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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 13:35

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Autonomie alimentaire

Agriculture urbaine : comment les jardins étudiants fleurissent aux abords des résidences universitaires

par , Sébastien Vagner

 

 

 

 

À proximité des campus, des « maisons de l’étudiant » ou des résidences du Crous, les projets de jardins partagés, basés sur des démarches solidaires et autogérées, attirent de plus en plus de jeunes gens à mesure qu’ils fleurissent sur le territoire. Inspirées des « Incroyables comestibles », ces initiatives visent l’autosuffisance alimentaire ou, à défaut, à apprendre à leurs usagers à cultiver leurs fruits et légumes bio, si possible en partageant le produit de la récolte. Pour eux, il ne s’agit pas seulement de se détourner des filières de l’agriculture industrielle, mais aussi et surtout de construire un début d’alternative, ici et maintenant.

C’est sûr, la ville de Metz, en Moselle, n’en est pas encore au niveau de Todmorden, qui affiche une autonomie alimentaire de plus de 80 %. Mais elle y travaille. Pour cela, elle s’inspire de ce qui s’est fait outre-Manche dès 2008, alors que la crise frappait de plein fouet cette ville de 15 000 habitants située au nord-ouest de l’Angleterre. C’est là qu’est né le mouvement, depuis devenu international, des Incroyables comestibles (en anglais Incredible edible), qui consiste à cultiver des potagers partout où cela est possible, pour mettre les légumes à disposition gratuite de la population. Les Incroyables comestibles visent « l’auto-suffisance alimentaire des territoires et la nourriture saine et partagée pour tous », précise la charte française du mouvement.

« Les objectifs sont multiples, complète Olivier Rudez, membre des Incroyables comestibles à Metz. Permettre à ceux qui n’ont pas d’argent de se nourrir, réapprendre les savoir-faire que les citadins ou les jeunes ne connaissent plus, effectuer une forme de retour à la terre, consommer local pour éviter les pollutions liées au transport des aliments, recréer du lien social à travers les rencontres, développer l’agriculture paysanne et sans produits chimiques... Et ça fonctionne ! »

 

 

Autosuffisance alimentaire

Le collectif messin, comme les autres groupes informels du mouvement, est connecté à l’association nationale des Incroyables comestibles, qui a fait de très nombreux émules : dans plus de 80 communes en France, on a sorti les bêches du placard pour se placer dans le sillage de cette petite révolution verte. À Albi, la municipalité s’est ainsi laissée convaincre d’atteindre l’autosuffisance alimentaire dans les années qui viennent ! « Nous n’en sommes pas encore là, mais la dynamique est lancée. Nous commençons petit, pour voir si les choses prennent. Si ça prend, alors nous développons », poursuit le Messin. Lequel, avec des dizaines de citoyens de tous les horizons et de tous les âges, a déjà aménagé treize jardins, dont certains atteignent les 80 m2.

Début 2015, l’un des deux grands pôles universitaires de la ville a été investi. De petites graines ont été semées autour de l’IUT de mesures physiques, installé sur un technopôle où les idées écolos ne sont pourtant pas légion : ici, on forme les ingénieurs du nucléaire ou des nouvelles technologies. « C’est parti de plusieurs enseignants, et les étudiants ont suivi. À chaque atelier — buttage des patates, récolte des courgettes... — les étudiants sont maintenant une quinzaine. Quand ils sont là, les passants s’arrêtent, discutent, s’informent. Ça donne clairement des envies. »

 


 

« Pédagogie de la gratuité et du bien commun »

Depuis quelques semaines, l’autre grand site universitaire de la ville a rejoint le mouvement. L’île du Saulcy, sorte de poumon vert de l’agglomération, accueille maintenant quatre buttes de permaculture ! « En une journée, nous avons monté tout ça, à vingt. Franchement, nous étions tous surpris », commente Yves, un étudiant en fac de lettres, qui est né et a grandi entouré de béton. Mais il s’est pris au jeu rapidement. « J’avais entendu parler de ce projet par une amie, et j’y suis allé sans trop savoir ce que j’allais y faire. Maintenant, je vais continuer. J’ai découvert que j’aimais bien jardiner ! »

À la maison de l’étudiant voisine, on se réjouit de cette action. Les zones vertes sont immenses sur cette île. Les tomates, radis et autres légumes ont toute leur place à côté des concerts et autres expositions proposées durant l’année. « Il y a une pédagogie de la gratuité et du bien commun qui est très intéressante dans tout ça. La terre appartient à tout le monde et avec un peu de travail, nous arrivons à produire les aliments qui nous nourrissent. Nous n’avons plus besoin d’aller au supermarché acheter des choses sur lesquelles des marges énormes sont prises, au détriment des paysans », explique Olivier Lallement, l’un des animateurs du lieu. Qui voit dans cette initiative les prémices d’une remise en cause d’un système à bout de souffle : « Il y a une prise de conscience chez les participants qu’un changement en profondeur est à opérer si on veut limiter les dégâts environnementaux et sociaux. À nous de jouer ! »

A Metz, les Incroyables comestibles pourraient bientôt essaimer dans d’autres lieux, notamment dans un foyer de jeunes travailleurs ou dans la court d’une école primaire.

 

 

Du potager des « bonnes sœurs » au jardin étudiant

À une cinquantaine de kilomètres de là, à Nancy, quelques étudiants de la résidence Boudonville, gérée par le Crous, cultivent leur propre potager. Ici encore, à l’origine, l’initiative émane des étudiants eux-mêmes. Plus modeste, leur terrain ne dépasse pas les 100 m2, et l’équipe d’apprentis jardiniers est relativement restreinte — jamais plus d’une douzaine — mais le projet a le mérite de perdurer depuis 2005, transmis d’année en année, d’une génération d’étudiants à l’autre. Voire, parfois, grâce aux habitants du quartier.

« La première année, j’ai vu arriver des étudiants pleins de bonne volonté, les filles avec des fleurs dans les cheveux, tout le monde y croyait. Ce sont eux qui ont proposé de reprendre le terrain pour le cultiver. Mais le public étudiant fluctue énormément d’une année sur l’autre », se souvient-on du côté de l’administration de la résidence, qui encourage l’initiative. « Et puis, les grandes vacances rendent la tâche compliquée. Un été, j’avais planté des échalotes et à mon retour, à la rentrée, tout était pourri », confirme un ex-étudiant de la fac de Lettres, située juste en face de Boudonville, qui est resté fidèle au potager.

 

 

D’après le récit local, avant les années soixante, Boudonville aurait été un immense potager et verger entretenu par des « bonnes sœurs », qui redistribuaient des légumes aux personnes nécessiteuses, aux hôpitaux ou aux maisons de retraite. Puis la résidence étudiante s’y est implantée, et après le départ de la première directrice du lieu, en 2000, le terrain épargné par les constructions est laissé à l’abandon. C’est donc par un travail de défrichage qu’ont commencé les jeunes à l’origine du jardin étudiant.

 

Non seulement s’opposer, mais aussi construire

« Le jardin potager de Boudonville, c’est la première approche que j’ai eue avec la culture de la terre. Après les cours, la tête bien remplie des théories accumulées durant la journée, ça nous faisait un bien fou de venir nous décharger sur notre parcelle de terrain », se rappelle William, 25 ans, qui compte retourner à la fac de lettres à la rentrée pour préparer le concours d’enseignement de l’histoire. C’est lorsqu’une association de culture libertaire s’intéresse au potager, en 2011, que le jeune homme va s’y impliquer.

« Je découvrais tout d’un coup, à ce moment-là, la politique, le militantisme... Dans cette association, nous apprenions à ne pas seulement nous opposer au système, mais aussi à construire de nos mains notre propre alternative, à proposer un projet autogéré. C’était une découverte essentielle pour moi. Militer en ville — en manifestant, par exemple — et parvenir à subsister de ses propres récoltes participe à une même façon de lutter. »

 

 

Une première expérience qui peut ouvrir la voie à d’autres possibles. Aujourd’hui, William veut construire sa propre maison, « une grosse cabane de 20 m2 », dans la Meuse, sur le terrain d’un ami qui fait pousser des plantes médicinales. En attendant, il vit chez un autre ami, maraîcher, et continue d’aller à Boudonville pour entretenir le potager.

Franck Dépretz et Sébastien Vagner

Cet article a été réalisé dans le cadre du projet Médias de proximité, soutenu par le Drac Île-de-France, en partenariat avec le Nouveau Jour J.

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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 13:18

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

Permaculture

L’extraordinaire productivité d’un petit potager de 50 m2 : un exemple pour nourrir la ville de demain ?

par

 

 

 

Dans la banlieue de Rouen, un jardinier amateur arrive à produire 300 kg de fruits et légumes par an, avec son potager d’à peine 50 m2. Et ce, sans pesticides ni engrais chimiques. Optimiser l’espace, favoriser les échanges entre végétaux, bien choisir les endroits où pousseront tels types de plantes, voici ses conseils en cinq grandes leçons. De quoi inspirer celles et ceux qui souhaiteraient développer l’autonomie alimentaire de leur quartier sans forcément disposer de grands espaces.

Là, des tomates rouges et noires qui commencent à grossir. Ici, des pieds de courges qui grimpent au-dessus de l’abri à bois. En dessous, des fraisiers et un myrtillier. 200 variétés de fruits et légumes différents s’épanouissent dans ce jardin de Sotteville-lès-Rouen, à dix minutes du centre de Rouen, la capitale normande. Une extraordinaire densité de végétaux répartie dans un espace de 150 mètres carrés. En plus d’être productif, le jardin resplendit sous le soleil de la mi-juillet. Quand ils ne jardinent pas, Joseph Chauffrey et sa compagne, les propriétaires, aiment profiter d’un petit carré d’herbe, à côté de la mare, où s’asseoir, lire ou boire une bière, et profiter des rayons du soleil après la journée de travail.

Cet incroyable petit potager n’est pas celui d’un maraîcher, travaillant d’arrache-pied pour y cultiver des légumes. Joseph Chauffrey est animateur en environnement à la Métropole Rouen Normandie. Et c’est sur son temps libre, en six ans, que ce passionné de permaculture a petit à petit construit son jardin... et une quasi autonomie alimentaire en légumes de son foyer ! L’année dernière, il a récolté environ 300 kg de courges, tomates, haricots, choux ou salades ! « Nous avons simplement dû acheter des pommes de terre, de l’ail et des oignons pour compléter nos propres récoltes, raconte Joseph. D’ici quelques années, nous devrions aussi être presque autonomes en fruits. »

Pour le jardinier, l’autonomie individuelle n’est pas un objectif en soi : « Si ma voisine produit des abricots et moi des salades, on peut se les échanger. L’autonomie strictement individuelle me dérange, mais celle d’un quartier ou d’une ville est intéressante. » Si Joseph Chauffrey calcule tout ce qui entre et sort de son jardin, c’est dans un souci de sensibilisation et de transmission, « pour montrer aux gens que c’est possible ». Son but : « Tenter de voir jusqu’où la productivité peut aller avec 45 mètres carrés cultivés, sans engrais chimique, sans produits phytosanitaires autres que ceux autorisés en agriculture biologique. Mais avec des connaissances et des techniques qui permettent d’accroître les rendements. »

 

Voici quelques pistes, non exhaustives, pour comprendre l’extraordinaire productivité de ce petit potager.

 

Piste n°1 : Aménager l’espace

« Quand on se lance dans la permaculture, il faut d’abord concevoir un plan d’aménagement de son jardin, qui, forcément, évoluera au fil du temps. Il s’agit de décider, en fonction de ce qu’il y a déjà sur son terrain et de ses souhaits, de la place de chaque élément. Nous voulions que notre jardin ne soit pas qu’un potager. Nous avons gardé un coin d’herbe, un endroit pour aménager un local à vélo. Nous ne voulions pas faire de concessions sur le confort de notre vie, au quotidien.

Parmi les éléments à placer, par exemple, il y avait le composteur, quatre bacs en bois qui servent à transformer les déchets organiques en compost. Nous l’avons placé auprès de notre maison, pour que l’on puisse y accéder de la terrasse, sans besoin de se chausser pour l’atteindre. Par ailleurs, il est dans un endroit relativement ombragé, ce qui limite son dessèchement.

 

 

Aménager le jardin, c’est aussi placer les végétaux en fonction de leurs besoins en lumière et de leurs interactions avec les autres végétaux. Mais aussi en fonction de la surface dont on dispose. Puisque notre jardin est petit, on utilise la verticalité pour trouver plus de place. Ces courges prennent un mètre carré au sol, puis grimpent au dessus des abris en bois où elles occupent plusieurs mètres carrés. Nous tentons d’optimiser au maximum l’espace dont nous disposons. En dessous du pied de courge, il y a des fraisiers. Il faut juste vérifier qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre les espèces de végétaux. »

 

Piste n°2 : Favoriser les échanges entre végétaux

« Sous la serre, je plante d’abord des carottes, puis je repique des tomates au milieu. Une fois que les carottes sont récoltées, je vais repiquer des végétaux en dessous des tomates, par exemple de la verdure asiatique, une sorte de salade, que j’aurais au préalable fait germer dans des mini-mottes [de petites alvéoles], trois semaines avant de les mettre en terre. Au départ, en raison de l’ombre des tomates, les plantes vivotent mais elles reprennent leur aise une fois les pieds de tomate coupés. Cette rotation rapide, sur une même parcelle, permet de produire plus.

 

 

Mais l’intérêt de mélanger la culture des légumes est aussi de favoriser les interactions entre les végétaux, ce qui leur sera bénéfique. Si mes carottes sont trop serrées, dans un même rang, la mouche de la carotte va se répandre rapidement d’un légume à un autre, et mes carottes risquent d’être détruites. Au contraire, si je plante mes carottes avec d’autres légumes, la propagation va s’effectuer plus lentement.

Le principe général est que nous avons intérêt à bien positionner chaque élément pour qu’il remplisse plusieurs fonctions. Et que chaque fonction du jardin soit remplie de plusieurs manières. Par exemple, j’ai positionné ma jardinière avec les tomates devant la baie vitrée de ma maison. Non seulement elle est située en plein sud, mais elle est aussi agréable à regarder de mon salon, auquel elle apporte de l’ombre. Autre exemple : la mare que j’ai installée. Elle accueille des insectes et est un abreuvoir à oiseaux, ces derniers étant très importants pour combattre des nuisibles, par exemple les chenilles. Elle tempère aussi la température du lieu. En été, elle amène un peu de fraîcheur. En hiver, il fera plus chaud autour d’elle.

 

 

Grâce à l’abondante biodiversité et aux interactions entre tous les éléments de mon jardin, ce dernier gagne en résilience face aux événements climatiques (par exemple une sécheresse) ou à l’attaque d’une maladie ou d’un ravageur. Cette année, la saison est moins bonne que les années passées. Surtout pour les légumes d’été que le froid et la grêle ont impactés (tomates, courges...). En revanche, certains légumes ont profité de l’eau abondante du mois de juin. Je n’ai jamais eu des récoltes aussi bonnes de fèves et pois par exemple ! Mais les années trop chaudes ne sont pas bonnes non plus... c’est le quotidien du jardinier que de “faire avec” le temps. »

 

Piste n°3 : Protéger le sol

« Pour assurer la bonne santé des végétaux, il est nécessaire d’apporter du soin à la terre cultivée. En effet, la fertilité du sol dépend de chaque être vivant qui participe au processus de décomposition de la matière organique.

Pour soigner la terre, il faut d’abord éviter le tassement. Si l’on marche sur la terre, l’air et l’eau circulent moins bien. La plante peine à récupérer les éléments nutritifs nécessaires à son développement. Pour éviter ce phénomène, nous avons installé des planches fixes et des planches déplaçables, qui structurent notre potager et évitent que nous marchions directement sur la terre. Nous avons également créé une butte de culture (voir la première vidéo) : en plus des végétaux en décomposition que nous avons enfouis en dessous, et qui assurent une bonne fertilité de la terre, nous n’avons pas à marcher à sa surface pour la cultiver.

 

 

Plutôt qu’une bêche traditionnelle pour retourner la terre, je privilégie le décompactage à l’aide d’une grelinette. Je peux ensuite affiner la terre au râteau. Seuls les légumes racines exigeants, comme les carottes ou les panais, exigent de retourner complètement le sol avec une fourche bêche.

En milieu urbain, le sol peut souvent avoir été maltraité par des travaux de rénovation. Pour l’améliorer et le « réveiller », on peut utiliser des engrais verts, qui fabriqueront de l’humus pour le potager. Du seigle, de la vesce, de la phacélie, du trèfle... On les sème sur les parcelles à l’automne et au printemps. Certains engrais verts, de la famille des légumineuses, vont fixer l’azote de l’air grâce à des bactéries logées au niveau de leurs racines. Une fois les engrais verts fauchés, leurs racines se décomposent dans le sol, libérant de l’azote assimilable par les plantes.

 

 

J’utilise le compost comme un engrais, au moment des semis ou des repiquages, en l’épandant à la surface de la terre, par exemple pour les salades, carottes, betteraves, haricots. J’en incorpore aussi dans un trou de plantation pour les cultures d’été très exigeantes en azote, par exemple les tomates et les courges. Enfin, je mélange du compost avec de l’eau, que je filtre, pour arroser ensuite des cultures exigeantes et des plantes en pots. »

 

Piste n°4 : Soigner chaque centimètre carré du jardin

« Une des clés pour augmenter la productivité du jardin, c’est de réaliser un travail très soigné, sur tout le jardin. Pour cela, il faut passer beaucoup de temps (voir la piste suivante), et ce n’est possible que parce que mon jardin est petit.

Par exemple, je prépare mes semis sur des mini-mottes. Cela a plusieurs avantages. Je mets une graine dans chaque motte, que j’abrite de la pluie et des limaces. Tous mes semis sont regroupés au même endroit : c’est pratique pour arroser et prendre soin de chaque plantule. Quand les plantules sortent de terre, je vais sélectionner celles qui sont les plus belles, pour les repiquer dans le jardin. Je laisse de côté les plantules qui me semblent fragiles.

 

 

Ensuite, je plante de façon très serrée dans le jardin. Sur cette même parcelle, je vais mettre des haricots, des choux, des salades et des radis. Chaque espèce grandit en fonction de ses besoins, sans gêner les autres. Les radis seront récoltés avant que les haricots ne prennent trop de place et ne les gênent.

Il faut ainsi tout le temps observer ce qui se passe dans le jardin, pour pouvoir réagir. Le matin, je fais un petit tour rapide, pour voir ce qui ne va pas. Si une feuille d’un plant de tomates commence à avoir le mildiou, je vais m’en apercevoir et couper la feuille atteinte avant que la tige ne soit malade. Il est primordial d’agir vite : en trois jours, le mildiou sera répandu et le pied sera mort. Il en va de même pour les choux : les chenilles peuvent se répandre à tous les plants, si tu ne les vois pas à temps. »

 

 

Piste n°5 : Passer du temps et expérimenter

« Mon jardin demande peu d’investissement matériel : j’ai acheté une serre, du petit matériel pour cultiver la terre. Par contre, cela exige du temps : je passe en moyenne dix heures par semaine l’été, et deux heures l’hiver. J’ai appris les bases lors de stages à la ferme du Bec Hellouin (lire notre article). Je lis beaucoup d’ouvrages sur le sujet, qui donnent des connaissances et des techniques [1].

Depuis l’été 2015, je teste la culture sur bottes de paille. C’est une technique, qui, à première vue, facilite la création d’un potager, notamment en milieu urbain où les espaces sont réduits, les surfaces minéralisées, la terre de mauvaise qualité. J’ai fait plusieurs tests en ajoutant dans les bottes de paille de l’urine ou de l’engrais commercial organique, pour apporter de l’azote, et des cendres qui contiennent du phosphore. J’ai ensuite planté des tomates cerise et des courges. Puis j’ai observé les résultats, en fonction des quantités et de la nature d’engrais apporté.

 

Les tomates cerise ont été extrêmement productives sur l’ensemble des trois bottes. Les courges l’ont été beaucoup moins. Les résultats me paraissent encourageants mais l’expérience demande à être renouvelée dans de nombreuses situations pour gagner en précision. Les bottes de paille peuvent représenter une bonne alternative au transport de terre lorsqu’il s’agit de cultiver « hors sol ».

 

 

Je vais utiliser cette technique de culture sur bottes de paille, en les superposant, pour faire un test avec des pommes de terre. J’aimerais travailler sur cette culture pour limiter l’emprise au sol des pommes de terre. J’aimerais aussi réussir à implanter un grand arbre fruitier, dans le jardin, par exemple un cerisier. Pour le moment, je n’ai pas encore trouvé d’emplacement, car un tel arbre induit beaucoup d’ombre. Je continue également à chercher des légumes cultivables en hiver, pour augmenter la production pendant cette période. »

Propos recueillis par Simon Gouin

 

Pour en savoir plus :


Cet article a été réalisé dans le cadre du projet Médias de proximité, soutenu par la Drac Île-de-France.

Notes

[1Une étude a été menée par l’institut national de recherche agronomique (Inra) entre 2011 et 2015 à la ferme du Bec Hellouin, pour savoir si le modèle de production maraîchère sur de très petites surfaces était rentable. La réponse est plutôt positive : entre 1300 et 1500 euros de revenus mensuels pour les deux associés, à raison de 43 heures de travail hebdomadaire chacun. Mais pour atteindre une telle rentabilité, il faut attendre quelques années (la ferme a été lancée en 2006). Il faut ajouter que les 1000 m2 cultivés s’insèrent dans un environnement de 20 hectares qui apportent des bénéfices non négligeables (et en cours d’étude) sur la vie de la surface maraîchère (arbres et haies qui hébergent des auxiliaires de culture et séquestrent du carbone dans les sols, pâtures, ruisseau et mares qui contribuent à créer un microclimat favorable)

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 15:37

 

Source : https://reporterre.net

 

 

À Notre-Dame-des-Landes, calmes et déterminés, les occupants de la Zad se préparent à une éventuelle expulsion

22 septembre 2016 / par Hervé Kempf (Reporterre)
 


 

Une expulsion des paysans et habitants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes semble maintenant juridiquement possible. Ils se préparent activement à toute éventualité, et préparent le grand rasssemblement du 8 octobre.

 

- Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

 

« Oui, on est stressé, en ce moment.  » Aucun zadiste de Notre-Dame-des-Landes ne dissimule ces jours-ci son inquiétude. Depuis que le préfet a publié un arrêté de destruction des campagnols amphibies, le 14 septembre, les rumeurs d’expulsion de la Zad par la police se multiplient dans les journaux, sur internet et dans les conversations. Et on entend presque les mêmes mots d’un zadiste à l’autre : « Ça serait terrible, une expulsion, ça casserait la vie qu’on a faite ici, et ça casserait une magnifique expérience collective qui se poursuit depuis des années », dit par exemple Camille (prénom changé), aux Cent Noms. Mais l’inquiétude palpable chez tous — alors qu’un hélicoptère de la gendarmerie vient régulièrement faire entendre son vrombissement sur le bocage — ne paralyse pas, bien au contraire, la formidable énergie collective qui se déploie ici. « Les relations entre les gens sont particulières, dit Joan (prénom changé), à La Rolandière, ils se donnent de l’énergie les uns aux autres, c’est comme quand on souffle sur le feu, ça ranime les flammes. »

L’activité est intense d’un bout à l’autre des 1.650 hectares occupés par près de 60 cabanes ou maisons et par quatre exploitations paysannes : ici, on peaufine les pièces d’un grand hangar en bois prêt à être monté, là on installe boîtes de livres et de semences chez des habitants amis vivant au pourtour de la zone, plus loin, on inspecte les lieux possibles de repli ou de refuge, dans cette maison, on stocke du matériel médical. Partout, des réunions se tiennent, pour préparer tel ou tel aspect logistique (hébergement, restauration, communication, coordination…) à mettre en place si gendarmes et CRS tentaient d’envahir la zone. Et mardi 20 septembre, tout le monde est sorti ragaillardi de l’assemblée générale, tenue le soir à La Vache Rit, le centre géographique et moral de la ZAD. Elle rassemblait les zadistes, mais aussi les paysans de Copain 44 et les opposants de l’Acipa, l’association historique de résistance : « C’était très beau, l’unité de toutes les composantes du mouvement », dit un zadiste. « On a reconfirmé l’accord pour le respect mutuel de toutes les pratiques de lutte », dit une autre.

 

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Peinture sur le portail de La Vache Rit, le lieu central de la Zad

Tout ceci n’empêche pas les activités normales de se poursuivre sous un soleil qui baigne ces jours de fin septembre d’une tonalité paradisiaque : achever ici un chantier de rénovation en terre et paille, donner là à manger aux moutons, réparer les vélos, préparer le pain, consulter internet, accueillir les uns pendant que d’autres partent à Nantes, à Paris ou ailleurs participer à des soirées de popularisation de la lutte.

 

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Un chantier terre et paille pour rénover une maison de la Zad

Pour les paysans installés sur ces terres, pas question non plus de flancher sous la menace : « On est jusqu’au-boutistes, dit Sylvain Fresneau, dont l’exploitation de 85 vaches est aussi sous le coup d’une expulsion. On ira jusqu’au bout, parce qu’on a raison et parce qu’il y a du monde derrière pour nous soutenir. » « Nous, on défend nos tripes, dit son épouse, Brigitte. Eux, les promoteurs de l’aéroport, que défendent-ils ? Les intérêts d’une société privée. » Et Sylvain de rebondir : « Il y a autre chose à faire aujourd’hui qu’expulser des paysans alors qu’il y a la menace djihadiste. »

Des éleveurs laitiers qui, sur cette zone humide, pratiquent une agriculture environnementale et efficace ; ils n’ont pas souffert de la crise laitière : « On pratique un système herbager qui nous permet de limiter les intrants et de ne pas dépendre de l’extérieur. » La sécheresse aussi a été surmontée : les agriculteurs de la Zad prévoient d’envoyer du foin en solidarité à des collègues de la Manche. Une preuve que détruire les terres de Notre-Dame-des-Landes serait un vrai gâchis...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 15:26

 

Source : https://france.attac.org

 

 

Le CETA contre l’intérêt général

mercredi 21 septembre 2016, par AITEC, Attac France, Corporate Europe Observatory

À la veille de la rencontre des ministres européens du commerce à Bratislava, où ils décideront du processus d’approbation du CETA par l’UE, Attac France, l’AITEC et Corporate Europe Observatory (CEO) publient, avec une vingtaine d’autres organisations de la société civile en Europe, le rapport « CETA : Marchander la démocratie ». Il démontre que le chapitre 8 du CETA, consacré à la libéralisation et à la protection de l’investissement, demeure une menace substantielle pour nos démocraties.

 

 

L’Accord économique et commercial global (dit CETA du fait de son acronyme anglais – Comprehensive Economic Trade Agreement) pourrait exposer les États membres de l’UE à des plaintes coûteuses de la part d’investisseurs nord-américains contestant des mesures d’intérêt général.

Une fois approuvé et ratifié, le CETA autoriserait les investisseurs canadiens, et leurs homologues américains disposant de filiales au Canada, à poursuivre les États membres de l’UE et l’UE elle-même pour toute législation affectant négativement leurs bénéfices. Le CETA ne comprend en revanche aucune obligation pour ces investisseurs.

Les accords de libre-échange existants tels que l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) montrent que la majorité de telles poursuites incrimine des lois et réglementations protégeant la santé publique, l’environnement et le droit du travail, et permet aux intérêts lucratifs particuliers de supplanter l’intérêt général. Comme le souligne le rapport, le chapitre investissement du CETA conduirait à l’explosion des plaintes d’investisseurs contre des États. Ces plaintes sont tranchées dans des cours d’arbitrage sises hors des juridictions nationales ou européennes. Ce système de justice parallèle rend les procédures extrêmement coûteuses, opaques et partiales ; il alourdit par ailleurs les dépenses publiques et met la décision démocratique en péril.

 

Lora Verheecke, chercheuse et chargée de campagne chez CEO, observatoire des lobbies à Bruxelles, coordinatrice du rapport, souligne : « Ce nouveau rapport passe en revue les promesses de la Commission européenne censées rassurer les citoyens sur l’innocuité du chapitre investissement du CETA. Mais en dépit des changements apportés aux dispositions du précédent chapitre, le CETA ne démontre toujours pas qu’il protégera les États membres et l’UE d’une pluie de plaintes de la part d’investisseurs estimant leurs espoirs de profits frustrés ».

 

Amélie Canonne, présidente de l’AITEC, complète : « Le système juridictionnel sur l’investissement ne présente aucune évolution significative qui permettra aux États de retrouver leurs capacités à légiférer et réglementer sans crainte d’être poursuivis. Les plaintes liées aux secteurs pétrole-gaz/mines/électricité sont de plus en plus nombreuses, et représentent déjà un tiers du total des poursuites. Cela signifie que les entreprises canadiennes qui sont leaders de l’extraction énergétique et minière dans le monde ne se priveront pas d’attaquer des politiques conçues pour lutter contre le changement climatique. »

 

Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France, conclut : « Au nom de la protection de leurs investissements, les multinationales américaines et européennes pourront bien davantage imposer leurs desideratas aux citoyens : moins de normes environnementales, sanitaires et sociales pour plus de profits financiers. Cet énorme risque, qui a été mis en évidence dans le TAFTA, est bien présent dans le CETA. Voilà pourquoi, tout comme le TAFTA, il faut repousser le CETA. »

En dépit des mobilisations massives de l’opinion publique contre le traité, et notamment son chapitre investissement, les gouvernements de l’Union européenne et du Canada prévoient la signature de l’accord avant la fin de cette année. Des marches et des actions exigeant de renoncer au CETA sont organisées dans toute l’Europe dans le cadre de l’Automne d’action. En France et notamment à Paris, une initiative portée le Collectif Stop TAFTA/CETA aura lieu le samedi 15 octobre.

 

Lire le rapport complet

lien ici

 

P.-S.

Photo : Foodwatch, CC 2.0.

 

Documents joints

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

L’Allemagne se lève contre CETA, le traité de libre échange avec le Canada

19 septembre 2016 / Violette Bonnebas (Reporterre)
 


 

 

En Allemagne et en Autriche, de grandes manifestations ont eu lieu samedi 17 septembre contre les traités de libre échange que veut signer l’Union européenne. En ligne de mire : le CETA, accord avec le Canada, qui pourrait être validé en octobre. Mais lundi 19 septembre, le parti social-démocrate SPD s’est déclaré en faveur du traité.

 

- Actualisation - Lundi 19 septembre, 22 h - Les deux-tiers des délégués du SPD ont voté lundi après-midi en faveur de CETA, après qu’un compromis a été trouvé entre les défenseurs et une partie des opposants au traité :
- le texte doit être clarifié : mention explicite du principe de précaution en matière de protection des consommateurs, mais aussi des secteurs concernés par le traité (seuls les secteurs cités peuvent être soumis à libéralisation, les autres en sont exclus d’office) ;
- le traité ne doit pas entrer en vigueur avant que les parlements nationaux des Etats membres et la société civile n’aient été consultés - sans toutefois que leur avis ne soit contraignant ;
- doivent également être clarifiées les dispositions du traité qui sont de la compétence des Etats membres, et non seulement de l’Union européenne.

La nouvelle a été accueillie avec colère par les détracteurs de CETA, notamment les Grünen (les Verts) qui accusent le SPD d’avoir agi par manoeuvre politicienne, pour renforcer leur chef et vice-chancelier du pays Sigmar Gabriel avant les élections l’an prochain - il devrait se lancer dans la course à la chancellerie.


- Berlin, correspondance

Les banderoles brandies pendant les manifestations de samedi 17 septembre contre les traités transatlantiques en Allemagne ressemblaient à s’y méprendre à celles des précédentes mobilisations. Même graphisme, mêmes couleurs. Un détail pourtant a changé : le CETA a remplacé le TAFTA dans la hiérarchie des projets à combattre. Le CETA ? Canada-EU Trade Agreement, en français Accord Économique et Commercial Global (AECG).

Dans les sept grandes villes où se sont déroulés les cortèges (Berlin, Munich, Leipzig, Stuttgart, Hambourg, Cologne, Francfort) ainsi qu’à Vienne, en Autriche, l’impression était la même : l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada est devenu la nouvelle cible, depuis que les négociations sur son cousin américano-européen TAFTA ont du plomb dans l’aile.

Samedi, entre 188.000 et 320.000 opposants ont repris des slogans tels que “Seules les grandes entreprises aiment CETA ou CETA c’est du bidon, arrêtez les négociations !”. Le nombre de manifestants a dépassé celui du défilé géant du 10 octobre 2015.

 

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A Berlin samedi. Encore plus de monde cette année en Allemagne contre les traités Tafta et Ceta que l’an dernier

Signe de la défiance qu’il suscite, le traité CETA est traîné devant les tribunaux par la plus grande action groupée en justice de l’histoire de l’Allemagne. Plus de 125.000 personnes ont déposé plainte, il y a trois semaines, auprès de la Cour constitutionnelle. Ils remettent en cause la compatibilité de certaines dispositions avec la Loi fondamentale allemande mais aussi sa procédure de validation : le traité pourrait entrer provisoirement en vigueur, avant même que les parlements nationaux ne se soient prononcés.

Signé en septembre 2014, le traité entre l’Union européenne et le Canada était passé jusqu’ici plutôt inaperçu. Il comporte pourtant les mêmes dispositions controversées que le TAFTA. Pour l’association Campact, l’une des organisatrices de la journée de mobilisation de samedi, “les deux traités instaurent une justice parallèle favorable aux grandes entreprises, ils représentent un danger pour la démocratie, pour les normes sociales et environnementales et les services d’intérêt général. Ils doivent tous les deux être stoppés. CETA, c’est TAFTA qui revient par la fenêtre.” ...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 15:10

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Les mauvaises manières des maisons de retraite

24 septembre 2016 | Par Mathilde Goanec

 

 

 

 

Plusieurs salariés dénoncent leurs conditions de travail dans les maisons de retraite médicalisées, publiques ou privées, un manque de moyens chronique et une vraie désinvolture des directions vis-à-vis des alertes lancées tant par le personnel que par les résidents. Mediapart a enquêté sur plusieurs établissements, qui donnent à voir un tableau éprouvant de la fin de vie en France.

Début juillet, les familles des résidents de la maison de retraite médicalisée du Val de Brion à Langon ont reçu une lettre très étonnante. Dans un courrier d’une quinzaine de lignes (voir ci-dessous), le directeur de l’établissement les informe qu’« étant donné le déficit budgétaire » dont souffrirait l’établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), certains soins aux personnes âgées seront réduits. « Certains jours où le personnel sera moins nombreux, les résidents les plus dépendants ne seront pas levés systématiquement et certains, levés au fauteuil, seront laissés en tenue de nuit. » Plus loin, le directeur prend soin de préciser qu’« en cas de difficulté, les temps de toilette seront écourtés ».

 

La lettre envoyée aux familles des résidents du Val de Brion. La lettre envoyée aux familles des résidents du Val de Brion.

 

Ne pas lever de leur lit des personnes âgées, ne pas les habiller, réduire la toilette, voire sacrifier l’entretien des locaux faute de personnel… Comment un EHPAD public, sous la tutelle du centre hospitalier Sud-Gironde, en arrive-t-il à admettre qu’il ne tiendra pas son service minimum, faute de moyens ? « Ce courrier avait été pensé comme préventif, début juillet, pour certains week-ends de l'été en cas d'absentéisme imprévu, et il a sans doute été mal compris », temporise Raphaël Bouchard, directeur de l’hôpital. L’EHPAD du Val de Brion aurait été, en quelque sorte, victime de ses velléités de transparence. « Il est utilisé maintenant par certains comme un moyen de communication, c’est le jeu, c’est normal. Mais pour moi, c’est une simple maladresse de communication et on s’est rendu compte que c’était idiot. » Le directeur de l’hôpital Sud-Gironde assure également qu’un CDD supplémentaire a été recruté en juillet, et trois en août, pour faire face « aux fortes chaleurs », et que, budgétairement, l’établissement « pouvait faire face ». « Nous avons un ratio d’effectif à 0,6, 0,8 équivalent temps plein par lit. On est un peu au-dessus de la moyenne, donc ça se passe plutôt très bien pour nous. »

L’Agence régionale de santé (ARS), qui finance l’enveloppe « santé » des EHPAD, semble avoir pourtant fort peu goûté d’avoir été ainsi associée à une annonce de réduction potentielle des soins minimaux dus aux personnes âgées dépendantes. D’après nos informations, fin juillet, elle a même rappelé à l’ordre par courrier la direction de l’hôpital, arguant qu’en aucun cas le déficit budgétaire d’un établissement ne pouvait justifier une moins bonne prise en charge des résidents. Interrogée sur ces échanges, l’ARS confirme qu’elle a enjoint à l’établissement « de mettre fin sans délai à ces mesures réductrices, inégalitaires et sans respect de la dignité des personnes et d’engager les mesures correctives nécessaires ». Sur l’état même des soins au sein de l’EHPAD, l’ARS rappelle qu’aucun signalement n’a été constaté entre 2013 et 2015. Au titre de 2016, une « plainte a été déposée en juin faisant état de négligence »

La CGT santé locale n’en démord pas. Ce courrier de l’été signe un véritable « plan de maltraitance ». Et face aux rétractations de la direction, elle crie au « rétropédalage ». « D’une certaine manière, ce courrier est une aubaine pour nous car les faits qui sont décrits dans cette lettre sont très courants, que ce soit dans les établissements publics ou privés, estime Hélène Michault, infirmière et syndicaliste au sein de la CGT santé de Gironde. Seulement, il s’agit de consignes orales, jamais écrites. Là, on a la preuve de ce que l’on avance depuis des années, à savoir que les personnes âgées ne sont pas correctement traitées dans les maisons de retraite. » Mediapart a enquêté sur plusieurs établissements, publics comme privés, qui dysfonctionnent de la sorte, avec, en bout de chaîne, des résidents que l'on néglige. Souvent par manque de temps, de personnel, et parfois également par colère ou lassitude. De tels manquements peuvent avoir des conséquences relativement bénignes, comme des chambres mal nettoyées ou une robe de chambre jamais lavée. Ils peuvent conduire également à ce que des résidents soient hospitalisés, faute d'avoir été correctement soignés sur leur dernier lieu de vie.

De ce fait, le Val de Brion, l’un des deux EHPAD du centre hospitalier girondin, qui accueille 90 personnes âgées dont certaines en grande dépendance, est on ne peut plus classique. La description de la charge de travail à effectuer est très proche de celle de la plupart de nos interlocuteurs. Chaque matin, il faut vite nettoyer les chambres, apporter les petits déjeuners, distribuer les médicaments, faire les toilettes, donner à boire pour éviter les déshydratations, bêtes noires des maisons de retraite. Le soir, rebelote. Une seule animatrice officie pour l’ensemble des résidents. Les agents de services hospitaliers (ASH), qui ne sont officiellement qu’en charge du ménage, font parfois eux aussi des toilettes, donnent un coup de main aux aides-soignantes débordées. « S’il n’y a aucune embûche, aucune sonnette, pas trop d’absences, on peut faire notre travail, mais on court tout le temps », explique une aide-soignante du Val de Brion.

Malgré sa longue expérience, cette aide-soignante va au travail « la boule au ventre ». « Au début de ma carrière, on avait du temps pour faire un peu d’animation, des balades, discuter l’après-midi, écouter de la musique. C’est fini. Je sais, quand je suis dans les chambres, que les résidents voient que je fais de mon mieux, mais j’en suis à un stade où je ne veux plus cautionner ça. Je vais changer de voie. » À la question de savoir si les résidents sont bien traités malgré la rapidité des cadences, elle hésite : « On fait de notre mieux. Et ça ne se passe pas trop mal. Mais une personne âgée ne devrait pas finir ses jours comme ça. »

Selon Jean-Luc Huon, délégué syndical CGT à l’hôpital Sud-Gironde, « l’ARS ne donne pas assez de moyens, le directeur de l’hôpital est payé pour réduire le déficit, résultat tout le monde se défausse dans cette histoire et on tourne en rond. La réalité, ce sont des restrictions au quotidien et une prise en charge des personnes âgées dégradée ». D'ailleurs, l'aide-soignante de l’EHPAD du Val de Brion confirme que le courrier évoqué plus haut avait été pensé comme une alarme par le personnel. « On a fait ce courrier plutôt que d’affronter encore les familles, qui nous disent : “Mon père est une fois de plus resté au lit, pourquoi ?” On y a décrit ce qu’on vit face au manque de personnel, pour nous enlever ce poids. » Selon elle, jamais les salariés n’ont pensé que le directeur prendrait acte, signerait la lettre et l’enverrait aux familles.

 

Au-delà du cas du Val de Brion, plusieurs témoignages, recueillis par Mediapart ces derniers mois, confirment que tout ne tourne pas rond dans le monde des EHPAD, quels que soient leur statut ou même les tarifs pratiqués dans le privé, parfois faramineux. Certains facturent en effet le séjour jusqu’à 6 000 euros par mois, avec de fortes disparités régionales, l'Île-de-France et la région PACA étant bien sûr à la fois mieux pourvues mais aussi plus chères que les autres. « On reçoit une quantité industrielle de signalements sur les établissements par les familles, confirme une bénévole de l’association Almazur-Paca, qui a mis en place une ligne téléphonique dédiée. Mais c’est difficile de les traiter, car les familles ont toutes peur des représailles pour leurs proches si elles interviennent directement, comme à l’école maternelle. »...

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 16:29

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

Désobéir à l’Union européenne : nous sommes d’accord avec vous Yanis Varoufakis

22 septembre par Patrick Saurin , Alexis Cukier

 
 

Thierry Ehrmann - flickr cc

 

Alexis Cukier, membre d’Ensemble ! et du réseau ERENSEP (European Research Network on Social and Economic Policies), et Patrick Saurin, un des portes-parole du syndicat Sud Solidaires BPCE, et membre de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque, interpellent, dans une lettre, Yanis Varoufakis sur son texte « La gauche européenne après le Brexit ».

Cher Yanis Varoufakis,

Dans votre texte « La gauche européenne après le Brexit », publié le 5 septembre dernier sur Mediapart, même si vous vous démarquez des positions des tenants du Lexit tels que Tariq Ali, Stathis Kouvélakis, Vincenç Navarro et Stefano Fassina, vous semblez rejoindre certaines des positions politiques soutenant une alternative au néolibéralisme portées par de nombreuses forces de gauche en France, en Grèce et dans d’autres pays depuis longtemps. Ainsi, lorsque vous appelez à désobéir à l’Union européenne, nous ne pouvons que vous approuver.

Votre texte étant présenté comme un texte programmatique consistant pour l’essentiel dans la réfutation des arguments des partisans du Lexit, nous avons souhaité contribuer au débat en vous soumettant quelques réflexions et en vous posant quelques questions concernant quatre sujets cruciaux pour la construction d’une alternative en Europe : la démocratie, la dette, les banques et la monnaie.

 

1) La démocratie

Le mouvement que vous avez créé, Diem25, « Mouvement pour la démocratie en Europe », accorde à juste titre une place centrale aux questions de démocratie et d’action citoyenne. Aussi, comment expliquer votre signature le 20 février 2015 d’un accord avec la Troïka qui désavouait explicitement le programme de Thessalonique pour lequel Syriza avait été élu et qui vous avait porté au gouvernement ? Comme vous le savez, la majorité de la population et l’essentiel des forces de gauche étaient opposés à cet accord car il comportait notamment l’acceptation de la privatisation des biens publics de la Grèce, des objectifs économiques inatteignables, et l’engagement à ne pas « désobéir » –– contrairement à ce que vous défendez à présent – aux diktats de la Troïka. Ceux qui à l’époque soutenaient que cet accord conduirait inexorablement à la capitulation du gouvernement ont été confirmés par les faits.

Diem25 défend un « processus constituant » et vous vous déclarez dans votre dernier texte en faveur de « plans d’un redéploiement des institutions actuelles ». Que signifie au juste pour vous ce « redéploiement » ? Êtes-vous favorable à un démantèlement des traités et des institutions actuels de l’Union européenne, pour les remplacer par d’autres, dans le cadre d’une nouvelle union ? En définitive, ne pensez-vous que la démocratie en Europe passe, au-delà d’une désobéissance, par une remise en cause radicale des fondements de l’actuelle Union européenne gravés dans le marbre des traités (concurrence libre et non faussée, absence de contrôle de la Banque centrale européenne dont la seule préoccupation est l’inflation, etc.) et dans les pratiques qui structurent cette Europe : dumping fiscal et social, spéculation, fraude fiscale, chômage élevé, modèle économique destructeur de la nature, répartition inégale des richesses, etc. ?

 

2) La dette

Comme vous le savez, le 4 avril 2015, Zoé Konstantopoulou, alors présidente du Parlement grec, a créé la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque. Ce jour-là, vous êtes venu à cette réunion et êtes intervenu à la tribune mais vous n’avez pas abordé la question de la dette, vous avez développé un propos très général sur le système bancaire. À la fin du mois de juin 2015, la Commission a rendu son rapport qui a fait ressortir que la quasi-totalité de la dette publique grecque était illégale, illégitime, odieuse et insoutenable et qu’à ce titre, elle n’avait pas à être remboursée.

 

Voici le rapport.

 

Des juristes et un expert indépendant des Nations Unies, membres de la Commission, ont rappelé que les droits humains fondamentaux (se nourrir, se loger, se soigner, avoir accès à l’éducation, etc.) doivent être assurés avant le paiement de la dette ainsi que le reconnaissent la Charte des Nations Unies dans son article 103 et la Convention de Vienne sur le droit des traités dans son article 53.

Pourtant à l’époque où vous étiez ministre des finances et confronté à l’attitude intransigeante des membres de la Zone euro, vous ne vous êtes pas emparé du rapport de la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque. Dans vos propositions, vous n’avez jamais avancé et n’avancez toujours pas la suspension unilatérale du remboursement de la dette préconisée par la Commission et qui trouvait une assise juridique sur l’état de nécessité reconnu par les cours et les tribunaux internationaux. Or une telle mesure était idéale pour poser les premiers jalons d’un « agenda progressiste », sachant que lorsque la Commission a présenté le résultat de ses travaux, la préconisation du défaut de la dette était avancée sans être associée au Lexit.

Au vu de tels constats, pourquoi n’avez-vous pas soutenu la Commission dont chacun doit convenir qu’elle travaillait « sur un agenda pragmatique, radical, concret et progressiste qui engageait le niveau du terrain et des experts progressistes », pour reprendre vos propres mots ? Pourquoi en 2011 n’aviez-vous pas apporté votre soutien au comité d’audit citoyen de la dette grecque (ELE) qui s’était constitué ? L’option 3, « La Désobéissance » que vous préconisez, comporte-t-elle dans ses propositions le non-paiement des dettes illégales, illégitimes, odieuses et insoutenables ? Autrement dit, le défaut sur ces dettes ne doit-il pas s’inscrire dans le « plan précis d’actions immédiates » que vous appelez de vos vœux ?

 

3) Les banques

Comme vous avez pu le vérifier lorsque vous étiez ministre des finances, la Grèce a été soumise à la pression des banques privées et au chantage de la Banque centrale européenne. Tout au long de l’année 2015, le gouvernement Syriza n’a cessé de renflouer les banques sous contrôle privé sans qu’aucun effet positif notable ne soit observé.

Que proposez-vous pour rompre avec ce modèle de soutien indéfectible à un système bancaire privé qui a fait la preuve non seulement de son inefficacité mais aussi et surtout de sa nature délétère ? Êtes-vous favorable à la mise en place d’un service public bancaire permettant notamment à l’État et aux acteurs publics locaux (tels les collectivités locales, les hôpitaux publics et les organismes de logement social) d’emprunter à 0 % pour financer leurs investissements ?

Rappelons que les banques privées se financent actuellement auprès de la BCE à 0 %, voire à - 0,40 %. Lorsque le gouvernement Syriza a été mis en place en janvier 2015, dans un contexte où le système bancaire grec était délabré et dans l’incapacité de participer à la mise en œuvre d’une politique de progrès social, n’était-il pas possible d’organiser une faillite ordonnée des banques privées (c’est-à-dire protégeant les avoir des petits porteurs), au lieu de recapitaliser ces banques et leur accorder des garanties par dizaines de milliards d’euros en pure perte, alors que dans le même temps ces banques restaient sous contrôle privé ? Et pourquoi avoir maintenu à la tête de la Banque de Grèce Yanis Stournaras, qui a utilisé toutes ses capacités de nuisance pour s’opposer à la mise en œuvre de la politique du gouvernement, en refusant par exemple de communiquer à la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque les informations qu’elle demandait dans le cadre de sa mission ?

 

4) La monnaie

Un gouvernement qui souhaite mettre en œuvre sa politique, à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’une politique de progrès social rompant avec le modèle austéritaire et anti-démocratique dominant, ne doit-il pas retrouver le contrôle de sa banque centrale afin de maîtriser la création monétaire et sa politique monétaire ? Lorsque Syriza est arrivé aux affaires en janvier 2015 et que la BCE refusait d’accorder des liquidités aux banques grecques, pourquoi le gouvernement auquel vous participiez n’a-t-il pas envisagé et mis en œuvre des alternatives monétaires concrètes, que ce soit un retour à une monnaie nationale sous contrôle démocratique ou bien une monnaie électronique (à l’image de ce qui a été fait en Équateur au début de 2015), complémentaire à l’euro, gérée par les autorités publiques pour le paiement des biens et services de première nécessité et les impôts ? Ce débat est certes complexe, mais pourquoi n’avoir pas participé à le rendre public alors que vous étiez au gouvernement, et n’avoir pas donné au peuple grec la possibilité de se prononcer démocratiquement à ce sujet ? Et au-delà du cas spécifique de la Grèce, quelles alternatives monétaires peuvent être selon vous opposées à la stratégie d’asphyxie monétaire que la Troïka ne manquerait pas de mettre en œuvre contre une tentative de sortie de la cage de fer de l’austérité dans un autre pays ?

En résumé, le « programme alternatif pour les progressistes européens », l’« affrontement frontal avec l’establishment européen » que vous appelez de vos vœux, et l’appel à la « désobéissance » que vous lancez ne nécessitent-ils pas, pour trouver leur traduction dans les faits, la mise en œuvre d’un plan d’action comportant des mesures radicales telles que :

- La désobéissance aux traités européens et le respect des droits humains fondamentaux inscrits dans de multiples textes, en particulier de droit international ;
- Le non-paiement de la part de la dette publique dont il est peut être démontré de manière incontestable, comme ce fut le cas pour la Grèce, qu’elle est tout à la fois illégale, illégitime, odieuse et insoutenable ;
- Le contrôle des capitaux (notamment comme mesure défensive contre le chantage de la BCE) ;
- L’arrêt des privatisations des biens communs et l’annulation de celles qui ont déjà été réalisées ;
- La socialisation de l’intégralité du système bancaire ;
- Une refonte des institutions européennes, nationales et locales assurant une véritable démocratie ?

En ce qui nous concerne, si un tel programme devait nécessiter la sortie de l’Union européenne, nous assumerions cette sortie car nous préférons la lutte pour un progrès social – même si nous n’avons pas l’assurance de gagner ce combat – au maintien résigné dans une Union européenne avec la garantie de l’austérité perpétuelle.

Source

 

Auteur.e

Patrick Saurin

a été pendant plus de dix ans chargé de clientèle auprès des collectivités publiques au sein des Caisses d’Épargne. Il est porte-parole de Sud Solidaires BPCE, membre du CAC et du CADTM France. Il est l’auteur du livre « Les prêts toxiques : Une affaire d’état ». Il est membre de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce, créée le 4 avril 2015.

Autres articles en français de Patrick Saurin (55)

 

Auteur.e

Alexis Cukier

membre d’Ensemble ! et du réseau ERENSEP (European Research Network on Social and Economic Policies)

 

 

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 16:14

 

Source : http://www.bastamag.net

 

Solidarité

Quand Français, Syriens ou Afghans cuisinent ensemble pour abolir les frontières et détendre l’atmosphère

par

 

 

 

D’un côté les camps de migrants fuyant guerres, terrorismes et dictatures, installés sous les ponts du métro parisien. De l’autre, les habitants, les commerçants, les passants qui vaquent à leurs occupations. Grâce à la cuisine, ce mur invisible s’estompe peu à peu. De ces bénévoles qui concoctent un petit-déjeuner pour le réveil des migrants à ce réfugié syrien qui rêve de monter son restaurant pour mixer les cultures culinaires, en passant par un diner solidaire accueilli par un bistrot, voici la preuve qu’autour d’une simple assiette bien des barrières tombent.

Il a plu ce matin là. Caprice de la météo parisienne. Le mois d’août n’y change rien, il a plu. Pas grand-chose, juste une averse. Juste de quoi tremper les réfugiés qui dormaient dehors, entassés en grappe aux pieds des arbres sur le quai Valmy, au niveau de la station de métro Jaurès, dans le nord de la capitale. Ceux qui avaient installé cartons, matelas et couvertures au sortir de la station de métro qui les surplombe n’ont pas essuyé la rincée. Ici le métro gronde en extérieur en passant sur un pont, protégeant ainsi le trottoir de la pluie et du soleil. Un camp de réfugiés s’y tient.

En 2015, un million de réfugiés seraient arrivés en Europe, fuyant conflits et persécutions, au Moyen-Orient et dans la corne de l’Afrique, selon l’Organisation Internationale pour les migrants. En France, les autorités offrent rarement le minimum vital à ces gens qui se retrouvent à la rue, survivant de débrouille et de la solidarité d’associations et d’individus engagés.

 

Distribuer des repas, un premier pas

A 8h, ce matin d’août, malgré le brouhaha de la circulation, certains réfugiés essaient de finir leur nuit. D’autres sont déjà levés et attendent, sur une placette, que des « soutiens », des membres de collectifs spontanés de citoyens, comme Soutien aux exilé.e.s, arrivent pour leur distribuer un petit-déjeuner. Les membres de ce collectif s’organisent via les réseaux sociaux. Valérie est une des premières sur place. Elle accueille les nouveaux soutiens, même si elle n’est elle-même pas très ancienne. Malgré « quinze jours seulement à faire de la distribution », elle déjà au fait de tout.

Le groupe de soutien grandit, au fur et à mesure des arrivées. Des tables sont improvisées sur des tréteaux et des planches, d’énormes sacs remplis de baguettes et pains, invendus de boulangeries, ramassés par différents membres du collectif, sont déballés. Des soutiens se mettent à les découper, pendant que plus loin d’autres tartinent : confiture, fromage, chocolat, c’est en fonction de ce qui a été donné.

 

 

En file indienne, les migrants font la queue pour se servir en boissons chaudes et tartines. C’est le premier repas de la journée. Peut-être le seul. Tout dépend de la capacité des bénévoles, de la nourriture achetée ou offerte, de la météo, mais aussi des rafles organisées par les forces de l’ordre qui dispersent les camps et enferment les réfugiés. Ce jour-là, ils sont peu nombreux à attendre un petit-déjeuner. A peine une centaine, les yeux encore ensommeillés, les traits tirés, preuve d’une mauvaise nuit. Dort-on vraiment quand on dort dehors ?

Un réfugié afghan s’approche des soutiens qui découpent le pain. Sans dire un mot il attrape une baguette et se met lui aussi à trancher et tartiner, pour faire avancer le travail. « Il nous aide souvent », explique Valérie. La communication est réduite. Il ne parle que pachtoune. Alors chacun sourit et se replonge dans sa tâche.

 

De la nourriture à la défense des droits

Bahia, thésarde en littérature, s’est beaucoup investie dans la distribution de nourriture et la coordination du groupe via les réseaux sociaux. En novembre 2015, au soir des attentats, elle s’inquiète. Elle qui depuis un moment ne lisait plus que des articles sur la question migratoire, se demande ce qu’il advient des réfugiés installés sur la place de la République, « ces gens qui avaient fuit la guerre et qui se retrouvaient dans le quartier où ça canardait ». Aujourd’hui elle a levé le pied : « Pour être moins dans l’urgence permanente et passer à d’autres actions, peut-être plus politiques, à de la sensibilisation aussi ».

Pendant des mois, comme d’autres, elle a donné un coup de main pour l’organisation de la distribution, la collecte des invendus auprès de commerçants généreux, la cuisine. Chacun fait ce qu’il peut : de la collecte à la distribution, de l’accompagnement chez le médecin jusqu’à l’aide pour remplir des documents. Elle l’a expérimentée, la cuisine crée du lien et constitue une porte d’entrée pour la défense des droits : « Il y a de nombreuses personnes qui, en faisant la distribution de nourriture, comprennent mieux la problématique, rencontrent quelqu’un qu’ils veulent accompagner, lâchent la distribution de nourriture pour faire des choses plus spécifiques. »

 

Cuisiner ensemble

Cette expérience permet aussi aux réfugiés de se prendre eux-mêmes en main. « Au départ ce n’était que les soutiens français qui cuisinaient. C’était compliqué de faire autrement : nous n’avions pas de lieu à disposition, les campements étaient petits. Progressivement, nous nous sommes arrangés avec les réfugiés qui nous aidaient chaque fois pendant la distribution, et leur avons mis une cuisine à disposition. Nous avons alors pris l’habitude de créer des équipes mixtes entre soutien et réfugiés », raconte Bahia.

Parfois il y a des ratés : pas assez de nourriture, pas assez de soutiens présents. L’organisation n’est pas parfaite et Bahia ne l’imagine pas autrement : « Sinon cela signifie que nous faisons parfaitement le travail qui devrait être fait par les autorités, alors pourquoi le feraient-elles ? », interroge la jeune femme.

 

La proximité comme facteur de mobilisation

Enzo travaille dans l’accompagnement à la création d’entreprises sociales et solidaires. Quand il a du temps libre, lui aussi cuisine et distribue des plats. « J’ai rencontré des réfugiés pas loin de chez moi, à Porte de Saint-Ouen, c’est souvent la proximité qui fait que l’on se sent concerné. » Il fait partie du groupe de ravitaillement en nourriture depuis le début de l’année 2016, mais se dit peu sociable. Du coup, cuisiner est plus évident pour lui. Une fois la nourriture déposée, les soutiens présents sur le camp vont la distribuer « avec l’aide de réfugiés, qui se sentent concernés par leur propre sort, mais aussi par celui des autres ».

Mélanie* est dentiste. Elle se rappelle comment elle en est venue à aider les réfugiés. « C’était il y a un an environ, quelqu’un m’a demandé d’apporter des dentifrices. J’ai fait une collecte, puis je suis arrivée au campement. Là j’ai eu un gros choc. Je me suis dit que je ne pouvais pas déposer mes dentifrices et m’en aller comme si de rien n’était. Du coup je me suis renseignée pour trouver des groupes de soutien. Finalement, faire la cuisine ce n’est pas compliqué. »

 

« Si je devais fuir, je serais contente que quelqu’un me tende la main »

Tout le monde ne passe pas ce cap : distribuer baguettes et bols de riz, ou passer plusieurs heures par semaine dans une cuisine prêtée pour l’occasion, n’est pas aisé. « Je ne comprends pas que l’on ait peur de gens qui ont fui un endroit où ils ne pouvaient pas rester, confie Mélanie. Oui, la réalité est violente : avoir un campement en bas de chez soi ce n’est pas évident. Mais imaginons le cas inverse : si je devais fuir, je serais contente que quelqu’un me tende la main. »

La démarche peut-être compliquée, comme l’explique Bahia : « C’est finalement simple d’entrer en contact avec les réfugiés, parce que j’arrivais avec un but précis : je venais pour distribuer de la nourriture. Mais cela peut être gênant, l’impression qu’il peut y avoir un côté voyeur. Arriver avec une marmite donne une raison à sa présence, facilite la rencontre. » Delphine le dit : « Beaucoup de gens ne savent pas trop quoi faire. Je comprends que ce soit difficile de s’impliquer. C’est effarant car, quand tu es sur un camp, il y a des moments de grande tristesse. » Des alternatives ont ainsi vu le jour pour créer des ponts entre réfugiés et riverains, pour construire une autre image des migrants.

 

Dîner solidaire et cuisine syrienne au profit des réfugiés

En juillet, un bar parisien a accueilli un diner solidaire au profit des réfugiés. Enzo est à l’origine de l’initiative. Il organisait déjà le même genre d’événements pour des personnes sans domicile fixe. Malgré la pluie et le match de foot de l’équipe de France contre l’Islande en Coupe d’Europe, plus de 300 convives se retrouvent dans le Point bar, plein à craquer. Comme promis sur Facebook, les gens se sont déplacés pour venir déguster un diner préparé par Enzo, Mélanie et Emad, réfugié syrien. Ils se sont retrouvés à 11h du matin pour commencer à cuisiner, après que Enzo ait passé trois jours à faire le tour de Paris pour récolter les denrées alimentaires.

A 21h, les 200 repas initialement prévus sont servis. Il a fallu se remettre à cuisiner pour les cent autres convives, arrivés sans s’annoncer. Preuve que la solidarité peut fonctionner autrement, que la cuisine est un langage commun. Au final, le diner né de l’engagement de citoyens, qui prennent « du temps sur leur vie » comme le dit Mélanie, aura permis de récolter 1560 euros pour le ravitaillement des réfugiés. Une belle initiative mais qui laisse un goût amer à Mélanie : « C’est quand même triste de se dire que l’on ne peut pas nourrir tout le monde. »

 

 

Enzo est parfois énervé et raconte s’investir en fonction de ses « pics de colère ». Il se rappelle du campement à la Halle Pajol et de ses 1500 réfugiés à la rue qu’il fallait nourrir « beaucoup avec l’aide des réfugiés eux-mêmes », insiste-t-il. Il voit son bénévolat comme une course de fond : « Les autorités n’offrent pas de solution, alors même que nous sommes en partie responsables de la situation ». Il comprend que tout le monde ne puisse pas donner de son temps, ou ne sache pas comment faire. « Je pense aussi que les gens ne se rendent pas compte de la réalité et de ce qu’il se passe. » Ce dîner solidaire est un bon entre-deux : amener des gens qui ne savent pas forcément comment agir, mais qui ont quand même envie de faire un geste. « Ici on arrive à aborder le sujet de la migration autrement. »

 

« Si tu veux gagner mon cœur, gagne mon estomac »

Pour Enzo il y a aussi une boucle dans ce diner. Ce soir-là en cuisine, Emad Shoshara, réfugié syrien de 33 ans, est venu donner un coup de main et par ce geste faire tourner la roue de la solidarité. En juin dernier, à l’occasion de la Journée mondiale du réfugié, il a participé à un autre événement : Refugee Food Festival, organisé par l’association Food sweet food, durant lequel des restaurants parisiens ouvrent leurs cuisines à des chefs réfugiés, afin de changer la perception sur les migrants. Emad a fait découvrir ses fallafels aux clients de La Mano. « Une très belle expérience », confie-t-il. Depuis il veut faire découvrir la cuisine syrienne aux Français, tout en la mixant avec la cuisine locale.

Cet ancien logisticien, qui a travaillé dans le secteur du pétrole et du tourisme en Syrie, souhaite ouvrir un Food truck, un camion snack. Dans son chemin migratoire, Emad s’est retrouvé en Égypte où il a travaillé dans un restaurant, tout en faisant des voix off pour le cinéma et la télévision. Arrivé en France, il continue à cuisiner pour lui même et ses amis. Il a adoré l’expérience du dîner solidaire : « Un réfugié qui fait du bénévolat pour les réfugiés », sourit-il. « J’étais doublement content : d’abord parce que je faisais goûter de la nourriture syrienne à des gens qui n’en avaient jamais mangé. Et aussi parce qu’on faisait un geste de solidarité. »

Sans la guerre, il ne se serait sans doute jamais retrouvé à porter un tablier pour préparer le diner de centaines de personnes. En attendant les autorisations nécessaires pour lancer son activité, Emad compte travailler à nouveau dans un restaurant. « Et pourquoi pas participer à des festivals, faire découvrir la cuisine syrienne au plus grand nombre de personnes ». Dans son camion, il servira des plats réalisés avec des recettes de sa mère et sa grand-mère : cuisiner pour garder les souvenirs d’un pays dans lequel il ne compte pas rentrer et où il est recherché. Cuisiner parce que la nourriture permet de tisser des liens. « Chez moi on dit : si tu veux gagner mon cœur, gagnes mon estomac. »

Sana Sbouai

Photos : Sana Sbouai, sauf photo de une : © Refugeefoodfestival

Note d’auteur : Dans un souci d’anonymat les noms de famille ne sont pas cités.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec l’Institut Panos Afrique de l’Ouest.

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 15:52

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

« Data literacy »

Un festival pour (enfin) comprendre le monde des données

 
 

Qu’est-ce que la « data literacy » ? Ce néologisme calqué de l’anglais sent son jargon de start-up mais ne fuyez pas  : la data literacy s’adresse à tout le monde et nous en avons tous besoin.

Charles Népote, chef de projet « partage des données publiques » pour la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération, un think tank sur les questions numériques) et directeur de la Data Literacy Conference, explique  :

 

« La data literacy c’est la culture des données  : la connaissance des données par des gens qui ne sont pas, a priori, spécialistes. »

C’est comprendre le monde de données dans lequel nous vivons : comment on les récolte, comment on s’en sert, comment on les fait parler, comment on peut les utiliser.

 

Deux jours de festival

La data literacy est un champ tout jeune mais les enjeux sociaux et politiques sont énormes. Pour la diffuser auprès du grand public, la FING organise deux jours de rencontres sur le sujet, les 23 et 24 septembre à Aix-en-Provence.

 

Illustration

Illustration - Eric Fischer/Flickr/CC
 

Des praticiens des données – chercheurs, entrepreneurs, designers, artistes, journalistes, activistes – venus de divers pays, viendront présenter leurs travaux.

Il y aura des représentants des lieux les plus intéressants où s’inventent les nouveaux usages des données, des centres de recherche américains, comme le MIT Center for Civic Media, aux lieux du gouvernement (Etalab), en passant par les think tanks (Data Pop Alliance).

 

Expériences

Le but est de présenter le panorama le plus varié possible de ce qu’on peut faire avec les données, explique Charles Népote, qui insiste sur le côté pionnier du festival et des expériences qui seront présentées. Ainsi, dit-il  :

«  C’est comme si aux débuts de l’imprimerie, vous aviez des imprimeurs, des éditeurs, des auteurs... qui se rassemblaient pour expliquer au public ce qu’on peut faire de cette nouvelle technologie, l’écriture.  »

Rue89 est partenaire de ce festival et vous racontera ce qui s’y dit et ce qu’on peut en apprendre.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 15:35

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

The Conversation

Ce que vous devez savoir si votre employeur veut vous géolocaliser

 
 

Votre employeur vient de vous équiper d’un badge qui devrait vous être très utile  : il vous permet un accès à la photocopieuse, au restaurant d’entreprise, dans les locaux, il vous évite de remplir des fichiers interminables pour décompter votre temps de travail.

Imaginons cependant un instant que votre employeur décide de suivre vos déplacements  : grâce à un badge doté d’un système de géolocalisation, il saura en temps réel où vous vous situez. Finie la pause cigarette ou café, Big Brother est dans la place  !

 

Géolocaliser les salariés  : jusqu’où  ?

Il est donc ici intéressant de se pencher sur la possibilité de géolocalisation des badges des salariés. Il s’agit d’un procédé qui permet d’équiper les cartes d’un système de localisation immédiate. Les collaborateurs peuvent donc être pistés, physiquement. Le président de la CNIL Alex Türk, évoque le concept de «  consentement décalé  ».

Application de géolocalisation commercialisée par la firme Beenetic Systems

Application de géolocalisation commercialisée par la firme Beenetic Systems

Un utilisateur peut avoir donné son consentement (y compris par le biais contractuel) à l’utilisation d’un système, mais non au processus de géolocalisation qui est rattaché à ce système.

C’est le cas pour le «  pass navigo  », le télépéage. L’utilisateur est conscient de la possibilité de géolocalisation, mais il n’a pas pour autant consenti à être tracé. Son consentement ne porte donc pas sur la fonctionnalité «  géolocalisation  » du système.

La géolocalisation présente une évolution technologique capable d’organiser le contrôle des salariés et notamment du temps de travail. Les salariés ont passé les multiples laisses électroniques d’une cybersurveillance omniprésente et protéiforme (courrier électronique, caméras, géolocalisation, biométrie).

La mise en place d’un système de géolocalisation répond néanmoins à une réglementation très stricte. Les progrès techniques facilitent les contrôles, mais aussi la collecte d’informations sur les personnes. Les données personnelles sont particulièrement protégées par la loi.

Quelles règles de droit  ?

Il est possible de mettre en place des outils de contrôle individuel d’accès pour sécuriser  :

  • l’entrée dans les bâtiments, les locaux faisant l’objet d’une restriction de circulation ;
  • des dispositifs non biométriques peuvent également être utilisés pour gérer les horaires et le temps de présence des employés ;
  • le système mis en place ne doit pas servir au contrôle des déplacements à l’intérieur des locaux. Le dispositif ne doit pas entraver la liberté d’aller et venir des représentants du personnel dans l’exercice de leur mandat, ou être utilisé pour contrôler le respect de leurs heures de délégation ;
  • les données utilisées pour le suivi du temps de travail, y compris les données relatives aux motifs des absences, doivent être conservées pendant cinq ans. (source : CNIL)

L’employeur doit au préalable consulter les représentants du personnel et informer individuellement chaque employé de la finalité du système  ; du destinataire des données prises en compte par le dispositif  ; du droit d’opposition, d’accès et de rectification.

L’employeur pourra alors envisager un avenant au contrat de travail ou une note de service. Le contrôle d’accès et le contrôle des horaires peuvent faire l’objet d’un engagement de conformité à la norme simplifiée n°42 (déclaration simplifiée).

Respecter six principes

La loi n°78-17 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés définit les droits des personnes sur leurs données à caractère personnel et fixe plusieurs «  conditions de licéité  » et obligations. Les principales sont les suivantes  :

  • principe de finalité : le traitement doit obéir à des finalités « déterminées, explicites et légitimes » ;
  • principe de proportionnalité : les données collectées sont « adéquates, pertinentes et non excessives » ;
  • principe d’exactitude : les données doivent être « exactes, complètes et, si nécessaire, mises à jour » ;
  • principe de durée limitée : la durée de conservation ne doit pas excéder « la durée nécessaire aux finalités pour lesquelles les données sont collectées et traitées » ;
  • principe d’information des personnes et droit d’accès : toute personne auprès de laquelle sont recueillies des données à caractère personnel doit être informée sur le responsable et les finalités du traitement de données et peut accéder aux données qui la concernent, moyennant justification de son identité ;
  • principe de sécurisation des données : « le responsable est tenu de prendre toutes précautions utiles […] pour préserver la sécurité des données » notamment pour empêcher leur déformation, leur endommagement ou des accès non autorisés.

Le texte «  s’applique aux traitements automatisés de données à caractère personnel, ainsi qu’aux traitements non automatisés de données à caractère personnel contenues ou appelées à figurer dans des fichiers  » (article 2 de la loi). Une donnée personnelle ne peut donc être librement utilisée ou même simplement collectée.

La durée de conservation des données d’identification, des données relatives au contrôle du temps de travail ainsi qu’aux motifs d’absence est limitée à 5 ans. Les éléments relatifs aux déplacements des personnes sont conservés 3 mois.

Il convient d’ajouter que le Code du travail dans son article L 1121-1 dispose que, nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. En matière de mise en place d’un dispositif de surveillance, le principe de proportionnalité au but recherché et de finalité doivent tous deux prévaloir.

Ainsi, compte tenu de ce qui précède un système de badge avec géolocalisation n’est licite que lorsque le contrôle ne peut être fait par un autre moyen et qu’il n’est pas justifié dès lors que le salarié jouit d’une liberté dans l’organisation de son travail.

Il n’a pas à être utilisé dans le but détourné de permettre à l’employeur d’effectuer un contrôle permanent sur l’activité de son salarié. Sa mise en œuvre doit être proportionnelle au but recherché et justifiée par l’activité de l’entreprise.

Salariés équipés d’un badge, toutes ces règles vous protègent  !

The Conversation

>> La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Initialement publié sur The Conversation
https://theconversation.com/fr
 
 
 
Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 15:17

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Economie sociale

Cette petite coopérative fromagère qui paie ses agriculteurs bien mieux que les géants agroalimentaires

par

 

 

 

Une petite coopérative fromagère de l’Aubrac paie ses éleveurs laitiers bien mieux que les géants agroalimentaires : ses adhérents reçoivent 80% de plus par litre de lait comparé aux prix pratiqués par Lactalis, Danone ou Bel. Quelle sont les clés du succès ? Ici, pas de multiples intermédiaires, ni d’actionnaires. Les coopérateurs misent sur des produits de qualité impliquant en amont de bonnes conditions d’élevage, et œuvrent à la maitrise des volumes. Une partie de l’argent sert également à rémunérer des remplacements pour améliorer le quotidien des adhérents, et aider des paysans à s’installer.

Les éleveurs laitiers ont dû se battre des mois pour que les « géants » du lait daignent leur accorder quatre petits centimes d’augmentation, soit 0,29 euros le litre garanti jusqu’à fin 2016. Un prix encore trop bas « pour couvrir les coûts de production et rémunérer le travail » (lire ici). Comment, dans ces conditions, trouver une coopérative laitière qui rémunère ses éleveurs correctement ? Il faut se rendre en Aveyron, dans les environs de Laguiole, village rendu célèbre par sa coutellerie.

La coopérative Jeune Montagne y fabrique des fromages de l’Aubrac ainsi que de l’aligot, cette purée de pommes de terre agrémentée d’une fondue de tome fraîche au lait cru et de crème. Elle fait aujourd’hui partie des coopératives qui rémunèrent le mieux ses éleveurs. Les 1000 litres de lait sont payés en moyenne 537 euros au paysan de la coopérative, quand le lait standard est actuellement payé moins de 300 euros. Une augmentation de 80% comparé aux prix pratiqués par les géants du secteur ! La clé ? « Il n’y a pas de caisse noire, ni d’intermédiaire, ni d’actionnaire. Les paysans sont responsables de la coopérative [1]. Une fois qu’on a payé les salariés et les différentes charges, ce qui reste c’est le prix du litre de lait. »

 

Le prix fixé en fonction de critères de qualité

Produire du lait en « appellation d’origine protégée » (AOP) joue aussi un rôle majeur. Les vaches de race Simmental ou Aubrac doivent passer 120 jours minimum en pâture, l’ensilage, l’enrubannage et les OGM sont interdits, l’aliment de base – foin, herbe – doit se faire sur l’aire d’appellation, le lait est crû et entier.... « Le respect de ce cahier de ressources nous fait déboucher sur des produits de qualité qui permettent de se positionner sur le marché », souligne Francis Sabrié, porte-parole de la Confédération paysanne de l’Aveyron.

La carotte plutôt que le bâton, c’est le fonctionnement adopté par la coopérative depuis sa naissance, en 1960, à l’initiative de quelques jeunes paysans, pour relancer la fabrication d’un fromage local, le laguiole. Jeune Montagne compte aujourd’hui 80 adhérents. En 2015, elle a collecté 17 millions de litres de lait, produit 1500 tonnes d’aligot et 650 tonnes de laguiole. « Le site de fabrication à Laguiole, c’est aussi 100 emplois, en comptant la direction, le secrétariat, les chauffeurs, les transformateurs, les fromagers... Soit un emploi pour un paysan », se réjouit Francis Sabrié.

 

Aide à l’installation de nouveaux paysans

« En fin d’année, une partie du résultat est mise en fonds propres pour les investissements et pour pouvoir infléchir la production en payant mieux le litre de lait sur tel ou tel critère. Quand on a arrêté l’ensilage pour passer au foin par exemple, la coopérative a mieux payé le lait qui était issu du foin. On l’a fait pour la qualité fromagère. » Plusieurs autres critères – rapport matière grasse / matière protéique, cellules, staphylocoque... – donnent également lieu à une prime fromagère. Jeune Montagne offre aussi une rémunération supérieure aux adhérents élevant des vaches de race Aubrac dans leur cheptel laitier. Car depuis les années 80, de nombreuses fermes se sont tournées vers la production de viande, et la race Aubrac a peu à peu perdu ses qualités laitières. Elle n’assure plus aujourd’hui qu’à peine 10 % de la production de lait de l’AOP Laguiole [2].

Préoccupée par l’amélioration de la qualité de vie des adhérents, la coopérative a décidé de monter un groupement d’employeurs sur ses fonds propres. Elle emploie quatre salariés pour permettre aux paysans de se faire remplacer, et réduire la charge de contrainte de la traite. Jeune Montagne propose également des aides à l’installation dont le montant varie entre 5 000 et 20 000 euros en fonction des situations. Elle a également mis en place un système de prêts à taux zéro plafonné à 30 000 euros – par associé et jusqu’à deux associés maximum – pour financer des équipements en cohérence avec le cahier des ressources AOP.

 

Se méfier de la surproduction

Malgré ces différentes initiatives, la coopérative va devoir baisser cette année le prix du litre de lait à 510 euros les 1000 litres. « Avec l’arrêt des quotas, des coopérateurs moins vertueux que la moyenne ont appuyé sur le champignon ce qui a conduit à une surproduction... On a en parallèle accueilli de nouveaux producteurs pour anticiper la suite, car certains éleveurs n’ont pas de successeurs. Ces différents facteurs ont amené à ce que trois millions de litres de lait non transformés soient vendus en 2015 sur le marché standard ce qui nous a plombé le résultat. »

Jeune Montagne a décidé de prendre les devants en 2016, en mettant en place trois prix pour le litre de lait afin de limiter la production, tout en cherchant de nouveaux marchés [3]. « Dès qu’on ne maitrise plus nos volumes, qu’on surproduit et qu’on n’a pas la capacité de vente en face, le prix du litre de lait baisse. Ça prouve que même si nous sommes dans une coopérative de proximité qui fonctionne, nous ne sommes pas étanches à la politique économique et agricole qui nous entoure. Reste que quand les paysans se prennent en charge, transforment et vendent leurs produits, ils s’en sortent mieux que quand ils sont simples pourvoyeurs de matières premières pour les industriels ».

Sophie Chapelle

 

Une autre version de cet article a initialement été publié dans le mensuel Campagnes Solidaires, en mai 2016.

Plus d’informations : www.jeune-montagne-aubrac.fr

Notes

[1Le conseil d’administration, élu par l’assemblée générale, est composé d’une vingtaine de paysans. Il est renouvelable par tiers tous les trois ans.

[2Afin d’assurer la production de lait nécessaire aux besoins de la coopérative, la race Simmental (originaire de Suisse) dont le lait est très riche en matière protéique et équilibré en matière grasse, a été introduite à partir des années 1980 sur le plateau.

[387 % de la production en 2016 sera payée au prix fort et 13 % sera payée avec une décote de 213 euros aux 1000 litres. Au-delà, la décote sera encore plus importante et dissuasive.

 

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

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