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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 21:04

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Emmanuel Macron, le candidat de l’oligarchie

11 juillet 2016 | Par Laurent Mauduit
 
 
 

Emmanuel Macron a finalement décidé de lancer, mardi soir à la Mutualité, sa campagne pour la présidentielle mais sans quitter le gouvernement. Alors que l'oligarchie de Bercy a imprimé sa marque sur les politiques de gauche et de droite, au point qu'elles sont devenues identiques, elle franchit un pas de plus et propulse l'un des siens comme candidat.

Depuis qu’Emmanuel Macron a lancé son mouvement « En Marche ! », le 6 avril dernier, c’est la question qui taraude les hiérarques socialistes : pour qui roule-t-il ? Sa candidature à l’élection présidentielle a-t-elle été concertée secrètement avec François Hollande, pour offrir à ce dernier une petite réserve de voix, dans la perspective (de plus en plus hypothétique) de sa présence au second tour de l’élection présidentielle de 2017 ? Ou l’ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée, promu ministre de l’économie, s’est-il émancipé et ne roule-t-il maintenant que pour lui-même ? La vérité, c’est sans doute que l’irruption d’Emmanuel Macron dans l’arène présidentielle révèle quelque chose de beaucoup plus profond : alors que, durant des lustres, l’oligarchie de l’Inspection des finances a essayé de peser sur les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, pour qu’ils mettent en œuvre perpétuellement les mêmes politiques néolibérales, la voici qui décide de sortir des coulisses du pouvoir, pour pousser en avant l’un des siens.

 

Hollande et Macron © Reuters Hollande et Macron © Reuters
 

Entre les deux hypothèses, que soupèsent les hiérarques socialistes, il n’y a, de fait, pas de raison de trancher. D'abord, Emmanuel Macron cache lui-même son jeu et entretient le flou sur ses intentions : alors qu'il avait initialement décidé de déclarer sa candidature et de quitter le gouvernement avant l'été, pour avoir les coudées franches et mener sa campagne, il y a finalement renoncé. Il va donc tenir son premier meeting de campagne, ce mardi 12 juillet, dans la salle parisienne de la Mutualité, mais sans avoir démissionné. Dans le naufrage que connaît le pouvoir socialiste, cela ne choque visiblement personne que l'on puisse être tout à la fois ministre et candidat, les deux sans doute à mi-temps.

 

Et puis, il y a des indices qui plaident pour l’une des hypothèses, comme des indices qui plaident pour l’autre. Selon de très bonnes sources, François Hollande a ainsi été mis très tôt dans la confidence d’une possible candidature d’Emmanuel Macron – à moins qu’il ne l’ait téléguidée lui-même. Et le chef de l’État a prodigué des recommandations à celui qui a longtemps été son conseiller, dans les coulisses du pouvoir. Il lui a en particulier suggéré de prendre attache avec le plus de centristes possible, à commencer par Jean-Louis Borloo qui, en sa qualité de président de la Fondation énergies pour l’Afrique, a ses quartiers à l’Élysée. À la fin du mois de mai, l’ancien président de l’UDI a donc rencontré le ministre de l’économie – sans en éprouver, d’après la rumeur, une joie débordante car il a toujours pensé que s’il a été évincé par Nicolas Sarkozy en juin 2007 du ministère des finances, c’est en grande partie sous la pression de l’Inspection des finances. Dans la foulée, sous la surveillance étroite de l’Élysée, le même Emmanuel Macron a aussi invité à dîner au restaurant « La Marée », à deux pas du palais du Luxembourg, quelques sénateurs centristes, flanqués du maire de Lyon, le très droitier sénateur (PS) Gérard Collomb.

Mais quand il navigue en d’autres cercles, Emmanuel Macron – qui est capable d’une très grande duplicité – affiche un mépris souverain à l’encontre de François Hollande, auquel il doit pourtant sa carrière, et jure ses grands dieux qu’il ne roule pas pour le chef de l'État. Lors d’un déplacement à Londres, le 14 avril dernier, on se souvient que le ministre de l’économie en avait profité pour déjeuner avec quelques patrons en vue de solliciter leur soutien financier. Et Le Point avait, à l’époque, donné le verbatim de certains échanges (lire Présidentielle: Macron prêt à déclarer sa candidature). L’un des invités avait ainsi demandé au ministre de l’économie de « lever l'ambiguïté sur [ses] ambitions », et s'il avait l'intention d'« aller au bout » en se présentant à une présidentielle, ponctuant son propos de cet avertissement : « On veut bien vous financer, mais c'est pas pour aller faire la campagne de Hollande ensuite. » Réponse d’Emmanuel Macron : « À droite comme à gauche, les partis créent des candidats qui ne sont que la synthèse de gens qui pensent différemment entre eux. Moi, si j'ai lancé “En Marche !”, c'est pour y aller, et y aller maintenant. »

Aux milieux financiers, dont l’ex-associé gérant de la banque Rothschild est issu, le ministre a envoyé le même message : s’il se présente, ce n’est pas pour participer à une manœuvre passablement fumeuse de François Hollande. Non ! C’est pour en découdre aussi avec lui. Selon nos informations, Emmanuel Macron s’est ainsi ouvert de ses projets avec certains grands patrons, et notamment celui d’Axa, Henri de Castries, qui lui aussi est issu de l’Inspection des finances et lui a promis dès le début un soutien total. Et comme par hasard, quelques mois plus tard, comme l’a révélé Mediapart (lire Le patronat héberge discrètement Emmanuel Macron), le ministre de l’économie a commis la bévue d’installer le siège de son mouvement « En Marche ! » au domicile privé de Laurent Bigorgne, le directeur de l’Institut Montaigne, un influent club patronal qui a été créé par… Axa !

Henri de Castries n’est d’ailleurs pas le seul à chouchouter Emmanuel Macron. En vérité, c’est une bonne partie du Medef qui le regarde se jeter en politique avec délectation, à commencer par le président du Medef, Pierre Gattaz, qui lors de la création du mouvement « En Marche ! » avait applaudi l’initiative, la jugeant « rafraîchissante ».

Il y a donc bel et bien deux hypothèses. Soit Emmanuel Macron est de mèche avec François Hollande ; soit il ne l’est pas. Soit il est en passe de voler de ses propres ailes ; soit il rentrera plus tard dans la basse-cour socialiste. Mais sait-il lui-même ce que sera son chemin ? Ou bien les aléas de la vie politique décideront-ils pour lui ?

En fait, toutes ces spéculations n’ont guère d’intérêt car, dans tous les cas de figure, la candidature d’Emmanuel Macron revêt une importance qui dépasse ces péripéties : c’est la première fois en effet, en France, que l’oligarchie de Bercy, celle de l’Inspection des finances ou de la direction du Trésor, pousse en avant l’un des siens à entrer en politique pour son propre compte.

Depuis trente ans, cette oligarchie de l’Inspection des finances a certes déjà joué un rôle majeur dans la vie politique et économique française. Contrôlant toutes les grandes directions, les plus influentes, du ministère des finances, dirigeant la plupart des grandes entreprises publiques, dirigeant aussi de très nombreuses entreprises privées grâce à trois décennies de privatisations, cette oligarchie pèse d’un poids majeur sur toutes les politiques publiques. Sur ce que Jacques Chirac avait baptisé la « pensée unique ».

En clair, si la gauche et la droite ont conduit depuis plus de trente ans des politiques économiques et sociales de plus en plus voisines, sinon même strictement identiques, bafouant périodiquement l’aspiration à une alternance des citoyens, ruinant la conception même de la démocratie, c’est en grande partie à cause de cette oligarchie, qui a toujours survécu à toutes les alternances, et préconise perpétuellement la mise en œuvre des mêmes réformes dites « structurelles » – traduction : néolibérales !

 

« Pendant plusieurs mandats, quelles que soient les majorités »

Veut-on connaître la philosophie qui guide depuis si longtemps l’action de cette oligarchie ? Il suffit de se replonger dans le rapport de la commission Attali – dont Emmanuel Macron était le rapporteur – remis à Nicolas Sarkozy en janvier 2008. Brûlot néolibéral, ce document proposait 316 réformes visant à démanteler le code du travail et à déréguler l’économie – autant de réformes qui sont depuis des lustres dans les cartons des grandes directions de Bercy. Et en introduction de ce document, Jacques Attali et Emmanuel Macron avaient consigné cette préconisation : « [La réforme] ne peut aboutir que si le président de la République et le premier ministre approuvent pleinement les conclusions de ce rapport, le soutiennent publiquement, dès maintenant, personnellement et durablement, en fixant à chaque ministre des missions précises. Pour l’essentiel, ces réformes devront être engagées, selon le calendrier proposé à la fin de ce rapport, entre avril 2008 et juin 2009. Elles devront ensuite être poursuivies avec ténacité, pendant plusieurs mandats, quelles que soient les majorités. »

« Pendant plusieurs mandats, quelles que soient les majorités »… Nous y voilà ! Toute la « pensée unique » est dans cette formule. Voilà ce que sécrète le système de l’oligarchie française, dont Jacques Attali et Emmanuel Macron sont des représentants : elle sécrète une idéologie qui tient la démocratie pour méprisable ou quantité négligeable. Peu importent les alternances démocratiques, peu importe le suffrage universel : il faut que « pendant plusieurs mandats, quelles que soient les majorités », la même politique économique se poursuive. Perpétuellement la même. L’enrichissement pour les uns, la punition sociale pour les autres.

Sans que l’on n’ait pu le deviner dès cette époque, il y avait d’ailleurs un aspect prémonitoire dans cette recommandation. Car effectivement, c’est sous le quinquennat de Hollande qu’une bonne partie des dispositions réactionnaires contenues dans ce rapport commandé par Sarkozy ont finalement été mises en œuvre, instillées dans les deux lois défendues par le même… Emmanuel Macron (lire Aux origines de la loi Macron: un projet néolibéral concocté sous Sarkozy).

Et comme tant d’autres oligarques, Emmanuel Macron a lui-même joué les essuie-glaces : il a commencé à faire carrière sous Sarkozy ; et a continué sous Hollande, en défendant exactement les mêmes idées, ce qui lui a permis de prendre son envol. Voici ce qu’incarne Emmanuel Macron : d’une certaine manière, c’est la fin de la politique ; c’est l’oligarchie qui survit à toutes les alternances. C’est la mise en œuvre du si terrible précepte que Tancredi souffle à l’oreille de son oncle, le prince de Salina, dans Le Guépard de Lampedusa : « Il faut que tout change pour que rien ne change. » Car c’est cela même, le ressort d’un système oligarchique : ceux qui y participent sont insubmersibles.

Avec Macron, il y a pourtant une nouveauté radicale. Jamais, jusqu’à présent, les membres de sa caste n’étaient entrés en politique directement. Il y a certes des inspecteurs des finances qui ont fait ce choix, tel Alain Juppé, mais toujours en respectant les codes traditionnels de la vie politique : en se mettant au service d’un parti, en l’occurrence le RPR (l’ancêtre de l’UMP puis du mouvement Les Républicains), jamais en défiant les partis politiques installés. Mais dans la plupart des cas, les oligarques français de l’Inspection des finances se sont toujours tenus dans les coulisses du pouvoir, préférant jouer les conseillers de l’ombre, plutôt que de prendre en main eux-mêmes les commandes publiques. C’est le cas d’un Alain Minc – le modèle et ami de Macron – ou encore de Jacques Attali – un autre ami – qui, pour n’être pas inspecteur des finances, est aussi très illustratif de l’oligarchie française.

Conseiller dans les coulisses du pouvoir, Macron l’a donc longtemps été, comme ses influents protecteurs. Mais lui fait aujourd’hui un pas de plus, que n’ont pas fait ses mentors : il entre en politique pour son compte propre. Ou pour le compte de la caste dont il est issue. C’est en cela que son parcours est inédit. C’est en quelque sorte l’aboutissement d’une histoire longue : jusqu’à présent, l’oligarchie était parvenue à anémier la vie politique en imposant progressivement le célèbre diktat « Tina » – pour « There is no alternative » ; avec Macron, c’est l’ultime étape : la tentative de prise de pouvoir par l’oligarchie elle-même.

Dans le passé, Minc et Attali ont envisagé de passer en politique : le premier a intrigué en 1988 pour que Rocard le coopte dans son gouvernement, tandis que le second a rêvé que Sarkozy le fasse entrer dans le gouvernement Fillon. Mais après beaucoup d’hésitations – ou de désillusions –, ils sont tous deux restés dans l’ombre, comme conseillers des princes. Un autre, comme Trichet, a très fortement pesé sur la « pensée unique », mais est resté respectueux du fonctionnement républicain, c’est-à-dire dans un rôle d’exécutant. Il a lourdement pesé sur les politiques de Bérégovoy puis de Balladur (avant de passer à la Banque de France puis à la BCE), mais il se montrait toujours très respectueux des politiques. Ce qui n’est pas le cas de Macron, lequel affiche sa détestation (très révélatrice, très… oligarchique !) des politiques, comme il l'a récemment montré dans un récent entretien avec Sud-Ouest où il affichait son mépris pour la « caste politique » en précisant qu’il n’en faisait pas partie.

Il y a donc un effet de miroir dans le pas que franchit Macron : c’est un autre révélateur de la gravité de la crise politique que nous vivons. C’est un peu comme si, à la veille de 1789, les fermiers généraux, qui étaient les principaux soutiens de la monarchie, étaient tellement affolés de l’incurie de cette même monarchie, qu’ils décidaient eux-mêmes de prendre les choses en main.

Dans l’audace de Macron, c’est ce qui ressort. Il a décidé de franchir le pas, parce qu’il a derrière lui le clan de Bercy. Et s’il a ces appuis, c’est qu’il y a de l’exaspération dans les hautes sphères de la finance qui n’ont plus confiance en Sarkozy, qui n’ont plus confiance en Hollande ; bref, qui ont envie de diriger eux-mêmes, ou qui approuvent que l’un des leurs se lance dans cette aventure.

La candidature de Macron dit donc beaucoup de l’exaspération qui chemine dans le pays. Pas l’exaspération de « gauche » ou de gauche radicale. Une autre forme d’exaspération, dans d’autres couches de la société. L’exaspération des cercles de l’oligarchie.

 

Des faux pas en cascade et un mensonge grave

Mais il y a, pourtant, quelque chose de pathétique dans cette irruption en politique de l’un des représentants de l’oligarchie de Bercy. Car si Macron a beaucoup d’appuis dans les milieux de la haute finance qui le poussent à s’émanciper, c’est qu’il règne un climat de panique dans ces milieux d’affaires. En effet, celui que ces mêmes milieux d’affaires adoubent pour les représenter n’est pas le plus brillant de la caste. Comparé aux hauts fonctionnaires des décennies antérieures – comme Jean-Claude Trichet, Jacques de Larosière ou Michel Camdessus –, Macron apparaît même bien terne et maladroit, sans charisme ni autorité. Sans véritable légitimité…

Si l’on s’en tient aux derniers mois, on peut même recenser une cascade de faux pas et de maladresses qui révèlent l’amateurisme du jeune ministre voulant se mettre en marche…

Il y a d’abord eu son faux pas concernant l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). À la fin du mois de mai, le ministre de l’économie suggère qu’il est partisan de la suppression de l’impôt fétiche de la gauche, qui hérisse depuis si longtemps les grandes fortunes. Il le laisse entendre dans la revue Risques, qui est la propriété de la Fédération française des sociétés d’assurance, un lobby patronal dont Emmanuel Macron est décidément très proche. « Si on a une préférence pour le risque face à la rente, ce qui est mon cas, il faut préférer la taxation sur la succession aux impôts de type ISF », lâche-t-il. Après les révélations de Mediapart, on découvre à peine quelques jours plus tard que le propos n’est pas totalement désintéressé puisque le contribuable Macron, à l’issue de plus d’un an et demi de discussions avec le fisc, ayant notamment porté sur la demeure de son épouse au Touquet, a dû admettre qu’il devait payer l’ISF et même déposer une déclaration rectificative pour 2013 et 2014 (lire Macron rattrapé par son ISF).

Il y a ensuite son hypocrisie sur le dossier de la fonction publique. Car Emmanuel Macron a pris dans ce domaine – ce qui est naturellement son droit – une position très tranchée : il est partisan de dynamiter ce statut, radicalité que, même à droite, beaucoup de ténors n’osent pas défendre publiquement. Il l’a fait comprendre notamment le 18 septembre 2015, lors d’un débat organisé par le club « En temps réel » dont il est membre. En réponse à une question sur le sujet d’une journaliste de Challenges, le ministre a fait valoir qu’à ses yeux ce statut n’était « plus adapté au monde tel qu’il va » et « surtout […] plus justifiable compte tenu des missions », avant d’ajouter : « Je ne vois pas ce qui justifie que certains cadres de mon ministère bénéficient d’un emploi garanti à vie, et pas le responsable de la cybersécurité d’une entreprise… » (lire La morgue de Macron contre la fonction publique).

Seulement voilà ! Le ministre a parlé pour les autres, pas pour… lui-même ! Quelques rares hommes politiques, qui défendent des positions identiques, ont eu le courage de mettre en pratique pour eux-mêmes les positions qu’ils défendaient dans le débat public. C’est le cas par exemple de Bruno Le Maire, qui a démissionné du corps des conseillers des affaires étrangères – on peut consulter ici le décret de François Hollande en date du 22 octobre 2012, entérinant sa radiation. Mais bien que le même Bruno Le Maire l’ait exhorté à suivre son exemple, Emmanuel Macron ne s’y est pour l’instant pas (ou pas encore ?) résolu.

Opposé à un système d’emploi à vie pour les petits fonctionnaires, Emmanuel Macron profite, pour lui-même, du statut le plus protecteur de la fonction publique, celui des inspecteur généraux des finances : un emploi à vie parmi les plus mieux rémunérés. Cessant d’être ministre, il va donc pouvoir continuer à percevoir durant encore six mois la rémunération qu’il percevait à ce titre, mais au-delà, s’il ne démissionne pas, il percevra de nouveau la rémunération des inspecteurs des finances : de l’ordre de 100 000 euros brut par an.

Il y a encore eu le très gros mensonge d’Emmanuel Macron dans le cas de la privatisation de la société de gestion de l’aéroport de Toulouse – un mensonge qui, en d’autres démocraties, aurait marqué la fin de la carrière politique de son auteur.  Le ministre avait annoncé publiquement, lors de la cession de 49,9 % du capital de la société à un investisseur chinois, que les actionnaires publics (État, Région, département, ville, CCI) garderaient le contrôle majoritaire de l’aéroport. Mais Mediapart a révélé qu’il s’agissait d’une duperie, l’État ayant passé secrètement un pacte d’actionnaires avec l’investisseur chinois, lui concédant les pleins pouvoirs (lire Aéroport de Toulouse: Macron rattrapé par son mensonge).

Et puis, il y a le comportement hautain d’Emmanuel Macron, qui colle désormais à son personnage, et qui a contribué à faire de lui l’une des têtes de Turc de toutes les manifestations du printemps, depuis sa désormais célèbre saillie adressée à deux grévistes : « La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler » !

Emmanuel Macron va donc se jeter tout seul dans le grand bain de la politique. Mais il franchit le Rubicon, alors que des doutes de plus en plus marqués commencent à se faire jour sur sa capacité de mener sa barque tout seul. À preuve, cette sortie, la plus vacharde que l’on puisse concevoir, de Jacques Attali, celui-là même qui a aidé le jeune haut fonctionnaire à faire ses premiers pas : « Macron n’incarne que le vide ! » a-t-il lancé le 13 mai…

« Macron n’incarne que le vide ! » Comme Jacques Attali est l’un de ceux qui connaissent le mieux Emmanuel Macron, sans doute faut-il prendre la formule au sérieux, même si elle n’est sûrement pas dénuée d'une féroce jalousie. Mais cela ne gomme pas l’essentiel. Envers et contre tout, avec Macron, c’est un pas symbolique qui est franchi : le conseiller efface celui qu’il conseille ; le haut fonctionnaire supplante le politique qu’il a longtemps épaulé mais qu’en vérité il méprisait, parce qu’il était obligé de prendre en compte des préoccupations électorales (ou électoralistes). C’est cela, l’oligarchie : c’est le mépris du politique. En définitive, c'est le mépris de la démocratie…

La morale de notre histoire, c’est celle que tire le grand républicain Marc Bloch dans L’Étrange Défaite, dans les semaines qui suivent la débâcle de juin 1940 : « Quelle que soit la nature du gouvernement, le pays souffre si les instruments du pouvoir sont hostiles à l’esprit même des institutions publiques. À une monarchie, il faut un personnel monarchiste. Une démocratie tombe en faiblesse, pour le plus grand mal des intérêts communs, si ses hauts fonctionnaires, formés à la mépriser et, par nécessité de fortune, issus des classes mêmes dont elle a prétendu abolir l’empire, ne la servent qu’à contrecœur. »

D’une débâcle à l’autre, l’histoire bégaie…

 

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 20:53

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Surveillance

Bruxelles et industriels rêvent de « frontières intelligentes » capables de contrôler automatiquement les individus

par , Morgane Remy

 

 

 

Ce ne sont plus seulement des murs et des grillages qu’on édifie aux frontières de l’Europe. La Commission européenne et les industriels de la sécurité rêvent de « frontières intelligentes » – les Smart borders : une multitude de fichiers et d’appareils de contrôles automatisés et interconnectés, capables de suivre chaque individu. L’objectif ? La lutte anti-terroriste et le refoulement des migrants. Mais ces dispositifs dont l’efficacité reste à prouver risquent de gréver les finances publiques, tout en menaçant les libertés et la vie privée si, demain, certains Etats décident de passer du contrôle de chacun à la surveillance de tous. Enquête.

En matière de politique sécuritaire, le moins qu’on puisse dire est que l’Union européenne et ses États membres ne manquent pas d’idées. Les frontières de l’UE sont régies par pléthore de dispositifs et autant d’obscures acronymes. Le SIS, système d’information Schengen, réunit les données des individus recherchés ou disparus. Le VIS, système d’information sur les demandes de visa, ou encore, Eurodac, pour la gestion administrative des demandes d’asile...

Le 14 avril 2016, le Parlement européen a décidé d’allonger cette liste, en adoptant le Passenger name record, ou PNR. Son but ? collecter auprès des compagnies aériennes 19 types d’informations différentes sur les voyageurs, du prix du billet au numéro du siège. La Commission européenne n’est pas en reste : elle a de son côté sorti du chapeau une nouvelle version des Smart borders (« frontières intelligentes »), un projet qui lui tient à cœur depuis 2013, mais qui avait été laissé sur la touche par le Parlement. Le dispositif permettra d’enregistrer les entrées et sorties des ressortissants de pays tiers admis pour un séjour de courte durée dans l’espace Schengen — 90 jours maximum sur une période de 180 jours — et sera doublé d’une automatisation des frontières pour lutter contre la fraude à l’identité.

 

« Projets mégalomaniaques »

Une fois interconnectés, ces systèmes d’information constitueront autant de mailles d’un même filet de contrôle et de surveillance des individus. Un filet, en lieu et place de murs, qui cherche pourtant à remplir la même fonction : remédier aux difficultés européennes face à deux crises majeures : la menace terroriste et la crise migratoire. « Le partage des informations relie les deux. Nos garde-frontières, autorités douanières, policiers et autorités judiciaires doivent avoir accès aux informations nécessaires », a ainsi précisé Dimitris Avramopoulos, commissaire européen pour la migration, les affaires intérieures et la citoyenneté, lorsqu’il a dévoilé le texte sur les Smart borders en avril dernier.

La Commission ne cesse de promouvoir cette idée de « frontières intelligentes », malgré la réticence de certains parlementaires. « Nous avons déjà voté non une première fois contre le PNR et les Smart Borders car nous étions sceptiques face à des projets mégalomaniaques tant sur le plan budgétaire que sur celui d’une collecte massive des données, réagit Sophie In’t Veld, la vice-présidente néerlandaise de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe. Pourtant, ces textes reviennent sur la table, avec une pression de certains États membres pour les faire voter. »

 

Les industriels dans les starting-blocks

La France n’est pas la dernière à jouer des coudes pour faire aboutir ce dossier. En témoigne la venue de Manuel Valls à Strasbourg lors du vote sur le PNR. Non seulement l’État français a lui-même été victime du terrorisme, mais il soutient aussi ses fleurons industriels, Safran notamment, en première ligne pour remporter les appels d’offres et mettre en place les fichiers de passagers aériens en Europe. Morpho, sa filiale sécurité, gère déjà deux marchés : la France et l’Estonie. Des PNR nationaux existent en effet dans 14 pays. Pour financer ces dispositifs, avant même que le PNR européen ne soit voté, la Commission a déjà investi 50 millions d’euros.

Derrière les Smart borders, les sommes en jeu et les intérêts des industriels sont encore plus discutés, car ces nouvelles frontières nécessiteraient la mise en place de kiosques spéciaux dotés d’outils biométriques, les e-gates, dont tous les États inclus dans l’espace de libre circulation devront s’équiper. En France, 133 points de frontière Schengen pourront être concernés, soit 86 aéroports, 37 ports, et 10 gares. Sachant que le coût d’une porte est estimé dans une fourchette comprise entre 40 000 et 150 000 euros, l’investissement n’est pas négligeable !

 

Collusions public-privé

La première proposition de Smart Borders chiffrait le projet à 1,1 milliard d’euros. Elle avait provoqué un tollé au sein du Parlement européen en 2013. Depuis, pour apaiser cette ire, la Commission a réalisé un tour de passe-passe : selon son nouveau calcul, le coût pourrait finalement être ramené 480 millions d’euros… Sauf que dans le même temps, la Commission a provisionné 791 millions d’euros dans son budget cadre 2014-2020, avant même que la directive ne soit votée ! « En réalité, pour savoir combien cela va nous coûter, il faudra attendre les réponses des industriels aux appels d’offres et surtout conclure les contrats », note Krum Garkov, le directeur de l’agence Eu-Lisa créée pour mettre en place les Smart borders.

Si ce système n’est pourtant qu’à l’état de projet, l’appel aux géants de la défense est lui déjà lancé. « Pour améliorer la sécurité européenne, nous avons besoin de stimuler nos industriels ! », clame Armand Nachef, du point de contact national du programme européen de recherche Horizon 2020, le 17 novembre au Bourget. Ce représentant du service public s’adresse alors aux entrepreneurs présents au salon de la sécurité intérieure Milipol, où armes, drones, caméras, équipements de maintien de l’ordre et autres gilets pare-balles sont exposés.

 

Au menu : reconnaissance par l’iris, faciale ou digitale

A l’autre bout du salon, ces mots ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd. Un employé de Morpho propose fièrement de faire visiter l’installation type d’une frontière hyper sécurisée : « Là, c’est une machine de reconnaissance par l’iris. Pour le moment, nous en avons surtout vendu en Asie, mais ça va venir ici ». Il présente la porte « intelligente », un sas de verre capable de vérifier votre identité en moins de 20 secondes. Soit deux à trois fois plus vite qu’aujourd’hui, lorsque vous avez affaire à un douanier derrière son guichet. C’est la société Morpho qui a fourni portes automatiques, outils de reconnaissance faciale ou d’empreintes digitales au port de Cherbourg, à la gare du Nord et à l’aéroport international de Roissy.

La Commission européenne investit depuis plusieurs années dans des programmes de recherche. Entre 2007 et 2013, à travers le volet Sécurité du programme FP7 – prédécesseur d’Horizon 2020 – plus de 51 millions ont été versés à des consortiums, souvent dirigés par des entreprises auxquelles se sont associés des laboratoires et des acteurs publics pour réfléchir à la gestion de ces nouvelles frontières. Dans le programme en cours Horizon 2020, « Sociétés sûres », l’instance européenne a déjà investi plus de 21 millions d’euros. Des sommes non comprises dans le budget Smart borders.

Une petite PME française a ainsi profité de cette manne pour se lancer. « Nous avons touché exactement 328 251 euros, témoigne Raphaël Rocher, gérant de Sécalliance sécurités informatiques. Grâce à cela nous avons pu nous lancer. » L’entreprise est créée en 2009, en même temps que débute un projet de recherche sur cinq ans, Effisec. La PME développe, avec d’autres partenaires, des kiosques permettant l’enregistrement du passager, la vérification de son passeport ainsi qu’un contrôle biométrique par comparaison d’une photo prise par la borne avec celle enregistrée sur la puce du passeport. Une fois cette étape validée, le kiosque s’ouvre pour un autre contrôle par caméra millimétrique.

Mais le premier bénéficiaire de la subvention versée dans le cadre d’Effisec est encore Morpho, la filiale de Safran, qui a touché 1,8 millions euros [1]. L’entreprise a déjà coordonné la moitié des projets de sécurité aux frontières aéroportuaires dans le cadre du programme FP7 et a reçu quatre millions d’euros à ce titre.

 

Des multinationales à la fois juges et parties

Certains chercheurs et ONG pointent du doigt le rôle plus discret joué par certaines entreprises consultées par la Commission. Dans le groupe de conseils du programme de recherche FP7, on comptait des représentants des grandes entreprises de la sécurité, dont Morpho et Thalès. « Trop souvent, on se rend compte que les projets sélectionnés sont coordonnées par des entreprises qui sont également dans les groupes de conseil censés donner leurs avis sur les projets reçus, ou sur les orientations à donner aux politiques de sécurité ! En mettant les sommes bout à bout, ces entreprises touchent des milliards de la Commission », regrette Stéphanie Demblon, membre d’Agir pour la paix, qui pose la question des conflits d’intérêts.

Stéphanie Demblon propose des lobby-tours à Bruxelles, et montre ainsi aux citoyens curieux les bureaux que les grandes entreprises de la défense et de la sécurité ont installé dans le quartier des institutions européennes. « La Commission justifie ce recours aux entreprises en disant qu’elle n’a pas les experts nécessaires et que les représentants de ces groupes en sont. Donc pourquoi s’en priver ? », ajoute-t-elle avec dépit.

 

Une utilité remise en question

Ces investissements dessinent-ils les contours d’une Europe plus sûre ? Beaucoup en doutent. « On nous a présenté le PNR comme la solution miracle, mais il n’en est rien, assure Emmanuel Maurel, député européen membre du groupe Sociaux-démocrates. Comme tout le monde est inquiet, on se raccroche à de tels dispositifs à l’efficacité discutable. Alors que les assassins circulent en voiture, on crée une base de données sur le transport aérien. Savoir ce qu’un passager mange, avec qui il voyage, ça ne sert à rien. Il vaudrait mieux investir sur le renseignement humain, que dans un système aussi démesuré. »

Concernant les Smart borders, la députée et vice-présidente du groupe des Verts-Alliance libre européenne, Ska Keller, est encore plus tranchante : « J’attends de savoir à quel problème cette idée de frontières intelligentes apporte une réponse. La Commission européenne est incapable de nous le dire. En plus, nous ne pouvons pas suspecter tous les citoyens européens d’être des terroristes, mais on se permettrait de le faire avec les autres ? Ce n’est pas normal. Par ailleurs, le fait de rester plus longtemps sur un territoire ne se justifie pas forcément par des motifs criminels. »

Pour la Cimade, association française spécialisée dans les droit des étrangers, le système des Smart borders risque, de surcroît, de créer une discrimination entre les différentes catégories d’étrangers. « L’Europe facilitera le passage des voyageurs à faible "risque migratoire", c’est-à-dire ceux venant de pays riches », analyse Gipsy Beley, porte-parole de la Cimade.

 

« Il faudrait plutôt voir ce qui peut être réalisé à court terme »

Pour certains, le choix de l’automatisation dans le cadre des Smart borders n’est peut-être pas non plus le meilleur. « Les portes font moins d’erreur que les humains, témoigne le professeur Luuk Spreeuwers, qui a étudié le système déjà installé à l’aéroport d’Amsterdam Schiphol. Cependant, d’autres difficultés apparaissent, comme des photos de passeports qui ne sont pas de qualité suffisante pour la reconnaissance faciale. » Là encore, la culture du secret l’emporte. Si le test de la phase pilote est encourageant, avec un taux d’authentification de 98%, celui des premières années de pratique demeure confidentiel. Impossible de savoir si, confrontés à un plus grande nombre de voyageurs, ils sont encore performants.

Avant de s’engager dans de nouveaux projets, souvent poussés par le marché, peut-être faudrait-il commencer par tirer les leçons du passé ? « Il faudrait plutôt voir ce qui ce qui peut être réalisé à court terme. Il ne faut pas oublier que le SIS est en place depuis les années 90, et vingt-cinq ans après, nous sommes toujours en train de l’améliorer. De SIS 1, on est passé à SIS 1+, puis à SIS 2. Le dispositif arrive seulement à maturité. Il n’est donc pas certain que le prochain projet soit bénéfique avant une vingtaine d’années. Que fait-on entre-temps ? », s’interroge Giovanni Buttarelli, le Superviseur européen de la protection des données.

 

Protéger les données personnelles

Autre inquiétude : le respect des nombreuses données ainsi collectées sur les citoyens. Comment seront-elles utilisées ? Où vont-elles être stockées ? Pour combien de temps ? En s’opposant une première fois au Passenger name record (PNR) et aux Smart borders, le Parlement a bien fait comprendre à la Commission qu’il ne voterait pas ces textes tant que des réponses précises à ces questions ne seraient pas apportées.

Concernant le PNR, deux strictes conditions étaient posées : qu’il soit voté en parallèle d’un ensemble de textes favorables à la protection des données, et qu’il soit équilibré entre lutte contre le terrorisme et protection de la vie privée. La Commission est ainsi revenue avec un « Paquet protection des données », que le Parlement a ensuite validé. Au lendemain du vote, le groupe Sociaux-démocrates s’est réjoui dans un communiqué d’avoir « veillé à renforcer les droits des internautes (...) Droit à l’effacement, voies de recours, informations sur la façon dont les données sont traitées, encadrement des transferts de données des Européens vers les pays tiers, possibilités de profilage strictement limitées, sanctions en cas de non-respect des règles. » Néanmoins, comme le concède le député Emmanuel Maurel, si le texte est censé apporter des améliorations, « il faudra retravailler sur cette thématique, car la protection de la vie privée est aujourd’hui un véritable casse-tête ».

 

Vers un « système pan-européen de surveillance » ?

L’intention des Smart borders pose encore plus de problèmes. La gestion des données personnelles, dans ce cas, reste en effet pour le moins floue. Les informations seraient gardées six mois, mais il n’est guère spécifié comment ni ce qu’elles deviendront. Ce qui mène le Superviseur européen de la protection des données à penser que les objectifs de la Commission sont contradictoires. « Elle dit vouloir faciliter le déplacement en gardant les frontières sûres, veiller à ce que les voyageurs soient libres, respecter les droits fondamentaux, mais mener ce projet à bas coût. Cela fait trop en même temps pour être réaliste. »

Surtout, une interrogation plus large demeure : les « frontières intelligentes » ne sont-elles pas une étape vers un « système pan-européen de surveillance », comme le craint Chris Jones, membre de l’ONG Statewatch ? La base d’information sur les voyageurs sera énorme, allant de leurs déplacements dans l’espace Schengen à leurs données biométriques, le tout pouvant être – en fonction du vote des députés – être accessible par les polices nationales, Europol et Frontex ! Au risque de mettre en place une « société qui ne fait pas très envie », avertit le député socialiste Emmanuel Maurel. Lors du vote du texte sur les Smart borders d’ici la fin de l’année, le Parlement européen résistera-t-il à nouveau ?

Aline Fontaine et Morgane Rémy

Illustration : CC Ophelia Noor / Owni

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 20:34

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Grand projet

Forte mobilisation à Notre-Dame-des-Landes malgré la consultation locale défavorable

par

 

 

 

Ils sont près de 25 000 personnes à avoir fait le déplacement ces 9 et 10 juillet à Notre-Dame-des-Landes pour marquer leur détermination contre toute construction à un nouvel aéroport. Quinze jours après la consultation où une majorité d’électeurs de Loire-Atlantique ont approuvé le transfert de l’aéroport actuel (55,17 % ont dit oui), des riverains, paysans, occupants de la zone à défendre et citoyens venus de toute la France ont témoigné de leur volonté de « défendre la zone et sa beauté fragile ». « On ne pouvait espérer meilleure réponse à la consultation que cette mobilisation exceptionnelle et déterminée », se réjouissent les coordinateurs de ce seizième rassemblement estival.

Les participants voient dans la consultation voulue par François Hollande « une étape » dans leur combat contre l’aéroport. Voire même un « camouflet » pour le gouvernement estiment-ils, malgré le résultat défavorable aux opposants... D’une part, parce que le raz-de-marée en faveur du « oui » n’a pas eu lieu, alors même que le périmètre de la consultation choisi par le gouvernement pouvait le laisser redouter [1]. D’autre part, parce qu’en dépit de « la campagne ordurière du président de Région concernant les "zadistes" qu’il fallait "dégager" », le non l’emporte dans les communes entourant le site d’implantation de l’aéroport en projet [2].

 

 

Deux résultats marquent les esprits : ceux de la ville de Bouguenais, où se situe l’aéroport actuel, qui ne « souhaite pas autant qu’on veut bien le dire le départ de son aéroport », avec 50,65 % voix pour le transfert et 49,35 % contre. Mais aussi Nantes, où le vote s’est joué à cent voix d’écart sur 80 710 votes exprimés. De quoi inquiéter le Parti socialiste dont le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, a annoncé l’annulation de son université d’été, prévue fin août à Nantes...

Sous les chapiteaux placés sous le thème « Semailles de démocratie », la colère monte contre « ces élus qui détériorent le commun » et qui « abiment la politique ». Le sentiment de désillusion est prégnant. « On a cru au bon sens des décideurs », appuie Sylvie Thébault, paysanne sur la zone, menacée d’expulsion (son témoignage). « Notre démocratie est bien malade. Les dernières salves sont tirées pour tenir un système à bout de souffle. » Mais certains veulent encore croire en la démocratie représentative. « Nous sommes encore très nombreux à être avides d’honnêteté », souligne la conseillère régionale Geneviève Lebouteux, membre du Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport (CéDpa). « Il n’y a pas de démocratie basée sur les mensonges, et ces mensonges nous ne cesserons pas de les dénoncer. »

 

 

« L’action citoyenne et militante continuera de s’articuler avec l’occupation, le combat politique, juridique et l’expertise citoyenne », assure Thomas Dubreuil de la coordination juridique. « Nous ferons tout pour éviter une destruction irréversible du milieu alors que les juges n’ont toujours pas statué (le procès en appel relatif à la loi sur l’eau et la destruction des espèces est toujours en cours, NdlR). » Sur place, c’est aussi la pratique qui oriente le devenir de la zone, avec mille et un projets fourmillant aux quatre coins du bocage.

 

 

Ces deux jours ont aussi été marqués par la convergence des luttes, en particulier avec les militants de Bure opposés au projet d’enfouissement de déchets nucléaires dans la Meuse (notre enquête). « Parmi les multiples manières de défendre la ZAD, nous devons travailler aux solidarités translocales », affirme Nicolas Haeringer, membre de l’ONG 350.org pour la justice climatique. Dès le week-end prochain, une manifestation de ré-occupation aura lieu dans le bois communal de Mandres-en-Barrois, près de Bure, pour empêcher les travaux initiés par l’Agence nationale de déchets radioactifs. Un appel à une nouvelle mobilisation les 8 et 9 octobre à Notre-Dame-des-Landes a également été lancée, face aux menaces d’évacuation à l’automne 2016 formulées par Manuel Valls.

 

texte et photos : Sophie Chapelle

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 20:19

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Fermetures à la chaîne dans les supérettes Casino

10 juillet 2016 | Par Dan Israel
 
 
 

Certains gérants de magasins Petit Casino, Spar ou Leader Price Express, qui dépendent d'un statut à mi-chemin entre salariés et commerçants, reçoivent depuis quelques mois des courriers du groupe leur demandant d'étendre leurs horaires d'ouverture. En cas de refus, ils sont remerciés. D'autres sont poussés à passer à la franchise. Plusieurs gérants accusent le groupe de mener « un plan social déguisé ». Casino dément fermement.

Depuis quelques semaines, une pluie de lettres recommandées s’abat dans les boîtes aux lettres des gérants non salariés du groupe Casino. Ces travailleurs au statut hybride, pas vraiment salariés mais pas non plus totalement commerçants, sont payés à la commission sur les ventes qu’effectuent leurs magasins. Ils sont environ 3 400 en France et pilotent des Petit Casino, des Spar et des Leader Price Express, partout sur le territoire.

À l’automne dernier, Mediapart a consacré une longue enquête à leurs conditions de travail et aux étranges déficits qui se creusent dans les comptes de dizaines de magasins. Nous avions raconté comment Casino, deuxième groupe de distribution en France, se sert de ces trous comptables pour rompre les contrats le liant à ces gérants, qui travaillent bien souvent en couple, régulièrement plus de 60 heures par semaine, gagnent de toutes petites sommes, et n’ont pas d’autre logement que celui qui leur est fourni par leur employeur. Ces pratiques ont toujours cours et donnent encore lieu à des procès à répétition.

Mais depuis le printemps, les gérants non salariés doivent faire face à un nouveau souci. Selon nos informations, le groupe, présidé par Jean-Charles Naouri, envoie très largement des lettres leur demandant d’étendre les horaires d’ouverture de leurs magasins, bien que le groupe ne puisse pas officiellement leur imposer ce choix. Et ce courrier est bien souvent le prélude à une rupture du contrat de travail. « Nous tenons à attirer votre attention sur vos horaires : vous êtes libres de les déterminer, ceci étant, vous devez respecter les termes de votre contrat de cogérance qui prévoit que vous devez tenir compte des coutumes locales des commerçants, indiquent ces courriers types. Ainsi, par la présente, nous devons attirer votre attention sur l’impact de ne pas ajuster vos horaires d’ouverture. En effet, vos horaires actuels ne proposent pas de plages d’ouverture suffisantes de notre magasin. »

 

Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, en février 2013. © Reuters - Philippe Wojazer Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, en février 2013. © Reuters - Philippe Wojazer

 

La demande de Casino s’appuie sur l’article 1 du « contrat de cogérance » signé par les gérants, qui précise qu’ils doivent « assurer la gestion du magasin de vente au détail, dont ils fixent les plages d’ouverture en tenant compte des coutumes locales des commerçants détaillant d’alimentation générale et/ou des besoins de la clientèle ». Les courriers envoyés détaillent donc les horaires d’ouverture du magasin ciblé et les comparent à ceux de ses voisins. « Vos choix d’ouverture, qui ne répondent pas aux modes de consommation de nos clients et ne correspondent pas à notre image et politique commerciale, mettent en péril l’activité de notre magasin », insiste le courrier. Avant de se faire menaçant : « Sans nous immiscer dans votre organisation de l’exercice personnel de votre activité, nous vous demandons de revoir votre choix d’horaires et jours d’ouverture de notre commerce et ce afin de respecter vos obligations contractuelles. »

Ce courrier est précédé ou accompagné de visites des responsables commerciaux, qui transmettent le même message. En cas de refus, les gérants reçoivent promptement une deuxième lettre les convoquant à un entretien préalable à la rupture de leur contrat, puis sont remerciés. C’est ce qui est arrivé à Sandrine Dargès et à son mari. Ils travaillaient depuis août 2006 au sein du groupe Casino et s’occupaient d’un magasin à Nîmes depuis six ans, d’abord sous enseigne Petit Casino puis, à partir de janvier 2015, sous enseigne Leader Price Express. Malgré un chiffre d’affaires important de 820 000 euros par mois, une ouverture du magasin étendue avec le passage en Leader Price (8 h-13 h ; 15 h-19 h 30 du lundi au samedi) et plus de 75 heures de travail hebdomadaire pour chacun, selon leurs décomptes, les époux Dargès ont reçu le 22 avril un courrier de Casino leur demandant d’élargir les heures d’ouverture.

Devant leur refus, leur contrat a été rompu fin juin, et ils doivent quitter leur logement mi-août. « Nous avions 500 clients par jour, les deux caisses tournaient quasiment en continu, nos deux heures de pause à midi nous servaient surtout à remettre de la marchandise en rayon ! » explique Sandrine Dargès. Pour ouvrir plus, elle a demandé au groupe de salarier un vigile et un employé, ainsi que du matériel de vidéosurveillance. Refusé. « En dix ans, nous n’avions jamais eu aucun souci, la direction nous faisait confiance. Lors de l’entretien préalable à la rupture de notre contrat, 25 minutes en tout et pour tout, on nous a seulement reproché de ne pas accepter d’ouvrir plus. Ils ont sans doute trouvé d’autres candidats qui ont accepté ces conditions… »
 

Les conflits autour des horaires se multiplient

Interrogé par Mediapart, le groupe Casino indique qu’il peut effectivement être amené « à conseiller les gérants mandataires non salariés sur l’évolution de leurs plages d’ouverture ». Mais il assure qu’« il est faux de prétendre que le non-respect des coutumes locales déboucherait automatiquement sur une résiliation du contrat ». Cette situation n’est sans doute pas automatique. Mais elle est très fréquente. Mediapart a eu connaissance de plusieurs cas similaires, dont les protagonistes désirent rester anonymes. « Depuis un peu plus d’un mois, nous avons recensé des dizaines de cas similaires », indique Didier Houacine, responsable CGT des gérants non salariés, dont le syndicat est le seul à dénoncer ces situations. « Des gérants reçoivent des courriers impliquant qu’ils travaillent 90 heures par semaine, alors qu’un couple seul tient le magasin ! » s’indigne-t-il.

Casino dément toujours, assurant que ces informations « n’expriment pas la réalité mais une polémique entretenue depuis plusieurs années par une seule organisation syndicale ». Pourtant, d’autres confirment. Comme Adrien Renaud, avocat grenoblois, qui accompagne de nombreux gérants dans des procédures aux prud’hommes ou au tribunal de commerce. « En un mois, j’ai été contacté par quinze couples de gérants confrontés à des problématiques de rupture de contrat, essentiellement pour des problèmes d’horaires d’ouverture des magasins, dit-il. Les premiers courriers sont arrivés il y a quatre ou cinq mois. C’est nouveau : jusqu’à présent, Casino ne demandait jamais cela par courrier. »

Un autre bon connaisseur du système voit lui aussi les conflits autour des horaires se multiplier. Il s’agit de Thierry Gautier, syndiqué CFDT (il fut délégué central pour le syndicat, lorsqu’il était encore représentatif chez les gérants Casino). L’homme est sans doute le seul à gérer deux magasins Casino sous deux statuts différents : il est gérant non salarié à Roubaix, mais franchisé, donc indépendant, à Villeneuve-d’Ascq. Une position qui lui permet de constater « une différence de statut flagrante » entre les deux catégories de personnel Casino, en défaveur des gérants non salariés.

Depuis de longs mois, Thierry Gautier accumule les exemples et les éléments de preuve allant dans le même sens que l’enquête précédente de Mediapart : anomalies de gestion, déficits non expliqués, contrôle à distance du système informatique des gérants… Accompagné des responsables de trois autres magasins, il a attaqué le groupe au pénal pour escroquerie et a réuni une quarantaine de gérants pour demander devant les prud’hommes une requalification de leur contrat en contrat de travail “salariés classiques” (lire par exemple ces articles de La Voix du Nord ici et ici).

« Des gérants à qui l’on demande de travailler plus m’appellent, catastrophés, et beaucoup n’avaient jamais eu aucun problème auparavant, témoigne celui qui fait de plus en plus figure de dernier recours pour ses collègues. De ce que je constate personnellement, cela concerne au moins une cinquantaine de magasins depuis le mois de mai. »

Loin du nord de la France, Fabien Brenon est l’un de ceux qui sont ciblés. Et ce gérant, installé depuis 2008 à Maclas, un petit village de la Loire, le vit extrêmement mal. « Ma femme et moi sommes sous antidépresseurs, on est au bout du rouleau », avoue-t-il. Il dit « adorer son boulot et son magasin », mais a « perdu le goût de tout, et 8 kilos, dans l’enfer que nous vivons », depuis que la directrice commerciale qui supervise son magasin le pousse à ouvrir plus longtemps. Par des visites récurrentes et des menaces à peine voilées, assure-t-il. Le 9 juin, il a porté plainte pour « harcèlement ». La pétition qu’il a lancée pour protester a recueilli 600 signatures de clients qui, assure Fabien Brenon, le soutiennent totalement.

 

« Plan social déguisé » ?

Sans aller jusqu’à ces extrémités, les procédures régulièrement suivies par Casino peuvent en effet paraître étonnantes. Ainsi, les horaires d’ouverture parfois donnés en référence aux gérants à qui il est demandé de travailler davantage sont ceux de magasins bien plus grands que les enseignes de proximité Casino. Thierry Gautier évoque par exemple un cas en Normandie où un magasin au chiffre d’affaires de 200 000 euros est comparé à un Carrefour Market dont le chiffre d’affaires avoisine 15 millions d’euros et qui, bien sûr, compte de nombreux salariés.

« Comment un couple de cogérants, seul dans son magasin et qui n’a pas les moyens d’embaucher, peut-il s’aligner ? Est-ce qu’un Super U, qui compte 10 salariés aux 35 heures, est comparable à un Petit Casino de 50 m2 tenu par un couple ? Bien sûr que non, s’agace Me Renaud. Comment peut-on demander à des salariés de faire des semaines de 70 heures, pour moins que le Smic chacun, et sans respecter les règles de repos hebdomadaire ? » L’avocat prépare sur cette base de nouveaux dossiers pour les prud’hommes.

D’autres fois, des gérants acceptent d’ouvrir plus longtemps, mais des procédures de rupture sont tout de même engagées, ou bien on les informe que leur magasin va en fait fermer ! Thierry Gautier cite deux cas, Didier Houacine au moins un autre et Mediapart a connaissance d’un couple dans cette situation : « On ne comprend pas, on est dans le groupe depuis de nombreuses années et on a fait tout ce qu’on nous demandait, témoigne la gérante d’un commerce de plus de 250 m2 en région parisienne. Comme demandé, on a élargi les horaires de notre magasin, notre but n’est pas de nous retrouver à la rue avec un enfant à charge. Mais on a quand même reçu une lettre de convocation à l’entretien de rupture quelques semaines plus tard… »

« Ces lettres concernant les horaires sont des leurres », juge Thierry Gautier. « C’est un faux prétexte, Casino essaie de trouver des motifs de rupture », approuve Didier Houacine, pour qui « le groupe mène un plan de licenciements économiques déguisé, un dégraissage de la masse salariale, sans respecter les règles en vigueur ». Rappelons qu’un plan social (plan de sauvegarde de l’emploi, PSE) est obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés qui se séparent d’au moins 10 personnes sur une période de 30 jours. Le dégraissage concernerait tout particulièrement les Leader Price Express, le nouveau concept déployé progressivement il y a moins de deux ans : prix moins élevés, et donc plus de clients, mais aussi plus de travail et de manutention pour les gérants. Ces petits Leader Price sont très largement ciblés par les procédures en cours, parfois moins de 18 mois après avoir été lancés.

Là encore, le groupe oppose un démenti vigoureux à ces soupçons : « Des fermetures de magasins peuvent avoir lieu, la société faisant évoluer son parc de magasins au fur et à mesure qu’elle décline sa politique commerciale, indique son service de communication. Elles ont toujours existé et sont compensées par des ouvertures. » À cet égard, l’entreprise rappelle « qu’en 2015, 162 couples de gérants ont rejoint la branche proximité, ce qui porte leur nombre total à 3 341. Ce qui rend tout à fait fantaisiste cette prétendue existence d’un “PSE déguisé” ». Le groupe ne donne pas de chiffres pour l’année 2016, où les ruptures semblent s’accélérer.


Incitation à passer en franchise ?

Les interrogations sont aussi alimentées par d’autres cas où les gérants de magasins apparemment peu rentables se voient proposer de reprendre la boutique en franchise ou en location-gérance. Ce qui signifie qu’ils doivent racheter le fonds de commerce à Casino et que les bénéfices et les pertes sont ensuite à leur charge, alors qu’aujourd’hui, une rémunération minimum de 2 380 euros brut par couple est garantie aux gérants. Passer ses boutiques en franchise est une stratégie classique d’un groupe cherchant à ouvrir rapidement beaucoup de magasins ou à minimiser les pertes que ses enseignes lui font subir (puisque ce sont les propriétaires des magasins franchisés qui portent ces pertes). C’est notamment le choix qu’a fait le groupe de supermarchés discount Dia à partir de 2011 (avant de vendre ses magasins français à Carrefour, en 2014). Parmi ses dirigeants en France, on trouvait à l’époque Emmanuel de Courrèges. L’homme est aujourd’hui directeur d’enseigne chez Casino et s’occupe justement du passage en franchise des magasins de proximité…

Si les gérants à qui l’on propose la franchise ou la location-gérance la refusent, le magasin est fermé. « Nous avons pris la décision de cesser l’exploitation du magasin », a ainsi lu en fin d’année dernière une gérante d’Île-de-France dans une lettre recommandée, après avoir décliné le passage en gérance. Dans ce cas, Casino s’engage à proposer trois offres de reclassement dans d’autres magasins. « Mais les trois propositions qu’ils m’ont faites concernaient des magasins où les conditions de travail étaient très dures, avec des horaires à rallonge, ou bien situés dans des secteurs très “chauds” de la banlieue parisienne », indique la gérante francilienne. « Je dois quitter mon logement en août, et je ne suis pas de la région, comment je vais faire ? » s’interroge-t-elle, pointant elle aussi « un licenciement économique déguisé ».

Là non plus, rien à signaler, selon Casino, qui ne voit « pas de changement de la stratégie de la branche proximité ». Le groupe indique que « le passage de certains magasins en franchise existe depuis de nombreuses années », dans le cadre d’un dispositif spécial auquel, depuis 2010, ont adhéré 350 gérants non salariés. Pas de quoi convaincre la CGT, qui a organisé une grève le 26 mai dernier. Selon ses chiffres, plus de 400 magasins ont baissé le rideau et environ 200 gérants s’étaient rassemblés devant le siège du groupe, à Saint-Étienne, pour protester contre les « fermetures en cascade » et ce qu’ils voient comme une liquidation annoncée de leurs emplois. Un mois et demi plus tard, leur inquiétude n’a pas baissé d’un iota.

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 20:45

 

Source : http://www.politis.fr

 

 

La réalisatrice Mariana Otero arrêtée pour avoir filmé la « chose publique »

 

Publié le 8 juillet 2016

par

Photo : PHILIPPE LOPEZ / AFP

 

 

http://static.politis.fr/medias/articles/2016/07/la-realisatrice-mariana-otero-arretee-pour-avoir-filme-la-chose-publique-35087/thumbnail_hero-35087.jpg

 

Le 5 juillet, la réalisatrice Mariana Otero a été arrêtée avec son équipe par des CRS en plein tournage de son dernier film, portant sur le mouvement Nuit debout. Elle dénonce l’interdiction qui lui a été faite de filmer la « chose publique », un « droit pour tous les citoyens ».

Je suis réalisatrice (Histoire d’un secret, Entre nos mains, A ciel ouvert etc…). Depuis trois mois avec l’aide d’un collectif « Les yeux de Marianne », je filme quotidiennement un groupe de jeune gens engagés dans le mouvement Nuit debout à République. Leurs réflexions et leurs actions.

Nous avons mis quelques vidéos sur YouTube surtout au début du mouvement : https://www.youtube.com/channel/UCP_YojMRZJ97TR17ubsD1rg

Lors des manifestations, comme tant d’autres journalistes et réalisateurs, nous avons été empêchés de filmer par des violences policières qui s’exerçaient à la fois sur les manifestants et tous ceux qui filmaient, photographiaient, périscopaient… Certains ont été touchés dans leur corps. Parfois gravement.

Mardi 5 juillet, dans un contexte pourtant calme, moi et mon équipe avons été froidement interpellées et arrêtées face à l’Assemblée nationale, dix minutes après notre arrivée pour le simple fait que nous filmions. Voici le récit des faits que vous pourrez constater aussi sur la vidéo périscope filmée par « La Taupe enragée » :

 

 

Moi et mon équipe, Sophie Tesson à la perche et Pascal Deux en renfort son, sommes arrivés vers 17h sur le pont de la Concorde. Il y avait plus de CRS que de manifestants, ces derniers étant encore peu nombreux et extrêmement pacifiques. Comme à l’habitude dorénavant, les manifestants ont très vite été nassés. Et les passants, triés : ceux qui semblaient vouloir manifester étaient fouillés puis poussés fermement dans la nasse, les autres, les touristes, pouvaient traverser le pont. Je filmais ces fouilles depuis quelques minutes quand les CRS, entre autres leur commandant, m’ont demandé ma carte de presse. J’ai expliqué que je n’étais pas journaliste mais cinéaste et que je n’avais pas à avoir de carte de presse pour avoir l’autorisation de filmer, que filmer la chose publique est un droit pour tous les citoyens. Mais les CRS ont continué de me demander d’arrêter de filmer arguant que ce jour-là, un arrêté préfectoral exceptionnel avait été émis interdisant les tournages devant l’Assemblée. Nous avons demandé à voir cet arrêté qui ne nous a jamais été fourni. J’ai continué de filmer.

Quelques minutes plus tard, les CRS se sont approchés de moi, décidés cette fois-ci à m’empêcher de filmer par la contrainte. Ils ont essayé de se saisir de la caméra. J’ai résisté en la serrant contre moi et en continuant d’affirmer mon droit haut et fort. Alors un jeune homme a essayé de s’interposer et de me défendre. Dans le même temps, Pascal Deux, par ailleurs réalisateur de fiction à Radio France a tendu sa carte de radio, espérant ainsi pouvoir me permettre de continuer à filmer. Un des CRS s’est saisi de la carte pour aller l’apporter à ses supérieurs hiérarchiques. Nous l’avons suivi. La situation était devenue très confuse, des manifestants nous soutenaient en protestant, les CRS hurlaient et s’agglutinaient. Pendant ce temps - je ne l’avais pas vu dans la confusion -, le jeune homme qui avait tenté de nous défendre, avait été mis à terre par trois CRS. Quand nous avons pris conscience de cette arrestation, Sophie Tesson et moi-même avons fait demi tour pour la filmer en espérant que le fait de filmer empêche et limite la violence policière qui sans regard extérieur peut se déchaîner.

A ce moment-là, alors que je filmais, j’ai été saisie fermement par le bras par un CRS et emmenée avec Sophie Tesson au bout du pont où la carte de Pascal Deux était vérifiée par d’autres CRS. Nous avons reçu alors l’interdiction absolue de filmer. Nous avons rappelé aux CRS la directive 2008-8433, qui dit qu’en aucun cas ils ne peuvent interdire de filmer ni même d’être filmés dans l’exercice de leur fonction. Mais ils en ont eu cure, nous avons été encerclés et isolés. Le commandant nous a alors accusé d’avoir été agressifs : je les aurais frappés de mon coude, bousculés avec la caméra, Sophie Tesson les aurait frappés avec la perche. Ils ont voulu vérifier nos papiers mais je n’avais que mon pass navigo et Sophie Tesson n’en avait pas. Puis ils ont confisqué le matériel caméra ainsi que le matériel son de Pascal Deux. Ils ont affirmé alors qu’en plus des soi-disant violences que nous leur aurions faites, nous aurions aussi arraché l’insigne d’un des CRS et ils nous ont montré la veste d’un des leurs où un insigne manquait. Les quelques CRS qui nous encerclaient, ont affirmé chacun sans la moindre vergogne avoir été témoin de cette scène qui n’avait pourtant jamais eu lieu.

Trois quarts d’heure plus tard, ils nous ont mis dans un fourgon et emmené au commissariat du 15ème. Là, nous avons été reçus rapidement par le Capitaine qui très vite nous a relâchés. Il a reconnu que nous avions été victimes d’une privation de liberté abusive de la part de cette brigade et que les CRS étaient « hors la loi » en nous empêchant de filmer. Il n’a pas pris en considération et n’a pas cru les soi-disant violences que nous aurions exercées contre les CRS.

Par contre, le jeune homme qui s’est interposé entre les CRS et moi - et dont, pour l’instant, sans son autorisation, je préfère taire le nom - ce jeune homme, donc, est quant à lui toujours en garde à vue dans le commissariat du 14ème. Alors qu’en l’occurrence, il est intervenu pour faire respecter la loi.


Mariana Otero
par
publié le 8 juillet 2016

 

 

 

Source : http://www.politis.fr

 

 

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 14:27

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

José Manuel Barroso cède à son tour aux sirènes de Goldman Sachs

8 juillet 2016 | Par Ludovic Lamant
 
 
 

Le géant de Wall Street a annoncé vendredi qu’il embauchait José Manuel Barroso. Moins de deux ans après son départ de Bruxelles, l’ancien président de la commission va conseiller la banque sur l’après-Brexit. Un signal ravageur pour la crédibilité de l’UE.

De notre envoyé spécial à Bruxelles.- Deux semaines à peine après la décision des Britanniques de quitter l’Union européenne (UE), l’annonce risque de malmener un peu plus la crédibilité chancelante de la commission de Bruxelles. Son ancien président, José Manuel Barroso (2004-1014), vient d’être embauché par le géant de la finance américaine Goldman Sachs. Le Portugais prend la présidence non exécutive du conseil d’administration de Goldman Sachs International (GSI) et devient également conseiller auprès de la banque d’investissement de Wall Street, lit-on dans un communiqué publié vendredi par la banque.

D’après les déclarations qu’il a faites au Financial Times dans la foulée de l’annonce officielle, l’ex-premier ministre portugais tentera d’« atténuer les effets du Brexit » pour le compte du mastodonte américain. « Évidemment, je connais bien l’UE, et je connais aussi plutôt bien l’environnement britannique […]. Si mes conseils peuvent être utiles dans les circonstances actuelles, je suis prêt, bien sûr, à aider », a expliqué Barroso. Il récupère un poste prestigieux, occupé jusqu’à mai 2015 par l’Irlandais Peter Sutherland, ex-président du GATT, puis de l’OMC, et ancien commissaire européen à la concurrence.

 

José Manuel Barroso le jour de son départ de la commission européenne, le 30 octobre 2014. © Reuters / François Lenoir. José Manuel Barroso le jour de son départ de la commission européenne, le 30 octobre 2014. © Reuters / François Lenoir.

 

« On ne pourrait pas l’inventer. Tu voudrais ridiculiser la commission pour l’éternité, tu ne t’y prendrais pas autrement. C’est sans doute le pire qu’il pouvait faire », réagit Martin Pigeon, de Corporate Europe Observatory (CEO), une ONG qui plaide pour davantage de transparence dans la bulle bruxelloise. D’après le décompte réalisé par CEO, l’ex-patron de l’exécutif européen n’en est pas à son coup d’essai en matière de pantouflage : au cours de la première année suivant son départ de Bruxelles, il a accepté pas moins de 22 postes (certains ne sont pas rémunérés), tout à la fois président d’honneur d’universités et autres fondations, mais aussi membre du groupe de pilotage des conférences Bilderberg, ou encore président d’honneur du European Business Summit, une conférence annuelle organisée par le lobby européen des grandes entreprises.

Mais son débauchage par Goldman Sachs est, de loin, le plus spectaculaire. Avec son carnet d’adresses, Barroso pourrait jouer un rôle clé dans les négociations qui s’ouvriront, sans doute d’ici à la fin de l’année, pour définir le nouveau statut du Royaume-Uni par rapport à l’UE, et redéfinir les règles de l’accès aux marchés financiers européens pour les banques britanniques. « Ce que je peux vous dire, c’est que la piste la plus sage et intelligente, c’est que les deux parties acceptent de mener des négociations équitables : personne ne sortira gagnant d’une confrontation », prévient l’ex-président de la commission, qui a prévu d’emménager à Londres pour l’occasion.

 

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Dans son entretien au FT, Barroso regrette également « la perte de confiance » envers le projet européen : « Les stocks de confiance sont à des niveaux très bas aujourd’hui, c’est sans doute la plus précieuse de nos matières premières », remarque-t-il, filant la métaphore économique. Mais le Portugais semble refuser à faire le lien entre cette désaffection brutale des citoyens envers l’Europe, confirmée par le Brexit, et l’attitude de certains dirigeants, à commencer par la sienne, s’empressant de rejoindre le privé pour y faire du lobbying, direct ou indirect… « Ce qui est frappant, c’est l’absence totale de considération de Barroso pour les dégâts qu’il inflige à la commission européenne. Cela fait maintenant assez longtemps que je travaille à Bruxelles, mais quelque chose continue de me surprendre : le degré de profonde inconscience politique de ce personnel. Ils se considèrent comme des opérateurs techniques, pas comme des hommes politiques. Ils se sentent au-dessus de la politique », commente, de son côté, l’activiste Martin Pigeon.

Jointe par Mediapart, une porte-parole de Jean-Claude Juncker, le successeur de Barroso, se refusait vendredi soir à tout commentaire. Sur le fond, l’exécutif européen est impuissant. Il a bien mis en place, depuis 2010, un « code de conduite » des commissaires un peu plus contraignant qu’auparavant, pour surveiller au cas par cas les « pantouflages » de ses anciens commissaires. Mais ces règles sont mal appliquées. Surtout, elles ne valent que pour les 18 premiers mois suivant le départ des commissaires. Or, Barroso a quitté depuis 20 mois (fin octobre 2014) la présidence de l’institution bruxelloise : il fait donc désormais ce qu’il veut. Au sein de la commission, certains continuaient, sous le sceau de l'anonymat, à défendre le choix de l’ex-président : « C’est légitime que des personnes avec une forte expérience, et d’importantes qualifications, puissent continuer à occuper des rôles de premier plan, dans les secteurs public ou privé. »

 

L’« effet de loupe » Goldman Sachs

À Bruxelles, les cas de « revolving doors », ces portes tournantes entre le public et le privé, sont aussi vieux que l’Union européenne. Les polémiques sont régulières, et leurs effets sont dévastateurs auprès de l’opinion. À l’été 2014, l’eurodéputée Sharon Bowles, qui présidait jusque-là la commission des affaires économiques et financières, un poste clé pendant la crise financière, a rejoint… la City. Plus récemment, la Néerlandaise Neelie Kroes (ex-commissaire à la concurrence, puis au marché numérique, durant les mandats de Barroso) est devenue conseillère spéciale pour l’Europe d’un autre fleuron de la finance américaine, Bank of America Merrill Lynch. Pas plus tard qu’en mai 2016, c’est Uber, le très controversé service de réservation de voiture avec chauffeur, qui l’a débauchée.

De son côté, le Belge Karel de Gucht, ex-commissaire au commerce qui a lancé le chantier du traité transatlantique (TAFTA, ou TTIP) en 2013, est aujourd’hui payé par le groupe de télécoms Belgacom. Quant à l’eurodéputée luxembourgeoise Viviane Reding, ex-commissaire elle aussi, elle occupe un siège au conseil d’administration du groupe de technologie numérique Agfa-Gevaert. En tout, ils étaient neuf ex-membres de l’équipe Barroso à avoir rejoint le privé moins d’un an après leur départ de l’exécutif européen.

Pourtant, des règles existent pour encadrer les 18 premiers mois suivant la fin de l’exercice de leurs fonctions – ce qu’on appelle la « cooling-off period » dans le jargon bruxellois. Le collège des 28 commissaires, qui se réunit chaque mercredi à Bruxelles, doit valider, au cas par cas, les embauches de leurs prédécesseurs. Et lorsqu’ils estiment qu’un conflit d’intérêts est possible, ils renvoient le dossier devant un « comité d’éthique » ad hoc, qui doit se prononcer. En tout, sur la centaine de postes concernés au cours de la première année de l’après-Barroso, 37 % ont été renvoyées au comité éthique… qui n’a rejeté aucune demande.

 

C’est pourquoi des ONG spécialisées sur ces questions, dont CEO, réclament l’extension de la période où les règles s’appliquent, de 18 mois à trois ans après le départ de la commission. Et surtout, elles exigent l’interdiction de tout type de lobbying, direct ou indirect, durant ces trois ans, puisque l’analyse au cas par cas par le comité d’éthique (dont Mediapart a déjà décrit ici certains travers) ne fonctionne pas. « Le revirement rapide de Barroso nuit fortement à la réputation de la commission européenne : nous devons de toute urgence rallonger la période de “cooling-off”, à trois ans », a réagi l’eurodéputé allemand Sven Giegold, du groupe des Verts.

« Ce nouveau pantouflage, qui ressemble fort à un conflit d’intérêts, est scandaleux, a estimé de son côté la délégation des socialistes français au Parlement européen. Nous exigeons une révision des règles pour empêcher de tels recrutements d’anciens commissaires européens. Après le cas Nelly Kroes, qui roule désormais pour Uber, la commission européenne doit agir de toute urgence. »

José Manuel Barroso ne rejoint pas n’importe quelle banque du secteur privé, mais bien Goldman Sachs, qui s’est fait une spécialité dans le débauchage des dirigeants politiques les plus haut placés. Comme Mediapart l’a déjà raconté en longueur ici, la liste est vertigineuse : la plupart des hommes qui ont géré la crise de la zone euro sont passés, ou ont été recrutés par la suite par le géant américain. Il y eut par exemple Mario Monti, conseiller international de Goldman Sachs de 2005 à 2011, avant de prendre la tête du gouvernement italien en pleine crise politique dans la péninsule. Monti avait lui aussi été commissaire européen à la concurrence par le passé (1999-2004). Et comme Barroso aujourd’hui, son travail à l’époque consistait à « ouvrir les portes » de l’Europe pour Goldman Sachs.

Un autre Italien, Mario Draghi, est également concerné : l’actuel président de la Banque centrale européenne (BCE) fut vice-président de Goldman Sachs International pour l’Europe entre 2002 et 2005. Quant à Lucas Papademos, ex-gouverneur de la banque centrale grecque et ex-premier ministre de la Grèce, il est soupçonné d’avoir joué un rôle de premier plan dans le maquillage des comptes publics de la Grèce, avec la complicité de Goldman Sachs. José Manuel Barroso, ex-maoïste et cinéphile, vient donc ajouter son nom à cette liste. Le choix de Goldman Sachs risque toutefois d’en surprendre plus d’un, tant le bilan de Barroso – surtout son premier mandat, de 2004 à 2009 – est maigre. Ses compétences pour le « job » sont loin d'être évidentes.

Pour Martin Pigeon, de CEO, il faudrait toutefois se méfier des effets de loupe sur Goldman Sachs, qui pourraient faire oublier la vision d'ensemble : « Goldman Sachs dans la finance, c’est comme Monsanto dans les semences et les pesticides. Ce sont les plus connus, et donc les plus visibles, qui débauchent les opérateurs politiques plus influents. Cela crée un effet de loupe, qui ne doit pas tromper : c’est une logique systémique de capture de la décision publique à laquelle nous sommes confrontés, et il faut l’endiguer par des réformes et de nouvelles législations qui protègent l'intégrité de la décision publique et lui permettent d'avoir accès à une expertise indépendante », plaide-t-il.

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 13:50

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/mika-hatik/blog

 

 

Les Français ont gagné! (?)

 

 

J'entends dans la rue les klaxons des supporters de l'équipe de France de football. Victoire en demi-finale de l'EURO 2016 contre l'Allemagne. Mais pourquoi n'ais-je pas envie de participer à cette "fête" ? Loin d'être joyeux, pourquoi suis-je en colère ? Pourquoi cette impression d'être seul dans ce moment d'unité nationale ?

« Les français ont gagné !!! »

Ma collègue rentre dans mon bureau tout sourire, mais je ne comprends pas.
Il me semblait que les Français avaient perdu, au contraire.
Le match de mardi, contre la loi travail, nous avait été volé.
On avait décrété le score : 49-3.

Je comprends vite qu'elle me parle de l'EURO de foot.
Un sentiment bizarre vient s'installer dans ma poitrine.
Colère ou dégoût ? Je repense à tous les supporters qui sont allés remplir les stades, plus nombreux qu'à la manif' de mardi. Je me souviens qu'une journée de grève, « ils ne pouvaient pas se le permettre ». Le ticket pour le match des bleus leur a coûté bien plus.
Cet argent, ils le donnent à l'UEFA de leur plein gré.
De plein gré également, le gouvernement lui fera cadeau de toute forme d'imposition.
Au final, cette fête de l'EURO, on ne leur a pas dit, aux français, mais elle leur coûtera bien plus cher. Et on leur impose pourtant d'être économes. Il paraît qu'il n'y a plus assez d'argent dans les caisses publiques pour conserver des lits d'hôpitaux. Rassurez-vous, les recettes des partenaires privés, elles, seront bien juteuses.

L'EURO 2016 :
Le bouclier derrière lequel s'est retranché le gouvernement pour faire accepter l'état d'urgence pourtant décrié par la Ligue des Droits de l'Homme ? 
Le bouclier derrière lequel le préfet de Calais a interdit un convoi humanitaire à l'attention des réfugiés livrés à eux-mêmes. 
Le bouclier derrière lequel s'est caché le stade de France pour interdire les messages politiques, au même titre que les messages religieux.

Du pain et des jeux ! Etait-ce le programme de François Hollande en 2012 ?
Abrutir les citoyens de spectacles de gladiateurs et de malbouffe en fanzone ?
Le gouvernement a-t-il vraiment crû qu'il pourrait déposséder le peuple de tout esprit de démocratie en lui « offrant » cette fête insensée ?
Non bien sûr, c'eût été trop aléatoire de miser aussi gros sur la victoire d'une équipe de France, qui ne joue plus de finales depuis 2006. A moins bien sûr que la corruption ne soit à l'oeuvre, qu'il soit possible d'acheter des matchs, que le football soit vendu aux intérêts de la Finance ? Au fond, la France a-t-elle vraiment gagné la coupe du monde de 1998 ? Même Emmanuel Petit est venu à en douter.

Non, je n'ai pas soutenu l'Equipe de France.
Oui, à chaque match, j'ai souhaité sa défaite, afin que les médias s'emparent à nouveau du débat politique plutôt que des querelles de ballons ronds.
Non, je n'ai pas soutenu l'Equipe de France.
Car le chauvinisme est la porte d'entrée du nationalisme, par lequel on favorise la xénophobie et le repli sur soi.
Non, je ne suis pas fier d'être Français.
Je le serai lorsque l'on fera réellement respecter les valeurs de la France : Liberté, Egalité, Fraternité.
Non, je ne saluerai pas le drapeau en chantant avec ces sportifs millionaires qui ignorent sans doute quelles horreurs ont été commises en son nom ! 

Je me sens seul au milieu des klaxons et je m'en inquiète.
J'ai essayé d'expliquer pourquoi et on m'a dit « intégriste », « extrémiste », « rabat-joie ».
Qui sommes-nous devenus pour hurler ainsi avec les loups ?
Juste des moutons.

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/mika-hatik/blog

 

 

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 13:25

 

Source : https://reporterre.net

 

 

Le low-cost, rêve du transport aérien, cauchemar de la planète

9 juillet 2016 / Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre)
 


 

 

Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, où se tient ce week-end un rassemblement festif d’opposants, repose sur l’espoir que le trafic aérien croîtra sans limites. Mais rien n’est moins sûr. Entre dégâts écologiques et subventions cachées, le low-cost pourrait avoir son avenir derrière lui.

Si la science économique a pu démontrer une chose, c’est sa totale incapacité à prévoir l’avenir. Et pourtant. «  Malgré la crise économique actuelle, le transport aérien devrait augmenter d’environ 5 % par an jusqu’en 2030  », avance la Commission européenne sur son site internet. Principal moteur de l’envolée annoncée, le succès des compagnies low-cost. Les chiffres de la décennie passée ont en effet de quoi rendre le secteur optimiste. En 2015, Ryanair a vu son nombre de passagers augmenter de 17 %. Sa concurrente EasyJet, de 6,9 %. Et ce ne serait que le début.

Comment arriver à une telle affirmation  ? «  D’après les statistiques, 1 point de croissance du PIB mondial représente 1,5 point de hausse du trafic aérien. Les prévisions les plus basses tablant sur une croissance de l’économie mondiale de 3 % par an, le trafic aérien devrait bien encore doubler sur les quinze prochaines années  », calculait le journal Les Échos en 2013.

Plus précisément, le modèle économique qui a permis aux compagnies low-cost d’afficher une progression très supérieure à celle de leurs homologues classiques, et donc de doper le trafic aérien, repose sur deux piliers : la baisse des coûts et, moins connu, la transformation de certains d’entre eux en bénéfices supplémentaires. La méthode utilisée pour baisser les coûts d’exploitation est bien connue des passagers : augmentation du nombre de sièges (quelques dizaines de plus), facturation de nombreux services et des bagages en soute, et recours à des aéroports secondaires, donc moins chers pour la compagnie.

Ce a quoi il convient d’ajouter une forte pression sur les conditions de travail des employés : «  La martingale de French Blue consistera à réduire les coûts au maximum. Principalement, les frais de personnel  », écrivait ainsi Le Monde dans un article consacré à cette nouvelle compagnie aérienne lancée en mars 2016. On se souviendra aussi de la condamnation du phare du low-cost européen, la compagnie irlandaise Ryanair, en octobre 2013, par le tribunal d’Aix-en-Provence. Plus de 8 millions d’euros de dommages et intérêts avaient dû être versés pour travail dissimulé et d’autres infractions au code du travail. La compagnie s’était en effet arrogé le droit de faire travailler 127 salariés de sa base de Marignane (Bouches-du-Rhône) sous contrat irlandais, évitant ainsi de payer les cotisations sociales en France. Aujourd’hui, les compagnies à bas coût opèrent une mue en chassant sur les terres des grandes compagnies nationales : aéroports internationaux et longs courriers. Les conséquences sociales pourraient être très lourdes.

 

Les contribuables compensent avec leurs impôts 

Mais surtout, la grande astuce des compagnies low-cost réside dans leur mise à profit des aéroports de petite ou de moyenne taille. Non seulement ceux-ci sont moins chers (parking, atterrissage, etc.), mais les collectivités locales sont parfois prêtes à leur octroyer de généreuses largesses… au nom du développement du territoire. Les bas prix affichés ne le sont en réalité que parce que les contribuables compensent en partie, avec leurs impôts. La très orthodoxe Cour des comptes était intervenue dans le débat, en 2008, dénonçant dans un rapport [1] les dérives les plus flagrantes de ce système.

 

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Un avion de la compagnie low-cost EasyJet sur la piste de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle (Val-d’Oise).

Les subventions s’élèvent parfois à plusieurs millions d’euros. Pour Ryanair, à Beauvais, le chiffre se serait élevé à 7,4 millions d’euros. Certaines aides sont versées directement aux compagnies  ; d’autres, plus subtilement, par les gestionnaires des aéroports, directement (comme pour l’ouverture d’une ligne), ou indirectement. La Cour note ainsi que «  sur de nombreux aéroports, la gratuité ou les réductions de tarif consenties sur les prestations, non réglementées, d’assistance en escale contribuent aux déficits d’exploitation. À Beauvais-Tillé par exemple, le centre de coût “ assistance aéroportuaire ” était largement déficitaire, de plus de 1,3 million d’euros en 2004 et 2005, en grande partie du fait d’avantages consentis à une compagnie  », en l’occurrence Ryanair. Les collectivités locales vont parfois jusqu’à mettre la main au pot pour aider les gestionnaires à financer «  les actions de promotion menées par les compagnies à bas coût, ou lancées pour attirer ces dernières  » (p. 22 du rapport). Ainsi, 200 .000 euros d’argent public ont été dépensés pour l’aéroport de Reims-Champagne et 450 .000 euros pour Grenoble-Isère (ces chiffres datent du rapport de 2008).

Le déséquilibre ne s’arrête pas là, car les compagnies profitent souvent de «  dispositions contractuelles de désistement fort peu contraignantes  », toujours selon la Cour des comptes. Interruption de dessertes (Poitiers-Biard, Clermont-Ferrand-Auvergne, Dijon-Longvic, Caen-Carpiquet, Reims-Champagne et Deauville-Saint-Gatien), ou fréquence revue à la baisse (Rodez-Marcillac), retrait unilatéral, les compagnies s’octroient certains droits, en dépit des aides déjà touchées. Faute de revenus raisonnables, les gestionnaires d’aéroports décentralisés connaissent une situation de déficit chronique.

 

L’angle mort des analystes 

Ces facteurs rendent les chiffres de croissance du trafic aérien annoncés pour le moins sujets à caution. Si une nouvelle crise ne vient pas frapper l’économie mondiale, si les prix du pétrole n’augmentent pas de manière trop importante, ils pourraient certes bien se réaliser… à condition que la politique et le climat n’en viennent pas à bout. Car c’est bien là l’angle mort des analystes : les hypothèses de calcul pourraient se résumer à l’affirmation suivante : «  Tout ira bien dans le meilleur des mondes.  » Sauf que les peuples pourraient bien finir, d’ici à 2050, par siffler la fin de la récréation néolibérale, privant les compagnies low-cost d’un des piliers de leur modèle économique : le dumping social...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

 

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 13:04

 

Source : https://reporterre.net

 

 

Sivens : ce qui s’est vraiment passé la nuit de la mort de Rémi Fraisse

8 juillet 2016 / Grégoire Souchay et Marine Vlahovic (Reporterre)
 


 

Dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, Rémi Fraisse était tué par une grenade lancée par un gendarme, à Sivens. S’appuyant sur le dossier d’instruction et de nombreux témoignages, les trois volets de notre enquête ici rassemblés révèlent ce qui s’est vraiment passé la nuit du drame et ce qui a suivi. Et établit que les responsables de la mort du jeune homme se trouvent au plus haut niveau.

 

 

1. Rémi Fraisse : il y avait une équipe fantôme

 

 


 

2. Rémi Fraisse : les gendarmes ont tenté de saboter l’enquête. Voici comment

 

 


 

3. Mort de Rémi Fraisse : les responsables sont à Matignon et place Beauvau

 

 

 


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Lire aussi : Sivens : la justice annule le projet initial de barrage


Source : Grégoire Souchay et Marine Vlahovic pour Reporterre

Dessins : © Jean-Benoït Meybeck/Reporterre

 
*Suite de l'article sur reporterre
 
 
 

 
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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 11:38

 

Source : http://lexpansion.lexpress.fr

 

 

7 Français sur 10 condamnent l'usage du 49.3

 
 
Par LEXPRESS.fr , publié le , mis à jour à

 

Le Premier ministre Manuel Valls à l'Assemblée nationale, le 5 juillet 2016. 72% désapprouvent l'usage du 49.3 pour faire passer la loi travail.

Le Premier ministre Manuel Valls à l'Assemblée nationale, le 5 juillet 2016. 72% désapprouvent l'usage du 49.3 pour faire passer la loi travail.

afp.com/Thomas SAMSON

 

Une majorité de Français considère que le Premier ministre Manuel Valls "a eu tort et a été trop autoritaire en imposant une loi que les députés ne souhaitaient pas voter".

Le 49.3 ne passe pas ... pour une majorité de Français. Plus de sept Français sur dix estiment que le Premier ministre Manuel Valls a eu tort de recourir à cette pratique pour faire adopter en deuxième lecture le projet de loi Travail, selon un sondage Odoxa pour Itele publié vendredi. 

72% considèrent qu'il "a eu tort et a été trop autoritaire en imposant une loi que les députés ne souhaitaient pas voter", 27% le soutiennent et 1% ne se prononce pas. 

 

Le 49.3 condamné par 72% des sympathisants de droite

L'usage du 49.3 est condamné par 86% des sympathisants de gauche, hors PS. Il est aussi condamné, mais un peu moins, par les sympathisants de droite (72%). Seuls 53% des sympathisants socialistes l'approuvent. 

En mai, déjà, lorsque le gouvernement y avait eu recours une première fois pour la loi travail, 71% des Français avaient trouvé "choquant" que le gouvernement utilise cette arme permettant d'adopter un projet de loi sans vote. 

 

55% des personnes interrogées approuvent les syndicats

 

Par ailleurs, 55% des personnes interrogées donnent raison aux syndicats qui poursuivent les manifestations, contre 44% qui pensent le contraire. 

Interrogés sur les incidences politiques de quatre mois de fronde sociale et politique contre le texte, 75% des Français considèrent également que le Parti socialiste "risque d'imploser". Au sein du PS, la moitié des sympathisants socialistes sont de cet avis. 

L'enquête a été réalisée en ligne les 7 et 8 juillet auprès de 1008 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. 

 

 

 

 

Source : http://lexpansion.lexpress.fr

 

 

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