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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 14:35

 

fakirpresse.info

 

L’air du soupçon

Par François Ruffin, 10/09/2013

Le journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

Pierre Carles, Frédéric Lordon, Hervé Kempf, Alain Gresh, Étienne Chouard, Jean Bricmont… tous fachos ? Les accusations pleuvent sur les sites des « antifas ».
Et Fakir n’échappe pas à cette suspicion : des « nationaux-staliniens moisis », qui entretiendraient des liens obscurs avec des gens pas clairs.
Alors, amis lecteurs, êtes-vous, sur le site d’un journal d’une officine du Front National ? Marcherez-vous bientôt au pas de l’oie à nos côtés ?

Cet été, à peine le numéro sorti, j’ai reçu ce courriel de Sarah :

De : sarah@mac.com
À : francois@fakirpresse.info

Objet : Explication

Cher François, 
J’imagine que tu es déjà au feu de la nouvelle polémique qui vous secoue sur le réseau : affiliation véritable avec ce cher Chouard ? 
Je sais ton ignorance des réseaux sociaux, mais j’espère que tu nous feras l’honneur d’une explication de tout ceci. 
Je t’embrasse

Non, je n’étais pas au courant de la « nouvelle polémique » ni de cette « affiliation » avec Étienne Chouard. J’ai donc à mon tour demandé des explications.

De : sarah@mac.com
À : francois@fakirpresse.info

Objet : Ce qui fait débat

Antifa 75 dit :

5 juillet 2013 à 15:35
De pire en pire Pierre Carles salit la mémoire de Clément Méric. Mais ce n’est pas une première : son film récent « DSK, Hollande, etc. » a été réalisé avec une proche du dieudonniste Olivier Mukuna, la colloniste Aurore Van Opstal (1). On peut y visionner une séquence dans laquelle François Ruffin du journal Fakir fait l’apologie de Cheminade et Dupont-Aignan (2). Rien de surprenant donc à ce que Carles salisse aujourd’hui la mémoire de Clément.
À propos de Ruffin, avez-vous lu le dernier Fakir ? Il y est fait l’apologie de Chouard (dont Ruffin, tout comme Lordon, est un ami) (3) et de la nation et Ruffin y rend hommage à « l’hyper-efficacité » du FN (4) dans une interview assez hallucinante d’Emmanuel Todd. A noter que dans ce journal une rubrique est tenue par les souverainistes de Bastille-République-Nations qui compte parmi ses membres le négationniste Bruno Drewski et le cadre de l’UPR Laurent Dauré (5), ceci sans compter les nombreux autres dérapages passés de Fakir (apologie des « matons humanistes » de la prison d’Amiens (6), des super flics que sont les douaniers (7) ou interview de l’économiste larouchiste Maurice Allais (8). Mais comme dirait Bricmont, c’est sûrement de la « culpabilité par association »… En tout cas tous ces nationaux-staliniens moisis n’ont vraiment aucune leçon d’antifascisme à donner !
Apparemment, ce gloubi-boulga circulait sur Facebook et trois lecteurs m’ont, à leur tour, réclamé des « explications ». Cette salade, touillée par une passionaria de l’antifascisme, Ornella Guyet, m’a paru grotesque. Mais tellement symptomatique, en même temps, d’une littérature qui pollue le Net, qui assimile, en vrac, Frédéric Lordon, Alain Gresh, Étienne Chouard, Jean Bricmont, Hervé Kempf, maintenant Pierre Carles, et j’en passe, à du « rouge-brun ». Du coup, je me suis dit : « Tiens, on va s’arrêter sur ces quelques lignes, on va faire une mise au point », non pas pour Fakir, mais parce que ces petits procureurs qui confondent leur écran avec des miradors, qui flinguent toute idée qui dépasse, non seulement salissent des hommes, mais pourrissent le débat démocratique de leur suspicion généralisée. Et si l’ « antifascisme » c’est ça, cette police de la pensée, ma foi, c’est une publicité vivante pour leurs adversaires.
Je vais donc étudier ce texte, phrase par phrase, comme un cas d’école, pour trier le grain de l’ivraie.

(1) Pierre Carles

Le réalisateur de Pas vu, pas pris a publié, dans Siné Mensuel, une tribune autour de l’affaire Méric : « Méric et ses amis n’ont-ils pas été victimes d’un certain complexe de supériorité sociale ? Ne faut-il pas percevoir dans ce drame l’incapacité de certains membres de la petite bourgeoisie intellectuelle à percevoir à quel point un fils d’immigré espagnol Esteban Murillo peut se sentir profondément humilié par des jeunes perçus comme des nantis ? »
Pierre Carles avait, au préalable, adressé son article à Fakir. Mais Siné l’a accepté avant que nous n’ayons eu le temps de le refuser. Car nous l’aurions refusé : l’enquête nous apparaissait insuffisante, les faits trop maigres pour soutenir sa thèse. N’empêche, dans le martyrologue consacré à ce drame, ça tranchait, ça apportait un autre regard.
Mais il ne suffisait pas, alors, à nos « antifas » de contester ce papier, d’argumenter contre cette lecture de classe d’un fait divers, il fallait encore montrer que cette prise de position n’avait « rien de surprenant » : car Pierre Carles serait, sinon « facho », du moins pas très clair. Et comment le prouver ?

Par une espèce de contagion du soupçon.
Le site La Horde« portail méchamment antifasciste » – a ainsi dégotté une photo de Pierre Carles aux côtés de l’écrivain Marc-Édouard Nabe, et une autre photo de l’écrivain Marc-Édouard Nabe aux côtés de Dieudonné. Pierre Carles était ainsi assimilé à Dieudonné… c’est-à-dire à Le Pen !
La bloggeuse « Antifa 75 » procède de même : Pierre Carles a co-réalisé un documentaire avec une jeune journaliste, Aurore Van Opstal, dont jamais une prise de position n’est citée. Mais elle-même serait proche d’un dénommé Olivier Mukuna, qui lui-même a écrit un livre sur Dieudonné, et voilà Pierre Carles ramené à Dieudonné… c’est-à-dire à Le Pen !
C’est mathématique, non ?
À ce tarif-là, les suspects seront nombreux.

 

(2) Ma pomme

 

Circonstance aggravante pour Pierre Carles : il m’a filmé.
J’ai la mémoire courte, parfois : je ne me souvenais pas avoir fait une « apologie de Cheminade et Dupont-Aignan » – moi qui me considère plutôt, en gros, comme un compagnon de route du Front de Gauche.
J’ai donc re-visionné « DSK, Hollande et Cie ».
Durant la dernière campagne présidentielle, sur Canal +, Jacques Cheminade était qualifié de « candidat inutile » par Jean-Michel Apathie. Et Nicolas Dupont-Aignan était traité avec la même condescendance par Michel Denisot, toujours sur Canal + : « Si vous promettez le retour au franc, moi je promets le retour de la télé en noir et blanc ».
Interrogé sur ces séquences, je réagissais comme suit : « Quand on dit “Cheminade est un candidat inutile”, certes, il ne sera pas président de la République, mais est-ce qu’il n’a pas des idées sur la finance, par exemple, qui peuvent être utiles ? De la même manière pour Nathalie Artaud de Lutte Ouvrière. C’est, au contraire, les candidatures les plus utiles sur le terrain démocratique, parce qu’elles portent des idées, qui peuvent être des idées loufoques, mais qui peuvent être aussi des idées de rupture intéressantes. On voit bien le mépris pour Nicolas Dupont-Aignan parce qu’il envisage de rompre avec l’euro, qui est quand même une question qui peut se poser légitimement quand on a 80% des ouvriers qui y sont favorables. Donc ça n’est pas une question qui peut se traiter avec mépris, dédain, arrogance. »
Qui lira dans ces lignes une « apologie » ? Il est évident que je ne partage pas les idées de Cheminade, par exemple, sur la colonisation de la planète Mars, ni davantage celles de Dupont-Aignan sur l’immigration. Mais réclamer que, pour une fois qu’ils passent à la télé, on les écoute sans morgue, on les laisse s’exprimer, cela dépasse-t-il, déjà, le seuil de tolérance de nos « antifas » ?

(3) Étienne Chouard

Suite à ces alertes, j’ai cherché, dans le dernier numéro, une « apologie d’Étienne Chouard ». Je n’ai rien trouvé.
Je l’ai re-parcouru.
Ah, ça y est.
C’était dans l’agenda, page 2, en tout petit : « À Avignon, ne manquez pas “ la dette expliquée à mon banquier ! ”, une pièce d’Étienne Chouard. » Et c’était tout. Un peu court, comme « apologie ». Mais bon, cette pub m’avait échappé, sans doute rajoutée en dernière minute par Eric, notre Monsieur Commerce, ou par Mathilde, notre metteuse en page. Pas trop au courant des controverses gauchistes, eux ignoraient que, depuis quelques semaines, Étienne Chouard était devenu « facho ». Ils avaient manqué un épisode. On m’avait prévenu, moi, que le héraut du « non » en 2005 était passé chez les méchants.

Puisqu’on proclame, comme ça, qu’Étienne Chouard serait mon « ami », je voudrais décrire nos maigres liens – non pas pour prendre mes distances, mais parce que c’est tout simplement la vérité. J’ai rencontré Étienne Chouard une fois, chez lui, à côté de Marseille, en 2009, avant le passage de Fakir en national. Une heure ensemble, une seule : avouez que ça fait un peu court pour des « amis ».
À moins que ce ne soit un coup de foudre. Ce ne le fut pas. Pourquoi ? Mon impression est confuse, mais j’avais le sentiment qu’il raisonnait trop en juriste, prenant les mots – la Constitution, sa marotte – pour les choses, ne partant pas assez du réel, des conditions effectives d’existence. Que du coup, ses propositions, le tirage au sort des élus, par exemple, intéressantes en soi, rouvrant l’imaginaire démocratique, me paraissaient plaquées, utopie voulant recréer un monde idéal en dehors du monde – alors que, à l’inverse, je pars de la gadoue où nous traînons, et de la boue dont nous sommes faits. Et puis, intervenant dans mes débats, ou aux Rencontres Déconnomiques d’Aix-en-Provence, il m’a gentiment gonflé, ramenant tout - le protectionnisme, la crise économique, la guerre des classes - à ses lubies, « tirage au sort… tirage au sort… tirage au sort… », comme une espèce de Géo Trouvetout qui aurait découvert la pierre angulaire.
Pour toutes ces raisons, embrouillées, intuitives, je n’ai pas accroché à sa pensée. Et en quatre années de Fakir, malgré son aura dans les milieux militants, et des réclamations de nos lecteurs, jamais nous n’avons réalisé une interview d’Étienne Chouard.
Voilà pour notre « amitié ».

Malgré ces réserves, je l’ai toujours considéré, de loin, comme un homme sincère, un profond démocrate. Alors, quand Fabien – un copain de Lyon – m’a prévenu par courriel : « J’ai rencontré Chouard, et quand un mec te dit (ce qu’il m’a dit à moi, en face) que « quand même on peut pas nier que Soral est un patriote et qu’il est tout sauf d’extrême droite », ça a de quoi te scotcher », quand Sarah et Arthur m’ont raconté le même genre d’anecdotes, ça m’a troublé.
Parce que, pour moi, on ne blague pas avec Alain Soral : c’est un mec d’autant plus dangereux que talentueux. Son site, Égalité et Réconciliation, fait un carton. Son influence dans les quartiers populaires est réelle. Et j’entends combien, jusque dans mon entourage, des jeunes se politisent par Soral, adoptent son discours.
Et quel discours ?
« Quand avec un Français, Juif sioniste, déclare Alain Soral, en 2004, sur France 2, tu commences à dire “y a peut-être des problèmes qui viennent de chez vous. Vous avez peut-être fait quelques erreurs. Ce n’est pas systématiquement la faute de l’autre, totalement, si personne ne peut vous blairer partout où vous mettez les pieds.” Parce qu’en gros c’est à peu près ça leur histoire, tu vois. Ça fait quand même 2 500 ans, où chaque fois où ils mettent les pieds quelque part, au bout de cinquante ans ils se font dérouiller. Il faut se dire, c’est bizarre ! C’est que tout le monde a toujours tort, sauf eux. Le mec, il se met à aboyer, à hurler, à devenir dingue, tu vois. Tu ne peux pas dialoguer. C’est-à-dire, je pense, c’est qu’il y a une psychopathologie, tu vois, du judaïsme sionisme qui confine à la maladie mentale. » Bref, la Shoah, c’est quand même un peu parce qu’ils l’ont cherchée.
Son chemin le conduit, naturellement, au Front National : « Le Pen méritait la France mais je ne suis pas sûr que la France méritait Le Pen », déclare-t-il au lendemain de la présidentielle 2007. Il est alors nommé, à l’automne, au Comité central du FN. Un parti qu’il quitte, deux années plus tard – mais non pas pour des divergences idéologiques : parce qu’il n’obtient pas la tête de liste FN en Île-de-France.
Profondément dandy, avant tout opportuniste, en quête de renommée, Alain Soral avait démarré bien à gauche, au Parti communiste, avant de basculer à l’extrême-droite. Il se prétend aujourd’hui « transcourants », réconciliant « la gauche du travail et de la droite des valeurs », affiche Hugo Chavez en une de son site – mais tout en rejoignant Dieudonné sur « l’antisionisme et le lobby juif ».

De voir que, en effet, Étienne Chouard donne des entretiens à Égalité et Réconciliation, participe à des débats publics avec les membres de ce groupe, et défend Alain Soral - « un type bien » - au nom de la liberté d’expression, voilà une ambiguïté qui, pour moi, devenait rédhibitoire.
Il fallait rendre cette position publique.
Sans pour autant blesser un homme isolé, et déjà largement attaqué.

Mardi 23 juillet, Trets.

Au milieu de ces réflexions, je voyageais justement dans le Sud, pour le « Fakir Provença Tour ». J’ai envoyé un SMS à Étienne Chouard, l’avertissant que je souhaitais l’interroger sur « les antifascistes », et je me suis pointé chez lui, en plein cagnard, entre la piscine et la table de jardin.

Sur Soral

Étienne Chouard : Je ne supporte pas quand il parle des féministes et des “pédés”. Ça me hérisse. Mais il m’a rendu sensible à un point qui, pour moi, n’existait pas auparavant : c’est le sionisme, le poids du sionisme au niveau mondial.
Fakir : Mais tu pouvais y parvenir par Mermet, par Gresh, par des lectures beaucoup plus nettes, sans trace d’antisémitisme !
Étienne Chouard : C’est vrai. Mais je suis rentré par là.
Fakir : Et quand il parle du « lobby juif »
Étienne Chouard : Il évoque davantage les sionistes. Mais si certains Juifs disent : « Nous, on est élus, et on va dominer le monde », c’est grave. C’est grave aussi quand ce sont des musulmans ou des chrétiens.

Sur les complots

Fakir : Tu crois qu’il y a un complot, alors, pour dominer le monde ?
Étienne Chouard : Mais il y en a plein, des complots. C’est normal. Les gens conspirent, ils complotent pour maintenir leur pouvoir.
Fakir : Mais par exemple, le MEDEF : est-ce qu’il s’organise ou est-ce qu’il complote ?
Étienne Chouard : Bien sûr qu’ils se réunissent en secret…
Fakir : Quand j’entends Pierre Gattaz à la radio, à peine élu à la tête du Medef, et qu’il assène ses objectifs avec clarté, j’ai pas tellement l’impression qu’il garde ses buts secrets… Pour moi, toutes les forces sociales s’organisent pour défendre leurs intérêts – et avec, à l’intérieur de cette organisation, une part de secret, mais qui est une part minoritaire.

Sur le FN

Fakir : Et que Soral ait appartenu au FN, qu’il ait déclaré que « la France ne méritait pas Jean-Marie Le Pen » ?
Étienne Chouard : Mais alors, on va faire quoi ? On va trier selon les appartenances politiques : « Toi tu votes mal, je ne discute pas avec toi », ça n’est pas ça la démocratie. Quand tu dis à un raciste, « t’es un sale raciste », il va rester raciste. Mais si tu parles avec lui, il peut évoluer.
Fakir : Qu’on cherche à convaincre les électeurs du Front National, qu’on change les conditions économiques et sociales qui produisent ce vote, c’est une priorité politique. Mais là, il ne s’agit pas du mécontent de base, mais bien d’un idéologue, d’un cadre du FN.
Étienne Chouard : Moi, je suis le défenseur de toutes les paroles. Il faut débattre avec tout le monde, là où le régime des partis nous enferme dans une guerre électorale.
Fakir : Je ne suis pas d’accord. Je suis partisan d’un cordon sanitaire autour du FN.
Étienne Chouard : Et qu’est-ce que je devrais faire, alors ? Insulter leurs dirigeants ?
Fakir : Je ne te demande pas d’insulter quiconque, juste de ne plus te répandre dans leurs médias, ne plus te compromettre dans des débats avec eux. Et, éventuellement, une fois que tu l’aurais mûrie, de rédiger un texte qui explique ta nouvelle position.

J’étais pressé.
J’ai dû partir à la va-vite pour un débat à Aubagne. En roulant, j’ai réfléchi à cet échange, et mon intuition se confirmait : Étienne Chouard est un homme de bonne foi. Mais en même temps, sa construction idéologique me paraissait bien récente, bien fragile, bien confuse : avant 2005, la politique ne l’intéressait pas trop, et d’un coup, voilà que le référendum sur le TCE l’a porté au pinacle, mis sous le feu des projecteurs, transformé lui-même en modeste guide. Et c’est ensuite, seulement après, qu’il s’est formé politiquement. En accéléré. De bric et de broc, comme tout le monde. Sauf que chacune de ses réflexions, chacun de ses errements, sont publics, consultés par vingt mille lecteurs, twittés et facebookés. Alors que ce mûrissement aurait réclamé, peut-être, un temps de retrait, de silence et de solitude.

Mercredi 24 mars, Marseille.

Étienne Chouard m’a adressé un long texte, déjà préparé d’avance, pour répondre aux détracteurs qui lui reprochent ses « mauvaises fréquentations ». Je le lis, et bien des choses m’horripilent. Cette opposition, déjà, entre un « faux suffrage universel » et une « vraie démocratie » :

« La scène politique actuelle est, de mon point de vue un théâtre trompeur qui permet de tout décider sans nous. Et ce n’est pas nouveau, c’est structurel : depuis deux cents ans, on nous donne le spectacle (et on nous invite à lutter dans) une fausse confrontation, un jeu de dupes… Je rappelle que nous ne pouvons rien gagner politiquement dans la cage du faux « suffrage universel »… Si on en cherche la cause des causes, c’est l’élection de maîtres parmi des candidats, le faux « suffrage universel »…

Ensuite, ce consensus nécessaire à la rédaction d’un nouveau contrat social :

« Mais pour arriver à un tel résultat (notre mutation en très grand nombre en citoyens constituants), il faut que je touche tout le monde, de gauche à droite et même les abstentionnistes (qui se méfient souvent de tous les partis), et pas seulement « le peuple de gauche » ! Je ne peux évidemment pas dire, même diplomatiquement : « non, pas vous : vous êtes « fascistes », ni vous car vous êtes nationalistes, ou racistes, ou machistes, ou nucléophiles, ou bourgeois, ou banquiers, ou publicitaires, etc. donc on ne vous parle pas »… Impossible de faire société en tenant à l’écart de l’écriture du contrat social des pans entiers de la société. Ces gens dont tu hais l’idéal de société (je le redoute moi aussi), ce sont bien des êtres humains, n’est-ce pas, on ne va pas les tuer ? Alors ? On va bien (être obligés de) vivre ensemble dans le même pays avec le même contrat social, non ? »

Et plein d’autres désaccords.
Du coup, je reprends rendez-vous avec Étienne, à Marseille cette fois, l’après-midi, accompagné de mon copain Kamel, un gars de la cité, camionneur et intello.
Et cette fois, j’ai décidé de mettre la gomme – quitte à démarrer mollo :

Sur la démocratie

Fakir : Tu essentialises le suffrage universel, comme s’il n’était, pour toujours et depuis toujours, qu’une gigantesque tromperie, comme s’il n’y avait pas des étapes. Comme si, surtout, toutes les conquêtes sociales du XXème siècle n’étaient pas liées, pour partie, à ce suffrage universel, avec des élus qui même à droite ne doivent pas complètement se brouiller avec le peuple.
Étienne Chouard : C’est possible. Mais tu considères que, aujourd’hui, on vit dans une vraie démocratie ? Étymologiquement, « le pouvoir au peuple » ?
Fakir : Mais cette expression de « vraie démocratie », moi, je ne peux pas l’endosser. Je considère qu’on est dans un système imparfait mais que, de toute façon, on sera toujours dans un système imparfait, que l’imperfection de l’homme, de la société, ça fait partie du monde, qu’on est juste dans des dégradés de gris. Et qu’à défaut d’un idéal, je me bagarre juste pour que ce soit un peu mieux ou un peu moins pire. Donc la « vraie démocratie », la république pure et parfaite, je n’y crois pas, moi, ni hier à Athènes ni demain en France.
Et le risque, c’est que tu invites à balayer la « fausse démocratie » – dans laquelle, tout de même, et je ne le compte pas pour rien, nous pouvons exprimer nos opinions – et ton message contre cette « fausse démocratie » est entendue, répandue, même à l’extrême-droite, mais qui garantit que, derrière, nous n’aurons pas une vraie tyrannie ?
Étienne Chouard : Mais parce qu’il y a tout le travail des citoyens constituants, avec l’instauration du tirage au sort. Je parie sur une prise de conscience, sur une contagion.

Sur le contrat social

Fakir : Tu écris, par ailleurs, qu’il faut discuter avec le Front National – et y compris, semble-t-il, avec leurs dirigeants – parce que, pour rédiger le nouveau contrat social, il faudrait que tout le monde, le peuple entier, soit d’accord…
Étienne Chouard : C’est bien ça.
Fakir : Mais quand est-ce que ça a fonctionné avec cet unanimisme ? Le contrat de 1789 se fait très largement contre l’aristocratie, contre le clergé, et contre des fractions importantes des classes populaires qui se solidarisent avec leurs anciens maîtres. En 1944, le Conseil National de la Résistance n’a pas demandé l’avis des collabos – et encore moins de Pétain et de ses ministres – pour rédiger son programme !
Étienne Chouard : Mais s’il n’y a pas un consensus, allez, des 99 % contre les 1 %, ça signifie que, derrière, il y aura des violences.
Fakir : D’abord, je ne suis pas d’accord du tout sur cette structure de classes : 99% contre 1%. Ça serait trop facile pour nous. Et ensuite, si tu souhaites vraiment une redistribution des cartes – des richesses, des statuts, des lois –, ça se fera de toute façon avec une immense tension. D’autant plus si, d’après toi, ça ne peut pas passer par les élections.

Sur Soral (fin)

Fakir : Vas-y, Kamel, raconte-lui ta rencontre avec Alain Soral.
Kamel : L’an dernier, tu sais, Soral est venu à Marseille. Comme il attire vachement de jeunes dans les quartiers, comme mon petit frère était sous son charme, je suis allé l’écouter. Y avait plein de mecs avec des djellabas, des barbes, les filles avec le voile, et là Soral leur dit en gros : « Si vous êtes dans la merde, c’est à cause d’un banquier sioniste à New-York. » Moi j’ai pris la parole, après, et je lui ai demandé pourquoi il indique « sioniste » ? pourquoi il dit pas un « capitaliste », un « oligarque » ? Et là, il m’a répondu qu’il fallait appeler un chat un chat.
Étienne Chouard : C’est pas raciste. Il ne dit pas « Juif », il dit « sioniste ».
Fakir : Est-ce qu’il a précisé, dans son exposé, qu’il ne fallait surtout surtout surtout pas confondre « juif » et « sioniste » ?
Kamel : Non, il n’a rien précisé.
Fakir : Mais Étienne, comment tu penses que c’est reçu, dans la salle ? Tu penses qu’ils donnent dans la nuance, les mecs ? Moi, pendant que je faisais mon bouquin Quartier nord, à Amiens, y a plein de gars qui me prenaient pour un juif à cause de mon gros pif, et c’était pas amical crois-moi.
Étienne Chouard se tait, frappé.
Kamel : C’est dangereux ce jeu-là. Là, pour moi, Soral déplace la question de la lutte des classes à la lutte des races.

Sur l’adolescence

Fakir : Mon sentiment profond, c’est que tu es comme un adolescent en politique. Tu voles d’émerveillements en indignations. C’est beau, en un sens, ça apporte de la naïveté, de la fraîcheur, de la hardiesse aussi. Mais ça comporte une part d’errance.
Moi, avant de lancer Fakir, je me suis tapé une traversée du désert : durant sept années, j’ai écrit écrit écrit, sans que rien ne soit publié. « Malheureusement », je pensais à l’époque. « Heureusement », je me dis aujourd’hui. Parce que c’était complètement immature : en gros, il fallait flinguer l’humanité (à commencer par les présentateurs du jité).
Tu es loin de ces sommets du ridicule, mais je vois là un danger, avec des prises de position un peu sur tout. D’autant plus que tu aimes flirter avec la ligne jaune.

Ça tournait à la leçon.
Et je devais filer à mon débat.
Il m’a remercié.
J’ai reçu un SMS, encore : « Je te remercie pour ta gentillesse et ta patience. » Et c’est là que Chouard est un mec pas banal. Parce que c’est lui, l’aîné, vingt ans de plus que moi, c’est lui le prof, c’est lui la star, « Don Quichotte du non », etc., et moi un gamin m’aurait avoiné comme ça, je n’aurais pas apprécié. Mais lui, plus tu lui rentres dans la gueule, plus il te remercie ! C’est soit un masochiste, soit un démocrate !

On a repassé une heure, ensemble, le jeudi, à Aix cette fois.
Et j’ignore ce que va donner, politiquement, tout ce baratin, s’il va rompre avec ces machins de Soral et de complots. Je crains que non. Je sais, en revanche, qu’au fil de ces trois jours, j’ai mesuré le fossé qui, politiquement, nous sépare. Mais aussi que, personnellement, je me sens davantage son « ami », un peu, pas trop mais un peu, après ces échanges.

(4) Le Front National

Dans le dernier numéro de Fakir, Emmanuel Todd déclarait : « Au Front de Gauche, sur le protectionnisme, ça avance, mais avec quel retard sur les classes populaires ! »
J’ajoutais : « Et quel retard sur le Front National, aussi, qui est devenu hyper-efficace sur ces questions. Vous voyez le FN comme le parti des dominés, le refuge pour le refus du libre-échange, pour le refus de l’euro…
- Le parti des dominés, il n’y a qu’à regarder les statistiques, il n’y a qu’à regarder les cartes. Le vote FN se déplace des marges anti-maghrébines, situées à l’est, pour aller se loger dans le vieil espace révolutionnaire égalitaire français. »

Je ne rends pas hommage, ni ici ni dans mon esprit, à l’efficacité du FN : elle m’inquiète. Le virage idéologique pris avec Marine Le Pen – fût-il superficiel, traversé par des contradictions –, le tranchant des prises de position – notamment par la voix du vice-président à la stratégie, Florian Philippot – marquent des points, je le crains, j’en ai l’impression quand je bois un coup au bistro. Ce que vérifient les législatives partielles.
Je ne m’en réjouis pas, bien au contraire. Mais jamais je ne méprise l’adversaire – qu’il soit patronal, eurocrate, libéral, président de la Banque centrale européenne, ou en l’occurrence d’extrême-droite : oui, il peut être « hyper-efficace » et « talentueux ». Non, nous ne sommes pas forcément les plus intelligents, complexe de supériorité culturelle qui habite, bien souvent, une gauche truffée d’étudiants, d’universitaires, de surdiplômés. Oui, « l’ennemi de classe » est parfois plus stratège, plus organisé, plus malin que nous ne le sommes. Sans quoi, nous n’en serions pas là.

(5) BRN

Il y a deux ans, déjà, en juin 2011, Ornella Guyet nous sommait de « supprimer le partenariat qui vous lie à BRN ». Et pour quelles raisons, déjà ?

« Dans son comité de rédaction figure Laurent Dauré, membre de l’UPR - un groupuscule souverainiste situé très à droite sur l’échiquier politique. Vous ne pouvez donc pas, en toute décence, travailler en confiance avec une revue animée par un tel personnage.
Par ailleurs, je vous signale qu’on trouve aussi dans l’équipe de cette revue Bruno Drewsky, un ami du négationniste Claude Karnoouh, qu’il publie régulièrement dans sa revue La Pensée libre (la plus récente remonte à janvier 2011) : http://lapenseelibre.fr/contenudesnumeros.aspx
Le même Drewsky a donné en 2009 une interview à Rebellion, organe d’un groupuscule d’extrême droite toulousain qui est une émanation du Parti national-bolchevique russe en France et est distribué par la maison d’édition d’Alain Soral : http://rebellion.hautetfort.com/archive/2009/10/28/entretien-avec-bruno-drweski.html
Je demande donc à ce qu’une mesure de rétorsion immédiate soit prise par Fakir à l’encontre de BRN et le partenariat qui vous lie à cette revue supprimé.
O. »

Nous avions repoussé cette mise à l’index :

« Chère Ornella,
La citation est notre arme préférée, à Fakir - comme dans bien d’autres publications de médias-critique et de critiques des médias qui nous ont précédés.
Pour me convaincre de ne pas publier quelques brèves de BRN, un argument primera donc : qu’à partir de citations, tu démontres leur appartenance ou leur proximité avec l’extrême droite. Pour l’instant, sans adhérer à tout leur contenu, ce qui m’intéresse dans BRN – et ce qui, je pense, peut intéresser les lecteurs de Fakir – ce sont leurs citations, justement, des commissaires européens, des parlementaires, de Business Europe, etc.
Pour me convaincre, là, tu me dis que Bruno Drewski (que je n’ai jamais rencontré) collabore à BRN – ce qui suffirait à disqualifier la revue. Mais qu’a donc dit ou écrit Bruno Drewski de si scandaleux ? Tu ne m’apportes, sur ce point, aucune citation. A la place, tu me dis qu’il a accordé une interviou à Rebellion (que je ne connais pas). J’ai lu l’interview : sans être, encore une fois, en accord avec tout, je ne vois absolument pas dans ses propos de quoi discréditer un homme. Ça me paraît même de plutôt bonne tenue. Tout comme son Que sais-je, sur la Biélorussie (que j’ai lu).
Pour me convaincre encore, tu me dis que Bruno Drewski publie avec le négationniste Claude Karnouh sur le site La Pensée libre. J’ai circulé sur ce site et, à première vue, très rapidement, je n’ai rien aperçu de cette nature. Bien que, en toute sincérité, ce compagnonnage me trouble.
De même, pour dénoncer l’UPR et François Asselineau (mouvement que je méconnais : je ne suis franchement pas un spécialiste de toute cette mouvance), dans ton article, tu ne fais pas une seule citation, démontrant qu’ils seraient bel et bien « ultra-nationalistes », « fascistes », etc.
Pour me convaincre, et pour convaincre tous les hommes de bonne volonté (qui existent), mieux vaudrait, à mon sens, en revenir à cette arme majeure : la citation. L’analyse. Les preuves, comme disait Jaurès.
Quant à un futur éventuel oukase sur Fakir, j’aimerais qu’il s’établisse sur des bases claires : qu’avons-nous publié qui le mérite ? »

Cette réponse, je l’avais également transmise à Pierre Lévy, le directeur de BRN. Pour l’avertir que, bien sûr, nous romprions notre partenariat au moindre propos en faveur, par exemple, du Front National. Mais notre vigilante « antifasciste » ne nous a, en retour, pas adressés la moindre citation – et n’en continue pas moins de récidiver, usant sans la moindre preuve de l’accusation – extrêmement grave – de « négationniste ».

(6) Le maton sympa

Dans un dossier consacré à la maison d’arrêt d’Amiens, en 2003, nous avons, en effet, consacré un portrait à Luc Rody, gardien de prison, habitant juste derrière, et délégué CGT : « À la réunion d’arrivants, témoignait-il, on leur raconte des histoires : “ Avec la Mission locale, on va vous aider à trouver du boulot, un logement, une formation… ”, mais c’est faux. On promet, on promet énormément, mais on ne fait rien. Alors, le gars a la haine. La nuit, j’en surprends beaucoup qui pleurent, même si ça joue aux hommes…
- La prison compte combien de travailleurs sociaux ?
- Six. Six pour plus de six cents prisonniers. Comment ils peuvent faire ? comment ils régleraient des difficultés de santé, de famille ? Certains détenus, ils ne les voient qu’une fois en deux ans ! Pour la sortie, ils ne peuvent même plus payer un billet de train, même pas donner un ticket repas, on grignote sur tous les budgets. Alors, dehors, les gars retournent à la rue, limite clochards… J’en croise, souvent : “Alors, tu as décroché un job ? – Non. – Qu’est-ce que tu vas faire ? – Je vais remonter bientôt.” La vérité, c’est qu’on fait de la répression, mais à côté, rien n’existe. Le vide. On n’a même pas le plaisir de se dire ‘on fait un métier utile’, même pas, parce que derrière, la réinsertion, c’est du bidon… »

Voilà qui, apparemment, ne mérite pas d’être entendu. Et constitue un grave « dérapage », une « apologie des matons humanistes ».

(7) Les douaniers

Notre antifasciste qualifie de « dérapage », à nouveau, notre « apologie » des « superflics que sont les douaniers ». C’est en-deçà de la vérité, pour une fois : car c’est avec constance que nous dérapons !
« Vive les douaniers ! » proclamions-nous en Une de notre numéro 57. Un titre que je reprenais pour un chapitre de mon ouvrage, Leur grande Trouille. Et la même déclaration nous sert encore, cet été, pour notre T’chio Rouge et Vert : « Contre le libre-échange, vive les douaniers ! »
Réclamer une transformation de la douane, exiger qu’elle s’occupe moins des clandestins – à vrai dire plus du tout – mais davantage d’entraver la circulation des capitaux et des marchandises, voilà qui, bizarrement, est douteux. Tend vers le fascisme.

(8) Maurice Allais

Depuis son virage protectionniste, au début des années 90, Maurice Allais était privé de médias. Au printemps 2009, Fakir sera le seul journal à avoir publié un entretien avec le seul prix Nobel d’Économie – ou plus exactement : le prix de la banque de Suède d’économie. Doit-on tenir cela, franchement, pour une honte ?
Et pourquoi le qualifier de « larouchiste » ? Parce que, après la chute de Lehman Brother, Maurice Allais a signé une lettre soutenant l’appel de Lyndon Larouche – le Cheminade américain – pour le « sauvetage de l’économie mondiale ».
Mais signer une lettre, une fois, sur un thème précis, suffit-il à faire de vous un « larouchiste » dans l’âme ? Et à discréditer tout propos qui sort de votre bouche, ou de votre plume ? Fût-il de bon sens : « L’histoire n’est pas écrite, concluait pour nous Maurice Allais, et je ne vois dans ce processus mondialiste aucune fatalité. C’est en fait de l’évolution des opinions publiques, c’est du poids relatif des forces politiques, que dépendent les changements de politique réalistes qui nous sauveront du désastre et détermineront notre avenir.
Et si j’insiste sur le “-isme”, c’est que je dresse un parallèle. Les perversions du socialisme ont entraîné l’effondrement des sociétés de l’Est. Mais les perversions laissez-fairistes mènent à l’effondrement des sociétés occidentales.
En réalité, l’économie mondialiste qu’on nous présente comme une panacée ne connaît qu’un seul critère, “l’argent”. Elle n’a qu’un seul culte, “l’argent”. Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire elle-même. »

Mise au point : Pour un cordon sanitaire

Je le disais à Étienne Chouard, je le répète ici : je suis partisan d’un cordon sanitaire avec l’extrême-droite. On ne joue pas avec le feu, on ne fait pas mumuse avec les héritiers de Doriot et Déat, même relookés et souriants.
C’est d’autant plus impératif pour Fakir – et pour d’autres intellectuels de gauche, Lordon, Todd, Sapir, etc. – que, avouons-le, nous partageons des analyses avec le Front National : sur l’Europe et la mondialisation.
Circonstance aggravante, nous sommes prêts à recourir à quelques outils communs : protectionnisme, sortie de l’euro, cadre national.
Raison de plus, alors, pour ne pas se mélanger, et pour rappeler que les fins poursuivies sont aux antipodes : à nous l’émancipation sociale (avec, notamment, une réduction et un partage du temps de travail), la justice fiscale (relèvement des impôts sur les sociétés, ainsi que des taxes sur les hauts revenus), la transformation environnementale (tout est à revoir, ici, des transports à la production). Autant de thématiques qui ne figurent pas dans le fonds de commerce des Le Pen and co.

Le combat contre le FN n’est clairement pas la raison d’être de Fakir.
Ou alors, indirectement.
Notre ADN, depuis la naissance du journal en 1999, c’est une attention portée aux classes populaires, à leurs conditions d’existence, et en particulier à ce fléau qui les lamine depuis trois décennies : le chômage. Rédigeant ce journal depuis Amiens, nous avons assisté à des délocalisations en série, des lave-linge (Whirlpool), des canapés (Parisot), des pneus (Goodyear), et même des chips (Flodor) ! Voilà le meilleur carburant pour un vote de désespoir – et nous voyons lentement la Picardie, « première région ouvrière de France » (d’après le Figaro), terre jacobine durant la Révolution, à la tradition rouge dans bien des coins, nous la voyons glisser lentement au Front National. Alors, rouvrir l’espoir, rassurer un peu sur l’avenir, nous paraît plus utile que de dessiner des moustaches d’Hitler à la Marine, que de crier « F comme fasciste, N comme nazi ». L’un, il est vrai, n’empêchant pas l’autre.

Mais comme nous y sommes peu attentifs, justement, nous avons besoin de vigies. Des guetteurs, qui examinent la nouvelle rhétorique du FN, qui veillent sur ses clubs de pensée, qui informent sur ses stratégies de récupération. Et qui nous avertissent, à l’occasion : « Attention, là, faites gaffe ! Terrain miné ! »
Les antifascistes que nous citons ici, largement repris sur le web, qui nous fustigent, ne remplissent pas ce rôle.
Ou fort mal.
Ils s’avèrent même, de notre point de vue, contre-productifs.

À force de crier « au loup », qui croira qu’il existe encore un loup ? Comment puis-je lire avec sérieux, maintenant, un auteur qui trace un trait d’union entre Pierre Carles et Dieudonné ? des sites qui font un petit paquet avec Frédéric Lordon, Hervé Kempf ou moi-même, et vous classent tout ça allègrement dans le « rouge-vert-brun » ? Et pourtant, en ces temps politiquement troublés, brouillés, ce serait une nécessité : des lanceurs d’alerte en qui, sur ce terrain, nous ayons confiance. Mais il y a, chez ces « antifas », une telle joie de la calomnie, un tel bonheur d’avoir découvert une tâche – quitte à l’inventer, avec malhonnêteté.
À la moindre incartade, avérée ou fantasmée, les voilà qui traitent des camarades d’hier en quasi-ennemis. Un vague courriel privé fut-il, par exemple, adressé à Hervé Kempf, avant que ne soit publiquement pointé le « confusionnisme » de son site Reporterre, parce que le communiqué d’un « micro-parti fascisant » - la Dissidence française - se serait égaré dessus ?

Le risque, aussi, c’est de créer des Dieudonné en série. Car qu’était cet humoriste ? Une outre politiquement vide et qui, prétendant s’engager, pouvait se remplir de n’importe quoi. Je me souviens de son passage, au journal télévisé de France 2 en 1997, alors qu’il se présentait aux élections législatives à Dreux. C’était gentiment démago de gauche, il se voulait l’héritier de Coluche, il rouvrirait les casernes pour les SDF. Et puis il y eut ce sketch chez Fogiel, pas drôle, mais non, pas antisémite, et le lendemain, le voilà lapidé en place publique, banni des peoples, et sans grand monde pour le défendre, sans personne pour lui ouvrir une porte de sortie. Il est resté avec ceux qui lui restaient, les pires. Et empirant chaque jour avec eux.
Voilà ce que produisent des mises à l’index hâtives.

J’ai gardé le plus grave pour la fin : la paresse de ces raisonnements, qui prolifèrent désormais à gauche. Il n’y a plus à argumenter et contre argumenter, à comprendre les forces à l’œuvre dans le peuple, à imaginer les chemins tortueux de la transformation, non : il suffit de vous amalgamer à des noms propres, supposés sales, « dieudonniste », « colloniste », « larouchiste », « Dupont-Aignan », « Cheminade », pour que la vilénie vous couvre à votre tour. Il suffit d’annoncer qu’Untel a débattu avec Machin qui a publié une préface pour Truc qui connaît bien Bidule, lui-même proche de l’extrême droite, pour qu’Untel soit compromis. Et il devient dès lors inutile d’écouter ses propos, de contester son point de vue avec des chiffres, des concepts, des comparaisons historiques.
C’est à un terrorisme de la pensée – et des fréquentations – qu’aspirent ces inquisiteurs : songer à un nouveau rôle pour les douaniers, réfléchir au cadre national, et même discuter avec un surveillant de prison, voilà qui relève de l’interdit. Et vous vaut, sans débat, d’ajouter votre patronyme à une liste noire, publiquement tenue.

Pareille malhonnêteté intellectuelle, même juste 10 %, vous vaudrait, à la fac, dans un parti, même dans la presse, un discrédit immédiat. Sauf qu’Internet bénéficie, en la matière, d’un régime d’exception.

Mais regardons ces anathèmes comme un signe, aussi.
Presque encourageant.
Pourquoi ces salves d’injures qui s’intensifient, sur Lordon, Todd, Sapir, etc., voire Mélenchon ? C’est qu’une controverse s’ouvre, à gauche, comme un clivage. Il a vécu, le consensus altermondialiste, ou alter-européiste, le temps où l’on se laissait bercer par un internationalisme angélique et impuissant. Face à la débâcle de l’Euro, aux dommages du libre-échange, l’offensive est lancée, et nous en sommes des artilleurs : « frontières », « souveraineté », ces mots ne nous sont plus tabous. Une réponse politique, concrète, réaliste, de masse, ne pourra plus demain, pensons-nous, se priver d’eux, s’interdire de les prononcer et de les repenser.
Cette bataille des idées, interne à notre camp, peut être, doit être menée en douceur, autant que possible, sans désir de heurter, de déchirer, de perdre des camarades en route : à quoi bon se brouiller, quand on se retrouvera côte à côte dans les grèves et les manifs ? Mais on comprend que ces avancées – de notre point de vue, ces reculades du leur – hérissent le poil de militants, libertaires par exemple, que ces vocables à eux seuls font gerber, et qu’ils nous renvoient, comme par réflexe, sans trop s’embarrasser de fioritures, à la guerre de 14 ou au fascisme.

No pasaran !
Nous ne cèderons pas à ces autoproclamés « antifas », sectaires, paranos, minoritaires, qui dénaturent l’antifascisme, le trahissent, qui en font la chose d’un clan, recroquevillé sur lui-même, excluant les hérétiques, gardiens d’une nouvelle pensée unique. Quand le véritable antifascisme, historique, généreux, né en 1934 avec les syndicats ouvriers et les partis de gauche, existant toujours mais avec moins de tumultes, doit retrouver les profondeurs du pays et embrasser tout le mouvement social.
Dont nous sommes.

PS : Fakir est si manifestement fasciste que, dans le dernier numéro en kiosques, nous consacrons quatre pages à une usine tunisienne (contre une relocalisation en France !), autant à un portrait de Kamel, deux pages et un livre au Résistant – et antifasciste de la première heure – Maurice Kriegel-Valrimont.

 

 

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 14:23

 

 

Soutenez des projets audiovisuels !

Pas moins de trois projets projets de films sur le revenu de base sont en cours de création ! Pour les réaliser, les artivistes toulousains de l'association Les 'Zooms Verts' ont besoin de votre soutien ! Pour découvrir leur projet en détail et voir comment les aider, visitez le site creations-revenudebase.org !

 

Signez l'initiative européenne !

Comme 70.000 citoyens européens, faites entendre votre voix auprès de la commission européenne en signant l'initiative citoyenne européenne pour le revenu de base. Pour en savoir plus, cliquez ici. Pour signer, c'est directement ici : sign.basicincome2013.eu

Envie de passer à l'action?

Participez à la semaine du revenu de base ! Du 16 au 22 septembre, tous les militants du revenu de base en Europe se mobilisent pour récolter le maximum de signatures en un temps rccord. Et vous, que ferez-vous ?
>> Consultez le site web pour voir comment participer

Semaine du revenu de base à Montpellier : le programme complet !


Chers amis montpelliérains,

Le revenu de base fait sa rentrée à Montpellier dès lundi prochain !

Du 16 au 22 septembre, à l'occasion de la semaine du revenu de base organisée en France et en Europe, de nombreux évènements se dérouleront dans toute la ville. Le mot d'ordre de cette semaine est de récolter un maximum de signatures pour l'initiative citoyenne européenne, à travers différentes manifestations locales (cinés-débats, cafés citoyens, tables-rondes, stands de rue, pique-niques...).

Voici donc tous les évènements organisés sur Montpellier pendant la semaine :
  • lundi 16 septembre (18h30-21h) à l'espace M. Luther King : conférence de Gérard Foucher sur "les secrets de la monnaie"
  • jeudi 19 septembre (19h30-22h) à la Faculté des Lettres : soirée-débat "revenu de base, utopie ou réalité ?"
  • samedi 21 septembre (journée) : dans les rues de la ville, venez participer à une Gratiféria, découvrir notre stand sur le revenu de base et partager un pique-nique !
  • samedi 21 septembre (15h30-17h) au Ranch : venez découvrir la comédie sonore politico-poétique "Le travail expliqué à mon chef", de et avec Cécile Canal
  • dimanche 22 septembre (15h30-17h) au quartier Boutonnet : pour clôturer cette semaine du revenu de base, retrouvons-nous autour d'un pique-nique partagé (avec les incroyables comestibles et le collectif Bout'entrain) puis à l'occasion d'un atelier "démocratie, constitution et revenu de base" !
Autant de raisons de venir participer à l'un ou l'autre de ces évènements et de venir échanger sur cette grande idée du XXIème siècle !

Retrouvez toutes les infos sur ces évènements sur le site de la semaine du revenu de base ou sur notre facebook ! Vous pouvez aussi rejoindre l'évènement national sur facebook et y inviter tous vos contacts !

En espérant vous y rencontrer,

Gaëlle Le Meur
Pour le groupe local de Montpellier
revenudebase.montpellier@gmail.com

PS : n'hésitez pas à transmettre ces informations à vos amis !


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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 21:01

 

 

zad.nadir.org

lundi 9 septembre 2013, par zadist

 


Tant que la situation est calme, on continue les infos régulières, mais sur un rythme plus détendu d’un article par semaine, mis à jour tous les jours. Si quelque chose s’accélère, on donnera de nouveau les nouvelles en temps réel



 

Mardi 10 septembre

- Le 6 septembre, Ayrault été en visite à Strasbourg, les camarades du comité alsaciens racontent la visite qu’ils ont essayé de lui faire : Liberté d’action bafoué, les autorités neutralisent le groupe (...)

- A lire, un article de Bastamag sur La lutte de paysans au Pérou contre la construction d’une énorme mine à ciel ouvert nécessitant de vider les lagunes alimentants la population en eau ici.

Lundi 9 septembre

- Un copain est aller chercher quelle était la zone impactée par l’arrếté préfectoral anti transport de matériel de construction. Il s’agit, sans surprises, principalement de la zone autour de la Chat-Teigne. Lapouze si tes sbires nous lisent, sache qu’on continue activement à s’implanter et qu’on ne se laissera pas déloger !

- Beaucoup de rdv procès à suivre dans l’agenda. Demain à Rennes pour le procès en appel de la ferme de Bellevue, mercredi au TGI de Nantes pour un copain inculpé pour avoir décroché un drapeau lors d’une manif anti éaroport en octobre dernier et la semaine prochaine à Angers dans le cadre de la lutte anti THT.

- Pour en savoir plus sur la situation à Décines, la ZAD lyonnaise, liser l’article publié sur le site et celui sur le blog de Bob 92 Zinn sur Médiapart.. Un coup de chapeau en tout cas au copain Merlin qui a fait la nique à la police toute la semaine perché dans un arbre !

- des nouvelles de Roumanie où des camarades l(notamment du réseau Reclaim The Fields) luttent depuis 10 ans contre un projet nuisible d’implantation de mine d’or à Rosia Montana. Aux dernières nouvelles le gouverment aurait reculé, voir ici

- Un peu de lecture poético-politique avec le blog de captain Frog : http://poetiquedelappeldoffres.blogspot.com

  • Contre les GPII... une autre résistance : Pour suivre ce qui se passe à Kallak en Laponie où les Sames se battent pour préserver leur territoire de l’avidité des compagnies minières et de l’état suédois aller sur http://www.escales-nordiques.com/fil-info-kallak/ où un fil info a été mis en place.

Infos générales

Infos utiles pour venir ici

- Accueil : le week-end, l’ACIPA ouvre un local à Notre Dame des Landes, de 10h à 17h où les informations sur la lutte sont disponibles
- Contact presse de la ZAD : 06 32 98 78 36
- Équipe légale : 06 75 30 95 45 : à contacter uniquement si vous êtes témoins d’arrestation, si vous êtes arrêté-e-s, et après votre libération IMPORTANT : s’il vous plait lisez le texte "en cas d’interpellation" Et surtout, refusez les comparutions immédiates !
- Équipe médicale : contactable par mail : equipemediczad at riseup.net pour toute communication non-urgente. La street médic est joignable par téléphone uniquement lors de journées d’interventions militaires/policières sur la zone ou autres "moments chauds" au 07 60 26 42 14.

Radio Klaxon

La radio n’émet pas en ce moment. Quand elle reviendra, ce sera sur 107.7 FM autour de la ZAD et sur http://stream.zad.nadir.org:8000/radio-klaxon.ogg.m3u sur Internet.

Blog en cas de panne

Si jamais le site ne fonctionne pas, on continuera la-bas : http://lazad.noblogs.org/

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 20:46

 

 

reporterre.net

 

Marie Astier (Reporterre)

mardi 10 septembre 2013

 

 

Depuis seize ans, les habitants de Rosia Montana luttent contre un projet de mine d’or qui ravagerait leur village. De plus en plus nombreux sont les Roumains qui partagent leur combat, et le gouvernement a dû reculer lundi 9 septembre. Reporterre était avec les manifestants qui, à Paris aussi, ont marqué leur refus d’un nouveau désastre écologique.


En Roumanie, les manifestations contre le projet de mine d’or à Rosia Montana durent depuis bientôt deux semaines. Lundi 9 septembre, elles ont convaincu le gouvernement de retirer son projet de "loi exceptionnelle". Cette loi aurait permis à la compagnie minière Gabriel Resources d’exproprier les derniers habitants de Rosia Montana, un village agricole et touristique, niché dans les montagnes de Transylvanie au nord-ouest du pays, assis sur ce qui est peut-être le plus gros filon d’or en Europe.


Le village de Rosia Montana

Presque chaque jour depuis début septembre, des milliers de personnes ont défilé dans la capitale Bucarest et les grandes villes du pays. Les manifestations ont essaimé jusqu’en France avec un rassemblement vendredi 6 septembre à Paris, dont Reporterre était témoin.

Partout, des banderoles proclamant "Non au cyanure". Car si la compagnie canadienne Gabriel Ressources réussit à lancer son projet de mine d’or à Rosia Montana, 12.000 tonnes de cyanure seraient utilisées chaque année pour extraire l’or. Soit douze fois plus que la quantité de cyanure actuellement utilisée par an dans toute l’Europe.

En Roumanie, la mobilisation de dimanche a été massive. Au point que le Premier Ministre Victor Ponta a annoncé lundi 9 septembre qu’il renonçait à son projet de loi exceptionnelle.


La manifestation de dimanche à Bucarest

C’est ce texte, proposé par le gouvernement fin août, qui a ravivé l’opposition au projet de mine d’or. S’il était passé, il aurait signifié le feu vert à l’expropriation des derniers habitants de Rosia Montana et à l’exploitation du filon. Mais la bataille n’est pas pour autant gagnée, car c’est désormais au ministère de l’environnement de se prononcer. Son avis pourrait bloquer, ou au contraire approuver le projet minier.

Un patrimoine roumain, voire mondial

Cela fait seize ans ans que Gabriel Resources lorgne sur ce filon d’or, et presque aussi longtemps que les opposants résistent au projet. Il s’agirait du plus gros gisement d’or en Europe et le troisième au monde, selon la compagnie. 300 tonnes d’or et 1.600 tonnes d’argent qui pourraient rapporter plusieurs milliards. Un pactole qui augmente au même rythme que le cours de l’or (plus de 33.000 euros le kilo aujourd’hui, contre 10.000 euros en 2005).

Plusieurs milliards, mais avec quelles conséquences ? La mine serait aussi la plus grande exploitation à ciel ouvert du continent : elle détruirait quatre montagnes et une partie du village de Rosia Montana. Dans le lot, plusieurs bâtiments historiques seraient rasés, notamment des églises et surtout des vestiges de l’époque romaine. Dans le pays, l’Ordre des architectes de Roumanie ou encore l’association Architecture, Restauration, Archéologie (ARA : Arhitectura. Restaurare. Arheologie) demandent le classement du village au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais le ministère de la culture refuse d’inscrire le site sur la liste des sites candidats.

C’est pour cela qu’à Paris, la manifestation de soutien des opposants au projet s’est déroulée devant l’UNESCO vendredi. Quelques dizaines de personnes ont répondu à l’appel des associations roumaines OVR Solidarités, Pro Patrimonio France, Rencontre du patrimoine Europe-Roumanie.

Nicolas Teculescu y était. Il adhère à La Maison Roumaine. La cinquantaine, il se rappelle encore avoir visité Rosia Montana lors d’un voyage de classe : "Tous les élèves de Roumanie allaient visiter ce village, a-t-il expliqué à Reporterre. Il est peuplé depuis la préhistoire. Le gisement d’or a été exploité par les Daces puis par les Romains. On peut encore visiter les galeries aujourd’hui. Rosia Montana fait partie du patrimoine roumain". "C’est le plus ancien lieu de peuplement en Roumanie", ajoute Sorana Ciura, une jeune fille arrivée en France récemment.

Un lac de cyanure

Mais surtout, Nicolas et Sorana s’inquiètent du cyanure. Dans les mines, il est utilisé pour dissoudre l’or et le séparer du reste du minerai. "Ils vont créer un lac de retenue, explique Nicolas. Il sera rempli d’eau chargée de cyanure". Le projet lui rappelle un mauvais souvenir, la catastrophe de Baia Mare : "C’est la deuxième catastrophe technologique la plus importante après Tchernobyl", affirme-t-il. En 2000, la digue d’un bassin de déchets miniers située à Baia Mare avait cédé. L’eau concentrée en cyanure avait empoisonné les rivières alentours, la faune et la flore ont été détruites sur 600 km.

Sorana est mobilisée depuis longtemps contre le projet, car une partie de sa famille vit à Rosia Montana. "Là bas, la compagnie fait pression sur les habitants pour qu’ils partent. Elle a pris le contrôle de l’administration grâce à la corruption. Elle a obtenu un décret qui déclare la zone ’mono-industrielle’, cela veut dire que toutes les activités économiques, à part la mine, sont interdites. Cela permet d’étouffer la région et de dire aux habitants qu’il n’y a pas d’autre alternative à la mine."

Avant de travailler en France, Sorana a étudié au Canada et déjà milité contre le projet. Elle connaît les méthodes des compagnies minières canadiennes : "Gabriel Ressources est une compagnie qui a été créée spécialement pour le projet Rosia Montana. Son but est d’obtenir la concession, d’augmenter sa valeur en bourse, pour ensuite pouvoir la revendre à une plus grosse compagnie minière. C’est pour cela que par exemple elle a intérêt à dire qu’il y a beaucoup d’or dans le gisement."

En face, Gabriel Ressources affirme que les concentrations en cyanure ne dépasseront pas les normes autorisées par l’Union Européenne. La compagnie brandit aussi la promesse de 2.300 emplois pendant la phase de construction, puis 900 emplois pendant la phase d’exploitation.

A l’annonce du rejet de la loi, l’action en bourse de Gabriel Ressources a perdu plus de 50% de sa valeur=ASC]. Mais la compagnie a immédiatement répondu par un communiqué : "Si le projet de loi est rejeté, la compagnie évaluera toutes les voies de recours possibles, [...] y compris des poursuites pour violations multiples des traités internationaux d’investissement."


Compléments d’information :

- L’association Alburnus Maior, créée par les habitants de Rosia Montana ;
- L’appel à manifester à Paris avec une explication plus détaillée du contenu de la loi : Café des Roumains ;
- Les manifestations vues de Bucarest, par Le petit journal


Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos :
- le village de Rosia Montana : association Alburnus Maior
- manifestation à Bucarest : association Alburnus Maior
- manifestation à Paris (dans le chapô) : photo de Nicoleta Marin.

Ecouter aussi : Pourquoi vous opposez-vous au projet minier de Rosia Montana, en Roumanie ?

 

 


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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 20:29

 

 

Le Monde.fr avec AFP

09.09.2013 à 12h57 • Mis à jour le 09.09.2013 à 15h43

 

 
 
Vue de la centrale accidentée de Fukushima, le 31 août 2013.

Le parquet de Tokyo a décidé de ne pas donner suite à une plainte d'habitants de la préfecture de Fukushima qui voulaient poursuivre pour négligence devant la justice criminelle les dirigeants de Tepco, l'entreprise qui gère la centrale accidentée, et le gouvernement japonais de l'époque.

Les résidents et militants à l'origine de la plainte ont néanmoins le droit de la reformuler et de la soumettre de nouveau au parquet. De nombreuses autres plaintes devant la justice civile sont en cours, ce qui signifie que la justice est loin d'en avoir fini avec cette affaire.

 

 PAS DE NÉGLIGENCES PROFESSIONNELLES

Dans cette plainte particulière toutefois, les procureurs ont estimé que la catastrophe nucléaire de Fukushima de mars 2011 ne pouvait pas être imputée aux négligences professionnelles d'un certain nombre de responsables.

Lire l'entretien avec le directeur général adjoint de l'Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN), Jérôme Joly :  "'A Fukushima, les solutions mises en œuvre ne sont qu'un pis-aller'"

Les plaignants avaient demandé au parquet de poursuivre non seulement les dirigeants de la compagnie gérant le site, Tokyo Electric Power (Tepco), mais aussi l'ancien chef de la Commission de sûreté nucléaire et l'ancien premier ministre Naoto Kan, ainsi que plusieurs de ses ministres.

Ils reprochaient à ces divers responsables d'avoir tardé à dévoiler des données sur l'ampleur de la contamination radioactive issue de la centrale de Fukushima Daiichi (220 kilomètres au nord-est de Tokyo), dont les systèmes de refroidissement avait été coupés après le passage d'un tsunami le 11 mars 2011.

Les plaignaient arguaient aussi du fait que ces dirigeants n'avaient pas prévu de mesures de protection suffisantes pour faire face à un raz-de-marée.

 

 PLUS DE 1 400 RÉSIDENTS MORTS

Au final, ils estiment que ces diverses erreurs ont entraîné la mort de nombreux résidents des environs. Si personne n'est mort officiellement des radiations émises après l'accident, la préfecture de Fukushima a estimé en juin que plus de 1 400 résidents de la région étaient morts des suites de la catastrophe, en raison des mauvaises circonstances de leur évacuation, de la dégradation de leurs conditions de vie ou par suicide.

Le parquet a toutefois statué que Tepco ne pouvait pas prévoir un séisme et un tsunami de cette ampleur. Le tremblement de terre au large des côtes nord-est du Japon avait atteint la magnitude 9 et le tsunami avait largement dépassé les 10 mètres de haut.

Voir la visite virtuelle de Fukushima par Google

 

 

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 19:25

 

marianne.net

 

Mardi 10 Septembre 2013 à 11:29

 

Philippe Murer

 

Après avoir profité du libre-échange en asphyxiant les pays développés, ce sont maintenant les pays développés qui tournent de moins en moins vite et asphyxient les pays émergents.

 

Illustration - Bebeto Matthews/AP/SIPA
Illustration - Bebeto Matthews/AP/SIPA
La crise de 2008 a changé la façon dont se développent les pays émergents. Avant 2008, le déficit commercial des pays occidentaux augmentait sans cesse avec les pays émergents. En effet miroir, de nombreux émergents dont la Chine accumulaient des excédents sans cesse plus grands. Une partie importante de l’industrie passait des pays développés aux pays émergents. Ce courant négatif permanent pesant sur les économies développées était compensé par de l’endettement public ou privé supplémentaire chaque année pour faire avancer la machine. (L’Allemagne est un cas à part, l’exception qui confirme la règle)

On remarquera que le journal Le Monde, après avoir nié l’évidence, a passé un éditorial stupéfiant sur les émergents où il reconnait « Ceux-là mêmes qui nous ont méthodiquement dépouillé de nos industries et de nos emplois depuis deux décennies. » Le développement de l’économie des émergents était facilité par ce courant positif permanent. Les investissements, la consommation intérieure, une bonne politique économique dans certains cas faisait le reste.

 

A quel stade de la mondialisation économique sommes-nous ?

 

Une autre catégorie d’émergents, peu exportateur de produits industrialisés comme le Brésil, la Russie, se développaient par un effet indirect : à l'instar de très grands pays comme la Chine ou l’Inde qui utilisaient la richesse créée pour s’équiper massivement en infrastructures, ils dévoraient de plus en plus de matières premières à des prix sans cesse plus élevés. Les pays exportant des quantités importantes de matières premières (Brésil, Russie…) s’enrichissaient avec ce courant positif permanent d’achat de matières premières.
 
Depuis la crise de 2008, les pays développés ne peuvent plus croître avec ce courant négatif constant du déficit commercial croissant car ils sont surendettés (dette privée et publique). Du coup, leur économie tourne avec un taux de croissance beaucoup plus bas, la crise de l’euro n’arrangeant rien. Leurs déficits commerciaux ont pris un tour inverse : ils se réduisent chaque année créant un flux positif de croissance pour eux mais négatif pour les émergents.

 

A quel stade de la mondialisation économique sommes-nous ?

 

Pour les Etats-Unis, cela est en partie dû au gaz et pétrole de schiste, en partie dû au fait que l’ouvrier américain devient si mal payé après 40 ans de baisse tendancielle des salaires, qu’il devient compétitif. Salaires et énergie à prix réduits permettent la résorption du déficit commercial américain.

Pour les pays d’Europe du Sud comme la France, l’Italie et l’Espagne, la baisse du déficit commercial se fait par des importations bridées par une croissance en baisse et des exportations qui continuent à augmenter. La baisse des importations et la hausse des exportations permet à l’Europe de prendre près de 1% de croissance à l’étranger, surtout dans les émergents. Après avoir profité du libre-échange en asphyxiant les pays développés, ce sont maintenant les pays développés qui tournent de moins en moins vite et asphyxient les pays émergents. Les « moins bien gérés » affichent maintenant des déficits commerciaux (de 4% du PIB pour l’Inde à 8% pour la Turquie) et ont des problèmes de croissance de plus en plus aigus. La Russie affiche 1% de croissance trimestriel, l’Inde 3 à 4%, le Brésil 2% et la Chine a un taux réel de croissance d’environ 3-4% depuis un an (tous les économistes même ceux de Goldman Sachs et d’UBS expliquent que les statistiques chinoises sont « incohérentes ». On ne peut qu’estimer la croissance chinoise en observant la croissance de ses besoins en pétrole, électricité, fret …).

On remarquera que la Chine n’arrive à croître assez faiblement qu’en faisant exploser son taux d’endettement de 30% du PIB chaque année : l’endettement public et privé de la Chine est aujourd’hui proche de 220% du PIB, proche donc des records d’endettement des USA (300% du PIB) de 2007 à 2013 et de 1929 ! A cet égard, le prochain cycle de récession de l’économie mondiale qui devrait arriver entre 2014 et 2015 (un cycle économique dure généralement 6 ans), pourrait voir la Chine et d‘autres émergents avoir des problèmes économiques considérables à résoudre  (les pays occidentaux aussi).

Le libre-échange après avoir cassé la croissance occidentale et alimenté une dette publique et privée explosive, est en train d’affaiblir par ricochet la croissance des émergents qui s’en tirent à peu près en alimentant une dette publique et privée conséquente. Les pays occidentaux arrivent tout juste à sortir la tête de l’eau pour certains, à garder la tête sous l’eau sans couler pour d’autres. Le système est à bout et crée des déséquilibres gigantesques. La croissance est en train de se réduire progressivement partout sur la planète. La dette monte en puissance partout. Le libre-échange devient destructeur pour tous. (sauf peut-être pour l’Allemagne dont la croissance est de 1% en moyenne chaque année depuis 2001, ce qui n’est pas formidable)

La prochaine récession mondiale sera probablement très dure. Les pays d’Europe du Sud, qui ont déjà la tête sous l’eau, seront alors dans une situation catastrophique. On l’oublie trop souvent en Europe : nous sommes parfois en récession dans un cycle de croissance mondiale ! Pour les émergents aussi, pour les USA et l’Allemagne, il faudra gérer une forte baisse du PIB.
Les dirigeants deviendront-ils rationnels et sauront-ils changer de cap ? Si le cap n’est pas modifié, la montée des tensions entre les pays risque d’être considérable : plutôt que de s’accuser d’avoir commis des erreurs en suivant les règles d’un système destructeur, les dirigeants ne préféreront-ils pas reporter la faute sur d’autres ? On risque malheureusement de voir alors les limites du « doux commerce ».

Philippe Murer est professeur de finance vacataire  à la Sorbonne et membre du www.forumdemocratique.fr
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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 18:46

 

Médiapart.fr

Arte met à nu l'absurdité et le scandale de l'évasion fiscale

|  Par Dan Israel

 

 

Un excellent documentaire diffusé ce mardi sur Arte dissèque les rouages de l'évasion fiscale. La pédagogie y laisse une large place à l'humour, grinçant. Le film éclaire comme jamais les absurdités du système. « On se moque de nous », résume le réalisateur, Xavier Harel. Vidéo exclusive dans l'article.

Sur fond de ciel gris et froid, dans la petite île anglo-normande de Jersey, un homme affable annonce poliment à ses interlocuteurs sidérés qu’il est à la recherche des plantations de bananes, dont ce petit bout de terre perdu dans la Manche est censé regorger. Une blague ? Si seulement… Officiellement, par la grâce d’un des artifices comptables dont les multinationales sont friandes pour éviter les impôts, Jersey est bien le plus grand exportateur mondial de bananes. Même si, bien sûr, pas un seul fruit tropical ne pousse sur ces terres peu hospitalières.

 

Evasion fiscale - Le Hold up du siècle 
Evasion fiscale - Le Hold up du siècle© Arte

L’homme poli et bien mis se nomme Xavier Harel, le journaliste qui a réalisé (avec Remy Burkel) le documentaire diffusé ce mardi à 20 h 50 sur Arte, Évasion fiscale, le hold-up du siècle. Dans un autre passage de son film, toujours aussi pince-sans-rire il se met en scène à la recherche du « plus grand immeuble du monde » aux îles Caïmans. Dans ce petit et prospère paradis fiscal, un banal immeuble de bureaux abrite plus de mille entreprises. Sans avoir besoin de pousser les murs, puisqu’il ne s’agit en fait que d’une collection de boîtes aux lettres virtuelles, qui servent simplement à exempter d’impôt sur le revenu les entreprises censées y être domiciliées, mais en fait bien actives à la City, à New York ou un peu partout dans le monde.

Ainsi va le documentaire de Xavier Harel, journaliste pendant quinze ans à La Tribune et spécialiste des paradis fiscaux. Mediapart l’avait d’ailleurs invité pour un “live” sur le sujet (revoyez ce débat dans l’onglet Prolonger). Son travail est plein d’humour, mais d’un humour grinçant et pédago, nourri par une parfaite connaissance du sujet et de ses enjeux : l’homme a travaillé 18 mois sur le film, mais il avait déjà trimé deux ans pour écrire un excellent livre sur la question.

 

Evasion fiscale - Le Hold up du siècle 
Evasion fiscale - Le Hold up du siècle© Arte

 

« Dans le film, je me mets régulièrement en scène pour prendre le téléspectateur à témoin, parce que si les enjeux sont colossaux, en fait, le principe est simple : on se moque de nous », explique le journaliste. À coup d’exemples absurdes, de passages historiques bien menés sous formes de petits films d’animation, et d’entretiens passionnants des défenseurs et des adversaires des paradis fiscaux (où on retrouve bon nombre des experts interrogés sur notre site), le documentaire parvient à rendre limpides les manipulations opaques menées au service des grandes entreprises qui cherchent à éviter l’impôt par tous les moyens.

« Faire croire qu’il se passe quelque chose dans ses paradis fiscaux, alors qu’il ne s’y passe rien. C’est ça, le secret du monde de l’offshore », décrypte Harel. Qui s’est donc employé à dévoiler ces tours de passe-passe montés années après années, sous couvert d’« optimisation fiscale » respectable. Pourquoi Colgate, qui possède toujours un de ses principales usines européennes à Compiègne, ne paie plus d’impôt en France ? Comment Amazon se débrouille pour faire évaporer ses bénéfices européens ? Mais aussi quel prix payent les États et les contribuables face à ces dérives ?

Les International tax awards récompensent les meilleurs intermédiaires

C’est un des mérites de ce film que de rappeler à quoi servent les impôts, et combien coûtent les services publics et autres biens communs (routes, crèches, hôpitaux) que nous employons en les croyant gratuits ou presque. 20 à 30 000 milliards de dollars sont dissimulés dans les paradis fiscaux, selon le film. En mettant tout en œuvre pour réduire leur facture fiscale, les multinationales « intaxables » et les riches évadés fiscaux mettent en péril le principe même de l’État, comme le prouve l’exemple douloureux de la Grèce, « le pays qui a fait de l’évasion fiscale une discipline olympique », où chaque année 15 à 20 % du PIB disparaît dans la nature, et où l’Église et les armateurs, première puissance financière du pays, sont exemptés d’impôts...

« Une des grandes difficultés du sujet, c’est qu’il est très abstrait, qu’il n’y a souvent rien à montrer », témoigne le réalisateur. Il contourne pourtant l’obstacle avec aisance, en multipliant les visites aux quatre coins de la planète. Au Delaware, tranquille paradis fiscal niché au sein des États-Unis, il rappelle que la moitié des sociétés cotées à Wall Street y ont installé leur siège social.

 

 

En Suisse, il rencontre l’éternelle mauvaise conscience nationale, Jean Ziegler (voir en fin d’article la version longue de l’entretien, en exclusivité sur Mediapart), mais aussi Rudolf Elmer, un lanceur d’alerte qui a fait six mois de prison préventive pour avoir dénoncé les malversations aux îles Caïmans de la banque helvète Julius Bär, qu’il dirigeait sur place.

Harel se risque aussi, caméra cachée, aux International tax awards, rencontre annuelle de tous les grands cabinets de conseils, où KPMG, Deloitte et autres Price Water House Cooper s’auto-congratulent sur les astucieux montages fiscaux qu’ils ont élaborés pour enrichir leurs clients. Moments étonnants, et jamais vus à la télé, où les experts de l’évasion cachent mal leur fierté à être reconnus dans leur art délicat.

*Extrait du documentaire ici

« S’attaquer aux grandes failles de la législation internationale, comme le G20 vient de s’engager à le faire, c’est bien, mais pas suffisant, prévient Xavier Harel. La prochaine étape, indispensable, c’est de s’occuper de tous ces intermédiaires, cabinets de conseil, banques, fiscalistes, qui permettent au système d’exister et de prospérer. » Pour l’heure, on se félicitera déjà de voir leurs pratiques si clairement exposées.

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Le documentaire relaye durant quelques minutes le discours du Suisse Jean Ziegler, professeur de sociologie, député socialiste de Genève pendant près de trente ans, rapporteur spécial des Nations unies à l’ONU sur le droit à l’alimentation de 2000 à 2008, puis vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Auteur du livre Destruction massive (Le Seuil), Ziegler joue depuis des années le rôle de poil à gratter de la Confédération helvétique. Il raconte la place incontournable de la Suisse dans le système mondial d’évasion fiscale, et comment selon lui, elle fonde sa richesse sur l’exploitation des ressources de ses voisins et des pays du Sud. Il n’accorde aucune circonstance atténuante au « gouvernement de laquais » de son pays, qui serait à la merci des entreprises nationales.

  • En accord avec Arte et Maha productions, Mediapart propose une version longue de cet entretien, remontée par nos soins à partir des rushes de tournage :

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 18:31

 

arte.tv

 

Evasion fiscale

Le hold-up du siècle

En direct mardi 10 septembre à 20h50 (90 min)

  Rediffusé samedi 14.09 à 11h30

De la Suisse aux îles Caïmans en passant par Jersey, un tour du monde très pédagogique des paradis fiscaux où sont dissimulés des milliards de dollars, détournés de la richesse publique.

Dossier

En savoir plus  

 

Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD Acheter  

 

Imaginez un monde dans lequel vous pourriez choisir de payer ou non des impôts tout en continuant de bénéficier de services publics de qualité (santé, éducation, sécurité, transport...) payés par les autres. Ce monde existe : c'est le nôtre. Aujourd'hui, les multinationales peuvent dégager des milliards d'euros de bénéfice et ne pas payer un euro d'impôt. De même que des riches contribuables ont tout loisir de dissimuler leurs fortunes à l'abri du secret bancaire suisse ou dans des trusts domiciliés à Jersey. L'évasion fiscale a pris de telle proportion qu'elle menace aujourd'hui la stabilité de nos États. Entre vingt mille et trente mille milliards de dollars sont ainsi dissimulés dans les paradis fiscaux, soit l'équivalent des deux tiers de la dette mondiale !

Le pillage de nos richesses

Xavier Harel, journaliste et auteur de La grande évasion, le scandale des paradis fiscaux, nous emmène aux îles Caïmans, dans le Delaware aux États-Unis, à Jersey, en Suisse ou encore au Royaume-Uni pour nous faire découvrir l'industrie de l'évasion fiscale. Il démonte avec humour les savoureux montages de Colgate, Amazon ou Total pour ne pas payer d'impôt. Il dénonce aussi le rôle des grands cabinets de conseil comme KPMG, Ernst and Young ou Price Water House Cooper dans ce pillage de nos richesses. Il révèle enfin au grand jour l'incroyable cynisme des banques comme UBS ou BNP qui ont été renflouées avec de l'argent public mais continuent d'offrir à leurs clients fortunés des solutions pour frauder le fisc. Mais l'évasion fiscale a un prix. En Grèce, Xavier Harel nous montre comment un pays européen a basculé dans la faillite en raison de son incapacité à lever l'impôt. Faillite qui nous menace tous si rien n'est fait pour mettre un terme à ces incroyables privilèges dont jouissent aujourd'hui les grandes entreprises et les riches fraudeurs.

 

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 18:26

 

 

marianne.net

 

Ce soir sur Arte « Le hold-up du siècle »

Qui croire ? Arte ou le Monde ?

Mardi 10 Septembre 2013 à 11:18

 

Bertrand Rothé

 

Arte diffuse ce soir un documentaire sur l'évasion fiscale: comment les familles aisées échappent à l'impôt ou les multinationales fuient les taxes. Xavier Harel vous dit tout sur "le hold up du siècle".

 

Lorsque Marianne titre sur « Cette France qui se tiers-mondise », le Monde du 7 septembre préfère : «  Impôts : pourquoi les familles aisées vont payer » ? C’est un choix. C’est le choix du Monde de nous faire croire que les familles aisées payent beaucoup d’impôts. Sauf que ce soir Arte dans un documentaire, nous explique l’inverse. Comment les « familles aisées » et les grandes entreprises échappent à l’impôt. C’est vrai les impôts augmentent, mais ils s’accroissent surtout pour les classes moyennes et les PME, PMI.


Les chiffres énoncés dans le doc par Arte donnent froid dans le dos. Les « familles aisées » comme les grandes entreprises échappent à l’impôt, n’en déplaise au Monde. Dans ce doc, très pédagogique et parfois amusant, Xavier Harel nous montre comment les riches, et pas seulement Jérôme Cahuzac, fuient la charge commune. L’essentiel des techniques y sont décrites. Ce soir en vous endormant vous saurez que Jersey est le principal importateur de bananes en Europe pour permettre aux multinationales du négoce de ne pas payer d’impôts au Honduras. Vous comprendrez que Colgate est une des sociétés les plus rentables du Dow Jones parce que la multinationale ne paye pas de taxes dans les pays à taux d’imposition élevé, comme la France. Vous saurez pourquoi les Trust sont à la mode. Vous verrez aussi le patron de BNP Paribas en mauvaise posture… Un vrai moment de plaisir.


Vous découvrirez que le sport national de nos élites et de nos grosses entreprises n’est plus le tennis, dépassé, ni le golf en cours de démocratisation mais l’optimisation fiscale. Ce « Hold-up du siècle » explique « pourquoi les familles »  moyennes « vont payer » , pour rembourser de l’argent que leur ont prêté les ménages aisés.


Petit détail mais pas des moindres, on apprend aussi que le ver est dans l’Europe. Jersey, la City londonienne et le Luxembourg ouvrent les bras à nos « familles aisées ». Certaines banques suisses les invitent même à des concerts, pour terminer par une proposition idoine de délocalisation fiscale. Deux plaisirs en un seul.


Qui nous dirait qu’un jour Arte nous informerait mieux que le Monde ? 


Seul bémol, Xavier Harel appelle à une réforme progressive et ferme. On a beaucoup mal à croire comment elle viendrait. A la fin du documentaire on se demande comment forcer les élites qui nous gouvernent à rendre gorge.


Sur son site Arte propose un atlas interactif de l'évasion fiscale.

 

 

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 18:06

 

marianne.net

Mardi 10 Septembre 2013 à 16:04

 

Propos recueillis par Bruno Rieth

 

« Avant de vivre cette expérience de gaspillage je pensais qu’en France, nous avions une gestion intelligente des déchets. Que tout était fait pour recycler un maximum. »

 

 

 

Le réalisateur Martin Esposito nous livre, en exclusivité, un quatrième extrait de son film « Super Trash », récit de 14 mois passés dans une décharge du Sud-Est de la France. Dans ce lieu géré par une filiale locale de Véolia, sa caméra a « débusqué »…Des tonnes de bouteilles de verre ! Il nous raconte.

C’était très répétitif. Plusieurs fois par jour des camions venaient déverser dans la décharge des tonnes de plastiques, bouteilles de verre ou d’emballages tous parfaitement triés. Ce sont peut-être les images les plus fortes de mon film car elles démontrent l’ampleur du gâchis et l’absurdité de la situation du traitement des déchets en France. On enterre des milliers de déchets que les gens ont fait l’effort de trier.
 
Dans cet extrait, ce ne sont pas moins de deux tonnes et demie de bouteilles d’huile d’olive qui sont balancées puis enfuies au milieu des immondices. C’est inexplicable et toutes les formes d’emballages sont concernées. Pourquoi se retrouvent-elles là ? Un jour, l’un des ouvriers du site manifestement remonté, vient me voir pour me dire qu’un camion benne a largué une pleine cargaison de bouteilles en verre de soda. Pour lui c’était un vrai scandale car c’était le type de bouteilles qu’il triait consciencieusement.
 
Avant de vivre cette expérience de gaspillage je pensais qu’en France, nous avions une gestion intelligente des déchets. Que tout était fait pour recycler un maximum. Depuis quelques années il y a vrai travail de communication dans les médias des entreprises privées et des ministères concernés pour inciter les gens à recycler. Qui de nos jours ne se pose pas cette sempiternelle question « Quelles poubelles je dois choisir, bleues, jaunes ou vertes ? ». C’est très bien car ça a permis de faire évoluer les mentalités des particuliers et leur faire réaliser une prise de conscience. Ma découverte dans cette décharge des Alpes-Maritimes, c’est que le problème ne vient pas forcément du triage en amont mais du traitement en aval. Il y a un vrai bug dans la chaîne de travail et c’est le cœur du sujet du film : Qu’arrive-t-il à nos déchets une fois qu’ils sont dans les poubelles. J’ai compris qu’en France il y a un vrai business des déchets qui s ‘appuie sur les prises de conscience environnementales des citoyens, parfois en les culpabilisant, mais que derrière, ces intérêts cherchent surtout à faire des profits plutôt que d’apporter de vraies solutions durables.
 
Je pense qu’il faut exiger que le travail soit fait jusqu’au bout. Plastiques, bouteilles de verre, magazines, médicaments, tous ces produits peuvent et doivent être recyclés. On doit radicalement stopper ces pratiques en France au risque de basculer dans une catastrophe écologique majeure. On scie la branche sur laquelle on est assis. En s’appuyant sur le témoignage de Super Trash l’association Greenpride et le Centre national d’information indépendante sur les déchets (Cniid) ont lancé une pétition sur internet qui a déjà été signée par plus de 20 000 personnes, ce qui montre l’intelligence des citoyens sur la question des déchets. Cet appel invite le président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Ecologie à se saisir pleinement de cette problématique et à réagir réellement.

 

 

 

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