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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 15:50

 

 

Médiapart

|  Par Martine Orange

 

 

 

En pointe dans la bataille sur la réforme des retraites, AXA entend bien en profiter pour attirer de plus en plus d’épargnants vers des produits retraite. Pour son seul bénéfice. Le premier groupe d’assurance français n’hésite pas à vendre des contrats avec des mécanismes qui sont désormais interdits par la loi mais qui lui sont si profitables. En toute impunité.

Ce n’est même plus un sous-entendu dans le débat sur la réforme des retraites : pour nombre de représentants patronaux, le système par répartition, instauré depuis plus de soixante ans, n’est plus de mise. Sans même attendre les propositions du gouvernement sur le sujet, le nouveau président du Medef, Pierre Gattaz, a annoncé ses priorités : « Il convient de développer la retraite par capitalisation de manière complémentaire au système par répartition », a-t-il déclaré dès l’une de ses premières interventions.

 

 
© dr

Très en pointe dans ce combat qu’il mène depuis des années, Henri  de Castries, président d’AXA, insistait à son tour dans un entretien au Figaro début août, sur la « bonne » méthode pour réformer les retraites. Allongement de la durée des cotisations, report de l’âge de la retraite, baisse des cotisations patronales, ses préconisations ne manquaient pas. À un moment où l’entrée sur le marché du travail est de plus en plus tardive, où les carrières sont de plus en plus hachées, tout est fait pour installer un climat anxiogène, destiné à  persuader chacun qu’il convient d’épargner pour soi.

Enchaînant les propos, le président d’AXA mettait aussi en garde le gouvernement contre les tentations de toucher au régime de l’assurance-vie, très favorisé fiscalement. Un des véhicules privilégiés justement pour l’épargne retraite qui représente déjà plus de 1 300 milliards d’euros gérés en toute discrétion par les banques et les assurances. « L'assurance-vie, ce n'est pas une caverne d'Ali Baba ! Ni une poche dans laquelle on pourrait puiser pour la simple raison que les impôts ne rapportent plus assez. Il s'agit de l'épargne des Français. Et notre devoir moral et juridique, à nous autres assureurs, est de la protéger », affirmait Henri de Castries, la main sur le cœur.

À voir certaines pratiques et certains contrats du premier groupe d’assurance français, le terme « protéger » est peut-être un peu surfait. Et manifestement, il n’y a pas que l’État qui a la tentation de puiser dans la « caverne d’Ali Baba ».

Depuis 2002, Axa commercialise un contrat d’assurance-vie sous le nom d’Euractiel. « Cela a été notre contrat phare », dit une porte-parole du groupe. Faisant miroiter les avantages de bâtir une épargne sur le long terme – dix ans au moins –, en versant des primes régulières – de 600 à 15 250 euros par an –, le groupe a recruté dans les meilleures années plus de 30 000 souscripteurs par an.

Dans les nombreux forums sur internet consacrés au patrimoine et aux placements, les témoignages de personnes ayant souscrit ce type de contrat et s’estimant flouées abondent (voir ici, ici, ou encore). Les unes racontent comment leur épargne a fondu comme neige  au soleil, étant inférieure au bout de trois-quatre ans à ce qu’ils avaient investi. Une pure arnaque, dénoncent-ils, en récupérant une épargne qui avait parfois été réduite de moitié. D’autres font le calcul qu’au bout de dix ans, leur épargne leur a moins rapporté qu’un livret A, compte tenu des frais multiples et variés qui leur ont été prélevés au passage. Tous protestent sur les mauvais conseils qui leur ont été donnés.

L’ennui est que ce contrat d’Axa n’est pas seulement mauvais, il est illégal. En 2005, les parlementaires ont décidé de réviser, dans le cadre de la directive européenne sur l’épargne, un certain nombre de pratiques des assureurs. Parmi celles-ci figure celle des frais pré-comptés. Il s’agit d’un mécanisme qui permet aux assureurs de prélever sur la première ou les deux premières années de versement la totalité des frais de gestion du contrat perçus normalement sur huit ou dix ans. D’emblée, les épargnants voient disparaître la moitié de leur investissement de départ. S’ils souhaitent partir avant la fin du contrat, ils sont systématiquement perdants : les assureurs ne leur remboursant pas le solde des frais trop perçus et le conservant pour eux. Ces prélèvements finissent par représenter des sommes importantes dans le bilan des groupes d’assureurs.

Lors des discussions parlementaires, Philippe Marini, rapporteur du projet au Sénat, avait expliqué que cette pratique était « très défavorable aux souscripteurs », même en cas de respect des délais prévus, calculs à l’appui. Au bout de vingt ans, un contrat avec frais pré-comptés, reposant sur les mêmes versements et les mêmes frais de gestion, accusait une différence de plus de 5 300 euros par rapport à un contrat normal. Il préconisait donc l’extinction programmée de cette pratique.

20 millions d'euros de frais indus par an

Les assureurs ont tenté par de nombreux moyens à s’opposer à cette réforme. Ils expliquèrent que la pratique ne leur était pas si favorable que cela : selon eux, à long terme, la formule était neutre pour les épargnants. Il convenait de toute façon de développer des mécanismes incitatifs pour favoriser l’épargne longue. Enfin, cette pratique leur permettait de rémunérer les personnes chargées de commercialiser leurs produits, qu’ils seraient obligés en cas de changement de renégocier toutes leurs conventions collectives.

En dépit de la résistance des groupes d’assurance, les parlementaires ont adopté fin 2005 l’amendement Marini, qui entérine la fin des contrats à frais comptés. Le texte stipule que les assureurs ne peuvent plus prélever plus de 5 % des frais sur la totalité de l’épargne accumulée, quelle que soit la date de sortie du contrat (Loi du 15 décembre 2005 article L 132-22-1). Il est donné deux ans aux assureurs pour se mettre en conformité avec la loi et renégocier le mode de rémunération de leurs agents commerciaux. La fin de ce mécanisme semble acquise. Dans l’Argus des assurances, Claude Fath, directeur d’Axa France, déplore cette fin, jugeant que cette réforme va « avoir des conséquences négatives sur l’emploi » chez les assureurs.    

Tous les assureurs, à notre connaissance, se sont mis en conformité avec la loi et ont engagé des négociations pour modifier les conventions collectives et les modes de rémunération de leurs agents commerciaux. Tous sauf AXA, comme l’ont dénoncé à plusieurs reprises des syndicats de la maison, qui s’inquiétent des risques encourus par les salariés en proposant des contrats qui ne devraient plus avoir cours.

 

 
© extrait document interne

Indifférent, AXA continue de faire comme si de rien n’était et de se considérer au-dessus des lois. Son contrat Euractiel indique ainsi : « les frais correspondant à la totalité des dix premières annuités sont prélevés en totalité au cours de la première année sur la part des versements réguliers orientée vers le fonds à capital garanti. Ces frais sont égaux à 5 % du cumul de la totalité des dix premiers versements réguliers annuels prévus lors de la souscription. » Il précise plus loin : « La première année, des frais correspondant à 50 % du montant annuel des versements réguliers sont prélevés sur la partie du versement initial orientée vers le fonds à capital garanti. » Mieux : il est prévu que si les souscripteurs diminuent leurs versements, les frais perçus par avance ne leur seront pas remboursés. En revanche, s’ils augmentent leurs primes, ils devront payer de nouveaux frais. Pile, je gagne, face, je gagne aussi.

Interrogé sur cette pratique qui ne semble pas conforme à la loi, AXA France répond qu’il n’est pas concerné : « Euractiel est un contrat d’assurance-vie encadré par le Code des Assurances, il n’est pas visé par les dispositions légales adoptées suite au débat ouvert par le Sénateur Marini en 2005 et qui laissait en effet deux ans aux distributeurs (assurances, banques…) pour mettre en conformité leurs contrats. Euractiel n’est pas visé car le nouvel Article L132-22-1 du Code des Assurances promulgué par le législateur vise ce que nous appelons la zillmérisation uniquement ; (…) Cette réforme réglementaire, effective depuis le 16 décembre 2007, n’impactait et n’impacte pas EURACTIEL. EURACTIEL prévoit en effet, et ceci depuis son lancement le prélèvement dès la première année de souscription de l’ensemble des frais d’acquisition correspondant aux versements des dix premières années. Les versements suivants du client (pendant la durée d’engagement de 10 ans du client) ne font pas l’objet de frais. »

« C’est une vieille technique des assureurs. Ils entretiennent volontairement l’opacité, en utilisant un langage abscons et technique, mélangeant les sujets, afin de perdre tout le monde », relève un connaisseur du monde de l’assurance, qui dit ne rien comprendre à la réponse d’AXA – la zillmérisation étant une technique comptable d’inscription des engagements futurs de l’assureur au bilan.

Dans le cadre de la discussion à l’assemblée, le rapporteur, Philippe Auberger, pour dire qu'il fallait en finir, avait pris un exemple qui ressemble pourtant à s’y méprendre à celui du contrat d’AXA. Que répond AXA à ce constat ? « Ces éléments concernent le débat en commission à l’assemblée nationale (groupe de travail) et non la loi (Code des assurances) ». En un mot, à en croire l’assureur, les éléments de discussion à l’assemblée, qui normalement donnent le sens de la loi, n’ont ici aucune signification.

Philippe Marini, aujourd’hui président de la commission des finances du sénat, qui a été à l’origine de cette réforme, semble pourtant confirmer les propos tenus au moment des discussions parlementaires : « C’est un peu loin maintenant. Mais il s’agissait bien d’en finir avec les mécanismes des frais pré-comptés dans les contrats d’assurance-vie. Vous voudriez dire que l’on n’a pas assuré le suivi de nos textes… » Les spécialistes à la commission des finances du sénat confirment que le texte, sans interdire expressément la méthode des frais pré-comptés, l’a rendue dissuasive afin d’aboutir à l’extinction de cette pratique. Eux aussi disent ne pas comprendre la réponse d’AXA.

La Cour de cassation confirme cette lecture de l’interdiction de cette pratique, dans un arrêt du 14 décembre 2011 rendu dans le cadre d’un différend entre un groupe d’assurance et un de ses salariés, expliquant « l'amendement Marini (…) a interdit la pratique des frais précomptés dans le domaine de l'assurance sur la totalité desquels les conseillers commerciaux recevaient des commissions, ce paiement s'étalant désormais dans le temps ». Bref, tout le monde semble s’accorder sur le sens à donner au texte législatif, sauf AXA.

Pendant ces cinq ans, le groupe d’assurance a non seulement continué ce contrat mais l’a conservé comme un des produits phares de sa politique de commercialisation. Dans ses stages de formation pour ces nouvelles recrues – AXA embauche des dizaines de commerciaux chaque année, qui ne restent pas très longtemps – , Euractiel est la référence. La vente de ce contrat est donnée comme objectif de base pour les nouveaux entrants. Pour atteindre les performances fixées, ils doivent vendre deux Euractiel par mois avec des primes de 85 euros la première année, trois Euractiel la seconde.

 

 
© extrait document interne

Une des conditions pour être intégré dans le groupe n’est pas une certaine familiarité avec le monde financier et l’assurance, afin de conseiller au mieux, mais le nombre de connaissances ou de relations. Il leur faut présenter une liste d’au moins 200 noms pour commencer. Il leur est demandé de vendre à toutes les personnes qu’ils connaissent : les parents, les grands-parents, les oncles, les tantes, les cousins, les amis. Et naturellement, c’est ce contrat qui doit leur être proposé.

 

extrait de l'argumentaire type fourni pour les commerciaux d'Axa
extrait de l'argumentaire type fourni pour les commerciaux d'Axa

Tant d’efforts pour promouvoir ce contrat, au prix d’en ignorer la loi, ne peuvent pas être totalement désintéressés. AXA ne nous a pas indiqué le nombre de contrats vendus et les montants accumulés. Selon des calculs très approximatifs, des syndicalistes estiment que grâce à la perpétuation illégale des frais pré-comptés, le groupe d’assurance a touché au moins 20 millions d’euros de frais de gestion indus sur les clients par an. Sur cinq ans, cela fait 100 millions d’euros. Mais comme il n’existe aucune procédure d’action collective, AXA est relativement à l’abri : quel épargnant osera affronter un géant de l’assurance et entamer un procès pouvant s’étaler sur une dizaine d’années pour retrouver quelques milliers d’euros ?

Les autorités publiques n’ignorent de cette situation. À plusieurs reprises, des clients, des salariés ont averti différents services de l’administration, ont écrit à des parlementaires, et surtout prévenu le ministère des finances. Ils ont reçu au mieux des accusés de réception polis. Mais rien n’a bougé : brusquement, l’application de la loi ne semble pas être un sujet quand cela concerne une puissance financière de la taille d’AXA et son président, énarque de la promotion Voltaire et inspecteur des finances.

Mais le groupe d’assurances a subi cependant quelque dommage collatéral : en dépit d’une équipe nombreuse travaillant sur internet et les réseaux sociaux pour répliquer aux critiques, AXA ne peut plus inverser l’image de son contrat, jugé partout comme très mauvais. Le groupe a donc décidé de l’enterrer. À la fin du mois, Euractiel ne sera plus vendu. Il sera remplacé par un nouveau contrat nommé Composium.

Hormis le nom, ce dernier va ressembler comme deux gouttes d’eau au précédent : lui aussi aura des frais pré-comptés qui amputeront de moitié l’épargne versée la première année.  Une nouvelle fois, Axa juge donc qu’il peut passer par dessus la loi, en toute impunité.

 

Extrait d'un document interne 
Extrait d'un document interne

Des réunions sont prévues à la fin du mois d’août pour former les équipes commerciales à ce nouveau produit ou plutôt pour leur fournir l’argumentaire clé en main. Le principal angle d’attaque commerciale  est tout trouvé. En substance : « Notre système de retraite est menacé. Vous ne savez pas combien vous toucherez. Il est temps de préparer vous-même votre retraite. » Et naturellement, AXA est tout prêt à les y aider.

 

 

 

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:37

 

 

Médiapart - Blog

C’est en définitive un article du journal Le Parisien – dans son édition des Hauts-de-Seine du 22/08/13  – qui a confirmé les informations qui circulaient depuis plusieurs jours : une employée s’est immolée par le feu à Clichy. Les circonstances de ce suicide, dont la victime est restée non identifiée pendant quelques temps, sont désormais connues. La femme, dont seul le prénom, Dominique, a été rendu public, était âgée de 59 ans et elle a accompli son geste le jour même de la fin de son contrat en CDD, dans les parties communes du centre administratif de la mairie de Clichy, alors qu'elle savait que son contrat ne serait pas renouvelé.

Ce nouveau drame du chômage et de l’emploi précaire, intervient quelques mois après les immolations par le feu de chômeurs, à Mantes-la-Jolie et Nantes. Il faut rappeler aussi que la Mairie de Clichy avait été le théâtre d’un suicide par pendaison, un employé s'étant donné la mort sur son lieu de travail.

Une fois de plus il faut refaire le même constat : la précarité salariale et le chômage tuent. La précarité de l’emploi, qui n’est que la forme intermittente du chômage, a des effets particulièrement lourds à supporter pour les personnes touchées. Le Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP) a eu beau alerter les pouvoirs publics, le gouvernement et les institutions concernées, dont Pôle emploi et l’Unédic, ont fait le dos rond face à une situation pour laquelle ils ne proposent pas de solution. Sauf à répéter à chaque fois qu’il s’agissait d’une "personne fragile", bla bla bla…

 

 « Tout va bien à la ville ! »

 Il faut dire aussi que l’atmosphère politique délétère qui règne depuis de nombreux mois à la mairie de Clichy n’arrange pas les choses dans un contexte de peur du chômage. Après s’être séparé des adjoints non-PS (FDG, EELV, Lutte ouvrière) de la municipalité d’union pour les remplacer par des personnalités de droite, le maire PS Gilles Catoire, crée dans la ville un climat pesant qui se traduit dans ses services par des mutations et un turn-over importants. Lors du suicide de M. Fernando Lino, sur son lieu de travail en mairie, le 19 janvier 2012, les syndicats avaient déjà dénoncé la situation. Par exemple la CFDT qui écrivait dans un tract :

« Nous avions averti à maintes reprises l'autorité territoriale et ses services sur la souffrance et le mal-être qui règnent au sein de notre collectivité... Des alertes restées sans effet, et avec pour seule réponse : « Tout va bien à la ville » ! ».

Alors si tout va bien… Une rengaine que nous chante aussi le gouvernement, pour qui il est urgent d’attendre « l’inversion de la courbe du chômage » ou 2025, date à laquelle selon le ministre Sapin nous pourrons fêter le plein emploi ! (Déclaration faite le jour du séminaire gouvernemental de prospective réuni le lundi 19 août). Ce même ministre, qui face aux piteux résultats de son gouvernement a refusé de recevoir les associations de chômeurs, de même que le Premier ministre Ayrault, qui n’a pas daigné répondre à la demande des représentants de la Marche des chômeurs qui a sillonné la France du 10 juin au 6 juillet dernier. Dire que le chômage tue est un constat facile à faire. Encore faut-il ajouter que l’indifférence et l’inaction du gouvernement, en regard des propositions des associations de chômeurs et des syndicats, le rend coupable de non-assistance à chômeurs en danger.

 Robert Crémieux

 

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:31

 

Le grand bond en arrière de l’Egypte

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

L'annonce de la libération conditionnelle de Moubarak est l'ultime symbole du retour des militaires aux commandes de l'Egypte. L'éradication des Frères musulmans, la faiblesse des autres forces politiques et l'impuissance occidentale augurent mal de l'avenir du pays.

Des trois pays qui avaient renversé leurs dirigeants lors du « printemps arabe » de 2011, le cas de l’Égypte, comparé à la Tunisie et la Libye, s’était toujours annoncé comme le plus problématique. Non seulement cette nation est la plus peuplée du monde arabe (85 millions d’habitants), avec une population relativement pauvre et peu éduquée, mais la chute d’Hosni Moubarak était autant due aux manifestants réclamant la démocratie qu’à l’armée qui avait simplement décidé de changer de cheval. Dès le départ, la « révolution égyptienne » n’en était pas vraiment une, malgré des élections présidentielles relativement libres qui avaient conduit à la victoire du candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, en juin 2012.

Aujourd’hui, les masques sont véritablement tombés et le « régime des officiers », mis en place par Gamal Abdel Nasser en 1954 est de retour en force. L’annonce de la libération conditionnelle de l’ancien raïs Hosni Moubarak, mercredi 21 août 2013, après deux années de détention, représente l’ultime symbole de ce grand bond en arrière. Un éteignoir sur les espoirs, qui avaient toujours été fragiles, d’une Égypte démocratique et libre.

Quand, le 3 juillet dernier, les militaires avaient arrêté le président Morsi après des semaines de manifestations populaires dirigées contre sa gouvernance et établi un « gouvernement d’union nationale », il pouvait encore y avoir l’espoir raisonnable d’une phase de transition, compliquée certes, afin de ramener l’Égypte vers la stabilité qui lui fait tant défaut depuis deux ans et demi. Mais maintenant que l’armée et la police ont entrepris d’éradiquer les Frères musulmans au prix d’un millier de morts – quasiment tous des civils –, ont rétabli l’État d’urgence tant détesté des années Moubarak, procèdent à des arrestations de masse arbitraires, tentent de museler la presse, le tout enrobé dans une rhétorique orwello-bushienne de « guerre au terrorisme », il est difficile d’imaginer comment le pays pourra sortir d’une spirale infernale de violence, d’autocratie et d’appauvrissement.

  • L’armée reprend fermement les rênes du pays

Un jour avant que l’armée et la police ne décident d’évacuer sauvagement, avec toute la puissance de frappe d’un régime répressif, les différents campements des Frères musulmans qui protestaient contre la destitution de « leur » président, la plupart des observateurs estimaient que les forces de sécurité se contenteraient d’affamer et de couper l’électricité aux manifestants, afin de régler le problème lentement, mais sûrement. C’était même l’assurance que des représentants (civils) de l’exécutif égyptien avaient donné aux gouvernement étrangers, à Washington en particulier. Mais la décision de frapper fort – et de frapper pour tuer, pas seulement pour disperser ou effrayer –, puis de pourchasser et d’arrêter tous les cadres dirigeants de l’organisation, signifie bien que l’armée n’entend pas juste réduire l’influence des Frères, mais véritablement les anéantir. L’arrestation très médiatisée, mardi 20 août, de leur guide spirituel, Mohamed Badie, le montre bien : jamais Moubarak n’avait pris cette décision.

 

"Non au coup d'État, oui à la légitimité !" Le sang d'un militant des Frères musulmans coule devant un poster de M. Morsi. 
"Non au coup d'État, oui à la légitimité !" Le sang d'un militant des Frères musulmans coule devant un poster de M. Morsi.© Amr Abdallah Dalsh/REUTERS

Le porte-parole de l’armée, Ahmed Ali, s’est d’emblée lavé les mains de toutes les accusations que l’on pourrait porter contre les forces de sécurité en déclarant : « Quand on a affaire à des terroristes, on ne peut pas s’embarrasser de considérations pour les droits humains ou civiques ! » Quant au nouvel homme fort du régime, le général Khalil al-Sisi, il a justifié ces opérations en expliquant : « L’armée et la police sont les gardiens de la volonté du peuple. » S’il est exact qu’une grande partie de la population continue de soutenir l’armée, il est aujourd’hui évident que l’exécutif actuel a tué bien plus de protestataires que Moubarak en 2011 ou que Morsi, quand il a lui aussi choisi d’user de la violence.

De plus, les militaires ont repris leurs vieilles pratiques : l’État d’urgence bien entendu, mais aussi les nominations des gouverneurs provinciaux (la moitié des édiles régionaux choisis la semaine passée sont des officiers), l’intimidation des journalistes étrangers et indépendants (les locaux d’Al Jazira ont été saccagés), l’interdiction des sit-ins, et les menaces judiciaires contre les dissidents. La caution libérale du nouveau régime, le prix Nobel de la paix Mohamed el-Baradei, a démissionné de son poste de vice-président dès le début de la répression : voilà aujourd’hui qu’il est attaqué en justice pour « trahison de confiance ». Officiellement, c’est un simple citoyen qui a porté plainte, mais ce genre de tactique était courante depuis des décennies.

Même si le gouvernement actuel n’a rien à voir avec l’élargissement d’Hosni Moubarak, personne ne peut sérieusement imaginer qu’il ne pouvait pas s’y opposer – la justice n’étant pas un parangon d’indépendance en Égypte. L’image d’un Moubarak libéré après le retour au pouvoir de ses pairs, et n’ayant plus à répondre de ses années de dictature, est le symbole de la réaffirmation du retour des officiers aux manettes.

  • Les Frères musulmans sont affaiblis, mais certainement pas morts

Le millier de morts, les centaines de blessés et d’emprisonnés, le deuil et la nécessité de se cacher… les Frères musulmans ont indubitablement reçu un coup aussi débilitant que celui des années 1950. Dans un témoignage accordé au New York Times, un cadre de l’organisation islamiste explique : « Poser des questions sur la structure de notre mouvement aujourd’hui, c’est comme demander des nouvelles de la carrière professionnelle d’un homme en train de mourir. » Selon une militante égyptienne des droits de l’Homme jointe par téléphone, « les militants des Frères musulmans ont désormais peur : ils ont peur de sortir dans la rue, peur de se faire arrêter et torturer, peur pour leur famille. Il n’y a pas que les instances dirigeantes qui ont été démantelées, il y a aussi la base qui est découragée. »

Mais, malgré la volonté affichée par les militaires d’éradiquer définitivement l’organisation, peu d’analystes estiment cela possible. Certainement pas sur le long terme. Car le mouvement est fortement implanté depuis des dizaines d’années partout en Egypte et ce ne sont pas les errements de Mohamed Morsi lors de son année à la tête du pays ni la répression en cours, qui peuvent éliminer son influence d’un coup de baguette magique. Surtout, toutes les tentatives d’éradication de l’islam politique par la force entreprises depuis un siècle n’ont jamais fonctionné autrement que ponctuellement, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Turquie, de l’Irak, de l’Afghanistan, des Républiques soviétiques, de la Syrie ou même de l’Algérie. Comme l’explique l’historien spécialiste du Moyen-Orient Juan Cole : « Tous les exemples que nous avons suggèrent qu’il est impossible d’éradiquer les mouvements politiques basés sur la religion par la force. Les engagements religieux se transmettent par la famille, et chaque génération de politicien peut y faire appel. Les généraux égyptiens sont en train d’essayer quelque chose qui ne peut être réalisé sur le long terme autrement que par des techniques génocidaires. »

La question la plus immédiate est celle de la réponse des Frères musulmans. Le gouvernement égyptien a agité le spectre de la guerre civile pour justifier sa réaction violente. Mais c’est au contraire l’acharnement du régime qui pourrait précipiter cette hypothèse, en radicalisant les éléments les plus jusqu’au boutistes de l’organisation et en les coupant des dirigeants qui avaient, pour la plupart, une influence modératrice. Pourtant, plus que la guerre civile, ce sont des actes terroristes revanchards qui sont à craindre. On l’a déjà constaté depuis une semaine avec des attaques contre des commissariats de police et des églises coptes, et surtout l’assassinat de 25 recrues de la police dans le Sinaï, cette vaste région qui est depuis des mois hors du contrôle gouvernemental.

Le Sinaï, ainsi que la province du nord-ouest qui jouxte la Libye sont deux des régions qui ont voté le plus massivement en faveur de Mohamed Morsi lors des élections de 2012 : elles risquent de se transformer en zone de repli pour les plus radicaux des Frères musulmans qui seraient tentés d’abandonner les directives de non-violence de l’organisation et de recourir à la lutte armée. En retour, ce genre de développement ne ferait que renforcer la brutalité du régime et son discours sécuritaire, éloignant la perspective de toute transition démocratique.

  • L’impuissance occidentale

Une fois de plus, dans la foulée de la destitution du président Morsi début juillet, les puissances occidentales ont été incapables de prendre une position de principe, rappelant les hésitations de janvier 2011. L’administration Obama et l’Union européenne ont soigneusement évité d’appeler le coup d’État par son nom et le secrétaire d’État américain John Kerry a été jusqu’à qualifier les actions de l’armée de processus de « restauration de la démocratie ». Fortement décrédibilisés par leurs années de soutien inconditionnel aux autocrates arabes, les Occidentaux n’avaient plus que l’arme financière pour, éventuellement, se faire entendre. Or celle-ci est en train de disparaître. Les réticences européennes et américaines à couper les appuis financiers offerts à l’Égypte ou à les assortir de conditions strictes ne font que renforcer l’indécision et l’imprécision des politiques occidentales.

Surtout, l’Arabie saoudite et les émirats du golfe persique se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont promis 12 milliards de dollars d’aide à l’Égypte sans l’assortir de la moindre condition (de quoi ridiculiser les 1,5 milliards de dollars annuels des États-Unis et le milliard des différents pays de l’UE). L’Arabie saoudite, qui déteste autant les Frères musulmans que l’esprit démocratique des « révolutions arabes », a adopté une attitude particulièrement provocatrice en annonçant qu’elle avait amplement les moyens de compenser toute diminution de l’aide occidentale. Le Qatar, qui penche lui du côté des Frères musulmans, a également promis de continuer à appuyer financièrement l’Égypte.

Le problème n’est pas tant que les promesses émanant des États de la péninsule arabique ne sont pas toujours tenues (les Palestiniens en savent quelque chose), mais que cet afflux de cash n’est qu’une rustine sur une chambre à air passablement usagée. La situation actuelle en Égypte ne risque pas de faire revenir les touristes ni les investisseurs dont le pays a tant besoin. Le fait que l’armée ait sciemment restreint l’approvisionnement en électricité et nourriture juste avant de se débarrasser de Morsi, afin de pouvoir se targuer d’améliorations ultérieures, ne plaide pas en faveur d’une gestion apaisée et impartiale de l’économie, qui reste le principal problème des Égyptiens.

  • Une coalition politique introuvable

Un des aspects les plus séduisants du mouvement de la place Tahrir demandant le départ de Moubarak en janvier 2011 était l’alliance de circonstance entre les Frères musulmans et les mouvements laïques et progressistes. Mais ces derniers (que l’on regroupe généralement sous l’appellation anglo-saxonne de “libéraux”), qui représentent le meilleur espoir d’un renouveau de la politique égyptienne et de l’ancrage dans la démocratie, n’ont jamais été capables de s’unir autrement que contre quelqu’un ou quelque chose. D’abord opposés au « régime des officiers », ils ont néanmoins soutenu un ancien premier ministre et général d’aviation, Ahmed Shafik, lors du second tour de l’élection présidentielle plutôt que Mohamed Morsi, contre lequel ils se sont ensuite battus. Ce sont à nouveau eux qui sont descendus dans la rue en juin pour appeler à la fin de la gouvernance des Frères musulmans et qui ont applaudi des deux mains au retour musclé de l’armée.

 

En 2011, les jeunes manifestants de la place Tahrir, encore pleins d'espoir.  
En 2011, les jeunes manifestants de la place Tahrir, encore pleins d'espoir. © Thomas Cantaloube

Aujourd’hui, à nouveau, les “libéraux” se divisent : certains continuent de soutenir Khalil al-Sisi et le régime militaire qu’il est en train de réinstaurer, d’autres réalisent qu’ils ont fait fausse route. Les salafistes d’al-Nour, eux aussi opposés aux Frères musulmans et qui s’étaient rangés aux côtés de l’armée, ont pareillement fait marche arrière. Ces forces d’opposition sont en train de comprendre que ce qui est en train de se mettre en place n’est rien d’autre qu’un retour à l’ordre ancien qui a prévalu pendant soixante ans et que, si l’armée était capable de réprimer aussi durement les partisans de Morsi, elle n’hésiterait pas à le faire contre des entités politiques plus faibles.

Tant qu’une coalition sérieuse entre les “libéraux” et ceux des Frères musulmans qui décideront de poursuivre le processus politique (à condition qu’on les y autorise) ne se mettra pas en place, les militaires auront les mains libres pour gouverner comme ils l’entendent. Mais les dissensions internes et désormais, le sentiment de trahison de ces deux groupes l’un envers l’autre rendent encore plus compliquée une telle alliance. Sans oublier le poids de l’Histoire et des institutions qui prévalent depuis un demi-siècle dans le monde arabe. Comme le constate le politologue palestinien Rami Khouri, « la triste leçon venue d’Égypte est que les deux groupes les mieux organisés et les plus populaires, les forces armées et les Frères musulmans, se sont tous deux montrés incompétents à gouverner ». « L’absence d’autres mouvements organisés et crédibles de citoyens qui pourraient participer au processus politique et bâtir un nouveau système constitutionnel est malheureusement la conséquence de la domination, depuis plusieurs décennies dans toute la vie publique arabe, des officiers, des tribus et des fanatiques religieux »écrit-il dans le Daily Star de Beyrouth. Le grand bond en arrière de l’Égypte, deux ans et demi après le vent d’espoir qui s’était levé, augure très mal de l’avenir du pays et de la région.

 

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:22

 

 

Médiapart

|  Par Caroline Donati

 

 

Alors qu'une mission de l'Onu est arrivée dimanche en Syrie pour recueillir des preuves d'utilisation d'armes chimiques, des bombes de gaz neurotoxique ont tué plus de 1 200 personnes dans la nuit de mardi à mercredi, en banlieue de Damas. « Dans la mesure où les grandes puissances n’ont rien fait dès le départ, le régime se moque des lignes rouges et regarde jusqu’où il peut aller », constate un médecin sur place.

« Le plus dur, c’était de voir ces regards tétanisés de peur, ceux des enfants, de leurs mères, un enfant de trois mois qui ne sait rien de ce régime, de l’opposition ni de quoi que ce soit. La peur et la terreur sont terribles ; à côté, la mort semble facile. » Majed est médecin au centre médical de Douma, dans la banlieue est de Damas, la Ghouta orientale. L’une des neuf zones touchées par une attaque de l'armée syrienne dans la nuit du mardi 20 au mercredi 21 août 2013.

Selon le comité de coordination de la localité, l’aviation de l’armée syrienne a largué dans la nuit 15 obus chargés de gaz mortels sur cette banlieue de plus d'un million d'habitants.

 

Carte des zones touchées 
Carte des zones touchées© Syrian Map Center
  • Lire aussi ici

D’une voix posée qui ne laisse en rien transparaître l’horreur vécue, le Dr Majed, 38 ans, raconte « les bombardements de vaste ampleur sur toute la banlieue de la Ghouta, qui commencent à 3 heures du matin ». De 3 heures à 7 heures du matin, son équipe a pris en charge 630 victimes, en grande majorité des femmes et des enfants. Soixante-cinq sont décédées, la moitié des autres cas étaient dans un état grave en début d’après-midi ce mercredi.

Pour dispenser les soins, ils sont soixante en tout, médecins et secouristes. « Un nombre inférieur aux autres centres médicaux de la Ghouta, car nous avons été moins touchés que les autres zones », précise le docteur Majed.

Le bilan dressé en début d’après-midi ce mercredi par les comités de coordination locaux (LCCS) et notamment l’avocate Razan Zeitouneh (lire son précédent témoignage ici) faisait état de 140 morts pour la localité voisine de Kfar Batna et de 300 victimes pour Joumouriyeh.

Mais très vite, les nombres grimpent sur les réseaux sociaux : en début de matinée, 668 morts sont documentés ; trois heures plus tard, les LCCS en dénombrent 1 270.

À cette heure déjà, de nombreuses vidéos envoyées par les centres médiatiques de la Ghouta permettent de documenter la nature de l’attaque : les victimes ne portent aucune blessure physique et meurent par convulsions. Tout indique qu’il s’agit d’une intoxication par neurotoxique. Ce que confirme le Dr Majed : « Problèmes respiratoires, (bradycardie), ralentissement du rythme cardiaque, vomissements, sécrétions bronchiques, convulsions, les victimes portent tous les symptômes du gaz sarin », diagnostique le médecin. Dans la soirée de mercredi, l'ONG Human Rights Watch affirme que le témoignage qu'elle a recueilli sur place auprès de deux médecins fait état de ces mêmes symptômes, « ceux d'empoisonnements aux gaz neurotoxiques ».

À Jobar, lourdement touché, un autre médecin témoigne, fébrile, devant la caméra de ce qu’il a vécu au lever du jour et de la mobilisation des médecins et secouristes. C’est le premier témoignage d’un médecin.

 

 

25 000 doses d’atropine, 7 000 seringues d’hydrocortisone… Toutes les réserves de la panoplie anti-gaz neurotoxique y sont passées pour couvrir le secteur de Jobar et Ayn Tarma. Une goutte d’eau face à l’ampleur du massacre. Lui-même a vu mourir, impuissant, 50 enfants. Il n’a en tête que la protection des populations : « il est impératif d’organiser maintenant des campagnes de sensibilisation. »

« Banalisation » de l'arme chimique

Car l’attaque a visé des zones résidentielles à forte densité de population. Avant la révolution, la Ghouta charkiyé (orientale) comptait 1,5 million d’habitants ; ils seraient aujourd’hui moins d’un million à y vivre. 35 % de la population initiale a fui la banlieue tenue par les rebelles encerclée par l’armée de Bachar al-Assad depuis 4 mois, privée de tout service depuis 10 mois, ni eau, ni électricité. « En 60 jours, le four à pain de Douma n’a fonctionné qu’une seule journée », reprend le Dr Majed.

La population restée y vit terrorisée comme l’écrivait l’intellectuel Yassin al-Hajj Saleh dans une tribune prémonitoire en forme de cri d’alerte publiée en juillet dernier dans le quotidien britannique The Guardian.

La panique engendrée par des semaines de siège et de pilonnage quotidien explique le terrible bilan de l’attaque de la nuit de mardi à mercredi : au déclenchement du bombardement, les habitants se sont repliés vers les caves. Leurs abris habituels sont devenus un piège mortel : le gaz y décante, il faut donc se placer en hauteur pour avoir des chances d'en réchapper.

Les médecins syriens mettent surtout en cause la concentration de gaz utilisé. « Douma a déjà été touchée en zone civile il y a dix-sept jours, mais nous n’avions eu aucun cas mortel car la concentration de gaz était très faible, reprend le Dr Majed. Cette fois, la concentration était très forte : six membres du personnel médical de Douma sont dans un état critique après avoir soigné des victimes. »

La poursuite des bombardements sur Douma toute la matinée a contraint aussi les médecins à soigner les blessés dans des endroits confinés au lieu des points à l’air libre prévus à cet effet, favorisant d’avantage la suffocation et la propagation. 

Preuve s’il en était besoin de la « banalisation » du recours à l’arme chimique, médecins et activistes se sont déployés avec une célérité remarquable, qui pour dispenser les soins, qui pour faire la tournée des centres médicaux, qui pour documenter les victimes.

Car pour la population syrienne, « l’attaque chimique » est devenue une réalité de leur quotidien de violence à l’instar des tirs de missiles Scud. Contrairement à ce que voudrait faire croire le débat en Occident qui se focalise depuis des mois sur la question de la preuve, offrant ainsi une carte blanche au régime.

« Il ne s’agit pas tant de l’utilisation des armes chimiques, forme de répression qui s’est relativement banalisée depuis l’hiver 2012, mais bien de l’usage massif qu’il en a été fait et qui constitue un saut qualitatif important dans la répression », souligne Mathieu Rey, chercheur associé au Collège de France.

 

Banlieue de Damas, 21 août 2013. Des cadavres rassemblés 
Banlieue de Damas, 21 août 2013. Des cadavres rassemblés© REUTERS/Bassam Khabieh

L’attaque massive de la Ghouta s’inscrit en cela dans la même courbe ascendante de violence observée depuis des mois et de sa banalisation.

À titre d’exemple et pour la seule localité de Douma, jusqu’en février dernier, l’hôpital de Douma traitait une moyenne de 100 blessés par jour, depuis, le chiffre est passé à 140. Pour le Dr Majed, « le niveau de barbarie n’a pas évolué » : « Qu’il y ait 1 000 morts en un jour ou 1 000 morts en trois jours (référence au précédent massacre de Daraya d’août 2012 – ndlr. Lire notre article), ne change pas grand chose, dit-il. Ce qui est nouveau, c’est que le régime teste de nouvelles limites et de nouvelles armes. Car jusqu’à maintenant, les gaz étaient utilisés dans des zones contre l’armée libre et non des zones d’habitation civile. » À l'appui d'images satellitaires, HRW confirme là aussi que les zones touchées n'abritent aucune base ou installation militaires rebelles.

De fait, jusqu'ici, le recours à des armes neurotoxiques s’inscrivait dans une tactique de guerre contre les rebelles, dans leurs bases, en vue de reprendre des territoires contrôlés par ces derniers. « Jusqu’à présent, la stratégie consistait à viser les zones tenues par les rebelles, soit à l’intérieur, dans l’objectif de les faire fuir pour reprendre le contrôle de la zone, soit à l’extérieur pour les forcer à approcher et les atteindre, explique Thierry Boissière, chercheur au Groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo) à Lyon. Aujourd’hui, on est dans une extermination puisqu’il n’y a pas d’ambiguïté sur la cible : la population civile. »

Est-ce à dire que l’on assiste à une banalisation du recours à l’arme « chimique » dans des zones habitées par les civils après l’automatisation des bombardements sur les zones libérées et des tirs de missiles Scud dans les quartiers populaires d’Alep et sa région ?

Enquêteurs de l'Onu

Tout porte à le croire. Car si le massacre de la Ghouta constitue un point de rupture dans l’échelle de la violence, il s’inscrit néanmoins dans la même logique du régime. Depuis les premiers coups de feu tirés contre les manifestants de Déraa en 2011, au début du soulèvement populaire, aux tirs de missiles Scud deux ans plus tard.

« Le régime est dans une logique cohérente de politique de terre brûlée qui ne se soucie que de produire de la terreur et d’avancer des pions dans les zones qui lui sont vitales, reprend le chercheur. La zone de Damas en fait partie, mais il a aussi repris le contrôle de Homs et est engagé dans la reconquête des villages de la côte qui lui avaient échappé ces dernières semaines. C’est une logique de survie à tout prix, appliquée de manière froide et sans limite et qui signifie qu’il est prêt à tuer tous les Syriens qui s’opposent à lui. »

Si le massacre de la Ghouta dépasse toutes les limites de la violence et constitue un saut qualitatif dans l’horreur, il s’inscrit dans le cours de cette logique de reconquête, annoncée à maintes reprises par le président Assad.

« Lorsque le 26 juin 2012, Bachar al-Assad déclare qu’il est engagé dans une guerre totale, cela suppose l’utilisation de tous les moyens possibles pour éradiquer “l’ennemi total”, ajoute Mathieu Rey. Il faut s’attendre à la multiplication de ce genre d’attaques sur l’ensemble des territoires entrés en rébellion. »  « Est-ce une logique génocidaire ? interroge le chercheur. Certainement pas, si on entend par ce terme l’extermination d’un groupe spécifique de la population, en revanche, de telles pratiques de violence peuvent provoquer quantitativement un nombre de victimes qui rappellerait de tels précédents. »

La présence des enquêteurs de l’Onu à Damas, arrivés ce dimanche 18 août dans le but de recueillir des preuves d'armes chimiques, ne change pas grand chose. Bien au contraire, elle est un moyen pour le clan Assad de tester à nouveau l’impunité qu’il tire du soutien de ses alliés extérieurs qui bloquent toute solution à l’ONU, d’une part, et les contradictions de ses adversaires réticents à toute intervention, d’autre part. 

Le massacre de la Ghouta s’est en effet déroulé à peine à un quart d’heure de l’hôtel où se trouve la mission onusienne. Cette dernière est arrivée en Syrie à l’issue de cinq mois de négociations interminables et son champ d’action est cantonné à l’inspection de trois zones choisies par Damas.

Autant dire que sa marge de manœuvre est aussi quasi nulle que celle de la précédente mission dépêchée pour enquêter sur la répression en décembre 2011, à l’issue de laborieuses tractations. « Le procédé n’est pas sans rappeler cette étrange convergence entre l’arrivée d’observateurs internationaux et des sauts dans les phénomènes de violence », poursuit Mathieu Rey. Les premiers observateurs onusiens avaient été en effet accueillis par une série d’attentats attribués à l’époque au régime et ils ont plié bagages au bout de six mois après avoir été pris pour cibles par des loyalistes.

« De la sorte, conclut Mathieu Rey, le régime teste la communauté internationale sur ses réactions comme il le fait depuis le départ et il la place face à ces contradictions en lui montrant qu’il est capable de faire un saut qualitatif et quantitatif dans la violence. »

Le soutien inconditionnel de Moscou, qui a imputé la responsabilité de l’attaque de la Ghouta Charqiyé aux rebelles, laisse prévoir en effet un nouveau blocage diplomatique à l’Onu. Plus, le nouveau contexte régional induit par la contre-révolution égyptienne – saluée par Damas – et la crainte des Occidentaux de l’internationalisation du conflit syrien sont vus par les dirigeants syriens comme une nouvelle fenêtre d’impunité sur laquelle ils peuvent jouer à venir.

« Dans la mesure où les grandes puissances n’ont rien fait dès le départ, le régime se moque des lignes rouges et regarde jusqu’où il peut aller », constate, lucide, le Dr Majed. Pour lui, la présence de cette nouvelle commission de l’Onu illustre la complicité du monde au même titre que l’envoi par les gouvernements de quelques masques et antidotes : « La France et les États occidentaux, en nous offrant des masques et des formations au risque chimique, se rendent complices des crimes du régime. C’est une insulte à l’humanité car c’est reconnaître au régime le droit à l’usage d’armes chimiques contre sa population. »  

Et de conclure, sans illusion : « Je ne demande ni l’aide des États occidentaux et du monde arabe et islamique, je demande simplement à l’être humain d’être solidaire de ces hommes dont le seul tort est d’être né dans cette région du monde. »

 


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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:05

 

Médiapart

|  Par Fabrice Arfi et Agathe Duparc

 

La "liste" Condamin-Gerbier : itinéraire d’une non histoire

 

La fameuse « liste » de personnalités françaises détentrices de comptes suisses n'existerait pas, selon des propos prêtés à l'avocat du financier Pierre-Condamin Gerbier, Me Edmond de Braun. La vérité pourrait prêter à sourire si le principal intéressé, témoin clé de l’affaire Cahuzac, n'était pas en prison. Car de « liste », Pierre Condamin-Gerbier n’a en vérité jamais parlé ! « Personne n’en sait rien », convient désormais son avocat.

 

Un étrange phénomène vient de frapper la France et la Suisse : la fumée sans feu. Ainsi, à en croire Me Edmond de Braun, l’avocat du financier français Pierre Condamin-Gerbier, la « liste » de son client comportant des noms de personnalités françaises détentrices de comptes non déclarés en Suisse « n’a jamais existé ». C’est du moins les propos que lui a attribués, le 16 août dernier, le quotidien suisse Agefi, très proche des milieux financiers et bancaires genevois.

Dans la torpeur du mois d’août, l’“information” a eu son petit effet : reprises des agences de presse, articles sur les sites de grands journaux, échos dans leurs éditions papier… C’était entendu, ou presque. L’affaire se dégonflait et Pierre Condamin-Gerbier est un mythomane qui a inventé cette histoire de « liste » explosive pour se sauver d’une mauvaise passe personnelle suite à plusieurs déboires professionnels.

 

Pierre Condamin-Gerbier 
Pierre Condamin-Gerbier© dr

La vérité pourrait prêter à sourire si le principal intéressé, témoin clé de l’affaire Cahuzac et lanceur d’alerte sur les pratiques de fraude fiscale du système bancaire suisse auquel il a longtemps appartenu, n’était pas en train de croupir dans une prison genevoise, après une interpellation qui a suscité l’indignation de plusieurs parlementaires français (ici ou ).

Car de « liste », Pierre Condamin-Gerbier n’a en vérité jamais parlé ! Voici ce qu’il déclarait le 3 juillet devant les députés de la commission Cahuzac : « En vingt ans d’expérience, j’ai été le témoin direct ou indirect d’un certain nombre de dossiers. J’aime peu la terminologie de liste car s’il s’agit de sortir une feuille A4 avec quinze noms dessus, cela ne vaut que le papier sur lequel c’est imprimé ». Cette “liste” n’est rien d’autre qu’une bulle médiatique, qui explose aujourd’hui à la face de ceux qui l’ont créée.

Dans un entretien avec Mediapart le 19 août, l’avocat commis d’office de Condamin-Gerbier s’est d’ailleurs montré nettement moins affirmatif que dans son interview à l’Agefi une semaine plus tôt : « J’ai le sentiment que la liste n’existe pas, mais personne n’en sait rien ». « À ma connaissance, personne n’a sorti de liste, ni les journalistes, ni les députés, ni les magistrats. Or tant qu’on n’aura pas démontré que la liste existe, elle n’existera pas », précise Me de Braun, qui parle d’une « situation qui ne peut pas être résolue à ce stade. »

L’avocat ne se prive pas d’ajouter que « c’est un secret de Polichinelle qu’il y avait parmi la classe politique française des gens qui mettaient leur argent en Suisse ». Aurait-il, lui, une “liste” ? Bien sûr que non.

Mais comme nous l’avons déjà raconté à plusieurs reprises, ce « secret de Polichinelle » a été confié par Condamin-Gerbier à Mediapart, ainsi qu’à notre confrère de La Croix, Antoine Peillon, spécialiste des questions de fraude fiscale, à l’occasion d’un long entretien de six heures qui a eu lieu le 29 mai dans les salons privés d’un grand hôtel de Genève.

Oui, le financier français, ancien directeur associé de la banque genevoise Reyl où Jérôme Cahuzac avait déposé certains de ses avoirs occultes, a livré plusieurs noms de personnalités françaises dont il dit avoir été le témoin direct ou indirect de leurs pratiques d’évasion fiscale. Mais toujours pas de liste. « Dans sa longue histoire, il a croisé des noms. Il n’y a pas de liste, il n’y a pas de listing de noms. Pour nous journalistes, ces noms n’existent pas tant qu’il n’y a pas de vérifications », expliquait ainsi le directeur de Mediapart, Edwy Plenel, le 17 juin, sur le plateau de l’émission Mots Croisés (la vidéo peut être vue ici).

« Ni fou, ni mythomane »

En prison depuis le 5 juillet, Pierre Condmain-Gerbier n’est pas détenu pour avoir inventé des faits, mais pour avoir trahi le secret bancaire suisse (plus précisément le secret des affaires et commercial de la société Reyl, aujourd'hui banque) en confiant certaines informations sensibles aux autorités d’un pays étranger. C’est ce qui lui vaut d’être poursuivi aujourd’hui pour espionnage économique.

Dans une décision du tribunal pénal fédéral datée du 6 août, on peut par exemple lire que celui qui est parfois surnommé “PCG” a « confirmé aux autorités françaises les noms de certains clients auprès de divers établissements bancaires pour lesquels il travaillait », puis qu’il a fourni certains « éléments de preuves à une partie tiers ».  


Le drapeau suisse flottant sur Genève.  
Le drapeau suisse flottant sur Genève. © Reuters

Pour comprendre le véritable enjeu de ce dossier, la chronologie des faits n’est pas indifférente. C’est seulement trois jours après son audition à Paris devant les juges anti-corruption Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, chargés d’une enquête sur le système Reyl, que Pierre Condamin-Gerbier a été interpellé et enfermé en Suisse, sitôt rentré chez lui.

Le financier avait commencé à livrer ses premiers secrets. Devant les deux magistrats, “PCG” avait donné des informations précises sur les activités offshore de l’homme d’affaires français Alexandre Allard en lien avec l’ancien ministre Renaud Donnedieu de Vabres (UMP). Il avait également cité, mais avec plus de prudence, le nom de Laurent Fabius (PS), sa famille pouvant détenir des avoirs non déclarés en Suisse au travers du marché de l’art. Son arrestation subite, qui a eu lieu le lendemain de la publication d’un article de Mediapart sur ses premières confessions judiciaires (article cité par le tribunal pénal fédéral de Genève pour justifier l'incarcération…), a par conséquent empêché la possibilité de toute autre audition.

C’est pour cette raison que Condamin-Gerbier est à l’ombre. Il ne doit plus parler. Pour cause : dans d’autres affaires traitées par la justice française, son témoignage a été pris très au sérieux.

Sans lui, l’affaire Cahuzac n’aurait probablement jamais abouti. Entendu à Annecy début février par un policier de la Division nationale des investigations financières et fiscales (Dniff), “PCG” a permis aux enquêteurs d’établir le rôle crucial du gestionnaire de fortune Hervé Dreyfus au sein de la banque Reyl, comme étant l’un des principaux organisateurs des montages offshore de plusieurs personnalités françaises. Intime de Cécilia Sarkozy et proche de son ancien mari, Hervé Dreyfus fut en effet le chargé d’affaires de Jérôme Cahuzac.

Et dans l’affaire UBS, où il a travaillé une année durant à Genève, Condamin-Gerbier a livré aux douanes judiciaires de précieuses informations sur les mécanismes de fraude fiscale mis en place au sein du géant bancaire, depuis mis en examen comme personne morale par la justice. « Ce n’est ni un fou, ni un mythomane, assure désormais son avocat. Les enquêteurs français l’ont convoqué et en tant que citoyen français, il a répondu. Le fait est qu’il était choqué par une certaine classe politique française et par certaines situations ».

Le 25 février 1967, la plus journaliste des philosophes, Hannah Arendt, avait senti le coup venir dans un article du New Yorker passé à la postérité, Truth and Politics : « Même dans le monde libre, où le gouvernement n’a pas monopolisé le pouvoir de décider ou de dire ce qui est ou n’est pas factuellement, de gigantesques organisations d’intérêts ont généralisé une sorte de mentalité de la raison d’Etat, qui était auparavant limitée au traitement des affaires étrangères et, dans ses pires excès, aux situations de danger clair et actuel ». En Suisse, la raison d'État porte un autre nom : le secret bancaire. Après avoir été son salarié, Condamin-Gerbier en est aujourd'hui le prisonnier.

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 16:54

 

Marianne

 

Jeudi 22 Août 2013 à 05:00

 

Directeur adjoint de la rédaction de Marianne et grand amateur de théâtre En savoir plus sur cet auteur

 

 

La chaîne de montage du Renault Master à l'usine SOVAB de Batilly, France - POL EMILE/SIPA
La chaîne de montage du Renault Master à l'usine SOVAB de Batilly, France - POL EMILE/SIPA

En ces temps de délocalisations généralisées, la nouvelle est quasiment passée inaperçue, et c’est bien dommage. Renault Trucks, ancienne division de poids lourds de Renault,  aujourd’hui possession du groupe suédois Volvo, a décidé de faire le chemin inverse et de rapatrier la fabrication des camions de Turquie en France. Dommage que Renault-Nissan a fait le choix contraire en allant produire la Clio en Turquie.  

Pour les 10.000 salariés de Renault-Trucks, installés notamment à Bourg-en-Bresse (Ain), à Blainville (Calvados) et à Vénissieux (Rhône), la nouvelle est plutôt rassurante. Comme nombre d’autres, ces salariés vivent avec le couperet de la délocalisation au-dessus de la tête, dans l’attente d’investissements souvent promis mais toujours compromis. Aucun dirigeant du Medef n’a cru bon de saluer l’événement. Les médias ont à peine relaté l’info, comme s’il valait mieux se concentrer sur le énième épisode de la longue marche de Manuel Valls vers le pouvoir suprême.  

Pourtant, la relocalisation de Renault-Trucks mérite réflexion. En effet, elle prend à contre pied le discours en vogue sur le sujet. Que nous dit la vulgate dominante à droite, mais aussi parfois au PS, ce qui est bien regrettable ? Que la France est en manque d’ « attractivité », comme on dit chez ces gens-là.  Qu’elle est une machine à faire fuir les capitaux. Que le problème numéro 1 du pays s’appelle le « coût du travail ». Que les contributions sociales qui font l’originalité (et la force) du modèle français ne sont que des « charges » à alléger au plus vite. Que le code du travail est digne de la Russie Soviétique. Que les syndicats bloquent tout progrès.  

En un mot comme en cent, on ne pourrait plus rien faire dans ce fichu pays pourri par l’esprit des Sans-culotte, de la Commune et de la Résistance. Il faudrait donc aller faire fructifier ses capitaux ailleurs, là où l’Eden de la  « mondialisation heureuse » (merci Alain Minc) permet à tout un chacun de s’épanouir sans entrave.  C’est ce qu’avait écrit Maurice Taylor, le PDG de l’américain Titan, à Arnaud Montebourg, en traitant au passage les salariés français de fainéants et d’ivrognes.             

Ce discours, dépouillé ou non de ses oripeaux les plus caricaturaux, est comme un mantra. On l’entend aussi bien dans les travées du Medef que dans la bouche de Pierre Moscovici. Il a justifié tous les virages successifs du gouvernement Ayrault, qu’il s’agisse de l’accord sur l’emploi, de l’austérité héritée du traité européen, de la non réforme des banques, ou du cadeau accordé au patronat au nom de la « compétitivité ». Il a pour résultat de conférer à la politique économique de l’équipe Ayrault une couleur qui n’est pas sans rappeler celle de l’équipe précédente. Il nourrit une désespérance sociale propre à tous les débordements. 

Or le raisonnement est erroné de A jusqu’à Z. Il est faux de dire que le problème de l’économie française est le « coût du travail ». La réalité est inverse. C’est le coût du chômage (donc du non travail) qui pèse, d’autant qu’il est alourdi par celui du capital (dividendes, frais financiers etc… ). Comparé à ses principaux partenaires, la France est à peu près au même niveau de revenus salariaux, sauf à vouloir concurrencer des pays plus pauvres – comme par exemple la Turquie, dans le cas qui nous concerne. 

Mais l’exemple de Renault Trucks prouve que même dans ce cas de figure, il est d’autres atouts à mettre en avant, comme le savoir faire de la main-d’oeuvre, la formation, les services publics, les infrastructures, la recherche…Ce sont ces atouts qu’il faut développer pour donner à la marque France un label de qualité, quoi qu’en disent  les pleureuses de la famille décliniste. Encore faudrait-il ne pas se laisser piéger par le chantage de la petite école néolibérale qui a gangrené la gauche social-démocrate de l’intérieur. Sinon les imprécations volontaristes d’un Montebourg resteront lettre morte. Dans ce cas, l’affaire Renault Trucks ne sera qu’une hirondelle masquant la réalité d’un exode industriel pernicieux.

 

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 16:45

 

Rue89

 

Tour de France des alternatives 22/08/2013 à 16h12
Emmanuel_Daniel | Journaliste

 

Tour de France des alternatives"

 


Habiterre à Die, dans la Drôme (Emmanuel Daniel)

 

Au sommet d’une colline, un hameau en bois baptisé Habiterre fait face aux vertes montagnes du parc naturel du Vercors. C’est ici, sur les hauteurs de Die, dans la Drôme, qu’une dizaine de foyers, qui pour la plupart ne se connaissaient pas, ont décidé de concrétiser leur envie de vivre autrement.

Depuis mai 2011, ils sont une trentaine, du retraité au nouveau-né en passant par l’adolescent, à cultiver le vivre-ensemble, et l’entraide dans ce que l’on appelle un habitat groupé.

Making of
Emmanuel Daniel, journaliste, réalise depuis juin un Tour de France des alternatives, pour « observer des alternatives concrètes dans des domaines aussi variés que l’économie, l’écologie, l’éducation, la politique ou la culture ». Nous reproduisons certains de ses articles sur Rue89, avec son autorisation. Rue89

Cette forme de logement qui comporte à la fois des parties privatives et des parties communes est très répandue au Canada et en Allemagne et commence à se développer en France.

Et pour cause, les avantages de cette résidence partagée sont nombreux. En plus d’offrir un cadre de vie convivial et d’éviter l’isolement, ce lieu favorise la mutualisation des moyens et des idées.

Chauffage et tondeuse en commun

Ainsi, les habitants on mis en commun, une tondeuse, leur outillage et même une chaudière à bois qui leur permet, en plus de limiter leur impact sur l’environnement, de réduire considérablement leurs dépenses énergétiques. Le hameau est composé de onze logements indépendants, afin que chacun préserve son intimité, mais, c’est dans la maison commune, placée au centre du hameau, que bat le cœur d’Habiterre. Les membres peuvent s’y retrouver pour cuisiner, se répartir un demi-cochon, prendre l’apéro, faire leur lessive ou profiter de la bibliothèque commune.

 


La salle commune (Emmanuel Daniel)

 

C’est également dans cette grande salle, qui a déjà accueilli près de 80 personnes, que sont discutées toutes les deux semaines les décisions à prendre concernant cette grande colocation. A l’occasion d’un petit déjeuner, les habitants se mettent d’accord sur la couleur du crépit, la construction d’une dalle pour le garage à vélo ou encore l’organisation d’activités ouvertes sur l’extérieur (lire encadré).

Habiterre, un lieu ouvert sur l’extérieur

Chaque logement comporte une chambre d’amis et mariages et fêtes sont régulièrement organisés.

La salle commune accueille aussi des conférences débat et sert d’espace de réunion aux associations locales aussi bien qu’aux conseils d’administration de banques. La participation est libre mais l’idée est que ceux qui ont les moyens paient pour permettre aux petites structures de pouvoir disposer des lieux gratuitement.

Pour financer la construction de la maison commune, les membres d’Habiterre ont fait appel à l’épargne solidaire et plus précisément au « capital patient » (les investisseurs sont prêts à attendre avant de revoir la couleur de leurs euros). Des chantiers participatifs ont également permis de réduire le prix de la construction.

« Nous fonctionnons dans une démocratie qui n’a pas besoin d’être surformalisée », note Joël, un des cofondateurs, qui a quitté le Québec pour cette aventure humaine.

Néanmoins, quand un sujet divise, notamment quand il a des conséquences financières, des assemblées plus formelles sont réunies. Dernièrement, c’est l’installation d’une antenne satellite qui a créé le débat. « Ça crée une contrainte. On n’a pas la même liberté que si on était chacun chez soi. Mais les décisions se prennent à tous », plaide cet entrepreneur social.

Difficile donc de se sentir seul tant ce hameau déborde d’activité. « En termes de vie sociale, c’est presque le trop plein. Il est difficile d’aller quelque part sans croiser trois ou quatre personnes », s’amuse Joël. Il compare le quotidien du hameau à une « vie de village », moins contraignante que la cohabitation au sein d’une communauté :

« Chacun est libre de rester chez lui et personne ne rentre chez les autres sans frapper. »

Attachés au faire soi-même

Mais Habiterre n’est pas seulement une alternative au mode d’habitat dominant dépourvu d’humanité, où, comme le souligne Joël, « les voisins ne se parlent pas » et sont séparés par des murs. C’est aussi un exemple vivant de notre capacité à coopérer.

Joël et Marc ont planché sur le montage du projet. Pascale a travaillé sur l’aspect comptable et d’autres se sont occupés du jardin. Les connaissances d’Alain, le bricoleur de l’équipe, ont permis d’accélérer les travaux. Ainsi, les compétences de chacun sont mises au service du collectif.

« Quand dix cerveaux réfléchissent, ça donne beaucoup de bonnes idées », assure Joël. C’est grâce à cette addition de matière grise qu’un four à pain, des bacs à fleurs en bois ou des toilettes sèches ont émergé sur le site.

Les membres d’Habiterre sont attachés au faire soi-même. Gros-œuvre mis à part, l’ensemble des habitations ont été construites par les habitants avec une volonté de minimiser leur impact sur l’environnement. Ouate de cellulose, chanvre, chaux, tuiles en terre cuite… « 90% des constructions sont faîtes à partir de matériaux écologiques », estime Joël.

Ovni juridique

Curiosité architecturale, Habiterre est aussi un ovni juridique. Les habitants ne sont pas propriétaires de leur logement mais détenteurs de parts. Afin d’éviter ce qu’ils considèrent être des écueils du modèle coopératif, ils ont opté pour une Société civile immobilière (SCI).

Car, le problème des coopératives, c’est que « le capital ne peut jamais être valorisé. C’est une bonne chose en général mais pas dans l’immobilier », argue Joël. En effet, une personne qui voudrait déménager et donc revendre ses parts aurait dû mal à acheter un autre logement, la valeur des parts n’étant pas corrélée au prix du marché de l’immobilier. Ils ont donc créé un indice qui permet valoriser les parts. Il prend en compte le prix du marché, l’inflation et l’indice des constructions. Un moyen selon eux d’assurer aux membres la possibilité de se reloger en cas de départ sans pour autant participer à l’envol des prix du foncier.

Néanmoins, la SCI s’est dotée d’une charte coopérative afin de mettre en place une « gouvernance partagée » et qu’Habiterre ne devienne pas « une simple coproproiété ». Contrairement aux SCI classiques, le nombre de voix en assemblée générale ne dépend pas de la somme d’argent investie mais du nombre de personnes pas foyer, en vertu du principe du une personne = une voix.

Le caractère solidaire de cet habitat groupé à également été entériné par la charte. Ils insistent notamment sur la notion d’équité, « chacun en fonction de ce qu’il peut », indique Joël. Il illustre :

« Nous ne voulions pas que seules les personnes capables d’acheter une maison puissent nous rejoindre. Au moins deux familles ici n’auraient pas pu obtenir de prêt en banque pour acheter leur part. »

Favoriser l’accès à la propriété

Alors, pour favoriser l’accès à la propriété des moins aisés, un système d’entraide a été mis en place. Les échéances de remboursement sont échelonnées en fonction des moyens financiers de chacun. « Ceux qui peuvent rembourser tout de suite le font, les autres paieront plus tard », livre Joël. De plus, les habitants ont la possibilité de régler une partie de leur part en temps de travail sur la construction du hameau afin de réduire la facture.

 


Vue d’une des terrasses d’Habiterre sur le Vercors (Emmanuel Daniel)

 

Outre ce montage juridique et financier innovant, c’est la rapidité de la concrétisation de ce projet qui distingue Habiterre des autres habitats groupés existants en France. Moins de trois années se sont écoulées entre les premières réunions et l’installation des habitants. Pour agir vite, deux familles motivées se sont lancées sans attendre que le groupe complet soit constitué. Avant même de savoir s’ils réuniraient l’argent nécessaire, ils ont lancé les travaux, s’appuyant néanmoins sur un prêt relai de La Nef, société coopérative de finances solidaires.

Les autres familles, séduites par le caractère concret de l’aventure n’ont pas tardé à pointer le bout de leur nez. La stratégie du « qui m’aime me suive », prônée par Joël, a porté ses fruits.

Heureux d’avoir réussi à mettre leurs actions en cohérence avec leurs principes, les initiateurs d’Habiterre, issus du monde de l’économie solidaire, voulaient également que le projet ait « valeur d’exemple ». En construisant cet habitat groupé écologique et solidaire, ils voulaient non seulement améliorer leur cadre de vie mais aussi montrer qu’il était possible d’habiter autrement, sans pour autant disposer de millions d’euros en banque. Un pari pour l’instant réussi.

Publié initialement sur
Tourdefrancedesalternatives.fr
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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 15:58

 

Rue89

 

 

Procès 21/08/2013 à 18h44
Philippe Vion-Dury | Journaliste Rue89

 

 


Bradley Manning, le 20 août 2013 (Patrick Semansky/AP/SIPA)

 

 

Le soldat Bradley Manning, poursuivi par l’administration américaine pour avoir transmis 700 000 documents de l’armée au site Wikileaks, vient d’être condamné à une peine de 35 années de prison ferme.

Bien qu’il n’ait finalement pas été accusé d’avoir collaboré avec l’ennemi, vingt charges avaient été retenues contre lui fin juillet, portant la peine potentielle à 136 années de prison. Les témoins des deux parties ont défilé pendant trois semaines devant la juge Denise Lind pour définir la peine appropriée à chaque charge.

« En liberté conditionnelle à 33 ou 34 ans »

Lundi, le procureur avait finalement requis une peine de 60 ans contre l’analyste ainsi qu’une amende de 80 000 euros, une condamnation voulue exemplaire :

« Il a trahi les Etats-Unis, et pour cette traîtrise, il mérite de passer la majorité du reste de sa vie derrière les barreaux. »

Ce ne seront finalement « que » 35 années, et même moins si l’on en croit le colonel Morris Davis, ancien procureur des détenus de Guantanamo avant sa démission en 2007 et défenseur de Bradley Manning.

« Il tirera probablement encore huit ou neuf ans et sera mis en liberté conditionnelle à 33 ou 34 ans. »

Peut-être moins avec un procès en appel

Les règlements 633-30 [PDF] et 190-47 [PDF] de l’armée fixent effectivement les conditions et calculs des remises de peines. En combinant différents « crédits » pour bonne conduite et participations à différentes tâches, la peine peut être divisée de plus de moitié.

A cela s’ajoute une remise de peine déjà octroyée par la juge de 1 294 jours (près de quatre ans), correspondant au temps déjà passé en prison cumulé à un crédit supplémentaire correspondant à la période d’incarcération précédant le procès que la juge a considéré « plus rigoureuse que nécessaire » – période où le soldat a été soumis à différents traitements inhumains.

L’avocat de la défense David Coombs a d’ores et déjà convoqué une conférence de presse en début à 1h30 heure locale où il annoncera très probablement la saisine de la Cour d’appel. La procédure, qui peut finir devant la Cour suprême, peut durer des années. La peine ne peut, en revanche, qu’être allégée au cours de cette procédure.

Pour le Colonel Morris David :

« Le gouvernement aurait pu accepter le plaidoyer en culpabilité de Manning, avec une peine de vingt ans max et classer l’affaire. Il n’a rien gagné d’autre que cinq autres années de procédures d’appel. »

Peine exemplaire ou victoire ?

Immédiatement après l’énoncé du verdict, l’ONG Amnesty International a demandé à Barack Obama l’amnistie pour le soldat :

« Plutôt que de se battre bec et ongles pour l’enfermer pendant des décennies, le gouvernement américain devraient se consacrer à investiguer et rendre justice pour les graves violations des droits de l’homme commis par ses fonctionnaires au nom de la lutte contre la terreur. »

Elizabeth Goitein, du Centre Brennan pour la justice a souligné le caractère inédit de la condamnation : « C’est plus de dix-sept fois la durée » du précédent record en la matière, a-t-elle calculé. La juge s’est alignée « sur les peines relatives à l’espionnage rémunéré par l’ennemi ».

L’organisation Wikileaks s’est quant à elle exprimée sur Twitter, d’abord en déclarant soutenir la demande d’Amnesty International, puis en louant ce qu’elle considère comme une « victoire stratégique ».

« C’est une victoire stratégique significative dans le cas Bradley Manning. Bradley Manning est maintenant éligible pour une libération dans moins de 9 ans ou 4,4 années selon un autre calcul. »

 

 

                                                            *********************************************

 

Rue89


à lire sur Petitions.WhiteHouse.gov (en anglais) 22/08/2013 à 11h34

Signalé par Lucile Sourdès

 

 

Une pétition pour qu’Obama gracie Bradley Manning

 

Alors que Bradley Manning, poursuivi par l’administration américaine pour avoir transmis 700 000 documents de l’armée au site Wikileaks, vient d’être condamné à une peine de 35 années de prison ferme, une pétition mise en ligne sur le site de pétitions de la Maison Blanche réclame la clémence de Barack Obama envers le militaire.

A l’heure actuelle, plus de 7 300 personnes l’ont signée. Selon le fonctionnement du site, si une pétition atteint les 25 000 signatures, la Maison Blanche s’engage à y répondre, favorablement ou pas.

 

Lire sur Petitions.WhiteHouse.gov (en anglais)

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 15:49

 

 

lesinrocks.com

 

22/08/2013 | 11h59

 

Bradley Manning, le 21 août 2013 (Kevin Lamarque/Reuters)

                                                                                                                                                                                                                                                 Mercredi, Bradley Manning a été condamné à 35 ans de prison pour espionnage au détriment des Etats-Unis. Alors que son avocat a annoncé qu’il allait déposer un recours en grâce, le soldat a rédigé une lettre à Barack Obama. “Quand j’ai décidé de révéler des informations classifiées, je l’ai fait par amour pour mon pays”, écrit-il. Voici la traduction intégrale de son texte.

 

La décision que j’ai prise en 2010 est le fruit d’une inquiétude pour mon pays et pour le monde dans lequel nous vivons. Depuis les événements tragiques du 11 Septembre, notre pays est en guerre. Nous sommes en guerre contre un ennemi qui a fait le choix de ne pas nous affronter sur un champ de bataille classique. A cause de cela, nous avons dû adapter nos méthodes pour combattre ces menaces faites à notre mode de vie et à nous-mêmes.

Au début, j’étais en accord avec ces méthodes et j’ai choisi d’aider mon pays à se défendre. Ce n’est qu’une fois en Irak, lorsqu’au j’ai eu accès quotidiennement à des rapports militaires secrets, que j’ai commencé à m’interroger sur la moralité de ce que nous faisions. C’est à ce moment que j’ai pris conscience que dans notre effort pour contrer la menace ennemie, nous avions mis de côté notre humanité. En toute conscience, nous avons choisi de dévaluer le coût de la vie humaine en Irak et en Afghanistan. En combattant ceux que nous percevions comme nos ennemis, nous avons parfois tué des civils innocents. Chaque fois que nous avons tué des civils innocents, au lieu d’en assumer la responsabilité, nous avons décidé de nous retrancher derrière le voile de la sécurité nationale et des informations classifiées afin de ne pas avoir à rendre de comptes publiquement.

Dans notre zèle pour tuer l’ennemi, nous avons eu des débats en interne sur la définition du mot “torture”. Pendant des années, nous avons détenu des individus à Guantanamo sans respecter aucun procédure régulière. Nous avons fermé les yeux sur la torture et les exécutions perpétrées par le gouvernement irakien. Et nous avons laissé passer nombre d’autres actes au nom de notre guerre contre la terreur.

Le patriotisme est souvent invoqué quand des actes moralement douteux sont préconisés par des dirigeants. Quand ces appels au patriotisme prennent le dessus sur les interrogations légitimes, c’est généralement au soldat américain que revient la charge de mener à bien des missions immorales.

Notre nation a déjà traversé ce genre de troubles au nom de la démocratie : la Piste des larmes, l’affaire Dred Scott, le Maccarthysme, Internement des Japonais-américains pour n’en citer que quelques-uns. Je suis convaincu que la plupart des actions menées depuis le 11 Septembre seront un jour perçues de la même manière.

Comme le disait feu Howard Zinn, “Aucun drapeau n’est assez large pour couvrir la honte d’avoir tué des innocents.”

Je sais que j’ai violé la loi. Si mes actions ont nui à quelqu’un ou aux Etats-Unis, je le regrette. Il n’a jamais été dans mes intentions de nuire à qui que ce soit. Je voulais seulement aider. Quand j’ai décidé de révéler des informations classifiées, je l’ai fait par amour pour mon pays, avec un sens du devoir envers autrui.

Si vous refusez ma demande de grâce, je purgerai ma peine en sachant qu’il faut parfois payer un lourd tribut pour vivre dans une société libre. Je serai heureux d’en payer le prix si, en échange, nous pouvons vivre dans un pays basé sur la liberté et qui défend l’idée que tous les hommes et les femmes naissent égaux.

 

Bradley Manning, le 21 août 2013

 

 

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 15:38

 

L'atelier.medias libres.org

 

L’imprimerie Noir Couvrant est en marche

dimanche 4 août 2013

 

 

Présentation d’un nouveau projet collectif à Alès autour de l’impression.

 

L’imprimerie Noir Couvrant est en marche. C’est un outil collectif, situé à Alès, dont nous avons déterminé un certain mode de fonctionnement. Nous avons décidé de mettre en commun pas mal d’énergie, de temps et de fric afin de contribuer à la diffusion d’idées révolutionnaires et subversives, quelle qu’en soit la forme (BD, essai, roman etc.) en se dotant de matériel d’imprimerie. C’est-à-dire de louer un local ensemble, de maintenir en état et de faire tourner des machines d’imprimerie (offset, massicot, plieuse, relieuse…).

 

Nos capacités d’impressions étant limitées nous privilégierons les « petits projets » (affiches, brochures, journaux,...). Les gros travaux de type livre seront nécessairement limités. Globalement, éditeurs professionnels s’abstenir.

Au sein du projet, nous avons certaines bases communes larges, grosso modo « anarcho-communistes » : abolition de l’État, de la société de classes, de la propriété privé, de l’argent, des rapports de dominations, de la division de genres... Néanmoins, nous n’avons pas d’axe éditorial figé. Nous sommes plutôt ouverts, notamment à tout ce qui touche aux luttes sociales et aussi à un spectre relativement large du débat critique contre ce monde d’exploitation et de domination.

 

L’imprimerie Noir Couvrant n’est pas qu’un instrument technique pour publier en grande quantité. C’est un outil pour participer au débat révolutionnaire, à la diffusion de théories critiques et de pratiques de lutte. C’est un projet où l’étude et la confrontation de ces idées et pratiques doit permettre d’approfondir des réflexions individuelles et collectives, et ainsi d’essayer de sortir d’une certaine confusion ambiante. Il nous apparaît nécessaire de contribuer à la production d’outils pour combattre le capitalisme aujourd’hui. Nous voyons le travail théorique, l’analyse et la lutte comme parties d’un processus toujours en mouvement. C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’Imprimerie Noir Couvrant. Nous ne recherchons pas une quelconque homogénéité ou à former un groupe politique. Bien au contraire, le débat s’alimente de la diversité et de la mise en commun des parcours, des pratiques et des cultures politiques de chacun.

 

Ainsi, les projets proposés sont débattus, au sein du collectif Noir Couvrant, en lien avec les auteurs ou éditeurs. Les propositions sont autant d’occasions pour un enrichissement mutuel, pour nous-même et pour ceux que nous rencontrons. Chaque texte, affiche, bouquin y est prétexte à des rencontres et discussions afin d’aiguiser la pensée de chacun, de confronter à d’autres expériences ce qui pourrait paraître des évidences, de mettre en critique ce qui paraît erroné, incomplet ou incohérent dans les positions ou hypothèses avancées.

 

Comment décide-t-on des impressions ?

Les personnes proposant des documents à l’impression (dans la mesure du possible 3 mois à l’avance) sont invitées à en discuter préalablement avec nous, selon les modalités pratiques qu’elles auront le temps et l’énergie de mettre en place. Le contact direct par la discussion et le débat est bien sûr préférable mais nous sommes bien conscients que ce n’est pas toujours possible. On peut aussi communiquer par courrier, par mail. Pour permettre d’être réactif dans certains cas d’urgence (liés aux luttes sociales en cours, en réaction à la répression ou à un contexte immédiat) les discussions pourront avoir lieu après tirage.

 

Nous pouvons être emballés par un projet d’impression, ou au contraire n’y voir aucun intérêt ou même y trouver des positions que l’on combat. Mais dans la plupart des cas les avis sont beaucoup plus nuancés. Il y a du pour, du contre, et l’envie de faire partager ces remarques. Certains points soulevés peuvent être pour nous des points de désaccords suffisants pour ne pas s’associer au projet proposé. D’autres sont plus témoins de cette envie de discuter et d’approfondir autour de la critique sociale. Dans tous les cas, nous espérons des réponses et que le débat s’installe [1]. Libres, alors, aux auteurs et / ou éditeurs de tenir compte des critiques apportées. La décision d’imprimer est prise au cas par cas après discussions collectives, et n’exclut pas les débats contradictoires. Libres à nous d’imprimer ou non le projet.

 

Comment se passent les impressions ?

Comme l’imprimerie n’a pas un but commercial et les imprimeurs ne sont pas des prestataires de services, une participation aux différentes phases de l’impression est nécessaire de la part des personnes proposant un document. Ceci est un désir de notre part (et on l’espère partagé). L’utilisation des machines étant plus ou moins complexe, ce sont surtout les tâches de grouillots qui peuvent être faites par tout un chacun. Néanmoins, il est possible de se former en quelques heures sur de nombreuses étapes de façonnage comme le massicotage, la reliure, l’agrafage, l’assemblage... Pour des raisons techniques et de coût, il est préférable que les impressions ne soient pas en deçà d’un minimum de 1000 exemplaires. Les frais d’impression et d’usure du matériel sont pris en charge par les personnes/groupes sollicitant une impression et les loyers et les factures par les membres du collectif, les initiatives de soutien (concerts, repas, etc) sont aussi les bienvenues !

L’imprimerie est un lieu collectif non public mais ouvert à ceux qui souhaitent s’y impliquer et qui adhèrent au fonctionnement.

 

Pour tout contact ou proposition d’impression, écrire à : noircouvrant[at]riseup.net

Quelques réalisations :

Notes

[1] Voir ici, quelques exemples de débats autour de propositions d’impressions qui nous ont été faites : https://lists.riseup.net/www/d_read...

 

 

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