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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 22:48

 

Source : http://rue89bordeaux.com

 

 

Supercoop, tête de gondole hyper coopérative
 
 

Un rayon du supermarché coopératif de New-York (DR)

Un rayon du supermarché coopératif de New-York (DR)

 

Pour manger mieux, moins cher et démocratiser l’accès à une nourriture de qualité, des Bordelais veulent créer un supermarché où les clients seront aussi les patrons. Le projet, porté façon sociocratie par une association, avance lentement mais sûrement au fil des permanences et des réunions.

« Le supermarché coopératif, c’est un peu l’Amap version 2. 0″ lance Anne Monloubou. La présidente des Amis de Supercoop a déjà deux créations d’Amap (association pour le maintien de l’agriculture paysanne) à son actif mais « ce système a des limites », selon elle :

« C’est compliqué, pas très souple, la gamme de produits est limitée, ça prend du temps et quand on se retrouve avec 10 radis noirs, c’est un peu embêtant. »

Aussi lorsqu’une amie installée à New York lui parle du Park Slope Food Coop, un supermarché géré par des consommateurs, c’est le déclic.

Le PSFC, installé dans le quartier Brooklyn, existe depuis 1973 et c’est un véritable succès outre-Atlantique : il affiche aujourd’hui près de 16 000 membres au compteur et de nombreuses personnes sont sur liste d’attente. Pour y faire ses emplettes, il faut être membre de la coopérative et accepter de consacrer du temps au fonctionnement du supermarché.

En France, il existe un autre projet similaire, la Louve, à Paris. Mais il est actuellement bloqué en raison de problèmes d’autorisations administratives liées à des questions d’accessibilité. Son ouverture est espérée pour l’été 2016.

A Bordeaux, Anne Monloubou et Annie Debaud, une camarade de promo en reprise d’études comme elle dans une école de commerce, commencent à plancher sur le projet dès 2014. C’est encore un « work in progress », qui nécessite quelques conditions indispensables. Voici la liste des courses !

 
1 – Recruter des consom’acteurs

En 2015, les deux jeunes femmes ont organisé les premières réunions d’information, suivies très rapidement en mars de la création des Amis de Supercoop. C’est cette association qui portera le projet jusqu’à la création de la coopérative, prévue pour fin 2016.

Selon le principe d’une voix égale une part, les adhérents, qui seront aussi les seuls clients du supermarché, seront donc des coopérateurs et auront un droit de regard sur la vie du magasin et sur les références des produits qui garniront les rayons.

Le projet se fait rapidement connaître et décroche quelques récompenses : le Prix coup de cœur de l’Economie sociale et solidaire (ESS) de Bordeaux Métropole en novembre et celui de l’Innovation sociale décerné par le Conseil régional d’Aquitaine.

Grâce à ce dernier prix, l’association sera aidée dans sa démarche par des chercheurs en sciences sociales du laboratoire bordelais Crisalidh dirigé par Luc Paboeuf, par ailleurs président du Conseil économique social et environnemental régional d’Aquitaine( CESER).

 
2 – S’organiser entre bénévoles

Le projet étant porté par des bénévoles, sa mise en œuvre est lente mais Elisabeth Sarlat est optimiste. L’adhérente aux Amis de Supercoop résume la situation :

« On est tous enthousiastes mais l’organisation est un vrai casse-tête pour faire coïncider les emplois du temps de chacun. Notre retour sur investissement est que se sera bon et moins cher. »

Pas facile en effet d’avancer dans le cadre d’un projet associatif même si d’après Josianne Mauriac, cadre du secteur médical à la retraite qui s’investit dans le projet :

« On s’appuie sur l’expertise de certains de nos collègues qui ont déjà l’habitude de travailler pour des groupements d’achats pour rechercher des producteurs en bio. »

Elizabeth Sarlat et Laurence Mougenot  tiennent une permanence.

Elizabeth Sarlat et Laurence Mougenot tiennent une permanence (DR).

 
Pas de recette miracle

Pour faire avancer le projet, 11 groupes de travail ont été créés, de la gestion de l’association à l’informatique en passant par le groupe qui s’occupe des questions juridiques, celui de l’étude de marché, celui des finances ou celui des achats.

Les Amis de Supercoop n’ont pas de recette miracle pour faire aboutir leur projet, et doivent s’adapter en cours de route, notamment pour tenir compte du turn-over des bénévoles.

Sont d’ailleurs recherchées quelques compétences pour réaliser différentes missions ; notamment des juristes, des comptables, des rédacteurs pour le blog et des graphistes. Avis aux amateurs.

 
3 – Trouver le bon coin

L’autre difficulté rencontrée pour mettre en œuvre Supercoop, et de loin la plus importante, c’est de trouver un local qui satisfasse toutes les exigences requises.

L’association recherche un espace de « 750 mètres carrés dans un quartier politique de la ville comme Saint-Michel ou la Benauge, par exemple », indique Laurence Mougenot, une « supercoopienne ». Elle précise :

« On veut de la mixité, que le lieu soit accessible en tramway et ait suffisamment de place pour que les gens puissent s’y garer. »

Plusieurs lieux ont été proposés, dans le quartier Carles Vernet à Bègles et à Bordeaux aux Aubiers… Mais aucun ne réunit pour l’instant tous les critères.

 
Supercoop à Euratlantique ?

Pour l’association, l’idéal serait en effet « de s’installer dans les quartiers sud de Bordeaux dans le périmètre d’Euratlantique (Belcier, Bègles…) pour être situé près des axes routiers empruntés par les producteurs », indique Anne Monloubou. Le Marché d’intérêt national (MIN), où sont installés les grossistes, se trouve en effet dans cette zone.

Mais ce n’est semble-t-il pas facile de trouver un terrain du côté de ce quartier plus tourné vers les affaires que vers l’économie sociale et solidaire. L’OIN (Opération d’Intérêt National, l’organisme étatique qui pilote l’aménagement des lieux) a toutefois promis de communiquer à Supercoop l’existence de lieux qui pourraient intéresser l’association.

 
4 – Ne pas brader ses principes

Les amis de Supercoop poursuivent plusieurs objectifs. D’abord, se réapproprier leur consommation face aux grands groupes agro-alimentaires.

Rétablir ensuite une certaine justice sociale devant l’assiette, puisque le projet doit donner accès à des produits à la fois de qualité et moins chers à tous les adhérents. Pour y arriver, l’association souhaite diminuer au maximum le nombre d’intermédiaires, pour baisser de 20% à 40% les prix pratiqués par rapport à un supermarché classique.

Dans l’esprit du slow food et de l’agriculture paysanne, l’association vise aussi la transparence sur les produits de leur production à leur vente, et veut promouvoir une agriculture locale respectueuse de la nature.

Anne Monloubou défend ainsi l’idée « d’avoir un rôle d’éducation populaire avec des débats, des Disco Soup, des ateliers autour du bien manger et d’autres activités qui seront proposées en plus du supermarché ».

Dans les rayons, l’alimentaire représentera 80% des produits et les 20% restant seront consacrés aux produits d’hygiène et aux produits ménagers. Laurence Mougenot explique qu’il y aura « un maximum de bio, équitable et local car l’idée, c’est de se fournir auprès des producteurs locaux ».

 
5 – Dégoter des producteurs

Josianne Mauriac, des amis de supercoop.

Josianne Mauriac, des amis de supercoop (DR).

 

Près de 2000 à 3000 références de produits seront proposées selon « des critères de fraîcheur, de qualité et de diversité ». Josianne Mauriac complète :

« Nous avons mis en route une distribution de produits dans le cadre d’un groupement d’achats. On achète des légumes et des fruits, de l’épicerie salée et sucrée ainsi que des produits d’entretien et d’hygiène.

Pour nous le groupement d’achats est un laboratoire qui nous permet de tester nos partenariats avec les producteurs locaux, d’avoir une idée des besoins des futurs coopérateurs et de ce qu’ils souhaiteront trouver. »

En somme, une manière de mettre en route une version en mini format de la Supercoop qui permet aux adhérents de l’association de choisir les produits et de les commander en ligne.

 
Mise en bouche

Ainsi l’association peut estimer quels types de produits elle pourra proposer dans les rayons en étant déjà en contact avec les futurs fournisseurs. Le groupement d’achats permet également d’estimer ce que chaque producteur sera en mesure de fournir. Elle ajoute :

« Nous avons une charte de fonctionnement pour choisir des producteurs locaux. On travaille avec des producteurs bio ou qui sont en cours de certification. On propose aussi des produits équitables comme le café et des produits régionaux comme la gamme des produits Idoki, un regroupement de producteurs fermiers du Pays basque. »

L’association est en train de référencer les producteurs et prend du temps pour les connaître en se rendant sur leurs exploitations et en testant  leurs produits plusieurs fois. Anne Monloubou, la présidente de l’association, précise :

« Aujourd’hui ce sont surtout des produits bio mais on proposera aussi des produits auxquels les gens sont attachés et qui ne sont pas forcément bio. Pour nous, l’important c’est d’avoir des produits de qualité qui soient le plus local possible. »

La démarche est, selon Anne Monloubou, très bien accueillie par des producteurs habitués à fournir des ruches, Amap et autre magasins bio.

« Notre but n’est pas de faire des marges énormes sur leurs dos. On va travailler seulement sur des circuits courts avec un intermédiaire au maximum. »

 
6 – Recruter des coopérateurs-clients-caissiers…

Au Park Slope de New-York qui emploie près de 70 personnes, les 16 000 adhérents s’activent bénévolement pour la coopérative 2h45 par mois.

Le projet bordelais table lui sur 1200 à 1500 adhérents pour que le projet fonctionne. Et pour que le projet tienne la route, la coopérative devra également créer quelques postes salariés, dans le domaine des achats, de la gestion comptable et la gestion des ressources humaines et l’informatique.

 

 

Pour permettre au supermarché d’ouvrir du lundi au samedi, les bénévoles participeront au projet à hauteur de trois heures par mois pour « déballer, peser, encaisser ou faire du baby-sitting par exemple ».

Actuellement, l’association Les Amis de Supercoop compte 205 membres, « 610 membres potentiels au total si l’on compte ceux qui ont manifesté leur intérêt pour le projet, soit en assistant aux réunions soit via les réseaux sociaux » précise Lydia, membre elle aussi de l’association. Pour pouvoir ouvrir ses portes, Supercoop devra donc décupler ses adhésions.

 

 

Source : http://rue89bordeaux.com

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 22:35

 

 

Les "donneries" dans les déchèteries de la Métropole de Lyon
DÉVELOPPEMENT DURABLE - Publié le 9 décembre 2015
Lancement des "donneries" dans 9 déchèteries de la Métropole

Pour réduire le gaspillage et éviter la production de déchets, la Métropole de Lyon favorise la réutilisation d’objets pouvant encore servir, en créant 9 premières donneries. Continuons à recycler... Avant de jeter, pensez à donner !

Depuis le 24 novembre dernier, les habitants de la Métropole de Lyon peuvent déposer leurs objets devenus inutiles pour eux mais encore utilisables pour d'autres, dans l'une des 9 "donneries" implantées dans 9 des 18 déchèteries du territoire métropolitain.

 

Qu'est-ce qu'une "donnerie" ?

C'est en faisant le constat que certains objets déposés dans les déchèteries pouvaient être réutilisés que le concept de donnerie a pris forme. En effet, il s'agit d'un lieu où l'on donne les objets encore en état ou réparables qui pourront connaître une deuxième vie.

Très concrètement, l'objectif est de réduire le gaspillage et de limiter la production de déchets. Tous les objets déposés dans les donneries sont remis à des associations relevant de l'économie sociale et solidaire.

Après les avoir réparés si nécessaire, ces structures les mettent ensuite à disposition des personnes en difficulté ou les vendent à des particuliers, leur permettant ainsi de bénéficier d'une ressource financière pour leurs autres activités solidaires.

 
Quels objets sont concernés ?

La plupart des objets peuvent être donnés : consoles et jeux vidéo, ordinateurs, téléviseurs, appareils photo, téléphones, lecteurs CD, DVD, livres, vélos et pièces détachées, articles de sport et de loisirs, instruments de musique, jeux, jouets, peluches, meubles, objets de décoration, vaisselle, électroménager, outils de bricolage et de jardinage, montres et bijoux, équipement bébé, accessoires et bagagerie.

Attention, les vêtements, le linge et les chaussures ne sont pas acceptés.
 
Quelles associations sont partenaires ?
Foyer Notre-Dame des Sans Abris
Emmaüs Lyon
Rhône Emplois et Développement - REED
Espaces Vêtements du Coeur
Collectif La Clavette
Envie Rhône
Estime
 
Comment ça se passe ?

Dès leur arrivée à la déchèterie, un agent d'accueil oriente et informe les usagers à propos des bénéficiaires potentiels des objets qu'ils déposent.

 

Quand ?

Les donneries sont ouvertes aux mêmes horaires que les déchèteries tous les matins du lundi au samedi :

De 9h00 à 12h00 du 1er novembre au 31 mars
De 8h30 à 12h00 du 1er avril au 31 octobre. 
 
Dans quelles déchèteries trouver une donnerie ?
 
En savoir +

Document PDF   Télécharger le guide complet des donneries - 189 Ko

 

 

Source : http://www.lyon.fr

 

 

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 18:03

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Le Grand Entretien
« Changer les choses autrement que par le vote »

 

 

Au ras-le-bol de la politique traditionnelle exprimé dans l’abstention, Hélène Balazard, auteure de l’étude « Agir en démocratie », répond en exposant une alternative : le modèle du « community organizing ».

 

« Je revendique le fait de pouvoir faire changer les choses autrement que par le vote », témoignait récemment sur Rue89 un riverain abstentionniste.

Dans les nombreux messages que vous nous avez adressés pendant les régionales, on a lu du ras-le-bol et de la résignation. Certains d’entre vous votent sans y croire et d’autres, nombreux, ne votent pas ou plus.

Rappelons qu’en matière d’action politique, il n’y a heureusement pas que les élections : il existe des lieux et des groupes où l’on pratique la politique autrement.

 

A Chicago, en 1940...

 

« Agir en démocratie » de Hélène Balazard (Les Editions de l’atelier, 2015)
 

Hélène Balazard, docteure en sciences politiques, a étudié deux expériences construites sur le modèle du « community organizing ». Elle a consacré à ces alternatives un ouvrage, « Agir en démocratie » (Les Editions de l’atelier, 2015).

Le « community organizing », que l’on pourrait traduire par organisation communautaire, est un mode d’action locale né aux Etats-Unis. Saul Alinsky, un sociologue américain, a expérimenté ce mode d’organisation dans un quartier de Chicago, à partir de 1940, avant de le développer dans d’autres villes.

Un de ses disciples a plus tard essaimé à Londres. London Citizens, qui a remporté plusieurs combats depuis sa création, a été le sujet de thèse d’Hélène Balazard. Cette dernière a aussi fait partie du petit collectif qui a initié en 2010, sur le modèle londonien, une Alliance citoyenne à Grenoble. Un autre collectif s’est depuis formé à Rennes.

 

« Créativité citoyenne »

Le « community organizing » est fondé sur l’action de terrain et le pragmatisme anglo-saxon. « Une de ses caractéristiques, c’est de fonctionner en parallèle du système politique partisan, électoral, et de faire de la politique autrement », résume Hélène Balazard.

« Ce n’est pas la panacée, simplement une organisation qui permet de faire avancer les choses, tant du point de vue de la justice sociale qu’en termes de développement du pouvoir politique et de l’engagement. Mais il y a plein d’autres choses qui se font ou qui restent à imaginer. Il ne faut surtout pas se limiter dans sa créativité citoyenne. »

 

Entretien.

Rue89 : Pendant les régionales, on a lu ou entendu du ras-le-bol, de la résignation. Comment agir là-dessus ?

Hélène Balazard : Face au problème du Front national, il y a un travail d’éducation populaire de longue haleine à faire. Le FN joue sur le fait qu’il y a une défiance croissante envers la classe politique mais il en fait lui-même partie. Dans leurs discours, ils disent que le pouvoir est entre les mains des élites politico-économiques mais au lieu d’allier les gens pour créer un contre-pouvoir, ils divisent les classes populaires. Les électeurs sont trompés.

 

Hélène Balazard

Hélène Balazard - DR
 

Il y a pas mal de choses à faire en dehors de la politique partisane et des élections. On peut par exemple s’organiser au niveau local pour créer une force citoyenne capable de faire rendre des comptes à ses élus et aux dirigeants économiques.

Concrètement, ça veut dire dans un premier temps réunir des gens du quartier, essayer de faire le tour de tous les problèmes qu’ils rencontrent et qu’ils aimeraient voir changer. Il faut ensuite s’attaquer à un ou deux problèmes qui sont le plus partagés et qui pourraient être résolus assez facilement afin de sortir du fatalisme « de toute façon, on n’a pas de pouvoir, on ne peut rien faire ».

S’il y a des intérêts divergents, on laisse le problème de côté : on travaillera dessus plus tard et peut-être qu’il va se résoudre naturellement, quand on aura appris à se connaître. Le but, c’est de recréer du lien entre les gens pour redonner du sens à la politique. Faire de la politique, c’est organiser la vie en société et pour cela, il faut qu’on la vive cette société, il faut en être conscient.

La démocratie n’est pas un modèle figé. A l’école, dans les cours d’éducation civique, on a l’impression qu’on est des citoyens passifs, qu’on attend que des gens prennent des décisions à notre place. Sauf qu’on peut s’organiser en fonction d’intérêts communs pour faire pression sur les personnes qui prennent des décisions. C’est du pragmatisme.

Il y a quelque chose à tirer d’Alinsky et de l’expérience de Londres : le pragmatisme, l’action. En France, on a tendance à être un peu trop dans la théorie, à réfléchir à un modèle qui serait idéal, à être dans la critique permanente et du coup à rester plutôt inactifs. On reste fixés dans l’idéal républicain issu des Lumières – un idéal assez parfait mais qui, dans la pratique, ne marche pas.

 

Vous dites qu’il faut redonner du sens à la politique. Qu’entendez-vous par là ?

On a perdu le sens de pourquoi on s’organise. La politique, ce n’est pas une affaire de professionnels : cela devrait concerner tout le monde. 

On a l’impression que de toute façon, on ne peut rien faire, que la politique est cette machine opaque que l’on voit à la télé, que d’autres la font à notre place... Si tout le monde remettait la main à la pâte, y compris au niveau local, cela permettrait que des gens différents se rencontrent et se rendent compte de la complexité d’organiser la vie en société : il y a des aspirations différentes, il faut ménager la chèvre et le chou et les décisions sont parfois dures à prendre.

En étant intégrés à ce processus, on serait aussi plus enclins à être dans un esprit coopératif plutôt que dans la compétition. Avec les logiques de partis, on a parfois du mal à voir en quoi ces derniers s’opposent, on est perdus. La politique devient un truc qui n’a plus de sens pour les citoyens qui ne sont pas engagés dans ces rouages-là.

 

Attente des résultats du second tour des régionales, au QG du PS, le 13 décembre 2015 à Lyon

Attente des résultats du second tour des régionales, au QG du PS, le 13 décembre 2015 à Lyon - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK/AFP
 

Le premier pas, c’est agir. Il y a déjà plein de gens qui agissent dans des associations, qui s’impliquent dans les écoles de leurs enfants, dans un syndicat ou un CE d’entreprise, dans un parti politique... L’idée aussi, c’est de rencontrer des gens qu’on n’a pas l’habitude de rencontrer, de sortir de sa zone de confort, de parler à des gens sur lesquels on a des préjugés. Il faut peut-être aussi changer la manière dont la citoyenneté est enseignée à l’école. En Angleterre, ils ont un enseignement de la citoyenneté plus actif – des écoles sont notamment membres de la London Citizens. 

 

Qu’est-ce que le « community organizing » et comment ses participants agissent-ils ?

Le principe du « community organizing », c’est d’organiser des communautés de citoyens qui se réunissent autour de problèmes communs, d’intérêts partagés.

Le mot communauté a parfois un sens péjoratif en France, les Anglais en ont une utilisation beaucoup plus large : ils diraient par exemple que créer une association, c’est créer une communauté de gens qui partagent des intérêts, des opinions ou des valeurs.

Dans le modèle du « community organizing », on crée d’abord sa communauté d’intérêts, on identifie les sujets sur lesquels on veut agir et on se lance dans une enquête (quel est le problème ? D’où vient-il ? comment apporter une solution ?).

L’idée, c’est d’être dans la critique constructive : ne pas dire « on est contre ça » mais « on n’est pas contents et on pense que ça serait mieux ainsi, on est ouverts à la discussion ». Il faut pour cela dialoguer avec les personnes qu’on a identifiées comme responsables et qui ont le pouvoir de changer cette situation problématique.

Parfois, ces responsables ne vont pas vouloir nous rencontrer. C’est là qu’on va organiser des petites actions pour les interpeller, les forcer à nous recevoir. Comme l’idée est de susciter constamment des occasions pour que les gens se rencontrent, les actions sont conviviales, sympathiques, plutôt positives.

A Grenoble par exemple, pour un problème de poubelles non ramassées, ils ont apporté des sacs-poubelle dans le bureau du bailleur qui a fini par les écouter. En 2012, toujours à Grenoble, un autre combat a concerné des femmes de ménage dont on avait augmenté les cadences. Comme les demandes de rendez-vous restaient sans réponse, ils ont ramené du monde dans l’hôtel des impôts où les femmes étaient employées. Les gens sont arrivés avec des sceaux, des balais, des serpillères : « On va faire le ménage avec elles : elles ne peuvent plus le faire seules car les cadences ont été augmentées. » C’était une action visuelle pour les médias, qui décrit bien la situation problématique, qui mobilise du monde, qui est sympathique à faire. A Grenoble encore, les élèves sont allés faire classe dans la mairie pendant un conseil municipal. Leur école, qui avait brûlé en 2012, a fini par être reconstruite.

 

Un homme regarde le panneau électoral, au sortir d'un bureau de vote lyonnais, le 13 décembre 2015

Un homme regarde le panneau électoral, au sortir d’un bureau de vote lyonnais, le 13 décembre 2015 - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK/AFP
 

Par rapport à ce que je décris, vous pourriez vous dire qu’une communauté d’intérêts pourrait très bien porter sur quelque chose qui s’oppose à l’intérêt général. Dans le « community organizing », il y a une volonté de réunir des personnes différentes pour ne pas créer des groupes qui vont s’opposer à d’autres groupes dans la société. Les organisateurs sont là pour éloigner tous les sujets qui pourraient ne pas être progressistes. Pour cela, ils essaient toujours de remonter aux causes d’un problème plutôt qu’à ses conséquences qui pourraient diviser. L’idée, c’est de retisser la société civile dans son ensemble et ne pas monter des personnes les unes contre les autres. Il y a une visée humaniste derrière, l’idée de justice sociale, d’égalité...

Le fait de retisser des liens entre des personnes va recréer des liens de confiance pas officiels. Ce n’est pas comme voter tous les cinq ans pour une personne qu’on connaît à peine et à qui on fait moyennement confiance. On peut faire davantage confiance à quelqu’un qu’on voit régulièrement. Cela permet de redonner du sens à la représentation : mis à part certains élus qui font un travail de terrain, on ne connaît plus nos représentants et il n’y a pas de rendu compte du lien de confiance...

Petit à petit, les citoyens qui participent à des expériences de « community organizing » construisent un pouvoir et s’attaquent à des sujets sur lesquels ils ne pensaient pas avoir d’emprise. Ils vont plus loin dans les changements qu’ils proposent tout en continuant de mener des actions sur des sujets plus anecdotiques pour ne pas s’éloigner de la base et continuer à mobiliser du monde.

 

Ils utilisent aussi des moyens d’action classique (pétitions, manifs...) ?

Ils essaient d’utiliser ce qui va faire avancer les choses le plus rapidement possible. A Grenoble, ils n’ont jamais organisé de manifestations ; à Londres, si. Disons qu’ils ont globalement un répertoire d’actions plus larges. Sur les pétitions, ils vont souvent dire que ce n’est pas une action qui regroupe, qui va être conviviale. Dans leur manière d’agir, ils pensent toujours à développer l’exercice du pouvoir ainsi que les relations interpersonnelles entre les personnes qui d’habitude ne se rencontrent pas.

 

Le numérique fait-il partie des outils utilisés par ces groupes ?

Il l’est, forcément, mais ce n’est pas un outil principal. Ils ne se sont pas construits sur le numérique. Quand les réseaux sociaux sont apparus, ils ont même mis du temps à s’y mettre. En fait, le numérique seconde les moyens de mobilisation classique : quand ils organisent un événement, ils créent aussi un évènement Facebook par exemple.

C’est comme si les réseaux sociaux venaient seconder les vraies relations qu’ils ont construites. Ce n’est pas en créant un évènement Facebook que les gens vont venir en réunion. Eux disent que le meilleur moyen d’organiser une réunion, ce n’est pas d’envoyer un courrier, un e-mail ou distribuer des flyers, mais cela doit passer par la construction de liens – une personne vient en réunion parce qu’elle sait qu’elle va retrouver des personnes qu’elle connaît.

 

Quelles sont les relations entre les membres des « community organizing » et les élus ?

Ça dépend. London Citizens, par exemple, organise depuis 2000, avant chaque élection municipale, une assemblée qu’ils appellent « Accountability Assembly » [assemblée des responsabilités, ndlr]. Ce sont des grandes réunions qu’ils organisent eux-mêmes pour ainsi maîtriser toutes les règles du jeu (c’est un moyen d’action).

Avant chaque assemblée, ils font une campagne d’écoute auprès de tous leurs membres pour définir quels sujets vont être prioritaires. Ils vont ensuite travailler sur quatre propositions correspondant à des revendications. Ils demandent à chaque candidat politique : « Est-ce que, oui ou non, vous êtes prêt à agir, à mettre en place cette solution et si oui, êtes-vous prêt à nous rendre compte de la mise en place de cette action ? »

Ken Livingstone, maire de Londres de 2000 à 2008, avait bien joué le jeu en étant quand même critique. En tant que travailliste, il était plus proche d’eux idéologiquement que Boris Johnson, élu en 2008.

London Citizens n’est pas partisan : ils ne donnent pas de consigne de vote à la fin des assemblées. Ils essaient de rester très indépendants du pouvoir.

 

A Grenoble, quelles actions de l’Alliance ont abouti ?

Les femmes de ménage ont obtenu le retour à des cadences normales et certaines ont même été titularisées alors qu’elles enchaînaient les CDD, l’école des Buttes a été reconstruite, les étudiants étrangers de la fac ont obtenu l’ouverture d’un nouveau guichet d’accueil pour faciliter les démarches administratives... Il y a eu d’autres victoires.

 

Quels effets la participation a sur les gens ?

Il y a d’abord une prise de conscience de leur pouvoir. En impliquant les personnes dans une petite action qui aura de l’effet, elles vont prendre conscience qu’elles peuvent changer les choses. Il y a aussi une forme de reconnaissance : « C’est la première fois qu’on me demande mon avis, je ne pensais pas qu’il comptait. »

A travers toutes ces actions, l’idée, c’est aussi de développer des compétences politiques. Organiser des réunions, les animer, développer des compétences d’expression et de négociation... : ce sont des choses que les organisateurs essaient d’apprendre aux participants. Il y a des cours d’éducation au leadership. Ceux qui participent vont par ailleurs devenir plus engagés dans leurs activités, ça renforce leur engagement de citoyen.

 

L’engagement, l’action politique, ça s’apprend ?

Ça s’apprend notamment en se vivant, pas forcément en lisant des livres. Il faut pour cela que des gens nous entraînent à le faire – dans les deux sens du terme.

L’engagement, d’une certaine manière, ça s’apprend aussi. La motivation à s’engager se développe. Certaines personnes l’acquiert de par leur éducation ou leur parcours de vie, d’autres non. L’engagement peut se développer par des récits d’expérience, des rencontres, la prise de conscience d’injustices qu’on subies ou la prise de conscience qu’on a un moyen d’action dessus.

Après, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que les gens ont leur emploi du temps, leur vie personnelle... Les engagements, ça va et ça vient en fonction de ses envies, de son emploi du temps et d’autres contraintes de la vie.

Il faudrait peut-être changer la manière dont on peut participer à l’organisation de la vie en société : avoir plus de temps libre, des congés de citoyenneté payés, un revenu de base universel, etc.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 17:11

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Dans le nord de l’Espagne, la permaculture contre le chômage
14 décembre 2015 | Par Ludovic Lamant
 
 

À l’approche des législatives du 20 décembre, Mariano Rajoy, le candidat sortant, martèle qu’il est en train de venir à bout de la crise. Mais les chiffres du chômage restent vertigineux. Mediapart a suivi les pas d’un Galicien de 30 ans qui, après des années sans emploi, s’est lancé à son compte dans l’agro-écologie. « Un acte révolutionnaire » encore loin d'avoir trouvé l'équilibre financier.

De notre envoyé spécial à Ferrol (Galice, Espagne). La route sinueuse s’enfonce dans une forêt d’eucalyptus. Duarte Artabe, au volant de sa camionnette blanche, sourit : « On s’est lancés dans une guerre contre ces foutus eucalyptus. Ils menacent la diversité. Nous voulons replanter des arbustes authentiques, comme des ajoncs. Notre idée, c’est de recréer un écosystème autour de la forêt, pour que les renards ne soient pas tentés de descendre jusqu’à nos poulaillers, en contrebas. »

Depuis 2012, Duarte, 30 ans, vit et travaille à la campagne, sans connexion internet. À neuf kilomètres du port de Ferrol, où il est né, dans l’extrême nord de la Galice, il a retapé la vieille maison secondaire de sa grand-mère, qui s’effondrait. Dans les environs, à une vingtaine de minutes à pied de l’océan, il s’est mis à cultiver, en pirate, trois lopins de terre, un hectare en tout, selon les préceptes de l’agro-écologie. Pour Duarte, ce retour à la nature est une manière de survivre, après des années de chômage, dans un pays incapable d’offrir des emplois à sa jeunesse. Malgré les discours officiels sur la reprise de son économie, l’Espagne affiche toujours l’un des taux de chômage les plus élevés d’Europe (tout près des 50 % pour les moins de 25 ans).

« Le secteur tertiaire espagnol, il faut fuir à toute vitesse. Le secondaire, il faut peut-être y passer rapidement, pour l’expérience, mais vu la crise énergétique qui arrive, ça n’a plus de sens. Le primaire, c’est ce qu’il y a de plus sûr », avance Duarte de manière catégorique. « Et la Galice, grâce à son climat, mais aussi grâce à un système de toutes petites parcelles d’exploitation, ces minifundios qui ont empêché les ravages de l’agriculture extensive, fait partie des terres les plus fertiles d’Europe », assure-t-il.

 

La serre de l'exploitation. ©LL. La serre de l'exploitation. ©LL.



À la fin de l’année 2015, cet agriculteur lecteur de Thoreau, dont la mère enseigne le galicien, est encore loin d’avoir trouvé le modèle économique qui lui permette de vivre de la culture de la terre. Mais les choses, espère-t-il, se mettent en place. « On a choisi d’emprunter un chemin vers l’autosuffisance, qui est très long, forcément. L’agriculture, il faut une vie entière pour l’apprendre. C’est un projet de vie », prévient-il, au moment de commencer la visite des lieux.

À l’arrière de la bâtisse, sous les châtaigniers, un poulailler jouxte un enclos pour les cochons. Un entrepôt pour stocker les céréales, dont les planches de bois ont été peintes en grenat, trône sur cinq mètres de long. De l’autre côté de la route en contrebas, se déploient des terrains plus vastes, zone d’expérimentation pour la permaculture, au croisement de pratiques écologiques et d’un retour aux traditions.

Sous la serre, de l'épurge et des brocolis poussent de manière désordonnée, dans une zone dédiée à la Hügelkultur (à partir de débris de bois usagés, censés doper la fertilité des sols). Plus loin, un jardin circulaire, qui permet de profiter au mieux des inclinaisons du soleil en fonction du terrain, a été abandonné un temps, faute de résultats concluants. « On y fait maintenant pousser les plantes médicinales et aromatiques, qui n’ont pas besoin de beaucoup de soins », précise-t-il.

Duarte n’a pas toujours imaginé devenir un agriculteur bio à son compte. Après des études de développement durable dans la région de Madrid, il décroche en 2009 un master dans les énergies renouvelables. « Produire ta propre énergie, c’est un sujet qui m’a toujours intéressé. Et à l’époque, les énergies renouvelables, en Espagne, c’était la fête », se souvient-il. Mais cette « bulle verte » ne tarde pas à éclater. Des milliers de petits producteurs, trop vite subventionnés par l’État espagnol au début des années 2000, se sont trouvés ruinés quelques années plus tard. Au moment, exactement, où Duarte débarque sur le marché de l’emploi.

 

Duarte Artabe (à gauche) et son collègue Ivan. Duarte Artabe (à gauche) et son collègue Ivan.

 

Après le diplôme, il revient donc à Ferrol. La ville est exsangue. Connue dans toute l’Espagne pour une raison lugubre – c’est le lieu de naissance de Franco –, Ferrol s’est développée lors des décennies passées grâce à son industrie navale, aujourd’hui frappée par la crise. « Nos chantiers navals attendent des commandes, mais il manque la volonté politique du gouvernement de Madrid », regrette Jorge Suárez, le maire de Ferrol, arrivé en mai dernier grâce au succès d’une plateforme « indignée » (lire notre enquête sur les « marées indignées »).

Dans un entretien à Mediapart, le maire ne cache pas l’étendue des dégâts : « La ville affiche le taux de chômage le plus élevé de Galice, à plus de 30 %. Ici, on perd environ 800 habitants par an ces temps-ci. On en avait 90 000 il y a vingt ans, ils sont moins de 70 000 aujourd’hui. La situation d’urgence sociale est critique. Certaines rues de la vieille ville ressemblent à la Bosnie-Herzégovine, avec ces maisons en ruines. » Duarte, lui, a sa propre explication de la panne des chantiers navals : « La crise dure depuis 20 ans ! C’est la conséquence de l’entrée de l’Espagne dans l’UE [en 1986 – ndlr], de l’ouverture des marchés à l’international, et de la concurrence de pays comme la Corée du Sud, qui produit des bateaux de moins bonne qualité, mais aussi moins chers. »

 

Le déclic catalan

 

L'exploitation. L'exploitation.

 

En mai 2011, Duarte fait partie de ces milliers d’Espagnols qui décident, spontanément, d’occuper les places du pays pour dire leur ras-le-bol de la corruption et de l’austérité. Il campe devant la mairie de Ferrol jusqu’à fin juin, et participe chaque jour aux assemblées. À l’automne, changement d’air, cap vers Barcelone. « J’ai envoyé 50 000 CV par jour. En vain. Mais surtout, j’ai découvert là-bas le concept de potager urbain. Ce fut un déclic », raconte-t-il. Dans la vieille ville catalane, au Forat de la Vergonya (un haut lieu des luttes citoyennes ces dernières années), il découvre les pratiques d’autogestion, mais aussi les relations de voisinage qui se nouent et s’enrichissent, autour des cultures bio.

« Cultiver un jardin aujourd’hui, c’est un acte révolutionnaire, à une époque où tout le monde mange de la merde, dans les restaurants et les supermarchés », juge-t-il. De retour à Ferrol fin 2012, Duarte décide d’importer l’esprit du potager urbain catalan en Galice. Il se souvient des terres de sa grand-mère, laissées à l’abandon. Il lui demande l’autorisation de les cultiver, et l’intéressée laisse faire, sans grand enthousiasme. Il s’associe à deux collègues de son âge, et élabore ce projet total d’une vie au champ. Il reprend certains codes du mouvement « indigné », les trois agriculteurs prenant par exemple leurs décisions chaque début de mois lors d’une assemblée.

Le pari du Pumido Ao Natural, le nom galicien de leur exploitation, ne s’arrête pas là : les trois agriculteurs ont décidé de se passer des labels bio (et des subventions de l’UE qui vont souvent avec). « Les certificats servent à donner aux consommateurs une garantie. Mais nous, nous défendons une agriculture locale, sans intermédiaires, et l’on veut connaître toutes les familles qui achètent nos produits. La confiance se génère ainsi : ils viennent nous voir travailler sur nos terres », explique Duarte. En tout, ils travaillent avec une trentaine de familles à Ferrol qui leur demandent, à la semaine, des « paniers ». Jusqu'à présent, c'est trop peu pour compenser les coûts fixes (l'essence jusqu'à Ferrol, l'achat des semences, etc.). D'autant que les prix de vente sont très bas.

 

L'entrepôt pour stocker les grains. ©LL. L'entrepôt pour stocker les grains. ©LL.

 

Dans la grande cuisine, qui fait aussi office de salon, des calendriers sont scotchés sur tous les murs, pour la répartition des tâches sur le mois – en partie décidée selon le calendrier lunaire (« Si tu plantes un chou pendant la lune montante, ses feuilles seront un peu trop ouvertes, alors que pendant la lune descendante, il formera une belle boule »). À trois, à leur toute petite échelle, malgré la dureté du travail, ils semblent ravis de mener ce « projet politique ».

Ces anciens chômeurs bousculent aussi certains clichés sur la jeunesse espagnole, trop souvent réduite au drame des « ni-ni » (les déscolarisés et sans emploi, dont le nombre a explosé sous la crise). Ont-ils, avant de se lancer, pensé à quitter le pays, comme des centaines de milliers d’Espagnols depuis 2007 (ils étaient par exemple près de 90 000 à partir, en 2013) ? « Nous y avons tous pensé. Nous avons hésité. Mais nous avons choisi de rester, de nous ouvrir aux gens qui vivent ici, de tisser des liens avec eux. On essaie. Ça prend du temps », explique Ivan, l'un des collègues de Duarte.

Dans sa vie d’électeur, Duarte n’a voté qu’une seule fois : c’était aux législatives de 2004, « pour sortir Aznar » (en fait pour sanctionner le Parti populaire, déjà représenté à l’époque par Mariano Rajoy, l’actuel chef du gouvernement). Il avait alors voté pour José Luis Rodriguez Zapatero et les socialistes du PSOE. Depuis, s’il avait été présent à Ferrol le 25 mai dernier, il aurait sans doute voté, dit-il, pour la plateforme indignée qui a remporté la mairie. Donnera-t-il sa voix aux législatives du 20 décembre à Podemos, qui se présente en Galice associé aux communistes d'IU ? « Non, je n’irai pas voter. Je préfère faire de la politique à mon échelle, je crois davantage aux réseaux de proximité, c’est mon côté anarchiste », répond-il sans hésiter.

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 16:56
 
 
 
Et si... nous fabriquions nous-mêmes notre énergie ?

Texte, photos et videos
Laura Geisswiller

 

En France, l’électricité est produite à plus de 75 % par les centrales nucléaires, un cas unique au monde. Moins cher et moins émetteur de gaz à effet de serre que les énergies fossiles, qui sont majoritairement utilisées sur la planète, le nucléaire est pourtant loin de faire l’unanimité. Et si le projet de loi de transition pour une croissance verte prévoit une réduction à 50 % de la part du nucléaire dans le mix énergétique d'ici à 2025, des initiatives citoyennes se créent pour prouver qu’une source d'énergie plus propre et plus sûre est possible.

Qu'il s'agisse de prototypes ou de projets organisés à plus grande échelle, tous partagent le même objectif : rendre la production d’énergie renouvelable accessible et apprendre aux populations à mieux gérer leur consommation énergétique.


 

 

De l’énergie solaire sur mon balcon

Pour Jean Walter, ingénieur en génie civil de 63 ans, la production d’énergie renouvelable commence sur le balcon de son appartement en région parisienne. Convaincu qu’il faut commencer à penser à l’après-nucléaire, ce père de famille a décidé de créer un prototype de générateur électrique alimenté par un panneau photovoltaïque. Son objectif n’est pas de remplacer le système électrique de son domicile, mais de mieux comprendre sa consommation d’électricité et de réfléchir à comment la diminuer.

« Mon modèle se veut le plus minimaliste possible, précise Jean Walter. Je suis encore en train de faire des expériences. Je vois ce que je peux alimenter avec mon panneau et comment je peux adapter mes besoins énergétiques. »

Pour la conception, Jean Walter est parti de zéro et s’est inspiré de plusieurs tutoriels sur Internet. Il s'est aussi rendu dans des “FabLabs”, des lieux ouverts au public où l'on peut utiliser des imprimantes 3D, des outils de conception et recevoir des conseils d’habitués.

« J’ai dû tout apprendre, raconte l’ingénieur. Comment programmer le processeur qui fait entrer l'électricité dans la batterie, comment dessiner certaines pièces sur l’ordinateur pour les imprimer ou même comment les assembler. En tout, cela m’a pris deux ans. »

Très enthousiaste quant au résultat, Jean Walter reconnaît tout de même les limites de son projet : « Je peux alimenter des objets électriques qui n’ont besoin que de 12 volts, comme les lampes dans mon salon, ou mon ordinateur, mais chauffer de l’eau, par exemple, ce n’est pas possible ! »

L’ingénieur continue de perfectionner son prototype, pour pouvoir partager ses plans en ligne. Il espère même proposer des kits à monter soi-même : « Pour tendre vers une transition énergétique, il faut une prise de conscience, assure le sexagénaire. Pour ça, les gens doivent tester les choses par eux-mêmes, et tout le monde n’a pas la patience ou le temps de faire ce que j’ai fait. »

 

http://s1.lemde.fr/mmpub/edt/zip/2015/12/11/163711429-ed87f4fe13f45f64eba375cdaa43c47c2e44ee34/assets/images/body/22-1024.jpg

 

 

 

Construire soi-même son éolienne pour 30 euros

Rendre la production d’énergie plus accessible, c’est également l’ambition de Daniel Connell, qui a mis au point un prototype “DIY” (“Do it Yourself ” : à faire soi-même), à l’aide de matériaux de récupération. Avec une roue de vélo, quelques planches d'aluminium, un cutter et une riveteuse, ce graphiste néo-zélandais peut construire une éolienne à axe vertical en quelques heures, pour moins de 30 euros.

Pragmatique, l’inventeur a choisi ce type d’éolienne parce qu’elle est capable de s’adapter aux lieux où le vent n’est pas régulier. Son modèle produit en moyenne 150 watts si le vent souffle à 20 km/h. « Je voulais que mon prototype soit opérationnel et utile, résume Daniel Connel. Mon objectif n’est pas de responsabiliser les gens, mais de leur donner des solutions concrètes pour produire de l’électricité facilement, que ce soit par conviction, par nécessité ou pour réduire leurs factures. »

Fidèle aux principes de l’open source, il partage sur son site son avancée et décrit la conception de son prototype étape par étape, avec une vidéo en 3D détaillée. Il organise également des ateliers au gré de ses voyages pour mieux accompagner ceux qui le souhaitent. « Je ne verrais aucun inconvénient à ce que quelqu’un reprenne mon prototype pour le commercialiser ou organiser des formations, tant que cela permet à l’idée de se répandre et à l’éolienne de s’améliorer », explique le Néo-Zélandais.

Daniel Connell reste toutefois réaliste, et ne pense pas que la plupart des gens qui ont facilement accès à l’électricité utiliseront son éolienne. « Je ne sais pas comment donner envie aux gens de changer d’habitudes ou de se mettre à créer des choses par eux-mêmes, regrette l’inventeur. Même si j’ai l’impression que ça devient de plus en plus populaire. »

 

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Montdidier, la ville laboratoire du renouvelable

Afin de satisfaire la demande énergétique d’une ville, les initiatives individuelles ne peuvent suffire, il faut voir les choses en plus grand. C’était le pari de Catherine Quignon-Le Tyrant, l’ancienne maire de Montdidier, en Picardie, qui lors de ses deux mandats a voulu faire de sa commune un modèle dans la maîtrise de l’énergie.

1 202 panneaux photovoltaïques, quatre éoliennes de plus de 100 mètres de haut, une chaufferie biomasse : depuis 2006, la petite ville de 6 000 habitants accumule les moyens de production d’énergie renouvelable. « Grâce aux éoliennes, nous couvrons 50 % des besoins énergétiques de la ville », explique Rodolphe Bral, directeur de la régie communale de Montdidier.

Lorsque la production est supérieure au besoin de la ville, l'électricité est redistribuée sur le réseau d'EDF, qui a alors l'obligation de la racheter. Les bénéfices ont permis à la commune d’améliorer l’isolation de certains bâtiments et de donner des chèques énergie aux habitants qui souhaitent investir dans une chaudière à granulés ou réaliser une rénovation thermique de leur logement.

Pour rendre la ville totalement autonome, il ambitionne d’étendre le parc éolien et réfléchit à des moyens pour faire des réserves d'énergie lorsque la ville est en surproduction et ainsi combler les journées où il n‘y a pas assez de vent et peu de soleil. « Mais stocker l'énergie, ça coûte encore extrêmement cher, commente le directeur, et pour le moment ce n’est pas rentable. »

Très fier de travailler pour la commune où il a grandi, Rodolphe Bral espère que sa ville est une source d’inspiration. « De toute façon, on n'a pas le choix, il faut réfléchir à la production d'énergie de demain, affirme-t-il. Nos besoins continuent d’augmenter, et vu les incertitudes liées au nucléaire et aux énergies fossiles, le renouvelable reste la meilleure des alternatives. »


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Des initiatives citoyennes pour faciliter la transition énergétique

Fatiguée de se plaindre du nucléaire et d’attendre que les élus se mobilisent, Christel Sauvage s’investit depuis plus de vingt ans dans le développement et la promotion des énergies renouvelables.

« Un jour, j’ai compris qu’on nous avait complètement déresponsabilisés avec le nucléaire, explique cette ancienne biologiste de 49 ans. Si l’on n’avait pas massivement investi dans les centrales, notre autonomie énergétique non polluante, on l’aurait déjà aujourd’hui. »

En 2009, elle participe au lancement d’Enercoop Ardennes-Champagne, une coopérative qui fournit de l’électricité verte et qui participe au développement des énergies renouvelables, dont elle est aujourd'hui la PDG. « Notre objectif est de faciliter les choses pour un particulier qui souhaite une alternative au nucléaire. Il peut choisir qu’Enercoop devienne son fournisseur d’électricité ou il peut prendre une part dans la coopérative et en devenir sociétaire », résume Christel Sauvage.

Parallèlement, elle crée l’association Energie partagée, un fonds d’investissement qui permet à tout un chacun en France d’investir dans un projet d’économie d’énergie et de production d’énergies renouvelables. Depuis 2010, Energie partagée a rassemblé plus de 8 millions d’euros et a investit 6 millions d’euros dans vingt projets d’énergie verte. « C’est un placement financier mais il faut être patient, les souscripteurs pourront espérer toucher 4 % de rémunération, mais d’ici huit à dix ans », précise Christel Sauvage.

Christel Sauvage ne se décourage pas, mais voir le manque d’ambition des politiques l’agace : « C’est rageant, parce qu’on aura beau se bouger, faire des coopératives, lancer des projets ambitieux, la transition énergétique ne peut se faire qu’avec un vrai virage politique. »

Photo : Marc Mossalgue / Energie Partagée


 

http://s1.lemde.fr/mmpub/edt/zip/2015/12/11/163711429-ed87f4fe13f45f64eba375cdaa43c47c2e44ee34/assets/images/body/01bis-1024.jpg

 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 15:47

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Emplois d’utilité publique

Quand les syndicats s’aperçoivent que la transition écologique pourrait faire baisser efficacement le chômage

par

 

 

 

Et si la lutte contre le réchauffement climatique permettait aussi de créer massivement des emplois et de réduire le chômage. C’est ce que pensent de plus en plus de syndicats européens. Mais pour que la transition ne se fasse pas au détriment des emplois et des conditions de travail, il faut que les travailleurs soient associés aux décisions. En Allemagne, le secteur des énergies renouvelables a généré 370 000 emplois. Au Royaume-Uni, une campagne pour la création massive d’emplois « climato-compatibles » a été lancée. Et en France ? La transition énergétique représenterait un vivier encore inexploité. Si quatre confédérations prennent part à la Coalition climat aux côtés des ONG, le chemin de la transition semble encore long.

« Pour nous, le projet était à la fois pour l’emploi et pour le climat », rapporte une ancienne salariée de l’usine Fagor-Brandt de Lyon. Le site de production d’électroménager a fermé l’an dernier. La fabrication de machines à laver s’est retrouvée délocalisée en Pologne. Et le groupe sino-américain qui avait repris le site en 2014 pour y produire des véhicules électriques a été placé en liquidation en octobre, sans n’y avoir jamais rien fabriqué.

Avant que l’usine de machines à laver ne ferme, un groupe de salariés avait monté un projet d’économie circulaire pour tenter de continuer à faire tourner les ateliers. Le projet était de récupérer des anciens lave-linge auprès des éco-organismes, et de les transformer en appareils recyclés en état de marche. Le tout en Scop (société coopérative et participative). « Nous avions déposé un projet de reprise et nous l’avions proposé aux élus. Car il fallait un minimum d’investissements. » D’abord enthousiastes, les politiques ont finalement abandonné le plan d’économie circulaire qui venait des salariés. « Pourtant, dans notre projet, nous gardions la moitié des employés. Là, nous sommes tous au chômage. Je pense que nous avons été trop en avance. Si nous avions sorti ce projet cette année, il aurait été plus soutenu. »

 

En France, les coopératives en pointe

Avec la conférence internationale sur le climat de Paris, la question du réchauffement climatique, et plus largement de la transition écologique, est entrée dans toutes les têtes. Dans le monde du travail comme dans le reste de la société, les considérations écologiques avancent. Le projet des anciens de Fagor-Brandt a certes capoté faute de soutiens. D’autres ont connu davantage de succès : les ex-Fralib, près de Marseille, ont repris en coopérative leur usine pour y produire des thés issus du commerce équitable et des tisanes en circuit court (voir notre article).

« Nous savons qu’il va falloir changer de modèle de développement. Les ex-Fralib, c’est un projet d’économie durable et d’entreprise rentable, avec des conditions de travail décentes. C’est le type de modèle que nous portons », assure Fabienne Cru-Montblanc, représentante de la CGT à la Coalition climat qui rassemble organisations environnementales et syndicats. « Nous soutenons par exemple le développement d’une filière de déconstruction écologique des navires en France. C’est aussi une question de ré-industrialisation. Nous avons besoin d’industries en circuits courts, qui soient plus sobres et moins polluantes. »

 

Transition écologique contre chantage à l’emploi

La transition écologique serait-elle en marche chez les syndicats ? Des centaines de syndicalistes du monde entier venus, par ordre alphabétique, de l’Afghanistan jusqu’au Zimbabwe, sont présents à la COP21. « C’est la récolte d’années d’engagement, de débats, de formations au sein de la Confédération syndicale internationale (CSI) , explique Anabella Rosemberg, responsable des questions environnementales à la confédération. Cela fait sept ans que nous suivons la question climatique de près. C’est le résultat d’un choix politique. Parce que si nous, syndicats, nous ne sommes pas autour de la table, alors les décisions se prendront sans nous. »

La CSI, dont sont membre quatre confédérations françaises (CGT, CFDT, FO, CFTC, soit deux millions de syndiqués), a adopté quelques revendications précises adressées aux négociateurs : prendre des mesures concrètes pour réduire les émissions de carbone afin de contenir le réchauffement global à 2°C, prendre la mesure du potentiel d’emplois qu’offre l’action sur le climat et tenir les engagements financiers en direction des pays les plus vulnérables. La CSI exige aussi que l’accord de Paris contienne, dans sa partie opérationnelle, un engagement en faveur des mesures de « transition juste » pour les travailleurs. « Ce point est essentiel pour relever le défi de la transformation du travail dans tous les secteurs, en particulier en ce qui concerne les emplois et le revenu des personnes qui travaillent dans des branches d’activité à forte émission de carbone », souligne la CSI. « Les multinationales viennent à la COP avec des promesses, mais sur le terrain, c’est le chantage à l’emploi, dénonce Anabella Rosemberg. Elles disent aux travailleurs, si on va vers une politique climatique, vous allez perdre votre boulot. C’est faux. Mais pour que la transition ne pénalise pas les travailleurs, il faut que les syndicats soient associés aux débats sur la transition. »

 

90 000 embauches chaque mois au service du climat ?

L’enjeu existe au Sud, où les effets du changement climatique sont directement perçus, comme au Nord, au sein des pays les plus fortement émetteurs de gaz à effet de serre. En Grande Bretagne, une alliance de syndicalistes issus des secteurs des services publics, des transports, de l’enseignement et de la communication, anime depuis plusieurs années une campagne pour la création outre-Manche d’un million d’emplois climat-compatibles. « One million climate jobs » pour lutter à la fois contre la crise environnementale et économique, au sein d’un service public national du climat, financé par l’impôt. « Nous ne parlons pas d’emplois qui seraient « créés » par quelques mystérieux mécanismes du marché d’ici à 2030. Nous voulons que le gouvernement embauche 90 000 personnes chaque mois pour des emplois climatiques. En un an, nous aurons un million d’emplois », précise l’initiative dans son dernier rapport.

Ces emplois seraient créés dans le développement des énergies renouvelables (400 000 emplois, dont plus de 200 000 dans l’éolien offshore et plus de 50 000 dans le solaire), dans la rénovation énergétique et la construction de bâtiments écologiques (185 000 emplois), dans les transports (plus de 300 000 emplois). Ils seraient offerts en priorité aux personnes qui perdraient leur emploi dans le domaine des énergies fossiles ou encore de l’industrie automobile. « Quiconque perd son emploi dans un des anciens secteurs industriels comme les mines, le pétrole ou l’automobile, doit se voir garantir un emploi permanent dans le service national du climat au même niveau de salaire », insistent les syndicalistes de One million climate jobs.

 

Syndicats et ONG écologistes, même combat ?

« La COP nous permet de mener un débat au sein de nos organisations. Mais par rapport aux organisations syndicales anglo-saxonnes notamment, nous sommes en retard », regrette Julien Rivoire, de la Fédération syndicale unitaire (FSU), syndicat de la fonction publique. En France, la COP21 a en tout cas inauguré une forme inédite d’engagement des syndicats pour le climat : leur présence, aux côtés d’ONG environnementales et d’associations de solidarité internationale, au sein de la Coalition climat, ce mouvement constitué en 2014 pour donner voix à la société civile face aux négociations officielles de la COP.

Des syndicats et des ONG de défense de l’environnement côte-à-côte, ce sont deux cultures de la lutte, aux enjeux et aux pratiques bien différentes, qui se retrouvent ici contre le changement climatique. « Nous avons bataillé pour travailler ensemble sur ce qui nous rassemble et nous veillons à ne pas nous écharper sur ce qui nous sépare », rapporte Fabienne Cru-Montblanc, de la CGT. « Nous considérons que la question climatique n’autorise pas la division. Du coup, nous avons appris à mieux nous connaître , assure Thierry Dedieu, représentant de la CFDT à la Coalition climat. Si nous n’étions pas ensemble à la coalition, nous n’aurions pas d’espace pour discuter. Car sur le terrain, les organisations syndicales sont en général confrontées aux feuilles de paie, à la protection sociale des travailleurs… Et là viennent s’ajouter les questions climatiques. De la même manière, je pense que pour des ONG exclusivement centrées sur l’environnement, c’est intéressant de se confronter avec ce que nous sommes, nous, les syndicats. Je pense par exemple qu’il faut faire attention à la façon dont ces ONG vilipendent les multinationales. Car derrière, il y a des salariés. »

Même si les deux types d’organisations peuvent difficilement se mettre d’accord sur certains sujets, la présence syndicale au sein de la Coalition climat et plus largement au forum syndical mondial qui se tient en parallèle de la conférence, devrait produire des effets de fond. « La COP nous permet de mener un débat au sein de nos organisations, dont les fruits seront à ramasser plus tard. Est-ce que notre corpus revendicatif de syndicat va être modifié par ce mouvement dans lequel on s’insère avec les ONG ? C’est la question », s’interroge Julien Rivoire. La FSU, syndicat représentant de la fonction publique mais absent de l’industrie, a évidemment une position plus confortable que d’autres sur le sujet. « Il faut reconnaître qu’à la FSU, nous ne sommes pas confrontés à la perte potentielle d’emplois dans les secteurs polluants. » Bémol à ces bonnes intentions : pendant les quinze jours qu’a duré la conférence, les syndicats français n’ont pas mobilisé leurs militants.

L’enjeu climatique est d’autant plus difficile à traiter que les syndicats représentent des travailleurs directement touchés par la transition. « Quand vous avez des équipes qui sont confrontées à des difficultés économiques, que ce sont en plus des industries intenses en énergies fossiles, et que vous venez parler de la réalité du changement climatique … Ça ne passe pas toujours, constate Thierry Dedieu, de la CFDT. Il y a de la pédagogie à faire sur le lieu de travail. Mais c’est notre tâche d’expliquer que la question climatique supplante toutes les autres. »

 

La CGT, entre pro-nucléaire et énergies renouvelables

« Nous, on sait ce qui se passe dans un entreprise quand on ferme les usines de charbon ou de fioul », souligne Jérôme Schmitt, de Sud énergie. Le syndicat est très présent dans les centrales nucléaires, sans se dire pour autant très favorable à l’énergie atomique. « Les politiques syndicales pro-nucléaires ont fait du mal aux salariés. Parce qu’avec de telles politiques, les salariés qui ne vont pas bien, on leur dit “ferme-la, sinon c’est la centrale qui va fermer“. » C’est évidemment la CGT qui est ici visée. « La CGT a toujours été favorable au nucléaire, confirme Fabienne Cru-Montblanc. Mais en disant que le nucléaire ne peut être pertinent qu’en étant adossé à d’autres sources de production électrique », ajoute-t-elle.

La plus grande fédération syndicale de France a vertement critiqué la loi de transition énergétique adoptée cet été. Celle-ci prévoit notamment d’atteindre 40% de la production d’électricité issue des énergies renouvelables en 2030, de réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité, de plus de 75% aujourd’hui, à 50% à l’horizon 2025, et de baisser de moitié la consommation d’énergie d’ici 2050. La CGT a dénoncé ces deux derniers objectifs comme arbitraires ou incohérents. Tout en demandant la création d’une véritable filière d’énergies renouvelables. « Nous n’avons toujours pas de filière éolienne et photovoltaïque nationale, nous avons une filière hydraulique, mais que nous sommes en train de privatiser. Si on ne fait aucun investissement dans les énergies renouvelables, ce n’est pas un modèle durable. »

De tels investissements auraient l’avantage de créer potentiellement des centaines de milliers d’emplois. Une étude du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired) chiffre à plus de 600 000 le nombre d’emplois qui seraient créés dans la transition énergétique si la France prenait le chemin du scénario de l’association Négawatt [1]. Nous en sommes loin. En 2014, l’Ademe comptait 83 000 emplois dans les énergies renouvelables en France, un chiffre qui a baissé depuis 2010, où le secteur employait près de 100 000 personnes [2]. Avec la chute du prix du baril, l’industrie pétrolière est en train de supprimer des dizaines de milliers d’emplois dans le monde. Le secteur nucléaire français emploie de son côté quelque 125 000 personnes [3]. Dans le secteur pétrolier, Total emploie un peu plus de 30 000 personnes en France, et a supprimé 5000 postes ces cinq dernières années. Par comparaison, en Allemagne, où les énergies renouvelables représentent aujourd’hui 27 % de la production électrique, plus de 370 000 personnes travaillent dans ce secteur. C’est dix fois plus que le nombre de travailleurs des mines de charbon allemandes.

 

Énergie propre ne signifie pas conditions de travail propres

Outre-Rhin, les grandes centrales syndicales ont fait leur transition énergétique il y a déjà plusieurs années. « Avant même la décision de sortir du nucléaire de Merkel, nous avons dit qu’il fallait mettre en lien la production industrielle avec les questions de politique environnementale et climatique. Ça s’est encore consolidé après Fukushima , explique Wolfgang Lemb, vice-président d’IG Metall, le puissant syndicat de l’industrie allemande. C’est certes parfois difficile de faire passer ça auprès de la base. Mais nous avons mis en place des groupes de travail sur le terrain. Pour que nos collègues qui sont délégués du personnel puissent faire des propositions concrètes, dans leurs entreprises, pour améliorer l’efficacité énergétique et les économies d’énergie dans la production industrielle. »

Depuis l’essor des énergies renouvelables, IG Metall s’est aussi lancé dans un travail de longue haleine pour syndiquer les salariés de ces nouvelles branches industrielles, en particulier dans l’éolien et le photovoltaïque. Et pour en améliorer les conditions de travail et de salaire. « Parce que le développement des énergies propres ne va pas toujours avec des conditions de travail propres », déplore Wolfgang Lemb. IG Metall représente aussi les travailleurs du nucléaire allemand. Ce qui ne l’a pas empêché de défendre la sortie de l’énergie atomique. « Il y a eu des conflits, se souvient le responsable. C’est normal quand un secteur industriel fait face à ce type de changement structurel, parce que c’est l’existence quotidienne des travailleurs qui est touchée. Je comprends donc nos collègues français sur le nucléaire, même si je ne pense pas que défendre le maintien de l’énergie atomique soit une position défendable pour l’avenir. »

La difficulté pour certains syndicats français à aller vers une énergie sans nucléaire résonne d’ailleurs avec les discussions qui divisent l’Allemagne sur le charbon. Houille et lignite représentent toujours 40 % de la production d’électricité allemande. Si IG Metall milite pour une sortie rapide de cette énergie extrêmement polluante et émettrice de gaz à effet de serre, ce n’est pas le cas des deux syndicats qui représentent les travailleurs des mines et centrales à charbon du pays [4]. Au printemps dernier, l’annonce d’une taxe sur les centrales à charbon les plus anciennes, qui aurait pourtant dû aider l’Allemagne à baisser ses émissions de gaz à effet de serre, avait poussé dans la rue des milliers de travailleurs du secteur. « Nous ne sommes pas tous d’accord sur le charbon, confirme Angelika Thomas, déléguée d’IG Metall au forum syndical de la COP. Le fait qu’à long terme, il faille passer aux d’énergies renouvelables, fait, je crois, consensus chez tous les syndicats. C’est l’échéance qui est discutée. »

Mais Wolfgang Lemb reste confiant : « Je crois qu’on va arriver à un consensus pour une sortie du charbon similaire à celui qui s’est dégagé sur le nucléaire. Tous les syndicats allemands sont déjà d’accord sur le fait que ce processus doit être accompagné politiquement. Pour que les employés de ce secteur se voient offrir un autre emploi, adéquat. » C’est la « transition juste » que la Confédération syndicale internationale veut voir figurer clairement dans l’accord qui sortira de la COP à la fin de la semaine. En attendant, en France, on en est très loin.

 

Rachel Knaebel

Photo : © Collectif a-vifs

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 14:18

 

Source : http://www.demotivateur.fr

 

 

Comment réagit-on lorsque quelqu'un nous dit que l'on est beau, ou belle ?

Une très jeune photographe de 18 ans, Shea Glover, a mené une expérience sociale doublée d'un travail photographique au sein de son Lycée de Chicago. Elle a demandé à des gens de poser devant son appareil et elle leur a dit, pour leur expliquer son projet, ces simples mots : "Je prends des photos de choses que je trouve belles".


Les réponses et les réactions sont extrêmement touchantes. Surtout, on voit que la véritable beauté vient dans ce regard qui s'illumine soudain, dans ce visage qui s'anime, dans le sourire qui vient dans un moment comme celui-la. "Je veux clarifier une chose", explique Shea sur son compte Youtube : "Mon intention n'est pas d'obtenir une réaction spécifique de ces gens. J'ai simplement voulu filmer la beauté... Et voici le résultat."

 


Shea Glover

Shea Glover

Shea Glover

Shea Glover

Shea Glover

Shea Glover

Shea Glover

Shea Glover


 

Et voici la vidéo !
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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 17:31

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Sommet citoyen

Malgré l’état d’urgence, le village mondial des alternatives a accueilli 30 000 personnes

par

 

« C’est vraiment une belle victoire », se réjouit Elise, alors que s’achève le Sommet citoyen pour le climat à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Sous le soleil hivernal et en dépit de l’état d’urgence, plus de 30 000 personnes ont participé les 5 et 6 décembre à un village mondial des alternatives initié par le mouvement Alternatiba, un Climat Forum porté par la Coalition climat 21, et un grand marché paysan. « Nous avons eu la confirmation de la préfecture jeudi soir pour la tenue des 240 conférences », précise Justine, impliquée dans l’organisation. L’état d’urgence faisait peser une épée de Damoclès sur l’ensemble des événements, depuis les attentats du 13 novembre à Paris. La détermination des mouvements à « proposer des contenus en-dehors de l’espace officiel de la COP21 » a été fructueuse.

 

 
« Construire et avancer ensemble »

Près de 300 stands se sont installés dans les rues de Montreuil libérées des voitures. Alimentation et agriculture, climat et énergie, éducation et mobilité, droits, solidarités et migrations... Onze quartiers thématiques, ponctués d’ateliers pratiques comme des fablabs, des ateliers de réparation vélos ou d’édification de murs en paille. Reconnaissables à leurs gilets verts, un demi millier de bénévoles ont orienté les visiteurs au milieu des « vraies solutions à la crise climatique ». Alors que des trocs de graines s’organisent sur fond de batucada, une démonstration de construction en chanvre est à l’œuvre. Plus loin, un grand jeu de l’oie sur les banques éthiques et les monnaies locales attire les chalands. Ici et là, on expérimente, on joue, on chante et on débat, notamment sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes jugé

 

« climaticide ».

 

La spécificité de ce village mondial ? « Il rassemble des personnes venues de toutes les villes et régions qui ont initié la centaine de villages des alternatives créés depuis deux ans », précise Elise, l’une des coordinatrices. Chaque groupe local membre du mouvement Alternatiba est venu ce week-end présenter un projet issu de la dynamique locale. Celui de Saint-Quentin-en-Yvelines a par exemple présenté Enercity78, leur coopérative citoyenne de production

 

d’énergie.

 
Un sommet international pour lutter contre l’évasion fiscale

Point d’orgue symbolique du village éphémère : la tenue du « sommet des 196 chaises ». Comme vous l’a relaté Basta ! ces derniers mois, un mouvement de réquisition citoyenne de chaises au sein d’agences bancaires dénonce l’évasion fiscale. Alors que les 196 États (et groupe d’États) de la 21e conférence des parties sur le changement climatique (COP21) communiquent sur leurs difficultés à trouver des financements pour l’adaptation climatique des pays du Sud, les mouvements sociaux rappellent que cet argent se trouve dans les paradis

 

fiscaux.

 

Ce 6 décembre, ce sont donc 196 délégués de la société civile du monde entier, représentant une diversité de cultures et de mouvements engagés dans la lutte contre les dérèglements climatiques, qui ont siégé à Montreuil. Ils ont proclamé les « solutions des peuples pour financer la transition » : taxe sur les transactions financières, taxe carbone, restructuration des dettes publiques, désinvestissement des combustibles fossiles... Ce sommet s’est conclu par un appel à étendre au plan international la réquisition citoyenne de chaises [1].

 

 
Rendez-vous le 12 décembre

C’est à la Parole Errante, un espace culturel alternatif, que se clôt le sommet citoyen. Pour le mouvement Alternatiba, ces deux journées sont la preuve que « la société civile mondiale met déjà en œuvre des milliers d’alternatives concrètes permettant de résoudre la crise climatique ». Alors que les négociations au Bourget ne semblent pas se diriger, pour l’heure, vers un accord ambitieux et contraignant, Juliette Rousseau, coordinatrice de la Coalition Climat 21 met l’accent sur l’importance de faire grandir un véritable mouvement pour la justice climatique. « Dans ces moments d’adversité absolue, il nous faut pousser la transition dans nos pratiques, souligne t-elle. La question de fond, c’est comment on veut vivre tous ensemble dans un futur désirable ». Une question épineuse : le soir-même, le parti politique le plus hostile à l’écologie et au « vivre ensemble » arrivait en tête du premier tour des élections régionales.

 

 

La prochaine mobilisation est fixée le 12 décembre à midi à Paris, au lendemain de la clôture de la COP21. A l’initiative de l’ONG 350.org, des milliers de personnes portant un vêtement de couleur rouge devraient converger vers un lieu symbolique de Paris « dans une action de solidarité pacifique et stimulante ». Ce rassemblement doit former une ligne rouge géante symbolisant les limites à ne pas franchir pour protéger le climat [2].

 

Texte : Sophie Chapelle
Photos : © Jean de Pena / Collectif à-vif(s)
Sauf photo de l’ange avec sa chaise : © Jean-Paul Duarte / Collectif à-vif(s)


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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 22:47

 

 

Les membres du Bureau de A.R.B.R.E.S.

(et nous-même)

vous recommandons

 

la projection du film DEMAIN
 
 
actuellement sur les écrans du Sémaphore à Nîmes.

 

 


Voir le film annonce :
http://www.demain-lefilm.com/

 

 

 
Sortie le (1h 58mn Directed by Cyril Dion, Mélanie Laurent Avec unknown actors Genre Documentaire Nationality Français
 
Et si montrer des solutions, raconter une histoire qui fait du bien, était la meilleure façon de résoudre les crises écologiques, économiques et sociales, que traversent nos pays ? Suite à la publication d’une étude qui annonce la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100, Cyril Dion et Mélanie Laurent sont partis avec une équipe de quatre personnes enquêter dans dix pays pour comprendre ce qui pourrait provoquer cette catastrophe et surtout comment l'éviter. Durant leur voyage, ils ont rencontré les pionniers qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. En mettant bout à bout ces initiatives positives et concrètes qui fonctionnent déjà, ils commencent à voir émerger ce que pourrait être le monde de demain…
 
Pour accéder au programme et horaires du Sémaphore :
 
 
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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 19:05

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Relocalisation

Ardelaine, la coopérative qui voulait reconstruire une filière textile locale

par

 

 

 

De la tonte en passant par le cardage, le filage, le tissage, c’est toute une filière laine que la coopérative Ardelaine, fondée en 1982, a patiemment remontée, à Saint-Pierreville, en Haute Ardèche. Literie, pulls, robes, chaussettes... sont fabriqués dans cette coopérative, où l’on expérimente depuis plus de trente ans d’autres manières de travailler et de faire vivre l’économie sur un territoire. Reportage chez les « moutons rebelles » à l’heure où la relocalisation de l’économie revient dans le débat politique.

 

Cet article a initialement été publié dans le journal CQFD(voir ci-dessous).

 

C’est la Fête de la laine et il règne une ambiance de calme avant la tempête sur le site d’Ardelaine. Nous sommes en plein été. Des moutons en carton, recouverts de laine de toutes les couleurs, pendent à la pergola du café, des fanions flottent dans l’air qui promet d’être caniculaire... Bien vite, les premiers visiteurs arrivent en famille. Devant son stand, Flavien m’accueille : « Avec cette chaleur, ce ne sera pas facile de vendre nos gros pulls ! Mais l’essentiel n’est pas là. » Non, l’essentiel est ailleurs. Comme toujours.

Béatrice Barras, fait partie du petit groupe des origines : cinq jeunes amis – instituteur, mécanicien, architecte, orthophoniste...– qui, au début des années 1970, réfléchissent à ce que devrait être, selon ses mots, « la vraie vie ». Ils sont « titillés par une forte envie de monter un projet économique » viable et alternatif (à une époque où le mot n’est pas encore galvaudé). Et il y a l’Ardèche, cet arrière-pays très pauvre, qui périclite, dont le travail et les savoir-faire disparaissent : « Un tiers monde à côté de chez-soi. On avait envie d’y faire quelque chose de concret, d’être dans l’action. »

 
Reconstruire toute une filière économique locale

En 1975, une rencontre va tout changer, avec une ruine : l’ancienne filature de laine du village de Saint-Pierreville s’effondre et tombe littéralement dans la rivière. À cette époque, les bergers du coin pensent que la laine, c’est fini – et la jettent, littéralement, à la rivière. Ils n’arrivent même plus à trouver des tondeurs dans ces montagnes. L’industrie textile, toujours à la pointe du capitalisme globalisé, déjà largement concentrée dans les centres urbains, se délocalise maintenant de plus en plus loin, en Asie particulièrement.

Le tissage, surtout celui de la laine des campagnes, a vécu son temps, croit-on. Mais Béatrice et ses amis, eux, se disent qu’ils n’ont qu’à essayer ! Reconstruire la filature, remonter toute une filière laine locale, circuit de commercialisation compris... Redonner un débouché pour les éleveurs de mouton et plus de vie à un village qui s’éteint doucement. « L’idée fondamentale, c’était de monter une activité économique alternative, empreinte de la critique du capitalisme, du salariat, de l’industrie... On voulait aussi que ce soit écologique. On se disait que la société allait droit dans le mur. Tout était à repenser ! »

Jusqu’en 1982, ils vont se préparer. « Tout en continuant à travailler à côté, mais le moins possible, on a commencé à apprendre, à se former. On n’y connaissait rien ! Le plus important, ça a été que, pendant toutes ces années, notre groupe est resté uni, solidaire. C’était pas facile, mais on n’a pas laissé tomber. » On imagine les critiques, les propos défaitistes des uns et des autres que ces obstinés de la laine ont dû endurer patiemment. Et puis... « C’est parti ! » La Scop Ardelaine voit enfin le jour : premières tontes des moutons, premiers fils de laine qu’ils allaient, fièrement, montrer aux éleveurs, premières productions de literie. C’est aussi cette année-là que la population du village cesse de décroître.

 
Objectif premier, le développement rural 

Les premiers temps sont durs – forcément. Les ventes sur les marchés du coin pas très convaincantes. Alors, « pourquoi ne pas se tourner vers la ville ? » Avec la participation dans les salons « écolos » type Marjolaine à Paris ou Primevère à Lyon, mais aussi en Europe, à Bologne, Madrid, les ventes marchent tout de suite bien mieux. La mode de l’écologie vient à point nommé pour les premiers coopérateurs d’Ardelaine. Et la vente par correspondance explose.

Mais quand une entreprise japonaise a voulu passer des commandes massives, ils ont mis le holà. « Ça serait devenu totalement un autre modèle. On a refusé. Il aurait fallu industrialiser, s’installer dans la vallée... L’objectif premier, c’est le développement rural ! » Mais aussi la transmission. Le site de Saint-Pierreville est ainsi devenu un musée vivant, accueillant le public pour des ateliers et des visites. Un café-librairie et une conserverie sont bientôt créés. Et sur le gâteau, La cerise sur l’agneau, un restaurant, à la cuisine forcément bio et locale, sous forme de « Scop fille » depuis 2010.

 

Fonctionnement coopératif et démocratique

À ce jour, Ardelaine emploie une cinquantaine de personnes, soit quarante équivalents temps-plein, principalement sur le site de Saint-Pierreville, mais aussi dans une Zup (Zone à urbaniser en priorité) de Valence, où se fait la conception des vêtements avec des assos locales et des jardins partagés. « C’est une aventure autre, explique Béatrice. Et en plus, ça nous amusait d’aller aussi dans les cités. Le développement local, c’est partout, et pas que dans le monde rural. Reprendre son économie en main, son mode de vie, sa sociabilisation : ça concerne tout le monde. »

Flavien, 26 ans, est un tout nouveau employé sur le site de Saint-Pierreville. Ce Vendéen, après des études de commerce, et des petits boulots, se fait embaucher pour un stage. Aujourd’hui, le « petit nouveau » semble déjà parfaitement à l’aise dans son nouveau cadre de vie. « J’ai passé d’abord 15 jours, en février, à tout découvrir : le village, le site, les différents corps de métier... Et puis l’esprit de la Scop, cette façon de travailler. Et tout me plaisait. Ensuite, j’ai fait le salon Primevère à Lyon , explique-t-il [1]. C’est le cœur de mon métier ici : je suis à la vente, je m’occupe des salons. J’adore ça, le contact avec les clients, leur expliquer Ardelaine et comment on produit les pulls, les matelas. Et puis aussi être en itinérance. Je travaille également à l’atelier couettes et oreillers. J’ai appris à me servir d’une surjeteuse. En juin, je passe trois semaines à la collecte de laine avec le tondeur. Ça représente 50 tonnes de laine par an. »

Concrètement, Ardelaine est une Scop avec tout ce que cela implique légalement : le partage des éventuels bénéfices en priorité par les salariés : 45% pour les employés, 45% en réserve pour les investissements futurs et 10% pour la rémunération du capital, c’est-à-dire les coopérateurs. Cela implique aussi la nomination d’un PDG. Béatrice précise : « Il joue un rôle stratégique qu’on apprécie... mais il fait aussi de la maçonnerie ! »

 
Des salariés sur un pied d’égalité

L’organisation quotidienne du travail est surtout décidée par les équipes elles-mêmes, en petits groupes de quatre à six personnes par pôle de production. Ils gèrent leur temps, s’organisent, se répartissent les tâches... « On prend conscience de ce qu’on fait, nous explique Flavien. On bosse pour nous, comme il n’y a pas de patron et que les bénéfices sont pour les employés, ça change tout. On gère nos heures. Chacun se fait confiance, s’entraide. Il n’y a pas de surveillance, et on a vachement plus de plaisir à travailler. »

« On est partis sur un pied d’égalité dès le début. Et ça n’a jamais été remis en question », précise Béatrice. Tout le monde est au Smic, à part ceux qui sont légalement reconnus comme cadres, et qui gagnent un peu plus, afin de compenser des charges salariales supérieures. La principale critique émise à l’encontre d’Ardelaine reste le prix de vente des produits. Entre 800 et 1 500 euros pour un matelas pure laine... Cela peut sembler outrageusement cher. Encore une entreprise uniquement au service des bobos des villes dont les employés ne peuvent même pas s’acheter ce qu’ils produisent ? « Volontairement, on achète la laine à un prix supérieur à celui du marché pour que les éleveurs puissent vivre de leur travail. Et puis notre but, c’est de créer de l’emploi, non industrialisé, artisanal... Alors oui, les salaires, ça coûte cher. Les prix de nos produits viennent de là. Bien sûr, si on s’installait dans la Vallée du Rhône, et qu’on sous-traitait au Bangladesh, ça serait moins cher. Mais alors, à quoi bon ? », questionne Béatrice.

 
Une autre répartition des richesses et du travail

Pour Flavien, cela va même plus loin. « Moi, ici, avec le Smic, je vis très bien. J’ai un petit loyer, je suis dans un groupement d’achat avec d’autres habitants du village, et il y a moins de tentations qu’en ville. Alors, je peux me payer les trucs d’Ardelaine. C’est un investissement aussi : nos matelas ils te durent une vie, les pulls plusieurs années. C’est plutôt ce qu’on fait de notre argent, comment on le dépense, qui marque la différence. »

Ardelaine se développe à son rythme, ne recevant d’aides publiques qu’à hauteur de 10% lors des grands travaux de construction (le restaurant, le bâti). « Aujourd’hui, conclut Béatrice, on pense souvent aux Scops dans le cadre des reprises d’entreprises en difficulté. Et pourtant, nous avons monté la nôtre ex nihilo. C’est faisable. C’est un autre projet social, une autre répartition des richesses et du travail. »

 

Julien Tewfiq (CQFD)

Photo : Chairecoop, Ardelaine et artgraphique.org

 

- Le site d’Ardelaine
- Beatrice Barras, Moutons rebelles. Ardelaine, la fibre développement local. Vers une coopérative de territoire, 2014, Editions Repas


Cet article est tiré du numéro de septembre du journal CQFD :

Le gigantesque réseau coopératif de Cecosesola au Venezuela, La conquête du pain, boulangerie bio et autogérée de Montreuil, ou encore Aureasocial, cœur barcelonais des coopératives intégrales catalanes : les diverses formes de l’expérience autogestionnaire et autres réseaux coopératifs ont toujours retenu notre attention à CQFD. Repenser la machine en se la réappropriant, voici ce à quoi invite ce courant de pensée. Tous consommateurs, tous producteurs : la solidarité naîtra de l’échange des produits et de la réciprocité des services, pensait le communard Eugène Varlin.

Au-delà de ces questions, c’est la transformation de la vie quotidienne de chacun et chacune des protagonistes qui s’expriment dans ce dossier. Remettre en cause les hiérarchies, les inégalités, la séparation entre une classe de maître et une classe de bras : ne plus être un « robot qu’on actionne ». Ne pas s’enfermer dans le cauchemar de Don Quichotte et reprendre prise sur nos vies, ces deux mots d’ordre ne font qu’un. Ça vaut le coup d’essayer !

A lire sur la coopérative Ardelaine : Moutons rebelles, Ardelaine, la fibre développement local, Béatrice Barras, éd. REPAS.

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