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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 16:53

 

Nus et culottés

Guillaume et Nans

Si vous pensez que voyager et vivre avec trois fois rien est impossible, vous vous trompez. La preuve est apportée en images sur France 5 avec la nouvelle série Nus et culottés : Nans et Mouts, partis en 2010 sans un sou ni un vêtement ont réussi à réaliser leurs rêves les plus fous. Comment ? Réponse ci-dessous.

Voyager mieux avec moins

Pour ne rien vous cacher, je connais un peu Guillaume Mouton (alias Mouts) : en 2008, il m'avait contactée alors qu'il partait pour un voyage en Amérique, à la découverte des solutions alternatives développées sur ce continent. A son retour, l'envie de voyager pour montrer l'existence d'autres possibles ne le lâche pas. C'est avec son pote de l'Institut national des sciences appliquées de Toulouse, Nans Thomassey, lui aussi aventurier dans l'âme, qu'il imagine alors un nouvelle aventure.

La bande annonce de la série documentaire réalisée par Bonne Pioche vous donnera un bon aperçu de leur périple :

 

 

Echange, troc et générosité

Pourquoi partir sans rien ? Pour retrouver l'essentiel, témoigne Guillaume, en quête de "relations profondes et authentiques avec les gens" et souhaitant "s’affranchir du poids de certaines de nos habitudes à planifier, organiser, sécuriser, de l’envie de se connaître soi". Nans est tout pareil : c'est au cours de nombreux voyages en auto-stop entre Toulouse (où il étudie) et Grenoble (d'où il vient) qu'il découvre "une alchimie particulière donnant aux rencontres un caractère extraordinaire".

Ils s'en remettent donc à l’inconnu et font confiance à autrui, ne prévoient plus rien : ils voyageront en étant habillés, logés, nourris par des échanges reposant sur le troc et la générosité des personnes rencontrées.

Equipés de deux caméras baluchon sur l’épaule et d'une caméra au poing, ils n'écoutent alors que leurs rêves communs, ciment indispensable du duo qui veut atteindre son objectif : "il nous faut trouver un équilibre entre un rêve à la fois osé et réalisable pour pouvoir éveiller la curiosité des gens en prenant le temps de les rencontrer" témoigne Nans.

De vraies rencontres

Si le principe est proche de celui utilisé par Antoine de Maximy et la célèbre série "j'irai dormir chez vous", l'ambition alter est plus affirmée. Les deux compères sont amoureux de la nature et défenseurs de l’environnement depuis leur adolescence; ils entendent bien prouver ainsi qu'il existe d’autres moyens que l’argent pour répondre aux besoins de base. Nans explique : "pour le voyageur sans le sou, l’échange se situe beaucoup dans l’écoute et la présence, mais il peut également prendre forme matériellement avec des cadeaux, un coup de main ou un troc."

"Que peuvent avoir des inconnus, certains sédentaires, d’autres nomades, à échanger lorsqu’ils se rencontrent ? Des cadeaux, des rires, des services, des discussions, de l’écoute, une simple présence, un toit, un repas ?", interroge Guillaume pour qui "ces échanges ne sont qu’un prétexte à se voir soi-même dans les yeux de l’autre".

Pour les deux amis, la présence d'une caméra n'a rien changé aux relations qu'ils ont nouées. "On est souvent d'autant plus accepté quand on se présente dans la simplicité. Sans argent, on se présente avec beaucoup moins de barrières et de carapaces que d'habitude. Ça laisse la place à beaucoup plus de joie et d'authenticité", analyse Mouts.

Nans estime pour sa part qu'assumer ses besoins permet de mieux accepter sa dépendances aux autres et être plus vrais avec les gens rencontrés: "Repartir de rien a quelque chose de très profond pour nous. Ce n'est plus le voyageur qui fait le voyage mais le voyage qui fait le voyageur et l'emmène sur un chemin semé d'imprévisibles et de surprises" témoigne-t-il.

Un programme qui rassemble

Nus et culottesLeur périple va donc les mener en baie de Somme pour rejoindre la Hollande en tandem, avant de partir en Angleterre via la Bretagne et le bateau-stop, puis l'Auvergne, les Alpes du Sud, la Corse, le Maroc...

Pour Caroline Behar, directrice de l’unité documentaires de France 5 et Emmanuel Priou, producteur de Bonne Pioche, il s'agit là d'un "programme qui rassemble" : "Nous avions face à nous deux jeunes talents portés par une conviction profonde et un engagement citoyen. Par l’exemple et via la télévision, les deux aventuriers intrépides essaiment, en toute humilité, une autre vision de notre société ! Leur message est sincère, leur implication totale. Leur propos juste. Leur vision du voyage est authentique et solidaire."

Les conditions de la réussite, si l'aventure vous tente ? "Coopérer et communiquer : ce ne sont pas des options mais des conditions pour vivre ces voyages", confie Nans.

Alors, prêts à faire de même ?

++ Pour aller plus loin ++

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 14:40

A 37 ans, Carine Faivre, qui vit à Strasbourg, ne déteste pas avoir l’air plus jeune que son âge. "Je suis beaucoup plus en forme qu’il y a dix ans", se réjouit-elle. La jeune femme, attribue cette jouvence à un changement de mode de vie. "Je me déplace différemment", explique-t-elle. A pied, en voiture, à vélo, en tramway, selon les trajets. Carine ne possède pas de voiture, ce qui écarte la tentation de se laisser porter comme un paquet à la boulangerie ou au supermarché.

Lorsqu'elle a vraiment besoin d'un véhicule, elle en loue un à la société strasbourgeoise Auto'trement, où elle dispose d'un abonnement. Ce dispositif, qu'on appelle "carsharing" en Belgique ou en Suisse porte, en France, le nom bien français d'autopartage. Les abonnés (voir tarifs ici) peuvent réserver, en fonction de leurs besoins, le véhicule de leur choix, petite ou grosse cylindrée, utilitaire ou monospace. "J'avais vu une affiche sur une colonne publicitaire jouxtant une station de tramway ; à première vue, j'ai pensé que ce serait compliqué. En fait, non", témoigne Carine.

Revenus médians et haut niveau d'étude. Qui sont les 3000 abonnés d'Auto'trement ? Des écologistes militants ? Des étudiants ou des chômeurs sans le sou ? Des alternatifs honteusement indifférents au sort de l'industrie automobile nationale ? Pas vraiment, à écouter Jean-Baptiste Schmider, fondateur et directeur de la société. "Les gens passent à l'autopartage pour des raisons à la fois pratiques et économiques. L'écologie n'est qu'un plus", explique-t-il. La sociologie des adhérents ne réserve toutefois pas vraiment de surprise. Pas tout à fait des "CSP+", comme on appelle officiellement les riches en France, mais "des personnes aux revenus médians ayant un haut niveau d'étude", note M. Schmider. Des gens "capables d’évaluer le budget annuel consacré à la voiture et qui ne considèrent pas cet objet comme un facteur de représentation sociale", analyse-t-il. On compte en outre parmi les adhérents "un tiers de familles avec enfants".

On ne se convertit pas facilement. Auto'trement, lancée en 2001, affiche un chiffre d'affaires de 1,1 million d'euros et ne compte que 3000 abonnés, dans une agglomération de 500 000 personnes. "Ce n'est pas facile de renoncer à la voiture, un objet qui symbolise la liberté et l'émancipation de la femme", explique le directeur de la société.

Jean-François Virot-Daub, aujourd'hui salarié d'Auto'trement, connaissait le carsharing depuis longtemps. "Mais je conservais par flemme une vieille guimbarde, donnée par mes parents quand j'étais étudiant, pour aller faire du sport à la périphérie de la ville", lâche-t-il. Le jeune homme minimisait volontairement les coûts du véhicule. Classique. "J'avais l'impression de ne rien payer". Devenu salarié de la société d'autopartage, il ne pouvait décemment conserver une voiture. Jean-François commande désormais un véhicule une à deux fois par mois, "pour une balade en Alsace ou acheter des couches pour mes enfants à Kehl, en Allemagne, où elles sont moins chères".

Le concert d'Yves Lecoq. Thierry Messina, qui vit et travaille à Illkirch-Graffenstaden, dans la banlieue sud de Strasbourg, a passé comme tout le monde le permis à 18 ans mais n'a jamais possédé de voiture. Il utilise régulièrement l'autopartage "pour rendre visite à des amis ou assister à un spectacle. La dernière fois, c'était l'humoriste Yves Lecoq, à Saint-Avold", raconte-t-il. Ce sociétaire d'Auto'trement se dit "convaincu que le service constitue la meilleure solution pour les transports urbains".

"La formule vaut le coup à condition de ne pas utiliser de voiture tous les jours pour aller travailler", modère M. Schmider. Le partage induit des changements de comportement. "Les gens s'aperçoivent que leur véhicule, stationné dans un parking, ne leur sert qu'à s'approvisionner à l'hypermarché, deux fois par mois", explique-t-il. Or, une fois qu'ils ont franchi le pas, "les abonnés oublient l'hypermarché et se débrouillent en faisant leurs courses à proximité", remarque le directeur.

"Pourquoi tu n'achètes pas une voiture ?" Les adhérents d'Auto'trement se heurtent parfois à l'incompréhension de leur entourage. "Mon beau-père vit dans un petit village et a toujours possédé une voiture", raconte Jean-François. "Il trouve l'autopartage très bien, mais n'imagine pas s'y mettre. Il dit avoir besoin de sa voiture à tous moments, pour aller à la déchèterie, par exemple", poursuit-il. Carine déplore l'incrédulité des amis de ses parents, ou de ses oncles et tantes. "Si on les écoute, je fais ça en attendant d'avoir une voiture, parce que je n'ai pas les moyens", témoigne-t-elle. Le scepticisme semble partagé par toutes les générations. "L'autre jour, je rentrais des courses, ma fille de 6 ans sur le siège arrière", raconte Jean-François. "Soudain, elle me dit : 'Papa, c'est bien une voiture, non ? Pourquoi tu n'en achètes pas une ?'"

Pour en savoir plus : France Autopartage, réseau national regroupant 14 opérateurs locaux, dont Jean-Baptiste Schmider est le président.

 

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 21:50

 

Rue89 - Reporters d'Espoirs | Agence de presse

Passage à l’acte 22/07/2012 à 16h26

 


Une maison en LEGO (Nagagyei/Flickr/CC)

La France, avec ses 57% de propriétaires, émarge bien en dessous de la moyenne européenne (65%) et occupe le 22e rang. « En 1953, un tiers des ménages étaient propriétaires de leur résidence principale » note le rapport 2011 de la Fondation Abbé-Pierre.

Mais depuis la fin des années 80, « la part des ménages modestes » régresse chez les accédants : 37% de propriétaires parmi les 20% des familles les plus pauvres, contre 76% de propriétaires parmi les 20% des plus riches.

Rembourser moins qu’un loyer HLM

Pour inverser la tendance, des organismes comme la Fondation de France soutiennent financièrement des programmes [PDF] d’accession sociale à la propriété et parient sur l’innovation.

Sur le papier, l’idée est simple : trouver des solutions à long terme, qui proposent un montant de crédit permettant un remboursement mensuel inférieur à un loyer en logement social.

Patrice Cieutat, responsable du programme Habitat à la Fondation de France, estime que pour redonner une stabilité aux foyers, ceux-ci doivent pouvoir constituer leur patrimoine :

« Ce n’est pas normal qu’après avoir payé un loyer pendant vingt ans, le ménage n’ait pas amorti le logement qu’il occupe ou obtenu de contrepartie. Tant qu’à payer, autant avoir un capital ! »

Le concours des associations est primordial, parce qu’elles connaissent les aides, la législation et peuvent représenter les futurs propriétaires auprès des institutions financières.

Le Village vertical, un logement coopératif

Imaginez : vous habitez un immeuble et vous partagez avec votre voisin plus que votre palier. C’est le principe des logements coopératifs. Des personnes montent un projet immobilier sous forme de société coopérative, avec des parties communes. Jardin, buanderie, chambres d’hôtes… Tout est possible.

L’association Habicoop (pour Habitat coopératif) a lancé son projet pilote, le Village vertical en 2005, à Villeurbanne, en périphérie lyonnaise. L’immeuble, prévu pour 2013, accueillera quatorze ménages. Parmi eux, dix sont sous les plafonds du logement social (PLS) et quatre sont réservés à des jeunes avec de faibles revenus, guidés par l’Association d’aide au logement des jeunes (AILOJ).

Les habitants seront locataires de leur appartement, mais administrateurs de la coopérative et donc collectivement propriétaires de l’ensemble.

Les ménages s’acquitteront d’une redevance mensuelle (environ 11 euros le mètre carré pour les logements sociaux) et rembourseront ainsi l’emprunt de la coopérative et les charges du bâtiment. Parallèlement, 20% des sommes versées sont récupérées sous forme de rente, quarante ans plus tard.

La spéculation immobilière est exclue. Si le « coopérateur » quitte son logement, il récupère uniquement l’équivalent de ses parts sociales, réévaluées en fonction du coût de la vie.

Et le développement de ce concept est envisageable à grande échelle, selon Sarah Trudelle, membre du conseil d’administration d’Habicoop :

« Ce n’est pas le projet de bobos hippies, qui ont décidé de vivre ensemble. Nous voulons toucher toutes les tranches de la population. Il s’agit d’une solution très intéressante, en particulier en centres urbains et périurbains. »

Des projets d’« auto-écoconstruction »

A Langouët, près de Rennes, l’association des Compagnons bâtisseurs de Bretagne a, elle aussi, accompagné des ménages aux revenus modestes, au cours d’un projet d’« auto-écoconstruction ». En 2010, les douze logements écologiques étaient terminés, pour moins de 1 800 euros le mètre carré.

David Rucay, chef de projet aux Compagnons bâtisseurs, met l’accent sur la sécurisation des participants :

« On réunit le maximum de garanties pour acquérir un produit fini de qualité : l’accès au financement, les assurances décennales travaux ou encore les assurances dommages-ouvrages… »

Depuis 2005, l’association Actions, études et recherches sur l’architecture (AERA) promeut l’accession à la propriété, via la coopérative d’habitation à vocation sociale et participative. Sous le statut d’une société civile immobilière d’accession progressive à la propriété (SCIAPP), un organisme d’hébergement à loyer modéré (HLM) détient l’immeuble.

Les ménages sont les associés minoritaires. Au fur et à mesure qu’ils paient leur loyer, ils acquièrent des parts sociales et deviennent propriétaires de la SCI. Ce qui leur permet de se procurer un logement à un prix légèrement supérieur à l’équivalent d’un loyer en HLM.

Les SCIAPP sont l’un des rares moyens de faire évoluer les villes et Stéphane Gruet, architecte engagé et directeur d’AERA, y croit :

« Il faut miser sur les populations. Si les personnes sont coresponsables, elles ont intérêt à ce que ça se passe bien, à valoriser et à parier sur leur quartier, pour améliorer leur cadre de vie. »

Aujourd’hui, AERA travaille sur cinq autres projets de SCIAPP.

Un statut entre « propriétaire » et « locataire »

Les solutions sont prometteuses, mais encore marginales. Comme dans tout projet innovant, les montages juridiques restent compliqués et difficiles à adapter. Les législations manquent de souplesse et les politiques, d’idées fraîches. Ce qui freine les opérations, souligne Patrice Cieutat, de la Fondation de France :

« Nous ne connaissons que deux modèles : propriétaire de tout ou propriétaire de rien. A l’étranger, il existe des statuts intermédiaires, entre le locatif et le privatif. Ici, les personnalités politiques n’imaginent encore rien d’autre. »

Les associations en sont donc venues au lobbying. Habicoop souhaite que la loi reconnaisse le statut de coopérative de logement, pour faciliter le montage de structures type Village vertical, « parce que là, c’était presque une usine à gaz », confesse Sarah Trudelle, d’Habicoop.

La Fondation de France, les Compagnons bâtisseurs et d’autres réseaux associatifs élaborent actuellement un texte sur l’auto-construction.

Quant à Stéphane Gruet d’AERA, rendez-vous est pris, le 29 juillet, avec le cabinet de Cécile Duflot, ministre du Logement. Il souhaite que la loi de 2006 sur les SCIAPP bénéficie « de petits amendements », qui libéreraient ce marché de ses blocages actuels.

D’ores et déjà, le 8 juin, la ministre, interrogée sur France Inter, ne cachait pas son intérêt pour « l’habitat coopératif », ainsi que pour « la diversité de tous les modes d’habitats et d’opérateurs ».

Magali Sennane

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 14:41

 

 

Imaginez un lieu de vie où fermes urbaines, ateliers vélos, réseaux wi-fi, levées de fonds, musique ou même skate-parks sont totalement imaginés et gérés par les habitants. Une ville où les habitants construisent une société du partage en devenant rois de la débrouille et du DIY (Do It Yourself).

Vous êtes à Détroit, dans le Michigan, lieu de tournage d’un webdocumentaire sur la transition de cette ville-symbole du travail à la chaîne vers une nouvelle économie collaborative. Loin des clichés, le joli duo de journalistes Nora Mandray et Hélène Bienvenu y suivent depuis un an un groupe de filles mécano, un fermier urbain et un hacker. Tous tentent de changer leur ville à leur échelle, en montant des projets avec leurs propres moyens, inspirés par un idéal de société durable.

 

We recycle in the D

We recycle in the D, On recycle à Détroit

 

Une utopie devenue réalité

En 2010, fraîchement diplômées de Sciences-Po, les deux amies souhaitent faire un film sur l'utopie à travers le monde. Un thème large… mais à cette époque, l'agriculture urbaine "prend racines", et l'angle s’impose de lui-même, à Détroit : “le phénomène nous fascinait, parce qu'il paraissait être une solution à beaucoup de problèmes en temps de crise. Et surtout, c'était enfin une manière de vivre plus authentique”, explique Hélène.

"Après plusieurs semaines de travail sur place, en parlant avec les Detroiters, on s'est rendu compte que Détroit était l'épicentre d'un mouvement encore plus large : le DIY (Do It Yourself)" raconte Nora. Ce qui a commencé comme une question de survie est devenu un mode de vie, faisant de Détroit LA ville à l'avant-garde du mouvement de "retour à la terre" des années 2000. On dépasse là-bas le Do It Yourself pour vivre de “Do It Ourselves” et de "consommation collaborative" au quotidien !

Apocalypse now ?

Mais avant cela, ce sont les ruines, omniprésentes, qui marquent. "La Central Station, cette gare géante abandonnée, est fascinante, hypnotique... tout comme la Packard Plant, une usine fantoche en déliquescence" raconte Hélène, fascinée par ces marques du trauma économique traversé par la ville et la façon dont les "Detroiters" dépassent cela avec fierté, eux qui ont appris à se débrouiller face au déclin des services publics.

C’est aussi la ségrégation entre les blancs et les noirs qui trouble. "Les lignes de démarcation se déplacent mais ne disparaissent pas » témoigne Nora, « le contraste se situe surtout entre la ville intra muros et sa banlieue – très majoritairement blanche". Dans ce chaos, la nature reprend ses droits : "le paysage urbain prend vraiment à la gorge, il y a un clash entre le post-apocalyptique et le poétique à Détroit...", ajoute-t-elle.

 

African American pride

Detroit 8 Mile Wall, la fierté noire Américaine s'affiche à Detroit

 

Un avant-goût du futur ?

Pour mieux comprendre, nos deux reporters s’immergent totalement. Elles commencent par aider une association qui isole les maisons des résidants qui en ont le plus besoin pendant l’hiver. "Ça a été une bonne claque. C’est là que l’on prend conscience de la grande détresse dans laquelle vit une grande partie de la ville" confie Hélène.

Pour elles, c’est l’évidence même : les fautifs sont nombreux, mais le 20ème siècle productiviste, né et mort à Détroit, explique en partie la chute. "Les Détroiters ont été les premiers à pâtir du mirage d’une croissance sans limite. Ils en tirent aujourd’hui des leçons : ils construisent la société de demain avec ce qu’il reste de la précédente. Cela ne se fait pas sans heurt ni peine, ça commence doucement mais c’est justement aujourd’hui qu’il faut en parler !", ajoute la journaliste.

Hélène et Nora ont également aidé au travail dans des fermes urbaines, des ateliers vélo ou des soupes populaires, elles ont participé à des « community meetings » et conférences, avec et sans caméra. "Le dialogue est allé dans les deux sens, à l’occasion les Détroiters nous en remis en question sur nos propres politiques dans l’hexagone !" expliquent-elles.

Just "D" it

La ville marque autant qu’elle vous hante, paraît-il. Les habitants sont si fiers de participer au renouveau urbain qu’ils en parlent souvent comme s’il s’agissait d’une personne. Certains dont même jusqu'à se tatouer le plan de Downtown, ou la lettre "D" sur le corps, c’est dire l’esprit de (ré)invention qui poussent les "makers", ces hommes et femmes à ascendance activiste restés par dépit ou par choix pour faire de leur ville un terrain de tout les possibles !

"Ce qui a de bien avec les Detroiters, c’est qu’ils prennent les devants. Ils n'attendent pas que les supermarchés reviennent (car ils sont presque tous partis !), ils choisissent un espace vacant pour y planter un jardin communautaire sans demander l’avis de personne" explique Hélène.

 

Carmen mecano Détroit je t"aime

Carmen, Fender Benders

 

Détroit je t’aime

Aujourd’hui, Nora met à profit ses connaissances acquises à l’école de cinéma de l’UCLA au savoir-faire journalistique de sa polyglotte de co-réalisatrice  (Hélène parle sept langues couramment !) pour imaginer un webdocumentaire, média idéal pour combiner leurs talents respectifs. "Moi, je rassemble les infos, et Nora les transforme en histoires. Et puis aujourd’hui c’est le format qui convient le mieux aux échanges de « trucs et astuces » DIY !", s’enthousiasme Hélène.

Les actions des trois personnages principaux de Détroit je t’aime ne se limitent pas à planter, fabriquer ou recycler, mais à imaginer la société de demain qui limite le gâchis et remet la valeur humaine à sa juste place. Pour Nora, "leurs histoires individuelles racontent l'histoire universelle d’un vivre-ensemble, pensé au cœur de la civilisation post-industrielle. Ils se posent sans cesse cette question simple : qu'est-ce que ça veut dire, faire partie d'une communauté aujourd'hui ?"

Avec Détroit je t’aime, "l'idée c’est aussi de créer une communauté, de créer des passerelles entre des villes qui font face aux mêmes défis de renouveau urbain" ajoute Hélène. Si c’est possible à Détroit, n’est-ce pas possible ailleurs ?

++ Pour aller plus loin

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 14:33

 

photo: Threat to Democracy

 

Qui n'a pas rêvé de conférences TED pour les pauvres, pour les activistes, pour les gens qui veulent changer le monde mais n'ont ni les moyens d'aller à Long Beach ni les connexions pour participer aux versions TEDx qui s'organisent un peu partout dans le monde ? Eh bien des Serbes l'ont fait. Ils appellent ça les conférences SHARE. Les deux premières ont eu lieu à Belgrade. La troisième se tiendra à Beyrouth en octobre.

Pendant 48h les 2000 participants parlent de tous les sujets qui intéressent les activistes sociaux : de l'importance de la liberté d'expression avec les membres de la Electronic Frontier Foundation, de comment se protéger contre la censure, des meilleures techniques pour encrypter des messages (il y a même eu un atelier pour aider les enfants à le faire pour garder leurs secrets hors de portée de leurs parents), ou comment partager la musique avec la présence active de Peter Sunde co-fondateur de The Pirate Bay, moteur de recherche pour BitTorrent.

Des gens sérieux donc qui n'oublient pas pour autant la notion "amusement", le E (entertainement) de TED. Comment l'auraient-ils pu d'ailleurs puisqu'ils sont nés d'un des plus grands festivals européens de musique : EXIT, organisé depuis 2000 à Novi Sad au nord de Belgrade et dont Vladan Joler (@TheCreaturesLab), un des animateurs clés de SHARE a été le "directeur créatif".

Il faut dire que tout ce joli monde vient des mouvements étudiants nés dans l'opposition à Milosevic. Des gens qui ont apporté au monde de nouvelles formes de protestation pacifiques avec humour et un art incomparable dans l'utilisation des médias et de la communication qu'on retrouve dans les inspirations dont se réclament certains révolutionnaires égyptiens et tunisiens, certains contestataires espagnols.

Le premier festival EXIT a duré trois mois. 100 jours de musique de rue, de musique publique à la veille des élections. L'idée, m'a expliqué Vladan que j'ai rencontré avec Marc Botte l'ami du Huffington Post-France qui m'aide dans la gestion de mes contenus online, était de "faire une fête, puis de la transformer en désobéissance civile. C'était un modèle étrange pour motiver les jeunes et les amener à protester. Et c'était le seul endroit où les jeunes de Bosnie, de Croatie, de Serbie et des autres pays de l'Ex-Yougoslavie, pouvaient se rencontrer après la guerre."

Succès énorme donc qui a fini par ne plus satisfaire les initiateurs. "C'est devenu une sorte d'industrie culturelle," explique Vladan. "Nous avons pensé que sa taille l'empêchait d'aborder certains problèmes limites. Nous avons aussi constaté une évolution classique chez les ONG, celles de la vieille école se transforment en une sorte d'industrie dont l'objectif est de rendre les donneurs heureux. Or nous voulions orienter tout cela vers de nouvelles formes d'activisme, vers les désirs de rébellion à la base (grassroot) qui existe chez tous les jeunes."

Restait à faire un festival pour activistes sociaux à leur manière. Ça a commencé par le choix de la date : avril… car, à Belgrade, il est bien connu que le début du quatrième mois de l'année est le meilleur moment pour faire une fête.

Partant de rien ils ont fait appel à des gens qu'ils connaissaient un peu partout en leur disant "aidez-nous" et la plupart ont répondu "pourquoi pas". Pour lancer l'affaire ils se sont mis d'accord pour tweeter tous ensemble à la même heure le mot "SHARE" qui est devenu une "trend". Le reste a été affaire d'organisation et de passion de 400 personnes. L'innovation consistant ici à tout mettre (organisation, marketing, communication) en mode P2P. "Nous avons même crowdsourcé le public et le logo de la conférence," explique Filip Milosevic (pas de rapport), un des animateurs. "Nous n'avions pas la moindre idée d'à quoi ça ressemblerait. C'était vraiment pas facile d'intéresser les jeunes à des sujets comme le développement durable."

Un des secrets semble qu'il y a autant d'évènements nocturnes (je veux dire de fêtes) où l'on danse que de conférences diurnes où l'on cause. Et même pendant celles-là les Q&R, la dynamique du dialogue, l'emporte sur les exposés.

La deuxième conférence qui s'est tenue en avril de cette année était tournée vers le futur : transhumanisme, le net des objets ou les vues de Bruce Sterling, écrivain de science-fiction

Plus de 2000 personnes sont venues assister gratis à tous ces évènements. La question des finances n'est pas simple à régler. "Plus on demande d'argent plus on dépend de quelqu'un" explique Vladan. Ils ont à cœur de garder un équilibre entre fondations, gouvernement, sponsors mais n'ignorent pas qu'une des bonnes manières pour rester indépendant c'est de vendre des tickets. Ce qu'ils ne veulent pas faire. Alors ils bricolent : "Il est important que les gens comprennent la complexité d'une telle organisation. L'année prochaine nous publierons tous les coûts. On va essayer de crowdfunder le truc," expliquent Vladan et Filip.

Ça fait drôle de parler d'un tel événement sans y avoir assisté. Mais ces deux là transmettent une énergie vraiment contagieuse. Alors : octobre à Beyrouth ? Pourquoi pas ?

Bruce Sterling, auteur de science fiction et analyste fin de l'impact des TIC sur notre monde en a résumé l'impact en deux phrase prononcées à Belgrade (et que vous pouvez voir dans cette fabuleuse vidéo). Une simple constatation d'abord : "Il y a plus de téléphones mobiles dans le monde que de gens qui ont des brosses à dents." Suivie de tout un programme : "C'est une industrie pour les jeunes, c'est une industrie pour les pauvres. Elle donne du pouvoir aux jeunes et aux pauvres et c'est pour ça que cette décennie ne ressemble à rien d'autre."

La question, comme le dit une voix qu'on entend dans la vidéo, c'est "comment nous obtenons le changement social que nous voulons." Résumée par Sam Graham-Felsen, ex-blogueur en chef de la première campagne présidentielle d'Obama, la réponse donnée par SHARE est claire : "Je ne veux pas de révolution si je ne peux pas danser. […] Si tout le monde est sérieux on s'épuise, on se fatigue et on ne crée pas le changement. Le changement doit être fun." Mao disait que "La révolution n'est pas un dîner de gala." Les temps changent chantait Bob Dylan. The times they are a-changing

 

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 18:47

 

Le Monde - Blog - 07 juillet 2012

Prof Chang, Dr Giannis, Prof Wang, Dr Rajagopal, and Dr Chen with the No Mix Vacuum Toilet - Photo : Nanyang Technological University

 

L'énergie produite à partir d'excréments, c'est pas très glamour mais ça se développe rapidement dans de nombreux pays.

A Singapour, des scientifiques de l'Université technologique de Nanyang Technological University (NTU) viennent d'inventer des toilettes qui vont plaire aux alchimistes : elles transforment les excréments en électricité et en fertilisants, mais ont aussi la délicate intention de nous faire économiser 90% de l'eau nécessaire pour tirer la chasse.

Le petit nom de ce système ? Le No-Mix Vacuum Toilet, qui reprend la technologie utilisée dans les WC des avions : pour faire simple, les excréments sont récupérés dans deux cuves différentes, si bien que 200 ml d'eau suffisent (au lieu de 4 à 6 litres en moyenne) pour nettoyer la cuvette. De quoi générer de sacrées économies, vous pensez bien !!

 

Les toilettes No-Mix Vacuum Toilet

Deux réservoirs différents

 

Pour les restes, l'urine est récupérée pour créer des engrais (il est possible en effet d'en extraire l'azote, le phosphore et le potassium) pendant que les selles sont envoyées dans un bioréacteur où elles sont transformées en biogaz contenant du méthane, qui permet d'être converti en électricité.

"L'objectif ultime de cette découverte est non seulement d'économiser l'eau, mais surtout d'optimiser la valorisation des ressources dans un pays où elles sont rares" estime le professeur Wang Jing-Yuan, Directeur du laboratoire R3C à la NTU.

A terme, tous les excréments du pays pourraient être récupérés et valorisés de cette manière, d'autant que le projet est soutenu par un programme de recherche national destiné à créer de nouvelles industries pour le futur de l'économie du pays.

Enfin, pour ceux qui se posent la question des cas où les toilettes sont utilisées pour d'autres besoins (lendemain de fête ou pendant une gastro par exemple...), sachez que le système de drainage du No-Mix Vacuum Toilet a tout prévu : les eaux grises sont traitées, les éléments restants étant envoyés dans le bioréacteur ou transformés en compost et mélangés avec de la terre... tout est bien qui fini bien donc :)

++ Plus d'infos ici

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 14:07
Midi Libre
29/06/2012, 17 h 41 | Mis à jour le 29/06/2012, 18 h 45

Une simple idée de partage a abouti à l’installation à à Saint-Jean-de-Valériscle de cinq bacs à plants de légumes, mis à disposition pour une cueillettes partagée

. À l’initiative de quelques uns, on plante des légumes, on arrose, et chacun peut se servir pour déguster suivant ses besoins et ses envies.

Tomates, blettes, betteraves rouges, courges, aubergines, radis et salades croissent tranquillement sous l’œil bienveillant de quelques passionnés, et sont à disposition, puisqu’il est écrit : "Servez-vous !".

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 11:52

 

Rue89 - Vie de bureau 30/06/2012 à 13h04
Fanny André | Rue89Envoyer l'article par email
 

Pour plus d’efficacité, ils font les foins ensemble avec des engins achetés en commun. Dur de trouver l’harmonie quand on travaille avec ses concurrents.

 


Christophe, Philippe, Florian et Sylvie devant leur première récolte de foin de l’été 2012 (Fanny André/Rue89)

 

(De Bonnétage, Doubs) A deux reprises, Sylvie a accouché au début de l’été. Manque de chance pour cette agricultrice, c’est exactement la période où il faut couper le foin pour nourrir les vaches en hiver.

Les collègues de la Coopérative d’utilisation de matériel agricole (Cuma) étaient là pour la dépanner. Cette structure permet aux agriculteurs qui le souhaitent de mutualiser leur argent et leur énergie dans les périodes de forte activité.

La Cuma en chiffres

Les membres de la Cuma doivent investir des parts sociales et payer pour le fonctionnement annuel en fonction de la taille de leur exploitation.

Florian et Philippe, père et fils associés, possède la plus grosse ferme de la Cuma du Petit village. Ils versent entre 7 000 et 8 000 euros chaque année. Une somme qui représente 5% de leur chiffre d’affaires annuel de 150 000 euros.

Au total la Cuma du Petit village possède plus de 100 000 euros de matériel.

A Bonnétage, dans le Doubs, Sylvie est associée à quatre voisins qui exercent le même métier qu’elle. Philippe, le doyen de la « Cuma du Petit village » a donc vécu la naissance de ses enfants :

« Je me souviens qu’on l’appelait à la maternité pour savoir quelle parcelle il fallait faucher. »

Les cinq agriculteurs font les foins ensemble avec des machines qu’ils ont achetées en commun. Philippe explique que c’est surtout la rentabilité de leur association qui les unit :

« Il faut reconnaître que l’argent, c’est le nerf de la guerre. C’est surtout la “misère”, les contraintes économiques qui motivent notre solidarité. »

1

Travailler dans le champ de son concurrent

 

Pour la grossesse de Sylvie, les membres de la Cuma l’avaient dépannée gracieusement. Mais la règle générale est de travailler les uns pour les autres à temps de travail égal.

Entre la coupe de l’herbe et la fabrication des bottes, il faut compter plusieurs jours de beau temps pour « faire mettre le soleil dans les bottes de foin », explique Philippe.

Du coup, chacun à son rôle pour qu’à la fin de la journée une vingtaine d’hectares soit fauchée :

  • Florian intervient au début et à la fin du procédé : il fauche l’herbe puis vient ramasser les bottes et les ranger dans la grange de chacun ;
  • Philippe arrive à sa suite pour « pirouetter » l’herbe à plusieurs reprises, c’est-à-dire la retourner pour la faire sécher. Puis il utilise l’andaineur, une machine qui aligne le foin en longues bandes ;
  • Christophe peut alors mettre en marche sa « presse » qui aspire le foin le long des bandes et le transforme en bottes rondes de 300 kilos.

Christophe devant la presse de la Cuma, en juin 2012 (Fanny André/Rue89)

Si chacun était seul, il faudrait réaliser les étapes une à une et changer de machines à chaque fois. Une démarche compliquée : « un km en tracteur, c’est long ! »

Ce qui explique que les membres de la Cuma n’habitent pas à plus de 4 kilomètres les uns des autres.

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Fixer des règles pour ne pas se détester

 

Trouver l’harmonie lorsqu’on travaille pour ses concurrents n’est pas évident. Au fil des années, les cinq compères ont établis des règles pour éviter les frustrations :

  • Chaque année, ils fauchent une exploitation différente en premier. De sorte que s’il fait beau dans les premiers jours puis très mauvais, ceux qui passent en dernier ne peuvent s’en prendre qu’à leur malchance si le foin coupé chez eux est de moins bonne qualité à cause du temps ;
  • Le « foin mouillé » est reparti entre tous. S’il se met à pleuvoir, chacun récupère une part égale de ce mauvais foin mouillé, pour que l’agriculteur propriétaire du champ en question ne soit pas défavorisé par l’averse ;
  • Chacun doit trouver un « remplaçant » lorsqu’il part traire ses vaches en fin d’après-midi. Philippe fait appel à son fils cadet Maxime. Christophe reste dans son tracteur et envoie sa mère auprès des bêtes.

Mais les règles ne font pas tout : il faut aussi avoir la même vision du travail. Et sur le sujet, Philippe est un peu amer.

« Moi quand c’est les foins, je suis fin fou. Avec le stress, j’ai envie de travailler à fond. On fait notre revenu de l’hiver en dix jours.

Alors quand j’en ai vu certains qui commençaient à travailler à 10 heures, qui allaient doucement, il y a eu une grosse engueulade au milieu du champ. »


Une « pirouette », outil agricole pour retourner le foin et le faire sécher (Fanny André/Rue89)

C’était il y a deux ans. Sylvie a depuis quitté le groupe de travail mais possède toujours quelques machines en commun avec ses collègues masculins.

Plus la taille de la Cuma est importante, plus l’entente se complique. Philippe a lui quitté une autre Cuma cantonale qui réunissait 90 agriculteurs.

« Il y a des gens qui venaient là juste que parce que c’était moins cher mais sans avoir l’esprit de groupe. D’autres profitaient de la Cuma pour se faire plaisir et acheter d’énormes machines dont on n’avait pas l’utilité. »

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Pouvoir défier les vendeurs de tracteurs

 


Sylvie, éleveuse de vaches laitières à Bonnétage (Doubs) en juin 2012 (Fanny André/Rue89)

Les Cuma ont commencé à se développer après la seconde guerre mondiale. Les agriculteurs ainsi associés étaient prioritaires pour recevoir les aides matérielles du Plan Marshall.

La « Cuma du Petit Village », a elle acquis une quinzaine de machines agricoles depuis sa création au début des années 2000. Réunis un jour de pluie, où la coupe du foin est interrompue, ils nous listent les avantages matériels de leur union :

  • Acheter du matériel plus puissant et plus rapide :

« On possède des machines qui coupent le foin sur 5 mètres de large. Quand j’ai commencé seul, je ne coupait qu’1m30 à la fois. » (Philippe)

  • Se répartir l’entretien et le stockage des machines :

Un veau âgé d’un mois à Bonnétage dans le Doubs (Fanny André/Rue89)

« On a construit un hangar adapté à la taille des remorques. Personne n’aurait les bâtiments nécessaires pour entreposer toutes les machines seul chez lui. » (Florian)

  • Peser plus lourd face aux vendeurs :

« On essaye toujours d’avoir au moins 2 devis. Si on demande ça tout seul à un commercial, il rigole. » (Christophe)

A cinq, les éleveurs de Bonnétage se sentent plus forts face à leurs fournisseurs. Mais lorsque les Cuma sont plus importantes, le rapport de force peut s’inverser.

Intéressés par leur poids économique, les commerciaux cherchent à vendre plus de matériels, de plus gros calibre à ses agriculteurs qui, a plusieurs, ont les moyens de payer.

Malgré ses déceptions, Philippe estime que le système des Cuma pourrait se décliner pour d’autres métiers :

« Peut-être que dans la menuiserie par exemple ils pourraient faire comme nous. Mais c’est sûr que dans l’industrie ça va être difficile. »

Chers riverains, pensez-vous que les outils de travail peuvent être partagés dans votre entreprise ? L’exemple d’économies d’échelles qui marche dans les Cuma peut-il se décliner ailleurs ? Donnez votre avis dans les commentaires.


Les bottes de foin entreposées sur une « plateforme », remorque qui permet de les transporter des champs à la grange (Fanny André/Rue89)

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 13:56

 

Rémi Noyon | Rue89Envoyer l'article par email
 

« Braveheart », de et avec Mel Gibson, 1995 (Allocin&eacute ;)

 

Free mobile traîné devant les tribunaux par des clients fatigués de la mauvaise couverture réseau ? Grâce à Christiane Taubira, qui promet la mise en place des « class actions » dans le droit français, ce serait bientôt possible.

A voir : après Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, c’est déjà la troisième fois qu’on nous fait miroiter les actions de groupe. Jusqu’à maintenant, les entreprises – inquiètes des retombées financières – ont réussi à faire barrage.

Une différence majeure avec le droit français

Une class action permet à des consommateurs ayant subi le même préjudice (tarif abusif, produit défectueux...) de mener collectivement une action en justice, le plus souvent contre une entreprise.

Différence majeure avec le droit français : les victimes ne s’étant pas portées parties civiles peuvent obtenir réparation après la fin du procès.

En attendant que le gouvernement précise son projet, Rue89 fait un panorama des cas de figures dans lesquels des class actions pourraient tout changer.

 

1 Disques viciés et steak suspects

La saga des class actions

Tout le monde – sauf le Medef – s’accorde sur l’utilité des actions de groupe. En 2005, Jacques Chirac promet leur installation et, dans la foulée, le Sénat pond un rapport favorable à la mise en place « d’une action collective inspirée de la class action américaine ». Le projet passe à la trappe. Nicolas Sarkozy en fait à nouveau mention avec l’appui du rapport Attali publié en 2008. Las, rien ne bouge. En décembre dernier, le Sénat adopte un projet de loi qui comprend les actions de groupe. Mais à l’Assemblée, rien ne vient.

Sus aux CD d’Alain Souchon ! En 2003, une plainte est déposée contre EMI Music France. Le disque du chanteur ne se lit pas sur les autoradios ! La faute à un dispositif anticopie. Le tribunal donne raison aux consommateurs excédés : ils sont en droit d’exiger le remboursement du disque.

Moins drôles : les intoxications alimentaires. Récemment, les distributeurs Intermarché et Netto, un peu gênés, ont appelé « à la vigilance ». Des steaks hachés, vendus dans leurs magasins, sont suspectés d’avoir envoyé à l’hosto une poignée de clients.

Joint par Rue89, un avocat, qui refuse d’être cité parce qu’il travaille avec des entreprises, assure :

« Dans ces deux cas [le CD de Souchon et le steak, ndlr], l’action de groupe serait un levier puissant pour que les consommateurs puissent obtenir réparation. »

Et la théorie économique plaide en faveur des class actions : les entreprises fabriquant de « bons produits » seraient ainsi récompensées selon un schéma posé en 1970 par l’économiste George Akerlof.

 

2 Accidents mortels et vacances à la poubelle

Autre exemple, les accidents de voyage – du crash au simple retard. Faute de pouvoir le faire en France, des naufragés du Concordia ont rejoint des class actions déposées dans des cours américaines pour obtenir des réparations plus importantes que les 11 000 euros proposés par Costa croisières.

A UFC-Que choisir, on pointe aussi du doigt les compagnies aériennes qui, lors du nuage de fumée du volcan Eyjafjöll en Islande, ont rechigné à rembourser les voyageurs bloqués.

L’avocat, interrogé sur le sujet :

« La class action aurait pour première conséquence de muscler les services-clientèle des entreprises. Pour éviter les actions en justice, elles “upgraderaient” presto leur réactivité. »

3 Opérateurs ripoux et forfaits relous

Vous estimez avoir payé trop cher votre abonnement téléphonique ces dernières années ?

En 2005, un bras de fer judiciaire s’engage entre l’UFC-Que choisir et les géants de la téléphonie. Ces derniers sont accusés de s’être partagé le gâteau en bloquant les prix au détriment de leurs abonnés. Le feuilleton ne se terminee que le 31 mai dernier avec une amende de 534 millions d’euros pour les trois opérateurs français – Orange, SFR et Bouygues.

Mais pour l’UFC, c’est une victoire en « demi-teinte » :

« Les consommateurs lésés ne reverront jamais leur argent. »

Pas de remboursement. Les clients mécontents peuvent saisir la justice, mais avec un préjudice moyen de 60 euros, difficile de trouver la motivation pour affronter de tels mastodontes. A défaut de class actions, l’UFC-Que choisir a bien tenté de fédérer les mécontentements, mais son action a été désavouée par la justice.

C’est l’exemple-type pris par tous les profs de droit : une entente illégale sur le dos de milliers de consommateurs. Une class action permet de réparer un litige trop petit pour valoir le coup d’une action individuelle.

C’est ici qu’on retrouve Free mobile. Le petit nouveau a cassé les prix, mais les abonnés, gonflés par la mauvaise couverture réseau, pourraient faire état d’une publicité trompeuse.

 

4 Médocs poisons et prothèses bidons

Mediator, PIP, amiante... Pour Cédric Musso, de l’UFC-Que choisir, les class actions ne sont pas adaptées aux scandales sanitaires. Trop lourds, trop intimes. Mieux vaut les réserver aux petits contentieux tapant dans le porte-monnaie.

Pourtant, depuis l’affaire Erin Brockovich, le scandale sanitaire incarne le mythe de la bataille des petits contre les gros. Erin Brockovich, c’est Julia Roberts dans le film « Seule contre tous » (Soderbergh, 2000). Dans la vraie vie, cette avocate américaine a obtenu d’une entreprise de gaz le paiement de 333 millions de dollars aux habitants de la petite ville de Hinkley (Californie), touchée par la pollution des eaux.

En France, c’est le scandale du Mediator qui a relancé le débat sur les class actions. En janvier 2011, Monique Goyens, du Bureau européen des consommateurs, explique à La Tribune :

« Le Mediator, c’est vraiment le cas d’école pour un recours collectif. Pour contrer l’industrie pharmaceutique, il faut de l’expertise et cela coûte très cher. En face, l’industrie fait appel aux ténors du barreau. C’est David contre Goliath. »

5 Bilans patraques et actionnaires qui craquent

La class action ne concerne pas que les consommateurs. Les actionnaires pourraient mettre à profit ce nouvel outil juridique. La menace judiciaire permet à ceux qui ne possèdent qu’une infime partie du capital (et donc un vote en proportion égale) de rééquilibrer leur relation avec les poids lourds du capital.

Au début du mois de juin, un investisseur de l’entreprise américaine Groupon lance une class action contre la société soupçonnée d’avoir menti sur sa santé financière.

En France, une action semblable a agité en 2011 le petit monde de la finance. Deux cents petits porteurs se sont retournés contre la Bourse de Paris après la liquidation de la société Loyaltouch dont ils étaient actionnaires. Celle-ci clamait faire des profits quelques semaines seulement avant sa chute. Trahis, les investisseurs refusent de se laisser piétiner. Actionnaires de tous les pays, unissez-vous !

 

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 14:15

 

Rue89 - Passage à l’acte 25/06/2012 à 11h47
Magali Sennane

 

La crise rend une partie des Français frileux vis-à-vis des institutions bancaires traditionnelles. Certains cherchent des alternatives pour investir leur argent autrement, voire lui donner un nouveau sens. D’autres souhaitent emprunter différemment.

Les plateformes collaboratives de prêts en ligne entre particuliers présentent des dispositifs inédits, financièrement intéressants et éthiquement louables. Même si leur développement semble freiné par l’arsenal juridique qui les encadre…

 

L’idée

Pratiques courantes aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne avec Zopa, Prosper ou Lending Club, les plateformes de prêts entre particuliers gagnent progressivement du terrain en France.

Depuis 2010, la finance participative aurait permis de collecter plus de six millions d’euros et financé près de 15 000 projets, selon les principaux acteurs du secteur. Avec toujours le même principe : les internautes choisissent les projets et les personnes qu’ils veulent soutenir.

 


Capture d’écran de Prêt d’union (Pret-dUnion.fr/)

 

Prêt d’union, par exemple, a lancé l’année dernière un site permettant à des épargnants de financer des crédits à la consommation, en se passant de l’intermédiaire des banques et de leurs taux souvent exorbitants. Un investissement que Charles Egly, cofondateur de la start-up, qualifie de « citoyen » :

« On permet aux ménages d’emprunter moins cher et plus simplement. Ce n’est pas du crédit “revolving” : il n’y a pas d’arnaque. On redonne du pouvoir d’achat et, surtout, les intérêts vont dans la poche des épargnants. »

Savoir où va son argent et favoriser « l’économie réelle française »… L’argument du « made in France » a aussi la cote chez FriendsClear. Ce portail invite depuis six mois à investir dans les projets professionnels de micro-entrepreneurs.

La solution se révèle doublement satisfaisante : les investisseurs bénéficient d’un placement moins risqué qu’en Bourse, avec des taux alléchants – entre 4 et 5,5% pour Prêt d’union et jusqu’à 4,5% pour FriendsClear, contre en moyenne moins de 3% pour les banques.

L’emprunteur, de son côté, accède plus facilement à un prêt (entre 3 000 et 25 000 euros) et à un coût moindre : de 5 à 8%, selon la structure.

Comment la mettre en pratique

La photographe Delphine Ogihara, 44 ans, a emprunté 3 500 euros via FriendsClear, pour développer son studio Icône Photo à Dieppe, en Haute-Normandie. Lorsqu’elle a lancé son entreprise il y a trois ans, elle n’a pas eu le choix :

« Je n’avais pas de bulletins de salaire et mes revenus étaient variables. Les banques n’étaient pas rassurées du tout. FriendsClear s’est intéressé à mon parcours : d’où je venais, ce que j’avais fait et ce que j’envisageais. C’est l’ensemble de mon bagage qui a compté. »

Pour les investisseurs les plus désintéressés, il existe Babyloan. La « communauté » est connue pour avoir créé en France le microcrédit en ligne à destination des pays du Sud. Depuis 2011, l’organisme propose au particulier de devenir le « banquier de son voisin », en finançant les projets de micro-entrepreneurs, via des prêts sans intérêt à partir de 20 euros.

Une formule qui répond à la demande des internautes, estime Arnaud Poissonnier, cofondateur de Babyloan :

« Environ 15% de notre production de prêts mensuels se fait en France. Avec la crise, il y a de plus en plus de demandes pour une solidarité de proximité. »

Mais ces plateformes n’ont pas vocation à financer tous les projets refusés par les banques. Prêt d’union est assez strict quant aux critères de solvabilité de ses emprunteurs : pour des raisons de sécurité, mais aussi, souligne Charles Egly, pour éviter les situations de surendettement.

Aux prêteurs, le site demande d’être un investisseur qualifié, au sens de l’Autorité des marchés financiers. FriendsClear se veut plus accessible, comme le schématise son cofondateur Jean-Christophe Capelli :

« N’importe qui, âgé d’au moins 18 ans et en possession de 100 euros, peut participer ! »

Pour minimiser les risques, ces sites fonctionnent sur un système de mutualisation : l’argent n’est jamais investi sur un seul projet, mais sur plusieurs à la fois. Ce qui limite l’impact sur le taux de rendement des investisseurs, si l’emprunteur faisait défaut.

Ce qu’il reste à faire

Ce phénomène de la finance participative (« crowdfunding ») prend de l’ampleur dans l’Hexagone, mais il reste encore marginal par rapport aux autres systèmes bancaires. Depuis ses débuts, Prêt d’union a octroyé près de trois millions d’euros de crédits et FriendsClear, 160 000 euros. Et si Internet regorge de sites qui proposent des prêts entre particuliers, tous ne sont pas fiables.

L’activité d’établissement de crédit est encadrée par des règles très sévères. Seuls les organismes qui détiennent un agrément de la Banque de France ou travaillent en partenariat avec des banques peuvent assurer des transactions en toute sécurité. Par conséquent, FriendsClear s’est associée au Crédit agricole et Babyloan ne développe aucune application « sans l’accord exprès » de la Banque de France.

Ces exigences légales limitent les dérives et les arnaques, mais freinent aussi l’expansion de ces nouveaux mouvements de capitaux. Prêt d’union a dû attendre deux ans et réunir un capital de cinq millions d’euros, avant d’obtenir le fameux sésame de la Banque de France.

Car dans le pays, il n’y pas de réglementation spécifique concernant le prêt entre particuliers. Un vide juridique donc et des lois appliquées qui sont soit obsolètes, soit non-adaptées aux pratiques du Net. La loi bancaire de 1984 date d’une époque où l’économie collaborative, les réseaux sociaux et le Web n’existaient pas.

Dans le monde 2.0, où tout doit se passer en quelques clics, les règles (fiscales et bancaires) sont jugées disproportionnées et trop contraignantes… « Une galère sans nom », résume Arnaud Poissonnier.

Pour y remédier, les acteurs du secteur se mobilisent et annoncent la sortie d’un livre blanc début juillet. Le texte doit être présenté aux députés de la nouvelle Assemblée nationale. Parmi toutes les propositions : la création d’un statut spécifique de courtier en financement participatif.

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