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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 13:10

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

A 8.000 km de Nuit Debout, Mayotte est en ébullition

Mayotte, île française située entre le Mozambique et Madagascar, a entamé depuis le 30 mars dernier une grève générale qui paralyse à nouveau l’île, un peu moins de cinq ans après les grandes manifestations contre la vie chère de l'automne 2011. La population et les syndicats réclament notamment "l'égalité réelle" avec l’Hexagone.
 
Mayotte a entamé une grève générale le 30 mars dernier. - DELAGE JEAN-MICHEL/SIPA
 

Loin de "Nuit Debout", à plus de 8.000 kilomètres de Paris, Mayotte a entamé le 30 mars dernier une grève générale qui paralyse à nouveau l’île, un peu moins de cinq ans après les grandes manifestations contre la vie chère. Alors qu’il était question, à l’automne 2011, d’obtenir la baisse des prix des denrées de première nécessité, la population et les syndicats du 101e département français réclament aujourd’hui "l'égalité réelle" avec l’Hexagone : "L'alignement des prestations sociales, l'application du code du travail national" ou encore davantage de "moyens" pour lutter contre l’insécurité.

"Il faut vraiment comprendre cette injustice que nous impose le gouvernement", explique le secrétaire général de SNUD-FO de l’île dans une vidéo postée sur de Mayotte 1ère. "L’entêtement" de la France "à ne pas appliquer le droit commun à Mayotte", dénonce, toujours sur la chaîne publique, le secrétaire général Force Ouvrière. Les élus, (conseillers départementaux et maires) qui ont apporté, mercredi 6 avril, à l’intersyndicale, soulignent à ce propos le fait que l’Etat ne dépense que 3.500 euros pour un citoyen à Mayotte contre 5.600 euros pour un citoyen de métropole.

, désormais érigés du nord au sud de l’île, se sont multipliés ces derniers jours et ont durci le mouvement qui a laissé place, ce week-end, à des actes de vandalisme, des jeunes casseurs ayant notamment caillassé des automobilistes. "Pour l'instant, nous avons le soutien de la population, nous maîtrisons la situation, mais nous risquons d'être dépassés et ça sera la responsabilité du préfet, que nous suspectons de remonter des informations incomplètes à Paris", explique le secrétaire départemental SNUipp/FSU à l'AFP.

 

Manuel Valls et le préfet en ligne de mire

Si une rencontre avec le Premier ministre est prévue le 26 avril prochain, les grévistes ont déjà fait remonter leur mécontentement à Manuel Valls, dans un courrier daté du 1er avril. Ils évoquent, entre autres, le "mépris du préfet" qui n'a pas reçu l'intersyndicale, ce qui constitue, écrivent-ils, un "manque de respect indigne à la représentation de l'Etat".

En visite officielle sur l’île le 13 juin 2015, Manuel Valls avait détaillé le plan stratégique "Mayotte 2025" lancé par François Hollande en août 2014 lorsqu’il s’était lui-même rendu sur place. Un pacte qui prévoit de "doter le territoire mahorais de 320 millions d'euros", "auxquels s'ajoutent les 378 millions du contrat de plan Etat-région." Et qui prévoyait également "le relèvement et l'alignement de plusieurs allocations" sur le niveau hexagonal. "Mayotte 2025 n'est ni un slogan, ni un mot magique", avait alors déclaré le Premier ministre, "mais une feuille de route pour les années qui viennent. C'est la preuve que la France a une grande ambition pour Mayotte". Un discours qui n’a visiblement pas réussi à convaincre.

Mayotte, l’un des départements les plus pauvres d’outre-mer

De fait, la situation économique reste très fragile dans l’un des plus pauvres d’outre-mer. Avec près de 220.000 habitants et un taux de chômage de 17,6%, Mayotte enregistre un PIB par habitant (6.575 euros) cinq fois moins élevé qu’en France métropolitaine. La moitié de la population vivait-elle avec moins de 384 euros par mois en 2011, selon la dernière étude de Soit 84% de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, contre 16% dans l’Hexagone. Et les inégalités à Mayotte restent très fortes : les 10% des plus modestes déclarent en effet vivre avec moins de 87 euros par mois, contre plus de 1.230 euros pour les 10% les plus aisés.

A cela s’ajoute des produits alimentaires, +0,8% en janvier dernier, bien que le coût de l’énergie ou encore des transports aient baissé. Et enfin, la pression migratoire. Chaque jour, des centaines de migrants, venus essentiellement des Comores voisines, débarquent sur l’île via les "kwassa kwassa", des petites embarcations surchargées, en vue majoritairement d’avoir accès au système français. Sur les treize dispensaires de l’île, un patient sur deux est de fait clandestin, d’après une enquête Face à l'afflux, Mayotte a reconduit en 2014, selon les chiffres officiels, près de 20.000 personnes aux frontières. Mais les passeurs, payés plusieurs centaines d’euros par passage (70 kilomètres séparent Mayotte des Comores) et les migrants eux-mêmes, sont toujours aussi nombreux.

 

La responsabilité des élus locaux

Une situation humanitaire et économique de plus en plus tendue qui engage la responsabilité des élus locaux. D'après un élu du Conseil général, cité par France 2, il y a à Mayotte une véritable "gabegie" dans la gestion des moyens alloués par l'Etat. Pour cet élu, il y aurait par exemple "trop"  d'"embauches de complaisance", notamment au service Communication du Conseil Général (quinze salariés y sont employés). Un "entre-soi" l'ancien directeur général de la Société immobilière de Mayotte (SIM), Mahamoud Azihary, après son éviction en 2015.

"A Mayotte le cercle de l’Entre-Soi", écrit-il, "s’inscrit dans un triangle formé par l’Etat local, les grands groupes (notamment du BTP et de la grande distribution) et d’élus ayant fait vœu de docilité face à l’Etat et de servilité face aux grands groupes". "Or (leurs) intérêts sont la plupart du temps contraires au développement de Mayotte et au bien-être de sa population." (...) "Le statut de « collectivité unique appelée département »" explique-t-il par ailleurs, "s’avère être un leurre avec un département sous-doté et une région qui ressemble à un mirage, bercé par des fonds structurels européens que le programme opérationnel, confié à l’Etat, a rendu fictifs" (...) "Quant aux préfets, à quelques exceptions près, ils se comportent véritablement en gouverneurs de colonie, tout en maintenant un système socio-économique proche de la Françafrique. On a l’impression qu’ils organisent le sous-développement et le chaos..."

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 15:05

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

PHOTOS. Islande : manifestation monstre après les Panama Papers

 

 

PHOTOS. Islande : manifestation monstre après les Panama Papers

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue à Reykjavik, lundi 4 avril, pour réclamer la démission du Premier ministre David Sigmundur Gunnlaugsson, éclaboussé par le scandale d'évasion fiscale Panama Papers.

 

PHOTOS. Islande : manifestation monstre après les Panama Papers

Sigmundur David Gunnlaugsson a détenu une société dans les îles Vierges britanniques, révèlent les Panama Papers, ce qui soulève l'indignation des Islandais. Ici, devant le parlement, le 4 avril.

La banane, qui symbolise la république bananière que serait l'Islande, vue ici dans le cortège. En-dessous, un montage-photo montrant le Premier ministre Gunnlaugsson empochant des dollars.

"Du vent !" est-il écrit sur cette main au majeur levé : le message de la rue au chef du gouvernement islandais est sans détour.

Devant le parlement.

Du papier hygiénique flottant au vent, devant le parlement, à Reykjavik, le 4 avril.

A Reykjavik, le 4 avril. Selon la police, cette manifestation a rassemblé plus de monde que celles qui avaient eu lieu en 2009, après la révélation des graves manquements des responsables politiques dans la surveillance des banques. Le gouvernement avait démissionné.

 

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 18:17

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Pologne : un pas de plus vers la fin de l'Etat de droit ?

 
 
Le Tribunal constitutionnel polonais a rejeté mercredi 9 mars une loi qui vise à le paralyser. Une décision que le gouvernement polonais récuse, ce qui préoccupe une nouvelle fois une opposition citoyenne inquiète des atteintes répétées aux libertés publiques.
 
Des Polonais du KOD ont réclamé jeudi la publication de la décision du Tribunal constitutionnel sous les fenêtres de la Première ministre. - Sipa
 

Le ciel s'assombrit encore en Pologne. Depuis que le parti nationaliste et traditionaliste Droit et Justice (PiS) a pris le contrôle de la Diète (la chambre basse) en octobre dernier, les manifestations à l'encontre des réformes votées par la majorité parlementaire se multiplient. Des dizaines de Polonais se sont encore réunis mercredi soir devant le Tribunal constitutionnel pour lui apporter leur soutien, alors que son président annonçait le rejet d'une loi visant à en modifier le fonctionnement par des dispositions "non conformes à la Constitution".

Mais le refus de la cour constitutionnelle de valider la conformité du texte à la loi fondamentale polonaise n'émeut pas plus que cela le pouvoir conservateur. Au mépris même de la loi, la Première ministre Beata Szydlo avait déjà annoncé mardi que la décision du Tribunal "ne sera pas une décision, dans le sens légal du terme", assurant qu'elle ne peut "violer la Constitution" "en publiant ce document" au Journal officiel. Et de justifier ce choix par l'absence de plusieurs juges lors de l'examen de la loi, des magistrats précisément nommés… par le président Andrezj Duda (PiS). Une attitude que dénonce sans réserve Jean-Yves Potel, écrivain et universitaire spécialiste de la Pologne, qui assure à Marianne que le PiS "joue avec le feu en instaurant une double légalité : constitutionnelle et gouvernementale". Ce que l'ancien président de la cour constitutionnelle Marek Safjan estime "dramatique" : "On est en train d'entrer dans l'anarchie".

 

Des pratiques autoritaires

La loi en question, promulguée le 28 décembre par le président conservateur Andrzej Duda, complexifie le fonctionnement de la cour constitutionnelle, en entravant substantiellement son activité. Des délais de trois à six mois entre le dépôt d'une requête auprès du Tribunal et son verdict sont ainsi prévus par le texte. Mais le point épineux de la réforme concerne les modalités de vote de la Cour suprême. La loi impose des restrictions qui ont pour seul objet de prendre en compte les voix des cinq magistrats récemment nommés par le présidentj Duda. Une décision qui fait suite au refus présidentiel d'assermenter un mois plus tôt trois juges élus par la majorité de centre-droit sortante. Pour parachever le tout, le texte prévoit la possibilité de sanctions à l'égard des juges constitutionnels, voire leur révocation par le pouvoir politique.

De son côté, Andrzej Duda assure que "ce changement contribue à renforcer la position et la situation du Tribunal correctionnel". Le président polonais est rejoint en ce sens par , qui affirme que cette réforme permet de "mettre de l'ordre" dans le fonctionnement du Tribunal et ainsi, d'éliminer un obstacle dans la mise en œuvre des promesses électorales… Au détriment de la séparation des pouvoirs, donc.

"L'acte final de la liquidation du Tribunal constitutionnel"Des pratiques autoritaires que la présidente de la Cour de cassation Malgorzata Gersdorf considère comme des manœuvres visant "à entraver, voire empêcher" le fonctionnement de la juridiction suprême. "Nous avons affaire à l'acte final de la liquidation de facto du Tribunal constitutionnel car, dès son entrée en vigueur, la loi paralysera ce tribunal totalement", renchérit Jerzy Stepien. L'ancien président du Tribunal constitutionnel rejoint ainsi la large opposition à la réforme, qui rassemble du parti libéral d'opposition jusqu'à l'association citoyenne du Comité de défense de la démocratie (KOD), laquelle compte à ce jour près de 180.000 membres sur Facebook.

 

L'Europe ne se fait pas entendre

La mobilisation contre la réforme du Tribunal constitutionnel dépasse les seules frontières nationales, l'Union européenne et le Conseil de l'Europe s'inquiétant des atteintes portées à l'encontre de l'Etat de droit en Pologne. Dans une lettre adressée le 30 décembre aux responsables polonais, le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans a demandé "que cette loi ne soit pas finalement adoptée, ou au moins qu'elle n'entre pas en vigueur" avant que son impact sur l'indépendance de la Cour suprême ne soit évalué. Une requête qui est manifestement restée lettre morte. "L'UE n'a pas vraiment de moyens de pression", analyse Maciej Gdula, sociologue de l'université de Varsovie. Il estime que la seule solution européenne viable "serait d'exclure la Pologne du Conseil européen", une décision qui requiert une unanimité des pays membres. Or, la Hongrie de Viktor Orban, , "a déjà fait savoir qu'elle y opposerait son veto". Plus largement, "les pays européens ne peuvent pas faire grand chose : la Commission a beaucoup de difficultés à faire autre chose que des condamnations verbales", renchérit Jean-Yves Potel.

"La démocratie et les droits de l'Homme sont en danger"Le Conseil de l'Europe se montre bien plus impliqué que Bruxelles sur le sujet, investissant la Commission de Venise de la mission d'analyser le conflit et de livrer un avis. Un avant-projet du rapport, qui sera rendu public le 12 mars, a fuité samedi 5 mars dans la presse polonaise. Et il est peu de dire que les conclusions du document sont accablantes : "Tant que le Tribunal constitutionnel ne peut poursuivre son travail de manière efficace, non seulement l'Etat de droit mais la démocratie et les droits de l'Homme sont en danger", considèrent ainsi les experts européens, qui appellent au retrait par le Parlement "des résolutions adoptées en contradiction avec les décisions du Tribunal". Un avis tranché mais non contraignant, que balaie d'un revers de main le chef du gouvernement Beata Szydlo. La présidente du Conseil considère que "le fait que ce projet ait fait l'objet de fuites dans les médias démontre que des personnes souhaitent alimenter les mauvaises opinions"

 

Une réforme parmi d'autres

La loi réformant le Tribunal constitutionnel n'est pas la première manifestation d'une résurgence autoritaire en Pologne. Au pouvoir depuis cinq mois, les conservateurs du PiS ont déjà entamé une large réforme du parquet général, de l'administration . Ainsi les Polonais ont appris le 23 janvier que le ministre de l'Environnement a ordonné le retrait d'un spot télévisé, commandé par son prédécesseur libéral, faisant la promotion du tri des ordures et des déchets ménagers. Le clip présente deux hommes, un célèbre restaurateur et un critique gastronomique, qui expliquent le bon usage du tri sélectif à un jeune garçon. Non pas que le gouvernement conservateur souhaite abandonner sa politique de développement durable, c'est le développement des jeunes Polonais qui est ici en question. Les autorités considèrent en effet que ce spot cherche à convertir les enfants à "l'idéologie du genre"

"Une véritable épuration à la tête des médias publics"Avant le ministre de l'Environnement qui bouleverse les programmes audiovisuels, son homologue au Budget, désormais chargé de nommer et révoquer – sans consultation du conseil national de l'audiovisuel – les nouveaux patrons des médias publics, a nommé au poste de président de la télévision publique un certain Jacek Kurski. Un "spin doctor du PiS", selon son propre frère Jaroslaw, rédacteur-en-chef adjoint du quotidien d'opposition Gazeta Wyborcza. "C'est une véritable épuration qui a eu lieu à la tête des médias publics, où ont été placées des personnalités notoirement ultra-conservatrices", soutient Jean-Yves Potel.

C'est donc sous les coups portés de plus en plus fort par un pouvoir ultra-conservateur que tente de s'exprimer aujourd'hui l'opposition citoyenne. Ils étaient 80.000 Polonais à défiler le 27 février dans les rues de Varsovie pour dénoncer la politique gouvernementale et l'instrumentalisation par le pouvoir du processus de transition post-communiste, cinq jours après la publication .

Privé par ses dirigeants d'un nombre croissant de libertés publiques, le peuple polonais saura-t-il suivre l'exemple de l'ex-leader de Solidarnosc à l'époque de ses révoltes ? Constatant avec une "grande inquiétude" que "le pouvoir va vers l'affrontement", Jean-Yves Potel estime que "l'on ne peut pas exclure un scénario à l'ukrainienne"

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 17:07

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Brésil: l'«opération Kärcher» des juges sème la panique

11 mars 2016 | Par Lamia Oualalou
 
 
 
 
 

L'ancien président Lula pourrait bientôt dormir en prison, Dilma Rousseff est menacée de destitution, de grands patrons sont condamnés et l'économie est à genoux. Le Brésil vit au rythme de l'opération Lava Jato (Kärcher) lancée par le juge Sergio Moro en s'inspirant du précédent Mani pulite («Mains propres») en Italie. Tout un système liant politique et business s'effondre.

 

De notre correspondante à Rio de Janeiro (Brésil). – On ne dort plus à six heures du matin à Brasilia. C’est l’heure à laquelle la police fédérale lance ses opérations, et les politiques de tous bords s'attendent chaque jour à apprendre qu’un membre de leur famille politique a été touché. Quand il ne s’agit pas d’eux-mêmes. La dernière cible, la plus spectaculaire, fut l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva. Le 4 mars, la police a perquisitionné son domicile, l’Institut qui porte son nom et où il concentre ses activités depuis son départ du pouvoir fin 2010, et les résidences de son fils et de proches.

En tout, 200 policiers ont été mobilisés pour 44 mandats judiciaires. On reproche à Lula d’avoir reçu 30 millions de reais (7,2 millions d’euros) en dons et honoraires d’entreprises du bâtiment. Il aurait aussi bénéficié de la rénovation gratuite d’un appartement à Guaruja, une station balnéaire à proximité de Sao Paulo, ainsi que de celle d’une maison de campagne. Le tout financé par ces mêmes compagnies impliquées dans le scandale de corruption qui éclabousse la compagnie d’hydrocarbures Petrobras depuis deux ans.

C’est à Curitiba, une ville de province dans le sud du Brésil, que Sergio Moro, un juge spécialiste du blanchiment d’argent, a lancé cette investigation qui a pris depuis une dimension nationale. Il a prouvé que Petrobras était victime depuis des années de surfacturations au profit d’un cartel d’entreprises du bâtiment. En échange, ces dernières versaient des commissions allant de 1 % à 3 % des contrats à des cadres de Petrobras et à des dirigeants des partis de la coalition gouvernementale. Outre l’enrichissement personnel de certains, c’est surtout le financement illicite des campagnes électorales qui est en ligne de mire du magistrat. À commencer par celle qui a permis l’élection, en octobre 2014, de la présidente Dilma Rousseff.

L’enquête, baptisée « Lava Jato », littéralement « Kärcher » par une police fédérale toujours soucieuse du nom de ses opérations, a renversé la scène politique et économique brésilienne.

De hauts cadres du Parti des travailleurs (PT, la formation politique de Lula et de Dilma Rousseff) ont été appréhendés et déjà condamnés, dans un pays connu pour la lenteur de sa justice. C’est le cas du trésorier du parti, Joao Vaccari, qui a écopé de 15 ans de prison. Mais il y a plus important encore : la mise sous les verrous de patrons de grandes entreprises, les principales du pays. Au Brésil, ordinairement, les voleurs de shampoings font de la prison alors que les cols blancs y échappent. « On assiste à une véritable révolution de l’institution judiciaire et de la police fédérale », résume Stéphane Monclaire, politologue spécialiste du Brésil à l’université Sorbonne Paris-I. Il souligne la démocratisation progressive des deux corps : « Les juges et les commissaires d’aujourd’hui n’ont plus nécessairement le réflexe de classe qui les pousse à protéger l’élite », dit-il, de passage au Brésil.

 

Le juge Sergio Moro, lors de la présentation d'un ensemble de mesures de lutte contre l'impunité et pour l'efficacité de la justice, au siège de l'Association fédérale des juges du Brésil © Fabio Rodrigues Pozzebom / Agencia Brasil Le juge Sergio Moro, lors de la présentation d'un ensemble de mesures de lutte contre l'impunité et pour l'efficacité de la justice, au siège de l'Association fédérale des juges du Brésil © Fabio Rodrigues Pozzebom / Agencia Brasil

 

Plus indépendants, et, depuis les années Lula, dotés de plus de ressources tant financières qu’humaines, magistrats et policiers n’ont plus d’état d’âme. Ces dernières années, on a vu se multiplier les cassations de mandats au niveau municipal, preuve d’une moindre impunité des notables locaux. S’y ajoute la médiatisation de certains magistrats, et notamment du juge Sergio. Avec leurs manières de cow-boys, applaudies par la société, ils contraignent leurs collègues moins zélés à adopter une position plus offensive à l’égard des puissants.

Après avoir interpellé le banquier d’affaires André Esteves, l’un des hommes les plus riches du Brésil, Sergio Moro a ainsi condamné cette semaine Marcelo Odebrecht, l’héritier du géant du BTP homonyme, à 19 ans de prison. Certes, avec le régime de peines, ramenées au sixième au Brésil, il n’en passera que trois derrière les barreaux. Cela reste énorme pour une personne auparavant protégée par son statut. Le juge de Curitiba lui fait miroiter la possibilité de sortir plus vite. À condition qu’il parle. Qu’il le fasse ou non, la lourdeur de la peine a probablement déjà incité nombre de ses collègues au bavardage.

Car la délation est le principal instrument de cette instruction. Très peu utilisée au Brésil jusqu’à aujourd’hui, la pratique consistant à échanger des informations sur de gros poissons contre des remises de peine est très mal vue pas l’establishment local. Tant pis, estime Sergio Moro qui, pour en faire bon usage, multiplie jusqu’à l’absurde la prison préventive : plus d’une centaine d’occurrences dans l’affaire Lava Jato, et toujours de façon spectaculaire.

C’est que l’autre grand instrument de l’instruction est la presse. Sergio Moro a longuement étudié le cas de l’opération Mani pulite (« Mains propres ») qui, dans l’Italie des années 1990, était alimentée par les fuites organisées par le pouvoir judiciaire dans les médias afin de provoquer panique et aveux. Il revendique aujourd’hui cette stratégie qui dérange : lorsque la police débarque pour une perquisition, la presse est toujours sur place.

C’est d’ailleurs cette logique qui a inspiré le cirque entourant l’interrogatoire de Lula, qui a été emmené de force dans le commissariat de l’aéroport Congonhas, à Sao Paulo. Un épisode condamné par de nombreux magistrats, y compris de la Cour suprême : la loi brésilienne ne prévoit ce genre de pratique que lorsque le témoin refuse de coopérer. « Moro est clairement à la limite du droit, mais en bousculant Lula, il donne un coup d’accélérateur à Lava Jato, il fait comprendre à tous que personne n’est protégé, et espère ainsi faire parler plus vite les acteurs », commente Stéphane Monclaire.

 

L’image de la présidente reste intimement liée à celle de son prédécesseur

Pour Sergio Moro, la fin semble justifier les moyens. Et cela marche. Le Brésil vit aujourd’hui au rythme de dénonciations publiées par la presse avant même qu’on puisse en définir la sincérité, avec l’espoir d’en provoquer d’autres. La dernière en date est explosive. Elle viendrait – le conditionnel est de mise, puisque seule la presse en a pour l’heure la teneur – du sénateur Delcidio Amaral, issu du PT et ex-représentant du gouvernement au Sénat. Incarcéré deux mois avant de se voir autorisé à la prison domiciliaire, il aurait assuré que Lula comme Dilma Rousseff seraient à l’origine de la tentative d’obstruction de l’enquête Lava Jato. La campagne de la présidente aurait également directement été alimentée par des fonds illégaux en provenance des détournements de Petrobras, aurait-il assuré.

« Si ces propos sont avérés, de la part d’un sénateur qui représentait le gouvernement jusqu’en novembre dernier, la situation de Dilma Rousseff deviendrait très précaire », analyse Mauricio Santoro, professeur de sciences politiques à l’Université d’État de Rio de Janeiro. Contestée par la population, avec une popularité inférieure à 10 %, la plus basse depuis le rétablissement de la démocratie brésilienne, la présidente pensait avoir bénéficié d’un sursis fin 2015. La Cour suprême avait affirmé que le Sénat aurait le dernier mot, si sa destitution était soumise au vote, or le gouvernement bénéficie d’appuis plus sûrs dans la chambre haute.

Parallèlement, le président de l’Assemblée, Eduardo Cunha, principal partisan d’une chute de Dilma Rousseff, a vu son horizon s’assombrir. Poursuivi par le parquet brésilien pour avoir reçu des millions de dollars en pots-de-vin, dans des comptes dont les banques suisses ont confirmé l’existence, ses jours sont comptés, même si son immunité parlementaire et un indéniable talent procédurier lui ont assuré la permanence au perchoir pour l’instant. Surtout, les accusations à l’encontre de la présidente, techniquement recevables, étaient politiquement fragiles. Elle aurait volontairement maquillé les comptes publics à la veille de sa réélection en 2014, cachant l’ampleur du déficit public, révélée après le scrutin. Une pratique peu glorieuse, mais ne justifiant pas, aux yeux de la population de chasser la mandataire avant terme.

S’il était en revanche prouvé que Dilma Rousseff a bénéficié d’un financement illégal de sa campagne ou qu’elle a tenté de bloquer l’enquête, la dynamique de sa destitution serait relancée. Et plus encore si Lula se retrouvait inculpé, ou pire, derrière les barreaux. Car l’image de la présidente reste intimement liée à celle de son prédécesseur.

 

La présidente Dilma Rousseff et l'ancien président Lula, dans son appartement de São Bernardo do Campo © Ricardo Stuckert /Institut Lula La présidente Dilma Rousseff et l'ancien président Lula, dans son appartement de São Bernardo do Campo © Ricardo Stuckert /Institut Lula

 

Le mandat de Dilma pourrait être écourté de deux manières. D’une part, le Congrès pourrait, suite à l’examen par une commission parlementaire de ses « crimes de responsabilité », voter la suspension de la présidente. Il lui faudra le cas échéant réunir deux tiers des votes au Parlement puis au Sénat pour que la destitution soit effective. Dans ce cas, c’est son vice-président, Michel Temer, qui terminerait son mandat, jusqu’au 31 décembre 2018. Peu charismatique mais expert des négociations en coulisses, le président du PMDB – Parti du mouvement démocratique brésilien, une formation fourre-tout, de tous les gouvernements ces trente dernières années – a déjà pris ses distances à l’égard de la présidente. Il tente depuis de se présenter comme l’homme capable d’unir un Brésil polarisé. Une tentative gênée par l’appétit de pouvoir de ses coreligionnaires.

Parallèlement, le Tribunal supérieur électoral (TSE) se penche depuis des mois sur les comptes de campagne de la présidente, un travail qui pourrait être accéléré par les révélations de Lava Jato. En cas d’invalidation des comptes, il ne s’agit plus d’une destitution mais d’une cassation, qui concerne aussi bien la présidente que le vice-président, élus sur le même ticket. Elle pourrait même s’étendre à Aécio Neves, le candidat malheureux de l’opposition (Parti de la social-démocratie brésilienne, PSDB, conservateur), arrivé en deuxième position, en octobre 2014. Car même si le juge Moro et la presse affichent une discrétion à la limite de la complicité à son égard, le sénateur de droite n’en est pas moins cité à plusieurs reprises comme bénéficiaire de dons illicites.

Or le Tribunal supérieur électoral est censé examiner simultanément les comptes des deux candidats puisqu’ils ont bénéficié des largesses des mêmes entreprises aujourd’hui sur la sellette. La plus grande probabilité d’une chute de Dilma Rousseff accroît d’ailleurs les risques pour Aécio Neves : au sein du PSDB, d’autres figures, notamment l’ex-maire de Sao Paulo José Serra et le gouverneur de Sao Paulo Alckmin, voudraient briguer la présidence et pourraient livrer des secrets précieux à la presse et à la justice contre leur ancien candidat.

Une cassation du mandat de Dilma Rousseff par le TSE plongerait le Brésil dans l’inconnu. Si elle se produisait avant le 31 décembre 2016, le pouvoir reviendrait alors temporairement au président de l’Assemblée, Eduardo Cunha. Une situation surréaliste, puisque le député est celui sur lequel pèsent le plus d’accusations prouvées. Ce dernier aurait alors 90 jours pour organiser une élection au suffrage universel, et bien malin celui qui pourrait prédire aujourd’hui quel président surgira des urnes.

Dans le PT, le seul candidat naturel, Lula, risque d’être mis hors-jeu par les accusations, prouvées ou non, à son encontre. Les leaders du PMDB et du PSDB vont s’entretuer pour désigner un poulain, alors que l’écologiste Marina Silva tentera de nouveau sa chance, ainsi que de probables « outsiders ». Un ticket formé par deux députés évangéliques d’extrême droite – Jair Bolsonaro et Feliciano – vient d’ailleurs d’annoncer ses prétentions. Si la cassation était prononcée par le Tribunal électoral après le 1er janvier 2017, le Congrès élirait alors un président chargé de terminer le mandat. « Ce dernier n’aurait aucune légitimité, car si les Brésiliens sont furieux contre le pouvoir exécutif, ils détestent plus encore le Congrès », souligne Mauricio Santoro.

 

Déjà fragilisée, l’économie a alors subi l’impact dévastateur de la bombe Lava-Jato

Dans les deux cas, s’ouvre une période imprévisible détestable pour une économie brésilienne déjà à genoux. Le produit intérieur brut a reculé de 3,8 % en 2015. La récession devrait, selon les prévisions, s’approfondir encore : un recul de 3,5 % est prévu cette année. C’est la pire chute depuis 1990. Les emplois sont détruits par centaines de milliers, l’inflation, de 10 %, rogne les revenus, alors que le gouvernement envisage de limiter le salaire minimum et de faire des coupes dans les allocations sociales, rigueur oblige. Selon l’économiste Ana Maria Barufi, interrogée par le quotidien économique Valor, 3,7 millions de personnes qui s’étaient hissées au-dessus de la pauvreté après 2004 y sont déjà retombées, et le mouvement ne fait que commencer.

La crise économique s’explique par le ralentissement international, en particulier la chute du cours des matières premières, dont le Brésil est un grand exportateur, « mais c’est surtout le résultat de la politique économique du gouvernement », accuse Joao Sicsu, professeur à l’Université fédérale de Rio de Janeiro. Entre panique pour combler de gros déficits publics et volonté de séduire l’élite pour se maintenir au pouvoir, Dilma Rousseff « a préféré couper dans les investissements publics et offrir des réductions de charges aux entreprises, qui n’ont pas pour autant limité les licenciements », poursuit l’économiste.

Le ralentissement avait aussi pour objectif affirmé d’augmenter le chômage pour que les employés cessent d’exiger des hausses de salaires. Flanquée d’une politique monétaire restrictive (le taux de base a atteint 14,75 %) tuant le crédit, cette stratégie a si bien marché qu’elle a enclenché un cercle vicieux. La peur du chômage faisant plonger la consommation des ménages, qui a connu la plus grande chute en 2015 des vingt dernières années, ralentissant l’économie et faisant exploser les mesures de dégraissages des entreprises.

 

La police fédérale arrive à l'entreprise de construction Odebrecht dans le cadre de l'opération Lava Jato. © Rovena Rosa/ Agência Brasil La police fédérale arrive à l'entreprise de construction Odebrecht dans le cadre de l'opération Lava Jato. © Rovena Rosa/ Agência Brasil

 

Déjà fragilisée, l’économie a alors subi l’impact dévastateur de la bombe Lava Jato. Car en atteignant le bâtiment et le pétrole, les deux principaux moteurs de l’économie brésilienne, l’enquête a pratiquement paralysé tout l’investissement dans le pays. Impayés, les petits fournisseurs mettent la clef sous la porte. Des États fortement dépendant des royalties du pétrole, comme celui de Rio de Janeiro, ont cessé de payer leurs fonctionnaires et ferment des hôpitaux. Le secteur de la culture, qui dépendait des subventions de Petrobras, est au bord de la faillite. Et l’impossibilité de prévoir qui sera à la tête du Brésil dans quelques mois incite à l’attentisme. Sans sortie de la crise politique, la récession devrait s’approfondir, sans qu’on en aperçoive le fond.

La situation est d’autant plus confuse qu’elle semble ne plus dépendre du tout des politiques, qui ne font que réagir aux actions et annonces de la justice. « Aujourd’hui, les juges et les commissaires ont plus de poids sur l’avenir du Brésil que les députés et sénateurs », note Mauricio Santoro. « Cela donne une idée de la profondeur de la crise des institutions politiques dans le pays », dit-il, rappelant qu’en 1993, quand se débattait la possibilité de la destitution du président Collor pour cause de corruption, le processus dépendait des leaders du Congrès, qui avaient une véritable légitimité au sein de la population.

Politique et économie dépendent donc du « Parti de la justice », comme l’a surnommé le politologue André Singer, professeur de sciences politiques à l’université de Sao Paulo. En jetant pour la première fois hauts cadres de partis et d’entreprises derrière les barreaux, le « PJ » contraint le Brésil à une réflexion sur les ravages de la corruption, dans un pays où les autorités se servent de l’État pour s’enrichir ou gagner un statut. Son impact sur la vie politique interroge pourtant tant sa sélectivité choque. Il semble naturel que les condamnations au sein du PT soient majoritaires, le parti ayant un président à la tête de l’État depuis treize ans. Mais le silence de la justice quant aux dénonciations de leaders de l’opposition intrigue.

« La conduite de la justice fédérale dérange, celle des justices locales est plus problématique encore », souligne Mauricio Santoro, qui rappelle que les magistrats de Sao Paulo sont acquis à l’opposition. Pour le politologue, Lava Jato est « légitime mais ne devrait pas être au-dessus de la loi ». Mercredi 9 mars, le ministère public de l’État de Sao Paulo a dénoncé l’ex-président Lula pour corruption avant de demander le lendemain son incarcération. C’est en théorie une enquête indépendante de Lava Jato, même si la subtilité est incompréhensible par le public. Face au « Parti de la justice », Lula essaie d’actionner celui de la rue. L’ex-président prend aujourd’hui ses distances par rapport à la politique économique du gouvernement, honnie par les mouvements sociaux. Reste à savoir s’il n’est pas trop tard.

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 17:10

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

Honduras

Une personnalité et militante écologiste assassinée au Honduras

par

 

 

 

 

« Son arme, c’était sa voix », témoignent ses proches. Berta Cáceres, militante écologiste et dirigeante du Conseil citoyen des organisations des peuples amérindiens du Honduras (Copinh) a été assassinée le 3 mars. Des inconnus l’ont abattue chez elle. La police hondurienne a immédiatement affirmé que l’assassinat avait été commis par des voleurs, mais la famille et les amis de la militante écologiste sont persuadés qu’elle a été tuée pour son combat. « C’est un crime politique du gouvernement », a déclaré Carlos H. Reyes, dirigeant du Front national de résistance populaire.

Lauréate 2015 du Prix Goldman pour l’environnement, Berta Cáceres s’était notamment fait connaître pour sa lutte contre l’usine hydroélectrique Agua Zarca au Honduras, qui menace de priver d’eau des centaines d’indigènes du peuple Lenca. « Le fait que notre Terre-Mère soit devenue un lieu où les droits fondamentaux sont systématiquement violés, implique que nous agissions. Construisons des sociétés capables de coexister de manière juste, digne et protégeant la vie », déclarait-elle à l’occasion de la remise de son prix.

 

 

Le Honduras, « pays le plus dangereux pour les militants écologistes »

En avril 2015, un rapport de Global Witness, ONG spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles et la corruption politique, attirait l’attention sur le cas du Honduras. « C’est le pays le plus dangereux pour les militants écologistes, si l’on compare au nombre d’habitants », relevait l’ONG, recensant 101 victimes dans ce pays entre 2010 et 2014. Dans ce rapport, la militante Berta Cáceres apportait son témoignage sur le décès de trois de ses collègues depuis 2013, dans le cadre de la lutte contre l’usine hydroélectrique Agua Zarca.

Selon le Copinh, les dangers s’étaient accrus ces dernières semaines. Le 20 février, Berta Cáceres et d’autres participants à une marche contre l’usine s’étaient confrontés à l’armée, le maire de la municipalité et les employés de la compagnie. Une partie des manifestants avaient été menacés, relate le communiqué. La Commission inter-américaine des droits de l’homme avait demandé des mesures pour assurer la sécurité de Berta Cáceres. En vain. De nombreuses organisations de défense des droits humains et des peuples amérindiens, ainsi que des ONG et organisations paysannes du monde entier, demandent aux autorités honduriennes d’identifier les auteurs et commanditaires du crime afin de les juger (voir l’appel).

« Le gouvernement du Honduras doit également s’assurer que tous les militants menacés bénéficient d’une protection immédiate », a lancé David Gordon, le directeur exécutif des Goldman Prize. C’est notamment le cas de Gustavo Castro Soto, mexicain et membre de plusieurs organisations dont Les Amis de la Terre Mexique [1], qui a été blessé au cours de l’attaque. Ce qui en fait un témoin clé, donc potentiellement menacé, pour l’enquête en cours.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:13

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Khadija Ryadi: «Au Maroc, la lutte contre le terrorisme est utilisée pour opprimer les dissidents»

14 février 2016 | Par Ilhem Rachidi
 
 
 

Depuis trois ans, une répression silencieuse cible de nombreux activistes et journalistes au Maroc. Khadija Ryadi, ancienne présidente de l'Association marocaine des droits humains, dresse un bilan extrêmement critique de l'évolution récente du Maroc.

Rabat, Maroc, de notre correspondante. – Depuis maintenant trois ans, une répression silencieuse cible de nombreux activistes et journalistes au Maroc. Khadija Ryadi, ancienne présidente de l'Association marocaine des droits humains (AMDH), l'une des organisations les plus influentes du monde arabe, et prix des Nations unies pour les droits de l'homme en 2013, dresse un bilan extrêmement critique de l'évolution récente du Maroc. Elle revient sur un nouveau tour de vis sécuritaire annoncé en 2014 devant le parlement par le ministre de l'intérieur, qui accusait les ONG de défense des droits de l'homme de servir des agendas extérieurs et d'affaiblir la lutte contre le terrorisme. Une lutte instrumentalisée, selon elle, pour réduire au silence les associations trop critiques et opprimer les dissidents.

Une manifestation d'enseignants stagiaires a été violemment réprimée le 7 janvier dernier. Ce dimanche 24, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à leurs côtés. Comment expliquez-vous d'un côté, la réaction de l'État, et de l'autre, cette forte mobilisation qui a suivi ?

Khadija Ryadi lors d'une manifestation du Mouvement 20-Février à Rabat, le 24 avril 2011 © Ilhem Rachidi Khadija Ryadi lors d'une manifestation du Mouvement 20-Février à Rabat, le 24 avril 2011 © Ilhem Rachidi

 

Khadija Ryadi. Cette réaction de l'État est une façon de dire au citoyen que ça ne sert à rien de lutter, de militer, de revendiquer, de s'organiser ; une façon de dire que ce sont des choses qui ne vont causer que de la violence, la répression, et qui ne servent à rien. Déjà, les étudiants de médecine sont arrivés par la lutte, la solidarité et les manifestations à atteindre leurs objectifs et ils ont fait reculer le gouvernement sur le projet qu'ils critiquaient. C'est une victoire et l'État a peur d'une victoire d'autres groupes sociaux qui s'organisent et qui militent. Les jeunes sont convaincus de leur cause, les professeurs stagiaires sont organisés. Pour eux, c'est une lutte essentielle. C'est leur avenir, leur vie. Ils sont prêts à tout donner pour l'annulation de ces deux circulaires. Et il y a une grande solidarité dans la société : les syndicats, les organisations de droits humains. Tout le monde s'est solidarisé et ça les encourage. Ils ne se sentent pas seuls.

Alors que la menace terroriste est omniprésente, craignez-vous une nouvelle vague de détentions et une régression des droits humains similaire à celle de l'après 16 mai 2003 (cinq attaques simultanées à Casablanca avaient fait une quarantaine de victimes) ?

Nous assistons à une régression au niveau des libertés et des droits de l'homme au Maroc et pas seulement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. La lutte contre le terrorisme est instrumentalisée, puisque il y a un an et demi, le ministre l'intérieur avait déclaré au parlement que les ONG de droits humains entravaient les efforts dans la lutte contre le terrorisme. Il a aussi lié cela [leurs activités] à un agenda extérieur. 

Cette lutte contre le terrorisme n'est pas en elle-même source de violation des droits humains, comme on l'a vu en 2003 [au lendemain des attentats du 16 mai, une vague d'arrestations avait eu lieu – ndlr] et depuis. Ce discours de lutte contre le terrorisme est instrumentalisé pour entraver des associations qui ne sont pas tolérées, qui sont un peu trop critiques, dont les rapports ont une influence au niveau international ou qui mettent le doigt sur les lacunes dans les engagements pris par le Maroc. 

Non seulement il y a une dégradation des libertés dans le cadre de cette lutte contre le terrorisme comme en Europe, aux États-Unis, partout dans le monde, mais cette lutte est utilisée pour opprimer les dissidents. Depuis le discours du ministre de l'intérieur, l'AMDH n'a plus la possibilité d'avoir accès à une salle publique. On a recensé plus de 150 activités interdites et je le dis aussi au nom du réseau que je coordonne, le Réseau des associations victimes d'interdictions (RAVI), qui s'est constitué suite à cette vague de répression du droit à la réunion. L'AMDH a pourtant déposé plainte contre l'administration et elle a eu gain de cause dans tous les cas où elle a déposé plainte devant le tribunal administratif et dans différentes régions du Maroc. Et pourtant, ça continue.  

Des activistes sont jugés dans le cadre de cette dégradation des libertés, notamment l'historien Maati Mounjib et six autres activistes membres d'ONG que les autorités n'arrivent pas à accepter. En février 2015, le siège de l'AMDH a été envahi par une quarantaine de policiers, en infraction totale des procédures en vigueur. Ils ont tabassé la personne qui était sur place. Même pendant les années de plomb, le local de l'AMDH n'a jamais été envahi par la police. On a vu des arrestations, des interdictions de membres du bureau de l'AMDH mais jamais une décision d'envahir le local de l'AMDH.

Quel regard portez-vous sur ce que certains observateurs perçoivent comme un possible début de régression des droits humains en France au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris ? Quel parallèle faites-vous entre ce qui se passe ici et là-bas ? 

Il y a une vague de dégradation du respect des libertés depuis 2001. Des lois liberticides ont été mises en place aux États-Unis et maintenant il y a l'état d'urgence en France. Des pratiques reviennent : le non-respect des procédures, une utilisation de la force exagérée, l'interdiction de manifestations en France, par exemple. Bien avant les attentats de novembre, une marche pour la Palestine a été interdite. C'est donc une ambiance générale qui, depuis 2001, s'installe de plus en plus. Et la lutte antiterroriste est instrumentalisée parce que je m'interroge sur le fait que ces hommes politiques, qui ont tout ce savoir et cette expérience, ne puissent pas comprendre que la lutte contre le terrorisme n'est pas seulement sécuritaire. Il faut se pencher sur toutes les causes de ce phénomène qui touche beaucoup de pays. Ne peuvent-ils pas comprendre que le fait d'utiliser seulement le sécuritaire ne peut pas mettre fin au terrorisme ?

Les Marocains partis combattre en Syrie seraient au moins 1 500. Comment expliquez-vous l'engouement de ces jeunes pour Daech et la progression de cet “esprit Daech” chez certains Marocains qui justifient leurs actions, ou du moins ne s'y opposent pas clairement ?

C'est toute une histoire. Peut-être que d'autres pays ont connu ça. Mais dans le Maroc des années 1970 et 1980, il y avait une grande présence des forces progressistes. La gauche était forte, elle avait sa place dans l'échiquier politique, elle avait son influence au sein de la jeunesse. Des organisations fortes existaient, y compris l'Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), les syndicats des élèves, ainsi que d'autres syndicats qui étaient forts et qui formaient des élites progressistes. Tout cela dérangeait le régime. Parmi les moyens qu'il a utilisés pour affaiblir cette opposition de gauche, il y avait non seulement les disparitions forcées, la prison, mais aussi l'utilisation de la droite islamiste et l'encouragement des partis islamistes. L'argent entrait et parvient encore des pays du Golfe pour mettre en place des associations de quartiers, des maisons de jeunes. Le régime a fermé les yeux sur la violence et les crimes que ces courants islamistes ont perpétrés contre les militants de gauche. Des militants ont été tués par les courants islamistes. Il y a eu des meurtres, celui de Omar Benjeloun, de Mohamed Aït Ljid Benaïssa, de Maati Boumli. Tout cela sans compter la modification des ouvrages scolaires et l'annulation de la philosophie à la faculté de lettres pour réduire les espaces où l'esprit critique s'apprend. Dans les programmes de télévision aussi, il y a eu des changements. Un programme idéologique a donc été mis en place pour donner au citoyen cet esprit Daech, extrémiste. On a aussi ouvert les portes des mosquées aux courants extrémistes et à des prêcheurs violents. Les autorités ont encouragé ces gens à utiliser les mosquées pour divulguer des discours extrémistes. Tout cela fait partie d'une politique de l'État pour affaiblir la gauche et nous en vivons les conséquences. Même s'il est vrai que depuis 2003, le Maroc a essayé de changer les choses parce que les attentats ont secoué le Maroc. Par exemple, les écoles ont été ouvertes aux ONG de droits humains afin de véhiculer d'autres valeurs. Mais il n'y a pas eu une révision réelle de cette politique.

 

Plusieurs cas d'anciens détenus de l'après 16 mai 2003 qui ont rejoint Daech ont été documentés, dans la presse notamment. Parmi eux, certains auraient été victimes de procès inéquitables et de violation de droits humains. Quel rôle cela a-t-il pu jouer dans leur départ pour Daech, d'après vous ?

Il y a un problème au Maroc : c'est le droit à l'information. On ne sait pas réellement ce qui se passe. Les avocats ne sont pas toujours présents lorsque les personnes sont arrêtées. Les journalistes qui font de l'investigation ne sont pas bien accueillis au Maroc. Ils ont des problèmes, leurs journaux connaissent des problèmes. Ils sont réprimés d'une façon ou d'une autre. Je ne peux donc pas donner de chiffres mais parler de dossiers que nous avons suivis en tant que défenseurs des droits de l'homme. Il y a des cas de personnes qui se sont retrouvées en prison suite à des procès inéquitables, ou en tout cas il n'y avait aucune preuve qu'ils faisaient partie de courants violents. Mais lorsqu'ils sont sortis, ils sont devenus violents parce qu'ils ont été encadrés dans les prisons par des personnes qui prêchaient pour la violence. Je ne justifie pas le fait qu'ils soient devenus violents mais j'explique les raisons qui font qu'ils se retrouvent dans des réseaux. Ils sont encadrés, endoctrinés au sein de la prison. Et la prison ne joue pas son rôle de réintégration. 

Le Maroc a une image relativement positive à l'étranger, surtout lorsqu'on le compare à ses voisins en difficultés depuis 2011. Quel bilan du « printemps arabe » y dressez-vous ?

C'est vrai que le Maroc a toujours travaillé son image. Et il est prêt à tout pour soigner cette image, y compris avoir des amis dans les instances qui vont davantage la soigner. Les documents du hacker Chris Coleman montrent bien quelles sont les méthodes utilisées par le Maroc pour avoir cette image-là. Il y a aussi cette comparaison avec les autres pays de la région. 

Les indicateurs au niveau de la région montrent que beaucoup de pays sont mieux classés, notamment la Mauritanie, pour la liberté d'expression. Il y a aussi les indicateurs de droits des femmes annoncés par le Sommet économique mondial où le Maroc est classé parmi les dix derniers pays qui offrent l'égalité des chances entre les hommes et les femmes. Pour le développement humain, le Maroc est 126e. Donc cette image qu'il soigne et qu'il essaie de montrer comme étant bonne, les indicateurs ne la reflètent pas. Avec cette vague de répression contre les défenseurs de droits humains lancée ces derniers mois, les rapports des ONG internationales ont beaucoup changé. Le Réseau euro-méditerranéen des droits de l'homme, la FIDH, Amnesty International dans son rapport sur la torture en 2015, Human Rights Watch, ont émis des rapports très critiques sur le Maroc. Maintenant, même les ONG internationales ont des problèmes avec le Maroc. Deux enquêteurs d'Amnesty International ont été expulsés. Human Rights Watch n'est plus acceptée. La représentante de la Fondation Friedrich Naumann a été forcée de quitter le Maroc. Les ONG internationales ont du mal à travailler au Maroc. Même s'ils soignent cette image, ça ne peut pas durer. Et les pays européens défendent leurs intérêts et ferment les yeux sur ces violations. Ils savent que tout cela est une fausse image mais ils continuent à ne pas faire pression sur le Maroc parce qu'ils ont des intérêts communs. Ils ferment aussi les yeux sur la répression des migrants parce que ça les arrange. Ils ont besoin des services du Maroc dans la lutte antiterroriste. Ils ferment les yeux sur les abus des autorités parce qu'ils en profitent. 

La transition démocratique fait-elle partie du passé ?

Même ceux qui ont toujours parlé de la transition sont de plus en plus convaincus qu'il n'y en a pas eu. On parle de démocratisation du Maroc depuis les années 1970. Les indicateurs, comme je le disais précédemment, montrent qu'il n'y a pas de démocratie, que l'on travaille plus sur l'image. Il y a beaucoup de discours mais au niveau de l'impact des mesures prises et des politiques pour les libertés et les droits humains, la réalité montre que nous sommes loin d'une démocratie et loin d'une volonté politique pour mettre en place les bases d'un État de droit. Même dans la nouvelle Constitution, qui a été saluée partout, il n'y a aucune base pour un véritable État de droit. La base de la démocratie, c'est la séparation des pouvoirs. Elle n'est pas acquise au niveau de la Constitution. La monarchie continue à être omniprésente. Le roi préside un ensemble d'institutions exécutives, législatives, religieuses, sécuritaires. On a attendu que le rapport de forces soit de nouveau en faveur des autorités pour sortir les lois organiques et on est en train de sortir des lois qui sont en contradiction avec la Constitution. Par exemple, le droit de l'information est une chose acquise dans la Constitution (article 27), mais on ne voit pas la concrétisation de ce droit au niveau des lois puisqu'il le projet de loi en cours de préparation contient énormément de conditions pour avoir accès à l'information. Une association qui forme des journalistes d'investigation a d'ailleurs des problèmes avec les autorités. On ne veut donc pas de journalisme qui permette au citoyen d'avoir accès à l'information. 

Vous militez depuis maintenant vingt-cinq ans. Vous avez reçu le prix des Nations unies pour les droits de l'homme, une véritable consécration. Mais au Maroc, vous avez subi la diffamation, la violence parfois, lors de manifestations. Avez-vous parfois envie de laisser tomber ? 

Non, ça jamais ! Tout d'abord, il faut dire qu'être victime de diffamation, c'est une nouvelle forme de répression dont je ne suis pas la seule victime. Un ensemble d'activistes en sont victimes. Il y a des organes de presse qui ne travaillent que sur ça. Ils sont spécialisés dans ce genre d'articles. Tout le monde les connaît. Je ne laisserai jamais tomber. C'est un devoir de militer pour les libertés dans son pays. C'est un devoir de citoyen.

Que pensez-vous avoir accompli en tant que militante ?

Je crois que l'on n'est jamais satisfait de ce que l'on fait quand on est militant. On pense toujours qu'on aurait pu faire mieux, qu'on devait faire encore plus. Mais je crois que le fait d'avoir contribué en tant que militante et présidente avec tous les militants à bâtir une ONG comme celle-là, c'est très valorisant. On sent qu'on a fait quelque chose pour notre pays. Un journaliste avait dit : « Comment peut-on imaginer le Maroc sans l'AMDH ? » Ce n'est pas pour dire que c'est la seule ONG qui milite au Maroc. Mais l'avoir bâtie et surtout avoir contribué à encourager les jeunes à militer dans une conjoncture où la jeunesse est très loin de l'action politique, l'action organisée, et voir cette jeunesse à l'avant-garde du Mouvement 20-Février… On est fiers de ce travail.

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 20:44

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Le Burkina Faso abandonne le coton transgénique

Quand Monsanto ne comprend plus

11 février par Maurice Oudet

 

Antoine Doyen - Flickr cc

 

Voici une nouvelle de grande portée. D’abord pour le Burkina Faso et ses producteurs de coton, qui seront à nouveau maître de leur semence. Mais aussi pour le monde entier.

Car le coton Bt burkinabè n’a pas répondu aux espoirs que l’on mettait en lui. Monsanton a introduit le « gène Bt » dans des semences burkinabè, en pensant que cela n’allait pas affecter la qualité du coton produit. Mais le coton burkinabè, apprécié entre autres par la longueur de ses fibres, est devenu un coton tout ordinaire, sans intérêt et sans débouché commercial. Et Monsanto ne comprend plus rien. Leur fameux principe ( dit « principe d’équivalence en substance » voir la note en bas de page) disait qu’en ajoutant seulement un gène, on ne change pas le produit, et qu’il n’y a pas besoin de s’inquiéter. Si Monsanto ne comprend pas... nous, nous comprenons que nous avions raison de nous inquiéter, comme l’avait montré le docteur Arpad Pusztai en étudiant les effets produits sur des rats par la consommation de pommes de terre transgéniques (« Le monde selon Monsanto » de Marie-Monique Robin, page 195 et suivantes).

Ci-dessous la Traduction de l’article de GeneWatch « Burkina Faso abandons GM Bt cotton », publié le 28 janvier 2016. Traduction en français publiée par Les Amis de la terre le 29 janvier.

Le Burkina Faso a décidé d’abandonner le coton Bt transgénique, ce qui pourrait fortement influencer l’avenir des cultures GM en Afrique de l’Ouest. Le pays a en effet commencé à éliminer complètement le coton transgénique, en invoquant la qualité inférieure des fibres de coton, obtenus avec ces cultivars GM. coton btburkina L’historique de cet échec majeur est documenté dans un rapport rédigé par Brian Dowd-Uribe, professeur assistant au Département d’études internationales de l’Université de San Francisco et Matthew A. Schnurr, professeur assistant au Département des études internationales sur le développement de l’Université de Dalhousie.

Le rapport a été rendu public par le journal African Affairs qui est édité par Oxford University Press. Ce rapport retrace le déclin rapide du coton au Burkina Faso, après que le coton GM y ait été introduit. A l’époque, le coton burkinabé était réputé pour sa qualité supérieure et résultait d’un programme de sélection non GM couronné de succès, lancé par le gouvernement français et s’étendant sur 70 années.

Le principal objectif du programme de sélection était de créer des cultivars qui soient bien adaptés aux conditions de culture de l’Afrique de l’Ouest et qui présentent les caractéristiques désirées pour une qualité supérieure, comme un taux élevé lors de l’égrenage (pourcentage des fibres de coton recherchés par unité de poids de coton livré à l’usine) et des fibres longs.

 

Le coton GM Bt a précipité la baisse de la qualité

Lorsque le Burkina Faso a commencé à cultiver du coton Bt dans des essais en plein champ, les responsables étaient satisfaits de la qualité du coton, peut-on lire dans le rapport. Les qualités pour lesquelles le coton burkinabè était célèbre étaient maintenues.

Le coton Bt fut commercialisé au Burkina en 2009. Cependant, lors de la première année de commercialisation, les responsables burkinabè remarquèrent une baisse dans la longueur des fibres et le taux de fibres. Les employés de Monsanto mirent cela sur le compte du stress hydrique et d’autres problèmes météorologiques. Pourtant, le problème de la qualité persista, et lors de la saison 2014/2015, les deux tiers de la production nationale étaient classés comme étant de qualité inférieure et de longueur moyenne, un seul tiers conservant son classement comme fibre de longueur moyenne à grande. Le taux de fibres se situait bien en dessous des 42% obtenus par les cultivars non-OGM.

Les auteurs de ce nouveau rapport concluent que la diminution de la longueur des fibres « a sapé la réputation du coton burkinabè et lui a fait perdre de sa valeur sur les marchés internationaux. Si l’on ajoute à cela la baisse de la quantité globale de fibres due à un taux de fibres plus faible, ces caractéristiques d’une qualité inférieure des cultivars GM ont compromis la position économique des compagnies cotonnières burkinabè. »

L’expérience du Burkina Faso montre clairement qu’en se focalisant sur les rendements, on passe à côté de facteurs essentiels pour le succès de la plante. Le rendement au Burkina était élevé. Lors des dernières périodes de culture, il fut produit plus de 700 000 tonnes de coton, alors que le voisin malien n’en produisait que 500 000. Pourtant, en l’espace de quelques mois, l’ensemble de la production malienne fut vendu sur le marché international, alors que la plus grande partie de la production burkinabè attendait toujours preneur. Un responsable de haut rang déplorait cette situation : « À quoi cela sert-il d’être le premier producteur, si on ne peut pas vendre notre coton ? »

 

Effets inattendus de la manipulation génétique

L’historique du déclin du coton burkinabè renvoie à un problème inhérent au processus de la manipulation génétique, ce que l’on appelle les effets pléiotropiques : les gènes introduits influencent des gènes qui apparemment ne semblent pas leur être liés.

En théorie, comme le note le rapport, l’introduction du gène Bt dans le germoplasme du coton burkinabè devrait produire des récoltes identiques à celles des lignées parentales avec toutes leurs caractéristiques, à part le fait que le trait inséré confère à cette plante la résistance aux insectes. Mais en réalité, l’introduction du trait Bt dans la variété locale de coton a interféré avec certaines de ses caractéristiques les plus importantes. Les scientifiques de Monsanto « ne savent pas comment expliquer précisément les mécanismes à la source de ces problèmes ».

 

Les compagnies cotonnières perdent patience avec Monsanto

Monsanto essaye toujours de trouver une solution à ce problème, y compris en recroisant ses variétés Bt avec un nouveau cultivar local. Entre temps, les compagnies cotonnières burkinabè ont perdu patience et repris les choses en main. Dowd-Uribe et Schnurr expliquent dans leur rapport : « Frustrées face à l’incapacité de Monsanto de déterminer les causes de la baisse de qualité et d’y remédier, les compagnies ont établi un calendrier pour abandonner le coton Bt et pour revenir aux cultivars burkinabè ».

Les compagnies prévoient de réduire la quantité de semences de coton Bt commercialisées, de 53 % en 2015/2016 à 30% en 2016/2017, avec comme objectif d’atteindre un retour complet au coton non-OGM à temps pour la saison 2017/2018. Elles réclament aussi 280 millions de dollars de compensation à Monsanto, en contre partie des pertes dues à la baisse de qualité depuis 2010.

 

L’Afrique va-t-elle se détourner des OGM ?

Dowd-Uribe et Schnurr concluent que l’abandon par le Burkina Faso du coton GM pourrait bloquer, voire même mettre fin à certaines négociations menées pour adopter le coton GM par d’autres pays africains qui ont les mêmes inquiétudes quant à la qualité du coton.

Ils vont même plus loin, en ajoutant que, sur le continent africain, le revers du coton GM pourrait entamer la confiance de l’opinion publique dans les plantes GM en général, à un moment où de nombreux pays africains sont confrontés au choix d’adopter ou pas cette technologie.

Nous aurons sûrement l’occasion de revenir sur cette information, qui met à mal « le principe d’équivalence en substance », et cela par une expérience qui s’étale sur plusieurs années, et réalisée à l’échelle de tout un pays.

C’est l’occasion de lire ou de relire le livre de Marie-Monique « Le monde selon Monsanto », tout spécialement le chapitre « L’incroyable tour de passe-passe du « principe d’équivalence en substance » », page 161. En voici un extrait :

« En d’autres termes : les OGM sont grosso modo identiques à leurs homologues naturels. Et c’est précisément ce « grosso modo », somme toute surprenant de la part d’un microbiologiste, qui rend le principe d’équivalence en substance suspect aux yeux de ceux qui dénonce sa vacuité, comme Jeremy Rifkin, le directeur de la Fondation pour les tendances économiques, qui fut l’un des premiers à s’opposer à la biotechnologie : « A l’époque, à Washington, si vous fréquentiez les mêmes bars que les lobbyistes, vous les entendiez rire de tout cela. Tout le monde savait que c’était n’importe quoi, ce « principe d’équivalence en substance ». C’était simplement une façon pour ces sociétés – et surtout Monsanto – de mettre rapidement leurs produits sur le marché avec le moins d’interférence gouvernementale possible. Et je dois dire qu’ils ont très bien su défendre leurs intérêts. »

Koudougou, le 2 février 2016
Maurice Oudet
Président du SEDELAN

 

 

Auteur.e

Autres articles en français de Maurice Oudet (1)

De Bandiagara à l’Office du Niger

15 juillet 2009, par Maurice Oudet

 

 

Source : http://cadtm.org

 

 

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 19:41

 

Source : http://www.marianne.net

 

Déchéance de nationalité : quand la France dit oui, la Suède dit non à l'extrême droite

 
 
Le jour même où les députés français votaient l'introduction dans la Constitution de la déchéance de nationalité pour les terroristes, leurs homologues suédois rejetaient mercredi un amendement similaire. Proposé par la gauche ici, il l'était là-bas par… l'extrême-droite.
 
Les députés français ont voté en faveur de la déchéance de nationalité. - Sipa
 

Cruel coïncidence pour Hollande et Valls. Alors que, sur leur proposition, les députés français votaient mercredi l'introduction dans la Constitution de la déchéance de nationalité pour les auteurs de crimes ou délits en lien avec le terrorisme, la Suède a rejeté dans le même temps un amendement similaire. Lequel avait été proposé par les "Démocrates de Suède" qui, comme ne l'indique pas leur nom, est le parti d'extrême droite là-bas.

L'amendement en question était proposé dans le cadre d'un projet de loi antiterroriste. Comme la France, Stockholm renforce son arsenal pénal, en punissant par exemple désormais de deux ans de prison un départ vers l'étranger afin de participer à une entreprise terroriste. Sont aussi durcies les peines pour divers délits en lien avec le terrorisme. En revanche, pour la déchéance de nationalité, c'est "inte" ("non", en suédois). Cette mesure a été rejetée sans ambiguïté, par 45 voix pour et 236 voix contre. En fait, seuls les députés d'extrême droite ont voté en sa faveur. Tout le contraire, donc, de ce qu'il s'est passé en France…

Que disait l'amendemanet suédois ? Le parti anti-immigration souhaitait introduire "la possibilité de retirer la nationalité suédoise à une personne condamnée pour un délit en lien avec le terrorisme (...) même si cela la rend apatride". Si, en France, les références aux binationaux et à l'apatridie ont disparu du texte voté à l'Assemblée, l'idée avait bien été portée par François Hollande devant le Congrès le 15 novembre. Et le président du Sénat Gérard Larcher (LR) a d'ores et déjà annoncé la volonté d'y revenir. Dans ce cas, le projet de loi français redeviendra l'exacte copie de l'amendement suédois rejeté. Pour un gouvernement qui ne cesse de brandir la portée "symbolique" de cette modification constitutionnelle, en voilà un symbole !

 

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 14:23

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

« Révolution des guitares » à Alger : « La rue nous appartient »

 

 

 

 

L’arrestation d’un musicien de rue à Alger a provoqué l’ire des internautes algériens. En réaction, des jeunes ont organisé la « révolution des guitares ».

 
 

(D’Alger) Un mètre carré de scène de rue, les doigts qui frétillent quelques airs sur une guitare, la mine joviale sous un chapeau feutré, Mohamed Dadah, alias Moh Vita Boy, est arrêté puis embarqué par la police dans l’après-midi du 14 janvier, près de la place Audin au centre d’Alger.

Motif  : le jeune chômeur de 29 ans est accusé de « mendicité professionnelle » et « d’occupation illégale de l’espace public sans autorisation ». L’un des rares artistes de rue d’Alger, qui joue pour quelques sourires et quelques deniers déposés dans la housse de sa guitare, sera relâché une heure après.

 

Moh Vita Boy

Moh Vita Boy - ALGERIEVUEDENBAS
 

Interrogé le lendemain par Rue89, Moh Vita Boy raconte  :

« Les policiers me voient d’avantage comme un mendiant que comme un artiste de rue. Pour me dissuader de jouer, ils m’ont chassé dans les rues alentours près de la Grande Poste ou dans la rue Hassiba Ben Bouali en m’ordonnant de ne plus revenir jouer à Audin.

J’ai eu le droit à plusieurs avertissements et à plusieurs PV avant de me faire arrêter comme un criminel. Au commissariat, ils m’ont dit de ne plus jouer dans la rue sans autorisation. Mais j’y retournerai quand même le temps d’en avoir une, je n’abandonnerai pas. »

Emmené sous les yeux des passants, la nouvelle de l’arrestation se propage rapidement et provoque un tollé sur les réseaux sociaux. Le soir de l’arrestation, Idir Tazerout et Mehdi Mehenni, deux journalistes algériens, décident de descendre place Audin pour improviser une session musicale contestataire, filmée avec les moyens du bord dans le froid nocturne.

 

 

Lien de la vidéo ici

 

« On réprime les artistes »

La vidéo comptabilise plus de 28 000 vues sur la Toile et marque le début d’un pic de critiques sur les réseaux sociaux vis à vis des « policiers et des religieux zélés » et des « politiques qui laissent faire » au lieu de « s’attaquer aux vrais délinquants et criminels ».

Sur Facebook, Djamel Eddine-Oulmane, un médecin à la retraite de 62 ans, s’insurge  :

« Hier, deux “barbus” se sont mis à sermonner des musiciens dans la rue en plein centre d’Alger, du côté de la fac centrale. Aujourd’hui, des policiers ont embarqué le jeune musicien qui met souvent de l’ambiance à Alger au même endroit. Au lieu de s’attaquer à un musicien qui réchauffe les cœurs des Algérois, les services de police seraient plus inspirés s’ils s’attaquaient aux barons du commerce informel et aux milliardaires alliés et soutiens du pouvoir qui ont coulé l’Algérie et l’espoir de toute une génération. Bienvenue en Hogra-land [“Hogra” en arabe dialectal algérien signifie abus de pouvoir, ndlr]. »

Moh Vita Boy confirme que des religieux l’ont aussi sermonné :

« Des religieux sont venus me voir à plusieurs reprises pour m’inciter à arrêter de jouer de la musique en précisant que je commettais un péché. Je me suis dit “elle est bonne celle-là”. Je sais ce que je suis, ils perdent leur temps. »

 

Apartheid musical

Plus politique, dans un post Facebook, Hakim Laalam, un journaliste algérien, pointe du doigt les incohérences du système politique local : « L’Algérie est le pays où se pratique le plus l’apartheid musical. Une derbouka peut te propulser au septième ciel. Une guitare te conduire au commissariat. Do ré mi... », fustige-t-il en référence à Amar Saadani, le secrétaire général du Front de libération national (FLN) qui, avant de gravir les échelons, jouait de la derbouka (tambour traditionnel répandu en Afrique du Nord).

A ce titre, Amar Saadani deviendra pour l’occasion la tête de turc des caricaturistes, qui n’ont pas lésiné sur les coups de crayons à son sujet et à l’occasion, sur celui du sort des Algériens.

 

Le hic merci !

 

 

Le site d’information satirique algérien El Manchar met aussi son grain de sel en annonçant que le secrétaire général du FLN organisera une mobilisation de rue au rythme de la derbouka.

Avec leur plume, leur guitare et leur voix, des artistes manifestent un soutien plus poétique et musical au « mendiant professionnel de l’amour et du bonheur ». Des vidéos émanant d’artistes vivant en Algérie et en France font aussi le tour des réseaux sociaux. En voici une de Paris  :

Le groupe algérien Djmawi Africa a offert place Saintt-Michel un concert de rue en soutien à Moh Vita
 

Mobilisation réussie

Dans le même esprit, Idir Tazerout poursuit avec ses amis militants ce qu’il nomme « la révolution des guitares » en lançant également sur Facebook un « rendez-vous d’expression musicale libre » au son des guitares, des derboukas et d’autres instruments.

Pari réussi  : plusieurs dizaines de jeunes ambiancés danseront sur le pavé, devant les caméras de télévision, les smartphones connectés et le regard de deux policiers en civil.

 

Le quotidien national algérien Le Soir d’Algérie titrera son papier en reprenant une des revendications majeures du mouvement  : « La rue nous appartient  ! »

L’engouement général finit par attirer l’attention des autorités. Le lendemain de l’événement, Abdelhakim Bettache, le maire d’Alger-Centre, décide d’accorder à Moh Vita la fameuse autorisation qui lui permettra de jouer librement dans la rue sans être appréhendé.

 
 
 
 

Manifestation pour l'ART LIBRE - Alger 16 01 2016
© Mehdi Hachid.

 

A cette occasion, le maire invite « l’ensemble des artistes et tous les musiciens à se rapprocher de ses services pour qu’ils puissent leur délivrer des autorisations dans le cadre des lois de la République. C’est une très bonne chose de voir tous ces artistes animer les ruelles d’Alger-Centre ».

 

« Une victoire pour l’art libre »

Sur la Toile, on crie victoire pour l’art libre, celle de la rue, « berceau de la culture indépendante ». Le journaliste Idir Tazerout commente :

« Je suis heureux de voir qu’avec si peu de moyens, on peut mobiliser du monde et mener des actions aussi positives pour notre société. Facebook est devenu une plateforme militante essentielle dans le pays. Le réseau avait déjà son prouvé son efficacité lors de l’initiative des cadenas de l’amour, qu’on avait organisé au “pont des suicides” de Telemly (Alger-Centre). Un événement lors duquel les islamistes radicaux avaient promis de nous lyncher via leur soutien médiatique.

Cependant, il faut continuer de protéger nos espaces de liberté qui sont menacés. Avec la révolution des guitares, je pense que nous avons réussi une bonne démonstration de force. »

Ammar Kessab, membre du Groupe de travail sur la politique culturelle en Algérie, un collectif indépendant, partage également sa joie dans un statut Facebook  :

« Hier, quelque chose a changé en Algérie. Observateur attentif de la pratique culturelle en Algérie depuis plusieurs années, je peux vous dire que le mur de la peur qui protégeait la forteresse de la culture officielle a été brisé par des jeunes artistes talentueux, par un public solidaire. La liberté d’expression artistique a triomphé. [...] J’invite les Algériens des autres villes du pays de faire de même. La rue vous appartient. Soyez libres. »

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 19:01

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Dix histoires étonnantes trouvées dans un rapport de la Banque mondiale

 

 

 

 

Des SMS pour aider les profs en Papouasie, le phénomène des « villages Taobao » en Chine, le fabuleux destin du Pakistanais Usman Riaz... et 7 autres histoires.

 

Les bienfaits de l’économie numérique profitent surtout aux plus aisés et aux plus influents : c’est le constat du récent rapport de la Banque mondiale consacré aux « dividendes du numérique ».

 

Couverture du rapport de la Banque mondiale

Couverture du rapport de la Banque mondiale
 
 

Malgré l’essor des technologies, la fracture numérique reste profonde – 60% de la population mondiale n’a pas accès à Internet.

 

« La “connectivité pour tous” reste un objectif important et un énorme défi, mais les pays doivent aussi créer des conditions favorables à la technologie pour en tirer le meilleur profit », lit-on en conclusion.

Au-delà de ces constats, le rapport de 359 pages, très riche, fourmille d’infos et d’exemples sur la manière dont le numérique s’immisce dans les sociétés. Rue89 en a extrait 10.

 
 

1 En Papouasie-Nouvelle-Guinée, des SMS pour aider les profs

 

« Dans de nombreuses communautés à faibles ressources, la meilleure technologie est celle que les gens ont déjà, savent comment utiliser et peuvent se payer. » La plupart du temps, il s’agit du téléphone portable. Le SMS Story Project développé dans la Papouasie-Nouvelle-Guinée rurale en est un bon exemple.

« Les régions en question sont caractérisées par la pauvreté, un niveau d’alphabétisation bas, l’isolement géographique, la diversité linguistique (plus de 800 langues sont parlées à travers l’île), une faible qualité d’enseignement et un manque de matériel d’apprentissage et d’outils pédagogiques.

Beaucoup de classes dans les milieux ruraux ont peu de livres – et certaines pas du tout. Peu d’élèves atteignent le niveau de lecture escompté et les enseignants ne savent souvent pas quelle matière ils sont censés expliquer durant une semaine donnée – ou comment l’enseigner efficacement. La plupart d’entre eux ont, cependant, des téléphones mobiles. »

L’objectif du SMS Story project est d’aider et motiver les profs. Ainsi, tous les jours, ils reçoivent des textos contenant des histoires et des astuces pour les aider à améliorer le niveau de lecture des élèves. Le projet a fonctionné :

« Le niveau de compréhension en lecture a sensiblement augmenté et cela a permis de réduire de moitié le nombre d’enfants qui ne pouvaient rien lire du tout. »

 
 

2 L’histoire des « villages Taobao »

 

« Le phénomène observé à Shaji est la meilleure illustration de la croissance dynamique et de la diffusion rapide du commerce électronique en Chine. D’une économie basée sur l’élevage porcin dans les années 80, le village de Dongfeng dans la commune de Shaji (province du Jiangsu) est passé au recyclage des déchets plastiques dans les années 90.

En 2006, un émigré de retour au village ouvre une boutique en ligne de meubles ordinaires. Son succès encourage d’autres villageois à faire de même et dès la fin de 2010, le village compte six ateliers de fabrication de panneaux, deux ateliers de pièces métalliques, quinze entreprises de logistique et de transport et sept magasins d’ordinateurs desservant 400 ménages engagés dans la vente en ligne partout en Chine, et même dans les pays voisins.

Shaji est l’un des premiers “villages Taobao” – du nom d’une plateforme de commerce en ligne gérée par le groupe Alibaba – où au moins 10% des ménages font du commerce électronique. Les villages Taobao, et plus généralement l’essor du commerce électronique en Chine, montrent comment l’Internet favorise l’inclusion, l’efficacité et l’innovation. »

 
 

3 L’histoire d’Usman Riaz, jeune musicien pakistanais

 

« Usman Riaz a débuté les leçons de piano à l’âge de 6 ans au Pakistan. Il a plus tard voulu découvrir d’autres instruments et d’autres styles musicaux mais il ne trouvait pas le bon professeur dans son pays.

A défaut, en regardant des vidéos en ligne, il a appris tout seul la guitare percussive, une technique mêlant l’utilisation des cordes et du corps de l’instrument pour jouer des percussions. Riaz a aussi utilisé Internet pour partager sa musique.

Sa chanson “Fire Fly” est devenue virale en 2011. Une année plus tard, il jouait sur scène à Edimbourg avec Preston Reen, l’une de ses idoles. »

Usman Riaz, 25 ans, parle de son parcours (et d’Internet) dans cette conférence Tedx :

« Internet a été mon prof de musique. »

Il explique avoir regardé des centaines et des centaines de vidéos, en fermant les yeux pour déchiffrer chaque note ou en stoppant la lecture pour observer la position des doigts d’un musicien.

« Excepté mes leçons de piano, j’ai appris tout ce que je sais en musique en regardant les autres [...] jouer en ligne. »

Conférence TedX d’Usman Riaz

 

 
 

4 900 millions de cartes d’identité numérique en Inde

 

Ces cinq dernières années, près de 900 millions d’Indiens ont obtenu une carte d’identité numérique. Elles servent notamment à ouvrir des comptes en banque, contrôler l’assiduité des fonctionnaires et identifier les bénéficiaire de subventions publiques.

Le projet d’état civil numérique, surnommé Aadhaar, a été lancé en septembre 2010 par Nandan Nilekani, pionnier de l’informatique en Inde et cofondateur de la multinationale Infosys.

La Moldavie, le Nigeria, l’Estonie ou Oman ont mis en place des systèmes similaires d’identification numérique.

« Au Nigeria, les cartes d’identité numériques ont révélé l’existence de 62 000 “fonctionnaires fantômes”, permettant ainsi d’économiser un milliard de dollars par an. [...]

En Estonie et dans d’autres pays, des milliers de types de transactions publiques et privées sont contrôlés à l’aide d’un système unique d’identification électronique, y compris les contrats ayant force exécutoire et les scrutins nationaux. »

 

 

5 Ce que font les agriculteurs tanzaniens sur leur mobile

 

En Tanzanie, dans la région des grands lacs, les téléphones portables ont été utilisés par 60 groupes d’agriculteurs (Digital Early Warning Network) pour lutter contre les maladies du manioc.

« Chaque agriculteur a une carte prépayée sur son téléphone et a été formé pour reconnaître les premiers symptômes de la maladie du manioc et de la maladie de la striure brune.

Les agriculteurs utilisent leur téléphone portable pour envoyer chaque mois des messages aux chercheurs. En retour, ils reçoivent des conseils sur la manière de contrôler la maladie et les chercheurs se déplacent quand plus de 10% des membres du groupe rapportent la maladie. »

 

6 Open data : la déforestation en temps réel

 

Le rapport de la Banque mondiale consacre un chapitre au « big data ».

« Des volumes considérables de données sont aujourd’hui transmis à grande vitesse par une variété de sources – des satellites aux capteurs et du “nuage” aux vastes collectivités d’utilisateurs.

L’analyse des “big data” sert à améliorer la gestion de la circulation routière, à estimer les agrégats macroéconomiques [...], à suivre la propagation des épidémies ou à améliorer les services de notation du crédit et le jumelage emploi-travailleur. »

Global Forest Watch est l’un des exemples cité dans le rapport : c’est un outil qui permet de suivre, quasiment en temps réel, la déforestation dans le monde à travers une carte interactive.

Nous avons déjà eu l’occasion de vous en parler : ce site, lancé en février 2014, peut permettre de détecter des activités illégales. Il s’appuie s’appuie notamment sur des données satellites très précises (lire aussi l’article du Guardian). Les internautes peuvent ensuite télécharger gratuitement ces données et aussi partager leurs témoignages.

 

Capture d'écran de la carte interactive de Global Forest Watch

Capture d’écran de la carte interactive de Global Forest Watch
 
 

7 Des « leçons d’agriculture » en ligne

 

Digital Green est une ONG qui dispense des formations en Inde ou en Afrique grâce à une plateforme de vidéos produites localement. Objectif : faciliter l’échange de savoirs traditionnels agricoles.

« Des locaux filment des paysans du coin qui font une démonstration d’une technique agricole utile ou une pratique de santé. Comme la préparation de semences, des améliorations pour la production de lait chez les bovins ou la manière de réhydrater un enfant souffrant de diarrhée.

Les vidéos sont mises en commun sur Internet. Elles sont ensuite téléchargées pour être montrées et expliquées lors d’assemblées locales. »

Présentation de Digital Green (en anglais)

Le programme lancé en 2008 a permis d’atteindre 660 000 personnes dans 7 645 villages (avril 2015).

8

Des SMS aux femmes enceintes en Ethiopie

 

Dans le rapport de la Banque mondiale sont évoquées plusieurs expérimentations dans le secteur de la santé. Cela passe notamment par le recueil et l’actualisation en temps réel de données.

« Au Ghana, au Kenya, en Tanzanie et en Zambie, les agents de santé signalent les médicaments de contrefaçon et les ruptures de stock avec leurs téléphones mobiles. Regroupées dans une base de données centrale et recensées géographiquement, ces informations aident les administrateurs à remédier aux pénuries de médicaments et d’équipements. »

Sont aussi évoqués des systèmes automatisés de messagerie mobile.

« [Elles] se sont avérés efficaces au Malawi pour rappeler aux patients infectés par le VIH de prendre leurs médicaments et en République démocratique du Congo pour diffuser des informations en santé maternelle. »

Autre exemple en Ethiopie, où plus de 80% de la population vit en dehors des villes. Depuis 2003, le gouvernement a formé et déployé 40 000 travailleurs de la santé (Health Extension Workers) dans les zones rurales ou difficiles d’accès.

« Ces travailleurs sont cependant souvent isolés et peinent à classer par ordre de priorité l’urgent et l’imprévisible pendant les grossesses et les soins postnatalux »

Ces travailleurs enregistrent désormais les femmes enceintes et les nouveaux-nés dans une plateforme (Frontline SMS), mise en place par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l’université Addis Abeba. Les femmes enregistrées reçoivent automatiquement des SMS pour leur rappeler les rendez-vous importants et suivre les stocks de médicaments.

« Une évaluation a montré qu’en utilisant le réseau mobile existant et des téléphones à bas coût, le système a amélioré la capacité des travailleurs sanitaires à fournir un service et a amélioré aussi les résultats en termes de santé.

Plus de femmes ont obtenu une assistance qualifiée lors de leur accouchement, plus de femmes ont accouché dans des centres de santé, et plus de femmes ont reçu des soins prénatals.

Le système a amélioré la capacité des travailleurs sanitaires à répondre à temps et a démontré que dans un endroit où la couverture Internet est faible, les téléphones portables sont un excellent moyen d’améliorer les performances d’un système de santé. »

Le Cameroun, le Malawi ou le Rwanda ont lancé des initiatives similaires toujours dans le but de réduire le taux de mortalité infantile et maternelle.

9

Pas d’eau salubre mais des téléphones mobiles

 

Le nombre d’internautes a plus que triplé en dix ans jusqu’à atteindre 3,2 milliards d’utilisateurs fin 2015. Que ce soit Internet ou les téléphones portables, les technologies numériques se sont répandues rapidement.

« Dans les pays en développement, les ménages qui possèdent un téléphone mobile sont plus nombreux que ceux qui ont accès à l’électricité ou à de l’eau salubre. »

Pour autant, parmi 7,4 milliards d’individus peuplant le globe, les déconnectés représentent une majorité :

  • 4 milliards n’ont pas accès à Internet ou pas les moyens de se l’offrir (en République centrafricaine par exemple, un mois d’accès internet représente plus de 1,5 fois le revenu annuel par habitant) ;

Si l’Inde et la Chine sont les pays les plus concernés, plus de 120 millions de personnes ne sont toujours pas connectées en Amérique du Nord. La fracture est également forte à l’intérieur même de certains pays.

  • 2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas de téléphone portable ;
  • 1/2 milliard vivent dans des zones qui ne reçoivent pas de signaux mobiles.

Capture du rapport de la Banque mondiale sur les dividendes numériques

Capture du rapport de la Banque mondiale sur les dividendes numériques

A noter que dans les pays en développement, les téléphones portables, très répandus, sont le principal moyen d’accéder à Internet.

10

Hong Kong contribue plus à Wikipédia que toute l’Afrique réunie

 

Tandis que la population mondiale est davantage connectée, les inégalités en termes d’accès à l’information restent fortes. 

« On compte davantage de contributions à Wikipédia depuis Hong Kong que depuis l’ensemble de l’Afrique, alors que ce continent compte 50 fois plus d’internautes. »

Autre exemple frappant : 85% des contenus générés par les utilisateurs et indexés par Google viennent des Etats-Unis, du Canada et de l’Europe – « ce qui correspond à la part des revues scientifiques internationales publiées dans ces pays ».

 

En Ouzbékistan, des manuels d'apprentissage imprimés en 7 langues.
En Ouzbékistan, des manuels d’apprentissage imprimés en 7 langues. - Banque de Développement en Asie
 
 
 
 
 
 
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