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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 14:20

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

 

 

Loi Travail : François Hollande peut-il vraiment interdire les manifestations ?

 

 

 

Loi Travail : François Hollande peut-il vraiment interdire les manifestations ?

Des manifestants affrontent les policiers lors de la manifestation contre la loi Travail du 14 juin 2016 à Paris. (ALAIN JOCARD/AFP)

 

L'exécutif a menacé d'interdire les prochaines manifestations contre la loi Travail, après les violences qui ont éclaté en marge du défilé mardi. Une décision légale mais controversée.

 

 

Droit à la sécurité contre droit de manifester. Le bras de fer entre le gouvernement et les syndicats se poursuit sur le terrain des libertés publiques. Après les violences qui ont émaillé le défilé contre la loi Travail mardi 14 juin, le gouvernement a menacé d'interdire les prochaines manifestations. Au cours des affrontements qui ont éclaté en marge du cortège, au moins 29 policiers et 11 manifestants ont été blessés et plusieurs bâtiments ont été caillassés, dont l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris.

Des débordements jugés inacceptables par l'exécutif qui brandit la sanction suprême. François Hollande a fait savoir qu'il n'y aurait plus d'autorisation de manifester si la préservation "des biens et des personnes" ne pouvait être "garantie". "Pour l'instant, elles ne le sont pas, à ce moment-là, les décisions seront prises au cas par cas de ne pas autoriser les manifestations", a affirmé le chef de l'Etat.

Interdiction de manifestation : la CGT tient tête à François Hollande

Dans le viseur du gouvernement, la CGT dont l'attitude envers les casseurs est jugée "ambiguë" par le Premier ministre, Manuel Valls. Le préfet de police de Paris, Michel Cadot, est même allé plus loin en assurant qu'une centaine de militants CGTistes avaient participé à des actes de violence à la fin de la manifestation. Ce dont s'est défendu Philippe Martinez, le patron du syndicat sur France 2 :

 

"La CGT ne porte aucune responsabilité sur ce qui se passe en marge des manifestations. [...] Il n'y a aucune relation entre ce que font les casseurs et les manifestants."

Une interdiction autorisée par la loi

Le gouvernement peut en toute légalité prendre la décision d'interdire une manifestation, et ce même hors état d'urgence. Dans une décision rendue le 19 février dernier, le Conseil constitutionnel a rappelé le cadre de l'interdiction :

"Si l'autorité de police n'a pas d'autre moyen efficace que l'interdiction préventive, celle-ci peut être licite, dès lors que la menace pour l'ordre public apparaît suffisamment et exceptionnellement grave."

Le droit de manifester à proprement parler n'est pas inscrit dans la Constitution française mais est reconnu comme une liberté fondamentale par l'article 11 de la Convention européenne des droits de l'Homme. En France, ce droit est régi par le décret-loi du 23 octobre 1935 qui stipule que :

"Tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes et d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique sont soumis à l'obligation d'une déclaration préalable."

Le texte précise ensuite qu'une manifestation déclarée est susceptible d'être interdite par arrêté préfectoral si elle est de nature "à troubler l'ordre public". Les contrevenants à cette interdiction s'exposent à six mois de prison et à 7.500 euros d'amende.

En outre, le régime d'état d'urgence, prévu par la loi de 1955, étend la possibilité d'interdire les manifestations "à titre général ou particulier" lorsque celles-ci sont de "nature à provoquer ou entretenir le désordre". C'est en vertu de cette loi que des interdictions de manifester individuelles ont été prononcées, pour la manifestation contre la loi Travail du 17 mai dernier, à l'encontre de dix manifestants antifascistes. Le tribunal administratif avait ensuite annulé neuf d'entre elles 24 heures plus tard.

 

Un pari risqué pour un gouvernement de gauche

Même si cette interdiction s'inscrit dans un cadre légal, elle peut constituer un pari risqué pour un gouvernement de gauche. Une telle décision confirmerait ainsi l'impuissance de l'exécutif à sortir de la crise par la voie du dialogue social. Jean-Claude Mailly, le numéro 1 de Force Ouvrière, s'est dit stupéfait qu'un "gouvernement de gauche puisse interdire des manifestations organisées par des syndicats".

 

 

L'annonce a également provoqué l'indignation d'une partie de la majorité pour qui le gouvernement fait montre d'autoritarisme. L'ancien ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, a dénoncé ce jeudi matin sur France Culture la "politique du coup de force permanent" de l'exécutif :

"Vous avez un problème parlementaire, on sort le 49-3. Vous avez une motion de censure sur le point d'être déposée par des parlementaires de la majorité, fait exceptionnel, on sort la machine à sanctionner. Vous avez un problème avec les organisations syndicales, les pétitions, vous leur interdisez de manifester."

Enfin, ce n'est pas parce que la manifestation est interdite qu'elle n'aura pas lieu. Malgré les menaces du gouvernement, les syndicats ont exprimé leur volonté de maintenir leurs prochaines journées de mobilisation nationales prévues les 23 et 28 juin. L'intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, Fidl et UNL) a redit mercredi sa "détermination sans faille" à poursuivre le mouvement et a demandé au gouvernement "de garantir les bonnes conditions d'exercice du droit de manifester". Pour rappel, en dépit de l'arrêté préfectoral interdisant la manifestation du 26 mai à Nantes, les opposants à la loi Travail avaient tout de même défilé dans les rues. 

Maïté Hellio

 

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 13:50

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Loi travail: ce blessé grave qu'ont oublié Valls et Cazeneuve

 
 
 

Les responsables politiques, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve en tête, ont choisi de dire leur indignation devant les dégradations mineures subies par les façades de l’hôpital pour enfants Necker, lors de la dernière manifestation parisienne contre la loi sur le travail. Mais le silence est total sur un manifestant gravement blessé, sans doute par le tir d’une grenade lacrymogène.

 

Les bris de vitrines de l’hôpital pour enfants Necker à Paris, et plus généralement les dégradations massives d’un petit millier de manifestants sur les centaines de milliers qui ont défilé mardi à Paris, ont masqué l’essentiel : l’ampleur de la manifestation. Elles ont aussi rendu invisibles les violences policières alors que, selon nos informations, un manifestant a été sérieusement blessé après avoir été touché par un tir de grenade lacrymogène, selon plusieurs témoignages recueillis par Mediapart.

 

Dans son communiqué diffusé mardi soir, la préfecture de police de Paris indique que « 24 policiers ont été blessés ainsi que 17 manifestants tous en urgence relative. Un des manifestants est en cours d’opération mais son état n’inspire pas d’inquiétude majeure ». Mais selon nos propres sources, au moins 150 manifestants ont été blessés mardi, dont une quinzaine qui ont nécessité une évacuation d’urgence du cortège.

Lors d’une conférence de presse mercredi en fin de journée, le préfet Michel Cadot a cependant indiqué que 11 manifestants avaient été blessés, dont 8 admis dans des hôpitaux, soit déjà 6 de moins que la veille au soir. Sans doute conscient de ces problèmes de décompte qui se répètent à chaque manifestation, le préfet a souligné que d’autres chiffres pouvaient circuler, ses services ne prenant en compte que les informations qui remontent des pompiers ou du Samu.

Revenant sur le manifestant blessé grièvement vers 15 heures au croisement des boulevards Raspail et du Montparnasse, le préfet a indiqué qu’il n’y avait pas de « conséquences lourdes » pour cette personne. Selon nos informations, l’homme souffre d’une fracture d’une vertèbre et a nécessité une greffe de peau et une greffe de chair. Mercredi en fin d’après-midi, on ignorait s’il était toujours sous sédation.

En revanche, selon de nombreux témoignages que nous avons pu recueillir, les circonstances exactes qui ont provoqué cette blessure se sont précisées. Ainsi ce témoignage de S. – qui a souhaité rester anonyme – et qui se trouvait à proximité de l’homme au moment des faits. « Je n’ai pas vu ce qu’il a pris exactement dans le dos mais dès qu’il est tombé, j’ai vu des gens crier “À l’aide” et “Medics” [pour appeler les équipes de street medics ] », explique S. dans un message qu’il nous a envoyé. 

 

L'impact de la grenade qui a brûlé et creusé une large plaie en haut du dos du manifestant grièvement blessé mardi à Paris. © KZH L'impact de la grenade qui a brûlé et creusé une large plaie en haut du dos du manifestant grièvement blessé mardi à Paris. © KZH

 

Thibaud Le Floch, journaliste qui couvrait la manifestation pour LCP, la chaîne parlementaire, témoigne : « J’étais peut-être à trois mètres de lui, un homme massif habillé tout en noir. J’ai vu un objet tomber du ciel et se coincer dans son dos, entre sa tête et son sac à dos. Immédiatement, il a explosé et un gros nuage de fumée s’est dégagé. L’homme s’est tout de suite effondré, face contre terre, sans faire un geste des bras pour se retenir. » « L’objet qui a explosé est une bonbonne grise, qui est arrivée par au-dessus », explique encore le journaliste. Le journaliste a filmé les instants qui ont immédiatement suivi l’explosion, et a bien voulu confier ces images à Mediapart (voir ci-dessous).

© Thibaud Le Floch / LCP

Jointe par téléphone, C. – qui elle aussi n’a pas voulu que son nom apparaisse – est plus précise. « Il y avait des affrontements qui venaient tout juste d’avoir lieu. On voulait rejoindre le groupe de manifestants qui se trouvaient à l’avant pour ne pas voir la manifestation séparée en deux, donc on était en train de courir. Je me suis retournée quand j’ai entendu un bruit. Le mec qui était juste derrière moi s’est effondré avec un bruit épouvantable, un “pschiiiiit”. Il avait un truc fiché dans le dos, entre la colonne et l'omoplate, qui faisait énormément de fumée. Quelqu’un lui a enlevé et il y avait un trou béant dans son dos, son t-shirt avait brûlé. »

Sur la nature de l’objet incendiaire qui a provoqué la blessure, le préfet Cadot a déclaré lors de sa conférence de presse qu’il ne pouvait pas « qualifier » le projectile qui a « touché la colonne vertébrale sans atteindre la moelle épinière ». Mais selon quasiment tous les témoins que nous avons interrogés, il ne fait pas de doute qu’il s’agit bien d’une grenade lacrymogène, envoyée donc par les forces de l’ordre qui se trouvaient non loin de là. Un des street medics qui a pris en charge le blessé en est certain, une ogive grise ayant été trouvée sur place. Notre témoin C. aussi, de même qu’un photographe qui se trouvait sur les lieux et qui a témoigné dès mardi soir sur le site de L’Obs

Le préfet Cadot a indiqué qu’une enquête de l’IGPN avait été ouverte mais qu’« apparemment il n'y avait pas la moindre présence des forces de l'ordre à proximité ». Ce n’est pas ce que montrent les images filmées par les journalistes sur place ni les témoignages recueillis. Dans la vidéo du journaliste indépendant Nnoman ci-dessous (son fil Twitter ici, son facebook là), on voit clairement que les policiers arrivent immédiatement sur place. On voit par ailleurs dans cette vidéo que les personnes qui entourent l’homme à terre sont chassées à coups de matraque. Un autre manifestant est d’ailleurs blessé au crâne et s’effondre.

© Nnoman

Cette vidéo a visiblement échappé à la préfecture de police de Paris. Lors de sa conférence de presse, Michel Cadot a ainsi estimé que « les forces de l'ordre ont fait un travail remarquable ». Lors de la manifestation d’hier, 1 500 grenades lacrymogènes ont été utilisées, ainsi que 175 grenades de désencerclement. Un tir de LBD (successeur du Flash-Ball) est annoncé. Il y a eu 58 interpellations et 41 personnes placées en garde à vue, toujours selon le préfet, dont cinq Allemands et un Italien. 

 

À Necker, des vitres brisées

Il est probable que la plupart d’entre eux ont pris part au plus violent des affrontements de cette manifestation. Il a eu lieu à partir de 15 h 30, au niveau de l’hôpital Necker, à la frontière entre les VIIe et XVe arrondissements, au niveau de l’intersection du boulevard du Montparnasse et de la rue de Sèvres (voir ici le plan de l’hôpital). À cet endroit, la police a stoppé l’avancée du cortège pendant une bonne heure, et a subi au moins pendant vingt minutes des jets de projectile de toutes sortes, et a répliqué massivement à coups de gaz lacrymogènes, avant de disperser les plus violents à coup de canons à eau (cette vidéo donne une bonne idée de l’ambiance générale à ce moment).

Philippe Bonnet, secrétaire général-adjoint du syndicat CGT de l’AP-HP à l’hôpital Necker, était présent à la manifestation avec ses collègues, dont certains étaient devant leur hôpital au moment des affrontements. Il condamne les violences, et raconte : « L’épisode a été très violent, et pas si bref que cela. En remontant le parcours, les casseurs, qui étaient plusieurs centaines, avaient déjà brisé de très nombreuses vitrines, et bombardé la façade de la maison de Solenn, une maison médicalisée pour adolescents, qui dépend de l’hôpital Cochin. Devant Necker, les policiers étaient d’un côté, et les casseurs de l’autre. Ces derniers ont arraché, parfois avec des burins, de grandes parties de bitume juste à côté de la station de métro, et ils avaient aussi quelques pavés en main. Ils ont bombardé pendant de longues minutes les CRS devant la façade de la rue de Sèvres. Ces projectiles ont endommagé la façade en hauteur, du côté de la rue de Sèvres, mais aussi au moins un bus qui était stationné là, et dont les vitres ont été brisées. »

 

Bus et façade de l'hôpital caillassés, le 14 juin, juste après les principaux affrontements. © Rachida El Azzouzi Bus et façade de l'hôpital caillassés, le 14 juin, juste après les principaux affrontements. © Rachida El Azzouzi

 

Durant ces échauffourées, les baies vitrées de l’hôpital, côté boulevard du Montparnasse, ont aussi été endommagées, à hauteur d’homme. Pierre Trouvé, journaliste du Monde.fr, a filmé la fin de cette séquence de dégradation, et l’a diffusée en direct sur Periscope. Le Monde a publié l’extrait en question sur son site. On y voit un homme en noir, cagoulé et seul, porter méthodiquement des coups de masse sur les vitres à sa portée, sur la longueur de la façade. Un autre homme, en blanc, donne deux coups de pied à l’une des vitres. Un dernier homme tente de les arrêter, en criant : « Hé, c’est un hôpital de gosses ! »

Voilà pour les violences qui ont touché l’hôpital. Ce mercredi, de larges bandes adhésives orange et une planche en bois protégeaient les façades vitrées, où l’on pouvait voir par ailleurs trois impacts de projectiles en hauteur. En tout, quinze vitres ont été endommagées, à des degrés divers. Personne n’est entré dans l’hôpital, et très peu de manifestants l’ont visé explicitement. Ce qui n’a pas empêché le gouvernement de marteler son indignation sur ces événements. Peu importe leur impact réel.

 

La façade de l'hôpital Necker, boulevard du Montparnasse, le 15 juin. © D.I. La façade de l'hôpital Necker, boulevard du Montparnasse, le 15 juin. © D.I.

 

Invité sur France Inter mercredi matin, le premier ministre Manuel Valls n’a pas hésité à décrire un hôpital « dévasté ». La ministre de la santé Marisol Touraine a quant à elle condamné dans un communiqué les « dégradations révoltantes de la part de casseurs ». Tous deux se sont rendus sur les lieux dans la matinée. Martin Hirsch, le directeur général de l'AP-HP, a pour sa part dénoncé les « casseurs », qui « ont délibérément visé l’hôpital, en lançant des pavés, sur la façade du bâtiment Laennec, alors même que la signalétique montrait sans ambigüité qu’il s’agit d’un établissement de soins »

« Juste derrière les vitres visées, il y a des blocs opératoires. Pendant ces attaques, il y avait des enfants qui étaient opérés et des équipes soignantes au travail, sous les bruits et les menaces des projectiles. Les soins ont été perturbés », s’est-il indigné. Il est exact que, selon les témoignages recueillis, nombre de personnels et de patients de l’hôpital ont été choqués par le passage de la manifestation et les affrontements. Mais difficile de dire s’ils l’ont été en particulier par les quelques projectiles envoyés sur les façades. Par ailleurs, des blocs opératoires sont bien situés du côté de la rue de Sèvres, où Mediapart a relevé deux impacts. Mais les vitres endommagées ne donnent pas sur ces salles d’opérations, séparées d’elles par un espace vide et inaccessible, et par une façade de type tôle ondulée.

Devant les réactions outrées de l’exécutif, Philippe Bonnet de la CGT Necker s’inquiète : « On essaie de discréditer totalement la CGT. Or, ce n’est pas parce que le syndicat organise la manifestation qu’il peut gérer des casseurs comme ceux-là. La France organise bien l’euro, et il y a des débordements de hooligans à Marseille et ailleurs, mais les organisateurs expliquent que ce n’est pas leur faute. Ce n’est pas plus celle de notre syndicat. » Il en convient néanmoins, « s’attaquer à un hôpital pédiatrique, c’est le summum. Pour retourner l’opinion publique il n’y a pas mieux. » 

 

Hollande évoque l'interdiction des manifestations

Une bonne partie de la classe politique n’a en effet pas raté l’occasion, reliant immédiatement les débordements, la grosse casse et les slogans anti-police au double meurtre de policiers revendiqué par l’État islamique intervenu lundi 13 juin. « Je n'accepterai plus que dans des manifestations comme celle qui s’est déroulée aujourd’hui, il y ait des sauvageons qui puissent tenir ce type de propos, avec 27 policiers blessés, les vitres de l’hôpital Necker brisées, alors que l'enfant du couple tué s'y trouve, a prévenu Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, sur France 2 mardi soir. Tout cela est inacceptable. »

Interrogé sur ces débordements sur France Inter, Manuel Valls a par ailleurs clairement ciblé la CGT, dénonçant une « attitude ambiguë du service d'ordre du syndicat vis-à-vis des casseurs qui ont sévi tout au long du cortège ». Le premier ministre est même allé plus loin. « Ces manifestations ne peuvent plus durer ainsi, j'en appelle à la responsabilité d'un syndicat, la CGT, qui, hier, à l'évidence, a été débordé. Beaucoup plus d'ultras et de casseurs, que d'habitude, 700 à 800, plus difficiles à encadrer (…) Je demande à la CGT de ne plus organiser ce type de manifestation sur Paris. Et au cas par cas nous prendrons, nous, nos responsabilités. » 

© France Inter

Michel Cadot, préfet de Paris, a détaillé en conférence de presse dans l’après-midi la pensée du premier ministre, évaluant le rassemblement en amont du cortège syndical à 3 000 manifestants, « pas forcément violents », dont « une quarantaine de drapeaux CGT »« Il n'y a pas de profil type des personnes interpellées, poursuit le préfet. Ils font partie pour certains d'entre eux de mouvements radicaux. De tous âges. » Il note néanmoins qu’« une petite partie des manifestants de la CGT a participé à des violences », notamment des militants « du Havre », après appel à la dispersion par les organisateurs de la manifestation.

Philippe Martinez, contacté par Mediapart, a immédiatement réagi à ces critiques : « Quand on est en difficulté sur un texte, on cherche à faire diversion. Mais c’est gravissime. Nous condamnons ce qui s’est passé à Necker, c’est évidemment scandaleux mais la CGT n’a rien à voir avec ça. Or elle est constamment pointée du doigt. Il y a un mois, on nous a accusés d’avoir sorti les gros bras pour faire le ménage chez les casseurs, donc faudrait savoir ce qu’on attend de nous. » 

François Hollande, un peu plus tard dans la journée de mercredi, a lui aussi alimenté la polémique, par l’entremise de Stéphane Le Foll, au sortir du conseil des ministres. « À un moment où la France accueille l’Euro, où elle fait face au terrorisme, il ne pourra plus y avoir d’autorisation de manifester si les conditions de la préservation des biens et des personnes et des biens publics ne sont pas garanties. » Pour Jean-Claude Mailly, c’est le coup de trop : « Ça suffit », a tonné le leader de Force ouvrière, mercredi midi sur France Info : « Les casseurs, ça pénalise aussi les manifestants. Je considère que sur l’antenne de France Inter ce matin, le premier ministre a été un pyromane », a ajouté Jan-Claude Mailly. 

« Les violences devant, c’est au ministère et à la préfecture de les gérer, complète Philippe Martinez. Nous, on a pris la décision d’arrêter la manifestation avant les Invalides parce qu’il y avait des problèmes, on a pris nos responsabilités. » Pour la CGT, la menace de l’interdiction est « scandaleuse » : « La préfecture et le ministère savaient que des groupuscules venus d’un peu partout en France allaient monter, pourquoi ils n’ont rien fait ? Et ça fait trois mois qu’ils savent qu’il y a des problèmes dans les manifestations, et ils n’agissent pas en conséquence. À titre de comparaison, on a arrêté les hooligans après les heurts à Marseille en moins de 48 heures. » 

Michel Cadot, à la tête de la préfecture de police de Paris, n’a pas souhaité dire s’il serait « favorable à une interdiction ou non », mais il aimerait que ceux qui envisagent de manifester trouvent une autre manière de s'exprimer. En tête du cortège, les syndicalistes « n'ont pas souhaité prendre leurs distances, au contraire ils se rapprochaient » au moment des interpellations, selon le préfet.

La préfecture de police de Paris peut, selon le droit, interdire une manifestation, sur le principe qu’il y a trop d’éléments perturbateurs et pas assez de forces de l’ordre pour les gérer. Une telle décision est néanmoins rarissime, surtout pour des mouvements sociaux, le conseil d’État contestant régulièrement la légalité du procédé. La prolongation de l’état d’urgence a cependant permis d’élargir considérablement le cadre d’une telle interdiction. Ainsi, lors de la COP21 en novembre 2015, les rassemblements de militants en marge ont été interdits, en raison du double impératif de la menace terroriste et de la sécurisation du forum de Paris et de son aréopage de chefs d’État. Ce printemps, l’Euro 2016 a remplacé la COP. 

« Dans cette légitime question de la balance sur les moyens, où est la démocratie ?, s’insurge Florian Borg, du syndicat des avocats de France, qui maintient que le cortège syndical du 14 juin était « bon enfant »« protégé par le SO »« Bien sûr que la présence de ces personnes en amont du cortège complique la tâche et il n’est pas question d’excuser ces actes, poursuit l’avocat, mais ça ne peut exonérer les pouvoirs publics dans leur manière de gérer l’ordre public. La responsabilité est multiple, mais dire que les casseurs, c’est la faute des organisateurs est un raccourci trop facile pour interdire la contestation sociale. »

Les deux prochaines journées de mobilisation sont prévues pour les 23 et 28 juin, à l’issue de l’examen du texte au Sénat. La CGT rencontre par ailleurs Myriam El Khomri vendredi prochain. La ministre a laissé entendre ces derniers jours, à demi-mots, que des aménagements étaient encore possibles sur sa loi. Un processus de négociation sabré par le premier ministre, toujours sur France Inter, mercredi matin : « Chacun doit savoir que le gouvernement ne changera pas un texte qui est déjà le résultat d'un compromis avec les syndicats réformistes, il y a plusieurs mois », a répété Manuel Valls. « Vous voyez dans quelles conditions se prépare notre rencontre de vendredi ?, souligne Philippe Martinez. On aurait voulu que ça se passe mal qu’on ne s’y serait pas pris autrement. »

 

 

 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 13:39

 

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

Connaître ses droits est une infraction : un écrit d'avocat à lire à vos risques et périls

 

LE PLUS. Le fait, pour un manifestant, d'avoir en sa possession un tract syndical donnant des conseils en cas d'interpellation fait-il automatiquement de lui un suspect ? C'est ce qu'a estimé le procureur général de Paris. Cela en dit long sur la politique pénale de notre gouvernement, pour l'avocate Laure Heinich.

Édité par Rozenn Le Carboulec 

 

 

 

 

Interpellation lors d'une manifestation contre la loi travail à Nantes, le 9/06/16 (S.SALOM-GOMIS/SIPA)

 

Devant donner sa position sur la demande de mise en liberté d’un individu soupçonné d’avoir participé à des violences lors d’une manifestation, le procureur général de Paris choisit de s’y opposer. Parmi les raisons invoquées, un tract trouvé en perquisition. Il s’agit d’un document d’un syndicat d’avocats donnant des conseils en cas d’interpellation. Sur ce tract, sont énoncés les droits des personnes placées en garde à vue (le droit au silence, le droit de se faire assister d’un avocat, de prévenir sa famille, de bénéficier d’un examen médical), il y est aussi prescrit de ne pas insulter les forces de l’ordre ni d’avoir un comportement violent envers eux.

 

Pour le procureur général, détenir un tel document prouve la volonté de participer à une action violente et justifie ainsi la répression la plus ferme. Il semble donc que connaître ses droits en cas de placement en garde à vue caractériserait une intention de nuire.

 

Au pays de "Charlie", lire est un danger

 

Suspecter un citoyen qui s’informe, cela en dit long sur la politique pénale de notre gouvernement… Au pays de "Charlie", si la liberté d’écrire est sauve, lire est un danger. On recommanderait trop de ne pas s’intéresser au droit des prisonniers, la sanction semblant dictée par l’intitulé du papier.

 

Par un tel positionnement, le procureur général entend ni plus ni moins sanctionner l’accès au droit par les citoyens. Et puisque nul n’est censé ignorer la loi, impossible d’échapper à la répression : c’est une infraction de la méconnaître et une infraction de l’apprendre…

 

Celui qui se défend, suspect de trop connaître son dossier

 

Dans les tribunaux, la suspicion pèse depuis longtemps sur celui qui se défend, suspect de trop connaître son dossier, suspect de ne pas plier devant le système, de ne pas se confondre en excuses bien formatées.

 

Aujourd’hui, ces suspicions pèsent sur celui qui s’informe avant de participer ou non à une manifestation avec pour objectif évident de l’en dissuader. C’est ce constat que dresse mon confrère Emmanuel Daoud qui voit, dans ces réquisitions écrites du procureur, une volonté de l’État de criminaliser le mouvement social. La répression guette dès lors qu’on manifeste pour ses droits, qu’on les exerce ou qu’on tente simplement de les connaître.

 

Tous prennent le risque de l'illégalité

 

On comprend mieux pourquoi les avocats font l’objet d’autant d’intimidations (écoutes téléphoniques, perquisitions, garde à vue, etc.) puisqu’ils sont les vecteurs de l’objet du délit : la connaissance de la loi qu’ils transmettent.

 

Toutes les issues étant bloquées, les contestataires, les intéressés, les curieux, les lecteurs, ceux qui veulent participer à l’espace public, prennent donc le risque de l’illégalité. Le message adressé aux citoyens est clair : mieux vaut ne pas bouger.

 

Il faut peut-être se poser autrement la question de qui paralyse la France ? La politique pénale affichée démontre une crainte démesurée face aux mouvements citoyens. Quelle vérité craignent-ils à ce point qu’il faille nous museler ? Au moment où il nous est demandé de résister, nous sommes en droit de nous interroger : qui a peur ?  

 

 

 Le tract syndical donnant des conseils en cas d'interpellation

 

 

 

Source : http://leplus.nouvelobs.com

 

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 21:08

 

Source : https://lundi.am/Sur-l-instrumentalisation-des-vitres-de-l-hopital-Necker

 

 

 

 

 

Sur l’instrumentalisation des vitres de l’hôpital Necker - Témoignage d’un parent

 

 

"Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ?"

 

Un lecteur de lundimatin nous a fait parvenir ce témoignage à vif.

Hier, il y avait des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris. En tête, des milliers de personnes, cagoulées ou non, syndiquées ou pas, se sont retrouvées pour tenir la dragée haute à un dispositif policier hors norme.

Je comprends facilement ce qu’il peut y avoir de désespérant là-dedans pour le gouvernement. Alors que l’on pouvait imaginer qu’au fil des semaines et des mois, la rue se fatigue et la violence soit de plus en plus isolée, c’est tout le contraire qui se passe : la peur de la police ne dissuade pas.

Hier, les manifestants ont commis de nombreuses dégradations. Pour celles que j’ai pu constater, elles étaient toutes « ciblées » : banques, assurances et publicités. Je ne suis pas sûr que cela nécessite beaucoup de débat. Il n’est pas certain que le monde de la finance tremble à chaque fois qu’un distributeur de billet est vandalisé mais que la jeunesse y voie un symbole, je le comprends parfaitement. Qu’une assurance doive appeler son assureur et demander le coût de la franchise, je dois avouer que lorsque j’y ai pensé, ça m’a fait rigoler. Ces gens engrangent des milliards en ponctionnant la solidarité. Quant aux publicités détruites, c’est — malgré la méthode—, la meilleure chose qui puisse leur arriver.

Au milieu de tout cela, quelques vitres de l’hôpital Necker ont été brisées. Bien que les vitres en question n’aient pas d’autre rôle que celui d’isolant thermique : j’en conviens grandement, ce n’est pas très malin.

Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.

Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est. Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.

Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, quelles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ? Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moëlle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?

La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.

Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établit un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : la lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.

Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. Merci d’avance.

Un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker.

 

 

Source : https://lundi.am/Sur-l-instrumentalisation-des-vitres-de-l-hopital-Necker

 

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 20:58

 

Source : https://www.mediapart.fr
 

 

 

Loi travail, la plus grande des manifs

 
 
 

Contrairement au discours du gouvernement sur l'essoufflement du mouvement social, la manifestation du mardi 14 juin n'a pas été le baroud d’honneur annoncé d’une CGT marginalisée. C’est au contraire la plus forte mobilisation depuis le début du mouvement.

Vu du ciel, le pari est largement gagné. Un cortège serré et bruyant a traversé Paris de la place d’Italie aux Invalides mardi, rassemblant des centaines de milliers de personnes pour cette première journée de manifestation nationale depuis le début du mouvement contre la loi El Khomri. Selon les syndicats FO, CGT et Solidaires, plus d’un million de personnes ont défilé dans la capitale (1,3 million dans toute la France), alors que la préfecture de police de Paris a dénombré 75 000 personnes. Quelle que soit l’échelle retenue, c'est beaucoup plus que lors des grosses journées des 9 et 31 mars derniers.

Au ras du sol, tout dépend de l’optique choisie. Le gouvernement n’a pas tergiversé, insistant longuement sur les vitrines endommagées ou taguées tout au long du boulevard du Montparnasse, les abris de bus défoncés, et les affrontements entre les forces de police et le gros cortège autonome en tête (nous y revenons page suivante). Plusieurs policiers et manifestants ont été blessés. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a même, à ce propos, allègrement mélangé les genres en appelant « tous ceux qui sont dans la violence à retrouver un peu d'humanité, de tolérance, en respect de ce petit enfant auquel nous nous devons de donner une image digne de la France » en référence au double meurtre de policiers dans la nuit revendiqué par l’État islamique.

Le cortège n’en était pas moins, pour une très large part, calme et bon enfant, concentré sur le retrait de la loi sur le travail, dont le texte est arrivé lundi 13 juin au Sénat. Partis à 13 heures de la place d’Italie, une partie des manifestants n’étaient pas encore arrivés à Invalides à 19 heures. « C’est énorme, j’ai rarement vu ça », assure David, cheminot venu de Bordeaux. Le fait que le gouvernement ait lâché du lest sur la convention relative au statut de sa profession n’entame pas sa détermination. « On peut dire ce que l’on veut, mais nous sommes dans le mouvement depuis le mois de mars. Et même si on a obtenu une convention collective de haut niveau, on sait bien que la loi El Khomri peut signifier pour nous aussi la régression sociale. »

David a fait le déplacement à Paris et il n’est pas le seul. Les portuaires et dockers du Havre électrisent le parcours avec leurs tambours, un Breton fend la foule avec son drapeau noir et blanc et une pancarte agrafée à son sac à dos : « Cazeneuve à Rennes, ni oubli ni pardon » (voir à ce sujet l’article de Karl Laske). Sur un camion, une jeune femme crie : « On ne s’est pas levé à une heure du matin pour rien ! On est à Paris, retrait de la loi travail ! »

Les délégations régionales ou départementales, arrivées en bus ou en train, expliquent la forte mobilisation du jour. Beaucoup de militants, surtout CGT, racontent que leur dernier déplacement dans la capitale remonte à 2010, à l’occasion du mouvement contre la réforme des retraites. Derrière la banderole CGT-Roanne, ils sont 200, explique Franck. « On est là et bien là. Cela fait trois mois que le gouvernement dit que le mouvement s'essouffle, mais c’est de l’enfumage. » Noël, syndiqué FO venu d’Aveyron, est parti à 3 h 30 du matin pour monter dans un car puis un train. « Je suis saisonnier, et ne travaille que 9 mois par an, mais je fais quand même 27 heures supplémentaires par mois. Pour le moment, elles sont majorées à 25 %, mais si on m’enlève ça, je serai encore plus précaire qu’aujourd’hui. »

 

Manifestation contre la loi sur le travail, 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi Manifestation contre la loi sur le travail, 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi

 

Chacun sa vision du mouvement : bataille pour des acquis ou combat pour la survie. Pierre l’avoue bien volontiers : « À dix ans de la retraite, je me bats pour mes enfants, et pour conserver quelques protections. » « Petit cadre » dans la filiale d’un grand groupe œuvrant dans le domaine de la défense, il n’est pas syndiqué, est monté dans un bus CGT grâce à un copain, expérimente pour la première fois de sa vie une manifestation parisienne. « Ici, c’est anonyme, je peux me permettre. Chez moi, vu ma boîte, et même si je suis civil, ce n’est pas possible. »
Guillaume Brante, délégué syndical CGT pour le site Haribo d’Uzès, distribue à tout-va des tracts appelant à signer la pétition contre la délocalisation de la ligne chamallows en Belgique, ainsi que des sachets de bonbons multicolores. « FO et la CFE ont lancé une consultation sur le plan de compétitivité que la société nous propose, et qui prévoit quand même 110 suppressions de postes alors que notre entreprise ne s’est jamais aussi bien portée. Il a été approuvé à 63 % grâce au chantage à l’emploi. Pour le moment, la CGT est majoritaire, donc on peut quand même refuser l’accord mais si la loi El Khomri passe, c’est fini. Pour nous, c’est très concret ce qui se passe aujourd’hui. »

 

Guillaume Brante, délégué CGT chez Haribo © MG Guillaume Brante, délégué CGT chez Haribo © MG

 

Révision de la majoration des heures supplémentaires, possibilité d’accords offensifs sur l’emploi, réforme du licenciement économique, possibilité de référendum, les raisons de la grogne sont toujours aussi nombreuses. Des inspecteurs du travail, présents dans le cortège, pointent le risque d’une « focalisation sur l’article 2 », au cœur des tractations depuis l’arrivée du texte au parlement. « C’est un piège, souligne Yacin, qui travaille en Ile-de-France. Certains tentent de dire que si cet article est réécrit, le texte devient acceptable, mais pour ceux qui pratiquent le droit du travail tous les jours, il est évident qu’une série d’autres articles posent problème. »

« Ce serait quand même une sacrée victoire », note de son côté Fernand Gonzalez, ancien membre de la fédération métallurgie où œuvrait anciennement Philippe Martinez, et actuellement au bureau de l’Union départementale CGT du Lot-et-Garonne. « Mais faut pas se faire de cinéma, les enseignants sont bientôt en vacances, il va falloir tenir pendant l’été, c’est assez inédit. »

Dans le carré de tête, les leaders syndicaux sont assez réticents à dévoiler leur jeu, et l’étendue de la négociation à l’œuvre avec la ministre du travail, sous l’ombre portée de Matignon et de l’Élysée. Pour Philippe Martinez, l'objectif de la CGT « n'est pas simplement de supprimer l'article 2 de la loi, c'est toute la colonne vertébrale du texte qui est à revoir ». La CGT doit rencontrer le gouvernement vendredi. Mais le syndicat a déjà prévu deux nouvelles dates de manifestations, « au cas où », les 23 et 28 juin.

 

Le carré de tête syndical Le carré de tête syndical

À deux pas, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, appelle lui aussi à poursuivre le mouvement même s’il a rencontré vendredi la ministre du travail Myriam El Khomri, et l'a trouvée « attentive » à ses propositions. « Est-ce une amorce ou est-ce de la com' ? Je crois qu'elle a compris que tout le monde peut sortir par le haut de ce dossier. » FO est-elle donc prête à négocier, et à cesser le mouvement contre une réécriture de l'article 2 de la loi ? Éric Beynel, chez Solidaires, assure de son côté qu’il n’y a pas d’« hiatus » dans le front syndical : « L’intersyndicale reste soudée, la journée d’aujourd’hui est très belle et le mot d’ordre reste le retrait. Après, chacun sa stratégie. »

 

En tête, présence massive des autonomes

Loin des tractations de coulisses, et tout à l’avant, dans ce qu’il convient d’appeler la tête du cortège, la manifestation a également fait le plein. Selon un bon connaisseur de ce type de manifestations, c’est sans doute « l’une des plus grosses manifestations d’autonomes de ces trente dernières années ». Ce qui est sûr, c’est que le nombre de personnes portant coupe-vent à capuche noir et lunettes de soleil ou masque de plongée a atteint un niveau jamais observé ces trois derniers mois. Les deux heures suivantes, jusqu’à l’arrivée place des Invalides, ne sera qu’un lent piétinement, alternant charges, lacrymogènes, jets de pierre, vitrines brisées et tags sur les murs, ce qui ralentit tout le reste du cortège et lui donne son rythme. Les 300 « casseurs » infiltrés que dénonce régulièrement le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve sont aujourd’hui au moins 1 000.

 

En tête du cortège autonome, mardi 14 juin © CG
En tête du cortège autonome, mardi 14 juin © CG

 

Avant même que la manifestation ne s’ébranle, la foule stationnée était déjà repoussée à plus de 200 mètres de la place d’Italie, au niveau de la station de métro Gobelins, boulevard du Port Royal. Comme chaque fois, la banderole « Soyons ingouvernables » servait de point de ralliement. Et comme chaque fois, des syndicalistes, comme des cheminots CGT ou des militants à SUD étaient parmi la foule. On dénombrait également les Jeunes écologistes, ou encore la CNT et Alternative libertaire. Un phénix de carton monté sur un caddie était « rené » de ses cendres, après avoir été brûlé lors de la manifestation du 1er Mai.
L’ambiance est motivée, les chants variés. Le cortège s’est élancé peu après 13 heures. La fête ne sera que de courte durée. Si la présence policière est plutôt discrète au début, à chaque croisement, les forces de l’ordre qui sont là pour empêcher la manifestation de dévier de sa trajectoire sont l’objet de jets de pierre, de pétards, voire de feux d’artifice. Très vite, la police, aidée de la gendarmerie, réplique. Le cortège est stoppé dès 14 heures.

 

Des gendarmes bloquent l'avancée du cortège © CG Des gendarmes bloquent l'avancée du cortège © CG

 

On entend parler allemand, italien, sous les cagoules, quand d'autres slogans revendiquent l’appartenance à une région comme Toulouse, Clermont-Ferrand – apparemment en force –, ou encore Rennes et Nantes. Comme les fois précédentes, il n’y a absolument aucune désolidarisation dans ce cortège de tête. Quand les visages masqués entament un « Et tout le monde déteste la police ! », l’ensemble des personnes présentes reprennent en chœur. La violence du gouvernement et de ses policiers depuis le début du conflit social a vraisemblablement marqué les esprits.
Philippe et Pascale, masques sur le visage, ont marché vite. Sans s’en rendre compte. Les voilà dans le quartier Duroc, boulevard du Montparnasse, « dans le merdier », à quelques dizaines de mètres du face-à-face entre les CRS et les autonomes sous les nuages de lacrymogènes. Le cortège ne peut plus avancer. Les yeux piquent, la colère aussi. « Le gouvernement a gagné. Voilà la CGT assimilée aux casseurs. Les images vont tourner en boucle. Uniquement celles-ci, pas les manifestants pacifiques qui revendiquent le retrait de la loi El Khomri pour de justes raisons », s’énerve Philippe.

Philippe a 58 ans, plus de 25 ans d’ancienneté dans un grand groupe dont il préfère taire le nom et un salaire qui dépasse à peine le Smic, 1 450 euros net. Il est ouvrier, venu de Rennes, une ville rompue aux violences policières depuis le début du mouvement contre la réforme du code du travail. Il a fait toutes les manifestations, sept jours de grève, soit plus de 500 euros soustraits à son salaire. « Mais cela vaut le coup de se battre ; je le fais pour les jeunes car moi, j’aurai une petite retraite mais vous, vous n’aurez rien », lance-t-il en nous prenant à partie.

Syndicaliste depuis une quinzaine d’années à la CGT – un coup d’arrêt à sa carrière, selon lui –, Philippe dit que « le problème, c’est l’Europe qui nous gouverne et qui fait que les patrons nous voient comme des charges et non comme des plus-values ».

 

Invalides, mardi 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi Invalides, mardi 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi

 

Tandis que le cortège reprend sa marche pour quelques minutes de répit avant une nouvelle charge des CRS qui fera reculer la foule en l’arrosant de gaz, il raconte qu’il vote Front national, que « ce n’est pas incompatible avec son engagement syndical à la CGT ». « On peut être catho et à la CGT, pourquoi ne serait-on pas au FN et à la CGT ? » renchérit sa compagne Pascale, elle aussi encartée à la CGT. « Marine Le Pen n’aurait jamais fait une telle réforme. Avec elle, il n’y aurait pas eu cet article 2 sur l’inversion de la hiérarchie des normes », jure-t-elle. Le couple, des déçus du « socialisme », vote extrême droite depuis une dizaine d’années, « pas par adhésion mais par colère ». « On n’est pas d’accord avec tout ce que dit le FN mais tout de même, il dit des vérités sur l’Europe, l’assistanat », appuie Philippe. Au travail, il est complètement « démotivé » : « Les salaires n’augmentent pas. Un jeune qui rentre gagne quasiment autant que moi au bout de 25 ans d’ancienneté. »
Non loin de là, une colère, physique celle-ci, s’exprime. Le long du boulevard du Montparnasse, les vitrines de banques, d’agences immobilières, des magasins de luxe ou même des chaînes de fast-food sont systématiquement attaquées. Au croisement avec le boulevard Raspail, un homme s’écroule, touché au dos vraisemblablement par une grenade non explosée.

Selon L’Obs, qui a recueilli un témoignage de photographe présent au moment des faits, l’homme d’une quarantaine d’années « s'est pris une grosse bombe lacrymo dans le dos, une grosse bombe grise. (…) Il était debout au milieu de la rue, seul, quand les forces de l'ordre ont tiré. L'homme est tombé au sol, sur le ventre, inanimé. (…) La bombe lacrymo était enfoncée dans son dos, elle a fait un trou de 5 centimètres de diamètre ». Toujours selon ce témoin, la bombe « a continué à se consumer et à faire de la fumée, elle a fait fondre son t-shirt ». L’homme a été évacué par les pompiers. Rien n’avait filtré sur son état en début de soirée.

 

Un arrêt de bus ravagé sur le parcours © CG
Un arrêt de bus ravagé sur le parcours © CG

 

Trois jeunes cagoulés s’immiscent dans le Starbuck aux vitrines explosées et ressortent avec des mugs aux couleurs de l’enseigne américaine. Un vieux routier des luttes de la CGT, descendu du Pas-de-Calais, les interpelle : « Vous n’avez pas honte ? Vous êtes venus pour ça ? Nous, on est là pour défendre le code du travail ! » Il n’a pas le temps de finir qu’il doit se réfugier derrière la porte cochère d’un bel immeuble haussmannien. Nouvelle charge violente des CRS qui fait remonter la foule. Il ne s’y était pas préparé et manque de s’écrouler. Dans le hall, une dame en tailleur filtre les entrées et ne laisse passer que « les manifestants qui lui inspirent confiance ». Elle annonce une mauvaise nouvelle à un homme d’une cinquantaine d’années en chemise blanche et pantalon noir : « Ils ont brisé la vitrine de ton commerce ! » Il veut sortir, elle le lui déconseille, « c’est trop dangereux ».
Dehors, des explosions se font entendre. Des grenades. Une dame, d’une cinquantaine d’années, commissaire aux comptes qui connaît bien le monde de l’entreprise, se dit « atterrée devant tant de violences », dénonce « une CGT radicalisée, arc-boutée sur des privilèges d’un autre temps ». Elle allait chercher des médicaments quand elle s’est retrouvée au milieu des manifestants. Un débat s’instaure dans le hall d’immeuble entre pro et opposants de la loi El Khomri et c’est le commerçant qui a le dernier mot : « Ce pays est impossible à réformer », avant de braver la foule et les gaz pour rejoindre sa boutique aux vitres brisées et appeler son assurance.

Quelques mètres plus loin, c’est un autre hall d’immeuble qui est rempli de manifestants. Ici, personne ne filtre les entrées, les portes sont grandes ouvertes. Des “street medics” y soignent des blessés, un journaliste, une étudiante. D’autres s’échangent du sérum physiologique, des gouttes d’huiles essentielles, des masques d’hôpital. Une brune, la cinquantaine, se réjouit devant tant de solidarité : « Ça rappelle Mai 68. »

 

Un manifestant harangue les CRS près de l'hôpital Necker © Rachida El Azzouzi Un manifestant harangue les CRS près de l'hôpital Necker © Rachida El Azzouzi

 

La grande affaire de la journée sera sans doute les vitrines brisées d’un bâtiment de l’hôpital Necker, situé sur le parcours de la manifestation. Des manifestants cagoulés ont mis des coups de marteau dans certaines baies vitrées, un tag a été rajouté, indiquant « Ne travaillez jamais ». Il n’en a pas fallu plus pour que la classe politique réagisse et que l’AP-HP annonce déposer plainte. Sur les réseaux sociaux, certains tentent un rapprochement saugrenu, expliquant que l’enfant du couple policier tué dans la nuit par un terroriste en banlieue y était soigné (ce qui n'a pas été confirmé par l'hôpital Necker).

L’arrivée place des Invalides, destination finale de la manifestation, se passe sans heurts dès lors que les policiers se sont retirés de quelques centaines de mètres. Des gens s’assoient sur les pelouses, d’autres appellent leurs amis dispersés dans la foule. Le répit n’est que de courte durée. Alors que quelques policiers casqués sont pris à partie, d’autres se déploient, un camion lance-eau en appui. Des grenades lacrymogènes volent sur la foule éparpillée, alors même qu’une large partie du cortège n’est pas encore arrivée. Un groupe de cégétistes, venu de Toulon, panique, ne sachant plus comment quitter la place.

 

Place des Invalides, un canon à eau fait son entrée © CG Place des Invalides, un canon à eau fait son entrée © CG

 

Les minutes passent sans que la situation ne s’améliore. Aux jets de grenades lacrymogènes et autres grenades assourdissantes répondent des jets de pierre et des slogans contre la police. Un photographe quitte en boitant un des affrontements. Des “street-medics” portent un homme qui vient de prendre un tir de LBD (nouveau Flash-Ball) dans l’abdomen. Un deuxième camion lance-eau arrive sur la place, déversant la moitié de son contenu. 

Une brèche s’ouvre vers les quais, des manifestants s’y engouffrent et gagnent le pont des Invalides avant que les policiers ne changent d’avis et nassent ce qu’il reste de manifestants. Des « Libérez nos camarades » retentissent cependant qu’une partie de ceux qui ont pu sortir lancent des appels à marcher vers les Champs-Élysées, ou vers l’Élysée, ou vers le Sénat. En fait, personne ne sait vraiment où aller. Les groupes se disloquent peu à peu. Des syndicalistes de la CGT ou de SUD regagnent leurs cars qui se trouvaient de ce côté de la Seine. Vers 19 heures, il ne restait plus grand monde dans le quartier.

 

Invalides, mardi 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi Invalides, mardi 14 juin 2016 © Rachida El Azzouzi

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 11:45
 
Info reçue par mail
 
 
 
Un nouvel atelier de philo pour tous à Nîmes!
 
Dans le cadre de l'association nîmoise Anima (http://www.zoanima.fr/anima/), un atelier mensuel "Lectures critiques pour tous" va avoir lieu à partir du 25 juin 2016 et reprendra à partir de septembre tous les mois. Il est ouvert à tous. Il sera animé par Philippe Corcuff et Frédéric Toussaint et aura une sensibilité libertaire pluraliste et ouverte. Il s'agira à chaque fois pendant 1h30 de lire ensemble de courts textes de penseurs classiques ou contemporains qui seront distribués en début de séance et de mutualiser nos questionnements et nos réflexions.
 
Première séance :
 
Penser en dehors des automatismes
 
samedi 25 juin 2016 - 11h - 12h30
Lieu artistique et culturel Le ZO
18 rue de l'Agau - Nîmes (écusson)
 
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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 20:53

 

Source : http://www.lesinrocks.com

 

Une campagne de Médecins du Monde censurée pour ne pas déplaire aux laboratoires pharmaceutiques

 

13/06/2016 | 09h35

Trois des dix affiches de la campagne de Médecins du Monde

 

L’ONG Médecins du Monde aurait dû lancer une campagne choc, ce lundi 13 juin choc contre le prix de certains médicaments. Mais il n’en sera rien, elle a été “bloquée” par l’Autorité professionnelle de régulation de la publicité (ARPP) qui juge qu’elle pourrait nuire aux laboratoires pharmaceutiques.

Et si dans un futur très proche, les laboratoires pharmaceutiques n’avaient plus besoin de faire pression ou d’exercer un lobbying assidu pour éviter que l’on ne plonge le nez dans leurs bilans financiers ? Eh bien ce futur est peut-être encore plus proche qu’on le croit. L’ONG Médecins du Monde (MDM) aurait dû, en théorie, lancer une grande campagne d’affichage, ce lundi 13 juin, pour dénoncer le prix prohibitifs de certains médicaments contre des maladies comme l’hépatite C, le mélanome ou la leucémie. Une campagne “choc” comme l’ont signalé plusieurs médias lundi matin.

Mais il n’en sera rien. Tout simplement car aucun diffuseur n’a voulu prendre le risque de l’afficher – et par extension de se fâcher éventuellement avec un grand laboratoire. Tel est l’extrait du “conseil” transmis par l’ l’Autorité professionnelle de régulation de la publicité (ARPP) à la société Médiatransports, que nous nous sommes procuré.

 

 

Le zèle de l’ARPP

MDM et Médiatransports ont pourtant travaillé ensemble à plusieurs reprises. Ils ont même remporté un prix ensemble, il y a moins d’un an. Comme de coutume, pour cette campagne, l’ONG a envoyé les visuels de sa nouvelle campagne à la régie commerciale du “leader de l’affichage transport”. Ces derniers vont étonnamment demander conseil à l’ARPP qui n’a qu’un avis consultatif, en aucun cas contraignant, comme dans le domaine audiovisuel.

L’ARPP pointe trois raisons : la “référence a des maladies graves” qui “pourrait être perçue comme choquante par le public”, des “allégations chiffrés” qui ne sont pas sourcées sur les affiches et , surtout, l’ARPP écrit en première justification :

“Nous attirons tout particulièrement votre attention sur le risque de réactions négatives que pourrait susciter l’axe de communication choisi, de la part des représentants de l’industrie pharmaceutique. En effet les entreprises ainsi mises en causes pourraient estimer qu’une telle campagne porte atteinte à leur image et leur cause un grave préjudice et décider d’agir en ce sens.”

Suite à l’avis défavorable de l’ARPP, Médiatransports renvoie un avis négatif à Médecins du Monde. Mais cela ne s’arrête pas là. L’ONG va alors solliciter d’autres afficheurs, parmi lesquels JC Decaux ou le réseau d’affichage Insert. Aucun ne donnera suite et pour cause: le “conseil” de l’ARPP a été “circularisé”, c’est-à-dire envoyé à toutes les sociétés. Une pratique habituelle, mais qui aurait pu être bloquée par Médiatransports.

 

“Le prix de la vie”

Pour sa campagne intitulée “Le prix de la vie”, MDM voulait, au travers de dix affiches, alerter sur les prix prohibitifs de certains médicaments et mettre l’accent sur la méthode des laboratoires pour en fixer les prix.

Cliquez ici pour accéder aux dix visuels de la campagne “Le prix de la vie” de Médecins du Monde

Selon MDM, les prix des médicaments sont fixés en fonction de la capacité maximale des Etats à payer pour avoir accès au traitement. En gros, plus un Etat est riche, plus le prix du médicament sera élevé. Pour justifier ces tarifs parfois hallucinants (le Glivec, utilisé pour soigner la leucémie est vendu 40 000 euros par an et par patient), les laboratoires avancent trois explications : la recherche coûte cher, le bénéfice thérapeutique est grand, et les coûts de production sont importants.

Or, pour MDM, aucun de ces arguments ne tient la route.

”Les coûts de recherche et développement sont surestimés et les montants réels restent confidentiels et une grande partie est de toute façon financée par l’argent public à travers des bourses ou des crédits d’impôt de recherche.”

Concernant le deuxième argument, MDM explique que 74 % des médicaments mis sur le marché lors des 20 dernières années n’apportaient que peu de bénéfices thérapeutiques et ironise en expliquant qu'”un airbag vaudrait dans ce cas le prix d’une vie“. Enfin pour le troisième argument, MDM s’appuie sur une équipe de chercheurs de Liverpool qui a estimé que le coût de production du sofosbuvir (traitement contre l’hépatite C) s’élevait à 75 euros pour 3 mois avec un prix de revente de 41 000 euros annuel, soit 400 fois plus cher.

Cette situation fait que les médecins sont parfois obligés de confier aux malades qu’il existe des médicaments pour les soigner mais que les traitements coûtent trop cher. L’Etat est donc obligé de “sélectionner” à partir de quel stade il peut prendre en compte un traitement, souvent lorsque la maladie est presque trop avancée. A cet égard, le 25 mai dernier, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les hépatites, le ministère de la Santé à annoncé l’accès prochain à un traitement pour tous.

 

Une pétition adressée à Marisol Touraine

Une pétition va être adressée au même moment par l’ONG, à la ministre de la Santé Marisol Touraine, disponible ici.

 

 

Source : http://www.lesinrocks.com

 

 

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Source : https://www.youtube.com/watch?v=0M-5d_kcWXI

 

 

 

 

Ajoutée le 13 juin 2016

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Censurée ! Vous ne verrez pas la dernière campagne de Médecins du Monde dans le métro. Dénonçant les abus de l'industrie pharmaceutique, elle a été refusée en bloc pour ne pas froisser cet énorme client. Et nous, on fait quoi ?

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 17:40

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Notre-Dame-des-Landes: les drôles de lacunes du site de la campagne

11 juin 2016 | Par Jade Lindgaard
 
 
 

À quinze jours de la consultation sur le projet d’aéroport, la Commission nationale du débat public met en ligne le site officiel d’information pour les électeurs. Mais ses lacunes sont nombreuses et ses données souvent biaisées.

C’est un cas d’école et une épreuve test pour les instances de démocratie participative : une autorité indépendante dont la mission est de faire prendre en compte le point de vue des citoyens peut-elle offrir une information objective sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ? C’est la mission que le gouvernement a confiée à la Commission nationale du débat public (CNDP), habituellement chargée d’organiser des débats publics sur les grands projets d’aménagement (Grand Paris Express, centre commercial Europa City…). Cette fois-ci, la tâche est inédite : c’est la première fois que l’État organise en France une consultation locale sur une infrastructure ayant déjà fait l’objet d’une déclaration d’utilité publique (en 2008). De ce fait, les électeurs de Loire-Atlantique, appelés aux urnes le 26 juin pour dire s’ils approuvent ou rejettent la construction d’un aéroport dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, n’auront pas de pouvoir de décision. Ils auront simplement leur mot à dire. Il ne s’agit pas d’un référendum, et le gouvernement n’a pas indiqué sur quels critères de participation et quels pourcentages de résultat il jugerait l’issue du vote.

 

Christian Leyrit lors de la présentation du site d'information sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 9 juin (JL). Christian Leyrit lors de la présentation du site d'information sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 9 juin (JL).
 

Dans ce contexte institutionnel complexe et politiquement sensible, et alors que l’indécision des autorités depuis 2012 a exacerbé la polarisation de l’opinion publique locale, l’information des électeurs devient un fort enjeu démocratique. Mis en ligne à quinze jours du vote, le site d’information de la CNDP sur le projet d’aéroport offre-t-il un tableau objectif, appuyé sur des faits, des raisons de construire ou non un aéroport sur des terres agricoles et la plus grande zone humide de la région ?

Pas vraiment. Pour l’essentiel, la commission reprend les arguments habituels des partisans et des opposants au projet d’aéroport, les juxtapose, mais sans en vérifier les fondements. « On a le sentiment d’avoir donné une vision objective du sujet », affirme Christian Leyrit, son président, lors d’une conférence de presse à Paris, jeudi 9 juin. Mais additionner des points de vue contradictoires ne suffit pas à créer un discours juste. Ainsi, en dernière page, on trouve le document sans doute le plus important du dossier : la liste des six principaux arguments pour voter oui ou non à la question qui sera posée aux électeurs : « Êtes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? »

En faveur du projet, on lit que l’État risquerait de verser « de lourdes indemnités » au concessionnaire, le groupe Vinci, en cas d’abandon et qu’elles seraient « probablement supérieures » à la participation de l’État à la réalisation de l’aéroport. Pourtant, à aucun moment le document de la CNDP ne chiffre ce coût de résiliation. Au contraire, il indique que ni l’État, ni l’entreprise n’ont fourni d’estimation. « Ce n’est pas l’opinion de la CNDP, ce sont les arguments des uns et des autres », répond Christian Leyrit. « Combien ça coûte ? Nul ne le sait », assure-t-il. Mais pourquoi alors l’avoir repris dans les principaux arguments ? La commission n’a pas produit de nouvelle expertise. « Sur un sujet aussi complexe, on peut le regretter », reconnaît son président.

Parmi les nombreux rapports officiels publiés depuis le débat public de 2003, la CNDP a écarté des arguments défavorables au projet d’aéroport. Par exemple, au sujet des nuisances sonores, elle écrit que pour la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), faire atterrir et décoller les avions à Notre-Dame-des-Landes impacterait beaucoup moins de monde que de conserver l’actuel aéroport de Nantes. Mais elle omet de dire que l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (l’Acnusa), l’autorité administrative indépendante en charge du contrôle des nuisances sonores, ne réclame pas le transfert de l’aérogare. Elle exige (dans son rapport 2014) la révision du plan de gêne sonore actuel car il n’aide pas les personnes les plus gênées par le bruit et proteste contre le retard des autorités à le faire.

 

 

Réunion pour le "non" à l'aéroport, à Nantes, le 8 juin (JL). Réunion pour le "non" à l'aéroport, à Nantes, le 8 juin (JL).


Autre exemple : au sujet du lac de Grand Lieu, le plus grand lac naturel de plaine en France, situé près de l’actuel aéroport de Nantes et dont la préservation est invoquée par les partisans du nouveau projet. La CNDP indique que pour de « nombreux naturalistes », le déménagement serait une plus grande menace pour l’environnement car il ouvrirait la voie à l’urbanisation. Mais elle oublie de préciser que c’est également le point de vue de l’ancien directeur de la réserve naturelle, Loïc Marion – qu’elle a pourtant rencontré. Mais aussi des experts de l’État lui-même, par le biais de la Dreal, qui avaient exprimé le même point de vue dans une note oubliée dans un tiroir de la préfecture et révélée par le Canard enchaîné il y a quelques semaines.

Le site de la CNDP n’en dit rien mais un incident s’est produit lors de la visite officielle du lac de Grand Lieu par les membres de la Commission. Un homme s’est fait passer pour un représentant de Bretagne vivante, une importante association naturaliste, et leur a déclaré que le survol des avions nuirait à la faune de la réserve naturelle du fait du bruit et au lac par les largages de kérosène. Sauf que ces faits, invoqués par les partisans du nouvel aéroport, sont contestés par l’association, qui les considère comme infondés. Bretagne vivante a officiellement protesté dans une lettre adressée au président de la Commission. Car selon ses informations, le faux naturaliste est en fait l’adjoint à l’environnement du maire de la commune de Saint-Aignan, engagé dans la campagne pour le oui à l’aéroport, et époux de sa première adjointe. « Nous sommes dans une situation de totale incompréhension face à cette situation », écrit le président de l’association dans sa lettre.

 

 

Militant des Ailes pour l'Ouest, pour le "oui" à l'aéroport, à Nantes, le 9 juin (JL). Militant des Ailes pour l'Ouest, pour le "oui" à l'aéroport, à Nantes, le 9 juin (JL).


Sur le coût financier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la Commission du débat public opère un découpage discutable. Elle ne prend pas en compte le coût de la ligne ferroviaire à grande vitesse exigée par la Bretagne pour relier Rennes à Notre-Dame-des-Landes. Elle n’intègre pas non plus celui du pont sur la Loire pourtant réclamé par le président de la région Pays de la Loire en échange de son soutien au projet. Elle affiche une contribution de l’État de 130,5 millions d’euros mais oublie d’ajouter les 115,5 millions d’euros payés par les collectivités locales. Cela sous-estime d’autant le montant total que devra payer chaque habitant du département de Loire-Atlantique, contribuable national mais aussi local. Ce chiffre n’a d’ailleurs même pas été calculé par la CNDP.

Quant à l’impact du projet d’aéroport sur l’agriculture locale, il semble lui aussi minimisé. Le document se contente de chiffrer les dommages : neuf exploitations menacées, perte de 3,4 % de la surface cultivée et de 2,3 % du cheptel de vaches laitières. Ces effets peuvent sembler dérisoires, alors que tout le monde paysan local, y compris la FNSEA, est opposé au nouvel aéroport. Rien n’est dit des projets agricoles aujourd’hui en développement sur la ZAD occupée par des opposants. La Commission ne s’y est pas rendue et n’a rencontré aucun de ses habitants.

Plus généralement, la sémantique du rapport est lourde de sens : il parle de « saturation » de l’actuel aéroport alors que ses salariés dénoncent son défaut d’entretien. Le fermer permettrait de « libérer » de l’espace. Parmi les adresses de sites internet opposés au projet figure celui du Front national mais pas celui du Modem, ni celui des habitants de la ZAD. De son côté, l'Atelier citoyen regroupant des dizaines d'experts opposés au nouvel aéroport, publie une lettre ouverte à la CNDP mardi 14 juin et propose une vingtaine de corrections à son site d'informations. Ils dénoncent « plusieurs erreurs et lacunes » : le coût de la construction de l'aérogare de Notre-Dame-des-Landes est estimé pour 4 millions de passagers alors que celui du réaménagement du site actuel est chiffré pour 9 millions d'utilisateurs; les chiffres de la DGAC (favorable au projet) ne sont pas contrebalancés par celui des experts du ministère de l'environnement; il n'est pas précisé que les emprunts du concessionnaire, AGO, sont cautionnés par les collectivités locales.

Accusé de défaut d’impartialité pour ses liens professionnels anciens avec le paysagiste de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, une des personnes clés du projet, Christian Leyrit s’est défendu en expliquant que les 25 membres de la CNDP avaient été nommés par 19 instances différentes, et que le document d’information n’avait été envoyé à aucun ministère avant sa publication, jeudi 9 juin.

Qu’en pensent les autres représentants de la commission du débat public ? Ont-ils tous voté le document d’information ? Impossible de le savoir car cette information est couverte par une curieuse règle du secret des délibérations. Mais au vu du communiqué publié par France nature environnement, qui siège à la CNDP, début juin, dénonçant les « zones d’ombre » qui persistent, il est aisé d’en déduire qu’au moins un membre n’en est pas satisfait.

Plusieurs associations, locales et nationales, ont déposé vendredi 3 juin une requête en référé devant le Conseil d'État pour suspendre le vote du 26 juin :  les deux collectifs historiques des opposants au projet, l'Acipa et le Cédpa, ainsi qu’Attac 44 et trois couples installés sur les terres prévues pour accueillir le futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes, expulsables depuis le 25 janvier. Ils contestent le périmètre de la consultation, réservée au département de Loire-Atlantique, et la question posée aux électeurs, qui porte sur le projet d’aéroport déclaré d’utilité publique en 2008, et non sur la version réduite qu’appelaient de leurs voeux les experts du ministère de l’environnement dans un rapport commandé par Ségolène Royal et publié en mars. L'audience en référé se tient lundi 13 juin au Conseil d'Etat.

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 12:18

 

Enterrement de Mme la Démocratie

 

mercredi 15 juin 2016 à 16h

NUIT DEBOUT NIMES

site: https://www.nuitdeboutnimes.fr
FB: https://www.facebook.com/NimesDebout/

 

 

Le 49.3 est constitutionnel, très bien... mais pouvons nous encore appeler démocratie un système qui prévoie de tels outils pour se maintenir en place ? De même pouvons nous qualifier de « démocrate » une Constitution qui autorise étend et maintient un état d'urgence qui sert surtout à durcir la répression contre la contestation sociale, comme nous en avons la preuve tous les jours ?
Ces derniers mois nous rappellent la toute puissance de l'exécutif français pour maintenir l'ordre établi et libéraliser le monde du travail au seul profit des Marchés financiers. Il n'y a aucun dialogue social quand un gouvernement s'obstine à faire passer une loi aussi impopulaire, contestée, contestable. De fait, ce ne sont ni les syndiqué-es, ni les grévistes qui prennent en « otage » le pays mais bien nos représentant, celles et ceux élus hier par nos voix et qui aujourd'hui veulent nous écraser et nous imposer une précarité généralisée qui détruira à coup sûr tout ce qui peut subsister de l'indispensable lien social.
Ce système est vicieux et vicié. Nous faisons donc aujourd'hui officiellement le deuil d'une illusion. Nous enterrons presque dans la joie cette démocratie parlementaire qui n'a jamais tenu ses promesses. Elle s'est d'ailleurs elle-même dessaisie de son fondement et de sa légitimité, la souveraineté populaire, pour confier le pouvoir de régler toute politique effective à des Traités internationaux, à des institutions financières, à des intérêts privés qui méprisent et ignorent l'intérêt général.
La victoire contre la loi travail représenterait un coup d'arrêt que nous espérons toutes et tous à la loi du profit, des actionnaires et des grands patrons. Mais le fait de pouvoir élire librement des maîtres ne supprime ni les maîtres ni les esclaves…c'est à un autre monde que nous voulons penser.
Ré-inventons nous ! Faisons place au pouvoir de toutes et tous, à une société horizontale égalitaire, anti-sexiste, anti-raciste et écologique.

 

 

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 12:17

 

Source : http://gard.demosphere.eu/rv/3317

 

mercredi 15 juin 2016 à 11h

 

TAFTA - CETA - TISA Cheval de Troie

 

Mercredi, à partir de 11 h vous pourrez venir voir un cheval de Troie de 8 m de hauteur et rencontrer le collectif anti TAFTA du Gard.

Ces traités transatlantiques conclus et conduits dans l'opacité sont pernicieux et permettent aux multinationales et à la finance internationale à uniformiser les normes par le bas, accaparer toujours plus de richesses, écraser les artisans, commerçants, PME, entreprises agricoles à taille humaine, librairies indépendants...

Venez rencontrer le collectif anti TAFTA du Gard et vous documenter et en apprendre bien plus que vous ne pourriez l'imaginer.

 

 

                                                                  ***************************

 

 

Dans le cadre de la convergence des luttes,  l'enterrement de madame la démocratie de Nuit Debout se tiendra sur place à 16h. Venez nombreux !

 

 

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