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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 19:09

 

 

Bastamag - Véritable libre-échange

  Par Agnès Rousseaux (2 octobre 2012)

 

Et si on changeait notre rapport à la propriété et à la consommation ? Un peu partout en France émergent des « zones de gratuité », des espaces où les rapports marchands sont abolis, de manière temporaire ou permanente. Ici les objets circulent, et les gens se parlent, en réapprenant que l’échange ne passe pas forcément par l’argent. Petit reportage à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

 

 

« Tout est vraiment gratuit ? », questionne un enfant, incrédule. Dans cette rue de Montreuil (Seine-Saint-Denis), une centaine de personnes discutent, se promènent ou explorent des piles d’objets entassés sur une dizaine de tables. La rue de Villiers est déclarée « zone de gratuité » pour tout l’après-midi. Sur les tables : vêtements et chaussures, livres et DVD, vaisselle, ordinateurs ou chauffe-biberon... Ici, chacun amène ce qu’il veut et prend ce qu’il souhaite. Tout est en accès libre. Ce n’est pas une brocante ou un vide-grenier, mais un espace non-marchand temporaire.

Ce projet est né il y a quelques années. « Lors d’un repas de quartier, nous avons lancé l’idée avec des copains, les voisins de la rue, explique Vito, l’un des organisateurs. Au début, certains n’y croyaient pas. Mais voilà, nous en sommes à la 4e édition. » « C’est une idée super simple à mettre en œuvre, décrit Samantha. Il suffit juste de demander à la Mairie que la rue soit fermée. » La différence avec un vide-grenier ? « Chacun peut déposer des objets à offrir ou proposer des services. Chacun peut prélever ce qui lui fait envie. L’idée, c’est de partager. L’idée, c’est de se rencontrer », proclament les affiches, placardées dans toute la rue.

 

Un pied-de-nez à la société de consommation

Andres est venu d’une rue voisine, avec sa famille. Ses filles n’ont rien trouvé d’intéressant. Lui a vidé une valise entière. Il souhaiterait que l’initiative ait lieu plus souvent. « On a amené beaucoup de choses. Ça part mieux qu’à un vide-grenier ! », sourit une autre participante. Plus facile de se débarrasser des objets qui n’ont plus d’utilité, pour leur offrir une deuxième vie. « Et comme c’est gratuit, on hésite moins à emporter des objets. » Sa fille semble toute contente du serre-tête rose qu’elle vient de dénicher.

 

Tout l’après-midi, les tables se vident et se regarnissent. Les objets restants en fin de journée seront amenés dans les locaux voisins du Secours populaire. Des groupes de musique se succèdent sous des barnums prêtés par le comité des fêtes de la Maison de quartier. Un bar gratuit offre boissons, radis bio, pain et confiture – selon les arrivages. Les enfants se pressent à un atelier peinture, autour d’une construction en plastique ou de vélos recyclés.

 

Donner et récupérer à la place d’acheter et jeter

Ni troc, ni obligation de réciprocité, ni charité, la zone de gratuité est un moyen utile de réduire le volume de déchets et de recycler les objets. Une façon aussi de se réapproprier l’espace public, la rue, de créer un moment convivial, entre voisins et ouvert à tous. Un pied de nez à la société de consommation. Un espace soustrait aux rapports marchands, qui vient interroger chacun sur le don, l’argent, la propriété. « Les valeurs Acheter - Jeter sont remplacées par les joies du Donner - Récupérer », expliquaient les organisateurs lors de la première édition.

Ces zones de gratuité essaiment un peu partout en France et dans le monde. Zones temporaires ou permanentes, sur un bout de trottoir, dans des locaux d’une association, dans une cage d’escalier ou par un caddie gratuit laissé au bord d’une route. Certaines fonctionnent sur le don définitif, d’autres invitent à faire circuler les objets, devenus SPF (Sans propriétaire fixe). Dans d’autres lieux, on imagine des « zones d’objets mutualisés et empruntables » (ZOME), où les objets peuvent être empruntés, ou achetés collectivement pour être ensuite utilisés par tous. Des lieux qui invitent à renverser notre rapport à la propriété et à la consommation. Tout en répondant à un besoin urgent et concret, par ces temps de crise. A Montreuil, ils sont aussi nombreux à venir profiter de ces produits qu’ils ne peuvent se permettre d’acheter. Au bout de la rue de Villiers, deux femmes arrivent en vélo. « C’est bien ici la zone de libre-échange ? » demande l’une d’elle. Une zone, en tout cas, qui bouscule nos imaginaires.

 

Agnès Rousseaux

@AgnesRousseaux sur twitter

 

Quelques zones de gratuité en France :
- Un répertoire des zones de gratuité
- A Courçon (Poitou-Charentes)
- Dans le Royans (Rhône-Alpes)
- Dans le Morbihan
- A Brest
- A Rennes
- A Grenoble

Voir le reportage vidéo réalisé sur la Zone de gratuité de Montreuil en 2009, par Les instants volés :

 

 

Photos : Agnès Rousseaux

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 17:35

 

Rue89 -  Le grand entretien 27/10/2012 à 17h25
Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

 

 

 

Co-auteur d’un essai sur l’expérience de gratuité des transports publics à Aubagne, le philosophe et dramaturge Jean-Louis Sagot-Duvauroux réfléchit au sens de la gratuité comme alternative à une société de plus en plus marchande.

 


Une personne déchirant un billet d’un dollar (Images Money/Flickr/CC)

 

Jean-Louis Sagot-Duvauroux passe une bonne partie de son temps, comme dramaturge au sein d’une compagnie de théâtre malienne, Blonba.

Il est aussi, en tant que philosophe, le co-auteur de « Voyageurs sans ticket. Liberté Egalité Gratuité. Une expérience sociale à Aubagne » (éd. Au diable Vauvert).

Depuis la chute du système communiste, cet auteur de nombreux essais (notamment le best-seller « On ne naît pas noir, on le devient », Albin Michel) cherche « les vraies transformations qui ne produisent pas de la tyrannie ».

Electeur assumé du Front de gauche, il aimerait surtout que la gauche française « se pose un peu plus la question de l’alternative réelle au système capitaliste en place ».

 


Jean-Louis Sagot-Duvauroux (Gilles Perrin)

 

Rue89 : Pour commencer, une question qui peut ressembler à un sujet de bac philo : quelle est la valeur de la gratuité ?

Jean-Louis Sagot Duvauroux : La gratuité, c’est ce à quoi on accorde le plus d’importance dans nos vies. Par exemple, si je suis père de famille et enseignant, le fait de s’occuper des enfants des autres aura moins de valeur que de s’occuper du mien.

Ce qui est sans prix a plus d’importance que ce qui est évaluable financièrement. C’est brouillé par une obnubilation du marché. On a l’impression que ce qui n’est pas payant est sans valeur, mais en fait le sens de notre existence est sans prix.

Quand les gens se suicident au travail, ce n’est pas parce qu’ils ont des petits salaires, mais parce que leur activité n’a plus de sens. Si on supprime le sens, on supprime la vie. Les aspects essentiels de l’existence (l’amour, la santé, la haine...) ne s’évaluent pas monétairement.

Pourtant, la gratuité n’est pas dans l’air du temps, écrivez-vous....

La gratuité nous entoure en permanence : le trottoir, le lampadaire, l’école, les parcs, la PMI... tout cela est gratuit au sens de « chacun selon ses besoins » (et non selon ses moyens). Disons que l’accès à ces biens est sorti du rapport marchand.

En anglais, on dit « free », libre. Mais en français le mot « gratuit » a un sens étymologique religieux : c’est « Dieu nous a donné la grâce », la vie, sans demander de rétribution.

La gratuité recule aujourd’hui dans l’école ou la santé …

Mais la partie inaliénable du temps humain, le temps libre, est plus important que jamais. Des lois (congés payés, 35 heures) ont acté cela, c’est un progrès considérable.

Le libéralisme dominant défend l’idée que le marché est la meilleure façon possible de gérer des biens. Les ultra-libéraux disent même que la police pourrait être un bien marchand, cherchent à mordre sur la part gratuite relativement importante de nos existences.

Si intérieurement, on sait se servir en permanence de la sphère marchande et non-marchande, les actions de la sphère marchande ont pris une valeur obnubilante.

A Aubagne, des élus communistes ont décidé de mener une action un peu anti-sarkozyste, en instaurant la gratuité des transports en commun. En pleine époque du « travailler plus pour gagner plus », c’était totalement à contre-courant...

Les élus ont en effet voulu trancher avec le système, à la différence de la vingtaine d’autres collectivités qui ont instauré cette mesure, et l’avaient fait plutôt pour des raisons techniques.

On constate que quand on sort du rapport marchand aux transports publics, on lève les freins à la hausse de la fréquentation.

Partout où les transports sont gratuits, la fréquentation des transports en commun augmente, ça crée de la productivité. Sans compter que l’investissement public a diminué par deux, un déplacement coûtait 4 euros à la collectivité, il en coûte un peu plus de 2 euros maintenant.

La gratuité, en provoquant la disparition du contrôle, a-t-elle modifié le rapport entre les gens dans l’espace public ?

 


Couverture du livre

 

Oui et c’est un élément très important. Trop souvent, les politiques abordent les questions de sécurité de façon binaire : il y a des délinquants, il faut des caméras et des policiers. Mais les caméras n’ont jamais fait baisser la délinquance !

La gratuité des transports en commun a rendu le travail du chauffeur beaucoup moins angoissant : il n’a plus de caisse à garder, il n’a plus qu’à faire l’essentiel, transporter ses concitoyens d’un endroit à un autre, leur rendre service.

Quand le Sybdicat des transports en Ile-de-France (Stif) instaure la gratuité le week-end, cela crée un sentiment de liberté et fait baisser la délinquance.

Quand les gens sont rendus à eux mêmes, on voit que globalement ils ne sont pas si méchants qu’on veut bien le dire.

Alors que quand un gamin passe sans payer devant le chauffeur, il y a quelque chose d’humiliant pour le chauffeur, de désagréable pour tout le monde. Si vous supprimez ça, l’espace public devient plus agréable et convivial. Ça ne résoud pas tous les problèmes mais on constate que globalement, les tensions inter-générationnelles à Aubagne ont été supprimées.

Aujourd’hui, on voit que l’école est de moins en moins gratuite.

L’école est surtout confrontée au problème de la ségrégation sociale et du coup, l’école publique est gratuite pour les pauvres, elle devient une école sociale, et non plus l’école de tous, où pauvres et riches ont le même avantage. Quand l’école devient une école de seconde catégorie, ceux qui ont de l’argent vont dans dans une école non gratuite.

La gauche critique parfois l’expérience d’Aubagne en disant qu’il n’y a pas de raison d’avantager les riches. Moi je réponds : il faut des endroits dans la société où il n’y a plus de différence entre riches et pauvres. La gratuité, c’est de donner aux gens un droit. Ensuite libre à eux de l’exercer selon leur bon vouloir. On pourrait imaginer un droit au téléphone, par exemple.

Va-t-on vers une extension des zones de gratuité d’après vous ?

Le mouvement global va contre la gratuité, et pourtant, la gratuité est rentrée dans le champ social et politique. On voit le succès d’audience de Paul Ariès, et de certaines de ses propositions comme la gratuité de l’eau vitale.

Je trouve intéressante l’idée d’une sécurité sociale du logement qui permettrait, en cas de perte d’emploi ou de dépression, de ne pas être chassé de son logement.

Certaines villes proposent la gratuité des obsèques, et je trouve qu’éviter aux gens de négocier la qualité du cercueil quand ils viennent de perdre un proche, c’est très humain et civilisant.

Comment à travers la gratuité favoriser des comportements plus écologiques (en rendant payant les mésusages, comme le suggère Paul Ariès) ?

L’idée qu’on a le droit de vivre dans une planète qui ne se flingue pas (et que peut-être il faut préférer mettre de l’argent dans les transports en commun) se met dans les têtes peu à peu. Cela a surgi à la conscience les vingt dernières années, et rejoint d’autres milieux sociaux.

Aubagne est une expérience très localisée mais qui donne à penser au niveau beaucoup plus large. « Think globally, act locally », disent les altermondialistes.

Si beaucoup d’actions se font comme ça, Sarkozy comme Hollande devront en tenir compte.

 

 

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 20:44

 

Agoravox - par Citoyens en Transition (son site) jeudi 25 octobre 2012

 

 

Né de l’envie de nouer des contacts directs avec des personnes entreprenantes, novatrices et collaborant avec la nature, Cycloasis est le projet pour lequel Ans, l'auteur de ce texte, a pris un congé sabbatique. Rencontré sur le web, Ans s'est rapprochée d'autres voyageurs en transition pour partager ses rencontres en Français.

Ce fut en fait lors du voyage Cycloasis que plusieurs français me signalèrent cet étonnant projet situé en Belgique, à Mouscron. Une ancienne ville industrielle près de la frontière française, pas très loin.

 

De retour en Belgique j'étais curieuse, et visitais donc cet extraordinaire exemple de comment un simple jardin peut devenir à ce point productif, et avec cependant si peu [d'externalités négatives] ! Gilbert et Josine, désormais retraités, s'en occupent depuis plus de 35 ans. Ce fut en fait le chômage qui a tout changé.

Comme des milliers d'autres ouvriers de cette ancienne région industrielle, Gilbert fut licencié dans les années 1970, et cherchait à exercer une activité et un moyen de joindre les deux bouts. Et faire pousser sa propre nourriture est un moyen de reprendre les choses en main et de créer de l'autonomie, comme je l'ai appris de Pierre Rahbi, des Baronnets, et de tant d'autres au cours du parcours de Cycloasis. Bientôt le jardinage devint une véritable passion pour le couple. Josine et Gilbert, qui s'étaient auparavant engagés en tant que volontaires dans des projets en Amérique du Sud, créèrent l'association « Les Fraternités Ouvrières ». Cette association est en fait un prolongement de leur travail et de leurs activités sociales qui visaient à permettre à chacun l'accès à une nourriture saine et diversifiée, tout en rendant les gens moins dépendants. L'idée est que la nourriture biologique n'est pas un luxe accessible seulement aux riches. Une nourriture saine, colorée, goûteuse, ayant poussé de façon écologique, est un droit pour chacun. Solidarité, équité et écologie forment le noyau du travail de ces volontaires des Fraternités Ouvrières.

La permaculture attire les premiers volontaires, hommes puis femmes

Une magnifique preuve qu'une production alimentaire de qualité peut prendre place n'importe où, y compris au beau milieu d'une ville dans seulement 1800 mètres carrés ! En plus du projet dans leur propre jardin, le groupe a récemment débuté, sur un terrain proche, un potager de 6500 mètres carrés avec six familles (12 à 15 personnes) pratiquant également la permaculture.

Josine m'a expliqué que leur projet de jardin a évolué en fonction du progrès des connaissances en éco-jardinage. Au tout début c'était un groupe de 15 hommes qui s'impliquait dans le jardin. C'était à l'époque où le jardinage consistait encore à creuser et labourer. Du travail de force, en accord avec l'état des connaissances d'alors. Alors, dit-elle avec un pétillement dans les yeux, « lorsque nous avons appris la permaculture, qui revient à remuer et interférer avec le sol aussi peu que nécessaire, les femmes aussi devinrent intéressées et actives ».

Ne faites pas ce que disent les livres !

Le volontaire qui nous guide répond souvent avec un sourire lorsque les visiteurs font référence à ce qui est écrit dans les livres et demandent comment c'est appliqué ici. Il répond alors : « Vous avez raison, mais Gilbert souvent ne fait pas ce qui est écrit dans les livres ! »

1. Le jardin dans son ensemble est basé sur le principe de la non rotation des cultures. Entre les arbres il y a de la place pour une énorme quantité de légumes, herbes, plantes aromatiques, etc., qui se suivent les unes les autres dans des cycles logiques de cultures d'été et d'hiver. Le sol n'est pas retourné. De même dans une serre où poussent tomates, patates et aubergines, ces cultures se portent en fait mieux sans rotation, contrairement à ce qui est souvent dit. Parmi ce qu'ils ne font pas non plus, couper les branches des plants de tomates

2. Les arbres fruitiers sont taillés en pleine saison, encore porteurs de toutes leurs feuilles, entre l'été et septembre. Il y a plusieurs avantages à procéder ainsi. Premièrement vous voyez quel est le plant que vous coupez, ce qui est plus difficile en hiver lorsque les feuilles sont tombées ! Deuxièmement, pour réduire l'effet des premiers pucerons qui arrivent en été, formant des taches de miellat sur les feuilles. Ceci évite également que les arbres grandissent trop et utilisent l'énergie pour leur propre croissance plutôt que pour produire des fruits. Troisièmement, une fois les plaies de coupe cicatrisées (ce qui se produit plus rapidement par temps chaud), elles ne retiennent pas seulement la sève des branches, [mais aussi modifient leur concentration d'un liquide plein d'azote vers quelque chose de plus solide]. Ce dernier état n'est pas apprécié des pucerons, qui vont mourir. Les arbres sont alors mieux protégés et pourront produire une grande quantité de fruits ! Les coupes de branches sont laissées comme fertilisant sur le sol.

Les secrets de cette riche jungle verte

Les premiers pas dans ce jardin produisent une impression écrasante – il s'agit d'une jungle verte ! La manière dont les choses y sont organisées ne doit rien au hasard. Sur l'extérieur du jardin des arbres fruitiers ont été plantés. Ils protègent les plantes du jardin intérieur du vent et de la pluie. Cela fait que ce jardin dense profite d'un micro-climat permettant à de nombreuses espèces différentes de pousser et de se protéger mutuellement des maladies, du vent, du froid, etc. En hiver la température est plus élevée de 3 à 5°C que la moyenne, et en été le jardin est légèrement plus frais et plus humide. Le sol, source de toute cette richesse, est non seulement mieux protégé, mais aussi évapore moins. Il n'y a donc pas besoin d'arrosage !

Le nombre de plantes différentes est incroyable – la biodiversité à son maximum dans un jardin citadin ! Pommes, poires, prunes, abricots, figues, cerises, raisin, kiwis, divers variétés de fruits rouges, toutes sortes de légumes, etc., poussent ici. Il y a aussi de la place pour un petit bassin qui attire des insectes et des grenouilles. En outre ils utilisent différents types de serres. L'une d'entre elles, particulièrement remarquable, est nommée "californienne".

Les murs de verre sont construits au dessus d'un bassin d'eau, pouvant même contenir des poissons. Cette masse d'eau créée un micro-climat permettant un contrôle de la température, qui protège les graines semées dans les pots du froid en hiver, et les refroidit en été. La végétation extérieure est positionnée de façon à permettre au soleil d'entrer en hiver, et de recouvrir la serre en été.

La cerise sur le gâteau de toute l'agro-écologie !

 

Les chiffres stupéfiants de ce riche jardin forestier laisse n'importe qui sidéré. - 395 pommiers de 312 variétés différentes, - 81 pruniers de 69 variétés différentes, - 127 vignes dans 82 variétés, - 41 figuiers dans 35 variétés, - 82 espèces d'agrumes, - 50 espèces de framboisiers, - etc. etc. etc. Au total ont été planté plus de 2000 arbres et arbres fruitiers, de plus de 1300 variétés !

Partager un trésor de connaissances

 
Dès 1978 ils commencèrent à donner des cours sur le jardinage responsable. Le partage d'expériences est au cœur de ce couple amical et remarquable. Déjà 8000 personnes ont suivi ces cours. Ils organisent des ateliers sur le jardinage, la cuisine, la confection du pain, etc., ainsi que des cycles de conférences et des groupes de réflexion sur diverses questions sociétales. Au fil des années, presque chaque dimanche, les gens peuvent suivre des cours sur la permaculture. Chaque jeudi après-midi ils font porte ouverte (en réalité les portes ne sont jamais fermées !) et les gens peuvent visiter librement le jardin. Depuis l'année dernière ils ont reçu 2000 visiteurs, de différents pays. Cela montre l'intérêt croissant pour ce type de jardinage.

 

Cette maison contient un trésor de Vie – des GRAINES. Quatre murs recouverts jusqu'au plafond d'étagères supportent une énorme quantité de graines, rangées et dénombrées avec soin. La pièce contient les graines de 5000 variétés de légumes, céréales, fleurs, plantes aromatiques et médicinales, arbres fruitiers, et espèces anciennes. Les graines proviennent de jardiniers, d'associations, et d'autres collectionneurs d'Europe et au-delà ! Une sorte de petit Kokopelli. L'Association consiste aussi en un groupe de personnes achetant collectivement, nommé "groupe d'achat", de façon à réduire le prix des différents produits agricoles et des outils nécessaires. Depuis 1980 ils ont plantés ensemble, avec à peu près 100 familles, environ 50.000 arbres fruitiers. Ce jardin est un magnifique exemple d'abondance, au sein d'un environnement citadin assez inattendu, qui lutte encore pour mettre un terme à sa précédente époque industrielle et au travail humain de "déforestation". Ce jardin d'Eden dépasse toute imagination !

Vidéos

Regardez ces vidéos et voyez de vos propres yeux cette merveilleuse "jungle" verte de fruits, de légumes et de plantes aromatiques et médicinales !

 

 

 

 

Un documentaire par Notélé productions.

 

Tous les articles sur le blog et le quotidien sur Facebook.

Traduit de l'anglais par Thomas Locquet depuis Cycloasis .

 

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 18:06

 

http://www.monquotidienautrement.com/alimentation/si-piceries-adaptaient-leurs-prix

 

Bonne valse des étiquettes pour des produits bio : l'épicerie éco-solidaire qui va ouvrir dans le Val de Marne tient compte des moyens de chacun.

 

des légumes bio et à bas prix / Flickr Morpholux 

Vous avez certainement déjà entendu parler des épiceries solidaires. Mais celle qui va ouvrir ses portes à la mi-décembre à Limeil-Brévannes, dans le Val de Marne, semble avoir franchi une étape supplémentaire. Elle cible autant les personnes en difficulté, qui bénéficieront de réductions, que les ménages aisés : les prix seront adaptés aux revenus des clients, en toute confidentialité. Et les produits proposés sont bio et locaux… 

"On ne voulait pas d'une épicerie stigmatisante"

L’épicerie fait partie d’un projet plus vaste de centre commercial responsable dans cette ville de 20 000 habitants. "Il n’y avait plus que des rideaux fermés dans ce quartier enclavé qui s’est vidé de tous ses commerces", explique Stéphane Bayet, le responsable du projet. En 2010 et en 2011, deux friperies se sont ouvertes. En décembre, ce sera le tour de l’épicerie, et elle-aussi sera une entreprise d’insertion. Elle ne proposera que des produits issus de producteurs bio et locaux. "Les acheteurs vont trouver des produits de bonne qualité à prix raisonnable, puisque les coûts des intermédiaires seront réduits grâce aux circuits courts.", souligne Stéphane Bayet. Une fois le Caddie rempli, à la caisse, chacun paie selon ses revenus, à l'abri des regards. "Le plus de notre projet, c’est qu’on ne veut pas d’une épicerie stigmatisante, on veut qu’elle soit généraliste, ouverte à tous".

Halte au triptyque pâte-riz-conserve

Pour faire ses achats, tout le monde possèdera la même carte de paiement, et la réduction se fait à la caisse, sachant que la carte des ménages aisés s’apparentera à une simple carte de fidélité. "Il s’agit de consommation responsable. Les acheteurs classiques s’y rendront pour trouver des produits de qualité sans pesticides par exemple. Et je trouve que l’aide alimentaire, c’est aussi permettre aux gens de manger mieux, de lutter contre la malbouffe en donnant la possibilité aux personnes en difficulté de manger plus sainement". Histoire de proposer autre chose que l'habituel triptyque pâte-riz-boîtes de conserve proposé par nombre d’épiceries solidaires

Comment ça fonctionne?

Derrière le concept, il y a la volonté de "prendre l’être humain dans sa globalité", et donc d’agir au cas par cas. Une coûteuse panne de voiture ? Des indemnités qui tardent à venir ? Les gens en difficulté prennent contact avec des assistantes sociales qui fixent les taux de réduction de la carte de paiement après un entretien individualisé. Tous les trois mois, le taux est révisé en fonction de la situation des personnes concernées. Outre les 300 familles RSA de la ville, le projet concerne également tous ceux qui se retrouvent confrontés à une difficulté plus ponctuelle. Les réductions iront jusqu’à 70% sur les fruits et légumes, 50% sur des produits comme le sel ou l’huile et 30% sur les produits d’hygiène, ceux qui sont facilement trouvables chez les hards discounters.

Une fois l’épicerie ouverte, pas question de se reposer. Viendra alors la mise sur les rails d’un traiteur et d’une auto école solidaire avec, comme fil d’Ariane, l’accès ou le retour à l’emploi.

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 16:43

 

Zue89 -  Le noir et le rose 19/10/2012 à 16h50

Pascal Riché | Redchef Rue89

 

Samedi, les Islandais seront consultés sur leur nouvelle Constitution. La droite parie sur une faible participation, qui mettrait fin à une aventure démocratique inédite.

 


Une porte militante, à Reykjavik, en Islande (Pascal Riché/Rue89)

 

(De Reykjavik) En janvier 2009, sur Austurvöllur, la petite place qui jouxte le petit parlement du petit pays qu’est l’Islande, des milliers de personnes tapaient sur des casseroles, un peu pour se réchauffer, surtout pour exiger le départ du gouvernement et accessoirement une nouvelle Constitution écrite par le peuple.

Il s’agissait de demander « une vraie séparation des pouvoirs, d’empêcher les élus d’agir dans leur propre intérêt, de protéger les ressources naturelles... » résume Birgitta Jonsdottir, une des leaders des manifestations, anarchiste devenue depuis députée.

Ces « révolutionnaires », qui se mobilisaient après la faillite financière complète du pays, ont eu gain de cause : le gouvernement a démissionné et le projet de Constitution a été mis sur les rails, suivant un processus constituant extrêmement participatif.

Ce samedi, près de quatre ans plus tard, les Islandais se rendent aux urnes, pour un referendum « consultatif » sur la Constitution. Six questions leur sont posées sur le nouveau texte. L’enjeu ne porte pas tant sur leurs réponses que sur le nombre de votants. Si le taux de participation à ce référendum est inférieur à 50%, le beau projet de Constitution risque de finir en fumée. Et dans le pays de l’Eyjafjöll, on sait ce que c’est qu’une grosse fumée.

Les trois étapes d’une belle aventure

Ce serait très dommage : le processus constituant a été une très belle aventure, et le texte qui en est issu est solide.

Eva Baldursdottir, une jeune juriste qui a été chargée d’encadrer le processus de A à Z, est très fière du résultat. N’est-ce pas la première fois, au monde, qu’un peuple s’approprie ainsi sa propre Constitution ? Cela s’est fait par trois voies :

  • le forum constituant,
  • l’élection de l’Assemblée constituante,
  • la participation sur Internet.
1 Le forum constituant

 

Le 6 novembre 2010, une journée de brain-storming a été organisée, impliquant des centaines de citoyens. Eva raconte :

« On a tiré au sort 1 000 personnes, de tous âges, on les a réunies dans le palais omnisport de Laugardalschöll. Elles étaient regroupées par tables de huit ou dix, pour un brain-storming d’une journée. On leur a demandé de lister les grandes valeurs de l’Islande, les grandes priorités... »

Ce fut, par exemple, « l’égalité face au droit de vote » ou le fait que les ressources naturelles (poissons, notamment) « appartiennent au peuple »...

2 L’élection de l’Assemblée constituante

 

Le 27 novembre 2010, les Islandais élisent un groupe de 25 Islandais « ordinaires » (ou à peu près) : 523 personnes se sont présentées aux suffrages, beaucoup plus que prévu.

« Un concours de beauté », a ironisé la droite. Parmi les élus, aucun ouvrier, aucun pêcheur, mais des universitaires, journalistes, médecins, responsables d’entreprise. Et un pasteur.

3 La participation sur Internet

 

Dès le départ, le travail des 25 a été rendu public, sur Internet. La transparence était totale : les Islandais pouvaient assister aux réunions, où les suivre sur YouTube. Chaque semaine, le projet de texte était publié en l’état. Chaque article étant discuté. Les Islandais pouvaient, sur une page Facebook, par e-mail ou sur Twitter, proposer des amendements, faire de nouvelles propositions, demander des éclaircissements. Les membres du Conseil constituant répondaient aux remarques des internautes...

En trois mois, sur le site du Conseil ou sur les réseaux sociaux, quelque 4 000 contributions et commentaires ont été consignés. Rapporté à la population du pays (320 000 personnes), ce n’est certes pas si négligeable. Au moins, l’Islande peut se vanter d’avoir, la première, inventé la Constitution 2.0.

Le texte fut remis au parlement le 29 juillet 2011 : 114 articles répartis sur 9 chapitres. La nouvelle Constitution, si elle est adoptée un jour, modifiera sensiblement l’équilibre des pouvoirs, faisant passer l’Islande d’un régime parlementaire à un régime semi-présidentiel.

Par ailleurs, elle instaure des mécanismes démocratiques nouveaux, comme le référendum d’initiative populaire, et intègre des garanties quant aux libertés.

La droite en embuscade

Au départ, tous les partis étaient favorables à la réforme. Mais la droite a vite compris que le processus risquait de conduire à une catastrophe pour elle. Car derrière les grands principes évoqués lors du forum national se cachent de lourds enjeux politiques.

Que signifie ainsi « égalité du droit de vote » ? Actuellement, un député urbain (traduisez : de Reykjavik) représente deux fois plus d’électeurs qu’un député rural. Le résultat, c’est que jusqu’à 2008, la droite a dirigé le pays sans discontinuer depuis les années 30.

Que signifie encore « les ressources naturelles doivent appartenir au peuple » ? Les propriétaires des bateaux de pêche, qui forment la clientèle du Parti de l’indépendance, y voient une menace pour leur liberté commerciale...

Pour les deux partis de droite (le Parti de l’indépendance et le Parti progressiste), cette réforme constitutionnelle a donc vite été considérée comme une machine infernale qu’il fallait désamorcer au plus vite.

L’élection ratée de l’Assemblée constituante leur a fourni le prétexte pour ouvrir le feu. Face à la complexité du scrutin, le taux de participation fut en effet faible : 36%, un record historique d’abstention. La légitimité de cette Assemblée fut questionnée. Finalement, la Cour suprême décida d’invalider l’élection, invoquant des raisons techniques que beaucoup d’Islandais jugent assez oiseuses. Pour ne pas tout recommencer à zéro, le parlement décida de muer « l’Assemblée constituante » en simple Conseil consultatif, mais il garda à bord les 25 élus.

Depuis, les deux partis de droite contestent la légitimité de l’ensemble du processus. Et font tout pour le freiner. Il a fallu ainsi plus d’un an, après la remise du texte, avant que puisse être organisée la consultation des citoyens sur le texte constitutionnel.


Geir Haarde (Pascal Riché/Rue89)

Sur le fond du texte, les critiques sont minimes. Mais la droite conteste la façon dont il a été façonné. Exemple, ce propos de Geir Haarde, l’ancien Premier ministre chassé par la rue, qui me reçoit dans le cabinet juridique qui l’a recueilli :

« Je ne pense pas que la Constitution avait besoin d’une révision immédiate. Il y a certes des points qui doivent être modernisés. Mais le processus ordinaire, pour la réviser, est très clair.

Le parlement rédige le texte et l’approuve, puis il y a des élections parlementaires, puis une nouvelle approbation. Je ne pense pas que la façon dont le processus a été engagé débouchera sur une réussite ».

En outre, selon Haarde, qui s’est retiré de l’arène politique, les questions soumises au vote sont bizarrement formulées.

Sur ce point, il n’a pas tort.

Les six questions posées aux citoyens

Le vote « consultatif » de samedi ne portera que sur six questions :

  • « 1. Voulez-vous que les propositions du Conseil constituant servent de base à la nouvelle Constitution ? [Mais si l’on répond oui à cette question, peut-on répondre non aux autres ? ndlr.]
  • 2. Voulez-vous que, dans la nouvelle Constitution, les ressources naturelles qui ne sont pas propriété privée soient déclarées propriété de la nation ?
  • 3. Voulez-vous que figure dans la nouvelle Constitution une clause sur une Eglise nationale islandaise ? [Sans que l’on sache vraiment si cette clause prévoirait la séparation de l’Eglise et de l’Etat ou au contraire confirmerait le lien constitutionnel qui lie cette Eglise nationale protestante à l’Etat, ndlr.]
  • 4. Voulez-vous que la nouvelle Constitution autorise plus que cela n’est le cas dans la présente Constitution l’élection personnelle ?
  • 5. Voulez-vous faire figurer dans la nouvelle Constitution une clause stipulant que les voix des électeurs pèsent d’un poids égal, quel que soit leur lieu de résidence dans le pays ?
  • 6. Voulez-vous faire figurer dans la nouvelle Constitution une clause permettant à un certain pourcentage des électeurs d’exiger un referendum sur un sujet donné ? [Le projet de Constitution prévoit que 10% des citoyens puissent provoquer un référendum, ndlr.] »

Deux scénarios : le noir et le rose


Le parlement islandais (Pascal Riché/Rue89)

Une fois approuvé par le peuple, le texte constitutionnel doit être voté par le parlement une première fois avant les élections d’avril 2013, puis une seconde fois, dans des termes identiques, par le parlement issu de cette l’élection.

Le pari du Parti de l’indépendance est clair : tout faire pour que l’élection consultative du 20 octobre soit un flop en terme de participation, puis gagner les législatives d’avril 2013 et enterrer le projet. A lire les sondages, c’est une stratégie qui a du sens : les Islandais se préparent à renvoyer une majorité conservatrice à l’« Althing », leur parlement.

Autrement dit, la révolution constitutionnelle islandaise, une très belle aventure démocratique, risque de partir aux oubliettes de l’Histoire.

Si au contraire la participation est très forte, autour de 70%, aucun parti n’osera jeter le nouveau texte aux orties. Le peuple islandais aura alors réussi un coup de maître, imposant un nouveau contrat social à sa classe politique partiellement réticente...


L’aube à Reykjavik (Pascal Riché/Rue89)

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 13:19

 

 

M le magazine du Monde | 12.10.2012 à 11h55 • Mis à jour le 14.10.2012 à 12h16

Par Louise Couvelaire. Photos Chloe Dewe Mathews

 
 

 

Sur le toit du bureau de Tristram Stuart, à Londres, jardin potager et panneaux solaires. 

 

 D'UNE MAIN, IL TIENT LE GUIDON DE SON VÉLO. De l'autre, il ramasse un chou à terre. Un chou laissé pour compte, on ne sait pas trop pourquoi, auquel personne ne fait attention et dont personne ne veut, à part lui. Quelques mètres plus loin, il se penche pour attraper une grappe de bananes esseulée au fond d'un carton. Au passage, il discute avec quelques commerçants, occupés à remballer leurs stands ou pressés de vendre au rabais ce qu'il reste de leurs étals. Il est 17 h 30, l'heure de la fermeture approche, le bon moment pour faire ses emplettes à l'œil. En fin de journée, Tristram Stuart se rend régulièrement au marché de Ridley Road, à quelques pas de son bureau, dans le quartier boboïsant de Dalston, au nord-est de Londres. Il n'achète rien, il scrute le bitume et fouille les poubelles à mains nues, à l'affût de fruits et légumes invendus ou jugés invendables, et bazardés sans réfléchir. Les mauvais réflexes ont la peau dure.

Tristram Stuart ne cherche pas à se nourrir à moindres frais, il fait la démonstration du scandale qui l'horrifie et habite sa vie : le gaspillage alimentaire. "Récupérer la nourriture parfaitement comestible sur les marchés et dans les poubelles des supermarchés n'est pas la solution, précise-t-il. C'est un moyen de me faire entendre." De dire qu'elle n'aurait jamais dû être là, au rebut. Un milliard d'êtres humains souffrent de malnutrition et pourtant, un tiers de la production mondiale de nourriture est jeté, rappelle-t-il sans relâche. Un Français gaspille entre 90 et 155 kilos en moyenne chaque année. Un supermarché ou hypermarché, environ 197 tonnes. De la Grande-Bretagne aux Etats-Unis en passant par la Norvège, l'Equateur ou encore la France, ce Britannique de 35 ans aux allures de gentleman-farmer mène une lutte acharnée contre le gâchis.

Tristram Stuart avait 10 ans lorsqu'il s'est dit pour la première fois qu'il pouvait faire la différence. L'âge où, déjà très préoccupé de questions environnementales, il a pris sa plume pour écrire au gérant du McDonald's local afin de l'informer qu'il n'y mettrait plus les pieds tant que la chaîne de fast-foods ne renoncerait pas à utiliser des chlorofluorocarbures (une sous-classe de gaz fluorés responsables de la destruction de la couche d'ozone) pour fabriquer ses boîtes à hamburgers. "Deux semaines plus tard, je recevais une lettre, de la main du manager, m'indiquant que tous les McDo du monde avaient cessé d'en utiliser. J'ai cru que c'était grâce à moi !", dit-il en souriant.

 

C'est lorsque les commerçants remballent leurs marchandises que Tristram Stuart débarque au marché londonien de Ridley Road.

 

Diplômé en littérature anglaise à l'université de Cambridge et féru de biologie, il a désormais un potager dans son jardin de Londres et trois ruches, se fait livrer du lait frais trois fois par semaine et rapporte de la viande de sa ferme du Sussex tous les mois. Il met rarement les pieds dans un supermarché – "pas besoin, j'ai tout ce qu'il me faut" – et ne quitte jamais un restaurant sans doggy bag, quitte à forcer la main des restaurateurs. Il vit presque en autosuffisance mais ne réclame pas des autres qu'ils en fassent autant. Tristram Stuart n'a pas le profil du militant écolo culpabilisant qui fustige celui qui redoute de consommer son yaourt après la date de péremption et rechigne à avaler un fruit à moitié gâté. Son créneau à lui, c'est "l'éveil des consciences". Il tire la sonnette d'alarme et juge qu'il est urgent de revoir nos habitudes alimentaires et d'exiger de la grande distribution une meilleure gestion de ses rayons. Question de bon sens. "A ce rythme, nous allons mettre à sac la planète, insiste-t-il. Comment justifier que la plupart des pays européens et nord-américains gaspillent la moitié de leurs ressources alimentaires entre le moment où elles sont produites et celui où elles sont consommées ?"


 CE SAMEDI MATIN-LÀ, IL A DONNÉ RENDEZ-VOUS À UNE VINGTAINE DE VOLONTAIRES à la gare de St. Pancras. Direction le Kent, au sud de Londres. Dès que son emploi du temps le permet, il organise des "journées glanage". L'objectif ? "Récupérer auprès des exploitations agricoles les fruits et légumes rejetés par les supermarchés faute de répondre à leurs critères esthétiques arbitraires", explique-t-il. Les exigences des grandes surfaces vont bien au-delà de ce qu'imposent les législations nationales et européennes, mais ce sont elles qui dictent leurs lois. "Regardez, dit cet agriculteur du Kent en pointant du doigt ses poiriers. Ces poires sont trop petites ou leur forme est imparfaite, nos clients n'en veulent pas. Vu le cours de la poire, cela nous coûterait trop cher de les cueillir et de les transporter." Résultat, si personne n'était venu les ramasser, "on les aurait laissées pourrir sur place", reconnaît-il. Dans les bureaux de son exploitation, il a des classeurs remplis de carnets de commandes détaillant les desiderata des supermarchés : taille, circonférence, couleur, taux de sucre, aspect ciré... Ses pommes et ses poires doivent êtres "parfaites" et identiques sous peine d'être refusées. En quelques heures, la petite armée de soldats anti-gâchis récoltera plusieurs centaines de kilos de fruits destinés à un abri pour sans-logis.

 

Tristram Stuart organise régulièrement des "journées glanage". Le principe : avec des volontaires, il va cueillir dans une exploitation agricole les fruits et légumes refusés par les grandes surfaces.

 

Cela fait des années que Tristram Stuart sollicite les agriculteurs et fait le siège des supermarchés pour tenter de donner une seconde vie aux denrées alimentaires sacrifiées sur l'autel de la surconsommation. En 2009, il a lancé une opération baptisée Feeding the 5 000, un banquet gratuit pour 5 000 personnes organisé à Trafalgar Square, à Londres, préparé exclusivement avec de la nourriture destinée à la poubelle. Ont suivi les villes de Bristol, Manchester et Turin, en Italie.

Le chef cuisinier de ces festins géants s'appelle Para, Peter O'Grady de son vrai nom. Originaire de Dublin, ce quinquagénaire vêtu d'un dhotî blanc (pagne indien) et coiffé d'un choti (touffe de cheveux à l'arrière du crâne) habite la ville de Watford, située à une trentaine de kilomètres au nord de Londres, dans un manoir offert en 1973 par le guitariste des Beatles George Harrison à la communauté Hare Krishna. Six jours par semaine, à l'aube, Para prépare assez de nourriture pour ravitailler 900 sans-abri et étudiants fauchés. Uniquement grâce aux "déchets" d'un supermarché, le seul qui ait accepté qu'il "fasse ses poubelles", où il récupère dix tonnes de vivres chaque semaine. Ce matin-là, sa camionnette est remplie de barquettes de fraises, de concombres, de poivrons, d'asperges vertes, de figues, de citrons, de tomates, de beurre, de lait, de croissants et de baguettes. Difficile de comprendre au premier coup d'oeil pourquoi ces denrées ont été interdites d'étal : une tomate un peu écrasée, un emballage à peine déchiré, une date de péremption imminente... Des détails. Et pourtant suffisants pour qu'elles soient jugées impropres à la vente.

 

"Cela m'a pris deux ans pour convaincre ce supermarché d'accepter, les autres ne veulent pas en entendre parler, regrette Para. C'est plus facile pour eux de jeter." Soucieuses d'étouffer toute forme de concurrence ou effrayées à l'idée d'être poursuivies en justice pour intoxication alimentaire, certaines grandes surfaces vont même jusqu'à asperger d'ammoniaque l'intérieur des bennes afin de s'assurer que personne n'y touche. "C'est absurde, s'emporte Tristram Stuart. Il suffit de signer un contrat avec la ou les associations autorisées à glaner dans leurs poubelles pour être déchargé de toute responsabilité." Il suffirait surtout de moins produire et de mieux gérer les stocks. Certaines enseignes commencent à prendre conscience de l'ampleur des dégâts et mettent en place des opérations destinées à enrayer le gâchis : rayons à prix cassés la veille de la date de péremption, bacs discount pour fruits et légumes "imparfaits", accords avec des associations... Marks & Spencer a ainsi réduit son gaspillage de 40 % en quatre ans. D'autres en revanche refusent de s'y mettre. "Je vais aller les voir", promet Tristram à Para.

Surprenante association que ces deux-là. Si Para est un végétarien militant – "J'aimerais que les gens se soucient plus des animaux au lieu de les manger" –, Tristram Stuart, lui, est un carnivore qui fait l'apologie des abats. Il parle de cervelle frite et de tartes aux viscères. Sa devise : tout est bon dans le cochon. "Dans ce domaine, la France fait figure d'exception, les commerçants et les restaurants continuent de proposer des pieds de cochon ou des tripes, souligne-t-il. Mais ailleurs, une quantité industrielle d'abats est gaspillée." Tristram Stuart n'oubliera jamais Gudrun. Il lui a même dédicacé son second livre : Waste : Uncovering the Global Food Scandal (Gaspillage : révélations sur le scandale alimentaire mondial, éditions Penguin, bientôt traduit). C'est elle qui a inspiré son combat. Il avait 15 ans et vivait dans une ferme du Sussex. Gudrun était son premier... cochon. A l'époque, pour arrondir son argent de poche, il se lance dans un petit commerce de boucherie maison. Il fait le tour des restaurants et des boulangeries du coin, se rend à la cantine de son lycée et demande les restes pour nourrir ses animaux. Au bout de quelques semaines, il finit par partager leur repas. Une révélation : "J'ai compris que tout ce que je récupérais était tout à fait propre à la consommation des êtres humains et n'aurait jamais dû être jeté."

 

Entre les stands, il part à la recherche de fruits et légumes jetés. "J'ai toujours été perçu comme un chasseur-cueilleur", dit-il.

 

 LAURÉAT 2011 DU PRESTIGIEUX PRIX INTERNATIONAL SOPHIE pour l'environnement et le développement durable, il a reçu un chèque de 100 000 dollars, ce qui lui permet de partager un bureau avec des entreprises sociales dans un ancien entrepôt reconverti, avec panneaux solaires et jardin potager sur le toit. Consultant indépendant, il est de plus en plus sollicité par les gouvernements, les municipalités et les chaînes de la grande distribution pour les aider à mettre en place des solutions. Il a également été mandaté par la Commission européenne pour organiser des banquets aux quatre coins de l'Europe, dans le cadre d'un programme appelé Fusions visant à évaluer précisément le gaspillage et à le réduire de 50 % d'ici à 2025. La France s'empare elle aussi du sujet et s'apprête à lancer un plan anti-gâchis. "Notre objectif est de mobiliser tous les acteurs de la chaîne alimentaire, du producteur aux supermarchés, en passant par le consommateur, les associations de solidarité et les collectivités locales, explique le ministre délégué chargé de l'agroalimentaire, Guillaume Garot. Nous avons déjà rencontré les grands noms de la distribution afin de mieux organiser les stocks, optimiser les circuits de don et lutter efficacement contre les dérives de la surconsommation."

Paris sera d'ailleurs la prochaine étape de Tristram Stuart : il organise un grand festin ce samedi 13 octobre, à 13 heures, sur le parvis de l'Hôtel de Ville (1). Au menu, un gigantesque curry végétarien (la spécialité de Para), des stands de cuisine proposant des recettes anti-gâchis et, Tristram l'espère, quelques cochons pour manger les épluchures sur place. "Depuis l'épidémie de fièvre aphteuse en 2001, de nombreux pays interdisent de nourrir les animaux avec nos déchets. C'est ridicule. La loi devrait obliger les éleveurs à cuire la nourriture au lieu de les gaver de soja cultivé en Amérique du Sud, ce qui cause des dommages environnementaux inutiles et contribue chaque jour à la déforestation de la planète." Il a d'ailleurs un nouveau projet sur le feu : installer des cochons en plein coeur de Londres, à Hyde Park, afin de les nourrir aux yeux de tous avec des déchets... pour ensuite les faire rôtir ! La mission chevillée au corps, Tristram Stuart n'est pas du genre sentimental. S'il n'a pas mangé Gudrun, il a dévoré tous ses petits.

 

Avec d'autres bénévoles, comme Martina, 26 ans, il a mis sur pied un réseau qui récupère les invendus des restaurants londoniens et les distribue à l'Armée du Salut. 

 

(1) Evénement sponsorisé par Canal +. Et le 17 octobre à 20 h 50, diffusion sur la chaîne cryptée du documentaire "Global gâchis : le scandale mondial du gaspillage alimentaire".

Louise Couvelaire. Photos Chloe Dewe Mathews

 

 

 

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 17:59

 

Le jour où j’ai mangé ma peau de yaourt

 

Imaginer que les achats alimentaires de demain puissent être dénués d'emballages, ou plutôt dotés d'un conditionnement qui se mange, voilà un concept intriguant qu'on se devait de filmer pour mieux l'illustrer. Le journaliste vidéo Olivier Clairouin et moi-même nous sommes rendus pour cela au Laboratoire, "lieu d'art et de design aux frontières de la science" situé non loin de la rue du Louvre, à Paris. Notre objectif ? En savoir plus sur le projet Wikicell, dont l'ambition est de réinventer l'emballage en le rendant comestible. Rien de moins, oui oui.

 

L'emballage alimentaire qui se mange

Quand on sait que 32% des ordures ménagères sont liées aux emballages et que la quantité de nos déchets a doublé en quarante ans pour atteindre 590 kilos par personne et par an, on comprend pourquoi le gouvernement souhaite réduire de 7% la production de déchets d'ici à 2014. Ce type de produit pourrait donc bientôt faire partie de notre quotidien.

 

David Edwards, professeur à Harvard, membre des Académies nationales de technologies aux Etats-Unis et en France et fondateur du Laboratoire, s'est inspiré de la nature pour imaginer les Wikicells. Observant la structure du grain de raisin, de l'oeuf ou de la noix de coco où une coque dure protège une peau molle qui préserve de l'humidité, il a créé des bouchées de fromages, de yaourt, de glace ou de cocktail dont la pellicule extérieure se lave et se déguste comme on le ferait avec un fruit. Voyez plutôt :

Pour avoir goûté la glace, le fromage et le yaourt, je peux vous assurer que les wikicells sont vraiment délicieux. La glace m’a fait penser aux fameux rochers des réceptions de l’ambassadeur… en version plus fraîche et raffinée. Le fromage est tout simplement parfait pour l’apéro, en magnifique substitut des cubes apéritifs à languette rouge sur-emballés d’aluminium…

De multiples avantages

Concrètement, les Wikicells présentent plusieurs avantages: ils réduisent le suremballage et s’intègrent ainsi dans une série d’innovations du genre, du contenant qui se dissout à celui qui se biodégrade. Mais ils ont aussi pour avantage de générer des économies : l'emballage représente jusqu'à 20% du coût du produit fini, et David Edward affirme que les Wikicells seront économiquement plus avantageux. La peau des Wikicells est élaborée avec trois sortes de composants : des particules naturelles (comme la framboise séchée ou le chocolat en poudre) qui sont gélifiées par du calcium ou du magnésium (ions alimentaires) et agrégées avec un troisième composant mineur, des molécules consommables d'alginate ou de chitosan. "Ces composants ne coûtent pas chers" d'après le créateur, et ont le bénéfice d'être entièrement naturels.

D'un point de vue gastronomique, la voie est ouverte à d'infinies créations. Comme l'emballage se mange, il peut aussi se déguster et agrémenter de son parfum et de ses nutriments l'équilibre d'une composition culinaire. Pour le yaourt par exemple, la pellicule menthe-petits pois est succulente. En version sucrée, il est possible d'imaginer une peau banane-framboise. Pour les cocktails, pourquoi ne pas créer des bouchées d'un nouveau genre, où l'arôme de la boisson pourra être enrichie par la cellule qui le contient... à siroter à l'aide d'une paille ou à croquer d'un coup d'un seul ? Gan Bei !

David Edwards nous a d'ailleurs indiqué réfléchir à la création de wikicells pour le café: "ce produit nous intéresse beaucoup. Imaginez le nombre de tasses jetables utilisées chaque jour pour le boire ! Nous pourrions l'emballer de chocolat, de caramel, le boire avec une paille spéciale et éliminer le plastique..."

 

David Edwards Wikicells Photo: Anne-Sophie Novel

David Edwards au Laboratoire, présentant les WikiYaourt (framboises, noisette et menthe-petits pois), WikiCocktail et WikiGlaces - Photo @SoAnn

Mettre les bouchées doubles

Plusieurs obstacles doivent encore être franchis pour assurer le succès des Wikicells. A commencer par les habitudes de consommation et les questions d’hygiène, qui reviennent majoritairement dans les craintes exprimées à l’équipe du laboratoire. Mais "en allant vers la nature, il faut accepter les règles de la nature...", relève David Edwards.

Si les wikicells se passent à l’eau sans problème, il est nécessaire d’assurer la mise en place d’une logistique adaptée. Pour cela, le créateur envisage trois canaux de distribution : en supermarchés, où les produits seront vendus dans des boîtes en bagasse (résidu fibreux de la canne à sucre) biodégradable en une trentaine de jours ; mais aussi dans les enseignes de restauration rapide où un distributeur de wikicells permettra aux consommateurs de choisir la taille, le contenant et le contenu désiré. Le prototype actuel fabrique 300 wikicells à l’heure. A terme, la machine pourra créer 1000 wikicells à l’heure.

Enfin, l’équipe du laboratoire envisage également la création d’une "wikipresto", machine que nous pourrions avoir à domicile pour créer nos propres wikicells, sorte de robot ménager d’un nouveau genre en mesure de répondre à vos compositions les plus folles directement emballées à la sortie - sans que cela ne règle pour autant la question de l’emballage des ingrédients nécessaires pour les réaliser. Le terme "wiki" fait d’ailleurs référence à l’univers de possibles et au pouvoir de création que chacun pourra développer avec ce produit. Quant à savoir si la démarche pourrait être plus "ouverte" (comme un vrai "wiki"), cela n’est pas possible en raison des brevets nécessaires actuellement pour développer et certifier un produit alimentaire de grande consommation.

David Edwards négocie actuellement avec plusieurs industriels intéressés par de futures applications en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Wikicell Design, la structure qui développe le projet, a levé récemment 10 millions de dollars auprès de deux fonds de américains, Flagship Ventures et Polaris Venture Partners, pour développer ses produits qu'elle souhaite commercialiser en France et aux Etats-Unis à partir de 2013.

En Afrique du Sud, des WikiEau ont d’ores et déjà été utilisés pour apporter, via la peau des bouteilles comestibles, des vitamines et des minéraux adaptés aux populations locales.

 

Bouteille imaginée par François Azambourg Wikicell Food Design Cellulaire

Bouteille imaginée par François Azambourg

Si cela vous emballe, vous pourrez tester les wikicells dès le début de l’année 2013, directement au laboratoire. Vous m’en direz des nouvelles, ok ?

 

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 16:23

 

 Le Grande entretien 06/10/2012 à 11h20

Pascal Riché | Redchef Rue89

 

Birgitta Jonsdottir était de toutes les manifs qui ont fait chuter le pouvoir précédent. Elue, elle promeut la mobilisation « online » pour « exploiter les failles du système ».

 


Birgitta Jónsdóttir en 2011, devant le parlement islandais (Halldor Kolbeins/AFP/Getty Images)

 

(De Reykjavik) Chômage en baisse rapide, croissance qui accélère... L’Islande se remet plutôt bien de la crise financière qui l’a mise à terre en 2008 : ses trois banques s’étaient effondrées, la couronne avait plongé, le PIB avait chuté de plus de 10% pendant deux ans.

Les Islandais ont vite repris leur destin en main, forçant la chute du gouvernement (dominé par la droite), élisant un gouvernement de centre-gauche et mettant sur les rails un nouveau texte constitutionnel, selon un processus original. Le 20 octobre, ils sont invités à voter sur certains points clés de cette réforme constitutionnelle.

Derrière plusieurs des récentes initiatives démocratiques islandaises, on retrouve une femme hors du commun : Birgitta Jonsdottir, 45 ans, se définit comme une « anarchiste pratique », « poéticienne plus que politicienne ».

Elle était de toutes les manifestations pour faire tomber le gouvernement conservateur, considéré comme responsable de la crise. Elle s’est ensuite fait élire au parlement, sous l’étiquette du Mouvement, un nouveau parti qui se vante de n’avoir aucun « membre », juste une liste d’e-mails. Une fois élue, Birgitta Jonsdottir a poussé le processus constitutionnel et fait adopter une loi poussant très loin la liberté d’information, l’Initiative islandaise pour la modernisation des médias, qui l’a rendue célèbre dans le monde entier.

Elle a également défendu la cause de WikiLeaks, dont elle a été la porte-parole. La justice américaine a ordonné à Twitter de livrer aux autorités le contenu de ses échanges, dans le cadre de l’enquête ouverte sur la fuite des télégrammes diplomatiques américains. Aujourd’hui, Birgitta Jonsdottir tente de lancer en Islande un Parti des pirates.

Nous l’avons rencontrée dans son bureau du parlement (« Althing »), aux murs couverts d’articles et d’affiches liés à ses aventures militantes. L’interview s’est poursuivie dans le café Paris, en face du parlement, de l’autre côté de la place où s’étaient déroulées les manifestations fatidiques de janvier 2009.

 

Rue89 : Je sors d’une conversation avec un marin, qui a tout perdu avec la crise : son appartement, son boulot, sa femme. Il est en colère, y compris contre l’actuel gouvernement...

Birgitta Jonsdottir : C’est le destin des gouvernements de gauche de nettoyer le bordel laissé par les gouvernements de droite, puis d’être l’objet de toutes les critiques. Je dis cela alors que je ne participe pas à ce gouvernement et que je ne suis même pas « de gauche » – je ne vois pas la politique en termes de gauche et de droite.

Le problème du gouvernement, c’est qu’il n’est pas simple de reconstruire sur un terrain pourri. Il ne faut pas chercher à ressusciter l’ancien système, il faut en construire un nouveau. Prenez ce qui se passe en Europe : ils essayent de faire fonctionner un système qui est complètement « dysfonctionnel ». Cela ne peut qu’empirer, parce qu’ils ne veulent pas le reconnaître.

En Islande, nous avons un avantage : la bureaucratie est très légère, et nous avons la possibilité de changer les lois rapidement. L’Islande peut être le laboratoire de la démocratie. Nous sommes en tout cas perçus comme tel par beaucoup de gens, qui suivent avec espoir ce que nous entreprenons.

 

Mais il faudrait dissiper chez eux certaines illusions. Par exemple, si vos banques n’ont pas été sauvées, ce n’était pas vraiment un choix assumé...



Birgitta Jonsdottir lors d’une manifestation non violente, le 2 octobre 2012 (Pascal Riché/Rue89)

 

Les bonnes formules sont parfois imposées par les circonstances. Pour ce qui est des banques, le fait de les laisser tomber n’était pas volontaire. C’est arrivé uniquement parce que le gouvernement n’a pas trouvé d’argent pour les sauver : aucun autre pays n’a alors voulu lui en prêter. Cela a mis en colère beaucoup de gens, mais en réalité, ce fut la meilleure chose qui puisse nous arriver. Aujourd’hui, des gens mettent la liquidation des banques au crédit du gouvernement d’alors, mais c’est un mythe.

 

Quelles sont les idées experimentées dans le « laboratoire » islandais qui pourraient être utiles dans de plus grands pays, comme la Grèce, l’Espagne ou la France ?

Chaque pays doit trouver ses propres formules pour agir. Mais vous pouvez vous inspirer des méthodes d’action que nous utilisons. Une de ces méthodes, par exemple, c’est de chercher à exploiter les failles du système. C’est ainsi que nous avons stoppé Icesave [les Islandais ont refusé, par réferendum de rembourser les gouvernements britanniques et néerlandais pour les pertes des épargnants ayant confié leurs économies à la banque en ligne islandaise Icesave, une filiale de Landsbanki, ndlr]. Le président d’Islande a déclaré qu’il ne pouvait pas signer une loi s’il y avait un fossé trop important entre le parlement et le peuple. Il nous suffisait alors de réunir une pétition démontrant l’existence de ce fossé. C’est ainsi qu’il a dû soumettre l’accord Icesave au référendum, à deux reprises. Et que le peuple l’a rejeté deux fois. C’est ce genre d’outil légal qui peut être exploité : dans chaque pays, il faut les chercher.

Autre exemple : en dépit de toutes les promesses des partis, il n’y avait pas eu de changement de Constitution. Aujourd’hui, le processus est en marche. Certains partis nient le fait que l’initiative soit venue du peuple, mais je peux vous dire que c’est bien le cas : j’ai participé à toutes les manifestations, depuis la toute première, où nous étions une dizaine, juste après le krach : il y avait plus de journalistes étrangers que de manifestants. J’ai suivi tout le processus, et je connais l’esprit de cette réforme : il s’agit de créer une vraie séparation des pouvoirs, d’empêcher les élus d’agir dans leur propre intérêt, de protéger les ressources naturelles...

 

Cela fait longtemps que l’on parle ici de changer une Constitution léguée par le roi du Danemark...

On en parlait entre universitaires et politiciens, mais c’est la crise qui a permis d’agir. Les gens, avant, s’en fichaient un peu. Ils ne connaissaient même pas la Constitution : personne n’en possédait le texte à la maison. Mais ils ont compris qu’on avait vraiment besoin d’une telle réforme. Et la façon dont nous avons mené le processus constitutionnel est formidable. J’en suis si fière ! La Première ministre, il faut lui faire ce crédit, s’y est énormément investie.

 

Est-ce que les propositions sont vraiment venues des Islandais, comme on l’a dit ? Une réforme constitutionnelle « participative » et « online » ?

Beaucoup de gens ont proposé des amendements via Facebook ou par e-mail. Le processus était entièrement ouvert. Il y a eu d’abord un forum, avec près de 1 000 participants. Et quand 1 000 personnes participent, vous arrivez à saisir l’esprit d’une nation. Le parlement, lui, avait été incapable de conduire cette révision, car trop de politique entrait en jeu.

Cette réforme représente un petit pas vers la démocratie directe. Mais il y a encore de gros trolls sur le chemin. L’un de ces plus gros trolls est le Parti de l’indépendance [conservateur, ndlr] qui souhaite faire dérailler le processus. A l’écouter, laisser le peuple décider de sa Constitution serait inconstitutionnel !

Le mariage gay en Islande
L’Islande est le neuvième pays à avoir accepté le mariage homosexuel. Une loi a été votée en ce sens le 11 juin 2010, à l’unanimité des parlementaires. La Première ministre Johanna Sigurdardóttir a alors transformé en mariage le contrat d’union civil qui la liait à sa partenaire.

Si l’Islande peut jouer le rôle de laboratoire, c’est parce que nous sommes un microcosme : nous avons toutes les institutions d’un pays, mais nous sommes petits et nous pouvons atteindre plus rapidement, en mobilisant les citoyens, la masse critique nécessaire pour forcer des changements. Prenez par exemple l’histoire du long combat des homosexuels en Islande. J’ai des amis qui ont choisi d’émigrer parce qu’il leur était difficile de vivre ici. Aujourd’hui, c’est tellement bien accepté que la Première ministre est ouvertement gay, sans que cela ne soit plus commenté par personne. Tout le monde s’en fiche. Ce fut un long combat, avec des petits pas, mais tout à coup, clac, c’était un problème réglé. Les changements peuvent survenir très vite, car le nombre de gens à convaincre est réduit en Islande.

 

Les réformes sont-elles donc impossibles dans des pays très peuplés ?

Non, je ne les pense pas impossibles. Vous pouvez dans ces pays vous appuyer sur des communautés moins larges que la nation, par exemple.

L’une des raisons des grandes manifestations que vous connaissez en France, par exemple contre le nouveau traité européen, c’est que les gens comprennent que le système ne nous sert plus : il se sert lui-même. Et cette conviction se propage sur Internet, d’une personne à l’autre, grâce aux réseaux sociaux. Le système est devenu trop gros et il ne peut plus bouger. Regardez l’administration de la Commission européenne : 40 000 personnes, impossibles à licencier, payant des impôts très réduits. Notre démocratie a été détournée par des bureaucrates. Où sont dans cette machine les gens ordinaires ? Qui porte la voix des agriculteurs ? Des infirmières ? Des personnes âgées ?

Si l’on prend conscience de ces dérives, la transformation est possible. Nous en donnons l’exemple en Islande. Mais la taille des pays n’est pas un problème : vous pouvez aussi atteindre la masse critique dans vos pays. Et dans ce monde global, où l’information circule, vous pouvez donner l’exemple. Chacun s’observe et échange les expériences : regardez ce qu’ils ont fait en France. Ou en Egypte. Ou aux Etats-Unis...

Car personne ne veut vivre comme un esclave salarié, personne ne veut que l’avenir de ses enfants soit impossible. Personne ne peut accepter que de grands groupes comme Monsanto aient des brevets sur ce qui est dans notre panier de courses... C’est pourquoi des gens se bougent, sous diverses formes : le mouvement « Occupy », les Pirates, les Anonymous...

 

Le bon échelon, pour transformer la société, ce sont les villes ?

Oui, dans les villes, dans les quartiers, on peut faire beaucoup de choses. Ici, nous avons ainsi fait l’expérience du « meilleur Reykjavik » [une plateforme participative en ligne permettant aux citoyens de suggérer des réformes à la municipalité, ndlr]. Les cinq meilleures idées ou demandes sont examinées chaque mois, et débouchent parfois sur ces décisions. C’est une expérience brillante, même si le nombre de personnes qui utilisent la plateforme reste encore trop réduit (je suis la deuxième contributrice !) J’ai proposé qu’un pour cent du budget soit réservé par la ville aux propositions issues de cette plateforme.

Je viens d’un petit village d’environ 800 personnes, Thorlákshöfn. Tout le monde y avait un rôle, chacun participait à la communauté. Une fois arrivé en ville, vous êtes déconnecté : vous n’avez plus de rôle, vous pouvez ne jamais connaître vos voisins, vous pouvez ne jamais participer à la communauté. Il faut changer cela aujourd’hui, c’est important compte tenu des menaces qui pèsent sur l’environnement, sur la sécurité alimentaire, etc. Il faut regagner le contrôle de nos vies. On peut agir en développant les initiatives collectives. Exemple tout bête : pourquoi aurait-on besoin d’une tondeuse à gazon dans chaque maison ? Grâce à Internet, agir ensemble n’est plus une utopie.

 

Internet et les nouveaux outils technologiques suffisent-ils pour recréer de telles communautés ?



Birgitta Jonsdottir manifeste à Reykjavik contre la répression au Tibet, avril 2012 (Halldor Sigurdsson)

 

Ces outils permettent à des gens deconnectés les uns des autres de se retrouver, de découvrir des idées, de les partager. Des communautés se forment en ligne. La question, c’est comment passer des communautés « online » aux communautés « offline ». Mais cela commence à se produire. Regardez les manifestations qui ont eu lieu en Islande [et qui ont conduit à la chute du gouvernement en janvier 2009, ndlr]. Un groupe de gens a commencé à prendre des casseroles pour faire du bruit, cela s’est répandu sur Facebook, le mouvement a grossi.

Le temps que je ne passe pas sur mon travail parlementaire, je le consacre à mes communautés, à ma vraie résidence qui est sur Internet. Mais quand les gens comprendront qu’on peut bâtir ces communautés non seulement online mais aussi dans le monde réel, un vrai changement sera possible.

 

Pourquoi dites-vous que votre « vraie résidence » est sur Internet ?

Beaucoup n’ont pas conscience que leur vraie résidence est sur Internet. J’ai ainsi la même adresse e-mail depuis 1995 – je n’ai jamais eu une adresse aussi longtemps dans le monde réel. Toutes mes informations personnelles, secrètes, sont sur Internet. Toutes les traces que j’ai laissées, tous mes voyages, mes communications avec d’autres gens... Il faut prendre conscience de cela, de l’importance qu’occupe notre vie en ligne, de l’importance prise par cet espace qui permet des échanges libres et la diffusion d’idées. Il faut prendre garde à ce que les entreprises et les gouvernements n’en abusent pas, à ce que nos principes continuent à s’appliquer.

Prenez le principe du partage par exemple. Autrefois, je partageais des livres, des chansons avec mes amis. Je pouvais enregistrer des musiques. Je faisais ce que je voulais de mon livre : je pouvais le laisser sur cette banquette, pour qu’il soit lu par quelqu’un d’autre, par exemple. Mais aujourd’hui, s’ils le veulent, ils peuvent autoritairement retirer tous vos e-books de l’étagère !

 

On ne peut même pas léguer à ses enfants le contenu de sa liseuse ou de son MP3.

Exactement. Nous dormons, nous avons renoncé à tant de droits...

Et si l’on assiste à une telle explosion militante pour une meilleure gouvernance, c’est parce que les gens sont connectés. Une communauté globale se dresse face aux marchés sans frontières, aux grandes entreprises sans frontières, aux tentatives sans fontières d’empêcher les médias de raconter ce qui se passe réellement... Rendez vous compte : ils ont [l’armée US, en septembre 2012, ndlr] qualifié WikiLeaks, une plate-forme visant à informer, « d’ennemi d’Etat », quand ce n’est pas de « terroristes » [Joe Biden, en décembre 2010, ndlr]. C’est hallucinant.

Aujourd’hui, dans les journaux, il y a plus de gens travaillant dans les services juridiques que de journalistes d’investigation. Ce n’est pas normal. Nous avons, en Islande, adopté l’Initiative islandaise pour la Modernisation des médias [Birgitta Jonsdottir en est à l’initiative, ndlr]. Le but premier n’était pas, comme on l’a dit, de bâtir un « havre » pour les médias internationaux, mais de permettre aux médias locaux de mieux informer et de protéger les lanceurs d’alerte. En Grande-Bretagne, il y a aujourd’hui tellement de règlements de conflits hors tribunaux assortis de « gag order » « [injonction interdisant à la presse d’évoquer l’affaire, ndlr] que de nombreuses informations sont cachées au public... Et ces informations interdites concernent souvent des grandes entreprises...

 

Quelles sont les avancées contenues dans la réforme de la Constitution ?

Le processus constitutionnel

6 novembre 2010  : Forum constitutionnel : pendant une journée, 950 citoyens tirés au sort dressent, par tables de 10, les valeurs fondamentales de l’Islande.

30 novembre 2010 : 25 citoyens sont élus, sur 522 candidats, pour former l’assemblée constituante (l’élection sera invalidée par la Cour suprême pour des raisons techniques, mais continuera son travail à titre consultatif). Les citoyens sont consultés par Internet.

20 octobre 2012 : consultation par référendum des citoyens sur le projet de Constitution.

Le parlement devra voter une première fois le texte, puis le revoter, sans changement, après les prochaines élections, en 2013.

J’ai évoqué la séparation des pouvoirs et le fait que les ressources naturelles, qui sont au cœur de l’économie islandaise, appartiennent au peuple. Autre avancée : la possibilité de provoquer un référendum à l’initiative d’une partie de la population, j’espère pas plus de 10%. Enfin, la liberté de l’information sera aussi intégrée dans la Constitution, et tout refus de donner des informations, de la part de l’administration, devra être motivé...

 

Le 20 octobre, les Islandais seront invités à voter sur certains points de cette réforme. Vous attendez-vous à une forte participation ?

Oui, et il faut que le taux de participation soit le plus élevé possible, car la réforme doit ensuite passer l’épreuve du parlement, où des gens sont en embuscade. Le Parti de l’indépendance ou le Parti du progrès [les deux partis de droite, ndlr] peuvent encore faire dérailler le processus si la participation est faible.

 

Ce n’est pas gagné, si on considère le très faible taux de participation lors de l’élection des membres de l’assemblée constitutionnelle, de l’ordre de 30%...

C’est différent : il s’agissait de désigner 25 personnes sur une liste de 522 candidats. On n’avait pas prévu que tant de gens seraient candidats. Les électeurs se sont découragés à l’idée de lire 522 CV. Les médias ont répété que c’était compliqué, sans préciser que les électeurs n’étaient pas obligés de désigner 25 candidats : ils pouvaient aussi voter pour une seule personne. Je m’attends donc à bien plus de votants cette fois. J’espère qu’on dépassera 70%. Si c’est moins, je serai très déçue par ma nation. Et si c’est moins de 50%, je songerai sérieusement à quitter le pays.

 

Mais, pendant une crise, quand vous avez des problèmes financiers, des problèmes d’emploi, la réforme des institutions n’est pas vraiment une priorité...

Je connais l’argument. J’ai vécu dans ma vie, la plupart du temps, sous le seuil de pauvreté. J’ai fait ce choix parce que je suis une mère indépendante, et que j’ai préféré travailler de chez moi et m’occuper sérieusement de mes enfants. Il m’est arrivé de faire la queue à la soupe populaire. Mais même dans ces périodes, j’ai toujours essayé de m’impliquer dans la société. Je savais que si je ne faisais rien pour essayer d’agir sur la réalité, je ne connaîtrais jamais la société dans laquelle je souhaite vivre. Personne ne le fera pour moi.

Les femmes qui se sont battues pour leurs droits, avaient-elles l’assiette toujours pleine ? Ceux qui se sont battus pour les droits syndicaux, cherchaient-ils une augmentation de salaire ? Non, ils cherchaient à changer la société ! Ce qui me rend malade, c’est que quand nous avons commencé à manifester [fin 2008 ndlr], il y avait plus de gens dans le centre commercial que sur cette place ! Ils vont profiter aujourd’hui de ce que nous avons fait. Ne lèveraient-ils pas le petit doigt pour aller voter ? Les gens doivent comprendre que c’est l’avenir de leurs enfants qui est en jeu.

Le problème est en réalité mondial et il ne reste plus beaucoup de temps. Mais je suis optimiste : des millions de gens ont compris que c’était le moment d’agir. Et il y en a de plus en plus. On peut encore changer les choses à temps. J’y crois, car sinon, je rentrerais chez moi, je mettrais la télé sur “on” et moi sur “off”. Parfois, ce n’est pas l’envie qui me manque. Mais c’est bien plus excitant d’être dans l’action.

 

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 14:04

 

 

LE MONDE ECONOMIE | 24.09.2012 à 12h21 • Mis à jour le 03.10.2012 à 14h57

Par Anne Rodier

 
Avant de louer une voiture, ne pas hésiter à comparer les prestations.

Six centimes de réduction sur le prix du litre d'essence ne suffiront pas à régler le problème du pouvoir d'achat grevé par le budget automobile. Paradoxalement, les rues sont pleines de voitures qui, par centaines, ne quittent pas leur stationnement des jours durant.

Pourquoi ne pas faire avec l'existant et limiter ainsi le budget automobile au seul usage de la voiture, plutôt qu'à sa pleine propriété ? Plus de garage, plus d'assurance, juste la voiture que je veux, en changeant de modèle selon mes besoins du moment, avec le budget dont je dispose.

Les entreprises d'autopartage, autrement dit de location de voiture entre particuliers ou non, fleurissent en France comme au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis avec un succès certain : le britannique Zipcar (ex-Streetcar) propose la voiture à partir de "5 livres de l'heure [6,20 euros], essence et assurance comprises" ; l'américain Getaround, créé en 2009 en Californie, invite à louer une voiture dans son voisinage à partir de 3 dollars (2,30 euros) de l'heure. Si vous voulez tester un Hummer pendant vos vacances à San Francisco, saisissez l'occasion.

LIVOP, KEYLIB, MOBIZEN, CITYZENCAR, VOITURELIB.COM, ETC.

La France n'est pas en reste avec Livop, KeyLib (ex-Caisse commune), Mobizen, CityzenCar, Voiturelib.com, etc., jusqu'au dernier-né, Autolib', qui met à disposition de ses abonnés (144 euros par an) une voiture électrique pour quelque 10 euros de l'heure.

Les services ne sont pas vraiment les mêmes. KeyLib, Mobizen comme Autolib' détiennent leur propre parc de voitures et leurs emplacements réservés, ce qui est très précieux en zone urbaine : plus besoin de tourner vingt minutes avant de se garer.

Mais KeyLib et Mobizen obligent à ramener la voiture au point de départ. Autolib', comme Velib', permet de prendre une voiture dans une station fixe et de la déposer dans une autre. Pour aller à Paris de Rueil-Malmaison (92) ou de Créteil (94), cela règle le problème de stationnement à l'arrivée, mais pas encore les embouteillages.

Et il n'y a pas de station Autolib' dans toutes les villes de banlieue ! Quant à l'aller-retour express Paris-Lyon, oubliez Autolib', qui n'a que 150 km d'autonomie sur route. Préférez Livop, Voiturlib ou Cityzen Car, qui mettent en réseau propriétaires et locataires de toute la France, particulièrement dans les grandes métropoles.

Pour une heure, une après-midi ou deux semaines de vacances, plus besoin de se soucier des heures d'ouverture de l'agence de location, on est entre particuliers, toujours disponibles, même les jours fériés. Et un système d'ouverture et de fermeture du véhicule par téléphone permet de ramener la voiture à l'endroit convenu même en l'absence du propriétaire. La clé, reliée à un système électronique, est accessible dans la boîte à gants.

INSCRIPTION SUR INTERNET

Pour tous les sites d'autopartage, ça commence à peu près de la même façon, par l'inscription sur Internet, avec ou sans abonnement. On décline son état civil, les informations de son permis de conduire et on paye la réservation, essence comprise, par carte bleue ou par PayPal, en évaluant à l'avance les kilomètres à parcourir : pas toujours évident pour un séjour de quinze jours. Le site fournit le contrat de location et l'assurance pour la durée d'utilisation de la voiture.

Pour 69 euros versés à Cityzencar.com, le portail des voitures mis en location par mon voisinage m'est ouvert pour un an. Comme d'habitude, la carte de la capitale est noire de voitures, non pas en circulation, mais mises à disposition.

La Fiat 500 de Paul, toujours disponible du jour au lendemain, même le dimanche dès 8 heures, la mini rutilante de Marc que j'ai louée en succombant à l'effet de mode de cette voiture, la Golf de Jean-Sébastien adaptée aussi bien aux longs trajets sur autoroute qu'aux étroites départementales oubliées des pouvoirs publics et, enfin, la Volvo de David, qui n'a jamais été disponible quand j'ai eu besoin de sa voiture, formaient la tête de liste des 5 000 véhicules inscrits.

Attention : pendant les vacances scolaires, il y a moins de véhicules disponibles, même en baissant les exigences de proximité, de prix et de caractéristiques de la voiture.

Les plus de Cityzen Car, c'est l'accompagnement personnalisé du début à la fin de la location : hotline pendant l'inscription, intermédiaire pour faciliter le contact quand l'intéressé est un peu lent à répondre à la demande de location (tout le monde n'est pas geek !), mais surtout l'approche "réseau social", qui consiste à nouer des relations de confiance avant de louer.

UN ÉTAT DES LIEUX SÉRIEUX

Une fois le voisinage connu, toute difficulté est aplanie avant et pendant le contrat. Paul a finalisé lui-même mon inscription sur Cityzen, car ce jour-là mon imprimante n'avait plus d'encre. Ce qui n'empêche pas de faire un état des lieux sérieux en début et en fin de location, mais calme les inquiétudes du propriétaire, qui confie sa voiture et évite les tensions au locataire au retour quand il a dépassé de 500 km le forfait annoncé : on paye simplement un surcoût à raison de 10 centimes par kilomètre supplémentaire.

L'absence d'abonnement est un des atouts des deux autres. C'est ce qui a convaincu Paul de préférer Voiturelib à Cityzen Car. "D'autant que le rendement y est meilleur, m'a-t-il dit. En quatre mois, j'ai loué ma voiture 28 fois, contre 5 fois durant la même période sur Cityzen Car." Ces sites permettent de louer un véhicule à des tarifs bien souvent inférieurs de 30 % à 40 % à ceux pratiqués par les loueurs.

Les voitures sont rarement neuves, mais généralement bien entretenues, même quand les propriétaires sont incapables d'indiquer où se trouve le liquide de refroidissement, voire la roue de secours.

Les sites de location entre particuliers incarnent différentes philosophies : Cityzen Car, créé par trois ex-cadres de Mobizen et d'Autolib', prône l'autopartage et se revendique comme "un réseau social de voisinage conçu pour une meilleure utilisation de la voiture, affirme son président, Nicolas Le Douarec. Le propriétaire fixe son prix, il peut même la louer gratuitement", précise-t-il ; tandis que Voiturelib et Livop sont avant tout des sites de location, qui proposent aux particuliers de réduire leur budget voiture, mais se financent en prenant une commission sur les transactions.

Quelles que soient leurs divergences, ces offres de partage de voiture ouvrent de nouveaux horizons non pas tant comme source de revenus - à déclarer au fisc comme bénéfices industriels et commerciaux - que pour redéfinir la relation à l'automobile. Cityzen prépare, pour 2013, un projet d'autopartage des voitures d'entreprise, qui seraient mises à disposition de l'ensemble des salariés.

Anne Rodier

Pratique

 

Exemple : CityzenCar illustre le mode d'extension de ces réseaux.

Le parc

5 000 voitures inscrites, dont 446 à Paris.

La couverture territoriale

D'abord implanté en zone urbaine, CityzenCar compte au moins un inscrit dans près de 4 000 communes.

Le plus petit site est le village de Mens, dans l'Isère, qui avec ses 1 450 habitants compte 16 inscrits, 4 voitures et 40 partages de voitures en un an.

La fréquentation

1 000 partages de voitures par an pour toute la France.

Les exclusions

Le site exclut 3 % à 4 % des inscrits chaque année.

Le potentiel

Actuellement CityzenCar ne regroupe que 0,01 % des voitures immatriculées en France

 

 

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 17:39

 

Faire la fête pour montrer que l’écologie ne doit pas être associée au pessimisme et à la morosité, tel est le créneau de la GreenPride, dont la deuxième édition aura lieu samedi 6 et dimanche 7 octobre à Paris.

 

Santé vous bien !

La première édition de la Greenpride parisienne a vu le jour en octobre 2011. "Cet événement est né de la rencontre avec Malissa Phitthayaphone", raconte l'une des organisatrices, Elise Vertier : "ce fut un véritable coup de foudre militant ! Nous avions la même manière d'aborder l'action associative : s'amuser tout en menant des campagnes de sensibilisation sur des sujets sérieux, parfois graves". Les deux jeunes femmes n'ont pas envie de moraliser et veulent sortir des codes attendus de l'écologie.

Leur idée ? Elargir le cercle de convaincus et rencontrer plus de jeunes dans les opérations mises en place, comme l'explique clairement la vidéo suivante :

 

 

Le collectif Appel de la jeunesse, qui porte l'événement, a vu le jour suite au décès du cancer d'un étudiant dans une école d'ostéopathie en 2009. "Ses camarades se sont intéressés à la question du cancer et des épidémies chroniques émergentes. Ils ont découverts que deux tiers de ces maladies sont évitables puisqu'elles sont liées à la pollution de notre environnement et à nos modes de vie", explique Elise Vertier. Avec cet appel, les étudiants souhaitent interpeler les responsables politiques et les inciter à prendre des décisions plus audacieuses en termes de santé publique.

Cette année, la Greenpride attire donc l'attention sur les impacts de notre environnement sur la santé et insiste sur le rôle des Perturbateurs Endocriniens (PE), ces substances chimiques (phtalatesBisphenol A, mercure, pesticides, parabène, etc.) qui interférent avec le fonctionnement hormonal normal des êtres vivants.

Blanche Neige et les PE

Ce qui vous attend

Côté programmation, les animations proposées ne manquent pas : concert Pop-Rock au Divan du monde samedi 6 octobre, grand brunch bio et ateliers dimanche matin, défilés et village de super-héros l'après-midi. Un cycle de conférences ouvert à tous sera même organisé dès le 25 octobre dans les grandes écoles et universités franciliennes.

Les organisateurs attendent plus de 1000 personnes lors de ce week-end. Si l'événement rencontre le succès espéré, les organisatrices aimeraient reproduire la Greenpride ailleurs "et notamment à Bruxelles pour que relier les structures qui œuvrent pour le changement à l'échelle européenne" précise Elise Vertier, enthousiaste.  "Le message que nous véhiculons reçoit de plus en plus d'échos favorables et les nouvelles générations s'approprient ces sujets. C'est très enthousiasmant de se dire que de nouveaux modèles responsables sont à inventer ou à mettre en place ! Il y a beaucoup à faire !"

Une ambition qui devrait être facilement réalisable, vu l'ensemble des partenaires de l'événement, dont neuf soutiens financiers parmi lesquels se trouvent la fondation Charles Léopold Meyer (qui a financé une partie de l'étude sur les OGM publiée le 20 septembre dernier), mais aussi l'ADEME, la Région Île de France, la Fondation Lea Nature, la fondation de France et quatre entreprises (My biotiful bag, les 2 vaches, Generali et Sevene Pharma).

N'hésitez donc pas à aller rejoindre les biomans ce week-end, les héros du quotidien sont absolument nécessaires !

 

 

++ Le site web www.greenpride.me et le fil twitter : @appeljeunesse

 

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

 

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