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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 13:28

ISLANDE: L'Autre FORMIDABLE REVOLUTION !

Contre-exemple intéressant, non, de nos jours ?...

 

93% du Peuple IMPOSENT le NON-Remboursement des Banques !! La révolution dont les Médias se gardent bien de parler

Aussi incroyable que cela puisse paraître, une véritable révolution démocratique et anticapitaliste a lieu en Islande en ce moment même, et personne n'en parle, aucun média ne relaie l'information, vous n'en trouverez presque pas trace sur « Google »: bref, le black-out total.

Pourtant, la nature des évènements en cours en Islande est sidérante :

Un Peuple qui chasse la droite au pouvoir en assiégeant pacifiquement le palais présidentiel, une « gauche » libérale de remplacement elle aussi évincée des « responsabilités » parce qu'elle entendait mener la même politique que la droite, un référendum imposé par le Peuple pour déterminer s'il fallait rembourser ou pas les banques capitalistes qui ont plongé par leur irresponsabilité le pays dans la crise, une victoire à 93% imposant le non-remboursement des banques, une nationalisation des banques, et, point d'orgue de ce processus par bien des aspects « révolutionnaire » : l'élection d'une assemblée constituante le 27 novembre 2010, chargée d'écrire les nouvelles lois fondamentales qui traduiront dorénavant la colère populaire contre le capitalisme, et les aspirations du Peuple à une autre société.

Un autre possible face aux marchés financiers: la démocratie !

Alors que gronde dans l'Europe entière la colère des Peuples pris à la gorge par le rouleau-compresseur capitaliste, l'actualité nous dévoile un autre possible, une histoire en marche susceptible de briser bien des certitudes, et surtout de donner aux luttes qui enflamment l'Europe une perspective la reconquête démocratique et populaire du pouvoir, au service de la population.

Plus bas, vous trouverez deux articles traitant de cette révolution en marche, *à faire circuler le plus largement possible, puisqu'on ne doit compter sur aucun média pour le faire à notre place*.

http://www.cadtm.org/Quand-l-Islande-reinvente-la

Depuis le samedi 27 novembre, l'Islande dispose d'une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but : réécrire entièrement la constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière qui, en 2008, a frappé le pays de plein fouet.

Depuis cette crise dont elle est loin d'être remise, l'Islande a connu un certain nombre de changements assez spectaculaires, à commencer par la nationalisation des trois principales banques, suivie de la démission du gouvernement de droite sous la pression populaire. Les élections législatives de 2009 ont amené au pouvoir une coalition de gauche formée de l'Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d'ex-communistes) et du Mouvement des Verts de gauche. C'était une première pour l'Islande, tout comme la nomination d'une femme, Johanna Sigurdardottir, au poste de Premier ministre.

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article112101

http://parisseveille.info/quand-l-islande-reinvente-la,2643.html


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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 14:29

LEMONDE | 23.11.11 | 11h58   •  Mis à jour le 23.11.11 | 11h59

 
 

Claude Buron-Pilâtre n'est pas la concierge de sa résidence HLM de 16 appartements, "Les Camélias", installée dans le bourg de Cestas-Gazinet (Gironde). Pourtant, cette sexagénaire aux yeux et au tempérament pétillants connaît tout le monde depuis son arrivée fin 2009, date d'inauguration de cette résidence - un petit immeuble d'un étage couleur pierre de taille, avec un patio et des petits jardins privatifs - dite intergénérationnelle. "C'est une résidence mélangée en âges et, dès le départ, c'était sympa, assure cette ancienne habitante de la région parisienne, venue il y a quelques années dans cette commune girondine pour se rapprocher de ses deux enfants et petits-fils. On a de très bons rapports entre nous et on se dépanne sans problème." Un voisin est venu lui installer sa machine à laver. Un autre a réparé l'installation téléphonique d'une mamie. Les plus jeunes descendent les poubelles des anciens. A 67 ans, Claude Buron-Pilâtre s'est même proposée pour du baby-sitting. "On est bien content de voir des jeunes et des vieux, de voir débarquer des tout-petits, car c'est le mouvement. Et le mouvement, c'est la vie."

Depuis cinquante ans, Logévie, le bailleur social de cette résidence aux tarifs HLM - entre 280 et 400 euros mensuels -, est un spécialiste du logement familial et des personnes âgées. "On s'est rendu compte qu'il manquait quelque chose entre les deux", explique Patrick Courjaud, gestionnaire des vingt résidences intergénérationnelles du parc Logévie.

En moyenne, il se construit trois à quatre de ces résidences par an. Mais pas dans n'importe quelles conditions : "La localisation est le point le plus important, assure Pierre Ferraris, directeur du patrimoine du bailleur girondin. La résidence doit être située à proximité des commerces, des services et des transports en commun pour que la personne âgée conserve sa sociabilité et que la vie soit facilitée aux plus jeunes. On va jusqu'à réfléchir au cheminement extérieur pour voir, avec la collectivité, si des aménagements publics sont nécessaires."

Côté aménagement intérieur, des points de rencontre - serre, patio, kiosque ou bancs - sont installés "pour créer les meilleures conditions de rencontre", poursuit M. Ferraris. Et ça marche : "On surveille les papys et mamies de loin et on a créé des liens, confirme un jeune voisin de 32 ans, Dominique Sarkissian, technicien en 3 × 8 dans une entreprise pharmaceutique de Pessac. Je ne sais pas si c'est la résidence ou le côté intergénérationnel, mais tout le monde se dit bonjour, le sourire en plus, dans le calme et le respect des uns et des autres."

Claudia Courtois

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 14:27

LEMONDE | 23.11.11 | 11h59

 
 

Depuis le 9 octobre, dans sa "petite maison modeste" de Lormont, à l'est de Bordeaux, Maritchou Villenave héberge une jeune fille de 16 ans qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam quelques jours plus tôt. Depuis la rentrée, Océane Quisari, originaire d'un petit village à côté de Dax, est stagiaire en graphisme au lycée d'enseignement professionnel des Iris à Lormont. Elle cherchait un toit à proximité.

"C'est la première fois que je quitte ma famille, je ne pouvais pas faire l'aller-retour chaque jour ; je ne voulais pas non plus que l'hébergement me coûte trop cher", explique la jeune fille. Afin de la recevoir dans de bonnes conditions, la propriétaire de 53 ans a fait quelques travaux dans la chambre libre de sa fille, "mis un lit correct". Elle la dépose même chaque matin, en scooter, devant son lycée situé sur le chemin de son travail. "J'essaie de lui simplifier la vie au quotidien, sourit Mme Villenave. Et au fil du temps, une amitié s'est liée."

Ce binôme fait partie d'un dispositif innovant du conseil régional d'Aquitaine, baptisé "1, 2, Toit". L'idée est simple en apparence : proposer des chambres meublées à des jeunes en formation - apprentis, étudiants, stagiaires de la formation professionnelle, lycéens professionnels, primosalariés... - loin de leur lieu d'hébergement habituel. Dans une étude de diagnostic de 2010, la région Aquitaine avait fait le constat d'un manque de logements adaptés pour ce type de profil : "Il n'existait pas officiellement de logements du parc privé que l'on pouvait louer sur une courte durée de quelques mois et fractionner dans le mois, à proximité des lieux des entreprises ou/et des centres de formation, détaille Emilie Coutanceau, conseillère régionale déléguée à la jeunesse. Il n'y a pas non plus de système d'aide publique possible pour deux hébergements différents en même temps."

Jusqu'à présent, les jeunes s'arrangeaient - et le font toujours pour la grande majorité - avec l'existant : foyers de jeunes travailleurs ou de centres de formation, internats de lycée, chambres d'hôtel, hébergement chez des copains. Pour les plus impécunieux, comme souvent chez les apprentis, "c'est le système D", reconnaît Marc Saint-Germain, conseiller principal d'éducation au centre de formation pour apprentis (CFA) de la chambre des métiers de Gironde, le plus grand du département (1 400 élèves). "Ils préfèrent se lever à 5 heures du matin ou aller chez les copains, et ils changent souvent. Certains dorment même dans leur voiture. Ils arrivent en retard, fatigués et finissent par décrocher", souffle le CPE. Du côté des propriétaires, certains louaient leurs chambres "au black".

Le dispositif aquitain permet donc au jeune en mobilité d'être logé dans de bonnes conditions matérielles et juridiques : charte d'accueil, contrat sur mesure, sélection et mise en relation des personnes. Le Sires Aquitaine, une agence immobilière à vocation sociale, mandatée par la collectivité territoriale pour la mise en place et la gestion du dispositif, rencontre le propriétaire, visite la chambre, s'entretient avec le futur locataire et organise une première rencontre sur site. Ensuite, "c'est un peu la loterie", souligne Sandra Hircha, chef du projet au Sires : ça marche ou... pas. "C'est bien sûr une question de préparation mais aussi de feeling", admet la jeune femme. C'est le cas de Maritchou et Océane : "Au départ, comme je suis assez indépendante, ça m'a fait peur mais je suis tombée sur une très bonne personne et si c'était à refaire, je le referais", confie la jeune fille, soutenue par sa propriétaire dans sa recherche de contrat d'apprentissage. Jusqu'à présent, sur les 74 binômes créés depuis la rentrée 2011 - 150 devraient l'être d'ici la fin de l'année -, aucun désistement n'a été noté.

Pour les propriétaires, au-delà de l'échange avec les jeunes, le principal intérêt est financier, même si la somme reste modique : la recette locative s'élève à 300 euros au maximum pour un mois et par personne (hors restauration), soit entre 10 et 15 euros par jour. Océane, présente en moyenne 15 jours à Lormont, nourrie matin et soir, paie 100 euros par semaine et bénéficie, comme tous les hébergés du dispositif, d'aides de la région équivalentes à la moitié du loyer.

Après la phase expérimentale, menée en 2010, "1, 2, Toit" a été étendu aux cinq départements d'Aquitaine, mais des réticences demeurent - surtout chez les jeunes. "Maintenant, il faut juste que les mentalités évoluent, estime Marc Saint-Germain, dont cinq élèves de son CFA ont déjà utilisé ce dispositif. Et que les jeunes n'aient pas peur de l'inconnu."

Claudia Courtois


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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 16:37

 

Comment vivre collectivement en ayant son chez soi ? Être locataire et propriétaire ? En accord avec la nature et la ville ? La coopérative d’habitants tente de répondre à tous ces paradoxes. Mais en l’absence de loi spécifique, son montage relève du parcours du combattant. A Villeurbanne, la toute première coopérative française va voir le jour. Une première pierre a été posée la semaine dernière. Petit mode d’emploi.
 

 

Un préalable pour comprendre la suite : la propriété est collective. Au Village Vertical, les habitants qui se nomment eux-mêmes les « Villageois », ont une double casquette : ils sont d’une part locataires de la coopérative de 14 logements, et d’autre part coopérateurs, c’est-à-dire détenteurs du capital de la société coopérative qui est l’unique propriétaire. Et dans la prise de décision, finis les tantièmes des copro’, chacun d’entre eux dispose d’une voix.

 

 


1/ Constituer un groupe de militants, plus que de copains

 

Le noyau dur des Villageois s’est formé, il y a six ans, au gré des rencontres dans les mouvements sociaux, écolo ou altermondialistes. Avec l’envie de vivre différemment. Ils sont appuyés depuis 2006, par l’association Habicoop qui a fait du Village Vertical son projet pilote.
Quand on écoute le discours prononcé lors de la pose de la première pierre, on comprend de quelles valeurs ils se réclament :

 « L’urgence sociale et l’urgence climatique n’ont jamais été aussi fortes. Ce projet s’inscrit dans une transition des modes de vie, plus sobres et plus solidaires. Nous voulons un cadre de vie qui facilite les rencontres et les solidarités entre voisins. C’est la meilleure réponse possible au consumérisme et à la compétition de chacun contre tous ».

Le statut coopératif collait parfaitement à leurs attentes. Il leur permet de sortir du « système spéculatif ». Car, par principe, les coopérateurs ne peuvent faire de plus-value sur la revente de leurs parts sociales.

 

 

2/ Aller à la pêche aux soutiens institutionnels

 Pour trouver le terrain où construire sa coopérative d’habitation, mieux vaut trouver une ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) car on peut négocier directement avec les collectivités qui possèdent le foncier.

 

Le Village Vertical a d’abord convaincu le bailleur HLM, Rhône Saône Habitat (RSH), pour partager un bâtiment dans le quartier de Grand Clément, à Villeurbanne : un tiers pour le Village et deux tiers pour un programme de RSH.

 

Il a fallu également convaincre le Grand Lyon et la Ville de Villeurbanne de se porter garants de cette première nationale. Le bailleur HLM a également garanti qu’en cas de problème au Village Vertical, il reprendrait les logements. Ce qui a fini de rassurer les collectivités.

 

 


3/ Rêver les pieds dans le béton… écolo

Les Villageois et le bailleur HLM se sont mis d’accord sur des architectes spécialistes dans la construction bioclimatique. Mais la réalité de la promotion immobilière a vite rattrapé les utopistes qui voulaient aller le plus loin possible dans la construction écologique. Antoine donne un exemple de ces renoncements :

« On a notamment dû abandonner la VMC double flux. Un système qui garde les calories à l’intérieur du logement tout en assurant le renouvellement de l’air. C’est trop cher et trop complexe à installer pour des entreprises françaises ».

Panneaux solaires, récupération des eaux de pluie, mur en bois-béton, l’écologie tient bien sa place dans le projet final. Quant à la vie collective, elle est toujours au cœur du Village Vertical. Les 14 appartements pour les Villageois partageront buanderie, salle commune (dont une cuisine), quatre chambres d’amis et potagers.

 

Village vertical

 

 

4/ Créer une coopérative (en priant pour que la loi change)


Avec les garanties du Grand Lyon et de Villeurbanne, la coopérative emprunte au taux réduit du logement social (PLS). Les Villageois n’apportent que 20% du montant de l’opération, qui sont convertis en parts sociales de la coopérative. Pour un T3, la personne doit apporter 33 000 euros.

 

Tous les mois, les coopérateurs verseront une redevance comprenant un loyer (80%) et un compte courant d’associé (prêt du coopérateur à la coopérative correspondant à 20 %), en fonction de la taille de leur logement. Pour un T3 de 66 m2, la redevance est comprise entre 700 et 750 euros. Cette redevance permettra principalement à la coopérative de rembourser ses emprunts.

 

Problème, quand l’emprunt arrivera à échéance dans 40 et 50 ans (40 pour le bâti et 50 pour le foncier), les Villageois devront continuer à verser un loyer. Cette aberration vient du montage juridique. Le Village Vertical a dû utiliser les statuts d’une entreprise commerciale classique, une SAS, à laquelle elle a ajouté un fonctionnement coopératif. Valérie Morel d’Habicoop explique :

« Dans les statuts de l’entreprise, l’objet principal est de fournir à ses membres l’usage d’un logement en le louant. La location doit donc être effective et le montant du loyer doit correspondre aux valeurs du marché. Si vous ne le faites pas, les services fiscaux risquent de redresser l’entreprise, en disant que vous auriez dû percevoir des loyers à telle hauteur et payer tant d’impôts. Cette problèmatique devra être résolue dans le cadre de la modification de loi  ».

 

5/ Faire du lobbying (pour continuer à penser aux autres)

Habicoop accompagne directement une demi douzaine de projets de coopératives d’habitants à Lyon, et d’autres en partenariat ailleurs en France. En parallèle, l’association tente de sensibiliser les parlementaires. Une proposition de loi socialiste devrait être déposée prochainement, créant un statut juridique propre, notamment pour lever les aberrations actuelles.

Un article de loi  devra également  prévoir que les parts sociales ne soient pas taxées lors de la revente. Aujourd’hui si vous vendez votre logement principal vous n’êtes pas taxé sur la plus value. Par contre, si des Villageois vendent leurs parts sociales, ils seront taxés.

L’idée est aussi de pouvoir bénéficier du prêt à taux zéro pour pouvoir acheter des parts sociales d’une coopérative d’habitation. « Actuellement, ce n’est pas dans la mentalité des banques de prêter à des particuliers pour acquérir des parts sociales », justifie Valérie Morel.

 L’objectif des Villageois est de créer un « laboratoire d’écologie urbaine » : un habitat convivial, sorti de la spéculation, écolo mais aussi mixte socialement. Globalement, les habitants sont issus de la classe moyenne alors qu’ils voudraient ouvrir le Village aux plus modestes.

 C’est pourquoi, la coopérative a trouvé un montage complexe pour atteindre cette objectif de mixité. Par le biais d’un bail à construction, Les Villageois ont transmis à Rhône Saône Habitat la possibilité de construire quatre logements trés sociaux pour des jeunes en insertion qui seront  gérés par AILOJ, association partenaire du Village Vertical. A la fin du bail à construction, le Village redeviendra propriétaire des quatre logements.

A raison d’une réunion minimum par semaine depuis 2005, voilà ce que sont en train de réaliser les habitants du Village Vertical, première coopérative d’habitants. Inauguration prévue en 2013.

 

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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 16:15

 

Le Monde - 22 novembre 2011

 

C'est une maison qu'ils appellent "le lavomatic". A une époque, ils accueillaient, le temps d'une lessive, des amis en panne de machine à laver. Le nom est resté. Dans cette maison  de plain-pied du quartier de Figuerolles, à Montpellier, vivent deux filles et deux garçons âgés de 23 à 30 ans. Il y a Sarah, qui travaille dans une association de vulgarisation scientifique, Pauline, employée d'une association culturelle, Jérôme, infirmier, et Simon, le dernier venu, qui étudie le journalisme à Montpellier. Ils ont chacun leur chambre à l'étage et se partagent le rez-de-chaussée et la courette qu'on imagine comme une agréable extension du salon à la belle saison.

 

De haut en bas, de g. à d. : Sarah, Jérôme, Pauline, Simon. © Elodie Ratsimbazafy

De haut en bas, de g. à d. : Sarah, Jérôme, Pauline, Simon. © Elodie Ratsimbazafy

 

Quand on arrive, un soir de semaine, une compote de pommes — format familial — mijote dans la cuisine ouverte sur le séjour. C'est presque l'heure du repas et on attend Jérôme l'infirmier le seul à "avoir des horaires un peu particuliers". Sans plus de cérémonie, on ajoute deux assiettes pour les auteurs de ce blog. On nous explique qu'ici viennent pas mal de gens, des copains des uns et des autres ou d'anciens colocataires qui passent par là, comme Quentin, étudiant en science, qui partagera le plat de nouilles à la bolognaise. Un hasard que ce cliché de la vie étudiante puisqu'ils mettent un point d'honneur à diversifier et équilibrer leur alimentation.

S'ils ont choisi de vivre ensemble, c'est évidemment pour des raisons économiques. Un loyer de 1 200 euros à couper en quatre est un argument de poids quand le moindre studio se loue plus de 400 euros dans le centre de la ville, à une dizaine de minutes à pied de là. Mais, ils insistent sur ce point, "c'est aussi un choix de vie" plus qu'une contrainte puisqu'ils pourraient presque tous "se payer un petit appartement". Ils partagent plus qu'un loyer et profitent d'une vie commune, d'une grande maison et de l'esprit qui va avec.

 

Ici, les casseroles sont toutes grand format. Le fait-tout orange est un ustensile historique de la colocation. © Elodie Ratsimbazafy

Ici, les casseroles sont toutes grand format. Le fait-tout orange est un ustensile historique de la colocation. © Elodie Ratsimbazafy

 

Ici on partage tout. Les courses sont faites en commun et on divise le tout par quatre chaque mois. En théorie. Parfois les tickets de caisse traînent quelques semaines de plus, au risque de déséquilibrer des budgets serrés. Mais, ils en ont la certitude : "au final, tout s'équilibre". C'est la seule règle à peu près établie. Le reste se conçoit en bonne intelligence, sans qu'il y ait besoin de l'écrire noir sur blanc. Un peu comme dans une famille.

La propriétaire et ses enfants ont quitté Montpellier il y a quelques années après une séparation et un héritage. Elle a accepté de louer à de jeunes gens. Ce n'était pas eux. Ils sont arrivés les uns après les autres, remplaçant peu à peu l'équipe originelle. Sarah est la plus ancienne. Originaire de la région parisienne, elle est arrivée alors qu'elle "ne connaissait personne à Montpellier". Les autres ont suivi, recrutés par affinité et jamais par petite annonce. Pauline parce que la maison où elle habitait, en colocation déjà, a été vendue ; Simon et Jérôme parce qu'ils arrivaient dans la ville. Il n'y a pas eu de "procédure de recrutement" particulière. "Je connaissais Sarah. Je suis venu pour dîner, avec une bouteille de vin. C'était juste une discussion, pas un entretien", se souvient Simon qui a posé sa valise début 2011.

 

Pauline, Jérôme et Sarah. © Elodie Ratsimbazafy

Pauline, Jérôme et Sarah. © Elodie Ratsimbazafy

 

La propriétaire s’accommode de ce va-et-vient. "On fait une lettre pour obtenir un avenant à l'état des lieux, on organise une rencontre", raconte Sarah qui a vu arriver tout ce petit monde. Il y eut à une époque quelques frictions, se souvient Quentin, mais celle qui possède la villa a apprécié que les lieux soient bien tenus et entretient depuis de "bons rapports". 

Jérôme est rentré. Le repas est prêt. Nous avons juste eu le temps d'aller à l'épicerie du coin acheter une bouteille de vin pour honorer nos hôtes. Dans ce quartier populaire en pleine gentrification, on trouve à peu près de tout, à toute heure. Autour de la table, on discute de sa journée et de celle du lendemain, de la pluie, du beau temps et du concept de colocation choisie, puisque nous sommes venus pour ça. A les entendre, c'est du velours. "On dîne ensemble, on discute, on regarde un film de temps en temps. On ne fait pas trop de fêtes la semaine", détaille Simon.

 

Autour de la grande table, centre névralgique de la colocation. © Elodie Ratsimbazafy

Autour de la grande table, centre névralgique de la colocation. © Elodie Ratsimbazafy

 

"On se respecte beaucoup plus qu'avec certains précédents colocataires", renchérit Sarah qui fait allusion aux mœurs noctambules des "anciens" de la villa. Et quid des révisions pour l'étudiant du groupe ? "Je n'ai aucun problème pour bosser, même si la maison n'est pas silencieuse. Je peux m'isoler dans ma chambre et descendre le temps d'une pause cigarette", se réjouit Simon. Les grosses fêtes, on les réserve pour le week-end en prenant soin de prévenir le voisinage. La dernière en date remonte à huit jours. Ils avaient invité 80 personnes pour fêter... l'arrivée d'un lave-vaisselle, cédé par un proche. "Ça révolutionne la vie", rigolent-ils en chœur.

C'est l'heure de la tisane, rituel immuable des fins de soirée au "lavomatic". A Montpellier, il existe des centaines de colocations, qu'elles se soient formées par nécessité économique ou par choix. Beaucoup de leurs amis ont choisi le même mode de vie et l'idée leur est venue de se lier. "On essaye de monter un réseau d'entraide sur le modèle des coopératives agricoles [les CUMA]", note Pauline. Pour le moment, l'idée n'est formalisée que par un document partagé, mais ils ont l'ambition de mutualiser tout ce qu'ils peuvent : les appareils qui ne servent que de temps en temps, les compétences des uns et des autres, les achats en gros... Parce qu'au-delà de la colocation, le modèle de société auquel ils aspirent commence par là.

 

Les 4 colocataires actuels et l'ancien, Quentin, au milieu. © Elodie Ratsimbazafy

Les 4 colocataires actuels et l'ancien, Quentin, au milieu. © Elodie Ratsimbazafy

 

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 13:39

Le Monde - 20 novembre 2011

 

Le vendredi, entre 17h30 et 19h30, trente familles de Sucy se retrouvent dans l’enceinte du Fort pour un cérémonial hebdomadaire. Elles sont membres de l’Association pour le maintien de l’agriculture paysanne (Amap).

Pour les non-initiés, en voici, en gros, le principe : les adhérents signent un contrat annuel avec un producteur et s’engagent à lui acheter telle quantité de légumes qu’ils lui payent d’avance. Le maraîcher peut ainsi adapter sa production aux besoins. Il dispose en outre d’un revenu garanti et d'une avance de trésorerie en début de saison. Le système favorise les circuits courts, à tous les sens : proximité géographique et vente directe au consommateur. Il encourage également la consommation de produits de saison.

©Antonin Sabot / Le Monde.fr

L’Amap de Sucy a passé un accord avec une productrice en reconversion bio de Mandres-les-Roses, commune située comme Sucy-en-Brie dans le Val-de-Marne. Chaque semaine, de la mi-avril à la mi-décembre, des membres vont à tour de rôle chercher la cargaison qu’a sélectionnée le maraîcher. C’est une réelle contrainte d’emploi du temps et, chaque fois, une surprise quand le livreur ouvre le coffre de sa voiture : le producteur décide du contenu du panier, en fonction de la météo et de l'avancement de la pousse. Ce vendredi, c’était potimarrons, navets, topinambours, tomates de variétés tardives, céleris raves et bottes de persil.

Les membres de l'association découvrent sur place les légumes proposés. ©Antonin Sabot / Le Monde.fr

"Ca ne fait pas un peu beaucoup de persil ?", s’inquiète une adhérente devant la taille des bottes. "Mais, non, tu le coupes finement et tu le conserves au frais. Tu peux le garder plusieurs semaines", la rassure une autre. Des recettes pour accommoder le topinambour sont échangées, héritées de la grand-mère et sans doute expérimentées par l’aïeule pendant la guerre... Des légumes oubliés, négligés ou méprisés sont ainsi réhabilités, dont on ne sait quel accueil leur réservent les enfants, le soir à table.

Ce vendredi, l'arrivage de légumes de saison se compose de navets, topinambours, tomates tardives, céleris, potimarrons et persil. ©Antonin Sabot / Le Monde.fr

Peggy Mousseau débarque de son coffre des sacs de pain. Elle vient de Réau, en Seine-et-Marne, où un boulanger propose du pain bio, fait avec la farine d’un blé qu’il produit lui-même. Il y a également des œufs sur l’étal, venus d'un autre producteur bio local.

"En cas d’absence, il est possible de donner son panier à quelqu’un d’autre", explique Brian Gallay qui inscrit sur un tableau les quantités de chacun : on peut choisir un panier ou un demi-panier, selon la taille du foyer. D’autres petites mains pèsent et répartissent les légumes qui finissent dans les cabas.

Petit panier ou grand panier sont calibrés pour que chacun emporte la même quantité. ©Antonin Sabot / Le Monde.fr

©Antonin Sabot / Le Monde.fr

La pesée des topinambours. ©Antonin Sabot / Le Monde.fr

L’Amap de Sucy a été lancée il y a quatre ans (il en existe aujourd’hui plusieurs centaines dans toute la France). Un entrefilet dans le journal municipal et le succès a été immédiat. "Nous avons une liste d’attente d’une quinzaine de personnes", explique Catherine Bouriez, membre de l’association depuis deux ans. Les familles ont l’assurance de produits frais et, même si ce n’est pas la motivation première, moins chers.

Tous les produits sont bios. ©Antonin Sabot / Le Monde.fr

©Antonin Sabot / Le Monde.fr

Tout cela fleure bon le militantisme, évidemment. On imagine déjà les salves ironiques contre ces rétrogrades autarciques, ces adversaires de la mondialisation, ces écologistes des villes qui se donnent bonne conscience. Marianne Grange se moque de ces moqueries: "Il y a l’envie d’agir collectivement, de ne pas rester spectateur de notre mode de développement, en se contentant de bla-bla sur l’environnement." L’adhérente convient que cela demande de prendre un peu de temps, ne serait-ce que celui de cuisiner.

Même s'il peut y avoir quelques tiraillements sur qui fait quoi, les participants disent également apprécier comme une vraie richesse la convivialité de ce moment.

©Antonin Sabot / Le Monde.fr

Lire aussi sur le blog de Saint-Pierre-des-Corps, Les épines fortes: des batavias 24h/24

 

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 20:40

 

laprovence.com - Publié le samedi 12 novembre 2011 à 17H18

 

La roue, monnaie locale alternative spéciale "crise", arrive demain.

 

François Delay et Thierry Cottet ont tissé eux-aussi, un lien en s'unissant pour imprimer les "roues", une monnaie alternative.

Photo Valérie Suau

 

Vous avez toujours entendu dire que l'inflation c'est pas bon, n'est-ce pas ? Oui mais on vous explique aussi que certains mécanismes obscurs font que la dette fond grâce à elle, l'inflation. Vous suivez ? En parlant de dette, allez comprendre alors pourquoi le continent européen dont on dit que ses dettes le rendent faible, souffre d'avoir une monnaie trop forte... Ça y est, vous êtes perdu ? Comme tout le monde. Et pourtant, la monnaie, vous savez ce que c'est. C'est rond et métallique ou en papier rectangulaire, ça se trouve dans un porte-monnaie et ça sert à acheter son pain, payer ses courses et son journal. Et parfois on en glisse un peu dans la main de ceux qui n'en ont pas ou pas beaucoup.

Pour redonner du sens à ce qui en a perdu et remettre l'argent à sa juste place, ils sont quelques-uns à avoir imaginé de lancer, à Avignon et dans le département, une nouvelle monnaie. Une monnaie alternative et locale qui ne servirait pas à jouer au casino boursier mais simplement à acheter des choses et à faire travailler des gens qui, à leur tour, en feraient travailler d'autres. L'essentiel quoi. Cette nouvelle devise a été fondée par les mêmes que ceux à qui l'on doit la Maison alternative et solidaire d'Avignon, au travers d'une asssociation baptisée "Seve" (pour Système d'échange pour vitaliser l'économie). Elle s'appellera la "roue" et son principe a beau être simple, il fallait l'inventer.

Concrètement, chacun pourra échanger ses euros contre des roues qui se présentent sous forme de billets de 1, 2, 5, 10, 20 et 50 tout juste sortis de deux imprimeries de Pernes (lire ci-dessous). 1€ = 1 roue. Muni de vos roues, vous pourrez ensuite les dépenser auprès des producteurs, artisans et commerçants qui les acceptent (ils ne sont qu'une poignée pour le lancement mais de nombreuses négociations sont en cours).

Ce système n'est pas nouveau. Il serait né en Argentine au début des années 2000 lorsque le pays était frappé par une violente crise monétaire. Plutôt que de continuer à utiliser une devise dépréciée qui ne valait même plus le papier sur lequel elle était imprimée, certains ont eu l'idée de mettre en place une monnaie alternative, qui n'avait pas cours sur les marchés internationaux des changes. Une monnaie qui redonnait aux choses leur véritable valeur et a permis de faire redémarrer les économies locales.

La roue d'Avignon et du Vaucluse nourrit quelque part les mêmes objectifs. D'abord, elle favorise les circuits courts et promet ainsi un développement durable. Ensuite, elle sera une monnaie "fondante". Mais dans la main, pas dans la bouche. La nouvelle devise perdra progressivement de sa valeur si elle n'est pas dépensée. Alors rien ne sert de l'amasser, la roue doit tourner. Ainsi, elle favorisera les échanges et la production, de manière à remettre l'économie au service de l'homme. Bref, elle est une monnaie comme on en rêvait, frappée au coin de la solidarité. Et demain, elle sera réalité.

Romain CANTENOT


"Un rêve : imprimer des billets"

"On naît pauvres, en se disant qu'il faut emprunter aux riches ce qu'ils ont : l'argent. Moi, ce qui m'a plu, c'est le côté Robin des bois de la roue. Quand on se fait confiance, avec cette monnaie, on n'a plus besoin des riches. Ça pousse les gens à l'action, au talent, sans humiliation" : François Delay, fondateur et directeur de l'imprimerie MG à Pernes-les-Fontaines, n'a pas hésité longtemps quand l'association lui a demandé d'imprimer les billets. "J'ai toujours eu envie de le faire ! Et puis ce qui m'a plu, c'est qu'ils disent que l'économie est un lien. C'est ce que nous vivons nous, avec nos clients."

Pour preuve, il a tissé, lui, des liens d'amitié avec son concurrent carpentrassien Thierry Cottet, au point de travailler avec lui : François a réalisé les roues, Thierry les a dotées d'une petite ligne dorée qui les rend infalsifiables. Mais il n'y a rien d'étonnant quand on approche ce Breton, installé avec son épouse Sophie, à Pernes, depuis 17 ans : attentif, il a veillé à ce que ses dix salariés aient un intéressement au chiffre d'affaires. Et négocie avec des artistes qui lui demandent des rabais : "Je leur demande, en échange, de faire une oeuvre qui intègre le nom de notre entreprise". Le résultat est tour à tour drôle, splendide, naïf… Mais toujours exposé.

Alors, du coup, François Delay a travaillé bénévolement pour réaliser plusieurs milliers de billets de 2, 5, 10 ou 50 roues. Avec autant de rigueur que s'il était dans les locaux de Chamalières (site de l'Imprimerie nationale). "J'ai aussi aimé que les billets aient un espace, pour y mettre une date de péremption. Ça rend la confiance vivante", dit-il, conscient des limites: "Dans mon métier, on ne peut pas les utiliser. Nous avons, nous, des produits d'importations que nous payons".

S.A

 

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 00:06
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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 14:08

Le Monde - 09 novembre 2011

 

Le carnet de comptes, sur lequel est noté l'apport en capital de chaque membre. (MG/Le Monde.fr)

"Antonia, tu mets combien ?
– Je vais mettre 20 euros.
– D'accord, alors je note, 'Antonia Avalos Torres, 20 euros'. Et maintenant, tu signes le registre. Alfonso, combien mets-tu ?
– 50 euros.
– 50 euros ? Eh bien, tu es riche ! Mais moi aussi je crois que je vais déposer 50 euros."

 Bienvenue au lancement de la première CAF (communauté auto-financée) de Séville. Avec pour simples outils une caisse métallique et un registre, sept femmes et un homme, tous amis, réinventent le principe historique des banques de village : mettre de l'argent de côté, s'en prêter, à des conditions claires, définies en amont et en commun.

 

Alfonso Mariscal Copano, le banquier et seul membre masculin de la CAF. (MG/Le Monde.fr)

 

Le local associatif qui les accueille à Mairena de Aljarrafe, village de la banlieue de Séville, est celui de la Fondation Ana Bella, une association locale qui lutte contre les violences domestiques et par laquelle se sont connues les sept femmes du groupe. Toutes ont fui un mari violent et sont restées unies par leur passé douloureux. Ces femmes dynamiques, qui ont payé cher leur indépendance, essayent aujourd'hui d'imaginer leur équilibre économique de demain. Alfonso Mariscal Copano est lui un ami de longue date. Il travaille dans une banque... ce qui a certainement rassuré ce groupe très féminin, et contribué à son inclusion comme membre.

 

Antonia Avalos Torres a quitté son village du Guanajuato au Mexique il y a quatre ans, pour fuir un mari violent. (Mathilde Gérard/Le Monde.fr)

 

"Jamais dans ma vie je n'avais mis d'argent de côté. D'abord parce que je n'en ai jamais eu, et ensuite parce que je n'avais pas confiance. Avec mon banquier, on ne s'est jamais entendus", explique en riant Antonia Avalos Torres, sémillante Mexicaine qui vit depuis quatre ans à Séville, avec un garçon de 27 ans et une fille de 16 ans. Il y a quelques mois, Antonia a été invitée à Barcelone pour animer des ateliers sur les violences faites aux femmes. N'ayant pas de quoi se payer le billet d'avion, elle emprunte à une amie, mais se dit qu'il serait bien utile d'avoir de l'argent de côté pour de telles occasions. A ce moment, les membres de la fondation Ana Bella entendent parler des CAF. Ces caisses auto-financées se sont multipliées ces dernières années à Barcelone et à Madrid sous l'impulsion de Jean-Claude Rodriguez, professeur d'économie à l'université Ramon Llull de Barcelone et militant d'une micro-finance responsable (voir le site de son association). Les dynamiques femmes de Séville contactent Jean-Claude Rodriguez et sollicitent une formation à la création d'une CAF.

 

Chary Claro Contreros et Antonia Avalos Torres (MG/Le Monde.fr)

 

Après un atelier organisé en octobre, Antonia, Chary, Gloria, Carmen, Ana, Gracia et Alfonso sont prêts à officialiser le lancement de la caisse. Les règles sont simples : "Pour la première réunion, il y a un apport minimum de 10 euros. On peut emprunter un crédit représentant jusqu'à quatre fois son apport en capital", explique Antonia. Le montant du crédit ne peut dépasser un quart de la somme totale dont dispose la caisse. "Pour chaque crédit demandé, deux autres membres doivent se porter garants. Pendant la durée de remboursement du crédit, ils ne pourront pas emprunter."

"Il y a un taux d'intérêt de 1,5 %, qui sert à financer la communauté, poursuit Gracia Prada. Mais si un mois on ne paye pas son échéance, le taux d'intérêt double le mois suivant. En tout, on a six mois pour rembourser son crédit."

D'autres règles font l'objet de plus de discussions, comme celle qui oblige à assister à chaque réunion, faute de quoi une amende de 3 euros est imposée. "C'est important que tous participent aux réunions, parce qu'on n'est pas une simple banque, on est un réseau de solidarité", souligne Antonia. Certains voudraient assouplir cette amende, mais Chary Contreros tranche : "Les statuts sont les statuts. On ne va pas faire des exceptions dès la première réunion." Et Gracia rajoute : "Dès qu'on parle d'argent, il faut que les règles soient très claires. Donc on s'en tient aux statuts."

Au fil de la réunion, les billets de 10 et 20 euros s'accumulent dans la caisse. (MG/Le Monde.fr)

La méthodologie des CAF est suivie à la lettre : établir la liste des membres présents, collecter les apports de chacun, évaluer les demandes éventuelles de crédit (lors de cette première réunion, il n'y en aura pas), signer le livre de comptes... Chacun s'émerveille de l'accumulation des billets de 10 et 20 euros dans la caisse, qui compte, à la fin de la séance, 170 euros. La date du prochain rendez-vous est fixée. Par sécurité, la caisse et la clé ne partiront pas dans les mêmes poches : Antonia garde la clé et Alfonso, le banquier, la caisse.

Sur le trajet du retour vers le centre de Séville, Antonia confie : "C'est la première fois que j'épargne et je suis vraiment émue de pouvoir le faire avec des amis de confiance." Ses projets ? "Ça paraîtra peut-être frivole, mais je rêve de pouvoir offrir un voyage à mes enfants. Et sinon, j'aimerais pouvoir m'acheter des livres." Sous sa gouaille et son charme, Antonia est pudique, mais on imagine que dans un passé pas si lointain, sous la poigne d'un mari violent, s'offrir un livre ou s'adonner à une lecture solitaire pouvaient passer pour de la "frivolité". Le groupe a décidé qu'Antonia serait présidente de cette caisse. Elle en rit : "Moi qui ait toujours été fâchée avec les chiffres, imaginez, présidente d'une caisse d'épargne !"

Mathilde Gérard

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 21:03

Basée sur l'idée de partage, la « consommation collaborative » est une pratique qui se développe de plus en plus.

« Chèvre pour tondre votre pelouse de manière écologique – location à la journée par couple de deux – 10 euros. » Ceci n'est pas une blague, mais une annonce trouvée sur le site e-loue, où les particuliers pratiquent la « consommation collaborative ».

Le concept s'applique à tous les objets que l'on possède et que l'on n'utilise pas tout le temps, ou que l'on n'a pas besoin d'acheter. Comme l'expliquait déjà en 2000 Jeremy Rifkin dans son livre sur l'économie de l'accès (« The age of access »), on n'est « pas toujours heureux d'hyperconsommer ». Du coup,

« la notion de propriété et la barrière entre vous et ce dont vous avez besoin est dépassée. »

Un brin révolutionnaire, le site « Collaborative consumption » proclame ainsi comme slogan : « Ce qui est à moi est à toi. » (Voir la vidéo de présentation, en anglais)

Eco-logique, cette pratique vise à faire du bien à son porte-monnaie tout en en faisant à la planète. La technologie du peer-to-peer permet donc aujourd'hui de partager bien plus que ses fichiers informatiques mais aussi ses biens. Le tout reposant sur la confiance, et sur un nouveau système d'assurance incluse dans la commission versée au site de mise en relation.

« Des produits plus chers mais plus solides »

Sur le site d'e-loue – l'un des poids lourds du secteur avec 100 000 offres à l'instant T – sont proposés, en plus du couple de chèvres, tout type d'objets, de la perceuse (1 à 40 euros par jour) à l'avion (170 euros par jour ). Alexandre Woog, le fondateur de cette start-up affichant une insolente croissance de « 30% par mois », reconnait qu'il faudrait trois fois plus d'offres pour atteindre une « masse critique » suffisante. Cet HEC sportif de haut niveau vise un virage radical des mentalités :

« Nous sommes pour que les fabricants fassent des produits plus chers mais plus solides et utilisables plus longtemps. Il s'agit de passer à une économie de fonctionnalité. »

Démarché par des entreprises désireuseuses de mettre en place des politiques de développement durable, comme Shiseido, e-loue commence à vendre sa technologie clés en mains à des communautés. Mais il faut dire que le site est surtout fréquenté par des étudiants ou des militants de la consommation responsable, tendance décroissance.

Tester un sac (de luxe) avant de l'acheter

Marc, étudiant parisien, propose ses consoles de jeux vidéo pour 15 à 20 euros par jour, et amortit ainsi ses investissements en une dizaine de locations, qui sont aussi des occasions de rencontrer des partenaires de jeu. Quand il doit passer un entretien d'embauche, il a désormais le réflexe de louer un costume de marque. Il se « déguise » ainsi pour 30 euros.

Sarah, jeune fashionista de la banlieue parisienne s'est mise à rentabiliser sa garde-robe quand elle était un peu fauchée :

« Je ne voulais pas me séparer de mes sacs de marque. C'est un patrimoine, certains valent plus de 2 000 euros. Alors je les ai loué à des filles qui voulaient les tester avant d'acheter (à 30 euros par jour). J'avais un peu peur, mais il y a une assurance incluse et je suis toujours tombée sur des gens sérieux. »

Fringues, voiture… elle a multiplié les offres, et touche certains mois 300 euros de ses locations. Une somme qu'il n'est pas besoin de déclarer aux impôts tant qu'elle reste faible et ne s'apparente pas à un vrai revenu (l'administration fiscale n'a pas encore de position officielle sur le sujet).

Une voiture reste immobile 90% du temps

La voiture est le fer de lance de la location entre particuliers. Quand on sait que le budget moyen d'une voiture dépasse les 5 500 euros par an, et que les voitures restent stationnées 90% du temps, l'idée de partager ces frais tombe sous le sens. D'autant que les observateurs comme le Groupe Chronos constatent depuis quelques années le passage d'une conception de la « voiture-objet » à la « voiture-service ». Léa Marzloff, consultante dans cet observatoire des mobilités, explique :

« L'autopartage entre particuliers est un des aspects de ce mouvement de fond. L'idée est d'améliorer la productivité de l'automobile, de faire mieux avec le parc existant. Ca peut passer par le covoiturage, un meilleur taux d'occupation, ou par un meilleur taux d'usage. »

Mais l'autopartage entre particuliers souffre d'un déficit de notoriété et d'une flotte encore trop restreinte. Ces start-ups espèrent qu'à terme 1% des 32 millions d'automobiles se partageront. On en est loin. Pour Léa Marzloff :

« Le principe est évident, la mise en pratique moins, à cause de la question de la confiance. Les gens y croient, comme le montre notre étude réalisée avec TNS Sofres auprès de 7 000 personnes : l'autopartage est perçu comme un modèle d'avenir par 47% des interviewés, contre seulement 18% la voiture personnelle. »

Paulin Dementhon, fondateur de VoitureLib' s'efforce de rendre son système « le moins anxiogène possible », avec un contrat prérempli, une check-list prête, un paiement par carte sécurisé … mais pour certains, la relation directe avec son locataire inquiète. Fabien admet que passer le volant de monospace à un inconnu « reste pas évident psychologiquement ». Donc, après avoir fait le tour des sites proposant la location de voiture entre particuliers, il a préféré Livop.

Crée par un ancien loueur traditionnel de voiture, c'est le système qui se met le plus entre le propriétaire et le locataire. Une « Livop box » est installée sur votre véhicule, ce qui permet de le géolocaliser après réservation, et de l'ouvrir sans clé. Cette société a la première obtenu qu'un grand assureur (MMA) adapte ses contrats à ce nouveau service, et revendique « zéro sinistre » depuis sa création. (Voir la vidéo de présentation du service)


Une voiture pour un mois à 280 euros

Sans être une menace au secteur de la bagnole, l'autopartage entre particuliers reste une alternative plus conviviale et deux fois moins chère à la location traditionnelle. L'occasion de rencontres aussi. Ainsi, Marie-Christine a entendu parler par hasard d'UneVoitureaLouer, et a voulu essayer. Cette propriétaire d'un hôtel près d'Orléans a loué sa deuxième voiture, « pour s'amuser, pas pour l'argent » :

« Je vais chercher les gens à la gare et je les amène jusqu'à chez moi. Ils sont partis un mois avec ma voiture pour 280 euros. Elle est revenue impeccable. »

Coté locataires, cette flexibilité que permet le rapport à l'amiable est très recherchée. Jean loue fréquemment de grandes voitures pour de grands trajets. Il a essayé Zilok et VoitureLib » et même si les voitures ne sont jamais dernier cri, les propriétaires ont toujours été réglos. Une sept places se monnaie dans les 200 euros pour quatre jours et 1 500 km, et surtout « on peut la rendre à 23 heures, et la caution n'est que de 500 euros ».

Antonin Léonard, animateur du blog de la consommation collaborative, souligne que pour durer, le secteur devra veiller à rester crédible en misant sur la confiance, et donc sur les assurances :

« Car plus ça s'étend, plus ça peut donner des idées à de petits malfrats qui en profiteront pour voler une voiture. Et plus les loueurs traditionnels vont s'inquiéter d'une éventuelle concurrence, comme l'industrie touristique avec la location d'appartements entre particuliers. »

Illustration : capture d'écran d'une pub pour le partage des automobiles.

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