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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 22:59

 

Marianne  - Jeudi 20 Décembre 2012 à 17:29

 

Elie Arié
Cardiologue, enseignant à la chaire d’Economie et de gestion des Services de santé au... En savoir plus sur cet auteur

 

 

 

JPL-Caltech/N.A.S.A./SIPA
JPL-Caltech/N.A.S.A./SIPA

Puisqu’il est beaucoup question de fin du monde en ce moment, faisons une hypothèse plus vraisemblable.

Supposons que les astronomes découvrent brusquement un énorme astéroïde qui va frapper la terre de plein fouet dans quatre mois (sans l’ombre d’un doute, en plein dans son centre) et ce sera alors la fin du monde et, cette fois, de façon absolument certaine et inévitable.

Quel sera alors le comportement de chacun, avec la certitude de la fin du monde dans quatre mois ?
Qui ira encore travailler, et pourquoi ? Qui payera ceux qui continueraient à aller travailler ? Qui essayera toujours de sauver les hauts fourneaux de Florange ? Que deviendront les « plans de carrière » de tous ceux qui souhaitent une brillante réussite ? Qui ira au lycée, à la Fac?

- La violence sera-t-elle généralisée, sans police ni justice pour l’empêcher, et ce serait alors l’enfer sur terre : du ridicule d’engager des poursuites contre des délinquants, de condamner quelqu’un à 20 ans de prison, quand la fin du monde sera dans 4 mois… D’ailleurs : quel sens cela aurait-il de maintenir en prison ceux qui y sont ?

- Ou bien, au contraire, va-t-elle disparaître, et ce sera le paradis sur terre : à quoi pourrait bien servir la violence ? A quoi bon tuer, alors que nous serons tous morts dans quatre mois ? A quoi bon empêcher quelqu’un de vous tuer, si ça peut lui faire plaisir ? A quoi bon cambrioler ? à quoi bon se protéger des cambriolages ? A quoi bon des guerres, des révolutions ?

- Continuera-t-on à soigner les malades, sauf pour les soulager ? Pourquoi arrêter de fumer ? Pourquoi suivre des régimes pour maigrir ou pour grossir ? Pourquoi mener « une vie saine » ?

- A quoi bon continuer la politique (quoique Copé et Fillon continueront leur guéguerre jusqu’à la dernière seconde, incapables malgré eux de s’arrêter) ?

- Pourquoi payer ses dettes et son loyer ? Pourquoi payer ses impôts, pourquoi s’exiler en Belgique pour en payer moins ?

- Pourquoi le PSG continuerait-il à acheter à prix d’or les plus grandes vedettes mondiales du foot ? Pourquoi continuer à jouer les matches d’un championnat dont on ignorera toujours le vainqueur ?

Ce sera non seulement un véritable anéantissement soudain de tout notre univers, de tous nos repères, de tous nos sujets de préoccupations ou d’intérêt actuels, mais une véritable dislocation rapide et complète de toute le fonctionnement de notre société.

Deux seules certitudes, à mon avis: on priera beaucoup (enfin, les croyants), et on fera beaucoup l’amour (ça, tout le monde sans exception!), tous les interdits sexuels s’écroulant soudainement; et puis (que faire d’autre ?) on lira, on écoutera de la musique, on se promènera à la campagne, on ira regarder de belles œuvres dans les musées (en emportant chez soi celles qu’on voudrait regarder plus longuement, car il n’y aura plus personne pour nous en empêcher), on méditera...

La certitude de la fin prochaine du monde, seul moyen de permettre de vivre enfin « la vraie vie » ? Ce ne serait donc pas si mal que ça...

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 22:55

 

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=0feFY3aQMAw

 

Clara Rosent 

 

 

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 22:30

 

Le Monde - Blog

« C’est calme en ce moment, trop calme… » En essuyant les verres du restaurant où il est salarié à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), Cédric Dérouin, 34 ans, évoque en quelques minutes, pêle-mêle, les fermetures successives de dizaines de commerces dans le centre-ville, le licenciement économique de son unique collègue il y a quelques mois, l’incertitude qui pèse sur son avenir comme sur celui des ouvriers des chantiers de l’Atlantique, principal employeur du secteur. « Y’a plus de commandes… Que va-t-il se passer quand les deux derniers bateaux seront livrés ? » s’interroge-t-il morose.

Mais où est-il celui dont nous avions lu les messages enthousiastes et fédérateurs sur Facebook ? Celui au ton plein d’espoir que nous avions eu au téléphone ? Il faut lui laisser le temps de fermer boutique. Le suivre jusque chez lui et le voir enfin nous présenter avec un plaisir non feint, malgré la pluie battante, les poireaux et le petit chou qui ont poussé dans le bac qu’il a installé devant sa maison, surmonté d’un accueillant panneau « nourriture à partager », petit supplément d’âme dans ce lotissement neuf.

 

Cédric Derouin devant le bac à légumes "à partager" de sa maison. © A. Leclerc / Le Monde.fr

 

Faire un potager non pas derrière mais devant chez soi et laisser les légumes qui poussent à disposition de ceux qui en ont besoin : une idée, bête comme chou oserait-on dire, qui est au cœur d'un joyeux mouvement parti d’Angleterre sous le nom d'« Incredible edible», et qui est en train de conquérir la France de commune en commune sous le nom d’«Incroyables comestibles » avec la rapidité d’un bon « buzz ».

" Tout a commencé en 2008 à Todmordenune cité industrielle du nord de l'Angleterre, touchée de plein fouet par la crise, raconte celui qui a repéré puis importé la démarche en France, et d'abord chez lui en Alsace, François Rouillay. Pour recréer du lien social, des habitants ont eu l'idée de transformer un jardin floral en jardin potager et d'indiquer "food to share" ("nourriture à partager"). Puis des bacs plantés de légumes sont apparus un peu partout des cours d'écoles jusque devant le poste de police. Ce qui a non seulement permis de souder la communauté, mais a redonné à tous le goût du consommé local."

En mai, François Rouillay commence par planter devant chez lui, bientôt imité par un voisin. Puis, en homme de son temps, il pose sa bêche et allume son ordinateur. Plutôt que de restreindre le projet à sa seule ville de Colroy-La-Roche (Bas-Rhin), il crée une page Facebook "Incredible Edible France" pour inviter d'autres amateurs à faire comme lui. Et c'est ainsi que de "like" en "j'aime" (recommandation d'une publication sur Facebook) le mouvement a traversé la France en moins de six mois, d'est en ouest, du nord au sud, pour former aujourd'hui une jolie communauté aux six coins de l'Hexagone, illustrée par les petites pousses sur cette carte.

 

Google Map des initiatives "Incroyables comestibles". DR

 

C'est par ce réseau social que Cédric Dérouin découvre les premières plantations faites en Alsace. Il s'y mettra pendant l'été « J’avais récupéré des plants de poireaux, mais beaucoup trop pour la taille de mon potager. Plutôt que de les jeter, j’ai décidé de planter mon surplus de poireaux ici et d'inviter les passants à se servir gratuitement et vous voyez, des gens en ont pris !» dit-il en montrant une rangée dépeuplée.

Une première étape, mais déjà il rêve d'un projet qui se déclinerait dans toute la ville. En lieu et place d'un vaste terrain en friches, il imagine un grand potager collectif :"à côté du foyer des jeunes travailleurs, cela aurait du sens". Les plates-bandes des HLM pourraient offrir carottes et pommes de terre. Et ces palmiers qui vivotent sur l'avenue principale ? "Nous voudrions convaincre la mairie de remplacer chaque arbre mort par un arbre fruitier : ce ne serait pas seulement décoratif mais utile. Ceux qui seraient dans le besoin pourraient directement se servir en pommes ou en poires ».

A son tour, il a crée une page Facebook qui fait boule de neige. C'est ainsi qu'il devient l'un des pivots du mouvement dans l'ouest de la France, recevant désormais des sollicitations de toute la Bretagne comme de Poitou-Charentes. "Ce qui séduit les gens c'est que le processus est très simple. Il n'y a aucun bulletin d'adhésion à remplir. Il suffit d'installer un bac et de planter, explique-t-il. Récemment quelqu'un de Nantes a proposé de venir nous aider. J'ai répondu : 'plante plutôt ton bac !' Il vit en appartement mais on a aussi été contacté  par une Nantaise qui a un jardin mais pas le temps d'y planter des légumes. Il suffisait de faire le lien !"

Voilà comment des gens d'âge, de milieu, de convictions politiques différentes entrent peu à peu en contact au fil de l'hiver dans toute la France, pour mieux se préparer aux plantations du printemps.

 

Extrait de la page Facebook Incroyables Comestibles Bretagne-Pays de la Loire, annonçant la création d'un groupe à Lannion (Côtes d'Armor) et recevant une sollicitation de la région lyonnaise. DR

 

"A Saint-Nazaire, il y aussi bien des personnes qui vivent en HLM que des propriétaires de grands pavillons qui veulent participer, raconte Cédric. Des qui travaillent, et des qui sont au chômage." Le projet a agrandi son cercle de connaissances, lui a fait rencontrer nombre d'associations dont il ne soupçonnait pas l'existence et a également permis à ces dernières, les unes proches du jardinage, les autres intervenant dans le champ de l'insertion, de se rencontrer entre elles.

 

Le 7 octobre, création d'un jardin potager partagé dans le jardin des plantes de St-Nazaire. © C.Brulavoine

 

Ce soir pluvieux de décembre, ils sont une dizaine à se retrouver autour d'un verre pour discuter de la mise en place du projet. Chacun se présente : on est "ami" sur Facebook mais pas encore dans la vie ! Il y a là de vieux baroudeurs de la cause écologiste et des mouvements alternatifs, mais aussi des novices, comme Sandra Bacot, 32 ans, institutrice. "J'aime l'idée de voir le jardin comme quelque chose d'utile et pas seulement pour son petit bonheur personnel" confie-t-elle. Elle écoute, attentive, les plus expérimentés lui expliquer des techniques qui vont permettre de planter des légumes pour un investissement minimum en temps et en euros, des solutions écologiques bien sûr. Elle découvre ainsi l'échange de graines (lire sur ce blog : Jardinier résistant échange graines de laitues contre plants de tomates) ou la "permaculture".

Doucement la conversation devient débat sur la marche du monde. "Le compost, l'échange de graines, le potager... Quand on parle de cela avec nos grands-mères, elles nous disent qu'on n'a rien inventé, parce qu'elles faisaient tout ça 'avant'. Mais pourquoi ont-elles arrêté ?" s'interroge Christina Brulavoine, 42 ans, assistante de direction.

 

Dorothée, Sandra, Thierry et Cédric à l'issue de la réunion. ©A.Leclerc/ LeMonde.fr

 

En Alsace, François Rouillay croit bien qu'une "révolution" est en marche. A Saint-Nazaire, on s'enthousiasme, mais on se demande encore : "est-ce que les gens vont réussir à dépasser l'idée de la propriété du temps passé ? Tu sèmes, tu bêches, tu y passes du temps, et en deux jours, tout est ramassé par des inconnus... Il faut vraiment réussir à aller au-delà de l'individualisme..." développe Dorothée Bourdeaut, kinésithérapeute de 30 ans qui a fondé la cellule nazairienne avec Cédric. "Il faut que ce ne soit pas rare, lance Sandra. "Il faut que ça ne coûte presque rien", ajoute Dorothée. "Moi j'y crois à 600 %, s'enthousiasme Cédric. Il n'y a pas de raison que la mentalité des gens n'évolue pas. Là, on voit bien que ça intéresse du monde, il faut tout faire pour que ça se concrétise par des plantations partout au printemps !"

Militant à ATTAC, Thierry se souvient combien lors de la fondation du mouvement, en 1998, tout le monde croyait "un autre monde" possible. Quatorze ans après, le résultat est en demi-teinte. "La différence, c'est qu'à ATTAC on a commencé par beaucoup de théorie sur la mondialisation avant de réfléchir à l'action citoyenne. A Incroyables comestibles on n'est pas dans la théorie. On dit aux gens : ça vous intéresse ? Très bien, prenez un bac et plantez ! On n'attend pas le grand soir, on met les mains dans la terre !" 

Pour contacter le réseau "Incroyables comestibles" : aller sur l'une de leurs pages Facebook ou sur leur site internet : http://www.incredible-edible.info/


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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 18:21

 

Le Monde - Blog

Ça n'est qu'un petit stand dans le coin d'une foire bio, à Chadrac, tout près du Puy-en-Velay (Haute-Loire). Une table remplie de sachets de papier froissés, où se côtoient des dames bien mises et des jeunes hommes un peu débraillés. On n'y vend ni achète rien : ici graines et plants sont mis à disposition des jardiniers désireux de découvrir de nouvelles espèces ou de propager des semences rares. Ce stand à l'air anodin, mais c'est un petit nœud de résistance. Car aujourd'hui, alors que la passion française pour le jardinage est au plus haut, les jardineries ont remplacé les échanges entre voisines, et les graines en tous genres se négocient à plusieurs dizaines d'euros les 100 grammes. Quelques jardiniers amateurs et maraîchers bio ont donc décidé de mettre en commun leurs savoirs et leurs précieuses semences, comme pour ne pas céder au diktat de la société de consommation qui impose, même à celui qui veut cultiver ses propres laitues, de passer à un moment ou à un autre par la case "achat".

 

Le stand d'échange de graine lors du festival organisé par Nature et Progrès 43. © Antonin Sabot / LeMonde.fr

 

"Bien sûr, il y a un côté militant", répond Guylaine Ressot, enseignante d'une soixantaine d'années, quand on lui demande comment elle conçoit le simple fait de plonger sa main dans un sac de ces graines. Simplement mises à disposition de qui voudra en garnir ses plates-bandes, elles pèsent lourd, ces petites graines. Il faut dire qu'en France, il existe un catalogue officiel des semences, et que le commerce de graines qui n'y sont pas inscrites est interdit.

Evidemment, rien ou presque, ici, ne figure au fameux catalogue. On est donc, en théorie du moins, dans l'illégalité. "Si les gendarmes débarquent, ils peuvent tout saisir et mettre les scellés", assure Raoul Jacquin, une des références françaises sur les graines, membre de l'association Kokopelli, qui conserve, diffuse et vend des semences non inscrites. D'autres sont moins catégoriques sur la possibilité ou non de pratiquer ce type d'échanges, tout en affirmant la nécessité pour maintenir les espèces qui ne sont pas vendues par les industriels de l'agro-alimentaire. Les dames plus âgées qui sont là, elles, ont l'impression de poursuivre ce qu'elles ont fait de tout temps avec leurs voisins. Les autres font valoir que l'on est dans une sorte de zone grise. "Peut-être que ce n'est pas légal, mais c'est juste et légitime",  ajoute Christine Coffy, une des organisatrices.

Les hybrides F1 : une taxe déguisée sur les potagers

En fait, deux logiques se rejoignent sur ce coin de table : d'un côté l'envie de cultiver ce que l'on veut, parfois en perpétuant des espèces anciennes ou non reconnues, de l'autre le désir de pouvoir faire son jardin sans payer tout les ans pour faire pousser ses légumes. "Acheter toutes ses graines dans une jardinerie, si on y regarde de plus près, cela revient très cher. Alors qu'on ne devrait pas avoir à payer pour ça. On doit se réapproprier la nature", confirme Guylaine Ressot. Car dans le commerce, l'immense majorité des graines sont de type "hybride F1", des croisements sélectionnés auto dégénérescents, qui ne donneront rien si on les replante d'une année sur l'autre. Tout semble fait pour que jardiniers et paysans se retrouvent dans l'obligation d'acheter des semences tout les ans, acquittant comme une taxe déguisée sur les potagers.

VIDEO : Comment trier des graines ?

 link

A la joie d'obtenir gratuitement de nouvelles espèces à cultiver s'ajoute souvent un ras-le-bol, si ce n'est une révolte, contre ce système actuel d'achat forcé. "C'est quelque chose que la nature peut nous donner, pourquoi est-ce que je devrais l'acheter ?", interroge Aurore Verlant, jeune femme de 26 ans arrivée dans la région il y a peu. "Est-ce qu'à l'avenir, on va se rendre compte qu'il faut changer les choses et, par exemple, arrêter de se nourrir de produits en provenance de l'autre bout de la planète ?", continue-t-elle, remplissant sa sacoche de haricots d'Espagne, de noyaux de pêches de vigne, de graines de lupin coloré et d'aneth.

A côté, Mohand, un jeune homme venu d'Ardèche, affiche un large sourire. Se décrivant comme un "semeur militant", il explique : "C'est la poule aux œufs d'or ici. Mais l'or, on se le partage. Et tant qu'on se le partage, il en reste." Comme beaucoup ici, il nourrit, depuis la ferme où il s'est installé avec un ami, des rêves d'autonomie alimentaire. Un des credo de ralliement du groupe, dont beaucoup se reconnaissent proches du mouvement décroissant.

© Antonin Sabot / LeMonde.fr

 

Si le dimanche, une foire bio tout ce qu'il y a de plus courant était organisée – avec tisanes, savons fait-main et, bien sûr, du fromage de chèvre–, on n'était pas pour autant dans le mélange écologie et bonne conscience, que l'on reproche un peu rapidement aux partisans du bio. Alors qu'au centre de la salle polyvalente de Chadrac s'organisait un grand débat sur l'opportunité de créer une "maison des semences" en Haute-Loire, pour pérenniser les échanges de graines, on sentait qu'il y avait là quelque chose du retrait. Un désir d'extraction hors de la société marchande.

"Oui, c'est de la dissidence, confirme même Christine Coffy. Parce qu'on fait ce en quoi on croit et qui nous semble être juste. Interdire l'échange de graines, ça serait revenir sur un droit qui va de soi, alors que justement, ça peut-être une réponse à la crise. Il y a des gens qui ont peur de ne pas bouffer, là. On ne va pas leur interdire de planter quand même ?"

 


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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 17:57

 

Marianne - Samedi 8 Décembre 2012 à 12:00

 

PAR ÉLODIE EMERY

 

La baisse du pouvoir d'achat, la solitude et la crainte de «finir» en résidence médicalisée encouragent les retraités à s'installer en colocation. On n'est pas sérieux quand on a 60 ans bien tassés !

 


GILE MICHEL/SIPA
GILE MICHEL/SIPA
Ce jour-là, Hélène, 65 ans, revient d'un séjour chez sa fille à Bordeaux. Sur le quai de la gare, un homme aux cheveux gris et à la barbe impeccablement taillée l'attend, ponctuel et souriant. Jean-Marie n'est pas le mari d'Hélène et, pourtant, il la ramène chez eux, dans la grande maison qu'ils partagent avec Nicole, 73 ans, à une dizaine de kilomètres de Lourdes. Ces trois-là ne sont pourtant ni de la même famille ni des amis de longue date. Avant d'habiter ensemble, ils ne se connaissaient même pas. Et cela fait maintenant près de deux ans qu'ils sont «colocs». Comme des étudiants... Mais des étudiants à la retraite.

«Je n'avais plus envie de vivre seule, explique Hélène. Je viens d'une famille de quatre frères et sœurs dont je suis très proche, j'aime les maisons animées.» Ses enfants partis, Hélène lance une bouteille à la mer. Elle envoie un message sur le site Leboncoin.fr, entre deux annonces pour des meubles ou des scooters d'occasion. Histoire de voir si d'autres, comme elle, imaginent leurs vieux jours autrement que vissés dans un fauteuil, le Sonotone réglé au maximum, avec les héros des «Feux de l'amour» pour seuls compagnons. Miracle, elle reçoit une réponse de Jean-Marie, 69 ans et débordant d'énergie, à qui la vie en solo ne convient pas non plus. «J'avais entendu une émission de radio sur France Inter à propos de la colocation des seniors, et je me suis dit : ça, c'est pour moi ! s'enthousiasme-t-il. J'ai organisé un week-end dans un gîte au Pays basque auquel une dizaine de personnes intéressées par le principe ont participé. Mon idée, c'était une maisonnée de 7 à 10 personnes.»

Jean-Marie admet volontiers avoir un fantasme soixante-huitard inassouvi, lui qui a débuté une très sérieuse carrière d'informaticien à l'heure où d'autres fumaient des joints sur le plateau du Larzac. Certes, il n'a trouvé que deux colocataires, mais il reste un infatigable apôtre de la vie en communauté. Et, quand les enfants et petits-enfants des uns et des autres viennent en visite, Jean-Marie profite bien de la «tribu» qu'il appelait de ses vœux. «C'est vraiment dommage que les gens n'y pensent pas... C'est tellement bien !»  

Dès leur arrivée dans la maison de Lamarque-Pontacq, un petit village des Hautes-Pyréenées, Nicole et Hélène ont mis les points sur les i. Pas question de punaiser au mur un tableau des corvées ménagères – ce que Jean-Marie proposait pour assurer une répartition équitable des tâches. Aujourd'hui, aucun rôle n'est gravé dans le marbre, mais tout fonctionne. Deux voitures pour trois, un compte commun pour les dépenses de la maison... Et pas la moindre trace de tension entre ses occupants. «C'est celui qui y pense qui va faire les courses, affirme Nicole. Et, pour préparer les repas, c'est pareil, ça dépend : ça se fait naturellement.» Pas d'empoignade non plus avec celui qui n'a pas rabattu la lunette des toilettes (il serait du reste vite démasqué). Les trois ont trop de choses en commun : un rejet massif de la société de consommation, un goût pour les choses simples, la nature et les nouvelles rencontres.

Dans la voiture qui les ramène de la gare, Jean-Marie donne d'abord à Hélène des nouvelles de leur potager bio, puis annonce en passant : «Au fait, on a une woofeuse en ce moment à la maison, elle s'appelle Henriette.» Et, comme Hélène accueille la nouvelle sans le moindre étonnement, on est bien obligé de poser la question : une quoi ? «Le woofing, c'est une façon de voyager en participant au développement de l'agriculture biologique», explique un peu plus tard la sémillante Henriette, quatrième colocataire provisoire. En échange d'un coup de main dans le jardin, les woofeurs ont le gîte et le couvert offerts gracieusement par leurs hôtes. Le plus souvent, ces voyageurs «responsables» sont des jeunes qui souhaitent barouder à peu de frais. Mais pas toujours. La preuve avec Henriette.

« Les seuls vieux que l'on met en avant, ce sont ceux qui "font jeunes"! »

Elle se décrit comme «semi-nomade», voyageant d'une ferme à l'autre, de la Suisse au Portugal. Ce jour-là, après avoir embarqué Nicole, Hélène et Jean-Marie pour une partie de cueillette sauvage dans leur jardin, elle prépare le dîner à base de feuilletés aux orties, de purée de fèves à l'ail et de soupe aux mille et une herbes folles. A table, les convives sont enchantés de découvrir ces nouvelles saveurs 100 % naturelles. Pour le cliché des petits vieux aux habitudes indécrottables, il faudra repasser. A regarder Jean-Marie faire la vaisselle et Nicole ranger calmement la cuisine pendant qu'Hélène fume une cigarette sur le perron, on se demande si ces trois-là n'ont pas trouvé le remède à tous les maux d'une Europe vieillissante.

«Sept cent cinquante mille individus partent à la retraite chaque année. Aujourd'hui, personne n'est capable de les accueillir», avertit Eric Vialatel, fondateur des Maisons de Marianne, des immeubles de logements sociaux conçus pour pouvoir recevoir des seniors. D'après l'Insee, dans trente ans, un tiers des Français auront 60 ans ou plus et, au-delà de la question du financement des retraites, une autre se profile : où va-t-on loger nos millions de vieux ? Pour l'instant, ce débat n'intéresse personne, ou presque. La vieillesse, ce n'est pas glamour. Selon Pascal Champvert (1), président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (Adpa), cette peur du grand âge nous a conduits à une situation d'«apartheid», rien de moins ! «L'Occident n'aime pas les vieux ! tempête-t-il. Quand on parle de diminuer le droit de vote pour les plus de 80 ans, en expliquant qu'à cet âge-là on ne sait plus très bien, c'est le discours qu'on entendait il y a cinquante ans à propos des femmes. Les seuls vieux que l'on supporte et que l'on met en avant, ce sont ceux qui "font jeunes" ! C'est Charles Aznavour ou Line Renaud.»

Résultat : sur le dossier «vieux», la France est à la traîne, malgré un sévère avertissement lors de la canicule de 2003 : 20 000 décès, des personnes âgées isolées pour la plupart. En dehors des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ephad), il n'existe aujourd'hui que 200 résidences spécialisées dans l'accueil des seniors. C'est peu et, surtout, c'est cher, très cher.

«Pour tous ceux qui n'ont pas beaucoup de moyens, il est impossible de payer 2 200 € pour une maison de retraite, ni même 1 000 € pour un appartement avec services intégrés», rappelle Eric Vialatel. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il a créé ses Maisons de Marianne en collaboration avec les offices HLM, avec ses appartements équipés de volets électriques, de veilleuses, et d'un système de détection de mouvements - qui donne l'alerte quand il n'y en a plus. D'autres initiatives commencent donc à voir le jour, timidement. «Nous sommes à une période d'expérimentations, explique Dominique Argoud, sociologue et président du comité personnes âgées de la Fondation de France. Pour l'instant, le seul modèle qui existe vraiment, c'est celui de la maison de retraite, et il sert plutôt de repoussoir. Beaucoup de choses vont être tentées pour trouver des modèles de vie alternatifs pour la retraite, parmi lesquelles les résidences autogérées et la colocation. Mais c'est une évolution sociétale qui va s'opérer sur dix, vingt ans.»

Un comble, même la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) se désole de ne pas avoir plus souvent l'occasion de mettre la main au portefeuille. «La Cnav accompagne des promoteurs dans le développement de structures pour les personnes fragilisées, rappelle Antonin Blanckaert, adjoint à la direction nationale de l'action sociale. On apporte aussi des aides financières pour ceux qui veulent aménager leur maison : ça va de la barre d'appui à la rampe dans l'escalier, en passant par l'agrandissement des portes. Nous avons des budgets très significatifs ! Et, parfois, nous avons du mal à dépenser nos enveloppes... Il faut nous solliciter, l'argent existe.»

Pas de coloc pour les dépressifs !

En attendant, vieillir coûte cher. Hélène, Nicole et Jean-Marie, qui touchent entre 700 et 1 500 € de pension, font partie de l'écrasante majorité de ceux qui ne pourraient pas, s'ils le souhaitaient, s'offrir une chambre dans une résidence spécialisée. En colocation, ils paient chacun 450 € par mois, tout compris. Pour l'instant, ils débordent d'énergie : entre le potager, les meubles à retaper et les expéditions en randonnée, ils n'ont besoin de personne. Dans quelques années, le trio vieillissant et moins alerte pourra éventuellement mutualiser les dépenses d'un aide-soignant à domicile. A moins qu'ils ne s'en passent carrément. «Pour moi, c'est un projet de vie. Si, un jour, il faut faire une piqûre ou aider à monter les escaliers, cela ne me pose aucun problème, on n'a pas besoin de quelqu'un d'extérieur», affirme Jean-Marie.

Mais il n'y a pas que l'argent qui compte. A les entendre, tous ont une obsession : surtout, ne pas finir dans une maison de retraite. L'été dernier, une pensionnaire d'un établissement de l'Essonne a même organisé son évasion avec l'aide de son arrière-petit-fils. «Anthony a fait ça, car il sait exactement ce que je ressens, expliquait la nonagénaire à l'époque. La seule chose qui m'intéresse, c'est de rentrer chez moi. La liberté, la liberté, la liberté, un point, c'est tout !»

La solution, Claudine, 84 ans l'a trouvée en s'installant avec Bernadette, 62 ans, «une chic fille», dit-elle. «Ma mère et ma tante sont allées en maison de retraite, raconte-t-elle. Le manque de personnel, le mélange entre ceux qui perdent la tête et les autres, l'omniprésence de la mort... Rien que d'avoir vu ça, on se sent stimulé pour trouver des alternatives.» Les deux femmes vivent depuis deux ans dans un appartement d'une centaine de mètres carrés à Chambéry. Comme Jean-Marie, c'est en écoutant l'émission «Interception» sur France Inter que Bernadette a eu l'idée de la colocation. Et Christiane Baumelle, fondatrice du site Cocon3s.fr, qui conseille les candidats à la colocation, les a aidées à monter leur projet. 

Bernadette souhaitait vivre en Savoie, Claudine était partante. Après un an de conversations téléphoniques quasi quotidiennes, elles se sont lancées. «J'avais une grande pratique de la colocation, précise Claudine. Depuis que je suis jeune fille, j'ai toujours vécu à plusieurs, soit en hébergeant des étudiantes, soit avec mon frère...» Pas de mari dans la vie de Claudine et Bernadette. Pas d'enfant non plus. «J'étais passionnée par mon travail de coiffeuse, que j'ai dû arrêter à cause de mes problèmes de dos, dit la dernière. J'ai un grand besoin d'indépendance. Etre une bobonne à la maison, très peu pour moi.» Une génération sépare les deux femmes, qui se vouvoient respectueusement. Mais leur complicité saute aux yeux. Elles déjeunent et dînent ensemble mais chacune se prépare son repas : Claudine suit un régime qui lui interdit de toucher aux pâtisseries de Bernadette. L'une participe à une association où elle coupe les cheveux bénévolement, l'autre s'adonne à la peinture : «J'ai commencé un an avant de prendre ma retraite. J'ai travaillé toute ma vie de 7 heures du matin à 21 heures, je savais qu'il fallait me replonger dans une autre activité, pour éviter que la transition soit trop brutale.» Pour atténuer ce «choc», elles suivent ensemble des cours de philosophie une fois par semaine. «Heureusement, sinon j'aurais peut-être sombré dans la dépression», souffle Claudine.

Car, attention, pas de coloc pour les dépressifs ! C'est l'une des règles d'or édictées par Christiane Baumelle dans son Manuel de survie des seniors en colocation (2). «Le désespoir intérieur peut être tel qu'il effraie les candidats, écrit-elle. Ceux-ci ne considèrent pas, à juste titre, la cohabitation comme une prise en charge, ni un lieu de soins.» Pour être accepté par les autres, l'aspirant colocataire doit se soumettre à un cruel casting, et ceux qui souffrent de solitude ou ressassent leurs malheurs ont peu de chances de convaincre qui que ce soit de les accepter sous leur toit. Christiane Baumelle égrène volontiers les profils à éviter : «Les veuves qui n'ont jamais travaillé de leur vie et qui cherchent un nouveau mécène... Les hommes divorcés qui veulent qu'on s'occupe d'eux et qui partent dès qu'ils ont trouvé une femme. Mon ex, par exemple, je lui ai mis une colocataire, eh bien, il lui a sauté dessus.»

Avec la baisse du pouvoir d'achat et le désir de rompre avec la solitude, la colocation est dans l'air du temps. Deux films s'en sont fait récemment l'écho : Et si on vivait tous ensemble, de Stéphane Robelin, dans lequel Guy Bedos refuse que son vieux copain, incarné par Claude Rich, «crève dans cette baraque», la baraque en question étant une maison de retraite. Et Indian Palace, signé John Madden, sorti en mai dernier, qui raconte comment sept retraités fuient la grisaille britannique pour aller couler leurs vieux jours en Inde. Mais, dans la réalité, mettre sur pied une grande communauté s'avère bien plus compliqué qu'au cinéma. «Ah, tout le monde trouve ça génial, j'ai reçu plus de 1 000 appels ! s'exclame Christiane Baumelle. Mais la réussite dépend généralement d'une ou deux personnes qui sont vraiment motivées et qui prennent les choses en mains. Et ces gens sont assez rares, finalement.»

En témoigne la difficulté qu'ont nos deux maisonnées, à Chambéry comme à Lourdes, à recruter de nouveaux colocataires, mais aussi l'échec d'un bon nombre de projets. «Ça s'est très bien passé pendant un an, raconte une candidate à l'aventure, mais les deux hommes se sont disputés et plus personne ne s'entendait. On s'est séparés en septembre...» D'autres maisonnées refusent catégoriquement de recevoir les journalistes : soit parce que le succès de leur entreprise a déjà attiré trop de caméras et que cela nuit à leur tranquillité, soit au contraire parce que les habitants ne sont pas pressés de révéler que leur quotidien est fait de petites mesquineries. «Entre ceux qui ferment les radiateurs des chambres par souci d'économie, ceux qui dépensent plus parce qu'ils savent que les frais sont partagés... La réalité de la société, c'est qu'il y a beaucoup de gens qui ne s'intéressent qu'à eux», conclut Christiane Baumelle. Soit. Comme les autres, comme les jeunes à 20 ans, les vieux s'écharpent et se jalousent, ils se disputent et se séparent... La vie, quoi !

20,8 % de la population française avait plus de 60 ans en 2005. Une proportion qui passera à 30,6 % en 2035.

1,2 million de personnes seront dépendantes en 2040, contre 800 000 actuellement.

2 200 € C'est le prix moyen mensuel d'un hébergement en Ephad (maison de retraite).

1 000 € C'est le prix moyen mensuel d'un loyer dans une résidence avec services.

De 250 à 500 € C'est la fourchette de prix mensuel d'un loyer en colocation.

(Source : Insee.)

(1) Auteur de Prendre soin de nos aînés, c'est déjà prendre soin de nous, «Carnetsnord», éditions Montparnasse, 12 €.

(2) Editions Tournez la page, 14,95 €

 
Les Babayagas et le "putain de facteur humain"

Elles sont unanimement considérées comme des inspiratrices, des pionnières en matière de réflexion sur le vieillir autrement : les babayagas ont emménagé début novembre dans leur maison de Montreuil, près de Paris. Ce n'est pas trop tôt : voilà presque vingt ans que Thérèse Clerc, octogénaire à la forme olympique, en a eu l'idée ! Pour espérer entrer dans la maison des babayagas, il faut être une femme, mais pas seulement. Les futures colocataires, lesbiennes pour la plupart, ont en commun leur militantisme féministe et leur engagement écologique. Des femmes de poigne, ce qui n'a pas facilité l'entente de la communauté. «Au moment où nous signions enfin le permis de construire, sur 20 femmes, 13 sont parties, elles ont abandonné le projet», se souvient Thérèse. «C'est le PFH, soupire Dominique, une autre babayaga, le putain de facteur humain !» Aujourd'hui, le groupe s'est reconstitué et se rencontre régulièrement pour des repas ou pour partager un gîte pour les vacances. Les babayagas peuvent enfin profiter de leurs appartements individuels, mais aussi du salon collectif de 117 m2, ainsi que des deux grandes salles destinées à recevoir les cours et conférences qui leur permettront de ne pas être réduites «à l'état de tubes digestifs» ! «Rester intelligentes va nous permettre de rester en bonne santé, affirme Thérèse Clerc. C'est notre pari.»
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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 17:36

 

*Note perso: Jean-Claude Ameisen présente chaque samedi sur France Inter une émission passionnante que je vous invite vivement à écouter  "Sur les épaules de Darwin"  (de 11h à 12h)

 

                                                                        **************************************

 

 

Jean Claude Ameisen: "Faire partager les questions éthiques"

 

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 22.11.2012 à 15h23 • Mis à jour le 29.11.2012 à 17h48 Propos recueillis par Florence Rosier

 

 

 
L'immunologiste Jean Claude Ameisen, nouveau président du Comité consultatif national d'éthique.

Médecin et chercheur, professeur d'immunologie et directeur du Centre d'études du vivant à l'université Paris-Diderot, mais aussi homme de radio, Jean Claude Ameisen est le nouveau président du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE).

 

Le CCNE fêtera ses 30 ans au printemps. Comment entendez-vous inscrire son rôle dans la société ? Le CCNE est le premier Comité consultatif national d'éthique créé au monde. Depuis 1983, il a eu, dans notre pays et dans le monde, un rôle de tout premier plan. J'attache une grande importance à sa mission d'animation d'une réflexion éthique dans la société. Les avancées scientifiques et les questions éthiques qu'elles soulèvent sont souvent traitées par les médias dans un contexte d'urgence. Le rôle du CCNE est de prendre du recul, de dégager les enjeux, d'explorer et de présenter les différentes options qui permettront aux citoyens de s'approprier la réflexion et de s'exprimer à partir d'un "choix libre et informé". Un processus au coeur de la démarche éthique biomédicale, et essentiel à la vie démocratique.

 

La démarche éthique peut-elle se fonder exclusivement sur l'expertise biologique et médicale ? Non. Le CCNE est indépendant et transdisciplinaire : quand le respect de la personne est en jeu, l'expertise biologique et médicale est indispensable mais n'est pas suffisante. Le CCNE est composé de 40 membres : des médecins et des biologistes, mais aussi des philosophes, des anthropologues, des sociologues, des juristes, des personnes venant de différents horizons, y compris quatre membres choisis pour leur appartenance aux grandes familles spirituelles et religieuses.

A mesure que notre réflexion collective s'élabore, elle dépasse les points de vue initiaux de chaque participant. C'est une démarche qui demande de l'humilité et implique que chacun reconnaisse qu'il a besoin de l'autre. On considère trop souvent que des avis d'experts suffisent pour décider des grands choix de notre pays. Le CCNE est un exemple intéressant qui pourrait être étendu à d'autres domaines : les enjeux des nanotechnologies, des OGM, du nucléaire, du réchauffement climatique, des choix économiques...

 

Comment faire entrer davantage la réflexion éthique dans la société civile?

Il y a sûrement un travail pédagogique important à faire pour que les démarches scientifique et éthique deviennent des composantes à part entière de notre culture. Le CCNE peut tenter de rendre ses avis non pas plus simples, mais parfois plus clairs. Non pas en effaçant la complexité, mais en clarifiant les dimensions essentielles de cette complexité. Et il y a l'animation de la réflexion publique, qui est essentielle. En 2009, durant les "états généraux de la bioéthique", des panels de citoyens tirés au sort ont réfléchi ensemble et émis des avis et recommandations d'un très grand intérêt...

Je crois qu'il n'y a pas de forme idéale d'animation de la réflexion publique. Il faut croiser différentes approches. Et les inscrire plus souvent dans une dimension internationale. En France, nous débattons trop souvent sur les questions éthiques comme si nous étions seuls au monde. Faire participer des comités d'éthique d'autres pays, notamment européens, nous aiderait à mieux élaborer nos réflexions. Et à mieux comprendre en quoi et pourquoi nous pouvons souvent faire, à partir des mêmes questions éthiques, des choix différents.

 

Le CCNE pourrait-il être plus réactif ? En 2007, le CCNE a élaboré et publié un avis sur les tests génétiques pour le regroupement familial (avis n° 100) en une journée. Mais la problématique était relativement simple. Une grande réactivité est utile dans certains cas, mais je pense que là n'est pas le rôle essentiel du comité. Enfermer le CCNE dans un rôle de lanceur d'alerte ou de réponse d'urgence serait lui ôter ce qui fait l'originalité de sa mission : faire "un pas de côté", réaliser une analyse originale et approfondie. Nous vivons dans une culture de l'instantané, nous manquons souvent de recul. La plupart des avis du CCNE ont demandé plusieurs mois de réflexion, parfois des années.

 

A six reprises entre 1984 et 2001, le CCNE a recommandé un régime d'autorisation encadrée des recherches sur l'embryon et les cellules souches embryonnaires - sans avoir été suivi par le législateur. N'est-ce pas perturbant ? Lors des états généraux de 2009, le panel de citoyens avait fait la même recommandation. Le CCNE est une autorité indépendante consultative. Il ne peut, ni ne doit, se substituer aux choix du législateur et de la société. Le rôle principal du CCNE me semble être de faire ressortir la complexité des problèmes, leurs enjeux, les contradictions éventuelles, et de clarifier au mieux les possibilités de choix. C'est la démarche que nous avons suivie en 2010 dans notre réflexion sur les recherches sur l'embryon (avis n° 112). Il est souvent arrivé que le législateur traduise très rapidement des recommandations du CCNE dans la loi. Même alors, l'existence d'une réflexion publique qui permette à la société de bien comprendre et de participer à ces choix demeure importante.

 

Vous avez dit vouloir ouvrir le CCNE à des économistes. Quel serait leur apport ? Ils nous aideraient dans nos réflexions sur trois points très importants. D'une part, à mieux prendre en compte les facteurs socio-économiques et environnementaux qui ont une influence sur l'espérance de vie et la santé, comme l'a montré l'OMS - et les moyens d'y remédier. D'autre part, à mieux apprécier la dimension économique des choix de politique de santé, avec les risques d'exclusion ou d'abandon qu'ils sont susceptibles d'induire. Enfin, ils nous aideraient à analyser les effets des politiques économiques nationales et internationales sur la santé.

 

Les réflexions éthiques, dites-vous, tendent à se focaliser sur le tout début et sur la toute fin de la vie, ce qui peut conduire à négliger un peu "le reste". Quel est pour vous ce "reste" ? Notre existence, la trame de nos jours. La vie de l'enfant, de l'adolescent, de l'adulte, de la personne âgée. Dans notre pays, deux millions d'enfants vivent aujourd'hui sous le seuil de la pauvreté, les enfants atteints de handicap sont trop souvent privés d'un accès à l'éducation, les personnes adultes et âgées privées d'accès aux soins, les personnes atteintes de maladies psychiatriques graves, abandonnées dans la rue ou enfermées en prison. Dans le monde, des millions d'enfants et de personnes adultes meurent chaque année de maladie et de faim, alors que nous avons les moyens de les sauver. "Qu'est-ce qui devrait nous tenir éveillé la nuit ?, demandait récemment le Prix Nobel d'économie Amartya Sen. Les tragédies que nous pouvons prévenir, et les injustices que nous pouvons réparer." Dans notre pays. Et dans le monde.

 

Propos recueillis par Florence Rosier

 

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 22:59

 

 

 

Elles ont entre 65 et 85 ans. Elles veulent vieillir entre femmes, en autogestion, dans le respect de l’écologie et le maintien de leurs pratiques citoyennes. Ce projet qui les réunit voit enfin le jour. Malgré les embûches administratives et politiques qui s’enchaînent…

 « Vieillir, c’est pas un boulot pour les poules mouillées ! »

Justement, Thérèse Clerc et les Babayagas de Montreuil n’ont pas froid aux yeux… Après sept années de débats et surtout de combats, la première pierre de cette maison-de-retraite-qui-n’en-est-pas-une a été posée en décembre 2009 autour de ces vieilles dames pas comme les autres : elles, elles refusent de faire partie de la cohorte de ces 17 millions de vieux qui constituent « un marché juteux pour les gériatres en tous genres et l’industrie pharmaceutique ».

Pour comprendre l’esprit du projet, un retour en arrière s’impose.

Comment l’inspiration vint à Thérèse Clerc…

Lorsque Thérèse Clerc perd ses parents, au début des années 90, cela fait plusieurs années déjà qu’ils sont dépendants et qu’elle s’occupe d’eux au quotidien. C’est peu de temps après leur mort, encore émue de les avoir vus se dégrader ainsi et d’avoir dû affronter seule l’organisation d’un quotidien très lourd, qu’elle se promet d’épargner cette charge à ses propres enfants et que lui vient l’idée d’une maison de retraite différente. La Babayaga, c’est cette sorcière des contes russes qui vit au fond de la forêt, dans une maison perchée sur des pattes de poulet, et qui parfois va jusqu’à dévorer les petits enfants… Cet emblème de vieille dame indigne convient parfaitement à l’auteure du projet d’une maison « pour femmes vieillissantes voulant se prendre en charge elles-mêmes jusqu’au bout ». Pourquoi des femmes seulement, à l’heure où l’on prône la non-discrimination tous azimuts ? Parce que, répond-elle avec facétie, à leur âge, « tous les hommes sont morts ! ». Plus sérieusement, c’est l’esprit même de solidarité totale, et de l’intimité qu’elle implique, entre les habitantes, qui implique la non-mixité.

Avec deux vieilles copines, qui partagent son long passé de militante, et qui ont aussi connu la douloureuse expérience d’accompagner leurs parents en fin de vie, Thérèse Clerc présente en 2000 l’idée à de nombreux responsables politiques et institutionnels ; sans doute effrayés par la modernité du projet, ils les remercient tous poliment.

Il faudra attendre la canicule de 2003 et l’hécatombe de vieux - 11 000 décès en trois semaines - pour que les  hommes politiques ressortent le projet des Babayagas du tiroir… L’idée devient tout d’un coup séduisante : « ne restait » alors plus qu’à résoudre toutes les questions administratives et boucler le montage financier, soit neuf années de combats.

Un projet pour vieilles qui décoiffe…

La Maison des Babayagas, c’est une anti-maison de retraite où tout est prévu pour éviter d’être « emmurées vivantes » : le combat d’Antigone, certes, mais surtout pas sa fin tragique !

Dans le modèle classique, la maison de retraite se compose de parties collectives de type hôtelier et d’espaces privatifs inspirés du monde hospitalier ; les Babayagas, elles, seront tout simplement locataires de l’Office des HLM de Montreuil, qui réalise la construction, pour des loyers modulables de 250 à 700 euros en fonction de leurs ressources. C’est l’ancien député-maire de Montreuil, Jean-Pierre Brard, qui a cédé le terrain de 700 mètres carrés en plein centre-ville. Le petit immeuble de trois étages se compose de 20 studios de 25 à 35m2 avec cuisine et salle de bains et d’espaces collectifs (terrasse pour jardinage, bibliothèque, ateliers pour les artistes, salles de conférences et de réunion). Originalité supplémentaire : l’architecte a travaillé dès le début avec les futures locataires, prenant en compte leurs désirs et leurs besoins, ce qui est en soi une première pour l’OPHLM…

 

Une maison de retraite autogérée, solidaire et citoyenne.

- Maison autogérée puisque les locataires n’auront ni directrice ni organisme de tutelle, et donc pas de hiérarchie ni de personnel coûteux. Juste une médiatrice déjà budgétée pour résoudre les inévitables conflits de ces vieilles dames au verbe toujours animé! Tout se décidera démocratiquement par des habitantes responsables qui prendront en charge tous les aspects de la vie quotidienne.

- Maison solidaire puisque l’idée est de mettre en place une « tontine », une caisse commune permettant d’aider celles qui ont des difficultés financières, et surtout d’établir une solidarité personnelle pour pallier les inévitables faiblesses des corps vieillissants et de s’aider, comme le dit pudiquement Thérèse Clerc, «à franchir l’ultime passage dans la tendresse ».

Voilà des retraitées qui ne coûteront rien à la société puisque, simples locataires, elles gèreront seules et ensemble tous les aspects de leur vie. Et lorsqu’elles auront besoin de soins ou d’aide particulière, elles bénéficieront du système prévu pour tous.

- Maison citoyenne, enfin, puisque toutes ces femmes refusent de se laisser enfermer dans des « ghettos pour personnes âgées ». Les Babayagas veulent une maison ouverte sur la cité : ouverte aux jeunes femmes en manque d’une nécessaire transmission, aux migrantes, aux habitants du quartier pour de joyeux dîners. Les Babayagas veulent surtout impulser une réflexion sur toutes les questions de la vieillesse à travers UNISAVIE (l’Université du Savoir des Vieux), réunissant autour d’elles des experts et des spécialistes pour un échange pluridisciplinaire : anthropologues, sociologues, économistes et philosophes se pressent déjà auprès des Babayagas dans l’esprit des groupes Balint des années 70. La Maison des Babayagas est avant tout « un projet destiné à changer le regard sur les vieux » pour passer de l’habituelle sollicitude à une réflexion et à une attitude citoyenne.

Pendant la construction du bâtiment, les Babayagas sont parties plusieurs fois « en colonie de vacances » pour expérimenter toutes les facettes de ce vivre ensemble qu’elles innovent et peaufiner tous les aspects de leur projet, à St Bris Vineux, dans l’Yonne, dans un domaine qui appartient à la Ville de Montreuil.

Dans ce cadre verdoyant et serein, elles ont à chaque fois pratiqué pendant quelques jours la vie en communauté tout en continuant à travailler à la rédaction de leur charte. 

La mère porteuse du projet, c’est Thérèse Clerc. C’est elle qui, depuis une dizaine d’années, court inlassablement les bureaux et les ministères pour faire exister ce projet. Elle qui partout, dans les media comme dans les régions où des maisons des Babayagas sont en gestation, parle encore et encore du bien vieillir entre soi, dans le refus de l’infantilisation et du consumérisme qui menacent les personnes âgées. Thérèse est belle et intelligente, et pas mal cabotine. Elle aime Mozart et l’utopie d’Ernst Bloch. Les fringues aussi. Et les hommes et les femmes. Le collectif est le maître-mot de sa vie et, en imaginant la maison des Babayagas, elle barre la route à ce « rétrécissement » des vieux qui s’éloignent de la vraie vie et ne sont plus des citoyens.

 

Bientôt dans les murs…

Les premières locataires ont commencé à emménager dans la maison en octobre. Mais Thérèse Clerc n’en fait pas partie. Non qu’elle quitte le navire au moment de la mise à l’eau. Mais voilà, l’Office de HLM, après s’être montré enthousiaste pour ce projet innovant, est pris d’une frilosité de dernière minute et revient à un fonctionnement traditionnel. Thérèse est propriétaire de son petit appartement montreuillois et ne souhaite pas le vendre. Or l’Office n’accepte jamais les dossiers de propriétaires : ce bâtiment pourtant pas comme les autres se trouve maintenant soumis à la législation habituelle des HLM.

Terminée l’innovation. Retour au règlement. Thérèse Clerc et deux ou trois autres de ses camarades se voient ainsi refuser l’accès à la Maison des Babayagas qu’elles ont imaginée et créée de toutes pièces.

Manque de courage et de conscience politique ? Retour à un conformisme rassurant ? Cela en dit long sur une société qui souhaite innover sans vouloir toucher à rien…

Qu’importe ! Les « exclues » seront des Babayagas hors les murs, actives à travers UNISAVIE : cette Université du Savoir des Vieux proposera, à partir de janvier 2013, de nombreuses rencontres autour de la question de la vieillesse citoyenne et heureuse.

« Vieillir vieux, c’est bien », dit Thérèse Clerc d’un air gourmand. « Vieillir bien, c’est mieux ! » Ce n’est pas un règlement rebidouillé à la dernière minute pour freiner l’innovation qui empêchera ces vieilles d’avancer…

Danielle Michel-Chich  -  Egalité

 

 

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 19:31

 

 
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La famille Johnson - Thomas J. Story

La famille Johnson - @ Thomas J. Story

Béa Johnson et sa famille sont connus Outre Atlantique pour un défi qu’ils relèvent depuis trois ans : vivre sans générer de déchets.

Pourquoi ce choix ? Comment s’organise leur quotidien ? Alors que la semaine de réduction des déchets se termine aujourd'hui, j’ai voulu en savoir plus.

 

Une consommation vide de sens

Béa Johnson Zero Waste Home

Béa Johnson est française. Originaire d’Avignon, elle est arrivée aux Etats-Unis en tant que fille au pair. Elle y a rencontré son mari et n’est jamais repartie, adoptant alors le mode de vie américain : grosse maison, 4x4, chien, etc. Pendant sept ans, la jeune femme s’est bercée d’illusions dans le soi-disant bonheur offert par l’hyperconsommation : "au bout d’un moment j’ai ressenti un grand vide, un profond malaise et une immense insatisfaction, comme si une partie de moi mourrait" m’a-t-elle confié il y a plus d’un an.


Zero Waste HomeC’est alors qu’elle persuade son mari de déménager
, d’aller vivre à l’extérieur de cette immense agglomération qu'est San Francisco : ils choisissent Mill Valley, dans la banlieue nord, à côté de Sausalito. Tout est plus proche mais aussi plus cher, dans cette bourgade aisée, si bien que les Johnson mettent deux ans avant de trouver une demeure à leur goût. Deux ans pendant lesquels ils vivent en appartement, en laissant la majorité de leur mobilier dans un garde-meubles. Ils constatent alors à quel point le strict nécessaire leur suffit au quotidien. "L’expérience nous a plu, le reste s’est révélé superflu : on a tout vendu pour s’installer dans une maison deux fois plus petite qu’avant, on a donné tout ce dont nous n’avions plus l’usage, et nous avons entamé une nouvelle vie, avec peu de choses", se souvient-elle.

Avec le temps, Béa Johnson s’enrichit de ce dont elle s’allège. Son mari, Scott, ne ressent pas le changement de la même manière : pour lui, c’est surtout le temps retrouvé qui compte. "Le moins on a, le plus on passe du temps ensemble, à faire ce que l’on a envie de faire", analyse la jeune femme que vous pouvez voir témoigner avec ses proches dans la vidéo suivante:

 

 

Un quotidien sans déchet

Forts de cette prise de conscience, les Johnson commencent à s’informer et à se documenter sur l’écologie, le désencombrement, la sobriété heureuse. Béa ouvre un blog pour partager leur expérience et échanger avec d’autres sur leur changement de mode de vie. Aujourd'hui, ils ne génèrent que quelques poignées de détritus par an.

Cuisine Zero Waste HomeAu quotidien, ils revoient leurs habitudes, scrutant chaque détail, évaluant chaque besoin, raisonnant chaque envie. Pour faire les courses, Béa s’approvisionne dans des magasins où il est possible d’acheter les produits en vrac (grains, céréales, farines, quelques goûters). Elle a confectionné des sacs en tissu sur lesquels elle a inscrit le poids du sac : lors du passage en caisse, il suffit alors de peser et de déduire le poids du contenant. Elle utilise aussi des bocaux en verre de un litre dans lesquels elle met du fromage, de la viande, du poisson, de la charcuterie, et réserve le dernier pour les envies du moment (olives, miel ou huile). Depuis, sa cuisine est remplie de bocaux en verre dans lesquels sont entreposées les denrées alimentaires.

Les cosmétiques font partie, avec les médicaments et le nécessaire de bricolage, des éléments les plus difficiles à gérer sans déchets : tout est sur-emballés, alors il faut ruser.

Salle de bain Zero Waste HomeDans la salle de bain, le plus dur fut de supprimer la poubelle. Béa a remplacé les cotons par des lingettes lavables. Elle produit elle-même les cosmétiques et produits d’hygiène, et n’utilise plus que quatre produits de beauté : une crème de jour pour le visage, une crème de protection solaire, du mascara et du khol pour les yeux. Pour les joues, un peu de chocolat en poudre suffit ; pour les lèvres, elle fabrique son propre baume à base de cire d’abeille et d’huile de sésame, "qui ne sent pas et concentre beaucoup de vitamine E". Naturellement, shampoing, démêlant et savon sont achetés en vrac.

Garde Robe Zero Waste HomePour les vêtements, Béa s’est inspiré de son passage dans une école de mode pour choisir des habits utilisables d’une saison sur l’autre, d’une occasion à l’autre. Aussi possède-t-elle exactement trois robes, deux jupes, trois pantalons, un short, trois pulls, sept hauts, six paires de chaussures (dont une paire de chaussons), sept culottes, quelques paires de chaussettes et collants, et un soutien-gorge. "Ma robe peut être mise sur un jean, ou sans rien, avec un t-shirt ou non", explique-t-elle.

master Zero Waste HomeLes séances de shopping se déroulent deux fois par an : "à la mi-avril par exemple, la saison change et j’en profite pour renouveler ce qui doit être remplacé. Je vais généralement dans un magasin de fripes où je trouve tout ce qu’il faut pour les enfants, trois quart de ce qu’il me faut et la moitié de ce qu’il faut pour Scott." Pour les costumes, elle achète du neuf de bonne qualité. Idem pour son jean et ses chaussures, qu’elle maximise pour un usage en toute saison. Sans oublier que les couleurs sont choisies pour être facilement assorties.

Salon Zero Waste HomeLa moitié de l'ameublement est issus de récup', le reste a été acheté neuf et de qualité, pour durer. "Nous avons une télévision pour regarder des films, les photos et écouter la radio. Il n'y a pas de console, mais un ordinateur. Les enfants, Max et Léo, trouvent ça mieux de vivre avec moins: c'est moins dur à nettoyer et ranger. Ils ont progressivement réduit les jouets, et cela est devenu naturel pour eux". Ils louent beaucoup de films et de livres à la bibliothèque.

Refuser avant tout

Zero Waste Home MarchesAussi Béa insiste-t-elle en permanence sur le besoin de refuser et réduire un maximum de superflu à la source. Sa devise est d'ailleurs la suivante: "refuse, reduce, reuse, recycle, rot" (refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter). Le recyclage n’est pas LA solution pour elle, ni même le principe d’éco-conception d’un produit "qui finira encore trop souvent en déchetterie". Par son choix de vie, elle souhaite montrer à quel point il est facile de désencombrer et vivre pleinement.

Avec le temps, elle a prouvé à ses proches que ce mode de vie permettait de réaliser des économies : un tiers des dépenses pour la nourriture ont été réduites. "Les gens se disent qu’ils n’ont pas le temps et se disent que cela va coûter trop cher. Bien sûr, il faut être organisé pour y arriver. Mais après, cela prend moins de temps : on réfléchi en deux fois avant d’acheter, cela réduit les dépenses et le temps dépensés dans le superflu", résume-t-elle.

Le mieux pour en être convaincu est d'essayer, de tester pour approuver. "Le hic, c'est que les gens sont un peu flemmards et ont du mal à changer leurs habitudes", estime-t-elle. Durant l’été 2011, elle a mené l’expérience "zéro déchet" pour sa mère, qui habite dans le sud-est de France. "Ce fut facile car il y a plus de marques en France, mais la fraîcheur du vrac n’est pas toujours optimale et je n’ai guère vu de liquide type shampoing à disposition".

Aux Etats-Unis, son mode de vie a été largement relayé dans les médias. Béa Johnson intervient fréquemment pour expliquer les rudiments d'une "vie simplifiée" et travaille actuellement sur un livre à paraître en avril 2013Zero Waste Home: The Ultimate Guide to Simplifying Your Life by Reducing Your Waste.

De quoi vous inspirer ?

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 17:27

 

 

 

 

Il est le plus jeune invité du Massachusetts Institute of Technology (MIT), l'une des institutions universitaires les plus prestigieuses des Etats-Unis. Kelvin Doe a 15 ans. Il est originaire du Sierra Leone et a été repéré par un compatriote, David Sengeh, lui-même ancien élève du MIT, à l'occasion d'un concours organisé dans son pays.

Dans une tribune publiée par CNN, M. Sengeh raconte l'histoire de ce jeune homme dont la destinée a pris un tour inattendu. Kelvin Doe a l'âme bricoleuse, mais les outils lui manquent. Dans son village, qui n'a pas accès à l'électricité, il est parvenu à force de débrouille à construire une batterie à base de soda, de métal et d'acide. Ce n'était qu'une première étape.

Kelvin s'est ensuite lancé dans la confection d'un générateur en détournant un stabilisateur de tension rouillé trouvé dans une poubelle. De quoi alimenter le foyer familial en électricité et en faire profiter les voisins, qui venaient recharger leur téléphone portable, raconte M. Sengeh. Son générateur alimentera plus tard sa propre station radio, construite avec un vieux baladeur CD et une antenne, qui permet au voisinage de se brancher sur ses émissions. Kelvin Doe devient DJ Focus.

Lors du concours Innovate Salone, il se distingue parmi 300 participants et impressionne M. Sengeh, qui se démène pour qu'il participe au "Visiting Practitioner's Program" du MIT, où il passera deux semaines à échanger avec d'autres jeunes talents sur les bénéfices que peuvent avoir ses inventions pour sa communauté.

Selon M. Sengeh, "si Kevin a des talents particuliers, il n'est pas le seul jeune Sierra-Léonais prêt à saisir de telles opportunités". "Depuis Innovate Salone, j'en ai rencontré plein qui poursuivent leur rêve, explique-t-il. L'un d'eux, par exemple, fait des progrès énormes dans l'élaboration d'un robot qu'il construit dans sa propre maison."

Selon Le Figaro, Kelvin Doe planche actuellement sur une éolienne qui pourrait fournir de l'électricité à tout son village.

 

 

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 17:11

 

http://blog.imprimerie-villiere.com/2012/04/bricolage-decoration-recycler-palettes/

 

lien ici

 

25 avr

 

Une jolie maisonnette construite en palettes recyclées

La construction ou la fabrication d’objets à base de palettes de manutention est une activité qui permet de recycler un déchet tout en laissant s’exprimer sa créativité. Cette ressource est souvent gratuite, et grand nombre d’entreprises sont d’ailleurs ravies de s’en débarrasser : alors servez-vous, et laissez libre court à votre imagination grâce à notre sélection de 100 idées pour recycler des palettes !

Aménager des rangements à base de palettes

Pour le linge : une penderie / placard - une petite étagère simple pour accrocher ses cintres ou ses rubans… à quand le dressing ?

 

Pour les livres : une bibliothèque (un rangement astucieux pour les archives) - une autre bibliothèque murale bien pratique avec ses nombreuses étagères.

Pour les outils, ustensiles ou bibelots :  différentes étagères simples - un joli meuble à tiroirs.

 

Une bibliothèque murale en palettes

Créer des meubles avec des palettes

 

Pour l’entrée : un porte manteau - un second porte-manteau - un troisième très original - un meuble à chaussures - un autre meuble à chaussures, tout simple.

Pour la cuisine : un îlot central utilisable comme table d’appoint - une étagère à épices et sa version tableau (à customiser avec le menu du jour) - un meuble pour ranger ses ustensiles de cuisine - un buffet ou un vaisselier (pour les bricoleurs avertis) - une étagère / vaisselier - une étagère style bar de saloon - meuble pour habiller un lave-vaisselle.

 

Des palettes pour aménager un salon

 

Pour le salon : un rocking chair - une chaise Bordelaise - une chaise style Walden - une chaise de cuisineun fauteuil club  - une banquette canapé - une table basse - une table basse à tiroirs - des tables basses peintes et très graphiques - une table avec cornières en galva perforées - une table avec jardinière incorporée - une autre table basse / jardinièreune table avec plateau de verre - une table basse avec bordures - une table basse pilulier - une table basse avec rangement - un tutoriel pour faire une table basse avec une belle peinture (en anglais) - un meuble bas pour télé.

 

Pour la chambre : une tête de lit toute simple - une tête de lit / étagère - plusieurs lits - une table de chevet - un lit de poupée - un berceau en forme de lune - un meuble d’angle.

 

Beaucoup de créativité pour ces tables basses

Pour le bureau : un bureau / secrétaire - un autre bureau, plus massif.

Faire de la déco en utilisant des palettes

Une boîte lumineuse - un miroir - un pèle-mêle - un tableau d’artiste - un porte assiettes pour décorer la cuisine - un aménagement de salle de projection très confortable - une étagère déco.

 

Du mobilier à base de palettes pour aménager un coin cosy

Aménager ses extérieurs avec des palettes

 

Pour les clôtures : une barrière qui peut servir pour les bordures - une barrière plus travaillée - un portillon.

Pour la terrasse : une terrasse contemporaine (qui pourrait tout aussi bien être réalisée avec des palettes) - une terrasse de 4 sous - une terrasse toute simple - un coin terrasse aménagé - une terrasse estrade - un tutoriel pour fabriquer sa terrasse.

Différentes constructions de jardin : une plateforme de cabane perchée dans les arbres - des toilettes sèches.

Farniente au soleil sur une terrasse réalisée en palettes

Se fabriquer un coin cosy ou festif avec des palettes

 

Pour le farniente : Une chaise longue et un coin détente - construire une balancelle - un aménagement pour un patioun salon de jardin - un autre salon de jardin - un banc de jardin avec treillis et bacs à fleurs - un autre banc - une banquette d’extérieur - une banquette d’angle - une autre banquette - un banc avec jardinière intégrée - un tutoriel et ses plans pour fabriquer une chaise longue.

 

Pour les apéros entre amis : un bar d’extérieur et ses tabourets - un comptoir coloré à roulette style paillote - un tabouret de bar - un rangement extérieur (pour les ustensiles du barbecue) – une desserte à roulettes - une table de terrasse - un meuble plan de travail pour la plancha.

 

Un fauteuil club en palettes

Aménager son jardin avec des palettes

 

Pour le potager : un jardin en carré - un rack à laitues et autres herbes - une serre potager en carré - un potager à hauteur de main - un potager intérieur - un bac à tomates - une jardinière multifonctions.

Pour le compostage : un composteur - un autre composteur.

Pour les poules et oiseaux : un poulailler - un tutoriel pour fabriquer un poulailler - un troisième - un quatrième - un cinquième - un sixième - un poulailler qui aurait aussi bien pu être une cabane ou des toilettes sèches - un poulailler et une gallinette - un nichoir à oiseaux.

 

Idée au jardin : planter ses laitues et autres herbes dans les interstices d'une palette

 

Pour décorer : un mur végétal - une étagère à fleurs - 20 idées de murs végétaux et de jardinières - différentes tailles de jardinières - des jardinières équipées de feutre textile - une jardinière idéale pour une plante d’appartement - une autre jardinière pour les plantes d’appartement - un bac à fleurs - un bac rustique - un muret jardinière - un tutoriel pour préparer sa jardinière avant de planter.

Aménager un jardin sur son balcon

Une jardinière en escaliers - une jardinière à herbes aromatiques - un bac à aromates - un tutoriel pour faire un mur végétal sur son balcon.

 

Comment réaliser un mur végétal sur son balcon ?

Aménager son garage ou sa cave avec des palettes

 

Pour le bricolage : un établit - un autre établit - un troisième modèle (utilisé ici en extérieur pour des plantations) - un quatrième.

 

Pour le vin : un rack à vin horizontal ou un rack à vin vertical - un autre rack tout simple (pour stocker à la cave vos bouteilles de vin Bio, bien sûr).

Pour les loisirs : un raque à cannes à pêche.

 

Un établit de garage en palettes

Construire un abri ou une habitation en palettes

 

Envie d’un préau, d’une cabane en bois, d’une maisonnette ou d’un duplex : aidez-vous de ce tutoriel avec plans pour vous lancer dans la construction d’un cabanon !

 

The pallet house : un prototype de maison en palettes

Ré-utiliser des palettes au travail

 

Pour les salons professionnels : un stand - un autre stand ou mur végétal - un présentoir de fleuriste - un présentoir en palettes - un stand tout en palettes.

Pour un bureau ou un local : un aménagement complet des bureaux - une banque comptoir d’accueil - un stand de disquaire ou un magasin de chaussures - une salle d’attente.

 

Un stand en palettes pour un salon de prêt à porter

 

D’autres réalisations à base de palettes

Une trottinette - un tutoriel pour réparer un verre à pied cassé - un sapin de Noël - une rampe de vtt.

 

Un plateau télé ou pique-nique en bois de palette recyclée

Utiliser les palettes en bois de chauffage

 

 Si vous n’êtes pas bricoleur, vous pouvez utiliser les palettes comme bois de chauffage, mais attention : le bois ne doit pas être traité sinon les émanations pourraient être dangereuses (car  toxiques). Vous pouvez récupérer les clous une fois la cendre froide… rien ne se perd !

 

Se chauffer au bois... avec des palettes !

Comment démonter une palette ?

Maintenant que vous avez plein d’idées pour recycler vos palettes, voici comment bien les démonter pour récupérer les planches et les clous.

 

 

Alors, vous avez encore des idées reçues sur les palettes ?

 

D’autres articles sur le bois par nos amis de la GreenTeam


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