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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 16:10

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

 

#Assezdeviebroyée

Coup de gueule d’une infirmière. « Un citron pressé qui voit rouge et qui rit jaune »

Publié le 28 septembre 2016

 

 

 

 

Nous relayons ci-dessous le « coup de gueule » d’une infirmière, publié sur le blog C’est l’infirmière, Brèves et chroniques d’une infirmière rurale http://cestlinfirmiere.blogspot.fr/2016/09/les-infirmiers-ces-gros-citrons.html?m=1. Très beau témoignage sur la dureté et la beauté d’une profession pourtant bien méprisée par les politiques de santé de ces dernières années.

 

—Ah oui oui, j’ai vu à la télé l’autre jour, y’avait des infirmières qui parlaient de leurs conditions de travail et tout. C’est vrai que vous avez pas un boulot facile hein… Vraiment dur et ingrat des fois… ‘Pis vous êtes mal payé… Mais c’est un beau métier hein attention ! Mais moi j’voudrais pas l’faire…

 

«  J’voudrais pas l’faire…  » .

Le gentil petit père qui me tendait le bras pour sa prise de sang semblait presque peiné pour moi que je sois infirmière. Que je sois celle qui tenait l’aiguille à la recherche de l’unique micro-veine dans le pli de son coude, pour 3€04 net. Que je sois celle qui venait laver, habiller sa femme, dans une maison inadaptée pour 5€20 net la demi-heure. Que je sois celle qui parcourait les kilomètres au milieu des champs qui les séparaient du bourg dans lequel ils ne pouvaient plus se rendre, pour 2€50 à chacun de mes déplacements…

Mais voilà même si mon métier est parfois« dur et ingrat », mes patients restent le formidable moteur de ma motivation à me lever tous les matins. Grâce à eux, je n’ai presque pas besoin d’un pied de biche pour me décoller du matelas. Parce que je sais que ma petite-mamie-soleil va me sourire comme la veille, parce que je sais que mon autre patient-chouchou me demandera comment je vais moi et que ça me touchera comme la dernière fois, parce que je sais que sans mes soins, beaucoup de mes patients ne pourraient pas rester chez eux à profiter de ces maisons qui les ont parfois vus naître…

Mais alors que j’aime profondément mon métier, ceux que je soigne me font parfois l’effet d’un morceau de sucre dans le réservoir tellement certaines de leurs réflexions, volontaires ou non, ralentissent voire stoppent mon envie de continuer à aider l’autre :

« Vous êtes en retard !… Et c’est déjà bien assez cher !… Vous trouvez pas ma veine alors que vot’collègue, lui, il y arrive toujours !… Vous êtes en avance !… Ah parce que vous travaillez aussi le dimanche et à Noël ? Vous avez une sale mine ce matin !… Ah mais si, je suis sûr de vous avoir payée !… Ah bah pour une fois vous êtes à l’heure !… ».

« J’voudrais pas l’faire… ». Voilà ce qu’il m’a dit ce matin. Quelques mots tout cons, comme autant de petits sucres dans mon moteur un poil fatigué je dois l’avouer. Et d’un coup, sans crier gare, je n’ai plus eu envie. Je me suis garée sur le bas-côté tout près de ce grand chêne, un des rares endroits où je captais suffisamment pour écouter mon répondeur :

— Oui bonjour, voilà, je voulais savoir si vous pouviez venir voir mon pied parce que la plaie coule beaucoup et ça sent quoi… Ça sent pas bon en fait. J’ai une ordonnance mais le chirurgien m’a dit de faire mes pansements moi-même parce que je n’avais pas besoin d’une infirmière… Mais là ça fait dix jours que c’est rouge et ça coule et ça fait mal, voilà. Je serais chez moi qu’en début d’après-midi parce que je dois sortir faire des courses. À tout à l’heure !

Pfff.

J’ai reposé ma tête contre le siège de ma voiture en soufflant ce bruit de ras le bol, comme si mon envie se dégonflait. Quelques semaines plus tôt, c’étaient des injections ratées d’anticoagulants que j’avais dû rattraper chez une dame et peu de temps après, c’étaient carrément des agrafes qu’un patient s’était enfoncé profondément dans la peau en voulant les enlever lui-même, parce que son médecin lui avait dit qu’il n’avait pas besoin d’infirmière pour faire ça s’il se procurait un ôte-agrafes… J’ai imaginé ces médecins dire à leurs patients combien mon travail était inutile et j’en ai eu marre, d’un coup, qu’on puisse supposer que je ne serve à rien. Et, comme un engrenage à la con, je me suis mise à penser à tout ce que j’essayais de mettre de côté durant ma tournée pour ne pas parasiter mes soins et cet esprit Full of love avec lequel j’essayais de soigner chacun de mes patients.

 

« Qu’on arrête d’assimiler la santé à la rentabilité »

J’ai repensé aux cinq infirmiers qui s’étaient donnés la mort cet été et à notre profession toujours dans l’attente que notre Ministre exprime une peine qui ferait écho à la nôtre. J’ai repensé à sa réponse sous la forme d’une « Prévention des risques psychosociaux-bla-bla-bla-ressers-moi-un-café », alors qu’on aurait besoin d’actions concrètes et non de tables rondes qui ne feraient que confirmer ce que l’on sait déjà. On a besoin de moyens et qu’on arrête d’assimiler la santé à la rentabilité. J’ai repensé à l’infirmière et à cette kiné libérale abattues il y a deux ans pendant leur tournée de soins et dont on n’a jamais entendu parler dans les médias. J’ai repensé à ce patient qui me doit 17€ et qui refuse de me payer malgré mes relances depuis deux mois.

J’ai repensé à la visite annuelle de l’agent de la CPAM la semaine dernière à mon cabinet et qui a conclu notre entretien par un : « Nous allons augmenter les contrôles concernant les IK (le paiement des déplacements hors commune) et les tarifications de nuit, attention à vous ! », alors que ces deux points ne concernaient même pas mes soins. Je me suis dit que j’étais une fraudeuse avant même de l’être, je me suis dit qu’on se foutait bien de ne pas me payer, je me suis dit qu’on se foutait bien que les patients mettent leur santé en danger et qu’on n’en avait rien à faire que les soignants aillent mal… Je me suis dit que j’étais un citron.

J’ai regardé mes mains qui tenaient fermement le volant, pas décidées à passer la première. Je me suis revue regarder ces mêmes mains la veille au soir, posées sur le clavier de mon ordinateur, et ces doigts qui ne savaient plus quoi écrire alors que je relisais pour la énième fois le message de cette jeune femme en souffrance que j’avais reçu sur mon blog :

— Je suis émue et enragée car il n’y a pas eu cinq infirmiers suicidés cet été, mais 6. La sixième, c’est ma Maman. Un lundi matin, elle n’a plus eu la force de se lever pour aller travailler. Elle était infirmière. C’était le 4 juillet, elle avait 48 ans.

J’ai dégluti une boule de tristesse aromatisée à la colère dont l’amertume me fit monter les larmes… À l’époque de mes coups de mou à l’hôpital, je refilais mon couloir à ma collègue en l’implorant de me laisser descendre fumer une clope deux minutes. Mais en libérale j’étais seule et j’avais eu depuis, l’excellente idée d’arrêter de fumer. ’Chié.

 

J’ai baissé ma vitre. Dehors, le soleil se levait, le ciel était clair et l’air était frais. J’étais garée en bordure de ce champ de vaches dont les pattes étaient perdues dans la brume, putain que c’était beau ! C’était ma « rephase » à moi ça, les vaches, les champs et tout le kit d’infirmière de campagne. Ça marchait plutôt bien d’habitude, mais ce matin-là je regardais mes mains qui ne bougeaient plus et qui agrippaient le volant.

Le regard perdu sur du rien, j’ai senti monter en moi la fatigue. Puis, la fatigue a laissé place à un ras-le-bol qui lui a laissé place à la colère. Et de la colère est apparue l’évidence : je suis un citron.

Un putain de gros citron d’infirmière. Un citron pressé qui voit rouge et qui rit jaune.

Les politiques et les institutions du soin ont raison finalement. Ils ont tellement raison en fait de nous presser puisque tout le monde s’en fout de la santé des gens. Parce qu’ils chercheront toujours à faire des économies sur la santé, au risque de mettre celle des patients et des soignants en danger, et tout le monde continuera de s’en foutre.

Mais ils ont raison parce que tant qu’il y aura des citrons, il y aura du jus. Tant qu’il y aura du jus, ils continueront de nous presser. Et on continuera de boire cette limonade dégueulasse avec laquelle ils nous rincent le gosier depuis trop longtemps… J’ai l’impression que ceux qui nous gouvernent, que ceux qui nous embauchent et que ceux qui nous payent pensent qu’ils nous tiennent par le bout de notre empathie. Ils sont persuadés qu’on continuera de soigner nos patients, parce que le droit de grève est inexistant dans les services et en libéral, parce qu’on aura toujours peur de mettre nos collègues et nos patients dans la panade. Ils se disent qu’on n’intentera jamais rien qui pourrait mettre en danger les autres parce qu’on les aime trop nos patients.

Parce qu’on est des gros citrons de soignants.

Parce que tant qu’il y aura du jus… Les politiques continueront de nous presser. Mais les soignants se tuent de soigner, les cinq suicides officiels de cet été auront au moins servi à le mettre en lumière : l’empathie et la bienveillance ne suffisent plus à garder un soignant droit dans ses crocs, nous avons besoin de moyens et de reconnaissance.

Il y a un effet-buzz autour du mal-être des soignants en ce moment. Des micro-reportages dans les journaux télévisés, des interviews données dans les émissions de radio. Je ne sais pas combien de temps ça va durer. La parole se libère et je suis consternée, mais à peine étonnée, d’entendre ces discours de soignants que j’entendais déjà à l’école. Mais combien de temps va durer l’intérêt des médias pour notre cause ? Ils vont forcément se détourner de nous et demain on ne s’inquiétera plus de savoir comment nous allons, comment nous soignons et combien se sont tués de ne plus réussir à soigner ceux qui s’indignaient hier derrière leurs écrans de télé…

J’ai finalement dû redémarrer ma voiture parce que je commençais à être sacrément en retard. Et alors que je venais de pousser la porte de maison d’une dame que je connaissais à peine, son accueil pourtant souriant m’a fait grincer des dents : « Mais vous êtes en retard ce matin, vous devez être pressée ! ». N’ayant pas eu le temps de m’expliquer et me voyant vexée elle a rajouté : « Ah mais non, c’est pas pour vous faire la remarque, j’ai eu peur qu’il vous soit arrivé quelque chose sur la route, tout va bien ? ».

Tout va bien, c’est juste une histoire de citron… De citron pressé qui a un coup de mou…

 

 

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

 

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 15:56

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Manifestation des retraités : quand les seniors cherchent un job pour s'en sortir

Ce jeudi 29 septembre, neuf organisations syndicales appellent à défiler à Paris pour manifester contre la paupérisation qui touche de plus en plus de personnes âgées. Derrière les slogans, une réalité : de plus en plus de retraités sont contraints de trouver un job pour survivre.
 
Le nombre de seniors travaillant après leur retraite a augmenté de 30% en six ans - Sipa
 
 

Alors que les pensions des retraités ne devraient de nouveau pas être revalorisées ce 1er octobre - signant une quasi stagnation pour la troisième année consécutive -, neuf organisations syndicales appellent à manifester ce jeudi à Paris à partir de 14h30. Dans les rangs, des seniors qui sont poussés à travailler, même à la retraite. Selon le dernier  paru le 6 septembre dernier, ils étaient en effet 366.253 en 2015 soit une hausse de 30% en six ans. Avec un âge moyen de 66 ans. Une situation qui se dégrade au fil des temps et qui en pousse certains à rester actifs par nécessité.

C'est le cas de Nicole. A 69 ans, celle qui était auparavant secrétaire de mairie dans une petite commune du Val d'Oise a décidé de s'inscrire sur jobretraite.fr. Elle y propose ses services pour toutes sortes de missions : baby sitting, travail de frappe ou soutien scolaire. "Ma petite retraite ne me permet pas de faire de folies, alors si je peux rendre quelques services et arrondir mes revenus, c'est parfait pour moi", explique-t-elle à Marianne. Pourtant, elle se passerait bien de "jouer à l'étudiante", elle qui a cotisé une bonne partie de sa vie. "Ce n'est pas de tout repos, mais je n'ai pas tellement le choix. Il faut dire qu'on ne nous donne pas d'autres solutions pour mieux vivre", déplore t-elle.

Des pensions gelées

Un constat que partage Michel Dagomet, membre du bureau national de l'Union nationale des retraité(e)s et des personnes âgées (UNRPA). "Ce genre de situation est le résultat des politiques menées ces dernières années", s'insurge t-il auprès de Marianne.

"D'abord les pensions sont pratiquement gelées depuis 2013. La dernière revalorisation date de 2015 et elle était de 0,1%, ce qui n'équivaut même pas au prix d'une baguette ! On pousse les retraités à devoir se débrouiller seul pour vivre, ou plutôt survivre. On devrait plutôt aligner les pensions sur le Smic."

 

Pour ce cadre de l'Unrpa, ce point là est le "symbole d'un abandon total des plus âgé(e)s par l'Etat" et est un des éléments qui provoquent le salariat des retraités. "Depuis 1987, pour les ex-salariés du privé, et 2003 pour ceux du public, les pensions sont alignées sur les prix et non sur les salaires. Conséquence directe : l'écart entre la pension moyenne et les salaires s'accentue chaque année et leur niveau vie décroche."

Pendant ce temps, selon l'INSEE, le taux de pauvreté des retraité(e)s ne fait qu'augmenter. Même s'il reste inférieur aux autres catégories, 7,9% d'entre eux vivaient sous le seuil de pauvreté en 2013, selon leur , contre 7,7% en 2012. Les organisations syndicales de retraités, qui attendent une réponse à leurs préoccupations, seront reçues au ministère de la Santé dès aujourd'hui pour discuter de la problématique.

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 15:22

 

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Édito du 27/09/16

Violences policières, répression syndicale : faisons front !

 

Publié le 28 septembre 2016

 

 

 

Dans les coups de matraque, les tirs de flashball, les mises-à-pied et les licenciements, il y a toujours une attaque contre toute la jeunesse, contre toutes les classes populaires, contre tout le monde du travail, quand ce n’est pas un crime, comme dans le cas d’Adama Traoré. Mais quand c’est trop, c’est trop !

 

C’est bien pour cela qu’il nous faut réagir de toute urgence. Dans la semaine qui s’ouvre et tout au long du mois d’octobre, l’agenda de notre classe est rempli à ras-bord de dates pour lesquelles les violences policières et la répression syndicale sont au rendez-vous.

Mardi c’est l’affaire des « chemises arrachées » des camarades d’Air France qui passe en procès à Bobigny. Les 19 et 20, à Amiens, c’est autour des Goodyear qu’il faudra être, pour les soutenir contre un patronat et un gouvernement qui les accusent tout simplement d’avoir défendu l’emploi avec leurs méthodes. Entretemps et après, c’est toute une série de camarades, interpellés ou arrêtés au cours de la mobilisation contre la loi Travail qui vont avoir affaire à la « justice ». Hier, lundi, c’est devant toute la presse réunie qu’un jeune prof, militant du NPA, a dénoncé les violences qu’il a subies alors qu’il tentait simplement de filmer, comme le droit nous le permet, l’interpellation d’une femme noire devant la gare de Saint-Denis dans le 93. Cette affaire commence à faire du bruit, mais elle n’est que l’expression d’une situation plus globale.

Si jusqu’à hier, dans les quartiers, « notre » police assassinait, lors des contrôles et des gardes-à-vues, bénéficiant quasi systématiquement de non-lieux, aujourd’hui, avec l’état d’urgence et le tournant autoritaire du gouvernement, sur fond d’islamophobie et de racisme d’État, nous pouvons toutes et tous être victimes de l’arbitraire policier.

 

C’est bien pour cette raison, et parce que nous ne pouvons laisser passer aucune attaque contre nos droits démocratiques et contre notre camp social, quand il se défend, qu’il s’agit de faire front. La police a sa propre justice, qui la blanchit. Le patronat a ses propres instances, qui couvrent les licenciements et poursuit les militants et les syndicalistes qui s’y opposent. Il nous faut notre propre front de lutte pour dire « Assez ! ».

C’est une question politique centrale qui doit s’inscrire dans notre agenda politique, pour défendre l’ensemble des camarades et entourer nos frères et sœurs de classe victimes des violences policières. Face au discrédit gouvernemental, à la violence de sa police et à la détermination des patrons, il serait plus que légitime que les organisations syndicales et politiques du monde du travail et de la jeunesse, à commencer par la CGT, la FSU, Sud de même que les syndicats et les organisations étudiantes, le PCF, le parti de gauche et l’extrême gauche, constituent le front le plus large possible pour exiger que justice soit faite pour tous les cas de violence policière et pour la levée immédiate de toutes les poursuites qui pèsent contre les militants, la population des banlieues et les syndicalistes.

Ne rien faire équivaudrait à laisser le champ libre à la droite, qui aiguise son programme antisocial pour 2017. Ne rien faire serait donner plus de grains à moudre au FN, qui continue à distiller son poison réactionnaire, xénophobe et antisocial. Pour cela, il nous faut avant tout faire front contre le gouvernement qui fait leur jeu, et qui emprunte régulièrement une partie de leur programme.

L’ensemble des dates qui s’offrent à nous doivent être investies par nos organisations : le 6 octobre, lors du meeting parisien à Tolbiac contre les violences policières, le racisme et l’islamophobie, les 19 et 20 octobre à Amiens contre la répression syndicale. Plus que jamais, il est de notre responsabilité qu’aucun camarade ne soit isolé. Plus que jamais, c’est ainsi que nous pourrons réellement préparer la riposte à venir.

 

 

Source : http://www.revolutionpermanente.fr

 

 

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 15:21

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Sarkozy a-t-il laissé éclater une émeute lors du CPE ? Un CRS valide la version de Buisson

 
 
 
 
Après les accusations de Patrick Buisson quant à l'attitude de Nicolas Sarkozy durant les manifestations anti-CPE en 2006, un CRS syndiqué à la CGT donne ce mercredi sa version des faits. Elle fait écho aux dires de l'ancien conseiller sans toutefois apporter de preuve.
 
Manifestation contre le CPE en 2006 - SIPA
 

« Nous avons pris la décision de laisser les bandes blacks et beurs agresser les jeunes blancs aux Invalides, tout en informant les photographes de Paris Match. L’émotion fût en effet à son comble, après la publication de photos dont l’opinion ne retiendrait qu’une chose : des hordes sauvages étaient entrées dans Paris. » Démentie par la rédaction de Paris Match, cette déclaration ravageuse de Patrick Buisson dans son dernier livre La cause du peuple ravive des souvenirs enfouis de certains CRS, dépêchés ce 23 mars 2006, par leur ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy dans un quartier en « état de siège» du fait d’une manifestation anti-CPE, le contrat première embauche.

 

 

L’un d’eux, chargé d’approvisionner en grenades ses collègues stationnés aux Invalides, affirme ce 28 septembre que cette compagnie déployée avec une bonne dizaine d’escadrons de gendarmes mobiles et d’unités CRS formait alors une ligne de front impressionnante, étirée de la rue Fabert à la rue Constantine. Et qu’il a vite compris qu’en face se passaient des choses bizarres, puisque des groupes de jeunes très mobiles et déterminés effectuaient des razzias suivies de lynchages et de vols d’effets de valeur sur les jeunes manifestants. Or selon son souvenir justement, les unités mobilisées progressent « trop lentement » :

« Des heures pour passer la rue Saint Dominique puis la rue de l’Université… En tant que responsable de l’armurerie, moi qui pensait ne pas chômer pour ravitailler en grenades mp7 mes collègues, je suis au chômage technique. Pas une grenade n’est lancée, pas une. Des consignes ont été données. »

S’agit-il seulement d’une retenue visant à éviter un drame comme celui de Malik Oussekine, cet étudiant décédé après avoir subi les violences de « voltigeurs » le 6 décembre 1986, qui avait eu des répercussions politiques ravageuses ? Le témoignage de ce CRS, syndiqué à la CGT Police, ne permet pas de l’exclure. Mais son syndicat ose lui faire feu de tout bois, en l’occurrence celui du très droitier Patrick Buisson, pour insinuer dans un communiqué que l’histoire s’est répétée dans la gestion des manifestations contre la loi Travail émaillée de violences de casseurs. Reste dans les deux cas, à apporter des preuves intangibles… 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 15:07

 

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Hier, j’ai été contrôlé par la police

Violences policières. « On va te violer, on va venir chez toi, on va venir à la Sorbonne vous exterminer toi et tes collègues »

Publié le 22 septembre 2016

 

 

 

Je sortais d’une gare de banlieue avec une copine, en fin de journée. Au moment de passer les tourniquets, on entend des hurlements. Pas un cri normal, mais un cri de douleur, intense, et l’on comprend immédiatement qu’il se passe quelque chose. Comme tous les autres à côté de nous, mon regard est capté par la scène qui se déroule sur notre gauche. Une femme noire d’une cinquantaine d’années est menottée, et c’est elle qui hurle que les menottes lui broient les mains, qu’elle n’en peut plus. Entre elle et le petit attroupement d’habitants qui s’est formé, une trentaine de policiers équipés, avec un chien d’assaut. Il y a la sûreté ferroviaire et la police nationale.

Les gens sont inquiets, l’ambiance est très tendue, tout le monde demande ce qui se passe, pourquoi ils torturent cette femme en pleine rue. La scène est marquante, elle ressemble à cet été après l’assassinat d’Adama, ou aux images de la mobilisation aux Etats-Unis : une rangée de policiers, face à une autre rangée d’habitantes et habitants noirs de la ville. Ces derniers sont clairs, ils n’ont aucune confiance. Un homme raconte comment son frère a été interpellé sans raison, mis en garde à vue et violenté. Les flics nous disent de « nous casser ».

J’avais peur pour la victime de cette interpellation, peur de cette scène raciste, je voyais la police déraper à tout moment. J’ai sorti mon téléphone pour filmer, en me disant que cela pourrait cadrer les choses, faire baisser le niveau d’impunité. Ça n’a pas duré plus d’une minute. L’un des flics m’attrape par l’épaule gauche et me fait pivoter : « celui-là on lui fait un contrôle d’identité ». Je demande pourquoi, il m’arrache mon téléphone. Je lui dis qu’il n’a pas le droit de le consulter sans mandat de perquisition.

Mais tout s’accélère : dès qu’ils ont réussi à me tirer de leur côté du cordon formé par leurs collègues, ils se mettent à deux sur moi, chacun me faisant une clé à l’un des bras. Une douleur énorme me traverse les articulations. J’ai les deux bras torsadés dans le dos, avec ces deux hommes dans des positions qu’ils ont apprises, qui pèsent de toute leur force pour me plaquer contre le mur. À plusieurs reprises, ils m’écartent un peu et me rebalancent, pour que je me cogne. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait juste de m’intimider et de me mettre à l’écart. Mais ils ne relâchent pas. J’ai le souffle coupé et je ne proteste plus, je me dis qu’ils vont m’embarquer pour « outrage » ou « rébellion », et sont en train de chercher à créer des faits de toutes pièces.

Le pire en réalité n’était pas la douleur. Les deux flics qui sont sur moi sont surexcités. Et ils se lâchent. Crânes rasés, les yeux brillants, j’ai du mal à croire que la scène qui suit est réelle. « On va te tuer, tu es mort, on va te défoncer, je te crève là sur place dans dix minutes ». Et au fur et à mesure que les cartilages s’étirent sous la torsion, ils remontent mes poignets dans mon dos, et augmentent la torsion. Celui de gauche me met la main sur les fesses. « T’as cru que t’allais jouer avec la police ? Regarde comme on va jouer avec toi  ». Et il me met une première béquille. Puis il remet sa main sur mes fesses. Avec les clés de bras, je ne peux plus respirer normalement. Nouvelle béquille. « On va te violer, ça te plaît ça ? Je vais te violer et on va voir si après tu filmeras la police ».

Ça continue. « Tu soutiens Daesh c’est ça ? ». « Quand ils vont venir tu feras quoi ? Tu vas les sucer ? ». « Faudra pas pleurer et demander qu’on te protège ». Je n’ai réalisé que plus tard qu’ils étaient en train de parler de Daesh... pour justifier leur attitude face à une femme racisée qui avait oublié son pass navigo.

Ils ouvrent mon sac et prennent mon portefeuille, le vident dans mon dos. Ils me prennent mes clopes en me disant de m’asseoir dessus. Ils trouvent ma carte de prof précaire à la fac. « T’es prof ? Quand l’État islamique viendra à la Sorbonne tu vas les regarder en te branlant ? ». Celui de gauche : « Regarde-moi, sale pédé. Sale pute. Tu habites là-bas hein ? (il montre mon immeuble). Je vais venir chez toi, je vais mettre une cagoule et je vais te violer ». Je suis vraiment abasourdi, je pense qu’il a répété les mêmes menaces une bonne vingtaine de fois en tout. J’ai affaire à des flics politisés, des flics de l’état d’urgence permanent, qui se vivent comme en guerre contre Daesh, un Daesh qu’ils assimilent à toute personne racisée, et avec qui j’aurais pactisé en me solidarisant de leur victime du jour.

Ils montent encore d’un cran. « Maintenant on va te mettre des coups de tazer, tu vas voir comment ça pique ». Et, toujours celui de gauche, m’envoie une décharge dans le bras. Je sursaute, et je me mets à trembler. J’essaie de ne pas le montrer, je ne dis rien, mais la pensée qui me vient à ce moment est que la situation va peut-être déraper encore plus. Qu’ils vont me faire une autre clé, ou me frapper avec leur tonfa avant de m’embarquer. « Tu vas crever ». « Je vais t’enculer ». Avec toujours les attouchements. Et la douleur est telle dans les bras, les épaules, le dos, que je me dis que je dois me préparer à ce qu’une de mes articulations lâche.

Derrière, j’entends la copine avec qui j’étais qui crie, qui leur dit de me lâcher. Je voudrais lui dire de laisser tomber. J’ai une boule au ventre : qu’est-ce que ces tarés lui feront s’ils l’interpellent ? Mais entretemps, l’attroupement a probablement un peu grossi, et le groupe de policiers doit savoir qu’il ne peut pas faire durer indéfiniment la situation. Celui qui me torsade le bras droit me dit : « Il faut qu’on chope la meuf, on la charge pour appel à rébellion  ».

J’entends qu’ils discutent entre eux. Un des deux hommes me lâche le bras et me dit : « Tu regardes le mur, si tu te retournes, si tu bouges, on t’ouvre le crâne ». Je ne bouge pas. « On va venir à la Sorbonne, on va vous exterminer toi et tes collègues, sale gauchiste ». Puis ils me retournent et je me retrouve devant les yeux exorbités du flic qui me tenait le bras gauche. « T’es contractuel sale bâtard ? On va te faire un rapport salé, ta titu tu peux te la mettre ». Je ne dis rien. Ils m’appuient sur la poitrine. « Maintenant tu déverrouilles ton téléphone et tu effaces la vidéo ». Je m’exécute, en me disant que c’est dans ma tête et pas sur ces images de l’attroupement statique que ce qui vient de se passer est gravé. Il m’arrache l’appareil, et ouvre le dossier photo, commence à tout regarder.

Puis tout à coup, le reste de leur groupe charge les habitants qui s’étaient regroupés. C’est rapide et extrêmement violent. Je vois leur chien se jeter sur les gens, et eux avec les gazeuses et les tonfas. Tout le monde fuit, en panique, y compris les personnes âgées. Les deux policiers qui m’ont agressé me jettent mon portefeuille et son contenu à la figure et partent en courant. Je crains pour mon amie, je ne la vois pas. Mais je l’aperçois finalement qui revient, elle avait réussi à s’échapper. Rien à faire d’autre que rentrer chez nous, la rage au ventre, et tout le torse ankylosé et douloureux. Je me dis que cette police raciste serait allée encore plus loin si j’étais racisé. Un homme nous explique que c’est comme ça dans toute la ville depuis ce matin. « Vous voyez, on ne fait rien, mais ils tabassent des gens au hasard pour susciter des troubles ». On se réconforte mutuellement, se souhaite bon courage. Il en faudra ; mais on n’en manque pas.

En rentrant, j’ai repensé à un morceau de D’ de Kabal, qui raconte exactement la même scène :

 

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 14:18

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Viralité

Projet de pipeline : les Amérindiens ont mis les réseaux sociaux de leur côté

La mobilisation de la communauté amérindienne contre la construction d’un pipeline dans le Dakota a été entendue, depuis qu’elle s’est déplacée sur les réseaux sociaux.

 


 

 

C’est une petite victoire pour la communauté amérindienne. La semaine dernière, le gouvernement américain a indiqué interrompre temporairement la construction d’un pipeline : un oléoduc de pétrole brut long de 1 770 kilomètres censé transporter 570 000 barils par jour et allant de l’État du Dakota à celui de l’Illinois, dans le centre des Etats-Unis. Le projet avait été annoncé en avril.

Depuis, plusieurs des tribus d’Amérindiens, avec en chef de file celles de la réserve de Standing Rock, se battent contre l’aboutissement du projet. Et pour cause, la gigantesque infrastructure menace leurs terres. Le transport des combustibles fossiles risque de contaminer considérablement leurs ressources en eau, de les empêcher de pêcher, en plus de profaner leurs terres sacrées. 

Dès l’annonce du projet, la réserve de Standing Rock est montée au créneau : tractations, manifestations, lobbying, tentatives de négociations. Mais leurs démarches ont trouvé peu d’écho, si ce n’est chez les écolos américains.

 

Arrivée en fanfare sur Twitter

Mais voilà, le mois d’août est arrivé et le mouvement a pris une toute autre ampleur. En cause, le déplacement du combat militant sur les réseaux sociaux. Sur Twitter et Facebook, la communauté amérindienne a lancé pendant l’été le hashtag #NoDAPL (pour «  No Dakota Access Pipeline ») et a ainsi gagné une visibilité foudroyante.

 

Les médias américains qui jusque là ne regardaient que d’un œil le mouvement, ont commencé à s’y intéresser. NoDAPL publie régulièrement des informations, vidéos, des témoignages.

 

Les stars s’en mêlent

Depuis, des célébrités montrent leur attachement à la cause de Standing Rock sur Twitter et entraînent ainsi une vague de solidarité. Leonardo DiCaprio, en leader de la bande, est rejoint au mois de septembre par tout le casting du film « Justice League ».

Ceux qui incarnent à l’écran Batman, Wonder Woman et Flash se mobilisent contre le projet.

 

 

L’acteur Ezra Miller (à droite dans la vidéo) explique :

«  En tant que gang de défense de la planète Terre, nous voulons témoigner de notre soutien à la grande nation des Sioux (Oceti Sakowin) et à ceux qui se tiennent à ses côtés contre le Dakota Access Pipeline. »

La vidéo a fait le tour du pays et a permis à la pétition contre le Dakota Access Pipeline, lancée en avril par les jeunes de la réserve de Standing Rock, de gagner en reconnaissance. Elle compte aujourd’hui plus de 320 000 signataires.

 

Alliance avec Black Lives Matter

Un second facteur, à la fin du mois d’août, va élever le mouvement à l’échelle nationale. Sur les réseaux sociaux, la cause des Amérindiens trouve écho chez les défenseurs du Black Lives Matter, mouvement né, lui aussi, sur les réseaux sociaux. 

A la fin du mois d’août, ils annoncent de manière solennelle leur solidarité envers le #NoDAPL sur le site officiel du Black Lives Matter.

Pour eux, le cas du Dakota Access Pipeline est l’illustration parfaite d’un clivage social aux Etats-Unis. La situation est révélatrice d’un pays constamment partagé entre la tradition conservatrice des minorités ethniques et un progressisme bâtisseur dicté par le capitalisme. 

L’auteure du blog Black Girl Dangerous raconte dans un de ses posts :

«  Cette forme de racisme environnemental est, évidemment, une norme culturelle aux Etats-Unis, que ce soit à l’encontre de la communauté noire ou amérindienne. »

 

Des Amérindiens manifestent à Denver, en solidarité avec les membres du Standing Rock, le 8 septembre 2016

Des Amérindiens manifestent à Denver, en solidarité avec les membres du Standing Rock, le 8 septembre 2016 - David Zalubowski/AP/SIPA
 

Le 27 août, des personnalités du mouvement contre les violences policières faites aux Noirs se sont d’ailleurs rendues sur le campement où siègent les activistes du #NoDAPL. Une alliance entre les deux groupes voit le jour. Kim Ortiz, cheffe de file d’une des branches du Black Lives Matter, explique au site Fusion  :

«  Nous nous sommes dit que nous devions vraiment être solidaires envers les tribus qui se tiennent à Standing Rock parce que nous savons très bien que tous nos tourments sont liés et que si nous n’unissions pas nos forces, nous ne gagnerons jamais. »

 

« Ce n’est plus comme avant »

Comme le rappelle Sciences & Avenir, la lutte s’est envenimée au début du mois de septembre. L’arrêt de la construction n’est que temporaire, mais elle est le signe pour cette communauté, habituellement marginalisée, qu’elle peut être entendue.

Landonna Brave Bull Allard, membre de la réserve de Standing Rock, a déclaré à la BBC :

«  Nous avons des avocats et des ingénieurs. Ce n’est plus comme avant, où ils venaient et on ne comprenait pas ce qu’ils nous disaient. Maintenant, on sait ce qu’ils font, on sait ce qu’ils disent et on connaît la loi. »

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

 

 

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 16:40

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

La Deutsche Bank, grand corps malade de la finance mondiale

27 septembre 2016 | Par martine orange
 
 
 
 

Menacée d’une amende record de 14 milliards de dollars par la justice américaine, la Deutsche Bank est en grande difficulté. En refusant de se porter garant de cette institution au cœur de la machine économique allemande, Berlin a déclenché une déroute boursière pour la banque. La banque, qui détient un portefeuille de 42 000 milliards de dollars de produits dérivés, fait peur à tout le monde.

Une phrase, une simple phrase, distillée ce week-end, a suffi à relancer la spéculation autour de la Deutsche Bank. Mais une phrase impensable pour les milieux financiers : l’Allemagne refuse d’être le garant en dernier ressort du géant financier. Dimanche, le magazine allemand Focus rapportait qu’Angela Merkel excluait toute aide du gouvernement allemand pour renflouer la Deutsche Bank. La perspective que Berlin pourrait ne pas aider sa principale banque, en difficulté, a déclenché une déroute sur les marchés. Lundi, le cours de la Deutsche Bank a chuté de 6,9 %, tombant à son plus bas niveau depuis 21 ans. Mardi, la banque a recommencé son parcours boursier chaotique, baissant encore de plus de 2 % dans la séance avant de se reprendre. La barre  symbolique des 10 euros est désormais le test pour les marchés.

En un an, la Deutsche Bank a vu son cours chuter de plus de 56 %. La capitalisation boursière du géant allemand est désormais à peine de 14,5 milliards d’euros, deux fois moins que celle d’Uber, alors que son bilan (1 600 milliards d’euros) représente plus de la moitié du PIB allemand.

 

Angela Merkel au siège de la Deutsche Bank en 2014 © Handelsblatt Angela Merkel au siège de la Deutsche Bank en 2014 © Handelsblatt
 

Depuis, les responsables de la Deutsche Bank tentent de calmer les esprits, démentant toute réunion avec le gouvernement. La banque, menacée par une amende record de 14 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros) par la justice américaine, est en capacité de faire face seule et n’a pas besoin de l’aide de l’État, assurait un porte-parole de la banque. Sans réellement convaincre.

 

La confidence de la chancelière faite à Focus avait pour but de mettre un terme aux rumeurs qui agitent Berlin depuis l’annonce de l’amende record réclamée par la justice américaine. Si les responsables politiques n’ont officiellement pas réagi à cette information, en coulisses, ils ne parlent que de cela. Les scénarios s’échafaudent pour imaginer les moyens de secourir la Deutsche Bank, si nécessaire, comme sur la façon de répondre aux États-Unis à ce qui est clairement perçu comme une mesure de rétorsion :  beaucoup analysent les 14 milliards de sanctions imposés à la banque allemande comme une réponse aux 13 milliards réclamés à Apple, poursuivi pour évasion fiscale par la Commission européenne.

Lundi, Hans Michelbach, un des responsables de la CDU, proche d’Angela Merkel, tentait de préciser la ligne arrêtée par la chancelière. « Il est inimaginable que nous aidions la Deutsche Bank avec l’argent des contribuables. Cela serait un tollé public. Le personnel politique perdrait toute crédibilité si le gouvernement franchissait cette ligne. » Avant d’ajouter : « Vous ne pouvez pas comparer la Deutsche Bank à Lehman Brothers. La banque est en position de faire face à la situation par ses propres moyens. » 

 

 © zero hedge
© zero hedge
 

Justement si. Cela fait des mois que des observateurs financiers comparent la trajectoire de la Deutsche Bank à Lehman Brothers, symbole de la crise financière de 2008, en se demandant si le géant allemand ne va pas être à l’origine d’une nouvelle crise. Le refus affiché du gouvernement allemand d’aider la banque renforce encore la comparaison : en 2008, le gouvernement américain aussi avait refusé, au nom de l’aléa moral, de se porter au secours de Lehman Brothers, estimant que le système était suffisamment résistant pour faire face à une faillite bancaire. On connaît la suite.

 

L’histoire se répète rarement. Les menaces que fait peser la Deutsche Bank sur le système financier international, n’en sont pas moins réelles. Le géant bancaire allemand est devenu le grand corps malade de la finance mondiale : à la fois too big to fail, too big to jail et too big to help. Il illustre toutes les dérives passées mais aussi la faiblesse de tous les remèdes imaginés depuis la crise de 2008, comme les contradictions des politiques européennes.

Un passé qui ne passe pas

En découvrant dans le Wall Street Journal du 16 septembre les montants de l’amende que le département américain de la justice avait l’intention de réclamer, le président de la Deutsche Bank, John Cryan, est tombé à la renverse. 14 milliards de dollars ! Quelques semaines auparavant, des rumeurs plus rassurantes circulaient pourtant : le montant de l’amende américaine pourrait être autour de 2,5 milliards de dollars, assurait-on alors. Une somme que la banque pouvait largement honorer. Mais 14 milliards de dollars, c’est autant que sa capitalisation boursière.

« La Deutsche Bank n’a pas l’intention d’accepter de potentiels dommages civils s’approchant de près ou de loin des chiffres cités. Les négociations commencent juste », déclarait très rapidement John Cryan. De son côté, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, insistait pour que le traitement réservé à la banque allemande soit « équitable » par rapport à celui des banques américaines. Une manière de rappeler que Goldman Sachs, poursuivi dans la même affaire, n’avait eu à payer que 5 milliards de dollars à la justice américaine.

Les poursuites engagées par le département américain de la justice relèvent d’une vieille affaire, celle des subprimes. La Deutsche Bank se voit reprocher d’avoir trompé ses clients en leur vendant des produits titrisés [residential mortgage backed security (RMBS)], adossés à des créances immobilières à la qualité douteuse, voire totalement pourries entre 2005 et 2007. Dans son livre The Big Short, Michael Lewis avait longuement décrit les dérives de la finance qui allaient mener à la crise des subprimes. Goldman Sachs et la Deutsche Bank y menaient la danse : elles étaient à l’initiative de pratiquement tous les produits que le monde allait découvrir avec stupéfaction en 2008.

Mais il a fallu attendre de nombreuses années avant que les régulateurs imposent des sanctions. Après avoir infligé une amende de 13 milliards de dollars à JPMorgan en 2013 puis de 16,6 milliards de dollars à la Bank of America en 2014, les régulateurs ont transigé avec Goldman Sachs en lui imposant 5 milliards de dollars en janvier 2016. Et le tour de la Deutsche Bank est arrivé.

Dans ses comptes 2015, la banque allemande a bien anticipé la menace de poursuites judiciaires : elle a provisionné 5,4 milliards d’euros pour les amendes éventuelles. La somme est bien insuffisante pour faire face à l’amende évoquée par la justice américaine. Surtout, ces provisions étaient destinées à faire face à toutes les actions judiciaires et litiges pendants : il y en a plus de 6 000. Au cours de ces deux dernières années, elle a déjà versé plus de 11 milliards de dollars d’amendes et de pénalités pour éteindre une partie des poursuites.

 

 

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Prêts toxiques, évasion fiscale, manipulation du Libor, manipulation sur le marché des changes et des matières premières… Le nom de la Deutsche Bank a été associé à tous les scandales financiers révélés après la crise de 2008. La Deutsche Skandal-Bank titrait l’hebdomadaire de Spiegel en décembre 2012, en menant une enquête au canon contre la banque et ses pratiques indignes.

 

Officiellement, la banque n’a rien coûté aux contribuables allemands à l’inverse de certaines banques régionales mais elle a dirigé en sous-main une partie de la question grecque et européenne et a pesé, comme bien d’autres, pour que rien ne change dans la régulation...

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 16:30

 

Source :http://www.agoravox.fr

 

 

Vrais chiffres chômage Aout 2016, 93500 chômeurs de plus, malgré 309700 radiations ce mois

 

 

par patdu49
mardi 27 septembre 2016

 

 

 

Janvier 312 100 radiés, en Février 314 200 radiés, en Mars 323 400, Avril 337 700, Mai 339 400, Juin 340 200, Juillet 326 100, Aout 309 700 ... 

6 611 300 privés d'emploi et travailleurs occasionnels officieux, toutes catégories confondues, + 4 500 000 environ d'invisibles qui n'entrent pas ou plus dans les statistiques officieuses ( chiffres détaillés bas de page ).

Total : + de 11 MILLIONS de chômeurs en France (fourchette basse), et autant de pauvres largement sous les seuils de pauvreté.

 

Radiations des listes A,B,C,(D,E) de Pôle Emploi par motifs, moyenne mensuelle (basée sur 1 trimestre) de Aout 2016 :

- Défauts d'Actualisation (bugs informatiques + oublis + des découragés non indémnisés) : 208 300, 38,7 % des sorties des listes. (- 3,3 % sur 1 an)

- Radiations Administratives (les punis) : 51 400, 9,6 % des sorties. (+ 29,1 % sur 1 an)

- Autres Cas (morts, suicidés, emprisonnés, expulsés etc) : 50 000 et 9,3 % des sorties. (- 2,2 % sur 1 an)
 
soit 309 700 radiés des listes (57,6 % des sorties) ce mois (moyenne mensuelle sur 1 trimestre) pour autres motifs que :

- Stages parking : 90 800, 16,9 % des sorties. (+ 86,4 % sur 1 an)

- Arrêts maladie, maternité, départs en retraite : 39 200, 7,3 % des sorties. (+ 11 % sur un an)

- Reprises d'emploi déclarées : 97 900, ne représentent que 18,2 % des sorties des listes de pôle emploi. ( + 0,1 % sur 1 an )

 

Demandeurs d'emploi par catégories :

 

A : 3 556 800 +1,4 % ( - 0,3 % sur 1 an ).

B : 725 500 -1,4 % ( + 2,7 % sur 1 an ) travailleurs pauvres moins de 78 heures.
C : 1 235 900 + 3 % ( + 8,2 % sur 1 an ) travailleurs pauvres de + de 78 heures. 

D : 325 200 + 5,3 % ( + 13,4 % sur 1 an ) stages parking, occupationnels etc.
E : 432 400 + 0,3 % ( + 6,7 % sur 1 an ) contrats aidés etc.

TOTAL : 6 182 300 ( données corrigées ), hors DOM TOM, soit + 1,6 % sur 1 an, 93 500 chômeurs de plus, par rapport à Juillet.

TOTAL, dom-tom compris : 6 611 300

Quelques chiffres qui parlent :

Chômage Longue durée (entre 2 et 3 ans) : - 1,4 % sur 1 an.
Chômage Très Longue Durée + de 3 ans : + 5,4 % sur 1 an.

Chômage des 50 ans et +, + 5 % sur 1 an.

1 chomeur inscrit à pôle emploi sur 2 (49,09 %) ne perçoit AUCUNE INDEMNITE, ni ARE (allocation retour à l'emploi), ni allocation de solidarité (ASS, AER)

 

Le + scandaleux, LE CHÔMAGE INVISIBLE, complètement en dehors des statistiques :

Ne sont pas comptés dans ces 6 611 300 demandeurs d'emploi et travailleurs pauvres occasionnels :
 
1 000 000 foyers bénéficiaires du RSA, en effet sur 1 900 000 environ de foyers (dernier chiffre connu), seuls 900 000 environs sont inscrits à Pôle Emploi, les autres bénéficient d'autres suivis (associations, collectivités locales, etc.) en sachant qu'un foyer bénéficiaire, comporte parfois + d'un demandeur d'emploi en son sein, donc si on parle en nombre d'individus c'est pire.

1 000 000 de bénéficiaires de la prime d'activité (qui remplace le RSA activité qui sont donc sortis des statistiques RSA) environ, sur les 2 millions au total (dernier chiffre connu) de bénéficiaires de cette prime, sont en recherche d'emploi stable et non précaire.

+ encore 1 100 000 au bas mot, sur les environs 2 millions de bénéficiaires de l'AAH ou d'une pension d'invalidité, qui ne sont pas inscrits à Pôle emploi, malgré une aptitude et un désir d'accès à un emploi adapté.

+ encore 1 400 000 de SANS-DROITS, qui sont principalement :

- des jeunes de moins de 25 ans, primo demandeurs d'emploi, qui comme vous le savez n'ont même pas droit au RSA. (quasi unique en Europe), favorisant délits, crimes, trafics, prostitution, esclavagisme moderne, radicalisations etc.

- des sans droits, pour motif, dépassement des plafonds de ressources dans le foyer, exemple, votre conjoint(e) perçoit 700€ d'allocation chomage, ou 808,46€ d'allocation adulte handicapé, vous n'aurez même pas droit au RSA, car vous dépasserez le plafond couple qui est de 679,43€ par mois, si vous êtes NON SDF.

- des bénéficiaires de pensions de reversions ( veufs, veuves ) de 55 ans et +, qui dépassent les plafonds du RSA ( 473,50€ pour une personne seule ), et qui n'ont pas l'âge pour prendre leur propre retraite ou pour percevoir le minimum vieillesse ( 65 ans ) qui s'appelle aujourd'hui "A-S-P-A" (allocation solidarité aux personnes âgées), qui est récupérable sur le patrimoine, au décès.

- des bénéficiaires de pensions alimentaires qui dépassent les plafonds du RSA (plafonds 2 fois inférieurs aux seuils de pauvreté, une véritable honte)

- des étudiants, boursiers ou non, qui cherchent des petits jobs alimentaires, qui sont donc bien demandeurs d'emploi, en concurrence avec les autres (même si beaucoup sont aussi exploités en stages sous payés, voire gratuits).

- des auto-entrepreneurs, qui ne gagnent rien ou presque, et sont demandeurs d'emploi en parallèle.

- on peut parler également de retraités qui cherchent un emploi car leur retraite ne couvre pas les charges fixes pour survivre ( loyer, énergie, assurances, voiture, téléphone, eau, nourriture, santé (lunettes, dentiste ..) incalculable.

Faites le calcul vous même, on arrive au total, à + de 11 MILLIONS demandeurs d'emploi en France, et travailleurs pauvres occasionnels.
 
Sources : Rapport complet de la DARES de 13 pages (et non pas le simple communiqué de presse envoyé aux médias) : http://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/pi-mensuelle-jafp38tpqnm.pdf

Rendez-vous mardi 26 octobre 2016, pour avoir les vrais chiffres du chômage de septembre 2016.


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Vrais chiffres chômage Juillet 2016, 12700 chômeurs de plus, malgré 326100 radiés ce mois
Vrais chiffres chômage Juin 2016, 18000 chômeurs de plus, malgré 340200 radiés ce mois
Vrais chiffres chômage Mars 2016, 7600 chômeurs de moins, mais 323400 radiations
Vrais chiffres chômage Mai 2016, 51900 chômeurs de plus, malgré 339400 radiations ce mois
Vrais chiffres chômage Avril 2016, 51700 chômeurs de moins, 337700 radiés

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 16:19

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

ça bouge ! Loi travail

La « dé-fête du travail » au programme du festival de cinéma Images mouvementées d’Attac

par

 

 

 

 

C’est autour du démantèlement du code du travail que se concentrera la prochaine édition du festival de cinéma Images mouvementées, organisée par l’association Attac. Des projections de films, des débats et des rencontres avec les réalisateurs se dérouleront du 30 septembre au 2 octobre prochains, au cinéma 5 Caumartin, à Paris Saint-Lazare. Un événement dont Basta ! est partenaire.

Alors que les générations précédentes avaient acquis au fil du temps de plus en plus de protections et de garanties associées au travail, on fait désormais machine arrière : recul de l’âge de la retraite il y a peu et aujourd’hui la « loi El Khomri » qui amorce le démantèlement du code du travail. Ce n’est là que le début d’une longue série de régressions sociales imposées par Bruxelles sous la pression des marchés financiers. Et c’est un gouvernement prétendument socialiste qui, bien loin de renouer avec l’esprit du Front populaire ou du Conseil National de la Résistance, a entrepris de nous empoisonner le travail...

La nouvelle édition du festival de cinéma d’Attac, Images mouvementées, sera l’occasion de réfléchir ensemble à la « dé-fête du travail ». Rendez-vous du 30 septembre au 2 octobre 2016, au cinéma 5 Caumartin, à Paris Saint-Lazare, avec, comme chaque année, des films, des débats, des rencontres avec les réalisateurs, une librairie, des animations...

- >La programmation et toutes les informations sur le site du festival.

 

Depuis 2003, le festival de cinéma d’Attac « Images mouvementées » s’emploie à informer et à susciter la réflexion collective sur des questions cruciales de ce début de XXIe siècle en s’appuyant sur une programmation cinématographique exigeante et éclectique. Celle-ci associe courts, moyens et longs-métrages, documentaires et fictions, films français et étrangers, anciens et récents, ayant eu une large diffusion ou non. Le festival accueille régulièrement des avant-premières.

 

 

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 16:05

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Dialogue anti-social

Air France, Goodyear : derrière les procès médiatisés, une répression anti-syndicale en passe de se généraliser

 

par

 

 

 

 

Dans la rue, devant les tribunaux, comme dans les usines et les bureaux, la répression de toute contestation sociale et syndicale se durcit. Alors que s’est ouvert le 27 septembre le procès de la très médiatique affaire des « chemises arrachées » d’Air France, et que l’appel des anciens ouvriers de Goodyear condamnés à de la prison ferme sera jugé mi-octobre, la criminalisation syndicale n’a jamais été aussi intense que ces six derniers mois. Les témoignages de brutalités policières gratuites, de peines de prison disproportionnées, de tirs de flashballs qui mutilent, et de répression dans les entreprises s’accumulent. C’est sans doute ce qu’on appelle la « modernisation du dialogue social ».

Les premiers ont été qualifiés de « personnes stupides », « isolées » et « extrêmement violentes », par l’ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Les seconds de « barjots communistes » et de « mabouls » qui «  ne travaillent que trois heures  » par l’homme d’affaires états-unien Maurice Taylor. Les premiers sont des salariés d’Air France, accusés d’avoir pris à partie des cadres de l’entreprise. Ce 27 septembre s’est ouvert leur procès, celui des images de chemises arrachées qui ont fait le tour du monde. Les seconds sont les ouvriers de Goodyear d’Amiens. Le 19 octobre, huit anciens ouvriers de l’usine de pneumatique, condamnés en première instance pour avoir séquestré des cadres en janvier 2014, seront jugés en appel. L’actualité risque de nouveau de se focaliser sur la « violence » des salariés, et d’omettre l’extrême brutalité sociale qui est à l’origine de leurs actes.

Quinze salariés d’Air France seront jugés cette semaine – 14 membres de la CGT et un de FO – au tribunal correctionnel de Bobigny : dix pour « dégradations volontaires en réunion » et cinq autres pour « violences en réunion ». Ils encourent jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Tout commence par le comité central d’entreprise du 5 octobre 2015, qui doit annoncer 2 900 suppressions de poste potentielles et une centaine d’heures de travail en plus par personne, à salaire égal. Et ce, malgré le retour « sur le chemin de la rentabilité » de la compagnie affichée non sans fierté par son PDG Alexandre de Juniac. Déjà violente en soi, cette décision fait suite à une casse sociale qui a supprimé 12 400 postes depuis 2009, divisé pendant des années personnel au sol et personnel navigant et pilotes, et surtout engendré la pression managériale et les risques psychosociaux liés aux plans de restructuration passé et à venir, aux jolis noms de « Transform 2015 » ou « Perform 2020 »...

 

Banalisation de la casse sociale

Cette régression est d’autant plus difficile à accepter par les ouvriers qu’elle est imposée par un PDG qui s’autorise alors une rémunération annuelle en hausse de 65%, portée à 1,062 million d’euros, un petit pécule lui permettant de mettre en application sa maxime favorite : « Aujourd’hui, si tu n’as pas réussi à mettre cinq millions de côté, tu n’es pas un vrai riche. » [1] Alexandre de Juniac ne cache pas non plus son admiration pour la culture d’entreprise de son « homologue de Qatar Airways », dont la direction n’est jamais ennuyée par des pilotes en grève puisque, là-bas, « on les aurait tous envoyés en prison ». L’ancien énarque a lâché cette boutade révélatrice aux Entretiens de Royaumont, applaudi par un un parterre de patrons.

Alexandre de Juniac n’est pas présent ce jour où deux cadres, Xavier Brosetta et Pierre Plissonnier, se font arracher leurs chemises. Qu’importe. « Le 5 octobre est le reflet d’une liesse collective focalisée sur une direction qui n’a pas de visage, explique un ancien élu CGT du CHSCT [2], parti de l’entreprise au moment du plan Transform 2015. Les ouvriers ne connaissaient pas ces cadres, même de vue. Avant cet épisode, personne ne savait qui était Pierre Plissonnier. C’est davantage pour ce qu’il incarne que pour ce qu’il est, que des ouvriers ont pu lui en vouloir. » Les images font le tour du monde et libèrent un certain mépris social. « Les extrémistes d’Air France vont-ils tuer la compagnie ? » titre par exemple Le Figaro. « La direction, appuyée par le gouvernement, cherche à créer une symbolique dangereuse autour de cette affaire. Elle consiste à laisser croire qu’on peut laisser passer un tel plan social, une telle casse, sans qu’il n’y ait de réponse », commente Mehdi Kemoune, secrétaire général adjoint de la CGT Air France.

 

« Et là, les chaises ont volé dans tous les sens »

La même dynamique a frappé Goodyear, où la brutalité de la direction s’exerce pendant plusieurs années avant que des salariés ne séquestrent des cadres. En octobre 2007, la direction impose aux salariés de choisir un « plan de modernisation » prévoyant l’augmentation du temps de travail, le passage aux « 4 x 8 » et la suppression de 450 postes. Les ouvriers sont déjà mobilisés pour réduire leur exposition à des produits toxiques et cancérigènes, tels les « Hydrocarbures aromatiques polycycliques », utilisés dans la composition des pneus. Cancers, affections respiratoires et cutanées... : un grand nombre de salariés sont alors confrontés au risque de maladies professionnelles graves, et en décèdent parfois dans l’indifférence. « On a toujours pensé, à partir de 2007, dès lors qu’on a découvert le problème des produits toxiques, qu’il n’était pas anodin de faire cette annonce de plan social », se souvient Mickaël Wamen dans le documentaire de Mourad Laffitte intitulé Goodyear, la mort en bout de chaîne [3].

Contrairement à leurs voisins de Dunlop, à majorité CFDT, les « Goodyear » refusent le plan de modernisation. S’ensuivent alors des années de bataille juridique menée par la CGT pour tenter d’empêcher les plans de suppression d’emploi lancés par Goodyear malgré ses bénéfices records. Des années rythmées par la promesse non tenue du candidat François Hollande de mettre en place une loi contre les licenciements dans les entreprises dégageant du profit, et le mépris de Maurice Taylor, le PDG de Titan, qui veut bien racheter l’usine... à condition de licencier les 1 173 salariés pour en réembaucher... 333.

Ultime provocation, alors que la CGT accepte finalement, au terme de sept ans de conflit, des indemnités de licenciement, Mickaël Wamen se souvient sur le plateau de Mediapart de la réponse du directeur des ressources humaines devant 200 salariés, ce 6 janvier 2014 : « J’ai posé la question [du montant des indemnités] au nom des salariés et leur réponse a été claire : "La CGT n’a pas voulu négocier avec nous, il est trop tard. Vous n’aurez rien de plus." Et là effectivement les chaises ont volé dans tous les sens. » La suite est connue : deux dirigeants sont retenus par les salariés en colère durant trente heures. Malgré l’annulation de leur plainte, le procureur décide de poursuivre huit salariés – sur 800 présents. Ils ont depuis été condamnés par le tribunal correctionnel d’Amiens à deux ans de prison, dont quinze mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve de cinq ans. Ce même procureur classera sans suite 450 plaintes déposées par les salariés pour harcèlement ou mise en danger de l’entreprise...

 

« Une criminalisation syndicale encore jamais vue »

Pour la CGT Goodyear comme pour la CGT Air France, ainsi que pour d’autres acteurs proches du dossier, les dérapages aboutissant à la scène de la « séquestration » comme celle des « chemises arrachées » auraient été volontairement provoqués par les directions des deux entreprises [4]. « Les images ont servi à créer une sorte d’émoi de l’opinion public et un climat de défiance vis-à-vis des salariés », estime Céline Verzeletti, chargée des questions de libertés syndicales à la CGT. Des procès politiques vont suivre, avec pour but de "montrer l’exemple" en ces temps de mobilisation sociale pour l’abrogation de la loi Travail. C’est une criminalisation syndicale encore jamais vue. »

Depuis le début des manifestations contre la loi Travail, 101 enquêtes sur de possibles violences policières auraient été ouvertes par l’IGPN. Près d’un millier de personnes auraient été interpellées en manifestations [5]. Impossible d’être exhaustif sur les conséquences du durcissement de la répression policière en manifestation. Et pour cause, aucune enquête d’ensemble n’a été initiée par les pouvoirs publics.

 

Dans les manifs : grenades, lacrymo et flashballs pour tout le monde

« Pourquoi est-on autant encadrés, fouillés, avant d’entrer dans le cortège ? Pourquoi est-on chaque fois gazés, interpellés, alors que l’on manifeste pacifiquement ? Pourquoi laisse-t-on certains groupes tout casser alors que des militants sont arrêtés et placés en garde à vue pour rien ? » C’est pour répondre à ces questions que Céline Verzeletti, de la CGT, a demandé une enquête parlementaire sur la gestion du « maintien de l’ordre » lors des manifestations aux côtés de la FSU, de Solidaires, de la LDH, du syndicat des avocats de France, de l’Unef et de l’UNL. « Pour le moment, aucun groupe parlementaire n’a accepté de se saisir de cette question », regrette la secrétaire confédérale.

Dernier épisode de ce déchainement répressif, le 15 septembre à Paris, un syndicaliste de 46 ans, militant de Sud Santé Sociaux, a perdu un œil à cause d’un explosif lancé par les forces de l’ordre. « Une bavure c’est quand c’est exceptionnel, or ce n’est plus le cas depuis des mois. Des tirs de grenades de désencerclement, de lacrymo et de flash-ball visent également les manifestants qui ne s’affrontent pas aux forces de l’ordre, témoigne Eric Beynel, porte-parole de l’Union syndicale solidaires. Le camarade qui a perdu un œil était en retrait, à l’écart des heurts. Il était 16 h 45 environ, c’était une fin de manif classique, les gens discutaient tranquillement. » L’IGPN, la police des polices, a été saisie par la préfecture de police de Paris pour diligenter une enquête [6].

 

Matraqué sans raison, puis accusé de violences

Plus d’une vingtaine de militants de la CGT ont été placés en garde à vue depuis le début de la mobilisation. La plupart ont ensuite été condamnés une peine de prison avec sursis. La seule relaxe dont la secrétaire confédérale ait connaissance concerne Cédric Crozet, 39 ans, vivant à Saint-Étienne et placé 48 heures en garde à vue – le parquet réclamait même de la détention provisoire – suite à des accusations de violences contre des policiers intervenues à la manifestation parisienne du 14 juin.

On lui reproche un « tir tendu de fumigène contre les forces de l’ordre », suivi d’une « interpellation mouvementée ». « En réalité, précise Céline Verzeletti, c’était une fusée de détresse qu’il a lancée pour alerter les secours qu’une personne était blessée. Au final, c’est lui la victime, car il a pris des coups et a été blessé par les forces de l’ordre ». Après avoir reconstitué les faits, notamment grâce à une vidéo amateure prise lors de l’interpellation, la CGT et leur avocat font tomber l’accusation : « La procureure, sans preuve, bien embêtée, n’a rien requis, et a préféré s’en remettre ’’à la sagesse des juges’’. »

 

Généralisation des brutalités policières

Même avec une vidéo prouvant l’absurdité de l’intervention violente de la police, l’affaire qui poursuit Denis Beckrich, employé communal encarté à la CGT, n’est pas terminée. Ce 17 mars à Metz (Moselle), alors que les CRS chargent sans sommation pour empêcher les manifestants de bloquer un pont, Denis Beckrich voit son ami Yann Tavernet, ouvrier chez Peugeot, saigner abondamment du nez suite à un coup de matraque.

« Les CRS bloquent les ambulances et arrachent Yann des mains des pompiers », se souvient Denis Beckrich. Lui-même, ancien pompier de Paris, se scandalise qu’on « empêche [son] camarade d’être soigné ». Selon son témoignage, trois agents de la brigade anti-criminalité s’approchent, l’insultent, le plaquent au sol et mettent un genou sur son crâne. « La douleur est insupportable. Quand ils commencent à me prendre les pieds et à m’étrangler au point de suffoquer, je me débats. J’ai absolument besoin de respirer. Dans l’action j’ai dû mettre un coup à l’un des agents de la Bac. C’est ce geste qui me sera reproché. » Denis Beckrich, tout comme Yann Tavernier, seront condamnés à 500 euros d’amende en mars par le tribunal correctionnel de Metz, puis relaxés en mai. Mais le parquet a fait appel, l’affaire sera donc rejugée. Les deux hommes ont également porté plainte pour coups et blessures volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique.

 

Dans les entreprises, toute une gamme d’outils répressifs

« Qu’un policier interpelle un syndicaliste ou un opposant à la loi Travail dans une manifestation au moindre prétexte ou qu’un directeur des ressources humaines menace d’une plainte de harcèlement un élu du personnel – une stratégie patronale de retournement de l’accusation –, tout cela participe à un même projet : étouffer la mobilisation sociale et imposer plus facilement, la prochaine fois, l’institutionnalisation du "dialogue social" », estime Emmanuelle Boussard-Verrecchia, avocate et membre de l’Observatoire de la discrimination et de la répression syndicales. Cet Observatoire réunit des membres de différentes organisations syndicales et vise à « donner une visibilité » à la répression et aux discriminations syndicales pour mieux les combattre. Le Conseil national de l’information statistique (CNIS) a récemment donné son accord « en vue de la production d’un rapport sur les freins à la syndicalisation », précise l’avocate.

Cette répression syndicale prend des formes multiples au sein des entreprises – licenciement abusif, discrimination à l’embauche, harcèlement, discrimination salariale… Elle repose aussi « sur des formes de plus en plus perverses, un contrôle totale du corps et des esprits ». Exemple ? « L’individualisation du monde de l’entreprise avec la multiplication des critères comportementaux sur la base desquels vous êtes promu ou pas, augmenté ou pas, déplacé de poste ou pas. », estime Emmanuelle Boussard-Verrecchia. Sans oublier « l’abaissement colossal de la représentation syndicale et l’éclatement de la communauté de travail dus au recours toujours plus important à la sous-traitance. » A cela s’ajoute les dernières lois sur le dialogue social qui poussent les syndicats à délaisser, selon elle, le « syndicalisme de proximité, avec des salariés qui s’investissent sur des mandats courts » et renforce « les mandats des représentants du personnel et délégués syndicaux les plus cumulards et déconnectés de la réalité ».

 

Avec la loi Travail, des licenciements facilités

Dans le cortège de la manifestation du 15 septembre dernier à Paris, cinq personnes, syndiquées à la Confédération nationale du travail (CNT), racontent leur histoire. Elles étaient toute salariées de l’École spécialisée d’architecture (ESA), un petit établissement supérieur privé parisien, géré par une association. Elles sont alors reprographiste, bibliothécaire ou chargée de l’accueil. En 2011, les cinq salariés s’inquiètent des conditions de travail et de sécurité « très dangereuses » de leur collègue chargé de l’atelier « bois et maquette ». Il travaille dans un environnement jugé cancérigène par la médecine du travail, à cause des rejets élevés en poussière de bois et en produits toxiques. La Caisse régionale d’assurance maladie d’Île-de-France a d’ailleurs « ordonné des travaux qui n’ont jamais été réalisés. On a sciemment laissé travailler les élèves et un salarié dans un endroit nocif pour eux », dénoncent-ils.

Constatant qu’ils ne sont pas écoutés, ils demandent la réactivation du CHSCT et du comité d’entreprise. En vain. Ils décident alors de monter une section syndicale. La direction n’écoute pas pour autant : refus d’organiser l’élection du comité d’entreprise, diabolisation de leur syndicat, refus de congés, multiplication des avertissements... Finalement, les cinq gêneurs ainsi que quatre autres syndicalistes de la CGT sont licenciés suite à « une réorganisation structurelle », justifiée par la direction dans le journal Le Parisien par des « déficits récurrents » hérités de « l’équipe précédente [qui] a vu trop grand ».

Les anciens salariés tentent de faire reconnaître l’illégalité de leur licenciement au tribunal des prud’hommes. L’affaire devrait, elle-aussi être jugée en octobre. « Si la loi Travail avait été adoptée plus tôt, estiment Céline et Grégoire, avec la facilitation des licenciements pour motif économique, l’école n’aurait jamais eu à rendre de comptes auprès du ministère du Travail et nous aurions tellement été fragilisés en termes de représentation syndicale, que nous n’aurions jamais pu mener ce combat... »

Franck Dépretz

Photo : Eros Sana

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