister à une conférence organisée par le mouvement altermondialiste Attac. David Graeber, anthropologue anarchiste et activiste d’Occupy Wall Street, va converser pendant deux heures, et pas une minute de plus, avec l’économiste Frédéric Lordon, figure et âme dévouée de Nuit debout.

Le décor de la bâtisse du XIXe change de celui de République. La verrière à charpente métallique a remplacé le goudron humide et les peintures style Renaissance font oublier les pancartes en carton. Sous le haut patronage du buste de Jean Jaurès, qui domine la salle Ambroise Croizat, l’événement rassemble environ 200 personnes. Ils attendent des réponses à leurs questions brûlantes. Beaucoup de visages jeunes, on reconnnaît quelques "nuit-deboutistes" dynamiques. Énormément de tempes grises et de cheveux blancs.

Nuit debout est-il si différent des Indignés ou de Occupy Wall Street ? Quelles leçons tirer des occupations des autres places, de Madrid à Wall Street ? Et surtout, quel avenir pour Nuit debout ? Le programme de la soirée est pléthorique. Et Frédéric Lordon est venu avec des messages à faire passer.

"La révolution en 2025-2030"

Après avoir écouté attentivement David Graeber saluer Nuit debout "qui réinvente la démocratie directe" et expliquer que "pour gérer les outsiders, il faut un gouvernement", comprendre une tête au mouvement, le penseur français enchaîne. Les Indignés espagnols sont "un contre-exemple", puisque Podemos s’est mué en "écurie électorale", tandis qu’Occupy Wall Street "n’a rien produit". Frédéric Lordon n’a rien perdu de ses aptitudes à la provocation et s’en amuse :

"Je dis ça parce que je suis un théoricien marxiste. En réalité, Occupy a permis des mouvements à Hong-Kong, sur la place Taksim à Istanbul et aujourd’hui à Paris. Cette émulation est bonne."

Voilà pour l’étranger, mais Frédéric Lordon veut surtout parler de Nuit debout, dont certains dans le mouvement craignent qu’il connaisse une période de creux en raison des vacances scolaires. "Nous avons une génération de lycéens incroyable. Si on suit ce qui s'est passé aux États-Unis, ils devraient faire la révolution en 2025-2030. Quand ces minots arriveront comme des balles, le gouvernement aura du souci à se faire", scande Frédéric Lordon. Les mains s’agitent en guise d’approbation, les codes de la Nuit debout font désormais partie de l’usage. Mais les traditionnels applaudissements demeurent.

L’orateur calme aussitôt la foule. "La vraie question est : que voulons-nous ?" Les nombreux participants à Nuit debout présents dans l’amphithéâtre se sentent immédiatement concernés. L’organisation du mouvement doit évoluer.

"L’intransigeance horizontale de l’AG, couplée à l’homogénéité sociale et l’improductivité du mouvement pourraient rendre la démarche régressive", prévient-il dans son langage typique d’universitaire.

Il faut trouver d’autres formes, "c’est l’enjeu du moment". Une nouvelle commission, chargée de la stratégie, peut-être ? Frédéric Lordon l’évoque, mais n’est pas sûr. Un porte-parole, alors ? Christophe Ramaux, un économiste de Paris-1 présent dans le public, pose la question. "Les porte-parole ne me posent aucun problème s’ils sont élus, mandatés, contrôlés et révocables", assène Lordon, beaucoup plus convaincu. L’auditoire est conquis. Il y a des acclamations qui valent tous les votes.

Virginie Cresci et Etienne Girard

L'Obs

L'Obs

Journaliste

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 14:37

 

 

Source : http://www.bastamag.net
 

 

Consommation

Fairphone, vers un téléphone équitable, modulable, recyclable et... grand public ?

par

 

 

Un smartphone fabriqué dans des conditions acceptables est-il possible ? Plusieurs scandales ont entaché les grandes marques de l’industrie électronique : métaux extraits dans des zones de conflits en Afrique, conditions de travail indignes sous-traitantes en Asie, pollutions environnementales, obsolescence des produits… Face à cette situation, une entreprise néerlandaise a lancé le Fairphone, un smartphone qui se veut « responsable » et « durable ». Une avancée louable malgré les limites de l’initiative. Enquête.

 

Astrid Barthélémy, rencontrée sur Twitter, a du mal à consulter ses messages. « J’ai cassé l’écran de mon smartphone, un Samsung quasi neuf, et j’ai dû emprunter un téléphone un peu bas de gamme en attendant », explique la jeune femme. Connectée en permanence aux réseaux sociaux ou à Internet, comme beaucoup d’autres jeunes de sa génération, Astrid se trouve un peu diminuée sans son appareil de prédilection. Constatant que la réparation de son écran était trop coûteuse et compliquée, elle ne s’est pourtant pas ruée sur un nouveau smartphone standard, l’attitude type de milliers d’autres consommateurs. « J’ai remis en question la façon dont on nous propose systématiquement des appareils à usage unique. Le reconditionnement ne m’attirait pas non plus. J’avais entendu parler du bloc-phone il y a quelques temps, un téléphone dont les éléments étaient facilement remplaçables. C’était malheureusement resté à l’état de projet. En cherchant davantage, j’ai découvert le FairPhone 2 ».

 

Astrid a ainsi précommandé son FairPhone 2 (fair signifie « juste » en anglais), à coque bleue translucide, qui doit lui être livré fin février. L’appareil est entièrement modulable, fabriqué par la start-up éponyme basée au Pays-Bas, qui ambitionne de proposer des téléphones les plus « éthiques » possible. « Je me suis intéressée au juste prix du téléphone, comprendre ce que je payais, les conditions de sa fabrication. La démarche de cette entreprise m’a séduite. » Elle a désormais rejoint la communauté des quelque 9 0000 « #WeAreFairphone ».

 

Des filières de production plus transparentes

Fondée en 2013, la société a été lancée suite à une campagne de sensibilisation en 2010 qui s’interrogeait sur la possibilité de fabriquer un produit technologique haut de gamme en s’appuyant sur une fabrication moins nocive pour l’environnement et les conditions de travail. « En 2011, nous avons d’abord étudié les modes de production, particulièrement en Chine et au Congo, en nous appuyant sur des ONG locales pour aller à la rencontre des différents acteurs du système », se souvient Bibi Bleekemolen, responsable du développement durable chez FairPhone.

 

Courant 2013, après avoir identifié et choisi sur le marché des fournisseurs dont les pratiques semblent les plus respectables – d’un point de vue social –, l’entreprise lance son FairPhone 1. « L’idée n’était pas de dire : “on fabrique un téléphone aux Pays-Bas” », décrétait récemment dans un reportage diffusé sur Arte le fondateur et directeur Bas Van Abel, « mais nous essayons de concevoir un produit dans les meilleures conditions possible pour une utilisation intelligente ». La start-up, conforme aux convictions de ses créateurs, se veut entièrement transparente sur la fabrication de ses téléphones ainsi que sur son fonctionnement interne, ses dépenses, ses investissements ou ses marges. Le détail du coût du téléphone est accessible en ligne de même que les noms des partenaires et distributeurs.

 

La question de l’extraction d’or

Par ses matériaux, la fabrication du « Fairphone » ne diffère pas des autres smartphones : elle nécessite les mêmes terres rares et minerais indispensables, la même main-d’œuvre. Mais la marque refuse de s’approvisionner dans les mines africaines qui alimentent les conflits armés, et cherchent celles qui, si possible, n’exploitent pas les populations dans les conditions les plus terribles – comme l’a rappelé encore récemment un rapport [1] d’Amnesty International sur l’extraction de cobalt (lire aussi notre article « Le cobalt des smartphones et voitures électriques extrait par des enfants »). Elle tente aussi de travailler avec des entreprises chinoises dont les pratiques sociales sont plébiscitées par les employés.

 

Début 2016, FairPhone a d’ailleurs rejoint « une chaîne d’approvisionnement pilote » pour l’extraction de l’or dans des conditions sociales et environnementales acceptables, avec le soutien du label de commerce équitable Max Havelaar. L’or « certifié » Fairtrade provient d’une mine péruvienne. « Minera Sotrami est une petite entreprise minière, qui compte 164 actionnaires et emploie 260 mineurs ainsi que 5 ingénieurs qui gèrent la mine et toutes les étapes de transformation du minerai. L’or extrait sur ce site répond à la norme Fairtrade pour l’or et les métaux précieux », communique l’entreprise.

 

Des métaux « ne provenant pas de zones de conflits »

La marque développe également des programmes éducatifs au Ghana avec son partenaire néerlandais, l’organisation non gouvernementale Closing the Loop, afin de sensibiliser les populations aux dangers liés à l’extraction ainsi qu’au recyclage de matériaux électroniques. Elle essaie de mettre en œuvre des campagnes similaires en Ouganda et au Cameroun. « L’industrie du recyclage est loin d’être propre. Nos téléphones ne sont pas issus du recyclage, mais nous voulons nous impliquer dans cette filière pour l’améliorer, la rendre plus transparente et plus profitable, cela fait partie de nos valeurs clés », souligne Bibi Bleekemolen.

 

Ces initiatives ont valu à la start-up la remise du prix « Momentum for Change des Nations Unies » à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, à Paris (COP21). « Contrairement à d’autres, nous voulons avoir la main sur toute la chaîne de production, et pas uniquement sur les principaux fournisseurs. Nos partenaires, des ONG locales comme le réseau TAOS en Chine, qui effectue des audits réguliers et une veille permanente sur les conditions de travail dans les entreprises chinoises, nous assurent que les démarches sont respectées à tous les niveaux. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir », reconnaît Bibi Bleekemolen. Pour l’instant seuls quelques minerais sont issus d’un commerce réellement traçable, tant les intermédiaires sont nombreux dans ces filières. L’entreprise a ainsi « adhéré au Conflict-Free Tin Initiative, qui trace la provenance de l’étain, au programme Solutions for Hope pour le tantale, et cherche actuellement des partenaires au Rwanda pour une extraction de tungstène [2] ne provenant pas de zones de conflits »,  peut-on lire sur le site de Fairephone.

 

« Tout ce qui relève de l’extraction minière n’est pas durable »

Quant à des ressources minières « durables », Judith Pigneur, Christophe Alliot et Sylvain Ly, n’y croient pas vraiment. Ces trois analystes du bureau d’étude et d’information Le Basic, spécialisé sur les impacts sociaux et environnementaux des différentes filières de consommation courante, demeurent sceptiques. « Il faut faire attention aux mots que l’on emploie quand on parle de commerce équitable et de filières durables. Nous ne sommes pas certains que le FairPhone puisse répondre à toutes les conditions nécessaires pour entrer dans la catégorie commerce équitable et durable, comme peut l’être aujourd’hui le café », nuance Sylvain Ly. « Annoncer de l’extraction d’or équitable contribuant au développement durable n’est pas très réaliste, par définition, tout ce qui relève de l’extraction minière n’est pas durable, car la Terre a des ressources, certes, mais limitées », assène Judith Prieur.

 

« La fabrication de téléphones décomposables en blocs permet de produire moins de déchets, car on n’est pas obligé de tout jeter à la fin de vie de chaque élément. Mais si l’on voulait un smartphone réellement propre, idéalement, il faudrait pouvoir recycler ces blocs et leurs composants », poursuit cette doctorante de l’école Centrale-Supélec. Ce qui est loin d’être le cas. Si les métaux sont, en théorie, facilement réutilisables, leur éparpillement à des doses microscopiques dans chaque smartphone rend leur recyclage fastidieux (lire aussi notre enquête : « Quand le monde manquera de métaux). « Moins de 1% des terres rares est recyclé, fait valoir Judith Prieur. Il existe actuellement un frein industriel – la filière de recyclage n’existe pas, et est coûteuse à mettre en place – et économique, le prix des matières premières minérales étant actuellement bas. C’est un secteur avec très peu d’alternatives [3] ».

 

Comment mobiliser le consommateur ?

Acquérir un Fairphone serait donc vain ? « La démarche est louable et nécessaire, car elle cherche à sensibiliser le consommateur à ces phénomènes. Elle s’inscrit à contre-courant des tendances actuelles, en assumant les enjeux sociétaux liés aux filières d’approvisionnement. Et tente d’y répondre en proposant un produit réparable alors que nous sommes dans le « tout-jetable » depuis des décennies, » souligne Sylvain Ly. « La question est de savoir si l’objet smartphone lui-même est compatible avec les impacts sociaux et environnementaux qu’il génère. Et surtout si le consommateur sera suffisamment sensible pour adhérer aux alternatives dont le FairPhone est le fer de lance. Tant que les prouesses techniques et le confort du consommateur priment, je ne pense pas que nous verrons une réelle mobilisation des acheteurs », déplore-t-il.

 

Ce qui s’est produit dans le secteur textile depuis trois décennies incite à ne pas se réjouir trop vite. Les beaux discours et engagements des industriels sur leurs responsabilités sociales n’a pas empêché la catastrophe du Rana Plaza, qui a tué plus d’un millier d’ouvriers il y a trois ans au Bangladesh : « Les industries disent avoir amélioré leurs modèles en travaillant leur responsabilité sociale en entreprise (RSE), mais concrètement peu de choses ont changé », estime Sylvain. L’industrie textile a une nouvelle fois frôlé la catastrophe au Bangladesh, mi-février 2016. Une illustration supplémentaire des limites de la « responsabilité sociale » façon H&M. « Le consommateur reste pris dans un modèle économique qui engendre les achats impulsifs », rappelle Sylvain, « il s’agit dans les deux cas, qu’il s’agisse du textile ou des smartphones, de marqueurs sociaux. C’est cela qu’il faudrait arriver à casser ».

 

Vers une consommation et une utilisation responsables

En termes de consommation, la démarche du FairPhone se rapproche justement d’une logique de « décroissance » économique plutôt que de renouvellement d’un produit à tout prix, avec autant d’équipements qui deviennent obsolètes en quelques mois. On ne peut ainsi acheter l’appareil qu’en pré-vente. En France, un seul endroit le propose : l’ultrabranché Centre Commercial, magasin situé non loin de la place de la République, à Paris, qui vend principalement des produits de mode issus de circuits courts, bio et équitables à l’instar des célèbres chaussures équitables de la marque française Veja.

 

Si une dizaine de clients ont déjà commandé leurs Fairphone en boutique, ce téléphone demeure encore un produit confidentiel qui attire un consommateur averti. Astrid Barthélémy a connu ce téléphone grâce à son engagement au sein du Réseau français des étudiants pour le développement durable. Elle est donc particulièrement sensible à ces problématiques. Romain Porcheron, un Bordelais de 28 ans, est lui adhérent des Amis de la Terre et milite au sein d’Alternatiba. « Cela m’irrite vraiment d’acheter un produit dont les composantes risquent de ne plus fonctionner peu de temps après ! Dans la high-tech, tout est pensé pour nous inciter à consommer ! Ici, la démarche est différente », déclare celui qui a succombé au FairPhone 1 en 2014, « toujours fonctionnel et pratique ». « Le fait que le téléphone soit fabriqué sur demande nous oblige à réfléchir sur l’objet que nous achetons, en plus du prix qui est élevé et de l’attente qui s’ensuit. On se sent réellement impliqué dans le produit et son évolution », explique de son côté Stéphane Rochard, militant associatif francilien, heureux possesseur d’un FairPhone 2 depuis début février. À terme, le FairPhone pourra-t-il également séduire un plus large public ?

 

Les opérateurs français de téléphonie à la traîne

Côté technologie, les utilisateurs contactés soutiennent que le FairPhone 2 n’a rien à envier à ses concurrents. Il serait même plus accessible, car la réparation est conçue pour tous via des tutoriels très simples et gratuits, en ligne sur le site du fabricant. Muni d’un écran LCD Full HD Gorilla Glass de 5 pouces, sous Android 5.1 (Lollipop) disposant de 32 gigaoctets de mémoire interne, le FairPhone 2 est même plutôt bien noté par rapport à son prédécesseur. Les Numériques, site français de référence, concède ainsi 3 étoiles sur 5 à l’appareil et annonce qu’il « associe une plateforme matérielle haut de gamme de 2014 (ou milieu de gamme de 2015), un versant équitable plus solide et surtout un aspect potentiellement modulaire bardé de promesses pour l’avenir ».

 

Le site spécialisé s’interroge cependant sur la capacité du producteur à fournir les petites pièces détachables, tout comme Stéphane Rochard, qui espère convertir son entourage au FairPhone pour que la production se développe. « On ne trouve pas toujours toutes les pièces manquantes quand on en a besoin et l’attente en général est un peu longue », remarque-t-il. Le prix du téléphone, actuellement de 525 euros, refroidit aussi les acheteurs potentiels : il ne comprend pas les accessoires comme le chargeur ou les écouteurs – la marque estime que tout le monde dispose d’un câble usb de base. Autre inconvénient : il est actuellement impossible de bénéficier de paiement différés ou d’obtenir le FairPhone sur abonnement avec un opérateur français, comme c’est déjà le cas avec l’opérateur Phone Co-Op au Royaume-Uni, qui le propose pour 28 euros par mois, ou le néerlandais KPN. « Nous sommes actuellement en pourparlers avec plusieurs fournisseurs français. Mais ce n’est pas évident de les associer au projet car leur vision des produits est parfois conflictuelle avec la nôtre », remarque la directrice du développement durable chez FairPhone.

 

Quant à un système d’exploitation (operating system, OS) en propre, plus éthique et moins intrusif que Google – à qui appartient l’OS Android depuis 2005 – le fabricant s’est engagé à développer prochainement des logiciels équitables. Il a ainsi entamé une première collaboration avec Sailfish, un OS alternatif développé par la société finlandaise Jolla. Selon un responsable du développement logiciel de FairPhone, les deux sociétés présentes au Mobile World Congress ont fait des démonstrations des maquettes et des progrès réalisés. En attendant un véritable logiciel interne, Fairphone a ouvert un site en septembre 2015, afin que les utilisateurs puissent expérimenter leurs propres OS en open source. FairPhone, s’il demeure pionnier en matière d’initiative électronique éthique ne se diversifiera pas de sitôt vers les tablettes ou les ordinateurs. « Nous voulons nous concentrer sur un seul produit. L’idée est de créer un impact positif en lançant une réflexion globale sur la consommation des biens électroniques », rappelle Bibi Bleekemolen. Vivement que d’autres s’en inspirent.

 

Clea Chakraverty

Photo : CC Fairphone

- Lire notre dossier sur l’industrie électronique sur l’Observatoire des multinationales

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 14:21

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Ces vies de chômeurs derrière les catégories de Pôle emploi
11 avril 2016 | Par Mathilde Goanec
 
 

Cela fait longtemps que les chômeurs sont rangés par catégories, A, B ou C, tordues à l’envi pour faire plier la courbe qui monte. Mais la différence est-elle si grande entre ceux qui ne travaillent pas du tout (les A) et l’océan de précaires demandeurs d’emploi (B et C) ? Tentative de réponse en quatre portraits.

A, B, C. Ces trois lettres de l’alphabet permettent, chaque mois, de tirer les chiffres du chômage dans le sens du vent politique, construction statistique tellement instrumentalisée que l’on n’y comprend plus rien. Depuis un mois, et face à une nouvelle hausse du nombre des demandeurs d'emploi, ministres et anciens ministres semblent tous prendre leurs distances. Après avoir, l’un comme l’autre, commenté mensuellement les chiffres de Pôle emploi lorsqu’ils dirigeaient le ministère du travail, François Rebsamen critique désormais, dans Les Échos et Le Monde, leur « viabilité », quand, sur France Inter, Michel Sapin raille une « statistique administrative » et plaide pour que l’on retienne les « vrais chiffres du chômage », ceux publiés tous les trois mois par l’Insee (moins élevés).

Changer de calcul, privilégier la tendance à la folie de la publication mensuelle, pourquoi pas? Mais la réalité des “privés d'emploi” ne disparaîtra pas d’un coup de baguette statistique. Rencontre avec quatre personnes pour lesquelles la recherche d'emploi est devenue une priorité quotidienne.

 

  • Roselyne, stakhanoviste de la recherche d’emploi, s'inquiète de « basculer » dans les minimas sociaux

Roselyne, que nous rencontrons dans le sud de la France, le sait bien, elle qui a les deux pieds solidement enfoncés dans la catégorie A, qui rassemble les demandeurs d’emploi travaillant 0 heure par mois, indemnisés ou pas. Roselyne a le malheur de relever de deux autres sous-catégories, dont le volume ne cesse de croître, celles des « chômeurs de longue durée » et des « seniors », autant d’épines sur son CV. Licenciée d’une institution culturelle il y a trois ans, cette ancienne assistante de direction de 57 ans a un tic-tac de plus en plus bruyant dans la tête : ses indemnités, versées par Pôle emploi, s’arrêtent dans trois mois. Ensuite, restera le revenu de solidarité active (RSA). Il y a donc urgence.

 

 © Mathilde Goanec © Mathilde Goanec

 

Roselyne est minutieuse et acharnée, on le croit volontiers. Son fichier Excel recensant ses démarches pour retrouver un travail est un monument du genre, plusieurs milliers d’offres enregistrées, avec les coordonnées afférentes, l’état de la candidature, les retours ou non, les relances nécessaires, le tout codé en couleur et actualisé jour après jour, depuis trois ans.

« J’y passe quatre à cinq heures par jour, rien que pour trier les alertes, raconte Roselyne devant ses nombreux dossiers « papiers », triés et rangés sur une étagère. Je regarde les offres sur les sites de l’APEC, Cadremploi, Manpower, Adecco, Jobup en Suisse, vu que je parle aussi allemand. Mais le gros des offres passe par des cabinets de recrutement. » Malgré ses efforts, trois langues étrangères parlées, un Master of business administration (MBA) obtenu en 2010, à 50 ans passés, ainsi qu’une solide expérience dans le public comme dans le privé, l’emploi n’arrive pas.

Devant son ordinateur, elle épluche devant nous les offres du jour. « Tenez, par exemple, un poste d’assistante de direction à Quimper, 24 heures par semaine, 1 147 euros par mois… Ou une autre offre, 910 euros mensuels, avec niveau BTS, pour un contrat de professionnalisation dans un grand groupe industriel… La voilà la concurrence ! Des jeunes, qui sortent presque de l’école, mais qui accepteront de tout faire, du secrétariat à la comptabilité, ce qui permet aux boîtes d’économiser sur la masse salariale. » Roselyne demande un salaire de 1 800 euros, même si elle répond souvent à des annonces dont le montant est inférieur. « Je suis seule, je dois me loger et à neuf ans de la retraite, je ne peux pas me permettre de trop baisser mon salaire, sinon ça va être la catastrophe. »

 

 

Roselyne, inscrite dans la catégorie A, extrait #1 © Mathilde GoanecQuand ça mord, la chute est d’autant plus rude. En décembre dernier, Roselyne est retenue pour une offre à 1 800 euros net, à Bordeaux. Pôle emploi paie 30 % du billet de train, mais l’hôtel ainsi que la restauration sur place restent à sa charge. À sa grande surprise, « l’entretien se passait à Pôle emploi, on était 35 dans une salle, 11 pour un poste d’assistante de direction et 23 pour un poste de RH, venus d’un peu partout en France. Ils nous ont présenté l’entreprise. Le directeur général de la boîte devait rencontrer tout le monde, mais on n’a vu personne… Ça voulait dire quoi, qu’ils allaient recruter au faciès ? »

 

Trop de demandes se font concurrence, sur trop peu de postes, même si Roselyne est prête à lâcher sa vie et ses amis, tout un réseau construit depuis trente ans. « Je remonterais bien en Bretagne, à Brest, où mon frère vit. Mais mon rayon est large, je cherche même à l’étranger, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre. J’ai reçu une offre à 1 600 euros par mois pour un CDD de trois mois en Grande-Bretagne, pour faire de la vente par téléphone. Malheureusement, je ne peux pas lâcher mon appart’ pour trois mois. Mais si j’étais jeune, j’irais. Il faut que les jeunes y aillent », martèle Roselyne, qui s’inquiète également pour son fils, accordeur de piano.

Grande, très mince, les traits tirés, Roselyne semble épuisée. Ses cervicales sont douloureuses, contractées par les heures devant l’écran à cliquer, répondre, rédiger, encore et encore, ce maudit CV, trouver une justification devant les employeurs à ses trois dernières années vides d’emploi. « J’ai parfois le sentiment d’une solitude totale, de ne plus être dans le flot. On perd pied, très vite. Heureusement, j’ai de bons amis proches, mais ils ne sont pas là au quotidien et tous n’ont pas envie de voir ça. Chacun a son rythme et je ne suis plus dans celui des autres. Ce n’est pas aux gens que j’en veux, c’est au système que j'en veux. »

 

Roselyne, extrait #2 © Mathilde Goanec

 

La peur « du basculement » hante cette femme depuis l’enfance. « Je me souviens très nettement de ce livre, lu petite, L’Assommoir, où l’on voit comment tout se dégrade quand on perd de quoi vivre, la misère qui suit, et l’alcoolisme. » Son père travaillait dans la marine marchande, sa mère tenait un magasin Coop en Bretagne, et Roselyne garde au fond de la voix un accent venu de la rade de Brest. « J’ai toujours donné un coup de main, pour 100 bouteilles vides rangées, j’avais le droit à un Carambar… J’étais une petite ouvrière obéissante et ça m’a marquée. Se faire placardiser, certains le supportent, moi non parce qu’on m’a appris que tout travail mérite salaire… Et inversement. »

 

« Le chômage, c’est pas notre faute »

  • Pascal Ouvrard, licencié après un arrêt maladie, n'a pas les moyens de créer son entreprise

Pascal Ouvrard, lui aussi, a changé. « D’une certaine manière, je suis sans doute plus ouvert qu’avant. » Commercial de 40 ans, installé avec sa famille dans l’Oise, son licenciement est arrivé en septembre 2015. Catégorie A, indemnisé pour encore plusieurs mois, il a bon espoir de retrouver un travail. « J’ai été chauffeur, vendeur de prêt-à-porter, magasinier, commercial, je peux faire beaucoup de choses. Au pire, on vendra la maison ou la voiture. »

Drôle d’homme que Pascal Ouvrard… Fou de politique, effrayé par l’extrême droite, ce sarkozyste assumé a pleuré quand François Hollande est arrivé au pouvoir. « Je voyais des gens autour de moi qui voulaient plus de social, regardez où on en est aujourd’hui ! J’avais vu juste, ce mec est complètement à côté de la plaque… » Son analyse sur le monde de l’entreprise est cependant loin de celle portée par l’ancien patron de l’Élysée. « Le chômage, c’est pas notre faute. Aujourd’hui, on peut bosser quinze heures par jour, rapporter de l’argent à la boîte et se faire lourder du jour au lendemain. »

 

 © Mathilde Goanec © Mathilde Goanec
 

Ancien de chez Saint-Gobain, Pascal Ouvrard est devenu il y a trois ans responsable de secteur commercial dans l’industrie des sanitaires. Il avait en charge l’Île-de-France et l’Oise, dix points de vente à développer. Naviguant de l'ordinateur au portable pour surveiller ses mails de 7 heures à 21 heures, il sillonne en voiture et dans les bouchons toute la région parisienne, travaille comme un fou, finit par ne plus en dormir. En février 2014, il contracte une infection pulmonaire, qu’il traite avec trois grammes d’antibiotiques par jour, et replonge dans le boulot, à corps perdu. Lorsque son médecin l'a mis en arrêt maladie pour un mois, Pascal Ouvrard a résisté ferme. « C’est soit ça, soit vous y restez », a prévenu le docteur. Le mot finit par être lâché, burn out.

 

Le licenciement, quelques mois plus tard, s’apparente à une libération, doublée d’un sauvetage personnel. Le couple de Pascal Ouvrard était à deux doigts de craquer. « Je m’étais totalement refermé sur moi-même. Je ne vivais plus. Je vais vous le dire : oui, le travail tue. » L’amour du challenge et du travail bien fait, ainsi que la pression hiérarchique, ont épuisé le bon petit soldat. « J’ai commencé chauffeur livreur, vingt ans que je travaille. Je suis né dans une entreprise, mon père et mon grand-père avaient une boîte de BTP dans le Val-d’Oise. Ma mère, elle, n’avait pas un sou et j’ai baigné dans ces deux mondes depuis tout petit. Mais l’amour de l’entreprise, je l’ai en moi et je sais toujours ce que je vaux. »

Cette énergie se heurte à la réalité du marché de l’emploi. Beaucoup d’annonces circulent, mais sont souvent déjà pourvues, et pourrissent sur les sites des cabinets de recrutement. Avec seulement un bac en poche, Pascal Ouvard n’a « jamais le bon parcours, le bon diplôme ». L’expérience, qui pourrait être un atout, peut également agir en repoussoir sur les recruteurs potentiels. Les jeunes, moins payés et plus dociles, se bousculent au portillon de l’emploi, certains n’ayant, trois ans après l’obtention d’un diplôme, jamais travaillé.

 

Pascal, commercial, actuellement demandeur d'emploi © Mathilde Goanec

 

Comme pour Roselyne, le montant des salaires proposés est un crève-cœur. « Faut le voir pour le croire, moi je ne retrouverai jamais ce que je gagnais ! Tant pis, c’est pas grave, mais heureusement que ma femme travaille aussi. » L’idée de monter sa propre entreprise trotte bien sûr dans la tête de l’ancien salarié. « J’ai contacté la chambre de commerce dans ce sens. Pour trouver une boîte qui fonctionnait déjà, il me fallait 100 000 euros. Je ne les ai pas. Même pour une franchise, je dois trouver 50 000 euros minimum. Ce n’est pas le tout de vouloir s’en sortir, encore faut-il en avoir les moyens. »

 

B et C, inscrits sans toucher un centime

  • Cours à domicile, correction de copies, garde d'animaux : Claire Pochet enchaîne les petits boulots

Claire Pochet ne sait pas trop, de son côté, dans quelle catégorie elle est enregistrée. En B sans doute, vu qu’elle travaille régulièrement moins de 78 heures par mois. Elle s’en fiche d’ailleurs pas mal, tout comme la plupart des demandeurs d’emploi qui ont plus ou moins déserté les méandres de l’agence publique. « Je reste inscrite à Pôle emploi parce que les règles sont tellement compliquées que j’ai peur de tout perdre si je sors. Mais je ne suis pas accompagnée, je ne touche pas un centime, je vis de ce que je gagne en travaillant. » Et c’est très peu, 500 à 600 euros par mois.

Claire Pochet donne des cours particuliers de français deux à trois fois par semaine et surveille des examens, par l’intermédiaire de sociétés privées. De sa sacoche usée en cuir noir, elle sort l’un de ses nombreux contrats d’usage, signé pour deux heures, un ratio qui peut monter à sept en période faste de baccalauréat. En complément, elle corrige des copies de terminale, les mieux payées – 1,50 euro l’unité –, garde des chats, des chiens, ou écrit des articles mal payés pour des revues spécialisées.

« J’ai toujours fait plein, plein de petits boulots. À 18 ans, c’était chouette et les gens trouvaient ça “original”. Et puis, ça s’est installé. » Animatrice, secrétaire dans un hôpital, puis sept années dans l’édition, un master de français passé à 35 ans, par correspondance, Claire Pochet n’a jamais chômé. « Quand j’entends les réactions des gens à la loi sur le travail, je suis très surprise. On dirait que le monde découvre la précarité. Moi, le code du travail, je n’ai jamais eu l’impression qu’il me concernait. Dans les petites boîtes, les heures supplémentaires, on ne me les a jamais payées, et j’ai parfois signé un contrat six mois après avoir été embauchée. J’ai été payée en auto-entrepreneur, en Agessa, en chèque emploi service… On parle de l’Allemagne ou de l’Angleterre, mais les contrats 0 heure, on y est déjà en France ! »

Il y a quelque temps, à sept mois d'intervalle, Claire Pochet a perdu ses deux parents. Sous le choc, elle lâche tout et se retrouve au RSA. « J’ai vu des amis se faire contrôler et traiter comme des voleurs. Moi, je ne veux pas qu’on vienne chez moi me demander pourquoi j’ai 6 brosses à dents ou une télé. Je suis pauvre, pas une criminelle. » Elle renonce donc, et rebondit en signant un contrat aidé dans une association. « Faut pas rêver, il n’y a jamais d’embauche derrière. »

Sans être à la recherche d’un CDI à tout prix (« J’ai du mal, c’est vrai, avec la routine »), Claire Pochet n’est pas pour autant « une précaire heureuse » : « Je refuse d’être traitée d’instable, ou culpabilisée parce que je gagne très peu. » Grâce à sa mère, elle est propriétaire d’un petit logement dans Paris, dont les murs cloquent, faute de chauffage. L’hiver, elle tourne avec « trois tenues », la vie sociale est « ric-rac ». « Ma grande angoisse, c’est de tomber malade ou d’avoir un gros coup dur. »

Militante au Mouvement national des chômeurs et précaires, Claire Pochet « fait les manifs », tient une permanence le mercredi, où elle accueille les chômeurs aux prises avec des trop-perçus, des radiations, des indus réclamés par Pôle emploi. « Moi, ils me foutent la paix parce que je ne touche aucune indemnité, mais c’est d’une violence, cette administration ! » Son rire, parfois, s’échappe, haut perché. « Je suis fragile financièrement, mais je ne veux pas être exclue du monde. J’ai ma fierté. »

  • Nathalie Roussel, en temps partiel, trop « juste » pour acheter une voiture correcte

Petits ou grands précaires, travailleurs pauvres, ils peuplent également la catégorie C, qui rassemblent tous ceux qui travaillent plus de 78 heures mensuellement. C’est le cas de Nathalie Roussel. Cette formatrice en « français langue étrangère » travaille à mi-temps dans un centre social de Sainte-Marie-aux-Mines, vallée isolée des Vosges connue pour son passé industriel, aujourd’hui plutôt sinistrée. « Quand je suis arrivée, il y a dix ans, ça fermait déjà. On ne peut pas dire que cela se soit amélioré… » Beaucoup d’habitants sont déjà partis et le travail qui reste est surtout saisonnier, dans les vignes ou les salaisons.

 

Après plusieurs années de bourlingue, l’ancienne parisienne Nathalie Roussel est arrivée en Alsace, a acheté avec son mari une grande maison pour accueillir tous leurs enfants et réaliser « son rêve écolo ». « Pour aller bosser, comme tout le monde ici, il faut une voiture. Et c’est emblématique : on achète des vieilles bagnoles pas chères, qui finissent par tomber en panne. C’est un cercle vicieux. Faudrait trouver un truc pérenne mais comment faire ? Là, j’ai vu une pub pour payer 90 euros par mois… Je sais qu’on va la payer deux fois la voiture de cette façon, que c’est une arnaque, mais c’est quoi la solution ? »

Mère de famille nombreuse, Nathalie Roussel a longtemps apprécié de travailler à mi-temps, après avoir enchaîné les congés maternité. Mais financièrement, le couple est désormais trop juste. « Pour nous, ce n'est pas une question de partir en vacances ou pas, c’est même plus l’enjeu. C’est plutôt : est-ce qu’on met du chauffage ou pas ? On en est là. » Une fille au lycée, un fils en deuxième année de fac, une autre étudiante en voyage-travail, la quatrième, embauchée à mi-temps à Lyon, qui vient d’avoir un enfant…, les frais s’accumulent.

« Dans notre famille, il y a heureusement une bonne solidarité et les enfants ont l’habitude de se débrouiller. On aide un peu le garçon qui a une bourse de 150 euros, pour qu’il mange à sa faim. L’année prochaine, ça va être compliqué, il faut qu’on trouve une idée. » Par un curieux effet de génération, Nathalie Roussel admet que ses propres parents, à plus de 80 ans, l’aident également. « Je ne sais pas, je dirais qu’on est devenus, au fil du temps, des travailleurs pauvres. Pourtant, on n’est pas restés les bras ballants à profiter du système comme ils disent, on bosse, mais on galère, c’est pas normal. »

Nathalie Roussel veut donc passer à temps plein, pour gonfler les 800 euros qu’elle touche mensuellement, et s’est réinscrite à Pôle emploi. « Franchement, je suis bien suivie, et comme je suis reconnue travailleuse handicapée, j’ai droit à plein d’ateliers et des formations. Mais il n’y a pas d’offres ! Les financements publics ont été tellement réduits, l’associatif ou les collectivités n’ont plus de sous pour financer des cours de français pour les étrangers. Il faudrait aller à Marseille ou à Paris. J’ai élargi au social, mais j’ai 54 ans, pas de diplôme initial et un parcours en formation continue. Pour les employeurs, ça fait beaucoup de handicaps. »

Son mari, 60 ans, cuisinier de métier, a dû récemment arrêter la restauration, épuisé physiquement. Il a trouvé un contrat aidé chez un traiteur, à Strasbourg, à 70 km de là. « Avec ses 1 500 euros par mois, impossible de louer un logement. Du coup, il reste sur place et squatte à droite et à gauche et revient le week-end à la maison. »

Une vie d'étudiant quand on a 60 ans ? Ce cas n’est pas isolé, le système D et les solidarités de toutes sortes jouent les amortisseurs lorsque le travail se raréfie. Et le système semble à bout de souffle. Il y a désormais en France plus de 3,5 millions de personnes sans emploi et 1,8 million ayant une activité réduite. Au total, 5,4 millions de personnes sans emploi ou sous-employées.

 

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 14:06

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

La police jette la soupe des Nuit Debout dans le caniveau : c'est le MarmiteGate

 

 

 

 

Pour éviter le ravitaillement des manifestants place de la République, des CRS ont vidé le contenu d'une marmite de soupe dans le caniveau. Emotion sur Twitter.

 

 

Nuit Debout se poursuit en France ce mardi 12 avril, notamment place de la République à Paris. Mais les autorités tentent de freiner ce mouvement de protestation né de l'opposition à la Loi Travail. Lundi en début de soirée, les CRS ont ainsi non seulement coupé la sono des manifestants mais vidé leur soupe dans le caniveau : les forces de l'ordre avaient en effet reçu pour ordre d'empêcher le ravitaillement des participants.

Une initiative qui a provoqué la colère des sympathisants de Nuit Debout. Sur Twitter, ces derniers crient au gâchis, et dénoncent les méthodes musclées du gouvernement. Revue de tweets :

 

 

Voir l'image sur Twitter

Voir l'image sur Twitter

Pas de soupe mais nous boirons nos paroles et nos solutions ce soir, venez nombreux à l'AG

 

Jean-Luc Mélenchon, candidat du Parti de Gauche à la présidentielle, et Julien Bayou, porte-parole d'EELV, ont également réagi : 

 

Qui fera croire que cette soupe chaude était dangereuse pour l'ordre public ? https://twitter.com/nuitdebout/status/719594386045169664 

 

Cette soupe était immangeable par . Jetée au caniveau !!

 

Quand on est à faire jeter de la soupe pour museler.
Néant de la République des Communicants.

 

"Ils essayent d'étouffer ce qu'il se passe ici", a commenté l'élu du Parti de Gauche Eric Coquerel dans une vidéo diffusée sur Periscope. "Je suis sûr que Matignon n'aime pas ce qu'il y a dans la marmite, a ajouté Noël Mamère. Ils ont peur qu'elle explose."

 

"La soupe des sans dents"

D'autres contempteurs des méthodes policières usent de l'humour pour dénoncer le #MarmiteGate :

 

Amis CRS, les sans dents vous ont préparé de la bonne souplette !

 

 

La police déclare la soupe à la impropre à la consommation en raison d'un surdosage en démocratie.

 

Lancé à Paris au soir du 31 mars contre le projet de loi travail "et le monde qui va avec", le mouvement Nuit Debout a depuis essaimé dans plus d'une cinquantaine de villes. Malgré les évacuations à répétition, les manifestants continuent à se retrouver chaque soir, souvent par milliers, dans une ambiance de kermesse et de forum altermondialiste.

L'agacement des maires

Mais des incidents ont ponctué ces journées, notamment le week-end dernier, lorsque quelques centaines de personnes ont voulu se rendre au domicile du Premier ministre Manuel Valls, dans l'est parisien. De leur côté, les maires de Paris et des IIIe, Xe et XIe arrondissements ne cachent pas leur agacement et promettent de rester "intransigeants face aux débordements et aux violences".

Dans un communiqué publié lundi après-midi, Anne Hidalgo, manifestement partagée sur le bien-fondé du mouvement, a elle réaffirmé sa ligne : oui aux rassemblements nocturnes, non à l’occupation de la place dans la journée.

 

Réunissant des citoyens de toutes les origines et de tous les horizons, questionne notre démocratie et la place des citoyens.

 

"De la même manière que rien ne s’oppose à ce que des citoyens débattent une partie de la nuit", écrit la maire de Paris, "rien ne doit s’opposer à ce qu’ils libèrent la place une fois qu’ils ont terminé leurs discussions." 

 

Paris restera intransigeant face aux débordements qui contredisent les aspirations exprimées par l’immense majorité de

 

"Tous les matins les services de la propreté de la ville nettoient un espace qui ne peut être dit public et commun que si tous les Parisiens peuvent en disposer", ajoute-t-elle. La place de la République "comporte aussi un grand nombre de riverains, qui doivent être préservés, comme tous les Parisiens, du tapage nocturne. Les commerçants doivent également pouvoir y poursuivre leurs activités".

E.H.

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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 21:44

 

Source : http://rue89bordeaux.com

 

 

 

Nuit Debout Bordeaux attaque son marathon
 
  • 6:00
  • 10 avril 2016
  • par La Rédaction
 
 

Plus de 1000 personnes ont participé à l'AG de Nuit Debout (SB/Rue89 Bordeaux)

Plus de 1000 personnes ont participé à l’AG de Nuit Debout (SB/Rue89 Bordeaux)

 

Une assemblée générale de 1500 participants, Merci patron, et une fin de soirée avec les marathoniens : Rue89 Bordeaux a passé la première Nuit Debout bordelaise place de la République. Par Simon Barthélémy et Xavier Ridon, avec Walid Salem.

 

18h15. La manifestation contre la loi travail vient de s’achever (lire l’encadré), et la place de la République se remplit doucement. Pour accueillir les gens, les organisateurs de la première Nuit Debout bordelaise ont fait simple, avec les moyens du bord : un point d’accueil médical, un coin lounge et buffet avec des coussins sous une bâche, quelques canapés et fauteuil disséminés dans l’espace.

Des banderoles #OnVautMieuxQueCa sont déployées sur les grilles du tribunal. Pas d’autres drapeaux, hormis celui contre l’aéroport de Notre Dame des Landes.

La sono est installée sous une tente, en cas d’intempérie. Plusieurs centaines de personnes sont désormais présentes, l’assemblée générale va pouvoir commencer.

 

Mobilisation mitigée contre la loi Travail

En début d’après-midi, Entre près de 4000 et 8000 personnes ont défilé contre la Loi Travail. Un manifestant sourit : « La légende retiendra que la pluie s’est arrêtée quand la manif a démarré ». Nulle doute qu’elle retiendra aussi une baisse sensible du nombre de manifestants derrière la banderole des syndicats CGT, FSU, Solidaires, Unef et Unl, par rapport aux 30000 personnes mobilisées le 31 mars. A l’heure des grandes marées sur la côte aquitaine, Gilbert Hanna de Solidaires concède : « Il y a des grandes vagues, des petites… là c’est une vague moyenne ». Il reste convaincu que chaque manifestant peut mobiliser ses proches face à une telle loi pour dépasser la mobilisation du 31 mars avec ses 30000 manifestants à Bordeaux.

 

19h20. Agiter les mains en l’air pour approuver un propos, les mettre en croix pour désapprouver, mouliner pour indiquer à l’orateur qu’il répète des choses dites auparavant : la gestuelle des débats en assemblée est expliquée à la foule. Chacun-e est libre de venir s’inscrire au tour de parole, et de dire au micro ce qui lui chante. Seules règles : ne pas faire plus long que deux minutes – « pour qu’un maximum de personnes s’expriment car c’est un lieu de réflexion collective », souligne une organisatrice – et ne pas tenir de propos agressifs ou injurieux.

C’est ensuite parti pour presque trois heures de catharsis. Issu du mouvement contre la loi El Khomri, Nuit Debout offre en effet un défouloir à ce peuple de gauche remonté contre ce gouvernement. Des dizaines de de personnes vont se succéder pour témoigner de leurs situations, pousser un coup de gueule, faire des propositions… Ninon se propose de faire la « crieuse publique », d’écrire les doléances de ceux qui n’oseraient pas s’exprimer au micro.

« C’est la première fois que je parle devant un public, commence Bruno, 54 ans. Personnellement, je suis à bout. Après avoir été cadre commercial d’une multinationale suisse, et gagné 4 à 6000 euros par mois, j’ai été victime il y a 5 ans d’un licenciement boursier, ceux que François Hollande dénonçait. Depuis, je galère, dans l’intérim et les boulots de merde. Je nettoie ou convoie des voitures pour Avis et Europcar, et je suis incapable de trouver un vrai travail car on me juge trop vieux ou « surdimensionné ».  Je vis grâce aux minimas sociaux, et je n’ai plus rien à perdre. Ce gouvernement a trahi le peuple, plus jamais je ne voterai socialiste. Il faut que ça pète. »

 

Sur le canapé pour la Nuit Debout comme chez soi devant le film du soir, Merci Patron. (XR/Rue89 Bordeaux)

Sur le canapé pour la Nuit Debout comme chez soi devant le film du soir, Merci Patron. (XR/Rue89 Bordeaux)

 

« Psychanalyse collective »

Camille renchérit, citant l’état d’urgence ou la question des réfugiés, malmenés par la France :

« Nous devons obtenir la démission de ce gouvernement, lui dire vous ne nous représentez pas, partez maintenant. »

Un jeune fille prend le micro pour dire son angoisse – « J’ai 12 ans, je n’ai pas envie de faire des études pour me retrouver avec un avenir de merde, je ne veux pas qu’on réduise les droits des travailleurs… » Un quadragénaire évoque aussi « sa peur pour son gamin de 8 ans ».

« Aujourd’hui, c’est une psychanalyse collective, les gens ont besoin de vider leur sac, estime Ninon, 19 ans, originaire de Bordeaux, mais qui vit à Toulouse, où elle participe à la Nuit Debout locale. Nous avons vu des propositions concrètes émerger au bout de deux ou trois jours, par exemple une tentative de réécriture de la Constitution française. »

 

L'accueil de Nuit Debout place de la République (SB/Rue89 Bordeaux)

L’accueil de Nuit Debout place de la République (SB/Rue89 Bordeaux)

 

Cependant, beaucoup d’orateurs déclarent aussi leur plaisir d’être là, et se réjouissent de voir que plus d’un millier de Bordelais ont répondu présent. « Mais il faudrait qu’on soit 70000 ou 80000 ! », rétorquent certains.

« C’est l’occasion ou jamais, mais il n’y a pas encore assez de monde, sans doute car les gens ne le savent pas, analyse Laurie, une musicienne de 32 ans. La seule chose rapportée par les flashs infos sur les antennes de Radio France, c’est qu’il y a eu 120000 manifestants aujourd’hui, et des violences… Pas un mot sur nos AG. Pour ma part, j’ai interpellé sans succès des spectateurs du marathon, je leur ai dit qu’il n’y a rien d ‘autre à faire que d’écouter des gens qui parlent. Je ne veux pas croire qu’on soit si peu nombreux que ça à ne pas être heureux de notre mode de vie. Moi j’avais besoin de me dire des choses, et envie de m’encourager, pour faire en sorte que ce ne soit pas juste pour une soirée, une nuit. Je voulais me dire : ne dors pas ! »

 
« Le réalisme, on l’emmerde ! »

Au micro, Laurie a appelé à une action de blocage, ou de boycott, d’un hypermarché, « parce qu’il faut défendre la cause paysanne et la santé publique, que cela parle à tout le monde et que ce n’est pas difficile à mettre en place ». D’autres proposent des opérations encore plus radicales, comme le blocage des sites pétroliers de Bassens, des attaques informatiques contre les sites web du gouvernement, ou, bien sûr, la grève générale…

Quelques sujets reviennent régulièrement dans la discussion, en particulier l’écologie – on applaudit à plusieurs reprises l’action à Pau contre  le sommet des pétroliers -, et la démocratie participative – une jeune femme suggère de recourir davantage au tirage au sort.

On veut remettre l’utopie au cœur du village : « Si on avait été réaliste, on n’aurait jamais eu les congés payés en 36. Le réalisme, on l’emmerde ! », lâche quelqu’un. On évoque le mouvement qui fait tâche d’huile à Bruxelles, à Berlin ou en Espagne, en appelant à un « printemps des peuples européens ». Les slogans sentent le mois de mai.

21h45. Quelques occupants tentent de subvertir les coureurs du deuxième marathon nocturne de Bordeaux qui passent au bout de la place. « Rejoignez-nous ! » leur lancent-ils, mais rien y fait. Les chiens des punks aboient, la caravane passe.

L’AG touche à sa fin. Les bras font de plus en plus de moulinets. Ninon, la crieuse publique, rapporte les phrases des un-e-s et des autres notées sur ses petites fiches, parfois très poétiques :

« Ils ont voulu nous enterrer, mais ils ont complètement oublié qu’on était de très belles graines ».

Un intervenant a même carrément slamé, sous les vivats de la foule. Celle-ci commence à s’éparpiller lorsqu’un feu d’artifice est déclenché. Pendant qu’un reggae raisonne, les petites mains de l’organisation reprennent du service : il faut trouver des bénévoles pour tenir la permanence de l’infirmerie, collecter les dernières propositions de commissions, accrocher les propositions de l’AG sur les barreaux de l’entrée de la Cour d’Appel, installer un vidéoprojecteur pour visionner Merci Patron, le film de François Ruffin…

 

Les propositions sorties de l'AG sont retranscrites (SB/Rue89 Bordeaux)

Les propositions sorties de l’AG sont retranscrites (SB/Rue89 Bordeaux)

 

22h30. Marie Reix, membre du syndicat des avocats de France, se réjouit de voir sur les murs de la Cour d’Appel le documentaire picard aux 200.000 entrées :

« Ça me fait chaud au cœur. Ça va envoyer de bonne vibration à la justice », car finalement le film comme la Loi Travail parle de justice sociale.

Plusieurs centaines de spectateurs ne regrettent pas non plus de rester dans le froid et s’enthousiasment devant l’idée de « racketter les PDG », promue (et réalisée) par François Ruffin. Les applaudissements tonnent aussi quand un ancien RG, devenu barbouze pour Bernard Arnault, avoue que « ce sont les minorités agissantes qui font tout ».

00h15. Une batucada s’anime, des manifestants dansent frénétiquement. Un feu d’artifice retentit encore. A Paris, le mouvement a lancé l’opération « un apéro chez Valls » pour se rendre chez le premier ministre. A Bordeaux, rendez-vous sont déjà pris pour ce dimanche après un pique-nique le midi, les commissions se réuniront dès 14h pour parler convergences, autonomie alimentaire, revenu universel, sciences et éducation. A 18h aura lieu une nouvelle assemblée générale. Légalement, la déclaration d’occupation de la place de la République tient jusqu’à lundi 10h.

1h00. Quelques marathoniens viennent se mêler à la foule. Une équipe de 8 bénévoles est partie récupérer ce qui reste du ravitaillement de l’épreuve. Mieux vaut faire des réserves pour tenir Nuit Debout, une course de fond.

 

Même la Nuit Debout s'achève à l'horizontale (WS/Rue89 Bordeaux)

Même la Nuit Debout s’achève à l’horizontale (WS/Rue89 Bordeaux)

 

 

Source : http://rue89bordeaux.com

 

 

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 16:15

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Savoirs
#NuitDebout : bientôt une bibliothèque et une « PirateBox »

Ce samedi 9 avril, le collectif SavoirsCom1 veut construire une bibliothèque place de la République à Paris. Il y sera aussi installé une PirateBox.

 
 

Ce samedi 9 avril, une bibliothèque éphémère devrait voir le jour place de la République à Paris (XIe), où est né le 31 mars le mouvement « Nuit debout ». C’est SavoirsCom1, un collectif consacré aux politiques des « communs de la connaissance », qui a lancé l’idée de créer une « BiblioDebout » sur la place.

« Radio Debout »
Le mercredi 6 avril, à l'heure de l'assemblée générale (18 heures) Radio Debout a émis pour la première fois place de la République, à l'initiative de passionnés de radio, techniciens, réalisateurs ou reporters. Elle est à écouter tous les soirs de 18 heures jusqu'à minuit sur la plateforme Mixlr.

« Tous les grands mouvements de protestation citoyenne par occupation des espaces publics ont eu leur bibliothèque », lit-on dans l’appel du collectif.

« Les Indignados espagnols avaient créé la leur sur la Puerta del Sol à Madrid ; sur la Place Taksim au Parc Gezi, les opposants d’Istanbul avaient eux aussi érigé une bibliothèque éphémère. Mais la plus célèbre est la “People’s Library” rassemblée par les participants du mouvement Occupy Wall Street.

Initiée le plus simplement du monde, par le don de quelques livres déposés sur un banc du Zuccotti Parc [parc situé à Manhattan, ndlr], cette bibliothèque du peuple a fini par compter plus de 5 000 ouvrages. Gérée comme un commun, chacun était libre d’y contribuer en apportant des livres et chacun pouvait venir y puiser en prenant des ouvrages selon ses besoins. »

Ils avaient été évacués par la police en novembre 2011 et la bibliothèque en très grande partie détruite.

 

Livres, tréteaux et bâches

Créer une bibliothèque éphémère à la Nuit debout, c’est aussi l’occasion de « mettre au cœur du débat et de l’action la question des communs et des communs de la connaissance », explique Thomas Fourmeux, membre du collectif SavoirsCom1 et assistant multimédia dans le réseau de bibliothèques d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

« Ce qui nous intéresse, c’est de gérer en commun une ressource, la partager et la diffuser. »

Ceux qui souhaitent participer à la construction de la bibliothèque éphémère place de la République, à Paris, sont invités à se rassembler samedi à 10 heures – les manifestants des autres villes en France sont appelés à créer eux aussi la leur (à Toulouse, une BiblioDebout est déjà en préparation).

 

La

La « People’s Library » du mouvement Occupy Wall Street, le 10 octobre 2011 à New York - SHOWALTER AARON/SIPA
 

Le collectif SavoirsCom1 propose à chacun d’apporter ses livres pour les mettre en partage mais aussi des tréteaux, des cartons, des bâches, des pancartes pour créer la bibliothèque, ainsi que « tout ce que vous jugerez utile pour la faire vivre ».

« Erigeons un Commun temporaire et mettons la connaissance au cœur de ce mouvement en train de naître en réaction aux abus répétés du pouvoir en place ! Que ces livres viennent nourrir les débats qui s’épanouissent sur cette place ! Qu’ils symbolisent notre volonté de participer à cet élan en nous réappropriant notre culture commune ! »

Réseau d’échange anonyme

En complément de la bibliothèque de papier, au moins une PirateBox devrait aussi être installée à BiblioDebout ce samedi matin : dans cet espace virtuel libre et anonyme, les manifestants pourront discuter avec les autres utilisateurs et déposer ou télécharger des fichiers (ouvrages, revues, musique, docus, films, etc).

« La bibliothèque éphémère a l’avantage de se voir, facilité par sa matérialité, et la dimension numérique fait écho au point de départ du mouvement, qui s’est fait notamment sur les réseaux sociaux », complète Thomas Fourmeux, qui installera la PirateBox samedi.

La PirateBox est composée d’un routeur Wifi, d’un dispositif de stockage d’information et d’une batterie. On peut s’y connecter depuis un smartphone, une tablette ou encore d’un ordinateur. N’étant pas reliée à Internet, elle constitue un réseau d’échange libre pour un coût de fabrication d’une cinquantaine d’euros environ. Thomas Fourmeux :

« On s’est posé la question : est-ce qu’on s’affranchit du Code de la propriété intellectuelle ou on reste dans la légalité ? Pour l’instant, on y déposera des œuvres dans le domaine public ou sous licence libre mais chacun sera libre d’y mettre ce qu’il entend, on ne censurera pas. »

Le principe de la PirateBox a été imaginé en 2011 par David Darts, professeur de technologie à l’université de New York, qui a déposé son invention sous licence libre.

Elle a été utilisée en France : dans le réseau de bibliothèques d’Aulnay-sous-Bois, par exemple, les usagers peuvent télécharger des œuvres sur une BiblioBox. A Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), des membres des Indignés du 63 ont développé en 2013 une « share box » (« ce nom fait moins peur aux gens »), un réseau Internet local qui permet d’échanger des fichiers anonymement, pendant une réunion ou une manif.

 

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 15:12

 

Info reçue par mail

 

 

 

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Nîmes, le 8 avril 2016

 

 

BLOQUER L’ÉCONOMIE ET CONSTRUIRE

 

LA GRÈVE GÉNÉRALE INTERPROFESSIONNELLE

 

 

 

La journée du 31 mars a été un succès au niveau local,

 

avec près de 1500 personnes à Alès

 

et près de 10 000 à Nîmes,

 

pour exiger le retrait pur et simple de la Loi Travail.

 

Nous étions 1,2 millions de personnes dans la rue au niveau national

 

autour de la revendication du retrait de la Loi El Khomri.

 

Face à un gouvernement qui ne cesse de nous mépriser et qui veut mettre

 

en place une politique scélérate en matière de droit du travail

 

, il propose de le supprimer et de donner tout pouvoir au patronat dans les

 

entreprises, la colère monte chez les travailleurs et dans la jeunesse.

 

Le gouvernement craint que le mouvement prenne de l’ampleur, il réprime le

 

mouvement dans la violence dans plusieurs villes. Le 31 mars,

 

les étudiants et les jeunes mobilisés ont été victimes des provocations

 

et des  brutalités policières, pour casser le mouvement.

 

Le 31 mars ne doit pas rester une journée sans lendemain, déjà dans certains

 

secteurs les salariés demandent des préavis de grève illimités pour faire reculer

 

le gouvernement et arrêter de subir la régression sociale.

 

L’Union Syndicale Solidaires Gard appelle, d'ores et déjà, les travailleurs à

 

s’organiser sur leur lieu de travail et à prendre en main la lutte pour construire

 

un véritable mouvement interprofessionnel d’ensemble,

 

pour créer les conditions d'un blocage de l'économie

 

et d’une grève générale reconductible

 

capable de faire gagner nos revendications

 

comme le partage du temps de travail :

 

travailler 32 heures par semaines c’est possible.

 

Dans le cadre de l’intersyndicale, nous appelons à se joindre aux mobilisations

 

déjà annoncées pour le samedi 9 avril 2016 à 10h30 sur différentes

 

villes du département.

 

Nous appelons aussi à participer à toutes les initiatives Nuit debout,

 

avec comme rdv sur Nîmes le samedi 9 avril à partir de 16h

 

au square de La Bouquerie.

 

D'ici la journée de grève interprofessionnelle du jeudi 28 avril ,

 

qui sera une étape essentielle de la mobilisation,

 

Solidaires Gard participera à toutes les actions et rassemblements

 

qui contribueront à amplifier la mobilisation.

 

 

NI AMENDABLE, NI NÉGOCIABLE

 

RETRAIT DE LA LOI TRAVAIL

 

 

 

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