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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 15:47

 

Source : http://www.sudouest.fr

 

 

Le Sen (40) : plutôt que de jeter, ce restaurateur propose ses invendus du midi à 3 euros

 

A l’Auberge du Prieuré, les plats du jour qui ne trouvent pas preneur le midi sont reconditionnés en barquette, et vendus 3 euros

Le Sen (40) : plutôt que de jeter, ce restaurateur propose ses invendus du midi à 3 euros

À l’Auberge du Prieuré, Fabien Reniche et sa serveuse Aline présentent les plats du midi, servis le soir en barquette. ©

Nicolas Le Lievre

 

 

 

En cuisine, voir un peu trop gros peut avoir du bon... Le chef de cuisine, Fabien Reniche, l'a vérifié « par hasard », en juillet dernier, dans son Auberge du Prieuré, au Sen, en Haute Lande. Ressorti d'un service du midi avec une vingtaine de parts de lasagnes maisons sur les bras, ce Parisien de 43 ans, qui venait de reprendre le restaurant, a eu l'idée de les proposer en barquettes, à 3 euros.

L'opportunité annoncée sur une pancarte, devant la porte, a immédiatement séduit le voisinage. Et tout est parti dans l'après-midi. L'opération est désormais reconduite dès que besoin, avec le même succès. « L'autre grand avantage c'est que je ne jette plus rien », savoure le cuisinier expérimenté.

 

"J'ai vu des conteneurs entiers partir à la poubelle "

 

Passé par les cuisines collectives de la Ville de Paris, Fabien Reniche a vu le " gaspillage à très grande échelle ". " Le pire, c'était sans doute lorsque j'ai travaillé à Disneyland. C'était au début des années 1990. J'ai été dégoûté par tout ce qu'on devait jeter chaque jour. J'ai vu des conteneurs entiers partir à la poubelle ", déplore encore l'entrepreneur arrivé de Seine-et-Marne.

Cette formule de revente a été pensée pour des raisons économiques autant que morales. Et au final elle lui plait bien. « À partir de 14 h 30 c'est le standard, s'amuse-t-il. Les voisins appellent pour savoir s'il y reste quelque chose. Certains travaillent à Mont-de-Marsan et sont contents de trouver ce qu'il faut pour le dîner. J'ai aussi beaucoup d'ouvriers du coin qui s'en servent pour la gamelle du lendemain. "

"De plus en plus de sollicitations"

Si la barquette ne s'adapte pas à chaque plat, lasagnes, bourguignon, blanquettes, couscous, paella ou tête de veau logent parfaitement. " Il y a de plus en plus de sollicitations et de plus en plus lointaines mais je n'envoie pas encore en Colissimo ! " sourit-il. Ses spécialités sont plus généralement servies le week-end, sur réservation, sans reste ni barquettes cette fois.

« J'ai beau chercher, je ne vois pas d'inconvénient à ces barquettes. À 3 euros, c'est moins cher qu'un sandwich et tout le monde s'y retrouve ", remarque Fabien Reniche. Et de poursuivre : " Si les restaurateurs des grandes villes en faisaient de même, plein de familles pourraient bien manger à moindre coût et je suis sûr que bien moins d'établissements mettraient la clé sous la porte… »

L'Auberge du Prieuré propose chaque midi de la semaine des formules ouvrières à 12 euros TTC avec buffet d'entrées froides et de desserts, un choix entre deux plats de résistance, du fromage, un quart de vin et un café. Le soir, le cuisinier a opté pour des pizzas à emporter. Il ouvre sa quarantaine de couverts le week-end sur réservation, avec une proposition tout compris à 15 euros. Contact : 05 58 52 20 61.

 

 

Source : http://www.sudouest.fr

 

 

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 15:32

 

 

Source : http://www.telerama.fr

 

 

Contre l'obsolescence programmée, des objets nés pour durer

© Julien Phedyaeff I Puzzlephone I Rowenta I Douze cycles

 

 

Associations et citoyens sont de plus en plus nombreux à imaginer un monde peuplé d'objets durables. Que l'on répare, que l'on recycle, que l'on partage. Mais les industriels sont-ils prêts à franchir le pas ?

La scène se passe en septembre dernier, à Paris, place de la République, à Alternatiba, le village des alternatives au changement climatique. Dans la « zone zéro déchet », sous un toit en toile, une quinzaine de personnes s'affairent devant des carcasses de grille-pain, des lecteurs de CD démontés, des ordinateurs. C'est le stand du Repair Café Paris, fondé par une bande d'amis en 2013 pour redonner vie aux appareils en panne. « Souvent, les gens font appel à nous car c'est leur dernière chance de réanimer un objet qui leur tient à cœur, raconte Lucile Colin, l'une des bénévoles. Parfois, quand nous y parvenons, ils nous envoient des messages d'amour. C'est impressionnant ! »

Nés à Amsterdam en 2009, les Repair Cafés sont aujourd'hui plus de sept cents dans le monde. Ils appliquent les principes de l'économie circulaire : réparer, réduire, réutiliser, recycler. Formulé aux Etats-Unis dans les années 2000, ce concept tente de remédier aux trois impasses menaçant notre société industrielle : réchauffement climatique, pollution, épuisement des ressources naturelles.

Dans les "repair cafés", on apprend à réparer pour moins consommer.

Tout avait pourtant si bien commencé. Le progrès matériel semblait infini. Depuis la fin du XVIIIe siècle, les inventions se succèdent : machine à coudre, automobile, avion, réfrigérateur, télévision, robot mixeur, téléphone portable... Produites en série, elles fondent notre société de consommation et d'abondance. Dès les années 1920, pour stimuler les ventes, le cartel américain des ampoules électriques imagine de limiter la durée des produits. Dans les années 1930, les constructeurs d'automobiles de Detroit font mieux : ils décident de redessiner sans cesse les carrosseries, pour que les conducteurs achètent la Chevrolet dernier modèle. Tout devient jetable. La pollution, on y pense à peine.

Certains dénoncent pourtant cette « obsolescence programmée », comme l'économiste américain Vance Packard, auteur dès 1961 de L'Art du gaspillage, mais rien n'y fait. Aujourd'hui encore, l'industrie a du mal à prendre le virage de l'écologie. Pourquoi une telle inertie ? Il faut attendre 1996 pour que le designer Philippe Starck conçoive l'un des premiers produits de grande consommation estampillé écolo : le téléviseur Jim Nature, avec sa coque en bois aggloméré. Un échec commercial. « Il a pourtant contribué à une première prise de conscience », estime le designer Antoine Fenoglio, de l'agence Les Sismo.

Au cours de la décennie suivante, les industriels se mettent à parler voiture électrique, plastique recyclé, éolienne pour tous... Mais « les entreprises se sont aperçues que produire écologique au même coût était presque impossible, poursuit Antoine Fenoglio. Et entraînait des conséquences imprévues ». C'est le fabricant de sols en lino qui passe au 100 % pur lin sans colorant et constate que la teinte du produit change d'une année de récolte à l'autre, ou la marque d'eau minérale qui s'aperçoit que les clients ne veulent pas d'une bouteille en plastique plus fin, car « ça fait bas de gamme ».

 

Le développement durable fusillé par le numérique

Tous ces tracas alors que « seulement 20 % de la population se sentent concernés par l'environnement. Les médias ont beau en parler, cette ­proportion augmente très lentement », constate Antoine Fenoglio. A la fin des années 2000, pour couronner le tout, le numérique « devient l'objectif prioritaire : il faut construire des sites Internet, développer des applis, se lancer dans la vente en ligne... Dans les entreprises, cette urgence a complètement fusillé la volonté de se mettre au développement durable. » D'autant qu'avec la mondialisation, la concurrence des pays à bas salaires entraîne au même moment une guerre des prix qui fait chuter la qualité de nombreux produits.

Voilà pourquoi l'écologie se limite souvent à un discours. « On organise de beaux colloques sur l'économie circulaire, mais peu d'industriels la font vivre. Depuis dix ans, on parle toujours des mêmes projets : les pneus rechapés Michelin, les vélos en libre-service », remarque Joël Tronchon, directeur du développement durable du groupe Seb. Ce spécialiste du petit électroménager est l'un des rares à revendiquer une approche environnementale. Il a par exemple conçu un logiciel de modélisation permettant de diminuer de quelques centimètres la taille des produits et des emballages. « C'est tout bête, mais nous en empilons 50 % de plus sur les palettes, ce qui diminue de 30 % le nombre de camions de livraison et ­réduit les émissions de gaz à effet de serre de 20 %. » Très bien, mais quid des grille-pain qui rendent parfois l'âme un peu trop vite ? « Dans notre secteur d'activité, il n'y a pas d'obsolescence programmée », assure Joël Tronchon. Pas de petite puce cachée qui bloque la machine, comme sur certaines imprimantes.

 

Panne rapide, réparation difficile

Reste que, pour certains, il est facile d'« instiller des fragilités », conduisant « à la dégradation progressive des caractéristiques de l'appareil », observe M., un spécialiste du secteur, qui préfère rester anonyme. Ce résultat n'est pas expressément demandé aux designers, mais il suffit de les faire travailler sur un projet dans l'urgence en lésinant sur les moyens. Le filtre à air de l'aspirateur ne protège plus le moteur car il est placé derrière lui et non devant ; un modèle de cafetière répandu, détecté par Lucile Colin au Repair ­Café, tombe souvent en panne et se répare difficilement...

Pour pousser à racheter du neuf, certains fabricants organisent la pénurie des pièces détachées et les vendent à un ­tarif prohibitif. « Si une pièce atteint 80 % du prix du produit, non seulement le client ne va pas réparer, mais en plus vous vous moquez de lui, estime Joël Tronchon. Nous, nous avons fait baisser leur coût de 30 % depuis 2012, et nous commençons à les vendre à prix coûtant. » Encore faut-il que l'appareil puisse se démonter. Or beaucoup sont conçus en dépit du bon sens, avec des éléments collés, et non vissés. Pourtant, « un produit démontable ne coûte pas forcément plus cher, argumente Joël Tronchon. A condition de le concevoir différemment et d'organiser les lignes de production en conséquence. Pour cela, nous avons la chance d'avoir encore nos propres usines. » Pour les marques qui font tout sous-traiter, c'est plus compliqué.

 

Friteuse à louer

L'enjeu est de taille pour le monde industriel. S'il tarde trop à réagir, il court le risque d'être rendu responsable de tous les malheurs de la planète. Il vient d'ailleurs d'écoper d'une loi punissant de deux ans de prison l'obsolescence programmée. « J'ai l'impression que la résolution des problèmes d'environnement va passer par cet appétit des jeunes générations pour la non-propriété, dit Antoine Fenoglio. Il est beaucoup plus vertueux de créer un service de location de voitures électriques en ville que d'essayer de fabriquer une bagnole avec du plastique recyclé. »

Le groupe Seb l'a bien senti, qui expérimente à Dijon depuis un mois un service de location d'appareils ménagers baptisé Eurêcook. Au supermarché en bas de chez soi, on peut louer une friteuse ou un gril à raclette, au lieu de l'acheter pour ne s'en servir que quatre fois par an. Une entreprise locale d'insertion lave le matériel, le contrôle, gère le stock. « Nous y croyons beaucoup, dit Joël Tronchon. Dix pour cent des consommateurs affirment être attirés par la location. »

Cette initiative est aussi une manière pour Seb de devancer une possible « blablacarisation » ou « uberisation » de son secteur : imaginons qu'un service en ligne de partage d'autocuiseurs ou d'aspirateurs se généralise, comme cela existe pour l'automobile avec Uber ou BlaBlaCar. Ecologiquement, cela serait parfait, mais les industriels se retrouveraient en mauvaise posture. Et des milliers d'emplois salariés seraient menacés.

C'est le paradoxe de la situation actuelle : l'industrie pollue, mais elle a contribué à la prospérité générale sur laquelle est assise notre protection sociale. Aujourd'hui, elle a peur de disparaître. Or, « si demain la perspective, c'est de construire sa voiture sur le mode collaboratif dans un fab lab pour faire du BlaBlaCar en gagnant quelques euros par trajet, pendant que quelqu'un me livrera à vélo un mixeur qu'on m'aura prêté, on risque d'aller vers une paupérisation générale », s'alarme Antoine Fenoglio.

On a donc sans doute encore besoin de l'industrie. A elle de s'engager dans l'économie circulaire en retrouvant au passage la confiance du grand public. Ce n'est pas hors de portée. Les exemples ci-dessous le montrent.

À lire

L'Age des low tech. Vers une civilisation techniquement soutenable, de Philippe Bihouix, éd. du Seuil, 336 p., 19,50 €. ­

Bon pour la casse. Les déraisons de l'obsolescence programmée, de Serge Latouche, éd. Les Liens qui libèrent, 100 p., 13 €.

 

 

Source : http://www.telerama.fr

 

 

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 22:14

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Post-croissance

Low tech : comment entrer dans l’ère de la sobriété énergétique pour vivre sans polluer

par

 

 

 

Les innovations high-tech, fortement consommatrices de ressources, conduisent les sociétés dans l’impasse. Et si nous prenions le contre-pied de la course en avant technologique en nous tournant vers les low tech, les « basses technologies » ? C’est ce à quoi invite Philippe Bihouix, ingénieur spécialiste de la finitude des ressources minières, auteur de L’âge des low tech. À quoi ressemblerait la vie quotidienne dans cette société durable, où la sobriété ne serait pas subie mais choisie ? Entretien.

 

Basta ! : Face à la pénurie de ressources, les réponses techniques sont souvent mises en avant. Pourquoi la troisième révolution industrielle, avec ses produits high-tech et ses technologies « vertes », nous conduit-elle dans l’impasse, selon vous ?

Philippe Bihouix [1] : Les high-tech sont encore en mesure de répondre, en partie, aux risques de pénurie. On le voit dans le cas des énergies fossiles : nous sommes capables d’aller chercher des ressources moins accessibles, comme les gaz de schiste, les pétroles de roche-mère, voire même des carburants à base de charbon ou de gaz. Mais avec une logique de rendement décroissant, il va falloir injecter de plus en plus de technologies et de matières premières pour récupérer une énergie de moins en moins accessible, et dépenser de plus en plus d’énergie pour aller chercher des métaux qui eux aussi se raréfient. Cela se fait au prix d’une fuite en avant. Les nouvelles solutions technologiques entraînent de nouveaux besoins et pénuries, avec leur lot de pollutions et de destructions sociales. Cet extractivisme forcené va continuer à abîmer de manière irréversible, et à un rythme accéléré, notre planète.

Nous sommes toujours rattrapés par les limites physiques de la planète. Les scénarios de déploiement massif d’énergies renouvelables à l’échelle planétaire ne sont pas compatibles avec les quantités de ressources accessibles, notamment métalliques. Et les agrocarburants de première génération ont montré une compétition dans l’usage des sols, comme avec les fermes solaires, qui illustrent les prochains conflits d’usage. Il y a enfin la pollution que tout cela générera : ces panneaux photovoltaïques que l’on fabrique, ces éoliennes que l’on ne sait pas recycler correctement ni à 100 % sont générateurs de déchets ou d’épuisement des ressources.

Il est difficile de prédire si nous atteindrons ces limites dans deux ou cinq décennies, mais la responsabilité morale vis-à-vis des générations futures est à peu près la même. Tout cela est un pari technologique. Nous sommes dans une nouvelle religion, celle de la technique.

 

À contre-courant, vous appelez à nous tourner vers les low tech, les basses technologies. Qu’englobent-elles ? Comment les définir ?

Je pars du principe que l’économie circulaire est un doux rêve. Il n’est pas possible de recycler à 100 % les objets que nous utilisons [2]. Tout ce qui est en train d’envahir notre quotidien – l’électronique grand public, les puces RFID ou les nanotechnologies – est consommateur de ressources. Moins de 1 % des petits métaux utilisés par les high-tech sont recyclés ! Il faut inverser la réflexion et aller vers des objets low tech, des basses technologies. Low tech, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de technologie, de progrès, de savoir, de science, ou même de techniques assez évoluées pour fabriquer les objets. Mais simplement que ces objets doivent être réparables, modulaires, récupérés au maximum sans perdre de ressources au moment de leur recyclage.

Un exemple : le vélo. On voit apparaître des vélos couchés, des vélos qui permettent de transporter des enfants, de déménager... Le vélo est très compliqué à fabriquer, comme la voiture, il demande beaucoup de technologies (métallurgie, chimie, usinage, etc.). Mais il devient simple à l’usage : il est robuste, on comprend immédiatement d’où vient une panne, il est facile à réparer avec quelques pièces détachées, il est presque inusable s’il est bien entretenu. Les low tech posent la question suivante : est-ce que j’arrive à satisfaire mes besoins quotidiens avec des objets plus maîtrisables, à durée de vie beaucoup plus longue, sans y perdre en termes de confort, au lieu d’aller vers des objets de plus en plus compliqués, jetables et qui nous rendent de plus en plus dépendants des multinationales ?

 

Se tourner vers les low tech est-il suffisant pour faire face aux dérèglements climatiques ?

Il n’y a pas de solution technologique, et encore moins de solution low tech, qui permet de continuer notre gabegie énergétique actuelle et notre consommation hallucinante de matières premières ! Se tourner vers la sobriété est évident. Et mieux vaut une sobriété choisie qu’une sobriété subie. Elle peut prendre différentes formes. Il y a des sobriétés simples et faciles qui pourraient presque passer inaperçues, comme l’interdiction des imprimés publicitaires, des chaussures de sport qui clignotent lorsqu’on marche ou des sacs plastiques. Nous pourrions décider d’avoir moins de formats de bouteilles, un peu plus de différenciation sur l’étiquette, afin d’embouteiller au plus près des marchés et de rendre la consigne à nouveau intéressante économiquement et écologiquement. On pourrait économiser au moins 160 000 tonnes de pneus usés par an, en généralisant le rechapage des pneus pour les véhicules des particuliers (c’est-à-dire changer la bande de roulement des pneus, comme c’est le cas systématiquement pour les poids lourds qui font jusqu’à un million de kilomètres après plusieurs rechapages, ndlr). Les solutions pour réduire notre consommation matérielle sont illimitées.

Il y aussi des formes de sobriétés qui feront, a priori, un peu plus mal. Il faudra, par exemple, se tourner vers des voitures ultralégères qui iront moins vite, ce qui implique de brider le moteur, de réduire les équipements et le confort acoustique... en attendant de passer complètement au vélo et aux transports en commun. Tout cela est sans doute liberticide, mais, si l’on s’y met tous, avec des réglementations intelligentes, on pourrait aussi y trouver beaucoup de qualité de vie et de plaisir. Et il en faut ! Le système de croissance actuel est devenu mortifère et n’apporte plus de bonheur. J’habite de plus en plus loin de mon travail, j’ai de plus en plus de temps contraint, je suis pris dans les embouteillages...

Prendre le contre-pied, c’est envisager une sortie progressive de la civilisation de la voiture, au profit d’un retour de la nature dans la ville, d’espaces publics moins bruyants et moins dangereux pour les enfants... Et n’oublions pas que la société est par essence liberticide : après tout, on n’a pas le droit d’immatriculer un char d’assaut, il y a une limite de poids et de vitesse pour les véhicules. Pourquoi cette limite ne pourrait-elle pas évoluer, si cela présente de grands avantages ?

 

N’y a t-il pas un risque de laisser des salariés sur le carreau ?

La sobriété – le fait de consommer moins – va être destructrice d’emplois dans l’automobile, l’industrie chimique, les pesticides... Mais la transition peut créer plus d’emplois qu’elle n’en détruit. La croissance des dernières décennies a aussi été destructrice d’emplois : nous avons créé des emplois dans la grande distribution et les usines, mais combien en a-t-on détruit dans le petit commerce et l’artisanat ? Dans les métiers de services, la grande mutation ne fait que commencer, des centaines de milliers d’emplois vont sans doute être perdus : pensons par exemple aux agences bancaires qui deviennent des agences en ligne, au phénomène d’« uberisation », etc. On remplace d’anciens métiers peu qualifiés par d’autres, avec par exemple des gens chargés d’approvisionner les distributeurs de boissons et de friandises dans les stations de métro, ou de changer les bonbonnes d’eau dans les entreprises.

Je fais le pari que l’on peut recréer énormément d’emplois et revenir à des productions de plus petite échelle – tout en conservant les machines là où elles sont utiles, là où elles rendent le travail moins pénible. À commencer, peut-être, par l’agriculture, en la rendant plus intensive en main-d’œuvre, plus créatrice de sens, moins hyperspécialisée, pour mieux maîtriser la qualité de la production. On pourra aussi mieux partager le temps de travail : le fait d’être moins spécialisé permet de mieux partager. Tout cela sera plus enthousiasmant que le scénario de statu quo, avec un nivellement par le bas du coût du travail et donc des salaires, poussé par une concurrence internationale exacerbée et un système de transport mondial diablement efficace.

Il s’agit aussi de faire évoluer notre système de valeurs. Le métier de plombier est l’un des plus utiles : il devrait être rémunéré quasiment comme un pilote d’avion. Ce dernier est bien payé car il est responsable de nombreuses vies. Mais c’est aussi le cas du plombier qui répare les colonnes de gaz. Les paysans, chiffonniers, mécaniciens, menuisiers, réparateurs d’électroménager ou d’informatique sont les héros de demain !

 

Comment convaincre le plus grand nombre de l’intérêt et de la nécessité de changer ? N’est-il pas trop tard pour agir ?

Nous avons besoin d’utopie, d’espoir, de projet de vie. Les jeunes générations vivent, au rythme des annonces catastrophiques, dans ce monde délirant où l’on nous explique à la fois que la planète va de plus en plus mal, et qu’il y a de plus en plus de technologies formidables pour nous sauver. Or, les faits montrent pour le moment que nous avons plutôt du mal à sauver la planète. Peut-on donner un nouveau souffle ? Ou reste-t-on avec cet horrible « there is no alternative » thatchérien ?

Il n’est jamais trop tard pour bouger. Les moyens financiers existent dans l’agriculture. On pourrait décider d’allouer les milliards d’euros de subventions de manière différente, en privilégiant les exploitations de plus petite taille et de polyculture, en gérant les questions des intrants et des effluents de manière plus intelligente qu’aujourd’hui avec la Beauce désertique d’un côté, et les usines à cochons de l’autre. Passer à ce cercle vertueux implique de changer un certain nombre de règles du jeu fiscales et réglementaires.

Face à la déferlante mortifère de consommation des ressources et de production de déchets, il y a un espace politique autour de la création d’emplois. Aujourd’hui, plus personne ne croit vraiment en la reprise de la croissance pour recréer de l’emploi. Est-elle seulement souhaitable d’un point de vue environnemental ? Bien sûr que non, puisqu’on ne sait pas découpler croissance économique et croissance de la consommation énergétique et de la production de déchets – il n’y a aucun exemple, aucune étude, aucune expérience, aucun chiffre pour étayer le contraire. Le pape, dans son encyclique, dit que « la terre où nous vivons devient moins riche et moins belle, toujours plus limitée et plus grise, tandis qu’en même temps le développement de la technologie et des offres de consommation continue de progresser sans limite ». C’est exactement cela. Chaque jour qui passe, on artificialise des centaines d’hectares qu’on transforme en parkings ou en lotissements, on perd des tonnes de terres arables par érosion et épuisement des sols, on éloigne un peu plus les citadins de la nature... Je pense qu’il y a une voie pour aller vers des sociétés plus soutenables, une voie certes étroite et compliquée, mais pas davantage que la voie technologique.

Propos recueillis par Sophie Chapelle

 

A lire : Philippe Bihouix, L’âge des low tech, ed. Seuil, coll. Anthropocène, 330 pages, avril 2014. 19,50 euros. Vous pouvez commander le livre dans la librairie la plus proche de chez vous, à partir du site Lalibrairie.com.

Photos : CC Steve Jurvetson / Portrait Institut Momentum
- Vélo familial : CC grrsh / FlickR

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 16:03

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Concerto de sèche-cheveux contre l’obsolescence programmée

 

Transformer de vieux objets d’électroménager en instruments de musique : voilà la recette secrète du « circuit bending ». Reportage dans un atelier organisé au centre Pompidou, à Paris.

 

 

 

Sur la grande table rouge, un fer à repasser, des sèche-cheveux, un presse-agrumes et des mixeurs un peu vieillots. On se croirait dans une fin de brocante ou près des containers pour électroménager d’une déchèterie.

Pendant trois heures, ces breloques vont être malmenées par une douzaine de jeunes gens, bidouilleurs ou amateurs, qui vont insérer de nouveaux circuits électroniques dans leur ventre et les transformer en instruments de musique.

 

« Circuit bending »

Le chef d’orchestre de l’atelier, organisé à la bibliothèque du centre Pompidou, à Paris, c’est Sylvain Buffet, alias Bitcrusher. A la place de la baguette, il guidera ses élèves d’un soir avec un fer à souder. Un peu plus d’étain à gauche, faites vibrer les fils électriques, musique !

 

Bon, avant d’entendre réellement un son sortir du presse-agrumes, quelques travaux pratiques s’imposent. Les participants, studieux, lisent les fiches d’explications conçues par l’association Dataglitch qui promeut la pratique du circuit bending – cette musique conçue à partir de court-circuits d’objets électroniques – et dont Sylvain Buffet fait partie, passionné depuis dix ans.

Les premières gouttes d’étain tombent sur les circuits imprimés, qui entreront dans la composition du fer à repasser musical de Nicolas, 31 ans :

« On va le sacrifier ! »

Un participant de l'atelier au centre Pompidou avec un circuit imprimé

Un participant de l’atelier au centre Pompidou avec un circuit imprimé - Robin Prudent/Rue89
 

Ce dernier semble manier avec dextérité le soudage des fils. Les regards se tournent vers lui :

« Tu as déjà soudé, toi ?
– Oui, j’ai fait option S électronique au lycée, mais j’ai eu 5 au bac. »

L’atelier ressemble à un cours de techno avec des élèves un peu plus vieux et beaucoup plus motivés. Quelques précautions sont prises pour éviter tout accident. Les câbles d’alimentation des objets sont coupés et on éloigne les prises qui pourraient faire sauter les plombs de tout le centre Pompidou.

 

Déjouer les fabricants

L’étape suivante, c’est de désosser l’électroménager pour récupérer seulement son enveloppe, ses boutons et changer son cœur : le circuit électronique.

Mais la partie n’est pas aisée. Malgré la grande mallette d’outils sur la table et les différents tournevis, les fabricants ont réservé quelques surprises à ceux qui tenteraient de réparer un objet.

 

Un mixeur qui passe un sale quart d'heure

Un mixeur qui passe un sale quart d’heure - Robin Prudent/Rue89
 

Partout, des « vis de constructeurs » : conçues pour empêcher d’ouvrir les objets, elles ne correspondent pas aux standards. Dans ces cas, il faut sortir la perceuse.

A l’intérieur de ces objets, les circuits imprimés sont de plus en plus petits, soudés par des machines. C’est pour cela que Sylvain Buffet, sound designer pour jeux vidéo dans la vie professionnelle, privilégie les jouets des années 80 :

« On ne peut plus rien faire avec les composants d’aujourd’hui ! »

 

Réanimer les objets cassés

Cette obsolescence programmée est d’ailleurs un délit puni de deux ans de prison et 300 000 euros d’amende par la loi de transition énergétique, définitivement adoptée en juillet 2015.

Mais le cadre juridique restera toujours moins efficace que les mises en application citoyennes comme celles-ci.

 

Une douzaine de participants à l'atelier de circuit bending à Paris

Une douzaine de participants à l’atelier de circuit bending à Paris - Robin Prudent/Rue89
 

La discipline, créée aux Etats-Unis dans les années 70, a déjà pris de l’ampleur en France avec plusieurs disques et des dizaines de concerts depuis quelques années.

Entre deux coup de ciseaux pour adapter les fils électriques à la taille des objets rapportés par les participants, Sylvain Buffet parle de cette passion, qui a envahi son corps – sous forme de tatouages de circuits électroniques :

« Ce sont des sons qui n’existent pas dans le commerce, qui sont uniques, c’est ça l’intérêt. Ma spécialité, c’est de court-circuiter des anciens jouets qui produisaient déjà du son. »

 

Trois heures de soudure

Sur son site personnel, il présente avec beaucoup de détails tous ses instruments : un pistolet laser, une vieille console Nintendo Nes, un sèche-cheveux. Pour chacun d’entre eux, on peut connaître le son qu’il produit et ses caractéristiques, parfois étonnantes.

Ce jeudi soir, il a apporté avec lui un vieil aspirateur orange. Le top, avec une douzaine de boutons à activer, un vrai synthétiseur-aspirateur qui peut même faire stroboscope pour mettre l’ambiance sur scène. Les participants de l’atelier vont tenter de l’amadouer, sans grand succès. Car il faut de la dextérité, comme si vous mettiez un violon dans des mains novices.

 

Des participants à l'atelier de circuit bending à Paris

Des participants à l’atelier de circuit bending à Paris - Robin Prudent/Rue89
 

21h30, les haut-parleurs du centre Pompidou annoncent la fermeture imminente du musée. Rares sont les participants à avoir fini d’assembler tous les morceaux de leur nouvel instrument. Quelques tests sur l’ampli, des branchements à refaire et... un son.

Et même plusieurs, avec trois interrupteurs qui permettent de le moduler. Un vieux téléphone fixe et un mixeur plongeur sont les premiers produits d’électroménager à prendre vie ce soir.

Il ne reste plus qu’à réviser son solfège et faire vibrer toute la cuisine.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 14:37

 

Source: http://www.lemonde.fr

 

 

 

D’une ZAD à l’autre, tour d’horizon des conflits environnementaux

Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par

 
 

 

Des opposants à l'aéroport Notre-Dame-des-landes, le 22 septembre.

L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la « ferme des mille vaches », le centre d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure… La lutte contre des projets d’infrastructure jugés inutiles ou destructeurs pour l’environnement reste très vive. Des groupes de contestation, souvent composés d’écologistes, de militants hostiles au système capitaliste, de riverains ou d’élus locaux, se structurent sur le terrain et s’entraident pour défendre parfois vigoureusement des espaces qu’ils considèrent en danger.

Un an après la mort de Rémi Fraisse, tué par un gendarme dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014 lors d’une manifestation d’opposants à la construction d’un barrage à Sivens (Tarn), où en est-on des « zones à défendre » (ZAD) et des procédures juridiques dans les conflits environnementaux ? Tour d’horizon de huit projets emblématiques.

  1. L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes
  2. Le barrage de Sivens
  3. Le Center Parcs de Roybon
  4. Le centre d’enfouissement de Bure
  5. La « ferme des mille vaches »
  6. La ligne ferroviaire Lyon-Turin
  7. La décharge de Nonant-le-Pin
  8. La ferme des Bouillons

Lire aussi : Mort de Rémi Fraisse : l’enquête bâclée de la gendarmerie

  • L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

 

Dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, en 2014.

C’est le plus ancien des « grands projets inutiles imposés » contestés en France, puisque le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) est ouvert dès 1963. La « zone à défendre »  — dérivée de la « zone d’aménagement différé », décrétée en 1974 — est, depuis ses débuts, en 2009, la mère de toutes les ZAD apparues depuis en France. La zone de 1 650 hectares doit abriter la nouvelle aérogare, les deux pistes et les parkings de l’aéroport du Grand-Ouest, filiale de Vinci-Airports. Un projet qui entraînerait la disparition de terres agricoles et de zones humides. Regroupés notamment dans l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport, les opposants proposent une alternative : le réaménagement de l’actuel aéroport Nantes-Atlantique, une solution moins onéreuse, selon eux, pour l’Etat, pour les collectivités locales et pour les contribuables.

A la suite de l’échec de l’opération « César », en octobre et novembre 2012, qui devait permettre aux gendarmes mobiles d’évacuer la ZAD, le gouvernement a nommé une commission du dialogue et des experts, notamment sur les dossiers sensibles que sont les compensations pour la destruction de zones humides et le déménagement d’espèces protégées. En 2012, le gouvernement s’était aussi engagé à ne pas commencer le chantier tant que tous les recours ne seraient pas épuisés.

Lire aussi : Notre-Dame-des-Landes : la justice rejette tous les recours contre l’aéroport

Alors que le premier ministre a, à de nombreuses reprises, rappelé « l’engagement de l’Etat pour ce projet », annonçant que les travaux allaient débuter incessamment, plusieurs procédures restent en cours. Depuis avril 2014, la France est sous le coup d’une mise en demeure de l’Europe sur « l’absence de certaines évaluations d’impact environnemental ». La préfecture doit encore publier un arrêté dérogatoire pour une espèce protégée, le campagnol amphibie, que les opposants prévoient de contester. Les expropriations et les expulsions, nécessaires pour commencer les travaux, seront aussi difficiles en raison de la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars). Et quand le gouvernement décidera d’évacuer la ZAD, il restera alors à « convaincre » des centaines de zadistes et des milliers de soutiens de quitter les lieux.

Lire aussi : A Notre-Dame-des-Landes, les « zadistes » bien campés dans le bocage

  • Le barrage de Sivens

 

Sculpture érigée en mémoire de Rémi Fraisse, à Lisle-sur-Tarn.

Ce projet de barrage de 8,5 millions d’euros dans la vallée du Tescou, non loin de Gaillac, dans le Tarn, n’aurait sûrement pas autant retenu l’attention nationale si un militant écologiste, Rémi Fraisse, n’avait trouvé la mort sur le site, tué par une grenade lancée par un gendarme mobile dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014.

Dénonçant le projet initial — une retenue d’eau de 1,5 million de m3 essentiellement destinée à irriguer des cultures de maïs —, les opposants se sont manifestés en occupant la forêt de Sivens durant seize mois. Les tensions sont apparues dès que les travaux de défrichement ont débuté, le 1er septembre 2014. Plusieurs dizaines de zadistes ont alors pris possession des lieux, installant chapiteau et caravanes. De leur côté, des agriculteurs emmenés en particulier par les Fédérations des syndicats d’exploitants agricoles du Tarn et de Tarn-et-Garonne, ont aussi fait monter la pression, encerclant la ZAD durant plusieurs jours, menaçant ses occupants et leurs sympathisants et faisant craindre de sévères affrontements.

En janvier 2015, des experts mandatés par la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, ont préconisé notamment de réduire l’emprise du barrage à 750 000 m³, une solution retenue par le conseil départemental du Tarn, maître d’ouvrage. Mais avant d’envisager le retour des engins de chantier dans la vallée du Tescou, le conseil départemental doit définir un « projet de territoire » et réunir les protagonistes du dossier autour d’une table. Il attend aussi d’être remboursé des sommes dépensées « en pure perte » pour les travaux déjà réalisés ou encore pour le nettoyage du site, un engagement de Ségolène Royal pour inciter le conseil départemental à abandonner le projet initial.

Lire aussi : La construction du barrage de Sivens est toujours en suspens

  • Le Center Parcs de Roybon

 

La ZAD contre le Center Parcs de Roybon, en décembre 2014.

En décembre 2007, le conseil municipal de Roybon — un village de 1 300 habitants dans l’Isère — approuve le choix du promoteur immobilier Pierre et Vacances d’implanter un grand Center Parcs dans la forêt voisine. Le spécialiste de limmobilier de tourisme veut pouvoir recevoir jusqu’à 5 620 personnes dans près de 1 000 cottages répartis autour d’une infrastructure aquatique et de commerces, ainsi que 2 000 places de parking, le tout sur 202 hectares, dont une centaine d’hectares de zones humides. Mais l’opposition de pêcheurs, de riverains et d’écologistes va progressivement monter et s’exprimer. Certains prennent la défense des espèces protégées de la forêt, d’autres dénoncent l’artificialisation d’une aire d’infiltration d’eau de bonne qualité qui alimente des villes de la Drôme.

Les premiers arbres commencent néanmoins à tomber en octobre 2014, dans le chantier placé sous bonne garde. Le 30 novembre, des zadistes occupent la maison forestière proche du site.

Lire aussi : A Roybon, la guerre d'usure entre les partisans et les opposants au projet de Center Parcs

C’est la justice qui va stopper les travaux de défrichement. Le 26 novembre, la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature et l’association Pour les Chambaran sans Center Parcs déposent des recours au tribunal administratif de Grenoble. En vain. La Fédération de la Drôme pour la pêche et la protection du milieu aquatique obtient, elle, gain de cause en arguant qu’un projet de cette ampleur aurait dû être soumis à la commission nationale du débat public. Le 16 juillet 2015, après plusieurs appels jusque devant le Conseil d’Etat, le même tribunal a annulé un arrêté préfectoral autorisant la destruction de zones humides, considérant que les mesures compensatoires prévues étaient insuffisantes. Mais la bataille juridique n’est pas terminée.

Lire aussi : L’avenir du Center Parcs de Roybon à nouveau suspendu à une décision de justice

  • Le centre de stockage de Bure

 

Le laboratoire souterrain de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) à Bure, en 2013.

Le projet du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) vise à enfouir dans le sous-sol de la commune de Bure (Meuse), les 80 000 m3 de déchets hautement radioactifs et à vie longue (des centaines, voire des millions d’années) produits par le parc électronucléaire français. Un réseau de 15 km2 de galeries doit être creusé dans l’argile, à 500 mètres de profondeur, pour abriter 240 000 « colis » radioactifs. Le coût final de l’installation, chiffré en 2005 à 16,5 milliards d’euros et réévalué en 2009 à 36 milliards d’euros, n’est toujours pas connu.

Les riverains, de nombreuses associations locales, ainsi que les mouvements antinucléaires, sont mobilisés depuis que l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a été chargée, par une loi de 1991, d’étudier « la faisabilité » d’un stockage profond et de rechercher un site d’enfouissement. Ils refusent de voir s’installer, en pleine campagne, une « poubelle nucléaire », ou encore un « cimetière radioactif ». Durant l’été 2015, les opposants ont installé à Bure un « camp anti-autoritaire et anticapitaliste ».

Lire aussi : A Bure, un campement contre « la poubelle nucléaire »

Après avoir construit un laboratoire souterrain, l’Andra veut désormais passer à la phase industrielle. Elle prévoit de déposer une demande d’autorisation de création du Cigéo en 2017, suivie d’une enquête publique, pour une mise en service en 2025. Une « phase pilote » est prévue avant le début de l’exploitation du site, qui s’étalerait sur cent ans.

Lire aussi : Les déchets radioactifs tentent de refaire surface dans la loi Macron, en vain

  • La « ferme des mille vaches »

 

La ferme des 1 000 vaches située à Drucat, à côté d'Abbeville (Somme).

Le projet de la ferme dite « des mille vaches » remonte à 2009. A cette date, un entrepreneur du Nord qui a fait fortune dans le BTP, Michel Ramery, décide de créer une exploitation laitière en rupture totale avec le modèle français d’élevage familial. Il s’associe à cinq producteurs de lait au sein de la société civile Lait Pis Carde pour constituer son cheptel. Il obtient en mars 2013 le permis de construire pour sa ferme, sise à Drucat, dans la Somme. Elle doit comprendre une étable de 1 000 vaches associée à un bâtiment pouvant abriter 750 génisses et un méthaniseur de 1,3 mégawatt. Mais la société d’exploitation de la ferme, la SCEA Côte de la justice, n’obtient une autorisation que pour un cheptel de 500 vaches.

Les riverains du projet se sont interrogés sur son impact. Ils se sont regroupés progressivement, à partir de 2011, au sein d’une association baptisée « Novissen » (Nos villages se soucient de leur environnement), créée par Michel Kfoury. Depuis plus de quatre ans, elle multiplie les démarches et les manifestations pour ouvrir le débat et faire appliquer la loi. Elle a été rejointe par la Confédération paysanne, un syndicat agricole qui a fait de la « ferme des mille vaches » le symbole d’une industrialisation de l’agriculture qu’elle dénonce.

Lire aussi : Ferme des 1 000 vaches  : la polémique continue

Le débat a été relancé par la Confédération paysanne vendredi 23 octobre. Le syndicat a publié une lettre ouverte au ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll. Il s’étonne de la décision prise par la préfecture de la Somme d’ouvrir le 2 novembre une enquête publique en vue d’autoriser l’extension du cheptel à un troupeau de 880 vaches. Car les autorités publiques ont constaté, le 9 juin, que l’exploitation de M. Ramery comptait 796 vaches, soit 296 de plus que le seuil fixé, de 500. Depuis, le cheptel n’a pas été réduit malgré la mise en demeure prononcée le 1er juillet et la décision de condamner M. Ramery à verser une amende. Neuf militants de la Confédération paysanne, jugés en appel pour avoir démonté des installations sur le site, ont vu leur condamnation confirmée mais leur peine allégée le 16 septembre.

Lire aussi : « Ferme des mille vaches » : peines allégées pour les militants de la Confédération paysanne

  • La ligne ferroviaire Lyon-Turin

 

Des policiers gardent l'entrée du tunnel à Chiomonte, en mars 2013.

Né dans les années 1990, ce projet vise à relier Lyon (Rhône) à Turin, en Italie, par une nouvelle liaison ferroviaire, destinée en particulier à réduire de 40 % le fret routier en le reportant vers le rail. La partie dite transfrontalière entre Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie) et le val de Suse, dans le Piémont italien, fait 65 km, dont 57 km de tunnel.

Autant dire que c’est un projet très cher. Le tronçon international est estimé par l’accord intergouvernemental franco-italien du 30 janvier 2012 à 8,5 milliards d’euros. Il doit être financé par l’Europe à hauteur de 40 %, par l’Italie (35 %) et par la France (25 %, soit 2,1 milliards d’euros). Au total, la Cour des comptes estimait le coût global du chantier, y compris les accès, à 26,1 milliards d’euros en août 2012.

Lire aussi : Pour financer le Lyon-Turin, deux parlementaires proposent une taxe régionale pour les poids lourds

L’opposition à ce mégaprojet s’est manifestée avec force du côté italien, en particulier par le mouvement No TAV (No al treno ad alta velocita, « non au train à grande vitesse »), et notamment avec la mobilisation de plusieurs dizaines de milliers de personnes en 2005. Versant français, l’opposition, plus calme et plus modeste, est emmenée par des associations écologistes et par certains élus locaux. Elle dénonce les coûts jugés exorbitants, une phase d’enquête publique altérée par les conflits d’intérêts, la présence de la mafia du côté des constructeurs italiens, la baisse du trafic de marchandises sur l’axe Est-Ouest et elle propose d’aménager la voie déjà existante. Le président de la République, François Hollande, a annoncé le début effectif des travaux « à partir de 2016 ».

Lire aussi : Lyon-Turin : un tunnel alpin « inutile »

  • A Nonant-le-Pin, la décharge qui dérange

 

Graffiti à l'entrée de la décharge contestée de Nonant-le-Pin, le 26 août.

Au pays des haras, pur-sang et déchets automobiles ne font pas bon ménage. A Nonant-le-Pin, dans l’Orne, la vie des 500 habitants a vu sa quiétude troublée par la construction d’un centre de stockage de résidus de broyage automobiles et de déchets industriels non dangereux de l’entreprise Guy Dauphin Environnement (GDE), spécialisée dans le recyclage.

Le site, qui devait être le plus grand centre de déchets automobiles en Europe, avec une capacité de 2,3 millions de tonnes, n’a ouvert que deux jours, du 22 au 24 octobre 2013. Il s’est vu bloqué par des opposants au projet : des riverains, des élus locaux et des représentants de prestigieux haras, inquiets d’une possible pollution des eaux souterraines et des terres, qui font la réputation de l’élevage. L’ouverture de ce site a fait l’objet de multiples recours juridiques.

Dernier épisode en date : après la visite de la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, à la fin d’août, le préfet de l’Orne a pris le 25 septembre 2015 en urgence un arrêté interdisant à la société d’apporter des déchets sur le site, qui présente des « malfaçons ». GDE a alors déposé un recours devant le tribunal administratif de Caen. Le 22 octobre, la justice a suspendu l’arrêté préfectoral, autorisant de fait GDE à exploiter sa décharge. Les défaillances du site, estime le juge, « ne concernent pas [le] centre de tri ». Etant donné les promesses du directeur général de GDE, Hugues Moutouh, de n’ouvrir dans l’immédiat « que le seul centre de tri », il n’y a « pas de danger grave et imminent » pour la santé publique. La société promet de ne stocker les déchets qu’à partir de janvier, après des travaux qui doivent commencer « la semaine prochaine ». La cour administrative d’appel de Nantes doit se prononcer, peut-être avant la fin de l’année, sur l’autorisation d’ouverture du site.

  • La ferme des Bouillons

 

La zone à défendre (ZAD) de la ferme des Bouillons, le 6 août, à Mont-Saint-Aignan, au nord de Rouen, le 6 août.

A Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime), la vieille ferme des Bouillons a failli disparaître pour laisser la place à une grande surface de plus sur les hauteurs de Rouen. En 2012, Immochan, la filière immobilière du groupe Auchan, l’avait achetée aux héritiers d’un exploitant mort. Ses projets ont été contrecarrés par Philippe Vue, un ancien permanent des Verts, rapidement rejoint par des irréductibles décidés à ne pas une nouvelle fois laisser disparaître des terres agricoles au profit de zones commerciales, qui ne manquent pas dans l’agglomération.

L’Association de protection de la ferme des Bouillons s’est rapidement installée dans les lieux. Elle y a organisé de nombreux festivals, des débats et des ateliers d’éducation à l’environnement, s’attirant de la sympathie chez les Rouennais et un soutien de la Confédération paysanne et de la Fondation terre de liens.

En 2015, l’association cherchait à installer sur ces quatre hectares de terres un agriculteur bio professionnel. C’est alors qu’Immochan a vendu la ferme à un concurrent. Les occupants de la ferme ont été évacués manu militari le 19 août. Dans les jours qui ont suivi, les forces de l’ordre ont aussi expulsé le campement que les protestataires avaient installé à deux pas de la ferme. Depuis son assemblée générale du 17 octobre, l’association s’est mise en quête d’une autre terre agricole près de la capitale de la Haute-Normandie.

 

Lire aussi : Ferme des Bouillons : après l’expulsion des militants écologistes, un nouveau propriétaire

 

 Audrey Garric

 

 Pierre Le Hir
Journaliste au Monde
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 Laurence Girard
Journaliste au Monde
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Source: http://www.lemonde.fr

 

 

 

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 14:29

 

 

*Note perso, cet article "tappe" un peu sur Usul pourtant le bonhomme et ses vidéos (dont sa dernière, sur le salaire à vie et de son théoricien, Bernard Friot) valent le détour...

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Droit de suite 21/10/2015 à 13h00

Usul met Marx à la sauce YouTube (et inversement)

Alice Maruani | Rue89
 
 

Le youtubeur jeux vidéo est devenu réalisateur de mini-documentaires engagés où il tape sur BHL et Elisabeth Lévy, mais surtout sur le capitalisme. Et rêve de Grand soir numérique.

A 16 ans, il distribuait des tracts pour dénoncer les conditions de travail des employés de l’établissement, et il signait Usul. C’est le surnom d’un personnage de « Dune », roman de science-fiction culte et « marqueur geek » par excellence. « Le pseudonyme c’est aussi un truc de trotskistes », précise l’ex-militant de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), aujourd’hui NPA. Si, 15 ans après, il n’a plus de carte au parti, il a gardé de fortes convictions politiques.

Mais Usul, pour beaucoup de gamers, est moins un militant d’extrême gauche qu’un youtubeur de Jeuxvideo.com. Rue89 lui avait taillé le portrait à ses débuts, quand il faisait déjà 200 000 à 300 000 vues par vidéo, une par semaine, dans 3615 Usul.

A la manière d’un Norman ou d’un Cyprien, face caméra, le jeune homme, cheveux longs et lunettes rondes, démontait les clichés sur les jeux vidéo – de la querelle PC/console au « roleplay » en passant par la représentation de la virilité ou, ce qu’il préfère, la critique des éditeurs de jeux ou de la presse. L’an passé, il a quitté JV.com (racheté par Webedia, propriétaire d’AlloCiné, PurePeople, etc) mais pas YouTube. Et il est revenu à ses amours trotskistes.

« J’ai eu l’impression que j’avais fait le tour du sujet. Surtout, je retombais toujours dans mes vidéos sur les mêmes problèmes de capitalisme managérial, de rapport de productions, qui me passionnaient. Et que j’ai vécu de l’intérieur, dans l’économie des jeux vidéo. »

 

Sa dernière vidéo 3615 Usul tape sur la presse de jeux vidéo

Sa dernière vidéo 3615 Usul tape sur la presse de jeux vidéo

 

Du jeu vidéo à la philo

Dans son émission « Mes chers contemporains », il part d’une figure actuelle, BHL, Frédéric Lordon ou Elisabeth Levy, et en profite pour réfléchir et faire réfléchir sur le capitalisme managérial, l’aliénation au travail ou le racisme post-colonial.

Ses vidéos sont ludiques et engagées, accessibles et approfondies. Ici, plus de plans face cam’, mais des images d’archives d’émission et de JT commentées.

« Contrairement à un youtubeur comme Bonjour Tristesse par exemple, je trouvais ça plus efficace de me mettre en retrait de mon sujet. Je cherchais un esprit de sérieux. »

Mais loin de faire un exposé plan-plan et désincarné, il nous invite à suivre son cheminement critique, sa réflexion, un peu à la manière d’un Gille Balbastre dans « Les nouveaux chiens de garde » – une de ses références – en moins frontal :

« Je partage mes révélations, comme cette émission d’“Apostrophes” où on voit BHL jeune : j’ai compris d’où il venait, et cette histoire de nouveaux philosophes s’est éclairée ». [dans la vidéo ci-dessous, 5’ ]

 

Sa première vidéo MCC parle de Bernard-Henri Lévy

Sa première vidéo MCC parle de Bernard-Henri Lévy

 

Bref, Usul pense sous nos yeux, on le suit, et c’est enthousiasmant. Surtout, il prend le temps. Ses vidéos de 30 minutes sont des « mini-documentaires » qui peuvent être vus et revus, espère-t-il, des années après diffusion. Il s’amuse : « Peut-être que dans 20 ans, les historiens regarderont mes vidéos et se diront : voilà ce que les jeunes pensaient à l’époque. »

Militant du droit à la lenteur, il aime ne pas devoir absolument « réagir à chaud » :

« Sur Charlie, je n’ai pas été Charlie comme tout le monde au début, mais je n’ai pas fait tout de suite une vidéo pour dénoncer l’unanimisme. »

 

Des milliers de financeurs, aucun patron

Ce luxe, il le doit à un financement par son public, et pas par la pub, qu’il a supprimée rapidement de ses vidéos. Sur Tipeee, une plateforme de financement participatif, il a plus de 1 100 tipeurs qui versent au total 7 500 euros à chaque production.

« Du coup, je peux prendre deux mois ou plus pour réaliser chaque vidéo, et rémunérer mes collaborateurs. »

Ce crowdfunding « a marché tout de suite ». Une partie de son public du 36 15 l’a suivi. Une autre l’a lâché – « ceux qui me trouvaient déjà trop critique dans le 36 15 »– et des internautes neufs, plus forcément geeks, l’ont peu à peu découvert.

Des commentaires de tipeurs

Bref, il a court-circuité certains intermédiaires, et c’est « une bonne chose ».

« Quand je travaillais pour JV.com j’étais sous-traitant, indépendant, le rêve du néo-libéralisme quoi ! »

Au passage, il s’est rapproché de ses followers, qui lui demandent parfois de traiter certains sujets : « La vidéo sur Bernard Friot [sociologue et économiste, ndlr] je me suis décidé à la faire parce qu’un internaute me disait que ça l’intéressait mais qu’il ne comprenait pas tout. »

Reste qu’il passe encore par les grosses plateformes et nourrit les multinationales du Web. Il se justifie :

« Je vais là où est le trafic. Je veux toucher le plus de monde possible, et pas une petite communauté fidèles. Personne n’ira regarder des vidéos dans un player exotique ! »

 

 C’est pas sorcier » pour adultes

Il travaille chez lui, seul face à son ordinateur. Pendant un mois, il se plonge dans les archives vidéo. Un peu dans l’INA, mais surtout dans YouTube et Dailymotion, où il trouve, parfois rippées en entier, des émissions de débat un peu anciennes.

« Je m’imprègne vraiment de mon sujet, parfois un peu trop. Pour la vidéo sur Chouard j’ai par exemple oublié d’écouter ses contradicteurs. »

Au début de sa vidéo sur Chouard, il a ajouté un erratum

Il récupère les extraits intéressants, lit des livres en complément, avant de passer à l’écriture et au montage. Le mixage est fait en Bretagne, par le même ingénieur son que pour 36 15.

Son objectif ? « Evident » :

« C’est un travail d’éducation populaire, c’est-à-dire d’éducation avec des formes populaires. Pour leur expliquer des choses compliquées, les enfants ont droit à des mises en scène rigolotes, à du “C’est pas sorcier” et “Il était une fois la vie (dont j’utilise d’ailleurs les musiques à dessein). Les adultes, non. Le droit d’entrée au savoir devient tout à coup super élevé. Il faut aller sur Arte, écouter des chercheurs allemands sous-titrés en jaune. »

Et ça marche : sa vidéo BHL atteint par exemple les 400 000 vues, et la dernière, sur le sociologue bien moins connu Bernard Friot, a fait presque 300 000 vues en 3 semaines.

 

Sa dernière vidéo parle du salaire à vie et de son théoricien, Bernard Friot

 

Sa dernière vidéo parle du salaire à vie et de son théoricien, Bernard Friot

 

Les internautes, enclins au zapping, regardent-ils jusqu’au bout ? « On dirait que oui, d’après Google Analytics. » Il a l’air presque gêné de le dire.

« Je ne fais pas un mégabuzz, mais ce n’est pas mon but. Mon audience grandit, tranquille, pépère. »

 

« Complexe de légitimité » du « prolo »

« Je ne suis personne » : le modeste vulgarisateur répète souvent cette phrase pendant notre entretien. Usul, qui préfère l’ombre à la lumière et n’aime pas quand on le reconnaît dans la rue, dit souffrir depuis longtemps d’un « complexe de légitimité » :

« Je suis autodidacte, de force plus que de choix. »

Les portraits d’Usul retiennent surtout ses études aux Beaux-Arts, qui n’ont pourtant duré que six mois. « Je m’y sentais pas à ma place. » Il a aussi fait un semestre de lettres, un autre d’histoire, mais c’est à la LCR, « où on lisait des bouquins », qu’il a découvert Marx et Bourdieu, le « capital symbolique », les « rapports de domination » et l’importance de la prise de parole par « les opprimés » – « parler, c’est se former ».

« Pendant mes études, j’ai fait tous les jobs pourris, à l’usine d’abord, pistonné par mon père qui y travaillait, mais aussi au MacDo, en travail de nuit, etc. Je me sens beaucoup plus prolo que bobo. »

Son passage sur JV.com, il en parle comme d’une formation autant qu’un « empowerment » :

« J’ai commencé à parler du jeu vidéo car je me trouvais aussi légitime qu’un autre dans ce domaine là, mais pas pour parler de trucs sérieux, de politique, de philosophie. »

 

Usul entouré de ses « chers contemporains » dans Streetcred fighter, en référence au jeu vidéo culte « Street Fighter » (Sylvain « Tohad » Sarrailh)

 

Des conventions geeks à Normale Sup

En deux ans, en prenant la parole chaque semaine sur YouTube, il a pris confiance en soi, acquis des compétences techniques et surtout un « capital de notoriété ». Il l’utilise aujourd’hui pour « changer le monde, à son échelle » :

« Je ne distribue plus de tracts, mais j’ai l’impression d’utiliser au mieux mon espace de parole, pour remettre quelque chose dans le débat public qui a été oublié. »

Et il y met les formes : il sait que la colère se retourne souvent contre le militant. Il cite « l’acharnement des médias » contre Mélenchon ou les féministes accusées d’hystérie.

« J’y vais doucement, j’essaye de ne pas brusquer, même si pour certains je serais toujours un embrigadeur bolchévique ! »

Aujourd’hui, il ne va plus parler dans les festivals de jeux vidéo mais dans les amphis, à la Sorbonne et bientôt à Normale Sup, à l’ENS Ulm, invité souvent par des élèves, parfois par des profs. Il s’amuse :

« Ma copine me dit : ce n’est pas à eux que tu t’adresses. Mais je me dis que même la future élite se questionne et se demande : “Qu’est-ce que c’est que ce vieux monde ?”, alors ça peut peut-être donner quelque chose. Ou bien je suis instrumentalisé par l’intelligentsia, peut-être. »

 

Grand soir numérique

« Optimiste », Usul fait un parallèle entre la révolution de l’imprimerie et la révolution numérique : « Dans les deux cas, le “ qui peut parler ” a changé. Je pense que la parole de chacun va se libérer ». Mais il ajoute que ça va prendre du temps :

« C’est vrai que quand on tape “ féminisme ” sur YouTube on tombe sur des hommes blancs qui disent que les féministes sont des connes. Les vieilles logiques de domination sont encore à l’œuvre sur Internet. »

A terme, il veut fédérer un réseau de youtubeurs engagés, qui puissent prendre la parole ensemble, imposer leur agenda. Il pense faire naître des vocations, encourager des volontés :

« Pas besoin d’être trotskiste pour dire que notre démocratie est à l’agonie. Pour dire qu’on a besoin d’horizontalité dans une société trop verticale, dans les médias, dans les entreprises. »

L’idée : « Etre prêt à rendre des coups sur l’escalade sécuritaire, la loi sur le renseignement ou le TAFTA. »

Il veut croire que son parcours, du youtubeur qui tournait des vidéos « pour rigoler » au réalisateur engagé, n’est pas isolé.

« Je vois une politisation chez des youtubeurs qui s’emparent de sujets dont ils ne parlaient pas avant, comme Mathieu Sommet (Salut les geeks) ou Antoine Daniel (What the cut).

Il cite encore une jeune youtubeuse qui parle de sa maladie rare, mais s’engage aussi pour les réfugiés. Ou bien les youtubeurs mainstream qui soutiennent Nicolas Hulot, même si “ c’est de la politique light !”

Il aimerait “ légitimer YouTube comme un espace politique, que tout le monde peut s’approprier ”. Car, comme il aime le répéter, “ seul, je ne suis rien ”.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

*Note perso, cet article "tappe" un peu sur Usul pourtant le bonhomme et ses vidéos (dont sa dernière, sur le salaire à vie et de son théoricien, Bernard Friot) valent le détour...

 

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 15:06

 

Source : http://www.dailymotion.com/video/x384v47

 

 

Le Salaire à Vie (Bernard Friot)

 

 

 

 

 
Usulmaster

par Usulmaster

 

 

Alors que l'idée d'un revenu de base commence à faire son chemin, et si on en profitait pour essayer d'aller encore plus loin dans la critique du marché du travail? Et si on essayait carrément de penser contre le capitalisme? D'ailleurs, si on sortait du capitalisme, on mettrait quoi à la place?

Si vous voulez soutenir l'émission et son indépendance, voici sa page tipeee : https://www.tipeee.com/usul-mes-chers-con

 

 

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 18:21

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

en source

Un village d’éco-inventeurs, pour développer des outils libres au service de l’écologie et de l’intérêt général

par

 

 

 

Une éolienne en kit à moins de vingt euros, une douche qui recycle l’eau en boucle, un tracteur à pédales, un filtre antibactérien qui rend l’eau potable… Le point commun entre ces projets sociaux et écologiques ? L’open source. Des outils sans brevets, donc librement diffusables et appropriables par tous, à moindre coûts. Dans les Yvelines, des jeunes ont passé cinq semaines à développer des projets innovants, qui pourraient révolutionner nos manières de travailler, produire ou consommer. Rencontre avec ces makers qui veulent changer le monde.

Imaginez : dans votre salle de bain, une douche recycle l’eau en temps réel grâce à un filtre antibactérien. L’impact est loin d’être anodin avec 33 000 litres d’eau économisés par personne et par an. Dans votre cuisine, les appareils électriques ont laissé la place à des robots ménagers à énergie manuelle, activés avec une pédale. Les épluchures de fruits finissent dans le lombricomposteur d’où sort un jus qui fertilise les plantes aromatiques. Par la fenêtre, vous apercevez des légumes qui poussent dans un kit en bois que vous avez fabriqué et assemblé, vous-même, sur la base de plans open source. Car c’est là le point commun entre tous ces objets : des innovations écologiques et sociales, sans brevet, pour que chacun puisse les répliquer localement.

Ces objets – douze au total – ont été développés pendant cinq semaines au château de Millemont, dans les Yvelines [1]. Un cadre atypique pour accueillir un immense FabLab – espace partagé de fabrication – répondant au nom de POC21. POC21, c’est à la fois l’acronyme de « proof of concept » (preuve de faisabilité) et un clin d’œil à la COP21, la conférence internationale sur le climat qui aura lieu fin novembre, à Paris. « Face à l’épuisement des ressources, à la perte de biodiversité, nous avons besoin de solutions concrètes, écologiques et sociales qui sont complémentaires aux négociations [climatiques] en cours », explique Daniel Kruse, un des organisateurs de l’événement, cofondateur de Open State, collectif allemand de designers et de créateurs.

 

La fin de l’obsolescence programmée ?

Son acolyte, Benjamin Tincq, de l’association OuiShare, dédiée à l’émergence d’une société collaborative, insiste sur l’intérêt de « la fabrication décentralisée ». « Fabriquer localement des objets qui soient adaptés à des besoins spécifiques, pouvant être réparés ou améliorés par la communauté, peut mettre fin à l’obsolescence programmée ! Nous voulons montrer que d’autres modes de production et de consommation sont possibles ». Et à moindre coût, comme le montre Daniel Connell : cet inventeur de 37 ans d’origine néo-zélandaise a imaginé une éolienne à fabriquer soi-même à partir de matériaux de récupération, pour moins de vingt euros [2].

 

 

La sobriété est la règle pour ces makers, y compris sur le camp mis en place pendant cinq semaines. Parmi les lignes directrices, le zéro déchet. Face à l’immense bâtisse du château ont été installées des toilettes sèches, des douches solaires et un tas de compost. La grande majorité des participants ont dormi sous des tentes. Partout, de grands panneaux affichent les règles de vie en communauté. L’esprit participatif est revendiqué jusque dans le fonctionnement du lieu où toutes les tâches quotidiennes – courses, cuisine végan, ménage, etc. – ont été partagées.

 

Du matériel construit par et pour les utilisateurs

Relocaliser la production et favoriser la « technologie appropriée ». C’est ce qui anime le collectif Farming Soul et son projet de « Bicitractor », un tracteur à pédales conçu pour les petites et moyennes exploitations. Le collectif est parti du constat que de plus en plus de maraîchers, soucieux de ne plus recourir aux intrants chimiques, passent énormément de temps à désherber manuellement. Avec l’appui d’agriculteurs, Farming Soul a créé une machine qui permet de travailler le sol jusqu’à cinq ou dix centimètres de profondeur. Pas question de labourer mais plutôt de désherber, biner, sarcler, semer, voire récolter. « En un passage [mécanique], on désherbe quatre à cinq fois plus vite qu’à la main », explique Jean-Pierre, membre du collectif, qui a testé le bicitractor, la veille, sur des terres argileuses sous serre (voir la vidéo en fin d’article). « On travaille sur un système d’assistance électrique pour multiplier les forces. »

Face à des tracteurs traditionnels, lourds, polluants et coûteux, il faut compter seulement 1 500 euros de matériel pour construire ce modèle de 50 kilos. Le but de Farming Soul n’est pas de vendre ce prototype open source mais de former les agriculteurs à construire leur propre matériel. « Nous avons imaginé un procédé de fabrication simple afin de favoriser l’autoconstruction et la reproduction », précise Jean-Pierre. « Ce ne sont plus les industriels qui décident et développent, mais bien les gens qui se réapproprient la définition de leurs besoins et les connaissances pour développer les machines et les chaînes de production. C’est fait par et pour les gens. » Une cinquantaine de paysans intéressés ont déjà contacté le collectif. « D’emblée, ils imaginent la manière dont ils vont l’adapter sur leurs fermes. » Pari réussi.

 

La coopération au service de l’écologie

Du carbone actif pour éliminer les produits chimiques et des membranes pour filtrer les bactéries. Ce sont les deux éléments qui ont permis à Mauricio Cordova, originaire du Pérou, de mettre au point un filtre pour rendre l’eau potable. Marqué par l’épidémie de choléra qui a fait 10 000 victimes dans son pays natal, en 1991, il rêve d’eau potable pour tous. « C’est en échangeant avec Jason [le concepteur de Showerloop, la douche antigaspillage d’eau, ndlr] que j’ai pu améliorer le filtre », confie-t-il. Réalisé en open source et une imprimante 3D, ce filtre antibactérien peut être fixé sur différents modèles de bouteille, pour un coût de un euro environ.

 

 

La coopération est une des valeurs fondatrices de l’open source. Chacun des modèles, dont les plans sont mis à la disposition de tous, peut être constamment amélioré par la communauté. « Au contact des autres makers, nous avons tout remis en question et avons développé notre module avec l’intention d’en faire un produit utile pour chacun, » confirme Milena Sonneveld, originaire de Belgique. Avec son équipe, elle travaille sur le M2, modules adaptables sur n’importe quel vélo triporteur. Il suffit de pédaler – seul ou à plusieurs – sur le vélo rattaché à une batterie pour produire et stocker de l’énergie. « L’idée c’est de créer un microréseau électrique à partir duquel tu peux développer différents usages, comme un cinéma mobile, par exemple. » Une manière de repenser la façon dont l’énergie est produite et échangée, en toute indépendance par rapport aux réseaux EDF. Dans la même veine, Joscha Winscher a développé avec quatre amis le projet SunZilla, un groupe électrogène facilement transportable dans lequel l’essence est remplacée par des panneaux photovoltaïques.

 

L’open source récupéré par les grandes entreprises ?

Loin de se sentir concurrencées par la diffusion d’outils « libres », certaines multinationales parient déjà sur l’open source pour développer leur business. C’est notamment le cas de Castorama, détenue par le groupe britannique Kingfisher, spécialisé dans le bricolage. L’enseigne, friande du travail le dimanche (lire notre enquête), soutient POC21 en fournissant du matériel [3]. Une manière de reverdir son image ? Pas seulement. Comme l’explique le magazine Numerama, « les grandes surface de bricolage, comme Castorama, ont tout à gagner à faciliter le “do-it-yourself (DIY)” et tout ce qui permet aux clients de bricoler par eux-mêmes à partir des outils et matériaux achetés chez elles ». Tristan Copley Smith, qui a développé du mobilier en open source pour faciliter l’agriculture urbaine, projette d’ailleurs avec son équipe de commercialiser leur prototype via Castorama [4]. « Il reste à déterminer si Castorama accepte le principe de l’open source, auquel nous ne voulons pas renoncer, précise-t-il. Notre mission est de rendre l’open source “mainstream” ! »

Faut-il y voir là un risque de captation d’un bien commun par des intérêts privés ? La logique marchande peut-elle l’emporter sur le sens du partage ? « Comme pour le bio ou les énergies renouvelables, il y a un risque de dérive de l’open source, redoute le collectif Farming Soul. Selon la manière dont il est appliqué, il peut devenir un nouveau capitalisme. Il faut passer par d’autres canaux que la grande distribution pour la diffusion : les associations, les Amaps, le bouche-à-oreille, etc. ». Mauricio Cordova envisage par exemple de lancer une campagne de financement participatif autour de son filtre à eau pour lancer la fabrication. « C’est un projet social, la philosophie doit être différente du commerce », plaide-t-il. « Je veux que ce soit le moins cher possible pour les gens. Je ne compte pas gagner ma vie en vendant ces filtres, mais plutôt en enseignant ou en participant à des événements. »

 

Collaborer en marge du système

Pour favoriser une distribution alternative aux chaînes de magasins traditionnels, les outils libres développés donnent lieu à des collaborations insoupçonnées. L’association française Open Source Ecology développe par exemple Solar-OSE, un concentrateur solaire thermique à destination des micro-industries ou des artisans. Grâce à l’énergie solaire, il devient possible d’assurer la cuisson alimentaire, la distillation d’huiles essentielles ou la stérilisation de bocaux. « On a beaucoup échangé avec l’équipe du bicitractor, souligne Hugo, de Open Source Ecology. Ça les intéresse d’avoir notre prototype pour le faire connaître, notamment auprès des maraîchers qui vont s’équiper avec un bicitractor. »

 

 

Si bien des choses ont pu être accomplies en cinq semaines, dans le camp POC21 au château de Millemont, beaucoup reste à faire sur chacun des prototypes. « On attendait un plus gros soutien technique et un peu moins de designers, regrette Jean-Pierre de Farming Soul. Mais le fait d’avoir bénéficié d’un atelier et de matériel n’est pas négligeable. On va maintenant poursuivre le travail avec nos réseaux. » « On sait que l’on n’est pas tout seuls, il y a une communauté tout autour, c’est très motivant », appuie Milena, fraîchement convertie à l’open source. « Il ne faut pas oublier la puissance de l’open source, résume Florent, résolument enthousiaste. Six milliards de personnes peuvent potentiellement contribuer au projet ! »

Texte et photos : @Sophie_Chapelle 

Le festival Le Temps des Communs se déroule du 5 au 18 octobre de manière décentralisée dans 7 pays francophones : plus d’infos

Sur ce sujet :
- Ces agriculteurs et ingénieurs qui veulent libérer les machines.
- « Les biens communs nous offrent davantage de liberté et de pouvoir que ne le font l’État et le marché ».
- Le site de POC21.

 

Bicitractor. Culticycle from Farming Soul par Farming Soul

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Consommer et agir autrement
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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 17:07

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Jason W. Moore : « Nous vivons l’effondrement du capitalisme »

|  Par Joseph Confavreux et Jade Lindgaard

 

 

Alors qu’on n’a jamais autant parlé des impacts de l’homme sur le climat et la biosphère, à l’approche de la COP21, un historien propose une thèse à contre-courant : la nature a été non pas exploitée mais produite par le capitalisme, qui s’en est servi pour créer de la richesse. Pour Jason W. Moore, il est plus moderne et beaucoup plus fécond de penser une « écologie-monde ».

 

Au fur et à mesure que se propage et se discute le concept d’anthropocène, sa contestation se diversifie et s’intensifie. L’historien Jason W. Moore en a formulé l’une des plus fortes critiques, en lui opposant la notion de « capitalocène ». Il s’en explique ici dans l’un de ses premiers entretiens en français. Son livre Capitalism in the Web of Life: Ecology and the Accumulation of Capital, qui cherche à dépasser le dualisme entre nature et société et à aller au-delà de « l'écosocialisme », vient de paraître en anglais, aux éditions Verso.

 

Alors que se popularise le concept d’anthropocène, pour décrire l’impact destructeur de l’espèce humaine sur son milieu de vie, vous lui opposez la notion de « capitalocène ». Pourquoi ?

Jason Moore (JL).
Jason Moore (JL).
 

Jason W. Moore : L’anthropocène est devenu le concept environnemental majeur de notre temps. Il désigne le fait que l’être humain est devenu une force géophysique, et a commencé à transformer la biosphère à un tel point qu’il menace la capacité de la planète à accueillir la vie. En ce sens, le concept d’anthropocène est très intéressant.

Pour les géologues, parler d’anthropocène soulève la question du commencement de cette nouvelle ère géologique : il y a plusieurs centaines d’années ? À la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Ou après 1850, avec l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère induite par la révolution industrielle, comme le soutiennent la plupart des chercheurs ?

Mais cette manière de voir l’histoire humaine pose problème. D’abord, parce que c’est de la mauvaise histoire, puisque la transformation de la biosphère par l’activité humaine n’a pas été produite par tous les hommes à parts égales. C’est avant tout la responsabilité des populations détenant de la richesse et du pouvoir. Ensuite, parce qu’on ignore ainsi le véritable tournant dans les relations de l’homme à la nature, qui est bien plus précoce, et qu’on peut dater symboliquement de 1492. Les émissions de CO2 se sont intensifiées à partir du XIXe siècle, mais notre manière de traiter la nature date de bien avant.

Au XVIe siècle, l’invention du capitalisme a aussi été l’invention d’une manière de penser et de traiter la nature, en la séparant totalement de l’humanité. Dans l’Europe médiévale, comme dans de nombreuses autres civilisations, les humains se percevaient certes comme distincts de la nature mais tout en en faisant partie quand même. Avec l’essor du capitalisme, cette distinction s’est transformée en dualisme, comme si la nature se trouvait dans une boîte, et la société dans une autre. La « société » était en réalité réservée à une étroite portion de l’humanité aux XVIe et XVIIe siècles. Les esclaves africains, les populations indigènes d’Amérique, mais aussi la grande majorité des femmes, étaient versés dans cette catégorie de « nature ». La séparation des humains et de la nature était donc en réalité toute symbolique.

Aujourd’hui, pas plus qu’hier, nous ne sommes séparés de la nature. Notre vie quotidienne lui est intimement liée, à une échelle géographique inédite. Les ordinateurs que nous utilisons, la nourriture que nous ingurgitons, les vêtements que nous portons, l’air que nous respirons dépendent de ce qui se passe à l’autre bout de la planète. Le « capitalocène » affirme donc que nous vivons l’âge du capital, et non « l’âge de l’homme », et que « l’âge du capital » ne désigne pas seulement une acceptation économique étroite, mais une manière d’organiser la nature, à la fois en faisant de la nature quelque chose d’externe à l’homme, et en faisant de la nature quelque chose de « cheap », dans le double sens que peut avoir ce terme en anglais : ce qui est bon marché, mais aussi le verbe « cheapen » qui signifie rabaisser, déprécier, dégrader... 

 

Votre critique de l’anthropocène est forte. Mais d’un point de vue stratégique, faut-il aller contre ce concept en train de devenir une référence partagée ? L’idée que l’humanité est devenue tellement puissante qu’elle détruit la planète frappe les esprits et semble commencer à susciter une prise de conscience. N’y a-t-il pas alors de risque qu’un concept, même plus précis historiquement et politiquement, comme celui de capitalocène, donne l’impression de revenir à un ancien cadre d’interprétation, issu de la tradition marxiste ?

Je ne ferraille pas contre le concept d’anthropocène. Je le vois comme un début. Mais il pose des questions auxquelles il ne peut pas répondre. Il montre comment l’humanité est devenue une force géologique. Mais il ne répond pas à la question de savoir comment les hommes font l’Histoire en relation avec la nature, et comment l’humanité a divergé de la nature. Au XXIe siècle, on ne doit pas seulement comprendre ce qu’il se passe, mais aussi comment et pourquoi la sixième extinction des espèces, le changement climatique, l’envolée des inégalités et la crise financière se produisent en même temps. Les climatologues ont démontré que le climat va changer de manière décisive dans les prochaines décennies et que cela va affecter rapidement notre vie. Mais si on se contente de ce concept d’anthropocène, on peut le mobiliser pour de la géo-ingénierie ou pour prôner un néomalthusianisme pour les pays pauvres. Si l’on veut comprendre que les relations entre les peuples, les problèmes de race, de genre, de domination sont toutes parties prenantes de ce que j’appelle la « toile de vie », et sont liées à la manière dont l’homme pense et pratique la nature, il faut penser au-delà de ce concept d’anthropocène, même s’il est populaire.

 

Pouvez-vous expliquer ce concept de « toile de vie » ?

C’est très simple. Cela désigne la nature comme un tout. Mais c’est une manière de parler à l’imagination des gens. Nous avons tous le sentiment de savoir ce qu’est la nature. Si nous disons « toile de vie », nous ne sommes plus certains de ce que cela veut dire. Et on peut se reposer la question décisive de savoir ce que veut dire avoir une « toile de vie » et chercher comment les humains sont parties prenantes de cette toile de vie alors que l’humanité s’imagine encore souvent totalement séparée de « la nature ». 

 

 

Dans votre livre Capitalism in the Web of Life, vous critiquez ce que nous nommez la « pensée verte », les pensées écologistes, qui accusent le capitalisme de détruire la nature en l’exploitant, alors que selon vous, le capitalisme aurait coproduit la nature. Que voulez-vous dire ?

Selon moi, le capitalisme coproduit la nature, et inversement. Le capitalisme a inventé une forme très étrange d’organisation de l’humanité et de la nature, qui contraste entièrement avec l’organisation des civilisations agraires qui l’ont précédé. Au lieu de se fonder sur la productivité de la terre comme base de la richesse, c’est la productivité du travail qui est devenue la principale source de la richesse. Cela a eu un impact considérable sur l’environnement, parce que dans un système fondé sur la productivité de la terre, vous voulez obtenir le maximum de riz ou de blé à partir d’un hectare de terre. Dans un système fondé sur la productivité du travail, vous voulez obtenir le plus possible de kilos de riz ou de blé par heure de travail. Donc vous cherchez à constamment accroître la quantité de matériaux naturels passant entre les mains des travailleurs, qu’il s’agisse d’acier, d’énergie, de blé. Il s’agit d’augmenter constamment ce volume. D’où, depuis le XVIe siècle, une révolution sans précédent dans la façon dont l’homme a construit son environnement, à une échelle et une vitesse inconnues jusqu’alors.

Certes, les Égyptiens avaient construit les pyramides et les Chinois, la grande muraille, c’est-à-dire des projets gigantesques. Mais il n’y avait jamais eu de transformation aussi rapide des paysages, avec des déforestations du Brésil à la Pologne, le drainage de terres humides, le creusement de mines, le début de la grande extraction… Ce changement majeur a été dissimulé par la révolution industrielle, époque où l’on fait débuter l’impact du capitalisme sur notre relation à la nature, alors que c’est beaucoup plus ancien. Les puissances capitalistes et coloniales ont, dès le XVIe siècle, cherché au-delà de leurs frontières des ressources, du travail et de l’énergie bon marché. La seule différence se situe dans le fait qu’au XVIe siècle, les frontières se trouvaient encore à la surface de la planète, alors qu’au XIXe siècle, la frontière se déplace sous terre avec l’exploitation des mines de charbon, qui a permis de bâtir les routes, les chemins de fer et les bateaux qui ont, à leur tour, permis de reculer les frontières terrestres où il était possible d’aller chercher ces ressources naturelles et ce travail bon marché. La seule manière de continuer à accumuler des richesses en permanence et de les réinvestir pour en accumuler encore plus – ce qui est la définition du capital – est de trouver indéfiniment de nouvelles sources de richesses où la nature est à la fois bon marché, dépréciée et dégradée. En Angleterre, on a commencé par couper les arbres, puis creuser des mines de charbon, pour ensuite aller au loin dans l’Empire forer du pétrole.

 

Ce que vous dites évoque le livre de Timothy Mitchell intitulé Carbon Democracy qui montre que les systèmes politiques et les sources d’énergie sont corrélés et qu’on a bâti dans l’Histoire les systèmes politiques les plus adéquats pour exploiter telle ou telle source d’énergie. Mais à vous lire, ce n’est pas seulement les sources d’énergie qui produisent les systèmes sociaux, c’est l’ensemble des relations entre la nature et les hommes ?

Je suis tout à fait d’accord pour dire que le pétrole a façonné la manière dont le monde est organisé politiquement et géopolitiquement. Et on peut tout à fait dire que le charbon a été le carburant du capitalisme, et inversement. Mais je me méfie d’une tendance à faire de telle ou telle ressource une sorte de divinité qui expliquerait toutes les organisations humaines. Ce qui compte, c’est de comprendre la relation et non le produit lui-même, de comprendre par exemple comment le charbon, qui était pendant des milliers d’années un simple caillou dans le sol, a pu devenir une source d’énergie fossile, à travers quelles relations de production et de pouvoir.

 

Vous utilisez souvent le concept « d’écologie-monde ». À quoi sert-il ?

Le concept d’écologie-monde vient de l’historien Fernand Braudel, inventeur du concept d’économie-monde. Pour lui, l’économie-monde n’était pas l’économie du monde, de même que pour moi l’écologie-monde n’est pas l’écologie du monde. Pour Braudel, l’économie n’est pas seulement située dans l’espace, mais produit l’espace et est produite par l’espace. C’est pareil pour l’écologie. L’écologie-monde considère l’écologie comme l’oikos, qui permet de penser comme un tout les espèces et leur environnement, comme une relation multiforme dans laquelle les espèces produisent l’environnement, et l’environnement produit les espèces, simultanément. L’écologie-monde partage avec la « pensée verte » l’idée que les humains sont parties prenantes de la nature.

Mais les historiens de l’environnement parlent surtout de l’influence du climat sur les hommes, en reprenant parfois l’idée d’une forme de dualisme. Par exemple, en racontant comment les révolutions américaine et française, et en Haïti, sont aussi le fruit d’une crise des systèmes agraires, ou comment l’éclosion de la civilisation médiévale correspond à une période chaude du climat européen. Mais c’est plus que cela. Le concept d’écologie-monde est à voir davantage comme une conversation que comme une affirmation, qui permet de raconter l’Histoire autrement, en parlant de cette coproduction entre les systèmes humains et les manières de s’inscrire dans la nature, dont le capitalisme n’est qu’une forme historique située. 

 

En quoi votre critique de l’Histoire telle qu’elle est habituellement racontée peut-elle éclairer d’un jour différent notre compréhension de ce qui se passe aujourd’hui ?

Nous devons comprendre que la crise de la modernité est une crise singulière mais qui a de nombreuses formes d’expression. L’instabilité financière, le dérèglement climatique, la sixième extinction des espèces, les inégalités dans le monde, ont une source commune : le capitalisme, que l’on peut aussi définir comme l’écologie-monde, c’est-à-dire une manière particulière d’organiser les relations entre les humains et la nature. Ce cadre d’interprétation large permet aux mouvements sociaux de créer des alliances constructives qui dépassent la division entre justice sociale et justice environnementale.

Les mouvements pour la justice climatique font du climat un problème de pouvoir et de capitalisme. C’est la perspective de l’écologie-monde. L’enjeu, c’est le droit à se nourrir, à l’autodétermination culturelle, et à la démocratie égalitaire. Les trois en même temps. C’est une nouvelle ontologie politique. Le capitalisme avance en achetant ceux qui le défient. Mais ceux qui le défient au nom de la souveraineté alimentaire ou du climat portent une vision alternative d’un monde qui fonctionnerait sur la base de principes très différents.

 

Mais les mouvements sociaux ne s’organisent pas du tout sur cette base : le discours sur la justice sociale s’oppose très souvent au discours environnemental.

C’est extrêmement frustrant. Beaucoup de gens croient encore que la société et la nature sont deux choses différentes. Et donc ils essaient de protéger l’un au détriment de l’autre. Dans une période où la nature humaine et la nature extra-humaine deviennent de plus en plus entremêlées, en tant qu'historien, la seule chose que je peux dire est que voir l’unité par-delà ces divisions est peut-être l’acte le plus puissant que ces mouvements sociaux pourraient réaliser. Aux États-Unis, dans la lutte contre l’oléoduc de pétrole oléagineux Keystone XL, une unité s’est formée entre les critiques du capitalisme financier, incarné par Wall Street, et les communautés qui cherchent à défendre leur qualité de vie. C’est un lien important. Il manque encore l’implication du secteur productif.
Certains voient le présent comme une ère de désastres et de catastrophes. Il existe une politique de la peur. Mais, pour moi, nous sommes en train de vivre l’effondrement du capitalisme. C’est la position la plus optimiste que l’on puisse embrasser. Il ne faut pas craindre l’effondrement. Il faut l’accepter. Ce n’est pas l’effondrement des gens et des bâtiments mais des relations de pouvoir qui ont transformé les humains et le reste de la nature en objets mis au travail gratuitement pour le capitalisme.

 

Que pensez-vous de la campagne pour le désinvestissement des énergies fossiles, portée notamment par le réseau 350.org, parti des universités américaines ?

J’aime bien la campagne pour le désinvestissement car elle améliore la conscience du dérèglement climatique et la compréhension du rôle que jouent les industries fossiles dans ce phénomène. C’est positif. Mais il y a un grand danger : renforcer l’idée qu’un capitalisme vert est possible. Nous avons aujourd’hui les capacités technologiques pour réduire significativement le changement du climat. Mais le problème, ce ne sont pas les technologies. C’est le capitalisme. La meilleure stratégie politique pour n’importe quel mouvement étudiant est de faire pression pour démocratiser les universités. Nous devons regarder comment nos universités sont organisées. Il faut critiquer l’idée qu’elles soient les moteurs de la croissance économique, et défendre au contraire leur rôle de production du savoir nécessaire à la libération de toutes les formes de vie – pas seulement la vie humaine – de l’oppression et des inégalités. Il faut trouver le moyen de restructurer le savoir. Il y a cette citation attribuée à Einstein : « Le système de pensée qui a créé un problème ne peut pas en trouver la solution. » Nous en sommes là. Nous avons besoin d’un nouveau moyen de penser, qui corresponde au XXIe siècle, pas au XIXe, ni au XVIe. C’est la modeste contribution de l’écologie-monde : pousser pour un savoir qui permette, encourage et facilite l'émancipation.

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 17:29

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

« Les semences sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire »

8 octobre 2015 / Lorène Lavocat (Reporterre)

 

 

 

Au village Emmaüs Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, des cultivateurs du monde entier se sont retrouvés fin septembre avec une idée en tête : « Semer la résistance ».

 

- Lescar-Pau (Pyrénées-Atlantiques), reportage.

Sur une table, Nader Mahmoudi expose fièrement des bouquets d’épis dorés. Barbus, blonds, roux. Chez lui, en Iran, il cultive plusieurs centaines de variétés de blé. Un paysan français s’approche et lui tend un sac de graines d’épeautre : « C’est une céréale d’ici, mais elle se plaira peut-être chez vous ! » Nader ouvre de grands yeux : il n’a jamais vu cette espèce. À grand renfort de mimiques et avec l’aide d’une traductrice, les deux paysans discutent pendant plus d’une demi-heure de méthodes de culture et de conservation.

Blé contre épeautre, sorgho contre haricot, carotte contre patate. Ces échanges informels de semences et de savoir-faire fleurissent dans les allées du village Emmaüs Lescar-Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques. Entre le 24 et le 26 septembre, plus de 250 personnes du monde entier se sont retrouvées dans ce haut-lieu de la solidarité et de la convergence des luttes.

 

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La bourse d’échange des semences.

Paysans, compagnons ou citoyens, ils ont répondu à l’appel « Sème ta résistance ! » : « Les semences, base de toute production agricole, sont le socle de la lutte pour la souveraineté alimentaire », écrit dans un communiqué le Réseau semences paysannes, co-organisateur de l’événement. « Nous ne sommes pas là en tant qu’Africain, Latino ou Européen, confirme Jacques Nametougli, venu du Togo. Nous sommes ici en tant que membres de la communauté humaine, pour défendre ce qui est la base de notre alimentation. »

Neuf paysans sur dix sélectionnent, échangent et sèment chaque année une partie de leur récolte. Ils utilisent des semences diversifiées et adaptées à leur terroir. Ainsi, près de 70 % de notre nourriture dépend aujourd’hui de ces graines transmises à travers les siècles par des générations de paysans.

 

Les multinationales utilisent les brevets pour privatiser les semences

« Un agriculteur qui n’a pas de semences n’est pas un agriculteur, dit Omer Agoligan, cultivateur béninois. Malheureusement, ça disparaît vite, nous avons perdu la moitié de nos variétés de sorgho en moins de dix ans. » Un constat amer partagé par l’ensemble des participants : la biodiversité cultivée s’érode dramatiquement, et les paysans sont peu à peu dépossédés de leurs semences et de leurs connaissances.

Au Mali, en Syrie comme en Colombie, les conflits déplacent les populations paysannes loin de leurs terres, délitent les communautés rurales et détruisent les stocks de semences. « En Irak, après des années d’exil loin de leur village, quand les paysans ont enfin pu revenir, les semences traditionnelles s’étaient perdues et ils n’avaient plus les connaissances », rapporte Zoé Beau, de l’association Graines et Cinéma.

Petites lunettes et casquette plate, Alvaro Salgado représente la Red en defensa del maiz (le Réseau pour la défense du maïs), une organisation paysanne mexicaine. Avec d’autres, il lutte depuis plusieurs années contre la contamination des maïs traditionnels par des plants transgéniques. « Les firmes, appuyées par des scientifiques et les gouvernements, veulent contrôler le centre d’origine du maïs, en Amérique centrale, à travers la diffusion des OGM (organismes génétiquement modifiés), constate-t-il. Il s’agit d’une stratégie de contamination biologique afin de retirer aux peuples indigènes leurs terres, leurs moyens de subsistance et leurs savoir-faire. »

 

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L’atelier pain.

Outre les OGM, les firmes multinationales recourent aujourd’hui aux brevets pour privatiser les semences. « Toute la diversité du vivant peut désormais être confisquée par des brevets octroyant la propriété industrielle sur des plantes ou des animaux, constatent les participants dans leur déclaration finale. Les plantes de nos champs pourront être, sans qu’on le sache, couvertes par un brevet industriel. » Brevet qui interdit de fait l’échange et la réutilisation des semences par les paysans.

Pour autant, « les firmes multinationales dominent parce qu’elles sont soutenues par des politiques publiques », estime Antonio Onoratti, éleveur italien. Catalogue officiel, accord international ou norme sanitaire favorisent ainsi les variétés commerciales au détriment des variétés paysannes.

 

« La fierté et la dignité d’être paysan »

Pourtant, la résistance paysanne et citoyenne s’organise. Au village Emmaüs, les compagnons élèvent des poules dont la race est en voie d’extinction, et accueillent la Maison des semences paysannes du Béarn, une petite cabane inaugurée lors des Rencontres, pour conserver la diversité des variétés d’ici… et d’ailleurs. Boliviens, Sénégalais et Roumains sont venus déposer des paniers remplis de graines sur des étagères fraîchement montées.

Comme à Pau, nombre d’initiatives de gestion collective des semences se développent dans le monde. « Casa de sementes criollas » au Brésil, « banco de semillas communitario » en Colombie ou « grenier à semences » au Togo. Leur objectif : conserver les graines produites par les paysans, les protéger de la biopiraterie, les multiplier pour ensuite les redistribuer dans les fermes. « Les semences appartiennent à la communauté paysanne, c’est à nous d’en prendre soin et de les gérer », estime Yenly Angelica Mendez, membre d’une organisation colombienne, la Asociacion campesina del valle de Cimitarra (l’Association paysanne de la vallée de Cimitarra).

 

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Le stand de l’Afrique.

Ces structures permettent de préserver les variétés locales, qui peuvent disparaître à tout moment. Au Nord-Mali, la guerre ayant détruit la plupart des cultures, les paysans ont pu se tourner vers le Centre agro-écologique de production de semences tropicales, à Gao, qui produit des graines adaptées aux conditions sahéliennes depuis 2006.

Outre les plantes, ce sont bien souvent les savoir-faire qui disparaissent. Le centre de Gao enseigne ainsi comment produire des semences. Au nord du Togo, à Cinkassé, Jacques Nametougli accueille dans son école des jeunes ruraux dans la détresse. « Il nous faut des paysans pour avoir des semences, observe-t-il. Or ce métier est partout dénigré, méprisé. Les jeunes préfèrent partir en Europe plutôt que de travailler la terre. Dans notre centre, nous leur redonnons la fierté et la dignité d’être paysan. »

 

Mener la lutte contre les transgéniques

Bien que la recherche agronomique se fasse souvent dans des laboratoires éloignés des réalités du terrain, quelques chercheurs retroussent leurs manches pour accompagner les agriculteurs. C’est le cas de Salvatore Cecarelli, spécialiste de la sélection de l’orge. L’ingénieur développe depuis plusieurs années des programmes de recherche participative, où il travaille avec les paysans, directement dans les champs...

 

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

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