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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 14:47

 

 

mediapart.fr

Dans les turbulences du populisme antifiscal

|  Par Laurent Mauduit

 

 

Lancé le 20 août par Pierre Moscovici, le débat sur le « ras-le-bol fiscal » ne cesse de prendre de l'ampleur, à la veille de l'examen en conseil des ministres du projet de budget pour 2014. Débat trouble, qui agite des thématiques dont l'extrême droite avait, dans le passé, le monopole, celui de la détestation de l'impôt.

 

Le projet de loi de finances pour 2014 qui sera examiné, mercredi 25 septembre, par le conseil des ministres va donner le coup d’envoi d’un débat sur les impôts parmi les plus glauques qui aient jamais eu lieu sous un gouvernement de gauche. Parce que François Hollande a renié toutes ses promesses de campagne, et mène désormais une politique fiscale clairement ancrée à droite, sous les applaudissements du patronat. Mais aussi, et c’est beaucoup plus grave, parce que les dirigeants socialistes ont pris la très lourde responsabilité de lancer eux-mêmes un débat autour du « ras-le-bol fiscal » et d’alimenter une campagne populiste contre les impôts, campagne qui depuis plus d’un siècle n’était la spécialité que de la droite ultralibérale sinon même de l’extrême droite.

Pas de surprise ! Ce projet de loi de finances pour 2014 vient en effet confirmer que François Hollande n’a pas la moindre intention d’engager la « révolution fiscale » qu’il avait promise pendant la campagne présidentielle, dans le but de recréer un grand impôt citoyen progressif sur le revenu, par le biais notamment d’une fusion de l’impôt sur le revenu et de la Contribution sociale généralisée (CSG). Pis que cela : ce projet, visant à alourdir la charge des contribuables plus fortunés pour alléger celle des plus modestes, a non seulement été enterré mais François Hollande a même fixé un cap qui va totalement à l’opposé. Au lieu de réduire les inégalités, le chef de l’État a choisi de les creuser, en majorant les prélèvements sur les ménages afin de pouvoir financer des allègements massifs au profit des entreprises. C’est ainsi que les 20 milliards d’euros qui sont offerts aux entreprises sous la forme de crédit d’impôt, pour susciter un soi-disant « choc de compétitivité », seront financés par une hausse de la TVA, l’impôt le plus injuste du système fiscal français – alors que le candidat François Hollande avait dénoncé la hausse de la TVA voulue par Nicolas Sarkozy dans le même but.

De surcroît, les salariés qui vont devoir faire face à une majoration de leur cotisation retraite de 3,2 %, au terme de la réforme des retraites décidée par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, seront en réalité soumis au régime de la double peine. Car le gouvernement a fait la promesse aux entreprises qu’elles seront soumises à une hausse identique de 3,2 % pour la part patronale des cotisations retraite mais que cette somme leur sera compensée, dans le cadre d’une réforme du financement de la branche famille de la Sécurité sociale. En clair, ce seront les salariés qui seront appelés à la rescousse. En bref, c’est un immense transfert de charges, des entreprises, vers les ménages, que le gouvernement engage. Et c’est sans conteste, l’une des politiques fiscales les plus conservatrices et les plus pro-patronales qui aient jamais été engagées en France depuis longtemps, même sous Nicolas Sarkozy (lire Impôts : la révolution conservatrice de Moscovici).

D’autant qu’en plus de tout cela, il y a encore le nouveau plafonnement du quotient familial qui va intervenir. Sans compter aussi les mesures fiscales nouvelles que l’on ne connaît pas encore et que l’on découvrira mercredi, à l’issue du conseil des ministres. Sans compter encore les mesures qui seront annoncées pour financer les 6 milliards d’euros pour le projet de financement de la Sécurité sociale.

Bref, le premier choc de ce projet de loi de finances pour 2014, c’est qu’il porte la marque d’un véritable changement de cap fiscal. Ce n’est pas que François Hollande a oublié en chemin quelques promesses électorales – après tout, si ce n’était que cela, il pourrait faire valoir qu’il n’est pas le premier à promettre beaucoup et à faire peu ! Non, le chef de l’État applique des réformes fiscales dont il n’avait jamais parlé pendant sa campagne et qui étaient ardemment souhaitées… par le camp d’en face. Voilà donc le premier séisme que va provoquer ce projet de loi de finances pour 2014 : c’est un budget d’agression fiscale contre les plus modestes.

Mais il y a un second séisme qu’il faut bien prendre le temps d’examiner car, dans l’histoire de la gauche, il est sans précédent, et sans doute autrement plus grave que le premier. Dans le prolongement de ce changement de cap, le gouvernement a en effet pris le risque, de son propre chef, de lancer un débat hautement dangereux, celui sur le « ras-le-bol fiscal ».

Tout cela est évidemment tristement logique. Puisque le gouvernement a tourné le dos à la « révolution fiscale » qui avait pour ambition d’alléger la charge des salariés les plus modestes et d’alourdir celle des plus fortunés, le voilà aujourd’hui, dans la foulée, qui met en cause les impôts eux-mêmes et non pas leur inégale répartition.

Ayrault et Hollande en stéréo discordante

Pour la petite histoire, c’est l’ex-ministre fraudeur du budget, Jérôme Cahuzac qui le premier, au début de 2013, a fait entendre une étrange petite musique, suggérant que la France était assommée par des impôts décidément trop élevés et que le temps était venu de jouer la carte de la « stabilité fiscale ». Il l’a notamment suggéré le lundi 23 février, lors d’un entretien sur Europe 1 avec Jean-Pierre Elkabbach :

 

 

Le propos est tout à la fois prétentieux et obscur, mais on comprend au moins que c’est effectivement la « stabilité fiscale » qui est devenue la priorité du gouvernement.

Mais c’est surtout Pierre Moscovici, à la fin de l’été, qui va faire une sortie sidérante sur le même sujet et lancer un concours de couacs dans les sommets du pouvoir. Sur France Inter, le ministre des finances use en effet, pour la première fois, de cette formulation néo-poujadiste de « ras-le-bol fiscal ».

 

« Je suis très sensible à ce ras-le-bol fiscal que je ressens de la part de nos concitoyens, qu'ils soient des ménages, des consommateurs, ou qu'ils soient des entreprises, et ça nous l'écoutons », dit-il, déclenchant par ces mots une polémique qui ne va cesser de prendre de l’ampleur au cours des jours suivants. Pour une double raison. D’abord parce que la droite a alors beau jeu d’interpeller ce ministre amateur qui déplore benoîtement des hausses d’impôt dont il est… le premier responsable. Mais surtout parce qu’en lançant cette formule de « ras-le-bol fiscal », Pierre Moscovici déclenche, qu’il l’ait voulu ou non, une campagne de détestation de l’impôt.

Dans la foulée de cette sortie, c’est donc l’affolement dans les sommets du pouvoir. Et tour à tour, François Hollande et Jean-Marc Ayrault essaient de calmer le jeu, mais ils s’y prennent si mal, se contredisant l’un l’autre, que pour finir la controverse poujadiste sur le « ras-le-bol fiscal » prend de l’ampleur au lieu de s’éteindre. Dans un entretien au Monde, le 30 août, François Hollande annonce ainsi que la stabilité fiscale sera effective dès 2014 : « Grâce à l'engagement de substantielles économies, le temps est venu de faire – plus tôt qu'il n'avait été prévu – une pause fiscale », promet-il. En stéréo discordante, Jean-Marc Ayrault affirme, lui, dans le quotidien gratuit Métro, le 18 septembre, que la pause fiscale sera « effective en 2015 ». Une belle cacophonie qui alimente chaque jour davantage la campagne autour du « ras-le-bol fiscal ».

Oui, la campagne ! Car le sujet devient à la mode, et certains médias et quelques journalistes s’en emparent et chevauchent à leur tour les thématiques ambiguës de Pierre Moscovici. Tant et si bien qu’à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux, il n’est plus question que de cela : du soi-disant ras-le-bol des contribuables.

 

 

Un jour, ainsi peut-on lire sur Twitter cette stupéfiante conversation entre trois journalistes, dont deux sont au Monde, et le troisième en fut. « J’ai reçu ma fiche d’impôt, j’ose pas ouvrir », plaisante le premier. « Moi, j’ai ouvert la mienne ce soir, j’ai failli m’évanouir », rétorque la deuxième. « Tu peux y aller : 10 % de revenus en moins, 10 % d’impôts en plus », commente le troisième. Des tweets qui ont été discrètement supprimés par leurs auteurs après que je me fus mêlé de la conversation, par ce commentaire : « C’est une politique fiscale de droite, pour les hauts revenus, mais vos propos suintent le populisme radical. »

Le lendemain, c’est dans les colonnes mêmes du Monde (18 septembre 2013- payant) que l’on peut lire un stupéfiant article, où l’on apprend, sans rire, que « le ras-le-bol fiscal gagne… les banques ! » et que « les dirigeants des grandes banques françaises sont aux abois ». Ledit article qui s’apparente à un tract du lobby bancaire ne prend même pas le soin de préciser que les chiffres qu’il cite proviennent d’un rapport controversé, comme l’observera le lendemain un article incisif de Marianne, intitulé Foutage de gueule : les banques écrasées par le fisc.

Le surlendemain, c’est au Grand journal de Canal+ que l’on peut assister à un débat surréel entre le chroniqueur économique ultralibéral de France 2, François Lenglet, venu faire la promotion de son dernier livre, et Hélène Jouan, journaliste de France Inter, laquelle évoque avec son interlocuteur la pression fiscale à laquelle sont soumis les contribuables et en vient à lui demander s’il est donc concevable qu’il y ait un jour en France une... « révolte fiscale ».

Poujadisme

Et à tous ces bavardages insipides mais qui finissent par créer un climat, on pourrait ajouter ces étranges publicités qui fleurissent dans les gazettes et qui, s'appuyant sur la politique du gouvernement, promettent d'alléchantes défiscalisations : « 0 euro d'impôt pendant 9 ans » (voir ci-dessous).

 

 

Bref, de jour en jour, il n’est question que de cela. Jusqu’à l’overdose. Sans que jamais personne dise leur vérité aux dirigeants socialistes : le problème, ce n’est pas qu’il y ait trop d’impôts, c’est qu’ils pèsent d’abord sur les bas revenus tandis que les hauts revenus profitent plus que jamais de scandaleuses niches fiscales ! Le problème, c’est qu’il fallait une nouvelle Nuit du 4-Août, et qu’au lieu de l’engager, ils ont encore renforcé les privilèges et les inégalités.

Le plus stupéfiant, dans ce climat trouble où des dirigeants socialistes alimentent eux-mêmes le populisme antifiscal, c’est surtout qu’il ne se trouve aucune grande voix pour rappeler que le consentement à l’impôt est l’une des valeurs fondatrices de la République. C’est le grand principe, édicté par l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme: « Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. »

Depuis – et jusqu’à la grande vague libérale qui a commencé dans les années 1980 –, l’impôt a toujours été conçu comme l’un des instruments du bien commun. Et il n’y a guère eu que les courants les plus radicaux de la droite ou l’extrême droite à le contester et à avoir l’antifiscalisme comme fonds de commerce.

Qui ne se souvient de la fin des années 1920 ? Aux côtés des ligues qui prennent une importance croissante et qui vont défier la République le 6 février 1934, il y a aussi une Fédération nationale des contribuables (FNC), qui se crée en 1928 et qui rassemble de « braves gens » écrasés par les impôts. « Nous entreprendrons une marche convergente vers cet antre qui s'appelle le Palais-Bourbon, et s'il le faut, nous prendrons des fouets et des bâtons pour balayer cette Chambre d'incapables », proclame en janvier 1933 l’éditorial du Réveil du contribuable, l’organe de la FNC.

Qui ne se souvient du poujadisme, aussi, qui a eu le succès que l’on sait dans les années 1950, avec de nombreux députés élus à la Chambre, dont un certain… Jean-Marie Le Pen, et dont le principal fonds de commerce était encore une fois l’antifiscalisme, avec à la clef la mise à sac des trésoreries publiques.

Bref, c’est là un terrain glissant sur lequel s’est engagé Pierre Moscovici, et à sa suite beaucoup de dirigeants socialistes. Car le cheval de bataille du « ras-le-bol fiscal », seuls ces courants radicaux l’ont dans le passé enfourché, et aujourd’hui, c’est le Front national qui est l’héritier de ces combats. En d’autres temps, la gauche, elle, défendait d’autres valeurs. Elle faisait valoir que l’impôt était la concrétisation du lien solidaire entre des citoyens responsables. À l’époque où Nicolas Sarkozy projetait, lors de la campagne présidentielle de 2007, de dynamiter les droits de succession, il s’est même trouvé des intellectuels de gauche pour lancer un appel, dans lequel ils disaient leur fierté de consentir à l’impôt. Il était intitulé Pourquoi nous soussignés consentons à l’impôt. Et l’appel commençait pas ces fortes paroles : « Nous, soussignés, assujettis à l'impôt sur le revenu et, pour certains d'entre nous, à l'impôt de solidarité sur la fortune, considérons ces prélèvements comme légitimes et sommes fiers d'apporter ainsi notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité de la nation. »

Quelque temps auparavant, Martine Aubry avait écrit un livre Il est urgent d'agir (Éditions Albin Michel), dont le chapitre consacré aux questions fiscales avait pour titre : « Vive l'impôt ! »

Faut-il que les socialistes d’aujourd’hui aient perdu tous leurs repères pour, oubliant tout cela, jongler avec des thématiques aussi dangereuses ?

 

 

 

 

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 14:38

 

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En Grèce, des jeunes inventent leur mode de vie

Juliette Kempf (Reporterre)

lundi 23 septembre 2013

 

 

 

 

Vivre de terre et de légèreté. C’est ce qu’ont voulu Nikos Kontonikas et Yiannis Papatheodorou. Tous deux nés dans des villes, ils ont choisi de tout quitter pour s’installer sur un terrain inhabité et cultiver la terre. Un projet qui s’est construit bien avant la crise et qui s’écarte fondamentalement de la société qui a amené celle-ci.

 


 

- Reportage, Vlachia (Grèce)

Nikos Kontonikas et Yiannis Papatheodorou ont chacun grandi et vécu dans des villes, mais n’ont jamais vraiment aimé cela ni pensé qu’ils y resteraient.
En août 2012, pour 20 000 euros, les deux amis achètent ensemble un hectare de terre qui n’a jamais connu d’occupation humaine. Il se situe en Grèce centrale dans le département d’Eubée, immense île séparée du continent par le détroit de l’Euripe, que l’on traverse grâce au pont routier de Chalcis. Le massif forestier dans lequel est nichée leur nouvelle vie plonge dans la mer Egée.

 

 

Pour y accéder, nous avons roulé trois heures depuis Athènes. Nous avons laissé Pili derrière nous, village de mille âmes aux nombreuses petites tavernes, puis Vlachia, qui compte une centaine d’habitants, pour grimper jusqu’à l’entrée du terrain de leur ami Andréas, où nous laissons la voiture.

Andréas vit ici depuis plusieurs années, désormais bien installé : deux maisonnettes en paille, une cuisine extérieure en argile, un potager qui les nourrit, lui et sa famille. À partir de là, nous avons marché pendant une vingtaine de minutes sur d’étroits chemins de terre, alternant entre l’ombre des arbres et la puissante lumière estivale de l’après-midi, entourés par une nature aux verts époustouflants. Nous sommes au mois de juillet. À chaque pas l’odeur de sève et des herbes sauvages nous emplit davantage, et fait oublier la ville d’où nous sommes venus.

Nikos a 28 ans. Il me raconte comment il a arrêté d’étudier l’économie pour se consacrer à la recherche d’un mode de vie qui ferait sens pour lui. « Les perspectives que laissaient deviner ces années d’études m’inquiétaient vraiment. » Yiannis a 38 ans et travaillait comme ingénieur dans le bâtiment industriel, cultivant depuis longtemps le désir de s’installer à la campagne et d’y vivre en accord avec son éthique et son environnement. Natalia sa compagne, 28 ans, les a rejoints après avoir fini ses études d’architecture en Angleterre.

Pendant un an, les garçons ont vécu chez Andréas pour préparer leur terrain, qui est composé de parcelles de terre cultivable et de forêt, sur 10 000 mètres carrés de terrasses naturelles suivant le dénivelé de la montagne. Depuis le mois de mai, ils campent chez eux, protégés par les pins, et travaillent toute la journée pour faire émerger de la terre leur projet de vie commun.

Elle est creusée en plusieurs endroits, prête à recevoir les fondations de deux « chambres » de paille qui feront chacune vingt mètres carrés, à demi sur pilotis afin de créer des espaces de rangement. Ces constructions temporaires jetteront les bases du futur. Entre elles, il y aura une cuisine commune de trente mètres carrés, extérieure mais couverte. Un peu plus loin au détour d’un chemin, l’emplacement des toilettes sèches est déjà déterminé, abrité d’un côté, de l’autre s’ouvrant sur un panorama exceptionnel. Une douche de pierres, dont l’eau est réchauffée par le soleil, est joliment enclavée entre quelques arbres. Perchée à plusieurs mètres de hauteur dans un arbre légèrement isolé, une plateforme de méditation.

 

 

Natalia travaille essentiellement au plan des maisons. Les plantes, elle n’y connaît rien. Ce sont Nikos et Yiannis qui s’occupent de ce qu’ils ont planté : un petit verger de citronniers, d’orangers et de mandariniers, et un potager pour les légumes de saison. « Comment nous avons appris ? Grâce aux travaux que nous avons déjà faits, aux personnes que nous avons connues, et par des livres. Mais avant tout par la pratique. »

Ils vont bientôt prendre le statut d’agriculteurs pour des raisons administratives. Pour le moment, l’objectif est d’atteindre une production suffisante pour leur consommation personnelle, puis ils espèrent pouvoir en vendre une partie dans quelques années. Pour gagner un peu d’argent, ils envisagent aussi de faire de l’écotourisme à bas coût, ainsi que de construire des maisons en matériaux naturels, paille ou argile, chez d’autres particuliers. Nikos aimerait développer au maximum le troc avec leur voisinage proche.

Ils démarrent une expérience de culture sans eau, suivant une technique qui est utilisée tout autour de la Méditerranée. L’eau, ils auraient pu l’obtenir par le réseau du village, mais en très petite quantité. Alors ils ont choisi de se raccorder à une source naturelle, à deux kilomètres de là. Officiellement, ils auraient dû demander un permis légal. « On a préféré demander leur accord aux gens du coin, et ils nous l’ont donné. » Le flux qu’il tire est constant mais très faible, et ne déséquilibre pas le rythme naturel de la source. Un panneau solaire leur fournit de l’électricité. Ils envisagent d’en installer davantage, notamment pour pouvoir brancher un petit réfrigérateur à la saison chaude. « Mais rien de gros. Rien qui devrait excéder les véritables besoins. »

On ne cherche pas ici à éteindre et à faire redémarrer la société, mais à choisir consciemment dans ce qu’elle offre. Filtrer le règne de la quantité. Il leur serait notamment utile d’avoir une connexion à Internet, qui aujourd’hui ne vient pas jusqu’à eux. Le fait de « tout créer à partir de zéro » n’était pas forcément attendu dans le projet initial. Ils auraient aussi bien pu restaurer une vieille bâtisse abandonnée. Mais c’est le terrain ici qui les a choisis. Par contre, l’éloignement de la route pour automobiles est un véritable choix.

« Si tu en as une, il est facile de désirer des choses que tu peux apporter. Si tu n’en as pas, tu n’apportes que le nécessaire. »

Cela concerne les choses, mais pas les personnes. Les visiteurs sont toujours les bienvenus, et ils sont nombreux. Au fond de lui, Yiannis aimerait que ce lieu puisse devenir un exemple, un espace pédagogique pour tous ceux qui veulent changer leur mode de vie, mais ne savent pas comment faire. En ce sens leur projet, plutôt que politique, peut avoir un impact sociétal. Bien sûr il aimerait que davantage de monde fasse un choix similaire, mais ça reste rare.

« Et la crise, ou quoi que ce soit, comme Yiannis appelle le phénomène qu’il considère avec distance et une bonne dose d’ironie, ne change pas grand chose à cela. » Selon lui les villages de Grèce ne sont pas reconquis, ainsi que le laisse entendre une jolie rumeur qui court jusqu’à nos contrées occidentales, mais réhabités provisoirement par des jeunes en souffrance économique. « La plupart d’entre eux reviendront quand les choses seront redevenues normales, d’après ce que le système dominant prône comme étant normal. C’est la même histoire qui se répète. Il ne faut pas attendre que le mouvement se généralise. »


Elle est étrange, cette solution. Remettre les pieds sur la terre

Le projet de Nikos et de Yiannis dépend assez peu de la crise d’un système auquel ils ne croyaient déjà pas. Ils ne l’ont pas construit en réaction à elle, mais bien en amont. L’avantage qu’ils retirent de la situation politique du pays est qu’elle aide leurs proches à accepter leur choix. « Nos familles ne nous considèrent plus comme des fous, mais peut-être comme ceux qui ont trouvé une solution. » Elle est étrange, cette solution. Remettre les pieds sur la terre.

Ce soir nous savourons sa fraîcheur et son calme, à la terre, après l’intense chaleur qu’elle nous a offerte aujourd’hui. Nous partageons l’une de ces immenses pastèques qui se vendent 29 centimes d’euro le kilo sur le bord de toutes les routes du pays en cette période de l’année. Au chœur infatigable des dzidziki - les petits insectes qui chantent dzidzi dans les forêts grecques -, Yiannis répond par quelques délicieuses mélodies de bouzouka, le luth traditionnel.

 

Yiannis Papatheodorou


- Qu’est-ce qu’il vous manque, d’ ’en bas ’ ?
- Pas grand-chose. Les douches chaudes, et les chauffeurs de taxi !
- Est-ce que vous êtes plus libres depuis que vous êtes ici ?

Ils rient.

- Je ne sais pas, mais plus fatigués, Malaka !"

Il use avec joie de ce terme inséparable des Grecs, qui ponctue leurs états d’âme de toutes les sortes.

"- Plus libres… ? On était déjà légers de toute façon", sourit Yiannis en jetant un coup d’œil au sac à dos de son ami, gentiment vide et pendu à un arbre, 90 Litres Lafuma.

De retour à Athènes, la rencontre de différentes jeunes personnes laisse penser que les choix et l’aventure de Yiannis, Nikos et Natalia ont plus d’écho qu’ils ne semblent le croire. Giulia, notamment, m’explique que pour le moment la « crise » ne l’a pas atteinte dans sa vie professionnelle et personnelle. « Mais je crois que j’attends que cela arrive, pour devoir enfin prendre une décision qui me taraude depuis un moment, quitter la ville, la surconsommation et embrasser un mode de vie plus sensé… »




 

Source et photos et dessin : Juliette Kempf pour Reporterre

Lire aussi : A Athènes, des jeunes redécouvrent les maisons d’argile

 

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 14:28

 

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Dans les faubourgs d'Athènes, Aube dorée sème la terreur

|  Par Amélie Poinssot

 

 

L'assassinat du rappeur et militant antifasciste Pavlos Fyssas s'inscrit dans une tactique délibérée du mouvement néonazi Aube dorée : intimidations et violences sur fond de délitement syndical et d'appauvrissement de la population. Illustration dans les quartiers du Pirée, le port de l'agglomération athénienne. De notre correspondante à Athènes.

 

Athènes de notre correspondante

Rue Tsaldari, à Keratsini. Devant une pâtisserie, des gerbes de fleurs toutes fraîches, et des bougies. C'est là que, dans la nuit du mardi 17 à mercredi 18 septembre, un jeune chanteur de hip-hop, Pavlos Fyssas, a été assassiné par un membre du parti néonazi Aube dorée. Dans cette une artère commerçante d'une commune limitrophe du Pirée, le port de l'agglomération athénienne, Pavlos et ses amis étaient venus boire un verre et ont trouvé sur place des hommes d'Aube dorée peu amènes. Ces derniers ont aussitôt appelé du renfort pour les chasser, et lorsque Pavlos a quitté les lieux, deux coups de couteau mortels lui ont été assenés.

 

Sur les lieux de l'assassinat de Pavlos Fyssas 
Sur les lieux de l'assassinat de Pavlos Fyssas© Reuters

Le meurtre de Pavlos, s'il a choqué l'opinion publique et révèle – s'il était encore besoin – la nature criminelle de l'organisation néonazie (voir notre dossier), s'inscrit dans une stratégie étudiée. Depuis quelques mois, le parti fondé sur la nostalgie de la dictature des Colonels tente de semer la terreur et de gagner du terrain dans les faubourgs du Pirée, anciens quartiers ouvriers et bastions syndicaux, aujourd'hui frappés par l'effondrement de l'industrie navale et la crise économique. À Keratsini, Nikaia et Perama, trois communes voisines où le taux de chômage est supérieur à 40 %, la majorité des hommes travaillaient sur les chantiers navals ou dans l'industrie métallurgique. Le front syndical communiste PAME avait la main sur les embauches, il était en position de force pour défendre les ouvriers et leurs conditions de travail ; sur les chantiers navals, on touchait 100 euros la journée et on ne manquait jamais de travail. Mais fin 2008, tout a basculé. Les employeurs ont commencé à délocaliser vers la Turquie, Chypre, la Chine. Les journées de travail se sont raréfiées, le syndicat s'est arc-bouté sur le maintien du niveau de salaire et des conditions de travail, et n'est pas parvenu à faire signer par les employeurs la reconduction des conventions collectives. Rapidement, pour la plupart, les ouvriers se sont retrouvés au chômage. 

Quatre ans plus tard, les rares journées de travail sur les chantiers navals sont payées deux fois moins qu'avant, plusieurs entreprises sidérurgiques ont fermé, et les ouvriers sans emploi, après un an d'indemnités, ne touchent plus aucune aide pas plus qu'ils ne bénéficient d'une couverture sociale. « Beaucoup tiennent les syndicats pour responsables de cette situation, et derrière eux, le parti communiste », raconte Takis Karayanakis, ancien ouvrier sur les chantiers de Perama et ancien responsable syndical. Aube dorée, avec son anticommunisme virulent et son rejet du système politique, « exprime le désarroi, la frustration de ces gens qui ont tout perdu. Elle donne des explications simplistes et des promesses : "C'est la faute des immigrés", "nous allons vous trouver du travail"... » Le terreau est propice : de nombreux électeurs ont perdu toute appartenance politique avec la crise, comme cet habitant de Keratsini, Dimitris Karavas : « Moi et ma famille, nous avons toujours voté Nouvelle Démocratie. Mais aujourd'hui, sur le spectre politique, nous ne sommes nulle part. » Ce chauffeur de taxi dit travailler 14 heures par jour pour gagner, au mieux, 20 euros. « Il faut réussir à garder son sang-froid, ce n'est pas facile, je comprends la tentation des gens de voter Aube dorée. » Lui a préféré ne pas voter du tout aux dernières élections.

Peu à peu, Aube dorée se glisse dans les interstices. L'hiver dernier, ses troupes ont fait incursion dans l'antenne de l'ONG Médecins du Monde à Perama, exigeant l'expulsion des immigrés. Sur la commune, quelques cafés et stations-essence se sont transformés en repaires de l'organisation : drapeaux grecs, gros bras et tenues noires ne laissent planer aucun doute. Sur la « zone », le chantier naval de Perama, des électeurs d'Aube dorée ont repris, l'année dernière, une petite cafétéria – l'une des deux seules encore ouvertes aujourd'hui sur ce vaste espace devenu désert, que les locaux surnomment désormais le « cimetière ». En août, ils y ont organisé une rencontre avec trois députés d'Aube dorée pour annoncer la création d'un nouveau front syndical, un « front nationaliste », qui défendra le travail des seuls Grecs et entend détrôner le parti communiste. C'est la première fois qu'Aube dorée pénétrait officiellement dans la zone...

Les membres du front se targuent d'avoir déjà 131 signatures d'ouvriers, un chiffre plus que nécessaire pour créer le comité syndical. Le parti finance les frais d'avocats. « Aube dorée est notre seul espoir », lâche devant son café Tassos, ouvrier au chômage. Une organisation criminelle, capable de tuer un homme ? « Et alors ? Aujourd'hui les gens meurent de faim et personne n'en parle... », rétorque l'homme, dans une violence non contenue. Comme les autres personnes présentes ce matin-là dans la cafétéria, il n'a d'ailleurs qu'une envie, « voir pendus Samaras et Venizelos », le premier ministre (Nouvelle Démocratie) et le n°2 du gouvernement (Pasok). Il ne veut plus entendre parler de ces deux partis qui ont gouverné la Grèce en alternance ces quarante dernières années. Surtout, il veut neutraliser le parti communiste et son front syndical PAME. « C'est à cause des communistes qu'on en est arrivé là, ils faisaient grève tout le temps. Et eux ils ont du travail, croit-il, pas nous ! » 

Aube dorée s'est résolument engagée dans une démonstration de force avec les syndicats historiques de l'industrie navale. Il y a une dizaine de jours, alors que des syndicalistes du PAME collaient des affiches à proximité de la « zone », une quarantaine de membres d'Aube dorée ont surgi des rues adjacentes, vêtus de leur uniforme noir et armés de gourdins. Neuf syndicalistes ont été blessés. Sotiris Poulikoyannis, par ailleurs président du syndicat des métallos, était parmi eux. « Le but d'Aube dorée est de taper sur le mouvement syndical qui résiste, de terroriser les gens qui se révoltent, dit-il. Ils se prétendent anti-système mais en réalité ils font le jeu des patrons ! » Et ce, sous l'œil de la police : le syndicaliste raconte que des policiers étaient présents lors de l'agression des syndicalistes. 

Cette progression néonazie, sur fond de délitement syndical et d'appauvrissement de la population, est particulièrement marquée à Perama – mais on la retrouve ailleurs dans cette partie ouest de l'agglomération athénienne, à Nikaia notamment. Déjà, depuis la campagne électorale du printemps 2012, la communauté pakistanaise installée sur cette commune voisine de Perama était régulièrement victime de violences. Juste après les élections, c'est là qu'ouvre l'une des premières antennes locales d'Aube dorée, après le bureau du Pirée. Et ces derniers mois, des militants du mouvement antifa sont également devenus une cible.

Tactique

Katerina Thoidou, habitante des lieux et membre du mouvement « Unis contre le racisme et la menace fasciste » (KEERFA), collait des affiches en juin dernier avec des amis. Deux hommes d'Aube dorée sont alors passés à moto, ont tout arraché et les ont menacés. « Barrez-vous de Nikaia ! » ont-ils hurlé, « Sales cocos ! » « Nous étions plus nombreux qu'eux donc ils n'ont pas pu nous taper dessus. Mais le message était clair. » Deux mois plus tôt, un militant de la gauche radicale de Syriza avait aussi été menacé... « Ils ont choisi ces quartiers pour faire peur aux gens qui résistent », estime la jeune femme, scandalisée par le fait que la police connaît parfaitement ces agissements. « Ils sont une quarantaine tout au plus à participer à ces ratonnades, ils auraient pu être arrêtés depuis longtemps. À croire que le gouvernement a cherché à profiter de ce climat de peur. »

Au Pirée, l'apparition d'Aube dorée dans l'espace public a commencé début 2012 par des rondes dans le centre-ville d'une vingtaine de membres du parti le samedi ou le dimanche après-midi. Une présence de plus en plus agressive à mesure que le pays s'engageait sur la voie d'élections législatives anticipées : à deux reprises, les néonazis ont encerclé et frappé des militants antifas. La deuxième fois, les victimes ont porté plainte. Elles avaient photographié et identifié les agresseurs mais l'enquête n'a jamais abouti et les photos ont mystérieusement disparu du dossier, raconte l'une des victimes.

Réunion d'Aube dorée en février 2013 
Réunion d'Aube dorée en février 2013© Reuters

« Il y a de plus en plus d'agressions qui visent directement des gens de gauche, estime le Piréote Dimitris Kousouris. Cela se produit dans des quartiers populaires, ouvriers, où le parti néonazi a décidé de gagner la "bataille de la rue" – comme ils le disent eux-mêmes. Il est évident qu'ils sont en mission pour frapper ce qui reste du mouvement ouvrier organisé. » Dimitris Kousouris, historien spécialiste de années 1940 grecques, a lui-même été victime en tant que leader syndicaliste étudiant, il y a quinze ans, d'une agression par un membre d'Aube dorée – alors que l'organisation n'était qu'un groupuscule qui tapait du gauchiste dans les facs. Aube dorée s'est ensuite attaquée de plus en plus fréquemment aux immigrés – albanais, puis afghans et pakistanais notamment – et il y a trois ans, le parti néonazi a commencé à noyauter un quartier défavorisé du centre-nord d'Athènes (Aghios Pantéléïmonas) à travers des ratonnades sous l'œil passif – voire complice – de la police.

Son premier gain électoral date de 2010 : lors de ce scrutin local, le parti xénophobe et révisionniste conquiert un siège au conseil municipal de la capitale. Les élections législatives de 2012, dans un contexte de crise exacerbé, lui donnent soudainement une visibilité à l'échelon national : 18 députés entrent au parlement. Dans les anciennes banlieues « rouges » où elle n'avait quasiment aucune audience avant la crise, Aube dorée fait alors un bond. Elle recueille en moyenne 8,5 % des suffrages sur les communes de Keratsini, Perama et Nikaia. En 2009, son score ne dépassait pas les 0,3 %... Certes, à l'époque, un parti populiste d'extrême droite aujourd’hui disparu de la scène politique faisait déjà sur ces circonscriptions un score de 7 %. Mais de là à basculer vers un parti néonazi ? Selon l'ancien syndicaliste Takis Karayanakis, « il y a un peu de tout parmi les électeurs d'Aube dorée. Des anciens électeurs de Nouvelle Démocratie et du PASOK – et même d'anciens électeurs du PC –, des gens en colère, des gens dans la misère, des anciens ouvriers qui ne se sentaient pas représentés et n'arrivaient pas à s'exprimer au sein des instances syndicales, des gens qui ne comprennent pas grand-chose à la politique et sont attirés par les discours simplistes... ».

Takis, avec d'autres militants de gauche, a fondé à Perama un collectif d'entraide qui, autour d'un local, organise distributions de nourriture, cours de soutien scolaire bénévoles, et mobilisations pour s'opposer aux politiques d'austérité. Réunis chaque semaine en assemblée générale, les membres de ce collectif sont traversés en permanence par la question de la progression d'Aube dorée. Si, pour faire partie du collectif, il y a une ligne rouge à ne pas franchir – à savoir entrer en contact avec le parti néonazi et profiter des quelques distributions de nourriture qu'il organise parfois –, il n'est pas rare de voir les discussions s'échauffer à ce sujet. Certains ouvriers au chômage ont le propos raciste facile. Ces derniers mois, plusieurs personnes ont quitté le collectif pour rejoindre les rangs d'Aube dorée. « C'est un échec pour nous, reconnaît Takis. Mais d'un autre côté, de nouvelles personnes sont arrivées, et ça, c'est un succès. » L'homme s'efforce même de maintenir le lien avec ses anciens collègues qui ont basculé. « Je pense que tous ne sont pas des cas perdus. On peut encore les convaincre qu'ils font fausse route. C'est pourquoi je ne coupe pas les ponts et j'essaye de discuter avec eux régulièrement. » Une tâche de missionnaire sur des terres peu à peu gangrénées par la haine...

Intimidations, violences et chasse en terrain défavorisé : le quotidien grec Ethnos est venu confirmer ces jours-ci cette tactique mise en place par Aube dorée dans ces quartiers périphériques du Pirée (l'article est traduit en français ici). Le journal publiait en effet un entretien-feuilleton avec un membre anonyme d'Aube dorée qui révèle le fonctionnement des « milices d'assaut » du parti néonazi. D'après cet homme qui se présente comme ayant fait partie du noyau dur de la cellule de Nikaia, ce sont les troupes entraînées de cette commune qui interviennent de manière organisée dans les différents faubourgs du Pirée, sous des ordres venant de plus haut, et notamment du député Iannis Lagos, lui-même originaire de Perama. D'après le témoin anonyme, la police de Nikaia protégeait la cellule. Et d'après les photos publiées par le journal, le meurtrier de Pavlos Fyssas fait effectivement partie de cette milice. Ce modus operandi rappelle bien des pages sombres de l'histoire grecque, dans des quartiers qui s'étaient pourtant illustrés par leur résistance sous l'occupant nazi. 

« On assiste à une forme de guerre civile de basse intensité, analyse l'historien Dimitris Kousouris, rendue possible à la fois par une forme d'amnésie collective et le désespoir des gens : cette rencontre a réveillé la bête fasciste qui sommeillait. » 

 

Lire aussi

 

 


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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 14:16

 

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Manuel Valls nourrit la bête immonde

Manuel Valls est un personnage politique dont les idées sont insignifiantes à gauche. En effet, ce qu’il dit ou promeut est incompatible avec les valeurs d’égalité, de solidarité, de fraternité et de tolérance que porte la gauche.

J’ai récemment ébauché une analyse de son sarkozysme décomplexé[1] et j’ai décrit son conformisme politique qui s’inscrit dans l’air du temps « austéritaire » des droites réactionnaires[2].

Le ministre de l’Intérieur a beau porter les couleurs du Parti socialiste, tout dans ses propos et son action le marque à droite : une droite dure, celle des Sarkozy et Guéant avec qui il partage la même appétence pour les politiques économiques néolibérales (Valls confesse être un admirateur de Tony Blair) et pour les rodomontades répressives.

Si j’étais un militant de ce parti, je me garderais de confier à Manuel Valls la direction d’une section locale du PS, tant je redouterais que son action ne la déshonore. Peine perdue : Manuel Valls n’est pas à la tête d’une section socialiste, mais il dirige le ministère de l’Intérieur de la république française. C’est à ce poste extrêmement sensible, au sein d’un gouvernement de gauche, qu’il prolonge les politiques sécuritaires de MM. Sarkozy et Guéant.

Ce qui motive ce nouveau billet, ce sont les propos que Manuel Valls a tenus sur les Roms ce matin sur France Inter. À cette occasion, un pas supplémentaire a été franchi dans l’horreur et l’indignité. Renchérissant l’UMP et le FN qui font de la « question Roms » un thème majeur de la campagne municipale, le ministre de l’Intérieur a affirmé que l’intégration de ces populations est « illusoire » et que le « démantèlement des campements » et la « reconduite à la frontière » sont les seules solutions valables à ses yeux.

Manuel Valls avait pourtant mis en place des « villages d’insertion » en août 2012. Un an plus tard, Valls le conformiste choisit de chasser le Rom avec la meute et considère dorénavant qu’il s’agit d’une mesure « marginale », qui ne concerne que « quelques familles ».

Valls préconise la reconduite aux frontières des Roms, insistant sur le fait que ces populations « ont vocation à revenir en Bulgarie ou en Roumanie ». Il faudra rappeler au ministre de l’Intérieur qu’en janvier 2014, la Bulgarie et la Roumanie entreront dans l’espace de Schengen. L’expulsion manu militari de ressortissants d’États membres d’une zone de libre circulation des personnes n’est pas laissée à la discrétion d’un ministre parti à la chasse aux voix.

Mais il y a pire : Valls a affirmé, lors de cet entretien, qu’il existait une corrélation entre délinquance et présence de Roms, indiquant qu’il s’agissait là d’une « évidence ». Selon lui, le lien entre la « proximité des campements et les vols » ne faisait aucun doute. Il s’agit de l’évidence du préjugé raciste, de l’amalgame et de la pensée beauf, assurément, puisqu’aucune statistique nationale n’a jamais établi une telle corrélation. Manuel Valls a d’ailleurs reconnu qu’il n’en savait rien. Et pour cause : la police française ne peut pas relever les origines ethniques des délinquants. Les chiffres incriminant la population Rom n’existent donc pas.

Pratiquant un différentialisme culturel très en vogue dans le Front national depuis les années 80, Valls a conclu que « ces populations » ont « des modes de vie extrêmement différents des nôtres » ; les deux étant « en confrontation ». Manuel Valls a le « courage » de suivre l’extrême droite et la droite sarkozyste à la trace, voire de leur ouvrir le chemin. Quand Valls assène : « Les politiques de sécurité ne sont ni de droite, ni de gauche », il faut entendre : « Les politiques de sécurité en vogue sont de droite ; je suis donc de droite ».

En stigmatisant  de la sorte la population Roms, il se déporte sur la droite de Marine Le Pen qui est marginalement plus prudente que lui sur le plan oratoire. Anne Hidalgo a qualifié d’« indignes » les propos similaires sur les Roms de Nathalie Kosciusko-Morizet. Hidalgo a ajouté que « Paris a des valeurs, on ne stigmatise pas une population ». Son camarade Valls n’a pas ce type de scrupules. Comment va-t-elle réagir aux propos de son collègue ? Va-t-elle réagir ?

A la suite de cette énième sortie terrifiante de la part du ministre, trois questions méritent d’être posées et débattues :

1)      Faut-il rappeler à Manuel Valls, d'origine étrangère comme des millions de ses concitoyens, que la France est un pays d'immigration et un melting pot culturel et ethnique ? L'intégration n'est pas « illusoire », mais un fait, quand on s'en donne les moyens politiques.

2)      Des « indices » permettent de conclure à l’existence d’un discours vallsien qui est ethniquement différentialiste et culturellement intolérant. Ce type de discours est-il compatible avec les valeurs universalistes de la République française ?

3)      En Grèce les nazis d’Aube dorée, après avoir tenu dans un premier temps un discours d’exclusion raciste, sont aujourd’hui passés à l’acte. Depuis plusieurs mois, ils ratonnent et tuent des immigrés et des militants antifascistes en toute impunité. Dans le climat de crise généralisée en Europe, est-il responsable de la part d’un ministre de l’Intérieur de jeter en pâture une population fortement stigmatisée et rejetée ? Faudra-t-il attendre les premières ratonnades anti-Roms en France pour apporter une réponse à cette question ?

 


 

[1] http://www.politis.fr/Philippe-Marliere-Manuel-Valls-est,23443.html

[2] http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/230813/manuel-valls-le-conformiste

Twitter : @PhMarliere

 

 

 

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 14:05

 

 

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Bettencourt : la mise en examen de Sarkozy est confirmée

|  Par Michel Deléan

 

 

 

Mauvaise journée pour Nicolas Sarkozy : l’ensemble de la procédure Bettencourt est validé par la chambre de l’instruction de Bordeaux. Toutes les demandes présentées par la défense de l'ancien président ont été écartées. Quant à la demande de récusation des juges d’instruction, elle est également rejetée. Prochaine étape : l’ordonnance de renvoi en correctionnelle.

 

Les stratégies de communication mises en œuvre n’y ont rien fait : l’ensemble de la procédure Bettencourt a été validé, ce mardi, par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux. Dans un arrêt détaillé de 115 pages, les trois magistrats de la chambre de l’instruction ont rejeté toutes les demandes présentées par la défense de Nicolas Sarkozy.

Selon des sources proches du dossier, les uniques pièces de la procédure qui ont été annulées concernent quelques écoutes téléphoniques de Patrice de Maistre et des PV de garde à vue de Carlos Vejarano, l’ancien gérant de l’île d’Arros, ce qui est sans incidence aucune sur la procédure, les juges d’instruction ayant – par la suite – procédé eux-mêmes à l’interrogatoire de Vejarano et à celui de Maistre, alors assistés de leurs avocats.

Les trois magistrats de la cour d’appel ont donc confirmé la validité de l’expertise médicale réalisée en juin 2011 sur Liliane Bettencourt, qui avait conclu à l’état de faiblesse de la milliardaire dès septembre 2006, et que contestaient plusieurs mis en examen dont Nicolas Sarkozy.

Il s’agit d’une pièce essentielle de la procédure, puisque les conclusions de cette expertise ont rendu possible la mise en examen de l’ex-président pour des faits d’abus de faiblesse qui auraient été commis pendant la campagne présidentielle de 2007. Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy, n’a pas réussi à convaincre les magistrats de la cour d’appel que cette expertise était irrégulière, malgré une campagne de presse retentissante.

 

 

La chambre de l’instruction a, au contraire, rappelé que les résultats de l’expertise ne pouvaient, par hypothèse, pas être orientés par avance, puisque deux des juges d’instruction ignoraient que l’un des experts désignés, le professeur Sophie Gromb, connaissait bien leur collègue, le juge Jean-Michel Gentil.

Surtout, l’arrêt de la chambre de l’instruction rappelle qu’il s’agissait d’une expertise collégiale, donc impartiale, et rend un hommage appuyé à la réputation, aux compétences et au sérieux du professeur Gromb.

Les autres demandes de Me Herzog n’ont pas davantage eu l’heur de plaire à la chambre de l’instruction. Comme l’avocat général le 2 juillet dernier, les trois magistrats du siège ont jugé que la confusion entre deux versions de l'article du Code pénal réprimant l’abus de faiblesse, invoquée par le défenseur de Sarkozy pour entraîner l'annulation de sa mise en examen, n'était qu'une erreur matérielle sans conséquence.

La chambre de l’instruction a également jugé qu’il n’y avait pas lieu d’annuler la saisie des agendas de Nicolas Sarkozy, qui ne sont protégés ni par l’immunité présidentielle ni par le secret défense, contrairement à ce que soulevait Thierry Herzog.

Par ailleurs, la chambre de l’instruction a estimé qu’il existait des charges suffisantes pour justifier les mises en examen de l’homme d’affaires Stéphane Courbit et de l’avocat fiscaliste Pascal Wilhelm, contrairement à ce qu'avaient plaidé leurs défenseurs le 2 juillet dernier.

Autre mauvaise nouvelle pour les personnes mises en examen : la demande de récusation des juges d’instruction de l’affaire Bettencourt, déposée le 13 septembre par Patrice de Maistre et François-Marie Banier, au motif que les juges auraient fait preuve de partialité, a été rejetée ce mardi par la première présidente de la cour d’appel de Bordeaux.

Après avoir hésité, Nicolas Sarkozy ne s’était pas associé à cette demande. Une précédente offensive contre les juges d’instruction de l’affaire Bettencourt, menée devant la Cour de cassation (via une requête en suspicion légitime) avec les mêmes arguments, avait précédemment échoué au mois de juin.

Réagissant dans son style fleuri à la décision de la cour d’appel, Nadine Morano, déléguée générale de l’UMP, a notamment déclaré ceci sur BFMTV : « On parle de cette expertise de 2011, et on voit bien que cette procédure est assez étrange, alors je demande à ce que soit publiée la liste des magistrats qui sont membres du syndicat honteux de la magistrature, parce que nous qui sommes sur le mur des cons, nous prennent-ils pour des cons ? On est en droit de savoir qui nous juge et si ces magistrats font preuve d’impartialité. »

« C’est du Nadine Morano, c’est lamentable. Madame Morano ne connaît absolument pas le dossier », a répondu Christophe Régnard, le président de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire). « La réalité, c’est que les magistrats ont fait la preuve de leur indépendance, et que ça plaise ou non à madame Morano, c’est un autre problème. »

Quant à Françoise Martres, la présidente du Syndicat de la magistrature (SM, gauche), organisation particulièrement visée par les propos de Nadine Morano, elle a répondu ceci : « Non seulement il n'y a aucune raison que nous diffusions une liste des juges faisant partie de ce syndicat, mais cette demande est insensée. Nous sommes dans un pays démocratique dans lequel existe une liberté d'expression syndicale. En l'état, le Syndicat de la magistrature a tout de même le droit d'exprimer des opinions. »

Après la mise en examen de son ami Sarkozy, Henri Guaino s'était déjà livré à des attaques très violentes contre le juge Gentil.

La grande inconnue de l’affaire Bettencourt réside maintenant dans le sort que les juges d’instruction comptent réserver à Nicolas Sarkozy, celui des mis en examen contre lequel les charges paraissent les moins solides. Le 28 juin, le parquet de Bordeaux a requis un non-lieu en faveur de l’ex-président (mis en examen pour « abus de faiblesse »), ainsi que pour Éric Woerth (poursuivi pour « recel » et pour « trafic d'influence »).

 

Liliane Bettencourt 
Liliane Bettencourt

Sur le fond, le parquet estime qu'il n'existe pas au dossier de preuve formelle que Nicolas Sarkozy ait reçu des fonds de Liliane Bettencourt en février et avril 2007, comme plusieurs témoignages – ainsi que le rapatriement de sommes d'argent en provenance de Suisse – le laissent sérieusement penser.

À supposer que ces remises de fonds aient eu lieu, cela aurait été en présence d'André Bettencourt (décédé en novembre 2007), ce qui exclurait tout abus de faiblesse commis au préjudice de son épouse, selon l'analyse juridique du parquet de Bordeaux.

Reste que les juges d'instruction ne sont pas tenus de suivre à la lettre ces réquisitions du parquet, et peuvent décider de renvoyer tous les mis en examen devant le tribunal correctionnel s'ils estiment les charges suffisantes.

Réponse dans les semaines qui viennent.

 

 

 

 

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 13:49

 

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En finir avec la dette : rencontre avec David Graeber, le 30 septembre à 19h


Mediapart, Attac et Mouvements, en partenariat avec la Maison de la poésie, vous invitent à une soirée spéciale de débat autour de la dette, avec le chercheur américain David Graeber, à l’occasion de la parution de son livre manifeste Dette, 5000 ans d’histoire.



En Europe comme aux États-Unis, les gouvernements font de la réduction de la dette un combat prioritaire. Mais pour Graeber, anthropologue, professeur à la London school of economics, et initiateur d’Occupy wall street, ce n’est pas qu’un enjeu financier. L’endettement est une construction sociale fondatrice du pouvoir : la dette a structuré non seulement nos économies, mais aussi nos rapports sociaux et nos représentations du monde.

Ce modèle est aujourd’hui ébranlé par la crise économique. Pour éviter l’explosion sociale, n’est-il pas temps d’annuler la dette ? En proposant une relecture érudite et provocante de 5000 ans d’économie, David Graeber pose les bases d’une alternative radicale aux politiques d’austérité.

Rendez-vous lundi 30 septembre à 19h, à la Maison de la poésie, à Paris , pour en débattre avec David Graeber. Le philosophe Maurizio Lazzarato et l’économiste Cédric Durand participeront à la discussion. La rencontre sera animée par Jade Lindgaard de Mediapart et Nicolas Haeringer d’Attac.

David Graeber enseigne l'anthropologie à la London School of Economy. Son ouvrage Dette, 5000 ans d'histoire, paraît ce 25 septembre, aux éditions Les Liens qui Libèrent.

Cédric Durand est économiste, il a coordonné l'ouvrage En finir avec l'Europe, paru aux éditions La Fabrique.

Maurizio Lazzarato est philosophe et sociologue, il a publié La fabrique de l'homme endetté, essai sur la condition néolibérale, paru aux éditions Amsterdam.

Pour s’y rendre : Maison de la poésie, 157, rue Saint-Martin, Paris 3ème, métro Rambuteau ou Les Halles.
Avec le soutien de la région Ile-de-France.

 

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 16:08

 

 

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Lettre à un camarade socialiste encore au PS

Il existe un peuple de gauche. Ce sont ces femmes et ces hommes qui partagent une même aspiration : une authentique démocratie, une vraie justice sociale et, de plus en plus souvent, l’exigence écologique. Ce peuple de gauche apporte ses suffrages à diverses organisations politiques, le PS, EELV, les partis du Front de Gauche, le NPA, Lutte Ouvrière.  J’ai la chance d’avoir des copains dans ces différentes formations et parfois, les discussions sont assez vives. Il y a quelques semaines, un d’entre eux a quitté le PS pour rejoindre le Parti de Gauche.  Il vient de rédiger une lettre à ses anciens camarades qu’il souhaite partager largement. La voici.

A toi, camarade socialiste encore au PS,

Je m’adresse à toi qui partages avec moi des années de fidélité au PS et des années d'espérances. Parce que comme moi, tu veux un monde où la démocratie et la justice sociale ne sont pas de vains mots et parce que tu crois, toi aussi, comme l’affirmait le grand Jaurès, que « la République politique doit aboutir à la République sociale. »

Déjà, en 2002, quand Jospin fut battu, lui qui avait davantage privatisé que les gouvernements Balladur et Juppé réunis, lui qui avait affirmé que son programme n’était pas socialiste, nous étions désemparés.

Nous avons payé très cher les dérives néo-libérales de la gauche plurielle. Il nous a fallu subir dix ans d’une droite qui a véhiculé, chaque jour un peu plus, le discours de la haine et qui s’est employée à démanteler, l’une après l’autre, les réalisations nées du programme du Conseil National de la Résistance.

Comme toi, j'ai attendu avec impatience le départ de Sarkozy. Dix ans d'une droite qui flirte avec l'extrême-droite ont rendu notre France de Montesquieu, de Jaurès et de Camus irrespirable. 

Comme toi, j’ai vibré aux propos généreux, authentiquement socialistes, tenus au Bourget.

Comme toi, j’ai été emballé lorsque notre candidat a affirmé sa différence avec son prédécesseur, à la télévision « moi, président,…. »

Mais là, seize mois après l’arrivée du deuxième président de la Ve République issu des rangs du PS, quelle déception ! A leurs débuts, Mitterrand avec les nationalisations et la retraite à 60 ans, puis Jospin avec les 35 heures et le rejet de l’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI), avaient au moins pris des mesures fortes qui répondaient à nos attentes. Même si, par la suite, avec des Delors et des DSK, l’adhésion à l’idéologie du marché l’avait emporté. Mais cette fois, dès les premiers jours du quinquennat, les choix sont d’une clarté stupéfiante : ils continuent Sarkozy.

 Comme toi, j’ai été abasourdi que notre gouvernement ratifie, sans en changer une virgule, le pacte budgétaire Merkozy qui met fin à notre souveraineté dans l’élaboration du budget, l’instrument essentiel pour définir des orientations politiques.

Comme toi, je n’ai pas compris ce pacte de croissance, formidable cadeau de 20 milliards aux entreprises, sans la moindre contrepartie, sans la moindre condition et sans le moindre contrôle. La proposition de Louis Gallois, pourtant modeste (si on compare avec l’Allemagne,) d’introduire quatre représentants des salariés dans les entreprises de plus de 5000 salariés n’a même pas été retenue.

Comme toi, j’ai vu avec douleur, un gouvernement PS accorder l’ANI au patronat, une agression contre le droit du travail qu’aucun gouvernement n’avait concédée depuis les années 80 quand le CNPF la réclama pour la première fois. Malgré les démonstrations pertinentes de notre camarade Filoche prouvant l’agression, le gouvernement PS-EELV a refusé de modifier ce texte conforme aux attentes du MEDEF et soutenu par la direction du PS.

Comme toi, j’ai vu à quel point le propos du candidat Hollande au Bourget sur la finance (« mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne se présentera jamais comme candidat, il ne sera pas élu, mais pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance ») ont été démentis par les décisions du Président Hollande. Chaque fois que le gouvernement doit choisir, il choisit en faveur des banques et des assurances. Rien n’a changé. C’est la finance qui gouverne à travers Moscovici et Hollande. On l’a vu avec la loi de séparation  bancaire qui ne concerne que 2% des activités bancaires ; on l’a vu avec l’ANI et le formidable cadeau aux assurances que représente l’extension à tous les salariés de l’obligation de prendre une assurance complémentaire santé ; on l’a vu avec la baisse du taux du Livret A ; on l’a vu… mais à quoi bon continuer tant la liste est déjà longue. C’est presque chaque jour que ce gouvernement PS-EELV fait un cadeau au monde de la finance.

Comme toi, j’ai été déçu de constater que, les trois principales mesures promises solennellement par le Président Hollande lors du scandale Cahuzac, pour renforcer l'indépendance de la justice et garantir la transparence de la vie publique, n’ont pas été intégrées dans la loi de moralisation de la vie politique.

Comme toi, je n’ai pas compris que, malgré les promesses faites, les syndicalistes qui se battent pour sauver l’emploi avec les moyens dont ils disposent n’aient pas bénéficiés d’une loi d’amnistie.

Comme toi, j’ai été choqué par les propos et les décisions du Ministre PS de l’Intérieur, en particulier s’agissant des Roms. Comme toi, j’ai eu mal quand la France a interdit de séjour dans tout l’espace Schengen l’intellectuelle et ancienne Ministre de la Culture du Mali Aminata Traoré, quand la France a interdit le survol de son territoire à l’avion du Président de la République de Bolivie, quand la France est allée apporter son soutien à un gouvernement grec qui ferme les yeux devant les bandes nazies qui terrorisent la population et qui applique avec zèle les politiques austéritaires de la troïka.

Comme toi, je vois que le PS et son gouvernement adhèrent pleinement à l’Union européenne telle qu’elle s’organise : concurrence libre et non faussée, démantèlement des services publics, dictature des marchés. Le PS soutenait le traité constitutionnel européen. Il a soutenu sa version à peine modifiée qu’est le traité de Lisbonne. Il soutient aujourd’hui, avec son allié EELV, l’ouverture de négociations pour un grand marché unique UE-USA.

Comme toi, je vois que l’appel des 5000 socialistes pour dénoncer le projet gouvernemental sur les retraites, un appel qui affirme « pas un trimestre de plus, pas un euro de moins » n’est entendu ni par la direction du PS, ni par le gouvernement.

Enfin, comme toi, pendant tant d’années depuis le sinistre tournant de la rigueur de 1983, j’ai espéré qu’il serait possible de ramener le parti socialiste à gauche, une attente qui, pour surprenante qu’elle puisse paraître, ne va pas de soi. Force m’est de déchanter. Et après tant d’années de vains combats, d’en tirer les conséquences.

Le socialisme, c’est la priorité donnée à celles et ceux qui ne vivent que de leur travail, aux plus faibles qui n’ont pas de travail et aux déshérités de la vie. Le socialisme, c’est, par des réformes successives, tendre vers toujours plus d’égalité et une émancipation toujours plus grande. Le socialisme, c’est garantir l’accès de tous à la santé, à l’éducation, à la culture, au travail, à l’eau, à l’énergie, aux transports. Le socialisme, c’est résister aux attentes du patronat et de la droite qui les relaie parce que ces attentes n’ont qu’un but : le profit d’un petit nombre, l’intérêt particulier au mépris de l’intérêt général. Je ne retrouve plus le socialisme dans l’action du PS. Il nous faut faire ce constat douloureux : le PS a renoncé au socialisme.

Si, comme moi, tu partages ce constat, ne laisse pas tomber les bras. On peut encore se battre pour le socialisme. Mais plus au PS. On peut encore se battre pour la justice sociale. Mais plus au PS. On peut encore se battre pour l’accès de tous à des droits fondamentaux. Mais plus au PS.

Aujourd’hui, le flambeau du socialisme, il est porté par le Front de Gauche. L’union de la gauche, qui ne brade pas les exigences du socialisme, ce n’est plus le PS qui la réalise, c’est le Front de Gauche qui rassemble aujourd’hui 9 formations politiques qui veulent à la fois protéger les humains, mais aussi la planète, des ravages du capitalisme.

Au Parti de Gauche, nous portons un projet éco-socialiste où nous voulons que le progrès social se fasse dans le respect d’un cadre de vie qui doit être protégé pour garantir notre survie. Nous portons aussi le projet d’une autre France dans une autre Europe. Car la démocratie, la justice sociale et le respect des écosystèmes sont des exigences à la fois nationales, mais aussi européennes. En France, nous voulons que soit convoquée une assemblée constituante pour fonder une VIe République, démocratique, sociale, écologique et laïque. Nous adhérons sans réserve au projet d’une union des peuples d’Europe, mais sur des bases radicalement différentes de celles de l’Union européenne.

Alors si, comme j’en suis convaincu, tu partages mes déceptions et mes attentes, rejoins-nous. J’ai franchi le pas. J’ai quitté ce parti qui ne mérite plus d’être qualifié de socialiste ; qui a abandonné tous les idéaux de Jaurès ; qui sert le patronat. Et j’ai repris le combat, dans cette atmosphère fraternelle qui rassemble celles et ceux qui ne se battent pas pour eux, pour leur carrière, mais pour un idéal. Un parti n’est qu’un outil au service d’une cause. S’il ne la sert plus, il faut en changer. 

Pour rester de gauche, quitter le PS, c’est maintenant .

Gérard

 

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 15:47

 

 

blogs.mediapart.fr

 

Allemagne - l'élection de toutes les surprises

Premières impressions. C'est l'élection de toutes les suprises. Angela Merkel manque de peu la majorité absolue, die Linke devient le 3e parti politique allemand, les Libéraux sont éjectés du Bundestag, un parti anti-européen émerge etc...

La CDU d'Angela Merkel avec 41,5% (33,8% en 2009) a obtenu son meilleur score depuis 23 ans et a, oh! surprise! frôlé la majorité absolue. La seule fois où la CDU a gouverné seule, c'etait de 1957 à 1961 sous Konrad Adenauer. Cette victoire est l'oeuvre d'Angela Merkel. Les participants aux soirées électorales des différents partis politiques allemands ont salué sa victoire avec respect.

Mais ce qui a provoqué l'enthousiasme chez les participants aux soirées électorales du SPD, des Grünen et de die Linke, fut l'élimination des libéraux du FDP avec 4,8% (14,6% en 2009). La surprise est que le FDP n'est plus représenté au Bundestag pour la première fois depuis la création de la RFA. Angela Merkel a exprimé ses regrets avec un mélange de pitié. Deux millions de voix sont passées du FDP au parti d'Angela Merkel.

Les Grünen essuient une défaite cinglante 8,4% (10,7 en 2009). Ils etaient à plus de 20% il y a 2 ans et encore à 15% il y a quelques mois. Leur co-president, Cem Özdemir a déclaré: "C'est chez nous - et pas chez les autres que nous devons regarder, pour voir ce qui n'a pas marché.  Nous devons faire une analyse sans pitie, chercher nos erreurs et les combattre". Ceci promet des débats houleux chez les Gruenen dans les semaines à venir.

Le SPD avec 25,7% gagne pratiquement 2 points sur 2009 (23%), cela ne suffit pas pour diriger une coalition avec les Grünen. Par contre le SPD pourrait diriger une coalition avec les Grünen et die Linke, ce qui empêcherait Angela Merkel d'être chancelière.  Mais le SPD refuse toute coalition avec die Linke à l'échelon national depuis la chute du mur de Berlin il y a 25 ans. Sans doute oublie t-il que nous ne sommes plus au 20e siècle.

Die Linke avait 11,9% des voix en 2009. Il a  commencé sa campagne avec 5% dans les sondages suite à des débats houleux internes. Oskar Lafontaine, l'un des leaders de ce parti s'est prononcé pour la sortie de l'euro et contre toute participation gouvernementale avec le SPD. C'est grâce à la figure emblématique de die Linke, Gregor Gysi, qui a mis toutes ses forces et toute son énergie dans la campagne que die Linke obtient aujourd'hui 8,6% des voix. Non seulement il s'est prononcé  contre la sortie de l'euro,  mais pour faire sortir le SPD de ses retranchements, il a sans cesse martelé que die Linke est prêt à ouvrir des négociations avec le SPD pour une participation gouvernementale. Hier soir Gregor Gysi ne boudait pas son plaisir en disant: "Qui aurait cru en 1990 que ce parti serait aujourd'hui la troisieme force politique du pays?", ce qui est une surprise. En effet, le parti communiste de l'ex RDA a donné naissance en 1990 peu de temps après la chute du mur au parti du socialisme democratique dont le premier  président ne fut autre que Gregor Gysi qui, avec ses amis, a mené une analyse sans merci du stalinisme. Puis en 2007, le PDS dans une alliance avec le parti d'Oskar Lafontaine, est devenu die Linke. On ne peut pas dire que ce dernier ait été actif dans cette campagne électorale.

Le parti anti européen AfD marqué à droite a manqué de peu son entrée au Bundestag avec 4,7%, ce qui ne présage rien de bon pour les élections européennes. un quart de ses voix provient des abstentionnistes.

Il faut dire aussi que l'Europe a été la grande absente de cette campagne.

Maintenant, les négociations pour la future coalition gouvernementale  commencent. La constitution prevoit 30 jours maximum. Le SPD refusant une coalition ave  les Gruenen et die Linke, les clefs sont dans les mains d'Angela Merkel.

Deux options s'offrent à elle:

Une grande coalition avec le SPD.
Une coalition avec les Gruenen.

Hier soir, ni les le SPD, ni les Gruenen ne voulaient aller avec Angela Merkel.

Il est clair qu'une grande coalition s'essouffle très vite,  qu'elle n'est pas profitable au 2e parti, en l'occurrence le SPD. Par contre, die Linke qui conduira l'opposition au Bundestag en recoltera les fruits. L'objectif de Gregor Gysi est que des remous aient lieu au sein du SPD et qu'à mi-mandat ce dernier ouvre des négociations avec die Linke pour une participation gouvernementale .

L'autre chambre, le Bundesrat, la chambre des Laender, qui dispose d'une majorité SPD - Grünen - Linke, est en capacité de bloquer toutes les lois. Cela ne va quand même pas être si simple que cela pour Angela Merkel.

 

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 15:24

 

 

blogs.rue89.com

 

Alerte rouge de la BRI sur le tsunami de la dette mondiale

Le Yéti - voyageur à domicile

Publié le 22/09/2013 à 17h08

 

 


Répartition dette publique mondiale (source : The Economist)

 

Que je vous dise d’abord ce qu’est la BRI (Banque des règlements internationaux). La BRI, c’est en quelque sorte la banque des banques centrales, la banque de toutes les banques, la banque en chef. Une sorte de Météo France du vrai climat de la finance, mais au niveau mondial, et en beaucoup plus secret. Et ses dernières prévisions sont des plus alarmistes.

L’alerte que vient de lancer la BRI la semaine passée dans un rapport signé de son chef Jaime Caruana est rouge cramoisi. Une vague immense, un véritable mur de dette, en train de se ruer sur nous. Un véritable crash cyclonique à nos portes.

Et ce n’est pas le recul mortifié de Ben Bernanke, patron de la Fed américaine, renonçant mercredi à limiter comme promis l’injection massive de 85 milliards de dollars chaque mois pour soutenir l’économie défaillante de son pays, qui va arranger quelque chose.

Célébrée par toutes les places boursières en état hallucinatoire avancé, cette annonce n’a pourtant rien de reluisant : elle reconnaît l’impuissance de l’ex-puissance américaine à redresser sa situation économique compromise sans injections permanentes de stimulants artificiels. Parallèlement, et malgré ces injections massives de liquidités, la Fed revoit une nouvelle fois à la baisse sa prévision de croissance pour 2013.

Le compteur affolé

William White, ancien économiste en chef de la BRI, confirme les prévisions sinistres de Caruana. Nous sommes retournés à une situation pire que celle qui prévalait à la veille de l’effondrement de Lehman Brothers en 2008, affirme-t-il.

« Toutes les déséquilibres antérieurs sont toujours là. Les niveaux d’endettement public et privé ont augmenté de 30 % par rapport à ce qu’ils étaient alors. »

Au final, selon le compteur affolé de The Economist, la dette mondiale court à grand pas vers le chiffre totalement extravagant de 52 mille milliards de dollars :

 


Dette publique mondiale au 21 septembre 2013 (source : The Economist)

 

C’est dire le poids des chaînes qui nous lient à nos prêteurs. C’est dire encore plus l’hécatombe qui menace ces derniers quand déferlera sur eux le tsunami impitoyable de cette dette infernale.

Fuite en avant éperdue

En plein débat mouvementé sur un plafond de la dette une nouvelle fois pulvérisé (au 15 octobre, c’est plié selon leurs propres spécialistes), le Congrès US va probablement voter un nouveau déplafonnement de dernière minute. Que peut-il faire d’autre, sinon exploser instantanément ? Pas grave, même si, aux dires de William White, cette politique de folie scie les pieds aux pays émergents :

« Nous avons ajouté un tout nouveau problème avec des bulles sur les marchés émergents qui ponctuent un cycle d’expansion-récession. »

Le Japon va poursuivre son hara-kirienne fuite en avant. Endetté à 211 % de son PIB, il doit consacrer plus de la moitié de ses rentrées fiscales à rembourser les seuls intérêts de sa dette actuelle. Et 46 % de son budget 2013 ne peut être financé que par de la dette supplémentaire. Mais pas grave tant que les médias fermeront les yeux sur le seul résultat probant de cette politique : une augmentation conséquente du déficit commercial.

En Chine, les dettes privées sont passées de 8 à 23 milliards de dollars depuis 2008. Mais pas grave, tant que les ex-apparatchiks communistes pourront nous refourguer des chiffres de croissance que plus personne n’est en mesure de valider.

En Europe, le ratio d’endettement a augmenté en un an de 88,2 à 92,2 %. Mais pas grave tant que chanteront les sirènes ridicules de quelque président français claironnant que la crise est derrière nous.

Menace sur les comptes des particuliers

Bref, devant nos pieds, des gouffres en pagaille sont en train de s’ouvrir. Les acteurs sont tétanisés, dépassés depuis belle lurette. Que vont-ils faire ? Rien. Rien d’autre que d’assister impuissants au passage du cyclone dévastateur en tentant juste de reculer en catastrophe l’inéluctable trépas de leur système.

Rien d’autre que de se donner le droit, comme vient de le proposer une directive de l’Union européenne dans le plus assourdissant des silences médiatiques, de saisir d’autorité les comptes bancaires des particuliers pour combler, en vain, ses trous béants (la garantie des 100 000 euros a bon dos).

On serait presque tenter de rire de leurs déconvenues. Mais le petit plaisir secret de voir tous ces pignoufs prendre le gadin ne peut hélas faire oublier les dégâts sociaux collatéraux qu’entraîneront leurs pitoyables manigances.

Car la chute est inéluctable, entendue. Désormais, l’issue fatale n’est plus seulement annoncée par quelques observateurs esseulés, mais par les plus hauts responsables au cœur même de l’empire condamné.

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 15:18

 

rue89.com

 

Lobbies 23/09/2013 à 11h12

Restos : comment l’agro-industrie a grignoté le label « fait maison »


 

 


Une rue de Paris et les cartes de ses restaurants (Daxis/Flcikr/CC)

 

Impossible de savoir si ce qu’on a dans notre assiette au resto a mijoté pendant des heures en cuisine ou sort d’un sachet en plastique réchauffé au micro-ondes.

Selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih principal syndicat du secteur), 80% des restaurateurs utilisent des produits industriels, semi-élaborés voire déjà cuisinés. Et cela concerne jusqu’aux œufs, que le grossiste Davigel, par exemple, propose en omelette, sous forme liquide ou durs :

« Cuisson à point, jaune savoureux et blanc ferme et souple. Conservé en saumure en seau. »

Pour mettre un peu de transparence dans nos assiettes, un amendement a été adopté à l’Assemblée nationale le 27 juin dernier, inspiré par quinze grands chefs. Il visait à rendre obligatoire, pour les restaurants, d’indiquer sur la carte si un plat était vraiment préparé sur place (ou non) à partir de produits bruts.

« Les andouillettes sont faites chez moi »

L’amendement n’a pas survécu à son passage au Sénat, dans la nuit de mercredi 11 à jeudi 12 septembre, face au front commun des sénateurs communistes, UMP et centristes (189 voix contre 157).

Philippe Adnot (sénateur non inscrit) a lancé :

« Les andouillettes de Troyes, elles sont faites chez moi. Le travail de ces ouvriers vaut largement ce que ferait maison un restaurateur quelconque. »

Derrière cela, une idée qui revient : il ne faut pas stigmatiser les produits industriels, parfois meilleurs que le fait maison. Et Mireille Schurch, sénatrice du groupe Communistes, républicains et citoyens, a avancé l’argument :

« On ne pourra jamais contrôler l’utilisation correcte du label dans les 200 000 restaurants de France. »

Pourquoi pas supprimer aussi les stops sur la route, a alors ironisé le sénateur socialiste Martial Bourquin...

L’astérisque qui aurait alourdi les menus

En 2011, déjà, après que la gastronomie française a été inscrite au patrimoine mondial de l’humanité, un amendement du député UMP Fernand Siré est adopté en octobre. Il propose « d’informer » le client sur ce qu’il y a dans son assiette, mais il reste flou.

Dans la presse, il évoque la possibilité d’introduire sur les cartes des menus un astérisque pour « signaler que le professionnel a élaboré lui-même le plat et qu’il a été fait avec du frais et non pas avec du sous-vide ou de la nourriture en conserve, voire du surgelé ».

Et puis, il se rétracte. Interviewé dans le documentaire « Restauration française, un pavé dans l’assiette », réalisé en 2012 par Rémi Delescluse, il explique que cela aurait trop alourdi les menus dans les restaurants. Pendant qu’il parle, il tient une feuille dans ses mains, sur laquelle on peut lire en gros caractères :

« Attention à ne pas se mettre à dos les lobbyist [sic] de l’agro-alimentaire. »

 


Capture d’écran du documentaire « Restauration française : un pavé dans l’assiette », de Rémi Delescluse, 2012 

 

Mais c’est promis, « il n’y a pas de lobbies dans cette affaire ! » a lancé le sénateur Christian Cambon (UMP), lors des débats récents, alors que Martial Bourquin demandait dans l’arène qui les élus voulaient défendre.

« Meilleure filière agroalimentaire d’Europe »

L’industrie veut en effet convaincre les élus que ses produits ne sont pas mauvais et surtout qu’ils génèrent de l’emploi. Sénateurs et députés sont invités à visiter les usines, comme Fernand Siré convié en 2011 par l’industrie des surgelés. Martial Bourquin commente :

« Concrètement, on vous dit que c’est inapplicable, que cela risque de causer du tort à la meilleure filière agroalimentaire d’Europe qui génère au moins 400 000 emplois... Et ça peut marcher dans tous les rangs politiques. »

Les syndicats pour un label « restaurateur »

Les deux grands syndicats regroupant des restaurateurs traditionnels ont eux aussi participé au débat :

  • le Synhorcat, qui défend l’obligation d’affichage du label « fait maison », propose un label « restaurant » que ne pourraient utiliser que ceux qui transforment des produits frais ;
  • l’Umih (également soutenu dans ce combat par des professionnels de la restauration rapide), propose un label « artisan-restaurateur » qui récompenserait les établissements qui font du 100% fait maison.

Il fait valoir que depuis que des chefs étoilés « apportent leur pierre à l’édifice » de l’industrie agroalimentaire, il y a des choses « pas si mauvaise que ça ». Parmi eux, Joël Robuchon et sa purée magique, ou Alain Ducasse, qui offre son savoir-faire à Sodexo ou à Brake.

Une question de transparence

Xavier Denamur est un adepte du « fait maison ». Lui aussi est un lobbyiste, mais assume. Il s’énerve :

« Le problème, c’est que les grands groupes sont en lien avec des sénateurs-maires au niveau local. Ce sont eux qui font les menus des cantines. Alors les maires voient d’un mauvais œil la transparence, ils se laissent convaincre par l’industrie. »

Et le restaurateur veut rappeler :

« C’est une loi pour consommateurs, pas pour restaurateurs. Il ne s’agit pas de stigmatiser des plats, en affirmant que certains sont meilleurs. C’est une question d’information. La démocratie fonctionne comme ça. »

Le fait maison pas forcément mort

Et la démocratie est souvent surprenante.

La nuit où les sénateurs ont supprimé l’obligation d’indication du label fait maison sur les menus, ils ont laissé passer un autre amendement. Il sauve l’honneur des combattants du fait maison (le label existe), tout en laissant prudemment le soin au gouvernement de préciser par décret ses « modalités de mise en œuvre ».

Les lobbies vont pouvoir continuer à travailler.

 

 

 

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