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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 16:26

 

 

Source : http://investir.lesechos.fr
 

 

 

REUTERS |

 

PARIS, 28 juillet (Reuters) - Un administrateur d'EDF , Gérard Magnin, a présenté jeudi sa démission en exprimant son désaccord avec une stratégie qu'il juge de plus en plus centrée sur le nucléaire, avant le probable feu vert du groupe au projet Hinkley Point.

Cette démission est intervenue à quelques heures d'un conseil d'administration d'EDF convoqué jeudi après-midi pour se prononcer sur ce projet controversé de construction de deux réacteurs EPR en Angleterre pour 18 milliards de livres (21,4 milliards d'euros environ).

Dans sa lettre de démission au PDG, obtenue par Reuters, Gérard Magnin écrit qu'il imaginait "une réorientation historique de la stratégie d'EDF" en faveur de la transition énergétique mais que "les trajectoires de changement espérées (..) ne sont pas là" et que "le centre de gravité (du groupe) se déplace encore davantage vers le nucléaire".

"Depuis les décisions imminentes relatives au projet très risqué d'Hinkley Point à la reprise d'Areva NP qui fera d'EDF un fabricant de réacteurs, de la poursuite sans questionnement de la coûteuse stratégie de retraitement des déchets à l'affirmation que tous les réacteurs du palier 900 MW verraient leur durée de vie prolongée à 50 ans ou plus, tout semble aller dans le même sens", ajoute-t-il.

Membre du Conseil économique, social et environnemental de Bourgogne Franche-Comté ; fondateur et ancien délégué général d'Energy Cities, association européenne de villes engagées dans un mouvement de transition énergétique, Gérard Magnin avait intégré le conseil d'EDF en 2014 sur proposition de l'Etat. Son mandat s'achevait en 2019.

"Dans un monde incertain, la flexibilité est indispensable. Celle-ci suppose de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Sous une apparence de robustesse, la quasi mono-solution nucléaire soumet notre pays à une grande vulnérabilité", estime-t-il.

"Espérons qu'Hinkley Point n'entraîne pas EDF dans un abîme de type Areva comme certains le craignent", ajoute Gérard Magnin, précisant qu'il ne participera pas au conseil de jeudi.

"Etant administrateur proposé par l'Etat actionnaire, je ne souhaite pas cautionner plus longtemps une stratégie que je ne partage pas (..). Je préfère alerter en prenant le risque de me tromper que de vivre en contradiction avec ma conscience. C'est une question de loyauté et d'honnêteté."

Le conseil d'administration d'EDF comptait 18 membres avant la démission de Gérard Magnin, dont six élus par les salariés qui devraient se prononcer jeudi contre le projet Hinkley Point sans pour autant être en mesure de bloquer son lancement.

Les désaccords autour du dossier Hinkley Point avaient déjà provoqué en mars une crise au sein de la direction d'EDF et la démission du directeur financier de l'époque, Thomas Piquemal. et (Benjamin Mallet et Geert De Clercq, édité par Jean-Michel Bélot)

 

 

Source : http://investir.lesechos.fr

 

 

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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 15:33

 

Source : https://reporterre.net

 

 

Une conseillère du ministre de l’Agriculture rejoint le lobby des semenciers

28 juillet 2016 / Barnabé Binctin (Reporterre)
 

 

 

Anne-Laure Fondeur, après deux années passées au cabinet de Stéphane Le Foll, où elle a notamment cherché à promouvoir les « nouveaux OGM », rejoint le Groupement national interprofessionnel des semences (Gnis). Un organisme chargé de défendre « les intérêts de la filière semences ».

 

Après Philippe Mauguin, l’ex-directeur de cabinet de Stéphane Le Foll devenu président de l’Inra mardi 19 juillet, c’est au tour d’une autre conseillère du ministre de l’Agriculture de la quitter. Chargée de la sécurité sanitaire et du cheval (sic), Anne-Laure Fondeur officiait depuis deux ans dans le cabinet ministériel.

Elle rejoint le Gnis, le Groupement national interprofessionnel des semences, où elle prend la direction du Soc, le Service officiel de contrôle et de certification, pour un mandat de 5 ans, sur nomination du ministère de l’Agriculture. Le Gnis, créé en 1941 sous le régime de Vichy, est une structure hybride, publique et privée : placé sous tutelle du ministère de l’Agriculture, le groupement est officiellement chargé « d’organiser la production et la commercialisation des semences et plants ».

 

« Nouveaux OGM » ou « OGM cachés » 

Mais s’il est qualifié « d’entité indépendante », le Gnis a pour objectif de « défendre les intérêts de la filière semences ». De quoi engendrer une situation de « conflit d’intérêts ». Contacté par Reporterre, le Gnis se présente comme une « structure tout à fait privée avec délégation de service public ».

Or Anne-Laure Fondeur était, au sein du cabinet de M. Le Foll, chargée des nouvelles techniques de modification génétique, que d’aucuns qualifient de « nouveaux OGM » ou d’« OGM cachés ». Au prétexte qu’elles ne sont pas issues de la transgénèse, ces « nouvelles techniques de modification génétiques » échapperaient donc à la législation OGM : un point de vue que contestent plusieurs scientifiques et associations.

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Anne-Laure Fondeur.

« C’est Anne-Laure Fondeur qui a porté cette position au ministère, parfois contre le ministère de l’Environnement. Elle quitte donc un exécutif qui a fait avancer le dossier pour rejoindre l’un des plus importants lobbyistes de ces mêmes positions », observe un connaisseur privilégié de ces dossiers, qui décrit « une serviteur zélée des entreprises, quelqu’un qui ne défend absolument pas l’intérêt des agriculteurs »....

 

Un phénomène de « porte-tambour » 

Statutairement, le SOC, dont la fonction première est le contrôle de la qualité et de la certification des semences, reste pourtant une mission régalienne de l’État. « C’est une fonctionnaire qui est nommée par le ministère de l’Agriculture, où est le problème ? » interroge Delphine Guey, responsable des affaires publiques du Gnis. La Confédération paysanne évoque cependant un phénomène de « porte-tambour » — terme désignant des politiques quittant leur fonction de régulation pour rejoindre des postes dans une industrie affectée par ces mêmes régulations. Avec le risque d’« allocation de privilèges au détriment de l’intérêt de la nation », selon la définition donnée par Wikipedia.

 

*Suite de l'article sur reporterre.net

 

 

 

 

Source : https://reporterre.net

 

 

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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 15:13

 

 

Hijab sur la tête, des Iraniens défendent les femmes

 

 

 

PHOTOS. Hijab sur la tête, des Iraniens défendent les femmes

Des hommes... en foulard ! Depuis quelques jours, à l'appel de la militante Masih Alinejad, des Iraniens se prennent en photo avec le hijab pour dénoncer son port imposé aux femmes. Les images, associées à des témoignages, sont compilées sur la page Facebook "My Stealthy Freedom" ("ma liberté secrète"). En voici une partie.

 

PHOTOS. Hijab sur la tête, des Iraniens défendent les femmes

Le témoignage de l'homme qui a envoyé cette photo : "L'obligation n'est pas quelque chose de bon. Je ne supporte pas que la police des mœurs force mon épouse à porter le hijab. Il y a beaucoup d'hommes en Iran qui soutiennent la liberté de choix pour les femmes."

 

 

http://referentiel.nouvelobs.com/file/15380763.png

"En Iran, si vous voulez juger une femme, il vaut mieux essayer le hijab d'abord. Pour moi, ce n'était pas aussi facile que je l'imaginais."

"À quoi mesure-t-on la ferveur d'un homme ? Au degré de respect qu'il porte aux droits de sa mère, de sa femme et de ses sœurs, pour qu'elles puissent elles aussi avoir la liberté de choisir. Forcer quelqu'un à porter un habit est une insulte à l'intelligence de chacun. C'est cruel, injuste et humiliant."

"Quand mes cousines m'ont vu revêtir leur voile, elles ont ri aux éclats. Je leur ai demandé, est-ce que cela semble si drôle sur moi ? [...] Cette campagne de sensibilisation est utile car elle met un coup de projecteur sur les droits des femmes, et sur le fait que nous ne devrions pas traiter celles-ci comme des objets."

"Beaucoup d'entre vous estiment que voir un homme voilé est humiliant pour les hommes. Creusons un peu alors : si c'est une humiliation pour les hommes, que penser de ces millions de femmes forcées de le porter ?"

"Je voudrais vraiment que ma femme puisse vivre dans un pays où elle s'habillerait comme elle le souhaite. C'est très difficile pour une femme de devoir porter des vêtements obligatoires dans nos étés chauds et étouffants."

"Ma mère a commencé à porter le hihab quand elle y a été obligée, lors de la révolution islamique. Elle était obligée de sortir dans cette tenue pendant les étés torrides du Khouzistan. Elle revenait des courses sans même avoir assez d'énergie pour parler."

Ici, pas d'homme portant le foulard, mais le témoignage fort d'une femme atteinte d'un cancer, que relaye Masih Alinejad sur Facebook. "J'ai fait de la chimiothérapie l'été dernier. J'ai subi les brûlures de la radiothérapie, les difficultés respiratoires, la nausée, les vomissements... et puis, au milieu de tout cela, le port du hijab obligatoire. Où est la logique quand on doit porter le voile dans un service d'oncologie où personne n'a de cheveux ? Est-ce que voir le crâne chauve d'une femme atteinte d'un cancer est aussi un péché ?" Pour consulter la page de My Stealthy Freedom, suivez ce lien.

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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 14:53

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Morts ou vivants, l’Italie va chercher les migrants en mer

30 juillet 2016 | Par Mathilde Auvillain
 
 
 

Plus de 3 000 migrants ont disparu en tentant la traversée de la Méditerranée depuis le début de 2016. Chaque semaine, des cadavres sont repêchés à bord d’embarcations de fortune. Depuis 2013, l’Italie a décidé de ne plus détourner le regard et d’aller chercher les vivants… et les morts en mer. L’épave du naufrage du 18 avril 2015, qui gisait à 370 mètres de fond, vient d’être ramenée à la surface. Première opération du genre, un exemple d’humanité.

Melilli (Sicile, Italie), de notre correspondante.Entre les cheminées et les torches des raffineries du port d’Augusta, derrière des grillages et des entrelacs de tubes et de pipelines, des soldats en treillis, armes au poing, montent la garde. Le nom de Melilli, petit village sicilien perché sur une colline aux prés jaunis, laissait imaginer tout autre chose. Passés les chicanes et le check-point, c’est un camp militaire qui s’ouvre à la vue. Des tentes kaki alignées ont été montées sur une esplanade poussiéreuse de cette base de l’OTAN où les navires de l’alliance transatlantique viennent faire le plein de carburant. Des infirmières en uniforme, des marins en côtes bleu marine, des militaires et des pompiers en combinaison étanche s’affairent autour d’un grand hangar construit pour abriter l’épave renflouée du naufrage du 18 avril 2015.

Sous la structure d’acier, le chalutier à la coque bleue, ceinte de lisérés blancs, ressemble à toutes ces épaves de « carrette del mare », ces « chariots des mers » comme les appelle la presse italienne, que l’on retrouve entassées à l’entrée du port de Lampedusa, de Pozzallo ou encore sur les photos des sauvetages de migrants dans le canal de Sicile. Mais cette épave qui se dresse devant nous n’est pas comme les autres. La nuit du 18 au 19 novembre 2015, ce bateau a sombré en pleine Méditerranée, à 75 milles marins au nord de Tripoli, emportant au fond de la mer près de 700 vies humaines. La presse parla alors du « naufrage le plus meurtrier de ces dernières décennies en Méditerranée ». Matteo Renzi, le chef du gouvernement italien, promit au lendemain de cette catastrophe que l’Italie irait chercher l’épave au fond de la mer pour offrir une digne sépulture à ces migrants.

 

Dans l'un des hangars de Melilli en Sicile, début juillet 2016. © Mathilde Auvillain Dans l'un des hangars de Melilli en Sicile, début juillet 2016. © Mathilde Auvillain

 

« J’ai demandé à la marine militaire d’aller chercher cette épave pour donner une sépulture à nos frères et à nos sœurs, qui, sans cela, auraient reposé pour toujours au fond de la mer », a rappelé le président du conseil, alors que l’épave retrouvée à 370 mètres de fond était enfin ramenée à la surface au terme d’une délicate opération sous-marine. Le renflouement, opéré par la marine militaire italienne en collaboration avec l’entreprise privée spécialisée Impresub, a coûté 10 millions d’euros, entièrement financés par la présidence du conseil. Un investissement qui a suscité polémiques et critiques, parfois du plus mauvais goût.

« Je l’ai fait parce que nous, Italiens, connaissons la valeur du mot civilisation », a insisté Matteo Renzi. « Ce navire renferme des histoires, des visages, des personnes et pas seulement un nombre de cadavres », déclarait-il au moment de confier aux équipes de médecins légistes la tâche de reconstruire le fil de ces histoires humaines interrompues brutalement.

À une centaine de pas de ce camp, un autre hangar qui servait d’ordinaire d’entrepôt pour du matériel militaire a été transformé en institut médico-légal de campagne. Derrière un énorme camion-frigo de la Croix-Rouge italienne, deux tentes en tissu camouflage abritent chacune une table d’autopsie en inox. Une odeur âcre flotte dans l’air. C’est l’odeur de la mort qui imprègne l’atmosphère, malgré les systèmes de climatisation qui tournent à plein régime. Un écriteau imprimé à la va-vite, scotché à l’entrée des tentes, indique “Zone Rouge”. Au-delà de cette limite, seuls les médecins de l’équipe de la doctoresse Cristina Cattaneo peuvent entrer. Les autopsies se déroulent à huis clos, à la fois parce qu’il faut préserver la dignité des restes d’humanité retrouvés dans l’épave du naufrage, mais aussi parce que la vue de ces corps mutilés, en état avancé de décomposition, est insoutenable.

Pourtant rodés à la brutalité de la mort, les pompiers qui sont entrés dans le ventre du « chalutier de la mort » n’arrivent pas à se défaire des images d’horreur qu'ils ont vues. « Quand nous avons ouvert la première brèche à gauche de l’épave, j’ai senti mon âme se déchiqueter », raconte Luca Cari, responsable de la communication des pompiers, dans une tribune publiée dans le magazine Panorama.

Dans l’antre du chalutier, les secouristes, protégés par leurs combinaisons étanches, respirant à l’aide de masques à gaz et de bonbonnes d’oxygène, ont retrouvé des corps jusque dans le puits à chaîne d’ancre à l’avant, certains « encastrés » dans la salle des machines. Au milieu d’une « pyramide de cadavres », les pompiers racontent avoir retrouvé celui d’une femme enceinte ou encore ceux d’enfants agrippés à des adultes. « Nous avons été les seuls à voir exactement comment se sont achevées ces vies humaines, évoquées brièvement dans les journaux », explique à son tour Paolo Quattropani, un responsable de l’opération sur place.

Il y avait 458 corps enchevêtrés dans l’épave ; 169 autres étaient éparpillés autour au fond de l'eau ; 48 autres avaient été récupérés à la surface au moment du naufrage. L’embarcation transportait donc au total 675 personnes. « Cinq personnes par mètre carré », relève l’amiral Nicola De Felice qui a coordonné les opérations. « Ils les avaient entassés partout comme dans les trains qui partaient pour Auschwitz », poursuit Luca Cari.

Un parallèle que ce responsable des pompiers italiens n’est pas le premier à faire. À Berlin, en recevant l’ours d’or pour son documentaire Fuocoammare tourné à Lampedusa, le réalisateur Gianfranco Rosi avait qualifié la tragédie des migrants en Méditerranée de « plus grave tragédie humanitaire de notre temps depuis l’Holocauste ». Comme Gianfranco Rosi, comme les garde-côtes qui depuis des années sont témoins de ces tragédies, les pompiers qui ont extrait les corps du chalutier n’oublieront pas ce dont ils ont été témoins. « Ce que nous avons vu dans le chalutier restera à jamais imprimé sur nos rétines », dit l'un d'entre eux. 

 

«Nous appelons les administrations européennes à rassembler leurs données sur les migrants décédés»

Les yeux bleus de la médecin légiste Cristina Cattaneo ont l’habitude de regarder les morts en face. Un à un, la directrice du laboratoire milanais Labanof, spécialisé dans l’identification des corps difficilement identifiables, ouvre les plus de 600 « body bags » numérotés contenant les restes humains retrouvés dans l’épave et autour. Elle scrute attentivement chaque cadavre à la recherche du moindre détail qui pourrait permettre de remonter le fil de l’histoire de chacun des passagers du bateau.

« Le fait que les cadavres ne soient pas bien conservés, ou qu’ils soient même à l’état de squelette ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas être identifiés. Au contraire : la science nous permet d’identifier grâce à l’ADN, mais surtout grâce à certains détails comme un profil dentaire, un tatouage, une cicatrice, le dessin formé par des grains de beauté… », explique-t-elle. L’une de ses apprenties a raconté au quotidien La Repubblica avoir eu la « chance » de retrouver, cousue dans le t-shirt d’un des cadavres, une pochette plastique contenant des documents qui ont permis une identification rapide.

 

Les tentes abritant les tables d’autopsie. © MA Les tentes abritant les tables d’autopsie. © MA

 

L’autopsie des corps est effectuée en partie par des doctorants de dix universités italiennes, tous volontaires. « L’intégralité des opérations d’identification est réalisée gratuitement », insiste la responsable de l'équipe. Parfois même aux frais des volontaires. « Nous travaillons gratuitement pour donner un nom et un visage à des centaines de migrants morts dont les cadavres ont été récupérés », plaident ces étudiants, déplorant le manque d’un minimum de soutien financier pour relever « ce grand défi humanitaire et scientifique unique au monde ».

« L’Italie est le premier pays à tenter de donner un nom et un prénom à ces personnes », relève Cristina Cattaneo, une identification qu’elle juge « essentielle pour rendre leur dignité...

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

 

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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 18:03

 

Source : http://grainesdetroc.fr

 

 

Bonne nouvelle pour les semences libres !


 
 

 

Nous relayons un communiqué de Blanche Magarinos-Rey. Nous recevons cette annonce comme une belle victoire pour les collectifs qui se mobilisent pour la défense de la biodiversité cultivée. C'est une grande respiration pour toutes les associations qui pourront donner, échanger et vendre des semences de variétés du domaine public ! 

 

 

Communiqué :

La Loi "Biodiversité" est une victoire pour la biodiversité des semences cultivées 
Les variétés du domaine public enfin libérées du carcan du "catalogue officiel"

Hier soir, mercredi 20 juillet, l'Assemblée nationale a définitivement voté la loi "pour la reconquête de la biodiversité", après deux années de procédure législative et de nombreux revirements dans le contenu des dispositions législatives.

En tout état de cause, la loi donne une véritable bouffée d'oxygène à la biodiversité cultivée, par le biais d'un article 4 quater qui a lui-même connu de nombreuses vicissitudes, et qui est finalement devenu l'article 11 de la loi :

Article 11: 
Le code rural et de la pêche maritime est ainsi modifié :

1° L'article L. 661-8 est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« La cession, la fourniture ou le transfert, réalisé à titre gratuit ou, s'il est réalisé par une association régie par la loi du 1er janvier 1901 relative au contrat d'association, à titre onéreux de semences ou de matériels de reproduction des végétaux d'espèces cultivées de variétés appartenant au domaine public à des utilisateurs finaux non professionnels ne visant pas une exploitation commerciale de la variété n'est pas soumis aux dispositions du présent article, à l'exception des règles sanitaires relatives à la sélection et à la production."


Cela signifie que toutes les associations Loi 1901 pourront désormais donner, échanger et vendre des semences de variétés du domaine public*, qu'elles soient inscrites ou non inscrites au "catalogue officiel", à des jardiniers amateurs. Seules les exigences sanitaires de la réglementation sur le commerce des semences resteront applicables.

De nombreuses associations vont pouvoir bénéficier de ces dispositions et les petites entreprises qui ne pourraient jouir de cette dérogation seront amenées à créer des associations pour distribuer des variétés "hors catalogue". 
Les jardiniers vont désormais avoir accès à une gamme très étendue de graines, aux goûts, aux formes et aux couleurs bien plus diversifiées qu'auparavant. Il faut espérer que cette biodiversité se répandra très vite dans tous les potagers de France et d'ailleurs.

Pour mémoire, ces dispositions nouvelles interviennent dans un contexte d'érosion galopante de la biodiversité agricole. En un siècle seulement, 90% des variétés traditionnellement utilisées par les paysans à l'échelle de la planète ont déjà disparu de nos champs et de nos assiettes, selon la FAO.

Pour cette avancée remarquable de notre droit, il faut rendre hommage au courage et à l'engagement de Mme Geneviève Gaillard, Mme Barbara Pompili, Mme Delphine Batho, Mme Laurence Abeille, M. Jérôme Bignon, Mme Evelyne Didier, Mme Marie-Christine Blandin, M. Joël Labbé, M. François Grosdidier, sans le soutien politique desquels rien n'aurait été possible à l'Assemblée nationale et au Sénat.

Certes, un travail reste à faire, à l'échelle européenne cette fois, pour que les agriculteurs puissent également avoir accès à une grande diversité de ressources génétiques - et nous y travaillons ardemment -, mais, avec la loi "biodiversité" française, c'est une première brèche qui vient de s'ouvrir dans la législation sur le commerce des semences, dont il convient résolument de se réjouir.

---
* Les variétés "appartenant au domaine public" sont toutes les variétés d'espèces cultivées qui ne sont pas protégées par un régime de propriété intellectuelle (certificat d'obtention végétale ou brevet).
---
Blanche Magarinos-Rey
Avocat, D.E.A. Droit de l'Environnement, D.E.S.S. Droits de l'Urbanisme et des Travaux Publics
contact@avocat-magarinos-rey.com - www.avocat-magarinos-rey.com

 

 

Source : http://grainesdetroc.fr

 

 

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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 17:34

 

Source : https://la-bas.org

 

 

Un cours d’Autodéfense intellectuelle pour l’été [VIDÉO 08’58 + entretien RADIO 59’30]

Apprenez la langue de l’adversaire avec Olivier BESANCENOT Abonnés

Le

[LÀ-BAS SI J'Y SUIS] Apprenez la langue de l'adversaire avec Olivier BESANCENOT (EXTRAIT) par Là-bas si j'y suis

 

"Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic, on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet et voila qu’après quelques temps l’effet toxique se fait sentir". Le philologue Victor KLEMPERER a montré comment le système nazi avait engendré un langage qui a contaminé insidieusement les esprits et a réussi à imposer l’idéologie totalitaire comme une évidence naturelle. Ce qu’il appelait "l’adoption mécanique de l’idéologie par les mots". Car le langage est l’outil de la pensée, celui qui contrôle le langage contrôle la pensée et donc l’opinion. Cette fausse monnaie langagière est produite et répandue par les communicants politiques et par les médias mais sans douleur et sans fracas. Aussi est-il important à tout âge d’apprendre à déjouer ces pièges quotidiens répandus et diffusés comme un invisible poison dans l’air que l’on respire.

 

Quelques exemples dans le langage néo-libéral qui s’est imposé depuis une trentaine d’années :
- Décideurs : classes dominantes
- Compétitivité : dumping social
- Courage de réformer : détruire le droit social
- Grogne sociale : grève
- Pression fiscale : impôts
etc.

 

 

JE PEUX DORMIR , MON JOURNAL PENSE POUR MOI

Jadis dans la bonne bourgeoisie de province, lors du sacro-saint déjeuner du dimanche, on commentait le sermon entendu à la messe de onze heures. Oh, ça ne faisait pas débat, on appréciait, on approuvait. Parfois d’ailleurs le curé était invité à déjeuner, savourant une onctueuse cuisse de poulet. Puis on passait à autre chose, chacun vaquait à ses affaires et à ses intrigues. "Tu es mon berger, ô Seigneur", disait un cantique. Par conséquent nous sommes les moutons ; notre curé nous conduit et nous le suivons. Longtemps les éditocrates ont remplacé le curé du dimanche. Je peux dormir tranquille, mon journal pense pour moi. Aujourd’hui, de plus en plus connectés, de plus en plus mis "au courant" par l’info en continue, nous suivons en "temps réel" les épisodes du feuilleton minute par minute. Mais quel sens ce chaos peut-il bien avoir ? Pourquoi ? Comment ? Que dois-je penser ? Qui sont les méchants et les gentils ? Des experts médiatiques me le disent, des savants spécialistes me fournissent la réponse. Je puis retourner à mes affaires et à mes intrigues, je peux dormir, les élites pensent pour moi. Contre cette soumission, il faut partout donner des cours "d’auto défense intellectuelle" selon l’idée de Noam Chomsky, développer l’esprit critique, le goût de la contestation, non pas remplacer une doctrine par une autre mais penser par soi-même, apprendre l’autonomie de penser. Pas facile quand la foule unanime et anonyme appelle au lynchage du suspect, pas commode quand le premier ministre français sans être contesté lance cette stupidité historique " Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille, car expliquer c’est déjà vouloir excuser" Mais la résistance s’installe peu à peu, penser hors des clous, construire d’autres projets, dessiner un autre cadre. Le bouquin de Besancenot encourage cette auto-défense qui est la principale raison d’être de LÀ-BAS !

DM


 

Les différentes séquences de l’émission :


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Programmation musicale :
- Seb Martel : Motus
- L’1consolable : 49-3

Marie GALL attend vos messages sur le répondeur de Là-bas si j’y suis au 01 85 08 37 37.

journaliste : Daniel MERMET
réalisation : Sylvain RICHARD
vidéo : Jonathan DUONG et Jeanne LORRAIN

 

 

(Vous pouvez podcaster cette émission en vous rendant dans la rubrique « Mon compte », en haut à droite de cette page.)

 

 

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Source : https://la-bas.org

 

 

 

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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 17:14

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Il s'immole pour toucher sa retraite...

 
 
 
Face à l'incurie de l'administration, un sexagénaire a tenté de mettre fin à ses jours devant sa caisse de retraite, à Marseille. Un drame symptomatique d'un profond malaise ressenti tant par les usagers que par les fonctionnaires.
 
Les locaux de la caisse de retraite des intermittents du spectacle à Marseille. - Google Street
View
 

Pour toucher sa retraite, il ne suffit pas d'y avoir droit. Il faut aussi s'armer de patience, de courage et, parfois, d'une bouteille d'alcool à brûler. Intermittent du spectacle, Patrice Claude avait arrêté de travailler à cause de douleurs très pénibles au bras et aux articulations. Il touchait une allocation de handicap, laquelle devait s'arrêter au moment où commencerait sa retraite, à l'âge de 61 ans. Et, comme pour tant d'autres personnes en France, percevoir son argent en temps voulu était pour lui une question de survie. Echaudé par les expériences de ses amis intermittents, dont certains ont dû contracter des emprunts bancaires en attendant de percevoir leur pension, notre homme a constitué son dossier dès le mois de janvier, soit plus de quatre mois à l'avance. Premier rendez-vous à l'agence de Marseille de la Caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) : le dossier n'est pas complet. Deuxième, troisième, quatrième rendez-vous...

 

Bagarres dans la file d'attente

Il manque toujours quelque chose. Une photocopie, un justificatif, un document à exhumer. Eprouvé par ces allers-retours, le sexagénaire discute avec ceux qui, comme lui, patientent dans les files d'attente - toujours debout. L'ambiance est lourde. A chaque visite, il assiste à des malaises ou à des débuts de bagarre. Quelques jours avant que son allocation de handicap n'arrive à échéance, Patrice Claude pense mettre toutes les chances de son côté en arrivant à la Carsat à l'ouverture des bureaux. C'est alors qu'on lui explique que son dossier est toujours en cours et que la personne qui s'en charge est partie en vacances. Quelques heures plus tard, il s'immole par le feu devant les locaux de la caisse de retraite. Dès le lendemain, sa pension est débloquée. Mais Patrice Claude, dont la vie n'est plus en danger, devra subir des greffes de peau et des soins jusqu'à la fin de ses jours.

 

«Ce genre d'événement est traité dans la rubrique faits divers, comme si ça ne voulait rien dire, déplore Coraline, comédienne de 24 ans et fille de Patrice Claude. Mon père n'est ni seul, ni dépressif, ni déséquilibré. S'il avait seulement voulu se tuer, il aurait pris des cachets chez lui. Il a voulu donner un signal. C'est quelqu'un de très engagé, un jusqu'au-boutiste.» Professeur de médecine et membre de l'Observatoire national du suicide, Michel Debout décrit en effet l'immolation comme un geste «sacrificiel et protestataire». «L'individu qui a recours à cette forme de suicide le fait non seulement parce qu'il estime que c'est la dernière façon de se faire entendre, mais aussi pour interpeller la société», affirme le médecin. En colère et déterminée, Coraline Claude entend bien donner à ce cri l'écho qu'il mérite. Depuis l'immolation de son père, la jeune femme a créé une boîte mail où elle recueille les témoignages de personnes que la Carsat a poussées au bord de la crise de nerfs.

 

En deux semaines, elle a reçu une centaine de messages. «Ma mère les a subis pendant vingt ans, et maintenant c'est ma sœur qu'ils font galérer depuis six mois : un jour son dossier est complet et deux jours plus tard il manque un papier», raconte l'un d'eux. Un malaise que les assurés ne sont pas les seuls à connaître, le personnel en charge des dossiers étant lui-même surmené. Dans un long message adressé à Coraline, un employé de la caisse de retraite décrit une situation interne «inhumaine et intolérable», qui l'a, lui-même, conduit au burn-out. «Depuis des années, salariés et assurés sont dans la tourmente, écrit-il. D'un côté, des bénéficiaires plongés dans la précarité à cause de retards de paiement ou de négligences dans le traitement de leur dossier. De l'autre, une poignée d'agents frustrés qui constatent un nombre considérable de dysfonctionnements internes qui les empêchent de travailler dans des conditions optimales.»

 

Neuroleptiques et somnifères

A bout de souffle, l'administration française finit par accoucher de situations aux frontières du réel. Autre acronyme, même détresse : la Cipav, la Caisse interprofessionnelle de prévoyance et d'assurance vieillesse dédiée aux professions libérales, se spécialise dans l'envoi de courriers sans queue ni tête. Selon l'enquête menée par France Info, un professeur des écoles aurait, par exemple, reçu une lettre lui enjoignant de régler la somme de 200 000 €, alors qu'il n'était même pas affilié à l'organisme. «On a des gens qui prennent des neuroleptiques ou des somnifères, résume Geneviève Decrop, qui gère l'une des trois associations de victimes de la caisse d'assurance vieillesse. La manière dont la Cipav ne répond pas, envoie l'huissier, hors de toute procédure autorisée, avec des lettres de menace... En fait, c'est Kafka !»

 

En 2014, un rapport de la Cour des comptes fustigeait déjà la gestion «désordonnée» de la Cipav et le caractère «déplorable» de son service aux assurés. Mais, deux ans plus tard, rien n'a changé. Dans une note datant de février 2016, le défenseur des droits, dont l'une des missions est d'améliorer les relations des usagers avec les services publics, estime qu'il est saisi de 200 dossiers la concernant. Erreurs, absence de réactivité, blocage des versements des pensions et impossibilité totale de contacter la caisse : les affiliés ont le sentiment d'être «spoliés», selon les termes de la note. Et le problème n'est pas près de se régler : à son arrivée à la tête de l'organisme, le nouveau directeur a affirmé avoir trouvé 30 000 lettres qui n'avaient été ouvertes par personne.

 

A la Carsat de Marseille, en revanche, on ne comprend pas ce qui a motivé le geste de Patrice Claude. S'il reconnaît qu'on peut toujours «rêver mieux» en termes de moyens et d'organisation, le directeur général, Vincent Verlhac, estime que sa caisse a encore les moyens d'appliquer «la solidarité nationale et l'humanisme» dont elle est dépositaire. «Nous avons été très choqués, et bien évidemment nous nous sommes interrogés en interne sur le parcours de ce monsieur. Et nous sommes surpris, car c'est un dossier normal qui n'a pas subi de retard», affirme Vincent Verlhac. Les cinq déplacements que Patrice Claude a effectués à la Carsat, les allers-retours qui l'ont rendu «fou», comme il l'a dit à sa fille, n'ont rien d'extraordinaire. On imagine ce que vivent ceux dont les dossiers coincent...

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Patrice Claude s’est immolé pour sa retraite

25 juillet 2016 | Par Mathilde Goanec
 
 
 

Chaque mois ou presque, des hommes et des femmes s’immolent par le feu dans un espace public, souvent devant une administration. Patrice Claude est passé à l’acte fin avril, sur le trottoir de la caisse de retraite du Sud-Est, à Marseille. Il a survécu. Sa fille Coraline se bat depuis pour faire sortir son histoire « du fait-divers ».

Coraline coupe des morceaux de melon dans une assiette, qu’elle dépose sur la table de la terrasse. Les palmiers, les rhododendrons, la mer azur au loin, l’air est tranquille. Derrière la baie vitrée, le lit d’hôpital de son père, Patrice. L’homme porte, sous sa chemisette, une combinaison qui lui couvre et comprime tout le torse et les bras, des bas de contention sur les deux jambes et une minerve plastique autour du cou. Patrice Claude s’est immolé le 27 avril devant la caisse de retraite du Sud-Est, et vit depuis un mois dans un centre de rééducation à Hyères, spécialisé dans le traitement des grands brûlés. Après avoir été plongé quinze jours dans un coma artificiel pour limiter les douleurs, les médecins l’ont greffé de toutes parts. Aujourd’hui, il marche d’un pas plutôt assuré dans les couloirs, salue les voisins de chambre, discute le bout de gras avec l’infirmier. « Ce que je ne peux pas encore faire, c’est lever vraiment les bras, ou me baisser. Si je me baisse, je tombe. » Difficile de croire que cet homme enjoué, blagueur, a pu, un après-midi d’avril, s’asperger d’alcool et y mettre le feu.

 

Coraline et Patrice Claude, à Hyères © MG
Coraline et Patrice Claude, à Hyères © MG
 

Patrice Claude est photographe, a même créé une compagnie de théâtre pour enfants, dans une autre vie. Il est descendu dans le Sud il y a 20 ans, peu après la naissance de sa fille, Coraline. Intermittent du spectacle, il vivait ces derniers temps du RSA, puis de l’allocation spécifique de solidarité. Opéré des vertèbres cervicales, il touchait également une allocation pour adulte handicapé. En janvier 2016, la retraite approchant, Patrice dépose un dossier à la Carsat (caisse d’assurance retraite) Sud-Est, à Marseille. « Au début, ça s’est très bien passé, j’ai eu un rendez-vous, j’étais plutôt bien reçu. »

 

Mais la Carsat fait des travaux, relègue l’accueil au fond des bâtiments, au pied de ses bureaux qui occupent l’une des plus hautes tours de la ville. « Mon dossier bloquait. La Carsat me réclamait une pièce de la complémentaire que cette dernière assurait avoir déjà envoyée. Personne n’en démordait. » Retraité officiellement le 1er mai, Patrice commence à s’impatienter devant l’échéance, et retourne plusieurs fois à la permanence d’accueil de la caisse de retraite, pour obtenir des renseignements. On lui réclame par courrier un autre document, relatif à son service militaire – « trois jours dans les années 70 », plaisante Patrice –, qu’il demande sans jamais rien recevoir. Il retourne une dernière fois le 27 avril à l’accueil de la Carsat, interroge une employée. « Elle m’a dit que mon dossier était traité par madame untel, qui était en vacances pendant quinze jours. Ma retraite débutait trois jours après, j’ai pété les plombs. » Il n’obtient pas de voir la hiérarchie mais rencontre une seconde employée, qui lui assure que son dossier sera traité en temps et en heure.

 

 

Patrice rentre chez lui, prépare la chambre qui doit accueillir quelques jours plus tard sa fille Coraline, comédienne à Paris. Passe même à la laverie pour nettoyer les draps de la chambre. Puis envoie un mail à la Carsat, leur demandant « d’arrêter tout ». Y retourne, et s’immole. « Je me suis planté devant, pour ne pas qu’il y ait d’erreur, pour qu’on sache que c’était chez eux. » Deux jeunes gens voient Patrice en flammes, le couvrent de leur veste pour éteindre l’incendie. Les gardiens de la Carsat le prennent ensuite en charge, et l’amènent aux douches du bâtiment en attendant les secours. Les journaux locaux relatent immédiatement l’affaire, et l’information remonte jusqu’à la ministre de la santé Marisol Touraine, qui appellera l’hôpital marseillais pour prendre des nouvelles dès le lendemain. Le 28 avril, dans toute la France, les intermittents se mobilisent, on est en plein mouvement social, l’ambiance est électrique.

Malgré le raffut, la police attend le vendredi, trois jours après l’immolation de Patrice, pour prévenir sa fille. Coraline est dans le métro parisien, elle n’entend pas bien. Le policier répète son message, la jeune femme finit par intégrer l’information et prend le premier train pour Marseille. « Mon père n’était pas déprimé, ni suicidaire. Au contraire, il faisait attention à lui, à ce qu’il mangeait, aimait cuisiner des produits frais. Peut-être que la perspective de mon arrivée, et de ne pas avoir les moyens de m’accueillir correctement, l’a fait paniquer ? » Trois mois plus tard, Patrice explique son geste : « Je suis locataire, je n’ai aucune économie, j’ai l’habitude de vivre comme ça, avec peu de moyens. Je savais que ma retraite serait toute petite, c’était pas grave. Mais là, j’ai eu le sentiment que du jour au lendemain, j’allais me retrouver sans rien, sans aucun revenu. »

À peine arrivée à Marseille, après avoir vu son père « entre la vie et la mort » selon les médecins, Coraline écrit un texte pour raconter ce qui s’est passé. Le texte circule dans les réseaux militants, sur Facebook. Coraline intervient à Nuit debout, à Marseille, et rassemble autour d’elle un petit noyau dur, collectif improvisé fait de syndicalistes, nuitdeboutistes ou simples usagers du service public. Ensemble, ils tentent depuis de sensibiliser la Carsat et les usagers au drame de Patrice, en organisant tractages et manifestations. Assis autour d’un café au centre de rééducation de Hyères, Coraline dit à son père : « Tu as ouvert le bal, je n’ai fait que suivre. »

 

À la Carsat de Marseille, Anne Dumontel et Élodie Meissel, respectivement directrice et sous-directrice retraite, assurent également que « depuis des semaines, on vit autour de ça ». « C’est suffisamment choquant pour que ça nous interpelle », poursuivent les deux femmes. Elles disent aussi leur « étonnement », plaident que le dossier de Patrice Claude était un « dossier normal », qui n’a pas particulièrement traîné. Le retraité, qui à 62 ans n’avait pas tout ses trimestres, est éligible à l’Aspa, communément appelé « minimum vieillesse ». Sa pension au total avoisine les 800 euros. « Nous sommes 1 500 salariés. Bien sûr qu’une personne en vacances ne met pas en péril un dossier…, fait valoir Anne Dumontel. Pour l’Aspa, c’est vrai que ça prend un peu plus de temps, parce qu’il faut qu’on vérifie auprès de la Caf, de Pôle emploi, pour voir si le dossier est conformeMais on lui a dit que son dossier serait prêt au 1er mai, et qu’il serait payé une première fois le 9 juin. » Sa collègue ajoute : « Le passage à la retraite est un moment compliqué pour tout le monde, nous pouvons comprendre qu’il se soit senti impuissant. »

Administrativement, le dossier a été débloqué le 28 avril, le lendemain de l’immolation. « C’est parce que mon père s’est immolé que ça a bougé », assène Coraline. « On notifie en général quelques jours seulement avant la date de retraite, il s’agit d’une coïncidence malheureuse », récuse la Carsat. La caisse de retraite souligne par ailleurs ses « bons résultats » : trois à quatre mois de durée de traitement en moyenne, 96 % des paiements effectués dans les délais, 90 % des retraités « satisfaits des contacts avec la Carsat », selon un audit externe (réalisé pendant un mois sur 300 personnes).

Les témoignages, qui ont afflué par mail ou directement auprès de Coraline Claude après l’immolation de son père, décrivent un tout autre monde. « J'ai déposé mon dossier en novembre, raconte une femme, retraitée depuis le mois d’avril et qui en mai n’avait toujours pas de nouvelles. Je ne connais pas le montant de la retraite que je vais toucher. J’ai dû apporter la preuve d'avoir cessé mon activité salariée au 31 mars. Je ne peux plus prétendre aux Assedic : comment survit-on financièrement ? » Un autre, en mai : « J’ai déposé ma demande de retraite il y a plus de 6 mois et 10 jours… 
Impossible d'avoir en direct la personne qui traite mon dossier pour savoir ce qui se passe. 
Je ne sais plus quoi faire pour enfin avoir mon dû ! »

 

Coraline Claude, lors d'une manifestation devant la Carsat, en juin. © Crédit : Boris Nicot
Coraline Claude, lors d'une manifestation devant la Carsat, en juin. © Crédit : Boris Nicot

 

Boris, fils d’un artiste peintre à la retraite, fait de son côté ce récit. « Ça s’est débloqué pour mon père… après l’immolation de Patrice. Son dossier était en attente depuis quatre ans. »...

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 16:51

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

Face au pessimisme ambiant, ils agissent, font bouger la société à petite ou grande échelle.
Le Monde est allé à leur rencontre.

 

Jocelyne Fort

et sa terre de formation

Jocelyne Fort ne voulait pas vendre sa ferme. Elle voulait transmettre son savoir-faire. Elle a transformé son exploitation en espace de formation pour jeunes agriculteurs.

La salade du jardin trône sur la table, à côté des fraises fraîchement cueillies. « Un peu trop sucrées pour moi », commente Jocelyne Fort en en croquant une. « Je râle tout le temps ! », se justifie-t-elle dans un éclat de rire. Puis, plus sérieuse : « Mais je pense que c’est nécessaire. » C’est ce trait d’un caractère affirmé qui a permis à la maraîchère, sur le point de prendre sa retraite, d’inventer une seconde vie pour son exploitation de 18 hectares, en la transformant en un espace de formation pour jeunes agriculteurs.

Pourtant, ce ne fut pas aussi simple qu’elle l’espérait. Car Jocelyne ne voulait pas vendre. « Un gros exploitant, qui avait 400 hectares, là-bas derrière », raconte-t-elle en pointant l’horizon, était prêt à lui racheter son domaine,qu’elle a construit en 2000 avec son compagnon, Jean-François. Une proposition balayée d’un geste par la paysanne. « Pas question de vendre mes terres à n’importe qui. Je me suis battue pour en arriver là », dit-elle, catégorique.

 

« Comme une voleuse »

« Là », c’est la ferme La Roustide, à Jonquières-Saint-Vincent (Gard), dont l’intégralité des fruits et légumes biologiques sont vendus directement au consommateur. Ce circuit court des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) fonctionne sur le principe du partenariat : le consommateur s’engage, plusieurs mois à l’avance, à acheter au producteur un panier chaque semaine. « Je ne voulais pas laisser tomber mes “amapiens”. S’ils n’avaient pas été là, je ne m’en serais pas sortie », explique avec pudeur Jocelyne.

 

Photo de Arnold Jerocki

Au début des années 2000, après des années à travailler pour des grossistes étrangers, qui vendaient l’essentiel de leur production en Suisse et en Allemagne, Jocelyne et Jean-François commencent à connaître des difficultés financières. La production bio est en plein essor, mais les consommateurs encore frileux. Ils ne peuvent pas lutter face à la concurrence de plus grosses exploitations. Seuls les légumes calibrés trouvent preneurs.« Un melon devait peser entre 750 et 900 grammes et une courgette mesurer entre 14 et 18 cm », se remémore Jocelyne. Les légumes qui ne rentrent pas dans les clous partent à la broyeuse, et avec, une partie du chiffre d’affaires. Une aberration : « A quoi ça sert de faire ce métier si c’est pour jeter ? »

« Je nourris les gens »

Le couple se déclare en cessation de paiement en août 2005 et demande un redressement judiciaire. Deux mois plus tard, Jocelyne se retrouve au tribunal de grande instance de Nîmes. « C’était un moment très difficile. J’avais 50 ans, j’avais travaillé toute ma vie et je me retrouvais comme une voleuse, devant une juge », se remémore-t-elle, encore émue. Son plan : se reconvertir en AMAP, une idée soufflée par un fournisseur quelques mois auparavant. « J’ai convaincu la juge sans savoir exactement ce que c’était », sourit-elle. Il ne lui a fallu que quelques mois pour savoir qu’elle avait fait le bon choix. Aujourd’hui, Jocelyne « nourrit » chaque semaine 250 familles, qui lui ont fait confiance et dont la plupart sont devenus des amies.

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Photo de Arnold Jerocki

 

Il y a quatre ans, la maraîchère a commencé à aspirer à une vie un peu plus tranquille. Elle qui intervenait déjà dans les écoles pour faire connaître son métier suit alors une formation sur la transmission. C’est le déclic. Jocelyne veut transmettre, s’assurer qu’une autre génération va prendre la relève et faire perdurerun métier qui, selon elle, se perd. Tout autour, dans la région, l’agricultrice a vu les exploitations de maraîchage se réduire comme peau de chagrin. Jocelyne se définit comme une « terrienne. Je nourris les gens. Et je me bats parce que, si on ne forme pas de nouveaux paysans, à part les industriels, qui les nourrira dans dix ans ? »

 

« A 3 ans, dans les champs »

Elle se met alors en quête d’un repreneur prêt à conserver la certification bio, mais aussi ses amapiens. En parallèle, elle achète dans les Cévennes une maison pour y créer des chambres d’étape et 2 hectares de terres qu’elle compte cultiver avec son compagnon. Mais pendant trois ans, elle ne trouve aucun candidat sérieux à la reprise de l’exploitation parmi les jeunes en reconversion professionnelle qui sortent de formation agricole. Selon elle, ils n’étaient pas prêts : « A l’école, on informe, c’est sur le terrain qu’on se forme. » Fille d’agriculteurs, Jocelyne a tout appris auprès de ses parents. « A 3 ans, on est dans les champs, à 15, on fait les marchés. Un enfant de paysan, il sait faire. »

Retrouvez le deuxième portrait de notre série #CeuxQuiFont : Ryad Boulanouar, le compte sans banque

Une nouvelle fois, la maraîchère doit rebondir. Elle prend conscience que si elle veut transmettre à un jeune agriculteur son exploitation, elle doit le former. A la fin de 2015, Jocelyne entrevoit la solution avec la couveuse agricole Coup d’pousses – dont elle est vice-présidente – qui lui propose de faire de La Roustide une terre de formation en y installant plusieurs apprentis paysans, sous la direction de Laurent, le chef des cultures… celui-là même à l’origine de l’idée de l’AMAP. L’objectif pour ces futurs maraîchers : apprendre un savoir-faire en un à trois ans et lancer leur propre affaire.

Mais pour mettre en œuvre ce projet, Coup d’pousses avait besoin d’argent, notamment pour lui racheter son matériel agricole. Ce sont ses amapiens qui ont une fois de plus répondu présent, sous forme de prêts et de dons à l’association, complétés par une collecte en ligne. Au début de juin, un premier « couvé » est arrivé à La Roustide. Il sera bientôt suivi par cinq autres. Quant à Jocelyne, elle prépare ses valises. Le départ pour les Cévennes est prévu la semaine prochaine.


 

 

Source : http://www.lemonde.fr

 

 

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 14:21

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Alternative

Grâce au recyclage, une association permet aux familles populaires d’acquérir un ordinateur pour 50 euros

par

 

 

 

A Montgeron en Essonne, mais aussi dans les communes voisines de Corbeil et de Ris-Orangis, un réseau de ressourceries récupère les objets en fin de vie pour leur offrir une seconde jeunesse et les remettre en circulation. Mais La fabrique à neuf va plus loin : elle répare les ordinateurs pour les revendre à tout petit prix, propose des ateliers de couture et des contrats-aidés, transforme le design des objets pour leur donner une nouvelle utilité. Un ensemble d’activités à la confluence de l’action sociale et de l’écologie pratique, sur un territoire où chômage et pauvreté entretiennent habituellement les barrières. Basta ! a rencontré ses animateurs.

 

Pour découvrir ce reportage en grand format, cliquez sur la photo ci-dessous.


La localisation semble parfaite. D’un côté, un monument quasi historique, l’hôtel-restaurant Le Réveil Matin, d’où partit le tout premier tour de France, le 1er juillet 1903. De l’autre, un centre commercial ainsi que la plus grande coopérative d’aliments bio d’Essonne. Au milieu trône crânement la ressourcerie de Montgeron, un établissement qui se donne pour mission de remettre en usage certains objets et matériaux habituellement considérés comme des déchets. L’établissement, qui comprend une boutique et un site de dépôt, est l’une des ressourceries lancées dans le département par l’association La fabrique à neuf, à Montgeron, Corbeil-Essonnes et Ris-Orangis.

La ressourcerie de Montgeron récupère ainsi les déchets de « monsieur et madame tout le monde », de même que ceux d’entreprises, d’associations ou de collectivités. Ce type d’établissement, parfois appelé « recyclerie », s’attèle à sortir du cycle de l’enfouissement la plus grande part possible des déchets que nous produisons. En 2012, les Franciliens ont jeté en moyenne 472 kg d’ordures ménagères par an et par personne. A la même période, la moyenne nationale était de 590 kg par habitant.

 

 

Récupérer et remettre en circulation les objets

« A la ressourcerie, nous récupérons tous ce dont les gens ne veulent plus : mobiliers, vaisselle, hi-fi… Des encombrants jusqu’aux objets des vide-grenier, présente fièrement Fabrice Boutard, dynamique trentenaire qui, lorsqu’il n’anime pas la tranche matinale d’une radio francilienne, est bénévole à La fabrique à neuf. Une partie des objets nécessitent un coup de chiffon ou un tour de vis pour leurs redonner une seconde vie, puis on les revend à un tarif solidaire. C’est une forme de recyclage. »

 

 

Tous les objets récupérés ne subissent pas le même traitement. D’abord, parce que tous ne sont pas usagés. « Nous récupérons ou recevons plein d’objets neufs. Certains sont encore dans leur emballage d’origine ! » Cyril Henry, un quarantenaire directeur de la boutique de Montgeron, en est sidéré. Inquiet de l’état de la planète qu’il léguera à ses enfants, il s’est reconverti ici après avoir été régisseur dans le cinéma. « J’étais déjà "maître compost", et je me suis dit que ce que l’on pouvait faire dans le compost, on devait pouvoir le faire avec les déchets non-organiques. »

 

L’upcycling : concevoir de nouveaux produits à partir des anciens

Cyril et l’équipe de La fabrique à neuf ne se contentent pas de valoriser la matière en donnant un coup de neuf à d’anciens produits. Ils repensent parfois totalement leur usage et leur design pour créer un nouvel objet, dont la qualité peut en être améliorée. C’est ce que l’on appelle l’upcycling ou, en français plus académique, le surcyclage. A Montgeron, on utilise des éclairages industriels pour concevoir des lampes de maison branchées. On fusionne des livres et des abats-jours ; on transforme une montagne d’ouvrages en comptoir avant-gardiste ; une ligne de joueurs de baby-foot devient un porte-manteaux.

 

 

La fabrique à neuf entend valoriser un autre modèle de consommation. « Nous voulons contribuer à changer le regard que la société porte sur les déchets, en suggérant qu’il s’agit d’une ressource plutôt que d’un rebut dont il faudrait se débarrasser », développe Fabrice. « Nous voulons aussi et surtout que les gens se rendent compte de la folie que représente la surconsommation dans laquelle nous baignons, complète Cyril. Exception faite des chineurs et les collectionneurs — qui sont les bienvenus ! — la plupart des gens ne viennent pas ici pour chercher un objet superflu, mais au contraire quelque chose dont ils ont besoin ».

 

A prix modique, donner une seconde vie aux ordinateurs

C’est de la volonté combinée de lutter contre la surconsommation et d’offrir une réponse à certains besoins, que Fabrice a lancé une initiative originale. Son constat : les ordinateurs dont les gens se débarrassent régulièrement ne sont souvent ni cassés ni irréparables. « Pour la plupart ils sont juste remplis de virus qui dégradent le fonctionnement du système. Dans d’autres cas, complète-t-il, ils sont victimes de l’obsolescence programmée », cette pratique des industriels qui consiste à réduire artificiellement la durée de vie d’un produit, en vue d’inciter son utilisateur à en acheter un nouveau.

 

 

« Nous pouvons donner une seconde vie aux ordinateurs », parie Fabrice, qui a montré la viabilité du projet aux autres ressourceries du réseau. En nettoyant tel ordinateur, en empruntant une pièce de celui-ci pour l’installer sur celui-là... c’est près d’une centaine de machines qui ont été vendues à des prix imbattables. 50 euros pour un ordinateur fixe complet — tour, clavier, souris, écran — 40 euros pour un portable, 30 euros pour une tour seule ! « Nous faisons passer le message qu’un ordinateur à 800 euros n’est pas indispensable, à moins de jouer à des jeux vidéos dernier cri. Si c’est pour aller sur internet, regarder des vidéos, rédiger du courrier, les ordinateurs que nous proposons sont parfaitement suffisants, martèle Fabrice avec passion. Ça fait du bien de voir les gens repartir avec des étoiles pleins les yeux ! »

 

 

Action sociale et conscience environnementale

La clientèle de La fabrique à neuf est souvent loin d’être aisée. En 2012 à Montgeron, le taux de chômage avoisinait 10%, et le taux de pauvreté 14%. A Corbeil-Essonnes non loin de là, le chômage était supérieur à 16%, le taux de pauvreté à 25%. A Ris-Orangis encore, 13% de chômage et 18% de pauvreté. Fabrice pense à Patricia, dont le vieil ordinateur « était tellement lent, tellement plein de virus » qu’il ne marchait plus. Une vraie catastrophe, car elle ne pouvait plus faire ses démarches auprès de la CAF, du Pôle emploi et des autres services publics. « Quand elle est partie avec son ordinateur à 30 euros, nous savions que nous avions modestement changé sa vie », se souvient Fabrice, encore ému.

La même émotion saisit Cyril lorsqu’il raconte une anecdote similaire : « Je me souviens d’un couple qui était dans une situation sociale difficile, qui ne pouvait plus faire de courses pour le plaisir. Lui a découvert la ressourcerie, qu’il a fait connaître à sa compagne. Ils sont venus y faire des courses et sont repartis avec bonheur et une forme de dignité retrouvée. Ce que nous offrons aux gens, c’est aussi une forme de pouvoir d’achat et nous en sommes très fiers. »

 


 

Les actions de la ressourcerie ne s’arrêtent pas là. A l’étage de la boutique de Ris-Orangis, Lætitia, 37 ans, directrice des magasins de Corbeil et de Ris-Orangis, assure un atelier couture pour Kani et Assa, deux jeunes adolescentes vivant dans un quartier mitoyen. Qu’il s’agisse de leur public ou des salariés sous contrats aidés, les animateurs de La fabrique, ancrés dans le secteur de l’économie solidaire, se pensent comme des bâtisseurs de lien social. Mieux, ils œuvrent à ce qu’ils qualifient volontiers d’écologie populaire. « L’association a été fondée sur l’idée de convergence entre motivations sociale et environnementale, rappelle Lætitia. Nous ne sommes pas intrinsèquement écolos, mais nous avons quand même une véritable sensibilité en la matière ».

Eros Sana (texte et photos)

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du projet Médias de proximité, soutenu par le Drac Île-de-France.

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 14:03

 

Source : http://www.cadtm.org

 

 

Répondre aux « Questions qui piquent sur la dette et l’austérité »

Comment est-ce possible que les dirigeantEs prennent de telles décisions ?

Question 13

25 juillet par CADTM Belgique , Benoit Coumont

 
 

CC - Flickr - Non à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes

 

Au CADTM, on sait trop bien ce que c’est d’être flippéE, voire découragéE, par toutes ces questions sur lesquelles on sèche. Du coup, inspiréEs par nos meilleurEs piqueurs et piqueuses (notre famille, nos potes, le pizzaiolo d’en face, les gens que l’on rencontre en animation), le CADTM Liège a organisé plusieurs sessions d’élaborations collectives d’éléments de réponse à ces piques (qu’elles soient d’ordre technique ou plus « politique »).

 

Ce travail a engendré une brochure que vous pouvez retrouver en entier ici.

 

Comment est-ce possible que les dirigeantEs prennent de telles décisions ?

Tous les gouvernements de la planète – ou presque – ont largement adopté une politique néolibérale. Partout, les partis au pouvoir – de gauche à droite – appliquent les mêmes recettes : austérité et contre-réformes pour exploiter au maximum le travail et la nature au profit des détenteurs et détentrices de capitaux.

Mais pourquoi nos dirigeantEs continuent-ils/elles une telle politique ?

Une partie d’entre-eux/elles, d’abord, est vraisemblablement convaincue d’agir ainsi pour une gestion saine de la collectivité. Naïve ou ignorante, elle ne connaît pas d’autres manières de faire. L’école, formidable instrument d’uniformisation des pensées et garante du système, lui a toujours martelé les mêmes thèses et qu’ « il n’y a pas d’alternative ». Concernant les finances publiques, le calcul paraît simple : on diminue toutes les dépenses – ou presque – et le budget finira bien par revenir à l’équilibre. Et « si l’austérité ne fonctionne pas, c’est que nous n’allons pas assez loin », qu’on n’applique pas assez bien les recettes (que ce soit dans les pays du tiers monde depuis plus de trente ans ou en Europe depuis 2009). La Grèce, meilleure élève de l’UE dans l’application des mesures d’austérité, nous prouve par sa situation économique et humanitaire désastreuse que cet aveuglement idéologique coûte cher.

Bien évidemment, cette politique profite à certainEs : les banques sont sans cesse recapitalisées et sauvées de toutes leurs spéculations (sur la dette, entre autres) et les multinationales bénéficient du démantèlement des conquêtes sociales. Or, les connivences d’intérêts entre patronNEs et éluEs sont fréquentes ! Ils/elles se connaissent bien, ont fait les mêmes écoles et forment une même classe sociale |1|. Ainsi, le premier secrétaire du Parti socialiste fréquente bien plus de PDG que d’ouvriers et ouvrières. Beaucoup passent des affaires aux postes politiques et vice et versa.

Ajoutons que les multinationales (dont les banques privées) ne lésinent pas sur les moyens pour influencer les décisions politiques. Championnes du lobbying |2|, elles font en sorte que les lois préservent leurs intérêts. L’hypocrisie atteint son paroxysme quand les textes de loi sont écrits par l’industrie elle-même |3|. On comprend alors que le pouvoir ne réside pas (uniquement) dans les Parlements. L’éluE, serait-il/elle de bonne foi, voit ainsi sa marge de manœuvre se réduire.

Le système de démocratie représentative est également à mettre en cause. Nous ne pouvons nous étendre ici, mais soulignons ne serait-ce que le fait que le cycle électoral ne permet pas de se soucier des politiques – au sens noble du terme – à long terme.

Enfin, si nos dirigeantEs prennent de telles décisions, c’est aussi (surtout) parce que nous les laissons faire !

Nous avons beau représenter 99 % de la population, nous sommes isoléEs. Car dans la pensée dominante, véhiculée par les médias, l’ennemiE est la personne qui refuse l’intégration au système, marginale, chômeuse, sans-papier... Cette cible est tellement plus atteignable, que nos véritables oppresseurs qui ne sont atteignables que lorsqu’on s’organise.

L’histoire nous a montré, et continue de nous montrer, que les prétenduEs dirigeantEs ne prennent des décisions dans l’intérêt de l’ensemble de la population que lorsque celle-ci ne lui laisse pas d’autre choix.

 

Notes

|1| Lire, à ce sujet, La violence des riches de Monique et Michel Pinçon-Charlot.

|2| Voir, entre autres, tout le travail de Corporate Europe Observatory (CEO) : http://corporateeurope.org/

|3| Citons, s’il en faut, l’exemple, d’un projet de règlement relatif aux émissions sonores des véhicules sur lequel les parlementaires européenNEs se sont prononcéEs en 2012. Affaiblissant drastiquement les normes au bon plaisir de l’industrie automobile, le texte émanait directement des bureaux de Porsche AG. Source : http://www.iew.be/spip.php?article4982

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Source : http://www.cadtm.org

 

 

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