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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 12:47

 

Source : https://www.facebook.com/nicoleferroniofficiel/videos

 


Aujourd'hui, jeudi 14 avril, le parlement européen vote le projet de loi "Secret d'Affaires"...
Si quelqu'un a le 06 des eurodéputés, je veux bien.

 

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social Ils réagissent
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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 12:31

 

Source : http://framablog.org/2015/12/09/democratie-liquide/

 

 

Ils liquident la démocratie, si nous la rendions liquide ?

 
 

Avec un pourcentage très important d’abstentions, les dernières élections ont fait apparaître une fois encore l’insatisfaction éprouvée par tous ceux qui estiment que le mode de scrutin ne leur convient pas : pas de prise en compte des votes blancs dans les suffrages exprimés, candidats choisis et présentés par les partis et souvent parfaitement inconnus des électeurs, offre électorale réduite au choix du « moins pire » par l’élimination arithmétique des « petites listes » au deuxième tour, etc. Plus largement, et sans entrer dans les débats sur la tumultueuse situation actuelle, de gros doutes sur la représentativité des politiques une fois élus se sont durablement installés, au point que certains en viennent à souhaiter tourner la page de la démocratie représentative (notre framasoftien Gee est lui-même étonné d’avoir touché juste) et expliquent avec de solides arguments quils n’ont pas voté et ne le feront pas.

 

Bien sûr des propositions existent, plus ou moins crédibles (à chacun d’en juger) : certains veulent passer à la VIe République, d’autres veulent un processus transparent et démocratique pour déterminer les candidats aux prochaines élections présidentielles, d’autres encore militent pour la prise en compte du vote blanc

L’article que Framalang a traduit pour vous détaille l’intérêt de la démocratie liquide, processus peu connu mais utilisé par plusieurs Partis Pirates avec l’outil LiquidFeedback (notez qu’il nécessite toutefois un tutoriel assez dense). Dans la même catégorie, il existe Loomio qui propose d’optimiser les prises de décision collectives et qui pourrait être proposé au cours de l’année prochaine dans le cadre de notre campagne Degooglisons.

Il se peut que vous trouviez la démocratie liquide une possibilité intéressante et à mettre en pratique, ou au contraire irréaliste, voire dangereuse (proposer le vote électronique même chiffré peut susciter des inquiétudes), nous souhaitons seulement en publiant cette traduction vous inviter à nous faire part librement de vos réactions.

 

La démocratie liquide : une véritable démocratie pour le 21e siècle

par Dominik Schiener

Article original publié sur Medium : Liquid Democracy : True Democracy for the 21st Century

Traduction Framalang : valvin, KoS, r0u, roptat, Myrsa, audionuma, Éric, McGregor, goofy, sebastien, Vincent, simon, Obny, mseyne

La démocratie liquide, aussi appelée démocratie par délégation, est un puissant modèle de scrutin pour la prise de décision collective au sein de grandes communautés. La démocratie liquide combine les avantages de la démocratie directe et ceux de la démocratie représentative. Elle crée un type de scrutin réellement démocratique, qui confère aux électeurs le pouvoir de voter directement sur un sujet ou de déléguer leur droit de vote à un tiers de confiance.

Au travers de la délégation, les personnes qui disposent d’un savoir dans un domaine spécifique sont capables d’influencer davantage le résultat des décisions, ce qui de fait mène à une meilleure gouvernance de l’État. Grâce à cela, la démocratie liquide se transforme naturellement en une méritocratie, dans laquelle les décisions sont principalement prises par ceux qui ont le type de connaissances et d’expériences requis pour prendre des décisions éclairées sur les sujets concernés.

Globalement, la démocratie liquide dispose d’un gros potentiel pour constituer le socle de la prise de décision, non seulement dans des communautés virtuelles, mais aussi dans des communautés locales et des gouvernements tout entiers. L’objectif de cet article de blog est de donner au lecteur un aperçu de ce qu’est la démocratie liquide et des avantages qu’elle offre à ses participants. D’autres articles sur le même sujet suivront.

 

Qu’est qui ne va pas dans la démocratie aujourd’hui ?

Même s’il existe de nombreuses formes de démocratie, les deux seules actuellement en place sont la démocratie directe et la démocratie représentative (et un hybride des deux). Décrivons-les :

  • La démocratie directe : les électeurs sont directement impliqués dans le processus de prise de décision de l’État. Ils expriment continuellement leurs opinions en votant sur des sujets. Les démocraties directes offrent le contrôle total à leurs citoyens et une égalité dans la responsabilité. Malheureusement, les démocraties directes ne fonctionnent pas à une grande échelle en raison principalement la loi du moindre effort et du renoncement au droit de vote, à cause du nombre sans cesse croissant de sujets réclamant l’attention des électeurs à mesure que la communauté s’agrandit. Il devient tout simplement impossible pour chaque électeur de se tenir informé sur tous les sujets, que ce soit par manque de temps, d’envie ou d’expertise. Cela conduit à une faible participation électorale et à une insatisfaction des électeurs au sein de la communauté. Les démocraties directes dans leur forme pure ne sont tout simplement pas applicables dans les communautés de grande taille.
  • La démocratie représentative : la forme de démocratie la plus répandue implique le fait de confier son droit de vote à des représentants qui agissent au nom des citoyens pour prendre des décisions. Les représentants sont généralement (du moins, on l’espère) des experts dans le domaine dont ils sont disposés à s’occuper et ils représentent les intérêts de la communauté au sein d’un organe représentatif (par exemple, le parlement). Les démocraties représentatives fonctionnent à grande échelle mais elles échouent à servir les intérêts de leurs citoyens. Les problèmes des démocraties représentatives sont nombreux mais pour résumer, en voici trois des principaux :
    • Tout d’abord, les citoyens ne peuvent choisir leurs représentants que parmi un nombre restreint de candidats qui bien souvent ne partagent pas leurs idéologies ni leurs intérêts. La plupart du temps, les électeurs sont forcés de renoncer à leur préférence personnelle et doivent voter pour le candidat ayant le plus de chances d’être élu. Cela exclut en particulier les minorités du débat politique, qui perdent ainsi la possibilité de voir leurs opinions et leurs points de vue représentés au sein du gouvernement. De plus, il s’agit d’une des raisons principales expliquant pourquoi les jeunes aujourd’hui se désintéressent tant de la politique. [2] Si vous êtes jeune et que personne ne partage vos opinions, la seule solution est de protester et de ne pas voter du tout. Le fait que seuls 20 % des jeunes Américains aient voté aux élections de 2014 en est un signe fort.
    • Ensuite, les représentants n’ont pas (ou peu) à rendre de comptes pour leurs actions pendant leur mandat. Les promesses faites pendant la période électorale n’ont pas à être appliquées et ne sont majoritairement rien de plus qu’un appât pour attirer des électeurs. Cela mène à des « cycles politiques électoraux », où les représentants élus essaient de convaincre les électeurs qu’ils sont compétents avant les prochaines élections, soit en faisant de nouvelles propositions qui sont appréciées par la population (mais qui ne seront probablement pas mises en place), soit en distribuant des Wahlgeschenke (cadeaux pré-électoraux) coûteux.
    • Enfin, les démocraties représentatives peuvent mener à la corruption en raison de la concentration des pouvoirs. Considérer que les États-Unis sont vus comme une oligarchie suffit à démontrer que les démocraties représentatives constituent un terreau fertile à la corruption et aux conflits d’intérêts. En l’absence de sens des responsabilités et de comptes à rendre aux électeurs, agir pour l’intérêt du mieux-disant est plus facile que d’agir pour le bien de la population.

En dehors de ces failles évidentes dans les démocraties directes et représentatives, une autre, moins évidente celle-là, se situe dans les procédés de vote actuellement en place, qui sont complètement dépassés et ne sont plus en phase avec les technologies disponibles. Au lieu de mettre en place, sécuriser et faciliter le vote en ligne, les électeurs doivent se déplacer dans des bureaux de vote éloignés de leur domicile juste pour remplir un bulletin en papier [1]. Cela leur demande un effort supplémentaire et peut les inciter à renoncer à aller voter.

Ironiquement, c’est exactement ce que la démocratie essaie d’empêcher. L’opinion de chacun compte et devrait être incluse dans le processus de prise de décision collectif. Toutefois, les obstacles au processus de vote qui sont toujours présents aujourd’hui empêchent cela de se produire.

 

Qu’est-ce que la démocratie liquide ?

La démocratie liquide est une nouvelle forme de prise de décision collective qui offre aux électeurs un contrôle décisionnel complet. Ils peuvent soit voter directement sur des sujets, soit déléguer leur droit de vote à des délégués (c’est-à-dire des représentants) qui votent à leur place. La délégation peut être spécifique à un domaine, ce qui signifie que les électeurs peuvent déléguer leurs votes à différents experts de différents domaines.

Voilà qui change de la démocratie directe, où les participants doivent voter en personne sur tous les sujets, et de la démocratie représentative où les participants votent pour des représentants une seule fois par cycle électoral, pour ne plus avoir à se soucier de devoir voter de nouveau.

Le diagramme ci-dessous montre une comparaison entre les trois systèmes de vote.

 

Liquid_democratie_diagramme1

Dans le modèle de la démocratie directe, tous les électeurs votent directement sur les questions. Dans le modèle de la démocratie représentative, ils élisent d’abord des représentants qui votent ensuite en leur nom. Le point intéressant mis en évidence par le diagramme est bien évidemment le modèle de la démocratie liquide. Là, les électeurs peuvent voter directement sur certaines questions (comme les deux électeurs indépendants sur les bords droit et gauche), ou peuvent déléguer leur vote à des représentants qui ont plus de connaissances spécialisées sur la question, ou simplement plus de temps pour se tenir informés.

La délégation est un signe de confiance. Un électeur fait confiance à un délégué pour le représenter dans certaines décisions. Si cette confiance est rompue (par des divergences idéologiques croissantes, ou par la corruption du délégué), il peut simplement révoquer la délégation et soit voter directement, soit déléguer sa voix à quelqu’un d’autre. Comme nous le verrons plus tard, cette notion de confiance provisoire est importante pour créer un sens de la responsabilité chez les délégués et les inciter à rendre des comptes.

Une propriété importante de la démocratie liquide est la transitivité. La délégation peut ne pas avoir lieu en un seul saut, elle est parfaitement transitive. Cela signifie que les délégués peuvent déléguer à d’autres délégués pour qu’ils votent à leur place et à celle des électeurs précédents (qui avaient délégué leur vote) dans la chaîne. Cette transitivité assure que des experts peuvent déléguer la confiance qu’ils ont accumulée à d’autres délégués sur certaines questions pour lesquelles ils n’ont pas suffisamment de connaissances et de recul.

Il manque dans le diagramme précédent la délégation spécifique à un domaine. Un électeur peut ne pas déléguer sa voix à un seul délégué, mais peut la déléguer à plusieurs autres délégués qui recevront ce droit en fonction du domaine de la question. Avec un tel système, il y a de fortes chances pour que des experts parviennent à influencer positivement le résultat du scrutin et conduisent à un résultat globalement meilleur.

La catégorisation des sujets est laissée à la décision de la communauté toute entière, mais une catégorisation très simple à l’intérieur d’un gouvernement pourrait être la politique fiscale, la politique monétaire, la politique environnementale…

Pour vous donner un autre exemple, prenons un parti politique qui utiliserait la démocratie liquide pour prendre ses décisions en interne. Les catégories qui auraient du sens pour une telle organisation seraient : Finances, Marketing & diffusion, Programme politique et Décisions administratives. Les décisions à prendre seraient réparties entre ces quatre catégories. Les membres du parti politique pourraient soit voter directement pour ces décisions, soit déléguer leur droit de vote à des personnes possédant un savoir plus spécialisé nécessaire pour se forger une opinion éclairée.

 

Liquid_democratie_diagramme2

Permettez-moi d’expliquer le diagramme en détail, il peut sembler un peu confus à première vue. Concentrons-nous sur celui qui concerne le Gouvernement, le diagramme concernant les partis politiques est très similaire. En tout, il y a 6 électeurs, dont 3 qui ont pris la responsabilité d’être délégués. Comme mentionné précédemment, il existe trois types de sujets (et donc 3 types de domaine d’expertise) : Politiques fiscales, Politiques monétaires et Politiques environnementales.

Comme vous pouvez le constater, les 6 électeurs ont pratiquement tous délégué leur vote d’une façon ou d’une autre, à l’exception de la déléguée en haut, qui a voté de façon indépendante sur tous les sujets (elle doit être une véritable experte). L’électeur B a délégué chaque vote, soit il est trop occupé ou pas intéressé, soit il ne possède pas les compétences requises sur les sujets concernés.

Globalement, la démocratie liquide est à peine plus complexe que les démocraties directe ou représentative. Mais les avantages qu’elle offre l’emportent largement sur cette difficulté initiale d’apprentissage. Voyons en détail quels sont ces avantages.

 

Pourquoi choisir la démocratie liquide ?

Maintenant que nous cernons mieux les problèmes soulevés par la démocratie de nos jours, et que nous avons un bon aperçu de la façon dont fonctionne la démocratie liquide, nous pouvons nous pencher davantage sur les raisons de préférer ce choix. Avant tout, nous devons fournir des arguments solides expliquant pourquoi la démocratie liquide est une bien meilleure solution que le statu quo. J’espère que nous y parviendrons en dressant une liste des caractéristiques et avantages principaux de la démocratie liquide par rapport aux démocraties directe et représentative.

 

La démocratie liquide est véritablement démocratique. Les électeurs ont le choix soit de voter en personne, soit de déléguer leur vote à quelqu’un d’autre. Cela tranche nettement avec les démocraties en place de nos jours, dans lesquelles les citoyens ne peuvent que voter systématiquement en leur nom propre (démocratie directe) ou pour un représentant à intervalles de quelques années (démocratie représentative). Dans ces deux modèles, les électeurs se retrouvent soit dépassés par le type de travail requis pour participer, soit déçus et pas suffisamment impliqués dans les prises de décision du gouvernement. La démocratie liquide leur fournit la liberté de décider de leur niveau d’engagement, tout en leur permettant de le moduler à tout moment. Cela signifie que la prise de décision d’un pays est confiée directement à la population tout entière.

 

La démocratie liquide présente peu d’obstacles à la participation. L’exigence minimale à satisfaire pour devenir délégué est d’obtenir la confiance d’une autre personne. Pratiquement toutes les personnes qui souhaitent endosser cette responsabilité peuvent avoir le statut de délégué. Aucun parti politique n’est nécessaire pour rallier des sympathisants à votre cause. À la place de campagnes électorales scandaleuses dans lesquelles les électeurs sont délibérément trompés, la compétence et les connaissances d’une personne sur un sujet suffisent à rallier des délégués. En limitant autant que possible les obstacles à la participation, le processus global de prise de décision, qui implique un échange d’idées, des commentaires et des débats, sera plus animé et il en jaillira davantage d’idées et de points de vue. Grâce à cela, le résultat du scrutin aura de plus fortes chances de satisfaire une grande partie de la population et d’entraîner une meilleure gouvernance globale du pays.

 

La démocratie liquide, c’est la coopération, pas la compétition. De nos jours, dans les démocraties représentatives, la compétition durant la course aux élections est dominée par des dépenses de campagne élevées et inutiles, des tentatives pour démasquer des adversaires politiques et des mensonges délibérés pour tromper les électeurs. Souvent, de nombreux candidats perdent plus de temps à organiser des campagnes électorales pour remporter les élections qu’à se concentrer réellement sur leur supposé programme politique et sur les systèmes à mettre en place pour diriger un pays. Si s’assurer le vote des électeurs est plus important que la propre gouvernance du pays, c’est le signe que le système est miné de l’intérieur. Tout remporter et être élu, ou tout perdre. Voilà la devise de la démocratie de nos jours. Dans la démocratie liquide, cette compétition pour être élu représentant est écartée. À la place, les délégués rivalisent uniquement pour gagner la confiance des électeurs, ce qui ne peut être obtenu qu’en fournissant des efforts continuels et en apportant la preuve de ses compétences. Il est impossible de tromper les électeurs (tout du moins pas à long terme) et le mérite, la volonté et la capacité à améliorer la situation du pays font toute la différence.

 

La démocratie liquide crée de la responsabilité. La délégation est un indice de confiance. Si cette confiance est trahie, un électeur peut immédiatement désigner un autre délégué ou voter pour lui-même. Cette confiance provisoire entraîne un sens des responsabilités et du devoir de rendre des comptes chez les délégués, car ils peuvent perdre leur droit de vote à tout moment. Grâce à cela, ils sont plus enclins à agir de façon honnête et à voter dans l’intérêt des citoyens plutôt que dans le leur.

 

La démocratie liquide, c’est la représentation directe des minorités. Grâce à la quasi-absence d’obstacles à la participation, il est plus facile pour les minorités d’être représentées au sein du gouvernement. Cela signifie qu’aucune loi supplémentaire nécessitant un minimum de représentants issus de certaines minorités ethniques n’est exigée. En effet, la démocratie liquide constitue une représentation directe des différentes couches de la société et permet aux minorités et aux groupes ethniques, quelle que soit leur taille, de participer au processus de prise de décision et à la gouvernance du pays.

 

La démocratie liquide mène à de meilleures décisions. En évoluant en un réseau d’échanges qui prennent des décisions éclairées dans des domaines spécifiques, la démocratie liquide mène à de meilleures décisions globales. La démocratie liquide finit par évoluer en une méritocratie où les électeurs les plus talentueux, expérimentés et les mieux informés prennent les décisions dans leur domaine d’expertise.

 

La démocratie liquide est évolutive. De nos jours, les gens disposent de trop peu de temps pour se tenir au courant en permanence de la manière dont l’État est gouverné. Les décisions qu’il est nécessaire de prendre sont en nombre croissant, tandis que le temps est si précieux que beaucoup ne veulent simplement plus le passer à prendre des décisions de gouvernance. De plus, nous sommes dans une société de la spécialisation, et peu de gens sont réellement vraiment bien informés dans différents domaines. Du coup, au travers de la délégation, la prise de décision est placée entre les mains d’experts bien informés, dont le temps et les connaissances peuvent être dédiés à la meilleure gouvernance globale de l’État.

 

L’état actuel de la démocratie liquide

La raison principale pour laquelle la démocratie liquide n’a pas été mise en pratique durant la dernière décennie est principalement liée aux obstacles à sa mise en place. Les démocraties liquides, comme les démocraties directes, nécessitent une infrastructure technique de fond qui permet aux participants de constamment pouvoir voter directement ou par délégation. C’est uniquement par le biais d’Internet et avec les avancées de la cryptographie que cela a été rendu possible durant les dernières décennies.

Au-delà des obstacles technologiques, un obstacle de plus grande ampleur aujourd’hui relève de l’éducation. Le sondage Avez-vous entendu parler de la démocratie liquide ? le montre bien : seule une petite frange de la population a au mieux entendu parler de la démocratie liquide. Par voie de conséquence, afin de réussir à implanter la démocratie liquide dans des communautés de grande envergure, des efforts bien plus importants sont nécessaires pour éduquer les citoyens sur les avantages et les possibilités que peut offrir la démocratie liquide. La seule réelle réponse à cela est la création de cas concrets intéressants qui montreraient à la population externe ou interne à la communauté ce que la démocratie liquide signifie et apporte concrètement.

Un gros effort est déjà mené par les partis pirates en Europe, qui utilisent des logiciels du genre Liquidfeedback pour certaines décisions et même au cours de certaines élections. En outre, Google a récemment publié des résultats d’expérimentations internes de démocratie liquide. Nous verrons beaucoup d’autres développements dans ce domaine, et je pense que la démocratie liquide va bien progresser, avec de nouvelles initiatives qui se mettent en place. Je travaillerai personnellement sur une implémentation de la démocratie liquide sur Ethereum, et collaborerai aussi à quelques autres solutions de vote pour créer de nouveaux cas représentatifs.

 

Conclusion

La démocratie liquide est le modèle démocratique qui correspond le mieux à notre société actuelle. La technologie est prête, le seul levier qui manque est l’effort dans l’implémentation concrète, tandis que la recherche dans ce domaine relève plus du détail. Plus important encore est le besoin de déterminer quels modèles sont applicables pour la gouvernance (exécutive ou administrative) concrète d’un pays.

Je suis confiant dans le fait que dans les années qui viennent, beaucoup de questions que je me pose, comme tant d’autres, trouveront leur réponse. Qui sait, peut-être verrons-nous une petite ville, ou même juste un village, adopter la démocratie liquide dans une ou deux décennies. C’est tout à fait possible.

Sources

[1] http://homepage.cs.uiowa.edu/~jones/voting/pictures/

[2] http://www.civicyouth.org/2014-youth-turnout-and-youth-registration-rates-lowest-ever-recorded-changes-essential-in-2016/

 

demoliquideGeektionerd

 

 

Source : http://framablog.org/2015/12/09/democratie-liquide/

 

 

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 21:30

 

La Société générale possède 103 agences de « banque privée » en France. Ces agences dédiées à la « gestion de patrimoine d’une clientèle d’entrepreneurs et de particuliers fortunés » sont un des points de départ de l’évasion fiscale organisée par la banque. Prise la main dans le sac avec ses 979 société offshore des « Panama Papers » de nombreux citoyens et militants sont venus manifestés devant la banque du bd Courbet de Nimes

Nous y avons trouvé porte close... bravant la pluie et la grêle durant 1 heure. Cela n'a pourtant pas réfreiné notre détermination...

 

 

 

 

 

 

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 13:37

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

Arrêt sur images

De Mayotte à #NuitDebout : l’obsession médiatique pour la violence

 
 

Tiens, Mayotte, au journal de 8 heures de France Inter. Pourquoi Mayotte  ? Parce que des voitures y ont été caillassées. Plusieurs voitures. A la vérité, l’île est en grève générale depuis quinze jours, mais le journal de 8 heures de France Inter n’y avait pas prêté attention.

Pas davantage que tous les autres médias métropolitains, comme nous le remarquions au même moment – pour être justes, il a fallu ces quelques caillassages pour que nous aussi nous émouvions du silence de nos confrères sur la grève générale à Mayotte.

 

La leçon est claire  : si vous voulez avoir l’oreille du gouvernement français, chers grévistes mahorais, ne vous contentez pas de revendiquer « l’égalité réelle », ou le retrait du projet El Khomri, caillassez donc  !

 

CRS et journalistes

Beaucoup moins de journalistes que la veille, mardi soir, à la République, où je suis retourné me promener. Beaucoup moins de CRS, aussi. Pas une seule camionnette de CRS. Disparus, les CRS. Envolés. C’était un mauvais rêve. Comprendra qui pourra. Jours pairs, jours impairs  ? Existe-t-il un rapport arithmétique entre le nombre de CRS et celui de journalistes  ?

« C’est curieux, quand même, qu’il n’y ait plus de journalistes », me dit un jeune « nuitauboutiste », qui regardait Arrêt sur images à la télé, sur France 5, mais ne savait pas qu’elle avait migré sur Internet. « C’est une bonne chose, ou non  ? » La question est sincère. Il se la pose vraiment.

Il faudrait tout reprendre à zéro. Lui expliquer que dans cette obsession médiatique pour la violence visible, il y a des bonnes et des mauvaises raisons. Les mauvaises  ? L’anxiogène fait vendre. Les bonnes  ? Ce sont les points de crise, toujours, qui révèlent les rapports de force et les tensions d’une société.

 

« Leur faire peur »

Est-ce à dire que « Nuit debout » a raison de casser des vitrines de banques à proximité de République  ? Casser des vitrines ou planter un potager, quelle est l’action la plus efficace  ? On pourrait en débattre des jours entiers. Tout dépend de l’objectif fixé, tout dépend s’il s’agit de « leur faire peur », ou de construire « un espace préfiguratif », comme dit l’anthropologue David Graeber. 

Préfiguratif  ? Oui, d’autre chose. D’autres modes de production, d’autres rapports humains et politiques, d’une toute autre société. Et encore. Même s’il s’agit de « leur faire peur », la chose se discute.

 

Casser des vitrines leur fait peur, c’est indiscutable. Mais c’est une peur que connaissent intimement, dans leurs gènes, depuis toujours, tous les possédants. Contre laquelle ils ont des techniques pavloviennes de rétorsion. Ils enverront la police. Peut-être retireront-ils le projet El Khomri. Que le gouvernement suivant re-présentera l’année suivante, le même ou pire.

Tandis que le potager, ils n’y comprennent rien. Ils tournent autour en ricanant, ils se demandent si c’est du cerfeuil ou de la ciboulette. Mais écoutons bien ces ricanements. N’est-ce pas une peur, qu’ils masquent  ? Pas la même peur, certes. Une inquiétude sourde, vague, informulée. N’est-elle pas, au total, plus déstabilisatrice  ? Ce n’est qu’une intuition, n’est-ce pas. Je suis prêt à la discuter.

Initialement publié sur Arretsurimages.net
http://www.arretsurimages.net
 
 
Source : http://rue89.nouvelobs.com
 
 
 
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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 13:20

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Les ministres se cachent pour sentir "Nuit Debout"

Sachant pertinemment qu’ils ne sont pas les bienvenus place de la République, les membres du gouvernement de Manuel Valls adoptent des stratégies de contournement pour prendre le pouls du mouvement “Nuit Debout”, place de la République à Paris.
 
"Cherchez le ministre" pourrait devenir le jeu à la mode à "Nuit Debout". - Sipa
 

Conscients qu’il se passe quelque chose place de la République à Paris, les ministres se gardent bien cependant d’y mettre le pied. Au vu de l’allergie des participants à “Nuit Debout” à toute récupération politique, et de leur rejet du gouvernement, nul doute qu’un ministre en grand équipage y serait accueilli sous les huées. Alors, pour en prendre le pouls sans qu’on leur cherche des poux, les ministres font le choix soit d’y aller incognito, soit de laisser leurs collaborateurs en première ligne.

Invité sur la matinale de France Inter ce mardi 12 avril, le ministre de la Jeunesse et des Sports Patrick Kanner a ainsi confirmé que ce sont les membres de son cabinet qui lui rapportent des choses vues place de la République :

“Moi je ne suis pas allé voir les jeunes place de la République (...) Mais je respecte leur mouvement, j’ai des collaborateurs qui sont jeunes, qui sont intéressés par le mouvement qui sont allés sur place, non pas pour infiltrer ou pour surveiller mais simplement par intérêt personnel.”

Et que lui disent ces infiltrés ?

“Ils me disent que c’est un mouvement qui est intéressant sur le plan intellectuel, sur le plan politique, moi je le regarde non pas avec sympathie mais avec intérêt réel, à condition qu’il respecte naturellement les règles et les lois de la République, c’est-à-dire qu’on ne peut pas occuper indéfiniment un espace public, il y a a d’autres moyens de s’exprimer dans ce pays”.

Selon de ce mardi, Myriam El Khomri aurait adopté la même stratégie que Patrick Kanner, envoyant ses émissaires. Axelle Lemaire a quant à elle fait le choix d’y aller, mais incognito, rapporte par ailleurs le quotidien. La secrétaire d’Etat au numérique se serait ainsi glissée dimanche parmi les manifestants. Une escapade incognito d’autant plus facile pour elle que, comme le relève un proche, “elle n'est pas très connue du grand public et elle n'est pas identifiée aux sujets qui hérissent les manifestants.” Un pari que pourrait aussi faire “Patrick qui ? Kanner”…

 

 

Source : http://www.marianne.net

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 13:10

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

"Merci Patron" : le "cri de ralliement" en une du New York Times

 

 
"Merci Patron !" est à la une ce mardi 12 avril de l'édition internationale du "New York Times". Le quotidien américain décrit le film comme un "cri de ralliement français" contre la loi Travail, voire au-delà…
 
Le visage de François Ruffin, réalisateur de "Merci Patron !", est à la une de l'édition int
ernationale du New York Times mardi 12 avril. - DR/montage Marianne
 
 

D'un "succès tranquille" à un "cri de ralliement français". A la une de l'édition internationale du New York Times ce mardi 12 avril, "Merci Patron !" est encensé. Le film réalisé par François Ruffin, qui décrit le combat d'un couple licencié par une société appartenant à Bernard Arnault, est "devenu un cri de ralliement contre la réforme gouvernementale visant à réformer le code du travail", note le titre américain.

La correspondante du journal à Paris, Doreen Carvajal, fait également référence à "Nuit Debout", quand "des centaines d'indignés se sont réunis la semaine dernière place de la République à Paris pour une projection du film en plein air" et ont "chanté les paroles de la bande sonore". Le film "est ainsi devenu un symbole de ce qu'il se passe dans les rues", confie au New York Times Etienne Ollagnier, co-gérant de la société distributrice du film.

 

"Plus de succès" que Michael Moore

Le New York Times n'hésite pas à comparer François Ruffin à Michael Moore, auteur de documentaires à succès comme Roger & Me, qui relate la suppression de 30.000 emplois chez General Motors à la fin des années 1980. Et d'estimer que "Ruffin a eu plus de succès" que son aîné américain, en obtenant "la visite d'un représentant de LVMH pour convenir d'un accord". La classe américaine…

S'il a bien été diffusé sur la place de la République, le "symbole" y a aussi été quelque peu écorné la semaine dernière. Le réalisateur, par des indignés lui reprochant de "faire la promotion de son film". Le mouvement, parti de la mobilisation contre la loi Travail, brasse aujourd'hui Gare à ceux qui s'y essaieraient…

Sorti en salles le 23 février, Merci Patron ! avait réuni au 4 avril plus de 220.000 spectateurs. Un score conséquent, puisque les distributeurs estiment qu'un documentaire fait une bonne performance à partir de 50.000 entrées.
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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 12:57

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

Nuit debout : bientôt des porte-parole élus ?

 

 

 

Nuit debout : bientôt des porte-parole élus ?

 

Lors d’un débat organisé par l’organisation altermondialiste ATTAC, l’économiste français Frédéric Lordon s’est prononcé pour une évolution stratégique du mouvement de la place de la République.

 

A République, tout le monde connaît Frédéric Lordon. Même les CRS : "C’est le truc de Lordon", lâche un policier casqué à son collègue qui observe l’attroupement devant la Bourse du Travail. Ce mardi 12 avril, une partie de Nuit debout s’est décentralisée à quelques pas de la place de la République, dans ce QG des syndicats français, pour assister à une conférence organisée par le mouvement altermondialiste Attac. David Graeber, anthropologue anarchiste et activiste d’Occupy Wall Street, va converser pendant deux heures, et pas une minute de plus, avec l’économiste Frédéric Lordon, figure et âme dévouée de Nuit debout.

Le décor de la bâtisse du XIXe change de celui de République. La verrière à charpente métallique a remplacé le goudron humide et les peintures style Renaissance font oublier les pancartes en carton. Sous le haut patronage du buste de Jean Jaurès, qui domine la salle Ambroise Croizat, l’événement rassemble environ 200 personnes. Ils attendent des réponses à leurs questions brûlantes. Beaucoup de visages jeunes, on reconnnaît quelques "nuit-deboutistes" dynamiques. Énormément de tempes grises et de cheveux blancs.

Nuit debout est-il si différent des Indignés ou de Occupy Wall Street ? Quelles leçons tirer des occupations des autres places, de Madrid à Wall Street ? Et surtout, quel avenir pour Nuit debout ? Le programme de la soirée est pléthorique. Et Frédéric Lordon est venu avec des messages à faire passer.

"La révolution en 2025-2030"

Après avoir écouté attentivement David Graeber saluer Nuit debout "qui réinvente la démocratie directe" et expliquer que "pour gérer les outsiders, il faut un gouvernement", comprendre une tête au mouvement, le penseur français enchaîne. Les Indignés espagnols sont "un contre-exemple", puisque Podemos s’est mué en "écurie électorale", tandis qu’Occupy Wall Street "n’a rien produit". Frédéric Lordon n’a rien perdu de ses aptitudes à la provocation et s’en amuse :

"Je dis ça parce que je suis un théoricien marxiste. En réalité, Occupy a permis des mouvements à Hong-Kong, sur la place Taksim à Istanbul et aujourd’hui à Paris. Cette émulation est bonne."

Voilà pour l’étranger, mais Frédéric Lordon veut surtout parler de Nuit debout, dont certains dans le mouvement craignent qu’il connaisse une période de creux en raison des vacances scolaires. "Nous avons une génération de lycéens incroyable. Si on suit ce qui s'est passé aux États-Unis, ils devraient faire la révolution en 2025-2030. Quand ces minots arriveront comme des balles, le gouvernement aura du souci à se faire", scande Frédéric Lordon. Les mains s’agitent en guise d’approbation, les codes de la Nuit debout font désormais partie de l’usage. Mais les traditionnels applaudissements demeurent.

L’orateur calme aussitôt la foule. "La vraie question est : que voulons-nous ?" Les nombreux participants à Nuit debout présents dans l’amphithéâtre se sentent immédiatement concernés. L’organisation du mouvement doit évoluer.

"L’intransigeance horizontale de l’AG, couplée à l’homogénéité sociale et l’improductivité du mouvement pourraient rendre la démarche régressive", prévient-il dans son langage typique d’universitaire.

Il faut trouver d’autres formes, "c’est l’enjeu du moment". Une nouvelle commission, chargée de la stratégie, peut-être ? Frédéric Lordon l’évoque, mais n’est pas sûr. Un porte-parole, alors ? Christophe Ramaux, un économiste de Paris-1 présent dans le public, pose la question. "Les porte-parole ne me posent aucun problème s’ils sont élus, mandatés, contrôlés et révocables", assène Lordon, beaucoup plus convaincu. L’auditoire est conquis. Il y a des acclamations qui valent tous les votes.

Virginie Cresci et Etienne Girard

L'Obs

L'Obs

Journaliste

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 14:37

 

 

Source : http://www.bastamag.net
 

 

Consommation

Fairphone, vers un téléphone équitable, modulable, recyclable et... grand public ?

par

 

 

Un smartphone fabriqué dans des conditions acceptables est-il possible ? Plusieurs scandales ont entaché les grandes marques de l’industrie électronique : métaux extraits dans des zones de conflits en Afrique, conditions de travail indignes sous-traitantes en Asie, pollutions environnementales, obsolescence des produits… Face à cette situation, une entreprise néerlandaise a lancé le Fairphone, un smartphone qui se veut « responsable » et « durable ». Une avancée louable malgré les limites de l’initiative. Enquête.

 

Astrid Barthélémy, rencontrée sur Twitter, a du mal à consulter ses messages. « J’ai cassé l’écran de mon smartphone, un Samsung quasi neuf, et j’ai dû emprunter un téléphone un peu bas de gamme en attendant », explique la jeune femme. Connectée en permanence aux réseaux sociaux ou à Internet, comme beaucoup d’autres jeunes de sa génération, Astrid se trouve un peu diminuée sans son appareil de prédilection. Constatant que la réparation de son écran était trop coûteuse et compliquée, elle ne s’est pourtant pas ruée sur un nouveau smartphone standard, l’attitude type de milliers d’autres consommateurs. « J’ai remis en question la façon dont on nous propose systématiquement des appareils à usage unique. Le reconditionnement ne m’attirait pas non plus. J’avais entendu parler du bloc-phone il y a quelques temps, un téléphone dont les éléments étaient facilement remplaçables. C’était malheureusement resté à l’état de projet. En cherchant davantage, j’ai découvert le FairPhone 2 ».

 

Astrid a ainsi précommandé son FairPhone 2 (fair signifie « juste » en anglais), à coque bleue translucide, qui doit lui être livré fin février. L’appareil est entièrement modulable, fabriqué par la start-up éponyme basée au Pays-Bas, qui ambitionne de proposer des téléphones les plus « éthiques » possible. « Je me suis intéressée au juste prix du téléphone, comprendre ce que je payais, les conditions de sa fabrication. La démarche de cette entreprise m’a séduite. » Elle a désormais rejoint la communauté des quelque 9 0000 « #WeAreFairphone ».

 

Des filières de production plus transparentes

Fondée en 2013, la société a été lancée suite à une campagne de sensibilisation en 2010 qui s’interrogeait sur la possibilité de fabriquer un produit technologique haut de gamme en s’appuyant sur une fabrication moins nocive pour l’environnement et les conditions de travail. « En 2011, nous avons d’abord étudié les modes de production, particulièrement en Chine et au Congo, en nous appuyant sur des ONG locales pour aller à la rencontre des différents acteurs du système », se souvient Bibi Bleekemolen, responsable du développement durable chez FairPhone.

 

Courant 2013, après avoir identifié et choisi sur le marché des fournisseurs dont les pratiques semblent les plus respectables – d’un point de vue social –, l’entreprise lance son FairPhone 1. « L’idée n’était pas de dire : “on fabrique un téléphone aux Pays-Bas” », décrétait récemment dans un reportage diffusé sur Arte le fondateur et directeur Bas Van Abel, « mais nous essayons de concevoir un produit dans les meilleures conditions possible pour une utilisation intelligente ». La start-up, conforme aux convictions de ses créateurs, se veut entièrement transparente sur la fabrication de ses téléphones ainsi que sur son fonctionnement interne, ses dépenses, ses investissements ou ses marges. Le détail du coût du téléphone est accessible en ligne de même que les noms des partenaires et distributeurs.

 

La question de l’extraction d’or

Par ses matériaux, la fabrication du « Fairphone » ne diffère pas des autres smartphones : elle nécessite les mêmes terres rares et minerais indispensables, la même main-d’œuvre. Mais la marque refuse de s’approvisionner dans les mines africaines qui alimentent les conflits armés, et cherchent celles qui, si possible, n’exploitent pas les populations dans les conditions les plus terribles – comme l’a rappelé encore récemment un rapport [1] d’Amnesty International sur l’extraction de cobalt (lire aussi notre article « Le cobalt des smartphones et voitures électriques extrait par des enfants »). Elle tente aussi de travailler avec des entreprises chinoises dont les pratiques sociales sont plébiscitées par les employés.

 

Début 2016, FairPhone a d’ailleurs rejoint « une chaîne d’approvisionnement pilote » pour l’extraction de l’or dans des conditions sociales et environnementales acceptables, avec le soutien du label de commerce équitable Max Havelaar. L’or « certifié » Fairtrade provient d’une mine péruvienne. « Minera Sotrami est une petite entreprise minière, qui compte 164 actionnaires et emploie 260 mineurs ainsi que 5 ingénieurs qui gèrent la mine et toutes les étapes de transformation du minerai. L’or extrait sur ce site répond à la norme Fairtrade pour l’or et les métaux précieux », communique l’entreprise.

 

Des métaux « ne provenant pas de zones de conflits »

La marque développe également des programmes éducatifs au Ghana avec son partenaire néerlandais, l’organisation non gouvernementale Closing the Loop, afin de sensibiliser les populations aux dangers liés à l’extraction ainsi qu’au recyclage de matériaux électroniques. Elle essaie de mettre en œuvre des campagnes similaires en Ouganda et au Cameroun. « L’industrie du recyclage est loin d’être propre. Nos téléphones ne sont pas issus du recyclage, mais nous voulons nous impliquer dans cette filière pour l’améliorer, la rendre plus transparente et plus profitable, cela fait partie de nos valeurs clés », souligne Bibi Bleekemolen.

 

Ces initiatives ont valu à la start-up la remise du prix « Momentum for Change des Nations Unies » à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, à Paris (COP21). « Contrairement à d’autres, nous voulons avoir la main sur toute la chaîne de production, et pas uniquement sur les principaux fournisseurs. Nos partenaires, des ONG locales comme le réseau TAOS en Chine, qui effectue des audits réguliers et une veille permanente sur les conditions de travail dans les entreprises chinoises, nous assurent que les démarches sont respectées à tous les niveaux. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir », reconnaît Bibi Bleekemolen. Pour l’instant seuls quelques minerais sont issus d’un commerce réellement traçable, tant les intermédiaires sont nombreux dans ces filières. L’entreprise a ainsi « adhéré au Conflict-Free Tin Initiative, qui trace la provenance de l’étain, au programme Solutions for Hope pour le tantale, et cherche actuellement des partenaires au Rwanda pour une extraction de tungstène [2] ne provenant pas de zones de conflits »,  peut-on lire sur le site de Fairephone.

 

« Tout ce qui relève de l’extraction minière n’est pas durable »

Quant à des ressources minières « durables », Judith Pigneur, Christophe Alliot et Sylvain Ly, n’y croient pas vraiment. Ces trois analystes du bureau d’étude et d’information Le Basic, spécialisé sur les impacts sociaux et environnementaux des différentes filières de consommation courante, demeurent sceptiques. « Il faut faire attention aux mots que l’on emploie quand on parle de commerce équitable et de filières durables. Nous ne sommes pas certains que le FairPhone puisse répondre à toutes les conditions nécessaires pour entrer dans la catégorie commerce équitable et durable, comme peut l’être aujourd’hui le café », nuance Sylvain Ly. « Annoncer de l’extraction d’or équitable contribuant au développement durable n’est pas très réaliste, par définition, tout ce qui relève de l’extraction minière n’est pas durable, car la Terre a des ressources, certes, mais limitées », assène Judith Prieur.

 

« La fabrication de téléphones décomposables en blocs permet de produire moins de déchets, car on n’est pas obligé de tout jeter à la fin de vie de chaque élément. Mais si l’on voulait un smartphone réellement propre, idéalement, il faudrait pouvoir recycler ces blocs et leurs composants », poursuit cette doctorante de l’école Centrale-Supélec. Ce qui est loin d’être le cas. Si les métaux sont, en théorie, facilement réutilisables, leur éparpillement à des doses microscopiques dans chaque smartphone rend leur recyclage fastidieux (lire aussi notre enquête : « Quand le monde manquera de métaux). « Moins de 1% des terres rares est recyclé, fait valoir Judith Prieur. Il existe actuellement un frein industriel – la filière de recyclage n’existe pas, et est coûteuse à mettre en place – et économique, le prix des matières premières minérales étant actuellement bas. C’est un secteur avec très peu d’alternatives [3] ».

 

Comment mobiliser le consommateur ?

Acquérir un Fairphone serait donc vain ? « La démarche est louable et nécessaire, car elle cherche à sensibiliser le consommateur à ces phénomènes. Elle s’inscrit à contre-courant des tendances actuelles, en assumant les enjeux sociétaux liés aux filières d’approvisionnement. Et tente d’y répondre en proposant un produit réparable alors que nous sommes dans le « tout-jetable » depuis des décennies, » souligne Sylvain Ly. « La question est de savoir si l’objet smartphone lui-même est compatible avec les impacts sociaux et environnementaux qu’il génère. Et surtout si le consommateur sera suffisamment sensible pour adhérer aux alternatives dont le FairPhone est le fer de lance. Tant que les prouesses techniques et le confort du consommateur priment, je ne pense pas que nous verrons une réelle mobilisation des acheteurs », déplore-t-il.

 

Ce qui s’est produit dans le secteur textile depuis trois décennies incite à ne pas se réjouir trop vite. Les beaux discours et engagements des industriels sur leurs responsabilités sociales n’a pas empêché la catastrophe du Rana Plaza, qui a tué plus d’un millier d’ouvriers il y a trois ans au Bangladesh : « Les industries disent avoir amélioré leurs modèles en travaillant leur responsabilité sociale en entreprise (RSE), mais concrètement peu de choses ont changé », estime Sylvain. L’industrie textile a une nouvelle fois frôlé la catastrophe au Bangladesh, mi-février 2016. Une illustration supplémentaire des limites de la « responsabilité sociale » façon H&M. « Le consommateur reste pris dans un modèle économique qui engendre les achats impulsifs », rappelle Sylvain, « il s’agit dans les deux cas, qu’il s’agisse du textile ou des smartphones, de marqueurs sociaux. C’est cela qu’il faudrait arriver à casser ».

 

Vers une consommation et une utilisation responsables

En termes de consommation, la démarche du FairPhone se rapproche justement d’une logique de « décroissance » économique plutôt que de renouvellement d’un produit à tout prix, avec autant d’équipements qui deviennent obsolètes en quelques mois. On ne peut ainsi acheter l’appareil qu’en pré-vente. En France, un seul endroit le propose : l’ultrabranché Centre Commercial, magasin situé non loin de la place de la République, à Paris, qui vend principalement des produits de mode issus de circuits courts, bio et équitables à l’instar des célèbres chaussures équitables de la marque française Veja.

 

Si une dizaine de clients ont déjà commandé leurs Fairphone en boutique, ce téléphone demeure encore un produit confidentiel qui attire un consommateur averti. Astrid Barthélémy a connu ce téléphone grâce à son engagement au sein du Réseau français des étudiants pour le développement durable. Elle est donc particulièrement sensible à ces problématiques. Romain Porcheron, un Bordelais de 28 ans, est lui adhérent des Amis de la Terre et milite au sein d’Alternatiba. « Cela m’irrite vraiment d’acheter un produit dont les composantes risquent de ne plus fonctionner peu de temps après ! Dans la high-tech, tout est pensé pour nous inciter à consommer ! Ici, la démarche est différente », déclare celui qui a succombé au FairPhone 1 en 2014, « toujours fonctionnel et pratique ». « Le fait que le téléphone soit fabriqué sur demande nous oblige à réfléchir sur l’objet que nous achetons, en plus du prix qui est élevé et de l’attente qui s’ensuit. On se sent réellement impliqué dans le produit et son évolution », explique de son côté Stéphane Rochard, militant associatif francilien, heureux possesseur d’un FairPhone 2 depuis début février. À terme, le FairPhone pourra-t-il également séduire un plus large public ?

 

Les opérateurs français de téléphonie à la traîne

Côté technologie, les utilisateurs contactés soutiennent que le FairPhone 2 n’a rien à envier à ses concurrents. Il serait même plus accessible, car la réparation est conçue pour tous via des tutoriels très simples et gratuits, en ligne sur le site du fabricant. Muni d’un écran LCD Full HD Gorilla Glass de 5 pouces, sous Android 5.1 (Lollipop) disposant de 32 gigaoctets de mémoire interne, le FairPhone 2 est même plutôt bien noté par rapport à son prédécesseur. Les Numériques, site français de référence, concède ainsi 3 étoiles sur 5 à l’appareil et annonce qu’il « associe une plateforme matérielle haut de gamme de 2014 (ou milieu de gamme de 2015), un versant équitable plus solide et surtout un aspect potentiellement modulaire bardé de promesses pour l’avenir ».

 

Le site spécialisé s’interroge cependant sur la capacité du producteur à fournir les petites pièces détachables, tout comme Stéphane Rochard, qui espère convertir son entourage au FairPhone pour que la production se développe. « On ne trouve pas toujours toutes les pièces manquantes quand on en a besoin et l’attente en général est un peu longue », remarque-t-il. Le prix du téléphone, actuellement de 525 euros, refroidit aussi les acheteurs potentiels : il ne comprend pas les accessoires comme le chargeur ou les écouteurs – la marque estime que tout le monde dispose d’un câble usb de base. Autre inconvénient : il est actuellement impossible de bénéficier de paiement différés ou d’obtenir le FairPhone sur abonnement avec un opérateur français, comme c’est déjà le cas avec l’opérateur Phone Co-Op au Royaume-Uni, qui le propose pour 28 euros par mois, ou le néerlandais KPN. « Nous sommes actuellement en pourparlers avec plusieurs fournisseurs français. Mais ce n’est pas évident de les associer au projet car leur vision des produits est parfois conflictuelle avec la nôtre », remarque la directrice du développement durable chez FairPhone.

 

Quant à un système d’exploitation (operating system, OS) en propre, plus éthique et moins intrusif que Google – à qui appartient l’OS Android depuis 2005 – le fabricant s’est engagé à développer prochainement des logiciels équitables. Il a ainsi entamé une première collaboration avec Sailfish, un OS alternatif développé par la société finlandaise Jolla. Selon un responsable du développement logiciel de FairPhone, les deux sociétés présentes au Mobile World Congress ont fait des démonstrations des maquettes et des progrès réalisés. En attendant un véritable logiciel interne, Fairphone a ouvert un site en septembre 2015, afin que les utilisateurs puissent expérimenter leurs propres OS en open source. FairPhone, s’il demeure pionnier en matière d’initiative électronique éthique ne se diversifiera pas de sitôt vers les tablettes ou les ordinateurs. « Nous voulons nous concentrer sur un seul produit. L’idée est de créer un impact positif en lançant une réflexion globale sur la consommation des biens électroniques », rappelle Bibi Bleekemolen. Vivement que d’autres s’en inspirent.

 

Clea Chakraverty

Photo : CC Fairphone

- Lire notre dossier sur l’industrie électronique sur l’Observatoire des multinationales

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 14:21

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Ces vies de chômeurs derrière les catégories de Pôle emploi

11 avril 2016 | Par Mathilde Goanec
 
 

Cela fait longtemps que les chômeurs sont rangés par catégories, A, B ou C, tordues à l’envi pour faire plier la courbe qui monte. Mais la différence est-elle si grande entre ceux qui ne travaillent pas du tout (les A) et l’océan de précaires demandeurs d’emploi (B et C) ? Tentative de réponse en quatre portraits.

A, B, C. Ces trois lettres de l’alphabet permettent, chaque mois, de tirer les chiffres du chômage dans le sens du vent politique, construction statistique tellement instrumentalisée que l’on n’y comprend plus rien. Depuis un mois, et face à une nouvelle hausse du nombre des demandeurs d'emploi, ministres et anciens ministres semblent tous prendre leurs distances. Après avoir, l’un comme l’autre, commenté mensuellement les chiffres de Pôle emploi lorsqu’ils dirigeaient le ministère du travail, François Rebsamen critique désormais, dans Les Échos et Le Monde, leur « viabilité », quand, sur France Inter, Michel Sapin raille une « statistique administrative » et plaide pour que l’on retienne les « vrais chiffres du chômage », ceux publiés tous les trois mois par l’Insee (moins élevés).

Changer de calcul, privilégier la tendance à la folie de la publication mensuelle, pourquoi pas? Mais la réalité des “privés d'emploi” ne disparaîtra pas d’un coup de baguette statistique. Rencontre avec quatre personnes pour lesquelles la recherche d'emploi est devenue une priorité quotidienne.

 

  • Roselyne, stakhanoviste de la recherche d’emploi, s'inquiète de « basculer » dans les minimas sociaux

Roselyne, que nous rencontrons dans le sud de la France, le sait bien, elle qui a les deux pieds solidement enfoncés dans la catégorie A, qui rassemble les demandeurs d’emploi travaillant 0 heure par mois, indemnisés ou pas. Roselyne a le malheur de relever de deux autres sous-catégories, dont le volume ne cesse de croître, celles des « chômeurs de longue durée » et des « seniors », autant d’épines sur son CV. Licenciée d’une institution culturelle il y a trois ans, cette ancienne assistante de direction de 57 ans a un tic-tac de plus en plus bruyant dans la tête : ses indemnités, versées par Pôle emploi, s’arrêtent dans trois mois. Ensuite, restera le revenu de solidarité active (RSA). Il y a donc urgence.

 

 © Mathilde Goanec © Mathilde Goanec

 

Roselyne est minutieuse et acharnée, on le croit volontiers. Son fichier Excel recensant ses démarches pour retrouver un travail est un monument du genre, plusieurs milliers d’offres enregistrées, avec les coordonnées afférentes, l’état de la candidature, les retours ou non, les relances nécessaires, le tout codé en couleur et actualisé jour après jour, depuis trois ans.

« J’y passe quatre à cinq heures par jour, rien que pour trier les alertes, raconte Roselyne devant ses nombreux dossiers « papiers », triés et rangés sur une étagère. Je regarde les offres sur les sites de l’APEC, Cadremploi, Manpower, Adecco, Jobup en Suisse, vu que je parle aussi allemand. Mais le gros des offres passe par des cabinets de recrutement. » Malgré ses efforts, trois langues étrangères parlées, un Master of business administration (MBA) obtenu en 2010, à 50 ans passés, ainsi qu’une solide expérience dans le public comme dans le privé, l’emploi n’arrive pas.

Devant son ordinateur, elle épluche devant nous les offres du jour. « Tenez, par exemple, un poste d’assistante de direction à Quimper, 24 heures par semaine, 1 147 euros par mois… Ou une autre offre, 910 euros mensuels, avec niveau BTS, pour un contrat de professionnalisation dans un grand groupe industriel… La voilà la concurrence ! Des jeunes, qui sortent presque de l’école, mais qui accepteront de tout faire, du secrétariat à la comptabilité, ce qui permet aux boîtes d’économiser sur la masse salariale. » Roselyne demande un salaire de 1 800 euros, même si elle répond souvent à des annonces dont le montant est inférieur. « Je suis seule, je dois me loger et à neuf ans de la retraite, je ne peux pas me permettre de trop baisser mon salaire, sinon ça va être la catastrophe. »

 

 

Roselyne, inscrite dans la catégorie A, extrait #1 © Mathilde GoanecQuand ça mord, la chute est d’autant plus rude. En décembre dernier, Roselyne est retenue pour une offre à 1 800 euros net, à Bordeaux. Pôle emploi paie 30 % du billet de train, mais l’hôtel ainsi que la restauration sur place restent à sa charge. À sa grande surprise, « l’entretien se passait à Pôle emploi, on était 35 dans une salle, 11 pour un poste d’assistante de direction et 23 pour un poste de RH, venus d’un peu partout en France. Ils nous ont présenté l’entreprise. Le directeur général de la boîte devait rencontrer tout le monde, mais on n’a vu personne… Ça voulait dire quoi, qu’ils allaient recruter au faciès ? »

 

Trop de demandes se font concurrence, sur trop peu de postes, même si Roselyne est prête à lâcher sa vie et ses amis, tout un réseau construit depuis trente ans. « Je remonterais bien en Bretagne, à Brest, où mon frère vit. Mais mon rayon est large, je cherche même à l’étranger, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre. J’ai reçu une offre à 1 600 euros par mois pour un CDD de trois mois en Grande-Bretagne, pour faire de la vente par téléphone. Malheureusement, je ne peux pas lâcher mon appart’ pour trois mois. Mais si j’étais jeune, j’irais. Il faut que les jeunes y aillent », martèle Roselyne, qui s’inquiète également pour son fils, accordeur de piano.

Grande, très mince, les traits tirés, Roselyne semble épuisée. Ses cervicales sont douloureuses, contractées par les heures devant l’écran à cliquer, répondre, rédiger, encore et encore, ce maudit CV, trouver une justification devant les employeurs à ses trois dernières années vides d’emploi. « J’ai parfois le sentiment d’une solitude totale, de ne plus être dans le flot. On perd pied, très vite. Heureusement, j’ai de bons amis proches, mais ils ne sont pas là au quotidien et tous n’ont pas envie de voir ça. Chacun a son rythme et je ne suis plus dans celui des autres. Ce n’est pas aux gens que j’en veux, c’est au système que j'en veux. »

 

Roselyne, extrait #2 © Mathilde Goanec

 

La peur « du basculement » hante cette femme depuis l’enfance. « Je me souviens très nettement de ce livre, lu petite, L’Assommoir, où l’on voit comment tout se dégrade quand on perd de quoi vivre, la misère qui suit, et l’alcoolisme. » Son père travaillait dans la marine marchande, sa mère tenait un magasin Coop en Bretagne, et Roselyne garde au fond de la voix un accent venu de la rade de Brest. « J’ai toujours donné un coup de main, pour 100 bouteilles vides rangées, j’avais le droit à un Carambar… J’étais une petite ouvrière obéissante et ça m’a marquée. Se faire placardiser, certains le supportent, moi non parce qu’on m’a appris que tout travail mérite salaire… Et inversement. »

 

« Le chômage, c’est pas notre faute »

  • Pascal Ouvrard, licencié après un arrêt maladie, n'a pas les moyens de créer son entreprise

Pascal Ouvrard, lui aussi, a changé. « D’une certaine manière, je suis sans doute plus ouvert qu’avant. » Commercial de 40 ans, installé avec sa famille dans l’Oise, son licenciement est arrivé en septembre 2015. Catégorie A, indemnisé pour encore plusieurs mois, il a bon espoir de retrouver un travail. « J’ai été chauffeur, vendeur de prêt-à-porter, magasinier, commercial, je peux faire beaucoup de choses. Au pire, on vendra la maison ou la voiture. »

Drôle d’homme que Pascal Ouvrard… Fou de politique, effrayé par l’extrême droite, ce sarkozyste assumé a pleuré quand François Hollande est arrivé au pouvoir. « Je voyais des gens autour de moi qui voulaient plus de social, regardez où on en est aujourd’hui ! J’avais vu juste, ce mec est complètement à côté de la plaque… » Son analyse sur le monde de l’entreprise est cependant loin de celle portée par l’ancien patron de l’Élysée. « Le chômage, c’est pas notre faute. Aujourd’hui, on peut bosser quinze heures par jour, rapporter de l’argent à la boîte et se faire lourder du jour au lendemain. »

 

 © Mathilde Goanec © Mathilde Goanec
 

Ancien de chez Saint-Gobain, Pascal Ouvrard est devenu il y a trois ans responsable de secteur commercial dans l’industrie des sanitaires. Il avait en charge l’Île-de-France et l’Oise, dix points de vente à développer. Naviguant de l'ordinateur au portable pour surveiller ses mails de 7 heures à 21 heures, il sillonne en voiture et dans les bouchons toute la région parisienne, travaille comme un fou, finit par ne plus en dormir. En février 2014, il contracte une infection pulmonaire, qu’il traite avec trois grammes d’antibiotiques par jour, et replonge dans le boulot, à corps perdu. Lorsque son médecin l'a mis en arrêt maladie pour un mois, Pascal Ouvrard a résisté ferme. « C’est soit ça, soit vous y restez », a prévenu le docteur. Le mot finit par être lâché, burn out.

 

Le licenciement, quelques mois plus tard, s’apparente à une libération, doublée d’un sauvetage personnel. Le couple de Pascal Ouvrard était à deux doigts de craquer. « Je m’étais totalement refermé sur moi-même. Je ne vivais plus. Je vais vous le dire : oui, le travail tue. » L’amour du challenge et du travail bien fait, ainsi que la pression hiérarchique, ont épuisé le bon petit soldat. « J’ai commencé chauffeur livreur, vingt ans que je travaille. Je suis né dans une entreprise, mon père et mon grand-père avaient une boîte de BTP dans le Val-d’Oise. Ma mère, elle, n’avait pas un sou et j’ai baigné dans ces deux mondes depuis tout petit. Mais l’amour de l’entreprise, je l’ai en moi et je sais toujours ce que je vaux. »

Cette énergie se heurte à la réalité du marché de l’emploi. Beaucoup d’annonces circulent, mais sont souvent déjà pourvues, et pourrissent sur les sites des cabinets de recrutement. Avec seulement un bac en poche, Pascal Ouvard n’a « jamais le bon parcours, le bon diplôme ». L’expérience, qui pourrait être un atout, peut également agir en repoussoir sur les recruteurs potentiels. Les jeunes, moins payés et plus dociles, se bousculent au portillon de l’emploi, certains n’ayant, trois ans après l’obtention d’un diplôme, jamais travaillé.

 

Pascal, commercial, actuellement demandeur d'emploi © Mathilde Goanec

 

Comme pour Roselyne, le montant des salaires proposés est un crève-cœur. « Faut le voir pour le croire, moi je ne retrouverai jamais ce que je gagnais ! Tant pis, c’est pas grave, mais heureusement que ma femme travaille aussi. » L’idée de monter sa propre entreprise trotte bien sûr dans la tête de l’ancien salarié. « J’ai contacté la chambre de commerce dans ce sens. Pour trouver une boîte qui fonctionnait déjà, il me fallait 100 000 euros. Je ne les ai pas. Même pour une franchise, je dois trouver 50 000 euros minimum. Ce n’est pas le tout de vouloir s’en sortir, encore faut-il en avoir les moyens. »

 

B et C, inscrits sans toucher un centime

  • Cours à domicile, correction de copies, garde d'animaux : Claire Pochet enchaîne les petits boulots

Claire Pochet ne sait pas trop, de son côté, dans quelle catégorie elle est enregistrée. En B sans doute, vu qu’elle travaille régulièrement moins de 78 heures par mois. Elle s’en fiche d’ailleurs pas mal, tout comme la plupart des demandeurs d’emploi qui ont plus ou moins déserté les méandres de l’agence publique. « Je reste inscrite à Pôle emploi parce que les règles sont tellement compliquées que j’ai peur de tout perdre si je sors. Mais je ne suis pas accompagnée, je ne touche pas un centime, je vis de ce que je gagne en travaillant. » Et c’est très peu, 500 à 600 euros par mois.

Claire Pochet donne des cours particuliers de français deux à trois fois par semaine et surveille des examens, par l’intermédiaire de sociétés privées. De sa sacoche usée en cuir noir, elle sort l’un de ses nombreux contrats d’usage, signé pour deux heures, un ratio qui peut monter à sept en période faste de baccalauréat. En complément, elle corrige des copies de terminale, les mieux payées – 1,50 euro l’unité –, garde des chats, des chiens, ou écrit des articles mal payés pour des revues spécialisées.

« J’ai toujours fait plein, plein de petits boulots. À 18 ans, c’était chouette et les gens trouvaient ça “original”. Et puis, ça s’est installé. » Animatrice, secrétaire dans un hôpital, puis sept années dans l’édition, un master de français passé à 35 ans, par correspondance, Claire Pochet n’a jamais chômé. « Quand j’entends les réactions des gens à la loi sur le travail, je suis très surprise. On dirait que le monde découvre la précarité. Moi, le code du travail, je n’ai jamais eu l’impression qu’il me concernait. Dans les petites boîtes, les heures supplémentaires, on ne me les a jamais payées, et j’ai parfois signé un contrat six mois après avoir été embauchée. J’ai été payée en auto-entrepreneur, en Agessa, en chèque emploi service… On parle de l’Allemagne ou de l’Angleterre, mais les contrats 0 heure, on y est déjà en France ! »

Il y a quelque temps, à sept mois d'intervalle, Claire Pochet a perdu ses deux parents. Sous le choc, elle lâche tout et se retrouve au RSA. « J’ai vu des amis se faire contrôler et traiter comme des voleurs. Moi, je ne veux pas qu’on vienne chez moi me demander pourquoi j’ai 6 brosses à dents ou une télé. Je suis pauvre, pas une criminelle. » Elle renonce donc, et rebondit en signant un contrat aidé dans une association. « Faut pas rêver, il n’y a jamais d’embauche derrière. »

Sans être à la recherche d’un CDI à tout prix (« J’ai du mal, c’est vrai, avec la routine »), Claire Pochet n’est pas pour autant « une précaire heureuse » : « Je refuse d’être traitée d’instable, ou culpabilisée parce que je gagne très peu. » Grâce à sa mère, elle est propriétaire d’un petit logement dans Paris, dont les murs cloquent, faute de chauffage. L’hiver, elle tourne avec « trois tenues », la vie sociale est « ric-rac ». « Ma grande angoisse, c’est de tomber malade ou d’avoir un gros coup dur. »

Militante au Mouvement national des chômeurs et précaires, Claire Pochet « fait les manifs », tient une permanence le mercredi, où elle accueille les chômeurs aux prises avec des trop-perçus, des radiations, des indus réclamés par Pôle emploi. « Moi, ils me foutent la paix parce que je ne touche aucune indemnité, mais c’est d’une violence, cette administration ! » Son rire, parfois, s’échappe, haut perché. « Je suis fragile financièrement, mais je ne veux pas être exclue du monde. J’ai ma fierté. »

  • Nathalie Roussel, en temps partiel, trop « juste » pour acheter une voiture correcte

Petits ou grands précaires, travailleurs pauvres, ils peuplent également la catégorie C, qui rassemblent tous ceux qui travaillent plus de 78 heures mensuellement. C’est le cas de Nathalie Roussel. Cette formatrice en « français langue étrangère » travaille à mi-temps dans un centre social de Sainte-Marie-aux-Mines, vallée isolée des Vosges connue pour son passé industriel, aujourd’hui plutôt sinistrée. « Quand je suis arrivée, il y a dix ans, ça fermait déjà. On ne peut pas dire que cela se soit amélioré… » Beaucoup d’habitants sont déjà partis et le travail qui reste est surtout saisonnier, dans les vignes ou les salaisons.

 

Après plusieurs années de bourlingue, l’ancienne parisienne Nathalie Roussel est arrivée en Alsace, a acheté avec son mari une grande maison pour accueillir tous leurs enfants et réaliser « son rêve écolo ». « Pour aller bosser, comme tout le monde ici, il faut une voiture. Et c’est emblématique : on achète des vieilles bagnoles pas chères, qui finissent par tomber en panne. C’est un cercle vicieux. Faudrait trouver un truc pérenne mais comment faire ? Là, j’ai vu une pub pour payer 90 euros par mois… Je sais qu’on va la payer deux fois la voiture de cette façon, que c’est une arnaque, mais c’est quoi la solution ? »

Mère de famille nombreuse, Nathalie Roussel a longtemps apprécié de travailler à mi-temps, après avoir enchaîné les congés maternité. Mais financièrement, le couple est désormais trop juste. « Pour nous, ce n'est pas une question de partir en vacances ou pas, c’est même plus l’enjeu. C’est plutôt : est-ce qu’on met du chauffage ou pas ? On en est là. » Une fille au lycée, un fils en deuxième année de fac, une autre étudiante en voyage-travail, la quatrième, embauchée à mi-temps à Lyon, qui vient d’avoir un enfant…, les frais s’accumulent.

« Dans notre famille, il y a heureusement une bonne solidarité et les enfants ont l’habitude de se débrouiller. On aide un peu le garçon qui a une bourse de 150 euros, pour qu’il mange à sa faim. L’année prochaine, ça va être compliqué, il faut qu’on trouve une idée. » Par un curieux effet de génération, Nathalie Roussel admet que ses propres parents, à plus de 80 ans, l’aident également. « Je ne sais pas, je dirais qu’on est devenus, au fil du temps, des travailleurs pauvres. Pourtant, on n’est pas restés les bras ballants à profiter du système comme ils disent, on bosse, mais on galère, c’est pas normal. »

Nathalie Roussel veut donc passer à temps plein, pour gonfler les 800 euros qu’elle touche mensuellement, et s’est réinscrite à Pôle emploi. « Franchement, je suis bien suivie, et comme je suis reconnue travailleuse handicapée, j’ai droit à plein d’ateliers et des formations. Mais il n’y a pas d’offres ! Les financements publics ont été tellement réduits, l’associatif ou les collectivités n’ont plus de sous pour financer des cours de français pour les étrangers. Il faudrait aller à Marseille ou à Paris. J’ai élargi au social, mais j’ai 54 ans, pas de diplôme initial et un parcours en formation continue. Pour les employeurs, ça fait beaucoup de handicaps. »

Son mari, 60 ans, cuisinier de métier, a dû récemment arrêter la restauration, épuisé physiquement. Il a trouvé un contrat aidé chez un traiteur, à Strasbourg, à 70 km de là. « Avec ses 1 500 euros par mois, impossible de louer un logement. Du coup, il reste sur place et squatte à droite et à gauche et revient le week-end à la maison. »

Une vie d'étudiant quand on a 60 ans ? Ce cas n’est pas isolé, le système D et les solidarités de toutes sortes jouent les amortisseurs lorsque le travail se raréfie. Et le système semble à bout de souffle. Il y a désormais en France plus de 3,5 millions de personnes sans emploi et 1,8 million ayant une activité réduite. Au total, 5,4 millions de personnes sans emploi ou sous-employées.

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 14:06

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

La police jette la soupe des Nuit Debout dans le caniveau : c'est le MarmiteGate

 

 

 

 

Pour éviter le ravitaillement des manifestants place de la République, des CRS ont vidé le contenu d'une marmite de soupe dans le caniveau. Emotion sur Twitter.

 

 

Nuit Debout se poursuit en France ce mardi 12 avril, notamment place de la République à Paris. Mais les autorités tentent de freiner ce mouvement de protestation né de l'opposition à la Loi Travail. Lundi en début de soirée, les CRS ont ainsi non seulement coupé la sono des manifestants mais vidé leur soupe dans le caniveau : les forces de l'ordre avaient en effet reçu pour ordre d'empêcher le ravitaillement des participants.

Une initiative qui a provoqué la colère des sympathisants de Nuit Debout. Sur Twitter, ces derniers crient au gâchis, et dénoncent les méthodes musclées du gouvernement. Revue de tweets :

 

 

Voir l'image sur Twitter

Voir l'image sur Twitter

Pas de soupe mais nous boirons nos paroles et nos solutions ce soir, venez nombreux à l'AG

 

Jean-Luc Mélenchon, candidat du Parti de Gauche à la présidentielle, et Julien Bayou, porte-parole d'EELV, ont également réagi : 

 

Qui fera croire que cette soupe chaude était dangereuse pour l'ordre public ? https://twitter.com/nuitdebout/status/719594386045169664 

 

Cette soupe était immangeable par . Jetée au caniveau !!

 

Quand on est à faire jeter de la soupe pour museler.
Néant de la République des Communicants.

 

"Ils essayent d'étouffer ce qu'il se passe ici", a commenté l'élu du Parti de Gauche Eric Coquerel dans une vidéo diffusée sur Periscope. "Je suis sûr que Matignon n'aime pas ce qu'il y a dans la marmite, a ajouté Noël Mamère. Ils ont peur qu'elle explose."

 

"La soupe des sans dents"

D'autres contempteurs des méthodes policières usent de l'humour pour dénoncer le #MarmiteGate :

 

Amis CRS, les sans dents vous ont préparé de la bonne souplette !

 

 

La police déclare la soupe à la impropre à la consommation en raison d'un surdosage en démocratie.

 

Lancé à Paris au soir du 31 mars contre le projet de loi travail "et le monde qui va avec", le mouvement Nuit Debout a depuis essaimé dans plus d'une cinquantaine de villes. Malgré les évacuations à répétition, les manifestants continuent à se retrouver chaque soir, souvent par milliers, dans une ambiance de kermesse et de forum altermondialiste.

L'agacement des maires

Mais des incidents ont ponctué ces journées, notamment le week-end dernier, lorsque quelques centaines de personnes ont voulu se rendre au domicile du Premier ministre Manuel Valls, dans l'est parisien. De leur côté, les maires de Paris et des IIIe, Xe et XIe arrondissements ne cachent pas leur agacement et promettent de rester "intransigeants face aux débordements et aux violences".

Dans un communiqué publié lundi après-midi, Anne Hidalgo, manifestement partagée sur le bien-fondé du mouvement, a elle réaffirmé sa ligne : oui aux rassemblements nocturnes, non à l’occupation de la place dans la journée.

 

Réunissant des citoyens de toutes les origines et de tous les horizons, questionne notre démocratie et la place des citoyens.

 

"De la même manière que rien ne s’oppose à ce que des citoyens débattent une partie de la nuit", écrit la maire de Paris, "rien ne doit s’opposer à ce qu’ils libèrent la place une fois qu’ils ont terminé leurs discussions." 

 

Paris restera intransigeant face aux débordements qui contredisent les aspirations exprimées par l’immense majorité de

 

"Tous les matins les services de la propreté de la ville nettoient un espace qui ne peut être dit public et commun que si tous les Parisiens peuvent en disposer", ajoute-t-elle. La place de la République "comporte aussi un grand nombre de riverains, qui doivent être préservés, comme tous les Parisiens, du tapage nocturne. Les commerçants doivent également pouvoir y poursuivre leurs activités".

E.H.

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