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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 13:18

 

Rue89 - Portraits 05/03/2012 à 16h52
Nicole Plate | CFPJ
Ide Parenty | CFPJ

  • Vêtements, outils de bricolage, voiture, matériel photo : au lieu d'acheter, ces consommateurs « collaboratifs » louent, troquent et échangent.

Quand certains vident leur placard sur eBay pour remplir leur frigo, d'autres louent leur voiture pour remplir leur réservoir. Ils ont choisi de privilégier l'usage de l'objet à sa propriété, et donc de le louer, le troquer ou l'échanger au lieu de l'acheter.

Ainsi, ils participent à un nouveau modèle de consommation dite « collaborative » qui réconcilie l'économie, le lien social et le développement durable. Portraits de ces consommateurs devenus acteurs.

  1. Denis, 42 ans : bricolboy
  2. Dino, 36 ans : locaphile
  3. Agnès, 25 ans : fringavore
  4. Bruno, 50 ans, collissiman
  5. Cyriel, 28 ans, autopartageuse

 

1 - Denis, 42 ans : bricolboy


Denis, 42 ans. (DR)

Son système D. Peuplade.fr, un site d'échanges de services par quartier. Ancien informaticien, Denis s'y est inscrit il y a quelques années pour discuter et rencontrer des gens, un peu comme un forum.

Depuis trois mois, il s'en sert pour joindre les deux bouts. Il y propose ses talents de bricoleur, d'informaticien ou d'amateur de pain au levain moyennant un repas ou un billet :

« Il y a quelque chose de gratifiant lorsque l'on est payé à faire quelque chose que l'on maîtrise, en dehors de sa formation professionnelle. »

Son extra. 160 euros par mois, en moyenne.

Conviction ou nécessité ? Il défend une envie d'un autre monde où l'entreprise ne déterminerait pas l'homme et où le temps ne serait pas de l'argent. Il est pour autant lucide :

« On ne peut pas vivre que de la débrouille. Pour moi c'est une transition dans ma vie professionnelle qui ne va pas durer. »

 

2 - Dino, 36 ans : locaphile


Dinos, 36 ans. (DR)

Son système D. Zilok, un site qui met en relation les particuliers pour louer perceuse, ordinateur et autres boules à facettes.

Consultant freelance, Dino est devenu locaphile après un voyage autour du monde. Il avait alors investi plus de 4 000 euros dans du matériel pour un projet de reportage qu'il lui fallait rentabiliser.

La solution, c'est un ami, voisin de palier de la créatrice de Zilok qui la lui a apportée il y a plus de deux ans. Depuis, il est l'un des utilisateurs les plus actifs du site.

Par ailleurs, il se déplace grâce au covoiturage ou à l'autopartage et échange des cours de shiatsu contre des heures de ménage.

Le coup de pouce. 500 euros les meilleurs mois, mais zéro pour d'autres, sans compter les économies de frais réalisées à travers ses autres bons plans :

« Grâce à cette somme, je m'achète du matériel photo auquel je n'aurais pas eu accès autrement, ou que je n'aurai pas pu renouveler aussi rapidement. En revanche, je ne compte pas dessus, car je peux rester plusieurs mois sans rien louer. »

Conviction ou nécessité ? Si son engagement dans la consommation collaborative était, à l'origine, purement économique, il est aujourd'hui un utilisateur convaincu. Entre l'autopartage, le covoiturage et l'échange de service, pour Dino, l'entraide est le vrai bon plan anti-crise :

« Quand je loue ma perceuse ce n'est pas seulement pour me faire un complément de revenus, mais pour rendre service. Parfois, il m'arrive même de la prêter. »

 

 

3 - Agnès, 25 ans : fringavore


Agnès, 25 ans. (DR)

Son système D. Le vide-grenier des copines (sur Facebook) et Videdressing sur lesquels elle vend ses vêtements qu'elle ne porte plus.

Tout est parti d'un désir de voyage. En vidant son placard sur la Toile, cette chargée de marketing a pu rassembler 300 euros en trois mois pour partir à New York. Depuis, Agnès continue de vendre ce qui s'entasse dans sa penderie pour se payer les petits extras. « J'aime les fringues, je suis plus une vendeuse qu'une acheteuse d'occasion. »

Son extra. un peu plus de 300 euros par an :

« Ça me permet de me payer des coups de cœur. Dans six mois je me marie, ça me permettra de financer, par exemple, la déco. »

Conviction ou nécessité ? Elle ne se sent pas engagée pour autant. « J'aime bien cette petite communauté, ce partage de bons plans. Parfois je vends à bas prix, mais j'avoue, ma première démarche est de me faire un extra ».

 

4 - Bruno, 50 ans, collissiman


Bruno, 50 ans. (DR)

Son système D. Colis-voiturage, un site pour s'improviser postier-VRP des acheteurs du bon coin et autre eBay.

Depuis trente ans, Bruno (le prénom a été modifié) arpente la France d'est en ouest pour son boulot.

Après avoir dépanné son entourage en leur ramenant des objets achetés ici ou là, il s'est inscrit sur colis-voiturage. Et depuis deux ans, il cherche et dépose colis ou meubles, à un prix défiant les vrais postiers.

Son extra. A raison de 10 euros pour 200 kilomètres parcourus, Bruno gagne en moyenne 100 euros par mois : « Ça me permet de payer les petits plus de la vie. »

Conviction ou nécessité ? En plus de sa casquette de néo-facteur, Bruno fait aussi parfois du covoiturage pour les étudiants fauchés :

« Je suis l'un des petits maillons du monde de la débrouillardise qui cherche des palliatifs à une situation économique difficile. »

 

5 - Cyriel, 28 ans, autopartageuse


Cyriel, 28 ans. (DR)

Son système D. Livop, un site d'autopartage. Après une panne coûteuse, Cyriel cherchait à rentabiliser sa Ford Ka. Aujourd'hui, cette juriste la partage. Elle indique sur le site les jours de disponibilité de son véhicule. Et les intéressés, eux, après s'être acquittés d'un abonnement et d'un forfait kilométrique, peuvent en disposer quand bon leur semble.

Son extra. 500 euros en trois mois. Soit suffisamment pour couvrir ses frais liés à son véhicule :

« Sans cette solution, j'aurais vendu ma voiture. Entre la révision, l'assurance et le carburant, elle me coutait beaucoup trop cher. »

Conviction ou nécessité ? Pour Cyriel, l'autopartage est une solution économique au quotidien.

« Je ne suis pas en difficulté, mais ce que me rapporte ma voiture n'est pas négligeable. Ce n'est pas du superflu. »

Au-delà de l'aspect financier, cette expérience lui permet aussi de découvrir de nouvelles façons de consommer :

« J'ai vu qu'il existait des sites d'échange d'hébergement à l'étranger comme de vente de vêtements. Je ne me suis pas encore lancée mais ce sont des idées qui me tentent. »

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 23:48

 

Introduction


Après le vote du Traité de Lisbonne par le Parlement le 4 février 2008, celui du M.E.S. les 21 et 28 février 2012 est une preuve supplémentaire du divorce entre la volonté générale de la Nation et les choix des parlementaires, prêts à sacrifier notre souveraineté au profit d’une intégration européenne dont les modalités échappent totalement aux citoyens.

Dans ces conditions, continuer à parler de démocratie en Europe relève de la mystification pure et simple. A moins que les citoyens ne finissent par réagir à ces abus de pouvoir et reprennent leur souveraineté en mains. C’est précisément le pari que nous faisons en créant les Comités de Résistance et d’Action Citoyenne (C.R.A.C.), car nous ne pouvons imaginer que la Grande Nation qui jadis, au nom de la pensée des Lumières, coupa la tête à un monarque absolu de droit divin, se résigne aujourd’hui à devenir l’esclave des forces obscures de la finance mondialisée !

Le principal outil de cette résistance citoyenne sera le Référendum d’Initiative Populaire (R.I.P.). Il permettra au peuple d’intervenir directement dans la fabrication de la loi dès lors qu’une fraction déterminée de l’électorat se saisira d’une question et rassemblera les signatures nécessaires. Le gouvernement sera alors dans l’obligation d’organiser un référendum. Ainsi, les citoyens n’en seront plus réduits à répondre à des questions que le Président voudra bien leur poser, si toutefois il leur en pose et sans garantie aucune que leurs réponses soient prises en compte, mais définiront eux-mêmes les questions qui méritent d’être soumises à leur vote.

Le référendum d’initiative populaire bénéficie d’une incontestable légitimité dans la mesure où il est conforme à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont le droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation » (art. 6) Par conséquent, il n’existe aucun argument valable pour s’y opposer.

Nous constituons donc des comités citoyens dans tout le pays pour prendre contact, dès le lendemain des élections législatives (et pour les comités qui le souhaitent, avant même les élections), avec l’ensemble des députés (ou les candidats aux législatives) pour leur faire savoir que l’inscription du R.I.P. dans la Constitution est pour nous la réforme prioritaire, et obtenir leur engagement à l’accomplir.

 

Modalités pratiques

Il s’agit d’exercer un « lobbying citoyen » sur tous les députés, partant du postulat que ceux-ci ne voteront un vrai référendum d’initiative populaire (au lieu de ce simulacre de R.I.P. de 2008) qu’à condition que cette réforme constitutionnelle bénéficie d’un large soutien populaire. Pour autant, il ne sera pas nécessaire (dans un premier temps) de mobiliser les foules. Il suffira d’une poignée de citoyens motivés dans chaque département ! La légitimité de leur action ne reposera pas sur leur nombre mais sur la nature même de leur revendication, ne demandant rien pour eux-mêmes mais exigeant ce qui est bon pour la Nation toute entière. Nous visons donc un comité par département. L’extension géographique de notre mouvement citoyen (une bonne couverture du territoire) a plus d’importance que le nombre de membres dans chaque département. Chacun des comités prendra contact avec les 5 ou 6 députés de son département pour obtenir d’eux un engagement clair en faveur du R.I.P., avant qu’une proposition de loi ne soit déposée à l’Assemblée.

Un argument supplémentaire en faveur du R.I.P. est que celui-ci figure aux programmes de quasiment tous les partis politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite, et ce depuis plus de 20 ans, sans qu’aucun d’eux n’ait daigné l’inscrire dans la Constitution une fois parvenu au pouvoir. Mais ce temps est maintenant révolu. Les plus cyniques des politiciens professionnels prétendent que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » (et versent ensuite des larmes de crocodile sur les records d’abstention…). Eh bien nous allons les prendre au mot : cette promesse, nous y croyons, donc elle nous engage. Nous nous engageons à nous battre jusqu’à ce qu’elle soit tenue.

 

 

Plan d’action


Première étape : envoi d’un mail (mise à disposition d’une lettre-type sur le site). Il est essentiel que tous reçoivent dans un même laps de temps (fin juin – début juillet) une interpellation sur le même sujet, signée par la même organisation mais avec des porte-paroles différents, en raison de son effet psychologique (les députés parlent entre eux lorsqu’ils se retrouvent sur les bancs de l’Assemblée ou dans les réunions de leurs partis). On laissera (provisoirement) tranquilles les députés qui acceptent d’emblée le principe du R.I.P. (voir étape 4 bis)

 

Deuxième étape : Les députés qui ne prendront pas un engagement clair seront recontactés pour convenir d’un rendez-vous. Le porte parole du C.R.A.C. départemental ira expliquer, accompagné d’un ou 2 membres, l’intérêt, la nécessité et la légitimité du R.I.P. afin d’obtenir un engagement formel à voter pour.


Troisième étape : A ce stade, certains députés auront accepté, d’autres auront refusé. Les réactions de chacun seront « remontées » au niveau de l’O.C.C.I.R. (la coordination nationale de tous les C.R.A.C. départementaux) qui en publiera les listes sur son site, de sorte que chaque membre des comités citoyens puisse connaître précisément la position de chaque député.

 

Quatrième étape : à partir de là, il s’agira d’élargir le mouvement, de le radicaliser, et de le concentrer sur les députés récalcitrants.

 

Elargir : en recrutant localement de nouveaux membres afin de mieux répartir les tâches

 

Radicaliser : en s’emparant des agendas de ces députés (souvent publiés sur leurs sites, leurs blogs ou leurs pages Facebook) pour aller à leur rencontre à chaque fois qu’ils participeront à une manifestation publique dans le but de les interpeller au sujet du R.I.P. Ces actions devront être médiatisées autant que possible. Tous les électeurs devront pouvoir lire dans leurs journaux que leur député entend confisquer leur souveraineté à son seul profit.

 

Concentrer : les comités départementaux de tout le pays enverront des mails aux députés qui refusent de s’engager à voter le R.I.P. car l’enjeu n’est pas local, il est national. Les députés sont élus dans leurs circonscriptions, mais chacun d’entre eux représente toute la France.

 

Quatrième étape bis : en même temps qu’on accentuera la pression sur les plus rétifs, on présentera à ceux qui auront accepté le principe du R.I.P. un avant-projet concret. La proposition de loi d’avril 2011 présentée par le député UMP Christian Vanneste pourra servir de base de réflexion, mais il n’est évidemment pas question de la conserver en l’état. Elle devra être retravaillée au sein des comités citoyens, éventuellement avec la collaboration de nos élus qui nous apporteraient leur expertise en matière de droit constitutionnel.

 

Cinquième étape : une fois le principe du R.I.P. accepté par une large majorité de nos députés, le texte pourra être présenté à l’Assemblée (le plus tôt possible : fin 2012 ? début 2013 ?) par l’un de ceux (ou même plusieurs cosignataires) qui nous auront aidé à en rédiger la version définitive.

Quand le R.I.P. sera enfin voté, la France sera devenue une vraie démocratie.

 

La proposition de loi

Nous exigerons le Référendum d’initiative populaire dans ses quatre déclinaisons : législatif (on propose une loi), abrogatoire (on propose la suppression d’une loi), révocatoire (on propose de révoquer un élu) et constituant (on propose une modification de la Constitution).

Se posera ensuite la question du seuil. Dans le projet de Christian Vanneste par exemple, il est fixé à 500 000 (abrogatif), 800 000 (législatif) et 1 million (constituant). Mais on peut imaginer qu’on applique le même seuil à tous les types de référendum, d’autant qu’il sera plus difficile de rassembler un grand nombre de signatures sur une question abstraite (changer un article de la Constitution) que sur une question concrète (rétablir le droit à la retraite à 60 ans ou interdire l’exploitation des gaz de schiste, par exemple). Par ailleurs, on peut exprimer ce seuil en valeur absolue (500 000, 1 million) ou en pourcentage du corps électoral. La France, 65 millions d’habitants, compte 43,2 millions de votants. Pourquoi ne pas fixer ce seuil à 1 % des électeurs (432 000) ? Un seuil exprimé en pourcentage a aussi l’avantage de permettre d’appliquer le R.I.P. facilement à toutes les échelles (régionale, communale). Les détails de la proposition de loi seront évidemment mis en débat au sein des comités citoyens, qui s’appuieront sur les modèles existants dans d’autres pays et sur la réflexion de ceux qui défendent de longue date le principe du R.I.P. en France (comme Yvan Bachaud ou Etienne Chouard) pour élaborer le R.I.P. que nous voulons pour notre pays. Enfin, il faudra tirer les leçons du vote du Traité de Lisbonne en février 2008 et établir qu’une loi votée par référendum ne pourra être abrogée que par un autre référendum. Le dernier mot doit revenir au peuple.

 

Perspectives

L’introduction du R.I.P. dans la Constitution suite à la mobilisation des Comités de Résistance et d’Action Citoyenne transformera radicalement les pratiques législatives dans notre pays et ouvrira la voie à une véritable Révolution citoyenne.

En effet, les députés n’auront plus aucun intérêt à suivre aveuglément les consignes de leurs partis et voter en catimini des lois impopulaires, sachant qu’un référendum de blocage (abrogatif) pourra en empêcher l’application.

Craindre la multiplication de tels référendums serait sans fondement, car les parlementaires finiront par pratiquer une sorte d’autocensure. Ayant pris l’habitude de coopérer avec les comités citoyens, ils seront davantage à l’écoute du peuple (et pas seulement en période électorale) et veilleront à ce que les lois soient effectivement l’expression de la volonté générale.

Le R.I.P. transformera aussi le rôle des partis : au lieu d’être des « machines électorales » servant à sélectionner les candidats, faire de la propagande, verser dans la « pipolisation » et les « petites phrases », attiser des querelles stériles entre égos surdimensionnés, lutter pour la prééminence à l’Assemblée, au Sénat, à l’Elysée, et ensuite prendre les décisions à la place des citoyens, (ce qui est pour beaucoup dans la dé-crédibilisation et le dégoût de la politique d’un si grand nombre de personnes) ils alimenteront le débat politique sur des sujets de fond et éclaireront les choix des citoyens par des arguments rationnels. En un mot, ils feront de la Politique avec un grand « P » au lieu de se cantonner dans la « communication ».

Enfin, l’obtention du R.I.P. permettra aux comités citoyens d’accroître de manière significative le nombre de leurs membres (car la possession d’un véritable pouvoir relancera l’intérêt des gens pour la politique), d’essaimer dans chaque circonscription, et de s’élargir en un puissant réseau d’ Assemblées citoyennes, lieux de réflexion, de débat et de décision politique en contact permanent avec les députés.

Cette Révolution citoyenne permettra à notre pays de résister à la démence néolibérale et ses politiques austéritaires qui menacent de mettre toute l’Europe à feu et à sang. Après les prochaines élections, notre pays sera donc confronté à l’alternative suivante : soit la mise en œuvre de l'article 6 de la Constitution de 1789 (« la loi est l’expression de la volonté générale, tous les citoyens peuvent contribuer personnellement [donc par le R.I.P.] ou par l’intermédiaire de leurs représentants, à sa formation ») soit le risque de voir renaître l’esprit de 1793 : "Quand le gouvernement viole les droits du peuple l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs." (Article 35)

 

 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:43
| Par La rédaction de Mediapart

 

(Un article de Claire Le Nestour)

12 mai 2012. La France n’a pas de président. Le pays est dirigé par un altergouvernement de dix-huit alterministres qui tiennent leur premier conseil. Oubliés l’Elysée, les dorures, la grande table et les lustres clinquants, la réunion a lieu au 29 de l'avenue Ledru-Rollin, à Paris, dans les locaux du Droit au Logement. Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL, est alterministre du logement.

Le protocole est réduit à néant : des chaises pliables, et des tables en enfilade suffisent. Susan George, présidente d'honneur et co-fondatrice d’Attac, est ministre des affaires étrangères, les Pinçon-Charlot, sociologues de la haute bourgeoisie, sont à la réforme de l’Etat, Clarisse Taron, présidente du Syndicat de la magistrature, a hérité du portefeuille de la justice... Aucun alterministre n’a fait carrière dans la politique. Si Bruno Courtet, éditeur, les a choisis – de manière peu démocratique, il l’avoue –, c’est pour leurs idées. « J’ai constaté que beaucoup de citoyens avaient des choses à dire pour penser le changement de paradigmes. Alors je me suis dit, pourquoi ne pas les réunir dans un livre ? Et mieux encore, au sein d’un gouvernement ? » Leur manifeste pour une France alternative, Altergouvernement, est disponible depuis janvier aux éditions Muscadier (voir la composition de l'altergouvernement dans l'onglet Prolonger).


 

La table des alterministres 
La table des alterministres© Claire Le Nestour

Les « élus » ont eu du temps pour plancher sur leurs dossiers et résumer leurs propositions dans un chapitre chacun. La consigne de l’éditeur était claire : «20 % de constats et 80 % de propositions». Vendredi, les alter-membres du gouvernement ont présenté les grandes lignes de leur programme. Ils ont dit non au costume-cravate. La majorité du conseil est féminine. Ils ont aussi dit non aux longs discours et bavardages de technocrates. Ils se veulent différents sur la forme et dans le fond.

La France selon l'altergouvernement

Evidemment, tout cela n’est qu’un jeu de rôle mais les acteurs y croient. Certains cachent un sourire au moment de prendre la parole, signe d’un hold-up politique qui les amuse. Bon comédien ou non, ils n’emploient pas le conditionnel mais le futur. Les mesures présentées seront appliquées. Et si c’était le cas ? A quoi ressemblerait la France de l’après altergouvernement, à l'horizon 2017 ou 2020 ?


L'alterministre de la Recherche 
L'alterministre de la Recherche© Claire Le Nestour

La fin de l’ultralibéralisme. Les loyers ont baissé, la spéculation immobilière a été bannie et l’Etat a construit des logements sociaux. Les financiers ont perdu leur pouvoir, notamment sur la recherche. L’alterministre Jacques Testart a revalorisé la recherche fondamentale par rapport à la recherche appliquée en demandant aux citoyens de voter pour les études qu’ils souhaitaient que l’Etat finance.


 

Le couple Pinçon-Charlot 
Le couple Pinçon-Charlot© Claire Le Nestour

Une société plus égalitaire. Nathalie Péré-Marzano, alterministre des solidarités, a imposé un revenu maximum acceptable. L’alterministre de la santé a mis fin aux dépassements d’honoraires et à la fracture public/privé des hôpitaux. Le droit des migrants a été renforcé, les centres de rétention administrative ont été fermés. Dans le domaine judiciaire, les peines-plancher et les rétentions de sûreté ont été supprimées. Quant aux élus, ils sont indemnisés mais ne doivent pas tirer de bénéfices démesurés de leur fonction. D’ailleurs le couple Pinçon-Charlot a assuré que son co-ministère ne coûtait pas plus cher. « Un seul bureau, nous sommes des mi-ministres. »

 

L'alterministre de l'Ecologie 
L'alterministre de l'Ecologie© Claire Le Nestour

Une France écologique. « Le ministère que je dirige, c’est le ministère de l’écologie, pas de l’environnement, car nous avons des mesures urgentes à prendre », disait Geneviève Azam, ministre de l’écologie, au moment de sa prise de fonction le 12 mai 2012. Pas de temps à perdre, elle a fermé la centrale de Flamanville et abandonné la filière EPR. L’aéroport Notre-Dame-des-Landes a été enterré comme toutes les constructions qu’elle classait dans la catégorie des « grands projets inutiles ». Tous les panneaux publicitaires ont disparu des métros. « Un panneau, en une année, utilise l’énergie de deux familles sur la même période », avait prévenu la ministre. Autre mesure qui permet indirectement de faire des économies d’énergie, celle d'Aline Pailler, la ministre « de la parole conflictuelle, du silence et des chemins buissonniers de l’information », alias ministre de l’Information. Elle a imposé une semaine par mois sans télévision, ni radio, ni presse écrite, pour lutter contre « l'info-bruit ».


   

La co-fondatrice d'Attac 
La co-fondatrice d'Attac© Claire Le Nestour

Une autre vision du monde. La France a reconnu la Palestine et annulé la dette de l’Afrique. Susan George, alterministre des affaires étrangères, et Philippe Leymarie, alterministre de la défense, ont encouragé une sortie de l’Otan. La France n’intervient plus à l’étranger sans mandat de l’ONU et les bases militaires en Afrique ont été fermées, comme de nombreuses casernes françaises puisque le ministre de la Défense a réalisé une réduction drastique des effectifs.

Enfin, c’est l’Etat qui a changé. Le cumul des mandats est désormais interdit, tout comme l’abstention. Les citoyens ont obligation de voter. Les bulletins blancs sont comptabilisés et au-delà d’un quota de vote nul, l’élection est rendue caduque.

Séance de questions au gouvernement

Retour à mai 2012. Les douze alterministres ont exposé leur vision de la France alternative devant une cinquantaine de citoyens. Le public avait des questions à poser à ceux qui ont été, l’espace d’une soirée, leurs gouvernants. «Que faisons-nous pour mettre fin aux lobbys pharmaceutiques dans le corps médical ?», demande l’un. «Et pour la Françafrique, on fait quoi ?», interpelle un autre.

 

L'alterministre du logement 
L'alterministre du logement© Claire Le Nestour

Certains sont sortis du jeu de rôle plus rapidement. « Quel candidat à la présidentielle est, selon vous, le plus au point dans son programme écologique ? » demande une journaliste à la ministre de l’Ecologie. « Aucun, c'est d'ailleurs pour cela que nous avons pris le pouvoir en mai 2012 », répond Geneviève Azam. Quid de leur manifeste ? Et si un des candidats le lisait et venait à appeler un des alterministres dans un cabinet ministériel, franchiraient-ils le pas ? Sourires.  

« Non, assurément non, répond Aline Pailler. Car le reste de l’organisation capitaliste contredirait les lois mêmes qui sont prises. On ne peut pas participer à un gouvernement dont le but est autre que le nôtre. » A quelques chaises de là, Jean-Baptiste Eyraud confirme. « Je laisserais d’autres, plus dynamiques et plus jeunes que moi, le faire. Moi, je préfère rester dans la rue. Et si un jour le problème du logement social était résolu, très bien, je pourrai faire autre chose. Mais pas ministre. »

Les alterministres semblent d’accord sur ce point, et sur bien d’autres. Pourtant ils ne se sont jamais réunis tous ensemble. « Certains se connaissent et se sont vus. D’autres ont beaucoup échangé par mail pour se mettre d’accord sur des positions comme la sortie de l’OTAN ou des dossiers transversaux comme les solidarités ou de la culture », raconte l’éditeur.

 

Séance photo alterofficielle 
Séance photo alterofficielle© Claire Le Nestour

Aujourd’hui encore, sept manquent à l’appel. Ils sont alter mais ont l'emploi du temps de vrais ministres. « Onze, c’est déjà pas mal », s’amuse Bruno Courtet. Mais ils sont en nombre suffisant pour que s’impose la photo de famille. A la sortie du conseil, opération triple rangée d’oignons. « On regarde par ici. » Le photographe rappelle à l’ordre. « Et on n’embête pas son voisin. » Un flash, deux, trois. Les alterministres peuvent disposer et repartir... en métro. Les berlines noires aux vitres fumées n’attendent pas à Ledru-Rollin.

 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:19

 

Etudiants - Publié le 18/02/2012 à 10h27

Rebecca (à gauche) et Virgile (à droite) ont emmenagé il y a un mois (Gaëtane Rohr et Louis Mbembe)

Un air de musique électro résonne dans la pièce enfumée alors que les invités discutent et se servent à boire. Parfois, les fêtards dessinent sur le mur brut du couloir, entretenant l'ambiance « squat » des débuts. La décoration de ce pavillon de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) est à l'image des cinq étudiants qui s'y sont installés : militante et artistique.

Dans le salon, une chronologie illustrant l'histoire du jazz du XXe siècle côtoie un Jimi Hendrix sous acide. La cheminée a été ramonée il y a peu et un feu crépite. Un bar en briques encadré de poutres en bois massives ouvre sur la cuisine. Après le vestibule, la porte à droite mène à la chambre de Matthieu, envahie de livres et de bandes dessinées.

Un loyer de 215 euros + des travaux

Et lorsque l'on sort dans le jardin, une poule noir de jais accueille les nombreux visiteurs tandis que Shakren, le chat, se prélasse.

Avec trois guitaristes, la musique tient une place prépondérante dans la vie commune. A l'étage, Quentin, 22 ans, étudiant en école de musique, travaille une partition sur son ordinateur. Dans la chambre d'Hugo, 23 ans, ami d'enfance et lui aussi bassiste, dorment quatre guitares.

Quentin résume le sentiment qui les a poussés à quitter le cocon familial : « Pas envie de rester avec les vieux. » Alors ils décident « de se mettre en colocation ». Pierre et Mathieu, étudiants en histoire, rejoindront l'aventure.


La chambre d'Hugo (Gaëtane Rohr et Louis Mbembe)

Les visites sont infructueuses, jusqu'à cette opportunité : « Ma grand-mère est venue nous dire que mon grand-oncle louait une baraque à Vitry », explique Hugo. Une maison située à deux pas de la gare du RER, à dix minutes de Paris. Parfait sur le papier. Dans la réalité, la maison est en piteux état. Hugo explique :

« Elle appartenait à la cousine de mon grand-oncle et date de 1897. C'était un relais pour les carrosses de passage. A la mort de cette cousine, mon oncle en a héritée. »

Ils négocient avec ce dernier et trouvent un compromis : chacun d'eux s'acquitte d'un loyer de 215 euros par mois et s'engage à rénover la bâtisse. Ils signent un bail de trois ans.

Un véritable chantier


Le salon en 2009, avant travaux (Gaëtane Rohr et Louis Mbembe)

A leur arrivée, en septembre 2009, la maison a les allures d'un squat : papier peint d'un autre âge, poussière, vétusté des installations et… pas de chauffage. « C'était spartiate », se remémore Quentin, dans un sourire :

« On a tout repeint, poncé les murs. On dormait tous les trois dans des sacs de couchage dans le salon et, dès que les chambres ont été en état, on s'y est installés. »

Premier hiver difficile, avec une isolation qui laisse à désirer et un froid mordant. « 8°C dans ma chambre ! », s'exclame Hugo. « On se réchauffait en buvant des bières », ajoute Quentin.

« On en a chié, mais le concept était sympa »


Les toilettes (Gaëtane Rohr et Louis Mbembe)

lIs repeignent d'abord la chambre du rez-de-chaussée, puis celles situées à l'étage, « pour avoir chacun notre petit coin tranquille », dit Quentin. Vient le tour du salon et de la cuisine, les deux années suivantes. Leurs proches mettent la main à la pâte, fournissent une ponceuse, salvatrice : « On avait commencé à gratter les murs à la main comme des cons », lâche Quentin.

Ils ramènent leur mobilier, puis l'électricité est refaite. « On en a chié mais c'était sympa le concept de retaper la maison pour y vivre. »

Lorsque les musiciens de la coloc s'y mettent, ils organisent des jam-sessions de jazz qui n'améliorent pas les relations, parfois tendues, avec le voisinage.

« Finalement, la baraque est ouverte. Si quelqu'un veut crécher ici à la fin d'une soirée ou plus longtemps, il trouvera toujours un lit », dit Matthieu.

« Je regrette de pas en avoir fait un lieu de rendez-vous pour débattre », poursuit Matthieu. Il est très politisé, à l'instar de Pierre, actuellement à l'étranger, et de Quentin. Le frigo est entièrement retapissé d'autocollants et de tracts siglés CGT, PCF ou Front de Gauche.


La cuisine (Gaëtane Rohr et Louis Mbembe)

A l'heure de ranger, ici, pas de tâche assignée. C'est selon la bonne volonté de chacun. Seule la comptabilité fait l'objet d'un suivi, avec un tableau détaillant les dettes de chacun. Matthieu rigole :

« On s'était amusé à se distribuer des notes comme [l'agence de notation] Standard & Poor's. Je devais de l'argent, j'étais noté A- ! »

Gaëtane Rohr et Louis Mbembe


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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 14:27

Les êtres vivants ont mis au point, au fil de l'évolution, des mécanismes, des procédés, des molécules que les chercheurs tentent de reproduire.

 

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 10.02.12 | 18h42   •  Mis à jour le 12.02.12 | 13h22

 
 

Gauthier Chapelle, ingénieur agronome et biologiste, dirige le bureau d'études Greenloop à Bruxelles. Spécialiste du biomimétisme, il a signé l'introduction du livre de la naturaliste américaine Janine M. Benyus, Biomimétisme. Quand la nature inspire des innovations durables (Rue de l'échiquier, 2011). 

Qu'est-ce que le biomimétisme ?

Il s'agit de notre capacité à nous inspirer du vivant pour innover. Mais cela ne suffit pas. Le biomimétisme (en anglais biomimicry), selon moi, doit intégrer la notion de durabilité, surtout depuis 1997 et le livre de Janine M. Benyus. Répondant aux préoccupations sur le réchauffement climatique, il proposait des solutions de bon sens.

Le point de départ est simple. Toutes les espèces qui nous entourent ont maîtrisé leur durabilité. Pourquoi ne pas régler alors nos problèmes en les interrogeant ? En fait, biomimétisme n'est pas le terme le mieux adapté car il peut laisser entendre qu'il s'agirait de copier bêtement la nature. Ce n'est pas le cas : il s'agit, avec nos sciences et notre intelligence, d'adapter les solutions de la nature à nos propres contingences.

Cette inspiration n'est pas récente, si l'on se réfère aux esquisses d'un Léonard de Vinci au XVe siècle...

Les peuples premiers ont toujours pratiqué cela. Par exemple, les Inuits se sont inspirés de la tanière de l'ours polaire, de ses proportions, pour concevoir leur igloo. La civilisation industrielle nous a ensuite coupés de la nature. Il y a bien eu Léonard de Vinci, précurseur dans le domaine scientifique, mais c'était marginal. La redécouverte, récente, date de la fin du XXe siècle.

Quels sont les obstacles au développement du biomimétisme ?

Ils tiennent beaucoup au mode de formation. Quand vous vous destinez à être ingénieur ou concepteur, vous ne faites pas de biologie. Et vice versa. Or le biomimétisme est transversal, entre biologie, physique et ingénierie-conception. Dans quelques domaines comme le spatial et le médical, des complémentarités ont augmenté les performances. Mais les cultures scientifiques restent très cloisonnées.

Quels sont les exemples les plus probants de biomimétisme ?

Le biomimétisme m'intéresse par sa capacité à développer la durabilité des espèces, tout en préservant l'environnement. La bande Velcro, conçue à partir des particularités de la fleur de bardane, c'est du biomimétisme, mais remplacer des lacets par un Velcro ne change pas le bilan carbone. Modifier génétiquement des chèvres pour que leur poil présente les mêmes incroyables particularités que le fil de soie d'araignée ne m'intéresse guère plus, mais c'est aussi du biomimétisme.

Dans quels secteurs travaillez-vous ?

Le biomimétisme trouve des applications dans trois secteurs. D'abord, les formes : par exemple, l'étude d'une termitière et de son système d'aération en architecture ; ou le nez d'un martin-pêcheur pour un train à grande vitesse japonais, ce qui réduit sa consommation et en fait un élément de durabilité. Il y a aussi l'étude des écosystèmes, du bio-organisationnel. Par exemple, dans la nature, chaque déchet devient une matière première pour une autre espèce. L'écologie industrielle est basée sur ce principe.

Il y a enfin le secteur des matériaux, qui présente des potentiels industriels énormes. Les nôtres proviennent pour la plupart de la pétrochimie. Des espèces en fabriquent, elles, à des températures et à des pressions ambiantes, avec des solvants compatibles avec la nature. Cette haute technologie est très difficile à reproduire. Des chercheurs sont arrivés à fabriquer, aux Etats-Unis, de la fibre de verre sans monter en température (1 000 °C sont normalement nécessaires) en étudiant les éponges qui produisent cette fibre dans la mer, à quelque 4 °C. Vous imaginez les économies d'énergie potentielles.

Pourquoi ne va-t-on pas plus vite ?

Il est probable que l'énergie fossile n'est pas encore assez chère. Tant qu'un processus de production industrielle est encore rentable, vous n'êtes pas incités à en changer. Le biomimétisme est une rupture, une innovation radicale. En ces temps de crise, des choix qui remettraient en question la chaîne industrielle font peur.

Propos recueillis par Rémi Barroux

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 16:33

 

Le Monde - 08 février 2012

Les six associés de Fibrosud, deuxième du nom. © Elodie Ratsimbazafy

Les six associés de Fibrosud, deuxième du nom. © Elodie Ratsimbazafy

 

Ce sont les nouveaux patrons de Fibrosud. Ils nous accueillent dans une salle de réunion qui ressemble à n'importe quelle autre. Ils sont six et ont décidé, en décembre 2011, de racheter les outils de travail pour ne pas laisser tomber un site qui, ils en sont certains et entendent le prouver, est rentable. Leur boulot, c'est d'assurer "la réparation et de la maintenance de tout ce qui est derrière une ligne téléphonique : fax, terminal de paiement, box Internet, etc.", comme le raconte François Perabo, responsable de la qualité et de la sécurité, l'un des six cadres qui relancent l'activité.

 

Dans la zone d'activité des Avants, à Saint-Mathieu-de-Tréviers, au pied du Pic-Saint-Loup (Fibrosud à droite). © Elodie Ratsimbazafy

Dans la zone d'activité des Avants, à Saint-Mathieu-de-Tréviers, au pied du Pic-Saint-Loup (Fibrosud à droite). © Elodie Ratsimbazafy

 

Leur entreprise de Saint-Mathieu-de-Tréviers, près du Pic-Saint-Loup et de ses vignes, est à une vingtaine de kilomètres de Montpellier, dans une région où les industries n'ont jamais été légion. Ils l'ont baptisée Fibrosud. Pour la deuxième fois. La première, c'était en 1986, à ses débuts. A l'époque, on y réparait les premiers téléphones à touches et les Minitel. La PME a changé de nom en 2000 quand elle a été rachetée par le groupe Anovo, le leader européen de la maintenance électronique. Alors que nous discutons à l'étage, on toque à la porte : les nouvelles enseignes sont arrivées ; elles seront bientôt accrochées à la tôle bleue du bâtiment pour rendre concret ce retour aux sources, ce retour à la case "PME locale", comme ils disent.

Ils ne voulaient pas "aller à l'abattoir sans relever la tête" quand le groupe Anovo a été placé en liquidation judiciaire, en août 2011. Le repreneur désigné par le tribunal de commerce est le fonds de pension Butler Capital Partners (BCP). Pour le nouveau propriétaire, il n'était plus question d'activité industrielle sur ce site de 3 000 m². Exit donc 80 % de l'effectif ; seules 9 personnes étaient reprises pour leurs connaissances pointues, utiles pour un important contrat traité sur un autre site du groupe.

 

Dans les ateliers de Fibrosud. © Elodie Ratsimbazafy

Dans les ateliers de Fibrosud. © Elodie Ratsimbazafy

 

En quelques semaines, explique Jean-Christophe Estoudre, les six cadres ont "négocié pour sauver un maximum d'emplois". Opération complexe pour quelques salariés qui ne pèsent pas lourd face à un fonds de pension qui n'est pas là pour faire dans le détail. Pourtant, reconnaît Emmanuel Brossard, désormais le président et directeur de Fibrosud, BCP "a fait preuve d'un esprit entrepreunarial" en reconnaissant qu'"il y avait des compétences sur ce petit site". "Ils sont durs en négociation, mais ils ont plutôt vu d'un bon œil que les cadres relancent l'activité ici", ajoute-t-il.

Lors des négociations avec BCP, les élus de la région, de gauche comme de droite, ont intercédé en leur faveur auprès du cabinet du ministre de l'industrie, Eric Besson. Ils savent que son chef de cabinet a rencontré les dirigeants de BCP, mais ignorent si cela a servi à quelque chose. Toujours est-il qu'ils ont arraché un accord qui prévoit le rachat de l'outil de travail pour une bouchée de pain, la jouissance gratuite des locaux pendant un an et quelques contrats.

 

De g. à d. de haut en bas : Michel Maggi, responsable de production ; Jean-Christophe Estoudre, expert technique ADSL ; Carlos De Freitas, expert en matériel de réception de vidéo ; Emmanuel Brossard, président-directeur ; Marlène Taurines, responsable de la logistique et des opérations ; François Perabo, responsable qualité et sécurité. © E.R.

De g. à d. de haut en bas : Michel Maggi, responsable de production ; Jean-Christophe Estoudre, expert technique ADSL ; Carlos De Freitas, expert en matériel de réception de vidéo ; Emmanuel Brossard, président-directeur ; Marlène Taurines, responsable de la logistique et des opérations ; François Perabo, responsable qualité et sécurité. © E.R.

 

Le petit groupe est volubile. Ils semblent ravis d'avoir gagné une première bataille. Désormais donc, dans le grand bâtiment, se côtoient les 9 personnes reprises par BCP, et une petite vingtaine qui compose Fibrosud. Ainsi, Jean-Christophe Estoudre et Carlos De Freitas font partie des deux structures, ce qui est "admis et acté" dans le protocole. Marlène Taurines, Michel Maggi, Emmanuel Brossard et François Perabo se consacrent à plein temps à la relance de l'activité de l'entreprise.

En décembre, les six cadres sont devenus des associés de la société par actions simplifiée Fibrosud, deuxième du nom. Ils ont envisagé, un temps, à l'instar des marins de SeaFrance, de créer une SCOP (société coopérative et participative), mais l'opération est juridiquement complexe et il fallait agir vite "pour assurer une continuité de service et éviter que les clients partent à la concurrence", selon les mots de Carlos De Freitas, l'expert en matériel de réception de vidéo. Ils ont mis chacun 1 400 euros au capital. Ils ne se versent pas de salaire et ont profité du contrat de sécurisation professionnelle proposé par Pôle emploi, auprès de qui ils ont trouvé de "très bons conseils"… à partir du moment où ils ont réussi à les joindre. En clair, le dispositif leur permet de toucher leurs allocations chômage tout en travaillant "bénévolement" à leur nouvelle entreprise.

 

Remplacement d'une puce défectueuse sur un décodeur. © Elodie Ratsimbazafy

Remplacement d'une puce défectueuse sur un décodeur. © Elodie Ratsimbazafy

 

Il est midi et les employés quittent un à un leur poste de travail pour aller déjeuner. En ce moment, on réceptionne des box Internet défectueuses, on diagnostique les pannes, on répare ce qui peut l'être avant de les renvoyer à leur expéditeur. Les six associés, vêtus de la blouse blanche réglementaire, nous font faire le tour des postes, expliquent avec fierté l'organisation des tâches, la manière dont leur service de recherche et développement a aidé les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) à améliorer leur service client pour limiter les fausses pannes – ces appareils que l'on croit défectueux alors qu'ils sont seulement mal utilisés. Ces conseils ont permis aux FAI de diminuer leurs coûts. On pourrait croire que l'entreprise se tire une balle dans le pied en faisant diminuer le volume de travail, mais, assure Marlène Taurines, "c'est en leur donnant ce genre d'expertise qu'on leur prouve notre compétitivité par rapport aux pays de l'Est". 

Car c'est là tout l'enjeu. Pour gagner les contrats, ils doivent démontrer que faire appel à des sous-traitants français n'est pas forcément plus cher que de délocaliser la maintenance à l'autre bout de l'Europe ou du monde. "Croire qu'on sauvera la France en fermant les frontières est une ânerie, martèle Jean-Christophe Estoudre. Il faut que les entreprises françaises démontrent qu'elles peuvent être compétitives." Autour du repas, les associés opinent du chef ; chacun estime que la France peut tirer son épingle du jeu en la jouant finement, en criant haut et fort que l'expertise d'une PME, sa souplesse et ses investissements en recherche et développement (R&D) sont des atouts majeurs. D'ailleurs, insiste Emmanuel Brossard, "le renchérissement des matières premières et les barrières douanières" qui se dressent autour de la Chine finiront par leur donner raison.

 

En fin de chaîne, les box subissent un dernier contrôle qualité avant d'être renvoyées à l'expéditeur. © Elodie Ratsimbazafy

En fin de chaîne, les box subissent un dernier contrôle qualité avant d'être renvoyées à l'expéditeur. © Elodie Ratsimbazafy

 

En cette période de campagne électorale, le protectionnisme ou le "made in France" sont au cœur du débat. "Pourquoi l'Allemagne réussit mieux que nous ? Les Allemands ont réussi à créer et à maintenir un important réseau de PME", estime Emmanuel Brossard. L'avenir de l'entreprise est envisageable s'ils réussissent "à se lier avec les PME de la région, qui reste très dynamique en matière de nouvelles technologies", affirme Marlène Taurines, qui assure une part de la prospection commerciale. "Certains acteurs du numérique ont la volonté de revenir ici", renchérit Jean-Christophe Estoudre, avant de préciser : "C'est sûr que la Chine, c'est moins cher, mais c'est hyper compliqué." Ils devront aussi convaincre les gros groupes – leurs clients du temps d'Anovo – qu'ils ont les épaules assez solides pour de gros contrats et qu'ils sont capables de faire évoluer leur métier comme ils le font depuis vingt-cinq ans.

"On a juste le temps de se faire de nouveaux clients", admet le président qui sait, comme ses associés, que ce n'est qu'un sursis qu'ils ont réussi à s'offrir et que la suite reste incertaine. Dans un an, il leur faudra payer un loyer, des charges et des salaires. Quel que soit le sort qui leur est réservé, ils sont certains de ne pas regretter d'avoir tout tenté pour sauver leur boulot et celui des autres. "On ne voulait pas subir la crise sans rien faire", conclut Marlène Taurines.

 

Fibrosud s'inscrit aussi dans une filière de recyclage des composants. © Elodie Ratsimbazafy

Fibrosud s'inscrit aussi dans une filière de recyclage des composants. © Elodie Ratsimbazafy

 

 

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 15:02

 

Le Monde - 07 février 2012

 

Entre six et neuf mois de travaux ont été nécessaires pour rendre chaque lot habitable. © Elodie Ratsimbazafy

Entre six et neuf mois de travaux ont été nécessaires pour rendre chaque lot habitable. © Elodie Ratsimbazafy

 

Au début, c'était une discussion entre copains, un plan sur la comète comme on en fait tant. Sylvaine et Yannick étaient amis depuis longtemps quand, un jour de 2008, ils font un projet fou autour d'une bouteille de vin blanc : construire un lieu où ils pourraient vivre entre amis mais chacun chez soi, partager un peu de vie sans sacrifier son intimité, choisir ses voisins au lieu de les subir.

Ils cherchaient plutôt un terrain à bâtir... sans trop s'éloigner du centre de Montpellier. Complexe, vu l'état du foncier dans la ville. Finalement, au hasard d'une balade sur le net, Sylvaine apprend qu'une maison de quelque 400 m² est à vendre à quelques encablures du centre-ville. "On a visité, on ouvrait des portes et des portes, ça ne finissait jamais", raconte-t-elle avec enthousiasme. Elle poursuit : "on aurait pu en parler des mois sans que le projet ne se concrétise si on n'avait pas trouvé ce lieu".

L'opportunité est belle, mais la somme est coquette. 750 000 euros, c'est bien trop pour leurs salaires d'institutrice et de projectionniste. Il leur faut trouver des copains prêts à s'investir dans ce projet un peu fou. Une amie, Aurélie, franchit le pas, suivie d'Ysis et Maxime, un jeune couple qui se décide en 10 jours pour le F3 du rez-de-chaussée où l'on nous reçoit. Fabrice, le frère de Yannick, rejoint l'aventure et prend un appartement au rez-de-chaussée. Pour boucler le budget, leurs parents, qui vivent en Bourgogne, vendent leur pied-à-terre de Palavas-les-Flots et investissent dans le projet. D'autres, faute de prêts bancaires, sont restés hors de l'aventure.

 

Les frigos de la copropriété (cliquer pour agrandir). © Elodie Ratsimbazafy

Les frigos de la copropriété (cliquer pour agrandir). © Elodie Ratsimbazafy

 

Aujourd'hui, couples, enfants, célibataires : ils vivent à quinze dans cette construction des années 1950. On s'entraide, on se voit, on se rend service, on s'occupe des enfants des uns et des autres qui sont tous nés ici. Beaucoup n'auraient pu devenir propriétaires sans achat et travaux collectifs. "C'est plus qu'une copropriété classique, mais ce n'est pas une communauté", résume Jean-Yves, le dernier à avoir posé ses valises ici, à l'adresse de ceux - nombreux semble-t-il - qui y voient une résurgence d'un mode de vie hippie.

C'est vendredi et, plaisante l'un d'eux, la soirée "ressemble un peu à une de [leurs] réunions de copropriété". Pour nous raconter leur histoire, ils sont presque tous réunis dans l'appartement du rez-de-chaussée. L'apéritif est servi, les gamins vont et viennent autour de la table basse, manquant à chaque approche de faire basculer les verres. Entre la première visite et l'achat, quelques semaines seulement ont passé.

 

De haut en bas : Aurélie ; Sylvaine, Jean-Yves et Manuela ; Solenn, Fabrice et Lucie ; Ysis, Maxime et Manon ; Guillaume ; manquent Yannick et Laure (cliquer pour agrandir). © Elodie Ratsimbazafy

De haut en bas : Aurélie ; Sylvaine, Jean-Yves et Manuela ; Solenn, Fabrice et Lucie ; Ysis, Maxime et Manon ; Guillaume ; manquent Yannick et Laure (cliquer pour agrandir). © Elodie Ratsimbazafy

 

Trois ans après, ils parlent de cette histoire comme d'une succession de joyeux hasards. L'affaire a eu mille occasions de capoter, ils avaient mille raisons de s'engueuler, mille grains de sable auraient pu enrayer cette belle mécanique. Et aujourd'hui encore, ils semblent s'étonner de leur propre témérité. "On a signé la vente le lendemain de la chute de Lehman Brothers... ", se souvient Fabrice, qui n'a pas voulu y voir un mauvais présage. "On a passé des heures chez le notaire à parapher des tonnes de papiers. On avait un peu l'impression de se marier", plaisante Aurélie.

Chacun est devenu l'heureux propriétaire d'un lot de la maison commune... qui était encore loin de pouvoir accueillir tout ce monde. "J'ai payé pour un appartement habitable alors que c'était un grenier sans sol, sans isolation, sans accès", rigole Aurélie. Problème similaire au rez-de-chaussée qui n'est qu'un vaste ensemble de pièces inutilisées depuis des lustres. "On a partagé le prix de la maison comme si les appartements étaient finis et on a fait un pot commun pour les travaux", explique Sylvaine. Si l'espace acheté par chacun a été gravé dans le marbre d'un acte notarié, tout le reste était basé sur la confiance des uns envers les autres. C'était risqué.

En effet, vaste entreprise que de rénover et morceler cette grande baraque. "Même les appartements que l'on croyait potables étaient pourris", se souvient Fabrice. Le précédent propriétaire avait commencé à rénover les studios, mais son entrepreneur a été incarcéré pour trafic de drogue. Très vaste entreprise ! La petite bande, bientôt rejointe par les conjoints des uns et des autres, a pris les services d'un maçon pour le gros-œuvre. Pour le reste, ils ont dû se débrouiller. "On connaissait tous quelqu'un qui s'y connaissait en bricolage", souligne Ysis. Il y a avait le papa de Sylvaine pour l'électricité. Et puis Didier, le cousin de Yannick et Fabrice pour la plomberie. Tous parlent de lui comme d'un saint homme, qui a abreuvé de ses conseils bienveillants ces presque néophytes, englués dans une tâche colossale.

 

Dans le sous-sol, la buanderie commune. © Elodie Ratsimbazafy

Dans le sous-sol, la buanderie commune. © Elodie Ratsimbazafy

 

De ces six mois de gros travaux, on ne voit plus grand-chose. Dans la cave, non loin de la salle de répétition de musique et de la buanderie commune, des dizaines de pots de peinture, une perceuse, une ponceuse, une meuleuse, des échelles, etc. rappellent que tout cela n'est pourtant pas très loin.

Avec trois ans de recul, ils ne tarissent pas d'éloges sur ce mode de vie peu commun sous nos latitudes. Tous décrivent un mélange de partage et de respect des habitudes de chacun, simplement. "On sait qu'on n'est pas seuls", résume Laure, la compagne de Yannick, arrivée pendant la bataille. Il y a pourtant d'impondérables anicroches qui surviennent entre voisins, fussent-ils amis, "des trucs normaux quand on vit en copropriété", relativise Sylvaine. On s'est agacé pour le bruit du copain du dessus ou de la mauvaise volonté pour sortir les ordures. Le fautif le promet : si c'est écrit dans Le Monde, on ne le reprendra plus à sauter son tour de poubelles.

 

Les cuisines de la copropriété (cliquer pour agrandir). © Elodie Ratsimbazafy

Les cuisines de la copropriété (cliquer pour agrandir). © Elodie Ratsimbazafy

 

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 14:10

 

Rue89 - Par Mickaël de Draï | Rue89Lyon  |   2 février 2012 0:32

Alors que certains espèrent encore un retour au franc, d’autres préfèrent imaginer une monnaie qui viendrait soutenir, à l’échelle locale, l’euro et une certaine idée de l’économie solidaire.

 

 

Monnaie locale bientôt à Lyon Rue89Lyon

 

Les monnaies complémentaires, locales ou sociales ne datent pas d’hier. Déjà, des modèles ont fait leur preuve en Allemagne ou en Suisse et dans différentes communes  françaises. L’an dernier, la ville de Toulouse s’est également lancée dans l’aventure avec le Sol-violette. À Lyon, depuis le mois d’octobre, trois étudiants en commerce de l’école 3A planchent sur un modèle de monnaie solidaire à l’échelle du Grand Lyon, avec l’espoir d’une mise en circulation pour la rentrée 2013.

 

 

Comment ça marche ?

 

Pour utiliser cette monnaie, le consommateur devra convertir ses euros en Tourne-Sol (nom provisoire) à un guichet. Billets en poche, il pourra dépenser son argent dans des commerces partenaires. Comme ses consoeurs, la monnaie sera fondante. Sur celle-ci sera indiquée une date d’émission et perdra de la valeur au fil du temps si elle ne change pas de main. La reconvertir en euro sera désavantageux pour le chaland. Le différentiel engendré devant être réintroduit dans des projets d’utilité sociale.

Serge André Brunner, l’un des étudiants coordinateurs de projet, met en avant des valeurs responsable:

 

« Tous les commerces ne pourront pas être habilités, souligne-t-il. Les structures seront triées sur le volet en fonction de leur ancrage territorial, mais aussi de leur engagement social, environnemental et de leur gouvernance (la gestion des décisions dans l’entreprise, sa forme juridique).

 

Pour Bruno Charles, élu écologiste au Grand Lyon, vice-président au développement durable, la monnaie n’est qu’un outil qui doit répondre à sa fonction originelle : l’échange.

« La perversion, c’est quand 5% de la monnaie sert à l’échange et le reste à la spéculation. C’est ce qui se passe aujourd’hui. L’idée est de restituer une monnaie d’échange. Et comme celle-ci est fondante, on ne peut pas la thésauriser. ».

 

Bruno Charles, qui soutient et croit en l’utilité d’une monnaie solidaire, insiste sur l’impact d’une telle initiative sur l’économie locale tout en s’étonnant du discours « réac » d’autres politiciens.

« Marine Le Pen veut fermer les frontières pour résister à la finance internationale et Bayrou dit qu’il faut produire et acheter français, mais aucun des deux n’explique comment procéder. Là, il y a un projet pragmatique qui marche ailleurs dont on voudrait s’inspirer. Avec cet argent, vous ne pouvez acheter que dans des commerces locaux, et seulement certains types de produits. On a la certitude qu’on fait travailler les gens localement et que l’argent reste dans l’économie locale ».

 

 

Une solution à la crise ?

 

Si une monnaie solidaire peut-être aujourd’hui envisagée comme un soutien à l’euro sur un territoire donné, elle ne peut en aucun cas être perçue comme un substitut. Jérôme Blanc, docteur en sciences économiques et maître de conférence à l’Université Lumière Lyon 2, explique :

 

« On ne peut pas parler comme si les dispositifs de ce type étaient homogènes. Certains systèmes n’ont aucune capacité économique avérée car ils promeuvent surtout des formes d’échanges conviviaux et d’entraide. D’autres, comme les monnaies locales Sol-violette, Abeille, etc., ont davantage de potentiel économique. Pour l’instant, cependant, leur ampleur reste bien trop limitée pour que l’on puisse prétendre aider à la sortie de crise : dans une localité, cela concerne tout au plus quelques dizaines de commerces, entreprises et autres prestataires, et quelques centaines d’utilisateurs.

 

Par ailleurs, puisque pilotées localement, ces initiatives, trop éclatées, ne peuvent pas être coordonnées nationalement et donc s’imaginer comme un remède à la crise économique.

Pour l’économiste, « on ne peut pas anticiper un soutien suffisant de ces monnaies à la sortie de crise sans qu’elles soient reconfigurées et introduites dans des politiques publiques locales concertées et pensée à un niveau global (sans quoi une monnaie locale à Lyon, par exemple, n’aiderait pas la France à sortir de crise et aiderait encore moins la zone euro !). Autrement dit, en l’état actuel des choses, c’est impossible. En revanche, au niveau d’une localité, une politique publique peut aider à impulser une dynamique soutenant l’activité économique locale via une monnaie propre ».

 

De son côté, Bruno Charles croit plus en l’accompagnement d’une telle démarche que dans une réelle volonté de la Ville ou de la Région de l’imposer.

« Ce n’est pas une institution qui va créer une monnaie, insiste-t-il. C’est un travail de conviction avec les commerçants, un groupe d’habitants, qui va commencer avec des militants. L’institution peut l’accompagner et le faire grandir, mais ne peut pas prendre à son compte un tel projet. Le projet repose sur la capacité des habitants à s’auto-organiser et à se construire ».

 

 

Une réussite soumise à condition

 

Pour Jérôme Blanc, Lyon semble posséder un terreau fertile pour une telle initiative.

« Les points forts sont une population étudiante importante, un tissu associatif et militant vaste et ancien, des autorités locales potentiellement intéressées, une variété importante d’activités d’économie sociale et solidaire sur le territoire, des structures qui sont capables de servir de tête de réseau, et aussi l’existence de circuits courts alimentaires avec de nombreux producteurs de fruits et légumes dans la région ».

 

S’il croit profondément aux bienfaits d’une monnaie solidaire, Bruno Charles ne peut en garantir la réussite.

« En temps de crise, les gens ont moins le réflexe d’aller vers de l’équitable parce qu’ils pensent que c’est plus cher. Ça l’est parfois, mais pas toujours », estime l’élu au Grand Lyon.

 

Il s’interroge également sur le développement encore relatif de ce type de commerces.

 « Il y a peut-être une erreur de positionnement chez les commerçants. Il y a des exceptions, mais le commerce équitable est associé à des vêtements ethniques. Si on veut acheter un costume ou une chemise sobre et urbaine, c’est compliqué. C’est une erreur de se positionner sur des créneaux militants au lieu d’aller vers le grand public ».

 

Pour que le projet de monnaie locale aboutisse et soit un succès, Jérôme Blanc propose de regarder ce qui a été fait ailleurs, à savoir, un mélange de planification et de tâtonnement :

 

  • des incitations pécuniaires : une incitation à changer des euros en monnaie locale (100 euros donnent par exemple 105 en monnaie locale) et une désincitation à l’opération inverse (par un prélèvement de type frais de change).
  • la variété la plus importante possible d’activités intégrées et de personnes utilisatrices : il peut y avoir une taille critique à atteindre pour que le système se développe et attire des utilisateurs, et les prestataires intégrés doivent être au-delà des activités directement écologiques et solidaires, tout en respectant les règles fixées dans la charte du système, de sorte que l’on attire progressivement des utilisateurs nouveaux. Cela dit, l’objectif ne peut pas être d’intégrer tout type de prestataire (qui permettrait de toucher potentiellement tout le monde) car un élément clé de ce type de monnaie est le filtrage des prestataires en fonction de leurs pratiques responsables.
  • une équipe de suivi et de gestion du projet.
  • une activité de conscientisation par forums, débats, dans divers espaces de l’agglomération et divers réseaux de sociabilité et d’échange.

 

Un sacré chantier donc pour les étudiants en charge du projet. Pour Serge André Brunner, l’enjeu est clair :

« Pour être un véritable succès, cette monnaie locale doit s’implanter sur l’ensemble du Grand Lyon et s’ouvrir à d’autres publics pour apporter de la visibilité et de la lisibilité à l’économie sociale et solidaire ».

 

Pour participer :

 

Questionnaire citoyen : lancement d’une monnaie locale et complémentaire sur Lyon

 


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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 12:41

 

actu.orange.fr - 28/01/2012 à 23:30

En pleine crise de l'euro et de la dette, Jean-François Marques, bistrotier et éditeur du mensuel gratuit "blablablah" à Pézenas (Hérault) bat une monnaie, qu'il a dénommée "occitan" et qu'il définit comme un acte militant et de solidarité.


Photographe : Pascal Guyot :: Jean-François Marques pose avec des occitans devant son café, le 25 janvier 2012 à Pézenas dans l'Hérault.  
photo : Pascal Guyot, AFP

Barbichette poivre et sel, M. Marques, 46 ans, présente avec fierté son bébé, un billet or et pourpre, imaginé il y a deux ans alors qu'il était président des commerçants de cette ville de 8.737 habitants. L'idée de celui qui se définit comme un "Vert militant" était "de promouvoir le marché bio" qu'il avait créé, de "favoriser l'économie locale" voire de s'affranchir du pouvoir des banques.

"L'argent, c'est comme la vigne dans un écosystème. Si un plant tombe malade, c'est toute la vigne qui meurt", image ce natif de Saint-Nazaire, passé par Londres puis, pendant huit ans, par TriBeCa, un quartier de New York sur l'île de Manhattan où il s'est enrichi dans l'immobilier.

Son rêve: s'affranchir de l'euro pour "récupérer l'argent et par conséquent le pouvoir". "La création de monnaie, c'est la clef de nos emmerdes", poursuit M. Marques, assurant que la valeur de l'argent est "totalement virtuelle" depuis qu'elle ne repose plus sur l'or.

Et de rêver à haute voix de monnaies différentes selon l'utilisation: "Il faudrait une monnaie pour spéculer, une autre pour échanger et une troisième juste pour la nourriture".

Utopistes Jean-François Marques et ses deux copains avec lesquels il a mis sur pied ce projet? Idéalistes, répond-il avant de préciser: "Un idéaliste est un réaliste qui s'ignore". Et de s'enflammer sur ces "banques qui prêtent de l'argent qui n'existe pas" et "exigent des intérêts qui n'ont aucune raison d'être". D'ailleurs, estime-t-il, "jamais la France ne pourra payer sa dette".

1 occitan = 1 euro

"L'occitan", en référence à la langue parlée jusqu'au début du 19e siècle dans la région, a d'abord été accueilli fraîchement par les commerçants locaux. Il est vrai que M. Marques leur demandait de payer une commission pour acheter de l'occitan. Une erreur corrigée dès la deuxième année.

En 2011, quelque 250 adhérents-consommateurs ont fait circuler 6.000 occitans, dont la valeur est égale à celle de l'euro.

La troisième campagne, qui débute, peut d'ores et déjà s'appuyer sur quarante-huit commerces, restaurants... (sur 230) et vingt producteurs du marché bio du samedi. Des billets de 1, 2, 5 et 10 occitans, valables un an, ont été tirés pour une valeur de 3.500 "occitans". D'autres devraient être imprimés dans les prochaines semaines.

"Ce n'est pas un palliatif à l'Euro, c'est complémentaire. J'ai une trentaine de clients", note Eric Mouleux, patron du tabac-journaux, qui utilise aussi, comme beaucoup de ses confères, cette monnaie comme une forme de carte de fidélité. A nos meilleurs clients, on donne des occitans", confirme la vendeuse de la pâtisserie voisine Julia Fuentes.

Pour respecter la loi, l'association TAT (terre à terre) a été créée pour cet "occitan", dont le billet a tout d'un vrai: numéro, date de validité, devise "Liberté, Parité, Communauté" et graphisme avec Molière sous fond de croix occitane. "Jean-Baptiste Poquelin est né à Paris, Molière à Pézenas", explique M. Marques, reprenant une phrase de Marcel Pagnol.

Parmi les numismates inconditionnels, Jonathan Miller, ex-reporter au Sunday Times. "Ce n'est pas un défi à l'Euro ou à la Livre. Cette monnaie montre l'indépendance vis-à-vis des grands Etats et rassemble les gens", affirme ce Britannique, admettant avec une pointe humour que si son pays a toujours refusé l'euro, il y a Outre-manche "plein de communes où il existe des monnaies locales".

 

http://actu.orange.fr/insolite/pezenas-l-occitan-une-monnaie-militante-pour-s-affranchir-de-l-euro-afp_455100.html
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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 18:45
Coup de cœur 28/01/2012 à 18h51
Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Voisins ou amis, ils passent commandent collectivement chaque semaine des produits aux paysans du coin. S'assurant des menus plus variés que par une Amap.
Eux ne parlent pas du « made in France », mais se sont organisés pour manger local. Grâce une plateforme internet, ils commandent en groupe de la nourriture de qualité, le plus souvent bio. Bienvenue dans le monde merveilleux de La ruche qui dit oui.

 

Ras-le-bol des les escapades familiales sous les néons des supermarchés qui finissent souvent avec les gamins qui chouinent, les mamans qui songent secrètement au divorce et les papas qui serrent les dents ? Pas assez militant pour manger tout l'hiver les choux de votre Amap ? La ruche qui dit oui – OK, le nom est bizarre – est peut-être faite pour vous.

 

Commande groupée à un producteur local

Un samedi sur deux, producteurs et consommateurs ont rendez-vous, de 11 heures à 13 heures, dans ce qui ressemble plus à une joyeuse foire qu'à un marché. Généralement, le moment se prolonge par un déjeuner improvisé entre voisins. Le contraire de la corvée.

 

La plateforme internet permet à des consommateurs de se constituer en collectifs – ou « ruches » – afin de passer des commandes groupées à des producteurs locaux qui les livrent dès lors qu'une quantité suffisante a été atteinte.

 

 

 

Comme dans les associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (réseau Amap), une fois votre commande payée (en ligne cette fois), vous venez chercher votre panier à heure fixe sur un lieu de distribution.

Le principe est simple, efficace, et « locavore » – concept né aux Etats-Unis, dsignant ceux qui ont décidé de ne consommer que ce qui est produit à moins de 100 miles (160 kilomètres) de chez eux.

A la différence des sites d'achats groupés qui ont la main sur l'offre des produits mis en vente, le fonctionnement des ruches est interactif. Si vous êtes fan d'un miel produit près de chez vous, vous pouvez le suggérer à votre ruche.

112 paniers distribués à la ruche parisienne

Né il y a moins de six mois, le réseau compte déjà une trentaine de ruches autonomes, et plus de 230 communautés en cours de construction. Les deux ruches les plus importantes se trouvent dans le petit village de Cessy, dans l'Ain, et dans le Xe arrondissement de Paris (au Comptoir général).

Cette dernière compte plus de 700 inscrits, et lors de la dernière livraison, elle a battu son record de distribution avec 112 « paniers ».

 

 

 

A La ruche qui dit oui du Xe arrondissement de Paris

Premier avantage pour l'amateur de légumes, la ruche permet d'éviter ce que j'appellerais « le syndrome du navet », bien connu des habitués des Amap : leurs convictions écolo les plus radicales s'émoussent à mesure qu'ils se voient contraints de manger cette savoureuse racine plusieurs semaines d'affilée durant les longs, très longs mois d'hiver.

Dans votre ruche, vous composerez vous-même le contenu de votre panier selon vos goûts. L'offre proposée y est plus diverse et vous permet de remplir votre frigo avec des légumes, des fruits, des yahourts, des fromages, de la viande, des pâtes, des légumes secs, des condiments, du pain... et même de la soupe en bocal ou de la bière picarde.

Comme le souligne Hélène, coordinatrice de la ruche du 10e, on trouve de tout – « sauf les couches et les Chocapic », note Hélène, qui oublie quand même le café, les produits ménagers... et d'autres produits de première nécessité.

Plus simple et convivial pour les producteurs

Avec ce système, les producteurs prennent leur revanche sur les supermarchés : la vente directe leur assure de meilleures marges que la vente aux centrales d'achat.

Ainsi, le producteur de légumes dit toucher 1 euro pour son céleri rave, qui se retrouve entre 1,69 euro et 1,79 euro en magasin bio. A la ruche, le prix de vente est de 1,59 euros, et il n'a que 10% à reverser à Hélène, la responsable de la ruche.

Autre avantage, souligne Jean, l'éleveur laitier :

« On sait pour quelle quantité de marchandise on vient, le temps de distribution est moins important que sur un marché, et il n'ya pas la même installation, c'est appréciable. »

Pour les agriculteurs, fini l'anonymat

Et à voir le sourire des producteurs, il est évident qu'ils trouvent dans ce système un peu plus qu'un simple débouché.

Fini l'anonymat, raconte Yves de Rochefort, agriculteur et menunier bio (70 hectares de céréales dans le Loiret), venu avec les pates et radis fabriqués par ses voisins :

« Mon père vendait son blé à la coopérative, qui ensuite le vendait “à Chicago”, au prix fixé sur les marchés internationaux. Moi, je n'ai pas du tout envie de faire ça de ma vie, donc il faut que je crée mon propre réseau de distribution.

 

La ruche qui dit oui est mon axe majeur de développement. Ça commence petit, mais ça grossit.

 

Et d'un point de vue comptable, c'est pratique, tout se passe par Internet. Je reçois mon virement sans rien faire, au lieu de passer une journée à encaisser les chèques. »

Enfin, l'un des avantages de ce système est sans conteste la qualité des produits et leur traçabilité. Ici, pas d »aspartame ni de poules en batterie, à la ruche qui dit Oui ! on redécouvre qu'il existe plus de trois variétés de pommes de terre et on comprend pourquoi leur goût diffère.

J'y ai même déniché un vinaigre de framboise et une confiture de mûres déjà rentrés dans le top 10 des meilleures choses que j'ai jamais dégustées.

 

 

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