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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 14:55

 

Liban: manifestation sans précédent contre la classe politique

Source : http://www.lexpress.fr

 

 

La Place des Martyrs, lieu emblématique de la capitale depuis la guerre civile qui a déchiré le pays de 1975 à 1990, était noire de monde et hérissée de drapeaux libanais.

Source : http://www.lexpress.fr

 

Liban: manifestation sans précédent contre la classe politique

Source : http://www.lexpress.fr

 

 

 

Source : http://www.liberation.fr

 

Liban: immense manifestation de défiance envers la classe politique

AFP (Mis à jour : )

 

 

La police libanaise marchent en tête du cortège de manifestants qui se dirige vers la place des Martyrs, le 29 août 2015 à Beyrouth

La police libanaise marchent en tête du cortège de manifestants qui se dirige vers la place des Martyrs, le 29 août 2015 à Beyrouth (Photo -. AFP)

 

Des dizaines de milliers de Libanais exprimaient samedi à Beyrouth leur rancoeur envers une classe politique jugée corrompue et incapable d’offrir les services de base, dans la plus grande manifestation jamais organisée par la société civile.

 

«Nous ne pouvons pas encore estimer le nombre de manifestants mais c’est sûrement plus que nous l’espérions», a déclaré à l’AFP un des organisateurs, Lucien Bourjeily. Un autre responsable Assaad Thebian avait auparavant tablé sur 50.000 personnes.

Dans une atmosphère détendue, la Place des Martyrs, lieu emblématique de la capitale depuis la guerre civile qui a déchiré le pays de 1975 à 1990, était noire de monde avec une foule de drapeaux rouge et vert du Liban.

«Que tombe le pouvoir des corrompus, à commencer par les députés», «Bye, bye aux corrompus», scandait notamment la foule, exprimant son rejet des politiciens, absents du rassemblement.

Des manifestants arboraient un tee-shirt blanc portant la mention «Vous puez», d’autres des drapeaux libanais sur lesquels on pouvait lire «On en a marre».

Pour éviter que se répètent les violences survenues lors des premières manifestations une semaine plus tôt et imputées à des «fauteurs de troubles», les organisateurs ont constitué un service d’ordre de 500 membres.

La police a de son côté accroché sur la place une banderole affirmant: «Nous sommes parmi vous, pour vous, pour vous protéger».

«C’est votre pays, c’est votre terre. Aucun de nous n’a ni eau, ni électricité. Prenez la rue, pour vos enfants, pour votre pays», avait lancé M. Thebian avant la manifestation.

Organisée par le collectif «Vous puez», la campagne de protestations a commencé avec la crise des ordures provoquée à la mi-juillet par la fermeture de la plus grande décharge du Liban et l’amoncellement des déchets dans les rues.

Mais cette mobilisation illustre surtout le ras-le-bol d’une population contre la corruption endémique, le dysfonctionnement de l’État et la paralysie des institutions politiques.

Vingt-cinq ans après la fin de la guerre, l’électricité est rationnée et chaque été l’eau vient à manquer dans de nombreuses régions à cause du manque de barrages alors que le Liban est le pays le plus arrosé du Moyen-Orient.

 

- 'Tous sans exception' -

 

«Le mot d’ordre de la manifestation sera 'tous sans exception', car nous sommes contre toute la classe politique», avait déclaré avant le rassemblement Lucien Bourjeily.

Les responsables ont détaillé leurs exigences: démission du ministre de l’Environnement Mohammad Machnouk, transfert de la collecte des déchets aux municipalités, jugement des auteurs des violences du weekend dernier dont le ministre de l’Intérieur Nohad Machnouk et tenue d’élections législatives et présidentielles.

«Nous donnons au gouvernement 72 heures. Mardi soir, si nos demandes ne sont pas satisfaites, nous irons vers l’escalade», a affirmé à la foule un des organisateurs, sans dire à quoi il faisait allusion.

Depuis le dernier scrutin de 2009, le Parlement a prolongé à deux reprises son mandat et les députés se sont montrés incapables d’élire un président de la République, poste vacant depuis mai 2014.

«Nous n’aimons pas les manifestations mais vous nous avez étouffés et nos enfants méritent mieux. Aujourd’hui, nous avons brisé les barrières confessionnelles et c’est un tournant essentiel», a martelé une femme du haut d’une tribune.

 

- Sans précédent -

 

Un groupe qui s’est intitulé «Le peuple veut» réclame «des hôpitaux, de l’électricité, une solution pour les ordures et la chute du régime confessionnel».

Dans ce pays profondément divisé où le système politique est basé sur une répartition confessionnelle des postes, le caractère unitaire de cette manifestation en fait un rassemblement sans précédent, d’ailleurs diffusé par les chaînes de télévision de tous bords.

Pour le célèbre chanteur Ghassan Saliba, «ce qui se passe aujourd’hui est totalement inédit». «Dans le passé c’était un dirigeant politique qui appelait à manifester. Aujourd’hui, ce sont les Libanais de toutes les confessions qui descendent car tout le monde a mal».

Des analystes ont souligné cette fracture entre la population et ses dirigeants.

«Ce qui se passe aujourd’hui est différent de tout ce que nous avons vu. Ce mouvement n’est lié à aucun mouvement politique. On n’avait jamais vu ceci dans le passé. Le mouvement a été capable d’unifier les gens dégoûtés par les politiciens», note Jad Chaaban, professeur d’économie à l’Université américaine de Beyrouth.

 
 
 
 
 
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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 14:38

 

Source : http://www.lexpress.fr

 

Japon: des dizaines de milliers de manifestants pacifistes à Tokyo

 

Par LEXPRESS.fr avec AFP , publié le , mis à jour à

 

 

 

 

Manifestation devant le Parlement japonais pour protester contre les lois militaires voulues par le Premier ministre Shinzo Abe, le 30 août 2015 à Tokyo

Manifestation devant le Parlement japonais pour protester contre les lois militaires voulues par le Premier ministre Shinzo Abe, le 30 août 2015 à Tokyo

afp.com/TORU YAMANAKA

 

Quelque 120 000 manifestants sont descendus dans la rue, à Tokyo notamment, pour protester contre les lois de remilitarisation de l'armée japonaise et le Premier ministre Shinzo Abe.

 

Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant le Parlement, ce dimanche à Tokyo, pour protester contre de nouvelles lois visant à élargir les prérogatives de l'armée japonaise. Ils témoignent d'une mobilisation grandissante dans le pays, alors que le chef du gouvernement conservateur, Shinzo Abe, et son Parti libéral démocrate (PLD) espèrent faire adopter ces lois au cours de la session parlementaire qui se termine fin septembre. 

 

"Non à la guerre"

 

Malgré un temps pluvieux, les manifestants s'étaient déplacés nombreux, brandissant des pancartes disant "oui à la paix, non à la guerre". Dans la foule, une immense banderole ornée de ballons de couleur blanche et noire, réclamait la démission du Premier ministre. 

 
 

Aux côtés des membres de l'opposition, dont le dirigeant du Parti démocrate du Japon (PDJ), Katsuya Okada, avaient pris place des étudiants - certains ont même entamé jeudi une grève de la faim - de jeunes parents, des seniors, mais aussi des artistes tels que le compositeur Ryuichi Sakamoto. 

A travers cette réforme, le gouvernement souhaite étendre à un théâtre de conflit extérieur la notion de défense des intérêts du pays, au lieu de la cantonner au seul territoire national. L'armée japonaise aurait ainsi la possibilité d'épauler à l'extérieur un allié en difficulté, en premier lieu les Etats-Unis, dans le cadre d'un schéma dit de "défense collective", même si le Japon n'est pas directement menacé. 

 

120 000 à Tokyo

 

Mais cette extension des prérogatives des Forces d'autodéfense nippones fait craindre aux Japonais de voir leur pays pris au piège dans un conflit lointain. Au fil des décennies, ils sont devenus très attachés au pacifisme inscrit dans l'article 9 de la Constitution. 

Ils étaient 120 000 dans la rue à Tokyo, selon les organisateurs, 30 000 selon la police, tandis que d'autres actions de protestation avaient lieu à travers le Japon. A Nagoya, un groupe de mères avait improvisé un rassemblement près de la gare, scandant "Protégez nos enfants!". 

Pour Shinzo Abe et ses partisans, ces lois - salués par les Etats-Unis - sont nécessaires face à une Chine qui monte en puissance et une Corée du Nord imprévisible. 

 

 

 

Source : http://www.lexpress.fr

 

 

 

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 14:07

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Insurrection citoyenne en Irak contre un pouvoir corrompu

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

Malgré la guerre qui s’enlise contre l’organisation de l’Etat islamique (OEI), malgré les tensions attisées pour diviser sunnites, chiites et Kurdes, un mouvement citoyen voit le jour en Irak pour en finir avec un pouvoir corrompu et confessionnel. Il exprime, de manière fragile, une volonté de reconstruire une nation irakienne indépendante, loin des ingérences étrangères, y compris celles de l’Iran.

 

« Cette révolution, on pourrait l’appeler la révolution du thermomètre », ironise Faysal, 38 ans, l’un des tout premiers manifestants de la place Tahrir à Bagdad. Faysal aime se présenter comme laïque et libéral, un courant selon lui majoritaire chez les manifestants de la place Tahrir. « Ici, il n’y a que des jeunes qui ne veulent pas du mélange entre la religion et la politique et des personnes plus âgées qui ont milité à gauche durant des années », explique-t-il. « Dans le sud à Nadjaf et à Bassora, c’est différent, ils sont plus à l’écoute des partis religieux, mais ce qui nous rassemble tous, laïques, religieux, apolitiques, c’est non seulement la lutte contre la corruption et contre les défaillances des services publics mais surtout un besoin de changement de système. » « La chaleur a eu du bon en Irak, elle a montré que la société civile irakienne est encore là. On ne parle plus de l’organisation de l’Etat islamique mais du peuple irakien », se réjouit Mazen, 25 ans, lui aussi venu manifester sur la place Tahrir.

Le rassemblement, spontané, a été provoqué par une vague de chaleur insupportable, sans l’électricité que les gouvernements irakiens successifs depuis 2003 avaient promis de rétablir. Or, 12 ans après l’invasion américaine, il n’y a en moyenne que trois heures d’électricité par jour, « sauf chez les ministres », note Mazen. Commerçant dans le quartier central de Karrada, il a fermé boutique pour aller scander des slogans comme « Non aux voleurs, non au gouvernement, oui à l’Irak ».

Sous la pression de la rue, le premier ministre actuel Haïder al-Abadi a proposé des réformes sans précédent. À commencer par la suppression des postes inutiles et de la gabegie de l’Etat. Il s’attelle ainsi à remplacer de hauts fonctionnaires de l’administration centrale et des provinces, tout en « oubliant » volontairement les quotas confessionnels et partisans usuels. La compétence sera désormais mise en avant.

La suite à lire sur Orient XXI

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 15:52

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Etats "rebelles" 1/4

L'Islande: une sortie de crise sans douleur

 
 
"There's no alternative" disait Margaret Thatcher, alors dame de fer du Royaume-Uni. Pourtant certains pays ont essayé et parfois réussi à imposer un autre modèle que le tout-libéralisme. Cette semaine Marianne propose un tour du monde de ceux qui ont essayé une autre voie. Aujourd'hui l'Islande, un modèle de sortie de crise sans austérité.
 
Manifestation d'islandais en 2009 contre la renflouement des banques. Brynjar Gauti/AP/SIPA
 

C’est une réalité que les technocrates et économistes européens préféreraient sans doute ne pas voir. Une épine de plus dans le pied des tenants du tout austéritaire, des adeptes de la disparition des prérogatives de l’Etat providence et des garants du sacro-saint ordolibéralisme. L’Islande, petit état insulaire situé entre la Norvège et le Groenland, prouve par sa réussite économique et sa sortie de crise, que d’autres choix sont possibles. Il n’y a peut-être que le FMI pour se réjouir d’un tel succès, lui, qui depuis quelques années, poussé par son collège d’experts "hétérodoxes" et par le constat des dégâts économiques et sociaux causés par les cures d’austérité imposées à travers le monde et leur efficacité toute relative, n’hésite plus parfois à reconnaître ses erreurs et à proposer des solutions – comme la restructuration à hauteur de 30 % de la dette grecque- qui viennent rompre avec les dogmes de l’orthodoxie économique.

Avec une croissance de 2,7 % en 2015, un chômage passé sous la barre des 5 % depuis 2013 et une inflation ramenée de 13 % en 2008 à 0,8 % en 2015 (bien en deçà des prévisions de 2,5 % de la banque centrale islandaise), le voisin nordique a de quoi faire des envieux. Et pourtant, nulle trace de son évocation dans les récents débats européens qui ont agité les experts et négociateurs en tous genres, lors de la séquence grecque. Cette absence n’est pas un hasard, loin de là même, comme nous le confiait un économiste de Bercy : « L’exemple islandais est tout ce qu’ils redoutent. Que ce soit par les méthodes employées que par les résultats obtenus. Ils ont peur que la Grèce prenne le même chemin, qu’elle sorte de l’euro et se rétablisse vite », expliquait-il en pleine incertitude sur le sort de la Grèce alors que l’hypothèse de sa sortie était encore évoquée. L’Islande, auréolée de son succès, s’est même permis d’envoyer gentiment sur les roses l’Union européenne, en annonçant en mars dernier qu’elle retirait officiellement sa candidature d’entrée dans l’UE. Quelle insolence politique quand certains piaffent encore d'impatience pour y entrer... 

Que les plus craintifs se rassurent, le pays, sous le choc de la crise de 2008, n’a pas encore hissé le drapeau rouge sur Reykjavik, la capitale, ni collectivisé son économie. Elle n’a pas non plus échappé à la mise en place de certaines mesures sociales difficiles. Ni utopie, ni miracle. Les islandais ont simplement, comme l’écrivait le FMI dans un rapport de 2012 sur la situation économique du pays, « dévié de l’orthodoxie » pour tenter de trouver une alternative à la chape de plomb de l’austérité, renouant avec les méthodes de la social-démocratie à la mode scandinave.

 

Les excès de la financiarisation de l'économie

Depuis les années 2000, l’Islande s'était lancée tête baissée dans la financiarisation de son économie. Avec un secteur bancaire qui correspondait en 2008 à 10 fois le PIB du pays, porté par l’appétit démesuré des particuliers islandais pour les crédits, les banques de l’archipel, bien au-delà du raisonnable, multiplient les recours aux produits financiers les plus risqués dans une course folle au rendement à court terme. Résultat, lorsque le château de carte commence à s’effondrer outre-Atlantique, sous l’effet de la crise des subprimes, l’Islande se prend de plein fouet la crise financière puis économique. Le retour de bâton est particulièrement rude avec une chute de son PIB de 6,6 % en 2008 et une explosion du chômage qui passe de 1,6  à 8 % en quelques mois, l’Islande s’enfonce à vitesse grand V dans la récession. Victime de leurs excès et de leurs investissements hasardeux, les trois plus grosses banques islandaises (Glitnir, Landsbankinn et Kaupthing) s’effondrent.

Mais plutôt que de les renflouer à grand renfort de deniers publics, faisant ainsi passer, comme ce fût le cas en France, le fardeau sur les épaules des contribuables, le gouvernement islandais promulgue une loi d’urgence pour les nationaliser. Les transformant ainsi en banque de dépôts pour assurer les épargnes des islandais pour ensuite les recapitaliser laissant ainsi les activés de spéculations sur le bord de la route. Par la suite, deux des établissements sont revendus à des institutions financières européennes. Mais l’Etat, dans sa reprise en main de son économie, ne s’arrête pas en si bon chemin. Les islandais, forts consommateurs de crédit, se retrouvent vite acculés par des taux d’emprunt grimpant en flèche. Pour éviter d’assister à des scénarios à l’américaine, le gouvernement contraint les banques privées à abandonner toutes les créances à taux variable dépassant 110% de la valeur des biens immobiliers. Pan sur la dette ! Et en 2010, la Cour Suprême islandaise rend un jugement déclarant comme illégaux, tous les prêts indexés sur des devises étrangères octroyés à des particuliers obligeant les banques à s’asseoir ainsi sur leurs créances de ce type. Re pan ! Des prêts particulièrement « toxiques » que les collectivités locales françaises, sous les promesses de taux d’intérêts bas des VRP de Dexia, avaient massivement investi pour se retrouver, une fois la crise venue et sous l’effet de l’envolé des courts, complétement surendettées. Enfin, pour éviter une situation de bank run (fuite massive de capitaux) et une situation d’hyperinflation, le contrôle des capitaux est instauré.

 

Des coupes budgétaires sans austérité

Le dos au mur, l’archipel va aussi se tourner du côté du Fond monétaire international pour demander de l’aide. Mais, à l’inverse de l’habituel chantage du versement de milliards de dollars contre des plans d’austérité drastiques, l’Islande va minimiser l’impact des mesures sur son système social tout en procédant à des réformes structurelles.

Dans un rapport de 2012, le FMI tire un bilan de ces méthodes loin de l’« orthodoxie » économique et constate que si « les réductions de dépenses ont couvert toutes les catégories budgétaires, y compris la formation et la rémunération des salariés », l’Etat a aussi fait en sorte que « les prestations sociales soient préservées dans un objectif d'après-crise de maintenir les éléments clés de l'État-providence islandais » pour « protéger les groupes vulnérables en mettant en place des réductions de dépenses qui ne compromettent pas les prestations sociales et ciblant l'augmentation des recettes en mettant davantage du fardeau fiscal des groupes à revenu élevé ». Si l’Islande a bien connu une augmentation de sa fiscalité, elle s’est surtout concentrée sur les classes les plus aisées tout en gardant un niveau de protection sociale élevée. La durée d’indemnisation du chômage a même été rallongée d’une année. Autre élément rappelait le FMI, les programmes structurels de réduction des coûts ont été fait avec « la participation des partenaires sociaux à un stade précoce des négociations », ce qui a permis d’« aider à forger une plus large appropriation ». Des choix politiques qui, selon une étude de l’OCDE, place l’Islande en tête des pays sur le front de la lutte contre les inégalités de revenus disponibles. « S’agissant des autres pays, les pertes de revenu se sont ralenties en 2011 en Estonie, en Islande et au Mexique. Dans les pays ayant mis en place des mesures fiscales visant à réduire le poids des impôts pour les ménages les plus pauvres, notamment l’Islande, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande et le Portugal, le revenu des 10 % les plus pauvres a moins diminué que celui des plus riches depuis les toutes dernières années », explique ainsi le rapport.

Il faut ajouter à cela le travail de « purge » du secteur financier, résultat du travail de la commission mise en place en 2009 qui a pour objectif de chercher et d’amener devant la justice ceux qui ont eu un rôle actif dans la crise financière qui a touché le pays. Trois anciens dirigeants de la banque Kaupthing ont ainsi été condamnés en 2013. 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 20:54

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Emancipation

En Syrie, une expérience de démocratie directe, égalitaire et multiconfessionnelle tient tête à l’Etat islamique

par

Les médias occidentaux relaient abondamment les décapitations, les appels au meurtre et les exactions perpétrés par Daech, le pseudo « Etat islamique ». Pourtant, face à cette barbarie, les populations kurdes, arabes ou yézidis de la région de Rojava, au nord de la Syrie, mettent en oeuvre un autre modèle de société, émancipateur, égalitaire, multiconfessionnel, et très démocratique. Une expérience qui pourrait même servir d’inspiration pour ramener la paix dans la région. En attendant, les Kurdes et leurs voisins combattent pour défendre cette utopie concrète, sans véritable soutien international. Entretien avec des chercheurs et activistes qui en reviennent.

Photo : © Michalis Karagiannis

 

Les raisons d’espérer sont rares en provenance de Syrie. Mais en janvier 2015, le monde découvre, ébahi, les images de femmes kurdes en treillis qui participent à la résistance puis à la libération de la ville syrienne de Kobané. Un mouvement démocratique et anti-patriarcal vient de défaire les forces ultra-réactionnaires de l’État islamique, victorieuses ailleurs. Deux modèles de société radicalement différents se font face. Car le Kurdistan syrien fait l’expérience depuis 2011 d’une révolution démocratique inédite.

Assez vite débarrassé des forces du régime de Bachar el-Assad, le mouvement de libération kurde y a développé une organisation politique basée sur la démocratie directe, l’organisation en communes et la libération des femmes. Malgré la guerre, les attaques de l’État islamique (EI), l’embargo turc, sur fond d’indifférence de la communauté internationale, la région poursuit la mise en pratique de ce confédéralisme démocratique, un modèle de société multiconfessionnelle et multi-ethnique, sans État, pour l’émancipation de tous. Entretien avec Ercan Ayboğa et Michael Knapp, co-auteurs de Revolution in Rojava, ouvrage d’enquête militante sur cette révolution en cours au milieu du chaos syrien.

Basta ! : Ce qui se passe depuis 2011 dans la région syrienne de Rojava (au nord de la Syrie, à la frontière avec la Turquie), représente-t-il le contre-modèle absolu de la violence de l’État islamique ?

Ercan Ayboğa [1] : L’État islamique représente la ligne la plus réactionnaire qui existe aujourd’hui et en Syrie et au Moyen Orient, plus réactionnaire encore qu’Al-Qaïda, et le pôle le plus opposé au mouvement de Rojava. Il y a d’un côté le modèle de société de Rojava, une démarche démocratique et émancipatrice, et de l’autre, l’EI, extrêmement réactionnaire, hiérarchique, misogyne, absolument anti-démocratique, violent, et qui exploite les populations.

Michael Knapp : Rojava ressemble évidemment à une antithèse de l’EI. Mais c’est beaucoup plus profond. L’EI est aussi l’expression du jeu des forces présentes au Moyen Orient. Rétrospectivement, vu de l’Occident, on peut avoir l’impression que le mouvement de Rojava est né en opposition à l’EI. Mais en fait, c’est plutôt l’EI qui a été renforcé par des puissances comme la Turquie, entre autres pour détruire ce projet de Rojava.

Comment le projet démocratique du mouvement kurde s’est-il mis en place en Syrie, malgré la guerre civile ? Un compromis a-t-il dû être passé avec le régime de Bachar el-Assad ?

Michael Knapp : Quand la guerre civile a commencé en Syrie, le mouvement kurde n’a pas voulu s’allier à l’opposition. Il soutenait bien évidemment l’opposition démocratique, celle qui misait sur une sortie de crise politique et pas sur une escalade de la violence. Mais il voyait aussi que les forces d’opposition étaient soutenues par la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar et les pays occidentaux. C’est pour ça que le mouvement kurde a décidé de prendre une troisième voie.

Du point de vue militaire, les forces combattantes d’autodéfense kurdes sont allées encercler les casernes du régime et leur ont dit : soit vous partez, soit on vous combat. Souvent, les soldats du régime se sont retirés relativement pacifiquement, pensant que les forces kurdes n’allaient pas combattre aux côtés de l’Armée syrienne libre. Le régime a donc préféré poster ses soldats ailleurs. Même s’il y a eu des combats autour des puits de pétrole. C’est dans ce vacuum que le modèle de Rojava a pu prendre naissance.

Les membres de la coalition nationale syrienne et de l’armée syrienne libre reprochent parfois aux structures d’auto-organisation de la région de collaborer avec le régime. Mais il faut comprendre que le mouvement kurde suit un principe d’autodéfense légitime et de primat de la politique civile. Cela veut dire qu’aussi longtemps qu’on n’est pas attaqué, il faut tout résoudre politiquement. C’est aussi la politique suivie par la guérilla du Nord-Kurdistan (Kurdistan turc).

Comment s’organise maintenant la vie politique dans la région ?

Michael Knapp : C’est complexe et dynamique à la fois. L’organisation s’adapte aux besoins. Les assemblées des conseils sont le moteur de tout. Il y a plusieurs niveaux de conseils : de rue, de quartier, de la ville… Chaque niveau envoie ensuite des représentants dans les structures du niveau supérieur : des conseils de rue aux conseil de quartiers, des conseils de quartiers aux conseils des villes, puis vers les conseils des cantons et jusqu’au conseil populaire de Rojava. Les communautés s’organisent aussi en commissions à ces différentes niveaux, pour la sécurité, l’économie, la justice…

Les commissions forment comme des ministères au niveau de la région. Les conseils sont toujours doubles, avec un conseil mixte et un conseil des femmes. Le conseil des femmes a droit de veto. Et dans tous les conseils mixtes, il y a une règle de parité, un quota de 40 % au moins pour chaque genre, et le principe d’une double direction, élue, avec une femme et un homme. Si dans une ville, il y a une communauté yézidie ou des communautés arabes, par exemple, ils ont aussi droit à une co-présidence dans les conseils. On a donc souvent une présidence de conseil triple voire quadruple.

Parallèlement aux conseils, il existe un parlement, parce qu’il y a encore des gens qui sont membres de partis et qui doivent aussi pouvoir s’organiser et être représentés. Dans ce parlement, il y a les partis, mais une partie des sièges sont réservés à des organisations de la société civile, associations de défense des droits de l’homme, de la communauté yézidie… Malheureusement, il n’a pas encore été possible de tenir des élections au niveau de toute la région pour désigner par le vote les membres de ce Parlement, à cause de la guerre.

D’où vient ce modèle de l’auto-organisation et de confédération démocratique ?

Ercan Ayboğa : Des structures d’auto-organisation communalistes sont nées au Nord-Kurdistan, en Turquie, en 2007-2008. Ces expériences se sont ensuite transmises à Rojava à partir de 2011. Le projet de confédération lui-même vient du KCK (Union des communautés du Kurdistan), une branche du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) créée en 2005. L’idée était de démocratiser le mouvement de libération kurde, de s’éloigner d’une structure de parti pour aller vers un mouvement porté par la société toute entière. Le mouvement a profité des héritages historiques comme la Commune de Paris (1871), mais surtout du mouvement zapatiste au Mexique. Avant, le PKK avait une démarche marxiste-léniniste. Le parti a lancé des discussions sur le « confédéralisme » démocratique au début des années 2000.

L’écologie joue-t-elle un rôle dans ce mouvement ?

Michael Knapp : L’écologie en est un point central. Pour développer le projet du confédéralisme démocratique, Öcalan (le leader du PKK, emprisonné en Turquie depuis 1999) s’est saisi du principe de l’écologie sociale du militant américain Murray Bookchin. Avec l’idée que le capitalisme est un système qui conduit à la destruction de la planète, et qu’il faut donc construire une économie basée sur une production régionale, écologique et décentralisée.

Quelles sont les structures d’émancipation des femmes à Rojava, à côté des conseils de femmes et des brigades féminines des forces d’auto-défense ?

Ercan Ayboğa : Dans chaque ville, il y a une maison des femmes. C’est un centre politique, mais aussi un centre de conseil, avec des séminaires, des cours, du soutien. Il y a aussi de nombreuses coopératives de femmes, des boulangeries, des coopératives textiles, de produits laitiers…

Michael Knapp : Le mouvement de libération des femmes profite aussi aux autres communautés, par exemple aux communautés suryoyes (chrétiens) et arabes. Sur la zone près de la frontière irakienne, il y avait des groupes arabes très conservateurs mais qui sont entrés en conflit avec l’EI et ont demandé aux unités kurdes des les aider à s’en libérer. Du coup, beaucoup se sont joints au mouvement. J’ai vu des unités de formations de ces hommes. Il ne s’agissait pas seulement de savoir-faire militaire, mais aussi de discussions sur les droits des femmes et sur la démocratie directe.

Nous avons aussi rencontré des jeunes femmes des communautés arabes qui ont rallié les forces combattantes d’autodéfense [2]. Elles nous ont dit qu’il y a deux ans, elles ne sortaient pas de leur maison, et maintenant, elles protègent la frontière les armes à la main. Ce modèle de confédéralisme démocratique n’est pas identitaire. C’est pour ça qu’on peut espérer qu’à plus grande échelle, il puisse aussi représenter un modèle de résolution des conflits ailleurs au Moyen Orient.

Comment s’organise l’économie ?

Michael Knapp : C’est très difficile notamment à cause de l’embargo imposé par la Turquie. Dans le canton de Jazirah par exemple [La région de Rojava a été découpée en trois cantons : Kobané, Jazirah et Afrin, ndlr] il y a, comme ressources, du pétrole et des céréales. Mais il n’y a pas de raffinerie et presque pas de moulins. Nous avons vu des silos assez pleins pour nourrir toute la Syrie pendant dix ans. Mais les céréales ne peuvent pas être transformés sur place. Une économie collectivisée se développe pourtant, avec des coopératives, qui raffinent, comme elles peuvent, le pétrole, des coopératives agricoles…

Ercan Ayboğa : Les coopératives jouent un rôle toujours plus important à Rojava. Elles sont soutenues par les conseils. Mais l’économie privée est aussi possible, ce n’est pas interdit.

Le mouvement reçoit-il des soutiens de l’étranger, du Kurdistan turc, irakien, ou de la communauté internationale ?

Ercan Ayboğa : Il y a quelques médicaments et des outils qui arrivent du Nord-Kurdistan, en Turquie. Mais la Turquie ne laisse passer que peu de choses. Le soutien du Nord-Kurdistan reste néanmoins très important. Les administrations auto-organisées du Nord-Kurdistan soutiennent vraiment Rojava. La ville de Diyarbakir a par exemple envoyé à Kobané des machines de construction, des ingénieurs, un soutien technique. Mais pas officiellement. Sinon, de l’aide arrive d’ailleurs, d’ONG, mais c’est très peu. La communauté internationale dit qu’elle a besoin de l’autorisation du gouvernement syrien pour envoyer de l’aide vers Rojava. Mais les gens à Rojava attendent évidemment plus de soutien international parce qu’ils considèrent qu’ils combattent pour l’ensemble du monde démocratique.

Michael Knapp : Rojava n’a presque pas de moyens financiers, et ne reçoit pas d’aide humanitaire. La communauté internationale dit que le problème, c’est que ce n’est pas un État. Manifestement, aux yeux de la communauté internationale, le système d’auto-organisation de Rojava n’a pas à être soutenu.

Pourtant, les forces combattantes kurdes d’autodéfense ont à leur actifs plusieurs succès militaires contre le pseudo État islamique...

Michael Knapp : Dans ces forces d’autodéfense, les gens combattent pour survivre, pour des convictions, et pour un projet de société. Certains ont longtemps combattu au Nord-Kurdistan auparavant. Ils ont déjà beaucoup d’expérience militaire. Mais leur armement est vraiment modeste, en comparaison à celui de l’EI par exemple.

Recueilli par Rachel Knaebel

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 13:01

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Pérou

Grève générale, assassinats et état d’urgence autour d’un projet minier géant

par

 

 

Sept morts, et des centaines de blessés : c’est le bilan – provisoire – du violent conflit généré par un méga-projet de mine de cuivre au sud du Pérou, qui allonge la liste macabre des militants écologistes assassinés. Mené par la southern Peru copper corporation (SCC), filiale péruvienne du géant mexicain Grupo México, le projet devrait se concrétiser d’ici 2017. Objectif : extraire 120 000 tonnes de cuivre chaque année.

Accordée à l’entreprise pour une durée de 18 ans, la concession devrait rapporter au Pérou plus de 600 millions d’euros d’exportations minières, et créer 3 500 emplois. Autant de promesses qui font rêver le gouvernement, mais pas les habitants de la région qui verra bientôt débarquer bulldozers et foreuses. Le projet minier se trouve dans une riche zone agricole, qui alimente en grande partie le sud du pays. Pommes de terre, riz, oignons, maïs, ail risquent fort d’être contaminés par les poussières venues de la mine, chargées en divers produits chimiques. La méthode utilisée pour obtenir le minerai demande en plus d’énormes quantités d’eau.

 

État d’urgence et suspension des libertés

Lancé en 2009, le projet a immédiatement été critiqué par les populations qui estimaient que les garanties de protection de l’environnement n’étaient pas suffisantes. Suspendu pendant un temps, le projet a été relancé en août 2014, suite à une nouvelle évaluation environnementale remise par l’entreprise, mais toujours contestée par les citoyens. Depuis la fin du mois de mars 2015, la violence est montée d’un cran entre les forces de l’ordre et les habitants de la région. Plusieurs opposants ont été tués. Le président péruvien Ollanta Humala a déclaré l’état d’urgence pour une durée de 60 jours, ce qui suspend les garanties constitutionnelles concernant la liberté et la sécurité des personnes, ainsi que la liberté de réunion et de circulation dans le territoire. L’ancien militaire a déjà eu recours à l’état d’urgence en 2011 puis en 2012, pour faire cesser des conflits miniers.

Principal moteur économique du pays, le secteur des mines est choyé par l’État, qui y voit une garantie de croissance et de développement. Le Pérou est le second producteur mondial de cuivre, et le cinquième producteur mondial d’or. Mais la société civile péruvienne dénonce la répression de la contestation et un usage disproportionné de la force. Début juin, des manifestations de soutien aux opposants au projet de méga-mine de cuivre ont eu lieu partout dans le pays. Une grève générale a été lancée dans plusieurs départements.

 

« Terroristes anti-miniers »

« Ce n’est pas une dictature mais une démocratie avec une croissance très forte, et ceux qui ne sont pas d’accord avec ce développement minier sont considérés comme des criminels. D’ailleurs une nouvelle terminologie a été inventée : celle de "terroristes anti-miniers" », énonce Rocío Silva Santisteban, coordinatrice nationale des droits de l’homme au Pérou [1]. En avril 2014, on dénombrait près de 140 conflits socio-environnementaux au Pérou, dont près de 70% étaient liés avec l’extraction minière.

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 16:10

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Autonomie

Comment les Cubains ont converti leur île à l’agriculture biologique

par

 

 

 

 

Les écologistes du monde en entier en rêvent, les Cubains l’ont réalisé. Depuis plus de vingt ans, l’île s’est convertie à l’agriculture biologique. Elle compte aujourd’hui 400 000 exploitations agricoles urbaines qui produisent 1,5 millions de tonnes de légumes, sans pesticides et sans engrais chimiques. Un effet secondaire de l’embargo états-unien et de l’isolement de Cuba suite à l’effondrement du grand frère soviétique. Mais une success story quand même : cette reconversion spontanée et improvisée génère des emplois, protège l’environnement et améliore la sécurité alimentaire de l’île.

1989. Chute du Mur de Berlin. Deux ans plus tard, effondrement du bloc soviétique. Cuba perd alors son principal fournisseur de pétrole, de matériel agricole, d’engrais chimiques et autres pesticides. Avec la disparition de l’URSS et des anciens pays de l’Est, qui achetaient ses produits à prix constants, l’île perd aussi des marchés juteux, notamment celui du sucre, dont elle exportait 85% de sa production. Tous les ingrédients sont réunis pour que le pays plonge dans le chaos. D’autant que le blocus américain se resserre. Pour Cuba, c’est le début d’une nouvelle ère, de cette « période spéciale en temps de paix  » annoncée en 1992 par Fidel Castro et qui durera cinq ans, autrement dit une période de grave crise économique : le produit intérieur brut (PIB) chute de 35 %, le commerce extérieur de 75%, le pouvoir d’achat de 50% et la population souffre de malnutrition.

Nécessité fait loi. Afin de satisfaire ses besoins alimentaires, la population se lance dans la culture de fruits et légumes. « Les Cubains avaient faim, explique Nils Aguilar, réalisateur du film Cultures en transition. Ce sont eux qui ont fait les premiers pas en occupant les terres dans un mouvement spontané. » Des milliers de jardins, « organoponicos », fleurissent sur des petits lopins de terre, sur les terrasses, entre les maisons, sur d’anciennes décharges, au milieu des terrains vagues, bref dans le moindre interstice laissé vacant. Outre la culture, on y pratique souvent l’élevage de petits animaux : poules, lapins, canards, cochons. « Les principaux acteurs du mouvement agro-écologique, ce sont les paysans eux-mêmes, affirme Dorian Felix, agronome, spécialisé dans l’agroécologie tropicale, en mission à Cuba pour l’association Terre et Humanisme. Ils ont expérimenté ces pratiques, les ont validées et diffusées. Leur mobilisation et celle de la société civile tout entière a été, et reste, très importante. »

 

Le boom de l’agriculture urbaine

Dans la foulée, le gouvernement entame une transition forcée. Produire de la nourriture devient une question de sécurité nationale. A partir des années 1990, l’accent est mis sur la production locale, à partir de ressources locales, pour la consommation locale. L’État distribue des terrains à qui veut les cultiver et développe une agriculture vivrière et biologique de proximité : sans pétrole pour faire fonctionner les tracteurs, on recourt à la traction animale ; sans engrais chimiques ni pesticides, on redécouvre le compost, les insecticides naturels et la lutte biologique.

« C’est une véritable révolution verte, confirme Nils Aguilar. Dans ce pays, tout le monde est impliqué, j’ai eu la surprise d’entendre un chauffeur de taxi me vanter les prouesses de l’agroécologie ! Cuba développe une agriculture post-industrielle et prouve que ces techniques peuvent nourrir les populations. » Aujourd’hui, la main-d’œuvre agricole a été multipliée par dix. D’anciens militaires, fonctionnaires et employés se sont convertis ou reconvertis à l’agriculture, car nombre d’entre eux avaient été paysans auparavant. Chaque école cultive son potager, les administrations ont leur propre jardin, fournissant les légumes aux cantines des employés.

Phénomène sans précédent, l’agriculture urbaine s’est développée comme nulle part ailleurs dans le monde. L’île compte près de 400 000 exploitations agricoles urbaines, qui couvrent quelque 70 000 hectares de terres jusqu’alors inutilisées et produisent plus de 1,5 millions de tonnes de légumes. La Havane est à même de fournir 50% de fruits et légumes bios à ses 2 200 000 habitants, le reste étant assuré par les coopératives de la périphérie.

 

Révolution verte dans les Caraïbes

En 1994, les fermes d’État productivistes sont progressivement transformées en coopératives pour fournir en aliments les hôpitaux, écoles, jardins d’enfants. Quant au reliquat de la production, il est vendu librement sur les marchés. Universitaires, chercheurs, agronomes sont mis à contribution pour diffuser les techniques de l’agroécologie. Un réseau de boutiques vend semences et outils de jardinage à bas prix, prodiguant également aux clients des conseils d’experts. Et dans toutes les villes du pays, on enseigne l’agriculture biologique par la pratique, sur le terrain. Bien plus qu’un simple transfert de connaissances technologiques, il s’agit de « produire en apprenant, d’enseigner en produisant et d’apprendre en enseignant ».

L’impact de cette révolution verte est multiple : réduction de la contamination des sols, de l’air et de l’eau, recyclage des déchets, augmentation de la biodiversité, diversification des productions, amélioration de la sécurité alimentaire, du niveau de vie et de la santé, création d’emplois – notamment pour les femmes, les jeunes et les retraités. C’est aussi une politique moins centralisée qui s’est mise en place, donnant davantage de marge de manœuvre aux initiatives individuelles et collectives autogérées. Le mot d’ordre dominant : « Décentraliser sans perdre le contrôle, centraliser sans tuer l’initiative. » Dans les villes, ce principe a permis de promouvoir la production dans le quartier, par le quartier, pour le quartier, en encourageant la participation de milliers de personnes désireuses de rejoindre l’initiative.

 

Vers l’autonomie alimentaire

Aujourd’hui, Cuba produit pour sa consommation plus de 70% de fruits et légumes, ce qui ne lui garantit pas une totale autonomie alimentaire, dans la mesure où elle dépend encore des importations de riz et de viande, notamment. Mais, selon les critères de l’ONU, « le pays a un indice de développement humain élevé et une faible empreinte écologique sur la planète ». Si demain les importations de nourriture devaient s’arrêter, les habitants seraient beaucoup moins en péril que ceux d’un pays comme la France, qui dispose seulement de quelques jours de réserves dans ses supermarchés (d’après le Ceser – Conseil économique, social et environnemental Ile-de-France -, la région dispose de quatre jours de réserves alimentaires).

Il aura fallu une crise pour que Cuba découvre les vertus de l’agroécologie, de la permaculture, de l’agroforesterie ou encore du sylvopastoralisme. L’île a-t-elle réussi pour autant sa transition énergétique ? En partie seulement. La consommation de pétrole a redémarré en 1993 grâce à (ou à cause de ?) la production nationale et à l’aide du Venezuela qui lui fournit près de 110 000 barils de pétrole par jour. Mais on peut parier que le pays ne pourra plus faire machine arrière. Car au-delà de la révolution agricole, les initiatives individuelles et collectives ont prouvé que les Cubains pouvaient prendre en main leur destin. Une véritable révolution culturelle !

Frédérique Basset

Cet article a initialement été publié dans le numéro 11 du magazine Kaizen, partenaire média de Basta !

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 15:17

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

En Californie, touche pas à mon eau

|  Par Iris Deroeux

 

 

La Californie est à sec mais aussi à cran depuis que le gouverneur de l’État a fixé un objectif de réduction de la consommation d’eau de 25 %. Citoyens accrochés à leurs piscines, agriculteurs paniqués à l’idée de produire moins, écologistes inquiets… Tout le monde se renvoie la balle et en attendant, la consommation d’eau reste beaucoup trop élevée.

 

De notre correspondante aux Etats-Unis.- Tout a commencé avec une mise en scène parfaite : le gouverneur démocrate de Californie expliquant depuis une station de ski réputée, au nord de San Francisco, que non, définitivement non, on ne pouvait plus continuer ainsi. À l’endroit précis où Jerry Brown donnait sa conférence de presse, début avril, la neige aurait dû atteindre au moins un mètre, voire beaucoup plus. Sauf qu’il avait les pieds parfaitement au sec, sur une herbe brune. L’image devait frapper les esprits et mieux faire passer la pilule : Jerry Brown annonçait à ses concitoyens qu’il leur imposait un objectif ambitieux, celui de réduire de 25 % leur consommation d’eau dans les neuf mois à venir afin de faire face à la sévère sécheresse frappant l’État depuis 2011. Ce rationnement, ne concernant pas le secteur agricole, serait orchestré par les quelque 400 agences en charge de l’approvisionnement en eau des villes californiennes. Il viendrait s’ajouter à d’autres restrictions datant de janvier 2014, lorsque l’État d’urgence a été déclaré par le gouverneur, ainsi qu’à un rationnement de l’eau imposé aux fermiers par les autorités fédérales.

Mais début mai, le résultat n’est pas glorieux. Les Californiens n’ont réduit leur consommation d’eau que de 3,6 % par rapport au mois de mars 2014, selon les derniers chiffres publiés par le State Water Ressources Control Board, le bureau en charge des ressources en eau de l’État. Et sur le terrain, quand ce n’est pas du désintérêt, ce qu’on observe ressemble à un mélange de mauvaise foi, de peur panique à l’idée de devoir changer son mode de vie, et de colère. Le voisin est toujours plus fautif ; l’État en demande trop. Un autre argument souvent entendu est que les Californiens ne devraient être les seuls à fournir de tels efforts puisque les trésors de la Californie profitent à tous, aux États-Unis et ailleurs, que ce soit ses zones touristiques, son agriculture, son eau…

 

Dans la Central Valley.
Dans la Central Valley. © I.D

 

L’État est en effet très riche, c’est le plus riche des États-Unis. Si la Californie était un pays, ce serait ainsi la 7e puissance économique mondiale. C’est aussi le plus peuplé : il compte aujourd’hui 38,8 millions d’habitants, contre moins de 16 millions dans les années 1960. D’où cette question, qui se pose de manière de plus en plus pressante : à quel prix la Californie peut-elle continuer à se développer ainsi ?

« Il est temps de reconnaître que la Californie est dans une situation de pénurie permanente : même dans une année de précipitation "normale", la demande en eau est plus importante que ce que la nature fournit, ce qui mène à des conflits politiques grandissants, une surexploitation des nappes phréatiques insoutenables, la destruction des rivières, ruisseaux et marais de l’État. Le changement climatique causé par l’activité humaine ne fait qu’empirer ce mélange », résume ainsi le scientifique Peter Gleick, spécialiste des questions environnementales, dans un post de blog (à lire ici). En effet, si cette sécheresse n’est pas la première à frapper l’État, il y a cette fois-ci des facteurs aggravants : la Californie est toujours plus peuplée, et l’impact du changement climatique sur les réserves en eau est de plus en plus indéniable.

Ces réserves proviennent de deux sources principales : des eaux de surface d’une part, comme la couverture neigeuse des montagnes et les cours d’eau ; et celle pompée dans les nappes phréatiques d’autre part. « 70 % de l’eau consommée dans l’État est puisée dans des réservoirs alimentés par l’eau de la Sierra Nevada, au nord, et par des rivières. Cette eau est acheminée du nord vers le sud de l’État via un système de canaux, de barrages et d’aqueducs », nous explique David Sedlak, du Centre d’étude de l’eau de l’université de Berkeley. Il précise que ces infrastructures n’ont pas été modernisées depuis des décennies : la gestion des ressources n’est donc plus optimale et l’édifice devient si fragile que l’approvisionnement en eau du sud de l’État pourrait être menacé.

« Les 30 % restants sont puisés dans les nappes phréatiques », poursuit le chercheur. Et ceux qui possèdent un puits peuvent pomper cette eau sans limite à défaut d’une législation claire en la matière. Ce flou juridique est en train de devenir un autre sujet majeur de tensions. S'ajoute à cette équation « le fait que l’eau est historiquement peu chère aux États-Unis, bien moins chère qu’en Europe. Ce qui pousse les Américains à en consommer plus ».

 

Un golf à Palm Springs, dans le désert.
Un golf à Palm Springs, dans le désert. © I.D
 

Face à cette situation, un plan de réforme drastique, sur le long terme, paraît logique et nécessaire. Sauf que pour le moment, rien de tel n’est au programme. Le gouvernement local préfère agir au coup par coup, en adoptant surtout des mesures d’urgence comme celle venant de frapper les citadins californiens. Et cette stratégie des petits pas, bien que jugée très insuffisante par certains, suscite déjà tensions et hystérie… « Vous arrivez en pleine tempête ! » lâche ainsi Jim Beecher, fermier rencontré dans la Central Valley, le cœur agricole de la Californie et le symbole d’une agriculture intensive extrêmement gourmande en eau. 

 

Planter des cactus

Première étape pour prendre la mesure de la crise : Palm Springs, à deux heures de Los Angeles, dans la vallée de Coachella. Construite en plein désert, sur des terres indiennes, cette ville se veut une destination touristique de premier plan, en particulier pour les golfeurs puisque les alentours comptent pas moins de 125 golfs. Quelque 44 000 habitants à l’année, un chiffre multiplié par trois en saison : c’est un spot de golf très apprécié des stars hollywoodiennes mais aussi de retraités américains, canadiens et même européens, qui viennent passer ici de longs mois d’hiver et barboter dans leurs piscines privées pour mieux supporter la chaleur écrasante. La consommation d’eau par habitant y bat donc tous les records.

 

Palm Springs.
Palm Springs. © I.D
 

L’État a décrété qu’ici, les habitants devraient réduire leur consommation de 36 %, et non de 25 %. Atteindre cet objectif est un véritable casse-tête pour l’agence de l’eau locale, un organisme privé du nom de Desert Water Agency, qui n’a d’autre choix que d’obtempérer. « Sinon, nous devrons payer 10 000 dollars d’amende par jour à Sacramento [la capitale de l’État] », ne cesse de répéter le comité directeur de l’agence, réuni fin avril face à un public très en colère.

Nous sommes dans les locaux de la Desert Water Agency le jour d’une réunion publique au cours de laquelle l’agence énumère la série de restrictions qu’elle compte adopter. Quelque 400 habitants ont fait le déplacement, du jamais vu selon l’agence, et la tension est telle qu’on n'est pas loin du pugilat. La scène pourrait même s’avérer comique si n’étaient pas en jeu les ressources et l’environnement d’un État tout entier.

Partant du principe que 70 % de l’eau consommée à Palm Springs l’est en extérieur, voici ce que contient la résolution de l’agence : il est désormais interdit d’arroser les surfaces en dur et de nettoyer le sol des parkings ; les restaurants doivent servir et resservir de l’eau seulement si les clients le demandent ; des horaires précis et limités sont instaurés pour l’arrosage des jardins ; les gazons sur les ronds-points et bas-côtés ne doivent plus être arrosés ; les fontaines doivent être éteintes « sauf si des poissons ou des tortues y vivent »… Quant aux piscines, il est fortement déconseillé de les vider et remplir entre juin et octobre. Notons que sur ce dernier point, face à la colère de nombreux pisciniers présents, l’agence accepte d’adopter le verbe « déconseiller » plutôt que celui d’« interdire ». Car, c’est un fait, certains habitants n’en reviennent pas qu’on leur demande de tels efforts.

« Sans piscines, Palm Springs ne survivra pas ! Des millions ont été investis dans des publicités présentant cette région comme le paradis pour jouer au golf et plonger dans une piscine… 36 % de réduction de la consommation de l’eau, c’est inatteignable ! » s’emporte Ted, à la tête d’une entreprise de réparation de piscines. « S’il vous plaît, réfléchissez, n’agissez pas à la va-vite, on doit protéger l’eau mais aussi notre économie », implore un autre piscinier. « Et pourquoi les compagnies étrangères ont-elles encore le droit de pomper notre eau allègrement ? » s’enquiert un autre habitant, faisant référence aux entreprises comme Nestlé (qui détient plus de 70 marques d’eaux en bouteille) disposant de permis délivrés par les autorités fédérales leur permettant de puiser l’eau du coin pour ensuite la vendre en bouteilles.

L’agence n’a aucun pouvoir là-dessus, elle le dit, tente de calmer l’assemblée, puis rappelle que la ville n’en serait « peut-être pas là si on avait fait plus attention depuis dix ans ». Elle conclut : « De toutes façons, nous n’avons que 70 employés qui ne sont pas des policiers de l’eau, donc on a beau avoir de nouvelles obligations, nous n’allons pas pouvoir surveiller tout le monde. » Cette déclaration sonne comme un aveu d’impuissance.

Dehors, la discussion se poursuit. « Comprenez que les piscines, ce sont juste des symboles, personne ne va en mourir si elles restent vides bien sûr… Mais cette ville, c’est leur vie. Les gens ont peur que la vallée se dépeuple ! » tient à nous expliquer Brenda, qui partage son temps entre Palm Springs et la côte est des États-Unis. D’autres, assez nombreux, sont excédés par le comportement de leurs concitoyens. « J’en ai entendu certains crier, en tapant du poing sur la table : “Je veux ma pelouse, j’ai droit à ma pelouse” ! Cette histoire de “droits individuels” vire à l’obsession et ça me rend dingue, les gens doivent se réveiller », glisse Victor, bénévole à la mairie.

« Nous avons un vrai problème d’éducation à l’écologie, surtout des plus âgés, surtout de ceux qui viennent d’États américains où l’eau abonde », estime encore Kate Castle. Élue « citoyenne verte de l’année » par la mairie, fan d’Al Gore, elle est la gestionnaire d’un complexe de 299 maisonnettes à Palm Springs, où elle s’est donc lancée dans une véritable mission éducative. Par exemple ? « En convaincant les habitants que les cactus étaient plus jolis que les pelouses, et aussi plus judicieux puisqu’on vit dans le désert. » Ça n’a pas été simple, mais ça a marché. Les espaces communs du lotissement, désormais recouverts de plantes désertiques, en attestent.

 

Kate Castle nous montre les plantes désertiques qui ont remplacé les pelouses.
Kate Castle nous montre les plantes désertiques qui ont remplacé les pelouses. © I.D
 

Cela dit, même Kate a du mal à comprendre « pourquoi ceux qui utilisent le plus d’eau dans l’État [les agriculteurs] ne sont pas eux aussi assis à la table des négociations. Cela m’échappe ».

C’est un fait : l’eau californienne est à 80 % consommée par le secteur agricole, qui ne représente pourtant que 2 % du PIB de l’État. Entre autres solutions pour faire face à la sécheresse, il pourrait donc sembler logique de limiter la consommation d’eau du secteur agricole voire de réformer ce secteur tout entier. « On pourrait décider de produire moins de nourriture par exemple, de se concentrer sur des cultures moins gourmandes en eau. Sauf que c’est un sujet politiquement explosif dans l’État… Ici, on n’impose pas aux fermiers ce qu’ils doivent produire. D’autant qu’ils ont déjà l’impression d’avoir fait des sacrifices ces dernières années », explique David Sedlak, du Centre d’étude de l’eau de l’université de Berkeley.

 

Puiser l'eau des aquifères…

Pour mieux cerner le problème, direction la Central Valley, le cœur agricole de Californie. 2,5 millions d’hectares de terres y sont cultivées et produisent 25 % de la nourriture consommée par les Américains. La qualité des sols et du climat en a fait le lieu parfait pour exploiter pas moins de 250 cultures différentes, des fruits et légumes au coton en passant par les noix… Des cultures très rentables et particulièrement gourmandes en eau, comme celle des amandes (près de 80 % des amandes produites dans le monde viennent de Californie), des pistaches ou encore de la luzerne (dont le foin permet de nourrir les bœufs), y sont devenues très populaires.

La Central Valley est encore la région qui produit la plus grosse quantité de tomates en conserve au monde et c’est précisément le principal producteur local de tomates qui accepte de nous recevoir pour témoigner de son expérience de la sécheresse. Parmi les fermiers et agro-industriels que nous avons contactés, Farming D est la seule société à nous ouvrir ses portes. « Je veux bien servir de symbole des méchants fermiers qui gaspillent l’eau pour leurs seuls profits », glisse avec cynisme Jim Beecher. « Les gens pensent que leur nourriture pousse dans les épiceries, il faut qu’ils comprennent comment ça marche », ajoute-t-il.

 

 

Jim Beecher, devant un champ de tomates.
Jim Beecher, devant un champ de tomates. © I.D

 

Nous le rencontrons dans les bureaux de Farming D, ferme de 3 900 hectares, « medium large » selon les critères californiens, gigantesque comparée aux exploitations françaises. Ici sont donc produites chaque année des tonnes de tomates ensuite mises en conserves : 70 % de celles vendues sur le marché américain. Mais Farming D produit aussi du blé, des laitues, des amandes et un peu de luzerne.

Si Jim Beecher prend le temps de nous parler, c’est qu’il estime faire de son mieux pour réduire sa consommation en eau depuis quelques années. « La sécheresse, on en souffre depuis plus longtemps et de manière plus prononcée que quiconque dans l’État, commence le fermier. Nous sommes en situation de pénurie d’eau depuis 2011. » Jim Beecher fait ainsi référence au rationnement mis en place par le gouvernement fédéral. Car dans cette région, traditionnellement, les exploitations sont irriguées grâce à des canaux acheminant l’eau des fleuves Sacramento et San Joaquin. Sauf que le niveau de ces fleuves ayant dangereusement baissé, les autorités fédérales ont décidé de couper temporairement cette source alimentation. « On reçoit zéro ! » résume Jim Beecher. Il a donc fallu s’adapter.

« Nous avons mis certaines terres en jachère, nous avons cessé de produire du coton », nous explique-t-il en nous faisant visiter une partie de l’exploitation en voiture. Il nous montre les maisonnettes où logent les cinquante employés à temps plein qui vivent sur les terres, « tous mexicains ». « Ce sont les premiers à souffrir de la sécheresse », note-t-il. En effet, les conséquences sur l’emploi se sont déjà fait sentir. Une étude de l’Université de Californie évalue à 2,2 milliards de dollars les pertes du secteur agricole californien pour l’année 2014, et à 17 000 le nombre d’emplois perdus, saisonniers ou à temps complet.

Jim Beecher s’est aussi mis à aller chercher l’eau là où il y en avait : dans les nappes phréatiques. Sans nous donner de chiffres, il avoue avoir creusé et continuer de faire creuser des puits afin de prélever l’eau dans les aquifères californiens autant qu’il en a besoin. « Je sens qu’on va bientôt être limités, cela dit », note-t-il, inquiet de ce qui se trame à Sacramento. En l’occurrence, des mesures restreignant ces prélèvements sont bel et bien en voie d’adoption, mais rien ne sera mis en œuvre avant… 2020.

Le fermier souligne enfin qu’il a réduit la consommation d’eau de l’exploitation « d’un cinquième depuis 1998 ». « Nous avons investi dans le système d’irrigation le plus performant qui soit », à savoir un système d’irrigation au goutte-à-goutte enterré permettant en effet de limiter le gaspillage d’eau. Nous poursuivons notre discussion sur les méthodes d’agriculture conventionnelles, qu’il défend bec et ongles. « C’est le seul moyen de nourrir tout le monde, juge-t-il. Bien sûr que les tomates organiques sont meilleures que les miennes, mais elles sont beaucoup plus chères. »

 

"Pas d'eau, pas d'emplois", signale une pancarte en bordure d'un champ.
"Pas d'eau, pas d'emplois", signale une pancarte en bordure d'un champ. © I.D

 

Il reconnaît cependant que « les agriculteurs sont loin d’être parfaits dans cette région, notamment si on regarde la façon dont sont traités les travailleurs journaliers » ; que certains « résistent au changement, qu’il sera difficile de réformer quoi que ce soit »… Mais au bout du compte, selon lui, cette crise de l’eau s’avérera salutaire, « en nous obligeant tous à moderniser nos systèmes d’irrigation ».

D’autres se montrent un peu moins optimistes et beaucoup plus radicaux. « C’est tout bonnement impossible de continuer ainsi ! » tranche l’historien Richard White, spécialiste de l’Ouest américain à l’université de Stanford. « Ce qui se trame dans la Central Valley, c’est une crise environnementale mais aussi sanitaire. L’usage des pesticides à outrance provoque une pollution bien plus forte que dans une métropole comme Los Angeles et des maladies en pagaille. C’est une région dont on parle peu finalement, puisqu’elle ne colle pas avec le récit d’une Californie où les gens auraient un mode de vie sain et seraient plus sensibles à l’écologie qu’ailleurs », analyse l’historien.

« L’agro-industrie jouit d’un pouvoir à Sacramento qui dépasse de loin son poids économique réel, c’est une constante et un mystère de la vie politique californienne », poursuit-il. De quoi freiner durablement les réformes d’ampleur nécessaires afin de protéger l’eau et l’environnement de la Californie à long terme ? Peut-être pas, car les organisations écologistes sont aussi très puissantes à Sacramento. Reste à savoir comment réussir à asseoir tout le monde autour d’une table, à réfléchir sereinement au futur de l’État, et à agir. Rapidement.

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 17:53

 

Source : http://www.reporterre.net

 

La sécheresse en Californie menace la sécurité alimentaire des Etats-Unis

12 mai 2015 / Elisabeth Schneiter (Reporterre)
 

 

 

La Californie connaît la pire période de sécheresse enregistrée depuis 120 ans. La région étant une des terres les plus productives du pays, cette sécheresse pose un problème national de sécurité alimentaire. Et remet en cause le système industriel de production alimentaire, basé sur la monoculture et extrêmement avide en eau.


Douze millions d’arbres sont déjà morts en Californie où les couleurs d’automne, en ce printemps 2015, annoncent des catastrophes. C’est la quatrième année consécutive de sécheresse, la pire enregistrée depuis 120 ans.

Déjà, le 1er avril 2015, à 2 000 mètres d’altitude dans les montagnes de la Sierra Nevada, le gouverneur de Californie Jerry Brown, au lieu de neige, n’avait trouvé que de l’herbe beige et sèche. Et ce n’était pas un poisson d’avril !

Ce jour-là, Brown a pris une mesure sans précédent. Arrosage réduit des pelouses, nouvelles normes des toilettes et des robinets, chasse au gaspillage, augmentation des tarifs… Même Beverly Hills, la ville des stars et l’une des plus avides d’eau, va réduire sa consommation de 36 % avec des amendes allant jusqu’à 10 000 dollars. Le gouverneur a signé un décret détaillant aux agences californiennes d’approvisionnement en eau comment en réduire l’utilisation de 25 % par rapport à 2013, une économie prévue d’environ 500 milliards de gallons d’eau d’ici à février 2016.

 

Une agriculture accro à l’irrigation

Cette quantité d’eau semble énorme, et pourtant à elle seule, l’agro-industrie des amandes, qui produit 80 % des amandes consommées dans le monde, en consomme plus du double, et l’alfalfa encore plus. L’agro-industrie californienne utilise 80 % de l’eau disponible, mais « pas question de lui imposer des quotas », a expliqué Brown à la chaine ABC, car « elle fournit la plupart des fruits et légumes de l’Amérique, et exporte partout dans le monde. »

La vallée centrale californienne qui s’étend sur 725 km entre la Sierra Nevada et la chaîne côtière de Californie, est peut-être la terre la plus productive au monde. On y a acclimaté quelque 230 variétés venues du monde entier. La plupart des salades, carottes, céleris, artichauts, tomates, brocolis ou asperges consommés aux États-Unis viennent de Californie qui produit aussi 84 % des pêches fraîches du pays et 94 % des prunes. Cette sécheresse pose donc un problème national de sécurité alimentaire.

 

En 2014, il y avait déjà plus de 500 000 hectares de terres agricoles en friche en Californie, ce qui fait 1,5 milliard de dollars de pertes pour l’industrie agricole et 17 000 emplois saisonniers en moins. Les experts estiment que la superficie totale des terres agricoles en jachère à cause de la sécheresse pourrait encore doubler en 2015.

C’est tout le modèle américain de la grande monoculture du Midwest qui est remis en question. En effet, si certaines cultures, particulièrement adaptées comme les amandes ou le vignoble, seront toujours cultivées en Californie, de nombreuses récoltes pourraient être produites ailleurs, comme elles l’étaient il y a encore quarante ans.

 

Diversifier les cultures

John Ikerd, qui a enseigné l’économie agricole avant de devenir un défenseur de l’agriculture durable, explique que, dans son Missouri natal, la majorité de la nourriture était produite dans un rayon de 80 km autour de chez lui. A cette époque, le Midwest était encore couvert de petites et moyennes exploitations cultivant des cultures variées. Mais les conserveries de tomates et les vergers dont il se souvient ont en grande partie disparu, remplacés par des champs de maïs et de soja subventionnés. Il était même interdit aux agriculteurs de cultiver, en plus de ces céréales, des fruits et des légumes sur leurs terres.

Entre 1995 et 2012, le gouvernement américain a dépensé près de 84,5 milliards de dollars pour subventionner le maïs industriel, dont une large part, au lieu de nourrir les habitants, est transformée en éthanol ou en aliments pour le bétail. Le reste, destiné à la consommation, finit majoritairement en sirop de maïs riche en fructose, devenu tellement omniprésent dans la nourriture industrielle, qu’il faut en maximiser les rendements au détriment de la diversité agricole.

De 2002 à 2012, les terres consacrées à la culture des 25 légumes de base sont passées de 800 000 hectares à 700 000, mais les terres consacrées au maïs sont passées de 195 millions d’hectares à 240 millions. « Le problème n’est pas seulement celui de la sécheresse en Californie, c’est celui de notre système de production alimentaire dans son ensemble », dit Ikerd.

En 2010, le Centre Leopold à l’Iowa State University a fait une projection pour voir ce qui se passerait si une toute petite partie des terres agricoles du Midwest – 110 000 ha - était utilisée pour cultiver des légumes au lieu de maïs ou de soja. Ils ont constaté que cette diversification, étalée sur plusieurs Etats, permettrait de produire suffisamment pour fournir en légumes, toute l’année, tous les habitants de l’Indiana, de l’Illinois, de l’Iowa, du Wisconsin, du Michigan et du Minnesota. Mais les agriculteurs qui ont investi dans des machines de plus de 100.000 dollars pour cultiver intensivement des céréales, ne sont pas prêts à se mettre à cultiver des récoltes pour lesquelles ils ne peuvent pas les utiliser.

 

Les méga projets ne peuvent plus rien résoudre

« Pourquoi cultiver tellement de nos produits en un seul endroit ? Et pourquoi en Californie ? » Richard Walker, professeur de géographie à l’Université de Californie, Berkeley, répond : « À cause de la possibilité d’irriguer, qui permet d’obtenir des résultats très rapides. Dans les années 1930, les terres les plus naturellement fertiles ont été développées, mais la demande de fruits et légumes toute l’année ne faisait qu’augmenter, avec la multiplication des supermarchés et la publicité astucieuse de l’agro-industrie californienne, de plus en plus puissante. Aujourd’hui, La Californie compte 3 650 000 ha de terres agricoles irriguées. »

Des grands projets, parrainés par l’État californien et par le gouvernement fédéral pour répondre aux demandes de l’agro-industrie, ont apporté de l’eau à des endroits inattendus, comme les Westlands, une zone quasi désertique. « L’eau descendait de la Sierra, il n’y avait qu’à la capter », dit l’historien Steven Stoll.

« Les projets d’ingénierie massive semblaient la solution à tous les problèmes. Tant que l’eau des rivières Sacramento et Colorado continuait de couler des Sierras, l’ingéniosité humaine était tout ce qui était nécessaire pour amener l’eau vers les champs. Mais maintenant, un siècle plus tard, on s’aperçoit que l’ingénierie ne suffit pas pour tout résoudre », explique Walker. « Même sans changement climatique, ce système était un fantasme. » Et pour Mike Hamm, directeur du Centre de la Michigan State University pour les systèmes alimentaires régionaux, « il faudra rediversifier la production et aller vers un système plus régionalisé. »

 

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Containers d’eau en préparation pour une fracturation hydraulique

Des nappes phréatiques polluées par les eaux sales du pétrole de schiste

En plus de l’eau de surface, les agriculteurs peuvent pomper l’eau des nappes phréatiques, gratuite, et de plus en plus utilisée au fur et à mesure que la sécheresse augmente. Les agriculteurs sont donc obligés de forer de plus en plus profond.

Alors que la situation empire, on s’est récemment aperçu que depuis des années, l’État de Californie autorise les compagnies pétrolières à injecter leurs déchets dans des sources d’eau potable...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 18:01

 

Source : www.bastamag.net

 

 

Nigeria

Comment Boko Haram prospère sur les inégalités, l’analphabétisme, la corruption et l’arbitraire

par Rachel Knaebel 16 janvier 2015

 

 

 

 

 

Au Nigeria, 2015 a commencé avec un massacre, probablement le plus meurtrier jamais perpétré par la secte islamiste Boko Haram. Plus de quinze villages totalement détruits, des centaines de personnes tuées. Le groupe né au début du 21ème siècle dans le nord-est du pays va toujours plus loin dans la violence. Au-delà de la religion, il prospère sur le terreau d’une zone de grande pauvreté, délaissée par le pouvoir central et qui ne profite pas de la manne pétrolière. Face à Boko Haram, les forces de sécurité sont elle-aussi dénoncées pour leur brutalité arbitraire et leurs pratiques de la torture.

L’attaque a débuté le 3 janvier et a duré plusieurs jours. Au moins 15 villages de l’agglomération de Baga, dans l’extrême-Nord-est du Nigeria, ont été rasés. La commune abritait le siège d’une force armée régionale. Selon les récits des témoins du dernier massacre perpétré par le groupe armé islamiste Boko Haram, des centaines de personnes ont été tuées. Des rumeurs faisaient même état de milliers de victimes possibles. « Il semble que l’attaque contre Baga et les localités alentour pourrait être la plus meurtrière à ce jour d’une série d’actions de plus en plus haineuses menées par le groupe », écrit Amnesty International quelques jours plus tard. Le samedi 10 janvier, une bombe posée sur une fillette explose dans un marché de l’État de Borno. Sans revendication, mais tous les regards sont à nouveau tournés vers la secte islamiste.

Les attaques de civils par le groupe armé Boko Haram se multiplient ces derniers mois dans cette région du nord-est du Nigeria. En juillet 2014, l’ONG Human Rights Watch comptabilisait 2 053 victimes civiles de Boko Haram pour les seuls six premiers mois de l’année, au cours de 95 attaques. Ces violences ne se dirigent pas uniquement contre les chrétiens de la région.

Boko Haram pratique aussi les enlèvements. En avril 2014, le rapt de plus de 200 adolescentes dans leur école de Chibok avait choqué le monde entier. Ce n’était pas un cas isolé. « Ce groupe a enlevé plus de 500 femmes et filles depuis 2009 et a intensifié les enlèvements depuis mai 2013, déclarait Human Rights Watch en octobre 2014. « Les femmes et les filles enlevées par le groupe armé sont contraintes de se marier, de se convertir et sont victimes d’abus physiques et psychologiques, de travail forcé et de viol en captivité », soulignait aussi l’ONG. Le mouvement qui était à l’origine une secte islamiste semble aller toujours plus loin dans la violence.

Des exactions qui augmentent avec l’état d’urgence

Mais d’où vient cette secte qui s’est muée en groupe armé ? Boko Haram est né au début des années 2000 dans le nord-est du Nigeria, une région proche des frontières du Niger, du Tchad et du Cameroun, pays aujourd’hui eux aussi touchés par le phénomène. Le groupe devient plus particulièrement violent à partir de 2009, quand son leader, Mohammed Yusuf, est exécuté par la police sans autre forme de procès. Boko Haram s’est d’abord attaqué à des policiers et à des prisons. En 2011, le mouvement revendique un attentat à la bombe contre le bâtiment des Nations Unis à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria. C’est à partir de là qu’il attire l’attention internationale.

Sa violence s’est encore accrue avec l’instauration de l’état d’urgence en mai 2013 dans trois États du nord-est du pays, Yobe, Adamawa et Borno. Depuis, les agressions massives et répétées se multiplient contre les populations civiles, dans des écoles, des marchés, des lieux de prières. Human Rights Watch en dénombre plusieurs centaines ces deux dernières années. Il s’agit souvent d’attaques contre des villages suspectés d’avoir collaboré avec les forces de sécurité. En 2014, le nord-est du Nigeria est ainsi devenu la région la plus meurtrière du pays « alors qu’avant 2009, le Nord était paisible et les violences se concentraient dans le Sud », note le dernier rapport du groupe d’étude sur la violence au Nigeria Nigeriawatch. Le Sud, où le groupe armé du Mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger (MEDN) était par exemple actif dans les années 2000, et s’attaquait principalement aux installations pétrolières.

Pauvreté massive en pays pétrolier

Les régions du nord du Nigeria font surtout partie des plus pauvres. Dans le pays le plus peuplé d’Afrique (178 millions d’habitants aujourd’hui), deux-tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour [1]. Le Nigeria dispose pourtant d’un riche sous-sol. C’est le cinquième pays exportateur de pétrole au monde [2] ! Mais c’est aussi l’un des pays les plus corrompus de la planète : il est classé à la 136ème place sur 175 par Transparency International. Pour comparaison, l’Afrique du sud se trouve au 67ème rang.

La manne pétrolière ne profite donc pas à tout le monde, loin de là, et surtout pas aux États du nord du pays, puisque les puits de pétrole se trouvent dans le Sud. Résultat : 70% de la population du nord-est vit avec moins de 1 dollar par jour, contre moins de 60% dans le sud. Moins d’un quart des femmes et seulement la moitié des hommes savent lire dans le nord-est, contre 80 et 90% dans le Sud.

Records nationaux d’analphabétisme

C’est dans ce contexte de grande pauvreté, de fortes inégalités régionales et d’analphabétisme que prospère Boko Haram depuis quinze ans. Un terreau qui explique aussi en partie son refus de l’éducation. Le fondateur de la secte, Mohammed Yusuf, demandait en effet à ses fidèles « de renoncer à fréquenter les établissements privés d’inspiration occidentale et les écoles publiques nigérianes héritées du système colonial britannique », explique Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chercheur à l’université Paris 8 et spécialiste du Nigeria [3].

Il ajoute : « La critique de Boko Haram contre le monde moderne se rattache donc à un courant de pensée anticolonial, et pas seulement islamiste et obscurantiste. En effet, l’échec du modèle éducatif occidental est particulièrement flagrant dans le Borno. À l’échelle du Nigeria, le Nord-Est est l’une des régions les moins bien pourvues en la matière, avec des records nationaux d’analphabétisme et d’absentéisme : près de la moitié des enfants n’y sont jamais allés à l’école primaire et plus d’un tiers n’y suivent pas non plus d’enseignements coraniques. »

Violences systématiques de la police et de l’armée

Boko Haram est souvent qualifiée de « secte » islamiste. L’une des premières revendications du mouvement est l’application intégrale de la Charia, déjà en partie appliquée dans le nord du Nigeria. Mais, « lorsqu’elle s’enracine à Maiduguri au début des années 2000, la secte est d’abord et avant tout un mouvement de protestation sous l’égide d’un leader spirituel », souligne Marc-Antoine Pérouse de Montclos.

Le groupe armé se développe-t-il avec l’aide de groupe terroristes islamistes internationaux tels qu’Al-Qaïda ? « Il faut être très prudent sur l’existence de liens structurels entre Boko Haram et Al-Qaïda dans le nord du Nigeria. D’une part, nous n’en avons pas de preuve. D’autre part, il existe des divergences doctrinaires très importantes entre les deux mouvements. Le cœur de cible de Boko Haram, ce sont les forces de sécurité nigérianes et les « mauvais » musulmans alors qu’Al-Qaïda cible les Occidentaux », analysait le chercheur dans une interview au Monde il y a quelques mois. Marc-Antoine Pérouse de Montclos souligne plutôt le rôle des violences arbitraires de l’armée à l’encontre des populations civiles. « À force d’exactions, l’armée s’est mis à dos la population : de nombreux habitants refusent de dénoncer les membres de Boko Haram, certains ont même rejoint ses rangs. »

Les violences systématiques de la police et de l’armée sont de plus en plus dénoncées par les organisations internationales. « Human Rights Watch et d’autre groupes nationaux et internationaux de protection des Droits de l’homme ont documenté des abus des forces de sécurité nigérianes perpétrés depuis 2009 dans leur réponse aux attaques de Boko Haram », note ainsi l’ONG . Des exactions telles que « des incendies des habitations, abus physiques, exécutions extrajudiciaires des personnes suspectées de soutenir Boko Haram ». Les forces de sécurité sont par exemple accusées par Amnesty International d’avoir exécuté des centaines de détenus pour la plupart non armés qui s’étaient enfuis d’une prison suite à une attaque de Boko Haram en mars 2014 à Giva Barracks dans l’État de Borno.

Tortures de suspects et « chasse aux sorcières du Moyen-Âge »

En septembre 2014, Amnesty publiait par ailleurs un rapport accablant sur la pratique de la torture par les forces de sécurité du Nigeria. « Les soldats arrêtent des centaines de personnes, cherchant celles qui ont des liens avec Boko Haram, puis torturent les suspects durant un processus de « tri » qui ressemble à une chasse aux sorcières du Moyen-Âge », déclarait le directeur de recherche d’Amnesty Netsanet Belay.

Dans ce contexte, Human Rights Watch demandait cet été au gouvernement nigérian de « reconnaître qu’il doit protéger sa population tout à la fois de Boko Haram et des membres de ses propres forces militaires et de police qui se rendent coupable d’abus ». Au moment où les attaques sanglantes du groupe islamiste se font quasi-quotidiennes dans le nord-est et où le président Goodluck Jonathan vient de lancer sa campagne pour sa réélection au scrutin de mi-févier, l’appel de l’ONG sera-t-il entendu ?

Rachel Knaebel

Photo : Enfants réfugiés nigérians du camp de Gagamari au Niger où 16 000 réfugiés sont pris en charge par les Nations Unies et le programme humanitaire européen Echo (European Commission humanitarian aid and civil protection department) / CC ECHO.

- Lire aussi : Le delta du Niger : un terrain de jeu pour les compagnies pétrolières, un désastre écologique pour les populations

 

Notes

[1Selon les chiffres de Human Rights Watch. Voir “Spiraling Violence. Boko Haram Attacks and Security Force Abuses in Nigeria”, Human Rights Watch, 2012.

[2Voir Organisation des pays exportateurs de pétrole, “Monthly Oil Market Report”, décembre 2014.

[3Dans une étude de 2012, “Boko Haram et le terrorisme islamiste au Nigeria : insurrection religieuse, contestation politique ou protestation sociale ?”


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Source : www.bastamag.net

 

 

 

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