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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 21:57

 

http://zad.nadir.org

mercredi 12 décembre 2012, par zadist

 

Communiqué - Suite au passage en force de la Préfecture, recours et détermination.


Nous avons appris que le Tribunal de Saint-nazaire, suite à une ordonnance sur requête, a rendu hier une décision de justice "autorisant l’expulsion de tous les opposants sans droits ni titre présents" sur la parcelle de la Châtaigne. Le principe d’une ordonnance sur requête est celui d’une procédure anonyme, sans débat contradictoire, qui ne peut fonctionner que dans la mesure où les habitant-e-s ne sont pas nommé-e-s et identifié-e-s. Dans le cas présent les habitant-e-s de la châtaigne s’étant officiellement identifiés par voie de fax et lettre recommandée aux avocats d’ago et de la Préfecture avant l’ordonnance, celle-ci devrait être invalidée. Les habitant-e-s de la Châtaigne mettent dès maintenant en place les recours juridiques nécessaires à ce sujet. Dans ce contexte, tout recours à la force publique et expulsion constituerait clairement un passage en force sur le plan juridique et politique.

Sur la ZAD et en cas d’expulsion, de très nombreux opposant-e-s à l’aéroport, paysans, occupant-e-s, associatif, soutiens sont mobilisés avec la plus grande détermination.

Suite aux tensions de ce matin autour des barricades, la Préfecture parle de "rétablir le contrôle de la situation". Ceci est un voeu pieux tant qu’elle continuera à occuper militairement la zone, à harceler les habitants et opposants, à empêcher les déplacements, à menacer de nouvelles destruction et à tenter sans succès d’endormir le mouvement avec des propositions de dialogue factice. Outre la châtaigne, de nombreux autres habitats sont toujours menacés d’expulsion et prêts à résister en cas d’attaque.

Qui qu’il arrive, des rencontres nationales de plus de 150 comités locaux auront lieu ce samedi et dimanche au bourg de Notre Dame des landes. Nous rappelons qu’en cas d’expulsion de la Châtaigne, un appel a été lancé ces derniers jours par l’assemblée de la manifestation de réoccupation du 17 novembre : appel aux comités locaux à se rassembler en réaction immédiate et à occuper les lieux de pouvoir dans toute la France. Pour toute nouvelle opération d’ampleur sur la zone un appel a été lancé à une grande manifestation quelques semaines plus tard à Nantes.

Des occupant-e-s de la ZAD ...

 

 

Nouvelles infos - AG des comités de soutien les 15 et 16 décembre

mercredi 12 décembre 2012, par zadist

 

Préalable important : au cas où l’info ne serait pas passée clairement partout, il ne s’agit pas d’une rencontre où la participation du plus grand nombre sera possible. Pour des raisons pratiques entre autre, il a été demandé à chaque comité de déléguer 2 personnes au maximum. Il y aura à priori d’autres possibilités d’activités, chantier, manifs au cours du week-end pour des personnes qui souhaiteraient venir en +. Vous trouverez plus d’info à ce sujet dans ce message. Dans ce cas et vu les difficultés logistiques ici, soyez le plus autonome possible en terme de tente, nourriture et autres... Au plaisir de se revoir dans la lutte.


Invitation aux comités de soutien Inscription attendue auprès de acipa.secretaire@free.fr

Comme déjà annoncé, l’AG des comités de soutien à la lutte de Notre Dame des Landes aura lieu les samedi 15 et dimanche 16 décembre, à la Salle Cassiopée de Notre Dame des Landes. Cette AG est organisée conjointement entre des occupant-e-s de la ZAD, des participant-e-s à l’AG de ré-occupation et l’ACIPA.

Nous invitons chaque comité de soutien, soit plus d’une centaine déjà répertoriés ou en attente de l’être, à déléguer 2 personnes pour cette AG, la capacité de la salle étant réduite à 300 personnes maximum. NB : Il existe deux sites où sont répertoriés les comités locaux :

- http://zad.nadir.org/spip.php?article756 + http://zad.nadir.org/spip.php?article757 sur le site de la ZAD (zad.nadir.org)

- http://comites-ndl.blogspot.fr/ en lien avec le site de l’ACIPA (http://acipa.free.fr/)

Si votre comité local n’apparaissait pas sur l’une ou l’autre de ces deux pages, vous pouvez prendre contact avec acipa.info@free.fr pour le listing sur blogpsot de l’ACIPA et avec reclaimthezad@riseup.net pour le listing présent sur le site de la ZAD.

- L’ordre du jour proposé pour ces 2 journées est le suivant :

Samedi 15 décembre :

9h : Accueil des délégations

10h-10h30 : Présentation de l’ordre du jour et point d’infos sur la lutte à NDL

10h30 - 12h30 : Présentation des comités (2mn chacun)

13h-14h : repas

14h - 17h : travaux par commissions :

- Projet de charte des comités

- Implication des comités dans des journées d’actions décentralisées

- Implication des comités sur la ZAD

- Propositions de réaction en cas d’expulsion, de démolition ou de travaux sur le barreau routier

18h-19h : rendu des commissions

19h : apéro - repas

21h-23h : films

NB : Il est possible pour les comités d’envoyer des propositions/contributions écrites avant la rencontre en vue de faciliter le travail des commissions ; les adresser à reclaimthezad@riseup.net

Dimanche 16 décembre :

9H30-12h30 : débat général sur la lutte lancé par ses diverses composantes  : Association de Défense des Exploitants Concernés par le projet d’Aéroport (ADECA), Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport (ACIPA), Confédération Paysanne du canton, occupant-e-s de la ZAD, Collectif anti-répression, Collectif d’élu-e-s, Collectif de pilotes, avocats

13-14h : repas

14h : visite de la zone : La Vache Rit, La Châtaigne, Le Limimbout, Les Fosses Noires, La Rolandière, etc...

Infos pratiques :

- Pour ceux qui vont venir de très loin, il est possible d’arriver le vendredi soir sur place en prévoyant d’être autonome au niveau de la nourriture ce soir-là ainsi que pour le couchage (duvet, matelas) ; les 2 délégués pour l’AG pourront dormir dans la salle Cassiopée mais nous ne pouvons nous engager à héberger d’autres personnes co-voiturant avec eux et qui souhaiteraient se rendre sur la ZAD pour participer aux activités (chantier, manif,.). Merci de votre compréhension !

- Pour les personnes qui viendraient en plus des délégués ce week-end-là, merci de regarder le site zad.nadir.org et/ou de prendre contact avec reclaimthezad@riseup.net pour être tenu au courant des possibilités d’hébergement et d’activités sur la Châtaigne ou au campement "hors-contrôle" ce week-end là en fonction du contexte. Pour avoir les infos : passez en arrivant à l’accueil à l’entrée du camp hors contrôle et écoutez radio klaxon sur 107.7

- L’hébergement sera possible le samedi soir et le dimanche soir, la salle devant être libérée à 9h le lundi matin 17 décembre

- Les déjeuners et dîners seront proposés à prix libre ; les petits déjeuners et apéros seront offerts par l’ACIPA

- Merci à chacun des comités de soutien d’indiquer par mail à acipa.secretaire@free.fr le plus rapidement possible 1- qui vient pour le comité X 2- date et heure précises d’arrivée 3- date et heure précises de départ

 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 21:55

 

 

12 déc

 

Depuis ce matin 9h 30, des affrontements ont lieu entre la police et les occupants de la ZAD pour le contrôle de trois carrefours stratégiques : au nord, les Ardilières (D81 et D281), au sud, la Saulce (RD81) et les Fosses Noires (RD281). D’habitude, les policiers en prennent le contrôle sans être inquiétés, mais cette fois-ci, ils sont venus en force, afin de préparer les conditions à une prochaine opération d’expulsion de divers « lieux occupés » sur la ZAD. Officiellement, la préfecture indique que les gendarmes étaient « chargés de maintenir la liberté de circulation sur les routes » et qu’ils ont été pris à partie à deux reprise, par une quanrantaine d’assaillants qui ont organisé un « guet-apens«  à 8 h 20 au Rosier, et par une cinquantaine d’autres,  »casqués et munis de boucliers, de frondes et de cocktails molotov«   à 9h30 sur la RD81.

 

Opération du 23/11 - photo Anaïs Denaux

Opération du 23/11 – photo Anaïs Denaux

 

Les forces de l’ordre se sont positionnées sans encombre aux Ardilières vers 9 h 30, en accompagnant deux camionnettes de la DDE venues enlever des barricades. Les premiers accrochements se sont produits au sud de la ZAD, à l’Isolette, vers 10 h. Les gendarmes ont été contraints au repli et sont revenus en nombre. A cette heure-ci, le gaz s’ajoute au brouillard pour voiler le carrefour des Fosses Noires, des détonations sont entendues à des km à la ronde. Vers 10 h 45, il n’y a plus d’affrontements alors que 20 fourgons de gendarmes mobiles tiennent la zone. A 11 h 50, les gendarmes prennent le contrôle des deux carrefours des Fosses Noires et des Ardilières et décrètent le blocus total : plus rien ne passe, ni homme, ni vélo ni bête.

A midi, une rumeur incontrôlable part. Le maire de Notre-Dame des Landes aurait pris un arrêté qui « qui signale tout les habitant-e-s sur la zone qui ont la droit de passer. Ce document sera signé par la préfecture et le maire de Notre dame des Landes.  » Outre que ce genre nouveau d‘ausweis serait plutôt mal vu sur place, il serait surtout complètement illégal, et même nul et non avenu (donc inapplicable), parce qu’il attenterait gravement aux libertés fondamentales telle que la liberté d’aller et de venir.

BreizhJournal joint la mairie de Notre-Dame des Landes qui nous confirme « M. le maire n’a jamais pris un tel arrêté, c’est une rumeur. Il y a effectivement des gens bloqués, il est en train de négocier avec le préfet pour que ça se débloque, et il a envoyé un adjoint parlementer directement avec les forces de l’ordre« . Les personnes peuvent rentrer chez elles à partir de 13 h 30.

 

Le dialogue... sous forte pression policière à NDDL

Le dialogue… sous forte pression policière à NDDL

 

Dans l’après-midi est communiquée une ordonnance sur requête du tribunal de Saint-Nazaire rendue hier matin qui autorise l’expulsion des habitants de la Chateigneraie (la Chat Teigne) avant la destruction des cabanes : dans des délais extrêmement courts qui ne permettent ni la tenue d’un débat contradictoire, ni la garantie d’un procès équitable, la justice se met au service d’un Etat déterminé à ce que certains citoyens ne puissent bénéficier de la trêve hivernale… et ainsi retarder jusqu’au 15 mars la poursuite du « vidage » de la ZAD. De son côté, la Préfecture déclare que « ces décisions disent l’état de droit. Les occupants n’ont plus de protection juridique » et condamne les attaques « irresponsabes et contre-productives« . Elle assure que la poursuite du dialogue engagé par le gouvernement sera faite « dans le calme et la sécurité de tous« … lire entre les lignes : sous protection policière, et au besoin, avec le concours de la vive force publique.

Le jugement relève que depuis l’ordonnance d’expropriation de l’indivision des frères Paressant, et leur indemnisation, AGO (Vinci) est pleine propriétaire de la parcelle où se trouve le village collectif; que « diverses personnes difficilement identifiables ont occupé les cabanes (…) il est patent qu’elles sont occupants sans droit ni titre et qu’elles se sont installées au mépris de l’apposition des scellés« . Par conséquent, il ordonne « l’expulsion de tous les occupants sans droit ni titre présents sur la parcelle » et « l’évacuation de tous les matériels, véhicules et autres objets mobiliers leur appartenant (…) au besoin avec le recours de la force publique« . Le tribunal referme la porte entrouverte de la trêve hivernale, réarme la machine bien huilée des expulsions et donne le feu vert à l’opération policière de grande ampleur imminente.

Les occupants de la ZAD ont répliqué par voie de communiqué «  Le principe d’une ordonnance sur requête est celui d’une procédure anonyme, sans débat contradictoire, qui ne peut fonctionner que dans la mesure où les habitant-e-s ne sont pas nommé-e-s et identifié-e-s. ». Ils vont déposer un recours, car  « les habitant-e-s de la châtaigne s’étant officiellement identifiés par voie de fax et lettre recommandée  aux avocats d’AGO et à la Préfecture » en déclarant le 10 novembre que la Chat Teigne était leur habitation principale. Ils escomptent donc que l’ordonnance sera invalidée par un recours sur ce motif. Cependant, l’ordonnance ne manque pas de motifs pour une invalidation : la décision ne respecte ni le débat contradictoire, ni les garanties données aux parties d’un procès équitable, ni les libertés fondamentales. Et ce même si la rapidité de la procèdure est on ne peut plus légale.

Les occupants déclarent par ailleurs qu’en cas de passage en force de la Préfecture, les habitants, non seulement de la Chat Teigne, mais des autres « lieux occupés » considérés comme squats (100 Chênes, Fosses Noires, Rosier, Isolette, la Saulce…) « sont mobilisés avec plus grande détermination » et « prêts à résister en cas d’attaque », soutenus par les sympathisants de la lutte et les paysans, soutiens qui dépassent le seul cadre local pour gagner l’ensemble de la Bretagne, voire même de la France. Une réunion des comités de soutien locaux est prévue ce WE à Notre-Dame des Landes. Où chacun attend l’opération policière de pied ferme.

D’après l’équipe médicale de la ZAD, il y a à 13 h « une blessée légère » et plusieurs blessés en attente d’être secourus suite aux affrontements sur le carrefour des Fosses Noires. Le bilan de la journée fait état de trois blessés, dont deux qui présentent des plaies à la tête suite à des coups de matraques. Cela, pour la seule matinée, parce que l’après-midi a été calme. Les forces de l’ordre ont fait venir une pelleteuse, mais, jugeant que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies pour qu’elle intervienne, l’ont fait repartir sur Vigneux-de-Bretagne.

L’appel aux collectifs locaux d’occuper les lieux de pouvoir en cas de coup de force sur la ZAD tient toujours. A Châteaubriant, le comité de soutien l’a même devancé en occupant lundi soir la permanence du député (PS) de la 6e circonscription Yves Daniel à Saint-Julien de Vouvantes.

 

elen-debost-eelv-pdl

 

La sarthoise Elen Debost, secrétaire d’Europe-Ecologie les Verts dans la région administrative des Pays de Loire (pays de Nantes Breton, Anjou, Maine, Bas-Poitou), lance un appel à mobilisation pacifique sur la ZAD. « J’appelle à nous mobiliser en nombre, et particulièrement nos élu-e-s avec leurs écharpes, nos parlementaires ect, nos avocats et nos huissiers, pour tenter par tous les moyens à notre disposition d’éviter de nouveaux blessés, et des drames encore plus graves. merci à chacun et chacune de vous de ce qu’il pourra faire, en relayant, en parlant, en interpellant, en vous rendant sur place et ce dans le plus grand calme, avec la détermination et la force de nos convictions pacifiques. C’est maintenant que nos amis paysans, et que les jeunes et moins jeunes occupants ont besoin de nous« .

 

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 19:53

 

objectifgard.com

 

 

En cette période de crise, les commerçants rivalisent d’imagination pour proposer des produits à bas prix à leurs clients.

Quarante centimes le pain au chocolat ou la baguette … Vous êtes preneur ?

Depuis quelques semaines, une boulangerie d’un nouveau type s’est ouvert à Nîmes et on peut dire qu’elle fait le buzz !!! Toute la presse nationale en parle …

La raison : depuis la fin novembre, l’enseigne installée au début du boulevard Gambetta (près du bar “Le Rio”) propose des produits à moitié prix, avec une petite astuce : les aliments sont rassis, comme l’indique le nom de l’enseigne, “Au pain de la veille”.

Le propriétaire revendique ce fonctionnement un peu particulier : “quand on sait la misère qu’il y a, jeter ces produits me paraissait inadmissible“. A la tête d’une entreprise approvisionnant une vingtaine de boulangeries de Nîmes, il a décidé de recycler ses invendus dans ce magasin. “On a de la peine, quand on sait le travail que cela représente pour toutes nos équipes (…), à jeter des produits qui sont de très bonne qualité.

www.objectifgard.com vous propose de découvrir en vidéo (par nos confrères de France Télévision) cette boulangerie, pas comme les autres :

 

Suivre ce "link"

 

 


http://www.youtube.com/watch?v=6L9Pen_mQ7c

 BFMTV 

 

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 19:11

Le tribunal de grande instance de Saint-Nazaire a autorisé mardi matin 11 décembre la destruction des cabanes construites par les opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes sur la vaste zone du projet, dans le bocage nantais. Mais l'aérogare de la discorde ne constitue pas qu'un problème d'ordre public. C’est aussi, ou surtout, une bien bonne affaire économique. Même si elle ne saute pas aux yeux des non-initiés au business aéroportuaire.

Géant mondial de la concession d’infrastructures publiques, gestionnaire heureux de parkings, bénéficiaire de lucratives rentes sur des autoroutes : mais pourquoi donc la multinationale Vinci s’est-elle embarquée dans la galère de Notre-Dame-des-Landes ? Plutôt discrète habituellement, elle fait désormais la une des médias en ennemi décrié du plus gros mouvement écologiste français depuis des lustres.

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Voir notre dossier complet sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

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Tout ça pour un projet mineur par rapport à son activité : Notre-Dame-des-Landes doit peser 450 millions d’investissements entre 2011 et 2017, soit 75 millions d’euros par an environ, pour un groupe qui a réalisé un chiffre d’affaires de 37 milliards d’euros en 2011. « Ce n’est pas, au sens économique, quelque chose de significatif pour un groupe comme Vinci », expliquait Nicolas Notebaert, le président de Vinci Airports, l’année dernière. C’est l’équivalent du budget « de vingt ou trente kilomètres d’autoroute, ou d’un centre commercial », estime un spécialiste en concession de la direction générale de l’aviation civile, pour qui « l’ampleur du projet n’est pas énorme ».

 

Visualisation du futur aéroport ©Jacques Ferrier architectures/image artefactorylab 
Visualisation du futur aéroport ©Jacques Ferrier architectures/image artefactorylab


Pourtant, Vinci était très demandeur, confie à Mediapart l’un des coordinateurs de l’appel d’offres de l’aéroport entre 2008 et 2009, côté administration centrale : « C’était important pour Notebaert, en tant que patron de filiale, il l’a dit pendant l’appel d’offres. » D’emblée, l’enjeu est symbolique pour le jeune patron, ancien du cabinet du ministre communiste des transports Gayssot, sous Lionel Jospin entre 2000 et 2002. Au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, naît l’idée d’une privatisation complète d’Aéroports de Paris (ADP), exploitant d’Orly, de Roissy et du Bourget. Très rentable (2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2011), la société attire les convoitises. Vinci se met sur les rangs préventivement en prenant une petite part à son capital (3,3 %).

« Jusque-là, Vinci gérait des petits aéroports de seconde zone : Grenoble, Chambéry… Prendre Nantes lui permet d’asseoir sa filiale Vinci Airports », poursuit la même source au sein de l'administration. Surtout, c’est la première concession aéroportuaire à tomber dans l’escarcelle du groupe – à l’exception de ses trois aéroports cambodgiens. Alors que tous les autres aérogares que Vinci exploite en France (Grenoble, Chambéry, Clermont-Ferrand, Quimper, Rennes, Dinard, pays d’Ancenis) obéissent aux règles de la délégation de service public (DSP). La différence est essentielle. Dans le cadre d’une DSP, la puissance publique délègue la seule exploitation de ses infrastructures. C’est l’État ou les collectivités locales qui investissent et maîtrisent la conduite des opérations. Le délégataire est rémunéré par forfait.

En revanche, un contrat de concession transfère au concessionnaire la charge du financement, de la construction, de l’entretien et de l’exploitation de l’infrastructure. Il est maître chez lui, et non plus simple exécutant. D'ordinaire, ce type d'investissement est assez tranquille. « Vous n’êtes pas sûr de gagner beaucoup, mais vous êtes sûr que vous n’allez pas perdre », explique un ancien cadre de Vinci concessions joint par Mediapart.

« Rien ne justifie ces subventions »

Surtout que Vinci a très bien su négocier son contrat avec l’État. D’abord, il réussit à empocher une subvention publique globale de 246 millions euros – dont 115,5 millions à la charge des collectivités locales. Soit plus de la moitié de l’investissement total du projet (450 millions d’euros). Pourtant, en théorie, dans le cadre d’une concession, les frais sont à la charge de la société signataire du contrat. « Normalement, le concessionnaire ne doit pas demander de subventions, rien ne le justifie », analyse un ancien cadre de Vinci concessions, « il n’en a pas besoin puisqu’il se rémunère sur l’exploitation de l’aérogare, la location du foncier, des parkings… ».


Visualisation du futur aéroport ©Jacques Ferrier architectures/image artefactorylab 
Visualisation du futur aéroport ©Jacques Ferrier architectures/image artefactorylab

C’est ce que proclame depuis des mois le collectif des élus qui doutent de la pertinence de l’aéroport (CéDpa). « Quand les géants de l’eau venaient dans nos communes pour obtenir des concessions il y a quelques années, ce sont eux qui amenaient l’argent ! Là, c’est l’inverse », décrit Françoise Verchère, élue du parti de gauche au conseil général de Loire-Atlantique. En juin 2008, avant l’ouverture de l’appel d’offres, le conseil général a voté le principe de sa « participation au financement de l’opération dans le cas où, après appel d’offres, celle-ci s’avérerait indispensable ». Sans plafond, ni fourchette, ni condition à cette promesse (voir ci-dessous).(*Visible sur le site de Médiapart)

 

Quelques jours plus tard, la communauté urbaine de Nantes décide elle aussi « du principe d’une participation communautaire au financement de l’opération ». Elle conditionne cependant sa subvention à la mise en place d’un système de remboursement en cas de meilleurs résultats qu’escomptés de l'exploitation de l’équipement. En réunion de l’exécutif du conseil, Françoise Verchère s’élève contre le principe de ces subventions. « Le président du département m’a répondu : “si on ne met pas d’argent, ils ne viendront pas”. » Pour les répondants à l’appel d’offres, « il était nécessaire de savoir quelle serait la part de financement entre public et privé », justifie un membre de l’exécutif régional.

La contribution des collectivités locales, réunies depuis en syndicat mixte, se répartit entre 75 millions d’euros pour la construction de l’aéroport, et environ 40 millions pour la construction de la route nécessaire à la desserte du futur aérogare (voir ci-dessous les détails de la convention de financement entre l'État et les collectivités).

 

Mais au bout du compte, la facture devrait être plus salée. Quelques millions d’euros de plus, au titre de l’indexation de la subvention sur l’évolution de l’indice des travaux publics. En clair, la prise en charge de l’inflation. « C’est une clause un peu inhabituelle, reconnaît un coordinateur de l’appel d’offres à la DGAC, mais on ne peut pas faire assumer à Vinci des risques sur lesquels le groupe n’a aucun levier. » Il rappelle le contexte historique de la conclusion de l’appel d’offres, en 2009, en pleine crise financière. « À un moment, la question de la possibilité d’un bouclage de l’appel d’offres s’est posée. »

Dernier petit cadeau aux candidats à la concession : au départ, l’appel d’offres demandait une offre ferme des banques dès la signature du contrat, en décembre 2010. Finalement, le délai de bouclage financier des banques a été reculé à 2014. En fait, Bouygues s’est retiré de la course avant la fin du processus, et Vinci s’est imposé devant SNC Lavallin, « car c’était de loin le meilleur rapport qualité-prix », assure un membre de la commission d’appel d’offres.

 

« On gonfle toujours les chiffres »

Face à ces avantages accordés à Vinci, les collectivités mettent en avant ce qu'elles ont gagné dans la négociation avec le groupe : une clause de retour à meilleure fortune, qui doit faire bénéficier les contributeurs publics des éventuels bons résultats d’exploitation du futur aéroport. « Les collectivités sont les premières bénéficiaires de cette clause qui fut âprement négociée et qui est unique en France », se réjouit un membre de l’exécutif des Pays de la Loire, qui révèle au passage que l’État n’y était pas très favorable. Contacté par Mediapart, Dominique Bussereau, ancien secrétaire d’État aux transports, affirme ne garder aucun souvenir de ces discussions financières.

 

Sur la zone du futur aéroport, novembre 2011 (JL). 
Sur la zone du futur aéroport, novembre 2011 (JL).


À y regarder de plus près, le contrat n’est pas si favorable à la puissance publique. Car en réalité, villes, départements et régions contributrices ne peuvent espérer toucher qu’un pourcentage de la différence entre l’excédent brut d’exploitation (EBE) constaté et celui prévu par le modèle financier initial. Pas plus de 10 % les quatre premières années suivant la mise en service de l’infrastructure, puis 40 %, puis 50 % à partir de la onzième année, puis 60 % de la seizième année jusqu’à la fin des 55 ans de concession. Dans le modèle financier attaché au contrat de concession, l’EBE progresse à grands pas d’une année sur l’autre : de 25 millions d’euros en 2018, on passe à 50 millions en 2028, 100 millions en 2041, 228 en 2065 (pour les trois aéroports de la concession cumulés, Notre-Dame-des-Landes, Nantes-Atlantique et Saint-Nazaire-Montoir)…

Comme si une pluie d’or s’apprêtait à tomber sur l’aéroport nantais... La réalité de l’exploitation future du site a peu de chances de dépasser ces objectifs chiffrés et donc de garantir aux collectivités une participation aux résultats. « On gonfle toujours les chiffres, sinon on ne construit pas d’infrastructures », confie un ancien cadre de Vinci concessions, pas impliqué dans le dispositif nantais mais routinier de ces jeux d’écritures sur d’autres projets.

Ces négociations financières furent opaques, déplore Françoise Verchère : « Les élus n’ont jamais eu accès aux discussions. » Même les exécutifs locaux, pourtant co-financeurs, « n’ont pas eu accès à toutes les analyses financières des candidats à l’appel d’offres tellement les discussions étaient tendues », se souvient un négociateur. « C’est au beau milieu de l’été, et dans la plus complète discrétion » que le secrétaire d’État chargé des transports a signé l’accord de financement avec les collectivités, notait Ouest-France, en juillet 2010. Le décret du contrat de concession fut publié le 30 décembre 2010, en pleine trêve des confiseurs.

« Vinci ne “veut” pas faire Notre-Dame-des-Landes. Vinci a été choisi par l'État pour gérer l'aéroport actuel de Nantes Atlantique et le déménager vers le site choisi par l'État et les collectivités locales pour réaliser le futur aéroport du Grand Ouest », se contente de répondre le directeur de la communication du groupe, éludant les questions précises envoyées par Mediapart.

Sa réponse est révélatrice de l’entre-soi bureaucratique qui a présidé à l’attribution de la concession de l’aéroport : une convergence d’intérêts entre une filiale en plein essor du groupe multinational et des élus bâtisseurs et dépensiers. Entre les deux, l’État a joué les arrangeurs, en calant son appel d’offres sur les capacités des entreprises candidates. Résultat : la préservation des intérêts de Vinci a fini par supplanter la protection des deniers publics et de l’intérêt général.

 

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 18:43

Après avoir été malmené sous Nicolas Sarkozy, le Smic, qui figure parmi les principaux acquis sociaux des salariés les plus modestes, pourrait bien connaître de nouvelles vicissitudes sous la gauche, sinon même être purement et simplement démantelé. C’est en tout cas ce que suggèrent les dernières recommandations du groupe d’experts chargé d’éclairer le gouvernement avant toute mesure de revalorisation. A l’approche du 1er janvier 2013, date légale de la prochaine revalorisation, ce groupe d’experts avance en effet des suggestions sulfureuses. Pour le court terme, il recommande de revoir fortement à la baisse les modalités d’indexation du Smic et pour le long terme de le démanteler purement et simplement en avançant vers un Smic jeune ou des Smic régionaux. Autant de pistes qui dans le passé ont conduit à des flambées de colère sociale dans le pays.

Au terme de la loi, un groupe d’experts, qui est actuellement présidé par Paul Champsaur (président de l’Autorité de la statistique publique) et qui comprend Martine Durand (directrice des statistiques de l’OCDE), Gilbert Cette (économiste à la Banque de France), Francis Kramarz (professeur à l’Ecole Polytechnique) et Etienne Wasmer (professeur à Sciences-Po), est effectivement chargé de faire des recommandations au gouvernement. En prévision de la prochaine revalorisation qui doit intervenir le 1er janvier 2013, ce groupe vient donc de mettre la dernière main à son rapport, qui est daté du 26 novembre.

Et c’est ce rapport qui contient ces recommandations explosives.

Le voici :

 

Pour comprendre les préconisations de ces experts, il faut avoir à l’esprit que depuis de longues années, le salaire minimum bénéficie de deux types de revalorisation. D’abord, il y a l’indexation légale : le Smic est chaque année (au 1er juillet autrefois, au 1er janvier depuis peu) revalorisé du montant de l’inflation majoré de la moitié des gains du pouvoir d’achat ouvrier. Mais la loi donne la faculté au gouvernement d’aller au-delà et de donner ce que l’on a coutume d’appeler un « coup de pouce » (voir ici la définition de l'Insee).

Or, le gouvernement veut modifier ces règles, comme l’explique le rapport de ces experts : « Le gouvernement a indiqué lors de la "Grande conférence sociale" de juillet 2012 son intention de faire évoluer les règles du SMIC, notamment s’agissant des critères de revalorisation automatique. L’hypothèse d’une indexation, le cas échéant partielle, sur le taux de croissance de l’économie a été évoquée ».

C’est donc la raison pour laquelle les experts, cette fois, ne se bornent à faire leur traditionnelle recommandation de modération salariale, mais font des propositions beaucoup plus radicales.

D’abord, ils écartent la piste un moment évoquée par François Hollande d’une indexation sur la croissance. Et l’argument qu’ils évoquent pour exclure cette solution retient l’attention. Ils ne font en effet pas valoir qu’une telle indexation serait très défavorable aux salariés, puisque cela équivaudrait à une stagnation du Smic en période de croissance zéro et donc à une baisse de son pouvoir d’achat au prorata de l’inflation. Non ! Si les experts écartent cette hypothèse, c’est seulement pour une raison technique : « Il n’est pas souhaitable de baser la revalorisation automatique du SMIC sur de nouveaux indicateurs qui seraient issus de la comptabilité nationale, notamment ceux faisant référence à la croissance du PIB. Les révisions à la hausse ou à la baisse de ces indicateurs soulèveraient en effet de grandes difficultés au moment de leur prise en compte dans la fixation du SMIC. Or ces révisions peuvent à la fois intervenir tardivement et être de grande ampleur. Les chiffres du PIB sont en effet susceptibles d’être révisés pendant trois années après la période de référence et ensuite périodiquement à l’occasion des changements de base des comptes nationaux. Des révisions de l’ordre de 1 point sur le taux de croissance annuelle du PIB ont été observées », font-ils valoir.

Vers un smic jeune ou un smic régionalisé

Car sur le fond, le groupe d’experts est bien d’accord avec cette même philosophie : il faut fortement revoir à la baisse les modalités d’indexation du Smic. Dans des formules jargonnantes particulièrement hermétiques, il évoque ainsi cette première piste : « Les risques d’une dynamique spontanée non contrôlée du SMIC en cas d’inflation particulièrement volatile pourraient inviter à prévoir une fongibilité au moins partielle des termes de la revalorisation que sont l’indice des prix à la consommation de l’Insee et le demi pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier mesuré par l’enquête du ministère du travail. Cela reviendrait, en cas de baisse des prix par exemple, à imputer une partie des gains de pouvoir d’achat du salaire horaire brut ouvrier liés à cette baisse des prix sur ceux qui résultent du principe de non indexation du SMIC sur les prix en baisse. » Traduction en version décodée : il serait judicieux que l’indexation automatique cesse d’être… automatique quand elle est avantageuse pour les salariés.

Une deuxième piste est évoquée, visant à prendre dans le système d’indexation non plus le salaire ouvrier pour référence, mais un agrégat salarial qui évolue de manière moins dynamique.

La troisième piste est du même acabit : le groupe recommande de prendre pour référence non plus l’indicateur d’inflation habituel mais un indicateur qui évolue là encore de manière moins dynamique. Et dans une formule alambiquée, les experts recommandent les « coups de pouce » les plus faibles possibles. Et sans rire, ils osent écrire que ce serait plus conforme « à l’intérêt conjoint des salariés et des entreprises qui les emploient ».

Mais nos rapporteurs n’en restent pas là. Il suggèrent aussi, « à plus long terme », que des réformes plus radicales soient envisagées. Et c’est là que le groupe fait des préconisations qui risquent de déclencher un tollé.

Les experts s’étonnent d’abord de « l’homogénéité géographique du Smic, alors que les niveaux de prix différent fortement entre régions ». Cette piste de la régionalisation du Smic est une bombe. Voilà en effet plus de trente ans que le patronat plaide en ce sens, mais aucun gouvernement, ni de droite ni de gauche, n’a jamais osé franchir le rubicon, qui constituerait un véritable chiffon rouge pour tous les syndicats.

Les mêmes s’étonnent ensuite de « l’homogénéité du Smic selon l’âge, alors que l’insertion sur le marché du travail des moins de 25 ans est difficile ». En clair, les experts recommandent donc une différenciation du Smic selon l’âge. Cette proposition est tout aussi sulfureuse que la précédente, car cela pourrait conduire à l’instauration d’un « Smic jeune ». C’est cette piste, en 1994, sous le gouvernement d’Edouard Balladur, qui avait fait descendre dans la rue des centaines de milliers de lycéens et d’étudiants, contraignant le premier ministre de l’époque à reculer après plusieurs semaines de tempête sociale.

Les experts invitent même le gouvernement à  se demander s’il ne faut pas démanteler totalement le Smic ou le supprimer purement et simplement. C’est suggéré de manière pas même discrète. Les experts pressent en effet le gouvernement à réfléchir au « principe même d’une revalorisation automatique ou au moins d’une revalorisation automatique dépassant le simple maintien du pouvoir d’achat du salaire minimum » ; et à réfléchir aussi au « fait que le Smic n’est pas un instrument efficace de lutte contre la pauvreté et les bas revenus ». Fort de ce parti pris qui n’est évidemment pas établi, les rapporteurs suggèrent donc qu’on ferait aussi bien de se passer une bonne fois pour toute du Smic, et ne de garder qu’un seul instrument de lutte contre la pauvreté, celui du Revenu de solidarité active (RSA).

Cette position réjoint les thématiques des courants les plus libéraux selon lesquels l'Etat doit légiférer le moins possible en matière de droit du travail et seulement faire office de voiture-balai en corrigeant les pires excès de la pauvreté.

Lisant ces lignes, on pourrait certes penser que ces préconisations explosives n’engagent en rien le gouvernement. Or, si! Tout est là : d’abord parce que c’est le gouvernement qui a pris la décision de lancer une réforme des modalités d’indexation. Et puis, surtout, cette proposition de réforme est l’aboutissement d’une histoire longue qui a vu travailler main dans la main des économistes proches des socialistes et des experts de droite ou proches des milieux patronaux. C’est même l’ultime rebondissement d’une histoire longue dans laquelle François Hollande a joué un rôle de premier plan.

 

Denis Olivennes et Alain Minc en éclaireur

C’est dans le courant des années 1990 qu’une ribambelle d’experts commencent à partir à l’assaut du Smic. Pour le compte de l’ex-Fondation Saint-Simon, Denis Olivennes, qui est à l’époque haut fonctionnaire et qui depuis est devenu le patron du pôle médias du groupe Lagardère,  écrit ainsi en février 1994 une note qui fait grand bruit. Intitulée «La préférence française pour le chômage», et publiée peu après par la revue Le débat (1994, n°82), elle défend la thèse très libérale selon laquelle des salaires trop élevés en France ont contribué à pousser le chômage à la hausse. La démonstration est en vérité très contestable, car depuis le tournant de la «rigueur» des années 1982-1983, c'est à l'inverse la «désindexation compétitive» (en clair la rigueur salariale) qui est l'alpha et l'oméga des politiques économiques conduites par la droite et par la gauche.

 

 

Il n'empêche. Au sein de la deuxième gauche, la note fait sensation. Mais tout autant à droite, notamment dans les rangs des partisans d'Edouard Balladur. A l'époque, ce dernier prépare sa rupture avec Jacques Chirac, et veut commencer à dessiner ce que pourrait être son programme de candidat à l'élection présidentielle. Pour cela, il a donc l'idée d'utiliser un ami... Alain Minc : il le nomme à la présidence d'une commission qui, sous l'égide du Commissariat général du Plan, est chargée d'élaborer un rapport sur « La France de l'an 2000».

Pour Alain Minc, qui devient à quelques mois de l'élection présidentielle  de 1995 président du conseil de surveillance du Monde, l'offre ne peut mieux tomber. A la tête du plus prestigieux des quotidiens français qu'il va pouvoir instrumentaliser à sa guise; en position, au travers d'AM Conseil, de conseiller une bonne partie des patrons du CAC 40 ; et maintenant à la tête de la commission chargée d'élaborer le programme de celui des hommes politiques qui est donné favori à l'élection présidentielle : c'est pour lui la consécration. A la tête de cette commission du Plan, il se jette dans la campagne présidentielle.

 Et de qui s'inspire-t-il pour conduire les travaux de sa commission? On l'aura deviné : de Denis Olivennes! Faisant sienne la thèse de la note de la Fondation, le rapport de Minc recommande une politique de rigueur accentuée : « La société française a fait, consciemment ou non, le choix du chômage [...] La Commission pense que le coût salarial par tête [...]doit augmenter moins vite que la productivité [...] » Et d'ajouter, au sujet du Smic : « La Commission a fait le choix d'une solution "raisonnable" : au minimum, remettre en cause le principe des coups de pouce [...] ; et au maximum, revenir à la simple indexation sur les prix » [au lieu du dispositif légal qui prévoit une indexation chaque 1er juillet sur les prix, majorée de la moitié de la hausse du pouvoir d'achat du salaire ouvrier]. C'est donc bel et bien l'austérité salariale que recommande Alain Minc.

Dès cette époque, Alain Minc, très proche d'Edouard Balladur et de son bras droit Nicolas Sarkozy, travaille donc main dans la main avec Denis Olivennes. L’un et l’autre font partie des cibles de Jacques Chirac, quand il part en guerre contre la « pensée unique » (Lire Alain Minc et Denis Olivennes célèbrent la « pensée unique »).

Puis, dans le courant des années 2000, c’est un économiste moins connu, Gilbert Cette, dont le port d’attache est la Banque de France et qui fait partie de l’actuel groupe d’experts à l’origine de ce sulfureux rapport, qui prend le relais, multipliant les rapports en faveur d’un démantèlement du Smic. Longtemps proche de Martine Aubry et aujourd’hui président de l’Association française de science économique, il s’illustre en applaudissant bruyamment la politique d’austérité salariale conduite lors du précédent quinquennat. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est violente.

 

Gilbert Cette, l'économiste de droite et de gauche

Pour la première fois depuis la création du Smic, en janvier 1970 (Smic qui est le prolongement du Smig, créé lui en 1950) , Nicolas Sarkozy fait, en effet, le choix de ne procéder à aucun « coup de pouce » en faveur du salaire minimum. Multipliant les cadeaux fiscaux à ses richissimes amis du Fouquet’s, il se montre d’une rigueur extrême à l’encontre des salariés les plus modestes. Et durant toutes ces années, l’économiste Gilbert Cette appuie non seulement cette politique socialement inéquitable mais de surcroît, il plaide déjà pour que le salaire minimum soit remis en cause. Avec deux autres économistes, membres comme lui à l’époque du Conseil d’analyse économique, il  co-signe ainsi en mars 2008 un rapport, révélé peu après par Mediapart (Lire Un rapport officiel veut casser le Smic), proposant de remettre en cause le salaire minimum.

Et le plus stupéfiant de l’histoire, c’est que Gilbert Cette reste un économiste parfaitement fréquentable pour la direction socialiste. Dans un premier temps, on peut certes penser qu’il a perdu un peu de son autorité académique. Car, au printemps 2011, quand le projet socialiste est élaboré (on peut le consulter ici), c’est une orientation radicalement opposée qui prévaut. A la page 14 de ce document, l’engagement est en effet clairement consigné : « Le Smic constitue un levier à court terme pour améliorer les conditions de vie des plus modestes et stimuler la consommation. La revalorisation de son pouvoir d’achat sera engagée après des années d’abandon par la droite. »

Mais, durant l’été 2011, alors que se préparent les primaires socialistes, François Hollande et ses proches débattent du sujet et ne manifestent guère d’enthousiasme pour cette revalorisation du Smic. Et cela transparaît publiquement quand François Hollande organise le 24 août 2011, à la Maison de l’Amérique latine, une première réunion avec des économistes qui lui sont proches (Lire L’énigme François Hollande).

L’un des économistes présents, en effet, n’est autre que… Gilbert Cette, que l’on voit apparaître dans la vidéo ci-dessous, résumant les travaux de cette journée, aux côtés de Karine Berger ou encore de Jérôme Cahuzac.

 

 

Ce 24 août 2011, Gilbert Cette repart donc à la charge contre le Smic. Et le plus étonnant, c’est que ce qu’il dit est retenu comme parole d’évangile. On en trouve trace dans le compte-rendu officiel (il est ici) de la troisième table ronde qui a lieu ce jour-là, dénommée – ce n’est guère enthousiasmant ni mobilisateur – : « Concilier pouvoir d’achat, compétitivité, et consolidation des finances publiques ».

Cela commence par l’énoncé suivant: « Cette troisième table ronde a permis de définir des pistes de conciliation entre, d’une part, la sauvegarde du pouvoir d’achat et, d’autre part, deux forces contraires : un regain de compétitivité qui plaide pour une modération salariale et un contexte de sobriété budgétaire susceptible de toucher les dépenses dont bénéficient les foyers modestes. »

Autrement dit, la table ronde fait siens tous les poncifs réactionnaires de la politique libérale, qui a été le socle des politiques économiques suivies par la droite comme par la gauche depuis le virage de 1982/1983 : une politique salariale trop généreuse fait le lit du chômage et nuit à la compétitivité. Cela a été en particulier le credo de Pierre Bérégovoy comme celui d’Édouard Balladur. Il faut donc conduire une politique de l’offre plutôt qu’une politique de la demande. Tout est dit dans cette formule : il faut privilégier « un regain de compétitivité » et cela « plaide pour une modération salariale ».

Et le compte-rendu officiel poursuit : « S’agissant des classes populaires, les participants font le constat d’un tassement de l’échelle des salaires lié à une progression du Smic plus rapide que celle du salaire médian. Les intervenants se sont accordés pour dire qu’un Smic élevé n’est pas le meilleur outil de soutien aux plus modestes, les dispositifs de solidarité de type RSA ou PPE étant mieux adaptés car sans incidence directe sur le coût du travail. Ces outils pourront être évalués et ajustés, mais les moyens qui leur sont alloués devront être ménagés afin que la phase de désendettement ne génère pas de nouvelles inégalités. » Plus brutalement dit, si « un Smic élevé n’est pas le meilleur outil », on peut en déduire qu’il ne faudrait donc pas donner de « coup de pouce » au Smic.

 

Les ravages de la "pensée unique"

En quelque sorte, les économistes proches de François Hollande donnent donc raison, sans le dire ouvertement, à Nicolas Sarkozy de ne pas avoir donné de « coup de pouce » au Smic et prennent donc leur distance avec le projet du PS.

Quand François Hollande publie, en janvier 2012, son programme présidentiel, il n’est donc pas fait mention d’un « coup de pouce » au Smic : le candidat socialiste viole ouvertement le projet de son propre parti et fait quasiment l’impasse sur la question du pouvoir d’achat. Tout juste préconise-t-il quelques mesures : « « 1. Une nouvelle tarification progressive de l'eau, du gaz et de l'électricité ; 2. Baisse des frais bancaires et valorisation de l’épargne populaire ; 3. Lutte contre la spéculation sur les prix de l'essence ; 4. Fiscalité : protéger le pouvoir d'achat des classes moyennes et populaires ; 5. Augmentation de 25 % de l'allocation de rentrée scolaire ; 6. Encadrement des loyers ; 7. Baisse du prix des médicaments ». Mais du Smic, il n’est pas question (Lire Pouvoir d’achat : le débat escamoté)

Dans les semaines qui suivent, François Hollande devine-t-il pourtant que l’élection présidentielle est très serrée et qu’il aurait tout de même intérêt à prendre en engagement, aussi modeste soit-il, sur le Smic, face notamment à Jean-Luc Mélenchon qui prône un « Smic à 1.700 euros brut par mois pour 35 heures, conformément aux revendications syndicales, et 1.700 euros net pendant la législature? C’est donc ce qu’il fait : du bout des lèvres, durant la campagne, il consent finalement à dire qu’il est favorable à un « coup de pouce », même si ce n’est pas consigné dans son programme.

Quelques jours après sa victoire à l’élection présidentielle, à l’occasion de son premier entretien télévisé, il n’a donc d’autres solutions que de dire, sur France 2, qu’il tiendra parole et que le Smic sera revalorisé au 1er juillet suivant. Mais déjà, on ressent percer dans le propos présidentiel une infinie précaution.


 link

 


 

Et dans les jours qui suivent, on comprend vite que François Hollande est totalement en arrière de la main : le gouvernement annonce en effet que le 1er juillet 2012, le salaire minimum ne sera revalorisé que de 2 %, soit, hors inflation, un « coup de pouce » de seulement 0,6 %. A la différence de tous les gouvernements qui se sont donc constitués au lendemain d’une alternance et qui se sont souvent montrés très généreux, y compris les gouvernements de droite (+4% en 1995, lors de la constitution du gouvernement Juppé, par exemple), celui de Jean-Marc Ayrault caresse le « peuple de gauche » totalement à rebrousse-poil et ne consent qu’à une minuscule aumône. Le « coup de pouce » accordé par François Hollande correspond en effet à une revalorisation du Smic de 6,45 euros par mois, ou si l’on préfère d’environ… 20 centimes par jour ! Une misère…

Et dans la foulée, le gouvernement fait clairement comprendre que le temps de ces maigres générosités est définitivement révolu et que le groupe des experts en charge des recommandations sur le Smic – nous y voilà- va se mettre au travail d’ici la fin de l’année afin de proposer une réforme de l’indexation du Smic.

Sans même attendre que le groupe d’experts dont il fait partie réponde à la sollicitation du gouvernement, le même Gilbert Cette décide donc de partir en éclaireur et de rédiger un premier rapport de son cru, avec l’aide d’un autre économiste, Etienne Wasmer, sous l’égide de Sciences-Po. Cet économiste Etienne Wasmer est comme Gilbert Cette membre du groupe des experts chargés de faire des recommandations sur le Smic.

Publié dans le courant du mois de novembre, ce rapport est un véritable brulot. Le voici :

 

Si on lit ce rapport, on comprend vite que c’est lui qui est à l’origine de toutes les recommandations qui proposent de démanteler le Smic. Le rapport du groupe des experts a d’ailleurs la franchise de l’admettre : il n’a fait quasiment que recopier les propositions de régionalisation du SMIC jeunes ou de régionalisations du Smic, proposées dans un premier temps par Gilbert Cette et Etienne Wasmer, dans leur rapport rédigé sous l’égide de Sciences-Po. Le gouvernement peut donc difficilement dire que ce rapport ne l’engage pas. Car c’est un économiste proche de François Hollande qui en est le principal inspirateur.

Cette piste de réforme n’est, certes, pas la seule qui soit aujourd’hui à l’étude. Dans le même temps, une sous-commission de la Commission Nationale de la négociation Collective (CNNC) planche aussi sur les modalités d'indexation. Et elle a visiblement une conception du débat démocratique et du pluralisme qui n’a rien à voir avec la « pensée unique » en vigueur au sein du groupe officiel d’experts. A preuve, des économistes opposés au démantèlement du Smic ont aussi pu y exposer leur point de vue, tel l’économiste de l’Institut de recherche économique et social (Ires), Michel Husson qui, s’exprimant au nom de la CGT, a vivement défendu le Smic et ses effets sociaux vertueux. On trouvera ci-dessous le point de vue qu’il a défendu lors de son audition.

L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a, de son côté, publié récemment une étude allant dans le même sens, contestant que des hausses du salaire minimum aient des effets pernicieux (Lire Smic: l'OFCE met en cause la doxa officielle).

Il n’empêche ! Après le cadeau de 20 milliards d’euros offert sans contrepartie aux entreprises sous formes de crédit d’impôt ; après l’oubli par le chef de l’Etat de sa promesse faite aux sidérurgistes de Florange, c’est un séisme social majeur que le gouvernement pourrait enclencher en dégoupillant la bombe que Gilbert Cette a préparé sur le Smic. Car il s’agit ni plus ni  moins que de mettre en œuvre une réforme dont rêve le patronat depuis plus de trois décennies et qu’aucun gouvernement de droite n’a osé mettre en œuvre. Ce qui risque de susciter l'indignation du mouvement syndical et des associations et syndicats de lycéens et d'étudiants.


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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 17:02

 

 

Rue89 - Antonin Iommi-Amunategui
Fondateur de Vindicateur.fr
Publié le 10/12/2012 à 14h58

Une carte électorale tachée de vin (AIA/Rue89)

 

Précisons d’emblée que les subventions en question ont été obtenues légalement, et que tous les chiffres mentionnés peuvent être consultés librement sur le site du ministère de l’Agriculture.

Néanmoins, comment expliquer qu’une société viticole comme Paul Mas, « le luxe rural depuis 1892 », qui a réalisé un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros en 2011 et enregistré une croissance à deux chiffres, perçoive dans le même temps plus d’un million d’euros de subvention publique ?

Plus surprenant encore, le cas de Nicolas Feuillatte : la marque de champagne bien connue, présente dans presque tous les supermarchés, méta-coopérative aux 22 millions de bouteilles annuelles, a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 200 millions d’euros en 2011 – « pour un résultat net de 14 528 000 euros et un résultat d’exploitation de 19 433 000 euros » – et a obtenu, dans la même période, près de 1 500 000 euros de subvention.

Trois millions pour le « n°1 mondial »


Détournement de label européen (AIA/Rue89)

Quant au groupe Castel et ses 640 millions de bouteilles vendues par an, « le n°1 mondial des vins français », propriétaire notamment de la chaîne de commerces de proximité Nicolas et de plusieurs négoces bordelais ou bourguignons, il a touché plus de trois millions d’euros de subvention en 2011.

Ces cas de figure se reproduisent en effet chaque année dans le cadre des subventions accordées au sein de la Politique agricole commune (PAC), au titre du Fonds européen agricole de garantie (FEAGA) et du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) :

  • le FEAGA intervient dans le soutien des marchés agricoles, notamment par le biais d’aides directes aux agriculteurs ;
  • le FEADER finance quant à lui les programmes de développement rural.

Voilà donc d’importants fonds publics qu’on distribue à des entreprises privées, déjà largement bénéficiaires par ailleurs, au prétexte de « soutenir » les marchés (qui ont l’air de très bien se porter, en l’occurrence) ou d’encourager le « développement rural » – une formule plutôt vague et fourre-tout.

Parallèlement, en France et ailleurs, des bassins viticoles entiers subissent des crises ponctuelles, auxquelles on accorde une attention financière dix fois moindre (comme dans le Beaujolais récemment, où 200 000 euros ont été débloqués pour l’ensemble de la région).

Des grands crus dans le besoin ?


Capture d’écran d’un site de vente de vin

Mais l’exemple le plus surprenant est probablement cette aide à hauteur de 1 400 000 euros, accordée à l’Union des grands crus de Bordeaux (UGCB).

Ou encore le quasi-million d’euros perçu par la seule Société civile du Château La Fleur Saint-Georges, qui appartient à Hubert de Boüard, notamment propriétaire d’un premier grand cru classé de Saint-Emilion – le Château Angélus – vendu plus de 300 euros la bouteille. Même James Bond en boit, c’est dire si c’est le gratin des domaines bordelais.

Ces gens-là sont-ils dans le besoin ? Ces grands châteaux ont-ils vocation à percevoir des subventions publiques ?

Si tout est légal, si les montages et dossiers ont été réalisés en bonne et due forme, on peut en effet légitimement s’interroger sur le bien-fondé de ces subventions : les deniers publics européens n’ont-ils rien de mieux à faire ?

Des millions d’euros de subventions


Capture d’écran du site de la PAC (ministère de l’Agriculture)

Voici une sélection de subventions perçues au titre des exercices 2010 et 2011 de la Politique agricole commune :

En 2011 :

  • Castel Frères : 3 244 578,60 euros
  • Centre vinicole Champagne N.Feuillatte : 1 448 099,03 euros
  • Les grands chais de France : 1 855 016 euros
  • S.A Paul Jaboulet Aine : 1 096 702,46 euros
  • S.A.R.L domaine Paul Mas : 1 142 758,74 euros
  • Société civile Château La Fleur Saint-Georges : 969 744,54 euros

En 2010 :

  • Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux : 5 895 609,05 euros
  • Union des grands crus de Bordeaux : 1 399 100 euros

Aucune des sociétés concernées contactées (Castel, Nicolas Feuillatte, S.C Château La Fleur Saint-Georges) n’a donné suite, à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Grands châteaux et Restos du cœur logés à la même enseigne


Capture d’écran du site de la PAC (ministère de l’Agriculture)

A titre de comparaison, les Restaurants du Cœur et le Secours Populaire Français ont perçu en 2011 de ces mêmes subventions, dans le cadre de leur activité de distribution de nourriture aux plus pauvres, autour de 20 millions d’euros.

Rappelons enfin l’un des engagements fondateurs de la PAC :

« Dans l’ensemble de l’Europe, les revenus de l’agriculture restent en moyenne inférieurs à ceux du reste de la population. Dès lors, l’Union européenne a choisi de soutenir ses agriculteurs. »

Les agriculteurs aux revenus « inférieurs », qui sont effectivement légions, apprécieront ces soutiens à quelques-unes des structures les plus puissantes du vin.

Quant au ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, qui se démène actuellement pour que l’enveloppe allouée à la PAC dans le budget 2014-2020 de l’UE ne fonde pas, il serait peut-être bien inspiré de se pencher sur ce type de subventions.

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 16:22

 

 

Rue89 - « Une ombre » 10/12/2012 à 19h29
Elsa Fayner | Journaliste Rue89

 

 

 

Ancienne de La Poste, Astrid Herbert-Ravel, 42 ans, recueille les témoignages de salariés afin de porter une plainte collective pour « harcèlement institutionnalisé ».

 

 


Astrid Herbert-Ravel chez elle à Paris, en novembre 2012 (Audrey Cerdan/Rue89)

La première phrase est toujours la même à l’autre bout du fil :

« Est-ce que vous êtes bien Astrid Herbert-Ravel, l’ancienne DRH qui a porté plainte au pénal ? »

Dans la salle de jeux de ses enfants, Astrid Herbert-Ravel a installé un bureau. A gauche, sur les étagères, s’accumulent méthodiquement les dossiers, un par coup de fil. A droite, l’élégante quadragénaire a installé un téléphone sans fil, pour pouvoir se déplacer dans son grand appartement parisien du Sentier :

« Je reçois des dizaines d’appels, souvent le soir ou le week-end. Ça dure une heure, deux heures, parfois plus. Certains veulent faire passer pour du harcèlement ce qui n’en est pas, mais je reconnais les signes, la cassure. Certains ont fait des tentatives de suicide. Certains, je les rattrape par le col. »

Astrid Herbert-Ravel a porté plainte en avril 2011 contre trois dirigeants de La Poste – dont le président Jean-Paul Bailly – pour harcèlement, discrimination, mise en danger, non-respect des obligations de santé et de sécurité au travail.

La démarche est alors inédite, et médiatisée. Les « postiers » – c’est ainsi qu’on appelle les employés de La Poste dans la maison – se mettent à chercher le numéro d’Astrid dans l’annuaire. Les voix racontent les humiliations, les mises au placard, les intimidations, la désillusion.

Astrid écoute, note, retranscrit, s’imprègne, absorbe. A chaque histoire, elle revit la sienne. A chaque histoire, elle conjure la sienne.

A les voir défiler, et tellement se ressembler, il lui est même venu une idée avec quelques collègues postiers : porter plainte contre La Poste pour harcèlement collectif.


Astrid Herbert-Ravel dans son bureau (Audrey Cerdan/Rue89)

La DRH de 35 000 postiers

Astrid Herbert-Ravel a toujours été « postière ». Après une école de commerce à Reims et un cursus d’administrateur des PTT, elle rejoint le service de ressources humaines du siège. Jusqu’à devenir la responsable RH de 35 000 personnes.

Elle est ambitieuse. On lui propose, en 2001, d’intégrer « un vivier pour se préparer à devenir cadre stratégique », raconte celle qui est aujourd’hui en arrêt longue maladie. « Mais tout a été stoppé net ! » Astrid se met à parler sans plus reprendre son souffle :

« Fin 2001, l’un de mes directeurs change. Rapidement, son remplaçant se montre méprisant, me casse devant les autres, me disant que je n’ai aucun avenir, que La Poste n’est pas une auberge espagnole. Il cherche à me déstabiliser. Il est capable de m’appeler à 11h55 pour me demander d’aller le représenter à midi en salle de réunion. Je découvre alors qu’on m’attend pour exposer la stratégie du métier devant 200 personnes, sans filet.

Il souffle le froid et le chaud : il m’encense sur des dossiers où je me trouve moyenne, mais me lamine là où je suis excellente. Il peut tout aussi bien me demander de faire des choses très difficiles qui ne relèvent pas de mon niveau, que me demander de servir le café.

 

Petit à petit, il se met à me fixer des objectifs sans concertation et sans moyens, en décrétant au moment de les rédiger que, de toute manière, je ne les atteindrai pas. Il veut par exemple que j’organise des séminaires dans des grands hôtels mais sans budget. Je n’ai qu’à “me débrouiller”. »

Au bout de quelques mois, Astrid prévient sa hiérarchie qu’elle souhaite changer de poste :

« La hiérarchie se dit “consciente du problème” – le nouveau directeur a un passif lourd – mais, contrainte par le siège, elle ne peut “pas faire de miracle”. »

La jeune femme trouve finalement une place, à la direction des centres financiers. Elle doit négocier son départ avec le directeur qu’elle fuit.


Des dossiers dans le bureau d’Astrid (Audrey Cerdan/Rue89)

« Vous m’appartenez ! »

L’entretien a lieu le 13 Juin 2002 :

« Vers 18 heures, j’entre dans son bureau. Je lui dit que visiblement mon travail ne lui apporte pas toute satisfaction et que les relations de travail que nous avons dans son contexte ne me conviennent pas non plus. Dans ces circonstances, il vaut mieux prévoir une évolution professionnelle et je suis venue discuter avec lui des modalités de mon départ, à moyen terme.

Il ne me laisse pas aller plus loin, il se met en colère de suite. Il me pousse contre le mur, lève la main et met son genou entre mes jambes. Il me hurle au visage : “Vous n’aviez pas à parler de ce qui se passe entre vous et moi ici. Vous êtes à moi, vous n’irez nulle part, vous m’appartenez !”

Je me débats, je réussis à ouvrir la porte de son assistante pour quitter le bureau. Il hurle : “La Poste est petite. Si je vous retrouve, je vous règlerai votre compte.” »

Son mari la retrouve prostrée dans un coin de l’appartement. Elle est placée le soir même en arrêt maladie.

« Sûre de moi, je suis devenue une ombre »

L’ancienne DRH raconte son histoire comme elle raconte celle des autres postiers abîmés.

« C’est l’histoire de Jérémie, à Rennes, qui s’est défenestré devant les clients. »

« C’est ce postier que son supérieur a forcé à témoigner contre sa collègue, pour la faire passer pour folle. »

« C’est le cas de Fabiola, à qui on fait commettre des erreurs, pour les lui reprocher. Elle finit licenciée, et détruite moralement. »

Des dates, des phrases maintes fois répétées on dirait. Elle parle haut et nerveux, comme pour éloigner les faits, les faire résonner à bout de bras sous le haut plafond qui l’abrite. Elle parle au présent, comme pour convoquer le passé à volonté, reprendre le contrôle.

Astrid n’a qu’une peur, qu’on ne comprenne pas. Comment quelques secondes, quelques mots, quelques gestes ont-ils fait basculer sa vie ?

« J’étais sûre de moi, je suis devenue une ombre. Dans le harcèlement, il y a un avant et un après. C’est une attaque contre les fondations, l’identité. La personne que l’on était ne reviendra jamais. »

Depuis dix ans, Astrid fait des cauchemars. Elle rêve d’un couloir : derrière chaque porte, son ancien responsable. Elle rêve d’une benne à ordures, pleine de cartons : on l’y jette, elle n’arrive pas à en sortir.

Pourquoi n’a-t-elle pas quitté La Poste ?

« Il fallait au minimum quinze ans de service pour avoir une retraite à l’âge requis, sinon toutes les cotisations étaient perdues. »

Enfermée « dans une logique sans issue »

Astrid s’entête. La jeune femme s’est enfermée « dans une logique kafkaïenne sans issue possible », dans une « vaste toile d’araignée dont elle ne pourrait sortir », comprend le Dr Marie Pezé, qu’Astrid consulte hors de l’entreprise. Les rapports de la spécialiste de la souffrance au travail sont envoyés à La Poste, sans suite.


Astrid chez elle à Paris en novembre 2012 (Audrey Cerdan/Rue89)

Astrid a pourtant activé le « protocole harcèlement moral » prévu dans l’entreprise. En réponse, la direction constate, en 2004, un problème organisationnel et une « incompatibilité de fonctionnement et de caractère », à la source d’une « situation de souffrance au travail vécue comme du harcèlement moral ».

Des actions doivent être mises en œuvre : Astrid ne reprendra pas le travail dans les mêmes locaux, son rythme et ses horaires seront définis en fonction des préconisations du médecin de prévention, etc. Mais aucune n’a été suivie, constate l’ancienne DRH :

« On pousse le vice jusqu’à me faire reprendre le travail en 2005 sur le même lieu que mon harceleur.

Après des mois d’inactivité à la maison, et des missions bidons, je suis mutée au service logement de La Poste en 2008, que j’ai contribué à créer dix ans plus tôt. Mais cette fois-ci, je reviens par la petite porte : je dois m’installer dans un petit bureau isolé, à l’entresol dans l’escalier de secours à l’extérieur du service. J’y reste des mois sans boulot. »

Fin 2006, Astrid tente de se suicider.

Contactée à plusieurs reprises, La Poste n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien sur le parcours de l’ancienne DRH.

« Des méthodes hors-la-loi »

En dix ans, Astrid a eu deux enfants. Elle a aussi peint, beaucoup, les murs de son appartement, transformé l’ancien atelier de couture décrépi en musée. Chaque objet rapporté – elle a vécu en Polynésie française et beaucoup voyagé, plus jeune, avec son mari – a sa place sur une table basse, une étagère, un coffre.

Amusée de constater un tel ordonnancement, Astrid pose la voix, reprend un débit fluide :

« Je suis encore plus maniaque depuis cette histoire, comme si c’était trop le foutoir dans ma tête. »


Dossiers dans le bureau d’Astrid (Audrey Cerdan/Rue89)

Quelques feuilles traînent sur son petit bureau, elle s’excuse encore de ne pas avoir eu le temps de tout ranger. Astrid replonge en ce moment dans les témoignages qu’elle a recueillis pour y mettre de l’ordre. Elle veut les faire sortir de son sage classement :

« Il y a trop de parallèles entre toutes ces histoires de harcèlement. Ce sont des gens compétents. Un jour encensés, puis leur situation dérape d’un coup. Ils gênent, ont le malheur de ne pas s’entendre avec leur supérieur, sont délégués syndicaux… On les isole, on les surcharge de travail, on les sanctionne abusivement…

Sans plan social, La Poste aura perdu 80 000 postes en dix ans et la moitié de ses effectifs d’ici à 2015, c’est de la magie  ! Je ne remets pas en cause la nécessité d’évoluer de l’entreprise. Mais ses méthodes indignes, hors-la-loi et contraires aux valeurs de la République. »

Parallèlement à sa plainte au pénal – qui passe au tribunal en janvier 2013 –, Astrid Herbert-Ravel travaille, avec d’autres « postiers » et des syndicats, pour porter une plainte collective pour « harcèlement institutionnalisé » contre les dirigeants de La Poste.

Une telle procédure a abouti en juillet 2012 à la mise en examen de trois anciens dirigeants de France Télécom, suite aux suicides dans l’entreprise.


Le téléphone sur lequel Astrid reçoit ses appels (Audrey Cerdan/Rue89)

 

 

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 16:10

 

 

LE MONDE | 11.12.2012 à 10h50 • Mis à jour le 11.12.2012 à 12h58 Par Catherine Rollot

 

 

 
Le RSA a été conçu pour que chaque heure travaillée apporte un complément de revenu au bénéficiaire, mais ses effets à court terme ne seraient pas si avantageux selon une étude du Centre d'études de l'emploi.

Le RSA a été conçu pour que chaque heure travaillée apporte un complément de revenu au bénéficiaire, mais ses effets à court terme ne seraient pas si avantageux selon une étude du Centre d'études de l'emploi. | AFP/JEAN FRANCOIS MONIER

La mission était difficile. Proposer un "pacte de solidarité", pendant social du "pacte de compétitivité" destiné aux entreprises, alors que les caisses de l'Etat sont vides. Mardi 11 décembre, à l'issue de la conférence de lutte contre l'exclusion et pour l'inclusion sociale, Jean-Marc Ayrault a présenté les grandes lignes d'un plan quinquennal, qui donne des gages aux associations sans plomber les finances publiques.

  • Relèvement du RSA-socle dont bénéficient 1,39 million de personnes

Pour endiguer la montée de la pauvreté, les annonces sur les minimas sociaux, le logement et les jeunes étaient les plus attendues mais aussi les plus coûteuses. Le gouvernement a tranché : la question de la revalorisation des minimas sociaux, qui avait été écartée de la Conférence sociale de juillet 2012 au grand dam des associations, passera seulement par le relèvement du RSA socle (1,39 million d'allocataires).

D'ici à 2017, cette allocation, qui a remplacé le RMI en 2009 sera augmentée de 10 % en plus de son indexation annuelle. Une première revalorisation est annoncée dès 2013. Estimée à 1 milliard d'euros, cette mesure sera étalée dans le temps ce qui permettra de ne pas trop peser sur le budget 2013.  Le RSA-activité, qui offre un complément de ressources aux travailleurs pauvres, ne bénéficie pas de ce coup de pouce, mais sa remise à plat est annoncée pour le premier semestre 2013.

Autre source de dépenses, le logement. 50 millions d'euros seront débloqués pour créer 4000 places pour les sans-abri et 4 000 autres pour les demandeurs d'asile. 50 millions supplémentaires serviront à financer différentes mesures destinées à la prévention des expulsions ou encore à la création de logements adaptés. Le gouvernement s'engage aussi à réitérer en 2013 l'effort exceptionnel (42 millions) accordé à l'automne 2012 aux associations qui aident les sans-abri.

  •  Le Civis renforcé

Le secteur social attendait beaucoup des annonces sur les jeunes, particulièrement touchés par le chômage. Le gouvernement a choisi de s'appuyer sur un dispositif existant, le contrat d'insertion dans la vie sociale (Civis). Désormais, celui-ci pourra être assorti d'une "garantie jeunes" pour les moins de 25 ans les plus éloignés de l'emploi. Géré par les missions locales, ce "Civis renforcé", d'un an renouvelable, permettra à son signataire d'être mieux accompagné mais aussi de bénéficier d'une allocation équivalente au montant du RSA-socle (475 euros par mois pour une personne seule) pendant ses périodes d'inactivité.

Cette mesure sera d'abord expérimentée à partir de septembre 2013 dans dix territoires. A terme, le gouvernement vise 100 000 bénéficiaires par an. Sur une année pleine, et à plein régime, ce dispositif, d'après les premières estimations, coûterait autour de 500 millions d'euros. Mais en choisissant là aussi une montée en charge progressive, le gouvernement en limite le poids financier, du moins pour 2013.

Pas de réforme en revanche pour le RSA-jeunes, sur la sellette depuis quelques mois, même si dans l'entourage du premier ministre, on laisse entendre que son sort pourrait être scellé à moyen terme. Bénéficiant seulement à 9 000 jeunes, il ne représentait pas un gain d'économie important. En revanche, son arrêt brutal aurait pu être perçu comme un mauvais signal de la part d'un gouvernement qui a fait de la jeunesse sa priorité.

  •  Un meilleur accès aux droits

Le plan contient aussi un certain nombre de mesures réclamées par les associations mais qui peuvent être relativement contenues financièrement. Pour favoriser un meilleur accès aux droits, le gouvernement va renforcer des campagnes de promotion des droits sociaux. Un effort de domiciliation sera aussi entrepris, pour permettre aux exclus de bénéficier d'une adresse et donc de toucher, le cas échéant, une prestation sociale.

La création d'un Observatoire de l'inclusion bancaire et d'un réseau de Points conseils budget pour accompagner dans leur gestion les personnes très modestes pourra se faire à moyens quasi constants par le redéploiement de travailleurs sociaux.

Enfin, certaines dispositions sont encore dans le flou budgétaire. Le relèvement du plafond de la CMU-complémentaire pour couvrir 500 000 personnes de plus, n'est pas bouclé financièrement. Actuellement, 4,5 millions de personnes pauvres bénéficient de cette prestation qui garantit la prise en charge à 100 % des soins médicaux. Mais le plafond de ressources pour en bénéficier a été réévalué moins vite que les salaires. Le financement de ce rattrapage pourrait se faire en mettant davantage à contribution les mutuelles privées.

D'autres dossiers ont été repoussés, notamment la réforme de l'allocation de soutien familial et le complément familial. Les détails de ce plan devront être finalisés avant son adoption par un comité interministériel de lutte contre l'exclusion prévu le 22 janvier 2013. Sa présentation en conseil des ministres est programmée le lendemain.

Lire aussi : Nouvelle recrudescence des cas de surendettement

Catherine Rollot

 

 

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 16:08

 

C’est une foule hétéroclite de SDF au long cours, de punks en vadrouille et de personnes désocialisées en attente de logement. Situé dans une petite rue excentrée, l’accueil de jour des Restos du cœur de Carcassonne grouille de visiteurs ce midi-là, comme tous les jours. Que l’endroit ne désemplisse pas depuis son ouverture, fin novembre, n’est pas une surprise. Ce qui l’est plus, c’est la présence, dans ce local théoriquement réservé aux sans-abri (à qui est offert un repas chaud), de "plus en plus de personnes vivant en appartement", explique-t-on. Ainsi Anne, 56 ans, une ancienne archéologue touchant le RSA, mais ne vivant qu’avec 150 euros une fois ses factures payées : "Quand ça devient dur, je viens ici", confie-t-elle, au milieu d’habitués dont elle s’est fait des amis.

 

L'accueil de jour des Restos du coeur, théoriquement réservé aux aux sans-abris, est désormais fréquenté par personnes vivant en appartement. (Photo Ulrich Lebeuf/Myop pour Le Monde)

 

Le lieu est emblématique de la pauvreté à Carcassonne, ville moyenne (50.000 habitants) dont nul ne soupçonnerait qu’elle soit si bien placée sur la carte de France de la paupérisation. Les élus n’en avaient guère plus conscience avant que Maryline Martinez, première adjointe au maire, ne lance une enquête il y a un an. Censée établir un "diagnostic santé" de la population, l’étude a fait apparaître des taux de chômage (20,4%), de pauvreté (19,9%) et de bénéficiaires du RSA (11,3%) nettement supérieurs à la moyenne. La municipalité (PS) a du coup décidé de décupler, ou presque, les subventions qu’elle accorde aux cinq principales associations caritatives. Jusque-là comprises entre 1000 et 2000 euros, elles s’élèveront, en 2013, entre 10.000 et 14.000 euros. "Il y a urgence. Il faut cautériser, justifie Mme Martinez. La découverte de cette détresse nous a surpris. Nous sommes dans un milieu mi-urbain mi-rural où les solidarités familiales font que les choses se voient moins."

Située entre deux agglomérations à l’essor galopant (Toulouse et Montpellier), Carcassonne paie le prix d’un développement économique ralenti notamment par l’absence de grandes entreprises. La population s’est appauvrie lentement au fil des décennies. Aux chômeurs longue durée et aux petits retraités se sont ajoutées des familles monoparentales, des routards attirés par le soleil, des demandeurs d’asile issus des pays de l’Est et, depuis peu, des Espagnols d’origine maghrébine fuyant la crise. Loin des remparts illuminés de sa célèbre cité, Carcassonne compte deux zones urbaines sensibles, cinq quartiers en contrat urbain de cohésion sociale et un lot de squats et d’habitat insalubre.

 

(Photo Ulrich Lebeuf/Myop pour Le Monde)

 

A entendre les associations, la "situation" se serait accentuée à la rentrée. Les Restos du cœur s’attendent à accueillir entre "10% et 30%" de public supplémentaire cet hiver. Au Secours populaire, c’est une chute importante du "reste à vivre" (une fois que le loyer et le coût de l’énergie ont été retirés des revenus) qui est observée:  "Nous inscrivons des personnes à qui il ne reste que 3 euros par jour pour manger, voire zéro euro parfois", indique-t-on. Chez Emmaüs, les effectifs se garnissent "de gens qui travaillent, mais n’arrivent pas à joindre les deux bouts".

Visible depuis deux ans, un indicateur en dit long : les associations sont persuadées de l’existence d’un "marché parallèle" de produits alimentaires distribués par leurs soins. Peu friands des marchandises de base de l’Union européenne (huile, sucre, farine, surgelés…), les bénéficiaires les troqueraient entre eux, quand certains ne les vendent pas lors de vide-greniers.

 

 

Réfugié politique de nationalité arménienne, Mher Missakyan, 49 ans, est arrivé en France en 2006. Chauffeur-routier, ce père de trois enfants a pour seul revenu le RSA. Habitué du Secours populaire, il y est également bénévole. (Photo Ulrich Lebeuf/Myop pour Le Monde)

Conformément aux statistiques nationales, les jeunes en difficulté sont aussi plus nombreux. Et… de plus en plus jeunes. A la mission locale, les mineurs représentent 23% des 4.000 inscrits, contre à peine 10% il y a huit ans. Les trois quarts des jeunes fréquentant l’établissement vivent chez leurs parents et seule une minorité a le permis. Une forme de repli sur soi semble s’être propagée, selon un sondage maison indiquant que 95% ne sont pas prêts à quitter la ville pour trouver du travail.

 

James Castellan, 21 ans, sans emploi, vit chez sa mère, bénéficiaire du RSA. (Photo Ulrich Lebeuf/Myop pour Le Monde)

 

"Tout dépend de quel travail il s’agit, nuance James Castellan, 21 ans, titulaire d’un BEP système électroniques numériques. Si l’on me propose un CDI à Paris, j’y vais en courant. Mais pour un CDD, je risque d’y laisser mon salaire. Même un apprentissage est devenu impossible à trouver. Plus aucun patron ne veut vous prendre si vous avez dépassé 20 ans, car vous coûtez plus cher que quelqu’un de 16 ans." James habite chez sa mère, bénéficiaire du RSA, et vivote avec les quelques dizaines d’euros que lui attribue la mission locale.

A l’autre extrémité de la pyramide des âges, le constat n’est pas plus réjouissant. Si les retraités pauvres ont toujours eu du mal à braver ce sentiment de "dignité bafouée" que provoque l’octroi d’une aide alimentaire, certains n’hésitent plus à franchir le pas des associations. "Notamment des personnes de plus de 80 ans qu’on ne voyait jamais avant", remarque-t-on au Secours populaire. A se demander si les collectivités arrivent encore à faire face, se demande Jean-Marie Jordy, le président de l’antenne des Petits Frères des pauvres : "On a l’impression que les services sociaux se tournent de plus en plus vers nous. La vocation de notre association est pourtant de visiter et d’écouter des personnes âgées isolées, pas de faire du social. Nous sommes du coup obligés d’en faire, en payant ponctuellement des factures d’eau et d’électricité."


Les bénévoles des Petits frères des pauvres font de plus en plus de "social" alors que la vocation de leur association est de visiter et d'écouter des personnes âgées. (Photo Ulrich Lebeuf/Myop pour Le Monde)

 

La situation s’est vraiment compliquée pour les sans-abri et les plus vulnérables. Sortir de la galère est devenu "encore" plus difficile. Dès qu’un lit se libère dans un foyer, il est attribué dans les jours qui suivent, "alors qu’on avait régulièrement des places vacantes jusque-là", souligne Bernard Botet, le directeur d’Aude Urgence Accueil, l’association ayant la gestion du 115 et faisant office de Centre d’hébergement et de réinsertion sociale.

Mais squats et trottoirs ne désemplissent pas non plus. On y voit échouer de nouveaux profils, en particulier des jeunes femmes et des familles. Un chiffre de l’enquête-santé réalisée par la municipalité a stupéfait les élus : en 2012, neuf enfants sont nés de couples vivant dans la rue à Carcassonne.

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 16:03

 

Le Monde.fr avec AFP | 11.12.2012 à 08h11


 

Deux jeunes Tibétains se sont immolés pour prostester contre la domination chinoise, a rapporté mardi 11 décembre un groupe de défense des droits de l'homme, tandis que le Quotidien du Peuple a accusé le dalaï lama de faire du bouddhisme tibétain un "culte du mal".

Ces deux incidents se sont produits samedi dans deux régions à population tibétaine, et portent à 95 le nombre de ceux qui ont mis le feu à leurs vêtements depuis 2009 – dont la plupart sont morts –, selon un communiqué de l'organisation basée à Londres International Campaign for Tibet.

Kunchok Pelgye, un moine de 24 ans, s'est immolé dans la préfecture d'Aba de la province du Sichuan, qui concentre la majorité de ces incidents, tandis que Pema Dorjee, 23 ans, a succombé de la même façon dans la province voisine du Gansu. Selon des témoins, les deux jeunes hommes sont morts en en appelant au retour d'exil du dalaï lama, contraint de fuir son pays après l'échec du soulèvement de Lhassa de 1959 contre la domination chinoise. Les deux immolations sont se produites le jour de la mort du fondateur de la secte des bonnets jaunes, dont le chef spirituel est le dalaï lama.

La veille, l'agence officielle Chine nouvelle a rapporté qu'une lycéenne tibétaine âgée de 16 ans s'était immolée par le feu lundi dans la préfecture de Huangnan, dans la province du Qinghai (nord-ouest), peuplée à 68 % de Tibétains et devenue également un haut lieu de la protestation contre la domination chinoise.

 

"LA CLIQUE DU DALAÏ-LAMA" ACCUSÉE D'"HOMICIDE VOLONTAIRE"

Samedi à Lhassa, le Jokhang, temple le plus sacré du bouddhisme tibétain, était cerné par des policiers, des soldats et des pompiers, apparemment pour prévenir toute tentative d'immolation. La Chine accuse le dalaï lama d'inciter les Tibétains à s'immoler, et les tribunaux chinois ont menacé de poursuivre pour "homicide volontaire" les auteurs de ces incitations, selon la presse officielle.

Un moine du monastère de Kirti, à Aba, et son neveu ont été arrêtés pour avoir incité huit Tibétains à s'immoler, dont trois sont morts, a rapporté l'agence Chine nouvelle dimanche. Selon un éditorial publié mardi par le Quotidien du Peuple, l'organe du comité central du Parti communiste, "la clique du dalaï lama utilise la religion pour contrôler les gens et les sacrifier afin de réaliser ses objectifs politiques". "Non seulement cela contrevient totalement au bouddhisme tibétain et à ses traditions, mais cela porte les caractéristiques spécifiques à un 'culte du mal'", selon le journal qui a fait usage de la terminologie à l'encontre de la secte interdite d'inspiration bouddhiste Falungong.

De nombreux Tibétains ne supportent plus ce qu'ils considèrent comme une domination grandissante des Hans, l'ethnie ultra-majoritaire en Chine, et la répression de leur religion et de leur culture. Pékin réfute ces allégations, estimant que les Tibétains bénéficient d'une liberté de culte. Le gouvernement met l'accent sur les importants investissements consacrés à la modernisation du Tibet, et à une meilleure qualité de vie pour ses habitants.

 

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