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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 16:31

 

Source : www.rfi.fr

 

Publié le 10-01-2015 Modifié le 10-01-2015 à 01:30

Arabie saoudite: le blogueur saoudien Raef Badawi fouetté en public

media
Raef Badawi, emprisonné en 2012 est condamné à 1000 coups de fouet répartis sur 20 semaines. RSF

En Arabie saoudite, le blogueur Raif Badawi a été fouetté publiquement ce vendredi 9 janvier, après la prière hebdomadaire, près d'une mosquée de Jeddah. Condamné à 10 ans de prison et à 1 000 coups de fouets pour avoir plaidé en faveur de la Saint-Valentin et pour des mesures libérales en Arabie saoudite. 

Conduit par un véhicule de police, Raef Badawi a été placé ce vendredi 9 janvier, debout, dos à la foule, près de la mosquée al-Jafali à Jeddah. Un fonctionnaire a lu la sentence du tribunal. La foule était silencieuse. Le blogueur a reçu 50 coups de fouet.

Raef Badawi, blogueur, est lauréat du prix Reporters sans frontières 2014. Il anime le site internet Liberal Saudi Network. Jeudi, les Etats-Unis avaient demandé à l'Arabie saoudite d'annuler sa condamnation à 1 000 coups de fouet répartis sur 20 semaines.

RSF, tout comme Amnesty International, dénonce une «condamnation inhumaine, contraire au droit international» et a lancé une pétition appelant le roi Abdallah d'Arabie à accorder une grâce à Raef Badawi.

Geneviève Guarrigos, présidente d'Amnesty International en France   09/01/2015 - par Toufik Benaichouche
Pour Amnesty International, Raef Badawi est un prisonnier d'opinion. Et il ne devrait me^me pas être incarcéré. Il devrait être libéré immédiatement. Mais en plus il a été condamné donc il va être détenu pendant 10 ans en prison suite à un procès inique. Mais surtout il a été condamné à 1000 coups de fouet qui vont lui être administré par séance de 50 coups de fouet pendant 20 semaines après la prière, publiquement...Le soumettre devant le public à ces coups de fouet, c'est un traitement inhumain et dégradant, donc nous ne pouvons que nous élever contre cette sentence.
Source : www.rfi.fr

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 18:39

 

 

Source : espoirchiapas.blogspot.mx

 

 

domingo, 11 de enero de 2015

ALERTE A BACHAJON! La police expulse les comp@s et tire a balle réelle

 

Expulsion des comp@s de l'ejido de San Sebastián Bachajón, adhérents à la Sixième déclaration zapatiste.

Alors que depuis le 21 décembre plus de 300 comp@s de San Sebastian Bachajon avaient récupéré leur terre et la cabine de péage qui mènent aux très touristiques cascades d'Agua Azul, près de 1000 policiers les ont expulsé le 9 janvier.
Alors que les comp@s ont tenté ce dimanche de bloquer la route pour récuperer leur terre, la police a tiré à balle réelle.
Texte envoyé par les comp@s de Bachajon le 9 janvier et traduit par liberonsles:

Le 9 janvier 2015 vers 6h30, plus de 900 agents de la police fédérale et étatique ont expulsé nos compagnons et compagnonnes qui défendaient les terres récupérées depuis le 21 décembre dernier.

Le mauvais gouvernement, en la personne du secrétaire de gouvernement Eduardo Ramirez Aguilar, se vente du fait qu’ils ont déjà récupéré la cassette de péage comme si c’était leur propriété ou leur territoire. Leur véritable intérêt est de nous expulser de nos terres, ils n’ont pas honte, ces corrompus traîtres à la patrie, mais malgré leur mauvaise politique notre lutte ne s’achève pas, parce que nous n’allons pas permettre qu’ils continuent de nous dépouiller de nos terres comme ils le souhaitent. Nous allons continuer nos actions en défense de notre terre mère.

Nous portons à votre connaissance que nos compagnons et compagnonnes mentionné-es ci-dessous sont actuellement portés disparus et nous rendons responsables de leur intégrité physique et psychologique le mauvais gouvernement, le Commissaire Alejandro Moreno Gomez et le conseiller de surveillance Samuel Díaz Guzman.

Les compagnons et compagnonnes portés disparus sont :
1. Mariano Pérez Álvaro
2. Miguel Jiménez silvano
3. Juan Deara Perez
4. Antonio Gómez Estrada
5. Manuel Gómez Deara
6. Juan Gomez Estrada
7. Pascual Gómez Álvaro
8 Martín Álvaro Estrada  **
Nous vous tiendrons au courant de la suite, pour l’instant c’est tout compagnons et compagnonnes, nous vous prions de rester attentifs et de diffuser cette information autour de vous.

Des salutations combatives

Terrain communale de San Sebastian Bachajon

(** les 8 disparus ont pu s'échapper des mains de la police quelques heures après leur détention)

Le 11 janvier, alors que la police était toujours présente sur les lieux, plusieurs comp@s adhérents à la Sexta, sont revenus pour bloquer la route d'accès à Agua Azul et Palenque depuis San Cristobal vers 6h30 du matin. 


índice


La police a tiré contre les indigènes tzeltales de San Sebastian Bachajon lors de leur tentative de récupération de leur terre.
L'attaque a duré près de 20 minutes. Pour le moment on compte 2 blessés par balles en caoutchouc. On a retrouvé des douilles d'arme à feu sur le sol.
Les indigènes n'ont pas reculé face à l'attaque et ont fait reculé la police à 7h30 du matin.
L'exigence des comp@s tzeltales adhérents à la Sexta est que la police laisse libre le péage et leur terre. Pour le moment la police de l'état du Chiapas installe des barricades avec des arbres à 500 mètres du croisement de la route d'agua azul avec celle de Palenque.
Bachajon est le plus ejido de l'état du Chiapas, il subit depuis plusieurs années la répression aveugle du gouvernement. 8 comp@s sont actuellement en prison pour des crimes qu'ils n'ont pas commis, et 2 des leaders du groupes ont été assassinés.
Les comp@s de bachajon lutte pour le respect de leur droit, contre le mégaprojet d'autoroute entre San Cristobal et Palenque, contre le mégaprojet touristique des cascades d'agua azul (comprenant terrain de golf, hotel de luxe etc...), et qui cherche un mode de vie alternatif et autonome.


Antécédents (traduits par Liberonsles)
Le 2 février 2011, le gouvernement mexicain a exproprié par la force une surface de terre appartenant au terrain communal de San Sebastián Bachajón, sur lequel passe un chemin conduisant au « Centre Écolo -Touristique « Cascades d’Agua Azul » qui se trouve au village voisin du même nom, dans la commune de Tumbalá, Chiapas, Mexique. Cette destination touristique reconnue au niveau mondial, fait partie d’un méga-projet que le gouvernement mexicain essaie de mettre en route : le « Centre Intégralement Planifié Palenque (CIPP) ». Sur la dite surface, les paysans communaux adhérents à la Sixième déclaration zapatiste avaient construit un péage (autogéré), une salle de réunion et des toilettes publiques. Le gouvernement mexicain les en a ensuite expulsé avec violence et contre leur gré, sans consultation ni mandat préalable. La surface de terre a été alors expropriée et surveillée par plusieurs corporations policières, jusqu’à l’aube du 21 décembre 2014, quand la terre fut récupérée par l’organisation du terrain communal de Bachajón.

 

Le commissaire « ejidal » officiel Francisco Guzmán Jiménez a collaboré avec le gouvernement pour la remise des terres, et actuellement son successeur Alejandro Moreno Gómez et le Conseiller officiel de vigilance Samuel Díaz Guzmán collaborent dans le même sens, avec le gouvernement mexicain, sans prendre en compte la volonté du village, prétendant ainsi remettre encore une fois nos terres aux mains du gouvernement fédéral et de l’état.

Les faits :

Le 21 décembre 2014 à environ six heures du matin, plus de 300 hommes, des femmes et des enfants des trois régions qui forment le terrain communal de Bachajón, ont récupéré d’une manière pacifique les terres placées sur le domaine du terrain communal, dans la municipalité officielle de Chilón, Chiapas, qui est contigu à la municipalité de Tumbalá et à la commune d’Agua Azul. Sur ces terres passe un accès vers le Centre touristique « Cascadas de Agua Azul », reconnu au niveau mondial.

La récupération de ces terres expropriées est le résultat d’un accord célébré entre ejidatarios et ejidatarias [paysan-e-s communaux] faisant partie des trois zones qui composent le terrain communal de Bachajón qui sont : Bachajón, Alan Sacjun et Ch’ich. Depuis à peu près trois ans le gouvernement mexicain, au travers de la CONANP [Commission Nationale des Zones Naturelles Protégées], de l’IPC [Institut de Protection Civile] et du SSyPC [Secrétariat de Sécurité et de Protection Citoyenne] s’est approprié cette surface sans la permission et l’autorisation du terrain communal, sans consultation, ni consentement libre préalable et informé.

Selon les informations que nous avons reçues, nous craignons que dans les prochaines heures les autorités réagissent de manière violente afin de déloger les femmes, les hommes et les enfants qui à présent défendent les terres récupérées. De la même manière, les fonctionnaires du gouvernement mexicain ont signalé aux ejidatarios etejidatarias [paysan-e-s communaux] que d’un moment à l’autre ils enverront la force publique pour les expulser. Peu importe que l’organisation ait manifesté sa disposition à dialoguer et à chercher une solution par la voie pacifique, le gouvernement et les représentants officiels choisissent la voie de la répression.

Antécédents :

Le 3 février 2011, 117 compagnons de San Sebastián Bachajón, adhérents à la Sixième déclaration zapatiste, furent arrêtés arbitrairement. Ces arrestations ont eu lieu afin de dissoudre l’organisation en résistance et comme mesure de pression pour que le gouvernement récupère les terres. Cependant, cinq mois plus tard, tous les compagnons ont été libérés, et ce grâce à la solidarité nationale et internationale. En août et en septembre 2011, Antonio Estrada Estrada et Miguel Vázquez Deara ont été arrêtés, en tant que membres actifs de l’organisation adhérente à la Sixième déclaration, torturés et obligés de s’auto-inculper de délits délictueux. Tous les deux ont été libérés grâce à la solidarité et l’organisation.

 

En mars 2011, notre organisation a présenté un recours contre le pillage (Amparo 274/2011) auprès du juge du septième district siège Tuxtla Gutierrez, Chiapas.

Le 24 avril 2013, Juan Vázquez Guzmán a été assassiné par arme à feu. Ce compagnon était également adhérent à la Sixième déclaration, porte-parole de l’organisation, leader communautaire et défenseur des droits humains. A cause de son activisme pour la défense des terres appartenant à son village, il a été illégalement arrêté le 24 décembre 2011, et le 22 mars 2012, il a été menacé de mort par le commissariat ejidal officiel de l’époque, Francisco Guzmán Jiménez.

Le 21 mars 2014 au matin, le compagnon Juan Carlos Gómez Silvano a été assassiné par plus de vingt tirs à l’arme à feu de haut calibre. Il était le coordinateur de notre organisation pour la défense de la terre.

Le 16 septembre 2014, Juan Antonio Gómez Silvano, Mario Aguilar Silvano et Roberto Gómez Hernández ont été illégalement arrêtés et torturés. Ils sont toujours incarcérés dans la prison de Yajalón pour des délits fabriqués sans preuves par des policiers municipaux de Chilón, Chiapas, la partie accusatrice.

Traduit par les trois passants/correction Myriam

 

 

Source : espoirchiapas.blogspot.mx

 

 

 

 

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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 16:59

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

L'Irak et le Yémen, creusets d'une nouvelle génération de djihadistes

|  Par Pierre Puchot

 

 

 

Al-Qaïda s'était construit en Afghanistan. Depuis 2003 et l'invasion américaine, le conflit irakien a formé une nouvelle génération de djihadistes et l'organisation de l’État islamique a pu s'imposer. Depuis plusieurs années, les deux auteurs présumés de l'attentat contre Charlie Hebdo ont été proches de ces nouveaux acteurs d'un djihad mondialisé.

Les deux suspects dont les portraits ont été diffusés par les autorités françaises sont tout sauf inconnus de la justice et des services de renseignement. Ils font même figure d’anciens du mouvement djihadiste. Ils sont, en outre, issus d’une filière particulièrement active au cœur des années 2000, période charnière dans la formation d'une nouvelle génération de militants.

Chérif Kouachi, l’une des deux personnes recherchées avec son frère Saïd (âgés respectivement de 32 et 34 ans), avait été interpellé dans le cadre du démantèlement de la « filière des Buttes-Chaumont » qui envoyait déjà des combattants en Irak via la Syrie entre 2003 et 2005 (lire par ailleurs les éléments biographiques ici). Arrêté en 2005 juste avant de s'envoler pour l’Irak via la Syrie, avec un autre candidat, Thamer Bouchnak, il a été condamné le 14 mai 2008 à trois ans de prison dont 18 mois avec sursis.

Saïd Kouachi aurait lui passé plusieurs mois au Yémen en 2011 pour s'entraîner au maniement des armes, selon des renseignements américains. Les deux frères figurent « depuis des années » sur la liste des terroristes connus ou suspectés du gouvernement américain. Un responsable du renseignement américain a assuré jeudi au New York Times que Saïd et Cherif Kouachi, 34 et 32 ans, étaient inscrits sur la no fly list américaine, leur interdisant de prendre l’avion depuis ou en direction du sol américain.

En 2011, le Yémen constitue une opportunité intéressante pour le candidat au djihad désirant se perfectionner. La Syrie n’est pas encore conquise en partie par l’État islamique, et Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) vient de prendre une importante partie du territoire au sud du Yémen. Le pays paraît en mesure de constituer un front d’avenir pour le djihad, certes moins de prestigieux que le Sinaï, mais avec un développement potentiel important. Il est nécessaire de rappeler que l'AQPA n'a pas à ce jour fait allégeance à l'État islamique.

Un autre élément décisif est le fait que contrairement à d’autres branches d’Al-Qaïda, AQPA a été à la pointe d’une réflexion au sein des cercles djihadistes pour réussir à mobiliser des militants non-arabophones et cibler aussi le public anglophone, ou même francophone, en Europe. C’est le rôle du magazine Inspire, dans lequel apparaît la menace explicite contre Charb. AQPA est d’ailleurs à ce jour la seule organisation à avoir menacé l’ancien directeur de Charlie Hebdo.

Le Yémen est par ailleurs ce pays que les salafistes quiétistes (non-violents et apolitiques) visitent pour accroître leur connaissance islamique, ce qui a pu brouiller la piste des services de renseignement. « Il y a quelques années, j’étais sur place, explique le chercheur spécialiste du Yémen, Laurent Bonnefoy, et il y avait une centaine de Français, des familles, notamment dans l’Institut Dammaj, ou d’autres centres salafistes quiétistes. Il ne faut donc pas considérer que le simple fait d’aller au Yémen constitue une radicalisation en soi. Dans le cas des Frères, la radicalisation date de bien avant, de l’Irak, de la prison, même s’ils peuvent effectivement avoir acquis des connaissances techniques en explosif et maniement d’armes là-bas. »  

Par la suite, ces différentes filières ont contribué ensuite à former des combattants de l'organisation de l’État islamique, aujourd’hui solidement implantée dans ces deux pays, et qui a fait parler d’elle récemment : c’est en effet une autre figure de cette filière, Boubaker al-Hakim, qui a revendiqué en décembre au nom de l’État islamique l’assassinat perpétré en 2013 des deux opposants tunisiens Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi ; assassinats pour lesquels aucun procès n’a eu lieu pour l’heure.

Le rapprochement entre Chérif Kouachi et Boubaker al-Hakim a été fait mercredi soir dès la publication de l’identité des suspects par plusieurs spécialistes du mouvement djihadiste, dont le journaliste David Thomson, auteur des Français jihadistes, qui publiait sur Twitter leur message de revendication des assassinats des opposants politiques tunisiens le 17 décembre 2014.

 

Voir l'image sur Twitter

VOST FR du msg de revendication des assassinats de C.Belaïd et M.Brahmi par l' https://ia902704.us.archive.org/10/items/sylvain_20150103/%D8%B1%D8%B3%D8%A7%D9%84%D8%A9%20%D8%A5%D9%84%D9%89%20%D8%A3%D9%87%D9%84%20%D8%AA%D9%88%D9%86%D8%B3.mp4 

 

« Nous allons revenir et tuer plusieurs d’entre vous, affirmait alors Boubaker al-Hakim (à droite). Vous ne vivrez pas en paix tant que la Tunisie n’appliquera pas la loi islamique. »

Tout comme celui de Chérif Kouachi, le parcours de Boubaker al-Hakim au sein de la mouvance djihadiste est ancien, et intimement lié au développement de ce nouveau terrain de djihad qui a formé toute une génération de militants. Présent en Irak dès 2002, Boubaker al-Hakim affirmait lors du procès du groupe y avoir séjourné en tout à quatre reprises. D’autres éléments étayent la proximité idéologique des frères Kouachi avec l’État islamique. Dans le groupe Kouachi figurait, selon le quotidien Le Monde, Salim Benghalem, membre de l’EI et inscrit fin septembre 2014 sur la liste noire du département d’État américain.

Auteur d’un chapitre consacré à la filière irakienne en France dans un ouvrage collectif sur l’évolution de la menace terroriste globale, l’ancien diplomate Jean-Pierre Filiu rappelle quant à lui ce jeudi sur son blog que « Boubaker al-Hakim avait servi de bouclier humain au régime de Saddam Hussein, à la veille de l’invasion des États-Unis de mars 2003 » et qu'il « avait ensuite enjoint aux micros de RTL et de LCI ses "potes du XIXe arrondissement" à le rejoindre pour "tuer des Américains" ». « Boubaker al-Hakim avait pu bénéficier, poursuit Jean-Pierre Filiu, de l’assistance des services de renseignement syriens, très actifs dans leur soutien à la résistance des anciens officiers de Saddam Hussein à l’occupation américaine. C’est à partir de Damas que la filière des Buttes-Chaumont s’était étendue jusqu’à Falloujah, fief djihadiste de l’Ouest irakien, en 2004 comme en 2014. »

Ce développement depuis l’invasion américaine de 2003 jusqu'à nos jours d’un nouveau terrain de djihad est le facteur clé pour comprendre le processus de maturation de la génération aujourd’hui trentenaire de Chérif Kouachi. Sur le fond, la « littérature » sur laquelle s’appuient ces militants est la même que celle de la génération précédente. Outre la formation via les imams qui diffusent leurs prêches sur YouTube, ils s’inspirent notamment de textes comme le testament d'Abdallah Azzam, imam palestinien mort en 1989 et qui joua un rôle clé dans l’expansion du djihad.

Mais c’est davantage le terrain d’intervention qui a façonné une nouvelle génération de djihadistes. L'invasion, le démantèlement puis l'occupation de l'Irak par l'armée américaine a fourni le contexte parfait pour le « djihad fondateur » des cadres qui animent aujourd’hui les groupes intégrés ou proches de l’État islamique, quand celui contre l’Union soviétique en Afghanistan avait servi de matrice à la création d'Al-Qaïda.

En Irak, la concurrence entre les deux réseaux a très vite pris fin : la branche de l’organisation fondée par Oussama Ben Laden a été absorbée par ce que l'on nomme alors encore l’État islamique d’Irak (EII) en 2006. À cette époque, à la suite de la mort du responsable d'Al-Qaïda en Irak, Abou Moussab Al-Zarqaoui, son successeur décide de faire allégeance à al-Baghdadi, chef de l'EII, ce qui lui permet de devenir ministre de la guerre de ce même EII. Al-Qaïda n’est plus représentée en Irak depuis cette date, ce que le numéro un d’Al-Qaïda, Zawahiri, reconnaît lui-même. Et depuis lors, la dynamique de victoire militaire et d’expansion en Syrie et en Irak a contribué à « ringardiser » Al-Qaïda, beaucoup moins pressé que l’EI de proclamer le Califat.

Après le retrait de l'armée américaine, l'EII a continué de bénéficier de la politique non seulement discriminatoire, mais littéralement éradicatrice de l’État central irakien à l’encontre des citoyens de confession sunnite. Menée par l’ancien premier chiite Maliki (en poste de 2006 à 2014 et soutenu à la fois par l’Iran et les États-Unis), cette politique a abouti au démantèlement de toute alternative modérée – telle celle des Frères musulmans irakiens, qui ont vu le vice-président irakien issu de ce mouvement condamné à mort et contraint à l'exil – et à jeter dans les bras de l’EII des centaines, peut-être des milliers de militants sunnites irakiens (sur ce thème, lire « Irak : Le double échec des Frères dans un pays en voie de partition » par Myriam Benraad, in Les Frères musulmans et le pouvoir, éditions Galaade, 2015).

Depuis le 21 septembre 2014, trois mois après la proclamation du Califat par l'émir de l'EI, al-Baghdadi, l’État islamique a déclaré la guerre à l’État français et à ses ressortissants, en représailles à l’entrée de la France dans la coalition internationale. C’est dans cet environnement propice qu'ont agi les djihadistes recherchés, s’ils sont bel et bien les auteurs des meurtres de mercredi. Isolés jadis au sein de petits groupes, en manque de « dirigeants » charismatiques, ces djihadistes ont désormais trouvé avec l’EI une nouvelle dynamique qui leur est familière puisqu’ils l’ont nourrie eux-mêmes par le passé en voyageant en Syrie et en Irak.

Le territoire du Califat n’a d'ailleurs pas été délimité par son émir, al-Baghdadi. Il est donc tout à fait permis aux militants locaux d’adhérer à l’objectif de l’EI tout en y ajoutant leur propre cause, en l’occurrence l’élimination de Charb et de l'équipe de Charlie Hebdo. « Le projet de l’État islamique, c’est de se consolider puis de s’étendre, nous expliquait en octobre dernier un militant djihadiste rencontré en Tunisie. Adnani (le porte-parole de l’État islamique, ndlr) a déclaré qu’il fallait s'attaquer aux mécréants partout dans le monde. Mais dans les organisations djihadistes, on ne prend pas directement les ordres d’un chef à l’étranger, cela ne marche pas comme ça. L’initiative vient d’abord des individus et des groupes locaux. »

 

 

Quelques commentaires faisant suite à l'article sur Médiapart :

 

09/01/2015, 08:27 | Par punku en réponse au commentaire de René Magniez le 09/01/2015 à 08:08

Les plus gros soutiens au "terrorisme" sont l'Arabie Saoudite, le Qatar, les Etats-Unis et Israël. En massacrant massivement des populations civiles, on crée des milliers de terroristes de façon continue. Ordo ab chaos.

 

 

Nouveau 09/01/2015, 11:15 | Par coudrier en réponse au commentaire de punku le 09/01/2015 à 08:27

Je croyais que l'Arabie saoudite, le Qatar, les Usa, Israel, étaient nos alliés ???? Eclairez ma lanterne !!!merci...

 

 

Nouveau 09/01/2015, 12:41 | Par punku en réponse au commentaire de coudrier le 09/01/2015 à 11:15

Tout à fait. Nous sommes leurs alliés pour la mise en place du nouvel ordre mondial (cf. discours de Villepinte). Cela nécessite quelques sacrifices pour convaincre la population qui ne comprend pas nécessairement que c'est pour son bien. Mais il est très simple de comprendre ce qui se passe et qui commande: il suffit de regarder qui finance. Ce qui est plutôt surprenant, c'est que cela n'a absolument rien de secret. C'est public, annoncé depuis des années, mis en oeuvre étape par étape, médiatisé à outrance, et une grande partie de la population n'en prend pas conscience. Etonnant.

https://www.youtube.com/watch?v=SlHOF24VbJ8

https://www.youtube.com/watch?v=NQDRgdcRwNk

http://www.dailymotion.com/video/x6qzcd_francois-hollande-et-le-nouvel-ordr_news

http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-anne-kraft/160411/pour-un-gouvernement-mondial-par-jacques-attali

http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Yinon

http://fr.wikipedia.org/wiki/Project_for_the_New_American_Century

 

 

Nouveau 09/01/2015, 14:49 | Par Cybergazouille en réponse au commentaire de punku le 09/01/2015 à 12:41

merci Punku la vidéo du général Wesley Clark est très parlante:
"- mais pourquoi allons nous attaquer l'Irak?
- je ne sais pas"

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 18:19

 

Source ; www.courrierinternational.com

 

 

MEXIQUE Etudiants disparus : de nouvelles hypothèses émergent

 

 

 

Trois mois après la disparition et le massacre des 43 étudiants d'Ayotzinapa, le mystère demeure. Alors que les restes humains examinés en Autriche délivrent peu d'informations, d'autres policiers ont été arrêtés et des experts évoquent de nouvelles pistes.
Des portraits des étudiants disparus affichés devant le palais des Beaux Ats de Mexico, le 5 novembre 2014 - AFP/Yuri Cortez
Des portraits des étudiants disparus affichés devant le palais des Beaux Ats de Mexico, le 5 novembre 2014 - AFP/Yuri Cortez

Les experts médico-légaux de l'université d'Innsbruck (Autriche) se montrent circonspects. Jusqu'à présent, ils n'ont pu identifier par un test ADN qu'un seul fragment d'os calciné appartenant à l'un des 43 étudiants disparus à Iguala, dans le sud du Mexique. Ils ont pu attribuer ce fragment à l'étudiant Alexander Mora Venancio, élève de l'école normale d'Ayotzinapa [Etat du Guerrero] disparu avec ses camarades le 26 septembre 2014 à Iguala, après des affrontements avec la police.

Les autorités mexicaines ont confié à l'université autrichienne les restes supposément humains qui ont été extraits d'un dépôt d'ordures à Cocula, non loin d'Iguala. Les corps des étudiants auraient été jetés dans ce dépôt et brûlés pendant près de deux jours par les membres du gang Guerreros Unidos, avec la complicité de policiers municipaux, selon l'enquête du ministère de la Justice.

"L'identification de ces restes est l'une des missions les plus difficiles que nous ayons eu à accomplir", a expliqué à Innsbruck le directeur de l'équipe de chercheurs, Walther Parson, cité par le site Infobae. Les fragments sont extrêmement abîmés, rendant les tests ADN conventionnels compliqués et nécessitant le recours à d'autres tests. Les experts ne peuvent pas s'avancer sur le temps qu'il leur faudra pour parvenir à de nouvelles conclusions.

La piste des crématoriums de l'armée

L'affaire des étudiants disparus a fait chanceler le pouvoir mexicain à tel point que le président Peña Nieto a promis de continuer à faire toute la lumière sur l'affaire, même après que le ministère de la Justice a donné sa version des faits en novembre.

Le 3 janvier, dix policiers municipaux d'Iguala ont été arrêtés dans le cadre de l'enquête, annonce le quotidien mexicain Milenio. Ces nouvelles arrestations portent à 58 le nombre de policiers municipaux détenus à Iguala et dans la localité voisine de Cocula pour leur collusion supposée avec les membres du gang criminel local Guerreros Unidos. Ce gang, ajoute Milenio, est en guerre ouverte avec un autre groupe mafieux, dénommé Los Rojos, pour le contrôle du trafic de drogue, de l'extorsion de fonds et du racket.

Parallèlement aux recherches des experts d'Innsbruck, des scientifiques de deux universités de Mexico enquêtent sur une nouvelle hypothèse : les corps des étudiants auraient "probablement", avancent-ils, été brûlés dans des crématoriums appartenant à l'armée et/ou à des entreprises privées, rapporte La Jornada. Ces chercheurs estiment avoir des indices sérieux de "l'implication possible de l'armée dans la disparition forcée des élèves de l'école normale", ajoute le quotidien. Ces dernières semaines, plusieurs étudiants rescapés et témoins des événements du 26 septembre ont affirmé avoir vu des policiers fédéraux et des militaires à proximité des lieux de l'affrontement. Les universitaires enquêtent sur les commandes de combustible des crématoriums de l'armée entre le 26 et le 28 septembre 2014, compte tenu du volume important de combustible que nécessite une crémation. L'armée a refusé de fournir ces données.

>> Comprendre la disparition des étudiants mexicains en une vidéo :

 


 

Source ; www.courrierinternational.com

 

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 18:07

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

La Belgique se met à l'arrêt contre un plan d'austérité

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

Une grève générale contre l'austérité paralyse la Belgique lundi. Les mobilisations, qui sont aussi soutenues dans le Nord flamand que dans le Sud wallon et à Bruxelles, fragilisent le gouvernement de droite de Charles Michel, à peine investi. Au centre du conflit: un plan de 11 milliards d'euros d'économies sur cinq ans censé doper la compétitivité belge.

De notre envoyé spécial à Bruxelles.- Avions et trains à l'arrêt, barrages routiers, accès bloqués aux zones industrielles, des administrations et écoles fermées, le service minimum dans les hôpitaux… La Belgique est à l'arrêt lundi. Cette grève générale, qui s'annonce très suivie, est organisée par les trois syndicats du pays, tous opposés à la politique d'austérité du nouveau gouvernement de Charles Michel.

La journée du 15 décembre marque l'aboutissement – très provisoire – d'une mobilisation de fond, lancée le 6 novembre avec une manifestation monstre à Bruxelles (120 000 personnes dans la rue), poursuivie par des grèves tournantes à travers les dix provinces de la Belgique. Depuis plus d'un mois, le royaume de 11 millions d'habitants traverse une période mouvementée, marquée par un bras de fer à l'issue incertaine entre l'exécutif de droite, à peine investi mais déjà impopulaire, et les syndicats très remontés.

1 - Les raisons de la colère : 11 milliards d'économies


 

Les grévistes tempêtent contre plusieurs points de l'« accord de gouvernement » conclu cet été. Ils rejettent le « saut d'index » pour 2015 – c'est-à-dire la suspension de l'augmentation des salaires ajustés à l'inflation, comme c'est la règle chaque début d'année en Belgique –, ou encore le report de l'âge légal de la retraite (aujourd'hui à 65 ans, repoussé à 66 ans en 2025 et 67 ans pour 2030). Le secteur de la culture est également mobilisé contre des coupes sèches et massives, dès l'an prochain. En tout, un paquet de 11 milliards d'économies sur cinq ans, censé doper la compétitivité belge.

« L'assainissement de 11 milliards, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, on doit le faire. Le gouvernement "suédois" (le surnom de l'exécutif, ndlr) est une coalition de courage », se défend Bart De Wever, le patron des indépendantistes flamands (N-VA) membres de la coalition. Avec une dette qui frôle les 105 % du PIB, la Belgique fait l'objet d'intenses pressions de la part de la commission européenne, qui exige davantage d'efforts (l'Union exhorte notamment depuis des années la Belgique à en finir avec son système d'indexation des salaires à l'inflation – lire ses recommandations).

En novembre, la commission a d'ailleurs menacé la Belgique de sanctions – exactement comme la France et l'Italie – si le pays ne revoyait pas son projet de budget pour 2015, ou si des « réformes structurelles » n'étaient pas prises d'ici mars. L'exécutif de droite, investi en octobre, a donc peu de marges de manœuvre. Les centrales syndicales, elles, réclament toutes le retour au dialogue social, avant de prendre de telles décisions. « C'est peu de dire que le nouveau gouvernement fédéral n'aura connu aucun état de grâce », résume Pascal Delwit, de l'université libre de Bruxelles au quotidien économique francophone L'Écho.

L'une des surprises du mouvement social en cours est qu'il mobilise tout autant en Wallonie qu'en Flandre. Pourtant, le gouvernement de coalition investi en octobre au fédéral est ultra-dominé par les partis flamands (trois sur quatre). À commencer par les grands vainqueurs des élections générales de mai : les indépendantistes de la N-VA. On aurait donc pu s'attendre à ce que ce gouvernement soit davantage contesté au Sud du pays (Wallonie) et à Bruxelles, qu'au Nord (Flandre). C'était sans doute l'un des paris de l'exécutif, pour déminer la contestation. 

« Traditionnellement, les mouvements sociaux sont moins bien suivis en Flandre. Avec un gouvernement qui penche vers le Nord du pays (…), on pourrait s'attendre à ce que les syndicats flamands soient moins enclins à contester l'équipe Michel. Ce n'est manifestement pas le cas », constate L'Écho dans son édition de samedi. « Contrairement aux espoirs initiaux de la majorité, la mobilisation sociale ne s'est pas donnée à voir comme asymétrique. La contestation sociale est tout aussi vive en Flandre qu'en Wallonie ou à Bruxelles », renchérit l'universitaire Pascal Delwit.

 

Bart de Wever (N-VA, à gauche) et Charles Michel (MR) le 28 mai 2014.  
Bart de Wever (N-VA, à gauche) et Charles Michel (MR) le 28 mai 2014. © Reuters.

Autre spécificité de cette mobilisation, qui surprend les observateurs par son ampleur : le front uni des syndicats qui, depuis six semaines, tient sans accrocs. Aux côtés de la FGTB au discours musclé (les socialistes), figurent deux centrales à l'image d'ordinaire plus « responsable », preuve que le moment est particulier : les chrétiens de l'ACV-CSC et les libéraux de la CGSLB. Combien de temps ce front commun durera-t-il, après la journée du 15 décembre ?

2 - Une bataille à distance entre Bart De Wever et le PS francophone

Il n'est pas ministre au fédéral  mais il est celui qu'on entend le plus ces derniers jours dans les médias belges, francophones comme flamands : Bart De Wever, le maire d'Anvers et patron de la N-VA, intervient comme s'il était premier ministre, et laisse les miettes à Charles Michel. L'opposition accuse d'ailleurs déjà le second, isolé sur la scène francophone, d'être le pantin du premier, tout-puissant en Flandre.

Pour De Wever, l'affaire est simple : la Belgique n'a pas le choix, il n'y a pas d'alternatives à cette politique économique musclée, et c'est le PS (aujourd'hui le principal parti dans l'opposition) qui instrumentalise les syndicats. « Cette grève est purement politique, ce n'est pas du tout une grève sociale »juge De Wever« L'objectif de la FGTB est de faire tomber ce gouvernement. Et ça c'est une vocation politique », renchérit Olivier Chastel, le président du MR (allié de la N-VA au gouvernement) dans un entretien à La Libre Belgique.

Face à De Wever, le secrétaire général de la FGTB, Marc Goblet, ex-ouvrier chauffagiste de 57 ans, socialiste plutôt bourru, en poste depuis septembre à peine, est devenu l'un des nouveaux visages de la contestation. « Nous ne sommes pas dans une grève politique : on est dans une grève syndicale organisée en front commun », répond Goblet à De Wever. Lui refuse de s'asseoir autour de la table avec l'exécutif, tant que le gouvernement n'aura pas formellement fait une croix sur le « saut d'index » – ce que l'exécutif exclut. Bref, c'est l'impasse. « Le gouvernement ne cédera pas aux syndicats », prévenait-on côté MR, vendredi, à l'approche de la mobilisation du 15. Goblet parle déjà d'un nouveau « plan d'actions » en janvier.

Sur le fond, la stratégie de De Wever – couper dans le budget fédéral, pour réduire le périmètre de l'État fédéral et regagner des marges à l'échelle régionale – est explosive pour l'avenir d'un pays exténué par des tensions communautaires croissantes. « C'était un coup de poker : introduire dans le gouvernement fédéral un parti comme la N-VA, qui prône la disparition de l'État belge. (…) C'était également devoir s'assurer que le parti nationaliste ne profiterait pas de sa position pour affaiblir cet État de toutes les manières et démontrer ainsi que la Belgique est décidément ingouvernable », écrit le correspondant du Monde à Bruxelles.

Dans un édito samedi, le quotidien Le Soir, un rien désabusé, résumait ainsi l'affaire : « On comprend les syndicats frappés d'un coup par une pluie de mesures honnies depuis des décennies. On comprend le gouvernement qui hésite à ouvrir l'accord de gouvernement, au risque d'y laisser entrer les démons communautaires. On comprend les patrons qui voient fondre leur position concurrentielle. Mais qu'auront gagné les uns et les autres, après six mois de grève ? » « Michel doit siffler la fin de la récréation », s'impatiente, de son côté, La Libre Belgique.

3 - Un débat de fond sur la fiscalité belge

C'est le débat décisif qui nourrit la mobilisation : les injustices de la fiscalité belge, cas très particulier en Europe. D'après une récente enquête de l'OCDE, la Belgique est le troisième pays membre de l'organisation où le poids de la fiscalité est le plus lourd, après le Danemark et la France. Mais c'est surtout l'un des systèmes de taxation les plus inégaux d'Europe : le travail y est très fortement taxé, à l'inverse du capital. Pour ne rien arranger, le pays, souvent considéré comme un paradis fiscal, est l'un des seuls à avoir mis au point un mécanisme fiscal très avantageux pour les entreprises, et qui coûte cher à l'État – le système des intérêts notionnels (médiatisés par l'« affaire » Bernard Arnault en 2012).

La FGTB plaide, avec d'autres, pour un « glissement fiscal ». En clair : durcir les taxes sur le capital, et alléger d'autant celles sur le travail. De ce point de vue, le gouvernement ménage le suspense. Bart De Wever, pour la N-VA, a déjà dit et répété son opposition à la taxation des grandes fortunes. Mais il est « ouvert au débat » sur la taxation des plus-values boursières.

« Le 'tax shift' (glissement fiscal, ndlr) se traduira par une diminution des charges sur le travail et par l'augmentation de quelque chose d'autre. Dans le cadre de la réflexion fiscale, il y aura la question de la taxation du capital qui se posera. Le MR réfléchit à ce qu'il mettra sur la table à ce sujet », déclarait Olivier Chastel, le nouveau patron du MR, en fin de semaine. C'est d'ores et déjà l'une des vertus de la mobilisation : acter l'urgence d'une réforme fiscale en Belgique.

Les socialistes, dans l'opposition, ont beau jeu de monter au créneau. Mais certains ne manquent pas de leur rappeler que le gouvernement de coalition droite-gauche du socialiste Elio Di Rupo (décembre 2011-octobre 2014) n'a rien modifié aux grands équilibres fiscaux du pays – et encore moins supprimé les « intérêts notionnels ». « Si (la taxation du capital, ndlr) est vraiment un moyen pour faire des miracles, pourquoi le PS ne l'a-t-il pas fait depuis 25 ans ? » ironise Bart De Wever.

 

 

Dans ce contexte de vives tensions et d'impopularité des partis au pouvoir, un « mouvement citoyen » vient de se former, qu'il faudra suivre dans les mois à venir. Après le G-1000 de l'historien David Van Reybrouck, « Tout autre chose », côté francophone, s'inspire du mouvement flamand « Hart Boven Hard » (« le cœur avant la rigueur »). Ancré à gauche, le collectif anti-austérité, qui rassemble environ soixante-dix personnalités de la société civile (activistes, comédiens, etc.), veut « construire un large mouvement citoyen proposant des alternatives au modèle de société dominant » et « faire converger l'énorme potentiel d'imagination et d'action citoyenne en faveur de tout autres horizons » (leur appel est ici).

« Si le blocage persiste entre gouvernement et organisations syndicales, si la concertation reste au point mort, et la tension monte, "Tout autre chose" aura un boulevard », croit savoir Le Soir.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 


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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 18:14

 

Source : www.marianne.net

 

 

Les Etats-Unis interdisent tout, sauf les armes ?

Mardi 2 Décembre 2014 à 05:00

 

Loïc Le Clerc

 

 

 

Après que des policiers ont tué Michael Brown à Ferguson et Tamir Rice à Cleveland, ce gamin de 12 ans qui jouait avec un pistolet factice dans un parc, on pouvait penser que le débat sur les armes serait relancé aux Etats-Unis. Il n'en est rien. En revanche, les dirigeants américains sont forts pour interdire toute sorte de produits afin de "protéger" leurs concitoyens. D'ailleurs, selon vous, entre une arme de guerre et un Kinder surprise, lequel est considéré comme illégal outre-Atlantique ?

 

Illustration de l'organisation Mums demand action for gun sens in America

1907

L'absinthe

Douze ans avant la prohibition qui fera des ravages en Amérique, les Yankees avaient déjà interdit l’absinthe, car la boisson était jugée extrêmement psychoactive et hallucinogène. Ils l’ont même surnommé l’« alcool qui rend fou ».

Henri Privat-Livemont - Flickr

1938

Les Kinder surprise

Interdits car jugés dangereux pour la santé des enfants, ces derniers gobaient l’œuf en entier, sans prendre soin d'y ôter le jouet à l'intérieur… Aujourd'hui encore, le "trafic de Kinder surprise" peut côuter gros (voir lien ci-dessous).

2012

Les billes aimantées

Décidemment, les petits Américains aiment bien avalés toutes sortes de choses qui ne se mangent pas… Mais, malins qu’ils sont, l’interdiction est si précise concernant ces billes, qu’il n’est interdit de les vendre que sous la marque « Buckyballs magnet ».

Coyau - Wikipedia

2012

Le lait cru (et toutes ses déclinaisons)

Vingt deux Etats américains interdisent la consommation (et même l’exploitation) de lait non-pasteurisé, et bon nombre d’études dites scientifiques veulent étendre cette interdiction. Lait cru, fromages, yaourts pourraient causer de graves problèmes de santé (méningite, fausse couche, etc.). En France, on peut toujours se goinfrer de calendos, de toute façon, on a une bonne Sécu !

Lesyeuxpourvoir - Wikipedia

2013

Fromages, viandes et mirabelles

De la même manière, la mimolette et le roquefort ont été interdits, car « composés d'une substance dégoûtante, putride, ou décomposée », ainsi que la plupart des viandes ou des graines (ou nos mirabelles). Ces produits ne peuvent être importer aux Etats-Unis, car trop sujets aux transmissions de bactéries…

Caricato da Airunp - Wikipedia

2014

New Hampshire : Le dogdeball, ou « balle aux prisonniers »

Ce jeu a été interdit à cause de l’« intimidation » qui en résulterait. Comportement qui ne concerne aucun autre sport...

Benjamin Chun - Flickr
*Suite de l'article sur marianne
Source : www.marianne.net

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 15:42

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Aux Etats-Unis, Ferguson s’enflamme et le débat sur la police raciste reprend

|  Par Iris Deroeux

 

 

Le policier, blanc, qui a tué le jeune Afro-Américain Mike Brown en août dernier, à Ferguson dans le Missouri, ne sera poursuivi. Des manifestations ont aussitôt éclaté à Ferguson mais aussi à travers le pays.

 

De notre correspondante aux Etats-Unis.- La décision était attendue depuis plus de trois mois et elle a enfin été rendue la nuit dernière : l’officier Darren Wilson, qui a abattu le jeune Afro-Américain Mike Brown en août dernier à Ferguson, dans le Missouri, n’aura pas à répondre de ses actes devant la justice. Le jury, qui était réuni depuis le 20 août afin de décider si celui-ci devait être poursuivi, a estimé « qu'il n'y avait pas de raison suffisante d'intenter des poursuites contre l'officier Wilson », selon les termes du procureur, Robert McCulloch. Les douze jurés, neuf Blancs et trois Noirs, ont basé leur décision sur une série de témoignages contradictoires et de documents tels que les rapports médicaux, le rapport d’autopsie pratiqué sur Michael Brown, ou encore l’examen des photos des blessures infligées à l’officier. Des photos peuvent être consultées ici. La transcription de la décision des jurés est ici.

Cette décision a immédiatement déclenché de violentes manifestations dans cette petite ville de banlieue de Saint Louis, dans le Missouri, ainsi que des marches dans plusieurs villes du pays, à Washington, New York, Los Angeles, Chicago ou Seattle. Sur les pancartes brandies par les manifestants, on a pu lire des messages comme : « Justice pour Mike Brown », « Cessez de tuer nos enfants », « Stoppez la terreur policière » ou encore « La vie des Noirs compte ».

 


 

Si l’affaire Ferguson a pris aujourd’hui une telle ampleur, c’est qu’elle est devenue un sujet d’attention nationale dès août dernier, en relançant le débat sur les brutalités policières, un système judiciaire jugé discriminant à l’égard des Afro-Américains et plus généralement sur le racisme (nous l’expliquions ici). Car le déroulé de cette affaire est considéré par beaucoup comme tristement classique : un jeune homme noir non armé abattu par un policier blanc dans des circonstances floues, suivi d’une réaction lente et jugée insuffisante de la part des autorités, puis d’une libération du policier.

Une série de tweets dans la nuit de Deray Mckesson (@deray) présent sur place et membre du site noindictment.org 
Une série de tweets dans la nuit de Deray Mckesson (@deray) présent sur place et membre du site noindictment.org

L’affaire de Ferguson a précisément commencé le 9 août 2014, lorsque Mike Brown a été tué par arme à feu dans des circonstances sur lesquelles deux versions contradictoires n’ont cessé de s’affronter. Le jeune homme et l'un de ses amis se dirigeaient à pied vers leur domicile quand ils ont croisé la route d’un policier, peu de temps après le signalement d’un larcin dans une épicerie du quartier. Il s'est alors produit une altercation qui a dégénéré. La police dit que l’officier a été attaqué, que Michael Brown a tenté de lui prendre son arme et que l'officier s’est donc légitimement défendu ; tandis que l’un des témoins de la scène affirme que le jeune homme n’était pas armé, qu’il a couru pour s’éloigner de la voiture de police, et qu’il levait les bras, mains en l’air, quand l’officier a tiré plus de dix fois. Le policier a ensuite quitté les lieux et le corps du jeune homme est resté au milieu de la chaussée pendant plusieurs heures, nourrissant la colère des habitants, ne tardant pas à exploser. 

 

Après le verdict à Ferguson 
Après le verdict à Ferguson © Reuters

Dix jours de manifestations et d’émeutes s’en sont suivis. Et les tensions ne sont jamais vraiment retombées, alimentées jusqu’à la veille de ce verdict par les décisions et méthodes de communication hasardeuses des autorités locales. Elles ont choisi de ne pas révéler le nom de l’officier, refusant de publier le rapport d’autopsie, de dire combien de balles avaient été tirées sur Mike Brown, puis ont fait appel à plusieurs reprises à la garde nationale, à des renforts équipés de matériel militaire lourd pour disperser les manifestants… Pendant ce temps, des leaders religieux tel que le New-Yorkais Al Sharpton, des associations nationales de lutte pour les droits civiques telle que le NAACP, ainsi qu’une myriade d’associations locales, se sont saisis du problème, lui donnant une visibilité nationale, et entamant un débat sur les réformes à mener, à la fois localement et nationalement (nous avons parlé de ce militantisme ici).

C’est sur ce travail de réflexion qu’a insisté Barack Obama, prenant brièvement la parole immédiatement après le verdict lundi soir. Le président a d’abord appelé à manifester dans le calme et il a repris les mots du père de Mike Brown, déclarant que « la solution n’était pas de s’en prendre aux autres ou de détruire des biens matériels ».

Il a aussi jugé les débordements « inévitables », glissé avec une pointe de cynisme qu’ils feraient de « bonnes images pour la télévision ». Puis il a estimé que le pays, tout en ayant « beaucoup progressé » sur les problèmes raciaux, avait encore du chemin à parcourir, qu’il fallait améliorer les relations « entre la police et les communautés de couleur ».  Et il a appelé, sans donner de détails, à agir de manière « constructive ».

 

 

Ce discours, il l’a déjà tenu à de nombreuses reprises, notamment fin août lorsqu’il a pris la parole pour commenter les premières émeutes à Ferguson, ou encore après l’acquittement de Georges Zimmerman dans l’affaire Trayvon Martin. Au point de ne plus vraiment être entendu, puisque des affaires de ce type continuent de se produire régulièrement, en faisant l’objet de plus ou moins d’attention médiatique, et sans que des réformes d’ampleur ne soient entamées.

Ne serait-ce qu’au cours des derniers jours, deux autres faits divers sont venus nourrir ce débat. Il y a eu la mort d’Akai Gurley, 28 ans, non armé, abattu dans un hall d’immeuble à Brooklyn par un jeune officier (lire ici). Une affaire dans laquelle le département de la police new-yorkaise a concédé avoir commis une erreur, mais qui continue de mobiliser à New York. Puis le jeune Tamor Rice, 12 ans, a été abattu sur une aire de jeux de Cleveland, dans l’Ohio, par un policier craignant que son faux pistolet, attaché à sa ceinture, ne soit une arme létale (ici).

 

Rassemblement devant la Maison Blanche après le verdict 
Rassemblement devant la Maison Blanche après le verdict © Reuters

Quelques statistiques, quoique insuffisantes, permettent encore de mieux cerner le problème. Ce sont par exemple celles du Center for Disease Control qui compile des données par État. Nationalement, le Centre arrive à la conclusion que les Noirs ont trois fois plus de chances d’être tués par les forces de l’ordre que les Blancs. (Ici, une compilation de statistiques sur le sujet.)

Face à cette réalité, et face à la méfiance de la communauté afro-américaine envers les forces de police, de nombreuses pistes de réformes existent bien sûr, tant au niveau local que national. Il s’agit par exemple d’instaurer des mécanismes de surveillance et de responsabilisation de la police plus efficaces (un article d'opinion ici dans le New York Times, intitulé « Comment la cour suprême protège les mauvais policiers »), de revoir les règles du port d’armes (comme l’explorait cet article fouillé du site Think Progress en août, comparant l’Angleterre et les États-Unis), de réintroduire une police de proximité. Une loi a encore été proposée, surnommée « loi Mike Brown », qui obligerait tous les officiers du pays à être munis d’une caméra, fournissant des preuves par l’image bien moins discutables que des témoignages.

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 18:26

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/bruno-jaffre

 

 

Le Burkina adopte la transition « apaisée » et « inclusive »

Encore une fois comment ne pas saluer l’étonnante capacité de ce pays, de ce peuple du Burkina Faso, à puiser en lui, dans son histoire, dans sa culture, et à déjouer les obstacles qui pouvaient sembler les plus insurmontables ?

La mise en place de la transition, une performance inégalée

En à peine plus de deux semaines, ce peuple s’est débarrassé de son dictateur en place depuis plus de 27 ans, a demandé aux militaires d’ « assumer leur responsabilité », a retrouvé son calme, la population de Ouagadougou se mettant dès le lendemain à nettoyer ses rues des séquelles des violences, s’est doté d’une charte de transition consensuelle (voir à http://www.blaisecompaore2015.info/La-charte-de-la-transition-adoptee) , a nommé une personnalité civile comme président de la transition et a rétabli sa constitution. Quel pays pourrait-il se vanter d’une telle performance ?

Ce que l’on appelle les « forces vives » de la nation ont toutes participé aux discussions. Les autorités religieuses, la chefferie traditionnelle, les partis politiques, y compris même ceux de l’ancienne majorité, les organisations de la société civile.  Si la représentativité des autres composantes n’est guère contestée, il a fallu attendre la fin des discussions pour que la liste de ses représentants ayant participé aux discussions soient publiées. Ce qui n’a pas été sans de nombreuses contestations. Car parmi de nombreuses associations représentatives ou personnalités reconnues pour leur compétence et leur engagement contre le régime précédent, on trouve aussi des ONG de quelques individus, « opportunistes » qui ont réussi à intégrer dès le départ les discussions. D’autres sont accusées d’être à la solde de partis politiques. Gageons que petit à petit les choses vont s’éclaircir.

Si la participation de l’ancienne majorité a été fortement contestée, elle a finalement été acceptée, mais sa représentation reste très limitée. Il faut ajouter que cette décision est accompagnée de restriction. Les représentants de l’ex majorité ne doivent pas avoir participé aux multiples provocations qui ont précédé l’insurrection populaire.

Le pays va se doter d’un conseil national de la transition, de 30 représentants des partis politiques de l’opposition, 25 représentants des organisations de la société civile, 25 représentants des forces de défense et de sécurité, et 10 représentants des autres partis. Les institutions de la transition, vont petit à petit se mettre en place, et se mettre au travail. Car l’objectif essentiel c’est de préparer les élections qui devront se tenir en novembre 2015.

Le président choisi, M. Michel Kafando, sans doute après de longues discussions, résulte d’un consensus. Il faisait partie des deux personnalités proposées par l’armée.  Il résulte d’un arbitrage probablement difficile. La société civile avait choisi deux journalistes, Cheriff Sy et Ahmed Newton Barry, connus pour leur engagement contre le pouvoir, et un archevêque. L’armée, en plus de Kafando, avait aussi proposé Joséphine Ouedraogo, une sociologue, ancienne ministre de Thomas Sankara, ancienne dirigeante d’ONG. Michel Kafando est plus représentatif de la génération qui a été balayée par la révolution de 1983 à 1987, même s'il n'a exercé pour l'essentiel que des postes techniques ou diplomatiques. Ce qui ne correspond probablement pas à l’attente de la jeunesse. Mais il ne s’est guère affiché aux côtés du régime de Blaise Compaoré, sauf comme diplomate aux Etats-Unis de 1998 à 2011, comme ambassadeur auprès des Nations Unies. Et surtout c’est un diplomate aguerri, c’est sans doute ce qui a présidé à ce choix, en plus de son apparente neutralité.

Et maintenant ?

Mais en réalité c’est maintenant que l’essentiel va se jouer. Durant ces deux dernières semaines, le peuple est resté observateur, sans trop être informé de l’avancement des discussions. La charte de la transition ne s’est intéressée qu’à son fonctionnement interne. Aucune ligne ne contient quelques éléments d’orientation de cette transition, par exemple les premières mesures sociales à prendre, pour lutte contre la pauvreté, créer des emplois, poursuivre les anciens dignitaires du régime en justice et récupérer ce qu’ils ont volé au peuple burkinabè. Certes le départ de Blaise Compaoré est une grande victoire, mais toute cette population, composée de jeunes pour l’essentiel, souhaite avant que tout que son sort s’améliore, dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’emploi, des infrastructures publiques en particulier la fourniture d’électricité très aléatoire.

Sans dirigeants politiques élus et représentatifs, il va être difficile de lancer une politique globale, mettre en place un modèle de développement tourné vers les besoins essentiels à satisfaire, qui correspondent à la volonté populaire. Sera-t-il possible de prendre des mesures fortes sans attendre ? Si rien ne va dans ce sens, le risque de voir le mécontentement renaitre rapidement n’est pas exclu.

La justice par exemple ne doit pas attendre. Ce serait le premier signe qu’il n’y aura pas de restauration, alors que l’on a accusé le lieutenant colonel Zida de manœuvrer pour ménager les personnalités de l’ancien régime. Que les juges se saisissent de tous les dossiers en suspens, qu’ils reprennent les poursuites de personnalités pour corruption, qu’ils acceptent de se pencher sur les nombreux assassinats non élucidés : celui de Thomas Sankara et de ses collaborateurs, celui du journaliste Norbert Zongo et celui du jeune étudiant Dabo Boukary qui sont devenus des symboles de la lutte pour la justice et contre l'impunité.

Et l’on reverra certainement le balai citoyen.

Cette association, si elle a été une des plus actives dans la conscientisation de la jeunesse, et pour la mobilisation lors de la l’insurrection, a évité de jeter de l’huile sur le feu lors des négociations de ces deux dernières semaines. Elle a été critiquée pour avoir demandé à l’armée de prendre ses responsabilités, et d’avoir « vendu la révolution ». Des critiques qui n’apparaissent guère fondées aujourd’hui, avec le recul, probablement en provenance d’ « opportunistes » cherchant à profiter de la situation pour trouver une notoriété qu’ils contestent au balai citoyen. Mais parmi les organisations de la « société civile », combien peuvent-elles se vanter d’avoir des antennes dans les quartiers ? Cette jeune association continue en effet de mettre en place des clubs décentralisés. Elle va continuer son rôle de veille citoyenne et de mobilisation si nécessaire. Peu d’associations peuvent se vanter d’une telle implantation, si ce n’est d’autres plus anciennes comme la CCVC (Coalition contre la vie chère), où le PCRV, le parti communiste révolutionnaire voltäique, qui a été quelque peu dépassé les journées des 30 et 31 octobre, qui rassemble plutôt les syndicats.

Les partis politiques, qui ont remarquablement conservé leur unité, tout au long des mobilisations depuis 2013, malgré les multiples manœuvres de Blaise Compaoré,  vont de nouveau se trouver en concurrence et vont lancer toutes leurs forces dans la préparation des élections. Et la compétition va être rude. La plupart des leaders de l’opposition ont collaboré avec Blaise Compaoré, et l‘ont quitté il y a plus ou moins longtemps, parfois très récemment. Reste à gauche, l’UNIR PS (Union pour la renaissance, parti sankariste) qui a clairement appelé à l’insurrection le 30 octobre et le PDS Metba qui vient malheureusement de perdre son très populaire leader M. Arba Diallo. Les sankaristes ont par ailleurs entamé un processus d’unification. S’ils arrivaient à le mener à bien, ils s’assureraient une nouvelle popularité. Car cette insurrection est aussi un peu la « résurrection de Thomas Sankara », comme l’a dit récemment un de ses frères. Ils ont, par ailleurs, acquis une riche expérience politique depuis leur création et on leur reprochait surtout de ne pas être capables de surmonter des querelles de personnes.

La jeunesse reste méfiante des partis politiques. Une méfiance alimentée, à tort ou à raison, par le balai citoyen et d’autres organisations de la société civile. Seule, un peu plus de la moitié de la population en âge de voter était inscrite sur les listes électorales lors des dernières élections de 2012. Et, parmi les inscrits, à peine un peu plus de la moitié sont allés votés. C’est dire que tout est ouvert et rien n’est joué. Et il est bien possible que de nouveaux partis voient le jour. Mais pour que les élections soient transparentes, encore faudrait-il les débarrasser de l’influence des chefs traditionnels dans les campagnes et surtout de l’achat des votes par quelques billets. On ne peut que souhaiter que cette insurrection signe aussi un réveil de la conscience citoyenne, y compris dans les urnes, auquel cas les élections pourraient engager vraiment le pays vers une modèle de développement à même de satisfaire les aspirations du peuple burkinabè.

 Bruno Jaffré

 

 

Source : blogs.mediapart.fr/blog/bruno-jaffre

 

 


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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 17:28

 

Source : www.marianne.net

 

 

Mexique : regardons ce que révèlent les 43 disparus

Vendredi 14 Novembre 2014 à 05:00

 

Accattoli, Rudy Hiller, Goldin Marcovich et García de Teresa

 

Fin septembre, au Mexique, 43 étudiants de l'Ecole normale rurale d'Ayotzinapa disparaissaient. Une affaire purement locale ? Certainement pas, répliquent quatre "normaliens" de France, dont trois d'entre eux sont mexicains. "Ce que ce massacre a encore une fois révélé, écrivent-ils, c'est que la question de l'Etat de droit reste posée". Et de regretter l'attitude des plus hautes autorités du pays, notamment le président Peña Nieto qui "semble se dérober à ses responsabilités".

 

Eduardo Verdugo/AP/SIPA
Eduardo Verdugo/AP/SIPA
Vendredi dernier, le procureur général de la justice du Mexique, Jesús Murillo Karam, a tenu une conférence de presse. Les 43 étudiants disparus le 26 septembre à Iguala, dans l’Etat de Guerrero, auraient été brûlés dans un bûcher alimenté pendant environ 15 heures dans une décharge municipale. Les corps, réduits en cendres, auraient été transportés dans des sacs plastique et jetés dans la rivière. Le maire d’Iguala, José Luis Abarca, et sa femme dont les liens avec l’organisation criminelle Guerreros unidos sont avérés, sont fortement soupçonnés d'être les instigateurs du massacre. Ceux qu’on surnomme le « couple impérial » auraient voulu empêcher les étudiants de l'Ecole normale rurale d'Ayotzinapa, considérés comme étant des fauteurs de troubles, de nuire à un événement du DIF, l'institution chargée de la protection de l'enfance et la famille, à la tête de laquelle la femme d’Abarca comptait succéder à son mari. Selon l’enquête, la police municipale a tiré à plusieurs reprises sur les bus dans lesquels se déplaçaient les étudiants avant de les remettre, pour 43 d’entre eux, entre les mains des Guerreros unidos. Ces derniers se seraient chargés d’exécuter les étudiants et de se débarrasser de leurs corps.
 
Tous les éléments d'un feuilleton d'horreur sont présents : un maire corrompu marié à une femme liée aux cartels, une police municipale complice du crime organisé, des étudiants brûlés jusqu'aux cendres et jetés dans des sacs poubelle. En faisant connaître cette version des faits, le gouvernement fédéral veut faire porter l’entière responsabilité des faits au crime organisé et aux politiciens locaux corrompus. Pourtant, pour les Mexicains qui protestent dans les rues, des questions demeurent.
 
Si l'on suit la version du procureur, le climat d'impunité régnant au Mexique est le seul élément qui donne une certaine intelligibilité à la violence disproportionnée de l'attaque. S'il s'agissait simplement de garantir le bon déroulement de la soirée, pourquoi faire disparaître les étudiants dans de telles conditions ? Pourquoi l’armée n’a-t-elle pas eu l’ordre d’intervenir pour aider les étudiants alors que la première attaque a eu lieu à quelques kilomètres d’une caserne ? Pourquoi les soldats, quand ils sont venus à l'encontre des étudiants qui avaient réussi à s'échapper, avec parmi eux des blessés graves, les ont-ils fichés plutôt que de les aider ?
 
Les autorités fédérales ont connaissance de l'implication du maire Abarca dans plusieurs homicides depuis une quinzaine de mois. Amnesty international l’a déjà souligné : « Ceux qui ont eu la négligence d’ignorer les signes avant-coureurs de la corruption et de la violence sont complices de la tragédie ». En limitant systématiquement le cadre de leur analyse à un niveau local, le président et le procureur n'assument aucune responsabilité face à la multiplication constante des assassinats et des disparitions dans tout le Mexique.
 
Si « Iguala n'est pas l'Etat mexicain », selon les mots du procureur, alors la question se pose : où est donc l'Etat mexicain ? Où est cet Etat avec lequel la France marche « cœur dans le cœur », comme l'a dit François Hollande lors de sa visite officielle au Mexique en avril 2014 ? Cet Etat dont les réformes et le potentiel économique sont célébrés partout dans le monde ? Cet Etat dont le président, Enrique Peña Nieto, est l'invité d'honneur des célébrations du 14 juillet 2015 ?
 
Le président Enrique Peña Nieto s’est montré extrêmement distant dans cette affaire qui indigne le monde entier. Il n'a reçu les familles des victimes qu'un mois après les faits et ce dimanche, avant même d’avoir mis les pieds dans l'Etat de Guerrero, il s'est envolé vers la Chine pour renforcer des partenariats économiques. En se contentant de manifester de l'indignation, le président se place davantage du côté de la société civile et semble se dérober à ses responsabilités.
 
Le gouvernement a désormais renoncé à rechercher des survivants tout en continuant à déclarer les étudiants légalement disparus, empêchant ainsi le deuil des familles des victimes. La façon dont l’enquête a été menée par le gouvernement et en particulier le format de la conférence de presse, vidéo à l’appui, ne sont pas sans rappeler des épisodes malheureux de « justice télévisée » au Mexique qui ne font que nuire au bon déroulement des enquêtes et à la crédibilité du système judiciaire dans son ensemble. Pourquoi, alors que l'affaire n'est pas officiellement close, publier des vidéos où trois sicarios (« tueurs ») témoignent et reconstituent les faits ? Que faire alors des premiers témoignages qui parlaient de 17 corps brûlés et enterrés dans des fosses clandestines ?
 
On a souvent recours, pour rendre compte de la violence qui ravage le Mexique, à des explications qui mettent l'accent sur la violence endémique et le trafic de drogues. Plutôt que d'en rester à une analyse limitée, il faut impérativement chercher à comprendre les mécanismes qui ont permis, et permettent quotidiennement, que de tels crimes contre les droits de l'Homme aient lieu : l'impunité, l'effacement de l'Etat, la corruption au plus haut niveau institutionnel. C'est pourquoi les arrestations ne doivent pas nous détourner du véritable problème ni ne peuvent suffire à clore le dossier et à tourner la page. Ce que le massacre d'Ayotzinapa a encore une fois révélé, c'est que la question de l'Etat de droit et de justice au Mexique reste posée, et ce de façon toujours plus urgente.
 
La réponse du gouvernement aux crimes d'Iguala n’épuise pas les questions. Lors de la conférence de presse, par une remarque malheureuse, le procureur général de la justice a mis fin aux questions de la presse en s'exclamant « Ya me cansé » (« J’en peux plus »). Devons-nous, nous aussi, fatigués par l'impuissance et l'horreur, cesser de regarder ce qui se passe au Mexique ? Cesser de poser les questions qui nous taraudent ? Sans doute beaucoup d’entre elles resteront sans réponse, mais nous nous devons de les poser pour ne pas être complices, par notre silence et notre crédulité, de la violence qui endeuille le Mexique.

 
* Matilde Accattoli est doctorante en Sciences du Langage à Paris 8 Vincennes - Saint-Denis | Daniel Rudy Hiller est doctorant en Littérature comparée à Paris 3 - Sorbonne Nouvelle | Gabriela Goldin Marcovich est élève en Histoire à l’Ecole normale supérieure de Paris | Marcos García de Teresa est doctorant en Sciences de la société à l'EHESS.



Lire aussi :
>>> Mexique : les 43 mystérieux disparus d'Iguala (Marianne.net)
>>> Le site Internet du Collectif de solidarité avec les étudiants d’Ayotzinapa lancé par des « normaliens » français.

 

 

Source : www.marianne.net

 

 

 

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 22:12

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Burkina Faso: la chute de Blaise Compaoré après 27 ans de pouvoir

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

 

Au pouvoir depuis 1987, le président burkinabé avait déclenché la colère de l'opposition en proposant un projet de référendum lui permettant de briguer un 5e mandat. Après des jours de manifestations, lâché par l'armée, Blaise Compaoré a accepté de quitter le pouvoir, vendredi 31 octobre, au profit du chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré.

Après plusieurs jours de manifestations et d’affrontements, le président du Burkina Faso Blaise Compaoré a été poussé à la démission, vendredi 31 octobre, par l'armée qui a pris le pouvoir.

Quelques minutes auparavant, le colonel Boureima Farta, représentant de l’armée, avait pris la parole devant les dizaines de milliers de manifestants qui s’étaient une nouvelle fois réunis dans le centre de la capitale Ouagadougou, non loin du quartier général des armées. « A partir de ce jour, Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir », avait-il affirmé avant d’être acclamé par la foule.

 

Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou 
Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou © Joe Penney, journaliste pour Reuters, via Twitter

L’information a été confirmée quelques minutes plus tard par un communiqué du désormais ex-président lu par plusieurs médias. « Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (…), je déclare la vacances du pouvoir en vue de permettre la mise en place d’une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours », a écrit celui qui a dirigé le Burkina Faso durant 27 années.

Peu de temps après, le chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé qu'il assumerait lui même les fonctions de chef de l'Etat durant la prériode de transition. Dans un communiqué, le général a confirmé qu’il prenait « à compter de ce jour » les responsabilité de chef de l’Etat, « conformément aux dispositions constitutionnelles. Si les manifestants avaient salué l’annonce du départ de Blaise Compaoré, cette prise ce pouvoir par Honoré Traoré, considéré comme proche de l’ancien président, a une nouvelle fois provoqué la colère des manifestants qui, en fin de journée, scandaient déjà « Honoré Traoré démission » ainsi que « Kouamé Lougué au pouvoir ». Ce dernier est une générale à la retraite, ancien ministre de la défense, et apprécié par une grande partie de la population.

Isolé, encerclé par les manifestants, menacé par l’armée, Blaise Compaoré avait annoncé, jeudi dans la soirée, l’abandon de son projet de réforme constitutionnelle visant à lui permettre de briquer un cinquième mandat en 2015 et l’origine de la colère des manifestants.

Depuis mardi, la capitale Ouagadougou était le théâtre de défilés contre un projet de référendum constitutionnel visant à réviser l’article 37, afin de permettre au président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987 à la suite d’un coup d’Etat, de se présenter à la prochaine élection présidentielle. Jeudi 30 octobre, alors que ce projet de référendum devait être examiné par les députés, les manifestants avait pris d’assaut l’Assemblée nationale et la télévision publique et encerclé le palais présidentiel. En fin de journée, l’armée avait prononcé la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, décrété l’état d’urgence et annoncé la nomination d'un gouvernement de transition.

Blaise Compaoré étrait finalement réapparu, dans la soirée, sur la chaîne privée Canal 3, pour une courte allocution dans laquelle il a appelé au dialogue, confirmé la nomination d’un gouvernement de transition, et annoncé son intention de quitter le pouvoir à la fin de son mandat, renonçant ainsi au projet de réforme à l’origine des manifestations.

« Les manifestations violentes qui ont endeuillé et plongé notre peuple dans la stupeur n’honorent pas le « pays des hommes intègres (NDLR. Traduction de « Burkina Faso »), mais j’ai entendu le message, je l’ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations de changement ».

Mais cette annonce n'avait pas suffit à calmer l'opposition qui exigeait le départ du président comme « préalable non négociable » à toutes discussion. « Pendant 27 ans, Blaise Compaoré a roulé tout le monde dans la farine. Là, il est encore en train de duper, de ruser avec le peuple », avait ainsi déclaré Bénéwendé Sankara, un des responsable de l’opposition.

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Les analogies sont troublantes. Même s’il n’est jamais bon de comparer des situations et des pays différents, on peut difficilement s’empêcher de penser que ce qui arrive ces jours-ci au Burkina Faso porte une franche ressemblance avec ce qui s’est déroulé ces dernières années en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au Mali…

Des États jugés « solides » et « stables », relativement intégrés, ou en voie de l’être, dans ce club fourre-tout qui s’appelle la « communauté internationale » ; des pays dont les dirigeants font figure de vieux sages qui sont reconnus comme tels par leurs homologues, lesquels ont renoncé à leur chercher des noises sur leurs pratiques anti-démocratiques ; des gouvernements dont on dit : « Certes il y a des problèmes, mais ils font des efforts et ils remplissent un rôle régional non négligeable »… et qui s’effondrent. D’un seul coup, ou presque. Sous la poussée de cette donnée que les relations internationales peinent à prendre en compte : les populations.

On pourrait ajouter à cette liste d’autres pays qui se sont récemment délités ou dont le cours a été brutalement réorienté sous la pression populaire : Centrafrique, Côte-d’Ivoire, Ukraine. Le Burkina Faso, dont il ne faut jamais oublier que le nom signifie « pays des hommes intègres », vient allonger cette liste, mais l’ère Blaise Compaoré vient de s'achever.

 

Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 
Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 © Présidence de la République

On aurait pu croire que les « dirigeants à vie » avait appris de ces dernières années que leurs fauteuils n’étaient pas aussi éternels qu’ils le croyaient. Blaise Compaoré ne l’avait apparemment pas compris, puisque l’étincelle qui a mis le feu aux poudres dans son pays a été précisément sa reconduction au pouvoir, par un biais certes légal, mais parfaitement insupportable aux yeux des Burkinabés : la modification, par l’Assemblée à sa botte, d’un article de la Constitution qui lui aurait permis de prolonger ses 27 années déjà passées à la tête du pays.

Le soutien de la France jusqu'au bout

Arrivé à la présidence du Burkina Faso par un coup d’État en 1987 – contre une icône du panafricanisme et de la fierté africaine, Thomas Sankara, dont la mort n’a jamais été élucidée mais dont tous les Burkinabés rendent Compaoré responsable – Blaise Compaoré a déjà effectué deux septennats et il s’apprêtait à conclure son deuxième quinquennat. Le tout en parfaite légalité, puisqu’à chaque fois il a modifié le fameux article 37 de la Constitution sur la durée et le nombre de mandats. Cette fois-ci, il s’apprêtait de nouveau à changer cette provision constitutionnelle, en s’octroyant le droit d’effectuer deux autres quinquennats ! Mais cela n’est pas passé…

Cela faisait pourtant des mois, voire des années, que Compaoré savait que ce tour de passe-passe risquait de s’avérer difficile. En février 2011, en pleine concomitance avec les « printemps arabes », des émeutes avaient déjà parcouru le pays. Le mouvement, issu de manifestations contre la hausse des prix, s’était renforcé après la mort d’un jeune homme sous les coups de la police, et avait fini par reprendre, à l’encontre de son président, le mot d’ordre alors scandé plus au nord : « Dégage ! » À coups de répression et d’un changement de gouvernement, Blaise Compaoré avait fini par regagner la main. Mais tout le monde – Burkinabés et observateurs étrangers – savait que l’échéance de la présidence de 2015 serait délicate à négocier. Cela faisait des mois que l’opposition s’organisait et que de nombreuses voix populaires s’élevaient pour demander au président de s’écarter et de laisser la place à un successeur.

Malgré cela, Compaoré a choisi d’ignorer ces alertes et de tenter de passer en force. Au lieu de regarder ce qui s’est passé en Tunisie, en Égypte ou en Libye, il a préféré se tourner du côté de l’Algérie, de l’Angola, du Tchad, de Djibouti, de l’Ouganda, du Cameroun, du Togo, du Gabon, de la Guinée équatoriale… Des pays qui, ces dernières années, ont tous procédé à une révision constitutionnelle pour prolonger le mandat de leurs chefs d’État, au pouvoir depuis plusieurs décennies… Cette situation rappelle le fait que la fondation Mo Ibrahim, qui attribue chaque année depuis 2007 un prix (de 5 millions de dollars plus 200 000 dollars annuels à vie) à un dirigeant africain récompensé pour sa bonne gouvernance et sa transmission pacifique du pouvoir (!), n’a été en mesure de le décerner qu’une fois depuis 2009 (en faveur du président du Cap-Vert d'alors, Pedro Pires) !

Blaise Compaoré s’est sans doute aussi senti encouragé dans son obstination par le nouveau statut qu’il avait acquis ces derniers temps à la faveur de ses années au pouvoir, mais aussi d’un contexte régional très volatil. À 63 ans – bien moins que certains de ses homologues africains –, il avait su faire oublier son arrivée troublée pour devenir un médiateur recherché et un point d’appui pour les Occidentaux engagés dans une lutte contre le terrorisme sahélien.

Ces dernières années, c’est lui qui a été chargé de négocier la crise malienne, ce dont il s’est assez mal acquitté selon des diplomates européens, puisque c’est désormais l’Algérie qui a repris les rênes des pourparlers entre le gouvernement de Bamako, les indépendantistes touaregs et les groupes djihadistes. Le Burkina Faso est également devenu la principale base d’opérations des forces spéciales françaises et américaines au Sahel.

Récemment interrogés par Mediapart sur la question du maintien de Compaoré à la tête de son pays, plusieurs diplomates français ont eu la même réaction : ils ont haussé les épaules. Manière de dire « cela ne nous regarde pas », mais aussi « ça nous arrange bien ». Et, dans un récent article de Jeune Afrique consacré au président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila, qui envisage lui aussi de modifier la Constitution pour rester au pouvoir, on pouvait lire : « "Le président Hollande n'évoque ce type de sujet avec ses pairs africains que lorsque ces derniers l'abordent en premier", confie-t-on à l'Élysée. » Les pays occidentaux, la France en premier lieu, se retrouvent pris en tenaille entre leur désir de stabilité et d’avoir affaire « au Diable qu’ils connaissent plutôt qu’à celui qu’ils ne connaissent pas », et les accusations d’ingérence dont ils seraient inévitablement victimes s’ils s’exprimaient trop ouvertement en faveur d’un changement de dirigeant.

Le caractère massif des manifestations à Ouagadougou et dans la deuxième ville du pays, Bobo Dioulasso, a réglé le sort de Compaoré. Il reste désormais à savoir ce que fera l'armée. La réapparition du général en retraite Kouamé Lougué, ancien compagnon d’armes de Thomas Sankara, qui s’est propulsé à la tête des manifestants, ressemble étonnamment à un début de transition appuyée par les militaires.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

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