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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 15:07

 

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

Agriculture industrielle : produire à mort #DATAGUEULE 69

8 février par Datagueule , Nicolas Sersiron

 

 

Nous publions cette vidéo #Datagueule numéro 69 dont l’analyse rejoint celles du CADTM.

En effet, l’agriculture industrielle qui s’est développée à un rythme effréné au sortir de la seconde guerre mondiale en 1945 est une des causes majeures de la dette écologique actuelle. Surexploitation des sols, déshumanisation de la production, accaparement des terres et de l’eau, spéculation financière sur le prix des produits alimentaires, distorsion mondiale des marchés alimentaires, accélération du changement climatique, endettement des agriculteurs et des paysans sont autant de conséquences dramatiques de ce mode de production agro-capitaliste.

Rappelons notamment qu’en raison de ce modèle productiviste, ceux qui souffrent de la faim dans le monde sont en majorité des paysans, producteurs de denrées alimentaires et paysan-ne-s sans terre.

En revanche, l’agro-écologie, prend en compte les dynamiques locales, la biodiversité, la vente des produits en circuits court, la non-importation d’intrants et fédère les producteurs locaux, etc. Ce sont quelques-uns des éléments majeurs à mettre en place pour viser une souveraineté alimentaire respectueuse de la terre et capable de nourrir l’ensemble des êtres vivants de la planète.

Pour toute personne voulant approfondir le sujet, plusieurs chapitres du livre d’Olivier Bonfond Il faut tuer TINA, qui sera envoyé avec l’AVP le 20 février 2017, évoquent les alternatives à mettre en place au système agricole et alimentaire industriel. Le prochain numéro de l’AVP qui sortira en avril 2017 sera lui consacré aux dettes privées, et tout un chapitre traitera de l’endettement paysan. Nicolas Sersiron du CADTM France répond également à cette problématique dans son ouvrage Dette et extractivisme.

Retour d’expérience de Nicolas Sersiron (CADTM France) à propos de la vente directe

"Ci dessous la petite histoire que j’ai vécu il y a 40 ans.

 

Moi-même j’ai pu gagner ma vie comme agriculteur-éleveur uniquement parce que je commercialisais moi-même ma production. Si je vendais mes fromages au « coquetier », j’aurais eu beaucoup de mal à m’en sortir. Cet homme passait avec son camion, un tube Citroën dans les vallées de montagne de la Drôme. Il vendait et achetait un peu tout.

 

Pourquoi ? (Chiffres approximatifs car c’était dans les années 70). Le coquetier m’achetait mes « picodons » environ 1 franc français (FF), indépendamment qu’ils soient frais ou affinés.

 

Admettons que mes coûts - que je n’ai jamais calculés précisément en raison de la complexité et de l’absence de salaire versé - aient été de 90 centimes par fromage, j’aurais gagné avec mes 350 fromages par jour en période de pleine production : 350 x 0,1 FF = 35 FF par jour, soit 1000 FF par mois, comme bénéfice/salaire.

 

En les mettant dans ma voiture à 4h du matin le samedi et en les emportant pour les vendre sur le marché de Gap à 2h de route, j’ai multiplié mon/notre bénéfice, ma femme et moi, de façon extraordinaire.

 

Nous les vendions 2,5 FF pièce. Le coût supplémentaire était négligeable en regard du bénéfice. L’essence et le temps passé en une journée pour une personne nous revenait maximum à 0,5 FF par fromage vendu et encore sans doute moins. Nous en vendions plus ou moins un millier dans la matinée, parfois vers 10h nous n’avions plus rien.

 

Le bénéfice était alors de 2,5 - 1 = 1,5 FF par picodon soit 15 fois le bénéfice que le coquetier m’offrait en passant avec son camion devant la ferme. Je ramenais souvent 2500 FF en billet et monnaie chaque samedi de Gap. Le reste de la production était vendu sur place au même prix qu’à Gap.

 

Le chiffre d’affaire total (CA) par mois en pleine production était d’environ :
 CA : 350 fromages x 30 jours x 2,5 FF = 26250 FF
 Frais : 350 x 30 x 0,95 = 9975 FF
 Bénéfice mensuel = 26250 - 9975 = 16275 FF à comparer au 1000 FF, dans le cas de la vente au « coquetier ».

 

Bénéfice multiplié par 16 en faisant de la vente directe"

 


Sources utilisées pour la réalisation de la vidéo  :
 « Nous étions plus de 2.5 milliards d’humains en 1950, presque 3.7 milliards en 1970, 6.1 milliards en 2000. Nous allons dépasser les 7.5 milliards en 2017. Et en 2050 ? Plus de 9.7 milliards d’hommes et de femmes peupleront la planète » : https://is.gd/vkM0DL
 « La production mondiale agricole actuelle pourrait permettre de nourrir 12 milliards de personnes » : https://is.gd/pTaefF + https://is.gd/BHa35C + https://is.gd/L6jtsn
 « En 2014, plus d’un tiers des céréales produites dans le monde étaient destinées à nourrir... nos élevages » : https://is.gd/pTaefF
 « D’après la FAO, 1.6 milliards de tonnes de nourriture seraient perdues chaque année » : https://is.gd/AZggxx
 « En Grande-Bretagne par exemple, 30% des légumes ne sont tout simplement pas récoltés car ils ne correspondent pas aux « standards » du marché » : https://is.gd/2LIjoK
 « En 1940, une calorie d’énergie fossile permettait de produire 2,3 calories de nourriture. En 2014, il faut dépenser plus de 7 calories d’énergie pour produire une calorie de nourriture » : https://is.gd/2LIjoK + https://is.gd/HJe3f4
 "En France, le niveau d’endettement des agriculteurs est passé de 57 900 euros en 1980 à 159 700 euros en 2010. 175% d’augmentation ! : https://is.gd/XHXy7R
 « En 2013, en Europe, les exploitations supérieures à 100 hectares représentaient à peine 3 % de l’ensemble des fermes et pourtant elles s’étendaient sur la moitié des terres agricoles européennes » : https://is.gd/Eqijfx + https://is.gd/LF4SZ3
 « Du coup, les agriculteurs disparaissent. En France, entre 1955 et 2010, leur nombre est passé de 2 millions à 500.000. Une simple division par 4 » : https://is.gd/lgIw7L + https://is.gd/NSYzdf
 « Et ceux qui restent se sont appauvris. Entre 1960 et 2004, le volume de production agricole a doublé mais le revenu net réel des entreprises agricoles a diminué de 56% » : https://is.gd/NSYzdf
 « En 2003 l’Europe adopte une directive sur les agro-carburants (…). Objectif, 2% d’utilisation en 2005 et 5.75% en 2010 » : https://is.gd/AJbY3V + https://is.gd/DvvnX6 « Selon la commission Européenne, entre 2003 et 2008, 6.6 millions d’hectares de terres arables ont été cultivées pour alimenter... nos moteurs » : https://is.gd/111XYK + https://is.gd/JsvQ7m
 « Entre 2000 et 2006, les importations européennes d’huile de palme ont doublé » : https://is.gd/111XYK
 « Ces agro-carburants ont aussi joué un rôle important dans la crise alimentaire mondiale de 2008. D’après une étude de la Banque Mondiale, entre 2002 et 2008, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 140%.75% de cette hausse serait imputable aux agro-carburants » : https://is.gd/5Wx1dj + https://is.gd/YvP5R0
 « Aujourd’hui, la terre est un objet de spéculation. En Roumanie par exemple, entre 2002 et 2015, la valeur de l’hectare a été multipliée par 25 » : https://is.gd/lCdIaq + https://is.gd/yBd9gb
 « De quoi attiser les appétits. 7 à 8 % des terres arables du pays - l’équivalent de 12 000 fermes françaises - seraient déjà aux mains d’investisseurs étrangers » : https://is.gd/hmJEut + https://is.gd/rctE9P
 « Depuis 2011, la banque hollandaise Rabobank a acquis 21.000 hectares de terres agricoles en Pologne et en Roumanie. Elle espère bien les revendre d’ici 10 ou 15 ans en multipliant son prix par trois » : https://is.gd/yBd9gb + https://is.gd/rctE9P
 « En 50 ans, notre agriculture est devenue une machine mondialisée. Et qu’importe les 15% d’émission de CO2 dont le secteur est responsable ou les 10 millions de tonnes de phosphore en plus chaque année dans les océans » : https://is.gd/pTaefF
 « Entre 1900 et 2000, la FAO estime que 75% de la diversité des cultures mondiales a été perdue » : https://is.gd/YOwd9Y
 « Désormais, si rien ne bouge, la productivité agricole pourrait baisser de 2% en moyenne tous les 10 ans » : https://is.gd/pTaefF
 « Mais les choses changent. Une « Déclaration des droits des paysannes et des paysans » est actuellement en négociation à l’ONU » : https://is.gd/eD84SJ + https://is.gd/zvSiVS + https://is.gd/YymLUk

Bonus :
 « Le productivisme agricole » : https://is.gd/msbbnO
 « The global Land grab » : https://is.gd/Wz2Bi5
 Terre de liens : https://is.gd/aGwVx6
 Via Campesina : https://is.gd/KCGR45
 « Terres à vendre » : https://is.gd/qPt0dE

 

Source : #DataGueule

 
 

Datagueule

est une émission de télévision et une websérie. Elle propose des vidéos d’animation traitant de l’actualité sur un mode ludique et condensé dans un but didactique. Chaque épisode hebdomadaire tente de révéler et décrypter les mécanismes de la société et leurs aspects méconnus.

 
 
 
 

Nicolas Sersiron

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme » Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie aux côtés de François-Xavier Verschave (Françafrique) puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar au début des années 2000. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD. Il donne régulièrement des conférences sur la dette.

 

Autres articles en français de Nicolas Sersiron (58)

 

 

 

Source : http://www.cadtm.org

 

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 17:03

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

En Allemagne, une poupée connectée qualifiée de « dispositif d’espionnage dissimulé »

 

L’agence de régulation des réseaux a interdit le jouet à la vente, et enjoint aux parents de détruire ceux que leurs enfants possèdent.

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

 

Une poupée Cayla dans un magasin de Londres, en novembre 2014.

Une poupée Cayla dans un magasin de Londres, en novembre 2014. LEON NEAL / AFP

Après les téléviseurs connectés, qui collectent de grandes quantités de données personnelles de leurs utilisateurs, voilà que les jouets se transforment eux aussi en espions de votre vie privée.

 

La Bundesnetzagentur, l’agence chargée de la régulation des réseaux en Allemagne, a publié, vendredi 17 février, un communiqué dans lequel elle qualifie une poupée connectée, baptisée Cayla par ses fabricants, de « dispositif d’espionnage dissimulé ».

De tels objets intrusifs étant interdits par la loi en Allemagne, le jouet n’est plus disponible à la vente. Quant aux exemplaires déjà vendus, l’agence demande aux parents de les détruire ou, au moins, d’en extraire le dispositif d’enregistrement.

Car ce qui fait la spécificité de Cayla, c’est le micro qui est renfermé dans son petit corps de plastique. Celui-ci enregistre les questions des enfants, qui sont analysées grâce à un logiciel de reconnaissance vocale. Le jouet, que l’on doit connecter à une tablette ou à un smartphone avec le Bluetooth, y répond ensuite directement. Cayla sait résoudre des opérations mathématiques, donner des informations sur un pays ou une célébrité, et même raconter sa vie, qu’elle mène avec ses parents, amis et animaux fictifs.

C’est un étudiant à l’université de Sarrebruck, nommé Stefan Hessel, qui a soulevé en Allemagne la question de la sécurité d’un tel dispositif, en révélant qu’il n’y avait aucun mot de passe pour protéger la connexion. Un intrus situé à moins de 15 mètres de distance du jouet pourrait entendre les conversations à travers le micro de Cayla, mais aussi parler directement aux enfants.

Le distributeur allemand de la poupée a assuré que le jouet n’était pas équipé d’un « logiciel espion » et a promis de contester la décision des autorités en justice. Il n’empêche, Genesis Toys, le fabricant de la poupée blonde, avait déjà, par le passé, été confronté à de telles accusations. Dans une plainte déposée auprès de la commission américaine fédérale du commerce, en décembre 2016, plusieurs associations avaient qualifié Cayla de menace pour la vie privée, non seulement parce qu’elle pouvait enregistrer ce qui se disait autour d’elle, mais aussi parce que les fichiers audio en question étaient transmis à un serveur à distance sans le consentement des parents. D’autres groupements de défense des consommateurs avaient ensuite décidé, eux aussi, de poursuivre le fabricant, aux Pays-Bas, en Belgique, en Irlande, en Norvège et en France.

La poupée Cayla n’est pas la seule à susciter la controverse. Hello Barbie, une poupée connectée en Wi-Fi, commercialisée aux Etats-Unis par Mattel et ToyTalk, avait, en 2015, suscité de nombreuses inquiétudes sur sa vulnérabilité face à un potentiel piratage. Une peur matérialisée fin novembre 2015, avec le piratage des serveurs de VTech, le géant des ordinateurs pour enfants. Des données personnelles sensibles des utilisateurs et de leurs parents avaient alors été volées. Parmi elles, les courriels, archives de forums de discussions, ou photos de cinq millions de comptes.

A la suite de cette affaire, VTech avait modifié ses conditions d’utilisation, y précisant que le consommateur n’était jamais à l’abri d’un piratage, et qu’il reconnaissait en avoir été averti lors de l’achat du produit. Des appels au boycott de ces petits ordinateurs pour enfants avaient alors été lancés.

 

Lire aussi :   Sécurité informatique : les jouets connectés, cible tentante pour des pirates

 

Selon le Guardian, la Consumer Protection Cooperation Network, qui rassemble les régulateurs européens, devrait réunir, en mars, les autorités de défense des consommateurs, et celles de protection des données personnelles de plusieurs pays européens, afin de discuter plus amplement des applications et risques des jouets connectés.

 

 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 15:55

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

« Tous entrepreneurs » ?

Chauffeurs Uber : au volant avec les prolétaires 2.0, « entrepreneurs » pour 3,5 euros de l’heure

 

par

 

 

Ils travaillent plus de 60 heures par semaine et gagnent moins que le Smic. Ce sont les chauffeurs VTC. Ils seraient autour de 20 000 en France. L’arrivée de la plateforme numérique Uber a suscité espoirs et vocations pour de nombreux exclus du marché du travail. Et la marque a tout fait pour attirer de nouveaux « partenaires ». Derrière les promesses d’autonomie et d’activités rémunératrices, beaucoup découvrent la précarité, le salariat déguisé sans protection sociale, l’endettement et, au final, une nouvelle forme de soumission. Aujourd’hui en lutte, certains chauffeurs s’apprêtent à attaquer Uber en justice pour travail dissimulé. Reportage auprès de ces « uberusés » en colère.

Ils portent des costumes-cravates classieux, conduisent des berlines noires étincelantes aux vitres teintées et font pourtant des courses pour moins de 5 euros. « T’imagines ! On est moins cher que la RATP », lâche Ali, la quarantaine fatiguée en montrant une Peugeot 508 éclatante. Si quatre passagers font une course de 7 euros, ça leur revient à 1,75 euros par personne. »

Depuis plusieurs mois, la colère gronde sous les capots contre les plateformes numériques de mise en relation entre passagers et chauffeurs, Uber bien sûr, en tant que leader incontesté du secteur, mais aussi Snapcar, Le Cab, Chauffeurs privés ou MarcelCaB. La plupart des chauffeurs alternent entre ces marques mais restent fidèles au géant et ses 1,5 millions d’utilisateurs en France. Face aux grèves et actions à répétition de ses travailleurs « VTC », pour voiture de transport avec chauffeur, la direction d’Uber a été contrainte d’ouvrir, ce 22 février, des négociations avec leurs représentants syndicaux [1]. Au programme : étudier un dispositif de soutien aux chauffeurs en difficulté. Pour certains, l’« innovation » Uber commence à virer au cauchemar.

 

1100 euros net, sans droit au chômage et sans congés payés

Tous les matins, Ali se branche sur l’appli UberX pour commencer une journée de travail… à perte. Cet ancien serveur en restauration a beau travailler de 5h à 21h, il ne s’en sort plus depuis la baisse des tarifs pratiqués par Uber. Mais Ali n’a pas le choix. Il doit amortir sa Ford Mondéo qu’il a achetée à crédit plus de 30 000 euros pour se conformer aux modèles imposés par les plateformes. En guise de protestation, il ne prend même plus la peine de porter le costume ni de proposer les bouteilles d’eau ou bonbons à ses passagers. Ce qui a fait le standing et le succès d’Uber auprès des clients – accessibilité, disponibilité, tarification – fait désormais le malheur de ces conducteurs. « Uber X : c’est toujours mieux qu’un taxi », proclame le slogan. Tout dépend de quel côté on est assis.

Plusieurs banderoles flottent sur les escaliers de l’Opéra Bastille ce 16 janvier. « 15h/jour, 360h par mois, Uber m’exploite ». « 3,5 euro par heure, la solution au chômage de Macron ? ». Ici les propos de l’ancien ministre de l’Économie, fervent défenseur du modèle Uber, passent mal. Youssef vient de Villejuif. En dix heures de travail, il lui arrive de réaliser une quinzaine de courses sur lesquelles Uber prélèvera 25% de commission (35% pour le service de partage Uberpool). « Avant je faisais 1500 euros par semaine, maintenant je ne dépasse pas les 800 euros ». Soit 3200 euros de chiffres d’affaires par mois auxquels Youssef doit enlever les frais d’essence (500 euros) et la location de sa Mazda 6 (1600 euros). À la fin du mois, il touche autour de 1100 euros net. À cela, il faudra encore ôter la couverture du régime social des indépendants (RSI). Il en arrive presque au salaire qu’il percevait dans l’aéronautique, mais en travaillant cette fois le double. Et sans l’assurance chômage, les congés payés ni la retraite.

 

« Avec moins de 600 euros par mois, j’arrêterais bien mais je suis bloquée »

« Ces cochers du 21ème siècle » ne sont pas salariés d’Uber mais des « partenaires ». Ils travaillent le plus souvent sous le régime d’auto-entrepreneurs. Ils ne cotisent donc pas aux caisses de protection sociale. Pourtant, Uber reste perçu comme le premier « employeur » de jeunes issus des banlieues, offrant une opportunité d’insertion à une population exclue du marché du travail, sans CV ni diplôme. Un sondage commandé par la firme affiche que 55% de ses recrues étaient au chômage. Sauf que la plupart d’entre eux gagne finalement à peine le Smic en travaillant en moyenne 70 heures par semaine. On est donc loin des 2000 euros net mensuels pour 45 heures de travail hebdomadaire avancés par une étude financée par la direction d’Uber.

Pour Grégoire Kopp, porte-parole de l’antenne française d’Uber et ancien conseiller au ministère des Transport, les mauvaises conditions de travail de ses chauffeurs seraient dues à leurs « mauvais choix en termes de business plan » (Voir ici). Une position que n’est pas loin de tenir Robert [2]. « Faut pas exagérer c’est pas l’usine non plus, t’es assis dans une belle voiture, tu discutes avec les client. Si les conditions sont si mauvaises, pourquoi ne pas arrêter ? » relativise-t-il.

 

« Ils ont tout calculé pour mettre la pression »

Ce trentenaire d’une banlieue nord-parisienne a concrétisé le « rêve de nombreux chauffeurs ». Après avoir roulé pendant quelques mois avec une VTC qu’il louait en binôme avec un autre chauffeur, Robert a monté sa boîte. Il emploie désormais treize chauffeurs. Il montre fièrement le chiffre d’un de ses employés qu’il suit en direct sur son smartphone : 1673 euros net la semaine. Le montant détonne avec celui des autres. L’homme a roulé 64 heures en sept jours. « Ceux qui s’en sortent passent 17 heures au volant puis dorment dans leur voiture, j’en ai vus à l’aéroport », rétorque une manifestante. « Uber nous a vendu du rêve. Mais ensuite, on ne peut plus faire machine arrière », critique-t-elle. « Personnellement, si je n’avais pas de crédit, j’arrêterais. Mais je suis bloquée. Je vis avec moins de 600 euros par mois. »

Beaucoup ont cru à cette « uberéussite », promue par les publicités. Devenir son propre patron en quelques clics, un entrepreneur autonome, travailler à son rythme. Hanan, une des rares femmes présentes place de la Bastille ce jour de manifestation, travaille pour deux applications, LeCAB et UberX. En 2015, elle traverse une « petite période creuse » après la fermeture de son restaurant. Elle se lance dans le business VTC. « J’aimais la conduite, je me disais que je serais libre, que j’allais gérer ma journée. Je croyais que j’allais m’en sortir. Mais au fur et à mesure, on s’est rendu compte que ce n’est pas nous qui décidions. Ils ont tout calculé pour mettre la pression : nous sommes dans le stress tout le temps. »

 

Rouler 80 km à vide pour prendre des clients

En théorie, les travailleurs sont indépendants. En réalité le chauffeur n’a aucune marge de manœuvre sur ses commandes. Lorsque son « appli » bipe, il ne connaît ni le montant ni la destination avant d’accepter la course. Ce qui peut réserver quelques surprises. « Parfois, je me déplace dans les banlieues lointaines, à 7 km, pour découvrir que la course est de 3,5 km », témoigne Youssef. En plus, le temps d’attente ou le déplacement entre les courses n’est pas calculé, donc non rémunéré. Or de nombreux client réservent seulement pour quelques mètres. « S’il y a des bouchons, tu restes coincé vingt minutes pour 5 euros », poursuit le trentenaire.

Repérer les bons spots, « chasser » le voyageur potentiel, tourner dans l’espoir que son smartphone signale une course constitue le quotidien des chauffeurs. Légalement, ils doivent se diriger vers le siège de leur entreprise entre deux courses. Ils n’ont pas le droit de faire des maraudes, à la différence des taxis. « On prend tout le monde. À chaque heure, une catégorie différente. Le matin, ceux qui vont à la gare ou l’aéroport, ceux qui déposent leur enfant à l’école. Le midi, ceux qui vont de leur bureau au restaurant pour déjeuner », observe Mohamed, 46 ans, qui arrive des Mureaux (78) sur Paris tous les jours sans trouver de passager. 80 km à vide.

 

Une course au chiffre

Le chauffeur n’a pas le choix du chaland. Si par hasard il en refuse certains, gare à lui : au bout de trois annulations de courses, le compte Uber peut être désactivé. « Là on va direct au chômage, sauf qu’on n’y a pas droit », se désespère Youssef. Très vite, la flexibilité des horaires tant recherchée se traduit finalement par une incertitude permanente pour combler ses dettes. Youssef en sait quelque chose : « Il y a des jours, tu te lèves le matin sans savoir combien tu vas faire. Parfois tu rentres chez toi, avec la crainte de ne pas avoir fait assez, alors tu ressors le soir. Je continue sinon qui va payer mon loyer ? »

C’est une course au chiffre. Une course contre la fatigue et le sommeil. Certains s’empêchent même de boire pour ne pas avoir une envie d’uriner, synonyme de pause. Quitte à mettre en danger leur santé ou la sécurité des passagers. C’est ce qui a failli arriver à Youssef lorsqu’il s’est endormi au volant en fin de nuit. Heureusement, il ne transportait personne. Les accidents seraient si fréquents sur les VTC que les assureurs rechigneraient désormais à couvrir certains véhicules. « Une autre fois, j’ai travaillé de 20h à 6h du matin. Mon dernier trajet jusqu’à l’aéroport m’a paru durer une vie tellement je m’endormais et je ne voulais pas le montrer au client », se souvient Youssef.

 

Désactivé dix jours pour une « erreur » de la cliente

Ce type d’excès de zèle est dicté par le souci du confort des passagers. Après chaque trajet, ces derniers peuvent noter le comportement de ceux et celles qui sont au volant. « Notés comme des élèves », se désole Hanan. Si la moyenne baisse trop, ils se voient rappelés à l’ordre ou, pire, déconnectés. Difficile de répondre lorsqu’un usager hausse le ton, se permet l’impératif ou le tutoiement. Au moindre faux-pas, on risque la désactivation. Pris en étau entre l’utilisateur et la plateforme, l’uber pilote n’est pas le maître à bord. Au grand dam d’Ali : « S’il y a une embrouille avec un passager, Uber croira toujours le client. Le client a toujours raison, il est comme notre maquereau. » Ce système de notation, censé améliorer la qualité de service, s’apparente finalement aux sanctions disciplinaires d’un employeur.

Dissimulé sous son écharpe noire, Ryad, se souvient comment il a été déconnecté du service pendant dix jours suite à une réclamation d’une cliente… qui s’était trompée. À 37 ans, Ryad a fini par arrêter de jouer les taxis d’un nouveau type. « Je ne voyais plus ma fille grandir, je n’avais plus de vie sociale. C’est bien pour les petits jeunes. Pour les pères de famille embourbés dans les crédits bancaires, c’est impossible. »

 

Plainte pour salariat déguisé

Notation, désactivation arbitraire, tarifications et destinations imposées sont autant de faisceaux d’indices de « salariat déguisé » où le chauffeur répond de fait aux injonctions de son employeur et de son application. « Le contrat de partenariat d’Uber est une caricature du statut de travailleur hyper-dépendant, cela ne peut être qu’un contrat de travail », remarque l’avocat Jean-Paul Teissonnière, soutien de la lutte des « uberusés ». Encore faut-il pouvoir apporter la preuve de l’existence d’une relation de travail salarié. Son principal critère est le lien de subordination.

Relevés de comptes, messages, notifications, contrats… l’équipe de juristes présents à la Bourse du travail de Saint-Denis ce 27 janvier épluche les dossiers Uber d’une quarantaine « d’indépendants ». Soutenu par le cabinet d’avocats Tessonière & Topaloff, le récent syndicat Unsa VTC s’apprête à lancer aux Prud’hommes une procédure collective de requalification en salariés de ces automobilistes. Objectif ? Obtenir les indemnités correspondantes aux arriérés de cotisations sociales non payées.

En parallèle, une plainte au pénal sera déposée auprès du parquet de Paris pour délit de travail dissimulé. L’« employeur » encourt en théorie le paiement à chaque salarié d’une indemnité forfaitaire de six mois de salaires (Article L8223-1 du code du travail). Il encourt également une peine d’amende de 225 000€ en tant que personne morale. Cette action succède à celle initiée par l’Urssaf en septembre 2015. Elle fait également écho à deux procédures similaires aux États-Unis et au Royaume-Uni. La direction d’Uber France se dit confiante dans la mesure où elle ne fait signer aucune clause d’exclusivité aux chauffeurs dans son contrat [3]. Sauf que le mastodonte numérique a su créer une dépendance économique. Ce qui juridiquement peut passer pour de la subordination.

 

Comptable, administration, assurance : dépendances chaîne

D’amont en aval, Uber contrôle toute la chaîne de transport. Besoin d’un comptable pour gérer votre budget ? D’une formation pour avoir l’autorisation de circuler ? Ou peut-être d’une assurance à titre onéreux ? Plutôt d’un loueur de véhicule ? Uber a tout prévu pour faciliter les formalités administratives de ses nouveaux chauffeurs. Un kit de parfait premier entrepreneur clef en main. À chaque étape, Uber vous oriente vers un de ses partenariats privilégiés [4].

Autour de la firme ont émergé des sociétés dites de capacité de transport qui peuvent employer des chauffeurs non titulaires de la carte professionnelle [5]. Certains de ces « mini Uber » ont par ailleurs une politique d’embauche à faire bondir n’importe quel contrôleur Urssaf. Cumulant salariat, paiement à la tâche et travail au noir. L’entreprise californienne s’est ainsi constituée une main d’œuvre de nouveaux prolétaires avec l’aide de Pôle emploi – bientôt 70 000 chauffeurs ? – sur laquelle elle ponctionne la valeur des transactions. Le tout sans s’acquitter des cotisations patronales associées, ni payer d’impôt en France. Officiellement, l’entreprise n’y ferait aucun bénéfice, malgré sa capitalisation à hauteur de 68 milliards de dollars.

 

Uber peut remercier Jacques Attali, Fillon et Macron

« Créer un outil numérique et casser les prix une fois qu’il y a suffisamment d’esclaves dominés à cause de crédits sur le dos, c’est ça l’ubérisation ! », tonne Sayah Baaroun du syndicat Unsa VTC. Jean-Paul Teissonnière, lui, parle d’un retour au tâcheronnat. « Avec Uber, on réinvente la situation des salariés non protégés du 19ème siècle. Dans le code civil, ce type de relation s’appelait le contrat de louage de service. » Or le droit du travail s’est progressivement constitué pour rééquilibrer la relation inégale entre employeur et employé à la tâche. Serait-ce ce retour en arrière que nous préparent les partisans de la révolution numérique ?

Ce que vivent aujourd’hui ces chauffeurs prend son origine en 2009 avec l’ouverture du marché des taxis au VTC. La création du régime simplifié des « indépendants » – les fameux auto-entrepreneurs (Lire notre enquête ici) – a également facilité l’embauche des Uber. Deux mesures mises en place par le gouvernement de François Fillon suites aux préconisations de la commission dite de « libération de la croissance » dirigée par Jacques Attali, dont le rapporteur était un certain… Emmanuel Macron. La part des travailleurs indépendants – ces « entrepreneurs » bon marché mais dépourvus des droits acquis grâce à un siècle de conquêtes ouvrières – se stabilise pour l’instant à 10% de l’emploi total. Pour combien de temps ?

Ludo Simbille

Photo : CC Travis Wise

 

 

Notes

[1UNSA, CFDT, Capa-VTC, Actif-VTC, UDCF.

[2Le prénom a été modifié.

[3Certains contrats signés par des chauffeurs avec des loueurs de voitures stipulaient tout de même une obligation de partenariat avec Uber.

[4Le plus célèbre, « Voitures Noires », s’est bâti une fortune grâce à la location de ses 2800 véhicules à minimum 900 euros chacun. Autre partenaire étroitement lié au géant numérique : le Groupe Max, véritable à holding dirigée par Joseph François, ardent défenseur du système Uber.

[5Ces sociétés de capacité de transport sont régies par la Loi d’orientation des transports intérieurs (LOTI), une législation moins contraignante que pour les VTC en terme de formation et de qualification des chauffeurs. Le boom des VTC a conduit au dévoiement de cette loi, destinée au transport collectif. Ce qui permet notamment aux capacitaires « Loti » d’engager des conducteurs simplement titulaires d’un permis B sans attendre plusieurs mois l’autorisation de transport pour un VTC. La loi dite GrandGuillaume, du nom de son rapporteur, adoptée fin décembre pourrait mettre fin à cette activité.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 18:46

 

Source : https://france.attac.org

 

Réforme du marché carbone : 200 milliards d’euros supplémentaires pour les pollueurs

 

 
 
 

Mercredi 15 février, le Parlement européen a voté en faveur d’un projet de réforme du marché carbone européen (ETS) qui délivre de nouvelles aides substantielles aux industries polluantes et conduit l’UE à se doter d’un objectif de réduction d’émission de gaz à effet de serre (GES) bien en-deçà de ce qui devrait être sa juste part. Attac France s’associe à Corporate Europe Observatory et Food & Water Watch pour rappeler que la réforme votée ne permet en rien de résoudre les défaillances structurelles du marché carbone européen, qui reste inefficace et inadapté aux défis climatiques.

Le Parlement de l’UE a adopté des mesures qui représentent environ 200 milliards d’euros en faveur des industries polluantes, sous forme de permis de polluer délivrés gratuitement et de fonds additionnels. Un montant qui pourrait être réévalué à la hausse une fois que les règles sur les subventions actuelles pour les secteurs à forte intensité énergétique, tels que le ciment, seront clarifiées.

Pour Oscar Reyes, du Corporate Europe Observatory, 
« Il semble que le Parlement européen soit très heureux de prolonger ce qui apparaît comme programme de protection sociale pour les grands pollueurs qui pourtant, et depuis trop longtemps maintenant, n’a pas permis de réduire les émissions de GES. Les contribuables européens seront ceux sur lesquels vont reposer ces lourdes subventions versées aux industries polluantes. »

Le vote confirme également l’absence d’ambition au cœur même du système d’échange de quotas d’émissions, qui est l’instrument phare de l’UE en matière de politique climatique.

Pour Frida Kieninger de Food & Water Europe,

« L’objectif annuel de réduction des quotas disponibles de 2,2 pour cent est une capitulation honteuse qui est encore loin de la juste part que l’UE doit mener en matière de lutte contre les dérèglements climatiques prévue par l’Accord de Paris. Il est grand temps que les institutions de l’UE se rendent compte que le marché carbone européen n’est pas adapté aux objectifs poursuivis et qu’il faudrait substituer à ce dispositif une réglementation climatique plus efficace. »

 

Notes 

  • La proposition et les amendements sur lesquels le Parlement européen s’est exprimé.
  • La valeur des permis de polluer délivrés gratuitement et des fonds liés au marché carbone s’élèvera à environ 198 milliards d’euros entre 2021 et 2030. Ce chiffre s’appuie sur une évaluation fixant un prix moyen du carbone de 25 €, réparti comme suit : 135 milliards pour les permis gratuits ; 15 milliards pour le fonds pour l’innovation ; 11 milliards pour le fonds pour les coûts indirects ; 8 milliards pour le fonds de modernisation ; 19 milliards pour la part flexible et 10 milliards pour le fonds de réserve destiné aux nouveaux participants ;

P.-S.

Organisations signataires :

  • Attac France,
  • Corporate Europe Observatory,
  • Food & Water Europe.

 

 

 

Source : https://france.attac.org

 

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 22:49

 

 

Source : http://www.streetpress.com

 

 

Verbalisée pour avoir donné un livre

 

 

 

16 Février 2017

 
 

par Gwenaelle, professeure des écoles région parisienne et « semeuse de livres », une défenseure de la libre circulation des livres.

 

 

Le 31 janvier Gwenaelle a voulu, comme souvent, déposer un livre dans la rue. Une manière de partager la culture encouragée par les bibliothèques. Sauf que des policiers ont décidé de lui coller une amende au nom de la lutte contre les incivilités.

Je donne beaucoup de livres. La dernière fois, c’était un mardi, le 31 janvier. Un bel ouvrage de photos, tout neuf, que j’avais seulement feuilleté. Je ne pouvais pas le garder, ça déborde chez moi et je n’avais personne de précis en tête.

Alors, je l’ai déposé contre la vitrine du Gibert Joseph entre Barbès et Château Rouge, bien en évidence, vertical, à l’abri de la pluie.

 

J’ai voulu partager un livre. J’ai reçu 68 € d’amende !

Je m’apprêtais à m’éloigner pour observer cinq minutes, comme souvent, qui viendrait le récupérer. Et là, j’ai croisé une dizaine de policiers. C’était la fin d’une « opération zéro tolérance contre les incivilités », leur chef était en train de féliciter ses gars, je pense avoir été leur dernière prise.

Ils m’ont collé 68 euros d’amende, même tarif que pour une crotte de chien.

Pour moi, déposer un livre dans la rue, c’est une pratique régulière. Les recommandations des bibliothèques (link is external) de la ville de Paris, elles-mêmes, suggèrent de le faire.

Je le fais parce que je crois en la circulation des livres, j’ai même constitué petit réseau d’amis pour envoyer des livres d’occasion en Haïti quand ils ne sont pas trop franco-français.

Et laisser un livre de portraits de personnalités politiques à la Goutte d’Or, c’est un moyen de le mettre en relation avec un nouveau public. Je fais tout cela comme acte citoyen.

 

 

« Pour moi, déposer un livre dans la rue, c’est une pratique régulière […] Je fais tout cela comme acte citoyen » Gwenaelle, dealeuse de livres

 

Je suis une « trafiquante de livres »

Je suis une « trafiquante de livres », mon hall est toujours rempli d’ouvrages à envoyer à l’étranger ou à transmettre à mes amis. Les librairies et les bibliothèques me donnent leur pilon [les volumes destinés à être détruits], j’en ai collecté 2.000 à la fin de la foire aux livres de mon quartier l’année dernière.

J’en récupère même plusieurs dizaines par an entre les sacs poubelles des Parisiens.

En toute bonne foi, j’ai expliqué ma démarche à l’agent qui consultait ma carte d’identité et dictait le procès-verbal à son appareil. Il m’a écouté assez surpris, avant d’être rejoint par un autre agent : « Alors, la dame elle a jeté une cigarette ? ».

Puis un troisième… et ainsi de suite. Tous tenaient le même discours : « On comprend ce que vous dites, mais on ne peut pas déroger aux ordres ».

Cet excès de zèle rend la situation absurde, ubuesque même. Dans le procès verbal, dont je n’ai pas eu copie, le premier agent a accepté d’inscrire les mots clés « livres » et « Culture », en me disant que la Mairie s’arrangerait peut-être avec ça.

Je suis resté calme jusqu’au bout. Sur l’amende que j’ai reçu chez moi, il est marqué « Dépôt d’ordures ». Je vais la contester, avec des liens vers tous les mouvements militants qui font circuler des livres de cette façon.

 

Mon acte est avant tout citoyen

Ce n’est pas tellement la somme de 68 euros qui m’embête le plus. J’ai peur que chaque acte citoyen ne devienne un délit. Le zèle risque toujours d’amener des dérives. Pour l’instant, ça ne va pas m’empêcher de recommencer.

Parmi les personnes qui m’ont contacté pour me soutenir, il y a ceux qui prétendent que les policiers sont tous des illettrés. Et ceux, beaucoup plus intéressants, qui proposent d’abandonner des livres dans les salles d’attente des commissariats. Pourquoi pas ? C’est une idée d’action militante intéressante.

Propos recueillis par Maxime Grimbert
 

 

 

 

Source : http://www.streetpress.com

 

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 22:02

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

VIDEO. Le calvaire de cochons dans un abattoir à Houdan

 

 

 

 

Cet abattoir est un des premiers à avoir installé des caméras de contrôle vidéo mais les images seraient uniquement consultées par le directeur, dénonce l'association L214.

 

Après les poulets ou les vaches, l'association L214, qui milite contre la consommation de viande, a diffusé de nouvelles vidéos montrant des cas de maltraitance de cochons à l'abattoir de Houdan (Yvelines), contre lequel elle entend porter plainte.

 

Ces nouvelles vidéos tournées fin novembre et début décembre 2016 montrent des porcs obligés d'avancer dans un couloir étroit par un employé qui les frappe violemment à l'aide d'un battoir.

 

Les salariés donnent également des coups de pied aux animaux et utilisent un aiguillon électrique pour tenter de les faire avancer sur la rampe qui les mène au gazage. Les porcs hurlent et certains vont même jusqu'à perdre connaissance sous les nombreux coups. L'association écrit dans un communiqué :

 

"Chocs électriques et coups sont constamment distribués sur toutes les parties du corps des animaux parfois jusqu'à les sonner. Couloir et rampes sont très mal conçus et des cochons se trouvent parfois bloqués puis décoincés à coup d'aiguillons appliqués sur les yeux.


La capacité d'accueil de la porcherie est sous-dimensionnée et les cochons sont entassés sans avoir tous la possibilité de se coucher. Les agressions et les cris emplissent la porcherie sans discontinuer."

 

Pour Brigitte Gothières, porte-parole de l'association, le problème principal se concentre sur les installations : "Le parcours n'est pas réalisé de manière à retirer du stress aux cochons avant d'être abattus. L'employé semble dépassé et agit comme s'il ne pouvait pas faire autrement que de porter ces stimuli aux animaux".

 

Le directeur de l'abattoir, Vincent Harang, indique "ne pas cautionner" le comportement de l'employé mis en cause, qui a depuis été "écarté" de ce poste.

 

"Après ça, nous avons fait une grosse réunion. Et depuis toujours, on forme tous nos employés lors de l'embauche, puis de la formation continue", souligne Vincent Harang, qui emploie 90 salariés pour une production de 2.500 porcs par semaine.

 

Plainte pour maltraitance

Selon l'association, l'abattoir de Houdan "est un des premiers abattoirs à avoir installé des caméras de contrôle vidéo, mais les images sont uniquement consultées par le directeur de l'abattoir".

 

Ce dernier, ayant précisé que les vidéos étaient à la disposition des services vétérinaires, n'a pas satisfait la porte-parole de L214 qui rétorque :

 

"Ces nouvelles images glacent le sang. Cet abattoir dispose de caméras de contrôle vidéo, ce qui n'est en rien un rempart à la maltraitance des animaux en abattoir. Tant que les vidéos resteront en circuit fermé au sein des abattoirs, il ne faut pas espérer que ce dispositif permette un contrôle efficace.


Nous soulignons de nouveau que les abattoirs sont des lieux de violence et de mort, les tentatives pour les rendre éthiquement acceptables sont vaines. Une question devient inévitable aujourd'hui : faut-il encore manger les animaux ?"

 

D'après L214, "l'abattoir de Houdan avait fait l'objet d'une inspection en avril 2016. La plupart des faits révélés sur ces nouvelles images avaient été repérés par les services vétérinaires mais sans produire aucun effet". L'association va porter plainte pour "maltraitance" contre l'abattoir de Houdan auprès du tribunal de grande instance de Versailles.

 

En décembre 2016, deux militants de L214, dont son cofondateur Sébastien Arsac, avaient été interpellés de nuit dans cet abattoir des Yvelines alors qu'ils venaient recharger les caméras filmant l'endormissement au CO2 des porcs avant abattage.

 

Les deux militants sont convoqués devant le tribunal correctionnel de Versailles le 12 juin 2017.

 

Mélody Locard avec AFP

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

 

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 14:20

 

 

Source : http://communessolidairesgard.collectif-citoyen.fr

 

 

Délit de solidarité : un bénévole français encourt jusqu’à 15 ans de prison en Italie

 

 

Posted by on 15 février 2017

 
 

Après la France, c’est au tour de la justice italienne de poursuivre un habitant des Alpes-Maritimes pour son aide apportée aux migrants. Félix Croft, 28 ans, doit comparaitre le 16 février au Tribunal d’Imperia en Italie. Il encourt jusqu’à 15 ans de prison pour avoir véhiculé bénévolement cinq membres d’une même famille, originaire du Darfour au Soudan, le 22 juillet 2016. Son action humanitaire tombe sous le coup d’un texte de loi prévu pour les passeurs qui se font payer. Basta ! relaie le témoignage de Félix dans lequel il revient sur les raisons qui l’ont amenées à apporter son aide aux migrants. « J’assume entièrement mes actes à Vintimille », dit-il. Voici pourquoi.

Je viens d’une famille qui a migré dans son histoire, comme la plupart des êtres humains sur cette planète. Mon père est de nationalité américaine, d’origine écossaise ; ses aïeux fermiers ont émigré aux États-Unis au 18ème siècle. Ma mère française est d’origine italienne, sa famille est venue en France au début du 20ème siècle depuis le Piémont et la Toscane.

J’ai été élevé dans le respect de la mémoire de mes aïeux, des efforts qu’ils ont dû fournir pour construire une vie meilleure dans un pays qui n’était pas le leur. S’installer sur un territoire hostile à des milliers de kilomètres de l’Europe « civilisée » et devoir apprendre à vivre au contact de toutes ces cultures différentes ne devait pas être aisé. Tout aussi difficile que de débarquer dans le pays voisin avec une poignée d’argent et quelques meubles, fuyant un régime fascisant (Mussolini accède alors au pouvoir en Italie, ndlr) et une pauvreté grandissante.

Ils ont dû prouver par leur travail et leur intégrité qu’ils méritaient une place dans leur nouvelle société, supportant tant bien que mal les préjugés, voire l’hostilité, des populations déjà établies sur le territoire. Ne partant de rien, ils ont fini par s’établir et enrichir leur pays d’accueil, c’est le but de tout migrant.

Tout commence par un pique-nique de soutien

Par le biais d’amis à « Nuit Debout Nice » j’apprends qu’ils vont apporter de la nourriture aux migrants et réfugiés qui sont à Vintimille. C’est en discutant avec eux que j’apprends la situation révoltante dans laquelle se trouvaient des Sud-soudanais, des Érythréens, des Syriens et même des Afghans. Des pays qui sont en tête de liste des endroits les plus dangereux de la planète !

Le maire de Vintimille venait d’éditer un arrêté municipal interdisant à quiconque d’apporter un quelconque soutien logistique aux personnes cherchant refuge en Europe (nourriture, eau, vêtements, couvertures, enseignements ou soins). La décision fût donc prise en coordination avec plusieurs associations françaises d’aller organiser un pique-nique de soutien avec les réfugiés pour réfléchir ensemble aux problèmes et aux solutions envisageables. Cette journée m’a permis d’appréhender une situation alarmante au sein-même du lieu de vie pourtant si idyllique que sont nos magnifiques côtes et nos montagnes.

Par la suite j’ai commencé à me déplacer quand je le pouvais à quelques kilomètres de chez moi pour aider les associations qui ont mis en place des centres d’accueil de fortune dans les églises de Vintimille. Église Catholique que je tiens à saluer ici, n’étant moi-même d’aucune confession, pour sa mobilisation sous l’impulsion du Pape François et sa défense inconditionnelle du droit d’asile et des droits fondamentaux de tout être humain.

Climat xénophobe

J’ai observé des associations non-gouvernementales et des instances religieuses qui se sont senties le devoir de déployer une aide d’urgence dans nos pays dits « riches ». Cette urgence qui n’en est plus une puisque la situation stagne depuis des mois et empire même depuis que la France a décidé de fermer ses frontières en mars 2016. La France (comme tant d’autres pays de l’Union) déroge à ses engagements vis-à-vis des accords européens d’accueil des réfugiés signés en septembre 2015. Elle semble suivre ainsi la ligne de conduite protectionniste de certains pays d’Europe de l’Est notamment la Hongrie. C’est une attitude dangereuse à mes yeux, qui attise la peur et provoque le rejet de l’autre, créant par là un climat xénophobe.

En mai 2016 je me suis rendu à Grande-Synthe, près de Dunkerque dans le nord de la France avec une amie parisienne pour être bénévole dans le camp de réfugiés de l’association Utopia 56. C’est là que j’ai appris la différence entre « migrant » et « réfugié ». Ce dernier, selon la définition de l’article 1(A)(2) de la Convention de Genève, est une personne « qui craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays (…) ».

Quand le migrant cherche à améliorer son avenir et celui de ses enfants ou à fuir un changement politique à venir, le réfugié a quitté contre son gré une situation parfois très confortable pour sauver sa vie et celle de sa famille, s’il lui en restait une.

« Tous n’avaient qu’un seul but : trouver un sol hospitalier »

A Grande-Synthe le camp était composé à 90 % de réfugiés kurdes venant des quatre différents pays qui divisent le Kurdistan : l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie. Ils parlaient quatre langues différentes mais partageaient les mêmes cuisines, le même préau, la même tente à thé et les mêmes incertitudes. Toutes les classes sociales s’y trouvaient représentées, du médecin au fermier, les mécaniciens, les infirmiers… Tous avaient des histoires différentes mais un fil conducteur les reliait : la violence, la mort et la perte d’êtres chers. Et tous n’avaient qu’un seul but : trouver un sol hospitalier où s’installer pour panser les blessures de leur corps et de leur âme et reconstruire leur vie perdue en espérant, mais sans trop y croire, un jour retourner dans leur pays d’origine pour le reconstruire lui aussi.

Pendant l’été, je me rendais quand je le pouvais au camp dit « informel » de la Croix Rouge italienne à Vintimille, c’était somme toute un quai de gare désaffecté accolé au camp officiel très largement débordé par le millier de réfugiés qui transitaient en permanence sur la frontière. Je dis bien « en transit » et non pas « bloqués », car si j’ai appris quelque chose à Dunkerque c’est que là où il y a du désespoir il y a des gens pour en tirer profit. Les réseaux criminels organisent depuis déjà longtemps le passage de la frontière, les tarifs varient entre 100 et 150 euros (à l’époque) et les victimes sont parfois abandonnées sur l’autoroute, voire même un peu plus loin dans Vintimille !

Certains soudanais parlent couramment l’anglais et j’engageais la conversation avec eux, les classiques… « D’où viens-tu ? » « Où vas-tu ? » « Pourquoi ? Tu as de la famille là-bas ? »

Parfois on aborde des sujets moins classiques : « Tu as perdu quelqu’un ? » « Ton voyage a duré longtemps ? » « Comment tu as fait ? »

Des dizaines d’histoires, toutes différentes mais tellement similaires dans les épreuves parcourues. Depuis la fuite d’un pays en guerre ou d’une dictature meurtrière, le danger et la fatigue de la route en essayant de ne pas tomber dans les griffes des réseaux de traite, sans oublier les trop funestes traversées de la Méditerranée. Ou encore les traitements inhumains subis en Libye où ils sont exploités ou torturés, en Turquie où on les enferme dans des camps où ils servent de moyen de pression politique et économique sur l’Europe… Jusqu’à une attente interminable devant les frontières d’un pays qui a de tout temps défendu le droit d’asile.

« Il ne m’apparait qu’une chose à faire »

Le 22 juillet, en discutant avec les réfugiés et les bénévoles au camp informel, j’apprends l’existence d’une famille de 5 soudanais qui vivent dans une église et qui ne viennent pas jusqu’au camp. Avec ma copine nous décidons d’aller voir si on peut leur apporter quoi que ce soit. Arrivés à la petite église nous rencontrons trois jeunes gens d’environ 20-25 ans dont un couple avec deux enfants de 5 et 2 ans, tous originaires du Sud-Soudan, une région appelée le Darfour. La mère qui parle particulièrement bien anglais raconte à ma copine (qui vient là en tant que psychologue) leur histoire violente et marquante, comme j’en ai déjà trop entendues et dont vous me permettrez d’en taire les détails sordides.

Ils étaient incapables de marcher avec leurs enfants sur l’autoroute où ils risquent la mort à chaque minute. Sur la voie ferrée, les piétons sont souvent pourchassés par les brigades cynophiles de la Police aux frontières. Ils n’avaient absolument pas l’argent pour payer les passeurs afin de retrouver des parents en Allemagne. Pour des raisons évidentes de confort, les personnes qui voyagent à pied ou en train préfèrent passer par la France plutôt que par la Suisse… À plusieurs reprises, la femme me demande de les emmener avec moi et quand elle me montre les blessures de son petit de 5 ans (brûlé sur tout le flan droit par l’incendie de sa cabane lors du massacre dans leur village) il ne m’apparait qu’une chose à faire.

Jugé « comme ceux-là même qui s’enrichissent sur la misère »

La suite on a pu la lire dans les journaux italiens ou sur la toile, je me suis fait arrêter au péage de l’autoroute, les « migrants » ont été récupérés par la Caritas (le Secours catholique italien) et le procureur italien a décidé de me juger comme ceux-là même qui s’enrichissent sur la misère… Après trois jours de prison, le juge a décidé de ma mise en liberté provisoire en attendant l’audience au 16 février.

D’après la loi italienne en vigueur, j’encours entre 5 et 15 ans de prison et 15 000 euros d’amende par personne transportée… Sous prétexte qu’ils étaient 5 et qu’il y avait deux Opinels dans la voiture (et un morceau de Lonzo Corse…). Ces deux faits comptent comme des circonstances aggravantes, au même titre dans la loi italienne que de transporter des personnes au péril de leurs vies ou dans des conditions inhumaines.

Rien n’a changé depuis à Vintimille, ça a même empiré ! La police organise de véritables rafles dans les rues et achemine des centaines de réfugiés dans les Centres d’identification et expulsion (CIE) au Sud du pays, 2 à 3 bus pleins chaque jour !

J’assume entièrement mes actes à Vintimille, avec la certitude d’agir dans le cadre d’une des plus anciennes conventions internationales encore en vigueur :

Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : :
 Article 13 : 1) Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. 2) Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
 Article 14 : 1) Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays.

Je m’appuie également sur quelque chose de moins juridique, une conviction personnelle. La conviction que l’Europe est à nouveau à l’aube d’une période clé de son histoire et les répercussions de la façon qu’elle aura de gérer l’afflux de ces migrants et réfugiés seront, quoi qu’il arrive, très importantes. La « crise migratoire » qui dure depuis 2015 est la plus importante que l’Union européenne ait connue depuis sa création, il est évident que les solutions sont à créer et je crois que mon devoir en tant que citoyen est d’apporter une aide et un soutien à ceux qui attendent que l’on décide en hauts-lieux d’une issue favorable à cette crise.

Lire la publication originale de Félix Croft sur Basta! Mag ici.

Ce témoignage a été publié le 29 janvier 2017 sur le site de l’association Citoyens solidaires 06

 
 
 
 
 
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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 16:25

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

En France, des forêts classées sous la menace d’une exploitation minière

 

Un projet de décret ouvre la voie à la recherche de minerais dans les forêts de protection françaises.

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

 

Verra-t-on renaître demain, en forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne) ou de Rambouillet (Yvelines), des carrières de meulières ou de grès comme il en existait par le passé ? Leur sous-sol va-t-il être grignoté par des activités minières ? C’est ce que craignent des associations environnementales. Un projet de décret, mis en consultation jusqu’au 20 février sur le site internet du ministère de l’agriculture, prévoit en effet d’autoriser l’exploitation de ressources minérales dans les forêts dites de protection.

 

Cette appellation recouvre 154 000 hectares de massifs boisés métropolitains (1 % de la superficie forestière hexagonale), dont 61 000 hectares en Ile-de-France (Fontainebleau, Rambouillet, Sénart, Arc boisé et Fausses-Reposes). Ces domaines, publics ou privés, sont classés et protégés par l’Etat, en raison de la protection qu’ils assurent contre les risques naturels dans les régions de montagne - érosion des sols, glissements de terrains ou avalanches -, et de la qualité de vie qu’ils apportent dans les zones urbanisées. A ce titre, le code forestier y proscrit défrichements, fouilles et extraction de matériaux, seule la recherche d’eau étant permise.

Or, le projet de décret, soumis à la signature du premier ministre, Bernard Cazeneuve, ainsi que des ministres de l’agriculture, Stéphane Le Foll, de l’environnement, Ségolène Royal, de l’économie, Michel Sapin, de la culture, Audrey Azoulay, et du secrétaire d’Etat à l’industrie, Christophe Sirugue, met fin à ces interdits. Par dérogation au code forestier, il rend possible d’une part les « fouilles et sondages archéologiques », d’autre part « les travaux nécessaires à la recherche et l’exploitation souterraine des ressources minérales revêtant un intérêt national ou régional, telles que les substances de mines et certaines substances de carrières ».

 

Pétition en ligne

Interrogé par Le Monde, le ministère de l’agriculture assure que l’objectif n’est pas de remettre en cause le régime des forêts de protection, mais de l’étendre, « pour les protéger elles aussi », à des zones forestières périurbaines qui ne peuvent actuellement bénéficier de ce classement, du fait des chantiers qui y sont menés. Il s’agit de la forêt de Haye, près de Nancy (Meurthe-et-Moselle), qui s’étend sur 11 000 hectares et où sont conduites des campagnes archéologiques. Et de la forêt de Montmorency (Val-d’Oise), qui couvre 2 200 hectares et où sont exploitées des carrières de gypse.

« Une modification du code forestier est nécessaire pour créer une base juridique permettant le classement de ces deux massifs », explique le ministère. Mais, ajoute-t-il, « il n’est pas question de faire de l’exploitation minière dans des forêts où il n’y en a pas aujourd’hui. »

Les associations n’en sont pas moins sur leurs gardes. Une pétition en ligne, lancée par l’ONG allemande Sauvons la forêt, a déjà recueilli près de 30 000 signatures. « Offrir la possibilité de mener des travaux de recherche ou d’exploitation souterraine de ressources minérales est une régression vis-à-vis des réglementations environnementales en vigueur », dénoncent les protestataires. « Il faut traiter les cas particuliers mis en avant par le ministère. Mais cela ne doit pas conduire à ouvrir une plaie béante dans le statut des forêts de protection, estime également Julie Marsaud, coordinatrice du réseau forêts de France Nature Environnement. Le décret doit être encadré pour garantir que ce statut ne sera pas mis à mal. »

 

Nouvelle rédaction du décret

La Fédération nationale des communes forestières a elle aussi réagi à un projet qu’elle juge « préoccupant ». Cette association, qui fédère plus de 6 000 collectivités, considère que la dérogation prévue au code forestier « peut s’exercer dans le cadre de fouilles archéologiques mais en aucun cas pour toute extraction de matériau au sein d’un massif classé ».

De son côté, la Fédération des parcs naturels régionaux de France a publié en ligne un communiqué intitulé : « Non à l’exploitation minière dans les forêts de protection ! » Son président, Michaël Weber, y faisait part de son opposition à « ce nouveau détricotage des dispositifs de protection de notre nature ». Le texte a ensuite été retiré du site internet de la Fédération. « Nous avons exprimé une inquiétude, explique un porte-parole. Puis, le ministère ayant annoncé une réunion de concertation, nous avons décidé d’en attendre le résultat, sans faire de bisbilles. »

Dans l’urgence, le ministère de l’agriculture a en effet convoqué une « réunion technique », jeudi 16 février - à quelques jours de la fin de la consultation publique -, avec les différentes parties prenantes. « Nous avons entendu les inquiétudes, affirme le ministère. Nous allons travailler à une nouvelle rédaction du décret pour les dissiper. » Responsables forestiers et associations jugeront sur pièces.

 
 

 

 

 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 19:07

 

 

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La face sombre de l’aquaculture

 

La surexploitation des petits poissons, réduits en farine, menace la sécurité alimentaire des pays du sud.

 

LE MONDE | | Par

 

 

 

Sur les côtes du Sénégal, depuis quelques années, des fabricants de farine de poissons coréens, russes, chinois, installés sur place, raflent toute la petite pêche.

 

Près du marché au poisson de Joal, sur les côtes du Sénégal, les femmes qui traditionnellement achetaient chinchards, anchois, maquereaux et sardinelles pour les fumer, se sont retrouvées au chômage. Ces petits pélagiques, moins nobles que le thon ou la daurade, fondent la base de la cuisine jusque dans l’arrière-pays. Mais voilà que depuis quelques années des fabricants de farine de poissons coréens, russes, chinois se sont installés sur place et raflent tout en offrant quelques centimes de plus par caisse débarquée des pirogues de pêche artisanale.

 

C’est l’un des effets du boum de l’aquaculture mondiale. La population mondiale qui croît est de plus en plus gourmande de protéines animales. Il lui faut de plus en plus de farines et d’huile de poisson. Voilà pourquoi les sardinelles africaines réduites au rôle de fourrage vont nourrir des saumons norvégiens, des truites polonaises, des anguilles chinoises, des crevettes thaïlandaises, mais aussi des carpes a priori herbivores, des volailles, ou encore des visons, des chiens, des chats

L’ONG Bloom sonne l’alerte sur cette façon de livrer « de la confiture aux cochons », selon sa formule. En effet la pêche minotière, largement pratiquée par les grandes flottilles asiatiques dans les eaux des pays du sud, contribue à mettre en péril la ressource alimentaire des populations littorales, déjà mise à mal par la surexploitation des grands poissons prédateurs au large.

Mardi 14 février, l’association a rendu publique son analyse sur ce secteur, mettant à plat les ressorts et les conséquences de ce qu’elle appelle « l’envers du décor de l’aquaculture ».

 

Un quart des poissons réduit en farine

Le même jour paraissait dans la revue Fish and Fisheries une publication scientifique cosignée par Frédéric Le Manach, directeur scientifique de Bloom, Tim Cashion, Daniel Pauly et Dirk Zeller de l’université de Colombie britannique. Cette étude souligne qu’en moyenne, entre 1950 et 2010, 27 % du total des captures débarquées autour du globe (soit environ vingt millions de tonnes par an) a été réduit et transformé, servant à autre chose qu’à nourrir directement les humains. Selon Bloom, les farines de poisson alimentent certes l’aquaculture mondiale (elle en consomme environ 57 %), mais elles fournissent aussi largement l’élevage de porcs (22 %) et de volailles (14 %).

Or les auteurs estiment que 90 % des poissons devenus farine étaient parfaitement comestibles, ce qui va à l’encontre du code de conduite pour une pêche responsable établi par l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Celle-ci préconise au contraire de ne transformer que les poissons qui ne sont pas consommés par les humains (comme les lançons ou les tacauds), afin de ne pas menacer la sécurité alimentaire de tous.

Comment élève-t-on les produits de la mer ? La question mérite d’être soulevée alors que ce mode de production est fréquemment présenté comme une alternative à l’épuisement de l’océan : les stocks de poissons sauvages sont surexploités à 90 % selon la FAO. Aussi depuis 2012 l’aquaculture fait-elle à peu près part égale avec la pêche en mer et en eau douce sur les étals de poissonniers. Nous en mangeons au moins autant. La Chine, une fois encore, apparaît comme le géant du marché : elle fournit à peu près la moitié des poissons, des crustacés et des mollusques d’élevage.

 

Le krill, objet de convoitise

Pour alimenter ce secteur prometteur, l’attrait des navires industriels ne se limite pas aux anchois du Pérou – premier producteur mondial de farine de poisson –, aux maquereaux du Chili ni aux sardines africaines. Désormais, ces derniers ciblent aussi de nouvelles espèces comme les poissons sanglier et lanterne.

Pire, le krill de l’Antarctique, très prisé sous forme d’huile, est désormais objet de leur convoitise, notamment des flottes venues du Danemark. Or il constitue la base même de la chaîne trophique. Ces tout petits crustacés, comme les poissons fourrage, nourrissent les gros prédateurs : thons, marlins, cabillauds, ainsi, évidemment, que de nombreux oiseaux et mammifères marins.

« C’est dans la pêche minotière que les pêcheries sont le moins suivies, note pour sa part Arnaud Gauffier, chargé de programme au WWF, le Fonds mondial pour la nature. C’est là qu’il y a le plus de pêche illégale et de captures de poissons d’eaux profondes. On est en train de déstabiliser les grands fonds pour faire de la farine et de l’huile ! » L’ONG partage le même point de vue que Bloom sur le secteur, sans en tirer les mêmes conclusions.

L’association de Claire Nouvian, Bloom, s’insurge, elle, contre l’attribution de labels de gestion durable du type Marine Stewardship Council (MSC, créé par le WWF) à des pêcheries minotières alors que par nature ces pratiques déstabilisent les écosystèmes et grèvent le possible rétablissement des stocks de poissons.

 

Insectes et déchets alimentaires

Comme elle l’avait déjà fait avec obstination et finalement avec succès sur le sujet de la pêche en eaux profondes, l’association se tourne vers l’Union européenne. Certes celle-ci n’est pas la championne de la pêche minotière, qui n’y représente que 12 % du total des captures, mais une fois encore les militants aimeraient la voir jouer un rôle exemplaire. Ils demandent à la Commission de commencer par interdire la fourniture de farines de poissons à des élevages d’animaux non-carnivores.

Frédéric Le Manach suggère par ailleurs de développer une forme d’économie circulaire à base de récupération de sous-produits de conserveries de poissons – ce qui existe déjà –, mais aussi de récupération de déchets alimentaires, de sang d’abattoirs et d’élevages d’insectes. Un modèle de fermes aquacoles où déjections de poissons et plantes aquatiques ou algues se nourrissent mutuellement intéresse de plus en plus. Bloom conseille en outre aux consommateurs de privilégier la viande de porcs et de volailles nourris entièrement de végétaux et préconise surtout de diminuer l’achat de protéines animales.

Mardi 14 février, la Banque mondiale publiait de son côté une évaluation remise à jour du manque à gagner qui découle de la mauvaise gestion de la ressource halieutique. Selon les calculs de ses experts, « pêcher moins et mieux » pourrait générer des gains supplémentaires de 83 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Mettre fin à la surexploitation permettrait non seulement aux populations de poissons de se reconstituer, mais aussi d’accroître la valeur des prises.

 
 

 

 

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 16:48

 

 

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Conditions de travail

Dans les magasins Primark, des salariés pressurés, surveillés, terrorisés

 

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La chaîne de vêtements et de textile Primark ouvre de plus en plus de boutiques en France. La marque est réputée pour le bas coût de ses produits. Elle a aussi été sous le feux des projecteurs lors de l’effondrement de l’usine textile du Rana Plaza, au Bangladesh, qui a fait plus d’un millier de morts. Moins connues sont les conditions de travail de ces vendeurs, ici, en France. Le magazine professionnel du secteur Boutique2Mode a récolté les témoignages d’employés à travers le pays. Constat : entre cadences, pression constante, brimades, et peur de licenciements non justifiés, ici aussi, les salariés de Primark sont mis à mal.

Cet article a initialement été publié, dans une version plus longue, dans le magazine professionnel Boutique2Mode.

À chaque ouverture d’un magasin de la marque irlandaise, l’histoire se répète : une file d’attente interminable et des clients qui repartent les bras chargés de grands sacs en kraft brun recyclé, frappé du logo turquoise Primark. L’enseigne a de quoi séduire le grand public : des prix cassés toute l’année (en moyenne de 4 à 6 euros par article), un large choix de produits allant du prêt-à-porter à l’accessoire en passant par la chaussure et la literie, ou encore des emplacements premium en centre commerciaux. 

Des prix tellement bas qu’ils ont poussé le député belge (socialiste) au Parlement européen Marc Tarabella à poser l’année dernière une question écrite à la Commission Européenne, afin que cette dernière enquête « sur les pratiques de la marque ». Une démarche jamais entreprise. « J’ai fait cette demande car les prix pratiqués par cette enseigne défient toute concurrence, d’où mon interrogation. Surtout lorsque l’on connaît les problèmes de conditions de travail dans certains pays d’Asie. Malheureusement, la Commission Européenne ne réalise que trop peu rarement d’enquête » nous explique-t-il.

 

Dans les pays producteurs, salaires de misère et catastrophes

D’après les témoignages que nous avons récoltés, l’envers du décor Primark fait en effet peu rêver. Tout commence en amont, dans les usines de confection d’Asie du sud-est notamment, au Bangladesh ou au Cambodge par exemple, où les salariés perçoivent entre 50 et 100 euros par mois seulement ! En attendant peut-être de voir l’entreprise investir prochainement l’Éthiopie, qui se démarque aussi par ses coûts de main d’œuvre excessivement faibles.

Les conditions d’emplois exécrables de ces grandes marques textiles ont été exposées aux yeux du monde entier lors de l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, qui avait provoqué la mort de 1138 ouvriers en avril 2013. Primark, qui faisait partie des clients de l’usine, se défend en affirmant avoir versé des compensations aux familles des victimes. Mais le mal est fait et la politique de fabrication n’a pas fondamentalement évolué. Car pour mettre en vente un jeans à neuf euros, au moins un acteur de la chaîne n’y trouve pas son compte. Et dans le cas de Primark, ils sont nombreux à ne pas s’y retrouver (voir notre dossier sur l’industrie textile).

 

Dans les boutiques : « Nos droits sont mis de côté, comme si l’on était au Bangladesh… »

En France également, les conditions de travail sont difficiles. Rupture abusive des contrats lors des périodes d’essais, arrêts maladie non payés, ambiance de travail stressante… les retours d’expériences de salariés laissent peu de place au doute. « Vous êtes épiés et surveillés comme le lait sur le feu en permanence, relate ainsi Aymeric, ex-salarié à Lyon. Les chefs ne se gênent pas pour mal vous parler et vous rabaisser devant les clients. J’y ai eu le droit plus d’une fois. C’est humiliant. » Une situation que connaît bien Anna, du Primark de Dijon. « Mes supérieurs se moquent de moi à cause de mon accent car je ne suis pas française, ils s’amusent même à m’imiter. Cela fait maintenant trois ans que ça dure alors que je leur ai dit plusieurs fois d’arrêter », se désole-t-elle.

Pour Estelle, qui a finalement remis sa démission au mois de mars 2016 après huit mois passés dans le magasin de Lyon, Primark constitue la « pire expérience professionnelle » de sa vie. « Aujourd’hui encore, j’ai des problèmes de sommeil hérités de mon expérience chez Primark. Vous êtes constamment mis sous pression par les managers pour que le magasin soit bien rangé. Lorsque je leur ai finalement dit que je commençais à prendre des antidépresseurs, la superviseuse m’a ri au nez ! » Dégoûtée, Estelle a même décidé qu’elle ne travaillerait plus dans le commerce. Cathy, employée à Créteil, a de son côté l’impression « d’avoir vieilli de dix ans après deux années passées chez Primark. Les jeunes, particulièrement, ont beaucoup de mal à supporter le rythme très soutenu de travail, dès 6 h du matin une semaine sur deux, particulièrement à Créteil où entre trois et cinq camions viennent livrer des pièces chaque jour. »

Ces retours d’expériences catastrophiques sont loin d’être des cas isolés. À l’image d’Élodie, toujours en poste à Lyon, qui n’a désormais plus le courage de se rendre sur son lieu de travail. « J’ai travaillé plus de six ans dans diverses enseignes de prêt-à-porter, mais ici c’est l’horreur, raconte-t-elle désespérée. Les managers nous parlent comme des moins que rien, on est juste des matricules pour eux. En réalité, lorsque l’on signe chez Primark, on a l’impression que nos droits sont mis de côté, comme si l’on était au Bangladesh… » Des problèmes récurrents concernant les paiements des salaires, les fiches de paie et les arrêts maladies ont aussi été observés.

 

Une salariée handicapée : « Les managers m’ont fait comprendre que je ralentissais le rythme »

Dans ce climat délétère, les langues commencent progressivement à se délier. Une page Facebook intitulée “Primark la Valette des employés scandalisés“ a même été créée pour partager les expériences individuelles désastreuses. À ce jour, elle regroupe plus de 4000 membres ! Là aussi, les témoignages sont parfois effarants : « À force de nous empêcher de boire et d’aller aux toilettes, je me suis tellement retenue que cela a provoqué une cystite que je traîne depuis cinq jours déjà... Cette entreprise est inhumaine ! », relate ainsi une vendeuse en poste.

Une cadence de travail très soutenue qui aurait même conduit à la mise à l’écart de certains travailleurs handicapés, selon Coralie, ex salariée à Lyon. « Primark m’a recrutée lors de l’ouverture du magasin dans le cadre de Cap Emploi (un organisme chargé des relations entre des travailleurs handicapés et des employeurs), témoigne Coralie, atteinte de sclérose en plaque. Selon les prescriptions du médecin du travail, je ne dois pas travailler plus de quatre heures par jour en position debout. Cela a très vite posé problème puisqu’au moment où j’étais en poste, il n’y avait pas de siège pour s’asseoir en caisse. Les managers m’ont alors fait comprendre que je ralentissais le rythme et ont décidé de mettre fin à ma période d’essai », certifie-t-elle. Elle ne serait pas la seule à avoir été remercié à cause de son handicap.

 

Peur de parler, méconnaissance des droits

Du stress à tous les niveaux, pire que dans les autres enseignes ? Il semblerait que la cadence et l’ambiance de travail pèsent aussi sur les managers. « Je me souviens d’un manager littéralement effondré sur sa table, se frottant les yeux, avec une attitude qui démontrait une réelle fatigue physique et mentale », assure Sophie Duray, ex-salariée de la Valette, dans le Var. « Si certains managers ont un comportement horrible avec les vendeurs, d’autres s’investissent pleinement pour créer une bonne ambiance dans leur équipe, renchérit Karine. J’en ai vu quelques-uns fondre en larme après avoir appris qu’ils n’étaient pas retenus au dernier jour de leur période d’essai. » Un système où le stress se répand à tous les échelons, telle une cascade, de la direction aux managers, des managers aux vendeurs, et parfois même jusqu’aux clients !

Malgré ces conditions déplorables, la contestation peine encore à prendre de l’ampleur. En cause notamment, la faiblesse des syndicats dans les points de vente, encore trop peu représentatifs, voire inexistants. À cela s’ajoute une réelle méconnaissance des salariés, jeunes pour la plupart, sur l’étendue de leurs droits. Beaucoup redoutent de se plaindre par peur des représailles. Comme en janvier 2016, lorsque près d’une centaine de vendeurs du magasin de Créteil s’était mobilisée. « Nos revendications portaient principalement sur une réelle augmentation des salaires, ainsi que sur la mise en place d’un 13ème mois dès 2016 et non sur trois ans jusqu’en 2019, comme cela nous a été présenté, se rappelle Cathy, déléguée syndicale CGT. Malheureusement, la mobilisation était trop faible pour que nos réclamations soient entendues, surtout à cause des managers qui mettaient une grosse pression sur les vendeurs, notamment les plus jeunes, afin qu’ils ne rejoignent pas le mouvement », se désole-t-elle.

Une peur de perdre son poste observée également au moment de cette enquête, certains salariés redoutant même qu’un témoignage à l’encontre de leur condition d’emploi puisse leur porter préjudice. Une salariée assure par exemple que « le groupe Facebook regroupant certains salariés du magasin est surveillé par des cadres, c’est pour cela que nous ne voulons pas dire du mal de l’enseigne, afin de préserver notre sécurité ».

 

« Vous êtes constamment surveillés »

Certains d’entre eux ont pourtant réussi à franchir le pas, à l’image de Meriam à Marseille, qui a décidé de recourir à la justice prud’homale. Son arrêt maladie n’était pas transmis à la sécurité sociale, et elle n’était donc pas indemnisée. Primark a finalement été condamné, le 22 septembre 2016, à lui verser la somme de 1000 euros au titre de dommages et intérêts pour préjudice financier.

Mais le combat qui fait aujourd’hui le plus de bruit est celui mené par les ex-salariés de La Valette du Var, à côté de Toulon. Pour préparer l’ouverture du magasin de l’enseigne irlandaise dans le Var, en 2016, Primark a décidé à l’époque de recruter massivement des salariés pour n’en conserver au final qu’une partie d’entre eux. La direction a toutefois refusé de nous en communiquer le nombre. Sophie Duray, qui fait partie de ceux qui n’ont pas été retenus, estime pour sa part qu’ils sont au moins une centaine dans le même cas qu’elle, pour 350 personnes recrutées au départ. Les remerciés ont bien entendu tous quitté l’entreprise avant la fin de leur période d’essai…
 

« Nous sommes juste des robots interchangeables à la moindre occasion » 

Face à cette injustice, Sophie Duray a décidé de saisir les Prud’hommes pour rupture abusive de sa période d’essai. « C’est grâce à la page Facebook “Primark la Valette des employés scandalisés“ que j’ai décidé de me lancer dans cette procédure, voyant que je n’étais pas la seule à m’insurger contre le cynisme de cette entreprise. » « Le fait que près de la moitié des employés ait été remerciée avant la fin de leur période d’essai démontre une volonté de contourner la loi pour ne pas à avoir à recourir à des CDD ou des contrats d’intérims, qui impliquent le paiement de primes de précarité », explique maître Fréderic Casanova, avocat au barreau de Toulon, qui représente les intérêts de Sophie Duray. En cas de jugement favorable, les victimes pourraient percevoir jusqu’à six mois de salaires bruts. « Pour avoir une chance de l’emporter, il est indispensable que les personnes qui ont été flouées par Primark rejoignent notre démarche », encourage ainsi maître Casanova, qui a déjà convaincu une cinquantaine d’ex-salariés.

Interrogé sur cette affaire, Primark s’est contenté de répondre par l’intermédiaire de son service de presse : « Dans le cadre de la préparation d’une ouverture de magasin, nous devons faire face à un surcroît d’activité temporaire sur de très courtes périodes. Pour y faire face et comme le prévoit le code du travail, nous renforçons alors nos équipes en recrutant des collaborateurs en contrats à durée déterminée. » Ce qui n’a donc manifestement pas été le cas pour le point de vente de la Valette. 

« Le vendeur ne doit pas parler au client »

Mais au-delà des conditions de travail en elle-même, c’est aussi le cœur du travail lui-même qui semble peser. Nicolas, qui travaille à Marseille depuis un peu moins d’un an, raconte une journée de travail typique : « La plupart des vendeurs ici sont des jeunes avec des contrats de 25 heures. Soit on reste cinq heures à la caisse soit cinq heures à plier les vêtements. » La répétition monotone des tâches semble particulièrement difficile à supporter. « Cette expérience chez Primark ne m’a rien apporté sur le plan professionnel. Avec un peu de recul, je peux même affirmer que je n’ai strictement rien appris », juge Mathilde.
 

 Philippe, ancien gérant d’un atelier de confection, qui a dû fermer ses portes à cause de la concurrence à bas coût, a lui aussi été choqué par l’inutilité du travail proposé. « Je n’ai jamais vu autant de personnel improductif, c’était ahurissant, on pouvait replier cinq à six fois le même t-shirt dans la journée, et les managers nous hurlaient dessus en permanence », relate-t-il. Pour Cathy, qui a pu échanger avec la direction, son impression générale est que le sort des vendeurs est loin d’être une priorité pour eux. « Sur notre contrat de travail, il est écrit que nous sommes des vendeurs, mais en réalité ce que nous faisons est uniquement de la manutention », affirme-t-elle. « Quand un client vient nous voir pour un renseignement, il faut que l’on s’en débarrasse au plus vite. Sinon, notre rayon ne sera plus tenu et les ennuis commenceront avec les managers », renchérit Sofiane. « Chez Primark, le vendeur ne doit pas parler au client si ce n’est seulement de dire “bonjour“, on ne doit pas perdre notre temps à le conseiller ! », confirme Élodie.

 

Réponse de la direction : « 74% des salariés sont fiers de travailler chez Primark »

Face à l’ensemble de ces témoignages, la direction de Primark est restée fermée à nos sollicitations. La seule réponse que nous avons pu obtenir est un communiqué transmis par son agence de presse, mettant en avant leur politique de fabrication dans les pays d’Asie du Sud-Est. Ce communiqué mentionne également un sondage effectué en interne, selon lequel, « 74% des salariés sont fiers de travailler chez Primark ». Sans apporter plus de précision sur la véracité et la manière dont elle a été menée. Un chiffre étonnant qui n’a pas manqué de faire réagir les personnes que nous avons interviewées. « Je ne sais pas ce qu’il en est des autres magasins, mais ce que je peux vous certifier c’est que nous sommes très loin de ce pourcentage à Marseille. Et je sais de quoi je parle puisque cela fait trois ans que j’y travaille », assure Myriam.

Du côté des managers et superviseurs, obtenir des réponses est là aussi compliqué. Si nombre d’entre eux confirment les témoignages des vendeurs, rejetant la faute sur la pression exercée par la direction, aucun n’a voulu témoigner concrètement, même de manière anonyme. Et les quelques directeurs de magasins que nous avons contactés ne nous ont jamais répondu. Quand il s’agit de conditions de travail, le silence prime.

* Certains prénoms et lieux de magasins ont pu être changés pour des raisons de confidentialité.

Laurent Maurel (Boutique2Mode)

 

Vous êtes salarié(e) ou ex-salarié(e) de Primark et vous souhaitez partager votre expérience ? Vous pouvez témoigner à redaction@boutique2mode.com.

 

A lire également : cet article de la Voix du Nord et celui-ci de BFM sur une proposition de l’enseigne de revalorisation salariale de 1 centime de l’heure !

 Consulter notre dossier sur l’industrie textile

 Lire notre reportage : Au Bangladesh, des ouvrières rescapées du Rana Plaza créent leur propre coopérative textile

Photo de Une : CC Cyril Wermers
Photo à l’intérieur de l’article : CC César

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

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