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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 14:49

 

touleco-green.fr

 

Publié le lundi 7 octobre 2013 à 19h15min par Virginie Mailles Viard


 

Kokopelli sème la graine de la rébellion
Signe des temps : alors que se prépare une marche mondiale contre Monsanto le 12 octobre, l’association Kokopelli s’installe en Ariège. avec sa collection planétaire de 2200 graines, et son esprit de résistance qui lui vaut d’être sur le devant de la scène.

 

Albert Jacquard le disait : la richesse en génétique, c’est la diversité. C’est toute l’action de l’association Kokopelli qui préserve d’anciennes espèces. Elle vient de trouver en Ariège un territoire à sa mesure. L’esprit rebelle des Ariégeois, et une terre rurale qui lui offre quinze hectares et une ferme pour installer son nouveau siège social, ainsi que sa collection d’exception de semences potagères. Du Gard, où elle a vécu ces quinze dernières années, elle transporte ses 2200 variétés de semences, et crée une dizaine d’emplois. Une heureuse nouvelle sur un territoire économiquement sinistré. La Poste du Mas d’Azil renaît également : l’association envoie en période hivernale, 400 colis de graines chaque jour, commandés sur sa boutique en ligne. Des graines qui feront d’autres graines. Ce qui est loin d’être une évidence aujourd’hui. 


Des semences anciennes pour les jardiniers amateurs

 

Dans la grande variété des semences, 650 sont des tomates de toutes les couleurs. "Ce qui est à la fois gros et anecdotique", s’amuse Ananta Guillet, gérant de l’association. "Il y a plus de 12.000 sortes de tomates recensées dans le monde ! Mais Kokopelli est la seule association en Europe a avoir essaimé une collection vivante dans les jardins amateurs, ce qui fait le caractère unique de notre travail. Ce sont des jardins autonomes, où les jardiniers peuvent refaire leur semences."

L’association compte 9000 adhérents, qui versent 20 euros par an, et qui participent à l’entretien de ce patrimoine vivant en cultivant les graines d’une année sur l’autre. Ce qui inquiète les multinationales qui prônent les OGM.

Des graines libres de droits et reproductibles

Il est là, l’étendard de Kokopelli. Libres de droit et reproductibles, les semences de l’association agacent les grands donneurs d’ordre, explique Ananta Guillet. Puisque ces graines échappent au catalogue du Gnis , le Groupement National Interprofessionnel des Semences :"Chaque variété doit y être inscrite. Elle doit se conformer à des critères d’homogénéité, et de stabilité, auxquels seuls les hybrides peuvent répondre ! Autrement dit celles dont on ne peut pas refaire la semence derrière. C’est incroyable que ce soient ces graines qui soient protégées par les lois."

Kokopelli est aujourd’hui au cœur d’un conflit qui oppose les pays pauvres, les défenseurs du vivant et les multinationales qui programment la dégénérescence des graines. "On ne peut pas replanter ces graines. les agriculteurs et les jardiniers sont menottés, puisque ces semences sont conçues pour être cultivées avec leur panoplie de produits chimiques, c’est un engrenage", constate Ananta Guillet.

Les semences de Kokopelli placent l’association dans le peloton de tête des résistants à cette privatisation du vivant. Via son programme Semences sans Frontières, Kokopelli envoie chaque année gratuitement 300 colis de graines dans le monde. Glissées au fond de sacs, pour éviter d’être détruites à la douane, les graines illicites traversent les continents. « Pour essaimer des semences fertiles », explique Ananta Guillet.

Virginie Mailles Viard

 

 


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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 17:59

 

 

alternatives.blog.lemonde.fr

 

Les forçats de l’Alternative

 

 

 

 
in Share5

Hier encore, ils n'en doutaient plus. Comme une évidence: leur pays n'était pas conquis. Poussés par la force de leurs convictions et l'ampleur de la tâche à accomplir, rien, alors, ne semblait les perturber. Partis sur les routes de France, ces coureurs du nouveau monde se bornent à montrer que les Alternatives existent. Et qu'elles fonctionnent. Reste à convaincre la foule de s'en emparer.

 

Eté 2008, le tour de France du développement durable

En 2008, l'effervescence autour de l'écologie battait son plein. Les Poulidor du moment s'appelaient Al Gore, Brown ou encore Hulot. Ils couraient en tête quand le Grenelle a dopé les troupes. Inspirés par le tour du monde en "80 hommes" de Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux ou le périple de la famille De Cherisez, Gilles, Hélène et Bertrand partirent à l'aventure.

Pour mon compte, je les suivais à distance. Ces étudiants voulaient établir un état des lieux d’initiatives mises en oeuvre dans l'hexagone.

"Ce sont autant de solutions pour inventer une relation plus harmonieuse avec notre environnement naturel, social, économique" expliquait Gilles.

Un petit ouvrage réunit depuis l'ensemble de ces solutions rencontrées alors. Et le jeune homme continue à promouvoir ses explorations et ses rencontres avec des hommes et des femmes de terrain (explorateurs, aventuriers, etc.) via Vive la Terre, son association.

2009, du vert dans les oreilles

Ceux-là furent téméraires. Partis pendant près d'un an, Alexis et Goulven utilisèrent un micro pour croquer le paysan bio français: "en termes d’agriculture et de modes de vie durables, qui fait quoi en France? Quels choix de vie cela implique-t-il? Pourquoi aboutir à de tels systèmes de production ?" se demandaient-ils.

Dénonçant un modèle agricole productiviste, leur périple les mena à la rencontre de vingt agriculteurs alternatifs branchés en mode d'agriculture bio et locale. La mise en relation de la parole d'un exploitant et de l'univers sonore quotidien dans lequel il vit apportât à leur approche une dimension fort rafraîchissante.

Ete 2013, sous le signe de l'écofrugalité

Philippe Green n'en était pas à son premier coup d'essai. Habitué des longs périples pour défendre ses idées, c'est avec un vieux combi Wolkswagen qu'il partit avec son équipe cet été.

Objectif: répandre les principes de l'écofrugalité, aller à la rencontre des acteurs, et jouer de la roue (de récup!) écofrugale pour tester les connaissances de ses interlocuteurs en matière d'économies générées par l'écologie.

Bilan de sa course ? Plus de 5000 kilomètres parcourus malgré quelques pannes en route, et un constat: "les Français ont envie d’agir pour la planète à condition qu’on leur apporte les preuves concrètes que c’est bon pour leur pouvoir d’achat et leur niveau de vie. Du coup j'ai décidé que mon livre, le Guide Ecofrugal, serait téléchargeable gratuitement sur internet pour le rendre accessible au plus grand nombre", déclarait le coureur sur la ligne d'arrivée.

Juin à Novembre 2013, le tour de France des Alternatives

Le jeune journaliste Emmanuel Daniel souhaitait en savoir plus sur les alternatives qui poussent en France. Sa devise, reprise d'Eluard, est la suivante: "un nouveau monde existe, il est dans celui-ci". Parti sur la route des utopies concrètes, il quitta la région parisienne vers le 20 juin 2013. Son voyage, entièrement participatif (utilisant les principes de l'économie du partage - stop, covoiturage, couchsurfing, échange du logis contre cuisine à domicile, etc.), est conçu pour aller à la rencontre de ceux qui élaborent des solutions locales, concrètes et reproductibles en réponses aux problématiques de logement, d’alimentation, de santé et d’éducation.

"Ces expériences sont autant de pistes concrètes à explorer pour relocaliser l’économie, renforcer la démocratie, préserver notre environnement et favoriser le vivre-ensemble" déclarait récemment le jeune homme sur son site. Porté par l'envie de redonner espoir et envie d’agir à ses lecteurs, il prévoyait de clôturer son périple en remontant la côte ouest de la France, pour finir en décembre 2013 par la Bretagne ("le meilleur pour la fin" dit-t-il)

Ete 2013, un tour pour l'émancipation

Du 4 août 2013 au 16 septembre 2013, ce fut au tour du toulousain Frédéric Bosquet, à l'origine de la monnaie alternative le Sol Violette et du site Alternatives humanistes, de partir sur 4000 km en 40 jours. Equipé d'un vélo  électrique, son objectif était de faire signer l'initiative citoyenne Européenne en faveur d'un Revenu de base inconditionnel pour tous.

Ici aussi, la démarche reposait sur la rencontre en demandant l'hospitalité chaque soir à des groupes de citoyens "engagés à un revenu, une entreprise, une planète, une existence et une cité pour tous".

Pour le soutenir dans ses efforts au-delà de la Grande Boucle, il suffit de signer la pétition en ligne sur revenudebase.info.

Octobre 2013, départ du tour des candidats et maires de France

Aujourd'hui, c'est Armel le Coz qui se lance sur les routes de France. Son angle d'attaque: les candidats et maires de FranceIl souhaite les questionner sur leur connaissance des alternatives, et sur leur perception de la démocratie participative.

Ce jeune designer de 28 ans, d'ores et déjà investi dans le développement du projet Parlements et Citoyens, a toujours été animé par l'envie de simplifier, par le design, la compréhension des décisions politiques. Désireux de réaliser des boîtes à outils pour les collectivités qui lui font appel (pour la conception d’un dispositif numérique, une démarche de facilitation, la conception d'un atelier créatif, etc.), il souhaite aller plus loin: ne plus travailler pour les services de l'administration, mais avec les élus.

"Je suis dans une recherche personnelle d’un modèle de société qui fonctionnerait mieux" confiait-il avant de partir, animé par "l'envie de les sensibiliser et leur faire découvrir ces nouvelles alternatives tout autant que découvrir leurs pratiques, pour voir comment la démocratie est pratiquée, côté élu et candidat".

Convaincu que la démocratie doit se pratiquer autrement qu'au travers d'une logique de partis, il part sans prévoir ses points de chute. Inspiré par l'émission Nus et Culottés, il veut se confronter avec l'existant pour réaliser son rêve: dessiner le modèle de société qui lui plaît, un "objectif idéal" reconnaît celui qui a démarré durant la nuit blanche du 5 octobre à Paris, devant l'hôtel de ville.

A voir la multiplication de leurs initiatives, on comprend: ils ne font pas le tour de France pour se promener, mais pour courir et rattraper le temps perdu à tergiverser. C'est une vraie course contre la montre. Et une nouvelle fois la preuve que la France est riche de ceux qui la voient autrement. De quoi inspirer un détour de France ?

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

 

 


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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 17:33

 

lemonde.fr

 

 

L'intérêt partagé de la location solidaire

LE MONDE | 05.10.2013 à 11h47 • Mis à jour le 07.10.2013 à 09h51 | Par Laurence Boccara

 
 
Appartement à louer dans un immeuble parisien.

Après des années de bénévolat et de militantisme auprès de plusieurs associations d'aide aux mal-logés, Stéphane P., une retraitée de 60 ans, a décidé de s'engager d'une autre façon. Il y a quatre ans, elle achète dans le quartier des Batignolles, dans le 17e arrondissement de Paris, un studio de 25 mètres carrés avec un objectif précis : le confier en location au Secours catholique qui le sous-loue à un couple ayant des petits revenus.

Prix du loyer consenti à ce ménage : 425 euros par mois, soit 17 euros par mètre carré. Bien loin du montant du loyer libre moyen de 30 euros par mètre carré pratiqué dans la capitale pour ce type de surface. Malgré ce prix défiant toute concurrence, Stéphane P. y trouve son compte. "Cela n'est assurément pas une démarche lucrative, mais cela ne me coûte rien, car je bénéficie de nombreux avantages", affirme-t-elle. L'équilibre financier de ses locations est possible grâce à une conjonction de plusieurs facteurs.

Pour rénover son appartement, cette propriétaire a bénéficié d'une subvention de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), qui lui a financé, en partie, les travaux. En échange de cette aide financière, Stéphane P. a accepté de louer son bien à des loyers très modestes pendant une durée de six ans minimum. Cet engagement, appelé "conventionnement avec travaux" dans le jargon locatif, lui permet de bénéficier d'un avantage fiscal substantiel. Chaque année, au moment de déclarer ses revenus fonciers, elle applique un abattement de 70 % sur le montant des loyers encaissés.

 

SÉCURITÉ MAXIMALE

Pour mettre en place cette opération, Stéphane P. a adhéré au dispositif Louez solidaire, créé depuis 2007 par la Mairie de Paris. Un autre système quasi analogue, baptisé Solibail, est géré par l'Etat et se décline dans le reste du territoire. Tous deux reposent sur l'intermédiation locative. L'objectif ? Proposer à des familles (souvent monoparentales) à revenus très modestes des logements en bon état dans le parc privé.

A Paris, 2 370 personnes vivent dans près de 1 000 logements loués à de "petits" loyers. "Les propriétaires qui consentent à faire cet effort financier ont souvent hérité d'un ou plusieurs appartements dont certains sont vacants", explique Christine Foucart, à la direction du logement et de l'habitat à la Mairie de Paris. "D'autres bailleurs ont été échaudés par des gros soucis de location. Ils acceptent ces conditions pour la tranquillité apportée par ce système", ajoute Marie Savereux, responsable du service marketing chez Habitat et Humanisme.

C'est donc une association agréée et expérimentée qui devient le locataire officiel. Elle signe le bail et paie le loyer. C'est aussi elle qui se charge de trouver l'occupant et s'en porte garant. La gestion locative du bien est donc assurée. Même si le rendement locatif est plus faible (surtout dans les villes chères), Solibail et Louez solidaire offrent une sécurité maximale aux bailleurs, puisque le paiement des loyers et des charges locatives est garanti.

 

AVANTAGE FISCAL APPRÉCIABLE

Ces dispositifs prévoient aussi un accompagnement de l'occupant par un organisme conventionné agréé. Il en existe par exemple douze à Paris, dont les associations FREHA, Aurore ou encore Habitat et Humanisme Ile-de-France. Enfin, la remise en état en cas de dégradation éventuelle du logement en cours ou en fin de bail est réalisée gratuitement. A cela s'ajoute un avantage fiscal appréciable, avec un abattement de 30 % à 70 % des revenus locatifs selon les caractéristiques du bail (durée, montant du loyer).

L'habitation doit répondre à plusieurs conditions : elle doit être non meublée, présenter tous les critères de décence, respecter les normes en vigueur (sécurité, santé, etc.) et disposer de tous les diagnostics techniques obligatoires.

A Paris, le logement doit être supérieur à 16 mètres carrés. "Depuis que je loue ainsi, je perçois chaque mois mes loyers sans aucun retard de paiement. Le tout en aidant des personnes en réinsertion et jusqu'alors mal logées. Certes, souligne Stéphane P., je ne gagne pas d'argent, mais mes biens, qui sont remis en état, prennent de la valeur." Preuve que ce type d'opération est intéressant, elle a renouvelé l'expérience en achetant un 2-pièces dans le 18e arrondissement de Paris.

Laurence Boccara

 

 

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 14:18

 

 

reporterre.net

 

A Bayonne, le succès d’Alternatiba, une mobilisation joyeuse pour la bataille climatique

L’équipe de Reporterre

lundi 7 octobre 2013

 

 

Alternatiba s’est déroulée dimanche 6 octobre à Bayonne. Dans une ville investie par des dizaines de présentations d’alternatives au système économique dominant, plus de quinze mille personnes ont échangé, réfléchi et discuté. Paradoxe : à la gravité du diagnostic sur le changement climatique s’opposait un sentiment joyeux d’alliance dans une lutte vitale.


- Reportage, Bayonne

On connaissait la ville drapée de blanc et de rouge, dansant autour de quelques vachettes, lors des traditionnelles fêtes nocturnes à l’entrée du mois d’août. Ce week-end des 5 et 6 octobre, le vert avait remplacé les couleurs locales, et les batucadas déambulant dans le centre-ville faisaient oublier la tauromachie. Bayonne a vibré pendant deux jours au rythme d’Alternatiba, village festif et grandeur nature, mettant en lumière la panoplie des alternatives pour prévenir le changement climatique.

Afin de réussir cet événement préparé de longue date – le projet est né quelques mois après l’échec du sommet de Copenhague en décembre 2009 –, l’appel à la mobilisation générale a fonctionné à plein. Chez Yannick et Adrien, qui participent au projet depuis plusieurs mois, la colocation a pris des airs d’auberge espagnole, les matelas sur le sol se multipliant à l’approche du jour J. Ce vendredi soir, on vient de Paris, de Bretagne, des quatre coins du Sud-Ouest ou de l’autre côté de la frontière. Suivant les aléas du train ou du covoiturage, on arrive à toutes les heures du jour et de la nuit, la porte est ouverte. Et autour d’un bon verre de patxaran, liqueur locale, on échange en basque, en français ou en espagnol. 3h00 du matin, il est temps d’aller se coucher : la dernière réunion des bénévoles a réuni près de 200 motivés vendredi ; le WE peut enfin démarrer, sur de bonnes bases.

Samedi. Les centrales nucléaires sont devenues des musées

La pluie matinale n’a pas découragé les premiers curieux. La journée du samedi a été pensée comme un « off » de préparation à l’événement officiel du lendemain, mais la première conférence fait déjà salle comble. « Etes-vous inscrits ? » A l’entrée, les organisateurs sont obligés de refouler les visiteurs en surnombre. A l’intérieur, les intervenants posent les bases du débat général – « le défi climatique » – reprenant notamment les conclusions du nouveau rapport du GIEC. Une deuxième conférence l’après-midi, « le changement climatique, première question planétaire à solidarité obligatoire », nous rappelle que le dérèglement des températures pose la question de la justice climatique internationale.

Au terme de ces débats, deux grandes idées se démarquent : le réchauffement climatique appelle à une mobilisation générale. Ensuite, ce défi invite à revoir notre posture à l’égard du problème. Face à la dépression climatique, le bonheur est une force de vie nécessaire pour mener le combat, estime Patrick Viveret : « Décider d’être heureux est un acte de légitime résistance ».

Pour incarner cette représentation joyeuse, les quais de la Dive se sont transformés en scène alternative de performance artistique en tout genre, musiques de rue, spectacle d’équilibriste, etc. On peut voir Désiré Prunier offrir un cours d’Histoire un peu particulier, sous forme de conférence gesticulée. On est en 2063, les centrales nucléaires sont devenues des musées, les voitures n’existent plus que collectives, et l’homme à la perruque raconte à son petit-fils imaginaire les temps actuels, où il est question du pouvoir d’« Ayraultnomane et des Vincicrates », de leurs camarades « Paphollandréou » et « Hortovalls », des écueils d’une époque pétrolomaniaque et d’une société figurée par une grenouille-bœuf qui croâ-croâ à la croâ-croâssance jusqu’à exploser… Autant de traits d’humour qui proposent un enseignement plus sérieux : sortir du « Médiocre-Age » implique de reconsidérer la satisfaction des besoins essentiels comme point de départ à l’organisation de la production…


La conférence de Désirée Prunier sur l’Ayraultnomane -

L’événement se sera appuyé sur une équipe de cinq cents bénévoles. Au QG, à la Fondation Manu Robles-Arangiz, ça s’active et les téléphones sonnent sans relâche. La quincaillerie où s’est installé Bizi !, juste à côté, est sur le qui-vive pour répondre aux urgences logistiques. La restauration collective à destination des bénévoles et organisateurs, située dans un lycée non loin de là, permet quelques pauses bienvenues.

Marie-Pierre est une de ces nombreuses « bénévoles-militantes ». Cette couturière professionnelle, basée à Biarritz, a réalisé en une semaine deux cents foulards verts, signe de reconnaissance des bénévoles pendant l’événement. Plus tôt dans l’année, elle avait confectionné le fameux dragon du changement climatique, emblème de Bizi ! au FSM de Tunis, puis lors du rassemblement à Notre-Dame-des-Landes pendant l’été. Aujourd’hui, Marie-Pierre doit assurer la circulation avant de s’atteler à la cantine. Une de ses amies basques s’est également laissée convaincre de s’engager pour le week-end. Elle ne le regrette pas, appréciant « cette dimension ‘basquisante’ de l’événement qui cohabite avec des problématiques altermondialistes, plus ouvertes sur le monde ».

Samedi, 18 heures. Le potentiel révolutionnaire du bonheur

Près de la place Paul Bert, dans la cour d’arrière d’un café, le Trinquet Saint André se tient un débat « sur la route des alternatives concrètes », autour de Emmanuel Danie et de Matthieu Lamour. Deux jeunes journalistes qui, chacun de leur côté, parcourent le pays pour y rencontrer des lieux alternatifs et les raconter sur son site … et sur quelques médias dont Reporterre. « J’ai été surpris d’en voir des dizaines, des centaines, des milliers, et pas seulement à Paris et en Ardèche, mais dans toute la France », dit Emmanuel Daniel d’un ton tranquille.

Matthieu Lamour et Emmanuel Daniel -

Il évoque trois sujets, une épicerie autogérée à Paris, une expérience d’une autre politique à Grenoble et une démarche de sortie du capitalisme à Toulouse« elle est vraiment intéressante parce que globale », dit-il avant de passer la parole à Matthieu Lamour. Celui-ci a visité moins de lieux, mais en y restant à chaque fois plus longtemps, comme la Ferme des Bouillons, près de Rouen. « On est dans la contestation de la société actuelle, dit-il, mais aussi dans la création d’un autre type de société ».

Cinquante personnes attentives, qui posent des questions et y vont de leurs commentaires. La discussion part d’abord sur les médias – « pourquoi ne parlent-ils pas plus de ces alternatives ? », demande une dame. Une autre à l’accent espagnol observe que « les alternatives c’est très bien, mais il ne faut pas oublier la politique, les conflits politiques ». Emmanuel répond : « Je ne crois plus à la politique à cause des lobbies, des intérêts de classe des dirigeants. C’est par en bas qu’il faut changer, leur montrer ce qu’on veut et qu’on peut se passer d’eux ». La discussion part sur la nécessité d’être ludique, de s’amuser - « je crois au potentiel révolutionnaire du bonheur », dit Emmanuel.

Dimanche, 10 heures. Nous sommes ici pour faire reculer le bitume

La brume plane encore sur Bayonne. Mais elle va bientôt se lever et le ciel resplendir toute la journée : le soleil est avec les alternatives !

Alternatiba s’éveille. Les rues du "petit Bayonne" (un des deux grands quartiers du centre ville) sont encore calmes. On finit de monter les stands. Dans la faculté commencent les grandes conférences de la journée.

La première porte sur le thème même d’Alternatiba, « Ensemble, construisons un monde meilleur en relevant le défi climatique ». L’amphithéâtre 400 est plein, une foule attentive, un bébé, quelques enfants. Le climatologue Christophe Cassou, chercheur au centre de recherche Cerfacs de Toulouse, rapporte en quelques minutes les principales conclusions du cinquième rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), publié le 27 septembre.

Il explique que le niveau actuel de concentration du gaz carbonique dans l’atmosphère, 400 ppm (parties par million) est le plus élevé jamais observé depuis 800 000 ans, et un niveau jamais observé depuis qu’homo sapiens sapiens a vécu (environ 100 000 ans). Il explique aussi que l’on raisonne aujourd’hui sur un réchauffement planétaire de plusieurs degrés sur une période de cent ans, alors que dans le passé, de telles variations (passage d’une période glaciaire à une période interglaciaire) se sont déroulées sur plus de dix mille ans. « La vitesse du changement actuel est extrême », souligne-t-il.

Geneviève Azam prend la parole. « Alternatiba est un véritable événement politique, on invente ici les voies pour que le peuple de la Terre relève le défi climatique. Il ne s’agit pas d’un défi pour les générations futures, mais d’une solidarité avec les générations présentes, qui le vivent déjà, comme au Bangladesh, ou comme les enfants déjà nés. Ce n’est pas une solidarité abstraite pour demain, mais active pour aujourd’hui. » L’auditoire est très attentif, une petite fille passe devant la tribune, paisiblement, son doudou à la main.

« Il nous faut imposer la reconnaissance des limites et la solidarité avec la Terre, poursuit Geneviève, nous rentrons dans cette zone frontière où le vécu concret s’articule avec la nature. Nous ne voulons pas nous limiter pour survivre, mais pour vivre en démocratie. Nous ne sommes pas réunis ici pour faire verdir le bitume, mais pour faire reculer le bitume ». Elle conclut en citant un beau discours d’Aimé Césaire en 1966, déplorant un « monde où l’homme devient chose lui-même ». Applaudissements nourris !

Patrick Viveret se lance, reprenant l’expression de Geneviève pour expliquer que « l’humanité devient peuple de la Terre, il se constitue comme sujet de sa propre histoire. Il a commencé avec Hiroshima et Auschwitz comme un sujet négatif, l’enjeu est qu’il devienne un sujet positif : vraiment sapiens sapiens, et non sapiens demens, comme le dit Edgar Morin ».

Deux questions se posent à nous, selon Viveret : « D’abord le blocage de l’oligarchie mondiale, qui est vent debout contre toutes les logiques de transformation. Et c’est pourquoi la résistance est nécessaire. Mais aussi la démesure et le mal de vivre. Les dépenses énormes de la publicité, des armements et des drogues, montrent que le système opère une gestion massive du mal-être et de la maltraitance. » Alors, selon Patrick, « il nous faut organiser la résistance du peuple de la Terre à l’oligarchie, mais aussi offrir la sobriété, l’acceptation des limites, avec la transition vers une société du buen vivir, du bien-vivre, prendre en compte le volet de l’art de vivre, de la joie de vivre ».

Patrick Viveret -

Les mots d’espérance positive, de fête, de plaisir, de joie, emplissent la salle. Il y a trois portes dans l’existence humaine, selon un mythe indien : les portes de la beauté, de l’amour, de la douleur. « Eh bien, conclut Patrick, il nous faut mener la résistance, mais aussi réapprendre la porte de la beauté, et comprendre que la porte de l’amour est l’avenir de l’humanité, par une capacité relationnelle supérieure ». L’applaudissement est enthousiaste et prolongé.

Questions et commentaires fusent : « Comment ouvrir la porte de la douleur à l’oligarchie ? » « Il n’y a rien à attendre de l’institution. Les réponses remontent des citoyens : il faut que chacun soit le changement qu’il veut voir ». « Pourquoi sommes-nous tous ici d’accord pour changer et pourquoi ne changeons-nous pas dans nos modes de vie ? » « Comment s’unir dans la transition et quelle place laisser à l’oligarchie dans la transition ? » « Ce que vous avez dit me fait rêver, mais on est dans un monde très centralisé, très hiérarchisé. Comment faire participer des millions de personnes qui regardent la télévision ? »
Geneviève Azam répond qu’« Alternatiba n’est pas un final, mais un départ vers une multiplication des initiatives, afin de recréer les maillons du local capables de faire basculer le global ».

Samedi 10 heures 30. Travailler ensemble est l’essence même de notre existence

Pendant ce temps, la ville s’est animée. Quai Roquebert, on trouve du fromage de chèvre, du miel, de la courge, du pain cuit au feu de bois, de la semence locale. Tout est bon, bio et local.

Une voix diffusée par haut parleur parvient du centre de la place près de la halle. Sur l’estrade, un homme avec un micro. Voix connue. Il appelle à la mobilisation citoyenne, à la mise en cohérence du modèle agricole avec la problématique climatique. Le soleil se lève sur José Bové : « La concentration agricole va se poursuivre », s’alarme-t-il. Pour preuve, il évoque le récent allègement de la loi sur le nombre de bêtes dans les élevages industriels. Il décrit ces abattoirs de la région de Hanovre qui vous abattent plus 35 000 bêtes à l’heure. Face à la pollution locale, au soja du Sud et à ses misères il répond circuits courts et relocalisation de l’agriculture.


Depuis l’estrade, José Bové parle d’une nouvelle agriculture -

Justement, voici un peu plus loin le stand Arrapitz. Une douzaine de structures de développement rural du pays basque qui se sont regroupées à la fin des années 1990 pour « résister à l’agriculture industrielle ». « Nous sommes une alternative parce que nous cherchons à être plus autonomes, explique l’animatrice Nathalie Suzanne. La transformation permet de créer de la valeur ajoutée à la ferme à la différence de la vente à la coopérative par exemple. Travailler ensemble est l’essence même de notre existence ». Et surtout, sur le modèle de Terre de Liens, Arrapitz s’est engagée avec d’autres associations dans la création de Lurzaindia. « Cela nous permet ici de lutter contre la très forte spéculation foncière ». Lorsqu’une exploitation risque d’être vendue et de quitter l’agriculture, le groupement peut intervenir et aider un agriculteur à reprendre la ferme. « Avancer 20 % de 400 000 euros pour acquérir une terre n’est pas toujours à la portée d’une jeune agriculteur » précise l’animatrice.

Nathalie Suzanne -

Dimanche 11heures. Je crois que c’est le truc où tu échanges ce que tu sais faire

Sur le stand de l’assocation Madela, on cause cuiseur. L’association est venue de Hastingues (Landes) pour vendre des marmites norvégiennes bricolées par les bénévoles de l’association. Marie-Jeanne Urtizverea explique à une dame intéressée combien l’invention, qui daterait de la guerre 14-18, est géniale. Le principe : un carton récupéré et décoré et à l’intérieur du polystyrene ou du plastique récupéré pour former une paroi isolante, et un couvercle. « Vous mettez de l’eau dans une casserole avec quelques légumes, vous portez à ébullition, cinq minutes et hop, le tout dans le cuiseur thermique. Le contenu mijotera tranquillement pendant que vous ferez autre chose ». Economie d’énergie, gain de temps, saveurs et vitamines conservés assure-t-elle. Tout le monde peut en fabriquer. « Nous, nous les vendons pour recueillir des fonds qui permettent de mener des actions de développement au Niger. Notre but est d’encourager les artisans des villages à fabriquer des fours à bois économiques. Cela crée de l’activité puisqu’ils les revendent à leur tour ».

Sur le quai -

Un peu plus loin, un drôle d’arbre a poussé dans la nuit : celui planté par le Sel, système d’échange 64 , qui invite les passants à y poser leur rêve sur de long rubans blancs qu’ils suspendent aux branches. Un couple s’interroge : « Je crois que c’est le truc où, au lieu de payer quelque chose avec de l’argent, tu échanges ce que tu sais faire ». C’est à peu près ça.


Un arbre où poussent les rêves -

Juste avant le Musée basque en accès libre durant la manifestation, le badeau s’arrête devant un grand panneau. Chacun est invité à écrire ce que lui inspire la phrase suivante : « Je regarde le monde en face ». Plusieurs ont été visiblement été inspirés. Parmi les réponses : « Et je voudrais plus de compassion et d’altruisme » ; « …et il me répond pour tout » ; « …et j’espère ».

…et moi, je ris, comme beaucoup de ceux qui découvrent les conférences gesticulées. Celle de Désirée Prunier est un pur bonheur. La paternité de la conférence gesticulée revient à Franck Lepage, annonce-t-il. Ce Rennais qui se demandait comment retenir l’attention du public sur des sujets graves et sérieux a inventé le genre, ou réinventé. L’exercice, lorsqu’il est sur la place publique se termine souvent par un débat de rue où chacun y va de sa question ou de sa réponse. Dans la foulée, Franck Lepage a commencé à proposer des formations de conférences gesticulées, qui elles-mêmes ont essaimé et ont croisé la route de Désiré. Et à Bayonne, sur le changement climatique, « l’apprenti gesticulant » retient près de soixante-dix personnes pendant une heure. Hilarant.


Une autre conférence gesticulée -

Sur l’arbre… « et il me répond ‘ne culpabilise pas, mais agis’ ».

Bizarre… deux files de chaussures mystérieusement disposées sur un quai. Elles sont apportées par qui veut, et partiront en Roumanie pour ceux et celles qui en auront besoin, grâce à l’assocation Aima de Bardos (Pyrénées-Atlantiques).

Au bout du chemin tracé par les chaussures, une table recouverte de livres : tout le monde peut se servir à son gré, "un livre gratis par personne", indique une affichette. "C’est l’espace solidarité partage, explique Jean Montaulieu, les livres sont à donner, les prend qui veut - Et quand tout est parti ? - Les meilleurs ont été pris, on en a encore qu’on ira chercher bientôt.".

Jean Montaulieu -

Dimanche, 13 heures 30. On résistera, on sera tous là

Sous le grand chapiteau de la place Paul Bert, la conférence sur Notre Dame des Landes, sur le thème "Résister, c’est créer", commence, alors que les gens se pressent pour manger un morceau aux stands de restauration. Françoise Verchère, du Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport (Cédpa), François, un zadiste qui vit aux 100 Noms. Françoise retrace rapidement l’histoire de la lutte, et souligne que ce qui a fait la force du mouvement, c’est la capacité de tous à s’unir malgré "des sensibilités différentes", et l’importance de la résistance sur le terrain, "qui est le pilier le plus solide“ de la résistance, à côté de la lutte sur le terrain juridique et de la bataille politique.

François raconte comment il est venu en novembre dernier sur la Zad et a quitté son travail (il est cuisinier) et la colocation où il vivait. Avec d’autres, il a constitué le Collectif des 100 noms, et ils cultivent plusieurs hectares, construisent une maison de 100 m2 en bois et en paille "pour passer l’hiver". "On n’avait jamais fait ça, on apprend tout", avec l’aide des paysans, des autres zadistes, et d’autres encore qui donnent un coup de main ou du savoir-faire. François détaille aussi les activités de la Zad, radio, ateliers de sérigraphie, forges, boulangeries, espace concert, bibliobus, fromagerie, etc. "Tout est à prix libre. Pour tout le monde selon ses moyens".

Quelqu’un demande où en est la situation en ce moment. Et Françoise Verchère explique que la bataille n’est pas gagnée, que le gouvernement n’a pas abandonné la partie, loin de là. "Ils vont probablement prendre un arrêté préfectoral de déplacement des espèces, et essayer de venir faire des mares et déplacer des salamandres et des tritons. Nous pensions avoir du temps et on voit les autorités et les acteurs locaux décidés à aller le plus vite possible". Il faut donc se préparer à se mobiliser face aux gendarmes venant détruire la nature à Notre Dame des Landes.

François confirme que la pression policière reste constante, et dit que les journaux Ouest France et Presse Océan "publient des articles faux pour discréditer les habitants de la Zad".

Quoi qu’il arrive, dit Françoise, "on résistera, on sera tous là".

Dimanche, 16 heures. Je regarde le monde en face… et j’avance

La journée passe. Impossible de tout voir de tout entendre. Alternatiba, c’est des dizaines de conférences, des dizaines d’animations de rues sur des problématiques écologiques ou sociétales, des concerts : autant d’initatives venues se présenter et se rencontrer surtout. De belles rencontres.

Un peu de people, pas trop. Et des gens. Certains de la région et beaucoup venus de plus loin. Cet habitant de Auch dans le Gers, militant de Attac, pour qui faire deux cents ou trois cents kilomètres pour venir à Alternatiba était « naturel ». Ou Marianne, étudiante de Sciences Po Bordeaux qui a entendu parler de Alternatiba dans la Ressourcerie qu’elle fréquente. Oui elle aurait pu faire autre chose ce même jour à Bordeaux. Elle a préféré prendre une journée sur son job de cadreuse pour venir partager les expériences, sentir le pouls du changement.

Je regarde le monde en face… et j’avance.

Tiens, en voilà d’autres qui avancent : ces quatre gus qui rigolent sur leur quadricycle.

Ou ces musiciens extraordinaires, qui débarquent vêtus de peaux de mouton et coiffés d’un chapeau pointu, s’annonçant de loin par le claquement de cuivre. Ils avancent d’un pas pesant et sautillant qui produit le son des coques de métaux qu’ils se sont accrochées sur le dos. Ce sont les "joaldun", des Basques qui chassent les mauvais esprits, selon une tradition immémoriale.

L’équipe de Reporterre, qui a couru dans tous les coins, se retrouve sur le pont qui relie les Halles au Euskal Muesoa (Musée Basque), où est installé l’espace "Biens communs et culture". Olivier a tenu la table où nous avons disposés nos tracts et un kakemono tout neuf. On voisine avec nos amis de Basta, Politis, L’An 02 et du projet Esse.

C’est l’occasion de discuter - ici ou dans des cafés, ainsi qu’avec d’autres journalistes présents à Alternatiba - de ce que pourrait être appliquée aux médias la démarche coopérative que l’on accompagne dans les autres activités de la société. Car chacun de nos sites et journaux est trop petit pour peser vraiment face aux mastodontes médiatiques de l’oligarchie.

Les alternatives de la société ne prendront sens que si elles se mettent en réseau et en conscience commune pour faire une "masse critique" permettant de peser et de bousculer la société ; de même, les médias alternatifs devraient, à notre avis, tenter de trouver des complémentarités, mutualiser ce qui peut l’être, partager et échanger afin de constituer, ensemble, une masse critique pour bousculer l’information contrôlée des gros médias vacillants. Y parviendrons-nous ? En tout cas, commençons à en parler, et à le faire.

Dès ce mois-ci, Reporterre commence un partenariat avec Silence.

Et puis, on discute avec les… gens. L’endroit est passager et propice à l’échange, alors que le soleil et l’ambiance légère qui parcourt toute la ville grâce à Alternatiba dispose à la conversation. Ceux qui connaissent Reporterre sont engagés. Jeune ou moins jeune, urbain ou pas, le lecteur de Reporterre est souvent engagé dans des revendications diverses, du végétalisme à la lutte contre les ondes électro-magnétiques. Le plus souvent, bien sûr, les gens ne nous connaissent pas,, mais ils sont intéressés à la démarche… même quand les conditions ne lui sont pas favorables, à l’image d’Elsa, étudiante à l’école de berger d’Oloron Sainte Marie et souvent éloignée des connexions internet !

Et nous d’expliquer que tous les jours, le "quotidien de l’écologie" renouvelle ses informations, que nous voulons produire une information exacte, utile et libre, que le pari est que ces informations seront utiles au mouvement écologiste et plus largement à tous ceux qui pensent que "d’autres mondes sont possible". Le pari aussi que toutes et tous comprendront qu’une information libre dépend du soutien de toutes et de tous, parce que l’information, c’est du travail, et que tout travail doit être rémunéré.

Mais l’heure tourne, il faut replier et ranger les tables avant la cérémonie de clôture, les uns vont prendre le train du retour, les autres vont commencer à écrire l’article, un autre va écouter la cérémonie finale.

Car la journée se conclut par une cérémonie d’hommage à Stéphane Hessel, parrain posthume d’Alternatiba. Le moment est solennel lorsque Jean-François Bernardini, chanteur de I Muvrini, déclame un texte écrit en mémoire de celui qui appelait à l’indignation : « Stéphane Hessel expliquait que l’esclavage moderne, c’est laisser croire qu’on ne peut rien faire… ». Et l’émotion est palpable lorsqu’intervient Christiane Hessel, pendant qu’une dizaine d’enfants porte derrière elle une grande banderole où est inscrit « Fini de jouer avec la planète ».

L’hommage est précis et précieux, il ouvre sur des perspectives internationales qui donnent une autre résonance aux problématiques locales présentées tout au long de la journée. La cérémonie a ainsi commencé par l’évocation désolée des trois cents morts morts de la tragédie de Lampedusa, cette petite île de Sicile qui a découvert le naufrage d’une embarcation de migrants en provenance d’Afrique, jeudi dernier. Un moyen de dire aux pouvoirs publics combien la question du réchauffement climatique est corrélée à des enjeux sociaux majeurs pour les années à venir. Puis un texte sera lu sur la Palestine, grand terrain d’engagement de Stéphane Hessel. Aux côtés d’autres grandes luttes, celle contre le changement climatique s’inscrit dans une démarche de mobilisation internationale.

Une déclaration est adoptée, l’Appel à multiplier les villages des alternatives.

"L’enjeu est clair : réduire radicalement les émissions de gaz à effet de serre pour ne pas franchir les seuils dangereux, voire irréversibles de réchauffement et de déstabilisation du climat.

Le dérèglement massif, brutal, en un temps aussi court du système climatique, est un défi sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Mais Alternatiba, cette journée magnifique, doit nous faire garder l’espoir : les solutions existent, elles sont déjà mises en oeuvre par des milliers d’associations, de collectivités locales, d’individus. Mieux : ces alternatives construisent une société plus agréable à vivre, plus conviviale, plus solidaire, plus juste et plus humaine."


Mme Hessel lisant l’Appel d’Alternatiba -

(…) "La stabilisation du climat sera le fruit de notre union, de notre intelligence collective, de notre solidarité et de notre soif de justice sociale, de notre capacité à enclencher les changements ici et maintenant, à mettre en route la transition, sans plus attendre.

Fin 2015 aura lieu la COP21, la 21ème conférence de l’ONU sur le changement climatique. Six ans après la très médiatisée conférence de Copenhague, la COP21 devrait l’être tout autant, les chefs d’Etat s’étant publiquement engagés à y adopter un nouvel accord international de lutte contre le changement climatique pour l’après 2020. L’horizon 2020 est signalé par la communauté scientifique internationale comme une période où nos émissions de gaz à effet de serre doivent avoir commencé à baisser de manière significative si nous voulons éviter le pire.

Pour que ces promesses ne restent pas lettre morte comme ce fut le cas à Copenhague, c’est aux citoyennes, aux citoyens, aux populations, de se mobiliser et d’agir pour que soient mises en place de vraies solutions. Ce d’autant plus que cette COP21 se tiendra à ... Paris, sur l’aéroport du Bourget !

La mobilisation populaire en France et en Europe sur les questions d’urgence climatique et de justice sociale redevient donc un enjeu d’une actualité particulière.

Le succès et le caractère fédérateur d’Alternatiba, ce Village des alternatives rendu possible par l’engagement de chacun d’entre nous ici à Bayonne, nous montre un des visages que pourrait prendre cette mobilisation citoyenne européenne.

Nous appelons toutes les villes et tous les territoires d’Europe à préparer à leur tour et dès maintenant leurs propres Villages des alternatives au changement climatique et à la crise sociale et écologique.“


Source et photos : Barnabé Binctin, Hervé Kempf et Pascale Mugler pour Reporterre.

Photo de la lecture de l’appel : Bizi.

 

 

 

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 14:10

 

reporterre.net

 

A Toulouse, une « coopérative intégrale » prépare l’après-capitalisme

Emmanuel Daniel (Reporterre)

lundi 7 octobre 2013

 

 

 

 

Le capitalisme mondialisé ne constitue pas un horizon indépassable. C’est ce que tentent de prouver les coopératives intégrales en posant les bases d’un nouveau système économique basé sur l’autogestion, la coopération, les relations de proximité et la décroissance. Ce concept né en Catalogne essaime à travers l’Europe et notamment à Toulouse.

 


 

- Reportage, Toulouse.

« Nous pouvons vivre sans capitalisme ». Les membres de la Coopérative intégrale catalane (CIC) en sont persuadés. Et ils ne se contentent pas de le clamer. Depuis 2010, ils sont près de 10 000 à bâtir « une nouvelle économie basée sur la coopération et les relations de proximité » [1]. Cette coopérative d’un nouveau genre est dite intégrale car « elle regroupe les éléments basiques d’une économie et comprend tous les secteurs d’acitivités nécessaires pour assurer le quotidien ». Coopératives de logement et d’alimentation, centres de santé autogéré, banques, écoles, production d’énergie... La mise en réseau d’alternatives socialement utiles et écologiquement soutenables permet à la CIC de poser les bases d’un nouveau système économique échappant aux règles du marché et au diktat de la rentabilité.

Pour que les membres puissent accéder aux biens et services nécessaires à leur subsistance, des moyens d’échange nouveaux ont été mis en place. L’euro n’a plus le monopole en Catalogne. Les usagers du centre de santé peuvent par exemple payer leur consultation en Ecocoop, la monnaie sociale interne à la CIC, en temps de travail ou... avec un pied de tomates. Créé sous l’impulsion de l’activiste Enric Duran, surnommé le Robin des banques pour avoir escroqué 500 000 € à des institutions financiaires, ce projet constitue « une proposition constructive de désobéissance et d’autogestion généralisée pour reconstruire la société depuis le base ».

Fédérer les alternatives

De l’autre côté des Pyrénées, à Toulouse, cette expérimentation à mi-chemin entre anarchisme et socialisme utopique, a séduit une population animée par une envie radicale de changement. Fin 2012, suite au passage d’Enric Duran et d’autres membres de la CIC, ils étaient près d’une centaine à se regrouper pour créer la Coopérative intégrale toulousaine (CIT). Squatteurs, étudiants, infirmières, graphistes, agriculteurs, bricoleurs, banquiers... Ce collectif hétéroclite espère pouvoir « fédérer et unir les alternatives existantes et en faire naître de nouvelles, comme l’explique Karim, un des piliers de l’initiative. Nous avons déjà tout à Toulouse : un garage associatif, des Amap, des écoconstructeurs, un fournisseur d’accès à internet alternatif, des gens qui travaillent sur l’énergie libre... Sauf que rien n’est connecté », constate-t-il. Et pour Mathieu, électronicien présent depuis la première réunion, le meilleur moyen de fédérer ces initiatives est de développer des monnaies sociales et l’échange non marchand afin de « sortir progressivement de l’euro et du capitalisme ».

Pour y parvenir, les membres de la coopérative intégrale toulousaine se retrouvent chaque mois lors d’une Agora où différents groupes de travail viennent faire état de l’avancée de leurs recherches.

 

 

Ce samedi, ils sont une vingtaine à s’être donné rendez-vous dans une chapelle reconvertie en squat. Les uns planchent sur des « projets productifs » tels que la mise en place d’un centre de santé autogéré ou d’un « groupement de consommation » qui vise à supprimer les intermédiaires entre producteurs et consommateurs. Les autres réfléchissent à la meilleure façon d’adapter « le concept de la Coopérative intégrale catalane au contexte juridique et culturel français », selon les mots de Carlos, qui consacre son doctorat en sociologie à l’étude du projet.

Autogestion, consensus et subsidiarité

Et si les discussions vont bon train, aucun vote ne viendra ponctuer la journée. En effet, cette assemblée ouverte à tous n’a pas vocation à prendre des décisions. « On concoit la prise de décision comme nécessairement concommitante de l’action. Le groupe de travail le plus petit va prendre les décisions qui sont liées à son activité selon le principe de subsidiarité », précise Carlos. Ainsi, chaque groupe d’action (santé, logement, consommation, juridique...) est autogéré et prend ses décisisons au consensus. Et pour que cette addition de forces autonomes trouve sa cohérence, les groupes mandatent un ou plusieurs de leurs membres pour rendre compte de leurs travaux lors de réunions de coordination entre groupes ou pendant l’Agora.

Cette assemblée, conçue comme un temps de délibération et d’échange a pour vocation de permettre aux différents membres de la Coopérative intégrale toulousaine d’avoir une vue d’ensemble sur les actions en cours. Elle offre également la possibilité à des groupes de travail de recruter de nouveaux membres. Ainsi, pendant la journée, l’équipe qui œuvre à la mise en place du centre de santé autogéré s’est étoffée. Trois praticiennes de santé, en activité ou en formation, ont rejoint le projet tandis que d’autres sont venus grossir les rangs des groupes logement et consommation.

Repenser nos moyens d’échange

Après presque un an de travail, les membres de la Coopérative intégrale toulousaine ont élaboré les statuts de l’association, lancé un système d’échange local (SEL) afin de partager biens, services et compétences sans utiliser d’argent et commencé à démarcher les producteurs locaux. Ceux-ci sont prêts d’une centaine à se tenir prêts. « J’attends que les outils soient en place pour m’impliquer », explique Théo, informaticien. En effet, tant que les moyens d’échange permettant aux producteurs de subvenir à leurs besoins sans passer par le système marchand ne seront pas fonctionnels, le projet ne pourra guère compter que sur le bénévolat pour avancer. « Ils sont tous en train de nous demander quand est-ce qu’ils pourront échanger entre eux », se réjouit Karim.

 

 

Mais il leur faudra patienter au moins six mois. Le temps pour le « groupe inter-échange » de trouver une formule qui permette au plus grand nombre d’y trouver son compte. « Nous voulons mettre en place un système qui puisse répondre tout de suite aux besoins des membres, ceux qui ont du temps mais pas d’argent mais aussi ceux qui ont de l’argent mais pas de temps », détaille Karim. Plusieurs modèles sont à l’étude comme les monnaies complémentaires, les SEL, les banques de travail ou les cryptomonnaies décentralisées comme les Bitcoins.

Une autre économie est possible

Mais peu importe les moyens d’échanges qu’ils choisiront, si les membres de la CIT veulent rassembler autant de producteurs et consommateurs que leurs voisins catalans, il leur faudra présenter des réalisations concrètes. Ils comptent donc d’abord expérimenter le système à petite échelle pour tester sa viabilité. « Si ça marche, on ne restera pas à 50 ou 100. Au vu de la situation économique et sociale actuelle, les gens sont déjà demandeurs d’une autre manière de fonctionner », argue Karim.

L’ampleur prise l’expérience catalane leur fait penser qu’une qu’une autre économie, viable et soutenable, est possible. Et ils ne sont pas les seuls à le croire. D’autres territoires se sont également lancés dans l’aventure en Espagne mais également à Nantes, Marseille, en Ariège et en Belgique.

Et même si le chemin emprunté est long et sinueux, les Toulousains sont persuadés de ne pas faire fausse route. « Les membres de la coopérative intégrale sont en train de générer le changement. On n’attend pas que ce soit les politiques qui le fassent à notre place, expose Carlos. On agit maintenant, depuis la base, pour créer des alternatives au système ».

 


 

Source : Emmanuel Daniel pour Reporterre.

Emmanuel Daniel poursuit un Tour de France des alternatives.

 

 

 

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 11:46

 

youphil.com

 

Écologie, énergie, emploi: ces villes qui bougent

Les politiques locales peuvent être un levier de transformation majeur.

Les crises écologique, économique et sociale sont souvent traitées sous l’angle de la mondialisation et les réponses sont souvent cherchées sur le plan national.

Partout dans le monde, des territoires innovent. Ils combinent une politique de développement écologique tout en créant de l’emploi, en redynamisant les liens sociaux et l’économie locale. La richesse que ces politiques génèrent tend à rester sur le territoire.

Peut-on entrevoir la voie d’une nouvelle prospérité durable et locale à haute qualité de vie? Petit tour d’horizon de quelques exemples innovants en France et en Europe.

Quarante emplois et une cantine 100% bio

Veut-on relocaliser les emplois? Ungersheim, une petite ville de 2000 habitants en Alsace donne le la. En revalorisant huit hectares (ha) de friche industrielle en zone maraîchère bio, la ville a créé 40 emplois: 30 postes en insertion, cinq encadrants. Les habitants peuvent s’abonner aux paniers hebdomadaires, qui leur fournissent des fruits et légumes frais bios, locaux et de saison.

Ce nouvel espace maraîcher fournit aussi les cantines des écoles maternelles et primaires. Les enfants mangent désormais 100% bio, goûters compris, et vont même voir pousser ce qu’ils mangent: un petit espace a été réservé pour leurs propres expérimentations.

Comme la cantine fonctionne en période scolaire, alors que la productivité de la ferme est maximale en été, la municipalité construit une légumerie et une conserverie, pour distribuer toute l’année les surplus de l’été. Ces derniers permettront de créer cinq emplois supplémentaires.

Ungersheim a réussi à mener ces politiques sans augmenter les impôts locaux. "Nous avons commencé par une politique d’économie d’énergie et de fourniture en énergie renouvelable des infrastructures et bâtiments de la commune", explique Jean-Claude Mensch, le maire d’Ungersheim. "En complétant avec les fonds de développement européens, nationaux et régionaux, et parfois des partenariats avec des structures privées ou associatives, l’argent économisé a permis de réaliser les nouveaux investissements".

Les ressources locales comme levier économique

En Ariège, dans le Séronais, les communes se sont alliées pour monter une filière bois à partir de la gestion des forêts situées sur leur territoire. "Quand vous achetez 1000 euros de fuel, 900 euros vont au pétrolier et 100 euros servent à payer le chauffeur et son carburant, explique André Rouch, le président de la communauté de communes du Séronais. Quand vous achetez 1000 euros de plaquettes (bois), 100 euros vont au chauffeur et au carburant, et 900 euros aux plaquettes. La somme rétribue le bûcheron, le débardeur, le broyeur, le sécheur, le livreur, tous installés sur le territoire."

Pour être efficace, "il ne faut pas transporter le bois sur plus de 30 km, sinon la consommation de carburant annule les gains écologiques et économiques. C’est pourquoi le bois énergie n’a de sens qu’en filière locale et maillée intelligemment sur le territoire", poursuit André Rouch.

Cette seule activité permet de créer un emploi pour 400 tonnes de plaquettes vendues. Soit dix emplois à terme grâce aux capacités mises en place, tout en améliorant les réseaux de chauffage urbain et en incitant la construction de nouvelles chaufferies sur le territoire.

"Nous fonctionnons en intercommunalité et il faut une bonne entente des élus pour mettre en place ces projets, ce n’est pas simple. Mais chaque fois que nous installons une chaudière de 200 kilowatts (l’équivalent du chauffage de 30 maisons), nous créons un emploi, nous faisont vivre une famille", précise André Rouch. Le prix de l’énergie est également diminué: "le coût d'un kilowatt électrique est de douze centimes d'euros. Le même prix que pour le fuel et le gaz. Avec les plaquettes bois, il est de quatre centimes et nous le vendons sept centimes, pour inclure l'amortissement de la chaudière."

Cette politique attire d’autres entreprises et un pôle "bois et énergie renouvelable" a été créé en rénovant une ancienne ferme du canton. À ce jour, les 30 bureaux accueillent près d’une dizaine de structures dans le domaine du bois et de l’environnement. Tandis que la rénovation du bâtiment a mobilisé quatorze entreprises ariégeoises et a été réalisée à partir de matériaux locaux.

Comme à Ungersheim, les enfants du Séronais mangent également une nourriture bio ou d’origine locale tous les jours: "Nous avons eu la chance d’avoir beaucoup d’agricultures alternatives autour de nous, ce qui a permis de faciliter l’approvisionnement de la cantine en aliments frais et de qualité."

La ville autonome en énergie

En Autriche, la petite ville de Güssing (frontière hongroise) a été confrontée, dans les années 80 et 90, à une déprise rurale alarmante et un exode massif des jeunes touchés par le chômage. La municipalité a fait le pari fou d’organiser l’autonomie énergétique de la ville à partir des ressources locales: elle a été la première ville autonome en énergie au monde.

Chauffage, électricité, carburants, Güssing a réussi son pari et exporte même son surplus d'énergie. Les entreprises attirées par ce dynamisme et la stabilité énergétique sont venues: 1000 emplois ont, en effet, été créés.

À contrario, les fonds investis par les communes, les régions et l’État peuvent ne pas profiter aux populations. C'est le cas de la communauté d'agglomérations Plaine commune (Seine-Saint-Denis): sa politique d’attraction des entreprises a permis de créer massivement des emplois sur le territoire, mais qui n’ont pas profité à la population locale. Plaine commune a favorisé l’implantation d’immeubles de bureaux à destination, notamment, des sièges de grandes structures, et non pas l’implantation de filières à partir des ressources naturelles et humaines locales.

Entre les grandes avenues bordées d’immeubles d’entreprise luxueux, et les rues où le logement et les commerces peinent, la ségrégation entre une population de cadres de jours, et une population précarisée de jour comme de nuit, s’est renforcée. Tout comme l’engorgement des grands axes et des transports en communs, aux heures de pointe.

Le transport, dans le top trois des dépenses des ménages 

Les Français passent plus d’une heure par jour dans les transports pour aller travailler, notamment. Le transport est dans le top trois des dépenses budgétaires des ménages, après le logement et l’alimentation: en moyenne, ils y consacrent 12% de leurs revenus.

L’automobile est particulièrement onéreuse. Ainsi, les ménages dépensent en moyenne plus de 6000 euros par an pour leur(s) voiture(s): remboursement des crédits, carburant, assurance, frais techniques, parking et garage… Comment offrir une offre de transport rapide, souple et correspondant aux besoins de chacun?

Là encore cela dépend des politiques municipales. Lyon et son agglomération seront les premières villes au monde à offrir une offre de transport "multimodale": vélo, bus, métro, tramway ou voiture. Le tout relié à un système informatique qui donne, en temps réel, le mode de transport le plus approprié et le plus rapide pour se rendre à un endroit.

Mais ce n’est pas toujours facile quand on habite dans des zones plus reculées. En Bretagne, les communes ont fait des partenariats avec les centres commerciaux situés au bord des voies rapides, pour faciliter le covoiturage: une partie des parkings est réservée à la rencontre entre covoitureurs et au stationnement des véhicules. Dans le parc naturel du Pilat (Rhône-Alpes), un service de location de cyclomoteurs a été mis en place pour les personnes en zones reculées. Le premier frein à l’emploi était la mobilité.

De l’eau pure pour moins cher en créant des emplois, est-ce possible?

Même la politique de l’eau initiée par les communes peut changer la vie d’un territoire. Des villes comme New York, Munich ou Grenoble ont choisi, pour conserver la qualité de l'eau potable, d’investir dans la protection des forêts et le développement de l’agriculture biologique dans les zones de captage des eaux.

Résultat: les économies sont énormes. Les municipalités disposent de davantage d’argent pour investir dans d’autres services publics, et redynamisent les territoires alentour. Profitant des aides de la municipalité, 85% des agriculteurs de la région de Munich se sont convertis au bio. Le tourisme a été dynamisé par la préservation des paysages et les circuits courts ont fleuri.

À contrario, les communes françaises commencent à avoir de sérieux problèmes d’eau potable. Ces dernières années, les autorités ont peu à peu relevé les seuils de tolérance aux pesticides. L’eau n’est pas de meilleure qualité, mais ce jeu réglementaire permet d'approvisionner des populations qui ne le seraient plus, en vertue des anciennes normes de qualité.

Cette année, 419 communes bénéficient de dérogations sur des teneurs en nitrate, en arsenic et autres polluants, pour pouvoir continuer à distribuer une eau qui n’est pourtant plus considérée comme potable. Dans certains départements comme la Seine-et-Marne, près d’un tiers des communes sont concernées.

Au contraire, à New York et à Munich, qui ont initié ces politiques depuis longtemps, l’eau distribuée est parmi les plus pures et les moins chères du monde.

Renouveler l'économie du territoire

Ces nouvelles façons de gérer la ville montrent que les municipalités ont des cartes insoupçonnées en mains. En pensant le développement à partir des ressources de leur région et pour leurs habitants, elles peuvent initier des politiques susceptibles de renouveler la vie quotidienne et l’économie du territoire.

Les habitants des villes concernées se rendent-ils compte des actions menées par ces municipalités? "Pas toujours", répondent Jean-Claude Mensch et André Rouch. Pourtant, en cette période d'élections municipales, la conscience des habitants apparaît cruciale pour enclencher les voies d’une résilience économique et sociale, à l’échelon local.

> Retrouvez notre rubrique spéciale "Villes durables"

 

Crédit photo: Johan Hansson/Flickr

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 15:19

 

bastamag.net

 

Sobriété heureuse

La maison autonome, ou comment vivre d’énergies renouvelables, d’amour et d’eau fraîche

Par Nolwenn Weiler (2 octobre 2013)

 


Chercheurs en économie alternative, c’est ainsi que se définissent Patrick et Brigitte Baronnet. Installés en Loire-Atlantique, depuis plus de 30 ans, ce couple et leurs quatre enfants expérimentent un mode de vie autonome et solidaire. Dans lequel les consommations d’énergie sont divisées par quatre. Et les besoins en argent aussi. Rencontre avec des adeptes de la sobriété heureuse.

 

 

Patrick et Brigitte ont fêté leur « débranchement EDF ». C’était il y a 20 ans. On parlait alors à peine de transition énergétique, encore moins d’arrêter la moindre sacrosainte centrale nucléaire. Installés en Loire-Atlantique, ils savouraient l’accomplissement d’un de leurs objectifs : être autonomes en électricité. Aujourd’hui, une éolienne de 18 m de hauteur et de 5 m d’envergure, couplée à des piles photovoltaïques d’une surface de 6 m², leur suffisent. L’ensemble fournit assez de courant pour une famille de six personnes (ils ont quatre enfants).

Autonomie énergétique

Cette autonomie n’est possible que parce qu’ils consomment 10 fois moins d’électricité que la moyenne des Français ! Comment ont-ils réalisé cet exploit sans revenir à l’âge des cavernes ? Très simplement : le chauffage de l’eau est assuré par les rayons du soleil et celui de la maison par un poêle de masse, qui ne coûte que 200 euros de bois par an. Patrick et Brigitte ont aussi décidé de se passer de réfrigérateur. « Six mois par an, il fait plus frais sur le bord de la fenêtre que dans le frigidaire », sourit Patrick... Ils cueillent au quotidien de quoi se nourrir dans le vaste potager biologique qu’ils entretiennent depuis bientôt 40 ans.

« Alors que tout le monde montait à Paris, pour faire carrière, pour être à la mode ou dans l’espoir d’une société meilleure », Patrick et Brigitte décident d’aller à contrecourant et quittent la capitale. « L’idée, c’était de vivre en cohérence avec nos idées et l’environnement, raconte Patrick. Il ne fallait donc pas dépenser plus que ce que pouvait nous fournir la planète. Et donc revoir totalement notre mode de vie. A l’époque, on nous prenait pour de doux rêveurs. » Il commence par enseigner à mi-temps dans une ville dont il n’avait jamais entendu parler : Châteaubriant, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Rennes. « Nous avons décidé de diminuer nos salaires pour ne pas participer à la croissance, synonyme pour nous de destruction de l’environnement. Il ne peut y avoir d’écologie avec deux salaires. Le salaire est forcément lié à la production et donc à l’atteinte à l’environnement. » Radical. Mais comment vit-on à six avec un demi-salaire d’enseignant ?

Libérés de toutes créances

« Nous sommes pourvoyeurs de nos besoins, répond Patrick. L’argent couvre un quart de nos besoins. Le reste, nous le tenons de nos bras, de nos mains et de nos neurones déconditionnés. » Premier poste d’économie : le logement. La maison a été entièrement retapée par ses propriétaires. Qui n’y connaissaient rien mais ont tout appris. « Il ne faut pas craindre l’apparente complexité des techniques, quelles qu’elles soient, estime Patrick. Il faut revenir à des techniques simples, pas chères, réparables. Le chauffe-eau solaire que j’ai fabriqué il y a 35 ans fonctionne toujours ! » Patrick n’était pourtant pas chauffagiste. « J’ai observé et je me suis lancé : tous les soirs, je prenais ma douche, chaude, grâce à un tuyau jaune de plastique qui restait au soleil toute la journée. Je me suis dit, je vais remplacer ce tuyau par un serpentin noir mat, je vais l’insérer dans une sphère plate, et je vais faire serpenter un tuyau de cuivre à l’intérieur et le relier à un ballon de 200 litres. Ce n’est pas sorcier. »

Seule contrainte : disposer de temps. « Soit on emprunte beaucoup d’argent et on travaille pour rembourser. Soit on devient auto-constructeur, et on est totalement responsable de sa maison. Nous n’avons pas toutes les garanties et assurances qu’offre un professionnel. Cela dit, quand on fait soi-même, pour soi-même, en général, on s’applique. Faire soi-même permet de minimiser les emprunts, et de ne pas être obligé de travailler à temps plein. » La plus récente construction en paille, bâtie à côté de la maison autonome, a coûté moins de 25 000 euros, pour 70 m² habitables ! De quoi rendre dépressif un promoteur immobilier. « Elle est conçue comme un capteur solaire. Le soleil, en passant à travers les vitres, chauffe les « briques de terre compactées » qui accumulent les calories. La paille très isolante, à l’extérieur, prévient du froid, les murs et le plancher rayonnent à l’intérieur en chauffant la maison. »

Autonomie en eau

« Nous n’avons jamais payé l’eau, ajoute Patrick. Nous récupérons celle qui tombe du ciel, gratuitement. Elle est stockée dans des cuves souterraines et remonte dans un puits grâce à une éolienne de pompage. Nous la filtrons ensuite pour pouvoir la boire. Elle est de bien meilleure qualité que l’eau du réseau. » N’en déplaise à Veolia ou Suez environnement. Si l’on en croit les travaux de Joseph Orszàgh, chercheur belge, sur l’eau de pluie, celle-ci est bien plus légère en produits phytosanitaires que l’eau du réseau. Et elle ne contient pas de chlore. Chez la famille Baronnet, divers systèmes, tels que la pédale en remplacement du robinet pour se laver les mains et/ou les dents, permettent de réaliser d’importantes économies.

Exit aussi la chasse d’eau. « Nous avons installé des toilettes sèches, qui nous permettent d’avoir un excellent compost pour notre jardin », avance Patrick. Résultat : la famille assure consommer cinq fois moins d’eau que la moyenne des Français. Les eaux grises – issues de la vaisselle, des lessives et des douches – sont épurées par un filtre naturel : une série de bacs où poussent des plantes que l’on retrouve traditionnellement dans les zones humides et qui permettent de nettoyer l’eau. Cette alternative aux fosses sceptiques et aux mini-stations d’épuration, très chères en zone rurale, est peu onéreuse à l’installation (moins de 1000 € contre plusieurs milliers d’euros pour les systèmes classiques). Les analyses réalisées en sortie de système assurent d’une eau très bien épurée.

« Contrairement à d’autres, nous avons choisi notre vie »

« On ne souffre d’aucun manque matériel, rassure Patrick. Nous avons simplement dû apprendre à nous défaire du regard des autres et des injonctions de la société. Oui, on peut vivre sans télé, sans portable, sans vacances à l’autre bout du monde et être heureux ! Nous n’avons pas l’impression d’avoir renoncé à quoi que ce soit. Contrairement à beaucoup d’autres, nous avons choisi notre vie. Ceux qui sont dans la croissance vivent dans l’insatisfaction permanente. Ils sont malheureux de ce qu’ont les autres et qu’ils n’ont pas. Il faut donner de l’enthousiasme aux gens pour aller vers une sobriété heureuse. Je ne parle évidemment pas de misère, ni de pauvreté. » Il vaut mieux le préciser en ces périodes d’austérité forcée.

« Attention, prévient-il, il ne s’agit pas non plus de la petite maison dans la prairie. Nous ne voulons pas nous contenter de faire nous-mêmes dans notre coin les choses de façon plus intelligente. Notre projet est politique. Nous voulons donner des idées, et restreindre collectivement notre pression sur la planète. Nous avons à cœur de recréer un tissu social, d’initier d’autres manières de vivre ensemble. »

Cultiver la biodiversité humaine

De maison, le projet de Patrick et Brigitte s’est fait hameau : un couple et deux enfants vivent dans une autre maison. Ainsi qu’une autre personne. Logée dans une construction érigée sur place. Le Hameau du ruisseau, 100% autonome en énergie, irrigue peu à peu. « Ne pas être seul, c’est très important. Plus il y a de monde, plus il y a d’idées. La biodiversité humaine, c’est fondamentale pour être heureux. »

70 000 personnes sont déjà venues visiter la maison autonome. Les propriétaires ne se lassent pas de ces rencontres mensuelles. « A chaque fois, ce sont des rencontres pleines d’enthousiasme. Les visiteurs posent des questions pertinentes, les échanges sont très riches. Et l’engagement des plus jeunes nous donne vraiment espoir. Il y a aujourd’hui de nombreux chantiers collectifs. Nous ne voyions pas ça il y a 40 ans. » Le Hameau du ruisseau se fera-t-il rivière ?

 

Nolwenn Weiler

Photo : source

 

 

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 18:34

 

arte.tv/guide/fr

 

 

 

Moins, c'est mieux
 
Moins, c'est mieux

mardi 01 octobre à 20h50 (52 min)

 

Moins, c'est mieux

Limiter la croissance pour une vie meilleure

mardi 01 octobre à 20h50 (52 min)
  Rediffusé samedi 05.10 à 10h30

De plus en plus de personnes en sont convaincues : la croissance illimitée n'est pas viable à long terme dans un monde où les ressources s'épuisent peu à peu. Ce documentaire explore des modèles économiques et de nouvelles façons de vivre qui ouvrent la voie à une société post-croissance.

En savoir plus  

À la faveur de la crise, les opinions publiques prennent peu à peu conscience de ce que l’explosion démographique, la crise énergétique ou encore le changement climatique posent de sérieuses questions que nous ne pouvons plus remettre à demain. De plus en plus de personnes en sont convaincues : la croissance illimitée n’est pas viable à long terme dans un monde où les ressources s’épuisent peu à peu. Il s’avère en outre que l’augmentation du PIB dans les pays industrialisés n’a abouti à aucune amélioration notable de la qualité de vie des populations depuis les années 1970. Se pourrait-il alors que la société de consommation ne tienne pas ses promesses de bonheur et que le bien-être ne soit pas inhérent à la croissance ?

Ce documentaire explore des modèles économiques et de nouvelles façons de vivre qui ouvrent la voie à une société post-croissance. La réalisatrice questionne son propre mode d’existence : à quoi doit-elle renoncer pour espérer mener une vie "durable" ? Pour répondre à cette question, elle sillonne les routes de France, d’Allemagne, d’Espagne et d’Angleterre, à la rencontre d’individus pour qui la croissance économique n’est pas la mesure de toutes choses. Elle comprend alors qu’adapter son mode de vie à son environnement n’est pas nécessairement synonyme de privation, de sacrifice et de renonciation au bien-être : dans bien des cas, un tel changement permet au contraire de gagner en qualité de vie.

 

 

 

 

 

 

Zéro déchet
mardi 01 octobre à 21h45 (52 min)
  Rediffusé samedi 05.10 à 11h20

Le maire de Naples s'est engagé à débarrasser la ville de ses ordures pour parvenir à une production de 'zéro déchet' d'ici à 2020. Un pari révolutionnaire.

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En 2011, Luigi de Magistris est élu maire de Naples. Ce candidat indépendant, qui ne bénéficie d’aucun soutien puissant et n’est fort d’aucune expérience politique, réussit à convaincre les électeurs par une promesse révolutionnaire : résoudre le problème des déchets toxiques qui empoisonnent la vie de la ville depuis des décennies et libérer les Napolitains de l’emprise de la mafia. Un non-sens pour ses opposants, qui le taxent de fou ou, au mieux, d’utopiste ; une nouvelle lueur d’espoir pour les habitants, qui lui accordent leur confiance. Dans le même temps, le maire s’engage à signer un protocole avec Paul Connett, spécialiste de l’évacuation des ordures et leader du mouvement "zéro déchet" : les ordures doivent progressivement disparaître à Naples grâce au recyclage, au réemploi ou à la réduction à la source, sans construction de décharges ou d’incinérateurs. Mais ce vaste programme se révèle plus difficile que prévu et l’élu doit prendre des décisions impopulaires. Se développent alors des initiatives inattendues, dans le cadre de comités d’action, qui vont même au-delà des promesses faites par Luigi de Magistris…

 

 

 

Déchiffrage
 
Déchiffrage

mardi 01 octobre à 22h40 (90 min)

 

Déchiffrage

La croissance, à quel prix ?

mardi 01 octobre à 22h40 (90 min)
  Rediffusé jeudi 10.10 à 8h55

'Déchiffrage' met en lumière et en débat les grands enjeux de l'économie avec les moyens du documentaire et la longue-vue du journal Alternatives économiques. Un premier numéro consacré à la question de la croissance.

En savoir plus  

  VOD-DVD

Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD Acheter  

FMI, BCE, Triple A, Libor, CDS, G20… : criblé d’abréviations mystérieuses et de sigles compliqués, le discours économique est d’autant plus difficile à contester qu’il est malaisé à comprendre. Mais ses alphabets étranges et ses formules cryptiques dissimulent quelques-uns des grands choix politiques de notre temps. Et si on se les réappropriait ? Déchiffrage éclaire les enjeux de l’économie contemporaine pour mieux permettre au citoyen spectateur de les mettre en question, en mêlant archives décalées, séquences d’animation originales, reportages sur le vif et entretiens approfondis, assortis de datavisualisations claires et simples consultables sur un second écran. Ce soir, Déchiffrage interroge la notion à géométrie très variable de croissance, en esquissant au préalable un portrait remarquablement limpide de l’économie mondialisée et financiarisée. Réalisation inspirée, propos riche et dense, une salutaire réflexion en images qui propose, à l’instar de l’homme de l’art Jean Gadrey dans ce premier numéro, de "remettre les économistes sur le siège arrière".

De Montreuil à Bangalore

Entre les partisans de la croissance à tout crin et ceux qui lui préfèrent une pause, voire même la "décroissance", pas facile de s’y retrouver. Quel est le prix à payer pour une croissance mondiale posée comme seul étalon du progrès et du bien-être ? Quels sont les modèles alternatifs ? La taxe carbone doit-elle servir de modèle pour la protection de l’environnement ? À court et moyen terme, peut-on imaginer raisonnablement la prospérité sans la croissance ?

Pour son premier numéro, Déchiffrage nous fait voyager de Montreuil à Berlin en passant par Bangalore, afin de mieux questionner les vertus et les méfaits de la croissance. Avec, entre autres, outre Jean Gadrey, les économistes Daniel Cohen, Joseph Stiglitz, Jean Pisani-Ferry, Gosta Esping Andersen ? spécialiste de la protection sociale ? et le physicien Dennis Meadows, directeur du projet Club de Rome en 1970.

 

 

 

La démocratie, c'est nous
 
La démocratie, c'est nous

mercredi 02 octobre à 0h00 (57 min)

 

La démocratie, c'est nous
mercredi 02 octobre à 0h00 (57 min)
  Rediffusé jeudi 17.10 à 8h55

Touchés de plein fouet par la crise économique et financière, les Européens sont de plus en plus nombreux à investir l'espace public pour s'insurger contre les mécanismes de l'économie mondialisée et défendre la démocratie.

 

De Madrid à Reykjavik en passant par l’Allemagne et la Suisse, ce documentaire décrypte les revendications et l’organisation complexe des mouvements contestataires européens, au sein desquels des individus profondément indignés déploient des trésors de créativité pour rendre la parole à tous les citoyens dans la sphère politique.

 

 

 

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 15:47

 

marianne.net

 

La récup : entre acte politique et urgence sociale
Mardi 1 Octobre 2013 à 17:34

 

Bruno Rieth

 

Alors que les Français sont de plus en plus nombreux à pâtir de la crise, le gaspillage reste roi dans notre société de surconsommation. Pour dénoncer cette absurdité, consommer moins chère ou tout simplement pour se nourrir sans se ruiner, des citoyens s’organisent autour d’un maitre mot : la récupération.

Collectif Comida Basura, qui sert des repas gratuits élaborés à partir d'invendus - CLAVIERES VIRGINIE/SIPA
Collectif Comida Basura, qui sert des repas gratuits élaborés à partir d'invendus - CLAVIERES VIRGINIE/SIPA
Nos poubelles recèleraient-elles des trésors ? Sans espérer y trouver des lingots d’or, il y a dans la masse de nos ordures un tas de choses encore utilisables. A l’image de notre société, nous achetons beaucoup et nous gaspillons beaucoup. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), la France a produit 770 millions de tonnes de déchets pour l’année de référence 2009. Sur ces millions de tonnes, les ordures ménagères représentent 4 % de la production des déchets, les secteurs du BTP et de l’agriculture étant les plus gourmands. Si de plus en plus de Français tentent de revaloriser leurs déchets, la France continue de jeter allégrement : vieilles chaussures, vêtements usagers, électroménagers ou nourriture. Immondices pour les uns, matières premières pour les autres qui n’hésitent plus à fouiller nos poubelles pour en tirer le meilleur. 
 
Le Carré des Biffins 
 
« Avant 2008, il y avait une cinquantaine de biffins qui vendaient régulièrement, mais avec le phénomène de paupérisation, on est arrivé à des pics de mille vendeurs à la sauvette le weekend. Ça devenait ingérable pour les riverains, les vendeurs des puces et les biffins eux-mêmes » se souvient  Gérald Briant, adjoint au Maire du 18ème arrondissements de Paris, chargé des Affaires sociales. Ce nouvel afflux de population entraine de nombreuses nuisances mais surtout, ne permet plus aux biffins de vendre paisiblement le fruit de leur récup, noyé sous le flot des vendeurs d’objets volés, de contrefaçon et des trafiques illégaux. La mairie du 18ème décide de réagir : « Avec l’association Aurore, on s’est mis à réfléchir conjointement pour imaginer un dispositif qui permettrait aux vrais biffins de travailler en toute tranquillité ». 
 
De cette réflexion va naître en octobre 2009 le Carré des biffins. La Mairie aménage un espace de vente de 100 places sous le pont de l’avenue Montmartre mis à disposition le week-end et le lundi. Pour en obtenir une, le biffin doit satisfaire trois conditions : habiter dans le 17ème, le 18ème arrondissement ou à Saint-Ouen, bénéficier des minimums sociaux et ne vendre que des objets de seconde main issus de la récupération. Depuis la création du carré, le calme est revenu dans le quartier.

« Cette espace a aussi permis de créer un contact avec ces populations pour leur proposer une aide sociale et permettre à ces personnes de pouvoir vendre dans une atmosphère apaisée sans la peur du gendarme ou de se faire voler » nous explique Gérald Briant. L’association Aurore qui chapeaute le projet, a installé un bus « café social »à proximité du carré qui permet aux biffins de bénéficier d’entretiens avec un travailleur social. Pour l’élu, le projet a aussi pris une autre dimension : «Un autre élément s’est rajouté au projet qui avait d’abord un caractère purement social, c’est le recyclage. Car les biffins sont par leur activité des « agents-recycleur. On réfléchit donc à faire évoluer le concept en créant par exemple de vrais stands démontables pour que les biffins n’aient plus à vendre à même le sol sur une bâche. On souhaiterait aussi créer une ressourcerie qui travaillerait exclusivement avec les biffins ». 
    
De l’aveu même de l’adjoint au Maire chargé des affaires sociales, le carré des biffins reste une solution d’urgence : «  La situation des biffins n’est évidemment pas enviable, socialement c’est très dur, mais face à une situation qui a toujours existé, on permet d’améliorer les conditions de vie des biffins qui ne vivent que de la récup ». La Mairie du 14ème s’est lancée à son tour en créant un espace pour les biffins porte de Vanves. 
 
Une seconde vie pour nos voitures 
 
Si le secteur de la récup est largement représenté par le monde associatif à l’image d’Emmaüs, les entreprises commencent à s’y intéresser elles aussi. C’est le cas de la Maif. Dans le domaine de la réparation d’automobiles endommagées, l’Assurance se demandait comment faire baisser le coût de la facture pour ses assurés. En moyenne, 40 % du prix va pour la main d’ouvre, 40% pour la pièces et 20 % pour la peinture. Seul le coût de la pièce pouvait évoluer.

Un arrêté du 29 avril 2009 est venu aiguiller la réflexion de la Mutuelle en ouvrant la voie de l’utilisation de pièces d’occasion pour les véhicules accidentés « Dans l'hypothèse où il sera utilisé des pièces de réemploi après accord du propriétaire et de l'expert, ce dernier définit la méthodologie de la remise en conformité et évalue le montant des travaux à effectuer sur le véhicule contradictoirement avec le réparateur ». La Maif décide de lancer en octobre 2010 un test sur quatre départements de la région Poitou-Charentes. L’expérience vise les véhicules âgés de plus de six ans. Les pièces de réemploi proposées aux sociétaires concernent les capots, les pare-chocs, optiques, les portières ou les ailes de voitures.

Selon l’assureur, les résultats sont très satisfaisants. Alors à quand une généralisation au plan national ? Pas pour tout de suite selon la Maif. Contacté par Marianne, la Mutuelle explique que si le pilote mené en Poitou-Charentes a donné satisfaction sur le plan économique et écologique, il reste encore des problèmes à surmonter comme par exemple celui du flux des stocks de pièces.  Au niveau européen, une mutuelle d’assurance suédoise qui favorise l’utilisation de la pièce de remploi a permis en 2009 de réduire la production de déchet de 9000 tonnes et d’économiser 9 millions d’euros sur la réparation automobile. Affaire à suivre donc. 
 
Des trésors pour les glaneurs 
 
Se nourrir sans dépenser un seul centime est-ce possible ? Oui, si on en croit l’expérience des Gars Pilleurs. L’un des co-animateurs nous résume leur projet : « Nous sommes un mouvement de citoyen Lyonnais qui récupère dans les poubelles tous les aliments encore consommables qui sont jetés par les supermarchés, les supérettes ou les boulangeries. Ensuite  on redistribue la nourriture en trop sur la voie publique. » Tout commence il y a deux ans lorsqu’Emmanuel* arrive à Lyon pour ses études. Jeune étudiant sans le sous, il cherche un moyen pour manger tout en préservant ses quelques revenus. Il se lance dans la récup des fins de marché.

Les récoltes sont bonnes certes, mais pas encore suffisante. Il va alors repérer une source bien plus abondante : les poubelles de supermarchés. « J’ai commencé à le faire régulièrement avec un pote. Les supermarchés ne s’embarrassent pas avec le gaspillage. On trouvait de quoi manger pour plusieurs jours » se souvient-il. Vient le jour où il récupère plus de 70 kg de nourriture consommable : « C’était en mars 2013. On ne voulait pas à notre tour  jeter cette nourriture. On a donc décidé de donner le surplus de denrée alimentaire. On a imprimé des tracts pour expliquer notre démarche et annoncer les lieux de redistribution. C’est comme ça qu’a commencé la redistribution sauvage sur la voie publique des Gars Pilleurs ». 

Voilà deux ans qu’Emmanuel n’a pas dépensé un seul euro pour se nourrir. Au-delà des considérations financières, le combat des Gars Pilleurs est un combat contre le gaspillage : « Pour nous, ce gâchis est un vrai problème sociétale et une absurdité totale. Sur Lyon, il n’y  aurait pas assez de gens pour manger le fruit de nos récoltes. La motivation est surtout politique. Ce gâchis est une aberration écologique, économique et sociétale. Il y a des gens qui ont besoin de cette nourriture alors pourquoi s’en priver ». Les récups de ces derniers mois semblent leur donner raison puisqu’ils ont retrouvé pas moins de 230 kg de produits alimentaires dans la poubelle d’un seul supermarché et 97 litres d’alcools dans une autre. De quoi se faire une petite sauterie digne de ce nom. 
 
A Tours, Daniel Boyer, président de la Banque alimentaire de Touraine, l’a bien compris. Depuis le mois de juin, une camionnette réfrigérée passe quatre fois par semaine dans une dizaine de supérette de la ville pour récupérer des produits alimentaires frais. Interrogé par le journal La Croix, Daniel Boyer ne cache pas son enthousiasme : « Nous avons reçu quatre tonnes de produits laitiers, de viande et surtout de fruits et légumes ». Cette initiative s’inscrit dans le Pacte nationale contre le gaspillage alimentaire lancé par le ministre de l’Agroalimentaire Guillaume Garot. A terme, la banque alimentaire espère récupérer 40 tonnes de denrées par an.  
 
Le potager de Marianne 
 
Sur le Marché de Rungis, de nouvelles têtes sont apparues depuis quelques années. L’Association Nationale de Développement des épiceries Solidaires (ANDES) a inauguré en 2008 le potager de Marianne, un atelier chantier d’insertion (ACI) qui emploie 24 salariés en insertion. Ils ont pour mission de valoriser les invendus du Marché de Rungis c’est à dire récupérer, trier, préparer les commandes et livrer les différentes associations soit 670 tonnes de fruits et légumes en 2012. 

Pour Guillaume Bapst, directeur de l’ANDES, tout part d’un constat accablant : « En 2005 on se rend compte que les personnes socialement fragile qui bénéficient d’une aide ont de graves carences alimentaires. En gros seul 1,2 % des personnes concernées mangent de manière équilibrée. En 2007 l’Etat nous demande de réfléchir à un dispositif pour atteindre trois objectifs : Récupérer des fruits et légumes pour lutter contre le gaspillage, ramener vers le travail des personnes qui en sont éloignées et faire bénéficier à un maximum d’associations la redistribution de la récup »

C’est ainsi qu’en 2008, le potager de Marianne est lancé. Pour le directeur de l’ANDES, cinq ans après, l’expérience est très positive : « Economiquement parlant, ce dispositif a permis de faire des économies à l’Etat et au contribuable. En moyenne 70 % des travailleurs passés dans nos ACI retrouvent le chemin de l’emploi au bout de 9 mois. Au Pôle emploi on considère qu’ils mettent deux ans. Ce sont autant d’allocations chômage qu’ils n’auront pas besoin de toucher. Ecologiquement, on a su revaloriser des aliments qui étaient destinés à l’incinération. 39 % des aliments qu’on livre proviennent de la récup. On lutte contre l’absurdité du gaspillage tout en aidant des personnes à retrouver le chemin de l’emploi. » Depuis, d’autres chantiers d’insertion calqués sur le modèle du potager de Marianne ont été ouverts. 
 
Du côté de nos voisins belges 
 
En Belgique, la ville de Herstal située dans la province de Liège a lancé une initiative innovante pour lutter contre le gaspillage alimentaire des grandes surfaces. « Les associations types restos du cœurs et Fédérations des banques alimentaires nous faisaient part de leurs problèmes pour récupérer de la nourriture » se souvient Frédéric Daerden, Bourgmestre d’Herstal et député européen. 
Revenant d’un débat sur la question du gaspillage alimentaire, l’idée d’associer cette lutte à l’aide alimentaire a fait son chemin comme il nous le raconte : « On s’est dit, que lors du renouvellement du permis d’environnement, l’équivalent du permis d’exploitation français, on pouvait inclure une nouvelle obligation pour que les supermarchés proposent aux associations d’aide alimentaire leurs invendus avant de les détruire. On a donc modifié le règlement et testé cette nouvelle idée. La première phase s’est faite durant l’été 2012 avec une grande surface qui avait déjà l’habitude de travailler avec des associations d’aide alimentaire. L’expérience s’est très bien passée et nous avons décidé de généraliser à toute la ville, c’est à dire douze établissements».  
 
Un an après la mise en place de ce système, les associations ont toutes exprimé leurs gratitudes à la mairie et du côté des industriels, malgré quelques réticences au début, cette nouvelle réglementation s’est mise en place sans heurts et fracas. Si selon le Bourgmestre, ce système ne remplacera pas une politique européenne de lutte contre le gaspillage et la montée de la pauvreté « il permet de pallier des solutions d’urgence de manière plutôt simple, guidé par le bon sens. » « On réduit ainsi notre impact sur l’environnement en diminuant le gâchis alimentaire provoqué par la surconsommation et on permet d’aider des associations qui en ont besoin ». Cette idée innovante est en train de faire des petits puisque d’autres élus wallons se renseignent auprès de la ville d’Herstal pour bénéficier de son expérience. Reste à savoir maintenant si les bonnes idées savent aussi traverser les frontières. 
 
*le nom a été changé
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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 22:50

 

ordif.com

Danemark : un resto récup !


Un restaurant de Copenhague cuisine avec des invendus.

 

 

 

danemark

 

Le 17 septembre, en plein centre de Copenhague, le restaurant "Rub og Stub" (« tout sans exception »)  a ouvert ses portes. Il propose des côtes d'agneau, magrets de canard, salades de pâtes …. Tous les ingrédients utilisés proviennent des stocks de nourriture destinés à être jetés par les supermarchés et les entreprises locales. La co-gérante de cet établissement a fréquenté les cuisines des entreprises et les rayons des supermarchés avant d'y faire ce constat sur le gaspillage alimentaire. D'où ce projet. Elle précise que la nourriture est récupérée avant d’être jetée dans la poubelle.

Plus précisément le restaurant récupère les denrées que les supermarchés ne mettent pas en rayon parce que par exemple la date de péremption est trop proche.
La carte change tous les jours en fonction des marchandises récupérées.

Le premier distributeur au Danemark, la chaine de magasin Coop, a adhéré au concept et a donné d'importants stocks de nourritures à l'établissement. Cerise sur le gâteau: l'ensemble des bénéfices sont reversés à des associations humanitaires actives au Sierra Leone.
Source : RTBF

Plus d’informations :
- Le site Internet de RTBF

Sur le site de l’ORDIF :
Etude ORDIF « Lutte contre le gaspillage alimentaire, les bonnes pratiques européennes » 
Article ORDIF « Royaume-Uni : lutte contre le gaspillage alimentaire »  

 

 

 

 

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