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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 14:53

 

 

courrierinternational.com

 

Le codage des messages, ou cryptographie, doit permettre aux petits Etats de se défendre contre les plus grands, assure le fondateur de WikiLeaks dans une tribune exceptionnelle. Car, de Pékin à Washington, le contrôle des communications est aujourd'hui une arme de guerre.

 

Julian Assange lors d'une téléconférence entre Londres et Washington, le 8 avril 2013 - AFP  
Julian Assange lors d'une téléconférence entre Londres et Washington, le 8 avril 2013 - AFP

La plupart des premiers “cypherpunks” [groupes de personnes intéressées par la cryptographie, l'ensemble des techniques de codage et de décodage de messages] étaient des militants libertariens de Californie. Je n'étais pas issu de la même tradition, mais nous étions tous unis par notre volonté de protéger les libertés individuelles contre la tyrannie de l'Etat. La cryptographie était notre arme secrète.

Les gens ont oublié à quel point cet outil était subversif. A l'époque, la cryptographie était la propriété exclusive des Etats, qui s'en servaient pour conduire leurs guerres. En concevant notre propre logiciel et en le diffusant au maximum, nous avons libéré la cryptographie. Nous l'avons démocratisée et disséminée à travers les frontières du nouvel Internet.

La réaction des autorités et leurs diverses mesures contre ce “trafic d'armes” n'ont pas réussi à enrayer le mouvement. La cryptographie est devenue un standard des navigateurs Internet et d'autres logiciels que les gens utilisent aujourd'hui quotidiennement. La cryptographie est un instrument crucial de la lutte contre l'oppression de l'Etat. C'est le message de mon livre Menaces sur nos libertés (éd. Robert Laffont, mars 2013). La démocratisation de solides protocoles cryptographiques ne doit toutefois pas se limiter à cela. Notre avenir ne repose pas sur la seule liberté des individus.

Surveillance de masse

Le travail de WikiLeaks permet d'accéder à un niveau élevé de compréhension des relations entre l'ordre mondial et la logique des empires. Avec le développement de WikiLeaks, nous avons vu les preuves de la domination et du harcèlement exercés par de grandes puissances sur de petites nations, qui étaient infiltrées par des entreprises étrangères et forcées d'agir contre leurs intérêts. Nous avons vu la volonté populaire privée d'expression, les élections achetées et les richesses de pays comme le Kenya volées et vendues aux enchères aux ploutocrates de Londres et de New York.

Le combat pour l'autodétermination des pays latino-américains concerne bien plus que les seuls habitants de cette région, car il montre au reste du monde que la bataille n'est pas perdue. L'indépendance des démocraties d'Amérique latine reste toutefois fragile. Les tentatives de déstabilisation se poursuivent, comme récemment au Honduras, en Haïti, en Equateur et au Venezuela.

C'est pour cette raison qu'il est tellement important de faire entendre le message des cypherpunks en Amérique latine. La surveillance de masse n'est pas seulement un problème pour la démocratie et la bonne gouvernance des pays, c'est aussi une question de géopolitique. La surveillance de toute une population par une puissance étrangère constitue de fait une menace pour la souveraineté de ce pays. L'interventionnisme incessant dans les affaires des démocraties d'Amérique latine nous a appris à être réalistes. Nous savons que les vieilles puissances n'arrêteront pas d'exploiter le moindre avantage pour retarder ou limiter l'indépendance de l'Amérique latine.

Il suffit de regarder la situation du point de vue géographique. Tout le monde sait que les ressources pétrolières sont le moteur de la géopolitique mondiale. Ce sont les flux de pétrole qui déterminent qui est en position dominante, qui doit être envahi et qui doit être mis au ban de la communauté internationale. Le contrôle physique d'un oléoduc, ne serait-ce que d'une portion, confère une vaste influence au plan géopolitique. Les gouvernements qui jouissent d'une telle position peuvent obtenir d'énormes concessions. D'un seul coup, le Kremlin peut condamner l'Allemagne et l'Europe de l'Est à passer l'hiver sans chauffage. La seule perspective de voir Téhéran maître d'un oléoduc le reliant à l'Inde et à la Chine sert aujourd'hui de prétexte à la logique belliqueuse de Washington.

Le codage des données, nerf de la guerre moderne

Mais la véritable guerre n'est pas celle pour les oléoducs ou les gazoducs ; la véritable guerre aujourd'hui est celle de l'information, c'est-à-dire celle pour le contrôle des câbles de fibre optique qui parcourent les terres et les océans. Pour mettre la main sur le nouveau magot mondial aujourd'hui, il faut contrôler les vastes flux de données qui transitent entre les continents et les civilisations et relient des milliards de gens et d'organisations.
Tout le monde sait que, sur Internet ou par voie téléphonique, toutes les communications depuis ou à destination de l'Amérique latine passent par les Etats-Unis.

Le réseau Internet gère 99 % du trafic vers ou en provenance de l'Amérique du Sud à l'aide de fibres optiques qui passent physiquement par les frontières des Etats-Unis.
Le gouvernement américain n'a pas eu le moindre scrupule à violer ses propres lois pour mettre ces lignes sur écoute et espionner ses propres citoyens. Or aucune loi n'interdit d'espionner d'autres pays. Chaque jour, des centaines de millions de messages en provenance d'Amérique latine atterrissent entre les mains des services de renseignements américains, qui les stockent ad vitam aeternam dans des entrepôts de la taille de véritables villes. La réalité géographique des infrastructures du réseau Internet a donc des conséquences pour l'indépendance et la souveraineté de l'Amérique latine.

Le problème dépasse toutefois la question géographique. Bon nombre d'armées et de gouvernements latino-américains protègent leurs secrets à l'aide d'outils cryptographiques, autrement dit des logiciels et des boîtiers qui codent et décodent les messages au niveau de l'émetteur et du récepteur. Les gouvernements achètent ces outils – souvent chèrement payés par leurs peuples – pour garantir la confidentialité de leurs secrets car ils redoutent, à juste titre, l'interception de leurs communications.

Le problème est que les sociétés qui leur vendent ces coûteux équipements sont étroitement liées au milieu du renseignement américain. Leurs PDG et leurs hauts responsables sont généralement des ingénieurs ou des mathématiciens issus de la NSA [Agence nationale de la sécurité, un organisme gouvernemental du ministère de la Défense des Etats-Unis], qui exploitent des inventions créées par leurs soins pour l'Etat-surveillant. Leurs produits comportent des failles délibérées servant un objectif précis. Quels que soient leurs utilisateurs ou la manière dont ils sont utilisés, les agents américains sont toujours capables de décoder le signal et de lire les messages. Ces équipements sont vendus aux pays d'Amérique latine et à d'autres régions comme un moyen de protéger leurs secrets alors qu'ils sont en réalité un moyen de les leur voler.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls fautifs

Dans le même temps, les Etats-Unis ont lancé une course aux armements d'un nouveau genre. La découverte des virus Stuxnet, puis Duqu et Flame annonce l'arrivée de logiciels ultrasophistiqués utilisés à des fins militaires par les grandes puissances contre des Etats plus faibles. De ce point de vue, l'agression américaine de l'Iran a pour but de saboter les efforts de Téhéran pour maintenir sa souveraineté nationale, une perspective qui va à l'encontre des intérêts israéliens et américains dans la région.

Il fut un temps où l'utilisation de virus informatiques comme armes offensives relevait de la science-fiction. Il s'agit aujourd'hui d'une réalité internationale qu'encouragent les provocations de l'administration Obama en violation du droit international. D'autres pays vont désormais suivre l'exemple américain et augmenter leurs capacités offensives pour combler leur retard.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls fautifs. Ces dernières années, la Chine a directement investi dans l'amélioration des infrastructures Internet de pays comme l'Ouganda. En Afrique, Pékin propose de généreux prêts en échange de contrats pour la construction d'infrastructures de base servant à relier les écoles, les ministères et diverses communautés au réseau mondial de fibre optique.

L'Afrique arrive sur le réseau, mais avec du matériel fourni par une superpuissance étrangère en devenir. Internet sera-t-il le nouveau joug de ce continent au XXIe siècle ? L'Afrique sera-t-elle de nouveau le théâtre de confrontations entre puissances mondiales ?

La liste est encore longue des raisons pour lesquelles le message des cypherpunks va bien au-delà de la lutte pour les libertés individuelles. Outre les droits et les libertés civiles des individus, la cryptographie peut également protéger l'indépendance et la souveraineté de nations entières, les liens de solidarité entre groupes unis par une cause commune et l'idée d'émancipation mondiale. Elle peut servir à combattre non seulement la tyrannie de l'Etat sur les individus, mais aussi la tyrannie des empires sur les nations plus faibles.

Les cypherpunks n'ont pas encore terminé leur grand œuvre. Rejoignez-nous.

Publié le 9 juillet

 

 

 

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 14:38

 

rfi.fr

Par Christine Siebert

 

 

A Notre-Dame-des-Landes, en novembre dernier, militants et forces de l'ordre s'étaient affrontés dans le bocage nantais.
A Notre-Dame-des-Landes, en novembre dernier, militants et forces de l'ordre s'étaient affrontés dans le bocage nantais.
Reuters/Stephane Mahe

                                                                                                                                                                                                                                    A Notre-Dame-des-Landes, les opposants organisent ce week-end du 3 et 4 août un grand rassemblement pour dire « non » au projet de l'aéroport du Grand Ouest, et « non » à une certaine vision de la société. Ce rassemblement estival est devenu traditionnel : il se tient pour la treizième fois, mais va prendre cette année une ampleur inégalée, affirment les organisateurs qui ont plus que jamais l'impression de pouvoir remporter la victoire.

Pas un coup de pioche sur le terrain destiné à l'aéroport du Grand Ouest. Tout est à l'arrêt depuis quelques semaines et les opposants se sentent pousser des ailes.

Dominique Fresneau, coprésident de la principale association d’opposants, ACIPA, avance pourtant des arguments plutôt terre à terre : « Pour moi, cet aéroport n'a aucune raison d'être. Il ne se fera pas. La commission qui a été mise en place cet hiver, et qui avait trois sous-commissions - la commission de dialogue, la commission scientifique et la commission agricole - a conforté nos arguments. Il faut maintenant qu'on continue à se mobiliser et que l'Europe s'implique aussi dans la lutte contre ce projet d'aéroport. La Commission européenne est attendue sur place vers le mois d'octobre. Pour nous, c'est très important. »

Or, de leur côté, les pro-aéroport sont sûrs que ce projet sera réalisé. Alain Mustière est le président de l'Association citoyenne pour la réalisation du nouvel aéroport (Acipran), il est aussi ex-président de la Chambre de commerce et d'industrie de Nantes-Saint-Nazaire. Pour lui la construction de l'aéroport du Grand Ouest est une évidence : « Bien sûr, il va se faire. Parce qu'il y a des besoins par rapport à la saturation des installations actuelles et par rapport à l'avenir même de notre région. Le gouvernement a mis en place trois commissions de travail concernant différents aspects. Ces trois commissions ont rendu leurs conclusions et le gouvernement va répondre dans les quelques jours qui viennent à l'amélioration du projet. Mais le projet va se faire. »

 

Deux visions du monde opposées

Pour les « pro » comme pour les « anti », il ne s'agit pas seulement de la question portant sur la nécessité d’un nouvel aéroport, mais bien de savoir comment le monde doit évoluer. Pour Alain Mustière, il faut toujours plus d'avions pour que le monde bouge : « Le transport aérien, et le transport en général, est une question de mobilité, conforme d'ailleurs aux règles européennes qui sont pour la mobilité des hommes, des intelligences et des capitaux. Si on gèle les choses, plus rien n’avancera. Et on sera encore plus en récession. »

Ce genre de mobilité à tout prix pose justement problème aux opposants. Gilles Denigot, cofondateur de l'association des élus opposés au nouvel aéroport, a été également conseiller général des Verts de Loire-Atlantique pendant plusieurs années. Il rappelle les limites de la planète : « On est dans le gigantisme permanent, toujours plus haut, plus vite, plus loin. On est dans le toujours plus de la mobilité, sans s'interroger sur la finalité des productions, des choix d'infrastructures et des modes de vie. On fait comme si cela était toujours possible à l'infini, sans se soucier le l’état dans lequel on va laisser à la fois les finances publiques et la planète du point de vue environnemental. »

Dominique Fresneau est du même avis. Pour lui, c'est une lutte pour un monde durable, et en même temps pour une société qui partage : « Les gens ont envie de quelque chose qui dure. Qu'on arrête les gaspillages, qu'on arrête aussi l'exploitation sociale, partout à travers le monde, mais aussi en Europe, pour qu'il y ait plus d'équité et de partage des richesses. Tout cela amène en même temps une réflexion sur la nourriture. Que veut-on faire de la Terre ? Est-ce qu'elle doit rester nourricière ou doit-on la bétonner sans arrêt ? »

Ces questions seront abondamment débattues ce week-end où 50 000 opposants sont attendus à Notre-Dame-des-Landes pour des forums de discussions, des expositions, projections et concerts.

tags: Environnement - France - Jean-Marc Ayrault
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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 14:05

 

 

Médiapart - Blog

Frédéric Lordon fait dans cet article [1] une critique radicale de la construction européenne. On ne peut que l’approuver lorsqu’il pointe « la singularité de la construction européenne comme gigantesque opération de soustraction politique (…) ni plus ni moins que la souveraineté populaire ». De même, on ne peut que partager sa critique de la proposition de François Hollande d’un gouvernement économique de la zone euro, qui, dans la situation actuelle, serait un pas de plus dans la voie d’un fédéralisme autoritaire qui s’est mis progressivement en place depuis le Traité de Maastricht et qui a connu une accélération considérable avec la crise financière et l’adoption du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de la zone euro et de diverses directives (six packs, two packs). Sa dénonciation des euros-obligations comme réponse à la crise actuelle est bienvenue, alors que cette idée refait surface régulièrement.

 

C’est dire les points communs importants qui existent avec Lordon sur l’analyse de la situation actuelle. Le désaccord porte sur la stratégie car il plaide dans cet article pour une sortie de l’euro et la mise en place d’une monnaie commune en lieu et place de la monnaie unique[2]. Pour le dire en deux mots, cette stratégie est illusoire et politiquement nocive.

 

Tout d’abord, le problème actuel est moins l’euro que les politiques néolibérales. Certes Lordon a raison de pointer la congruence de la politique monétaire actuelle menée par la Banque centrale européenne (BCE) avec les politiques d’austérité. Mais rien ne garantit qu’une sortie de l’euro signifierait la fin de ces dernières. La Grande-Bretagne a gardé sa monnaie nationale et, de plus, sa banque centrale mène, contrairement à la BCE, une politique non conventionnelle de rachat massif des obligations d’Etat. Cela n’empêche pas le gouvernement britannique de mener une des politiques d’austérité parmi les plus dures en Europe. Ce qui témoigne que le problème est ailleurs, problème que Lordon n’évoque pas. Les traités européens et autres directives qui excluent les politiques économiques du débat démocratique et de la décision citoyenne n’ont pas été imposés aux États. Ce sont les gouvernements nationaux qui ont été à la manœuvre pour les mettre en place.

 

Rien ne s’est fait dans l’Union européenne contre les États et ce sont eux qui ont fait de l’Union européenne ce qu’elle est. Cela n’a pu d’ailleurs arriver que parce que la souveraineté populaire a été bafouée aussi dans le cadre national. Rappelons-nous l’épisode du traité constitutionnel européen. Lordon semble surestimer le fonctionnement démocratique des États-nations, méconnaître les transformations profondes que ces derniers ont subi avec la mondialisation[3] et ne pas voir qu’ils sont dominés par une oligarchie politico-financière acquise au néolibéralisme. Le déficit démocratique de l’Union européenne trouve son répondant dans celui des États-nations. Cela est d’autant plus vrai dans le cas de la France où les institutions de la Cinquième République donnent un poids considérable à l’exécutif, qui d’ailleurs n’exécute rien mais gouverne sans réel contrôle. Les péripéties actuelles autour de la mise en place de la taxe sur les transactions financières qui voient le gouvernement français tenter de vider de son contenu le projet, pourtant modeste, de la Commission confirme que l’opposition manichéenne entre l’État-nation et les institutions européennes ne permet pas de comprendre les dynamiques à l’œuvre. Sans une transformation en profondeur des États-nations qui les soustrairait à cette domination, ce qui suppose un changement politique radical, la sortie de l’euro ne peut permettre une rupture avec le néolibéralisme et si cette transformation a lieu, elle rend inutile la sortie de l’euro.

 

Pour Lordon, « l’idée de passer de l’euro actuel à un euro refait et progressiste est un songe creux. Par construction, s’il est progressiste, les marchés financiers, qui ont tout pouvoir actuellement, ne le laisseront pas advenir ». Mais pourquoi alors ces mêmes marchés financiers laisseraient advenir la monnaie commune que Lordon appelle de ses vœux ? Car cette monnaie commune a pour objectif de se conformer « à l’impératif catégorique de la démocratie qui s’appelle “souveraineté populaire” ». Qu’elle soit commune ou unique, une monnaie au service de la souveraineté populaire, européenne ou même strictement nationale, ne sera pas acceptée par les marchés financiers ni par les oligarchies au pouvoir.

 

Lordon semble en avoir conscience puisqu’il affirme que « L’alternative est donc la suivante : ou bien l’enlisement définitif dans un euro libéral (…) ou bien le choc frontal avec la finance, qui l’emportera à coup sûret par là même perdra tout, puisque sa “victoire” détruira l’euro et créera précisément les conditions d’une reconstruction d’où les marchés seraient exclus ! (souligné par nous) ». Outre que l’on ne voit pas, a priori, en quoi une victoire des marchés financiers détruirait l’euro, on voit encore moins en quoi une telle victoire créerait les conditions d’une sortie progressiste de la situation actuelle. Lordon voit bien que l’affrontement avec les marchés financiers est inévitable, mais pense que leur victoire permettra de restaurer la souveraineté populaire sur la monnaie, nouvel aspect de la ruse de la raison sans doute. Un certain ahurissement saisit le lecteur… Car en supposant même que le pronostic la destruction de l’euro se vérifie, comment croire que des marchés financiers ayant réussi à imposer leur loi laisseraient tranquillement se mettre en place une monnaie commune progressiste ?

 

Il y a chez Lordon la nostalgie d’un big bang destructeur - ici l’explosion de la zone euro - qui créerait un apaisement salvateur avec la mise en place d’une monnaie commune. Car, avec cette dernière, tous les problèmes qu’il pointait à propos de l’euro disparaitraient comme par enchantement. Ainsi, la BCE serait « privée de tout pouvoir politique monétaire (…) (nous serions) protégés des marchés de change extra-européens par l’intermédiaire du nouvel euro (…) le calme interne d’une zone monétaire européenne débarrassée du fléau de ses marchés des changes rend alors les dévaluations entièrement politiques, où il revient à la négociation interétatique de s’accorder sur de nouvelles parités ». Ainsi, il est indiqué que le contrôle des capitaux serait rétabli et que l’Allemagne pourrait être forcée à accepter une appréciation de sa monnaie nationale pour soutenir la demande dans la zone euro et aider à réduire les déséquilibres internes. Tout ce qui était impossible dans le cadre de la monnaie unique devient ainsi possible dans le cadre d’une monnaie commune. Mystère de la transsubstantiation et nouveau miracle eucharistique !

 

Loin de ce monde enchanté, la réalité risque d’être plus cruelle. Lordon liquide en quelques mots la question de la dette en affirmant, reprenant Jacques Sapir, que 85 % de la dette française a été émise sous contrat de droit français et serait relibellée dans la monnaie nationale, par conséquent sans aucun effet à la suite d’une dévaluation. C’est sans doute aller un peu vite en besogne. En effet si l’émission de la dette sous droit français garantit qu’en cas de conflit entre l’État et ses créanciers, ce conflit serait réglé devant les tribunaux français (ce qui ne garantit aucunement que l’État l’emporte), on ne voit pas pourquoi, si l’euro continue d’exister, les créanciers, en particulier les non résidents, accepteraient qu’une dette libellée en euros le soit en une monnaie moins forte. Il faudrait les y forcer par des clauses d’action collectives, ce qui revient à une annulation partielle de la dette. Ce qui est certes toujours possible et ce, que ce soit avec une monnaie unique ou une monnaie commune. Il faut simplement avoir la volonté politique de le faire.

 

Au-delà, monnaie commune ou unique, le problème reste le même, comment maintenir une coopération monétaire dans un contexte de guerre économique ? Si l’euro venait à disparaître, cela ne se ferait pas tranquillement, mais de matière chaotique. Les gouvernements, soumis à l’impératif de la compétitivité, chercheront à retrouver des marges de manœuvres monétaires et on ne voit pas pourquoi ils se soumettraient à la nouvelle discipline qu’exigerait une monnaie commune. Celle-ci risque fort de rester un vœu pieu.

 

La question que nous devons nous poser est de savoir si une sortie de l’euro permettrait ou non plus de solidarité. La réponse est facile à concevoir. Dans une Europe avec des gouvernements qui, quelle que soit leur couleur politique, se refusent à remettre en cause en quoi que ce soit la logique du capital, l’éclatement de la zone euro conduirait à une série de dévaluations compétitives. Chaque pays essaierait de prendre des parts de marché à ses voisins en dévaluant sa monnaie, une telle orientation se traduisant d’ailleurs par un jeu à somme nulle dans une Europe dont les économies sont intégrées. Ces dévaluations externes nous protègeraient-elles d’une dévaluation interne opérée par la baisse de la masse salariale ? Evidemment non, car il faudrait alors lutter pour « nos exportations pour défendre l’emploi », argument que gouvernements et classes dirigeantes utiliseront à satiété, on peut leur faire confiance. De plus, le renchérissement des importations aurait des conséquences en matière de pouvoir d’achat sur la grande masse de la population qui en ferait les frais.

 

Une stratégie de dévaluation compétitive, qui vise à gagner des parts de marché contre les autres pays, engendre une spirale de politiques économiques non coopératives. Jacques Sapir indique ainsi qu’il faudra dévaluer régulièrement la monnaie nationale. Loin d’induire plus de solidarité entre les peuples, une telle stratégie se traduirait par encore plus de concurrence, de dumping social et fiscal avec pour conséquence une aggravation des tensions xénophobes et nationalistes dans une situation où, partout en Europe, l’extrême droite a le vent en poupe. La sortie de l’euro s’avère un mirage dangereux.

 

Alors que faire[4] ? Serions-nous condamnés soit à l’impuissance en acceptant la situation actuelle, soit à nous lancer dans une aventure à haut risque avec une sortie de l’euro ? Il existe pourtant une troisième voie pour les peuples européens. Elle passe par un affrontement avec les institutions européennes et les marchés financiers. Aucun changement substantiel n’aura lieu sans ouvrir une crise majeure en Europe et sans s’appuyer sur les mobilisations populaires. Un gouvernement de gauche devrait expliquer qu’il est attaché à la construction européenne, mais qu’il refuse au nom de celle-ci que les droits sociaux soient détruits et les populations paupérisées.

 

Il devrait tenir le discours suivant : « L'euro est notre monnaie. Mais les traités l'ont placée sous la domination de la finance. La BCE finance les banques privées à taux quasi nul et celles-ci prêtent ensuite aux États à des taux exorbitants. Nous ne voulons plus être soumis aux marchés financiers. Nous voulons faire fonctionner l’euro au service des besoins sociaux et écologiques. Nous voulons placer nos banques sous contrôle citoyen pour qu’elles servent les vrais besoins de la société et non l’avidité de leurs actionnaires. Nous, gouvernement de ce pays, commençons à le faire chez nous. Nous invitons les mouvements sociaux et les peuples européens à faire de même partout, pour nous réapproprier ensemble notre monnaie et refonder l’Union européenne sur d'autres bases ».

 

Le gouvernement en question prendrait alors un certain nombre de mesures unilatérales en expliquant qu’elles ont vocation à être étendues à l’échelle européenne. Il s’agit de mesures unilatérales coopératives, en ce sens qu’elles ne sont dirigées contre aucun pays, contrairement aux dévaluations compétitives, mais contre une logique économique et politique et que, plus le nombre de pays les adoptant est important, plus leur efficacité grandit. C’est donc au nom d’une autre conception de l’Europe qu’un gouvernement de gauche devrait mettre en œuvre des mesures qui rompent avec la construction actuelle de l’Europe. Ainsi, par exemple, un gouvernement de gauche pourrait enjoindre sa banque centrale de financer les déficits publics par de la création monétaire. Cela pourrait d’ailleurs se faire indirectement sans même violer formellement les traités européens en utilisant comme intermédiaire un établissement public de crédit comme par exemple en France la Caisse des dépôts[5]. Fondamentalement, il s’agit d’engager un processus de désobéissance aux traités et par là même, un bras de fer avec les institutions européennes.

 

Une telle attitude montrerait concrètement qu’il existe des alternatives aux politiques néolibérales. Elle mettrait les gouvernements européens au pied du mur et les confronterait à leur opinion publique. Elle serait un encouragement pour les peuples à se mobiliser. Un discours résolument pro-européen, tourné vers la démocratie, la justice sociale et environnementale, trouverait un écho considérable auprès des autres peuples européens et des mouvements sociaux.Les dirigeants européens tenteront certes de dresser les opinions publiques contre les « faussaires » qui fabriquent des euros pour éviter les sacrifices et se prélasser sur le dos des pays vertueux. Des représailles seront mises en œuvre. On menacera le peuple désobéissant d'un boycott économique total – une menace plus crédible d’ailleurs contre les petits pays que contre les plus grands, en particulier la France.

 

L’issue de ce bras de fer n’est pas donnée d’avance. Une exclusion forcée du pays rebelle, même si le Traité de Lisbonne ne prévoit aucune possibilité d'exclure un pays de la zone euro, serait-elle possible comme la Grèce en avait été menacée en cas de victoire électorale de la gauche radicale Siryza ? Un effet domino progressiste pourrait-il gagner d'autres pays qui scissionneraient et pourraient instaurer un euro-bis, avec des innovations fiscales et budgétaires, solidaires et écologiques, qui le rendraient viable ? Y aura-t-il un basculement de la zone euro par une refonte des traités ? Tout dépendra des rapports de forces construits qui pourront être construits à l’échelle européenne. La désobéissance européenne, en commençant si nécessaire dans un pays, peut être conçue et popularisée, non comme l’amorce d’un éclatement des solidarités européennes, mais au contraire comme un outil pour accélérer l’émergence d’une communauté politique européenne, un embryon de « peuple européen ».

 

La divergence avec Lordon porte donc sur deux points : d’une part, contrairement à lui, nous pensons qu’il est possible d’avancer vers la construction d’une souveraineté populaire à l’échelle européenne, ce qui suppose une transformation radicale de la situation actuelle ; d’autre part, si l’on ne peut exclure, dans certains cas, une sortie de l’euro, elle serait le résultat de la conjoncture et d’une bataille politique pour une refondation de l’Union européenne et non un projet politique a priori. Ces deux points sont évidemment liés. C’est parce que nous n’avons pas renoncé à la bataille pour une « autre Europe », que nous ne pouvons porter un projet, la sortie de l’euro, qui en est la négation[6].

 

 

 

 

 

 

 


[1] Contre  une austérité à perpétuité, sortir de l’euro ?, Le Monde diplomatique, août 2013

[2] La différence essentielle entre une monnaie unique et une monnaie commune tient au fait que cette dernière laisse subsister les monnaies nationales. Comme l’indique Lordon, il y a plusieurs façons d’envisager une monnaie commune. Le Système monétaire européen (SME) qui a existé entre 1979 et 1993 en était une qui a éclaté sous l’effet de la spéculation financière permise par la liberté de circulation de capitaux.

[3]Voir notamment Saskia Sassen, Critique de l’État. Territoire, autorité et droits, de l’époque médiévale à nos jours, Editions Démopolis, Paris 2009.

[4] Voir : Thomas Coutrot, Pierre Khalfa, Crise de l'euro : sortir du carcan, dans Nous désobéirons aussi sous la gauche !, sous la direction de Paul Ariès et René Balme, Editions Golias, septembre 2012 ; Fondation Copernic, Changer vraiment !, Editions Syllepse, juin 2012 ; Pierre Khalfa, Catherine Samary, La monnaie, l’euro, ne pas se tromper de débat, janvier 2011 ; Michel Husson, Quelles réponses progressistes ?, Les Temps Nouveaux, automne 2010 ; Jean-Marie Harribey, Sortir de quoi ?, avril 2011, http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/europe/debat-sortiedeleuro.pdf ; Daniel Albarracín, Nacho Álvarez, Bibiana Medialdea (Espagne), Francisco Louçã, Mariana Mortagua (Portugal), Stavros Tombazos (Chypre), Giorgos Galanis, Özlem Onaran (Grande Bretagne), Michel Husson (France), Que faire de la dette et de l’euro ?, Un manifestehttp://tinyurl.com/euro13.

[5] Il s’agit d’utiliser les possibilités offertes par l’article 123-2 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

[6] Relevons en passant que Lordon présente sa position « à la manière d’un syllogisme ». Rappelons qu’un syllogisme enchaîne une proposition majeure qui énonce une généralité censée être vraie (tous les hommes sont mortels), une proposition  mineure, elle aussi censée être vraie, qui énonce une particularité (Socrate est un homme), pour aboutir à une conclusion logiquement déduite de ces deux propositions (donc Socrate est mortel). Lordon part de la proposition suivante (A) : « l’euro actuel est né d’une construction qui a pour intention de satisfaire les marchés  de capitaux », qu’il définit comme la majeure. Il enchaîne avec ce qu’il nomme la « mineure » du syllogisme (B) : « tout projet de transformation de l’euro est ipso facto un projet de démantèlement du pouvoir des marchés ». Or, B n’est en rien une mineure, elle n’avance aucune propriété caractéristique particulière, mais au contraire affirme une nouvelle généralité, en la présentant comme induite par A. Enfin, Lordon conclut ses deux propositions par un développement politique qui ne fait que commenter ce que dit sa mineure, alors que la conclusion d’un syllogisme doit apporter un élément logique nouveau. Tout cela n’a pas grande importance mais on peut regretter que soit présenté sur le mode d’une logique implacable ce qui relève d’un choix politique.

 

 

 

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 12:20

 

Actualutte

 

 

 

 

 

 

Sam Simon, scénariste et co-créateur des Simpson aux côtés de Matt Groening a décidé de léguer l’ensemble de sa fortune à des œuvres de charité, après avoir découvert qu’il se trouvait en phase terminale d’un cancer du côlon.

Alors que les médecins ne lui donnent que trois à six mois pour vivre, l’homme de 58 ans va léguer sa fortune estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars. Peu connu en France, Sam est co-créateur des Simpson, scénariste pour The Drew Carey Show ou encore Arrested Development. Il a décroché neuf Emmy Awards au cours de sa carrière. Sa fortune, il l’investit depuis 1993 dans des activités philanthropiques, notamment sa fondation qui lutte contre la faim et s’occupe des animaux errants.

Végétalien, et engagé auprès de la People for the Ethical Treatment of Animals (PETA), Sam Simon explique son choix de défendre les animaux plutôt que de soutenir la lutte contre le cancer. « Un des trucs sur les droits des animaux, c’est que ton argent provoque des réussites. Je vois des résultats. Il y a des bonnes nouvelles chaque semaine. Je ne suis pas sûr que tu puisses avoir ça avec des oeuvres de charité concernant une maladie« , tranche le scénariste.

Serin face à la maladie, Sam sait que sa fondation, elle, restera « en vie » encore longtemps malgré son départ.

Voici un extrait de l’interview que Sam Simon a donné au Hollywood Reporter (traduction par Petcitylire l’intégralité de l’interview en anglais ici)

 The Hollywood reporter : comment vous sentez-vous ces derniers temps ?

Sam Simon : 1 semaine de chimio, 1 semaine de repos… j’ai tous les effets négatifs de la chimio, qui peuvent me flinguer les jours de repos… mais aujourd’hui ça va.

THR : Quel est votre degré d’activité dans le domaine caritatif aujourd’hui ?

S.S : Je n’ai jamais tout fait moi-même, mais j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes qui s’en occupent pour moi. Un des grands plaisirs de ma fondation c’est de passer du temps avec des gens supers, parmi les meilleurs que j’ai rencontrés dans ma vie.

THR : Pourquoi avoir choisi notamment la cause animale ?

S.S : J’adore les animaux. Tout ce que fait ma fondation, c’est aider à la fois les humains et les chiens. C’est notre mission. J’adore les chiens, et rencontrer les gens dont nous avons sauvé les compagnons avec notre programme « opération gratuite ». Lorsque le Drew Carey Show, que je produis, avait fait un épisode sur les courses de lévriers, j’ai fait des pieds et des mains pour qu’on réécrive le script. Je ne voulais pas d’un épisode qui parle de ça. Mais les scénaristes n’ont pas voulu. Alors j’ai reversé tout le fric de l’épisode à PETA. Ils étaient alors en plein sauvetage de 6 lévriers en Californie, et m’ont invité à participer à un shooting photo qu’ils voulaient faire pour montrer leur situation. Quand je suis arrivé sur place, pas de chiens. L’association m’a expliqué qu’avec la médiatisation, le sauvetage s’était compliqué, les propriétaires avaient menacé de tuer les chiens qui allaient être sauvés un mois plus tard. J’ai trouvé ça flippant.

THR : Tout d’un coup, tout le monde semble découvrir que vous êtes un philantropiste, alors que votre engagement est ancien…

S.S : Tout le monde sait aujourd’hui que je vais mourir, alors j’ai droit à des récompenses, des immeubles et des bureaux qui portent mon nom. Le vrai truc, c’est que j’ai plus de pognon que je ne peux en dépenser, et ça ne m’intéresse pas, d’ailleurs, de le dépenser pour moi. Toute ma famille me suit là-dessus, et ça me fait plaisir.

THR : Comment choisissez-vous les projets que vous aidez ?

S.S : Tout dépend des idées. Paul Watson de Sea Shepherd avait besoin d’un nouveau bateau. Charlie McCormack de Save the Children fait des trucs supers aussi, que je veux soutenir. Et Ingrid Newkirk de PETA m’inspire beaucoup. Quand j’étais à l’hôpital, beaucoup sont venus. J’ai eu une idée avec Ingrid : en décembre, j’ai commencé à racheter des zoos et des cirques, en entier. Je voulais juste voir, avant de mourir, ces animaux se balader sur de l’herbe pour la première fois de leur vie. Par l’entremise de PETA, j’ai stoppé pas mal de cirques ambulants, qui comptent les animaux peut-être les plus maltraités dans ce pays.

THR : Vous avez dit dans les médias que c’était vraiment important pour vous, voire crucial, de donner le maximum de vos biens. Pourquoi ?

S.S : J’en tire du plaisir. J’aime ça. Je ne vois pas ça comme une obligation. Le truc avec la cause animale, qui n’est pas la seule que je défends, c’est que je vois bien que l’argent fait avancer les choses. Je vois de vrais résultats. Il y a de supers projets qui sont mis en place, toutes les semaines. Je ne suis pas sûr qu’on obtienne ça avec les œuvres de charité classiques visant à lever des fonds (en général faibles). Si vous donnez depuis 20 ans pour la défense de l’environnement, vous pensez vraiment que votre argent a servi à quelque chose aujourd’hui ? C’est des gouttes d’eau dans la mer. On peut le dire, l’environnement a globalement été détruit.

THR : Quels changements aimeriez-vous voir dans ce monde ?

S.S : je voudrais qu’on arrête l’expérimentation animale. Ca ne sert à rien. Par ailleurs, je pense qu’être végétarien est la réponse pour à peu près tous les problèmes que le monde connaît aujourd’hui en matière de faim et de changement climatique. Les gens auraient une meilleure santé. L’élevage est le plus gros producteur de gaz à effet de serre du monde. Sans parler de la souffrance animale…Lorsque les gens font un jour sans viande dans la semaine, ou adoptent au lieu d’acheter un chien, ce sont des victoires.

Source : Petcity

Photo : Hollywood Reporter

 

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 12:12

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ENFANTS DE FUKUSHIMA - Avignon TGV samedi 3 août à 20h30






Bonjour à toutes et à tous,

Samedi 03 aout des enfants de Fukushima arriveront a la gare tgv d'Avignon à 20h30

Ils viennent pour des vacances, mais au-delà de vacances, ils viennent aussi pour apporter leur témoignage.

Venez les accueillir à la gare tgv avec des drapeaux de bienvenue. Si vous jouez de la musique, venez avec un instrument.

Faisons de cet instant un moment magique et inoubliable qu'ils garderont toute leur vie. Montrons-leur qu'ils ne sont pas abandonnés, transformons le hall de la gare en un formidable hall de bienvenue.

Rendez-vous samedi 20h30 gare tgv d'Avignon

Olivier Florens


Date de publication prévue ou dernière modification : 02-08-2013 à 09h.

 

 

 

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 17:56

 

 

Le Monde.fr

  01.08.2013 à 19h35 • Mis à jour le 01.08.2013 à 19h36 | Par Angela Bolis

 

 

 

Des militants anti-gaz de schiste à Balcombe, au Royaume-Uni, le 31 juillet.

En Europe, la Grande-Bretagne est, après la Pologne, l'un des pays les plus en pointe dans la course au gaz de schiste. Pourtant, l'opinion n'y est guère plus favorable qu'en France. En témoigne la mobilisation, depuis une semaine, d'opposants à l'extraction de ces hydrocarbures dans la roche mère, qui exige la technique de la fracturation hydraulique – polluante, et interdite en France.

 

Lire l'enquête"Faut-il avoir peur du gaz de schiste ?"

C'est à Balcombe, au sud de Londres, que s'est focalisée cette contestation, derrière le mot d'ordre "Frack off". Des militants y ont monté un camp et tentent de bloquer le chantier d'un futur forage d'exploration de la société Cuadrilla, rapporte The Guardian, qui a aussi réalisé un reportage vidéo (en anglais) sur place.

Depuis la semaine dernière, vingt-cinq personnes ont été arrêtées, et une seule livraison de matériel au chantier a pu aboutir, grâce à une escorte policière, sous les cris "vous êtes des assassins". L'eurodéputé vert Keith Taylor a dénoncé l'usage excessif de la force contre les militants.

Un autre article du Guardian  qui évoque "une foire aux dissidents", signe de l'ambiance joyeuse du camp , analyse la mobilisation de Balcombe comme "la partie émergée" d'une rébellion plus globale, contre un modèle de développement qui rime avec "le culte du béton, l'industrie lourde et la croissance comme fin en soi".

Les policiers escortent un camion livrant du matériel pour le site de forage de la société Cuadrilla, qui veut exploiter du gaz de schiste à Balcombe, dans le sur de l'Angleterre.   Des militants anti gaz de schiste sont évacués du site de Balcombe, où ils tentaient de bloquer le chantier du forage de la société Cuadrilla, le 29 juillet.

Ce n'est pas la première fois que la société Cuadrilla est visée par les actions de militants anti "fracking". Elle avait déjà fait parler d'elle en 2011, lorsqu'elle avait été forcée d'interrompre ses forages dans le nord-est de l'Angleterre après de légères secousses sismiques imputées au forage ; les mêmes associations avaient alors organisé des manifestations. Cuadrilla avait finalement été autorisée à poursuivre ses forages exploratoires à condition de renforcer les contrôles.

 

Lire la note de blog :  "Un forage de gaz de schiste responsable de secousses sismiques en Angleterre"


 "LEADER DE LA RÉVOLUTION DU GAZ DE SCHISTE" 

La polémique sur l'exploitation du gaz de schiste en Grande-Bretagne a par ailleurs été relancée, mardi, par les propos du Lord conservateur Howell. Cet ancien conseiller sur l'énergie a suggéré, devant la chambre des Lords, de lancer l'exploitation dans le nord-est du pays, où "il y a de vastes espaces inhabités et déserts", et donc "plein de place pour la fracturation hydraulique (...) que nous pourrions conduire sans aucune menace sur l'environnement rural".

Des propos qui lui auront valu de devoir présenter des excuses publiques, et une volée de critiques – les Amis de la Terre l'accusant notamment de vouloir "balayer" dans le Nord une exploitation freinée par les résistances locales dans le Sud.   

Lord Howell est aussi le beau-père du ministre des finances, George Osborne, qui a récemment déclaré vouloir faire de la Grande-Bretagne "le leader de la révolution du gaz de schiste". Et proposé  la mise en place du régime fiscal sur l'extraction de gaz de schiste "le plus généreux" au monde.

Ses propositions seront prises en compte par le gouvernement pour forger des mesures prévues dans la loi de finance 2014. Au grand dam des associations écologistes : "Promettre des avantages fiscaux à des groupes de l'énergie pollueurs qui menacent nos communautés et notre environnement au moment où tous les autres doivent se serrer la ceinture est une honte", a ainsi dénoncé Andrew Pendleton, des Amis de la Terre.

 

Lire aussi :  "Au Royaume-Uni, l'avantage fiscal annoncé par David Cameron en faveur du gaz de schiste fait scandale"


DES RESSOURCES PROMETTEUSES

La Grande-Bretagne, qui se souvient du temps où elle figurait parmi les producteurs d'hydrocarbures de premier plan grâce aux champs exploités depuis les années 1970 en mer du Nord, voit aujourd'hui ses ressources conventionnelles chuter. En 2011, la production de gaz naturel en mer du Nord a diminué d'un quart.

Londres porte donc ses espoirs sur les ressources contenues dans sa roche mère – d'autant qu'un rapport du British Geological Survey a récemment révélé que les ressources en gaz de schiste dans le nord de l'Angleterre étaient deux fois plus importantes que prévu.

En décembre 2012, le gouvernement avait autorisé la reprise de forages exploratoires par fracturation hydraulique, tout en l'assortissant de nouveaux contrôles. Il faut dire qu'un an plus tôt, The Guardian avait révélé le laxisme de la régulation prévue pour ces forages, faisant craindre des dégâts environnementaux, notamment en cas de fuite des produits chimiques utilisés pour la fracturation hydraulique dans les eaux souterraines. Il dénonçait notamment l'absence "d'organe gouvernemental responsable du contrôle de cette industrie naissante"

Lire la note de blog : "Exploiter les gaz de schiste ? Le cas de la Grande-Bretagne"

Angela Bolis
Journaliste au Monde

 


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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 17:49

 

Marianne

Jeudi 1 Août 2013 à 18:13

 

Charles des Portes

 

 

Les alentours de nombreuses rédactions furent placardés par de fausses unes du Point, signées Greenpeace. Une nouvelle action pour dénoncer les groupes de pression qui influent dans le programme nucléaire Français, à l'instar du Corps des Mines.

 

La fausse Une du Point, près des bureaux de Marianne - © Charles des Portes
La fausse Une du Point, près des bureaux de Marianne - © Charles des Portes
Quelle n’était pas la surprise de nombreux journaux de constater près de leurs locaux des affiches du Point… signées Greenpeace. Certains ont d’abord cru au partenariat, mais rien de tel. L’association environnementale souhaitait à travers cette une, dénoncer l’influence du « Corps des Mines » auprès de François Hollande.

 

Capture d'écran Facebook Greenpeace, mercredi 31 juillet
Capture d'écran Facebook Greenpeace, mercredi 31 juillet
Contacté, Cédric Gervet, chargé de communication à Greenpeace évoque un « clin d’œil à (la) ligne éditoriale » du magazine. L'opération n'a pas pour but de « prêter à confusion, mais principalement d’attirer les gens et de les amuser », tout comme elle vise à « dénoncer les influences autour du président ».

Ainsi pour rester fidèle aux choix du Point, c'est logiquement une photo peu glamour du président de la République qui a été séléctionnée. L'hebdomadaire consacrant de nombreuses unes à la manipulation ou aux influences, la réplique se veut humoristique, voire caricaturale.

En ligne de mire, le Corps des Mines, un lobby d’ingénieurs qui constitue selon Cyrille Cormier, chargé de campagne énergie pour Greenpeace, un « groupe de pression (qui) influe dans le programme nucléaire Français depuis 60 ans. » « C’est une forme de monarchie où chacun se forme de père en fils, un lobby qui montre le manque d’ouverture aux alternatives énergétiques », poursuit le responsable. « Le débat est bloqué par le manque de pluralisme dans l’entourage du président. (Hollande) doit faire preuve d’autorité s’il veut réduire la part du nucléaire » conclut-il.

 

Capture d'écran 02 minutes
Capture d'écran 02 minutes

Ces actions sont-elles utiles ? D’après Cédric Gervet, les réseaux sociaux représentent le meilleur outil de mesure. La fausse couverture du Point y est abondamment commentée. Un type d’action familier, puisque Greenpeace s’y était déjà adonnée le 24 juin dernier.

20 minutes avait alors été détourné. Intitulé « 02 minutes », la fausse affiche avait pour but de dénoncer la politique d'Henri Proglio à la tête d'EDF et son décalage face à la politique de Hollande en matière d’énergie. A quand la

 

 

 

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 17:22

 

Rue89

Enquête 31/07/2013 à 09h52
Romain Lescurieux | Journaliste
Mario Bompart | Journaliste

 

Surveillance abusive, conditions de travail épuisantes, non-respect du droit de grève : Chronopost et son sous-traitant Derichebourg vont loin pour tenir les délais.

 


Dans un bureau de poste à Caen, le 22 décembre 2008 (MYCHELE DANIAU/AFP)

 

Trustpilot, site de critiques et recommandations sur les entreprises, attribue la note désastreuse de 1,8/10 à Chronopost. Fondée sur près de 300 avis d’internautes, cette note est le reflet des plaintes fréquentes à l’égard de la filiale de La Poste. Retards dans la livraison, perte ou détérioration des colis, les motifs de grogne touchent différents maillons de la chaîne de distribution.

Amazon, Pixmania ou encore Priceminister : toutes ces grandes enseignes traitent la livraison de leurs marchandises avec Chronopost. Préparé dans l’entrepôt du e-marchand, le colis se dirige ensuite vers une des 74 agences du groupe, qui s’engage à vous livrer le lendemain, avant 13 heures. La cadence infernale s’enclenche.

Le colis est orienté vers un des six « hubs » (plateformes de transit) français : Montpellier, Poitiers, Lyon-Corbas, Chilly-Mazarin et deux à Roissy. Ouvert en 2006, le site de Chilly-Mazarin, dans l’Essonne, traite à lui seul 60% du trafic national. Selon Chronopost, il s’agit du « centre de tri le plus performant d’Europe avec une cadence maximale de 30 000 colis par heure ». Ici, au bord de l’A6, pas moins de 450 déplacements [PDF] de camions sont effectués au quotidien.

Chronopost affiche fièrement son slogan : « Demandez à Chronopost, ça ira plus vite. » Mais cette célérité est permise par la sous-traitance. A son arrivée au hub de Chilly-Mazarin, votre colis n’est pas traité par un salarié du groupe mais par un employé de Derichebourg, société privée axée sur le nettoyage.

« La sous-traitance, de l’esclavage moderne »

A première vue, aucun lien entre la filiale de La Poste et Derichebourg. Loin de supposés postes d’agents d’entretien, ils sont 150 salariés employés pour charger et décharger les camions, de jour comme de nuit. Un moyen de « réduire les coûts de production » à un moment où « le groupe réalisait pourtant 40 millions d’euros de chiffre d’affaires », confie Eugène Urbino, délégué SUD de Chronopost.

Les syndicalistes disent ne pas être dupes. Pour Abichou Nizar, délégué CGT Derichebourg :

« Chronopost sous-traite car ses salariés se révoltaient trop à son goût. La sous-traitance, c’est de l’esclavage moderne. »

Mohamed, 41 ans, embauché sur le site depuis 2007, ressent un manque de confiance :

« Lorsqu’un camion arrive, les portes sont scellées. Un “Chronopostier” vient l’ouvrir, à nous de le vider ! »

Sous le vacarme des avions qui se posent sur les pistes d’Orly juste derrière, la pression est physique et morale. Sofiane (prénom d’emprunt), intérimaire de Derichebourg, explique :

« Les conditions de travail sont vraiment éprouvantes. Nous disposons de 45 minutes à 1h15 pour décharger un semi-remorque de 35 tonnes. Les licenciements sont si fréquents que nous sommes toujours sous pression. »

« Si le timing de déchargement est dépassé, notre salaire est amputé de pénalités », s’indigne Hassan Gandou, délégué CFDT à Derichebourg.

Abichou Nizar explique :

« Cette cadence de travail peut provoquer des accidents, des TMS [troubles musculosquelettiques, ndlr]. […] Et si le salarié est malade, ses primes sont sucrées. »

« T’as déjà joué à “Tetris” ? »

Colis standards ou sensibles, tout est géré à la main sans outil de chargement, à un rythme infernal. Certains salariés reconnaissent « lancer » ou « écraser » les colis lors des rushs. Sofiane se souvient de cette phrase d’un contremaître :

« T’as déjà joué à “Tetris” ? Ici, c’est pareil ! Sauf que les briques, ce sont les colis : pneus de camions, poussettes pour triplés, tables de ping-pong. »

Mais avant même d’arriver, les colis sont souvent abîmés. « Lorsque nous déchargeons les camions, certains paquets sont déjà éventrés », explique le jeune homme. Les colis dégradés doivent être ramenés à un salarié de Chronopost :

« Mais compte tenu de la cadence, nous n’avons pas le temps de nous en occuper. Ce n’est pas la priorité, alors ils s’empilent sur le côté. »

Certains se retrouveraient même sans emballage et sans code-barres. De détérioré, le colis passe vite au statut « perdu ». Toutefois, la direction nuance : « Le taux de perte de colis est infime. » Le vol de colis, lui, semble rare, tant la surveillance des salariés est draconienne. A la limite de la légalité.

« Chronopost is watching you »

« Nos agences et nos hubs sont équipés de plus de 2 500 caméras pour le suivi des colis et la sûreté des sites », explique la direction de Chronopost. « Voler, c’est impossible ! », lâche Sofiane. Le syndicaliste SUD Eugène Urbino confie :

« Les caméras sont installées officiellement pour surveiller les colis. Mais vous dire qu’elles ne contrôlent pas les salariés serait mentir. »

Certaines seraient placées dans les vestiaires.

Maître Eric Rocheblave, avocat au barreau de Montpellier, spécialiste en droit du travail, souligne :

« Si cela est avéré, Chronopost doit être condamné. Une récente décision de la Cnil [Commission nationale de l’informatique et des libertés, ndlr] interdit la vidéosurveillance dans les vestiaires des entreprises. »

A l’entrée du site, une société privée, Answer, effectue un contrôle drastique. Portique aéroportuaire, détecteur de métaux, dépôt de papiers d’identité : la sécurité ne laisse rien passer. Pour maître Eric Rocheblave, « la direction va trop loin » :

« Chronopost pourrait juste demander de présenter la carte à l’entrée et à la sortie du hub. Mais le dépôt de papiers d’identité doit être clairement justifié. »

Au-delà de la surveillance, Chronopost a plus d’un tour dans son sac pour maintenir son personnel sous pression.

Le droit de grève en péril

Du 21 au 28 février dernier, une centaine de salariés de Derichebourg – deux tiers des effectifs – répondent à l’appel à la grève pour obtenir de meilleures conditions de travail. Mais un vieux démon ressurgit dans les esprits. Selon les syndicats, lors du précédent mouvement social de juillet 2009, Chronopost aurait infligé une pénalité de 30 000 euros pour deux heures de grève à Derichebourg, en l’accusant d’une « mauvaise gestion des salariés ». Une information démentie par la direction de Chronopost : « Il n’y a pas de pénalité pour ce motif. »

Ce genre de pratique est néanmoins courante selon maître Gwendal Rivalan, avocat spécialiste du droit de la sous-traitance :

« Derichebourg a plus d’intérêts à payer l’amende plutôt que perdre ce marché. Ce sont des calculs financiers pervers mais fréquents dans la sous-traitance. »

Amende ou ralentissement du trafic, cette année, Derichebourg semblait pourtant prêt à tout pour éviter ce genre de désagrément. Le 25 février, des voitures arrivent au centre de tri, huées par les grévistes. « La direction nous remplace par des laveurs de vitres, des employés administratifs, venus de services extérieurs au site », s’étonne un salarié.

Durant cette semaine de grève, deux inspecteurs du travail d’Evry ont récupéré la liste du personnel afin d’étudier leur profil. Les premières conclusions de l’enquête ont permis d’affirmer qu’en plus des remplacements de grévistes par des salariés d’autres sites, Derichebourg a fait appel à des intérimaires. Maître Gwendal Rivalan soutient :

« L’employeur doit respecter le droit de grève, et ne peut employer des intérimaires pour remplacer les grévistes. »

« L’inspection du travail a décidé de porter plainte contre Derichebourg. Nous nous constituons partie civile », informe Abichou Nizar.

Le chauffeur fait « sa tambouille interne »

Retournons à votre colis. Du hub, le paquet retourne vers l’une des 74 agences Chronopost, proches de chez vous, bien qu’une agence puisse couvrir plus de cinq départements. A son arrivée, le colis est attribué à un chauffeur. « Il s’organise selon son ordre de tournée. C’est sa tambouille interne », explique Chronopost.

A priori, votre colis semble vous tendre les bras. A un détail près : le chauffeur peut encore une fois être un sous-traitant ou une boîte d’intérim. Chaque agence s’organise comme elle l’entend avec une entreprise ou une boîte d’intérim de son choix. « Nous faisons appel à des intérimaires pour une semaine ou même une journée », indique un directeur d’agence Chronopost située en Bourgogne. Difficile dans ce contexte d’assurer avec efficacité la tournée et de trouver sur plus de cinq départements les destinations les plus reculées.

Enfin, reste de votre côté à être présent pour réceptionner le bien. Car en cas d’absence du destinataire, le colis rebrousse chemin. Seule trace : un avis de passage. « Le colis repart vers l’agence, un point relais ou La Poste », indique la direction.

 

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato, Enucléé
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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 17:10

 

Rue89

 

« Chilling effect » 31/07/2013 à 18h15
Philippe Vion-Dury | Journaliste Rue89

 


Bradley Manning à Fort Meade (Maryland), le 30 juin 2013 (Patrick Semansky/AP/SIPA)

 

Le procès du soldat Bradley Manning, accusé d’avoir transmis plus de 700 000 câbles diplomatiques américains à WikiLeaks, entre dans sa seconde phase, la plus intéressante.

Le verdict est tombé mardi : Manning n’est pas reconnu coupable de collaboration avec l’ennemi – une charge qui lui aurait valu l’emprisonnement à vie – mais de vingt autres charges, portant la durée potentielle de sa peine à 136 années.

Treize témoins auditionnés à huis clos

Dès maintenant et pour les semaines à venir, la juge Denise Lind va déterminer quelle peine lui infliger pour chacune des charges, toutes cumulables. Elle va surtout prendre en considération des éléments qu’elle avait ignorés jusque-là : les motifs de Manning et les dommages qu’ont causé ses fuites.

Ce changement de phase s’accompagne d’un changement de vocabulaire : la juge n’appelle plus le jeune homme « l’accusé » mais le « prévenu ».

Charge par charge, la défense et l’accusation seront donc invitées à présenter des preuves, appeler des témoins à la barre et exposer leurs remarques sur ce qu’elles considèrent être la peine adéquate.

Toutes les preuves relatives aux intentions de l’analyste et les dommages que ses actions ont pu causer à la sécurité nationale avaient été jugées non pertinentes jusqu’ici.

Elles seront maintenant entendues par la juge, mais pas nécessairement par le public : le gouvernement a planifié l’audition de treize témoins qui seront entendus à huis clos ou avec des clauses de confidentialité. Parmi eux, on trouve essentiellement des militaires, spécialistes du renseignement et membres du Pentagone ou du Département d’Etat.

C’est donc au cours de cette phase que la juge va déterminer si, malgré le fait qu’il ait eu recours à des méthodes illégales, Bradley Manning a eu raison de divulguer ces documents, s’il était réellement guidé par de nobles intentions, si la noblesse excuse le geste ou encore, comme l’avance l’accusation, si le soldat est tout simplement un narcissique fragile, troublé par des questions sur sa sexualité et « anarchiste ».

Encore plusieurs semaines d’auditions

Tout ce que l’on peut prévoir pour le moment, c’est que la peine n’excédera pas 136 ans. Vingt-deux charges d’accusation en tout pesaient contre l’analyste dont huit pour violation de la loi sur l’espionnage de 1917. Manning a plaidé coupable pour dix charges, la juge Denise Lind l’a déclaré coupable de vingt d’entre elles.

Le tableau du verdict, charge par charge

La justice militaire américaine ne prévoit ni standard, ni minimum. Le jugement final sera donc à la discrétion de la juge-colonel Denise Lind. Il a toutefois été décidé ce mercredi après-midi que le prévenu aurait droit à une réduction de 1 274 jours (un peu plus de trois ans), correspondant au temps déjà passé en cellule et à l’isolement.

Traître ou héros, le débat continue

Le verdict de mardi n’a certainement pas calmé les tensions entre opposants et partisans de Bradley Manning qui se sont invectivés par « tweets » interposés. La réponse de WikiLeaks ne s’est pas faite attendre :

« Il s’agit de la toute première condamnation d’un lanceur d’alerte pour espionnage aux Etats-Unis, c’est un précédent dangereux et l’illustration de l’extrémisme de la sécurité nationale. C’est un jugement irréfléchi qui ne peut être toléré et doit être annulé. Considérer que transmettre de vraies informations au public relève de l’espionnage, cela ne doit jamais advenir. »

Même réaction du côté de l’association américaine pour les libertés civiles (ACLU) qui accuse l’administration Obama de chercher à « intimider n’importe qui pourrait révéler des informations importantes » et du côté de Reporter sans frontières qui parle d’un verdict « dangereux » et « redoutable pour le journalisme d’investigation ».

 

Au Congrès en revanche, on se félicite du verdict :

« Justice a été faite aujourd’hui [mardi, ndlr]. Le soldat Manning a nui à notre sécurité nationale, violé la confiance publique, et est maintenant reconnu coupable de crimes graves. Il reste beaucoup de travail pour réduire la capacité de criminels comme Bradley Manning et Edward Snowden à mettre en danger la sécurité nationale. »

Le soutien frileux de la presse

Quant à savoir quel camp est le plus important, la tâche est bien difficile. Aucun sondage sérieux n’a été réalisé auprès de la population américaine pendant les trois dernières années (que Manning a passées en prison, rappelons-le). Les grands journaux semblent inquiets de cette atteinte à la liberté de la presse mais ne se prononcent pas ouvertement.

Même l’éditorial du New York Times, qui avait pourtant publié une partie des documents révélés par WikiLeaks, adopte une ligne consensuelle en se réjouissant que le soldat ne soit pas condamné pour collaboration avec l’ennemi mais que la « question de savoir si le soldat Manning avait enfreint la loi ne se posait pas ».

« Les Américains acceptent que ces informations soient classifiées dans l’intérêt de la sécurité nationale. Mais cet accord est rudement mis à l’épreuve lorsque le gouvernement classifie plus de 92 millions de documents par an. [...]

Le gouvernement devrait se satisfaire d’une peine modérée et faire quelque chose ensuite concernant son addiction au secret. »

Sur Twitter, il semble acquis que Manning est victime d’une injustice.

Dans la maison de Ben Laden

Si on peut s’attrister du sort réservé au jeune homme, on peut se réjouir que les charges de collusion avec l’ennemi aient été abandonnées. Elles auraient pu créer une jurisprudence dangereuse, comme l’explique Dan Gillmor du Guardian :

« Si la juge avait déclaré Manning coupable, elle aurait créé un terrible précédent. Pour la première fois, une cour américaine, bien que cour militaire, aurait décidé qu’était potentiellement passible de la peine capitale celui qui transmet simplement des informations à un organe de presse, parce qu’à cause de l’ère internet, un ennemi aurait été finalement capable de lire ce qui a fuité. »

L’accusation avait en effet avancé qu’en fournissant des documents à WikiLeaks, Manning avait aidé « indirectement » l’ennemi, chose qu’il aurait dû savoir étant un analyste en renseignement. Preuve en seraient des documents WikiLeaks qu’auraient trouvés les soldats Seal lors du raid sur la maison de Ben Laden à Abbottabad (Pakistan).

Faire l’effet d’une douche froide

Il n’empêche que même si cette jurisprudence et la peine capitale qui l’accompagne ont été écartées, le poids des vingt charges retenues pèse sur les esprits. Après les récentes révélations d’Edward Snowden sur le programme de surveillance américain, l’administration Obama recherche plus que jamais le « chilling effect », la douche froide qui calmera les ardeurs des individus qui pourraient ambitionner eux aussi une carrière de lanceur d’alerte.

Joel Simon, le président du Comité de protection des journalistes, s’est exprimé en ce sens :

« Même si Manning n’a pas été déclaré coupable pour la charge la plus grave, nous sommes toujours inquiets de “ l’effet calmant ” sur la presse, particulièrement sur les journalistes spécialistes des questions de sécurité nationale. Ce procès agressif a envoyé un message clair à tout aspirant “ fuiteur ”. »

Et risque de compliquer la tâche des défenseurs de la transparence comme WikiLeaks, selon Michael Corgan, professeur de relations internationales à Boston et ancien officier de la marine :

« Cela va rendre les choses plus compliquées pour les gens qui voudront négocier avec Assange. Il encourront de plus grands risques, et cela compromettre également son opération. Ça va agir comme un repoussoir pour Wikileaks. »

Le Nobel Obama n’a pas tenu parole

Mais Manning n’étant plus un « traître », ce procès lui aura au moins permis de gagner son statut de « whistleblower », de lanceur d’alerte. Un statut que le candidat Obama s’était engagé [PDF] à défendre en 2008 :

« Souvent, la meilleur source d’information sur le gaspillage, les fraudes ou les abus au sein d’un gouvernement est un fonctionnaire dévoué à l’intégrité publique et prêt à parler. De tels actes de courage et de patriotisme, qui peuvent parfois sauver des vies […] devraient être encouragés plutôt que réprimés comme ils l’ont été sous l’administration Bush. »

Malheureusement pour Bradley Manning, Edward Snowden et les autres à venir, le Nobel Obama n’a pas tenu parole :

  • sept « lanceurs d’alerte » ont été traduits en justice et condamnés, un record historique ;
  • l’administration Obama a poursuivi deux fois plus d’individus au nom de l’« Espionage Act » de 1917 que tous les gouvernements précédents réunis ;
  • Bradley Manning a été emprisonné trois ans sans procès, soumis à un traitement inhumain et dégradant, tenu à l’isolement 23 heures par jour pendant onze mois, presque nu et privé de ses lunettes.

 

 

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 17:05

 

 

Rue89

Droit du travail 01/08/2013 à 12h27
Elsa Fayner | Journaliste Rue89

 

 


Une horloge en chocolat (Emily Jones/Flickr/CC)

 

Même Buckingham Palace s’y est mis. Durant l’été, la résidence de la famille royale à Londres s’ouvre à la visite, et embauche pour ce faire 350 salariés à temps partiel. A temps parfois très partiel, révélait mardi le site du Guardian : les nouvelles recrues signent des contrats « zéro heure ».

Selon ceux-ci, les personnes embauchées n’ont aucune heure de travail assurée : tout dépend de la fréquentation. Le contrat – d’une durée de trois à quatre mois – stipule par ailleurs qu’elles n’ont pas le droit de travailler pour un autre employeur, histoire d’être toujours disponibles.

Deux jours après avoir découvert que la chaîne de magasins de sports Sports Direct appliquait la même méthode à ses 20 000 salariés, le Guardian a également épinglé la Tate Gallery et une chaîne de cinéma bien connue outre-Manche, Cineworld.

Une telle flexibilité est-elle possible en France ?

Vais-je travailler demain ?

L’été, Buckingham Palace emploie des personnes comme vendeurs dans les boutiques de souvenirs, guides (cette année, il y aura une exposition de bijoux royaux par exemple), ou encore agents d’accueil. Le Guardian a pu lire une copie du contrat proposé par le palais, qui date de 2009. La formule qui nous intéresse est alambiquée :

« Vos heures de travail seront déterminées par le manager et seront tributaires des exigences appliquées aux assistants de vente à Buckingham Palace et, ce, tant que de besoin. »

Autrement dit, aucune durée minimum de travail n’est garantie, comme le confirme la porte-parole du palais contactée par le quotidien britannique. La porte-parole a cependant refusé de parler de « contrat zéro heure », arguant du fait que les employés bénéficient, les jours où ils sont en poste, de certains avantages : un déjeuner gratuit, un uniforme, des congés payés, etc.

Le Bureau des statistiques nationales estime que 200 000 travailleurs ont signé un tel contrat en Grande-Bretagne. Mais, d’après le Guardian, « les experts pensent aujourd’hui que ce chiffre est bien plus élevé ».

Or, le problème, c’est que ces contrats exposent les employés à des réductions soudaines des temps de travail prévus à un moment donné, quand il ne s’agit pas d’annulation pure et simple et ce, à la discrétion des responsables.

Des dizaines d’employés qui ont signé ces contrats ont également raconté au Guardian que s’ils n’étaient pas disponibles le jour où le manager les appelait, il était peu probable que des heures leur soient à nouveau proposées dans le mois.

En France, au moins 24 heures par semaine

A Lille, dans un hôtel quatre étoiles qui accueille le temps d’une nuit des hommes d’affaires, les femmes de chambre étaient employées – en 2006, au moment d’un reportage – par un prestataire extérieur. Chaque soir, elles apprenaient combien d’heures elles auraient le lendemain pour nettoyer les chambres une fois les clients partis et avant que les nouveaux n’arrivent. Une, deux, trois, quatre heures ? Tout dépendait du taux de remplissage de l’hôtel.

C’est la situation qui, dans l’Hexagone, se rapproche le plus du cas britannique. Comment est-elle possible ? Suffit-il d’être employé à temps partiel ?

Non, répond Stéphane Béal, directeur du département droit social du cabinet d’avocats Fidal. En France, quand un salarié est embauché à temps partiel, l’employeur doit préciser dans le contrat :

  • le nombre d’heures travaillées (sinon c’est considéré comme un temps plein, d’office) : l’Accord national interprofessionnel, conclu le 11 janvier 2013, impose en outre un minimum de 24 heures par semaine, sauf dérogations – à venir – pour certains secteurs ;
  • la répartition de ces heures : dans la semaine (« Vous travaillerez les lundi, jeudi et vendredi » par exemple), et dans la journée (« Vous travaillerez entre 11 heures et 14 heures. »).

Prévenir le salarié au moins sept jours avant

Cette répartition peut cependant varier d’une semaine à l’autre. Quand cette possibilité est bien mentionnée dans le contrat de travail, le salarié doit motiver son refus s’il ne peut venir au nouvel horaire fixé : une obligation familiale impérieuse, un enseignement scolaire, un travail chez un autre employeur, etc.

En revanche, quand la possibilité n’est pas indiquée dans le contrat, le salarié peut refuser le changement d’horaire ponctuel sans avoir à se justifier. En théorie.

Quoi qu’il en soit, en cas de changement, le salarié doit en être prévenu au moins sept jours à l’avance, voire trois si un accord collectif a été signé dans la branche.

Bref, le contrat a temps partiel n’explique pas la situation des femmes de chambre à Lille : elles devraient sinon être prévenues au minimum trois jours à l’avance des changements d’horaires et effectuer un nombre d’heures total fixe chaque mois.

Des extras aux contrats « zéro heure »

Pourrait-il s’agir alors de « CDD d’usage », ce qu’on appelle aussi les « extras » ? Quand un traiteur veut embaucher une dizaine d’extras pour une soirée, il signe avec eux un contrat, un CDD, qui fixe le début et la fin de la mission, explique l’avocat Stéphane Béal. Seuls certains secteurs peuvent y avoir recours.

Il existe une liste, établie par décret, de certains de ces secteurs (hôtellerie, restauration, enseignement, déménagement, etc.). Mais cela ne signifie pas que tous les emplois de ces secteurs puissent être concernés. Surtout, c’est avant tout l’existence d’un usage constant, c’est-à-dire ancien, bien établi et admis comme tel dans la profession, qui fonde la possibilité de recourir à de tels contrats dans un secteur.

Il se peut donc que les femmes de chambre de Lille aient été employées sous cette forme-là, en CDD d’usage reconduits. Normalement, un CDD ne doit pas être conclu si l’emploi est lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise, faute de quoi il peut être requalifié en CDI.

Sauf pour les CDD d’usage : il a été admis que des contrats de ce type se succédant régulièrement pendant plusieurs années ne devaient pas être requalifiés en CDI. Par exemple, raconte le site RFsocial, dans le secteur de l’audiovisuel, un salarié qui avait été occupé en CDD d’usage d’octobre 1995 à juin 2000 n’a pas obtenu la requalification de ses contrats en CDI.

La situation de ces extras-là n’est finalement pas très éloignée de celle des « zéro heure » de Buckingham Palace, si ce n’est qu’elle est limitée à certains secteurs. En revanche, en France, il est interdit d’interdire de travailler pour un autre employeur (sauf pour un concurrent). L’honneur est sauf.

MERCI RIVERAINS ! Enucléé
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