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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 01:11

 

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Ajoutée le 14 mai 2013

La chronique de Nicole Ferroni

 

 

 

 

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 00:57

 

Source : www.telerama.fr

 

 

 

Rencontre
“Nous avons dépoétisé nos sociétés”, Pierre Rabhi, en Ardèche

 

Pierre Rabhi à Montchamp, en Ardèche, en décembre 2014.
Loin des villes et de leur culture hors-sol, il a trouvé son coin de paradis. A 76 ans, le paysan et essayiste Pierre Rabhi s’émerveille toujours devant la splendeur de la nature.

Sa première rencontre avec la beauté, Pierre Rabhi l'a faite aux portes du désert, dans la petite oasis du Grand Sud algérien où il est né en 1938, dans « une nature qu'on pourrait croire désolée, dominée par le minéral, mais qui offre un silence unique et vous rapproche de l'absolu ». Quelques années plus tard, le fils de forgeron devenu pionnier de l'agroécologie et paysan poète a retrouvé ce silence perdu en Ardèche.

C'est là, dans son discret paradis de Montchamp, qu'il s'est installé avec sa femme, Michèle, précisément pour la beauté d'une ferme perdue dans la nature sauvage. Et parce que, aime-t-il à répéter, on ne devrait jamais brader « son droit à la beauté ».

Le choix de Montchamp

« Je trouve très fort de vivre sans beauté. J'ai pour ma part toujours refusé de brader mon droit à la beauté. Il y a plus de cinquante ans, ma femme et moi avons choisi notre lieu de vie, Montchamp, précisément pour son harmonie. Perdue au sommet d'une montagne de l'Ardèche, cette ferme nous comblait de silence, d'air pur, de mystère aussi, en dépit des obstacles “objectifs” : il n'y avait ni électricité ni eau courante, un chemin à peine praticable par temps de pluie, un sol sec et rocailleux...

Quand j'ai présenté mon dossier aux agents du Crédit Agricole pour obtenir un prêt, ils ont été interloqués. Selon leurs critères, il fallait de la bonne terre, de l'eau, un lieu facile d'accès. La beauté, ils s'en fichaient complètement. Il fallait souscrire à tout prix à des critères de rentabilité.

Peu de gens ont compris notre choix. En nous y installant, nous étions pauvres comme Job, mais, heureusement pour nous, nous avions une petite forêt. Un jour, je rencontre un type dans un bistrot du coin et nous décidons de nous aider mutuellement à couper du bois.

“Beauté et mystère constituent la racine, la source de notre existence.”

C'est ainsi que nous nous retrouvons, après des heures de travail harassant, devant un magnifique coucher de soleil, flamboyant, et un arbre dénudé qui se découpe sur l'horizon. En extase devant ce panorama extraordinaire, je me tourne vers mon compagnon, pour lui faire partager mon enthousiasme. Et lui me répond : “Ah oui, il y a au moins dix stères !”

Je ne dis pas qu'il faut absolument chercher des lieux sans électricité pour s'y installer. C'est l'histoire d'une quête personnelle. A Montchamp, Michèle et moi avons trouvé beauté et mystère. Ces deux éléments sont liés pour moi. Ils constituent la racine, la source de notre existence. »

La vie en boîte

« La civilisation moderne est assoiffée de beauté mais y a très peu accès. A force de construire des objets, des maisons, des immeubles sans âme, nous avons dépoétisé nos sociétés. Nous avons aussi perdu l'accessibilité à ce faste de la nature, des arbres, des animaux qui nous a pourtant été gracieusement offert. Certains font l'éloge de la beauté de la ville. Mais moi qui suis né dans le désert, ce vaste gouffre horizontal où j'avais l'impression que les caravanes s'abîmaient, j'y ai vécu de tels moments d'exaltation et de liberté que je suis devenu inapte au confinement urbain.

Les cités modernes, ces amas de matière minérale, nous condamnent à vivre “hors-sol”, avec quelques arbres qui s'ennuient ici ou là, et des habitants qui, consciemment ou pas, éprouvent une forme de frustration vis-à-vis de la nature. On compense comme on peut, on adopte des chats ou des chiens, on cherche ailleurs des compléments d'âme. Et on se “divertit” pour mieux oublier que nous sommes incarcérés.

“Les cités de mégapoles ressemblent plus à des casiers de rangement qu’à des habitats.”

Les mégapoles que nous avons créées atteignent un niveau de concentration humaine alarmant, avec des cités qui ressemblent plus à des casiers de rangement qu'à des habitats. On y stocke le matériel humain, qui est ainsi à disposition pour aller travailler. Il n'y a qu'à observer l'itinéraire d'un individu dans la modernité urbaine : de la maternelle au lycée, qu'on appelle le “bahut”, de logements souvent exigus aux “boîtes” dans lesquelles on travaille, sans oublier les “boîtes” où l'on s'amuse et où l'on va en “caisse”... On ne s'est pas préoccupé d'organiser la ville pour que la condition humaine y soit digne. Et on a oublié qu'une cité devrait aussi nous nourrir en beauté. »

Les technocrates de l’écologie

« Le discours écologique actuel est très factuel, “pratico-pratique”, scientifique, comme si on n'osait pas parler de cette beauté dont nous avons pourtant besoin pour nous épanouir. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles l'écologie politique ne rallie pas tant que ça. Si on n'est pas sensible à la terre, aux végétaux, on devient un technicien de l'écologie, on emploie un langage neutre et rassurant, fait d'“environnement” et de “développement durable”. Mais il faut pouvoir parler de cette beauté spécifique de la nature qui nous enchante, nous fait vibrer. Nous avons besoin de nous nourrir de sa splendeur, de son mystère, et pas seulement de ses aspects matériels, pratiques, biologiques. »

Ode aux bricoleurs

« L'obsession pour le pratique, l'efficace, le rentable a tout envahi. Face aux “zadistes” de Sivens ou de Notre-Dame-des-Landes, qui luttent contre la destruction des biotopes mais aussi contre l'enlaidissement du monde, les autorités répondent : “vous n'êtes pas rationnels, construire un barrage, un aéroport, c'est pratique”. Comme si la beauté n'entrait pas en ligne de compte. Tout ne doit pas être bradé pour l'accroissement du produit national brut. Pourquoi veut-on absolument bétonner les alentours de Nantes avec un aéroport plutôt que de préserver un patrimoine naturel vivant qui est notre bien commun ?

Heureusement, je vois de plus en plus de signes d'espoir dans le bouillonnement actuel de la société civile, de tous ceux qu'on nomme les “bricoleurs” de la périphérie. C'est un laboratoire où s'expérimentent toutes sortes de “possibles” pour demain et qui disent : je veux éduquer autrement, construire ma maison autrement, utiliser l'énergie autrement, me nourrir autrement... C'est un territoire fertile en innovations qui cherchent à retrouver de la cohérence, à recréer un autre rapport esthétique, éthique au monde ».

A lire :

Nos voies d'espérance. Entretiens avec Dominique Méda, Erik Orsenna, Pierre Rabhi..., d'Olivier Le Naire, coéd. Actes Sud/Les liens qui libèrent, 240 p., 18 €.

 


Source : www.telerama.fr

 


 

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 19:17

 

Source : www.reporterre.net


 

Alternatives

Avec l’épicerie mobile P’tit Gibus, les paysans associent travail à la ferme et vente directe

Sophie Chapelle (Campagnes Solidaires)

mardi 6 janvier 2015

 

 

 

 

En région Centre, une forme innovante de commercialisation en circuits courts a vu le jour. Portée par des producteurs désireux de garder le contact direct avec leur clientèle, tout en se réservant du temps de travail sur leurs fermes, l’aventure de P’tit Gibus ne fait que commencer !


Le projet de P’tit Gibus remonte à 2011. Au départ, trois producteurs au Sud de la Touraine soulèvent le problème de la distribution de leurs productions. Ils contactent d’autres paysans tous soucieux de vente directe.

Parmi eux, Michel Galopin, éleveur-fromager. « Notre premier objectif était de mutualiser la commercialisation en embauchant une personne avec un roulement de producteurs », explique-t-il. « Nous voulions garder le contact direct avec nos clients tout en n’étant pas là à chaque fois. »

Leur projet de départ est une épicerie paysanne mobile. « Nous pensions à un bus qui allait vendre dans les villages où il n’y a plus d’épiceries, d’où le nom de P’tit Gibus. » Mais la crainte de devoir passer beaucoup de temps sur les routes pour pouvoir faire du chiffre les amène à faire évoluer le projet.

Constitués en association collégiale, les producteurs cherchent des lieux dans l’agglomération de Tours afin de rationaliser les déplacements. L’agglomération leur propose finalement un emplacement abrité. « Nous avons acheté un camion, fabriqué une remorque pour mettre les produits des dix producteurs et développé notre site internet pour les commandes en ligne, précise Michel Galopin. Notre gamme couvre toute l’épicerie : huile, miel, fromages de chèvres ou de vaches, lait, canards, poulets, pains, farines, madeleines... L’idée c’est que le client puisse trouver tout ce qu’il cherche. »...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 


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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 16:25

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Travailler autrement

Loin de l’agrobusiness, une coopérative favorise l’alimentation solidaire et l’économie locale

par Sophie Chapelle 5 janvier 2015

 

 

 

 

Structurer une filière de l’alimentation locale et biologique, depuis la transformation jusqu’à la distribution des aliments. C’est tout l’enjeu du Groupement régional alimentaire de proximité (Grap), une coopérative lyonnaise autour de laquelle gravitent des épiceries, des magasin de producteurs, des restaurants, des boulangers… Ensemble, ils mutualisent des moyens, s’entraident, se forment, le tout dans un état d’esprit d’économie solidaire. Et lancent de nouveaux projets avec la volonté que la consommation responsable change d’échelle. Reportage auprès de professionnels engagés.

Ici, pas de concurrence. Ni de célébration du self made man. On préfère la coopération et la solidarité : mutualiser un comptable, partager un logiciel informatique, se prêter un véhicule, plutôt que de se réjouir des difficultés d’autrui. Ici, c’est le « Grap ». Entendez « groupement régional alimentaire de proximité ». « Un groupement des gens qui entreprennent dans le secteur de l’alimentation biologique et locale en région Rhône-Alpes, dans un esprit social et solidaire », explique Kévin Guillermin, l’un de ses fondateurs. Le Grap est constitué en société coopérative d’intérêt collectif (Scic). « Plutôt que d’enchainer les heures, seul, on se met à plusieurs pour se sentir moins isolé, pour mutualiser les services, les moyens, se dégager du temps, et ne pas s’éparpiller. »


 

 

La coopérative regroupe déjà treize activités économiques – cinq épiceries bios, deux boulangers, deux restaurants, un magasin de producteurs, une structure de paniers bios, un agent commercial en vins naturels, une importatrice de produits méditerranéens. Leur point commun ? Un état d’esprit solidaire et coopératif, et une volonté de s’approvisionner en produits locaux et biologiques, via des filières courtes de préférence. Le groupement fédère toutes les activités du secteur de l’alimentation, à l’exception de la production agricole. Chacun paie une contribution en fonction de la richesse créée, pour accéder aux services proposés par le Grap. « Cela représente environ 15 % de la valeur ajoutée », précise Kévin Guillermin.

S’entraider et mutualiser, mais pas seulement

A quoi cette contribution sert-elle ? Les membres du Grap bénéficient de trois types de services. D’abord en gestion, en comptabilité ou en administration (contrats de travail, déclarations Urssaf, émission des fiches de paie...) ; ensuite une mutualisation des services informatiques (centralisation des commandes, bases de données...) ; enfin, un pôle se concentre sur l’accompagnement de l’activité (formations, stratégie, médiation). Depuis son lancement en janvier 2013, cette société coopérative d’intérêt collectif emploie quatre équivalent temps plein.

« Au delà des services que l’on propose, nous cherchons un effet vertueux, que les professionnels s’entraident », complète Kévin Guillermin. Prêt de véhicules entre adhérents, mutualisation de lieux de stockage... «  Il y a notamment un agent commercial en vin et bio. Les épiceries du groupement le consultent pour savoir comment élaborer leurs gammes de vin, illustre Kévin. Favoriser cette solidarité a du sens et les activités ont tout à y gagner. » Le périmètre de Grap est volontairement régional – 150 kilomètres autour de Lyon environ – afin de favoriser la synergie entre les différentes activités de la coopérative.

« Un supermarché en super mieux »

Marie qui gère le magasin Prairial, une épicerie coopérative bio installée à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, est régulièrement en contact avec les autres épiceries adhérentes. «  On se file les bonnes infos, on fait aussi un point toutes les six semaines pour améliorer les référencements de nos produits et le rapport qualité-prix, illustre-t-elle. Par exemple, nous commandons tous chez le même grossiste ce qui allège les coûts pour tout le monde. Et puis le fait d’aller le visiter ensemble nous donne plus de poids et de crédibilité. » Sans l’appui du Grap, il n’est pas sûr que le magasin bio, une ancienne coopérative de consommateurs créée il y a 40 ans, aurait pu se développer. « Même si nous sommes très motivés, ce n’est pas possible de tout apprendre du jour au lendemain. » L’accompagnement comptable ou juridique a été d’une grande aide. Avec ses associés, Marie a le projet de faire du magasin un lieu de vie et d’échanges, et pas seulement de consommation.

L’enjeu est aussi d’expérimenter de nouveaux projets. C’est le cas avec la super Halle de Oullins, une initiative à laquelle participe le Grap sur le plan financier, juridique et commercial. Ouvert depuis février 2014 dans le sud-est du Rhône, ce supermarché rassemble dans un même lieu un magasin de producteurs en vente directe, une épicerie de produits biologiques et un espace traiteur et restauration. « Comme un supermarché en super mieux ! », clame le slogan affiché

 

par la halle hors-norme.

Même sans expérience, c’est possible

« La super Halle, c’est un projet monté sur 18 mois au cours desquels tout est allé très vite, explique sa coordinatrice Johanne Ruyssen. Par ses compétences techniques, le Grap a mesuré les risques et réalisé un business plan. Il était là pour canaliser, réorienter, poser les bonnes questions... En bref, nous aider à lever le nez du guidon. » Avec la volonté, malgré le changement d’échelle, de préserver la qualité des aliments tout en donnant la possibilité aux producteurs de libérer du temps.

Se lancer dans un projet d’activité économique, « c’est une démarche solitaire, cela peut être anxiogène », prévient Kévin Guillermin. « Tout l’enjeu c’est de trouver des cadres qui fassent que l’entrepreneuriat soit possible et accessible. » Deux jeunes de 22 et 25 ans ont été accompagnés pour reprendre une épicerie en Haute-Loire. « Le commerce, ça ne s’improvise pas, souligne Patricia, co-gérante de l’épicerie Cœur d’Artichaud. La méthodologie proposée par le Grap rassure les nouveaux entrepreneurs. Cela permet de se connaitre aussi, de se dépasser parfois, de s’adapter, de changer aussi et puis d’avoir une meilleure estime de soi tout en participant à un changement de mentalités ». A la Halle de Oullins, deux gérantes ont été recrutées « sans avoir d’expérience dans le milieu ».

Un effet levier pour l’économie sociale

Autre défi : que chacun puisse continuer ensuite à se former. « Imaginez une personne motivée qui monte son épicerie et qui se retrouve à tenir une caisse. Quelles perspectives lui offrir ensuite en termes de mobilités professionnelles ? », pointe Kevin Guillermin. C’est la raison pour laquelle le Grap propose des formations en hygiène et sécurité alimentaire, en gestion financière et en œnologie.

D’autres formations pourraient suivre, à condition de surmonter certains obstacles, comme des frais de fonctionnement assez lourds au départ. Si son équipe parvient désormais à se rémunérer, l’objectif pour le groupement est d’être à l’équilibre d’ici fin 2016. Le GRAP perçoit notamment des financements publics pour développer le projet [1]. « Soutenir le Grap revient à aider plusieurs activités, c’est un projet levier, défend Kevin Guillermin. Nous voulons faire la démonstration de notre propre modèle avant d’envisager de l’essaimer dans d’autres secteurs. »

Texte et photo de une : @Sophie_Chapelle

- Plus d’infos : www.grap.coop, Prairial et la Super Halle

- Lire aussi notre article sur les coopératives d’activités et d’emplois

 

Notes

[1Initialement, une association, La jardinière, a été créée mi-2012 pour avoir un cadre juridique et mobiliser des financements en vue de faire l’étude de faisabilité de la création de GRAP.


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Source : www.bastamag.net

 

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 18:18

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

Dix résolutions pour changer de direction en 2015

Lorène Lavocat (Reporterre)

vendredi 2 janvier 2015

 

 

 

Pour 2015, Reporterre vous propose dix résolutions facilement applicables dans notre vie quotidienne, résolument écologiques et porteuses d’espoir pour notre planète.


1. Je change de banque

Pourquoi ? Choisir à quoi sert et où va mon argent est un geste à la fois simple et décisif. L’argent est, parait-il, le nerf de la guerre. Et les banques financent bien trop souvent des activités nocives pour les humains et la planète.

Comment ? Depuis quelques années, de nombreuses associations ont mis en place des guides de finance responsable. De La Nef à Terre de liens, les alternatives au système bancaire classique sont légion !

2. Je ralentis

Pourquoi ? "Course suicidaire et inconsciente", selon Edgar Morin, le système capitaliste nous impose le diktat de l’urgence et de l’immédiateté : « Time is money ». Dans notre construction collective d’un autre futur, la guerre du temps est un aspect fondamental. Car, bonne nouvelle, nous pouvons prendre le temps de vivre !

Comment ? Slow food, citta slow, slow sex... le mouvement Slow, apparu en Italie à la fin des années 1980, touche aujourd’hui toutes les dimensions de la vie. Avec une idée commune : lutter contre l’accélération générale et prendre du recul. Et pour commencer, vous pouvez visionner le documentaire « L’urgence de ralentir », diffusé sur Arte en septembre 2014.

3. Je ne vais plus au supermarché (surtout si c’est Auchan)

Pourquoi ? Des produits négociés au rabais auprès des agriculteurs ou qui ont fait des centaines de kilomètres. Des grandes surfaces qui détruisent les commerces de proximité et artificialisent nos territoires. Des groupes qui pratiquent l’évasion fiscale. Bref, on peut - et on doit - se passer de la grande distribution.

Comment ? Marché, Amap, épicerie solidaire ou coopérative. Les alternatives ne manquent pas. Le tout tient en deux mots : circuit court.

4. Je propose à mes collègues d’aller ensemble au boulot

Pourquoi ? Des milliers de personnes prennent chaque jour leur voiture, seule, pour aller au boulot. La voiture individuelle, c’est du passé, apprenons à partager. Si chacun emmenait dans son véhicule des collègues (ou d’autres) on pourrait lutter contre la pollution de l’air, et… apprendre à mieux se connaître.

Comment ? La plateforme française du covoiturage, c’est bien entendu Covoiturage.fr. Mais il existe bien d’autres sites, par région. Certaines entreprises proposent leur propre service.

5. Je récupère, je réemploie

Pourquoi ? La gestion des déchets sera l’un des grands défis du XXIe siècle. Nous produisons beaucoup, nous jetons trop. Ce problème touche l’alimentaire, mais aussi les objets. Plutôt que de mettre à la benne, on peut faire marcher sa créativité pour réutiliser ou réemployer ces matériaux.

Comment ? Apprendre à réparer votre grille-pain ou votre ordinateur, transformer un t-shirt en sac-à-main ou un chariot en canapé… de nombreux ateliers comme les repair’ cafés vous apprennent à bricoler et à créer à partir de vos vieux objets. Un leitmotiv : nos déchets sont des ressources.

6. Je sème la non-violence

Pourquoi ? Notre société se structure autour de rapports de force souvent très violents. Au niveau politique, économique mais aussi individuel, c’est la loi du plus fort. Alors quelle meilleure forme de résistance que de répondre à la violence par la non-violence ?

Comment ? Ne pas donner de fessées, communiquer de manière non-violente, jeûner, devenir un clown-activiste. À chaque instant, nous pouvons modifier notre relation aux autres et nous jouer des rapports de pouvoir classiques.

7. J’apprends à cuisiner sans viande

Pourquoi ? L’élevage produit 15 % des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, on a du mal à imaginer un repas sans viande. Triste, monotone et sans saveur. Mais l’alimentation végétale peut être variée, équilibrée et originale.

Comment ? En apprenant à faire des rôtis de carottes, des mousselines de lentilles ou des chips d’algues. Les livres de recette pullulent, de même que les sites. Et vous pouvez aussi prendre un cours de gastronomie végétale !

8. J’apprends à coopérer

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : www.reporterre.net

 

 

 

 

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 16:17

 

Source : collectiflieuxcommuns.fr

 

 

Notes sur l’organisation des collectifs démocratiques (1/4)
lundi 27 octobre 2014
par  Collectif

 

Ce texte fait partie de la brochure n°20 bis, « Démocratie directe : Principes, enjeux, perspectives - Deuxième partie : Lutter pour l’auto-gouvenrement des peuples », mai 2014.

Elle est en vente pour 3 € dans nos librairies. Son achat permet notre auto-financement et constitue un soutien aux librairies indépendantes (vous pouvez également nous aider à la diffusion).

Il est aussi possible de la télécharger dans la rubrique brochures.

Sommaire :

  • Notes sur l’organisation des collectifs démocratiques, Ci-dessous...

[Rappelons que ce texte était destiné à figurer, logiquement, en dernière position de cette série de trois brochures, comme expliqué dans l’« Introduction générale » (brochure n° 20), et ne se trouve ici que pour des raisons de mise en page. Il gagnera donc à être lu à la suite du texte « Ce que pourrait être une société démocratique », éponyme de la brochure n° 20 ter qui paraîtra à l’automne 2014.]


« Celui qui fait au peuple de fausses légendes révolutionnaires, celui qui l’amuse d’histoires chantantes, est aussi criminel que le géographe qui dresserait des cartes menteuses pour les navigateurs »

P.-O. Lissagaray, 1896, Histoire de la commune de 1871, Préface

Les sociétés occidentales et occidentalisées font face à des problèmes incontournables dont on peine à mesurer l’ampleur. Ainsi, la fin de la société de consommation, à laquelle personne ne croit vraiment mais que les ravages écologiques rendent inéluctable ; ou encore la fragmentation sociale croissante en lobbies, corporatismes, clientélismes, communautarismes. Ces phénomènes font voler en éclats les grilles de lecture héritées de l’après-guerre.

Face à ces situations inédites, les réactions des populations sont imprévisibles [1]. Des mouvements populaires semblent déjà apparaître confusément, sur de nouvelles bases, et ne pourront aller qu’en se multipliant. Beaucoup sont, et seront, des réactions plus ou moins violentes et plus ou moins structurées face à une réalité vécue comme insupportable, des tentatives d’accaparement inégalitaires ou des appels régressifs à un ordre imposé et indiscutable.

Mais il existe aussi des tendances cherchant à tâtons à dépasser ce stade de la plainte, du déni et du sauve-qui-peut. Elles tentent de faire valoir une autre organisation sociale, où les décisions politiques ne suivraient pas des logiques aveugles, mais seraient le fruit de la délibération et de la décision des individus aux prises avec leurs responsabilités. Ce courant portant le projet d’une démocratie directe, d’une autonomie collective, est encore extrêmement marginal et en grande partie à l’état latent, mais a jailli récemment, et passagèrement, en différents endroits du globe [2]. Ce texte part de la possibilité d’une telle renaissance politique.

Reprise du problème

Un des premiers problèmes auxquels s’affronteront, et s’affrontent déjà, les partisans d’un autogouvernement du peuple, pour peu qu’ils dépassent l’indignation solitaire ou sans lendemain et souhaitent coaliser leurs convictions et leurs actions, est celui du mode d’organisation politique.

La chose est difficile à plusieurs titres, et tout d’abord parce qu’elle a été abandonnée il y a bien longtemps : la fameuse « question de l’organisation » ne fait plus du tout question depuis que le spectre totalitaire du parti bolchevique plane sur tous les groupuscules et partis. Et les collectifs informels, le travail « en réseau » et les groupes affinitaires qui s’y sont substitués depuis plus de trente ans n’échappent pas davantage aux relations d’autorité, à l’instauration d’une orthodoxie, aux scissions successives, etc. Mais ils se trouvent, par-dessus tout, congénitalement incapables de dépasser le simple lobbying, quelquefois involontaire et sous une phraséologie « radicale », pour porter un véritable projet de société.

Ambition de ce texte

Ce texte se propose donc de réexaminer les obstacles internes — les plus importants — que ne peut que rencontrer un collectif militant pour une démocratie directe, afin d’en dégager quelques principes d’organisation. On aurait bien tort d’en attendre des solutions techniques : la profondeur du problème amène surtout à s’extraire des oppositions et clivages stériles pour essayer de nourrir des interrogations organisationnelles, idéologiques ou existentielles pour les gens qui s’en saisiraient. Car, à l’intersection de la sphère privée, de l’engagement politique et de l’institution publique, le domaine particulier de l’organisation collective relève par excellence de la praxis, tension et dialogue constants entre éléments théoriques, expériences pratiques et désirs profonds des individus, questions ouvertes qu’aucun texte ne peut raisonnablement chercher à résoudre.

Quelques mots sur notre démarche. Elle commencera par un détour historique, où sera tenté une rapide analyse critique des différentes formes qu’ont pris les organisations politiques visant une transformation de la société : il s’agira de pointer la façon dont ces formations se sont dégradées durant l’époque contemporaine, dégradation aboutissant à l’éparpillement et à la désorientation politiques actuelles. De là, nous essayerons de formuler quelques principes quant aux processus psychosociaux de la « récupération », qui amènent un élément subversif à devenir, de fait, une partie du corps social contribuant, d’une façon ou d’une autre, au fonctionnement, au maintien et au renforcement de celui-ci. Ces principes nous conduiront à entrevoir ce qu’impliquerait un groupe politique capable de s’auto-interroger sur son histoire, ses buts et ses fondements, c’est-à-dire capable d’incarner, à son échelle et autant que faire se peut, l’autonomie désirée pour la société comme pour l’individu. La dernière partie, enfin, récapitulera succinctement la position qu’un collectif politique peut adopter en période froide comme pendant les moments de haute agitation sociale.

Dernière chose : il est toujours périlleux pour un collectif comme le nôtre de se prononcer sur la forme ou le travail souhaitable d’un collectif en général. Le ridicule de nous poser en exemple nous étant épargné par la confidentialité de notre travail et l’extrême précarité de notre situation, on ne pourra comprendre le présent texte que comme un moment de notre existence et une mise en abyme.

Première partie

Analyse critique des formes historiques

L’activité politique au sens où nous l’entendons ici n’a pas émergé en Occident avant le haut Moyen Âge, véritable pré-Renaissance [3], et elle ne le fit au sein des villes franches qu’encore largement engoncée dans l’imaginaire patricien, féodal, chrétien. Ce n’est que plusieurs siècles plus tard qu’apparaissent les premières tentatives explicites de penser, de vivre et d’opérer une auto-transformation sociale. Durant cette période de bouillonnement historique qui s’étend des grandes découvertes jusqu’aux abords des révolutions anglaise (1640-1688), américaine (1776) et française (1789), on peut distinguer trois tendances.

1 — Naissance de l’activité politique

Il y a d’abord l’agitation sociale proprement dite, c’est-à-dire la mutation des hérésies religieuses révolutionnaires, des cathares aux camisards ou aux anabaptistes, et des fêtes et foires subversives en authentiques luttes sociales : ce sont les innombrables jacqueries paysannes puis urbaines comme celle des Bonnets rouges, la contestation permanente des artisans, des compagnons au sein des corporations, puis l’intense fourmillement populaire de ce qui deviendra la classe ouvrière [4]. De ces luttes éclatantes ou silencieuses du « tiers état » contre et avec la bourgeoisie opposée à la noblesse émerge progressivement une conscience et une volonté révolutionnaire que la modernité reprendra, l’exemple des Levellers étant le plus connu.

La deuxième grande tendance est regroupée sous le terme trop commode des Lumières : c’est l’énorme effort intellectuel dans les arts et les lettres, le foisonnement de travaux scientifiques, philosophiques, littéraires ou artistiques. Véritable moment inaugural de la pensée politique en Occident, ces mouvements largement entamés dès la fin du XVe siècle [5] bousculent tous les schémas établis et rendent perceptibles de nouveaux principes, de nouveaux modes d’être, de nouveaux mondes, d’autres sociétés.

Enfin il y a l’ouverture, physique et intellectuelle, de l’Europe aux nouveaux continents : loin des grossières caricatures coloniales et anticoloniales, les découvertes de civilisations totalement étrangères au creuset méditerranéen remettent profondément en cause l’ethnocentrisme occidental [6]. De ces mondes fantastiques, désirés autant que redoutés et finalement asservis, émerge la conscience de la possibilité d’autres formes d’humanités. Bénéficiant d’un salutaire éloignement, ces nouveaux territoires établis en comptoirs, missions et colonies se constituent de fait en micro-communautés où peuvent se mener des expérimentations sociales [7] : œuvres missionnaires d’évangélisation [8], commerçants et émigrés (que l’on pense à la Nouvelle-Angleterre et ses Town meetings [9] ou à l’expatriation du vieux continent de certains éléments du prolétariat [10]).

Périodes révolutionnaires et périodes de latence

La période des révolutions américaine et française est celle de la rencontre entre ces trois tendances : l’émancipation hors des terres du vieux continent, l’humanisme et l’encyclopédisme entrent en consonance avec les nouvelles formes de mobilisations populaires. Des organes de démocratie radicale émergent alors, assemblées, comités et sections révolutionnaires [11], qui demeurent les formes les plus élémentaires et les plus fondamentales de l’autogouvernement des peuples.

On retrouvera cette caractéristique tout au long des temps modernes : tandis que chaque moment révolutionnaire voit naître des institutions fort semblables de pouvoir populaire (communes en 1871, soviets dans la Russie de 1905 et 1917, Rätes en Allemagne en 1918-1919, conseils dans la Hongrie de 1956, comités de quartier en Mai 68, etc.), les périodes de latence, infiniment plus nombreuses, sont marquées par une fragmentation de l’activité politique et révolutionnaire, un éclatement non de ses visées mais des modes d’organisation, des principes d’action de ses partisans [12].

Cette disjonction peut être déclinée de multiples manières : reprenons les trois catégories déjà utilisées, sans en faire un principe absolu. Il y aurait d’abord le travail intellectuel qui cherche à poser les principes philosophiques et politiques de l’autonomie, à comprendre la réalité sociale et politique, et à tracer des perspectives pour l’avenir ; ensuite, la lutte politique contestant l’état des choses et visant à provoquer le basculement général de la société pour en changer l’organisation globale à partir d’un levier pratique. Et enfin, l’expérimentation politique et sociale, où il s’agit de vivre ici et maintenant une existence collective en rupture avec l’ordre existant et d’essaimer par l’exemple.

Bien entendu, ces trois modes d’activité ne cessent de s’interpénétrer, les organisations politiques étant des êtres hybrides. Mais il est rare que l’un d’entre eux ne prédomine pas, du moins quant à l’organisation explicite. Il ne s’agit donc pas de faire de ces trois ensembles grossiers des catégories hermétiques, mais bien des distinctions pratiques pour l’analyse, que l’on retrouve d’ailleurs aisément sur le terrain.

2 — Les trois tendances de l’organisation politique

Tandis qu’en période de soulèvement, où tout fait question, ces distinctions s’effacent et ces différentes formes d’organisations se fondent dans le bouillonnement populaire, elles tendent au contraire à se disjoindre en période froide : chacune d’entre elles possède une forte logique interne, une cohérence propre qui la fait tendre à l’exclusivité. Comme nous le verrons, c’est cette clôture idéologique, organisationnelle, libidinale, de l’organisation politique sur elle-même qui provoque sa sclérose, sa dégénérescence, sa récupération et sa disparition en tant que telle — et ce sont ces phénomènes qu’il faudra tenter d’élucider.

La tendance intellectuelle / théorique / doctrinaire

Ce pôle est premier, historiquement et logiquement, dans le monde gréco-occidental. C’est celui qui se réclame du Verbe, du Logos comme source de toute chose ; Prophètes et Églises en sont les schèmes sous-jacents. Dès l’entrée dans les temps modernes, il est représenté par les salons bourgeois, les sociétés littéraires, les académies des sciences, la figure du philosophe, de l’écrivain, de l’intellectuel et, politiquement à partir du XIXe siècle, par le parti politique, cette tumeur mortelle pour la démocratie [13] ou son petit frère, le groupuscule. Ces formations sont souvent extrêmement minoritaires, ce qui n’exclut pas qu’elles aient une influence majeure lorsque les circonstances font écho à leurs thèses. On pense évidemment à la poignée de marxistes-léninistes russes qui pesèrent sur tout le XXe siècle (ou, à l’autre bout du spectre, au quarteron de néolibéraux en Occident une cinquantaine d’années plus tard [14]), incarnant la quintessence du parti politique. Il y eut aussi toutes les avant-gardes artistiques, devenues des canons, ou les postulats hétérodoxes de quelques groupuscules (tels que Socialisme ou Barbarie, l’Internationale Situationniste et Noir & Rouge) qui devinrent des lieux communs au lendemain de Mai 68 — ou encore le cercle Petofi, ferment de l’insurrection antitotalitaire de Budapest de 1956.

Le principe de cette tendance est d’ordre essentiellement théorique : il s’agit radicalement de mettre à profit l’héritage intellectuel de l’humanité pour comprendre les phénomènes contemporains et envisager toutes les dimensions d’un bouleversement des représentations. Travail de pensée qui vise donc la totalité de l’institution sociale, et y trouve ses structures (université médiévale, société de correspondances, clubs révolutionnaires, cercle d’éducation populaire, comités de rédaction,...) et ses moyens d’expression (discours, romans et contes, essais philosophiques ou scientifiques, pièces de théâtre et tragédies, enquêtes ouvrières, tracts, etc.). Démasquer les sophismes qui maintiennent l’ordre établi, dénoncer les injustices que l’on croit naturelles, déceler les postulats intenables qui maintiennent l’architecture du pouvoir, poser d’autres axiomes, montrer d’autres exemples, faire éclater l’évidence d’un autre savoir possible, d’une société future à peine entrevue mais potentiellement existante, et interroger chacun, au plus profond de son humanité, sur ce qu’il vit et ce qu’il croit vrai et bon : œuvres de l’esprit, mais qui œuvrent sur l’esprit du temps, et en traduisant celui-ci, ce courant cherche à y débusquer la puissance d’une humanité ne devant rendre de comptes qu’à elle-même.

Peut-être plus que toute autre du fait de ses soubassements métaphysiques dominants, la tendance doctrinaire tend à la clôture idéologique et organisationnelle, à la sclérose qui transforme la pensée insaisissable en dogme figé et le collectif en parti, en Église, en armée, en État imposant son conformisme passionné [15]. L’autoritarisme n’est alors plus que la conséquence logique de postulats depuis longtemps acceptés [16]. Le cas du parti bolchevique est archétypal et ses infinies déclinaisons n’ont cessé de briser toute tentative de fonder une théorie critique épaulant la contestation sociale. Ses derniers surgeons végètent aujourd’hui en resuçant d’énièmes interprétations de la parole prophétique marxienne, incapables de tirer la moindre sève d’un arbre pétrifié depuis longtemps. Source inépuisable lorsqu’elle est elle-même alimentée par une société en effervescence qu’elle irrigue en retour, la tendance intellectuelle se tarit et s’assèche lorsqu’elle tourne en circuit fermé. Elle accouche aujourd’hui de nouveaux rejetons stériles : le verbiage postmoderne, la rationalisation du n’importe quoi, le jusqu’au-boutisme à partir de quelques axiomes simplistes, la perte de cette décence commune de la pensée. Encore faudrait-il nuancer : le dogmatisme contemporain n’exige même plus de Père fondateur à la Parole sacrée, il se forme en concrétion autour du dernier petit gourou à la mode qui découvre dans ses lubies quelques solutions ultimes à l’effondrement civilisationnel. Plus grave encore : les classes sociales et les milieux qui ont pu être les représentants historiques de l’argumentation rationnelle deviennent incapables de concevoir la moindre espèce de débat contradictoire raisonnable.

Le discrédit global de la démarche théorique et le déclin de la culture politique tendent progressivement à élire l’action comme seul critère valable.

La tendance militante / provocatrice / déclencheuse

C’est sans doute la tendance la plus logique : chercher à provoquer l’embrasement qui mettra à bas tout l’édifice social et politique. Cette activité, qui seule pourrait porter le qualificatif de révolutionnaire, a ses racines dans les mouvements hérétiques contre la papauté, puis dans les émeutes, révoltes et jacqueries jusqu’aux révolutions, y compris d’indépendance. Si, comme le remarquait H. Arendt [17], l’étincelle du soulèvement n’est que providentiellement le fait de collectifs organisés explicitement à ces fins, comme le Mouvement du 22 mars pour Mai 68, la doctrine insurrectionnaliste a toujours été très présente : des Enragés de 1789 au blanquisme, des sociétés secrètes du XIXe jusqu’à la floraison d’initiatives plus ou moins malheureuses des années 1970, notamment le mouvement dit « autonome ».

Il s’agit là de la recherche du point d’application qui parviendrait à coaliser les forces latentes et dispersées de la révolte sociale, de la tentative de donner à un mot d’ordre, à une mobilisation, à une action de faible portée une dimension radicalement politique entraînant à sa suite l’ensemble du monde social. C’est un corps à corps avec la société concrète, qui en dévoile les limites et révèle à tous la puissance des petites gens, des sans-grade lorsqu’ils entrevoient la possibilité d’un changement de la situation. Cet affrontement joue alors le rôle d’analyseur : c’est à travers cette lutte qu’apparaît l’organisation sociale dans sa réalité, notamment répressive, ou plutôt que chacun en entreprend l’analyse pratique. N’importe qui peut alors, pour la première fois de sa vie, s’immergeant dans la totalité sociale, voir ce qui est mort et toujours debout, mais surtout ce qui est à naître, et jaillit [18]. On a pu parler, à raison, d’analyse institutionnelle généralisée [19], prenant au mot la formule de Marx pour qui la connaissance sur la société est devenue inséparable de sa transformation — meilleure définition, au passage, de la notion de praxis.

Mais lorsque les masses déçoivent, ce projet dérive facilement en substitionnisme : cela va jusqu’au terrorisme purificateur des nihilistes russes, du « bombisme » anarchiste français [20] ou des naufrages gauchistes de l’après-68, comme la navrante tragédie d’« Action Directe ». Dans un genre plus littéraire, on peut également croiser des fétichistes de l’émeute [21], forçant le moindre soubresaut à rentrer dans le lit de Procuste du Salut imminent — et nourrissant finalement l’anomie sociale et sa compagne de toujours, la demande d’ordre. Une autre forme de dégradation toute contemporaine consiste à l’inverse à servir des causes très particulières (antinucléaire, antipsychiatrie, antipénitentiaire, etc.), voire des mobilisations ne visant finalement qu’une intégration sociale croissante pour soi (logement, papier, statut, racisme, LGBT, etc.) : on continue alors de miser plus ou moins honnêtement sur la fameuse étincelle qui mettra le feu à toute la plaine [22], mais sans s’apercevoir que se généralisent ainsi des pratiques corporatistes, lobbyistes, communautaires voire quasi maffieuses. Cet anti-Étatisme monothématique ne conduit qu’à la mise en concurrence de pyramides clientélistes, donc ne fait que finalement renforcer l’emprise de l’oligarchie sur le corps social — on retrouve ici des traits de sociétés prémodernes, telles qu’elles fonctionnent encore en Grèce, par exemple.

La difficulté immense à constituer un camp légitime pousse souvent à tenter de mettre en pratique et sans délais les principes politiques défendus.

La tendance utopique / expérimentale / communautaire

Il s’agit peut-être de la tendance la plus spontanée : instituer localement la nouvelle société, faire naître et fonctionner à échelle réduite la collectivité selon les principes et les règles d’une nouvelle organisation sociale, sans attendre d’échéance eschatologique. Ce sont les courants monastiques et les communautés religieuses, quakers ou jésuites, ce sont les coopératives et mutuelles du mouvement ouvrier, le mouvement owéniste et les phalanstères fouriéristes. Ce sont les milieux libres anarchistes de la Belle Époque [23] et les kibboutzim, les pédagogies autogestionnaires ou tout le mouvement de retour à la terre qui court des communautés de Lanza del Vasto au néoruralisme contemporain. Aujourd’hui, ce seraient par exemple les squats ou le quartier d’Exarcheia à Athènes, certaines SCOP, les écovillages, les AMAP ou les SEL.

Il n’y a pas ici à attendre de Grand Soir ou d’ultime théorie critique mais à construire, dans le concret du quotidien, la société de demain en affrontant réellement ou potentiellement, qu’on le veuille ou non, toutes les dimensions de l’institution sociale : le partage du travail et la répartition des revenus, l’alimentation et la culture, la médecine et la technique, les relations de séduction et de pouvoir, la vie sexuelle et l’éducation des enfants, les principes, réflexes et automatismes intériorisés par chacun. Que la perspective soit de créer une enclave étanche au monde extérieur ou de promouvoir par l’exemple et la capillarité la possibilité tangible d’une autre société, il s’agit toujours de vivre une cohérence existentielle et de se confronter aux efforts effectifs qu’exige une autre forme d’humanité. Car ce courant se heurte souvent moins aux limites imposées par les institutions de l’ancienne société qu’aux résistances multiformes de l’individu social tel qu’il a été modelé depuis son plus jeune âge.

Les mécanismes de clôture apparaissent alors : l’entre-soi transitoire devient tribalisme libidinal, la sécession exemplaire se mue en retrait, retraite et repli sur soi, l’auto-éducation conjointe glisse insensiblement de la psychothérapie groupale vers la psychopathie collective, les idéaux égalitaires et d’amour universel se retournent en égoïsme pluriel, en privatisation des individus et en refus non seulement de la société honnie, mais du principe social lui-même [24]. On trouve ces traits dans les expériences passées, mais ce sont dans les formes contemporaines qu’ils s’illustrent parfaitement : on peut retrouver dans les SELs la reproduction endogène des mécanismes capitalistes [25] ou dans les SCOP des laboratoires expérimentaux d’autoservitude [26], des formes d’aliénation familiales archaïques dans les néo-communautés rurales, les squats ou les colocations, voire un protofascisme dans les tentatives d’écovillages. Et il n’est pas absurde de voir dans la profusion de sectes plus ou moins soft, la gangrène communautariste ethno-religieuse ou l’essor du brigandage et de la piraterie des formes extrêmement dégradées de ce courant, autrement dit des régressions à un état prémoderne.

La dégradation contemporaine de ces trois tendances ne doit pas faire croire que leur destin était inéluctable — ce serait déclarer notre projet intrinsèquement irréalisable — ni d’ailleurs qu’il est irrémédiable — cela reviendrait à déclarer un peu rapidement la fin du courant d’émancipation. Actives pendant trois ou quatre siècles, elles étaient le ferment des révolutions, le bouillon où s’élaboraient, s’expérimentaient, se confrontaient confusément ou lucidement les recettes des marmites de l’avenir. La formation et l’influence des bourses du travail et des syndicats à la fin du XIXe siècle fut l’apogée de ce vaste mouvement : ils parvenaient, en période froide, à synthétiser ces trois catégories, en se constituant à la fois des lieux d’expérimentation sociale, de déclenchement d’actions et d’élaboration intellectuelle [27]. Leur intégration totale au jeu parlementaire, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, rend indiscutable le déclin de cet ample courant de transformation sociale radicale.

(.../...)

Seconde partie disponible ici

 

[1Cf. « Entrée en période troublée », introduction générale de nos brochures n° 18 & 18 bis, Le mouvement grec pour la démocratie directe, septembre-octobre 2011.

[2Principalement durant l’année 2011 en Grèce, en Espagne, aux États-Unis. Cf. « Sur la dynamique des mouvements actuels », brochure n° 18 bis, op. cit., p. 52.

[3Voir G. Cohen, La grande clarté du moyen âge, 1945 Gallimard.

[4Sur tous ces mouvements, on pourra se reporter, par exemple à Y.-M. Bercé, Fête et révolte : des mentalités populaires du XVIe au XVIIIe siècle, Hachette 2011 ; J. Jacques, Luttes sociales et grèves sous l’Ancien Régime. Vie et mort des corporations, Spartacus 1948 ; et E. P. Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise, 1963, Points 2012.

[5P. Hazard, La crise de la conscience européenne. 1680-1715, Gallimard 1961.

[6Et la source d’inspiration d’autres mondes. Cf. par exemple J. Servier, « L’utopie et la conquête du nouveau monde » et « Lorsque les utopies se réalisent... », dans son classique Histoire de l’utopie, NRF, 1967, p. 122 et 201 sqq, ainsi que P. Hazard, op. cit. Tome 1 « De la stabilité au mouvement », p. 15 sqq.

[7On retrouve là une des composantes qui accompagnèrent l’émergence de l’autonomie en Grèce antique et sur les trois continents (cf. par ex. G. Glotz, La cité grecque, 1968, Albin Michel, p. 114-115 ou D. Cosandey, Le secret de l’Occident (1997), Flammarion 2007, p. 584-590), comme la naissance des villes franches à partir du XIe siècle (cf. L. Mumford, « Les villes franches, postes avancés de la colonisation » in La cité à travers l’Histoire, 1961, Agone 2011, p. 388 sqq.)

[8Par exemple la « république » jésuite au Paraguay, évoquée par M. Ferro dans son excellent Histoire des colonisations. Des conquêtes aux indépendances XIIIe-XXe siècle (chap. « Les mouvements d’indépendance-colon », p. 271 sqq.) On pourra également lire la version stalino-chrétienne dans C. Lugon, La république des Guaranis. Les Jésuites au pouvoir, Ed. Foi vivante, 1970.

[9Ou encore aux huguenots, disséminés à travers les Amériques ou les Indes.

[10Voir M. Ferro, op. cit. p. 193 sqq.

[11Cf. « La république contre la démocratie », revue La guerre de la liberté n° 2, 2005.

[12Le cas de Mai 68 est parfaitement illustré par les très bons entretiens de Nicolas Daum, Mai 68. Des révolutionnaires dans un village parisien. 20 ans après, Londreys 1988.

[13On lira sans réserves Simone Weil, 1940 ; Notes sur la suppression générale des partis politiques, Climats, 2006.

[14Cf. S. Halimi, Le Grand Bond en arrière, 2006 (Agone 2012).

[15Mécanisme fondamental repris par les sectes et qui vise à se couper de la réalité. On lira à ce propos avec grand intérêt L.Festinger, H. Riecken, S. Schachter, 1956 ; L’échec d’une prophétie. Psychologie sociale d’un groupe de fidèles qui prédisaient la fin du monde, Puf (1993).

[16Voir Michels, 1914 ; Les partis politiques — Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Flammarion, 1971, chap. « Les tendances oligarchiques de l’organisation », disponible sur notre site.

[17De la révolution, 1963, p. 563-564, Gallimard 2012.

[18On lira ainsi les belles pages de Jean-Franklin Narodetzki dans sa préface au livre « Mai 68 à l’usage des moins de vingt ans » de G. Guégan, Actes Sud (1998) réed 2008, ainsi que « Mai 68 raconté aux enfants. Contribution à la critique de l’inintelligence organisée », Le Débat n°51, septembre-octobre 1988, textes disponibles sur le site.

[19Cf. René Loureau, L’analyseur Lip, 10/18, 1974, p. 11 sqq.

[20Cf. A. Skirda, Autonomie individuelle et force collective. Les anarchistes et l’organisation de Proudhon à nos jours, AS 1987, p. 73 sqq.

[21Cf. G. Fargette « Principes du verbalisme « radical » », et « L’antidémocratisme », disponibles sur notre site.

[22Cf. nos quelques remarques « Sur les « convergences de luttes » », texte disponible sur notre site.

[23On lira à ce propos le beau livre de C. Beaudet, Les milieux libres. Vivre en anarchiste à la Belle Époque en France, (Éditions libertaires, 2006).

[24Le « survivalisme » en étant le dernier et monstrueux avatar (cf. B. Vidal, « Survivre au désastre et se préparer au pire », Les cahiers psychologie politique, n° 20, disponible sur notre site). On lira à ce propos les réflexions intéressantes de Bernard Lacroix dans L’utopie communautaire (PUF 1981) ainsi que Le retour à la nature. Au fond de la forêt... l’État, (Hervieux & Hervieux, 1979, L’Aube 2005)

[25Cf. B. Liatard & D. Lapon « Analyses internes contre apathie et récupération. Tentative d’analyse interne d’un SEL », revue Silence n° 317 — 12/2004, ainsi que « Un sel entre idéal démocratique et esprit du capitalisme », Revue du MAUSS n° 26, 2005/2, La Découverte, p. 317-338.

[26On lira sur la question de l’autoservitude managériale J.-P. Le Goff, La Barbarie douce, 1999, La Découverte.

[27On ne retrouve aujourd’hui un tel agencement spontané d’où émane une impression d’irrésistible, au point qu’on a cru y lire le sens fondamental de l’histoire universelle, que dans ce vaste mouvement islamiste qui a étendu en quarante ans son emprise sur quatre continents sur cinq — et dans lequel on repère aisément ces trois ensembles. On y verra facilement la fascination qu’il exerce sur tout ce que le postgauchisme compte de rebuts, et sa veulerie à son endroit, lorsqu’ils admettent de le qualifier d’extrême-droite religieuse. Cf. Islamisme, islamophobie, islamogauchisme, avril 2013, disponible sur notre site.

 

 

Source : collectiflieuxcommuns.fr

 

 

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 21:47

 

 

Source : www.bastamag.net


 

 

Expérimentations

La carte de France des alternatives écologiques et sociales

par Rédaction 23 décembre 2014

 

 

 

 

Des énergies renouvelables à la finance solidaire, de l’habitat écologique à l’éducation populaire, des fermes agro-écologiques aux coopératives ouvrières, découvrez notre carte des alternatives. Un tour de l’Hexagone qui montre qu’une transformation écologique et sociale de la société est non seulement possible mais déjà à l’œuvre localement. Passez votre souris sur l’icône pour voir de quelle alternative il s’agit et cliquez sur l’icône pour accéder à l’article détaillé. Et n’hésitez pas à nous suggérer d’autres alternatives, cette carte n’étant pas exhaustive. Bonne visite !

 

 

*Pour visualiter la carte interactive, cliquer ici

 

 

 

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Source : www.bastamag.net

 

 

 

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 18:59

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

Permaculture web 11/12/2014 à 16h28
Le jardinier le plus fertile de YouTube, c’est Eric
Thibaut Schepman | Journaliste Rue89

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Permeric, altruiste Belge à bob, exhume dans ses vidéos les incroyables savoirs de la permaculture. Cet ex-consultant web revenu à la terre rend passionnante cette philosophie du jardin.

Connaissez-vous la permaculture ?

L’origine du mot
Le terme a été inventé en 1974 par Bill Mollison (prix Nobel alternatif en 1981) et David Holmgren. Mais sa paternité fait débat car il est la contraction d’une expression américaine vieille de plus d’un siècle : « permanent agriculture ». Et les techniques qu’elle regroupe existent souvent depuis la nuit des temps.

Cette philosophie du jardin clame qu’il ne faut pas se contenter de cultiver sa parcelle, mais créer un véritable écosystème, fertile, dont on pourra récolter les fruits. Cela peut donner des résultats incroyables : des melons en avril, des agrumes dans la « Sibérie autrichienne », d’énormes rendements sur de petites surfaces.

Depuis quelque mois, la permaculture connaît un grand engouement en France. Parce que jardiner est à la mode, parce qu’on veut manger mieux.... mais aussi un peu parce que depuis un an et demi un gentil Belge à bob en explique les rudiments sur YouTube. Son nom : Eric Barzin, alias Perméric.

 


Evolution du nombre de recherches de la « permaculture » sur Google en France entre 2004 et 2014 

Des pierres pour créer un micro-climat

La permaculture est certes très poétique, mais elle se caractérise avant tout par des techniques, parfois complexes. Le problème, c’est que ces savoir-faire épars ont longtemps été transmis entre initiés.

On en trouvait des traces dans d’obscurs ouvrages – toujours chers et souvent oubliés – ou dans des formations parfois hors de prix. Seuls de rares motivés connaissaient les bonnes associations de plantes et de légumes, savaient fabriquer une tour à pommes de terre ou encore utiliser des pierres et niveler un terrain pour créer des micro-climats. Mais ça, c’était avant Eric et ses tutoriels au délicieux accent.

 

 

Eric Barzin nous explique comment il s’occupe de son « mulch », la couverture de paille sur son sol

« On a l’impression de jardiner avec lui »

Beaucoup d’apprentis permaculteurs sont tombés sur lui en cherchant des infos sur Internet. Kevin, qui aspire à trouver un terrain à exploiter près de Dunkerque, est l’un d’entre eux :

« Quand on tape certains mots comme “permaculture” dans YouTube ; il est dans les premiers résultats. Moi, j’ai d’abord vu la vidéo où il récolte la sève des bouleaux. J’ai bien aimé son style, c’est très concret, il se filme en faisant les choses et il explique exactement ce qui va se passer.

Du coup j’ai regardé toute ses vidéos, ça permet de voir l’évolution de son travail, de voir aussi que tout ça, ça marche. On s’identifie à lui, on a presque l’impression de jardiner avec lui. J’ai même remarqué qu’il a pas mal maigri depuis qu’il a commencé. »

Grâce à Perméric, j’ai moi-même compris comment créer une butte qui reproduit en quelque sorte le fonctionnement du sol d’une forêt. On appelle ça une butte autofertile ou en « Hugelktultur » en allemand.

Depuis quelques mois, un peu grâce à cette vidéo, cette pratique ancienne et confidentielle est devenue incontournable dans nombre de jardins « naturels », dont le mien.

« J’étais l’homme qui plantait des arbres »

« Ne prend pas ton vélo, par chez moi ça monte beaucoup, on est sur le toit de Belgique »

Eric Barzin est venu me chercher en voiture au terminus de la petite gare de Spa-Géronstère, à deux heures de train de Liège. Il me conduit à travers la forêt rouge et magnifique qui entoure la cité thermale et se termine à l’arrière de sa maison. Déjà, il me parle de son prochain projet :

« J’aimerais bien creuser des “swales”, on appelle ça aussi des baissières. Ce sont des rigoles qui suivent les courbes de niveau et permettent de créer des retenues d’eau. Je ne vais pas pouvoir le faire tout de suite, pour ça il faut un gros budget, mais j’ai très envie de faire cette vidéo, ça va intéresser plein de gens et on trouve pas encore grand chose là-dessus. »


Capture d’écran d’une vidéo sur le référencement tournée en 2010 

Quand Eric expérimente quelque chose, il se filme. Un peu par réflexe. Ou parce que ça a, un temps, fait partie de son métier. Les comptes Twitter et Dailymotion de son ancienne vie de consultant en stratégie web sont encore en ligne.

Entre 2009 et la fin 2010, on le voit publier à la pelle des liens et des vidéos pour apprendre à ses clients à animer une page web ou à s’assurer un bon référencement.


Eric Barzin devant son ordinateur en novembre 2014 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

Et puis, un jour, tout s’arrête. Il nous raconte :

« J’ai fait un burn-out. J’aimais le côté technique de mon métier mais pas du tout son sens. J’étais très fatigué, je passais beaucoup trop de temps devant mon ordinateur, je suis tombé malade. »

A cette époque, un ami lui parle de permaculture. Il quitte son travail, se plonge dans les bouquins, fait une formation de douze jours et achète avec sa compagne un terrain pour y appliquer ses nouvelles connaissances.

« Pendant plus d’un an, j’ai arraché les arbres et j’ai semé et planté, j’étais comme “l’homme qui plantait des arbres” [la très belle nouvelle de Jean Giono, qui a été ensuite animée par Frédéric Back, ndlr]. »

 

L’homme qui plantait des arbres, Frederic Back, 1987

Youtubeur et éleveur de truites

Les premiers temps, Eric reste loin d’Internet. Puis, tout doucement, il y revient.

« J’allais souvent sur YouTube, je tapais “permaculture” mais je ne trouvais rien. »

Il commence d’abord un blog pour partager ses découvertes. Sur son compte Twitter, on le voit à nouveau publier des liens dès la fin 2012, cette fois en rapport avec sa nouvelle passion. Et puis, en avril 2013, il se filme en train de construire un bac de culture et poste la vidéo sur YouTube :

« Je n’y avais pas vraiment réfléchi. J’ai posté ça parce qu’on ne trouvait rien sur le sujet sur Internet. J’ai mis des mots-clés, une description et des liens aux bons endroits, un peu par habitude, parce que je sais bien faire ça. Ensuite j’ai continué à en publier et j’ai eu rapidement pas mal de visites.

Quand on rencontre des gens ou qu’on voit des témoignages sur Internet, on se dit que beaucoup de permaculteurs sont de doux rêveurs ; moi je suis plutôt du genre pressé, j’ai envie de faire plein de choses. »


L’un des élevage en aquaponie d’Eric Barzin (Thibaut Schepman/Rue89)

Depuis, Perméric fait revivre dans ses vidéos les savoirs qu’il trouve dans des livres. Et ça marche. Certaines de ses vidéos dépassent les 100 000 vues. Parfois, dans la rue ou dans les salons écolos, on le reconnaît. Il nous explique tout ça en vidant une truite sortie de son élevage en aquaponie.

Cette technique ancestrale permet de cultiver en symbiose des poissons et des légumes. Les fientes azotées des truites nourrissent les végétaux, qui eux-mêmes épurent l’eau du bassin des poissons. Eric Barzin vend depuis quelques mois, au prix de 97 euros, une formation à l’aquaponie par Internet. 75 personnes l’ont achetée, c’est pratiquement sa seule source de revenus pour l’instant.

Dans la bibliothèque d’Eric Barzin
  • « La Révolution d’un seul brin de paille », Masanobu Fukuoka (Guy Trédaniel, 2005)
  • « Créer un jardin-forêt. Une forêt comestible de fruits, légumes, aromatiques et champignons au jardin », Patrick Whitefield (Imagine un colibri, 2011)
  • « How to Grow Perennial Vegetables », Martin Crawford (Green Books, 2012)
  • « Four-Season Harvest », Eliot Coleman (Chelsea Green Publishing, 1992)
  • « Manuel de culture sur butte », Richard Wallner (Rustica, 2012)
  • « Le Jardinier maraîcher », Jean-Martin Fortier (Ecosociété, 2012)
  • « Edible Forest Gardens », Dave Jacke (Chelsea Green Publishing Company, 2005)
  • « Permaculture - introduction et guide pratique », Laurent Schlup (Kangaroots, 2012)
  • « La Permaculture de Sepp Holzer », (Imagine un colibri, 2011)

« Je n’ai compris qu’en juillet dernier que je pouvais gagner de l’argent grâce aux pubs sur YouTube. Je touche maintenant 68 dollars par mois [55 euros, ndlr]. C’est un peu ridicule, mais c’est déjà ça.

Je ne vais pas me comparer à Cyprien ou à Norman, mais je me dis qu’ eux font des vidéos depuis beaucoup plus longtemps que moi. Si maintenant je touche 68 dollars, dans un an ou deux je saurai peut-être en gagner 350 ou 400. »

Perméric espère pouvoir bientôt « sortir de la galère financière ». Dans son jardin, il nous montre ses buttes autofertiles, ses ocas du Pérou, ses cephalotaxus – un conifère qui donne des fruits – et nous explique comment il a « designé » son terrain de près d’un hectare.

A terme, il compte commercialiser sa production, ses semences et boutures ou même la visite de son exploitation.

En attendant, Eric fait encore et toujours des vidéos gratuites. Il écrit maintenant ses textes à l’avance, utilise un prompteur et fait de plus en plus de montage.

Il vient de lancer un réseau social gratuit, Permaculteurs.com, où il invite chacun à partager ses expériences, en texte ou en vidéo.


Eric montre un oca du Pérou qui a poussé dans sa butte (Thibaut Schepman/Rue89)

 

 

 

Source : rue89.nouvelobs.com

 

 

 

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 17:26

 

Source : www.bastamag.net

 

 

 

Autogestion villageoise

Trémargat, laboratoire d’alternatives et de démocratie participative à ciel ouvert

par Marion Guyonvarch 11 décembre 2014

 

 

 

 

 

 

A Trémargat, dans les Côtes d’Armor, la solidarité, l’entraide ou l’écologie ne sont pas de vains mots. La petite commune bretonne est depuis vingt ans un laboratoire à ciel ouvert de projets alternatifs. Ses habitants soutiennent l’installation de paysans, s’approvisionnent dans une épicerie de produits bio et locaux, se retrouvent au café associatif, délibèrent au sein d’un conseil municipal qui applique des principes de démocratie participative, et s’éclairent avec Enercoop. La formule fonctionne : le village qui se mourait dans les années 70 est depuis quinze ans en pleine renaissance. La preuve qu’on peut vivre autrement. Reportage.

Un samedi matin gris de novembre. Il pleut des cordes sur Trémargat, un village des Côtes d’Armor, perdu au cœur du Kreiz-Breizh (Centre Bretagne). Pourtant, sur la place centrale, une armée silencieuse a adopté le ciré pour uniforme et, bravant les gouttes, ratisse, bine et nettoie les parterres de fleurs. « On organise un chantier participatif pour terminer l’aménagement du bourg, explique Yvette Clément, la maire, une brouette à la main. Nous, on s’occupe des espaces verts, et une autre équipe, installée sous un hangar plus loin, construit six bancs en bois qui seront installés sur la place. »

L’initiative est loin d’être une première : l’an dernier, le centre du village a été totalement transformé grâce à la participation d’habitants bénévoles. « C’est une idée du précédent conseil municipal, raconte Yvette, élue en mars dernier à la tête de cette commune de 180 habitants. Un projet d’aménagement classique, bétonné, avait été proposé par un cabinet. Cela aurait coûté 120 000 euros, soit la quasi totalité du budget annuel. » La mairie choisit alors de faire appel aux bonnes volontés et de créer un théâtre de verdure, au cœur du village. « Les paysans sont venus avec leurs tracteurs, les charpentiers ont construit une pergola. C’est bien plus joli et cela n’a coûté que 12 000 euros ! »

Ce chantier est emblématique de la façon de fonctionner made in Trémargat. Ici, l’adjectif participatif n’est pas un vain mot. Il est appliqué à la lettre et décliné dans tous les domaines : politique, culturel et économique. « On pratique la politique du colibri, résume Yvette, en faisant référence à Pierre Rabhi. Chacun fait sa part ! » Tout le monde s’investit, au service de valeurs communes : l’écologie, l’entraide, et la décroissance. Plus qu’une terre, les habitants partagent une volonté de vivre ensemble, autrement.

Des agriculteurs néo-ruraux contre le modèle productiviste breton

C’est dans les années 70 que Trémargat s’est parée de ses couleurs vertes. A l’époque, le centre Bretagne se vide de ses habitants, et la commune, comme ses voisines, meurt à petit feu. Jusqu’à ce que plusieurs jeunes agriculteurs néo-ruraux s’installent dans ce village pauvre, où la terre est peu chère et disponible. Tous se revendiquent paysans et croient en une agriculture raisonnée, à mille lieues du modèle productiviste breton. Parmi eux, Yvette et son mari, qui ont repris une bergerie de 40 hectares. « On est venus car il y avait des fermes pas chères, raconte-t-elle. On a trouvé ici des agriculteurs qui étaient sensibles à ces questions, on a commencé à réfléchir et travailler ensemble à des solutions alternatives pour préserver l’environnement. »

Séduits par cet état d’esprit qui se diffuse doucement dans la bourgade, de nouveaux venus les rejoignent au fil des ans. Potier, artisans, coiffeur, restauratrice... posent leurs valises pour de bon. Résultat, l’hémorragie démographique est stoppée. Depuis le début des années 1990, la population s’est stabilisée et a considérablement rajeuni, comptant aujourd’hui une trentaine d’enfants. Preuve du dynamisme de Trémargat, la commune ne peut pas satisfaire toutes les demandes de personnes souhaitant venir s’installer !

Des mandats limités dans le temps

Si le terreau était depuis longtemps favorable à l’éclosion de projets alternatifs, il a fallu attendre 1995 pour qu’ils commencent à être menés à grande échelle. Cette année-là, les « nouveaux » remportent la mairie, tenue jusqu’alors par une famille « historique » du village. Ils mettent en place une vraie démocratie participative à l’échelle locale, avec la volonté de promouvoir l’écologie et la solidarité, deux valeurs qui structurent leur mode de vie. Leur première décision est de pratiquer la politique de la mairie tournante : le maire ne fait qu’un seul mandat ! Surtout, il applique un programme décidé en commun avec les habitants. « Avant les élections, quatre réunions publiques sont organisées, explique Mélanie, élue pour la première fois en mars. On y fait le bilan du mandat précédent et on définit ensemble les priorités du suivant. Ensuite, ceux qui le souhaitent se portent volontaires pour constituer la liste. »

Les grands axes du programme sont donc élaborés par les habitants eux-mêmes. L’élection passée (comme souvent dans les petites communes, il n’y a qu’une liste), ceux qui le souhaitent – et ils sont nombreux – restent impliqués, via les comités consultatifs constitués pour suivre la mise en place de chacun des thèmes du programme. Nouvelle venue dans la commune, Madeline, la vingtaine, formatrice en agro-écologie, est bluffée par cette « vraie » démocratie participative : « C’est du bon sens, c’est un fonctionnement que beaucoup de monde aimerait voir mis en place sans y arriver. Mais ici ça marche, parce que tout le monde en a envie et s’en donne les moyens. »

Mais attention, prévient Jennifer Corbeau, une jeune agricultrice élue au conseil, tout n’est pas idyllique : « Ça ne se fait pas tout seul. Il y a des clashs, des désaccords, des débats interminables, des projets qui n’aboutissent pas, des gens qui ne participent pas. Mais dans l’ensemble ça fonctionne. Car la plupart des gens vivent là, partagent un même état d’esprit et sont emportés par cette dynamique collective. Ça donne envie de s’impliquer à son tour. »

« Des combines pour ne pas être désintégrés »

Se concerter, décider et agir ensemble : à Trémargat, c’est devenu un réflexe. Avec pour leitmotiv, le refus de subir un développement dicté par d’autres, comme le résume Yvette : « On nous taxe souvent de marginaux, mais on fait partie du même système économique que tout le monde. On trouve juste des combines pour ne pas être désintégrés et garder la maîtrise.  » Ainsi, quand le café – installé dans un bâtiment racheté par la mairie – cherche un repreneur en 2008, une poignée d’habitants décide de monter un projet de café associatif alternatif. Un couple de candidats classiques se présente, mais les Trémargatois ont envie d’en faire un lieu à leur image. Aujourd’hui, on y boit et on y mange des produits bios, locaux et artisanaux. On y organise des soirées jeux, des lectures, des concerts, des projections de documentaires...

Géré par un bureau collégial de huit membres, le café associatif fonctionne avec une quinzaine de bénévoles et deux salariés à mi-temps. C’est le point de ralliement du village, son cœur. « C’est un lieu de vie fondamental, peut-être encore plus ici qu’ailleurs, car il y a un rapport et un attachement très forts au café, explique Aurélie, l’une des deux salariées. Le vendredi soir, c’est tout le temps plein. » Ce midi aussi, le Trémargat café affiche complet. Une grosse marmite de soupe attend les courageux du chantier participatif. Des gamins courent partout, pendant que leurs parents ou des habitants plus âgés discutent du chantier ou des derniers potins. Jennifer, accoudée au comptoir, sourit : « Vous voyez, toutes les générations se mélangent, c’est toujours comme ça ici. Il y a une vraie volonté de vivre ensemble. » 

80 000 euros de chiffres d’affaires pour l’épicerie du village

Au fond du bar, une porte s’ouvre sur un autre lieu clé du village : l’épicerie. Là encore, elle a été pensée par et pour les habitants. Quand elle apprend que ce bâtiment voisin du café va être mis en vente, la mairie se montre intéressée. Et le projet de rouvrir une épicerie, dix ans après la fermeture de la dernière du village, ressort des cartons. Mais pas question de se lancer à l’aveugle. Une étude de marché est menée pour déterminer ce qui est susceptible d’attirer des acheteurs. « Surprise, la majorité des personnes sondées voulaient acheter des produits bio pas trop chers et du local », se souvient Vincent Munin, adjoint à la mairie et membre du collectif gestionnaire. Le choix est donc fait : ce sera bio et local. Les horaires d’ouverture sont choisis en fonction des demandes et l’épicerie, gérée par une association, fonctionne elle aussi grâce aux bénévoles. Un système d’abonnements, qui permet d’acheter à prix coûtant, a été mis en place pour constituer une base de clients fidèles.

Et ça marche. Deux ans après son ouverture, l’épicerie, qui travaille avec trente producteurs de la région et trois grossistes pour le bio, rencontre même un succès qui dépasse toutes les attentes. Vingt-cinq familles – soit un tiers des ménages de la commune – sont abonnées ; s’y ajoutent une cinquantaine de clients plus ou moins réguliers, qui viennent de Trémargat et des communes alentour. « On tablait sur un chiffre d’affaires de 60 000 euros pour être à l’équilibre. On a fait 80 000 l’an dernier et en 2014, ce sera encore plus ! » L’épicerie renforce encore davantage le lien social. « C’est un lieu de vie supplémentaire, c’est important, analyse Vincent Munin. On y prend des nouvelles, les informations circulent. Pour ceux qui ne vont pas au café, c’est un moyen de socialiser. »

La première commune alimentée par Enercoop

Garder la maîtrise. Pour y arriver, Trémargat déploie tous les moyens à sa disposition. Elle a ainsi établi un plan local d’urbanisme (PLU), en 2006, pour imaginer le futur visage de Trémargat. Peu fréquent pour une commune de cette taille, le document a permis de protéger les zones humides et bocagères et de rendre constructibles une quarantaine de parcelles dans des hameaux, afin de pallier au manque de foncier. Surtout, il permet à la commune d’être plus autonome quant à ses choix de développement. Trémargat est aussi la première commune française à avoir choisi d’être alimentée en électricité par la coopérative de l’énergie Enercoop qui privilégie les énergies renouvelables. Du coup, la coopérative y a installé son siège social breton. Malgré l’anticléricalisme d’un bon nombre d’habitants, la commune a aussi accepté de gérer la rénovation de l’église, financée à 90% par des subventions. Mais à une condition : désacralisée, elle pourrait accueillir les associations. Un accord inédit a même été signé entre le curé, la mairie et les associations pour entériner la situation.

Mieux, Trémargat a décidé de peser sur l’orientation économique de la commune. Sur les 14 fermes que compte le village, 12 sont aujourd’hui adhérentes au Cedapa (Centre d’étude pour le développement d’une agriculture plus autonome) qui promeut une agriculture durable. Pour maintenir cet équilibre, la commune est déterminée à favoriser l’installation d’agriculteurs écolos. Oui, mais comment faire, puisqu’elle ne peut financer des projets privés ? Une solution est trouvée : une Société civile immobilière (SCI) va être constituée, afin de soutenir le projet d’installation de Jennifer et de son compagnon, originaire de la commune. « On avait repris une ferme dans le centre bourg on voulait acheter une parcelle pour faire paître nos brebis et nos vaches allaitantes », raconte Jennifer. Le couple a trouvé une parcelle idéale, sur une commune voisine, mais n’a pas les 60 000 euros nécessaires, après avoir déjà beaucoup investi dans la ferme et la création d’un laboratoire pour ses produits laitiers. La mobilisation a sonné : la SCI va réussir à regrouper une centaine d’associés, dont la commune, des particuliers, des associations. Et réunit les fonds pour acheter le terrain.

« C’est super de voir cet élan, raconte la jeune femme. On a des clients de Saint-Brieuc qui ont pris des parts. Un tel soutien, ça porte ! » Impliqué dans le projet dès sa création, Vincent Munin estime que la SCI est une arme importante : « Cela permet de pouvoir réagir rapidement et de mobiliser des fonds pour monter un projet. » La SCI pourrait prochainement racheter un local artisanal bientôt mis en vente. « On a pensé en faire une plateforme bois, explique Yvette Clément. Cela serait assez cohérent puisque un groupe d’agriculteurs de la commune lance un projet bois, destiné à voir comment protéger et valoriser au mieux cette ressource de la région. »

Vers un projet d’éco-habitat intergénérationnel ?

Assise dans le café, la maire regarde l’avenir avec confiance et fait le point sur les grands chantiers qui attendent Trémargat. « Dans le programme commun, nous avons choisi de nous concentrer sur la préservation des espaces naturels qui représentent 50% du territoire de la commune. De créer un site internet, et d’entretenir et améliorer encore le centre bourg. Nous avons aussi commencé à réfléchir à un projet d’éco-habitat intergénérationnel. » D’autres idées sont dans l’air, comme la création d’un atelier de mutualisation des services, pour effectuer des réparations en commun ou partager les outils nécessaires afin de préparer du jus de pomme.

Trémargat semble armée pour continuer à vivre comme elle l’entend. Oubliée l’époque où ses voisins regardaient la commune d’un œil circonspect. Devenue un modèle dans les cercles alternatifs, elle a peu à peu gagné le respect du plus grand nombre. « On continue d’intriguer un peu, estime Yvette. Mais on a prouvé des choses. On ne nous voit plus comme des rêveurs, mais comme un commune qui se débrouille et qui innove. » Si bien d’autres communes pouvaient rêver et innover comme eux.

Marion Guyonvarch (texte et photos)

Sur le même sujet :
- Dans un village de la Drôme, la révolution participative est en marche !
- Transition écologique : quand la France rurale revendique l’indépendance énergétique

 


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Source : www.bastamag.net

 

 

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 21:48

 

Source : www.marianne.net

 

 

Dans le laboratoire de Podemos Paris
Lundi 8 Décembre 2014 à 05:00

 

Loïc Le Clerc

 

 

Avec la crise, des milliers d'Espagnols ont dû quitter leur pays, pour pouvoir trouver du travail. Certains sont venus en France. D'ici, ils ont vu leur pays sombrer dans l'austérité. Mais ils ont également assisté à la naissance d'une nouvelle force politique, née du mouvement des indignés : Podemos. Depuis, le mouvement s'exporte et des "cercles" se créent un peu partout dans le monde, dont en France. "Marianne" est allé à la rencontre de ces indignés du cercle Podemos Paris. Découverte d'un processus démocratique naissant, avec toutes les difficultés organisationnelles et politiques que cela comporte.

 

Podemos Paris compte déjà plusieurs dizaines de membres, 250 selon les derniers décomptes. Et à chacune de ses « assemblées populaires », des visages nouveaux viennent fleurir les rangs, principalement des Espagnols, arrivés en France il y a une poignée d’années et inquiets de la situation dans leur pays. Ceux-là ont quitté l’Espagne juste avant qu’éclate la bulle immobilière et que la crise s’installe. Ils ont vu leur pays sombrer, de loin, alors, avec cette antenne parisienne de Podemos, ils pensent pouvoir faire quelque chose. Ils sont de tous les métiers, de tous les âges, déjà politisés pour certains, pas du tout pour la plupart. Une chose est sûre, ils veulent faire partie de ce mouvement Podemos, même depuis Paris. Par rapport au mouvement espagnol, qui n’a pas encore soufflé sa première bougie, Podemos Paris est loin d’être constitué. Alors, petit à petit, ses membres votent l’organisation, la répartition des rôles, etc. Mais les questions qui naissent sur leurs lèvres à tous peuvent résumées ainsi : « Concrètement, que pouvons-nous faire ? »« A quoi sert Podemos Paris ? ».
 
Indirectement, c’est vers les quatre membres du Conseil citoyen, sorte d’organe exécutif, que se tournent les regards, en attente d’une réponse. Mais pour Javier Cuesta, Pablo Lapuente, Irma Heras et Miguel Segui, ce n’est pas si facile. Irma Heras admet que pour l’instant, aucune instruction n’a été donnée de la part de Podemos Espagne. Ils savent seulement qu’ils font partie de la « 18ème autonomie », celle des Espagnols expatriés. Elle pense que l’organe central souhaiterait que Podemos Paris et ses équivalents n’aient pas d’autres vocations que de convaincre les Espagnols résidants à l’étranger qu’ils doivent voter pour Podemos aux élections générales (l'équivalent de nos législatives).

Mais elle insiste sur le pouvoir de pression dont ils disposent, en tant que citoyens espagnols : « Podemos Espagne doit comprendre pourquoi nous sommes partis ». Miguel Segui, militant au NPA de longue date et à l’impulsion de Podemos Paris, qu’il considère presque comme son enfant, pense qu’à terme, ils fonctionneront comme n’importe quel « cercle » espagnol. Pour l’instant, il dit être « dans la construction » : « Je me suis fixé de tenir jusqu’aux législatives en continuant à gueuler comme je sais faire. Après, ça va se décanter. »

Carte des cercles "Podemos" dans le monde

 

Politique en travaux
 
Podemos Paris, mouvement pour l'instant hors-radar, n’est pas encore en mesure de faire de la politique. Sa phase d’organisation devrait s’achever vers le 20 décembre. Pour l’instant, la principale difficulté que le cercle rencontre, c’est qu’il ne possède rien, et même pas de lieu pour se réunir. Ils peuvent compter sur la générosité de quelques parisiens, qui leur prêtent un local de temps en temps, mais c’est loin d’être suffisant. Et ça se complique encore lorsqu’il faut organiser de plus grands événements, comme la venue de personnalités du mouvement. Une fois de plus, c’est sur leur petit réseau et sur la sympathie qui se dégage de Podemos qu’ils arrivent à s’en sortir. Le 30 novembre, ils ont tout de même réussi à faire venir Pablo Echenique, eurodéputé Podemos. Selon Miguel Segui, ce moment avec une des figures du mouvement a permis de faire rentrer dans le cercle une trentaine de nouveaux membres. Mais surtout, le discours et le débat qui s’est ouvert a, pour la première fois, été plus structuré. « Sa venue a politisé le mouvement », nous confie Segui, qui ne cache pas que le député va revenir, de même que Lola Sanchez et Teresa Rodriguez, elles aussi eurodéputées Podemos.
 
Pour ce qui est de l’organisation, Irma Heras, membre de Podemos Paris depuis septembre dernier, admet que, pour l’instant, elle et ses camarades souffrent du fait que seulement « une dizaine de personnes s’implique réellement » dans le quotidien du cercle. Elle avoue être fatiguée de consacrer tout son temps libre à organiser les événements, à animer l’assemblée, mais elle le fait avec passion. Pour Pablo Lapuente, qui se définit comme un communiste « repolitisé par le 15-M » (le mouvement des Indignés, ndlr), la difficulté majeure tient dans ce qu’il appelle le « format assembléiste », essence même de Podemos. Entre les nouveaux arrivants qui découvrent tout, les éléments ayant déjà été votés dans une assemblée précédente qui reviennent dans le débat par manque de transmission d’informations, avec par dessus tout ça une bureaucratisation inévitable, Lapuente trouve qu’ils « perdent le fil politique » : « On passe notre temps à s’organiser », dit-il, un peu abattu par ce constat. D’autant que pour chaque petite chose, il faut consulter tout le monde. Donc, si Podemos Paris veut agir vite, il se retrouve bloquer par un processus décisionnel qui pêche par « zèle de l’excès démocratique », pour reprendre l’expression d’Irma Heras.

Mais, confiants, ils se répètent que leur mouvement est jeune et les problèmes techniques se résoudront avec le temps. Heureusement, ils peuvent compter sur les conseils et l’expérience de leurs proches résidant en Espagne, comme Alice, la sœur d’Irma, membre d’un cercle à Madrid. Elle a vu comment Podemos s’est organisé en Espagne, et a donc un regard d’avance sur ses confrères parisiens. Elle affirme que « l’assembléisme a survécu grâce au Net », instrument primordial dans le processus décisionnel et électoral pour Podemos, parfois un peu trop présent pour ceux qui ne sont pas familier avec Internet et ses outils.
 
Podemos Paris, cercle indépendant ?

Fier du chemin parcouru jusqu’ici, Segui revendique une certaine indépendance idéologique par rapport à Podemos Espagne. Il l’affirme, le cercle de Paris est très critique vis-à-vis de Pablo Iglesias. En effet, quand les membres de Podemos Paris parlent de l’élection d’Iglesias, élu sur un score soviétique à la tête de Podemos, et donc de la mise à l’écart de Pablo Echenique, dont le programme s’approchait le plus de l’esprit participatif originel de Podemos, la plupart se disent déçus. Irma Heras est encore amère « de la façon dont ça s’est fait et qu’il [Echenique] ne soit pas dans l’équipe », mais Alice tempère son propos : « Quand un modèle est élu, tu l’acceptes ». C’est exactement ce qu’ils font tous, ils acceptent la mainmise d’Iglesias sur Podemos au nom d’un pragmatisme électoral, en attendant une redistribution du pouvoir, après les générales, peut-être.

Pour autant, Segui se dit aussi « inquiet, en tant que vieux militant, que le Podemos central veuille décider à notre place avec qui l'on peut discuter ». Il craint surtout que Madrid ne leur demande de « se mettre en remorque de Mélenchon », lui qui n’arrête pas de faire des appels du pied à Podemos, comme il le fait avec les Grecs de Syriza. « “Ensemble” (ce mouvement membre du Front de gauche au sein duquel on trouve notamment Clémentine Autain, ndlrveut débattre avec nous, agir en commun, mais ça reste très flou », nous lance Segui, sans trop savoir ce que cette frange du Front de gauche leur veut. Par son origine politique, Segui a fait que Podemos Paris et le NPA sont proches, mais il l’assure, les deux mouvements n’ont pas vocation à se fondre, ni à collaborer et c’est à peine si Podemos Paris a commencé à agir, en manifestant contre la loi espagnole sur l’avortement par exemple. Ensemble, le NPA ou encore Nouvelle donne étaient présent pour la venue d’Echenique, sans grand enthousiasme de la part des membres du cercle de Paris. Leurs relations avec les partis français, tout comme leur présence dans les médias français, sont sujettes à débat. Ils craignent de se voir instrumentalisés, dans le sens où, Podemos faisant fantasmer une partie de la gauche française, il est de bon ton de s’afficher en allié.
 
Pablo Lapuente ne voit pas ces rapprochements d’un mauvais œil, pour lui, « l’assemblée est assez plurielle pour s’autocontrôler », et éviter ainsi les « conflits d’intérêts ». Une fois bien organisés et prêts politiquement, ils pourront créer des liens avec les organisations politiques françaises et ainsi se décentrer de l’Espagne. Mais de là à ce que Podemos Paris s’émancipe de Podemos et devienne un mouvement français, le chemin est long. « Les conditions socio-économiques sont loin d’être semblables pour que Podemos soit la bonne réponse en France », analyse Lapuente. Et pour Miguel Segui, c’est hors de question : « En janvier, nous ferons notre première assemblée générale politique, où nous réfléchirons à nos revendications et à notre présence dans la société française. Mais il n’y aura pas de parti Podemos France. » Mais on l'aura compris, avec Podemos, rien n'est joué d'avance tant que chacun n'a pas donné son avis...

 

Source : www.marianne.net

 

 

 


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