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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 17:19

 

Source : https://www.bastamag.net

 

Travailler autrement

Loin de l’agrobusiness, une coopérative favorise l’alimentation solidaire et l’économie locale

par

 

 

 

 

Structurer une filière de l’alimentation locale et biologique, depuis la transformation jusqu’à la distribution des aliments. C’est tout l’enjeu du Groupement régional alimentaire de proximité (Grap), une coopérative lyonnaise autour de laquelle gravitent des épiceries, des magasin de producteurs, des restaurants, des boulangers… Ensemble, ils mutualisent des moyens, s’entraident, se forment, le tout dans un état d’esprit d’économie solidaire. Et lancent de nouveaux projets avec la volonté que la consommation responsable change d’échelle. Reportage auprès de professionnels engagés.

Ici, pas de concurrence. Ni de célébration du self made man. On préfère la coopération et la solidarité : mutualiser un comptable, partager un logiciel informatique, se prêter un véhicule, plutôt que de se réjouir des difficultés d’autrui. Ici, c’est le « Grap ». Entendez « groupement régional alimentaire de proximité ». « Un groupement des gens qui entreprennent dans le secteur de l’alimentation biologique et locale en région Rhône-Alpes, dans un esprit social et solidaire », explique Kévin Guillermin, l’un de ses fondateurs. Le Grap est constitué en société coopérative d’intérêt collectif (Scic). « Plutôt que d’enchainer les heures, seul, on se met à plusieurs pour se sentir moins isolé, pour mutualiser les services, les moyens, se dégager du temps, et ne pas s’éparpiller. »

 

La coopérative regroupe déjà treize activités économiques – cinq épiceries bios, deux boulangers, deux restaurants, un magasin de producteurs, une structure de paniers bios, un agent commercial en vins naturels, une importatrice de produits méditerranéens. Leur point commun ? Un état d’esprit solidaire et coopératif, et une volonté de s’approvisionner en produits locaux et biologiques, via des filières courtes de préférence. Le groupement fédère toutes les activités du secteur de l’alimentation, à l’exception de la production agricole. Chacun paie une contribution en fonction de la richesse créée, pour accéder aux services proposés par le Grap. « Cela représente environ 15 % de la valeur ajoutée », précise Kévin Guillermin.

 
S’entraider et mutualiser, mais pas seulement

A quoi cette contribution sert-elle ? Les membres du Grap bénéficient de trois types de services. D’abord en gestion, en comptabilité ou en administration (contrats de travail, déclarations Urssaf, émission des fiches de paie...) ; ensuite une mutualisation des services informatiques (centralisation des commandes, bases de données...) ; enfin, un pôle se concentre sur l’accompagnement de l’activité (formations, stratégie, médiation). Depuis son lancement en janvier 2013, cette société coopérative d’intérêt collectif emploie quatre équivalent temps plein.

« Au delà des services que l’on propose, nous cherchons un effet vertueux, que les professionnels s’entraident », complète Kévin Guillermin. Prêt de véhicules entre adhérents, mutualisation de lieux de stockage... «  Il y a notamment un agent commercial en vin et bio. Les épiceries du groupement le consultent pour savoir comment élaborer leurs gammes de vin, illustre Kévin. Favoriser cette solidarité a du sens et les activités ont tout à y gagner. » Le périmètre de Grap est volontairement régional – 150 kilomètres autour de Lyon environ – afin de favoriser la synergie entre les différentes activités de la coopérative.

 
« Un supermarché en super mieux »

Marie qui gère le magasin Prairial, une épicerie coopérative bio installée à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, est régulièrement en contact avec les autres épiceries adhérentes. «  On se file les bonnes infos, on fait aussi un point toutes les six semaines pour améliorer les référencements de nos produits et le rapport qualité-prix, illustre-t-elle. Par exemple, nous commandons tous chez le même grossiste ce qui allège les coûts pour tout le monde. Et puis le fait d’aller le visiter ensemble nous donne plus de poids et de crédibilité. » Sans l’appui du Grap, il n’est pas sûr que le magasin bio, une ancienne coopérative de consommateurs créée il y a 40 ans, aurait pu se développer. « Même si nous sommes très motivés, ce n’est pas possible de tout apprendre du jour au lendemain. » L’accompagnement comptable ou juridique a été d’une grande aide. Avec ses associés, Marie a le projet de faire du magasin un lieu de vie et d’échanges, et pas seulement de consommation.

L’enjeu est aussi d’expérimenter de nouveaux projets. C’est le cas avec la super Halle de Oullins, une initiative à laquelle participe le Grap sur le plan financier, juridique et commercial. Ouvert depuis février 2014 dans le sud-est du Rhône, ce supermarché rassemble dans un même lieu un magasin de producteurs en vente directe, une épicerie de produits biologiques et un espace traiteur et restauration. « Comme un supermarché en super mieux ! », clame le slogan affiché par la halle hors-norme.

 

 
Même sans expérience, c’est possible

« La super Halle, c’est un projet monté sur 18 mois au cours desquels tout est allé très vite, explique sa coordinatrice Johanne Ruyssen. Par ses compétences techniques, le Grap a mesuré les risques et réalisé un business plan. Il était là pour canaliser, réorienter, poser les bonnes questions... En bref, nous aider à lever le nez du guidon. » Avec la volonté, malgré le changement d’échelle, de préserver la qualité des aliments tout en donnant la possibilité aux producteurs de libérer du temps.

Se lancer dans un projet d’activité économique, « c’est une démarche solitaire, cela peut être anxiogène », prévient Kévin Guillermin. « Tout l’enjeu c’est de trouver des cadres qui fassent que l’entrepreneuriat soit possible et accessible. » Deux jeunes de 22 et 25 ans ont été accompagnés pour reprendre une épicerie en Haute-Loire. « Le commerce, ça ne s’improvise pas, souligne Patricia, co-gérante de l’épicerie Cœur d’Artichaud. La méthodologie proposée par le Grap rassure les nouveaux entrepreneurs. Cela permet de se connaitre aussi, de se dépasser parfois, de s’adapter, de changer aussi et puis d’avoir une meilleure estime de soi tout en participant à un changement de mentalités ». A la Halle de Oullins, deux gérantes ont été recrutées « sans avoir d’expérience dans le milieu ».

 
Un effet levier pour l’économie sociale

Autre défi : que chacun puisse continuer ensuite à se former. « Imaginez une personne motivée qui monte son épicerie et qui se retrouve à tenir une caisse. Quelles perspectives lui offrir ensuite en termes de mobilités professionnelles ? », pointe Kevin Guillermin. C’est la raison pour laquelle le Grap propose des formations en hygiène et sécurité alimentaire, en gestion financière et en œnologie.

D’autres formations pourraient suivre, à condition de surmonter certains obstacles, comme des frais de fonctionnement assez lourds au départ. Si son équipe parvient désormais à se rémunérer, l’objectif pour le groupement est d’être à l’équilibre d’ici fin 2016. Le GRAP perçoit notamment des financements publics pour développer le projet [1]. « Soutenir le Grap revient à aider plusieurs activités, c’est un projet levier, défend Kevin Guillermin. Nous voulons faire la démonstration de notre propre modèle avant d’envisager de l’essaimer dans d’autres secteurs. »

Texte et photo de une : @Sophie_Chapelle

- Plus d’infos : www.grap.coop, Prairial et la Super Halle

- Lire aussi notre article sur les coopératives d’activités et d’emplois

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 17:09

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

Témoignages #OnVautMieuxQueça

« C’est confirmé : je suis plus utile au chômage »

par

 

 

 

Notre société est obnubilée par un seul objectif : le plein emploi. Qu’importe si les activités créées sont utiles ou pas à la société, voire nuisibles. Donner du sens au travail semble devenu très secondaire. « Du point de vue des gens "modernes" comme monsieur Macron, je suis actuellement un poids, je ne produis pas, je suis une charge qui vit aux crochets d’un système trop généreux. C’est bizarre, il me semble pourtant n’avoir jamais autant servi notre société », explique Jérôme Choain, un ingénieur qui a décidé de vivre et travailler autrement. Témoignage.

J’ai écrit en novembre 2013 un article intitulé « Je serais tellement plus utile au chômage ». Je ne sais pas pourquoi mais ce billet connaît une deuxième vie ces jours-ci, j’ai plein de retours, demandes de reprise, d’interviews…

Étrange, je pensais justement à écrire une suite depuis quelques temps.

Nous y voilà.

J’ai écrit ce précédent billet alors que je travaillais dur sur un projet. J’étais employé. C’était intéressant et bien payé. Mais inutile pour le commun.

Depuis, j’ai connu pour la première fois de ma vie le chômage après 20 ans d’emploi ininterrompu. Je ne suis plus employé, et heureusement, je travaille tout le temps.

Je me lève à 6 h pour déjeuner avec ma fille lycéenne qui doit prendre un bus très tôt, car on coupe dans les budgets de transports scolaires dans ma campagne. Ensuite, j’emmène mon collégien au collège, puis mon écolier à l’école.

Le samedi, je me lève aussi parce qu’on a école le samedi matin dans mon village et que je vais donner des cours bénévoles d’informatique et de culture numérique. Car les services publics ne le feront pas.

Les nuits ne sont pas non plus de tout repos. Nous sommes famille d’accueil. Crois-moi, monsieur le réformateur, il paraît que je suis « inactif », mais la grasse matinée, ce sera pour une autre vie.

Mes journées sont bien pleines. J’aide des associations, j’essaye d’apprendre aux gens comment collaborer via internet, je leur fais des sites web, je dépanne les PC vérolés, je développe un outil de gestion de documents en ligne pour l’école, j’ai monté un site pour l’organisation de l’aide aux réfugiés dans le Morbihan, j’aide qui je peux. Un chouette boulot. Un vrai travail. Pas un emploi.

Tout cela est bien modeste, mais toutes ces petites choses me semblent utiles au commun, au développement de notre commune.

Il va falloir que j’arrête tout ça. Et c’est dommage parce que ce travail me plaît vraiment. Si j’avais par exemple un salaire à vie ou un revenu de base, je pourrais certainement m’y épanouir. En fait, je travaille pour un peu tout le monde, mais surtout pour des gens qui ne pourraient pas se payer mes services, alors qu’au final, c’est l’intérêt de tous.

J’ai essayé d’imaginer des façons d’exercer ce type d’activité tout en pouvant en vivre dans le système actuel. Je n’ai pas trouvé. Je pense notamment à l’éducation populaire au numérique qui me semble un chantier astronomique et essentiel. C’est évidemment sans espoir. On va vers une fermeture de notre bureau de Poste, l’école est menacée de perdre une classe, partout les budgets sont restreints, il parait qu’il faut être « réaliste », alors mes lubies d’émancipation citoyenne, ce n’est pas exactement une priorité.

J’ai même postulé pour un poste d’animateur d’atelier numérique proposé par la communauté de communes. Quelques heures sur six mois payées le minimum, mais je voulais en profiter pour les rencontrer. Ils ont dû trouver ça rigolo un ingénieur encravaté qui vient essayer de piquer le job à temps partiel d’un agent territorial catégorie C. Je n’ai pas été retenu, il semble que nous étions nombreux sur la liste. Et donc, tous ces gens qui pourraient en former d’autres ne le feront pas, parce que il n’y a pas d’emploi pour ça. Ils vont rester chez eux et chercher un autre job, peut-être un job à la con. C’est ballot.

Aujourd’hui, j’ai des opportunités de reprendre une activité « confortable ». Et je vais le faire. Parce que je ne suis pas un héros, j’ai un crédit à payer, je ne peux pas me permettre de consacrer ma vie à un rêve d’utilité, il me faut être rentable.

Je vais penser à mon intérêt privé, mais je ne ferai pas semblant de croire que l’amélioration de ma condition bénéficiera au final à la collectivité.

Du point de vue des gens « modernes » comme monsieur Macron, je suis actuellement un poids, je ne produis pas, je suis une charge qui vit aux crochets d’un système trop généreux. C’est bizarre, il me semble pourtant n’avoir jamais autant servi notre société. Mais notre société n’aura à nouveau d’estime pour moi que si je reprends un emploi de col blanc pour mon profit et celui du grand capital…

Tout cela est bien médiocre. C’est notre système. Je continuerai à essayer de le changer à mon humble niveau car comme disent nos amis youtubeurs, « on vaut mieux que ça ». Disons que c’est mon témoignage.

Tiens, ce monsieur me semble bien proche de mes opinions :

 

 

À propos des alternatives à cette médiocrité, je vous invite à écouter Carole Fabre, co-fondatrice du Mouvement français pour le revenu de base, et Bernard Friot, sociologue et économiste, membre du Réseau salariat, défendre respectivement le revenu de base et le salaire à vie.

Jérôme Choain

Voir le blog de l’auteur

Vidéo : Alain Deneault, docteur en philosophie de l’université Paris-VIII et enseignant en science politique à l’Université de Montréal, « Notre organisation du travail nous conduit à la médiocrité », intervention lors de l’émission de France 2 Ce soir (ou jamais !) du 04/03/16 sur le thème « La loi Travail, un débat historique ? ».

Photo : Les Temps modernes de Charles Chaplin

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 17:48

 

Source : http://reporterre.net

 

 

Comment vaincre la résistance aux antibiotiques ? Par la « phagothérapie »

18 février 2016 / Alain Dublanchet, Olivier Patey et Michèle Rivasi
 

 

 

Devant la multiplication préoccupante des résistances aux antibiotiques, les auteurs de cette tribune défendent le recours aux bactériophages, des virus infectant les bactéries pathogènes. Un colloque se tient aujourd’hui sur cette alternative.

 

Alain Dublanchet est microbiologisgte au centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges, Olivier Patey est médecin infectiologue au centre hospitalier intercommunal de Villeneuve-Saint-Georges et Michèle Rivasi est députée européenne EELV, professeure agrégée en biologie. Ils participent à un colloque sur ce thème jeudi 18 février.


L’étude Burden BMR, conduite par l’Institut national de veille sanitaire et remise en septembre 2015 à la ministre de la Santé, a permis de mesurer les conséquences de l’antibiorésistance, qui provoquerait 13.000 décès par an en France. Les prévisions pour les années à venir prévoient une explosion du nombre de victimes. Or, la phagothérapie peut être une réponse pour lutter contre ce nouveau fléau.

Les bactériophages (ou phages) sont des virus qui attaquent les bactéries, qu’ils reconnaissent spécifiquement, pour les tuer. La phagothérapie est l’utilisation de ces virus particuliers pour traiter certaines maladies infectieuses bactériennes. Bien que largement utilisée avant la découverte des antibiotiques, la phagothérapie a été abandonnée par les pays occidentaux, séduits par les avantages de l’antibiothérapie. Depuis environ une décennie, la réintroduction des phages est repensée face à l’évolution de la multirésistance des bactéries et à l’absence de développement de nouveaux antibiotiques.

 

Il n’a jamais été signalé d’effets secondaires graves dans l’organisme soigné

La recherche s’accélère et les résultats s’accumulent. Avec l’aide de la biologie moléculaire, qui s’est développée grâce aux phages, on découvre aujourd’hui des propriétés intéressantes chez ces virus bactériens « mangeurs de bactéries ». Dans ce contexte, il est envisagé de réhabiliter la phagothérapie dans le domaine médical mais aussi vétérinaire, agricole ou même environnemental. Uniquement adaptés aux bactéries pathogènes que l’on souhaite attaquer, les phages thérapeutiques ne détruisent que les bactéries nuisibles et respectent les bactéries utiles, à l’instar des flores bactériennes nécessaires au bon fonctionnement d’un organisme. C’est pourquoi il n’a jamais été signalé d’effets secondaires graves dans l’organisme soigné. Les phages agissent rapidement et se répliquent en présence de la bactérie cible. La phagothérapie pourrait donc être utilisée dans le cas d’infections bactériennes en impasse thérapeutique pour cause de multirésistance aux antibiotiques.

 

JPEG - 27.8 ko
Des phages lambda s’attaquant à une bactérie Escherichia coli.

En 2012, dans un rapport, le Centre d’analyse stratégique proposait de « clarifier le statut réglementaire de la phagothérapie et de mettre en place un programme de recherche afin d’évaluer son potentiel thérapeutique ». Sans attendre cette clarification, des initiatives publiques et privées ont été prises pour concevoir des médicaments conforment qui utiliseraient les phages. Dans le monde, il faut signaler que certains pays de l’Europe de l’Est n’ont jamais abandonné la phagothérapie même s’ils ont aussi adopté l’antibiothérapie considérée, à juste titre, comme l’un des plus grands succès du monde occidental.

 

Des assemblages complexes, hétérogènes et variables 

On peut citer le cas de Serge X., victime d’un accident de la route en 1975. Opéré pour une fracture ouverte du tibia, qui a nécessité la pose d’une plaque puis une greffe osseuse un mois plus tard, il a vu sa plaie s’infecter et une ostéite se déclarer, ce qui a conduit au retrait de la plaque et à une immobilisation pendant neuf mois, suivie de multiples rechutes et longs séjours à l’hôpital. Serge X. a appris, après 35 ans d’évolution, qu’il était infecté par un staphylocoque doré impossible à traiter et qu’il lui faudrait envisager l’amputation… C’est alors qu’il a découvert une thérapie ancienne encore pratiquée en Géorgie : la phagothérapie. Il a décidé de partir se faire soigner dans le centre médical de Tbilissi en novembre 2012. Il en est revenu très amélioré. Ce cas n’est pas le seul, plusieurs malades ont tenté leur chance dans un tourisme médical qui ne peut être recommandé et ne doit pas perdurer, car les frais sont entièrement à la charge des malades, dont le déplacement n’est pas toujours possible ni recommandé. Ainsi est-il urgent de légiférer sur la phagothérapie afin de définir un cadre légal et de prévoir un programme de recherche soutenu par les autorités publiques.

La phagothérapie a été introduite avant l’essor de l’industrie pharmaceutique, qui a développé des médicaments chimiquement définis, ce qui autorise des études pharmacologiques précises (dosage et diffusion) et permet de codifier les traitements...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://reporterre.net

 

 

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 16:21

 

Source : http://www.nonfiction.fr/article-

 

 

SÉRIE – Imaginer la fin du travail, au-delà de « Trepalium »

 

Yannick RUMPALA

[mercredi 17 février 2016 - 14:00

 

 

Arte a entamé ce jeudi la diffusion de Trepalium, une série d’anticipation qui imagine un monde largement dégagé du travail – pour le pire plutôt que pour le meilleur. Sur le même thème, Cory Doctorow publiait en 2003 Dans la dèche au Royaume Enchanté, un roman futuriste qui envisageait plus radicalement les possibilités ouvertes dans une économie post-rareté et post-travail. Sans travail, c’est peut-être tout un système de valeur qui serait amené à changer.

 
 

Imaginer la fin du travail peut produire des résultats angoissants. La série télévisée Trepalium actuellement diffusée sur Arte en est une expression. Dans le monde décrit, la très grande majorité de la population (80 %, nous dit-on) en est réduite à rêver de pouvoir décrocher un emploi. Un mur a même été construit pour assurer une relative tranquillité aux « Actifs » de la « Ville », maintenant donc les autres dans la « Zone », avec pour maigre espoir de pouvoir éventuellement être sélectionné(e)s pour un « emploi solidaire » (la dernière mesure gouvernementale pour essayer de calmer la révolte montante). Certes, la série, à cause de ses résonances éminemment actuelles, peut faire réfléchir, mais, à cette aune, son potentiel peut paraître limité. Plutôt que ce traitement faussement subversif (et esthétiquement peu inventif), peut-être aurait-il mieux valu une fiction plus risquée, où le travail n’est plus la valeur centrale. Tant qu’à faire dans la fiction spéculative, autant quitter la facilité dystopique, a fortiori si elle est une pâle extrapolation de l’épuisement des sociétés industrialisées et du modèle fordiste (voire une manière de préparer les esprits à une inéluctabilité des « réformes structurelles », sous peine d’en arriver un jour à ce type de futur repoussant).

 

Par contraste, peut-être que le format littéraire permet d’aller explorer des territoires imaginaires plus inspirants. Après tout, la question du travail et de son devenir est aussi déjà présente dans la science-fiction  . Dans le roman intitulé Dans la dèche au Royaume Enchanté , Cory Doctorow part d’un postulat plus radical. C’est même la première phrase du livre : « J'ai vécu assez longtemps pour voir le remède à la mort, assister à l'ascension de la Société Bitchun, apprendre dix langues étrangères, composer trois symphonies, réaliser mon rêve d'enfance d'habiter à Disney World et assister non seulement à la disparition du lieu de travail, mais du travail lui-même ». Dans le futur ainsi imaginé, les accidents de la vie ne sont plus à craindre : la mémoire de chaque individu est en effet régulièrement sauvegardée et, en cas de problèmes physiques à l’issue potentiellement fatale, elle peut être réintégrée dans un nouveau corps déjà cloné, donc rapidement disponible (une variante du « mind uploading »). Les systèmes productifs étant suffisamment développés et les principaux besoins existentiels apparemment satisfaits, hommes et femmes sont dans une situation où ils n’ont plus d’obligation de travailler. Libérés de beaucoup de contraintes matérielles, ils peuvent alors consacrer leur temps à des activités plus ou moins ludiques. L’action du roman se passe principalement à Disney World, où les protagonistes sont surtout occupés à restaurer et développer des attractions du parc. Leurs journées sont au total loin d’être vides et, de fait, les personnages suivis investissent beaucoup d’énergie dans l’entretien de ces attractions.

 

Derrière l’intrigue (en gros, la rivalité entre les groupes gérant des attractions concurrentes), les lecteurs peuvent ainsi voir fonctionner des modalités différentes d’organisation sociale. Avec pour les individus des soucis différents. En l’occurrence, dans la société dépeinte par Cory Doctorow (la « Société Bitchun »), l’argent n’a plus d’utilité. Ce qui compte en revanche, c’est le « whuffie », une espèce d’évaluation permanente de la réputation, de la popularité individuelle, qui est de surcroît devenue facile à visualiser, en temps réel,  grâce aux avancées de l’informatique ambiante et aux possibilités de connexions cérébrales. C’est cette espèce d’objectivation de l’estime accordée à chacun, compte tenu de ses actions, de ses réalisations positives comme de ses fautes et méfaits, qui fait alors non seulement la position sociale, mais qui devient aussi le critère principal des échanges pour accéder plus ou moins facilement à certains biens et services. Dans ce monde, le but principal semble être en définitive d’accumuler cette nouvelle forme de capital symbolique que serait le « whuffie ».

 

L’intérêt du roman de Cory Doctorow est qu’il permet, dans le registre de l’anticipation, de travailler des hypothèses sur ce que pourrait être une économie post-rareté et post-travail. Il fait en quelque sorte la supposition que l’accès à des possibilités technologiques conduira à une évolution des valeurs, spécialement quant aux motivations qui doivent guider les existences individuelles, quant à la conception du travail et à sa centralité dans les collectifs. Dans la « Société Bitchun », il ne semble guère y avoir de sens à essayer de ranger les individus dans les catégories de producteurs et de consommateurs. Ces rôles sociaux, de même que le salariat, se sont dissous. Les « adhocraties » sont devenues la forme d’organisation dominante pour les individus qui souhaitent réaliser des activités ou un projet en commun, en fonction de préférences partagées. Dans le roman, ces coopérations semblent souples et peu formelles. Les attractions de Disney World y sont gérées par des fans sur ce principe. Le roman, par sa lenteur apparente, rend bien ce mode de vie s’écoulant sans gros événements perturbateurs (hormis le « meurtre » qui va intervenir et qui va nourrir l’intrigue). Mais Cory Doctorow a également bien compris que tout individu a besoin de reconnaissance et garde une tendance à vouloir se situer par rapport aux autres. La condition humaine a bien d’autres dimensions que celle du travail pour la structurer. Est-il enviable d’être noté en permanence, sur le moindre de ses actes ? C’est la subjectivité néolibérale qui survivrait ainsi sous d’autres formes, où l’individu devrait malgré tout veiller à sa valorisation et rester entrepreneur de lui-même. Les logiques de marché, voire les inégalités qui en résultent, ne seraient que déplacées (même si, formellement, ont disparu les préoccupations sur les moyens d’assurer sa subsistance).

 

L’enjeu est aujourd’hui d’être capable d’imaginer des futurs variés. La place forcément évolutive du travail dans une société peut justifier ce type d’exploration, a fortiori dans des contextes technologiques eux-mêmes fortement évolutifs en raison des progrès rapides de l’automatisation. Cette exploration a été et continue à être tentée dans le registre académique  . Mais l’évolution d’un modèle culturel se joue également dans les imaginaires. Il n’est donc pas inutile, loin de là, de continuer aussi à aller voir ce qui s’y produit.

 

Yannick RUMPALA

 

 
 
 
  Trepalium,
  Série créée par Antarès Bassis et Sophie Hiet,
  Diffusion sur Arte, à partir du 11 février 2016.
 
 
 
 
  Cory Doctorow,
  Dans la dèche au Royaume Enchanté,
  Gallimard/Folio SF, 2008
  (Down and out in the Magic Kingdom,
  Tor, 2003).                
 
 
 
 
 
 
 
 
Yannick RUMPALA
 
Critique à nonfiction.fr
 
 
 
 
 
 
Biographie

 

Yannick Rumpala est maître de conférences en science politique à l’Université de Nice (Équipe de recherche sur les mutations de l’Europe et de ses sociétés/ERMES). Ses recherches portent pour la plus large part sur les reconfigurations des activités de gouvernement et de la régulation publique, notamment dans le domaine de l’environnement et dans la perspective d’un "développement durable". Dans le prolongement d’un précédent travail (Régulation publique et environnement. Questions écologiques, réponses économiques, L’Harmattan, 2003), il a publié récemment un autre ouvrage sur la transition au "développement durable" comme gouvernement du changement (Développement durable ou le gouvernement du changement total, Le Bord de l’eau, 2010).

 
Ses critiques
 
 
 
 
 
 
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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 16:11

 

Info reçue par mail

 

 

https://webmail.laposte.net/service/home/~/?auth=co&loc=fr&id=24701&part=2

 

 

 

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 17:33

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Tour du monde
Vers de farine, four solaire : sur son bateau de jute, Corentin teste les low-tech

 

 

 

 

Produire des légumes, élever des poules, faire tourner une éolienne, le tout sur un bateau construit en jute, pendant un voyage autour du monde. C’est le défi de Corentin pour les trois ans à venir.

Il est jeune, motivé, diplômé et voyage pour changer le monde. Vous pensez déjà connaître l’histoire  ? Détrompez-vous : ce que fait Corentin de Chatelperron est unique.

En 2010, il a rejoint La Ciotat (Bouches-du-Rhône) depuis Dacca (Bangladesh), à bord d’un bateau fabriqué à 40% en fibre de jute. Ce voyage a montré que ce matériau local et abondant peu remplacer la très coûteuse et peu durable fibre de verre. Depuis, un autre navire et de nombreux objets composés à 100% de jute sont nés.

En 2014, nous vous racontions sa deuxième aventure, dans le Golfe du Bengale. Pendant six mois, Corentin avait voyagé d’île déserte en île déserte et tentant de vivre grâce à une sorte d’«  écosystème  » inventé sur son bateau  : des poules, des plantes, des technologies simples.

Il a essuyé pas mal d’échecs mais cette expérience a fait naître un film et beaucoup d’espoirs sur l’utilité des « low-tech », ces technologies économiques qui répondent à des besoins primaires  : manger, boire, se chauffer ou se déplacer.

 

Un tour du monde des low-tech

Dans quelques jours, Corentin va partir avec trois navigateurs, dont Roland Jourdain, à bord de son bateau, Nomade des mers. Il nous a expliqué son projet :

«  Pendant mon dernier voyage, j’étais isolé. Là, ce sera complètement différent. Pendant deux ans, on a tout préparé pour aller rencontrer des experts et tester plein de low-tech tout autour du monde. On va aussi tout faire pour partager au maximum nos découvertes, en faisant des tutoriels et grâce au site Low-tech Lab. Nous avons déjà 1 200 inscrits, on espère qu’il y a en aura beaucoup plus au cours du voyage. »

Le navire comme les escales seront toutes organisées autour des low-tech que voici :

 

Une carte Arduino

Une carte Arduino - Franky47/Wikimedia Commons/CC
 

« Ce sont des microcontrôleurs, qui ne coûtent presque rien.

On peut les programmer pour piloter tout un tas de choses. Par exemple, dans notre serre, on a utilisé une carte avec un petit capteur pour que la ventilation ne démarre que quand la température y dépasse 30°C.

On gagne beaucoup de temps et d’énergie. On va utiliser ces cartes pour essayer d’améliorer nos technos. »

  • Les éoliennes DIY

«  On utilise une éolienne construite entièrement grâce à une imprimante 3D, avec un générateur de type Piggott qu’on fabrique à partir d’aimants et de bobines de cuivre. On peut s’en servir comme hydrolienne ou produire de l’électricité en pédalant si besoin, elle sera très flexible. »

(Pour en savoir plus sur ces éoliennes inventées par un ingénieur fou isolé sur une île écossaise et développées depuis grâce au bouche à oreille et aux stages d’auto-construction, c’est par ici.)

 

 

  • Les vers de farine

« Notre nutritionniste nous a recommandé de manger 60 grammes de protéines par jour. Nous allons cultiver de l’algue spiruline dans des bouteilles et manger les œufs de nos quatre poules.

Pour compléter ce menu, nous allons aussi lancer un élevage de vers de farine. C’est un processus qui prend seize semaines, donc nous allons élever plusieurs milliers de vers dans seize boîtes différentes pour chaque stade. Au total ça fait plus de 120 000 vers en permanence. »

  • Le four solaire

 

Un four solaire

 

La lumière du soleil qui passe à travers une vitre peut cuire des aliments dans un récipient isolé. Corentin l’avait déjà testé sur son bateau mais espère l’améliorer :

« C’est plutôt bien rodé comme technologie, mais on va faire beaucoup de tests, pour affiner le plus possible. »

 

  • Le désalinisateur

C’est une sorte de four solaire, dans lequel l’eau s’évapore, se condense contre une vitre et coule dans une gouttière.

« C’est très lent, sur 1 m2 de surface, on obtient 5 litres d’eau par jour. Ce n’est pas du tout suffisant mais on va essayer d’augmenter la surface de contact entre l’air et l’eau en plongeant par exemple des tissus dans l’eau. J’ai essayé de lancer un concours sur Youtube aussi, pour appeler aux bonnes idées. »

 

  • Le réchaud à économie de bois (ou « rocket stove »)

Sur son bateau, Corentin avait testé le rocket stove. Il nous expliquait en 2014 :

«  On récupère deux boîtes de conserve de tailles différentes. On perce la plus petite de plusieurs trous et on emboîte l’autre par-dessus. On brûle un peu de bois dans la petite boîte et, au bout d’un moment, du gaz s’échappe par les trous, remonte la paroi et entre en combustion dans la grande boîte. C’est impressionnant à quel point c’est efficace, on consomme jusqu’à sept fois moins de bois. Tous les jours, des gens utilisent du bois pour la cuisson, c’est très simple, ça pourrait être utilisé partout dans le monde. »

Ils vont chercher à aller plus loin :

« Nous allons rencontrer des experts de cette low-tech au Sénégal, où elle a été beaucoup développée parce qu’il y a de gros problèmes de déforestation. C’est un bon exemple de low-tech qui prend de l’ampleur parce qu’elle apporte une réponse à une problématique locale. »

 

 

 

« C’est un savoir-faire qui est pour l’instant industriel mais qui peut être approprié par beaucoup de gens, cela peut être intéressant pour toutes les personnes qui n’ont pas accès à la terre ou à l’eau.

Le challenge pour nous était de trouver des plantes pas trop exigeantes, qui peuvent pousser dans peu d’espace, être très nourrissantes, et en plus dont on mange une grande partie. Pour ce faire, on a fait travailler ensemble un nutritionniste, un ethnobotaniste et un spécialiste de l’hydroponie.

On a vraiment réussi à trouver des choses en faisant travailler ensemble des gens qui n’en ont pas l’habitude. Nous allons notamment cultiver des blettes, ce sont des plantes qui poussent en permanence et qui sont très nourrissantes.

Nous allons nourrir les plantes avec un liquide à base de jus de compost. Nous ferons des mesures très précises de son électroconductivité avec des capteurs, pour être très efficaces. Le but est de se passer ensuite de ces capteurs, bien sûr. »

 

Corentin et son frère en plein atelier d'hydroponie

Corentin et son frère en plein atelier d’hydroponie - DR
 
 
 
 
 
 
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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 17:21

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Habitat

Une maison de retraite coopérative et écologique pour que « les vieux » ne deviennent pas « des marchandises »

par

 

 

 

Ils ne voulaient pas terminer en traditionnelle maison de retraite mais être acteurs de leurs vies. Sept ans après leurs premières discussions sur le bien-vieillir, un groupe de retraités entame les travaux de la première coopérative d’habitants pour personnes vieillissantes. La non-spéculation, la démocratie et l’écologie sont au fondement du projet « Chamarel - Les Barges », situé dans un quartier de Vaulx-en-Velin à l’est de Lyon. Un projet tellement inspirant que la banque a même accordé à ces sexagénaires un prêt sur cinquante ans ! Rencontre.

Le rendez-vous est donné au quinzième étage d’une des tours de Vaulx-en-Velin, dans la banlieue est de Lyon. C’est là que se trouve le siège de l’association Chamarel, créée en 2010, à l’initiative de la première coopérative d’habitants pour personnes vieillissantes [1]. Patrick, Janine, Hélène, Luc et Jean achèvent leur rendez-vous avec un couple de retraités intéressés par leur projet d’habitat coopératif. À dix minutes à pied se trouve le terrain où les travaux ont commencé début décembre 2015. Les seize logements et espaces mutualisés devraient être achevés à la mi-2017. Ce sera l’une des premières coopératives de retraités.

Tout est parti, sept ans plus tôt, d’une discussion entre deux amies sur les difficultés de proches n’ayant pas anticipé leurs vieux jours. « Rapidement, nous avons été plusieurs à nous réunir en se disant qu’il faudrait peut-être en parler pour ne pas emmerder nos enfants », se remémore Patrick, instituteur à la retraite.

 

« Les vieux deviennent des marchandises »

Autour de la table, tous pointent l’absence de financement pour les foyers-logements et les longues listes d’attente des maisons de retraite. « Ne restent que les “senioriales” (des résidences pour les seniors), inabordables pour la plupart des gens », dénonce Luc. « Les vieux deviennent des marchandises et certains s’en mettent plein les poches », appuie Jean, désireux de trouver une solution pour enrayer le phénomène. « Tous les soins échappent à la décision de la famille, on devient assistés, complète Hélène. Alors que, nous, on veut être acteurs de nos vies. » Ensemble, ils ont entamé une réflexion sur le bien-vieillir. Le groupe s’est progressivement agrandi autour de valeurs communes, afin de vivre au mieux leur vieillesse, avant de se lancer dans la création d’un lieu de vie commun.

Premier défi : trouver le bon statut pour leur projet d’habitat. Une rencontre avec la Fédération française des coopératives d’habitants [2] les convainc de choisir la coopérative d’habitants, une troisième voie entre propriété privée et location. Le principe : regrouper des personnes voulant gérer et améliorer ensemble les logements qu’elles occupent dans un même immeuble. « Nous leur avons présenté les valeurs piliers de la coopérative d’habitants, que sont la propriété collective, la non-spéculation immobilière et la gouvernance démocratique », explique Valérie Morel de la Fédération Auvergne-Rhône-Alpes. « C’était les valeurs que nous défendions, et nous avions là le statut pour les mettre en pratique », se réjouissent les coopérateurs.

Illustration sur la non-spéculation. « Quand vous tapez EHPAD [établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, Ndlr] sur Internet, on vous invite à investir et on vous promet la rentabilité et des défiscalisations », note Patrick, agacé par cette surenchère. « Dans notre projet, la valeur des parts sociales est indépendante de la valeur immobilière. » Les coopérateurs sont propriétaires collectifs de l’immeuble : chacun amène des parts sociales. Mais si l’un d’entre eux quitte le logement, il part avec la valeur de la part sociale détenue au départ, quelle que soit la plus-value prise par l’immeuble. « Notre slogan est plutôt : investissez en parts sociales avec la certitude de ne pas faire de bénéfices ! », plaisante Patrick.

 

« Une personne égale une voix »

Le projet associatif des Babayagas à Montreuil, une maison de retraite autogérée, citoyenne et écolo, les fait réfléchir sur le mode de fonctionnement à adopter [3]. Ils font le choix de l’autogestion et privilégient les valeurs démocratiques. Accompagnés et conseillés par Habicoop, les adhérents de Chamarel créent en décembre 2012 la société par actions simplifiées (SAS) « Chamarel-Les Barges », du nom du quartier dans lequel se trouve le terrain proposé par la ville de Vaulx-en-Velin.

La SAS – statut également adopté par les résidents du Village Vertical à Villeurbanne – permet de gérer le bâtiment dans l’attente de la légalisation du statut des coopératives d’habitants en France [4]. Par exemple, le vote n’est pas proportionnel au nombre de parts sociales détenues, mais basé sur le principe « une personne égale une voix ». « En général, la décision est plutôt prise au consensus, et ça marche bien, observe Luc. Le consensus, ce n’est pas le plus petit dénominateur commun, mais souvent une troisième solution qui apparaît. »

« On a fait une sorte de pari, poursuit Patrick. Quand il y a un chef, les décisions peuvent se prendre plus rapidement. Nous, on prend un peu de temps pour arriver au consensus, mais avec la volonté que le résultat soit plus solide dans la durée. » « Quand on m’a dit qu’il n’y avait pas de chef, ça m’a tout de suite plu ! » sourit Janine, qui rappelle que toutes les décisions sont prises lors des assemblées générales (AG) mensuelles de l’association. Entre chaque AG, les membres s’investissent dans des commissions – « bâti », « communication », « recherche de subventions », « éducation populaire », etc. « Normalement, je n’aime pas les réunions car c’est toujours les mêmes qui parlent, relève Hélène. Mais là, il y a des demandes de prise de parole, une écoute, ça donne confiance et on peut trouver sa place. »


 
Des murs en paille plus résistants au feu que du béton

En ce début d’année 2016, les réunions se multiplient. « C’est la course avec le chantier et les rencontres avec les artisans pour les devis », confirme Janine. Plutôt que de confier leur projet à un promoteur immobilier, les coopérateurs ont décidé d’être eux-mêmes les maîtres d’ouvrage. Ils ont choisi leur bureau d’études et les architectes, en fonction de leurs capacités d’écoute et de leur sensibilisation à l’écologie. Pour pouvoir peser sur les décisions techniques, les adhérents de Chamarel se sont formés à l’éco-construction, aux côtés de l’association Oïkos. « Nous avons compris que la base d’un bâtiment écologique était l’enveloppe (l’isolation) du bâti, son orientation et le réel savoir-faire des professionnels », résument-ils [5]. L’abonnement à des revues spécialisées comme La Maison écologique et des visites de chantier – parmi lesquels Le Toit vosgien, un bâtiment de sept étages en isolation paille – ont complété leurs connaissances.

« Ils sont motivés et motivants ! », confirme l’architecte Stéphane Peignier, de la société Arketype. Aux côtés de son collègue Clément Bel, doté de plusieurs expériences en habitat participatif, ils se lancent, avec Chamarel-Les Barges, dans le plus haut bâtiment isolé en paille en région Rhône-Alpes. Plusieurs obstacles ont déjà été surmontés. Un bureau de contrôle a par exemple refusé de valider comme coupe-feu des enduits terre sur paille, faute d’homologation française. Au terme de nombreuses heures de réunion, un nouveau bureau de contrôle a finalement accepté une homologation anglaise. « Les tests ont révélé une tenue au feu de 130 minutes, plus que n’importe quel mur en béton ! » pointe l’architecte Stéphane Peignier. Une ténacité récompensée.

 
Une construction écologique adaptée aux personnes vieillissantes

Outre l’isolation paille dans la majorité du bâti, les futurs résidents ont choisi des appartements traversants, de la lumière naturelle dans toutes les pièces et dans l’escalier pour inciter à l’emprunter, et une façade principale au sud. Le résultat transparaît sur les plans affichés à l’entrée de l’association. L’immeuble de quatre étages comprendra quatorze T2 de 45 mètres carrés, deux T3 de 63 mètres carrés ainsi que des espaces collectifs au rez-de-chaussée, dont deux chambres d’amis, une salle commune avec cuisine, un atelier bricolage, une buanderie, un bureau pour l’association Chamarel. « On a même prévu un local à vélos que l’on appelle entre nous “garage à déambulateurs” », lance, amusé, Patrick. Les coopérateurs ont également décidé que tous les appartements seraient identiques (double orientation, équipement cuisine similaire, etc.) dans un souci d’équité.

« Les coopérateurs se sont tout de suite posé la question de l’adaptabilité du logement aux problématiques du vieillissement et du handicap », ajoute Valérie Morel d’Habicoop. Ils ont notamment prévu des portes larges et coulissantes, et des facilités d’adaptation dans le temps... « On veut faire quelque chose qui puisse être fonctionnel pour les personnes vieillissantes », confirme Janine. L’emplacement du bâti garantit également une facilité d’accès aux transports en commun, commerces et services. En revanche, les contraintes budgétaires les ont amenés à différer la mise en œuvre de certains choix qui leur tenaient à cœur, comme la récupération de l’eau de pluie ou l’installation de panneaux photovoltaïques pour l’électricité.

 

Quand une banque accorde un emprunt sur 50 ans à des personnes âgées...

De la ténacité, il en aura aussi fallu pour le montage financier du projet, d’un coût total de 2,46 millions d’euros [6]. Chaque futur résident doit apporter entre 25 000 et 30 000 euros [7]. À ces apports personnels s’ajoutent quelques subventions, notamment de la région, et trois emprunts d’un montant total de 1,7 million d’euros [8]. « C’est fabuleux comme montage, s’enthousiasme Luc. Des personnes âgées ont réussi à emprunter 75 % du coût total sur 50 ans ! Les bailleurs ont fini par accepter car ce projet leur fait de la pub. » « Je me souviens de la première fois où j’ai parlé du projet à mon banquier, renchérit Patrick, la soixantaine. Je lui ai dit qu’on avait un super projet, mais qu’il fallait emprunter 2,5 millions d’euros sur 50 ans... Le mec a toussé ! »

Les sociétaires anticipent également l’avenir. La redevance mensuelle (environ 800 euros pour un T3 et 600 euros pour un T2), sert à rembourser les prêts contractés par la société coopérative. Une partie de cette redevance (environ 30 %) est récupérable à terme, c’est en quelque sorte une épargne obligatoire qui permet à la coopérative d’équilibrer l’opération dans le temps, en intégrant des réserves de trésorerie permettant de maintenir le bâtiment en bon état, de faire face à d’éventuels non-paiement de loyer, à la vacance prolongée d’un logement par exemple. « Cette redevance assure une sécurité pour les bas revenus, sans mauvaise surprise dans les vingt ans qui viennent », précisent les coopérateurs.

 

Un lieu ouvert, empreint d’éducation populaire

À mesure que les travaux avancent, les coopérateurs envisagent de faire de leur bâtiment une vitrine. « Nous voulons proposer des visites à nos futurs voisins, à des écoliers, des lycéens, des étudiants, des enseignants, des élus », confient-ils. Leurs yeux brillent lorsqu’ils évoquent leur rencontre avec les étudiants d’architecture de Vaulx-en-Velin, ainsi qu’avec les enfants d’une école primaire avec lesquels ils ont échangé (voir la vidéo ci-dessous). Ces derniers mois, ils ont multiplié leur participation à des ciné-débats et des conférences. « On a vraiment envie que notre expérience puisse servir d’appui à d’autres, que ce lieu fasse réfléchir. » Ils sont également à l’initiative des deuxièmes « rencontres nationales du vieillir ensemble, mieux et autrement », qui se sont tenues en mars 2015 [9].

 

                   

 

Pour l’heure, huit coopérateurs se sont engagés à devenir de futurs habitants. Une vingtaine d’autres sont sociétaires et soutiennent le projet, comme Hélène, qui a encore besoin de mûrir sa décision. « Pour habiter ici, il faut être adhérent de l’association pendant au moins six mois, et que chaque partie se connaisse », tient à préciser Patrick. Personne ne doute de l’intérêt que suscitera leur projet.

En Suisse, en Norvège et au Québec, les coopératives d’habitants sont légales, et les listes d’attente s’allongent. « Plus on avance et plus ça devient concret, plus les gens nous disent qu’ils en ont marre d’être des anonymes dans un bâtiment », observe Jean. Alors que quatorze des seize logements seront en prêt locatif social (PLS), une discussion s’amorce autour de la mixité sociale de leur futur lieu de vie. « Notre problème à Vaulx-en-Velin, ville la plus pauvre du département du Rhône, c’est de faire venir des riches. D’ailleurs, vous en avez déjà rencontré, vous, des coopératives de riches ? »

 

@Sophie_Chapelle

 

Photo de une : plans de Chamarel-Les Barges / © Arketype Studio
Photo de membres de l’association Chamarel lors d’un repas coopératif en janvier 2016.

Si vous êtes intéressé(e) par le projet, vous pouvez envoyer un email à patrickchretien(at)hotmail(point)com ou téléphoner au 04 72 04 32 31, et l’association Chamarel vous proposera une date de rendez-vous (voir leur site).

Notes

[1Chamarel est l’acronyme de Coopérative HAbitants Maison Résidence de l’Est Lyonnais. En savoir plus sur le site.

[2Autrefois Habicoop.

[4Le statut des coopératives d’habitants, né à la Libération, a été cassé en 1971 par la loi Chalandon, au prétexte que chaque Français devait devenir propriétaire. En 2014, les coopératives d’habitants obtiennent un statut légal avec la loi ALUR (loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové) mais les décrets d’application se font toujours attendre. « La société par actions simplifiées devrait permettre de basculer facilement vers le nouveau statut des coopératives d’habitants », espèrent les sociétaires de Chamarel-Les Barges.

[5Extrait d’un article sur Chamarel paru dans L’Encyclopédie internationale de l’autogestion (Syllepse, novembre 2015).

[6Ce coût comprend les charges foncières, la construction, les honoraires, des frais divers (comme l’accompagnement par Habicoop).

[7Ce montant correspond à des parts sociales qui sont donc récupérable à terme. Le plafond pour l’apport personnel a été fixé à 40 000 euros maximum par personne, de manière à ce que le montage financier ne soit pas mis en péril par le départ d’un habitant.

[8Le Crédit agricole a accordé un prêt de 275 000 euros remboursable sur 50 ans pour le foncier et un prêt d’un peu plus de un million d’euros pour le bâti sur 40 ans. 612 000 euros ont par ailleurs été empruntés à taux zéro sur 20 ans à la CARSAT (caisse d’assurance retraite et de la santé au travail).

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 19:42

 

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Gaspillage alimentaire : boulanger, je donne mes invendus. C'est la moindre des choses

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LE PLUS. "La France deviendra le pays le plus volontariste d’Europe". C’est en ces termes qu’a été annoncée la création d’un cadre légal contre le gaspillage alimentaire. Une merveilleuse avancée que n’a pas attendu José Louiset, propriétaire de deux boulangeries à Quimper qui fait don de ses invendus depuis 2005 déjà. Etudiants, jeunes actifs en difficultés ou quadra qui ont du mal à boucler les fins de mois, ils sont nombreux à se presser devant ses commerces tous les soirs. Témoignage.

Édité par Barbara Krief 

Du pain, image d'illustration. (Stuart Forster/REX/REX/SIPA)

 

Tout a commencé grâce à une réflexion, plus que pertinente, de ma femme.

 

Un soir, alors que nous fermions notre boulangerie, elle a vu des personnes fouiller nos poubelles à la recherche d’invendus pour se nourrir.

Elle m’a alors fait remarquer que l’on pourrait tout simplement séparer notre nourriture non vendue de nos déchets, afin qu’eux n’ait pas à le faire. C’était finalement la moindre des choses.  

 

Nous nous sommes donc mis à distribuer sandwichs, viennoiseries et pains frais à ceux que l’on appelle aujourd’hui "nos habitués".

 

 

Je donne mes invendus tous les soirs

 

Tant que tout le monde ne mangera pas à sa faim, je ne jetterai plus de nourriture propre à la consommation et je condamnerai tous ceux qui le font. Comme le disait si bien Coluche : "Aujourd' hui, on n'a plus le droit, ni d'avoir faim, ni d'avoir froid".

 

Même avant d’avoir mon affaire à Quimper, je donnais déjà aux "petites soeurs des pauvres" en Normandie, où j’avais une boulangerie. C’était il y a vingt ans. Je ne peux donc que saluer la décision des députés, même si j’aurais aimé que la France n’ait pas attendu si longtemps pour régler le problème.

 

Depuis 2005 donc, je récupère tous mes invendus de la journée et je les réparti le plus équitablement possible dans des petits sacs que je donne ensuite le soir.

 

 

Les sandwichs sont favoris

 

L’ordre de préférence est assez claire : d’abord les sandwichs, ensuite les viennoiseries et enfin les baguettes. Le sandwich offre un repas complet, tandis que le reste fait davantage office de dépannage.

 

Malgré tous mes efforts pour donner à tous, il arrive que les denrées préférées partent en premier et que nos habitués aillent jusqu’à se chamailler entre eux. Je n’ose pas encore trop m’en mêler mais je fais de plus en plus attention à ce qu’il y en ait pour tout le monde. Ce qui n’est pas toujours évident.

 

En 2012, j’ai accepté avec plaisir de parler de ma démarche à la presse locale afin d’encourager mes voisins commerçants à en faire autant.

Cette médiatisation soudaine nous a apporté un peu plus de monde que ce dont nous avions l’habitude. Un soir, j’ai compté jusqu’à 60 personnes en tout et je me suis dit "oulala mais dans quoi je me suis embarqué ?".

 

 

Tous les boulangers ont des invendus

 

Depuis, l’engouement s’est un peu calmé et nous avons environ une trentaine de personnes tous les soirs. Ce qui, mine-de-rien, est déjà un nombre important. Il m’arrive donc dans l’après-midi de refaire quelques sandwichs, tout en sachant qu’ils ne seront pas tous vendus mais en ayant la certitude qu’ils ne seront pas perdus.

 

Bien sûr, je ne dois pas perdre de vu que j’ai une entreprise à gérer. Je ne produis simplement pas moins ni plus qu’avant. Aujourd’hui, les bénéficiaires de mes invendus ne peuvent pas être des clients, j’espère qu’ils le pourront un jour.

  

Les invendus sont courants et ils sont aussi le résultat d’une production fraîche et quotidienne. Je préfère faire deux pains de trop que de devoir dire à un client venu après le travail à 18h qu’il ne reste qu’une baguette froide. Tous les boulangers vous le diront, il est impossible de finir sa journée en ayant absolument tout vendu et de ne pas avoir ne serait-ce qu’une baguette "en trop".

 

 

Félicitations et lettres de remerciement

 

Le mot a vite circulé à Quimper et les étudiants en art se sont rajoutés aux jeunes actifs aux fins de mois difficiles. Je trouve que c’est une bonne chose. Après tout, quand on est étudiant on ne croule pas sous l’or et c’est plutôt malin d’essayer de trouver les bonnes combines pour gagner un repas gratuit.

 

Nous n’avons pas réellement connu d’abus. Quelques voisins qui ne sont pas dans le besoin sont venus une fois mais ils n’ont pas recommencé. Ils ont rapidement compris l’idée derrière notre démarche. Nous ne sommes pas les restos du cœur mais tant qu’à faire, autant donner en priorité à ceux qui en ont besoin. D’autant plus qu’ils nous le rendent très bien.

 

Donner nous apporte énormément. Non seulement nous nous sentons plus utiles sur terre mais en plus nous avons obtenu en retour des témoignages d’affection et de reconnaissance extrêmement touchants.

 

Certains nous écrivent même des lettres pour nous remercier et nous encourager à continuer. Celle-ci, par exemple, nous a beaucoup touché :

 

"Monsieur, Je suis étudiante en stage et j'habite donc sur Quimper pour un an. Il y a un mois j'ai découvert que votre boulangerie donnait des choses le soir à 19h30. J'ai un peu honte de le dire mais ce samedi là j'avais faim et cette découverte a été comme un soulagement. J'ai 22 ans, je suis en école de commerce, je travaille toute la semaine, mais mon salaire de stagiaire ne me permet pas de vivre correctement. Voilà pourquoi j'ai honte. Pour ne pas avoir l'impression de demander l'aumône, j'ai proposé à la jeune fille qui travaille le samedi de l'aider à ranger. Je voyais ça comme "aide contre nourriture". Si vous refusez j'attendrai sagement dehors parce que je ne veux plus avoir faim, mais ça me fera mal quand même niveau estime de soi. Merci."

 

 

Un acte de solidarité qui ne coûte pas tant

 

Notre initiative nous a également rendus sympathiques auprès des clients et des habitants du quartier et l’on ne peut pas dire qu’une bonne image soit mauvaise pour le business.

 

Nous ne vendons pas plus qu’avant et nous n’avons pas plus de clients, mais notre relation avec eux a changé. Pour le mieux. Ils nous félicitent, nous encouragent et se demandent même comment eux pourraient en faire autant.

 

Même à l’autre bout du monde, notre fille nous envoie les articles de presse sur nous qu’elle trouve sur internet. Elle est fière de ses parents et ça nous fait chaud au cœur de pouvoir lui montrer l’exemple avec cet acte de solidarité qui ne coûte finalement pas tant que ça.

 

Mon seul souhait aujourd’hui, c’est de voir tous les commerçants français nous imiter. Après tout, c’est la moindre des choses. 

 

Propos recueillis par Barbara Krief

 

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 18:55

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Pollution

Vivre au sein d’une famille zéro déchet : un nouveau luxe pas si contraignant

par

 

 

 

Terminées les poubelles qui débordent tous les deux jours : produire moins de cinq kilos de déchets par an, soit cent fois moins que la plupart des Français, est tout à fait possible. Et même avec des enfants. Une famille de la région nantaise réalise cette prouesse depuis quelques années. Sans frustrations et en mangeant bien. Leur secret ? Refuser l’inutile, réduire la quantité de ce que l’on possède et achète, réutiliser, recycler, composter, et quelques bons réflexes lors des courses. Récit de l’intérieur.

Dans la famille Poirier, il y a la mère, le père, trois enfants, un chat et … très peu de déchets. Installés à proximité de Nantes, Claire, Emmanuel, Matthias, Elsa et Jade génèrent chacun cinq kilos de déchets par an. Soit presque cinquante fois moins que ce que jettent en moyenne la plupart des Français dans leurs poubelles ! [1] Une belle performance. Mais quel est leur secret ?

Tout commence il y a six ans. « À cette période, nos revenus ont diminué, retrace Claire. Mon mari est licencié puis il retrouve une activité qui lui rapporte trois fois moins. De mon côté, je décide de me mettre en congé parental pour m’occuper de nos deux filles. » Habituée à consommer sans trop compter, la famille doit revoir son organisation. Les Poirier se tournent d’abord vers les premiers prix proposés en grande distribution et en discount, mais n’en sont pas satisfaits. « On trouvait que les conserves étaient de mauvaise qualité, que les produits étaient trop gras », se souvient Claire.

 

Mieux manger pour moins cher

« On a donc réfléchi et décidé de faire autrement. Nous avons la chance d’habiter à la campagne, dans un village où il y a une Amap [2] qui propose des légumes bio et pas trop chers. Cela nous plaisait de faire vivre un maraîcher du coin. » Claire retrouve alors le goût des légumes de son enfance, tirés du potager que son père cultivait. « Nous avons ensuite trouvé des plans pour acheter des colis de viande directement aux producteurs. Avec toujours ce souci de trouver des produits de bonne qualité à des prix pas trop élevés. Nous avons aussi réduit les quantités consommées. Nos portions de viande sont passées de 150 à 110 grammes, environ. Mais elle fond moins à la cuisson, donc on s’y retrouve. »

Alors que la famille Poirier se met aux légumes bio et locaux, leur commune lance une taxe incitative pour les ordures ménagères. « On paie en fonction du volume produit, explique Claire. Cela nous a poussés à réfléchir sur notre production de déchets. » Pour ne pas dépasser les douze conteneurs de 180 litres par an, le forfait le moins cher proposé par la commune, la famille réorganise un peu la maison. « Pour optimiser le tri, on a mis le sceau à compost sous l’évier, et changé les poubelles de place, de façon à ce qu’elles soient plus accessibles, pour que le tri se fasse vraiment à chaque fois que l’on jette quelque chose. »

 

Bocaux et sacs en tissu pour les courses

Claire et sa petite troupe descendent à 20 kilos de déchets par personne et par an, alors que la moyenne nationale s’élève à 230 kilos de déchets environ ! Mais la jeune femme est décidée à faire mieux. Elle fait des recherches et tombe sur le livre de Béa Johnson, Zéro déchet, comment j’ai réalisé 40 % d’économie en réduisant mes déchets à un litre par an ! Dans cet ouvrage témoignage, une Française, installée aux États-Unis avec sa famille, raconte comment elle est parvenue à réduire considérablement ses déchets du quotidien. Aujourd’hui les déchets annuels des Johnson tiennent dans un bocal de... un litre !

En janvier 2014, Claire fait ses premiers pas de consommatrice zéro déchet. « Je suis assez timide et j’ai dû prendre sur moi pour oser demander aux commerçants de mettre leurs produits dans mes boîtes et bocaux plutôt que dans leurs papiers et plastiques. » Elle commence donc par la petite boutique bio de son village, en choisissant un moment où il n’y a pas trop de clients pour avoir le temps d’expliquer sa démarche. Puis elle enchaîne sur le marché. À chaque fois, l’accueil est chaleureux. Le marchand de poulets s’est vite habitué à sa grande boîte à gâteaux, et le crémier à ses bocaux. « Une fois, chez le poissonnier, j’ai eu affaire à un salarié qui ne me connaissait pas. Quand je lui ai tendu mon bocal pour qu’il y pose les filets, il m’a regardée avec un air très étonné : Ah bon ! Sans papier ? Vous êtes sûre ? Il a eu un échange rapide avec son collègue sur le sujet. Ce sont de petits moments très intéressants. »

 

Expliquer encore et encore

Claire a aussi fait des essais en grande surface, en tendant des boîtes en plastique pour transporter jambon et fromage. « Mais la personne n’a pas du tout compris ce que je voulais. On a eu un véritable échange de sourdes, c’était très désagréable, pour elle comme pour moi. En plus, cela a aussi été compliqué en caisse. Mais je sais que dans certaines grandes surfaces, cela ne pose aucun problème. » Au marché, c’est plus facile. « Beaucoup de personnes âgées viennent avec des sacs qu’elles réutilisent. En grande surface, c’est très rare, voire inexistant. A-t-on déjà vu des gens ramener leurs sacs en plastique pour y remettre des fruits ou des légumes ? Ce sont des gestes que l’on a perdus. »

En plus de ses boîtes et bocaux, Claire s’est fabriqué des sacs en tissu de diverses tailles, qu’elle remplit une fois par mois à la « biocoop » de Nantes, avec des produits secs – pâtes, riz, légumineuses – proposés en vrac [3]. « Une fois tous les quinze jours, je vais aussi au drive de la grande surface qui est près de chez moi pour acheter ce que je ne trouve pas sans emballages : du lait, quelques conserves, des jus de fruits. Je ne rentre jamais dans le magasin, cela m’évite d’être tentée. » Elle se souvient de l’époque, pas si lointaine, où elle passait deux heures par semaine en grande surface, quand elle arpentait tous les rayons « pour être sûre de ne rien oublier ». « Je passais beaucoup de temps dans les rayons promos. Du coup, j’achetais des choses dont je n’avais pas vraiment besoin : vêtements, petits ustensiles de cuisine, déco, etc. En fait, on a amélioré notre consommation alimentaire et on a réduit nos autres achats. »

 

Refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter

La famille Poirier s’est vite habituée à la « règle des cinq R », résumée par Béa Johnson : refuser (ce dont nous n’avons pas besoin), réduire (ce dont nous avons besoin), réutiliser, recycler, composter (on dit rot en anglais). « On diffère au maximum les achats, dit Claire, histoire de s’assurer que l’on en a vraiment besoin. On privilégie au maximum l’occasion, même pour les cadeaux. » Claire et Emmanuel ont réalisé que, chaque année au moment de Noël, ils se demandaient quoi offrir à leurs enfants, s’apercevant qu’ils n’avaient besoin de rien. « Il ne s’agit pas de ne pas fêter Noël, nous n’avons pas envie de les frustrer. Mais nous avons largement réduit la quantité de cadeaux. Cela dit, on ne trouve pas de solutions pour tout. Cette année, le grand a eu la console de jeux, dont il rêvait. »

Claire reconnaît qu’avec un ado, la démarche zéro déchet est parfois compliquée. « En plus, le mien a connu la période où j’allais en magasin lui acheter des gâteaux qu’il adorait... Il a dû prendre de nouvelles habitudes. En même temps, il perçoit très bien l’enjeu environnemental. » Quand sa mère lui cuisine des gâteaux, il lui arrive même de dire qu’il les préfère à ceux vendus en grande surface, « même si je soupçonne que ce n’est pas tout à fait vrai », glisse Claire. Il y a, bien sûr, des sujets de tension. Pour les vêtements par exemple. « Je trouve presque tout en braderie pour mes filles, mais, pour un enfant de 14 ans, c’est plus rare. Il y a en plus une forte pression sociale au collège, qui oblige les enfants à porter des marques. » Claire et Emmanuel font donc un effort pour Matthias, en lui achetant des vêtements de marque neufs. « Mais il en a moins, ce qui entre aussi dans la démarche zéro déchet. »

 

Un anniversaire sans déchets, c’est possible !

« Pour que cela fonctionne, il faut prendre le temps d’échanger, d’expliquer et de s’organiser à l’avance », analyse Claire. Il y a quelques temps, le jeune homme a voulu organiser une petite fête pour son anniversaire. Ses parents ont accepté à condition que cela ne pèse pas trop lourd dans la poubelle. « Nous avons acheté un kilo de bonbons en vrac à Nantes, nous avons trouvé des recettes pour faire des petits toasts maison », décrit Claire.

Mais Matthias rêvait de petits gâteaux que l’on ne trouve qu’en paquets jetables. « Je me suis d’abord fermement opposée à cet achat, avant de revenir sur ma décision, me disant que c’était son anniversaire et qu’il fallait lui faire plaisir. L’objectif, ce n’est pas non plus de le dégoûter de la démarche, et qu’il ait envie de tout arrêter une fois qu’il quittera la maison. » Entretemps, l’ado s’était décidé pour des pop-corns. « On a donc acheté du maïs à pop-corn en vrac et avons réussi à organiser sa fête comme il l’entendait, mais sans déchets. »

 

« J’achète local, je valorise donc aussi des emplois »

Béa Johnson, qui s’inspire elle-même du film et du blog No Impact Man, insiste beaucoup sur la prévention des déchets. No impact Man raconte comment Colin Beavan, américain et jeune père de famille, vivant au neuvième étage d’un building de Manhattan, a relevé le défi de vivre un an en réduisant au maximum son empreinte environnementale. Pas d’ascenseur, pas de réfrigérateur, pas de transport motorisé, pas de plats préparés, etc. L’expérience menée en 2009 a depuis beaucoup essaimé : un mouvement international « No Impact Project » est né, qui reprend les méthodes mises en place par Colin Beavan.

« Avant, je me concentrais plutôt sur le traitement de ces déchets, reprend Claire. Je me disais que je n’avais pas le choix, que si j’avais un fort impact écologique, ce n’était pas de ma faute, que les politiciens n’avaient qu’à changer les règles en imposant moins de plastiques. Je ne faisais pas le lien entre mon mode de consommation et ma production de déchets. » Claire croise parfois des esprits chagrins qui lui disent qu’elle va détruire l’économie. « On nous rabâche tellement que, pour qu’il y ait des emplois, il faut de la croissance et de la consommation. Mais je réponds que j’achète local, et valorise donc aussi des emplois, sans doute pas les mêmes... »

La jeune mère de famille reçoit surtout beaucoup d’encouragements des clients, des commerçants, de ses proches. « Je suis le mouvement de zéro déchet, et je vois que cela a de plus en plus de succès. » Johanna Le Mau, jeune entrepreneuse nantaise qui s’apprête à ouvrir Ô Bocal, une boutique sans emballages, confirme :« Le réseau des acteurs du vrac, porté notamment par le mouvement Zero Waste France, est en plein développement. Fin 2015, nous étions 150 porteurs de projets ! »

 

« Je ne reviendrai certainement pas en arrière »

« À la maison, on ne trouve pas de solutions pour tout », tempère Claire. Des déchets entrent chez elle contre son gré : la pub dans la boîte aux lettres, ce que les enfants ramènent de l’école ou ce que la famille et les amis offrent à différentes occasions. « Aujourd’hui, nous produisons l’équivalent de 3 containers par an, soit 5 kilos par personne et par an. » Bien moins que la moyenne des Français, qui produisent 365 kg d’ordures ménagères (poubelles et tri) chaque année [4]. Le défi de Claire, en 2016, vise à passer à 2 conteneurs par an. Soit 16 litres pour toute la famille, 100 fois moins que la moyenne nationale !

« Je suis tellement contente de m’être lancée dans cette démarche, résume-t-elle. Je suis désormais moins attachée aux choses, et moins attachée aussi à mon apparence, même si j’aime être bien habillée. Paradoxalement, j’ai moins de frustrations. Avant, je ne me posais pas la question de savoir si je pouvais acheter ou non. Je pensais que c’était un luxe. Aujourd’hui, mon luxe, c’est que je n’ai plus besoin d’acheter tout le temps des choses. Je ne reviendrai certainement pas en arrière. » Elle se sent libérée de la prison consommation [[Voir le blog de Claire ici].].

Nolwenn Weiler

Photo : CC US Department of Agriculture

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 21:30

 

 

Source : http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/13h15/13h15-du-dimanche-31-janvier-2016_1283737.html

 

 

Soigneurs de terres. On les appelle les médecins des sols, loin de l'agriculture conventionnelle, ils réinventent un système pour protéger la terre à long terme.
 
 

Lydia et Claude Bourguignon sont des biologistes reconvertis en médecins des sols. Depuis vingt-cinq ans, ils réparent les dégâts causés par l'agriculture industrielle et tentent de convaincre les paysans de changer de modèle… Extrait de "13h15 le dimanche" du 31 janvier.

Extrait

Soigneurs de terres Diffusé le 31/01/2016 Durée : 00h43

 
Pour voir toute la vidéo, cliquer ici

 

 

Soixante-dix ans d'agriculture industrielle intensive ont épuisé les sols français. Les rendements baissent et les bonnes terres réduisent comme peau de chagrin. Produits chimiques à gogo et labours agressifs les font disparaître hectare après hectare. Et si la France, vieux pays agricole, se couvrait de champs devenus infertiles dans le prochain quart de siècle ?

La valeur nutritionnelle des fruits, légumes et céréales diminue au fil des traitements à répétition qui leur sont infligés au nom de la productivité et de la rentabilité. Et si la culture paysanne et les pouvoirs publics, contre l'avis de puissants lobbies, changeaient en profondeur pour mettre un terme à ce désastre agricole, sanitaire et environnemental ? Certains pionniers sont déjà au travail pour inverser la tendance. 

 

Le choix de l’agro-écologie

Le magazine "13h15 le dimanche" (Facebook, Twitter, #13h15) diffusé sur France 2 a rencontré les "médecins des sols" Claude et Lydia Bourguignon. Ces biologistes affirment que "l'agriculture conventionnelle est un massacre pour les sols… Elle anéantit leur fertilité". Ils trouvent des remèdes pour soigner les terres exsangues. Jean-Christophe Bady, "repenti" de l'agriculture intensive, n'utilise ni engrais ni pesticides pour des raisons de santé et fait le choix de l’agro-écologie… sans recevoir d'aide de l’Etat.

Emmanuelle Chartoire, Clément Montfort, David Geoffrion et Mathieu Houel ont suivi le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, pour qui le modèle agro-écologique n’a que des avantages : plus sain, moins cher, durable et même plus productif ! Le maraîcher normand Charles-Hervé Gruyer exploite depuis une dizaine d'années une ferme agro-écologique de pointe, au rendement dix fois supérieur à celui d’un maraîcher classique. Les pionniers du changement sont déjà à l'œuvre, aux petits soins du bien commun des hommes, la Terre.


La ferme expérimentale se trouve à cette adresse : http://www.fermedubec.com/
 
 
 
 
 
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