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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 20:09

 

Source : http://cadtm.org

 

 

CADTM

Vidéo

Marinaleda - Les insoumis

5 avril par Yannick Bovy , Anaël Kieber

 

 

Marinaleda. Une petite ville de 2 700 habitants, au cœur de l’Andalousie, dans le sud de l’Espagne. Ici, il n’y a pas de policiers. Pas de voleurs. Ici, il y a moins de chômage qu’ailleurs, et on partage le travail. Ici, on paie son loyer 15 euros par mois. Ici, le maire et ses adjoints ne sont pas rémunérés, et ce sont les habitants qui commandent. Vous n’y croyez pas ? Alors venez voir. On vous emmène là où les habitants ont osé l’impensable, là où les rêves deviennent réalité.

 

 

 


Une oasis coopérative dans un monde néolibéral : le village utopique de Marinaleda en Espagne

 

 

Des maisons autoconstruites à 15 euros par mois, un salaire unique pour tous les membres de la coopérative, des assemblées générales pour décider de la politique communale : Marinaleda, petit village andalou de 2 770 habitants, tente depuis 35 ans de maintenir un système politique, social et économique qui place l’intérêt de ses citoyens au cœur des décisions. La nouvelle génération saura-t-elle poursuivre l’utopie mise en œuvre par les anciens ?

Cet article a initialement été publié dans le magazine Lutopik.

Dans les années 1970, Marinaleda, dans la province de Séville, en Espagne, était un village en ruine, dont la population majoritairement au chômage devait vivre dans des conditions particulièrement difficiles. À la fin de la dictature de Franco en 1975, ses habitants commencent à se réunir pour débattre des conditions de vie dans le village et des injustices sociales auxquelles ils sont confrontés, comme l’ensemble des journaliers d’Andalousie. Afin de donner plus d’ampleur et de reconnaissance à leur regroupement social, ils créent alors le Syndicat des ouvriers agricoles (SOC). Leur première revendication cible un problème récurrent dans la région : la structure de la propriété privée agricole caractérisée par les latifundiums, de grandes exploitations.

En dépit de l’important apport économique qu’elles génèrent pour la Junta de Andalucía (le gouvernement andalou), leur mode de culture des terres, très mécanisé, ne permet pas de créer d’emplois dans le secteur agricole. Pour les Marinalediens, la terre doit appartenir à ceux qui la travaillent. Ils décident alors, dès le début des années 80, d’occuper une exploitation agricole de 1 200 hectares nommée el Humoso, appartenant au Duc de l’Infantado, grand propriétaire de 17 000 ha au total. Les Marinalediens occuperont el Humoso pendant presque dix années, au cours desquelles ils mènent en parallèle de nombreuses actions symboliques, telles qu’une grève de la faim contre la faim en 1980, à laquelle participeront sept cents villageois pendant treize jours, de nombreuses manifestations à Séville et à Madrid et diverses occupations, dont la Banque Espagnole, l’aéroport de Séville et l’Exposition universelle de 1991. Cette même année, le gouvernement andalou exproprie et rachète les 1 200 ha du domaine du Duc, pour les donner au village de Marinaleda, qui en fait une parcelle agricole collective.

 

 

En 1999, les Marinalediens développent leur économie, que l’on peut qualifier de sociale et solidaire, en créant une usine de conditionnement des produits agricoles, elle aussi gérée par le biais d’une coopérative. Cette usine offre à Marinaleda une nouvelle étape dans la chaîne de production et permet de créer plus de postes de travail. Tous ceux travaillant pour la coopérative touchent le même salaire de 47 € par jour (pour six heures quotidiennes aux champs ou huit heures à l’usine), qu’ils soient ouvriers, gérants ou administrateurs. Quant aux bénéfices générés, ils ne sont pas redistribués aux travailleurs, mais entièrement réinvestis dans la coopérative. Les Marinalediens tentent de gérer leurs activités selon un principe fondamental : essayer d’améliorer toujours plus les conditions de travail des ouvriers et offrir le plus d’emplois possible aux villageois.

 

Une démocratie participative

Mais la lutte pour la terre et l’organisation économique ne sont pas les seules particularités du village. L’organisation politique est elle aussi intéressante, car elle place la participation des habitants au cœur des débats politiques et des organes de décision. C’est en 1979 que les villageois décident de s’attaquer à la mairie. Estimant que le pouvoir politique ne les représente pas et ne répond pas à leurs attentes, ils décident de se présenter aux premières élections municipales libres depuis la fin de la dictature. Ils créent alors le Collectif unitaire des travailleurs (CUT), encore au pouvoir 35 ans après, et décident lors d’une assemblée générale du groupe de personnes qui les représentera. Le CUT, mené par Juan Manuel Sánchez Gordillo, gagne la mairie avec 77,31 % des voix contre l’Union du centre démocratique (UCD), et instaure une démocratie participative.

Toutes les décisions concernant le village, la politique, les budgets, les impôts, la coopérative, etc., sont discutées et votées lors d’assemblées générales, auxquelles tous les villageois peuvent participer. Les décisions ne sont pas adoptées à la stricte majorité, car pour le maire de Marinaleda, si elles ne sont pas soutenues par 80-90 % des votants, c’est qu’elles ne sont pas représentatives de l’ensemble de la population. C’est lors d’une de ces assemblées que les villageois ont adopté la proposition des maisons autoconstruites afin de lutter contre les problèmes de logement et contre la spéculation immobilière. La Junta de Andalucía finance le matériel, la mairie fournit le terrain et l’architecte, et les futurs propriétaires travaillent sur la construction ou embauchent eux-mêmes un professionnel pour le faire. Une fois les maisons construites, les occupants payent 15 € par mois pour rembourser l’investissement de l’Andalousie et du village. Toute personne ayant vécu au minimum un an dans le village peut demander à la mairie une maison autoconstruite.

 

 

Les élus politiques ne perçoivent pas de salaire pour leur « service rendu » au village et aux villageois. La plupart d’entre eux travaillent à l’Humoso ou à l’usine de conditionnement, en parallèle de leur charge politique, et touchent donc le même salaire que leurs camarades, entre 1 100 et 1 200 € par mois. Le maire, qui était professeur d’histoire, est maintenant député d’Andalousie, poste pour lequel il perçoit une rémunération de 3 020 € par mois. Une autre particularité du système politique de Marinaleda est que la mairie fonctionne en coopération avec le Syndicat des ouvriers agricoles créé en 1977, renommé depuis 2007 Syndicat andalou des travailleurs (SAT). C’est cette coopération entre le peuple, le syndicat et la mairie qui a permis au village d’avoir un poids important lors des mobilisations et de ses revendications.

 

Le futur du village

La question de la transmission du système à la jeune génération de Marinaleda est un sujet important pour ce village, et sera dans quelques années un enjeu majeur pour sa pérennité. En effet, le fonctionnement politique, économique et social de Marinaleda est né il y a 35 ans. Les personnes actuellement en charge du maintien de ce système font encore partie de celles qui ont vécu et participé aux diverses luttes du village ou, pour les plus jeunes, qui ont grandi dans cet environnement. Ce sont donc des individus conscients de la situation du village avant tous ces changements et qui ont connu d’autres formes d’organisation sociale, politique et économique.

Mais les jeunes de moins de 25 ans qui n’ont connu que ce système ont une perception différente de celle de leurs parents. Eux n’ont pas toujours conscience de la situation du village et de l’importance de la participation citoyenne dans son fonctionnement. Ils ont tendance à considérer le fonctionnement du village comme quelque chose de normal et perçoivent moins la difficulté qu’ont leurs aînés à le maintenir. Ils sont aussi plus ouverts au monde et aux technologies actuelles. Bien que beaucoup soient affiliés au SAT, comme leurs parents, ils ne s’impliquent plus au quotidien. Si les villageois et la mairie tentent de transmettre au mieux leur idéologie à la jeune génération, plusieurs problèmes persistent, notamment en ce qui concerne l’éducation scolaire.

« Il y a beaucoup de professeurs qui viennent enseigner dans nos écoles et qui ne sont pas partisans du modèle, des valeurs que nous avons à Marinaleda. C’est un problème pour nous que ces professeurs donnent des cours aux élèves et qu’ils nous critiquent. Cela crée comme un bouclier pour que les enfants ne participent pas. C’est le principal problème que nous avons ici. Ce que nous souhaitons c’est que les professeurs du collège et du lycée soient des professeurs d’ici, des natifs. Qu’ils sachent transmettre, qu’ils sachent enseigner ces valeurs », indique Sergio, conseiller du maire.

 

 

Toutefois le renouvellement générationnel n’est pas le seul problème que devra affronter le village. Le départ de Juan Manuel Sánchez Gordillo, son maire et leader depuis 1979, est aussi une question préoccupante, puisqu’il est devenu au fil du temps le moteur du village de Marinaleda. Beaucoup de personnes se demandent, à l’heure actuelle, si le village pourra faire face à la crise économique qui touche l’Espagne, à la transmission intergénérationnelle et à la disparition de Juan Manuel Sánchez Gordillo.

Anaël Kieber (texte et photos)
par Anaël Kieber (Lutopik) 24 octobre 2014

 
 
 
 

 

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 14:25

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

ça bouge ! Terre de Liens

Des citoyens protègent la qualité de l’eau potable grâce à l’agriculture bio

par

 

 

 

 

Soutenir une agriculture respectueuse de l’environnement et protéger l’eau. A Agy, dans le Calvados, la fondation Terre de liens, aidée par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie, a acquis 4,4 hectares. Ces terres seront louées à un éleveur bio, qui n’utilise ni pesticides ni engrais chimiques, ce qui protègera des pollutions les réserves d’eau potable. Une action parmi d’autres de l’association Terre de Liens qui propose aux citoyens de défendre la terre comme un bien commun. Et de favoriser aussi une autre agriculture, génératrice d’emplois, d’autonomie alimentaire et de liens sociaux. Terre de Liens explique ici son initiative.

A Agy, près de Bayeux, dans le Calvados, un agriculteur bio apprend la vente de 4,4 hectares. Des terres situées à proximité d’un captage d’eau potable d’une réserve qui alimente quotidiennement un peu plus de 1000 habitants. Sur ces terres, les pratiques agricoles sont regardées de près : gourmande en fertilisants chimiques et autres produits phytosanitaires, l’agriculture conventionnelle est la première responsable des pollutions diffuses de notre eau. 54 milliards d’euros sont ainsi dépensés chaque année en France pour assurer la dépollution des produits phytosanitaires utilisés par les agriculteurs [1]. Soit l’équivalent du budget de la Politique Agricole Commune de l’Union Européenne pour soutenir la productivité de son agriculture ! Pourtant, l’agriculture pourrait être à la base d’un tout autre développement local soutenable, générateur d’emplois, de liens sociaux locaux... et protecteur des ressources en eau.

François Divay, l’éleveur laitier bio d’Agy, est intéressé pour cultiver ces parcelles. Il pourrait y produire du foin de qualité et ainsi assurer l’alimentation de son troupeau de vaches laitières : des animaux nourris avec une herbe produite quasi-exclusivement sur sa ferme. Cela lui éviterait d’avoir à importer des fourrages et compléments alimentaires dont les agriculteurs conventionnels sont coutumiers. Autre motivation : il deviendrait acteur direct de la protection des ressources en eau de son territoire.

 

 

Mais ce terrain a un coût, que François ne peut assumer seul. Il souhaite aussi garantir la protection de ces terres sur le long terme, bien après son départ en retraite. « Je ne suis pas sur une ferme pour moi tout seul », explique-t-il. Il y a eu du monde avant, il y en aura après : je veux m’assurer que celui d’après fera au moins aussi bien que celui d’avant ! »

 

La terre agricole de plus en plus menacée

Sur sa route, François Divay croise l’association Terre de Liens. Créée en 2003 autour de la question du foncier agricole, Terre de Liens propose aux citoyens de s’impliquer dans la préservation des terres agricoles, dans l’installation d’agriculteurs en bio, le développement d’une économie alimentaire en filière courte – et maintenant, la protection durable de nos ressources en eau. L’objectif ? Faire de la terre agricole un bien commun [2]. Pour Terre de Liens, la terre est une ressource fragile et limitée. Renouvelable sur un temps long incompatible avec des pratiques de culture dictées par la rentabilité de la terre à court terme, la terre agricole doit maintenant être protégée par chaque citoyen. « 50 ans de politiques publiques agricoles européenne et nationale nous ont menés dans l’impasse environnementale, sociale et économique dans laquelle notre agriculture se trouve aujourd’hui », estime Gaël Louesdon, le coordinateur de Terre de Liens Normandie.

« La terre agricole est de plus en plus menacée par l’avancée des villes (artificialisation pour la construction de logements, ou de zones économiques et commerciales), poursuit-il. Certains capitaux y voient un placement sûr et rentable. La terre agricole est enfin menacée par la course aux hectares entre les agriculteurs eux-mêmes afin d’accroître toujours plus leurs droits à subventions, leur production. » Face à ces menaces, l’association propose aux citoyens d’agir concrètement pour favoriser l’accès des agriculteurs bio à cette terre agricole très convoitée, et ainsi soutenir un autre développement agricole et alimentaire localement.

 

Quand les citoyens bousculent la gouvernance foncière

Deux moyens sont mis à disposition du citoyen par Terre de Liens : la Foncière et la Fondation. La Foncière offre la possibilité d’effectuer un investissement solidaire dans l’économie agricole de proximité. Reconnue d’utilité publique, la Fondation recueille les dons. Grâce à l’engagement des citoyens, les deux structures visent un même objectif : acquérir des terres agricoles afin de faciliter l’installation d’agriculteurs biologiques. Sans l’aide de Terre de Liens, ces agriculteurs auraient eu bien plus de difficultés à s’installer. D’autres n’y seraient pas parvenus.. Concrètement, Terre de Liens devient propriétaire de terres qu’elle loue ensuite aux agriculteurs. La Fondation a interdiction de revendre ces terres agricoles et les fermes qu’elles a acquises.

A Agy, l’action de Terre de Liens est donc déterminante pour permettre à François Divay d’acquérir de nouvelles terres. Dans un premier temps, l’association pousse les collectivités et les institutions locales à prendre leurs responsabilités : acheter et mettre à bail les terres situées sur le point de captage d’eau du secteur, avec la condition que soit développée sur ces terres une agriculture biologique. Mais, faute de garanties suffisamment claires, Terre de Liens répond à l’appel à candidature lancé pour l’acquisition des 4,4 hectares, par la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural). Ses chances sont a priori minimes face à un autre candidat, placé en pôle position par la Safer pour acquérir les terres visées. Mais Terre de Liens est finalement la seule à remplir les exigences de protection de l’eau imposée par la Safer et l’Agence de l’eau. Elle remporte donc l’appel à candidature et devient attributaire des terres pour le compte de François Divay.

 

 

Dans cette opération, la Fondation Terre de Liens est soutenue par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie (AESN), acteur privé sous délégation de service public, chargé de la protection globale de l’eau. L’AESN a pour mission de financer les actions de protection des ressources en eau et de lutte contre les pollutions. D’un côté, elle subventionne la Fondation (comme elle le ferait pour un acteur public) à hauteur de 60% du coût global d’acquisition et de préservation des terres, soit 24 000 €. Les 40% restants, soit 16 000€, sont pré-financés par un prêt à taux zéro de l’Agence.

C’est pour rembourser cette somme à l’AESN que la Fondation Terre de Liens appelle au don des citoyens. Ces derniers sont invités à agir aussi sous cette forme pour le devenir de « leurs » terres agricoles : un don pour une protection définitive de la terre agricole. Car, « promouvoir un autre développement local, consiste aussi à participer d’une autre économie, d’une autre finance », explique Terre de Liens dans sa littérature militante.

 

Deux visions opposées de l’avenir

Aujourd’hui, les investisseurs conventionnels (à but lucratif) ne prêtent qu’à des sociétés où le gain financier de court terme et sécurisé constitue leur principale motivation. L’action proposée par Terre de Liens consiste a contrario à inventer une nouvelle sorte d’investisseurs et de donateurs : des habitants soucieux de participer à l’aménagement de leur territoire de vie en créant les conditions d’un autre approvisionnement alimentaire. Quitter les fers et menottes du vulgaire « consommateur » qui leur sont quotidiennement passés.

Comment ? En s’alliant les uns aux autres, et en devenant des « citoyens aménageurs de leurs territoires » par le biais de leurs achats alimentaires. Manger devient un acte d’investissement dans le mieux-être individuel, collectif et environnemental. En échange ? Pas d’intérêt financier mais des paysans nombreux, en tous lieux, une nourriture saine, frais et de proximité, et une eau assainie et protégée par une autre économie alimentaire et agricole. Bref, de l’investissement dans l’économie réelle, avec une forte utilité sociale, environnementale et économique. Et des liens entre acteurs locaux, pour des satisfaction individuelles et collectives en chaîne...

Terre de Liens appelle donc à démultiplier, densifier et diversifier ce nouveau mouvement social porteur de cette « citoyenneté économique », en combinant :

  • des habitants des territoires refusant de se croire obligés de cautionner les impasses promues par la publicité et la vulgate économique conventionnelle – une autre économie alimentaire et agricole est possible, et est déjà en marche ;
  • des communes et collectivités locales appelées à élaborer et soutenir les projets alimentaires locaux, pourvoyeurs d’emplois nombreux (directs et indirects : une autre production et une autre consommation nécessitent une autre transformation, une autre distribution...) - d’autres logiques d’aménagement du territoire sont possibles et déjà testées un peu partout en France (et ailleurs...) ;
  • des entreprises, notamment agricoles et alimentaires, appelées, comme tout acteur économique, à soutenir ce développement alimentaire local.« Il ne tient qu’à nous de tisser rapidement ces liens économiques et politiques éminemment stratégiques, pour que les entreprises, elles-aussi, se fassent investisseurs citoyens dans la double protection de la terre et de l’eau », indiquent les membres de Terre de Liens Normandie.

Alors, à vous de jouer ! Pour participer à cette nouvelle aventure et aider plus particulièrement le projet d’acquisition des terres d’Agy et la protection de cette zone de captage d’eau, rendez-vous sur cette page. Suivez également la page Facebook de l’opération.

L’équipe de Terre de Liens Normandie (texte et photos)

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 14:14

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Création de richesses

Les épuisettes culturelles : un nouveau modèle économique au service des artistes et des citoyens curieux

par

 

 

 

 

Inspirées des Amap et de leurs paniers de fruits et légumes bio et locaux, voici les « épuisettes culturelles ». L’idée : proposer aux citoyens curieux des paniers d’offres culturelles – des CD, des concerts, du théâtre, de la danse… – en échange d’une cotisation. Ces « associations pour le maintien des alternatives en matière de culture et de création artistique » aident les artistes locaux, en situation souvent précaires, à monter leurs projets et à présenter leurs créations à de nouveaux publics tout en favorisant la convivialité. Reportage à Toulouse où ces épuisettes culturelles viennent d’être inaugurées.

C’est une étrange partie de pêche qui débute en cette fin d’hiver toulousain. Au bout d’un petit vestibule tout en longueur, c’est le sourire éclatant de Pauline et de Jessica qui hameçonne les nouveaux arrivants. Car ce soir est un grand soir pour leur association « Comme un poisson dans l’art » : c’est la grande distribution des premières épuisettes culturelles de Toulouse. On connaissait les paniers de fruits et légumes bio distribués par les Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) regroupant des producteurs de la région et des consommateurs voulant promouvoir les filières courtes. Voici désormais les épuisettes culturelles, qui reposent sur le même principe, mais au profit des artistes et musiciens.

De la même manière que les Amap ont été fondées dans l’objectif de relocaliser des consommations, de soutenir l’agriculture de proximité et de nouer du lien entre les producteurs et les consommateurs, les « Associations pour le maintien des alternatives en matière de culture et de création artistique » (Amacca) sont nées de la nécessité de proposer un nouveau modèle économique pour la culture.

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Les fondatrices
Pauline Herbillon et Jessica Bir

Cette initiative est partie d’un constat, celui d’Olivier Lanoë, syndicaliste et guitariste : la nécessité de « démarchandiser » l’accès à l’art et à la culture. Dès 2007, il pose les grands principes des Amacca, dans le même esprit que les Amap de fruits et légumes. Un principe démocratique d’abord : la réappropriation de la culture par les citoyens eux-mêmes par la création de structures démocratiques et participatives. On part du principe que la culture est un bien commun, un espace citoyen de partage, élaboré par les apports de tous et non distribuée d’en haut par des instances discriminantes que ce soit d’un point de vue éducatif, financier ou géographique.

Un principe économique ensuite : En 2003, la loi Aillagon ouvre la possibilité pour les personnes physiques et morales d’être mécène... à condition d’être imposable. Chaque fois qu’un mécène donne 3 € à un bénéficiaire, le Trésor public rend 2 € au donateur sous forme de réduction d’impôts. Le problème, c’est que ne peuvent percevoir des dons de mécénats – de particuliers ou d’entreprises – que les organismes d’intérêt général. C’est à dire seulement des organismes non lucratifs dont l’activité ne profite pas à un groupe restreint de personne, comme les associations lois 1901 qui font la démarche d’être reconnue d’intérêt général. C’est ainsi que le modèle économique des Amacca est souvent fondé sur le « micromécénat », ce qui leur offre une grande indépendance par rapport aux financements publics et donc à de possibles arbitrages politiques ou financiers en fonction d’aléas électoraux défavorables.

Des paniers culturels comme alternative économique et sociale

Un principe géographique enfin : la territorialité est le fondement de la dynamique des épuisettes culturelles. C’est la rencontre entre les habitants et les artistes qui fonde le territoire commun d’une politique culturelle locale, démocratique et démarchandisée, tout en s’ouvrant sur les possibilités offertes par un réseau national. Comme un poisson dans l’art souhaite ainsi proposer des paniers culturels comme alternative économique et sociale de soutien à la production artistique toulousaine et facteur de lien.

« J’ai toujours travaillé dans le domaine de la communication culturelle, l’accompagnement des artistes, mais comme dans le cas de l’association Claude Nougaro où j’ai travaillé en 2008 et 2009, la vision est toujours centrée sur la promotion d’un seul artiste, raconte Jessica Bir, cofondatrice avec Pauline Herbillon de l’association. Dans mon agence de communication culturelle, j’avais une demande récurrente des artistes à un accompagnement, particulièrement dans le montage de projets, c’est-à-dire des besoins qui ne cadraient pas avec mon statut d’autoentrepreneuse. Avec Pauline, nous avons donc porté notre réflexion sur la mise en place d’une dynamique artistique implantée sur le territoire. »

Après une soirée de lancement le 27 février dernier, les premières épuisettes sont à retirer par les nouveaux adhérents et les testeurs curieux. Pendant que le cours de percussions ralentit le rythme dans la cave voutée qui fait office de salle de spectacle ou de répétition de l’Amanita Muscaria, la petite foule des pêcheurs de culture ne cesse de s’étoffer. Il y a des solitaires, étudiants ou retraités, des couples curieux, des familles convaincues, des enfants étonnés et fureteurs, des ados concentrés, une variété immense de configurations sociales et urbaines qui laisse augurer d’un public bien plus éclectique que la proposition initiale le laissait penser.

« Ce que j’aime ici, c’est que je me mets en danger »

Stéphane vient de franchir la porte. Il a 30 ans tout ronds et un enthousiasme communicatif. « Je suis passionnée par tout ce qui touche à l’économie sociale et solidaire, alors que rien ne m’y prédestinait. J’ai quitté le Quercy rural pour faire mes études à Toulouse et je suis devenu motoriste. Mon intérêt pour la culture et l’art s’est construit petit à petit, au fil de mes rencontres sur Toulouse et a fini par créer un effet boule de neige », explique-t-il. « J’ai participé au SEL Cocagne de Toulouse [un système d’échange local, ndlr]. En découvrant le réseau des Amap, j’ai entamé une véritable réflexion sur mon rapport à la nourriture et j’ai commencé à m’investir dans le bénévolat. De fil en aiguille, j’ai totalement remis en question mon projet de vie. Aujourd’hui j’ai laissé tomber les motos et je me prépare à reprendre l’exploitation agricole de mes parents pour en faire une ferme écologique et culturelle. »

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Le premier arrivé
Stéphane, le motoriste en conversion.

« Je connaissais le travail formidable de Pauline et Jessica à travers leur projet précédent des Jolies Vitrines. Dès qu’elles ont lancé l’appel à bénévolat pour les Épuisettes, je me suis engagé et j’ai distribué des flyers, aidé pour les soirées et je m’occupe aussi des photos. Ce que j’aime ici, c’est que je me mets en danger, je découvre de nouveaux artistes, je croise de nouvelles personnes : c’est la curiosité qui guide mes pas. »

Dans leur quête de soutien aux artistes et de transversalité des formes d’expression, Pauline Herbillon et Jessica Bir avaient créé les Jolies Vitrines du jeudi dans leur précédent local, rue de la Colombette. Il s’agissait de flyers vivants, des performances d’artistes en aquarium afin de communiquer pendant une vingtaine de minutes sur les dates à venir et les créations en court. Cette expérience avait mis en relief les difficultés que rencontraient les artistes à être distribués en dehors des gros réseaux institutionnels.

L’idée de monter des Amap culturelles commence alors à germer. C’est le début d’un travail préparatoire qui va durer trois ans. « Nous avons commencé notre travail préparatoire local en 2012 avec l’aide de cinq étudiants de Science Po pour la diffusion et le traitement d’un questionnaire recensant les attentes du public en matière de culture. Nous avons reçu plus de 250 réponses. », détaillent les deux fondatrices. « Nous avons aussi bien sûr travaillé avec les artistes en amont et il nous est rapidement apparu qu’il fallait aussi toucher aussi un public plutôt éloigné de la culture. Ce soir, nous démarrons avec une trentaine de contributeurs. Il nous en faut 50 pour être à l’équilibre. Nous distribuons une épuisette par trimestre, d’une valeur de 45 €. »

La découverte pour tous les gouts et tous les styles

Chaque épuisette comprend au minimum cinq offres culturelles : des places de spectacle, des cd, des exclusivités, des ateliers et rencontres artistiques, dans tous les domaines. L’idée, c’est la découverte pour tous les gouts et tous les styles. Le pêcheur s’engage pour un an pour une épuisette « solo » (180 €/an) ou une épuisette « duo », en couple ou entre amis (240 €/an), plus 8 euros pour l’adhésion à l’association. Il est possible de payer par trimestre.

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Ernest Barbery
Petit concert live en marge de la distribution des épuisettes

« Cela peut être difficile de convaincre, parce que nous ne répondons pas à un besoin vital. Cela dit nous travaillons déjà avec les artistes que nous soutenons sur des actions et des ateliers dans les zones défavorisées, où le public sera intégré dans l’œuvre, la démarche, afin de sensibiliser, de décloisonner et de rapprocher les gens entre eux et ceux qui pensent que l’art n’est pas pour eux », précisent Pauline et Jessica. Les plus impatients ont déjà ouvert le papier de soie qui protège les cadeaux du trimestre. À l’intérieur, une offre variée de propositions de découvrir de nouveaux artistes locaux. Parmi elles, le CD d’Ernest Barbery qui va se produire ce soir, comme une mise en bouche gourmande.

Pour les artistes, sortir de l’urgence de la survie au quotidien

Tout comme le public potentiel, le réseau artistique toulousain a été sollicité en amont de la création des Épuisettes, afin de prendre en compte leurs demandes et besoins. Questionnaires et réunions ont mis en évidence le régime d’urgence auquel est soumis l’artiste. « S’il est intermittent, c’est la course au cachet. Pour tous, la question centrale est la survie au quotidien, ce qui implique la difficulté aigüe à se fédérer à long terme. Il est impossible de s’engager dans des logiques de projets, car monter des projets prend du temps et nécessite un accompagnement dans la durée, tout ce que la précarité des ressources de la plupart des artistes ne permet pas. »

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Impatientes
Tout le monde n’aura pas la patience d’attendre le retour chez soi pour découvrir l’offre culturel des Épuisettes.

Comment les artistes bénéficient-ils des épuisettes ? Ils ne perçoivent pas de rémunération directe au pourcentage, mais une aide financée par les adhésions pour le montage de projets culturels et de communication. Les adhérents font office de levier pour négocier l’accès à des espaces culturels peu enclins à s’ouvrir à des artistes pas encore reconnus. « Avec les Épuisettes, nous faisons logiquement le choix d’accompagner beaucoup d’artistes. Ce saupoudrage des ressources ne permettra pas de les libérer de la contingence de la subsistance. Mais cela leur offre un accompagnement à la production qui s’inscrit dans le temps. Nous pouvons donc financer le disque d’un chanteur ou mettre à la disposition d’une danseuse le réseau nécessaire pour créer une performance ponctuelle et complexe à monter. Nous mutualisons les moyens et nous sommes leur référent en accompagnement de projets. »

Réseau local pour convivialité globale

La contrepartie est donc non financière. Il s’agit davantage de promotion, de visibilité, montage d’évènements, de rencontre avec des publics nouveaux et diversifiés et, aussi, de créer un réseau d’artistes qui leur permettent de sortir de l’isolement. « Nous apportons aussi à chaque artiste soutenu la force de négociation du nombre. Ainsi, il est plus facile de convaincre une salle de spectacle quand on garantit la présence d’un public d’une cinquantaine de personnes, dont la plupart peuvent être des nouvelles venues dans le lieu. Ainsi, nous aidons tous les acteurs culturels à se connaitre et à favoriser les échanges de proximité », ajoutent Pauline et Jessica.

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Les contributeurs
Bien plus qu’une simple distribution de biens culturels, les soirées épuisettes sont l’occasion pour les membres de sortir, de se rencontrer et d’échanger avec les artistes.

Dans le cocon du sous-sol, Fabrice Aillet, chanteur et compositeur du groupe vedette de la soirée, enchaine une demi-douzaine de morceaux, entre électro et rock underground et militant. Un couple s’approchant de la retraite illustre la volonté fédératrice des Épuisettes. Lui enregistre soigneusement chaque chanson sur son smartphone et semble prendre un plaisir fou à être là, à profiter de la musique et de l’ambiance intimiste. Elle est comme un poisson hors de son bocal, son visage reflétant une succession de sentiments contradictoires. Elle n’est probablement pas bon public pour ce genre de musique et il y a fort à parier qu’elle trouvera plus son compte dans une autre proposition de l’épuisette.

S’emparer de ce formidable outil d’émancipation citoyenne

Mais elle fait l’effort de rencontrer des formes d’expression auxquelles elle n’est pas forcément sensible. Pendant que les minutes passent, on observe chez elle une lente détente, l’acceptation de cette altérité acoustique. L’effet est voulu : « Nous voulons sortir de la consommation ponctuelle et clivante de la culture. Autour de chacun de nos évènements, il y a tout ce qui est de l’ordre de la rencontre avec l’autre, tout un processus de désacralisation de l’art. L’artiste devient proche, il est abordable. Cette proximité, cette intimité cassent les représentations, des deux côtés de la scène. »

En 2011 ont eu lieu les rencontres nationales des différentes associations engagées dans le processus de construction des Amacca. La mutualisation des expériences de terrain a permis de formaliser le réseau national, d’élaborer une charte éthique et un kit de démarrage pour tous ceux qui souhaitent s’emparer de ce formidable outil d’émancipation citoyenne. Bien sûr, il reste du chemin à parcourir, des obstacles à franchir. De nouvelles recettes s’inventent chaque jour. Le grand regret du fondateur du mouvement, c’est que pour l’instant, les politiques publiques restent en retrait et continuent largement à soutenir la culture privée et marchandisée.

Agnès Maillard (texte et photos)

Plus d’infos :
- Le site des épuisettes culturelles de Toulouse de l’association Comme un poisson dans l’art
- Le réseau national des Amacca, avec charte et kit pour créer son association.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 20:43

Source : http://www.wedemain.fr

 

Un village écolo 100 % open source va pousser cet été dans les Yvelines

Par le 23 Mars 2015 | Lu 20869 fois

 

 

Du 15 août au au 20 septembre, une centaine de makers va bâtir un village de la transition énergétique au château de Millemont. Co-fondateur du collectif OuiShare, dédié à l'économie collaborative, Benjamin Tincq est l'un des initiateurs de ce projet baptisé POC 21. Interview.

 

Un village écolo 100 % open source va pousser cet été dans les Yvelines

 

Le projet POC21, qu'est ce que c'est ?

Depuis plusieurs années on voit passer des projets durables très inspirants dans le domaine de l'écologie portés par les mondes de l'innovation open-source, des fablabs et des makers. Par exemple dans l'habitat, avec Wikihouse, cette maison en bois facile à construire et dont les plans sont librement accessibles. Dans les transports, avec Wikispeed, une voiture électrique conçue de manière collaborative par des passionnés du monde entier. Ou encore l'énergie (OpenEnergyMonitor), l'alimentation (Peer-to-peer Food Lab) ou l'agriculture (Open Source Ecology). Toutes ces solutions sont intéressantes mais elles s'adressent à une niche et à un public initié. La question est maintenant de savoir comment faire pour que le grand public puisse être touché par ces projets, les fabriquer, les acheter. Notre objectif est de faire émerger le sujet de l'innovation distribuée dans le cadre du débat sur la transition énergétique, qui s'amplifie à l'approche de la conférence COP21.

Concrètement, comment allez-vous mettre en valeur ces initiatives ?

Du 15 août au au 20 septembre, une centaine de participants vont fabriquer un véritable village de la transition énergétique au château de Millemont, dans les Yvelines, à 45 minutes de Paris. Un appel aux candidatures est ouvert jusqu'au 24 avril et douze projets seront retenus dans les domaines de l'énergie, de l'habitat, de la mobilité, l'alimentation, l'économie circulaire... Le lieu sera équipé avec tout l'équipement des hackerspaces et fablabs modernes. Des designeurs, ingénieurs, commerciaux, communicants seront présents sur place pour aider les participants à porter leurs projet au niveau de maturité et de perfectionnement requis pour une diffusion au grand public. Le but est d'arriver à créer une vitrine, un showroom de l'écologie en open-source qui sera ouvert au public.

 

Un projet de panneau solaire transportable porté par POC21 © POC21

Un projet de panneau solaire transportable porté par POC21 © POC21

Quand pourra-t-on voir le résultat ?

Le village sera ouvert au public le weekend du 19 septembre. Par la suite, il sera exposé de façon itinérante dans différents évènements, soit militants comme Alternatiba, soit plus institutionnels, comme Solutions COP 21 au Grand Palais, à Paris, ou le village de la société civile durant la COP21. Nous allons également produire une sorte de « catalogue Ikea » des solutions open source pour la transition en version numérique et papier. À terme, l'objectif est de lancer une dynamique internationale avec le réseau des « green fablabs » du monde entier ou des places de marché comme Opendesk, qui permet de télécharger librement le plan de meubles à fabriquer soi-même.

Un sondage récent montre que le discours catastrophiste sur le climat ne porte pas ses fruits mais que les Français sont prêts à agir si on leur montre que des solutions existent. C'est le but de POC21 ?

Tout à fait. L'opinion publique ne croit plus vraiment aux négociations diplomatiques. Les ONG l'ont compris et se tournent de plus en plus vers un discours qui met en valeur les solutions. POC21, c'est un jeu de mot autour de « Proof-of concept » : démontrer que ces solutions peuvent passer du concept à la preuve et fonctionner. Encore faut-il réussir à les rendre inspirants. Souvent, les inventions des fablabs sont mal mises en valeur. Il nous faut des projets « sexy comme Apple mais ouverts comme Linux ».

Comment l'open-source peut-être une réponse adaptée au problème global et planétaire que constitue le changement climatique ?

C'est un mode de développement qui permet de créer des solutions économique avec une collectivisation de l'effort et une mutualisation de la recherche. Malheureusement il reste mal connu. Les acteurs qui travaillent sur la transition énergétique et les makers communiquent peu. Notre but est de faire bouger les choses. Des industriels commencent à trouver cela intéressant, on le voit avec la décision de Tesla de passer certains de ses brevets dans le domaine public. Du côté politique, nous avons reçu le soutien d'Axelle Lemaire. Des collectivités, des ministères pourraient comprendre l'intérêt de l'open-source sur les marchés publics. De grandes écoles de management, de commerce ou d'ingénieurs pourraient l'intégrer dans les cours. Mais avant tout, c'est au grand public de s'en emparer !

Cliquez ici pour participer à l'appel à projets

Propos recueillis par Côme Bastin

Journaliste à We Demain
@Come_Bastin
 
 
 
 
 
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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 19:10

 

Source : http://www.huffingtonpost.fr

 

VIDÉO. Dans cette librairie espagnole, le client choisit le prix de ses livres


 |  Par

 

Publication: Mis à jour:

VÍDEO TUUULIBRERIA from TUUULIBRERIA on Vimeo.

 

ECONOMIE - Prenez autant de livres que vous le souhaitez et payez le prix que vous voulez. C’est vous qui choisissez. Voici la philosophie -sans arnaque ni trucage- de Tuuu Librería, la branche la plus culturelle de l’ONG Yooou.

Dans sa boutique de la rue Covarrubias, à Madrid, les livres ont de la valeur, mais pas de prix, et chaque euro déboursé sert à financer des projets de promotion de la lecture en Espagne et en Amérique latine. “Ce que nous voulons c’est que chaque citoyen nous donne ce qu’il veut ou ce qu’il peut, qu’il pense à la valeur des livres et ce que nous pouvons en faire, en toute liberté”, indique Carmen Chato, responsable du projet.

L’initiative a vu le jour en septembre 2012, sous l’inspiration du projet The Book Thing, originaire de Baltimore (Etats-Unis), qui consiste à mettre des livres à la disposition de la communauté. Si les Américains se concentraient sur le monde de l’enseignement et n'ouvraient que le week-end, Tuuu Librería a décidé d’embrasser tous les genres de littérature et d’ouvrir tous les jours, y compris les jours fériés, afin d’atteindre un double objectif: promouvoir la lecture et éviter la destruction des livres.

"Chaque jour, declare Carmen Chato, environ un millier de livres entrent et sortent de la boutique". Impossible de calculer le nombre d’ouvrages ayant franchi ses portes lors de ces deux années et demie, étant donnée l'"immense" participation des donateurs et acheteurs, qui a même obligé l’association à déménager vers un espace plus grand et l'amènera, fin mars début avril, à ouvrir son deuxième magasin, rue Padilla, à Madrid.

On y trouve au choix oeuvres classiques, polars, histoires d’amour, livres de développement personnel, bandes dessinées, contes pour enfants... Les deux seuls genres qui n’y sont pas admis sont les manuels et les encyclopédies, trop rapidement obsolètes par rapport au système d’éducation moderne.

Avec une offre aussi riche, les palettes qui font office d’étagères semblent en permanence sur le point d’exploser. On trouve des livres empilés à chaque recoin, en équilibre précaire, miraculeux. Mais on ne voit pas de prix. Il n’y en a pas. Chacun donne ce qu’il veut. Les seules recommandations concernent les DVD, car il y a aussi des DVD. On demande un euro par film. “Auparavant nous étions un vidéoclub, c’est pourquoi nous demandons cet euro, si possible, afin de pouvoir continuer à survivre”, ajoute la responsable du projet.

Sur un des murs, un patchwork de post-its multicolores indique les demandes de lecteurs pour un livre en particulier, qui arrivera sûrement dans la journée. Et sur le comptoir, un panier avec des "rendez-vous à l’aveuglette", livres cachés sous du papier obscur, “afin que les lecteurs laissent tomber leurs préjugés et se laissent aller à l’aventure de la lecture”, déclare Carmen Chato.

Aucune somme n’est obligatoire. Les 25 volontaires qui travaillent dans le local ne demandent rien. Chacun donne selon sa conscience. Une seule chose, cependant: tous les ouvrages doivent sortir avec un tampon portant le label Yooou, servant à empêcher la revente. Nombre d’entre eux sont dans un état impeccable, comme s’ils venaient juste d’être imprimés.

 

6 bibliothèques et 89 bourses

Grâce à cette initiative, l’ONG est déjà parvenue à offrir des livres à une vingtaine d’institutions espagnoles, collèges, hôpitaux et maisons de retraite à travers le pays. Avec l’argent des ventes, et les dons ponctuels ou les sommes récoltées grâce au reste des projets de l’ONG – à l’origine, Yooou s’appelait Association des professeurs et élèves solidaires-, six bibliothèques ont été construites au Nicaragua, au Pérou, en République Dominicaine et en Bolivie.

89 enfants issus de ces régions ont reçu des bourses qui leur ont permis d’aller à l’école et d’acheter des fournitures essentielles. Par ailleurs, en Espagne, l’association aide à financer des classes extra-scolaires à des enfants ayant besoin d’aide mais qui n’ont pas l’argent pour. 500 élèves en profitent déjà. Ce projet se voit compléter avec la campagne "Professeurs solidaires", qui réinjecte l’argent gagné par l’association lors de cours particuliers vers des projets éducatifs dans des zones défavorisées.

Tuuu Librería est aussi à l’origine de clubs de lecture dans des espaces comme le Café Comercial, l’un des plus connus de Madrid, et met constamment son blog à jour avec des comptes rendus et suggestions de livres. Le modèle de cette "librairie de rotation" a déjà été imité à Barcelone, Málaga, et Torrelodones (région de Madrid).

Cet article, paru à l’origine sur le Huffington Post Espagne, a été traduit de l’espagnol par Matthieu Carlier.

 

 

Source : http://www.huffingtonpost.fr

 

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 20:58

 

Source : http://www.lesnumeriques.com

 

 

L'Increvable : un lave-linge créé pour durer 50 ans

Le cauchemar des industriels ?

 

 

C'est en démontant toutes sortes de machines que Julien Phedyaeff a trouvé sa vocation. Son "increvable", présenté à l'Observeur du Design 2015 organisé par l'APCI (Agence pour la promotion de la création industrielle), constitue une nouvelle façon de penser le lave-linge. Avec ce concept, le jeune designer entend apporter des solutions originales aux principaux problèmes (sans doute rencontrés par chacun d'entre nous) durant le cycle de vie d'un lave-linge, dont le plus redoutable : la panne. Et certaines de ses idées pourraient ne pas plaire aux fabricants !

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Comme son concepteur le dit lui-même : "L'Increvable propose une alternative aux dérives de l'obsolescence programmée". Son idée : simplifier au maximum la construction de l'appareil en éliminant les pièces difficiles, voire impossibles à remplacer, pour permettre à tous de mettre la main à la pâte. Ainsi, si les pannes ne sont pas évitées, elles peuvent toutes trouver leur solution. 

Qu'on ne s'y trompe pas, "l'Increvable" est un lave-linge rudimentaire, puisqu'il sacrifie le confort que peuvent procurer un écran tactile ou un doseur automatique de produit. Cependant tous les composants habituels sont présents : pompe, moteur, tambour, bandeau de commandes... Mais tout est ici tellement accessible qu'une livraison en kit peut être envisagée, avec plusieurs avantages. Tout d'abord, comme chez les fabricants de meubles suédois, un montage par le client réduit le prix final de l'objet. Ensuite, celui qui fabrique son propre lave-linge en connaît le mode fonctionnement et, de facto, devient plus à même d'en gérer les éventuelles pannes. On évite ainsi d'avoir recours aux services de réparateurs qui bien souvent pratiquent des tarifs prohibitifs. Les moins bricoleurs pourront tout de même faire appel à des prestataires spécialisés, même si Julien Phedyaeff a prévu une application aidant au montage et à la maintenance. 

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Chaque partie étant indépendante, il n'est plus nécessaire de changer tout l'appareil à cause d'un ridicule composant grillé sur un circuit imprimé qui n'est plus produit. Il est toujours bon de rappeler qu'un décret à la loi Hamon est entré en vigueur le 1er mars dernier, afin de limiter tant bien que mal ce genre de problèmes en imposant aux fabricants de communiquer sur la durée de vie des pièces détachées.

On peut même imaginer qu'au fur et à mesure des progrès technologiques, de nouvelles pièces plus performantes ou encore plus fiables puissent être proposées, permettant à tout un chacun de se monter un lave-linge unique, au gré de ses envies ou de ses ressources du moment. La "personnalisation" a également ses avantages d'un point de vue purement esthétique. Le blanc n'a plus la cote ou va très mal dans la nouvelle maison ? Il suffit alors de changer la façade. Le hublot est rayé ou une nouvelle teinte plus actuelle est disponible ? Il ne reste qu'à passer commande.

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Qui dit machine en kit, dit packaging réduit et manutention facilitée. Une livraison (ou un déplacement lors d'un déménagement) de lave-linge est rarement une partie de plaisir. L'objet est lourd, volumineux, difficile à manipuler. Dès lors, le transporter pièce par pièce représente donc un autre avantage par rapport à ce que nous connaissons aujourd'hui. Même le lest en béton qui sert de stabilisateur (qu'on trouve dans les lave-linge classiques du marché) a fait l'objet d'une refonte. Il est remplacé par un réservoir rempli d'eau qui peut être vidé au besoin pour le plus grand bonheur des lombaires. Julien Phedyaeff a même prévu de ménager le dos des utilisateurs en leur évitant le remplissage de ce réservoir, puisqu'il s'emplit automatiquement avec l'eau du premier cycle de lavage.

 

 


Outre sa participation au concours Observeur du Design de l'APCI (dont les produits concurrents seront exposés à Paris du 11 décembre 2015 au 16 novembre 2016), "L'Increvable" est également présenté aux James Dyson Award.

Sa commercialisation n'est pas prévue pour le moment.

 

 

Source : http://www.lesnumeriques.com

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 20:44

 

Source : http://fabriquersayourte.fr/fabrication-yourte

 

Fabriquer sa Yourte soi-même 100% récup, 5 étapes en image!

 

 

VOUS VOUS DEMANDEZ COMMENT FABRIQUER UNE YOURTE SIMPLEMENT ET 100% RECUP’?

Voici ce que j’ai pu réaliser en quelques mois avec un peu d’imagination.

 

Quel type de Yourte construire?

A la recherche d’un habitat simple de réalisation et bon marché, je souhaitais privilégier les matériaux de récupération. Je voulais bénéficier d’un espace aux proportions harmonieuses avec une surface habitable d’environ 20m².

Afin de l’installer n’importe ou et sans autorisation particulière, je devais opter pour une construction légère en toile.

La Yourte était toute adaptée, je devais en revoir la conception pour pouvoir y vivre à l’année sous nos climats (pluvieux à certaines saisons).

Afin de simplifier la réalisation j’ai opté pour une structure flex-yourte. J’ai découvert cette structure ingénieuse il y’a presque 2 ans, voici une petite vidéo de démonstration pour une yourte de 3,6m.

 

La Flex-Yourte - Montage/démontage

Afin d’obtenir une surface habitable plus grande et un puit de jour (petit « détail » qui augmente fortement le confort). J’ai réadapté quelque peu cette structure!

 

1 – Fabrication de la structure « flex-yourte » en bambou :

Pour la réalisation j’ai coupé puis percé 6 douzaines de bambous à 2m40 de longueur.

 

Bambou       Flex Yourte - perçage bambous

Ensuite on assemble tout ça en un joli treillis:

Flex Yourte - assemblage bambous

Après quelques jours de travail, voici le résultat:Flex Yourte - montage structure

2 – Réalisation du plancher de yourte bois de récup':

Pour le plancher, j’ai récupéré une vingtaine de portes et volets. Je les ai découpés puis vissés ensembles pour réaliser un plancher octogonale démontable (9 parties).

Plancher de Yourte - recup  Flex Yourte et Plancher recup - montage

3 – Isolation intérieure en couvertures de laine:

Afin de réaliser l’isolation intérieure, j’ai récupéré un douzaine de couvertures en laine que j’ai découpées  de manière optimale puis cousues.

Isolation de Yourte recup - decoupe   Isolation de Yourte recup - couture  Flex Yourte - montage isolation

4 – Toile extérieure en bâche de camion:

Pour avoir une toile de Yourte résistante et adaptée à nos climats humides, j’ai choisi de récupérer de la bâche de semi-remorque en polyester enduit PVC, elle est parfaitement imperméable, imputrescible et très résistante. Ces toiles sont non-respirantes, ce qui évite les problèmes de percolation en cas d’accumulation d’eau sur la toile.
Pour éviter le phénomène de condensation sur l’isolation intérieur, je laisse un vide d’air entre la bâche et les couvertures. Ce qui améliore d’autant plus l’isolation.

Après un grand nettoyage et une découpe minutieuse je m’attaque au collage.

Toile de Yourte recup - decoupe   Toile de Yourte - fabrication collage

5 – Les derniers éléments (porte et puit de jour):

Avant de passer au montage final, je réalise un dôme avec de jeunes branches d’ormeau et une porte avec en planches de palette.

Fabriquer sa yourte - puit de jour

 

Pour garantir la transparence de ces deux ouvertures j’ai acheté de la nappe PVC crystal 140cm*140cm.

Ma yourte une fois montée!

Yourte recup

Pour finir, l’aménagement intérieur :

La Yourte terminée, il est temps de passer à l’aménagement intérieur ; lit, poêle à bois, éclairage LED, évier…

Yourte contemporaine récup - interieur

Retrouvez la visite guidée en Vidéo!

Un « chez moi » en 3 mois

J’ai mis en tout 3 mois pour finaliser cette première yourte, j’ai recueilli le fruit de ces nombreux tâtonnements et j’ai pu définir une procédure simple de construction en moins de 15 jours.

Ces connaissances m’auraient fait gagner un temps précieux, aujourd’hui je cherche à les transmettre par des stages, pour vous apprendre à fabriquer vous même votre Yourte!

Couverture stage


Guide de fabrication

Vous souhaitez fabriquer votre Yourte très simplement?
Je travail actuellement sur une documentation complète avec vidéo & plans de fabrication

 

Source : http://fabriquersayourte.fr/fabrication-yourte/

 

 

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 22:30

 

Source : http://www.reporterre.net

 

A Carcassonne, les crèmes glacées ont un bon goût de coopérative

19 mars 2015 / Lisa Giachino (L’Âge de Faire)
 


 

Ils s’étaient fait « manger par le capital ». Dix-neuf ouvriers de l’ancienne usine Pilpa ont créé une Scop de glaces artisanales, fabriquées à partir de fruits de la région. Les ouvriers sont devenus patrons, gèrent collectivement l’entreprise... et ça marche. Reportage.


- Carcassonne, reportage

- Alors, vous en êtes où ?
- Ça infuse…

La vanille de Madagascar exhale son parfum, plongée gousses ouvertes dans du lait entier. Autour des cuves, Kevin et Yannick s’activent. Demain, la production sera lancée. En attendant, d’autres ouvriers font des travaux : il faut retirer le câblage de l’immense chambre froide où étaient entreposées les glaces quand l’usine produisait en quantités industrielles pour Disney, Oasis, Fauchon ou Orangina…

« Avant, cinq personnes faisaient 2800 pots à l’heure, précise Jérôme, « chef de ligne », qui veille au bon fonctionnement de la production. Aujourd’hui, à six, on en fait 600 à l’heure ! Il n’y a presque rien d’automatisé. »

Quand les travailleurs de la Fabrique du Sud, à Carcassonne, racontent leur histoire, les mots « avant » et « après » reviennent comme un leitmotiv. Avant, c’était du temps de Pilpa, une usine de glaces créée il y a 42 ans par une coopérative laitière. Au fil du temps, le lait frais a été remplacé par du lait en poudre, les parfums naturels par des arômes artificiels, et les glaces ont été gonflées d’air – moins de matière première, plus de volume, et plus de profit.

En juillet 2011, l’entreprise est rachetée par R&R Ice Cream, une multinationale anglo-allemande financée par un fonds de pension américain. Un an plus tard, le groupe annonce la fermeture de l’usine.

« C’est intéressant d’être patrons et ouvriers »

Les 120 salariés démontrent, expertise comptable à l’appui, que le site est rentable et que sa fermeture est une question de stratégie financière. L’exemple des Fralib, qui se battent pour reprendre leur usine de thé près de Marseille, interpelle les syndicalistes, et le projet de créer une Scop (Société coopérative de production) mûrit peu à peu.

Après un an de lutte, ils obtiennent de la multinationale des indemnités de licenciement et un budget de formation conséquents, ainsi que la somme de 815 00 euros pour que la Scop puisse acquérir du matériel.

L’agglomération de Carcassonne achète une partie des locaux. Dix-neuf ouvriers et techniciens choisissent de rejoindre la Scop. Ils investissent chacun 5000 euros et 45 % de leurs droits au chômage.

Aujourd’hui, dans le bâtiment devenu trop vaste pour eux, ils semblent encore un peu sonnés par l’ampleur du changement. Autrefois simples exécutants de produits formatés, les Pilpa inventent leurs propres recettes. « On fait de bonnes glaces et on est fiers de nous, résume Sebastiana, qui était dans l’entreprise depuis dix-sept ans. C’est intéressant d’être patrons et ouvriers à la fois. On réfléchit ensemble : comment installer la ligne de production ? Comment emballer ? »

Vendues sous la marque La Belle Aude, dans de jolies boîtes en carton ornées d’une vache et de la silhouette des remparts de Carcassonne, les glaces de la Scop sont mises au point dans le laboratoire de Bernard. « On va lancer un parfum rhum-raisin, annonce-t-il, en blouse et coiffé d’une charlotte. On fera nous-mêmes la macération du raisin, dans du bon rhum de Martinique ! »

« Seul, on n’est rien »

Après trente-six ans dans l’entreprise comme assistant au contrôle qualité, Bernard s’est senti « très vulnérable » quand il a été licencié, à cinquante ans passés. « Et puis, je me suis dit que je pouvais apporter quelque chose à cette Scop, et j’ai repris confiance en moi. »

Pendant la phase de construction de l’entreprise, le technicien anime le groupe de travail « produit », qui décide d’orienter l’usine vers une glace traditionnelle, de qualité, à base d’ingrédients locaux [1]. « Aucun d’entre nous n’avait travaillé au service Recherche et développement de Pilpa. On a contacté des anciens pour avoir le BA-Ba, et deux d’entre nous ont suivi une formation à l’école de pâtisserie. On a acheté une petite turbine d’occasion pour faire des essais, tout le monde a participé à la dégustation. Cette expérience m’a appris que seul, on n’est rien. »

Les quatre commerciaux, qui se sont installés dans les bureaux de l’ancienne direction, au premier étage, ont eux aussi dû apprendre un nouveau métier : « avant », ils travaillaient à la production, au nettoyage ou à l’entretien des machines. A leur tête, Christophe a été élu président du conseil d’administration de la Scop. Il explique que la reconversion d’une partie des ouvriers était indispensable pour que tous les volontaires puissent intégrer le projet.

« Pour partir à 19, nous devions tout faire en interne. Mais au début, personne ne voulait devenir commercial ! Ce n’est pas évident de se mettre en avant. » Aux côtés des quatre hommes, Coralie, vingt ans, vient d’être recrutée comme apprentie. « Elle nous apporte le côté théorique, se félicite Christophe. Nous,on n’est pas des pro, mais quand les gens nous entendent, ils sentent notre engouement. Notre avantage, c’est que l’on sait parfaitement comment est fabriqué le produit. »

Daniel K., solide moustachu de 53 ans, est intarissable sur son nouveau métier. « Mon premier bon de commande, je n’ai pas pu le remplir tellement je tremblais, confie-t-il. J’ai un niveau CAP de 1978, faire des tableurs sur Excel, ça me saoûle, et je sais pas envoyer un texto. Mais j’ai la tchatche, et je m’éclate ! Sur mon secteur, j’ai déjà 28 grandes surfaces sur les 32 possibles, et mercredi je vais attraper la 29e ! Pendant trois ans, il faut qu’on soit au taquet pour augmenter le chiffre d’affaires. » Tous les membres de la Scop participent à l’effort commercial, en assurant des animations dans les supermarchés.

Le ragoût de Paul

Ce midi, le ragoût de sanglier fume dans la marmite de Paul : le beau-frère de l’un des salariés a percuté le bestiau en voiture. Délégué du personnel chez Pilpa, Paul a été licencié après trente-huit ans de service. Depuis le début de la lutte, il cuisine pour ses anciens collègues.

« Je suis à deux ans de la retraite, alors je préfère laisser la place aux jeunes, explique-t-il. Mais autant que je fasse quelque chose d’utile au lieu de rester chez moi. » Tous les jours ou presque, il vient faire le café à 7h30. Il passe la matinée à cuisiner, fumer et jouer à l’ordinateur en écoutant la radio, puis il rentre chez lui après le repas. Chacun donne deux ou trois euros par jour pour approvisionner la cuisine.

En dehors des réunions, c’est à table que les gens de la production, du service commercial et de l’administratif se rencontrent. Ce jour là, il y a aussi Michel. Ancien agent EDF, syndicaliste, il est l’une des chevilles ouvrières de l’association Les amis de la Fabrique du Sud.

« Ce qui m’a passionné dans cette histoire, c’est qu’on est au cœur du capital. Là, on peut faire de l’éducation populaire ! » s’enthousiasme-t-il. Avec Rachid, représentant CGT qui a mené la lutte des Pilpa avant de prendre sa retraite, et quelques bénévoles, il écume les centres de vacances et les foires pour présenter La Belle Aude et faire connaître l’économie coopérative.

Forte de ses 830 adhérents, l’association a investi 15 000 euros dans la Scop. C’est elle qui recueille les dons et les mots de soutien, comme celui de Suzanne, 79 ans : « Montrez à tous les salauds qui licencient de quoi les ouvriers sont capables. Vous êtes mon denier du culte… et en vous, je crois. »

La grande distribution en question

L’association joue aussi les aiguillons en continuant à porter le projet politique dont est née la Sc’p. « Je dis aux salariés que grâce à leur lutte, un bâtiment qui appartenait à un fonds d’investissement est désormais le bien de la population carcassonnaise, souligne Michel. Maintenant, il faudrait que le site soit vraiment géré démocratiquement, et ouvert à d’autres porteurs de projets. Il y avait un projet de plate-forme coopérative de l’agroalimentaire, mais ça n’avance pas beaucoup. »

Michel rêve également d’un réseau indépendant, porté par les adhérents de l’association, qui permettrait à la Scop de se passer de la grande distribution…

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 16:44

 

Source : http://www.reporterre.net

 

Face au changement climatique, les semences paysannes sont l’avenir de l’agriculture

17 mars 2015 / Lorène Lavocat (Reporterre)
 


 

 

Depuis des décennies, l’agriculture industrielle fait la guerre aux semences paysannes. Elles sont pourtant mieux armées que les variétés commerciales pour résister aux effets du changement climatique, et constituent une alternative pour nous nourrir demain.

Sous le soleil couchant, les pousses de blé se parent d’un vert éclatant. Accroupi dans la terre de sa ferme de Pont de l’Arche, à Bouchemaine dans le Maine et Loire, Florent Mercier observe avec tendresse ses 200 parcelles. « Pourquoi j’aime les blés paysans ? Ils sont beaux et si variés ! » Poulette à épi blanc, Petit rouge du Morvan, Barbu de l’Aveyron... Chacun a sa couleur, sa forme, sa saveur. Des blés pourtant délaissés et oubliés, car incompatibles avec le modèle agricole intensif qui s’est imposé durant les dernières décennies.

Résultat : moins de dix variétés fournissent aujourd’hui plus de la moitié du blé tendre produit en France. Et 80 % des légumes cultivés il y a cinquante ans ont disparu. Une perte de biodiversité qui n’est pas sans conséquence pour notre environnement et notre santé.

 

 

L’avenir de notre agriculture

Paysan bio, Florent Mercier élève des vaches laitières et cultive du blé en Anjou. Il est coprésident de l’association Triptolème dont l’objectif est la promotion et la défense de la biodiversité cultivée.

« Ces blés se cultivent sans pesticide, et ils ont une meilleure qualité nutritionnelle que les variétés commerciales », explique-t-il. Surtout, ils résistent bien mieux aux aléas climatiques. Les semences paysannes seraient-elles l’avenir de notre agriculture ?

« Les végétaux qui peuplent nos assiettes trouvent leur origine dans le travail séculaire des paysans, qui les ont d’abord domestiqués, puis adaptés, améliorés et mis en circulation à travers l’échange des graines », racontent Christophe Bonneuil, Olivier Petitjean et Frédéric Thomas, dans leur ouvrage Semences : une histoire politique. Les semences sont donc « par nature » paysannes, puisqu’elles résultent de la sélection par les agriculteurs. Ainsi « les plantes s’adaptent au fur et à mesure au terroir et aux conditions environnementales », explique Isabelle Goldringer, généticienne à l’INRA.

Résistance à la sécheresse, défense contre les pathogènes... En comparaison, les variétés modernes sont confrontées à un environnement parfois fort différent des conditions maîtrisées des laboratoires où elles ont été conçues. C’est pourquoi, « dans des fermes avec des sols peu fertiles ou des climats rigoureux, les semences locales sont plus performantes que les commerciales », observe-t-elle.

 

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Florent Mercier cultive, en partenariat avec l’INRA, plus de 200 parcelles expérimentales. Une centaine de variétés de blés de pays différentes ont été sorties des banques de graines et semées sur sa ferme.

D’autant plus que ces graines sont chaque année triées sur le volet par les paysans. « Dans les champs, la sélection naturelle et paysanne s’effectue en continu », explique Isabelle Goldringer, « donc les semences s’adaptent très vite. » Ce qui n’est pas le cas des variétés industrielles, qui peuvent mettre dix ans à voir le jour. « Entre le moment où un sélectionneur industriel va vouloir créer une variété résistante à la sécheresse et sa mise sur le marché, il peut s’écouler plus de sept ans », ajoute-t-elle. « Quand c’est fini, le climat a à nouveau changé, et il faut tout recommencer ! »

Face au changement climatique, les variétés anciennes paraissent donc mieux armées que leurs cousines commerciales. Pour Florent Mercier, elles sont avant tout une réponse immédiate à la crise écologique : « Elles sont bien plus adaptées à l’agriculture biologique, sans intrant », constate-t-il. Il sélectionne des blés de haute taille, qui limitent la croissance des « mauvaises herbes ».

 

L’atout de la diversité

Mais la carte maîtresse des semences paysannes demeure leur diversité. « On parle de variété population, car au sein même d’une variété ancienne, chaque individu, chaque plante est unique, comme pour les êtres humains », explique Isabelle Goldringer. Au contraire, les variétés commerciales ressemblent à des clones, elles ont été élaborées pour être « homogènes », au nom de la standardisation et de la rationalisation de l’agriculture. Ainsi, d’après la Confédération paysanne, « les paysans du monde créent plus de biodiversité chaque année que la sélection industrielle en cinquante ans. »

« Si chaque plante est différente, en cas de maladie ou de stress, il y aura toujours des individus qui survivront », note Isabelle Goldringer. « Mais si tous sont semblables, il est possible que rien ne résiste. »

 

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Chaque variété de blé est clairement identifiée, pour pouvoir ensuite être comparée aux autres.

Un constat partagé par Véronique Chable. Il y a quinze ans, cette agronome travaillant à l’établissement rennais de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) rencontre des maraîchers bio confrontés à un épineux problème : ils ne trouvent que des variétés pour le conventionnel, toutes conçues avec des biotechnologies, donc incompatibles avec les principes de l’agriculture biologique. Comment faire ? Avec la scientifique, ils sortent des banques de graines de l’INRA les semences anciennes de crucifères. Et relancent la culture du chou en Bretagne, sans pesticides.

Dans un grand hangar, Florent Mercier stocke ses précieuses graines dans des bidons. Un trésor de biodiversité, puisqu’il cultive plus d’une centaine de variétés. Pourtant, impossible pour lui de les donner ou de les vendre à d’autres paysans. L’échange de semences est en effet interdit par la loi. Brevet, certificat d’obtention végétale et catalogue officiel constituent un filet inextricable qui empêche la commercialisation des semences paysannes.

 

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Florent Mercier stocke les semences de blé dans des bouteilles en plastique, pour les protéger des rongeurs.

Le catalogue officiel répertorie depuis 1949 les variétés autorisées. Comme le rappelle Christophe Bonneuil et Frédéric Thomas, « l’inscription au catalogue est conditionnée par le respect de critères très stricts de distinction, d’homogénéité et de stabilité (DHS), ainsi que de valeur agronomique et technologique (VAT), qui excluent de fait les variétés de pays. » Les deux historiens ont d’ailleurs fait les comptes : « En ce qui concerne les blés tendres, on est ainsi passé de près de 400 variétés inscrites au début des années 1930 à 65 en 1966. »

Justifiée par un impératif de modernisation agricole, la disgrâce des semences paysannes s’est poursuivie jusqu’à nos jours. A l’INRA, pas question de plancher sur ces « reliquats » du néolithique. Depuis dix ans, Isabelle Goldringer fait partie des rares chercheurs à travailler sur ces questions, en collaboration avec les paysans.

 

Faire reconnaître les pratiques paysannes

« Au départ, la direction n’était pas du tout coopérative. On nous a interdit de travailler sur ces questions, nos sujets de thèse ont été massacrés au moment de l’évaluation... c’était très bloqué », se rappelle-t-elle. Même son de cloche à Rennes, où Véronique Chable doit se débrouiller avec une équipe minuscule et des moyens dérisoires : « L’INRA s’est fondé sur le développement de l’agriculture conventionnelle, et toutes ses méthodes découlent de ce modèle. » Pour elle, seule « une révolution culturelle », portée par l’appétit des consommateurs pour des produits sains, peut réorienter la machine.

 

 

Bannies des centres de recherches, privées de statut juridique, confinées dans des frigos comme « ressource phytogénétique », les semences paysannes n’ont pourtant pas dit leur dernier bourgeon. Une poignée d’irréductibles paysans, appuyés par quelques chercheurs, œuvrent d’arrache-pied pour remettre ces variétés au goût du jour. Depuis 2004, le Réseau Semences Paysannes coordonne ainsi les initiatives qui germent partout, et milite pour la reconnaissance scientifique et juridique des semences et des pratiques paysannes...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 22:03

 

 

 

 

 

 

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