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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 17:15

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Coopérative de transport

Des lignes de bus à des « tarifs populaires » autogérées par les chauffeurs

par Richard Neuville 9 mars 2015

 

 

 

 

C’est l’une des rares coopératives de transports collectifs : en Uruguay, des chauffeurs de bus ont récupéré leur société d’autocars urbains, abandonnée par leurs patrons. Et ça fonctionne ! Des profits sont générés, des emplois sont créés, et les salaires augmentés. De nouvelles lignes de bus sont même ouvertes, malgré l’acharnement des grands patrons des sociétés privées et d’élus hostiles à la coopérative. Les usagers, eux, ont gagné la préservation de « tarifs populaires » accessibles, l’ouverture d’un centre culturel et d’une radio de quartier.

La ville de Colonia del Sacramento, la plus ancienne cité de l’Uruguay fondée par les colons portugais, est surtout connue pour la richesse de son patrimoine historique, qui lui a permis d’être classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 1995 [1]. Mais au hasard des déambulations dans le centre-ville, l’œil du visiteur est interpellé par l’apparition d’autobus rouge et noir, ornés d’énormes inscriptions latérales « Gestión obrera » (gestion ouvrière). Ces bus desservent la ligne qui relie le centre historique et le quartier Real San Carlos, au nord de la ville. Ils sont gérés par ABC Coop, une entreprise pas comme les autres.

L’histoire d’ABC Coop débute en septembre 2001, quand les premiers signes de la crise économique argentine se répercutent dans le pays voisin. Les propriétaires de l’entreprise, endettés, décident d’abandonner celle-ci, purement et simplement. L’Uruguay entre en récession. Sur la rive d’en face, de l’autre coté du Rio de la Plata, les travailleurs argentins entreprennent la récupération d’entreprises abandonnées par les patrons, pour reprendre la production. Les autocaristes d’ABC décident de les imiter. Devant le risque de perdre leur emploi, ils organisent des assemblées pour débattre de leur avenir et décident d’assumer la gestion de leur entreprise. « La tâche la plus difficile était d’expliquer aux travailleurs que l’unique sortie était de s’organiser, de remettre en marche les moyens de production, et que nous pouvions faire mieux que le patron si nous en étions convaincus », décrira, plus tard, Luis Rivas, secrétaire général de la coopérative [2].

 

Des trajets de bus au « tarif populaire »

Cette même année, sous l’égide du ministère du Travail, un accord est conclu avec le patron qui prévoit la cession, jusqu’en 2006, de trois véhicules et des installations de l’entreprise. Ceci en compensation des salaires impayés. Ce ne fut pas facile : cet accord pouvait créer un précédent. « Nous représentions un risque imminent pour les intérêts du patronat car nous pouvions être un exemple pour les autres travailleurs en montrant que nous pouvions mieux gérer l’entreprise. Pour cette raison, il était nécessaire de nous éliminer », explique Luis Rivas.

Si dans un premier temps, l’affrontement a lieu avec l’ancien propriétaire, après 2001 la coopérative doit livrer une bataille féroce avec les autres entreprises de transport de la ville. En défendant et en appliquant un « tarif populaire », ABC Coop s’oppose systématiquement à toute augmentation de tarifs, préjudiciable pour la population de Colonia. Comme ces tarifs dépendent d’une décision consensuelle prise entre les différentes parties – le service de la mairie et les entreprises –, ABC Coop bloque toute possibilité d’augmentation depuis des années.

 

Entraves du capitalisme de connivence

Ce statu quo aurait d’ailleurs causé un préjudice à l’entreprise Cotuc, qui assurait un service depuis 30 ans dans la ville et qui maintenait des relations étroites avec la mairie. En faillite, Cotuc a créé une nouvelle entreprise Sol Antigua SA, qui obtient immédiatement la concession de trois lignes de bus, alors qu’ABC Coop continue de n’assurer qu’une seule ligne. A chaque fois qu’elle tente de développer ses services, ABC en est empêchée par la municipalité. « Nous étions dans une guerre contre cette entreprise privée concurrente, une entreprise de 30 ans, amie du pouvoir politique. Ensemble, ils voulaient notre disparition », dénonce Luis Rivas.

En 2009, avec l’appui de la Banque de développement du Venezuela (BanDes), ABC Coop acquiert un nouveau véhicule et sollicite l’attribution de la ligne du quartier El General. Mais la principale entreprise concurrente, sous une autre dénomination, obtient le marché, alors qu’elle ne propose pourtant aucune amélioration de service. Depuis, ABC Coop ne cesse de dénoncer le favoritisme illicite de la municipalité en faveur de Sol Antigua, et continue de revendiquer l’attribution de cette ligne. La même situation se répète en 2012, quand ABC Coop postule auprès du département lors de l’attribution de la ligne inter-cités reliant les villes de Carmelo et Colonia, distantes de 80 kilomètres. Bien que seule entreprise à se présenter, ABC Coop est récusée sans aucun motif recevable.

 

Des lignes de bus au nom de révolutions

Comment fonctionne la coopérative de transport ? Tous les samedis, les travailleurs se réunissent en assemblée générale pour débattre collectivement du fonctionnement de l’entreprise. Tous les aspects de la vie de l’entreprise sont débattus : horaires de service, maintenance des véhicules, gestion des fonds, organisation des repas... Désignés par vote, les postes de direction et de secrétariat de la coopérative sont révocables à chaque assemblée. En cela, ABC Coop se distingue des autres coopératives de transport de l’Uruguay, généralement gérées par un conseil directeur qui ne se réunit pas plus d’une fois par an avec les employés, pour les informer de la situation de l’entreprise. « Dans nos assemblées, il n’y a pas d’un coté les camarades qui informent et de l’autre ceux qui écoutent, décrit Luis Rivas. Les moindres propositions sont débattues et adoptées par vote. C’est l’expression même de la démocratie ouvrière, où les camarades sont convaincus que tous contribuent à la résolution des problèmes ». A l’issue de chaque assemblée, les responsables sont chargés de mettre en œuvre les résolutions.

 

 

ABC Coop a instauré une rotation des fonctions : production, direction, administration. L’entreprise a également créé une école de conduite d’autobus, qui forme à la fois les nouveaux travailleurs de la coopérative et ceux qui travailleront pour d’autres entreprises de transport. Tout un symbole, les bus d’ABC sont numérotés en référence à d’illustres personnalités ou mouvements révolutionnaires : le « 17 », en référence à la révolution russe d’octobre 1917, le « 26 » pour le mouvement du 26 juillet (le début de la guérilla cubaine en 1953), le « 28 » pour l’année de naissance du Che (1928). Le prochain sera le « 43 » en mémoire du nombre d’étudiants disparus de l’école normale d’Ayotzinapa, dans l’Etat de Guerrero au Mexique, le 26 septembre 2014 [3].

 

Une réussite économique et sociale

Contre tous les pronostics, ABC Coop est parvenue à relever le défi économique. Sous gestion ouvrière, elle a pu rembourser les dettes laissées par le patron à la mairie et régler les cotisations dues à la Banque de Protection sociale. La coopérative a augmenté les salaires, qui se situent aujourd’hui à 50 % au-dessus de la moyenne nationale, et à créer de nouveaux postes de travail, en passant de 9 salariés à 15, en 2013. En période de crise économique, ABC Cooperativa continue à investir et à créer des emplois.

Comme il n’existe pas de syndicat d’autocaristes à Colonia, les travailleurs d’ABC ont sollicité l’aide de l’Union nationale des travailleurs du transport (Unott) et de deux coopératives d’omnibus de Montevideo, pour acquérir de nouveaux véhicules à un coût moindre. Cette solidarité a pris fin quand ABC Cooperativa a été expulsée de la centrale syndicale unique (PIT-CNT) pour avoir critiqué la politique gouvernementale soutenue par la centrale syndicale.

 

Des transports contrôlés par les travailleurs et les usagers

A l’opposé de la tendance générale des entreprises de transport qui ont supprimé les postes de contrôleurs en confiant cette tâche aux conducteurs, ABC Coop maintient deux travailleurs dans chaque autobus. Il ne s’agit pas seulement d’éviter d’augmenter le nombre de chômeurs, mais aussi de maintenir une qualité de service à la population, permettant à des contrôleurs d’être disponibles et d’orienter les passagers pendant que le chauffeur se concentre sur la conduite. En 2006, ABC Coop a également concrétisé sa volonté d’ouverture en direction de la population, en créant un centre culturel dans un quartier de la périphérie et en installant une radio communautaire [4].

Avec ses succès et ses difficultés, l’expérience d’ABC Coop, sous gestion ouvrière depuis plus d’une décennie, met en lumière un horizon possible pour la lutte des mouvements sociaux des transports. Comme celle qui s’est propagée dans de nombreuses villes au Brésil en juin 2013 contre l’augmentation des tarifs (lire notre article) [5]. Cette expérience d’ABC pose la question de l’expropriation du transport collectif, en le retirant à l’initiative privée pour le transférer sous le contrôle des travailleurs et de la population, sous forme de services publics ou de coopératives. Le transport collectif représente un marché énorme dans toute l’Amérique latine, qui reste essentiellement contrôlé par les entreprises du secteur privé. Il génère des profits élevés et une grande corruption, avec l’assentiment des pouvoirs publics. Ce secteur, constitué en puissant lobby, exerce une influence énorme dans la vie sociale et politique à tous les échelons. Dans le sous-continent, le secteur coopératif y détient une part infime. En Uruguay, il n’existe que deux autres entreprises récupérées de transport collectif, à Montevideo (Raincoop et Copay).

Richard Neuville

Cet article a été initialement publié par Association Autogestion. Association Autogestion veut promouvoir la réflexion et l’éducation populaire sur la thématique de l’autogestion. Elle vise à mutualiser les expériences de façon critique sans les transformer en modèles normatifs, et à appuyer toute initiative s’inscrivant dans le sens d’un projet émancipateur.

 

Pour en savoir plus sur les entreprises récupérées en Uruguay :

Le blog d’ABC Coop
Gabriel Burdín, “La autogestión en Uruguay : Economía social y empresas sin patrones”, Brecha, 30 Agosto de 2013.
Pablo Guerra, “Promoción del empleo autogestionado en empresas recuperadas : El caso de desarrollo (FONDES) en Uruguay”, Quebec 2014 : Cumbre internacional de cooperativas.
Pablo Guerra, “Autogestión empresarial en Uruguay – análisis de caso del FONDES”, Facultad de Derecho – Universidad de la República, Septiembre 2013.
Juan Pablo Martí, Florencia Thul y Valentina Cancela “Las empresas recuperadas como cooperativas de trabajo en Uruguay : entre la crisis y la oportunidad”, Montevideo, marzo de 2013.
Anabel Rieiro, "Representación y democracia : sujetos colectivos en el campo de la autogestión", in OSERA n°7, 2012.
Raúl Zibechi, “Una década de fábricas recuperadas : Reinventar la vida desde el trabajo”, Programa de las Américas, 3 noviembre de 2010.

 

Notes

[1] Elle fut fondée en 1680 par les Portugais et appartint successivement au Portugal, à l’Espagne et au Brésil avant de devenir le chef-lieu de département de Colonia lors de l’indépendance de l’Uruguay en 1825. Elle est située au sud-ouest du pays, sur la rive septentrionale du Rio de la Plata en face de Buenos Aires, à une heure de traversée en car-ferry. Outre son caractère touristique dû à son charme architectural et urbanistique, elle est également une ville de transit entre Buenos Aires et Montevideo.

[2] Source : « Entrevista a los obreros de la cooperativa de transports ABC Coop – Gestión obrera – de Colonia de Sacramento (Uruguay) », Mars 2009.

[3] Luis Rivas, “Trabajadores de Gestión Obrera ABC solidarios con la causa por los 43 de Ayotzinapa”, Journal La Izquierda diario, Décembre 2014. Source.

[4] La radio communautaire est Iskra 102,9 FM. Source : « La historia de la ABC Cooperativa », Janvier 2013.

[5] « ABC Cooperativa : empresa de ônibus gerida por seus trabalhadores », 5 octobre 2014.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 16:50


Source : http://www.liberation.fr

 

 

Treize raisons de lâcher le steak barbare

Christian LOSSON et Isabelle HANNE 6 mars 2015 à 20:06

 

 

«Sweat Meet», de Jasmin Schuller.

 

DÉCRYPTAGE

Des animaux élevés en batterie, boostés aux antibiotiques et abattus à la chaîne, des élevages polluants et de plus en plus centralisés, des nitrates qui dévastent ce qui reste de planète… Stop à la boucherie ?

 

Au cours de sa vie, un Français consomme en moyenne 7 bovins, 33 cochons, 9 chèvres et moutons, 1 300 volailles et 60 lapins, selon le service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture. Soit un peu plus de 1 400 animaux d’élevage auxquels il faut ajouter 1 tonne d’animaux marins. Une frénésie de viandards qui a accéléré l’industrialisation de la production de steaks, jambons et autres magrets. Un seul exemple : en France, 95% des porcs sont élevés dans des systèmes intensifs. Chaque année, 25 millions de porcs charcutiers sont abattus. Et 70% des 50 milliards de poulets tués dans le monde tous les ans sont élevés dans une stratégie industrielle.

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’insoutenabilité d’une telle politique alimentaire, à l’image d’un rapport publié fin février par la Fondation Heinrich-Böll et les Amis de la Terre. Cet «Atlas de la viande» dénonce «la production et la surconsommation de viande industrielle qui saccagent la planète».

«Notre alimentation n’est plus une affaire privée, dit ainsi Christian Berdot, des Amis de la Terre. Nos choix alimentaires sont aussi des choix politiques qui ont des impacts sur la vie de nombreuses personnes dans le monde, ainsi que sur l’environnement, la biodiversité et les climats.» Voici treize raisons pour manger moins, mieux ou plus du tout de viande.

 

Pour la production d'un kilo...

 

1. Parce que la demande devient folle

Quelque 299 milliards de kilos de viande sont ingérés chaque année dans le monde, quatre fois plus qu’en 1960. Selon la FAO (l’organisation des Nations unies pour l’alimentation), avec 9 milliards d’habitants en 2050, la production mondiale de viande, toutes espèces confondues, pourrait atteindre les 450 milliards de kilos. Le besoin en protéines des populations dans les pays développés est pour plus de la moitié (56%) satisfait par des produits carnés, contre 18% dans les pays en développement. Certes la demande baisse dans les pays riches : elle a chuté de 9% aux Etats-Unis entre 2007 et 2012. Les scandales alimentaires, l’impact sur l’environnement et la question du bien-être animal renforçant les inquiétudes et la prise de conscience des consommateurs. Mais les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont vu leur consommation de viande augmenter, entre 2003 et 2012, de 6,3% par an. Une croissance annuelle supplémentaire de 2,5% est prévue entre 2013 et 2022.

 

2. Parce qu’on produit la viande comme des voitures

Les diktats économiques sont à l’origine du renforcement de la concentration de l’industrie mondiale de la viande. A savoir une meilleure productivité, mais aussi la concentration du pouvoir du marché entre les mains de quelques-uns, au détriment des petits exploitants. Le mouvement vient de loin. Chicago était, au début du XXe siècle, le berceau de l’industrie de l’abattage. «Avec l’utilisation de lignes de production sur rails, tuer une vache, l’éviscérer et la découper ne prenait que quinze minutes», rappelle le rapport de la Fondation Heinrich-Böll. C’est ce système, capable d’abattre 12 millions d’animaux par an, qui inspira Henry Ford pour le montage de ses voitures. Aujourd’hui, le brésilien JBS est le leader mondial des abattoirs : ses capacités lui permettent d’abattre 85 000 têtes de bétail, 70 000 porcs et 12 millions de volaille quotidiennement.

 

3. Parce que l’élevage est de plus en plus intensif

Environ 1,3 milliard de personnes dans le monde vivent de l’élevage. La plupart dans les pays du Sud, menacés par l’intensification et l’industrialisation de l’élevage. Le nombre d’agriculteurs dans le monde développé ne cesse, lui, de baisser alors que celui des animaux augmente. Ils approvisionnent des supermarchés éloignés plutôt que de nourrir le marché local. La production d’animaux d’élevage dans le monde en développement emprunte la même voie. Entre 1992 et 2009, le nombre d’éleveurs de porcs aux Etats-Unis a diminué de 70%, tandis que la population porcine n’a pas bougé. Durant la même période, le nombre de porcs vendus par une ferme est passé de 945 à 8 400 par an. Et le poids d’un animal à l’abattage, qui était de 67 kilos dans les années 70, est désormais d’environ 100 kilos.

 

4. Parce que le business lamine les petits

La production de volaille est le secteur de l’industrie de l’élevage mondialisée dont la croissance et l’évolution sont les plus rapides. En 2020, sa production mondiale atteindra 124 millions de tonnes. Une hausse de 25% en dix ans seulement, tirée par l’Asie. Les marchés et les installations de transformation sont de plus en plus contrôlés par quelques très grandes entreprises, qui multiplient le recours aux antibiotiques pour empêcher la propagation de maladies et accélérer artificiellement la croissance de la volaille. Ces tendances affecteront en particulier les familles des pays du Sud qui élèvent quelques poulets dans leur arrière-cour. Et qui se voient concurrencées par l’importation de morceaux de poulets congelés vendus jusqu’à 60% moins chers que les leurs.

 

5. Parce que ça accélère le réchauffement

L’élevage industriel produit des gaz à effet de serre tout au long de la chaîne de fabrication, de la digestion au défrichage de forêts. Si l’on intègre l’azote des engrais, le gaz carbonique lié à la production de nourriture et au transport, le méthane des pets et des rots de vache ou la fermentation des déjections animales, l’élevage représente 18% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que le secteur mondial des transports. Et il produit 37% du méthane et 65% du protoxyde d’azote, deux gaz plus puissants que le dioxyde de carbone. «Le potentiel de réchauffement climatique du méthane et du protoxyde d’azote est respectivement 25 fois et 298 fois plus puissant que le dioxyde de carbone», estime le Giec. Une étude de l’Institut argentin pour la technologie agricole a montré qu’une vache produisait en moyenne entre 250 et 300 litres de méthane par jour, de quoi faire fonctionner un frigo… Voilà pourquoi Paul McCartney a pu dire avant le sommet climatique de Copenhague, en 2009 : «Less meat = less heat», moins de viande, moins de réchauffement.

 

6. Parce que ça revient à manger la forêt

Sur la planète, 70% des terres agricoles sont destinées à nourrir les animaux. Chaque année, c’est une surface équivalente à celle de la Belgique qui est déboisée pour laisser place à des cultures. Le deuxième cheptel bovin et la plus grande forêt tropicale au monde se rencontrent dans la région amazonienne du Brésil. Fin 2012, le nombre de bovins (211 300 000) y était supérieur à celui de la population brésilienne (201 millions d’habitants).

Le parcage de ces animaux nécessite d’énormes surfaces de terre: plus de 172 millions d’hectares, soit 70% des terres agricoles du Brésil. Et 62,2% des terres déboisées deviennent des pâturages pour le bétail. Entre 1975 et 2006, le volume des terres de pâturage a augmenté de 518%. Heureusement, le gouvernement a élargi les zones protégées et renforcé les contrôles de déboisement, ce qui a fait chuter la surface moyenne annuelle de déforestation, autour de 20 000 km2 par an.

 

7. Parce que la viande est gourmande en eau

Un kilo de bœuf nécessite 15 500 litres d’eau. Un kilo de porc, 4 900 litres. Un poulet, 4 000 litres. Avec la même quantité d’eau pour un kilo de bœuf, on pourrait produire 12 kilos de blé ou 118 de carottes. Pour faire un hamburger, 3,5 m2 de terres agricoles sont nécessaires. Si l’agriculture consomme 70% de l’eau douce disponible, un tiers est consacré à l’élevage d’animaux ! L’Institut international de l’eau de Stockholm mettait en garde dès 2012 : «Il n’y aura pas suffisamment d’eau disponible sur nos terres agricoles pour produire de la nourriture pour une population qui devrait atteindre 9 milliards d’habitants en 2050 si nous suivons les tendances alimentaires actuelles dans les pays occidentaux.»

Une seule solution, selon l’Institut : réduire notre apport en protéines d’origine animales de 20% aujourd’hui à 5% d’ici à 2050. Ou mieux, à défaut de devenir végétarien (dix fois moins gourmand en eau) : diminuer par deux sa consommation de viande, ce qui revient à utiliser cinq fois moins d’eau.

 

8. Parce que ça tue les poissons

Les nitrates présents dans les eaux souterraines sont cancérigènes. Ils peuvent produire des «zones mortes» dans les eaux côtières. «Par manque d’oxygène, près de 20 000 km2 de mer autour des embouchures du Mississippi se sont transformés en "zone morte" dans laquelle crevettes et poissons ne peuvent survivre», rappelle «l’Atlas de la viande». Peter Thomas, biologiste marin américain, affirme que dans le monde, environ 250 000 km2 d’eaux côtières souffrent d’une grave carence saisonnière en oxygène. Les fermes d’élevage de porc et de volailles polluent la mer de Chine méridionale avec de l’azote. La mer Baltique, la mer Noire, la mer d’Irlande, la côte espagnole et l’Adriatique ont toutes des «zones mortes». La production industrielle de bétail n’endommage pas que la mer, mais aussi la terre. Le lisier et le fumier des zones de production d’animaux d’élevage sont souvent, et sans discernement, déversés sur les sol. Les nitrates dans les eaux ne contaminent pas uniquement les plages, mais aussi l’eau potable. Transformés en nitrosamines (un dangereux composé chimique), ils sont susceptibles d’être à l’origine de cancers de l’œsophage et de l’estomac. La surfertilisation menace l’habitat d’à peu près toutes les espèces en voie de disparition répertoriées sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

 

9. Parce que ça nuit à la santé

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la surconsommation de viande, et surtout de viande transformée (plats préparés, charcuterie), a des conséquences sur la prévalence de certaines maladies chroniques chez l’homme, comme l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardio-vasculaires, le cancer colorectal… Une étude de l’université d’Oxford publiée en janvier 2013 et qui porte sur 45 000 volontaires l’assure : le végétarisme réduirait de 32% le risque de maladies cardiovasculaires.

Les guerres commerciales pèsent aussi sur le consommateur, notamment via l’usage controversé d’additifs dans la nourriture et les fourrages. C’est le cas de la ractopamine, additif alimentaire introduit aux Etats-Unis pour augmenter la production de viandes porcine et bovine. L’utilisation de ce produit est interdite dans 160 pays, y compris dans l’Union européenne. Sans parler de l’apparition et la propagation de souches virales comme le H5N1 ou le H7N9, favorisées par l’élevage intensif. Ou des antibiotiques administrés aux animaux, qui augmentent le phénomène d’autorésistance des bactéries transmissibles à l’homme… par les animaux. L’UFC-Que choisir a ainsi révélé, il y a un an, que 26 échantillons de poulets et de dindes sur 100 vendus dans le commerce sont porteurs de bactéries E. coli majoritairement résistantes aux antibiotiques.

 

10. Parce qu’on ne sait pas toujours d’où vient la viande

Depuis 2002, seuls la viande de bœuf et les produits à base de bœuf doivent porter mention de leur origine, à la suite de la crise de la vache folle. A partir d’avril, l’origine des viandes de porc, de mouton, de chèvre et la volaille devront également être indiquées, mais pas dans les produits transformés. Le 11 février 2015, les députés européens ont voté massivement en faveur d’une résolution exigeant plus de traçabilité pour les produits préparés à base de viande. Pour le Parlement européen, les consommateurs devraient savoir d’où vient la viande utilisée afin de confectionner lasagnes, nuggets et autres saucisses.

Reste que, selon l’ONG Foodwatch, «une meilleure indication de l’origine serait une bonne nouvelle pour les consommateurs, et un pas vers plus de transparence. Mais c’est loin d’être suffisant. La mention de l’origine ne saurait empêcher une nouvelle crise telle que celle des lasagnes au cheval.» Elle assure que pour «dissuader les fraudeurs, il est indispensable d’imposer des obligations de contrôle aux fabricants, et tenir les distributeurs responsables de leurs propres marques».

 

11. Parce que l’élevage est bestial

Les porcelets sont retirés de leur mère vers 3 ou 4 semaines, quand l’âge naturel de sevrage se situe vers 3 ou 4 mois. On leur meule les dents, on leur coupe la queue, on castre les mâles. De plus en plus d’associations, comme CIWF (Compassion in World Farming), militent pour le bien-être des animaux de la ferme et pour l’arrêt de mutilations comme le dégriffage des pattes de poules, l’écornage des veaux, l’épointage (le raccourcissement) des becs… Des conditions d’élevage qui empirent avec la concentration des bêtes.

En France, l’élevage intensif sur le mode des feed-lots (parcs d’engraissement) américains a été introduit durant les années 60 pour industrialiser la production de viande et rendre son prix accessible à tous. Aujourd’hui, 83% des 800 millions de poulets hexagonaux sont élevés sans jamais voir la lumière du jour. Et 95% des 25 millions de cochons sont élevés sur caillebotis, en bâtiment, selon les statistiques du ministère de l’Agriculture.

 

12. Parce que les conditions de travail sont trop dures

Avec l’augmentation des prix imposée par les abattoirs et la grande distribution, la précarité des éleveurs augmente d’année en année. Chaque jour, au moins un éleveur se suicide. Ce n’est guère mieux à l’autre bout de la chaîne : «Le hall d’abattage est un univers oppressant et glacial, raconte la journaliste Anne de Loisy, qui a visité plusieurs abattoirs ces dernières années, (lire son interview page 5) dans Bon appétit !, le livre qu’elle vient de publier. Le sol est recouvert de sang et de matières fécales, les murs aussi.» Manutentions délicates, notamment au moment des saignées, dans des lieux à l’hygiène parfois douteuse : selon l’Institut national de recherche et de sécurité, la filière viande est deux à trois fois plus exposée aux risques d’accidents du travail que la moyenne nationale. Les employés souffrent également de nombreux troubles musculosquelettiques. Poids des charges, répétition des gestes, vibration des machines : il faut saigner, démembrer les bêtes et débiter les carcasses à la chaîne. Une vache par minute, dans certains abattoirs.

 

13. Parce qu’il est possible de manger autrement

On peut être végétarien par religion (un quart des Indiens ne mangent pas de viande) ou par philosophie, comme Hésiode, Platon, Ovide, Apollonius de Tyane Leonard de Vinci, Benjamin Franklin, Jacques Derrida ou Claude Lévi-Strauss. Moby, Al Gore, Mike Tyson ou Joaquin Phoenix s’y sont mis.

Sinon, on peut aussi s’orienter vers des régimes «flexitariens» : moins de viande mais de meilleure qualité et plus riche en protéines végétale. La viande n’est d’ailleurs pas l’aliment qui fournit le plus de protéines : le soja en contient deux fois plus.

 

 

Christian LOSSON et Isabelle HANNE

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

 

 

 

 

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 21:03

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

De la graine 04/03/2015 à 17h28

Tomates sans eau ni pesticide : cette méthode fascine les biologistes

Thibaut Schepman | Journaliste

 

 

Les méthodes de Pascal Poot, loin de l’agriculture moderne, sont aussi hyperproductives que naturelles et peu coûteuses. Des scientifiques pensent y trouver des réponses au changement climatique.

 

Ici, le terrain est si caillouteux et le climat si aride que les chênes vieux de 50 ans sont plus petits que les hommes.

Pourtant, à l’entrée de la ferme de Pascal Poot, sur les hauteurs de Lodève (Hérault), trône une vieille pancarte en carton : « Conservatoire de la tomate ».

 

Les tomates poussent, sans eau et sans tuteur, dans la ferme de Pascal Poot en 2014 (DR)

 

Pourtant, chaque été, les tomates Poire jaune et autres Noires de Crimée poussent ici dans une abondance folle.

Sans arrosage malgré la sécheresse, sans tuteur, sans entretien et bien sûr sans pesticide ni engrais, ses milliers de plants produisent jusqu’à 25 kilos de tomates chacun.

Son secret ? Il tient dans les graines, que Pascal Poot sème devant moi, avec des gestes qui mêlent patience et nonchalance.

 

image

C’est le début de la fin de l’hiver dans la région, le temps est venu pour lui de confier ses graines à la terre. Ce sont ses premiers semis de l’année.

L’homme a 52 ans mais semble sans âge. Ce fils d’agriculteurs, qui a quitté l’école à 7 ans, se dit « complétement autodidacte ». Il a élevé des brebis et cultivé des châtaignes avant de se spécialiser dans les semences. Il dissémine aujourd’hui ses graines sur du terreau, dans des jardinières fatiguées.

Puis il place ses jardinières sur un énorme tas de fumier en décomposition, dont la température atteindra bientôt 70 degrés pendant plusieurs jours, chauffant la serre et permettant la germination des graines.

 

Pascal Poot et sa couche chaude dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

La technique, appelée couche chaude, est très ancienne. C’est elle qui permettait aux maraîchers parisiens du XIXe siècle de récolter des melons en pleine ville dès la fin du printemps. C’est elle qui permet à Pascal Poot de faire germer chaque année des milliers de plants de tomates, aubergines, poivrons... Avant de les planter sur son terrain et de ne plus s’en occuper jusqu’à la récolte.

 

La serre de Pascal Poot, à la fin des semis, en 2014 (DR)

 

Tout en semant ces graines, Pascal me révèle les détails de sa méthode :

« La plupart des plantes qu’on appelle aujourd’hui “mauvaises herbes” étaient des plantes que l’on mangeait au Moyen-Age, comme l’amarante ou le chiendent... Je me suis toujours dit que si elles sont si résistantes aujourd’hui c’est justement parce que personne ne s’en est occupé depuis des générations et des générations.

Tout le monde essaye de cultiver les légumes en les protégeant le plus possible, moi au contraire j’essaye de les encourager à se défendre eux-mêmes. J’ai commencé à planter des tomates sur ce terrain plein de cailloux il y a une vingtaine d’années, à l’époque il n’y avait pas une goutte d’eau.

Tout le monde pense que si on fait ça toutes les plantes meurent mais ce n’est pas vrai. En fait, presque tous les plants survivent. Par contre on obtient de toutes petites tomates, ridicules. Il faut récolter les graines du fruit et les semer l’année suivante. Là on commence à voir de vraies tomates, on peut en avoir 1 ou 2 kilos par plant.

Et si on attend encore un an ou deux, alors là c’est formidable. Au début on m’a pris pour un fou mais au bout d’un moment, les voisins ont vu que j’avais plus de tomates qu’eux, et jamais de mildiou, en plus, alors les gens ont commencé à parler et des chercheurs sont venus me voir. »

 

Pascal Poot dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

Parmi ces chercheurs, on compte Bob Brac de la Perrière, biologiste et généticien des plantes et coordinateur de l’association environnementale Bede :

« A la fin des années 90, au moment du combat contre les OGM, on s’est dit qu’il fallait aussi travailler sur les alternatives, et on a commencé à faire l’inventaire des agriculteurs qui faisaient leurs propres semences. On a dû en trouver entre 100 et 150 en France.

Mais le cas de Pascal Poot était unique. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a une grande indépendance d’esprit, il suit ses propres règles et à ma connaissance personne ne fait comme lui. Il sélectionne ses semences dans un contexte de difficulté et de stress pour la plante, ce qui les rend extrêmement tolérantes, améliore leur qualité gustative et fait qu’elles sont plus concentrées en nutriment.

En plus de ça il cultive plusieurs centaines de variétés différentes, peu d’agriculteurs ont une connaissance aussi vaste de l’espèce qu’ils cultivent. »

 

Pascal Poot choisit une étiquette, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

Les chercheurs commencent seulement à comprendre les mécanismes biologiques qui expliquent le succès de la méthode de Pascal Poot, assure Véronique Chable, spécialiste du sujet à l’INRA-Sad de Rennes et qui a mené des recherche sur les sélections de Pascal Poot depuis 2004 :

« Son principe de base, c’est de mettre la plante dans les conditions dans lesquelles on a envie qu’elle pousse. On l’a oublié, mais ça a longtemps fait partie du bon sens paysan.

Aujourd’hui, on appelle cela l’hérédité des caractères acquis, en clair il y a une transmission du stress et des caractères positifs des plantes sur plusieurs générations.

Il faut comprendre que l’ADN est un support d’information très plastique, il n’y a pas que la mutation génétique qui entraîne les changements, il y a aussi l’adaptation, avec par exemple des gènes qui sont éteints mais qui peuvent se réveiller.

La plante fait ses graines après avoir vécu son cycle, donc elle conserve certains aspects acquis. Pascal Poot exploite ça extrêmement bien, ses plantes ne sont pas très différentes des autres au niveau génétique mais elles ont une capacité d’adaptation impressionnante ».

 

Pascal Poot dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

Cette capacité d’adaptation a une valeur commerciale. Pendant ma visite, plusieurs personnes ont appelé Pascal pour commander des semences. L’agriculteur vend ses graines à plusieurs semenciers bio, dont Germinance.

Kevin Sperandio, artisan semencier chez Germinance, nous explique :

 

Des aubergines blanches poussent dans la ferme de Pascal Poot (DR)

 

« Le fait que les semences de Pascal Poot soient adaptées à un terroir difficile fait qu’elles ont une capacité d’adaptation énorme, pour toutes les régions et les climats.

Nous n’avons pas les moyens de faire ce genre de tests mais je suis sûr que si on faisait un test entre une variété hybride, celle de Pascal Poot et une semence bio classique ce serait celles du conservatoire de la tomate qui obtiendraient les meilleurs résultats. »

Une partie de ces graines sont vendues dans l’illégalité, parce qu’elles ne sont pas inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés végétales du GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences et plants). Cela énerve beaucoup Pascal Poot, jusque là très calme :

 

« L’une de mes meilleures variétés, c’est la Gregori Altaï. Mais elle n’est pas inscrite au catalogue, peut-être parce qu’elle n’est pas assez régulière pour eux. Beaucoup de variétés sont comme ça. A l’automne dernier, le semencier Graines del Païs a eu un contrôle de la répression des fraudes qui a établi près de 90 infractions dans leur catalogue.

Le principe c’est qu’on ne nous autorise à vendre que les graines qui donnent des fruits qui sont tous pareils et qui donnent les mêmes résultats à chaque endroit. Pour moi, c’est le contraire du vivant, qui repose sur l’adaptation permanente. Cela revient à produire des clones mais on veut en plus que ces clones soient des zombies. »

 

La caisse d’étiquettes de Pascal Poot, le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

Interrogé au sujet de ces contrôles, un délégué du GNIS expliquait en mars 2014 :

« Notre objectif est d’apporter une protection à l’utilisateur et au consommateur. Le secteur français des semences est très performant, mais il a besoin d’une organisation qui a fait ses preuves et d’un système de certification. »

 

Les tomates de Pascal Poot, en 2014 (DR)

 

Sauf que l’uniformisation des fruits et des semences se fait souvent au détriment du goût et des qualités nutritives. Et pourrait, à l’avenir, nuire aux agriculteurs, estime Véronique Chable :

« Le travail de sélection des semences montre qu’on peut pousser le végétal vers des conditions impressionnantes. Mais l’agriculture moderne a perdu ça de vue, elle ne repose pas du tout sur la capacité d’adaptation.

Or dans un contexte de changement rapide du climat et de l’environnement c’est quelque chose dont le monde agricole va avoir besoin. Il va falloir préserver non seulement les semences mais aussi les savoir-faire des agriculteurs, les deux vont ensemble. »

Pour partager ce savoir-faire, j’ai demandé à Pascal de m’expliquer comment il sélectionne et récolte ses semences. Voici ses conseils :

 

Les graines de Pascal Poot, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

  • « Il faut prendre le fruit le plus tard possible, si possible juste avant les premières gelées comme ça il aura vécu non seulement à la sécheresse de l’été mais aussi aux pluies de l’automne. »
  • « Les tomates, c’est tout à fait spécial. Quand on ouvre une tomate, les graines sont dans une sorte de gélatine, comme un blanc d’œuf. Cette gélatine empêche les graines de germer à l’intérieur du fruit, qui est chaud et humide. Les graines ne germent pas avant que cette gélatine ait pourri et fermenté. »
  • « Il faut donc faire fermenter les graines. Pour ça il faut ouvrir la tomate, extraire les graines et les laisser plusieurs heures dans leur jus, par exemple dans un saladier. Il va se produire une fermentation lactique. »
  • « Il faut surveiller la fermentation comme le lait sur le feu, ça peut durer entre 6 et 24 heures mais contrairement à ce qu’on dit, il ne faut pas attendre qu’une pellicule de moisissure apparaisse. On prend une graine on la pose sur la main, si on peut la déplacer avec l’index sans que la gélatine ne vienne avec la graine, c’est que c’est bon. »
  • « Ensuite on passe le tout dans une passoire à thé, on lave à l’eau et on met à sécher. Là on arrive à un taux de germination entre 98% et 100%. »
  • « Le poivron c’est différent, il faut juste laver les graines, les faire sécher sur un tamis très fin et les stocker. Pour le piment c’est la même chose mais ça devient dangereux parce que les graines brûlent, c’est très fort, ça passe même à travers les gants. Une fois j’ai récolté les graines d’un cageot de piments d’Espelette sans gant, j’ai dû passer la nuit avec les mains dans l’eau glacée ! »

 

Pascal Poot dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

 

 

 

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 16:43

 

Source : http://www.midilibre.fr

 

Un Avignonais crée la première marque mondiale anti-gaspi des produits alimentaires

 

il y a 37 jours 4 ALISSANDRE ALLEMAND

 

 

Un Avignonais crée la première marque mondiale anti-gaspi des produits alimentaires

 

A fin de permettre aux Français de manger bon et moins cher et aux producteurs de ne plus jeter des produits hors norme, Nicolas Chabanne, d'Avignon, a créé Les Gueules cassées.

L'Avignonnais, Nicolas Chabanne, passionné depuis de longues années par le goût et spécialisé dans la qualité des produits, se désespérait de voir chaque jour des fraises de Carpentras ou des abricots rosé de Provence, finir au fond d'une poubelle, parce qu'ils ne présentaient pas un visage zéro-défaut. Des produits qui se retrouvaient donc déclarés impropres à la vente, "alors qu'ils venaient de chez les plus prestigieux producteurs de fruits et légumes de la région. Et que mis à part un léger défaut d'aspect, ils demeuraient à tomber par terre pour toutes les papilles, aussi exigeantes soient-elles."

 

Des fruits et légumes cultivés dans les règles de l'art finissent dans les bennes

L'amoureux de son terroir et de la gastronomie française a très vite fait des rapprochements. "De plus en plus de Français ont du mal à boucler les fins de mois et se privent de manger des aliments variés par manque de moyens. Sans parler de la population mondiale qui meurt encore de faim. Parallèlement, ça fait des années que j'observe mes amis agriculteurs se désespérer de devoir jeter fruits et légumes cultivés dans les règles de l'art, finir à la benne au moindre défaut et devoir payer pour procéder à la destruction de leur propre production."

Mis à part l'aspect, le goût reste le même

C'est en discutant longuement avec Nicolas Benz, producteur et expéditeur de cerises et de raisins de table à Pernes-les-Fontaines que la décision de lancer une marque anti-gaspi a germé. "Toutes les cerises qui étaient d'un calibre jugé trop petit, finissaient jusqu'alors évincées des lots proposés à la clientèle. Alors que mis à part l'aspect, le goût était parfaitement le même. Dans le même temps, on entend toujours les gens regretter qu'ils ne retrouvent plus le vrai goût des choses, et que les fruits et légumes sont trop chers."

Le brut de cueille remis au goût du jour

Le producteur a donc rapidement soumis l'idée à Nicolas Chabanne de remettre au goût du jour une méthode de cueillette ancestrale et autrefois plébiscitée : le brut de cueille. Comprendre, ramasser sans distinguo tous les fruits d'un même arbre petits ou gros et proposer aux consommateurs des paniers tels quels. Ainsi fini, les fastidieuses manipulations de triage, d'équeutage, qui en plus au final nuisent à la fraîcheur des fruits. "Nous connaissons nos arbres et nous utilisons cette méthode sur les arbres dont on sait qu'ils font plus que les autres des fruits de petits calibres." Résultat pour le consommateur, un produit ultra-frais, mûr à point et surtout 30 % moins cher que des cerises à gros calibre.

Nombre d'agriculteurs gardois ont rejoint Les Gueules cassées

En seulement quelque mois, l'idée s'est répandue à une vitesse fulgurante, notamment dans le Gard où nombre de producteurs font aujourd'hui partie de l'aventure. Car, comme le rappelle Nicolas Chabanne, "le concept peut s'étendre à tous les produits alimentaires". En huit mois seulement les Gueules cassées comptent 640 références et l'engouement des producteurs français semble sans limite. Ainsi des fabricants de saucisses de Montbéliard ont pris contact avec la marque. Tout comme des producteurs de céréales ou de camembert AOP, récemment. Tous avec le même discours : un produit en deçà ou au-dessus des normes (couleur, calibre, forme)...et hop c'est la poubelle.

Près de 20 % de la production est jetée

"Nous avons entendu parler de l'initiative par le bouche à oreille" , explique Patrick Leydier, expéditeur de courges, basé au marché gare de Carpentras. "Chaque jour, nous jetons près de 20 % de la production que nous recevons. Simplement parce que certaines courges portent une marque sur leur écorce, alors que la chair n'est absolument pas touchée. Nous avons pris contact avec les Gueules cassées la semaine dernière et en quelques jours seulement, nous avons réussi à collaborer. Les courges un peu abîmées porteront désormais la petite étiquette de la marque pour permettre aux consommateurs de les identifier facilement sur les étals des supermarchés. Des produits excellents vendus moins chers que les autres évidemment".

Parvenir à réduire toutes ces denrées gâchées

Comme Patrick, ils sont des dizaines par semaine à prendre contact via leur site internet avec la nouvelle marque. "Nous avons souhaité que tout un chacun, du gros producteur à l'artisan, puisse collaborer à la démarche. Ainsi pour 50 €, les intéressés peuvent recevoir des étiquettes, des visuels et toutes les infos pratiques pour conditionner leurs produits ou carrément monter un stand Gueules cassées dans leurs propres boutiques. La volonté est réellement que tout le monde soit en mesure de s'emparer de l'idée. Et que vraiment on arrive à une réduction considérable de toute cette nourriture gâchée".

Aux consommateurs de démontrer leur intérêt pour cette démarche

Ne reste plus aux consommateurs qu'à montrer leur intérêt pour la démarche en s'approvisionnant 30 % moins cher dans les étals des supermarchés participant à l'opération, comme Monoprix, Leclerc, Auchan, etc. Et en “likant” la page Facebook de la marque. À vos paniers.

 

Un hommage aux Gueules cassées.

Le pari de donner ce nom fort de symboles à une marque alimentaire. Et pourtant, c’est un agriculteur ardéchois qui a proposé l’idée au fondateur, Nicolas Chabanne, en hommage à son grand-père, combattant de la Grande Guerre et revenu handicapé du front. "Une manière de conserver dans les mémoires et pour une noble cause, une partie fondamentale de l’Histoire et peut être d’éviter l’oubli des valeureux Poilus."

 

 

Source : http://www.midilibre.fr

 

 

 

 

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 15:31

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Biens communs

Loin du béton, ces terres rendues à la vie sauvage

par Stéphane Perraud 2 mars 2015

 

 

 

 

Jugeant l’action de l’Etat et la protection des parcs naturels peu efficaces pour protéger la faune et la flore, des associations rachètent du foncier pour constituer des réserves de vie sauvage où la nature est laissée en évolution libre. Des espaces interdits à la chasse et à la pêche mais laissés en accès libre aux randonneurs. D’ici 2020, l’objectif est de rendre, en Europe, un million d’hectares à la vie sauvage, soit l’équivalent de la région Île-de-France. Reportage dans la Drôme.

Cet article est issu d’un partenariat avec le magazine Village

« Ici on peut voir des chamois, des chevreuils, des cerfs, des blaireaux, des renards, mais aussi des aigles royaux et des vautours fauves. C’est un bonheur de savoir que tous ces animaux peuvent à nouveau vivre en paix, sur un territoire qui leur a été rendu », souffle Françoise Savasta, l’œil rivé à ses jumelles. Administratrice de l’Aspas (l’Association pour la protection des animaux sauvages) dans la Drôme, elle scrute une grande combe entre deux crêtes où les arbres s’accrochent aux rochers. Une zone escarpée, aride, peu accessible, sauf pour la faune sauvage qui d’après les nombreuses traces observées en a fait son terrain de jeu et de reproduction. « Bienvenue dans la réserve de vie sauvage du Grand Barry, au sud du massif du Vercors. Il y a là 130 hectares de terres que nous avons rachetées pour les soustraire à l’activité humaine et les laisser évoluer librement », poursuit-elle.

Jugeant les pouvoirs publics incapables de protéger efficacement la faune et la flore, l’Aspas a décidé d’acquérir elle-même du terrain pour mieux le rendre à « la nature ». « Il n’y a pratiquement plus de zones préservées en France. Saviez-vous que la chasse est autorisée dans certains parcs nationaux, comme ceux des Cévennes et des Calanques, ainsi que dans 70 % des réserves naturelles ? », explique Madline Reynaud, la directrice de la structure. « Ne parlons pas des parcs régionaux où absolument tout est permis au nom du développement économique. »

« On laisse ces espaces accessibles »

La loi de 2006 qui a réformé le statut des parcs nationaux et régionaux a en effet considérablement accru l’empreinte humaine sur ces espaces. Les collectivités et les usagers siègent désormais au conseil d’administration. Ils peuvent renégocier les chartes. Pour l’Aspas, la pression économique et touristique s’accommode parfois mal de la protection de la nature. « Que faire si les rares espaces dédiés ne jouent plus leur rôle ? Notre réponse, c’est l’acquisition foncière. C’est devenu le meilleur outil de protection des milieux. Mais pas question de mettre la nature sous cloche. On laisse ces espaces accessibles. Tout le monde doit pouvoir continuer à admirer la beauté de la vie sauvage », précise Madline. Chasse, pêche, cueillette, exploitation forestière et circulation motorisée sont interdites. Seule la randonnée est autorisée sur les sentiers.

Sur le terrain, quelques petits panneaux symbolisent ces interdits et les chasseurs locaux semblent pour l’instant respecter cette propriété privée d’un nouveau genre. La démarche fait même boule de neige. Des voisins de la réserve ont fermé leur propriété à la chasse, agrandissant ainsi la zone de protection de quelques dizaines d’hectares supplémentaires. Douze adhérents de l’Aspas ont suivi une formation pour devenir gardes assermentés. Ils peuvent dresser des procès verbaux en cas d’infraction.

Associations en quête de nouvelles terres

Pour acheter ce pan de montagne en septembre 2012, l’Aspas a déboursé 150 000 €. L’association, qui refuse toute subvention publique pour garantir son indépendance, s’est appuyée sur les cotisations, les dons et les legs de ses 11 000 adhérents. La réserve naturelle du Grand Barry devrait être la première d’une longue liste. L’Aspas recherche dans tout l’Hexagone d’autres terres comme celles-ci, peu impactées par l’homme, sans activité agricole, ni habitations. La Frapna de la Drôme lui a récemment offert 60 hectares de zone humide à Châteauneuf-du-Rhône, aussitôt rebaptisés la Réserve des deux lacs. Outre l’intérêt financier, le don permet d’éviter la préemption d’une collectivité, ce qui n’est pas le cas lors d’une vente.

 

 

« La réserve est désormais interdite à la pêche. On doit faire preuve de pédagogie, car un pêcheur ne comprend pas qu’il dérange la faune, surtout s’il pratique le no kill. Pourtant, en sa présence, les oiseaux viennent moins nombreux. Et le poisson relâché est stressé. Il a parfois la bouche abimée. Enfin, les déchets de pêche (hameçons arrachés, lignes brisées) provoquent des blessures aux animaux, dans l’eau ou sur les rives », poursuit Madline. Dans les Côtes d’Armor, une autre donation a permis de créer la Réserve du Trégor : 60 hectares de forêts et de futaies longés par le Léguer, un petit fleuve côtier qui abrite de nombreux saumons sauvages. L’Aspas monte un quatrième projet dans l’Allier avec deux autres associations.

La crainte de créer des sanctuaires

Située en Haute-Loire, l’association Forêts Sauvages se lance également dans l’acquisition foncière pour une libre évolution des forêts. Elle s’inspire notamment du Parc national suisse où 17 200 hectares situés à l’est du pays sont interdits à la chasse, au pastoralisme et à la sylviculture depuis… un siècle ! Le couvert forestier, qui avait totalement disparu, est revenu naturellement, tout comme les ongulés. On compte aujourd’hui près de 2 000 cerfs sur ce territoire. Et c’est le loup, prédateur naturel, qui se charge de leur régulation. Depuis peu, des ours et des lynx ont également refait leur apparition.

« Certains craignent qu’on construise des sanctuaires, mais il ne s’agit que de quelques centaines d’hectares seulement sur toute la France… Et quand bien même, nous devons retrouver de l’humilité face à la nature. Ceux qui ont des envies de balades en quad ou de parties de chasse ont l’embarras du choix, partout autour », conclut Françoise. Si la démarche étonne, c’est surtout en raison de notre retard sur nos voisins européens en matière de protection de la vie sauvage. Le Grand Barry a rejoint le réseau Rewilding Europe dont l’objectif est de rendre un million d’hectares à la nature d’ici 2020. Il regroupe près d’une trentaine de réserves, comme la montagne Rhodope en Bulgarie, l’Apennin central en Italie ou encore la partie orientale des Carpates entre Pologne, Ukraine et Slovaquie. La seule Roumanie compte déjà 14 parcs nationaux où la nature s’exprime et se régule librement. Des exemples à suivre.

Texte : Stéphane Perraud / Village

Photo : CC José Manuel Ríos Valiente (une) / massif du Grand Barry (source)

En savoir plus
www.aspas-nature.org
www.forets-sauvages.fr
www.rewildingeurope.com

Retrouvez prochainement Françoise Savasta en vidéo au sein de la réserve du Grand Barry sur le site internet de Village

 

Découvrez le magazine Village, en kiosque ou à commander en ligne ici. Au programme : la qualité de l’eau, créer son petit élevage, un éco-hameau et « les bonnes idées de nos cousins québécois ».

 

 

La page Facebook de la revue Village.

 

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Source : www.bastamag.net

 

 

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 17:22

 

Source : http://www.bastamag.net/Artisans-artistes-createurs-et

 

Economie sociale

Artisans, artistes, créateurs et écologistes, réunis dans une « zone alternative » : la coopérative Scopa à Ajaccio

par Michel Bernard (Silence) 4 février 2015

 

 

 

 

 

Installée à Ajaccio, en Corse, la coopérative d’activités alternatives Scopa réunit des artistes, des artisans et des militants. On y découvre une association de réparation et de location de vélos, un artiste qui travaille le bois de récupération, un atelier de confection d’objets en carton, une costumière et confectionneuse de marionnettes, un groupement d’achat de produits bio... Un espace où l’on essaye de réinventer une autre vision du travail. Reportage auprès de ces passionnés, qui se sont lancés dans l’aventure, avec ses joies et ses difficultés.

Cet article a initialement été publié dans la revue Silence, partenaire de Basta !.

L’aventure de la coopérative d’activités alternatives d’Ajaccio a commencé par une rencontre. Celle de Simon Berner, le restaurateur de bateaux avec Alain Barrinet, le passionné de vélo.

Le long du port d’Ajaccio, deux grands axes de circulation encadrent la voie ferrée. Près de la gare, un bâtiment bien visible présente un aspect curieux. Devant se trouve un bateau d’une dizaine de mètres de long, aux couleurs bariolées. Simon Berner achève la restauration de cette embarcation. Simon, britannique, travaille depuis de nombreuses années dans le port. Il a repéré des bateaux à l’abandon et a négocié pour en récupérer deux. Le premier, coupé en deux, sert de scène de théâtre sur les flancs du bâtiment. Le deuxième, restauré, est destiné à un projet de promenades en mer pour des enfants corses qui n’ont jamais eu l’occasion de monter sur un bateau. Cette opération doit se concrétiser au printemps 2015.

 

Sur la photo : Simon Berner

 

Alain Barrinet est impliqué dans l’Altertour, une randonnée cycliste reliant des lieux alternatifs. Cet enseignant est passionné par le potentiel des vélos comme mode de déplacement. Avec un ami qui travaille à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), ils ont mis en place l’association Vélocita qui milite pour l’aménagement d’une première piste cyclable dans la commune.

En 2009, quand la ville lance un appel d’offres pour mettre en place un système de vélos en libre-service, l’association fait une contre-proposition : au lieu d’un dispositif qui profitera surtout aux touristes, elle propose de mettre en place un prêt de vélos aux Ajacciens. Cela coupe l’herbe sous le pied des publicitaires, qui négocient le plus souvent la gestion des vélos contre l’implantation de panneaux de propagande productiviste.

Vélocita a récupéré rapidement une trentaine de vélos qui ont été restaurés. Ils sont prêtés contre une adhésion annuelle de cinq euros puis une participation mensuelle de trois euros. Il n’y a ni vente ni location, seulement une "mise en selle". Il s’agit d’apprendre aux gens à apprécier le vélo, à l’entretenir, puis à trouver chacun le sien.

 

Un entrepôt qui fait le bonheur de beaucoup de gens

Vélocita a besoin de place pour stocker et entretenir les vélos. Simon Berner a besoin de place pour restaurer ses bateaux. La compagnie de chemin de fer met en location un bâtiment inutilisé à proximité de la gare [1]. En 2009, Alain, Simon et Esther s’associent pour en louer un quart [2]. Le loyer est assez modeste au vu du volume (800 euros par mois). Des travaux d’aménagement sont réalisés : pose d’un plancher pour créer un étage, escaliers, cloisonnement, étagères… 15 000 euros sont investis, surtout payés par les fondateurs.

 

En 2010, Alain, Simon et Esther décident de créer l’association Scopa pour animer le lieu. Scopa est un jeu de mot : c’est à la fois le nom d’un jeu de cartes, d’une plante et l’acronyme possible de Société coopérative de production associative, artisanale, artistique… Ses objectifs : « stimuler l’imagination et faire émerger les pratiques alternatives ; promouvoir des pratiques respectueuses de l’humain et de la nature ;
favoriser et organiser, dans un esprit de convivialité et de solidarité, l’entraide et l’échange ; expérimenter une organisation non hiérarchisée
». Très vite, l’espace disponible attire du monde.

 

Voici quelques-uns des habitués du lieu :

 

Operae : des projets artistiques pour penser le travail et ses mutations

L’association Operae est la première à rejoindre Scopa. Elle a pour objet d’aider le monde du travail à penser le travail et les mutations qui le transforment. Pour cela, l’association conçoit et développe des projets artistiques et d’études qui donnent la parole aux personnes concernées. Elle fait le lien entre l’entreprise et un intervenant artistique (metteur en scène, écrivain, cinéaste, photographe...). Le processus de création artistique, conjointement mûri entre les travailleurs et l’artiste, permet de décaler le regard et de s’interroger sur les représentations du travail. L’association travaille notamment avec Pôle emploi.

Dans le cadre de Scopa, elle a mis en scène Quand dois-je partir ?, une pièce de théâtre qui se déroulait dans le bâtiment, avec une trentaine d’acteurs amateurs membres de l’association Scopa et le public qui se déplaçait de pièces en pièces. Cela reste un moment fort pour le lieu car cette initiative a lancé l’une des rares démarches collectives impliquant l’ensemble des utilisateurs du lieu.

 

Art primitif

Jean-Claude Joulian dispose d’une pièce pour y mener ses recherches artistiques. Il est arrivé en 2011. Il travaille essentiellement à partir de bois de récupération (bois de chantier, bois flotté…) qu’il décore à la manière des aborigènes et des peuples premiers. Au moment de notre passage, il finissait la mise au point d’un petit théâtre portatif inspiré d’un kamishibaï, modèle utilisé par les moines japonais. Réalisé en noyer récupéré, il est destiné à être utilisé par sa compagne, qui travaille avec des enfants handicapés. Après avoir ouvert le kamishibaï, on raconte une histoire en faisant passer derrière le décor des feuilles dessinées.

 

Lolikraton

Depuis 2011, Laurence de Lolikraton a installé son atelier de confection de meubles et objets en carton à Scopa. Ancienne disquaire, elle s’est reconvertie dans cette activité après avoir été formée par Eric Guiomar, de la compagnie Bleuzen. Elle réalise des meubles à la demande et anime des stages de formation pour ceux qui veulent se lancer à leur tour dans cette activité. Pour compléter ses revenus, elle développe par ailleurs une activité de maroquinerie.

 

 

Fanfreluche et tout le tralala

Cécile Eliche, costumière et confectionneuse de marionnettes, est arrivée dès le début du projet. Elle a un statut d’intermittente du spectacle et ne manque pas de travail : elle est l’une des seules à exercer ce métier sur l’île, et travaille donc avec la plupart des compagnies de spectacle. Elle figure parmi ceux qui ont tout fait pour dynamiser une démarche collective au sein de Scopa. Pour cela, elle a mis en place des ateliers de couture nommés C’est moi qui l’ai fait, où ses outils sont mis à la disposition de ceux et celles qui veulent apprendre à confectionner leurs vêtements. Pour participer à cette activité, il fallait adhérer à Scopa (deux euros par an), ce qui a beaucoup aidé à élargir le nombre de personnes qui fréquentaient le lieu. Cécile vient de décider d’arrêter ces ateliers car elle se sent trop seule et regrette le manque d’échanges entre activités.

 

Artisans d’art et festival de documentaires

Saveria Geronimi a créé son activité Germe créateur bijoux en 2006 à Londres. Elle travaille surtout le métal et plus particulièrement l’argent. Elle est revenue dans son île natale et s’est installée dans les locaux collectifs de Scopa. Stéphanie Leger crée des objets de décoration originaux : lampes, encadrement de miroirs, étagères,... Elle propose, sous le nom de Lastena, des créations réalisées avec un mélange de bois flotté et de palettes. Emmanuelle Thomas créé des sacs, accessoires,... avec du cuir, de la voile et des matériaux de nautisme sous la marque Latitude 42. Barbara Cardone donne sur place des cours de musique et de chant. Outre cette activité professionnelle, elle anime bénévolement une chorale.

 

Sur la photo : Saveria Geronimi

 

Enfin, la Scopa regroupe également un festival international annuel du film documentaire, Corsica Doc. Chaque année, en novembre, une quarantaine de films sont présentés, accompagnés de plusieurs prix, d’expositions photographiques…

 

Faire vivre un groupement d’achat

Mais la Scopa n’est pas simplement une coopérative d’activités alternatives. Une vingtaine de personnes se retrouvent dans un groupement d’achat mis en place au niveau du bâtiment. Court-Circuit entend lutter contre la main-mise des supermarchés et organise deux activités : le regroupement de commandes de produits bios secs (farines, légumineuses, céréales…) directement à un grossiste, et le dépôt sur place de produits locaux (œufs, miel, fromages, charcuterie…) : chaque producteur gère son stock et sa caisse, les personnes qui se servent indiquant sur un cahier ce qu’elles ont pris. Plutôt que de grossir, le but est de favoriser l’émergence d’autres groupes du même genre à Ajaccio, quitte à se regrouper pour certaines commandes. A chaque commande, les personnes extérieures au groupe sont invitées à une réunion d’information puis participent à une commande pour y prendre goût. Un deuxième groupe a ainsi vu le jour, et un troisième est en cours de constitution.

 

Sur la photo : Alain Barinet

 

Les repas communs et des réunions mensuelles sont les seules activités régulières communes à l’ensemble des utilisateurs des lieux. Si Simon Berner ne semble pas préoccupé par cette juxtaposition d’activités, Alain Barinet a plus de regrets. Il note que le désir de départ de fonder une "zone alternative" n’est pas repris par l’ensemble des personnes présentes aujourd’hui. Lors de l’assemblée générale, une minorité a dû céder sur la question des subventions : seuls trois sur cinquante — deux ayant une activité non rémunérée, le troisième simple adhérent — voulaient rester autonomes vis-à-vis des institutions publiques.

Alain Barinet note d’autres limites, comme le non respect de la décision au consensus, décidé dans les statuts afin d’éviter les tensions, mais abandonnés dans la pratique. Le meilleur lieu de résolution des conflits est finalement le repas commun hebdomadaire, auquel participent régulièrement quelques personnes. Autre point négatif : l’engagement des membres de la coopérative. Le concept d’autogestion n’est porté que par quelques-uns, et ce sont souvent les mêmes qui s’investissent dans l’animation du lieu. Pour le moment, cela n’a pas eu de conséquences fâcheuses, mais il y a des inquiétudes. Maintenant que ce navire alternatif a été mis à l’eau et qu’il avance à son rythme, il s’agit de se prémunir contre de possibles tempêtes.

Michel Bernard (Silence)

Cet article a été publié dans le numéro de janvier de la revue Silence, média partenaire de Basta !. Vous retrouverez son sommaire sur cette page.

 

Sur la photo de Une : Cécile Eliche

Notes

[1] Ce grand hangar dit "de la petite vitesse" devait servir à l’entretien du matériel ferroviaire, mais n’est jamais entré en fonction du fait du ralentissement de l’usage du train sur l’île.

[2] Le reste du bâtiment est actuellement occupé par une école de cirque, un mur d’escalade Corsica-Roc et par la compagnie Points de suspension, créatrice de spectacles et animatrice dans le milieu scolaire. L’ensemble est géré par l’association de la Petite vitesse, seul interlocuteur pour le bailleur, qui mutualise les abonnements à l’eau, à l’électricité et à un service de reprographie. Elle organise deux réunions par an pour traiter les grandes orientations collectives.

 

Cet article vous a intéressé ? Basta ! a besoin de ses lecteurs pour poursuivre son travail, faites un don.

 

 

Source : http://www.bastamag.net/Artisans-artistes-createurs-et

 

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 17:28

 

 

Source : http://www.reporterre.net/Mais-si-on-peut-vivre-sans-Google

 

Alternatives

Mais si, on peut vivre sans Google !

Baptiste Giraud (Reporterre)

mardi 17 février 2015

 

 

 

L’initiative « Dégooglisons internet », lancée par Framasoft, promeut des applications web alternatives à celles des grosses entreprises que sont Google, Microsoft et consorts. Elle se développe grâce au travail de bénévoles et passionnés de la communauté du logiciel libre.

« Nous sommes en 2014 après Jésus-Christ, toute la toile est occupée par des services centralisés… Toute ? Non ! Une communauté peuplée d’irréductibles libristes résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons des camps retranchés de Fermetum, Centralisum, Espionnum et Privatum... » On connaît l’air du refrain, mais qui sont dons ces libristes ? Et qui sont leurs ennemis ?

Le logiciel libre « désigne des logiciels qui respectent la liberté des utilisateurs. En gros, cela veut dire que les utilisateurs ont la liberté d’exécuter, copier, distribuer, étudier, modifier et améliorer ces logiciels » (selon GNU.org). Quant à Framasoft, c’est un réseau francophone dédié à la promotion et à la diffusion du logiciel libre, qui a lancé le projet Dégooglisons internet.

 

 


- Le manchot de Framasoft est inspiré de Tux, la mascotte de Linux -

 

« Se dégoogliser »

« C’est un nom de code, on en joue : nous, petite association francophone, on va s’attaquer à ce géant. Il est très puissant mais fragile : si tout le monde se déconnecte, ça tombe », explique Alexis Kauffmann, fondateur de l’association. Car Google, tout comme ses frères Facebook, Microsoft, etc., représente l’exact opposé de l’idéal libriste. Explications.

D’abord, les applications proposées par ces mastodontes du web sont propriétaires et fermées : « On ne connaît pas les logiciels. Et on signe des contrats dans lesquels certaines clauses disent que le contrat lui-même peut être changé sans prévenir », nous dit Alexis Kauffmann. Il est impossible d’avoir accès à l’intérieur des logiciels, à leur fonctionnement. C’est comme adopter un outil en n’en connaissant que l’apparence extérieur et sans savoir ce qu’il peut devenir.

Google est ensuite l’exemple typique du processus de centralisation d’internet. « Aujourd’hui, on ne navigue plus que sur quelques serveurs. Ça pose un vrai problème, on confie nos vies privées à des multinationales dont nous sommes complètement dépendants. »

Google est à la fois un moteur de recherche, un service de vidéo et de logiciels en ligne, une boîte mail, un système de lunette hi-tech et bientôt de voitures… Au contraire, pour Alexis Kauffmann, « la beauté d’internet ce sont les liens qui mènent d’un serveur à un autre ». Surtout, la centralisation rend possible les pires dérives en termes de liberté.

 


- Dessin FramaSoft de LL de Mars -

 

La vie privée est un autre point problématique. « Si une donnée seule, prise indépendamment, n’est pas forcément sensible, un ensemble de données peut le devenir (par exemple si vous avez fait des recherches sur le cancer avant de souscrire à une assurance-vie) », explique le site de cette initiative déjà cité. Or les grosses entreprises du web enregistrent nos données et les utilisent pour gagner de l’argent, à travers la publicité. « Il y a là quelque chose qui nous échappe », selon Alexis Kauffmann. Nous sommes dépossédés de ce qui fait notre singularité d’individus.

Enfin ces services centralisés qui enregistrent nos données sont un outil rêvé pour l’espionnage. « Les états sont capables aujourd’hui d’obtenir bien plus d’informations qu’un ’Big Brother’ ne l’aurait jamais rêvé », explique le site.

 

Décentralisation, solidarité, éthique et liberté

Face à ces quatre dangers, Framasoft déploie ses alternatives : la décentralisation, la solidarité, l’éthique et la liberté. À partir de ces valeurs, Framasoft veut proposer des logiciels libres remplaçant les applications propriétaires : à la place de Doodle, il existe Framadate, au lieu de GoogleDoc, Framapad, au lieu de Facebook, Framasphère, etc. (liste complète ici).

« On utilise souvent des logiciels existants. On repère les applications libres, on retouche les interfaces, et on les installe sur nos serveurs. Parfois on participe à améliorer les logiciels existants, parfois on les traduit juste », explique Alexis Kauffmann.

Dans tous les cas, les applications sont gratuites et sans publicité, assurent la plus grande interopérabilité (fait de pouvoir utiliser des données à partir de plusieurs applications) possible, leur code source est disponible, on peut participer à leur amélioration, et nos données restent sous notre contrôle.

 


- Capture d’écran de FramaDate -

 

Sortir des géants du web pour sortir de l’individualisme et des logiques financières

« On veut mettre en avant toutes ces solutions. Parce que ce qui est intéressant c’est que c’est possible de se dégoogliser, ça marche ! Souvent les gens disent : ’Vous imaginez si je me désinscris de Facebook demain, socialement c’est un véritable problème’. Effectivement, mais il faut déjà en prendre conscience. On veut d’abord faire réfléchir à l’état actuel d’internet et notre société, puis concrètement montrer qu’on peut se libérer de ces géants. Par exemple, il y a déjà 12 000 inscrits sur Framasphère, ce qui témoigne d’un réel intérêt », nous raconte Alexis.

« Ce qui nous unit, c’est la licence libre : les gens ont l’impression de participer à un truc ». L’esprit du logiciel libre est très lié à la licence libre qui permet aux auteurs de logiciels ou autres œuvres de concéder leurs droits d’auteur, en permettant l’usage, la modification ou la diffusion de leurs productions. Il ne s’agit donc plus pour chacun de faire son projet dans son coin, en faisant bien attention à ce que ses bonnes idées ne fuitent pas, mais au contraire de partager et de faire avancer des projets communs.

Pour fonctionner, ce beau projet mise à la fois sur du travail bénévole des membres de la communauté du libre...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net/Mais-si-on-peut-vivre-sans-Google

 

 

 

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 22:03

Source : https://www.youtube.com/watch?v=3yFocQYcpNg

TUTO, fabriquer un bac à jardiner en bois de palette (incroyables comestibles)

 

Ajoutée le 22 sept. 2013

Tutoriel à l'attention des petits bricoleurs qui veulent fabriquer leur bac à jardiner eux même à l'aide de deux palettes.
Voici le lien du Blog : http://pulso-concept.over-blog.com/

 

Source : https://www.youtube.com/watch?v=3yFocQYcpNg

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 17:46

 

Info reçue par mail

 

 

Citoyens en Transition : Lettre d’information du 15 février

 

 

Depuis la dernière lettre, les reporters de Citoyens en Transition ont été inspirés ! Nous vous proposons une sélection des articles qui ont fait l’actualité du site de ces deux mois.

léa-et-guillaumeLéa et Guillaume viennent de rejoindre la petite équipe des voyageurs. Pendant un an ils vont voyager à pied à la rencontre des alternatives. Lors de leur escale à la désormais connue Ferme des Bouillons, les habitants se sont entretenus avec eux et ont écrit un article parfait pour les présenter !

Le coup de foudre semble avoir été réciproque puisqu’ils ont à leur tour écrit sur la ferme. Ils ont ensuite continué leur chemin pour se rendre dans une SCOP de boulanger, les COpains. Leur témoignage est à lire ici.

SideWays camion fourgon van aménagéHélène et Benoit, c’est à bord d’un camion bleu qu’ils sont partis et ça fait déjà plus d’un an. On leur doit des reportages vidéo qui ont peuplé les grands sites d’actualité engagés comme BastaMag!. Un an dans un camion aménagé, c’est une aventure en soi. Hélène la raconte ici. Nombreuses sont les personnes qui ont eu des envies de camions après avoir lu ses mots !

Depuis, ils ont déjà tourné un nouveau mini-documentaire vidéo. Ils nous emmènent cette fois dans les coulisses d’une épicerie participative, à voir sur cette page.

Mettons maintenant les voiles pour voguer vers ceux qui ont passé les frontières françaises ou, comme Happy Realities, qui s’apprêtent à le faire. Tiens, à propos de bateau !  Savez vous qu’un autre équipage de nomades se lance dans une aventure à voiles avec le rêve de créer une communauté alternative marine ? Leur vidéo et appel aux financements par la même occasion est ici.

4ème épisode - La terre - AAu Brésil, Oriane et Marcio racontent en vidéo leurs préoccupations liées à l’accès à la terre. Ils construisent aussi ingénieusement sur le terrain qu’ils occupent et depuis leur cuisine de fortune, partagent leurs savoir pour concocter des merveilles.

SarayaPour finir ce tour du monde, Chloé et Olivier partagent leur expérience à Saraya. En sanskrit, « Saraya » signifie « le repos des voyageurs »… mais aussi «suivre le courant ». C’est aussi le nom de l’éco-lodge d’argile et de bambous qui vient d’ouvrir dans le sud de l’Inde.

allauchRetour en France où la grosse machine de la croissance continue de faire pousser des “ZAD partout”. La dernière en date a été ouverte le 14 février      2015 à Allauch, dans les Bouches-du-Rhône, contre un projet de rocade (quelques photos ici). La ZAD d’Agen continue elle de s’installer en proposant des chantiers collectifs et construisant des habitations en palettes et autres matériaux insolites. A Sivens, le dialogue s’installe doucement et un reportage de 45 minutes nous offre une vision de l’intérieure en toute franchise.

Et pour conclure, comme diraient les bénéloves de “Générations Futur” : “Mieux que gratuit, un livre offert !”

Le livre d’Emmanuel Daniel qui publie régulièrement sur le site et sur Reporterre a écrit le livre : “Le tour de France des alternatives” sorti en librairies le 9 octobre. Avant de signer le contrat avec l’éditeur, Emmanuel avait demandé à ce que le livre soit accessible gratuitement sur Internet. Avec un peu de retard, le voila (clique droit, enregistrer sous) ! À noter que le livre est toujours disponible en librairies pour 10 euros.

A la prochaine !

La rédaction

 

 

 

 

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 18:23

 

Source : reporterre.net

 

 

A Saint Denis, l’AMAP est anarchiste et ça marche très bien

Emmanuel Daniel (Reporterre)

vendredi 13 février 2015

 

 

 

Pas de déclaration en préfecture, pas de compte à rendre à la mairie, pas de président. L’amap de Saint-Denis est anarchiste. Malgré (ou grâce à ?) cette absence de responsables, elle a grandi jusqu’à devenir l’une des plus grosses de France et proposer des dizaines d’activités en plus des légumes.


- Saint-Denis (93), reportage

« Attention ! Si tu connais les Amap classiques, tu peux oublier », me lance Emmanuel, avec un air provocateur. Autour de moi, des caisses remplies de légumes et des gens qui s’affairent joyeusement. A première vue, rien ne distingue Court Circuit des centaines d’Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) qui existent en France.

Comme les autres, elle permet à des consommateurs d’accéder à des paniers de légumes de saison tout en payant à l’avance leur consommation auprès d’un producteur.

Sauf que cette Amap installée au cœur d’un quartier populaire de Saint-Denis (93) n’en est pas vraiment une. Elle n’est pas constituée en association et n’a pas de statuts déposés en préfecture. Et pour cause, elle est anarchiste ! A Court-circuit, pas de chefs, de président, de trésorier ou de secrétaire. Les initiateurs du projet ont fait le choix de ne pas constituer de bureau afin d’éviter toute hiérarchie.

« Généralement, les gens créent des Amap pour les légumes, lance Jean-Claude, un des initiateurs. Nous, on l’a fait pour créer une dynamique, du lien et expérimenter l’autogestion... Et au final on a des légumes ! Ce qui nous intéresse c’est comment les gens vont s’organiser sans espace de pouvoir », explique cet infatigable militant libertaire d’une soixantaine d’années camouflé dans un accoutrement de dandy.

Pas d’autogestion sans responsabilisation

« Tout le monde se prend en main, dit Sylvie, arrivée il y a six mois, tout en déplaçant des caisses de légumes. Dans l’Amap où j’étais avant, quelques personnes géraient pour les autres et nous on était juste des consommateurs classiques ».

Ici, pas question ! Lors de chacune des trois distributions hebdomadaires, cinq personnes s’engagent à être présentes pour décharger les légumes et préparer les paniers. Là non plus, pas de responsable des distributions. Chacun s’inscrit sur un cahier d’écolier posé sur une table et une personne se charge de récupérer la clé du local.

Ce jeudi, Serge, Sylvie et trois de leurs compères s’y collent. Pendant 45 minutes, les caisses de choux, endives, carottes, navets et pommes passent de mains en mains pour que les cent paniers soient prêts à 19h, heure de début de la distribution.

Dans toutes les Amap, chaque membre est censé donner un peu de son temps. Mais dans les faits, peu s’impliquent réellement et le gros du travail repose sur les initiateurs. Ici, une parade a été trouvée : l’autogestion en actes.

« Les gens savent que s’ils ne s’impliquent pas, il n’y aura pas de bureau pour le faire à leur place », me dit une working woman aux traits tirés qui en deux ans s’est rodée à ce type de fonctionnement. « Si plus personne ne prend en charge les contrats et et les distributions, eh bien ça s’arrêtera et c’est pas grave. C’est plus intelligent que les Amap qui perdurent jusqu’à ce que les quatre ou cinq personnes qui tiennent le truc à bout de bras pètent les plombs », pense Emmanuel.

Assis autour de la table, une bière dans une main et un contrat en cours de remplissage dans l’autre, Jean-Pierre se marre : « Beaucoup de gens, quand ils sont arrivés la première fois, ne comprenaient pas. Ils demandaient le responsable et ils se sont rendus compte qu’il n’y en avait pas ».

Néanmoins, pour les néophytes, pas facile d’apprendre à se prendre en main quand on a été toute sa vie un consommateur passif. Il est parfois nécessaire de rappeler qu’il n’y a pas d’autogestion sans responsabilisation.

Anarchie ne veut pas dire chaos

Pour les contrats passés avec les producteurs par exemple, il faut un référent qui tourne tous les six mois. Quand il manque des volontaires, Jean-Claude envoie un mail pour prévenir que si personne ne s’en charge, il n’y aura plus de légumes, de pain ou de poulets. « Et là, en à peine une semaine, neuf personnes répondent », s’amuse-t-il.

« Certains viennent pour chercher leur panier et repartent aussitôt comme s’ils allaient au supermarché », regrette une quarantenaire dynamique. « Il y en a qui font quand même beaucoup plus que d’autres. Une fois je me suis retrouvée seule inscrite pour la distribution, heureusement, des gens sont quand même venus m’aider », raconte Céline.

Pour Stan, un des deux maraîchers fournissant Court-Circuit, malgré l’absence de chefs et de bureau, « ils sont plus organisés que dans les autres Amap ou les gens viennent en tant que clients et non consomm’acteurs ». De quoi tordre le cou aux idées reçues. « Plus personne ici ne pense qu’anarchie est synonyme de chaos », s’amuse Jean-Claude.

Néanmoins, quelques couacs sont à déplorer : une femme s’énerve parce que quelqu’un dont elle n’a pas le nom est parti avec les contrats alors qu’elle en avait besoin. « Comment je fais pour la retrouver moi ? » « Eh bien tu envoies un mail sur la liste de discussion », lui répond calmement Djemiou, la soixantaine, avec sa voix douce qui apaise facilement les tensions.

Créée en 2010, l’Amap a commencé avec 70 paniers. Aujourd’hui, ils sont 250 familles à commander légumes, pains, œufs et poulet directement à des producteurs locaux. Jean-Claude assure que s’il n’y avait pas pénurie de locaux, ils seraient déjà 400 aujourd’hui.

Certains membres se vantent d’être la plus grande Amap de France, chose que je n’ai pas pu vérifier. Pour autant, les initiateurs ne sont pas surchargés de travail. « Je croise des gens qui en ont marre des responsabilités dans leurs assos. Je leur dis que moi ça va, je fous rien, enfin, pas plus que les autres quoi ! », rigole Jean-Claude. S’il reconnaît assumer un rôle informel de coordination, il ne se sent pas indispensable. D’ailleurs il compte « lâcher l’Amap » prochainement pour se consacrer à un autre projet.

Faire passer les idées par la pratique

Chaque nouvel arrivant se voit exposer le fonctionnement autogéré de l’Amap. Sur les murs, quelques tracts et affiches viennent rappeler l’engagement anarchiste des fondateurs. Mais le travail de diffusion de la pensée libertaire s’arrête là. « L’Amap est un moyen de faire passer des idées non par les discours mais par la pratique, explique Jean-Pierre, présent depuis le départ. On propose un truc qui fonctionne et on espère que ça fasse son chemin dans la tête des gens ». Néanmoins, une bibliothèque à coloration majoritairement libertaire, la Liberthèque, est à disposition de ceux qui souhaiteraient parfaire leur connaissance de ce courant politique.

Mais les membres sont loin d’être tous des anarchistes convaincus ! La plupart viennent pour les légumes de qualité, soutenir un producteur et créer du lien. Même si l’Amap a permis de gonfler les rangs du collectif libertaire de Saint-Denis, ce n’était pas son but initial. Dans mes discussions avec les Amapiens, le mot anarchie n’est presque pas évoqué. Ils préfèrent parler d’autogestion, « d’organisation qui marche bien », de « système sans chef ».

Il n’empêche que leur vision a évolué...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : reporterre.net

 

 

 

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