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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 15:18

 

rue89.com

 

Lobbies 23/09/2013 à 11h12

Restos : comment l’agro-industrie a grignoté le label « fait maison »


 

 


Une rue de Paris et les cartes de ses restaurants (Daxis/Flcikr/CC)

 

Impossible de savoir si ce qu’on a dans notre assiette au resto a mijoté pendant des heures en cuisine ou sort d’un sachet en plastique réchauffé au micro-ondes.

Selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih principal syndicat du secteur), 80% des restaurateurs utilisent des produits industriels, semi-élaborés voire déjà cuisinés. Et cela concerne jusqu’aux œufs, que le grossiste Davigel, par exemple, propose en omelette, sous forme liquide ou durs :

« Cuisson à point, jaune savoureux et blanc ferme et souple. Conservé en saumure en seau. »

Pour mettre un peu de transparence dans nos assiettes, un amendement a été adopté à l’Assemblée nationale le 27 juin dernier, inspiré par quinze grands chefs. Il visait à rendre obligatoire, pour les restaurants, d’indiquer sur la carte si un plat était vraiment préparé sur place (ou non) à partir de produits bruts.

« Les andouillettes sont faites chez moi »

L’amendement n’a pas survécu à son passage au Sénat, dans la nuit de mercredi 11 à jeudi 12 septembre, face au front commun des sénateurs communistes, UMP et centristes (189 voix contre 157).

Philippe Adnot (sénateur non inscrit) a lancé :

« Les andouillettes de Troyes, elles sont faites chez moi. Le travail de ces ouvriers vaut largement ce que ferait maison un restaurateur quelconque. »

Derrière cela, une idée qui revient : il ne faut pas stigmatiser les produits industriels, parfois meilleurs que le fait maison. Et Mireille Schurch, sénatrice du groupe Communistes, républicains et citoyens, a avancé l’argument :

« On ne pourra jamais contrôler l’utilisation correcte du label dans les 200 000 restaurants de France. »

Pourquoi pas supprimer aussi les stops sur la route, a alors ironisé le sénateur socialiste Martial Bourquin...

L’astérisque qui aurait alourdi les menus

En 2011, déjà, après que la gastronomie française a été inscrite au patrimoine mondial de l’humanité, un amendement du député UMP Fernand Siré est adopté en octobre. Il propose « d’informer » le client sur ce qu’il y a dans son assiette, mais il reste flou.

Dans la presse, il évoque la possibilité d’introduire sur les cartes des menus un astérisque pour « signaler que le professionnel a élaboré lui-même le plat et qu’il a été fait avec du frais et non pas avec du sous-vide ou de la nourriture en conserve, voire du surgelé ».

Et puis, il se rétracte. Interviewé dans le documentaire « Restauration française, un pavé dans l’assiette », réalisé en 2012 par Rémi Delescluse, il explique que cela aurait trop alourdi les menus dans les restaurants. Pendant qu’il parle, il tient une feuille dans ses mains, sur laquelle on peut lire en gros caractères :

« Attention à ne pas se mettre à dos les lobbyist [sic] de l’agro-alimentaire. »

 


Capture d’écran du documentaire « Restauration française : un pavé dans l’assiette », de Rémi Delescluse, 2012 

 

Mais c’est promis, « il n’y a pas de lobbies dans cette affaire ! » a lancé le sénateur Christian Cambon (UMP), lors des débats récents, alors que Martial Bourquin demandait dans l’arène qui les élus voulaient défendre.

« Meilleure filière agroalimentaire d’Europe »

L’industrie veut en effet convaincre les élus que ses produits ne sont pas mauvais et surtout qu’ils génèrent de l’emploi. Sénateurs et députés sont invités à visiter les usines, comme Fernand Siré convié en 2011 par l’industrie des surgelés. Martial Bourquin commente :

« Concrètement, on vous dit que c’est inapplicable, que cela risque de causer du tort à la meilleure filière agroalimentaire d’Europe qui génère au moins 400 000 emplois... Et ça peut marcher dans tous les rangs politiques. »

Les syndicats pour un label « restaurateur »

Les deux grands syndicats regroupant des restaurateurs traditionnels ont eux aussi participé au débat :

  • le Synhorcat, qui défend l’obligation d’affichage du label « fait maison », propose un label « restaurant » que ne pourraient utiliser que ceux qui transforment des produits frais ;
  • l’Umih (également soutenu dans ce combat par des professionnels de la restauration rapide), propose un label « artisan-restaurateur » qui récompenserait les établissements qui font du 100% fait maison.

Il fait valoir que depuis que des chefs étoilés « apportent leur pierre à l’édifice » de l’industrie agroalimentaire, il y a des choses « pas si mauvaise que ça ». Parmi eux, Joël Robuchon et sa purée magique, ou Alain Ducasse, qui offre son savoir-faire à Sodexo ou à Brake.

Une question de transparence

Xavier Denamur est un adepte du « fait maison ». Lui aussi est un lobbyiste, mais assume. Il s’énerve :

« Le problème, c’est que les grands groupes sont en lien avec des sénateurs-maires au niveau local. Ce sont eux qui font les menus des cantines. Alors les maires voient d’un mauvais œil la transparence, ils se laissent convaincre par l’industrie. »

Et le restaurateur veut rappeler :

« C’est une loi pour consommateurs, pas pour restaurateurs. Il ne s’agit pas de stigmatiser des plats, en affirmant que certains sont meilleurs. C’est une question d’information. La démocratie fonctionne comme ça. »

Le fait maison pas forcément mort

Et la démocratie est souvent surprenante.

La nuit où les sénateurs ont supprimé l’obligation d’indication du label fait maison sur les menus, ils ont laissé passer un autre amendement. Il sauve l’honneur des combattants du fait maison (le label existe), tout en laissant prudemment le soin au gouvernement de préciser par décret ses « modalités de mise en œuvre ».

Les lobbies vont pouvoir continuer à travailler.

 

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 15:08

 

rue89.com

 

Le grand entretien 22/09/2013 à 15h55

Dominique Méda : « Il faut de nouveau réduire le temps de travail »

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

La croissance faible, une bonne nouvelle ? Pour Dominique Méda, sociologue, c’est le moment de s’en libérer pour bâtir une société plus respectueuse de l’humain.

 


« La Mystique de la croissance » de Dominique Méda

 

Nous sommes prisonniers de la croyance en la croissance. Elle est dans les têtes. Nos indicateurs sont tous pointés vers cet objectif. Notre système économique et social est entièrement organisé autour d’elle. Et pourtant, ne serait-ce que pour sauver la planète, il faut sortir de la logique de la croissance.

C’est la thèse que défend la sociologue et philosophe « gorzienne » Dominique Méda, professeure à l’université Paris-Dauphine, dans son dernier essai, « La Mystique de la Croissance » (Flammarion, 2013). Entretien.

Rue89. On a l’impression que les économistes se résignent peu à peu à l’idée que la croissance restera très basse en France, pendant très longtemps.

Dans son livre « Le Capital au XXIe siècle » (Seuil, 2013) par exemple, Thomas Piketty écrit qu’il est illusoire de rêver d’un retour à des taux de croissance de 3%... Avez vous le sentiment que la croissance sort des têtes ?

Dominique Méda. Pour qu’il y ait du changement dans les têtes, il faut que de grands économistes, très réputés, disent autre chose que leurs collègues. Ce qui a été le cas avec le texte de Robert Gordon [qui a prédit une croissance moyenne de 0,5% à l’horizon 2050-2100, ndlr]. D’autres économistes hétérodoxes l’avaient dit avant lui, mais on ne les écoute pas. Je pense à Jean Gadrey, par exemple. Là, c’est Gordon qui parle, alors de plus en plus d’économistes s’accordent à penser que la croissance ne reviendra pas ou que les taux de croissance seront durablement faibles.

Certes, le changement n’est pas complet : de nombreux économistes continuent de penser qu’on peut retrouver de la croissance, notamment en investissant dans la recherche et l’éducation. Mais la doxa selon laquelle il faut absolument plus de croissance et que c’est possible se fissure : les positions sont plus variées. L’idée de la contrainte environnementale a fait son chemin, l’air de rien. De plus en plus d’économistes acceptent qu’elle constitue une limite objective.

Le débat « croissance contre décroissance » semble dépassé, car la réalité qui s’impose, une très faible de croissance, semble réconcilier tout le monde. Est-il trop tôt pour parler de consensus ?



Dominique Méda (Flammarion)

 

Je n’irais pas jusque-là, franchement. S’il y avait un tel consensus –« on n’a plus de croissance, comment on fait ? » – on tomberait beaucoup plus rapidement sur l’idée qu’il faut remettre sur la table la réduction du temps de travail et d’autres politiques de ce genre. On n’y est pas du tout. On est dans un entre-deux : on se dit que peut-être la croissance ne reviendra pas, ou pas comme avant, mais on n’est pas prêt à prendre les mesures qui s’imposent pour s’accommoder de ce nouveau régime de croissance.

Que faut-il pour passer ce stade ?

Il faut que des gens dont la parole porte le disent. Prenez par exemple l’idée qu’il faut changer d’indicateurs de richesse : elle n’a avancé que lorsque la Commission Stiglitz ne s’en est emparée.

C’était Stiglitz, mais aussi Sarkozy : un président de droite.

Oui, mais je pense que le fait qu’un prix Nobel de l’économie l’a portée a joué énormément. Il faut toujours un économiste, et un économiste un peu mainstream, pour porter une idée qui sort du lot, sinon on est pris pour un fou. C’est terrible mais c’est ainsi.

Pour porter l’idée qu’il faut sortir du mythe de la croissance, quel économiste sérieux verriez-vous ?

Ah, je ne sais pas, je ne vais pas donner de noms ! [rire] Daniel Cohen l’a un peu fait il y a quelques années.

Oui, c’est vrai, il était un peu embarrassé, d’ailleurs. Il s’était démarqué de ceux qui prônaient la décroissance, tout en validant l’idée qu’il fallait tenir compte de la finitude des ressources.

Il a surtout admis qu’il fallait peut-être moins de croissance, que l’on remplacerait par plus de bonheur... Il a relayé les travaux de Claudia Senik sur le bonheur. Stratégiquement, c’est malin de le présenter ainsi : peut-être qu’on aura moins de croissance, mais on aura plus de bonheur. Mais c’est une stratégie dangereuse. Le bonheur n’intègre pas l’environnement : on peut être très heureux dans un environnement qui se dégrade. Et c’est une notion individualiste, qui fait l’économie d’un débat sur ce qu’est le bien commun, sur le bien-être collectif, sur ce qu’on veut faire ensemble...

La croissance procure du bonheur (parce qu’elle augmente le pouvoir d’achat, réduit les souffrances sociales, encourage les émancipations...). Si l’on doit tenir un discours alternatif, ne faut-il pas qu’il soit aussi porteur de bonheur ?

Il faut rechercher le bien-être, bien sûr. Mais l’idée d’adopter comme indicateur uniquement des perceptions subjectives renvoyant au bonheur individuel, cela ne me semble pas tenable. On est obligé de se référer à des éléments objectifs, que ce soit sur le patrimoine naturel (les émissions de gaz à effet de serre, par exemple), la qualité de vie, les conditions de travail, la répartition des revenus et de le l’emploi, etc. Ça va de pair avec le bien-être.

 


Des gens se promènent (Garry Knight/Flickr/CC)

 

La commission Stiglitz, aussi excitante fût-elle, n’a pas débouché sur grand chose.

Cela n’a pas entraîné le changement massif que cela aurait dû entrainer. Il y a eu une occasion manquée en 2008-2009, au moment de la crise : à cette époque, en Europe, une vraie réflexion avait été engagée pour une vraie bifurcation. On cherchait alors à trouver des solutions à la fois à la crise économique et à la crise écologique.

De nombreuses initiatives avaient été prises : le Grenelle de l’environnement, la commission Stiglitz, mais aussi, au niveau européen, le manifeste de la Spring Alliance, et puis au Bureau international du travail (BIT) le rapport sur les emplois verts... De nombreux chantiers ont été ouverts.

Et puis tout à coup, la porte se referme. On arrête de vouloir réguler la finance : on considère que cela a été plus ou moins réglé. On ne fera pas les grandes réformes sur lesquelles on avait commencé à réfléchir. La porte se referme, comme elle s’était refermée dans les années 70, au cours desquelles on avait commencé à réfléchir aussi à notre modèle économique.

Vous pensez au Club de Rome, et à la « croissance zéro » ?

Oui, mais pas seulement. En France, Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, remettait en cause la croissance (voir vidéo ci-dessous), de même que le président de la Commission européenne Sicco Mansholt.

 

 

« Nous contestons la conception actuelle de la croissance » 15/04/1973

Il y avait alors une acuité exceptionnelle autour de ces questions. Pensez aussi au discours de Robert Kennedy [le 18 mars 1968, ndlr], quelques semaines avant sa mort, quand il dit : « Le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. »

A cette époque, on réfléchit à la fois sur les limites de la croissance (du fait de l’épuisement du patrimoine naturel) et sur le lien entre la croissance et la dégradation des conditions de travail : l’impact sur les gens des gains de productivité. Il y a donc une prise de conscience, très aiguë, mais la porte se referme avec le premier choc pétrolier, puis le second.

Dans votre livre, vous plaidez pour un ralentissement des gains de productivité.

C’est Jean Gadrey qui a ouvert une réflexion sur le sujet : selon lui, il faut ralentir les gains de productivité, car si on doit changer le contenu de la production, il va falloir davantage de travail.

Parce qu’il va falloir plus de services ?

Oui : dans une société de services, parler de « gains de productivité » n’a plus grand sens, surtout dans certains secteurs. Qu’est-ce que « des gains de productivité » dans une maison de retraite, par exemple ?

Surtout, il souligne que le PIB n’arrive pas à capter les gains de « qualité » et de « durabilité » : si on doit modifier la qualité de notre production, le PIB n’est pas le bon instrument pour le faire. Il y a là un champ de réflexion à la limite de l’économie et de la sociologie qui est passionnant.

Par quoi faudrait-il commencer pour préparer la bifurcation que vous souhaitez ? Par changer l’indicateur, remplacer le PIB par autre chose ?

Ce serait essentiel d’avoir de nouveaux indicateurs pour nous guider. La question de l’indicateur est centrale. Mais il faut engager d’autres chantiers : l’encadrement de la croissance, par exemple, dans des normes environnementales et sociales, si l’on peut au niveau mondial.

Il faudrait donner de nouveaux pouvoirs au Bureau international du travail, des pouvoirs au moins équivalents à ceux de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), pour éviter que les productions les plus sales ou les plus dégradantes pour les travailleurs aillent toujours dans les même pays et que ne s’intensifie le dumping social..

Et puis, évidemment, commencer à engager un vaste programme d’investissement dans la rénovation thermique, le développement des modes de transports collectifs, le verdissement des processus industriels, l’agro-écologie, etc. Une telle transition a été chiffrée à 300 milliards d’euros par an pour l’Union européenne (UE). Ce sont des sommes énormes, qui supposent qu’on imagine des financements nouveaux : il faut créer des fonds européens, et pour cela changer les règles de l’UE (y compris, probablement, celles qui régissent la Banque centrale européenne).

Votre livre rejoint les thèses des « décroissants », mais vous n’utilisez jamais le mot. Est-il complètement décrédibilisé ?

Ce n’est pas un livre prônant la décroissance. L’idée de « décroissance » s’inscrit dans le même cercle intellectuel que la croissance, et je propose justement d’en sortir. Changer d’indicateur, c’est sortir de cette façon de penser, croissance/décroissance : dire que la quantité de produits n’est plus l’essentiel.

Ne serait-il pas plus simple de rester dans ce paradigme de la croissance, mais en la « verdissant » : aller vers une croissance qui ne dégraderait pas l’environnement, et pourrait donc être illimitée.

Pourquoi pas, essayons. Sélectionnons les secteurs qu’on veut voir se développer : la rénovation thermique, par exemple. Si vous me dites « c’est de la croissance », alors d’accord, appelons cela croissance, mais pour moi, une croissance vertueuse est une croissance qui améliore, pas une croissance qui détruit.

Enfin, il faut se garder de faire de la « croissance verte » au prix d’une marchandisation généralisée de la nature. On voit bien que des tas d’entreprises se préparent à ouvrir de nouveaux chantiers de « croissance verte » pour marchandiser des pans entiers de savoirs, de connaissances, de nature... N’allons pas jusque-là.

L’économie numérique, qui se développe, n’est-elle pas plus verte que l’économie industrielle ?

Elle n’est pas pour autant neutre pour les ressources : il faut fabriquer des ordinateurs, avec des matériaux rares, et ils consomment de l’énergie. Le risque, aujourd’hui, c’est d’aller vers des tensions autour de minerais rares ou de lancer de nouvelles exploitations comme le gaz de schiste.

Ma préférence va donc vers des idées d’efficacité, de sobriété, de partage, pour subvenir à nos besoins essentiels en pompant le moins possible sur les ressources naturelles.

Bâtir une « société de sobriété » ?

Je n’aime pas plus ce mot-là : on ne peut pas dire cela aux gens qui ne peuvent pas consommer. Je préfère « une société d’égalité ». Une société qui partage l’emploi et les ressources rares.

La critique que l’on entend parfois contre ceux qui prônent une société de « sobriété » ou de « décroissance », c’est qu’ils se préoccupent de problèmes de riches. L’urgence, c’est en effet la question sociale : le chômage. Or, dans nos sociétés, jusque-là, on ne sait pas trop comment résoudre cette question sociale sans croissance.

Je ne pense pas qu’il faille avoir un raisonnement séquentiel (« On va résoudre d’abord la crise économique, puis quand les choses seront revenues à la normale, on essaiera de résoudre la crise écologique »). Il faut tenir les deux en même temps : commencer à résoudre la crise de l’emploi en s’attaquant à la crise écologique.

C’est en faisant de la rénovation thermique (et donc en baissant la facture de pétrole) et en développant les énergies renouvelables qu’on va créer des emplois. Il faut résoudre la question de l’emploi sans miser sur la croissance : cela passe par la réduction du temps de travail, la répartition des revenus, de la fiscalité, etc.

Sur le temps de travail, on a tenté les 35 heures, mais le succès de cette expérience est loin d’être probant...

Il faudrait tirer un vrai bilan des 35 heures. Il n’a pas eu lieu. Il n’y a eu qu’un numéro spécial d’Economie et statistiques de l’Insee, sorti en catimini [en juin 2005, ndlr]. Il y a eu une offensive idéologique massive, pour dire qu’elles avaient dégradé la valeur travail, ce qui est faux : la valeur travail n’a jamais été si haute dans les enquêtes.

Il est également faux de dire que les Français sont ceux qui travaillent le moins. Le temps de travail a baissé dans tous les pays européens, selon des modalités diverses. Quand on agrège les temps partiels, on se rend compte que les Français travaillent aujourd’hui chaque année plus d’heures que les Allemands [1 559 heures contre 1 432 heures par an, ndlr].

 


La baisse du temps de travail en France et en Allemagne (Insee)

 

Certes, l’opération des 35 heures n’a pas été parfaite, parce qu’on n’est pas allé jusqu’au bout. Avec le passage de la loi Aubry I à la loi Aubry 2, on a cessé d’exiger des créations d’emploi. Aujourd’hui, je pense qu’avec cinq millions de chômeurs, il faut remettre sur la table cette option de la réduction du temps de travail. Pour attaquer l’énorme masse de chômage, et notamment l’énorme masse des chômeurs de longue durée, qui risquent d’être exclus jusqu’à la fin de leurs jours.

Avec quelle méthode ? La méthode Larrouturou/Rocard de la semaine des quatre jours ?

Oui, elle me parait intéressante, même s’il faut examiner si elle est praticable selon les secteurs. Je fais d’ailleurs partie du collectif Roosevelt [animé par l’économiste Pierre Larrouturou, ndlr]. A la fois pour faciliter la transition écologique et pour redonner, dès maintenant, espoir aux gens, il faut de nouveau réduire le temps de travail.

C’est aussi une question d’égalité homme-femme. Les temps de travail annuels des femmes sont en moyenne plus courts, du fait des temps partiels. Si l’on veut permettre aux femmes de faire les mêmes carrières que les hommes, d’accéder aux même responsabilités, d’avoir des retraites équivalentes, il faut raccourcir le temps de travail des temps complets. Avec des modalités différentes selon les secteurs, bien-sûr.

Les Français attendent désespérément le retour d’un peu de croissance, de pouvoir d’achat, de créations d’emplois... Et vous, vous publiez ce livre pour dire « la faible croissance est finalement une bonne nouvelle ». Avez vous le sentiment que votre discours est audible ?

Je sais qu’il est difficilement audible. La bonne nouvelle, c’est que la situation actuelle nous oblige à nous arrêter et nous poser les bonnes questions : si jamais la croissance ne revient pas, que fait-on ? C’est un moment un peu salvateur. La croissance permet, par exemple, d’éviter la question de la redistribution : quand le gâteau s’élargit, tout le monde en profite un peu. Si le gâteau ne grossit plus, comment faut-il le redécouper ?

Par ailleurs, la croissance a un impact sur les émissions de gaz à effet de serre. Si l’on accorde foi à ce que les différents rapports sur les changements climatiques nous disent, ceux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) ou d’autres, la situation est effrayante : on a une capacité d’aveuglement incroyable.

Peut-être est-ce parce qu’on sait que de toute façon, les ressources fossiles vont disparaître un jour : on fait le pari qu’on les remplacera par d’autres formes d’énergie plus respectueuses de la planète...

C’est un raisonnement d’économiste. Je suis frappée par la manière dont les économistes nous ont aidés à nous aveugler. Je pense à des gens comme Robert Solow [« Nobel » d’économie, ndlr], par exemple. Les économistes sont ceux qui croient le plus aux vertus du progrès technologique. Ils nous disent : j’épuise les ressources, leur prix augmente ce qui me permet d’investir dans d’autres ressources et tout va bien ! C’est invraisemblable.

Comment a-t-on pu laisser les économistes tenir de tels propos ? L’économie ne doit pas être une matière isolée, elle doit commencer par tenir compte des lois de la physique. Les économistes partent de postulat contestables : cette idée, par exemple, que ce qui compte, ce sont les « utilités ». La nature n’est pas très importante, dans leurs raisonnements. Ce qui importe, c’est qu’il y ait « quelque chose » qui nous donne des satisfactions. Trop souvent, ils tiennent un discours prescriptif, presque performatif : et nous les croyons.

Un économiste, René Passet, a mis en garde contre les dangers d’une science économique qui se replie sur elle-même.

Oui, c’est un des premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme. Mais dire que l’économie doit être encastrée dans la société, qui est elle même encastrée dans l’environnement, ce n’est pas non plus révolutionnaire : cela devrait aller de soi.

Dans votre livre, vous faites un plaidoyer pour un retour aux vertus grecques, notamment leur propension à se réguler, de fixer des limite à leurs désirs. N’est-ce pas un peu...

Réactionnaire ?

...plutôt à l’encontre de la modernité.

La société grecque décrite par les philosophes présentait des défauts rédhibitoires – les esclaves, le sort des femmes – mais elle a inventé des choses fantastiques, comme la démocratie, le sens de la mesure. Les modernes ont porté au plus haut la promotion de la raison, de l’individu, du progrès mais en oubliant d’y mettre des limites

Aujourd’hui, on peut inventer un troisième moment, en adoptant les avantages des deux mondes. Remettons un peu de mesure dans l’idée du progrès forgée au XVIIIe siècle. Je ne dis pas qu’il faut arrêter de produire, mais qu’il faut produire pour satisfaire nos besoins essentiels plutôt que pour faire du profit. Qu’il faut produire en respectant l’humain, ses conditions de travail et son environnement. Civilisons la croissance.

 

 

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 14:44

 

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La lettre d’ATTAC Nîmes
 
Septembre 2013

   

 

Sommaire :
 
1/ Se mobiliser avec Attac !

2/ Mardi 24 septembre 2013 - 18h30/20h30: Conférence "Bioéthique : faux problèmes, impasses et démocratie" de Jacques Testart (Université Critique et Citoyenne de Nîmes)

3/ Mercredi 25 septembre à partir de 19h, « Apéro Nef »  au bar  l’instant T  à Nîmes (2, rue Racine - proche Maison Carrée) : Venez découvrir la Nef, société coopérative de finances solidaires !

4/ Jeudi 26 septembre à 19h : réunion publique « les enjeux de la réforme des retraites et la riposte syndicale à construire » avec Gérard Gourguechon (par le syndicat Solidaires 30)

5/ Mercredi 2 octobre à 19h : réunion mensuelle du groupe ATTAC Nîmes (accueil des nouveaux, des sympathisants, des curieux… à 18h30)

6/ Jeudi 3 octobre à 20h (auditorium Pablo Neruda – Nîmes): « la Grèce qui lutte à Nîmes ! » : Projection de « Ne vivons plus comme des esclaves » de Yannis Youlountas et débat avec le réalisateur et des acteurs du mouvement social d’Athènes (par ATTAC Nîmes et Fédération Anarchiste Gard-Vaucluse)

7/ Week-end du 5 & 6 octobre: Alternatiba, le village des alternatives (Bayonne)

8/ Dimanche 6 octobre – St Géniès de Malgoires : 10e Fête de la Confédération Paysanne !

9/ Université d’été d’Attac France à Nîmes : plusieurs nouvelles vidéos en ligne dont les interviews d’ATTAC TV France !

10/ Documentaire : « Évasion fiscale : Le hold-up du siècle »

11/Et toujours : pour recevoir les infos d’ATTAC France et les meilleurs émissions à la télé, ATTAC pour les Nuls, les lectures ATTAC, pour voir ou revoir le documentaire « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde »…
 
1/ Se mobiliser avec Attac !
 
Vous adhérez aux idées d’ATTAC… N’attendez plus, adhérez à ATTAC ! Comme 50 000 personnes dans plus de 40 pays… rejoignez un réseau altermondialiste, national, européen et international. Adhésion proportionnelle aux revenus et déductible à 66% des impôts (le cas échéant)
 
Vous voulez vous mobiliser dans votre ville, quartier, village ? Contactez le comité local d’Attac le plus proche de chez vous

 

2/ Mardi 24 septembre 2013 - 18h30/20h30: Conférence "Bioéthique : faux problèmes, impasses et démocratie" de Jacques Testart (Université Critique et Citoyenne de Nîmes)
 
• Conférence inaugurale "Bioéthique : faux problèmes, impasses et démocratie" de Jacques Testart, biologiste, directeur de recherche honoraire de l'INSERM, dont les travaux sur la fécondation in vitro ont abouti à la naissance du premier "bébé éprouvette" français en 1982 (Amandine), membre du Conseil Scientifique d'Attac, chroniqueur du journal La Décroissance
 
Au Lycée Daudet (3 bd Victor Hugo - Nîmes) - Salle Jacques Terrisse
 
• Programme 2013-2014 de l'Université Critique et Citoyenne de Nîmes :
Thème 2013-2014 : "Une morale pour notre temps?"

Les séances se déroulent en général entre 18h30 et 20h30 à l'IUFM (62 rue Vincent Faïta - Nîmes), gratuites et ouvertes à tous. La première séance aura lieu le mardi 1er octobre 2013.
Pour l'ensemble du programme :
- d'octobre à décembre 2013, voir http://uccn.webuda.com/Site_UCCN/Programme_2013.html
- de janvier à avril 2014, voir http://uccn.webuda.com/Site_UCCN/Programme_2014.html
 
Université Critique et Citoyenne de Nîmes : http://unipop.nimes.free.fr

  

3/ Mercredi 25 septembre à partir de 19h, « Apéro Nef »  au bar  l’instant T  à Nîmes (2, rue Racine - proche Maison Carrée) :
Venez découvrir la Nef, société coopérative de finances solidaires !
 
Les sociétaires bénévoles, relais locaux de la Nef, vous diront tout sur le fonctionnement de leur coopérative, comment épargner « pour que l’argent relie les hommes », comment emprunter pour vos projets professionnels dans l’agriculture bio, l’écologie, l’insertion, le développement local, la culture,…ou pour vos projets personnels d’habitat groupé, de développement personnel…
Avec le groupe local « Montpellier et alentours ».
 
Groupe local : http://herault-nef.fr/
La Nef : http://www.lanef.com/ 
 
+ Rappel de nos infos permanentes (en bas de chaque lettre) où la Nef apparaît en très bonne place à la rubrique « Changer de banque ? » :
Les banques françaises au banc d’essai par ATTAC et les Amis de la Terre :
Synthèse du rapport :

http://www.france.attac.org/sites/default/files/synthese_rapport_banques_20111.pdf

4/ Jeudi 26 septembre à 19h : réunion publique « les enjeux de la réforme des retraites et la riposte syndicale à construire » (par le syndicat Solidaires 30)
 
A l’auditorium Pablo Neruda, Place Hubert Rouger à Nîmes. 
 
Avec Gérard Gourguechon est un ancien inspecteur des impôts et syndicaliste, ancien secrétaire général du Syndicat National Unifié des Impôts (SNUI), ancien Porte Parole du Groupe des Dix devenu Union syndicale Solidaires, ancien Vice-président du Conseil scientifique d'Attac et toujours membre du Conseil scientifique d'Attac et membre de la Fondation Copernic.
 
Rappel :
Petit guide d'autodéfense en temps de réforme des retraites  (ATTAC) :  
• L’appel « Ensemble, défendons nos retraites ! » :
Lors de la Conférence sociale du 20 juin, François Hollande a annoncé que, dans le cadre de la prochaine réforme des retraites, l’allongement de la durée de cotisation sera « la mesure la plus juste » face à « cette chance formidable qu’est l’allongement de l’espérance de la vie ». Cette voie n’est pas acceptable. Les réformes de 1993, 2003, 2007 et 2010 ont déjà réduit les droits à pensions de plus de 30 %, en aggravant les inégalités déjà fortes entre les pensions des femmes et celles des hommes. Elles doivent donc être remises en cause.
Lire la suite : http://www.retraites2013.org
• Solidaires  est un des membres fondateurs de l’association ATTAC.


5/ Mercredi 2 octobre à 19h : réunion mensuelle du groupe ATTAC Nîmes (accueil des nouveaux, des sympathisants, des curieux… à 18h30)
 
Réunion du CA (conseil d’administration) d’ATTAC Nîmes
au 6, rue Porte d’Alès (1er étage) à Nîmes :
pour participer à la vie de l’association au niveau local et décider des initiatives locales.
 
A 18h30 : Accueil des nouveaux, des sympathisants, des curieux… : rapide présentation d’ATTAC et échanges
A 19h : Réunion du groupe d’ATTAC Nîmes
 
Réunion qui se finit en une conviviale « auberge espagnole » : chacun amène de quoi grignoter, boire un coup et on partage tout.
Ces réunions sont ouvertes à tout le monde.
6/ Jeudi 3 octobre à 20h (auditorium Pablo Neruda – Nîmes): « la Grèce qui lutte à Nîmes ! » :
Projection de « Ne vivons plus comme des esclaves » de Yannis Youlountas et débat avec le réalisateur et des acteurs du mouvement social d’Athènes
 
Entrée libre,  à l’auditorium du Centre P. Néruda, Place Hubert Rouger à Nîmes.
 
Soirée co-organisée par la Fédération Anarchiste (Gard-Vaucluse) et par ATTAC Nîmes, et consacrée à l'actualité des luttes et des alternatives sociales, économiques et contre-culturelles en Grèce.
 
A 20h (précises !): projection du film "Ne vivons plus comme des esclaves" de Yannis Youlountas (film tourné en 2013) + débat en présence:
 
- Du réalisateur du film Y. Youlountas, également écrivain, poète et philosophe franco-grec collaborateur du journal Siné Mensuel, entre autres.
 
- De deux protagonistes des Espaces sociaux libres, animateurs d'une radio libre d'Athènes "Radio Entasi", investis dans le soutien et la défense des migrants attaqués par l'extrême droite, Mimi et Vangelis seront présents pour témoigner de la vie quotidienne à Athènes. Mimi et Vangelis apparaissent dans le film « Ne vivons plus comme des esclaves » présentant des pratiques de lutte anti-autoritaire en Grèce et la création d'alternatives. Le débat suite à la projection sera d'autant plus intéressant avec eux.
 
Synopsis du film:
Venu des catacombes grecques de l’Europe, un murmure traverse le continent dévasté : « Ne vivons plus comme des esclaves » (prononcer « Na mi zisoumé san douli » en grec). Sur les murs des villes et sur les rochers des campagnes, sur les panneaux publicitaires vides ou détournés, dans les journaux alternatifs et sur les radios rebelles, dans les lieux d’occupation et d’autogestion qui se multiplient, tel est le slogan que la résistance grecque diffuse, jour après jour, et nous invite à reprendre en choeur sur les mélodies de ce film. Un grand bol d’air frais, d’enthousiasme et d’utopies en marche, venu de la mer Égée.
 
Durée 1h29 / VF-VOSTF / Sortie forme définitive : septembre 2013
 
Contacts :
-          Fédération anarchiste / contact: Daniel 04 66 68 12 88 / fa.30.84@gmail.com / www.fa-30-84.org
-          ATTAC Nîmes (association pour la Taxation des Transactions financières et l’Action Citoyenne) / Contact: Loïc 04 66 38 22 95 / nimes@attac.org / http://www.france.attac.org/
 
Rappel : « Plans de sauvetage de la Grèce : 77 % des fonds sont allés à la finance »
7/ Week-end du 5 & 6 octobre: Alternatiba, le village des alternatives (Bayonne)
 
« Ensemble, construisons un monde meilleur en relevant le défi climatique ! »
 
Alternatiba sera le nom d’un village de transition vers le monde de demain, installé en plein cœur de Bayonne. Alternatiba sera à la fois une grande fête populaire et le Village des alternatives individuelles, collectives, territoriales au changement climatique et à la crise écologique et énergétique. Organisé par 450 bénévoles, Alternatiba rassemblera 10 000 personnes dans le centre-ville de Bayonne rendu piéton pour l’occasion.
 
Evènement national voire international co-organisé par ATTAC France au programme extrêmement riche et intéressant : découvrez le programme détaillé des 50 conférences et tables rondes d'Alternatiba en cliquant ici.
 
Au programme également, un Forum off sur tout le Petit Bayonne (vieux quartier de Bayonne, en plein centre, à 10 mn à pied de la gare) : conférences gesticulées et théâtre de rue, concert La Parisienne Libérée, ateliers de découverte des alternatives locales etc.

Camping gratuit sur place (Ouvert dès 14H00 le samedi 5)
 
Possibilité de covoiturage (ou de départ groupé) au départ de Nîmes le samedi matin de très bonne heure. Contact : Josiane au 06 33 39 84 76
8/ Dimanche 6 octobre – St Géniès de Malgoires : 10e Fête de la Confédération Paysanne !
 
10e Fête des paysans de la Conf' du Gard et de son réseau
dimanche 6 octobre 2013 à partir de 9h00 à 19h - Saint-Géniès de Malgoirès (entre Nîmes et Alès)
 
Marché paysan, village associatif,
10h : Débat : "des accords de libre-échanges dans l'intérêt des paysans?"
15 h : projection du film "les fils de la terre"
Repas complet à midi, buvette, jeux pour les enfants
 
Rappel : La Confédération Paysanne est un des membres fondateurs de l’association ATTAC.
 

9/ Université d’été d’Attac France à Nîmes : plusieurs nouvelles vidéos en ligne dont les interviews d’ATTAC TV France !

 
Les dernières courtes interviews d’ATTAC TV France (souvent de 2 à 4 minutes) :
 
Retraites :
 
 
Autres :
 
Et l’ensemble est accessible ici :
10/ Documentaire : « Evasion fiscale : Le hold-up du siècle »
 
Pour voir ou revoir l’instructif documentaire : « Evasion fiscale : Le hold-up du siècle » diffusé sur Arte le 10 septembre 2013 : https://www.youtube.com/watch?v=Mg8s-FG0IRU
 
Présentation :
De la Suisse aux îles Caïmans en passant par Jersey, un tour du monde très pédagogique des paradis fiscaux où sont dissimulés des milliards de dollars, détournés de la richesse publique. La question reste posée : est-il possible de lutter contre ces fraudes ?
Imaginez un monde dans lequel vous pourriez choisir de payer ou non des impôts tout en continuant de bénéficier de services publics de qualité (santé, éducation, sécurité, transport...) payés par les autres. Ce monde existe : c'est le nôtre. Aujourd'hui, les multinationales peuvent dégager des milliards d'euros de bénéfice et ne pas payer un euro d'impôt. De même que des riches contribuables ont tout loisir de dissimuler leurs fortunes à l'abri du secret bancaire suisse ou dans des trusts domiciliés à Jersey. L'évasion fiscale a pris de telle proportion qu'elle menace aujourd'hui la stabilité de nos États. Entre vingt mille et trente mille milliards de dollars sont ainsi dissimulés dans les paradis fiscaux, soit l'équivalent des deux tiers de la dette mondiale !
11/ Et toujours :
> Pour recevoir directement la lettre d’ATTAC Nîmes (1 à 2 par mois en général), merci de nous le demander en écrivant à nimes@attac.org
> Pour recevoir les infos d’ATTAC France :
Il existe 2 listes auxquelles vous pouvez vous inscrire :
 > La Lettre générale :
Liste de diffusion générale d'Attac France. Vous recevrez directement les communiqués, déclarations et autres informations de l’association (en moyenne 3 à 4 messages par semaine).
 > La lettre du Conseil Scientifique :
Lettre d’information mensuelle sur les travaux du Conseil Scientifique d’Attac France et de ses membres.
 
> Pour recevoir une sélection des meilleurs documentaires et films (pour qui n’a pas encore jeté sa télé…)
Super initiative prise par un copain d’ATTAC Isère - St Marcellin : inscrivez-vous et vous recevrez une sélection des meilleurs documentaires et films programmés à la télé.
Pour s’inscrire, rien de plus simple : https://list.attac.org/wws/subscribe/cinema.attac38
 
 > Les lectures ATTAC :
Les dernières parutions :
Leur dette, notre démocratie (ATTAC) NOUVEAU !
Le féminisme pour changer la société (ATTAC – Fondation Copernic) NOUVEAU !
La richesse, la valeur et l'inestimable - fondements d'une critique socio-écologique de l'économie capitaliste (Jean-Marie Harribey) NOUVEAU !
L’Europe mal-traitée (les économistes atterés)
La nature n’a pas de prix ! Les méprises de l’économie verte (ATTAC)
15 idées reçues sur la fiscalité (ATTAC)
Changer d’économie ! Nos propositions pour 2012 (les économistes atterrés)
Le piège de la dette publique, comment s’en sortir (ATTAC)
Plus d’infos et les autres livres conseillés : http://www.france.attac.org/livres
 
 > Visitez le site d’ATTAC France !
Régulièrement des nouveautés en ligne, de nouvelles courtes vidéos, interviews, communiqués…sur http://www.france.attac.org/
 
> Pour voir ou revoir le documentaire « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » (diffusion Arte)
Depuis cinq ans, Goldman Sachs incarne les excès et les dérives de la spéculation financière. Anatomie d’un pouvoir qui ne connaît ni frontières ni limites et menace directement les démocraties.
La suite et le documentaire ici : http://local.attac.org/attac30/spip.php?article914
 
> Changer de banque ?
Les banques françaises au banc d’essai par ATTAC et les Amis de la Terre :
Synthèse du rapport :
 
> « ATTAC pour les Nuls » par notre groupe local.
N’hésitez pas à le faire connaître !
 
> Quelques bonnes sources d’informations :
 
% Deux blogs à suivre de près :
Blog de Jean-Marie Harribey (ex-co-président d’ATTAC France, membre du Conseil Scientifique d’ATTAC France et co-président des Economistes Atterrés) : http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/
Il vient de sortir un nouveau livre « La richesse, la valeur et l'inestimable - fondements d'une critique socio-écologique de l'économie capitaliste »
 
• Blog de Jean Gadrey (économiste, membre du Conseil Scientifique d’ATTAC France et auteur de « Adieu à la croissance ») : http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/
 
% BASTA ! sur bastamag.net !
Inscrivez-vous pour recevoir la lettre mensuelle de Basta (inscription gratuite mais soutien possible). De très bons articles sur les questions environnementales et sociales, à découvrir d’urgence si ce n’est déjà fait !
Par exemple, les dernières livraisons de juillet et d’août :
http://www.bastamag.net/newsletter189.html (spécial GPII - Grand Projets Inutiles Imposés)
 
% Rezo.net :
Une sélection des meilleurs articles de la presse, des blogs, des dépêches…
 
% Politis :
Hebdomadaire qui est aussi un des membres fondateurs d’ATTAC.
Dans toutes les bonnes librairies ou sur le net sur abonnement.
 
% Emission radio « là-bas si j’y suis » (France inter – Daniel Mermet) :
Toutes les émissions depuis 2002 à retrouver sur ce site : http://www.la-bas.org/

Classement par date, par thème, par popularité,…une mine d’informations !

        
Pour recevoir directement les infos d'attac Nîmes, merci de nous laisser votre adresse à  nimes@attac.org site ATTAC France : http://france.attac.org site ATTAC Gard : http://local.attac.org/attacnimes

 

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 14:32

 

alternatifsgardois.free.fr

 

Pour communiquez vos dates:

 

30@alternatifs.org

@    jmarneguy@wanadoo.fr

 

 

 


 

 

 LES INDIGNE/E/S -  AG   mercredi et samedi à 19h Maison Carrée

 

Le mardi Repas à l’Assoc Côté Jardins Solidaires 0466845199(9 et 5 euros)


Permanences personnes âgées mercredis 13h30 à 17h30 Association AZUR 0466238606


Mercredi 18h RESF Nîmes au local de l’APTI


Agenda Démosphère Gard-Cévennes http://gard.demosphere.eu

 


 

Dates

Evènement

Lieu

heure

Mardi 24/9

Atelier Front de Gauche Municipales : EDUCATION : école, crèche, …

Bar Le Palace Rue Régale Bd de la LibérationEsplanade

18h

Mardi 24/9

Conférence de Jacques Testart « Bioéthique :faux problèmes, impasses et démocratie » avec l’UCCN

S.Jacques Terrisse Lycée Daudet

18h30

Mardi 24/9

Collectif soutien aux Roms

Local APTI

18h30

Jeudi 26/9

Atelier Front de Gauche, Municipales 2014 : « vivre ensemble, construire des politiques de solidarités »

Centre social Valdegour

18h

Jeudi 26/9

Les enjeux de la réforme des retraites et riposte syndicale à construire avec le syndicat Solidaires 30

Centre Pablo Neruda

19h

Vendredi 27/9

Visite , rencontres, échanges .. avec les militants du Front de Gauche

 Chemin Bas d’Avignon RV centre André Malraux

17h

Samedi 28/9

Visite, rencontres, échanges avec le front de Gauche

Place Jean Robert (face Centre Impôts)

10h

Lundi 30/9

Conférence économique de la rentrée 2013/             M. Ressiguier, Directeur Banque de France

CCI

18H

Lundi 30/9

Collectif Nîmes anti schiste

Bar le 34 Boul Gambetta

18h30

Mardi 1er octobre

Atelier front de Gauche, Municipales « les jeunes dans la cité »

Bar Brasserie Le Bureau/boul Amiral Courbet

18h

Jeudi 3/10

Atelier Front de Gauche/municipales : « Activités économiques et Emploi »

S.des cheminots, rue Benoit Malon

18h

Jeudi 3/10

Film « la Grèce qui lutte : Ne vivons plus comme des esclaves »et débat avec acteurs mouvement social d’Athènes

Auditorium Centre  Pablo Neruda

20h

Jeudi 3/10

Conf Débat avec L.Noëlle « La prostitution , causes et conséquences » Assoc Le Nid

Maison du Protestantisme

18h30

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 13:40

 

enviedepaysans.fr

 

NON aux 1000 vaches !

Les dernières nouvelles de la campagne qui fait bouger les politiques agricoles !

La Confédération paysanne entre en désobéissance civile contre les 1000 vaches


Devant le laxisme des pouvoirs publics et leur incapacité à protéger les hommes et l’environnement de la cupidité de certains, les paysans de la Confédération paysanne n’ont eu d’autre choix que de mettre leur liberté en jeu pour dénoncer l’aberration économique, écologique et sociale de cette ferme-usine emblématique de l’industrialisation de l’agriculture.

Ainsi, dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, la Confédération paysanne a stoppé le chantier des 1000 vaches. Tous les engins de chantier ont été démontés et mis hors d’état de nuire. Un peu plus tard dans la matinée, les mêmes paysans ont occupé le siège social du porteur de projet, rapidement rejoints par plus de 300 personnes pour dire non au projet des 1000 vaches.

Les 1000 vaches ne doivent pas voir le jour !


Visionnez la vidéo de l'action

 

    

 

 

Les 1000 vaches ne doivent pas voir le jour !

Retrouvez les photos et les coulisses de l’action des 1000 vaches

 

Appel aux dons

Pour aider les paysans à défendre l’emploi, l’environnement, l’alimentation, la vie des territoires et soutenir leur résistance,

Pour contrer ce type de projet délétère qui va à l’encontre de la transition écologique et sociale pourtant si urgente,
Pour nous permettre d'endiguer la mise à mort silencieuse de nos campagnes,
Pour contribuer au déploiement d’une agriculture à taille humaine, faite par les hommes, pour les hommes et dans le respect de l’environnement,

Nous avons besoin de votre soutien, votre aide est essentielle pour faire grandir le mouvement !

Je soutiens la Confédération paysanne

Prochaine mobilisation contre les 1000 vaches

C’est l’heure de vérité pour la ferme-usine des 1000 vaches, celle aussi d’un choix de société. C’est le moment de se mobiliser pour empêcher l’agro-industrie de gagner une nouvelle fois. L’heure est grave et requiert que toutes les consciences indignées se lèvent et expriment leur refus d’un tel projet.
Ce ne sont pas les hommes qu’il faut adapter au système, mais bien le système qu’il faut adapter aux hommes.

La Confédération paysanne appelle à mobilisation pour stopper le projet :
TOUS à Abbeville le 28 septembre pour empêcher l’usine des 1000 vaches de voir le jour !

Appel à mobilisation de Novissen.

Envie de Paysans !
La campagne qui fait bouger les politiques agricoles

Pendant un an, les paysans de la Confédération paysanne vous invitent à les rejoindre pour changer les politiques agricoles.

Celles-ci sont au cœur de notre quotidien et ont
un impact sur ce que nous mangeons, sur notre environnement et sur la vie de nos territoires.
Refusons l'industrialisation croissante de l'agriculture et défendons une alternative réaliste, porteuse d'espoir et d'emploi : l'agriculture paysanne.

Ne laissons plus les agro-managers décider de notre quotidien !
Agissons et assumons notre envie de paysans!
Retrouvez la campagne de la Conf' qui fait bouger les politiques agricoles sur ENVIEDEPAYSANS.FR

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 13:38

 

rue89.com

 

Le grand entretien 12/05/2013 à 10h59

Crise : « Le succès des Allemands n’a rien à voir avec leurs efforts »

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

 

Coupes budgétaires, marché du travail plus flexible : pour le journaliste Guillaume Duval, les raisons du redressement économique de l’Allemagne sont ailleurs.

Pourquoi la France a-t-elle décroché par rapport à l’Allemagne, en termes de compétitivité, de croissance et d’emploi ?

 


« Made in Germany » de Guillaume Duval

 

On attribue généralement le succès allemand aux réformes engagées en 2000 par le chancelier SPD Gerhard Schröder, dans son « agenda 2010 » : flexibilisation du marché du travail et coupes claires dans les dépenses publiques. C’est cet effort, auquel se refuseraient les Français, qui serait payé de retour aujourd’hui.

Le journaliste d’Alternatives Economiques Guillaume Duval vient de signer chez Seuil un livre très éclairant sur l’Allemagne, « Made in Germany », dans lequel il remet frontalement en question ce diagnostic.

Rue89 : Tu as la conviction que le succès allemand n’a rien n’a voir avec les réformes engagées par Schröder. Explique-nous.

Guillaume Duval : Avec Schröder, c’est la première fois que la gauche arrive vraiment au pouvoir en 140 ans. Il engage des réformes importantes, notamment sur le marché du travail, et il exerce une pression importante sur les dépenses publiques.

Mais le succès actuel des Allemands n’a rien à voir avec ces efforts qu’ils se sont imposés. De telles réformes, importantes, ont même plutôt à mes yeux fragilisé les points forts traditionnels de l’économie allemande.


Guillaume Duval (Alternatives Economiques)

 

Sur le coup d’abord, la politique de Schröder s’est traduite par un recul très significatif du pouvoir d’achat des salariés, qui commencent tout juste à s’en remettre, et par un recul de l’emploi : quand Schröder quitte le pouvoir en 2005, il y a 5 millions de chômeurs. Par ailleurs, alors qu’il y avait autrefois moins d’inégalités et de pauvreté qu’en France, il y en a plus aujourd’hui.

Certains considèrent que ces inégalités et cette pauvreté ont été le prix à payer pour le redressement allemand. Je ne pense pas que ce dernier ait quoi que ce soit à voir avec les réformes Schröder. Selon moi, il est dû à trois facteurs qui préexistaient avant la crise, et à trois autres qui ont joué un rôle pendant la crise.

  1. Trois atouts : la démographie, l’Europe de l’Est, les biens d’équipement
  2. La flexibilité à la Schröder n’a pas été utilisée
  3. Pourquoi les dépenses publiques allemandes sont moins élevées
  4. Ce qu’il faudrait importer du système allemand en France

Commençons par les trois facteurs hors-crise.

L’Allemagne d’abord, a paradoxalement bénéficié de son déclin démographique. Les Français considèrent que c’est très bien d’avoir plein de gamins, plein de jeunes, que c’est une richesse pour l’avenir du pays. C’est sans doute vrai, mais dans l’immédiat, cela coûte très cher. Quand on a des enfants, il faut les loger, les nourrir, les éduquer, leur payer des téléphones portables...

Autant de dépenses privées et publiques en plus que les Allemands n’ont pas eu à dépenser. C’est une des raisons pour lesquelles les dépenses publiques ont été plus faibles et c’est une des raisons qui ont facilité la modération salariale : quand on n’a pas de gamins, on peut tolérer plus facilement une austérité salariale prolongée.

La démographie a surtout favorisé le maintien de prix immobiliers très modérés. Ils n’ont pas bougé depuis quinze ans, et commencent juste à le faire depuis deux ou trois ans. En France, les prix ont été multipliés par 2,5 dans le même temps. Cela se comprend : la France a gagné 5 millions d’habitants depuis le début des années 2000, quand l’Allemagne en a perdu 500 000.

Résultat : alors que l’immobilier neuf valait en France 3 800 euros du m2 en 2011, il valait en Allemagne seulement 1 300 euros du m2 la même année. On est dans un rapport de un à trois. Cela explique pourquoi les Allemands ont pu accepter une austérité salariale prolongée.

 


La démographie en France et en Allemagne (Olivier Berruryer/LesCrises.fr)

 

Deuxième point, les conséquences de la chute du Mur. Les Allemands ont l’habitude de se plaindre du coût que la réunification a représenté. Mais l’Allemagne a été au bout du compte la grande gagnante de la chute du mur, car elle a réintégré très rapidement et très fortement les pays d’Europe centrale et orientale à son système productif.

Avant, le pays à bas coût qui fournissait l’industrie allemande, c’était plutôt la France. Maintenant, ce sont la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie, la Pologne... La différence, c’est que le coût du travail dans ces pays est cinq fois moindre qu’en France. L’Allemagne, en réorientant sa sous-traitance vers ces pays, a obtenu un gain de compétitivité-coût phénoménal pour son industrie.

La France n’aurait-elle pas pu faire de même ?

Délocaliser sans perdre sa base productive nationale n’est pas si simple. Ce qui est intéressant, dans le cas allemand, c’est de comprendre pourquoi cela s’est bien passé. La réponse à cette question est liée à la codétermination, un des trucs auxquels Schröder n’a heureusement pas touché. Il a fallu négocier tout ce processus avec les syndicats allemands, qui ont, dans les grandes entreprises, beaucoup plus de pouvoir que les syndicats français. Les comités d’entreprise ont un droit de veto sur toutes les grandes décisions et il y a, dans les conseils d’administration, une moitié de représentants des salariés. Ils ont donc négocié étroitement ces délocalisations et n’ont pas dit, comme Tchuruk [ex-patron d’Alcatel, ndlr], « on va faire des entreprises sans usines ».

La France l’a fait un tout petit peu, avec Dacia-Renault, en Roumanie. Mais on n’a pas su le faire à grande échelle. On en discute maintenant avec le Maroc : Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, parle de « colocalisation ». Mais on n’en est pas du tout au même stade que les Allemands, et c’est un inconvénient majeur pour l’industrie française.

Passons au troisième facteur hors-crise

Le troisième facteur est bien connu, mais il a joué à fond pendant les années 2000 : c’est la spécialisation de l’Allemagne dans les biens d’équipement – les machines. Celle spécialisation a correspondu à l’explosion de la nouvelle demande des pays émergents. L’Allemagne, c’est 18% des emplois européens, mais 33% des emplois dans les biens d’équipement européens.

 


Source : « Made in Germany »

 

Mais la France est aussi championne dans certains secteurs, je pense aux biens de luxe, qui rencontrent aussi une forte demande dans les pays émergents, avec l’apparition d’une classe bourgeoise...

C’est vrai. Mais les volumes concernés n’ont rien à voir. Quand la Chine devient l’usine du monde, ce sont des machines allemandes qui sont implantées partout. Idem au Brésil et en Inde... Quand Renault construit une usine à Tanger, ce sont aussi des machines allemandes qui l’équipent. Les nouveaux riches achètent des sacs Vuitton, c’est vrai, mais ils achètent aussi surtout des grosses voitures, et des Mercedes ou des BMW, pas des Peugeot ou des Renault.

Donc, on voit bien que ces trois facteurs puissants – démographie, sous-traitance en Europe centrale et spécialisation – n’ont rien à voir avec les réformes Schröder.

 

2 La flexibilité à la Schröder n’a pas été utilisée


Les atouts constatés pendant la crise, quels sont-ils ?

 


Des voitures Audi et Volkswagen sur le port d’Emdem, dans le nord de l’Allemagne, en avril 2008 (Nigel Treblin/AP/SIPA)

 

Les Allemands ont profité de trois éléments. Le premier, c’est que les réformes Schröder n’ont pas fonctionné du tout ! Schröder était un admirateur de Blair et Clinton, il voulait rapprocher le marché du travail du marché anglo-saxon, il voulait que ce soit plus facile d’embaucher et de licencier, etc. Le fait est que le marché du travail n’a pas été du tout flexible dans la crise.

L’Allemagne a connu une récession de 5% en 2009, contre seulement 2,9% en France. Pourtant, nous avons perdu 350 000 emplois et eux, zéro. Ils ont joué à plein sur la flexibilité interne, le chômage partiel, sur les accords dans les entreprises, etc. Ils n’ont pas utilisé les possibilités offertes par les réformes Schröder pour licencier en cas de crise.

Cela a beaucoup aidé l’économie allemande, en maintenant la demande. Les gens n’avaient pas peur de se retrouver au chômage et donc ont continué à consommer. Et l’industrie allemande a pu redémarrer très vite quand les commandes sont revenues : la main-d’œuvre était là, prête à reprendre la production.

Deuxième avantage : l’Allemagne a bénéficié de taux d’intérêt extrêmement bas depuis 2009.

La France aussi...



Les taux en France et en Allemagne

 

Oui, mais dans des proportions un peu plus faibles quand même. La crise des dettes souveraines en Europe a été une bonne affaire pour l’Etat allemand. Si les taux étaient restés aux niveaux de 2008, l’administration aurait dépensé 70 milliards d’euros de plus en paiement d’intérêts.

Les Allemands pleurent beaucoup sur l’aide apportée aux Grecs, aux Irlandais, aux Portugais, etc. Mais pour l’instant, si on fait le compte, ils sont d’un côté engagés à hauteur de 55 milliards d’euros vers ces pays et ils ont économisé du fait de cette crise 70 milliards d’euros de l’autre ! D’autant que ces 55 milliards d’euros ne sont pas des dons, mais des prêts qui rapportent 4% d’intérêts...

Ceux qui auraient des raisons de se plaindre, ce sont les Italiens. Ils sont engagés à hauteur de 41 milliards d’euros, mais eux, ils empruntent à 6% pour prêter à 4%... Les Allemands, eux, empruntent à quasiment zéro. Même si une partie de cet argent ne sera pas remboursée.

L’Etat allemand n’est pas le seul à avoir profité des taux d’intérêt très bas : les entreprises et les ménages aussi.

L’Allemagne a surtout profité de la seule bonne nouvelle qui a accompagné cette crise de la zone euro, à savoir la baisse sensible de l’euro par rapport au dollar.

Ce qui a « nettoyé » l’industrie européenne, à l’exception de l’industrie allemande, dans les années 2000, c’est d’abord la montée de l’euro par rapport au dollar : il est passé de 0,9 à 1,6 en 2008. En 2000, le coût d’un salarié de l’industrie française était de 14% inférieur à celui d’un salarié de l’industrie américaine ; il était de 17% supérieur en 2010 ! Idem avec les Japonais ou même les Coréens. L’industrie française en a énormément souffert, comme l’industrie italienne ou espagnole.

L’industrie allemande, elle, a survécu, un exploit extraordinaire lié aux trois facteurs que j’ai évoqués tout à l’heure. Et elle profite maintenant de la baisse de l’euro, qui est revenu de 1,6 à 1,3 dollar.

L’excédent extérieur allemand était de 170 milliards d’euros en 2007, mais il était fait aux trois quarts dans la zone euro ; il était de 180 milliards l’an dernier, mais aux trois quarts hors zone euro. Grâce à la baisse de l’euro, on le voit, l’Allemagne a gagné davantage d’exportations supplémentaires en dehors de la zone euro qu’elle n’en a perdu, du fait de la crise, à l’intérieur de la zone.

 

3 Pourquoi les dépenses publiques allemandes sont moins élevées

 

Quel bilan ferais-tu des réformes de Schröder ? Elles ont été neutres ? Négatives ?

Avec la pression qu’il a exercée sur les dépenses publiques, il a fait prendre un retard important à l’Allemagne sur des questions essentielles : la mise en place de crèches ou d’écoles, par exemple. Merkel essaye aujourd’hui de rattraper ce retard. Surtout, l’investissement public a souffert. L’Allemagne est un des seuls pays de l’OCDE à connaître un désinvestissement public : cela signifie, concrètement, que l’investissement ne compense pas l’usure des infrastructures existantes. Ce ne sont pas des politiques que l’on peut mener durablement. C’est un vrai problème pour le pays.

Quand on compare les dépenses publiques françaises et allemandes, on observe un écart de 8 points de PIB. Pourtant, on n’a pas l’impression d’une énorme différence en termes de prestation...

Plusieurs raisons expliquent la différence :

  • la question démographique, d’abord, que j’ai déjà évoquée ;
  • on dépense par ailleurs plus pour le chômage en France qu’en Allemagne, parce qu’on a plus de chômeurs ;
  • ensuite, l’Allemagne est un pays fédéral, géographiquement plus équilibré : chez nous, les dépenses publiques servent beaucoup à compenser l’écart entre les déserts français et les zones productives ;
  • sur les dépenses de santé, il est probable qu’il y ait moins de gaspillage en Allemagne : la France est l’un des pays qui dépensent le plus pour la santé.

Le point sur lequel les Allemands protègent moins leur population que nous, ce sont les retraites. Ils commencent d’ailleurs à s’inquiéter des conséquences des réformes qu’ils ont faites. Ils ont stabilisé leurs dépenses de retraites, malgré une poussée du nombre de retraités, et ils entendent poursuivre cette stabilisation. Cela va se traduire par une paupérisation massive des vieux.

 


Les dépenses publiques en France et en Allemagne (OCDE/Sénat)

 

La ministre des Affaires sociales a publié un rapport en septembre dernier qui établit qu’un salarié qui gagne aujourd’hui 2 500 euros touchera en 2030 une retraite de 688 euros. Soit le niveau du minimum vieillesse en Allemagne ! C’est un autre sérieux problème à venir.

Il y a actuellement des grèves salariales dans la métallurgie en Allemagne. On évoque par ailleurs l’idée d’un salaire minimum... As-tu l’impression que cela bouge un peu ?

Oui, cela bouge, mais le risque c’est que ce mouvement soit déjà terminé. Les Allemands commencent à en avoir marre des petits boulots mal payés : il y a 3 millions de personnes qui travaillent pour moins de 6 euros de l’heure.

Par ailleurs, un consensus se dessine sur l’idée de salaire minimum, même s’il y a des divergences sur les modalités : le SPD veut un salaire minimum national uniforme, les chrétiens-démocrates préfèreraient un salaire minimum fixé au niveau des Länder ou des branches. Dans l’industrie, le syndicat IG Metall demande des augmentations de salaires importantes. Idem dans les services...

Le problème, c’est que la crise de la zone euro est en train d’atteindre l’Allemagne. Les perspectives économiques pour cette année ne sont pas très souriantes : à peine meilleures que pour la France. Le risque est donc que les Allemands se remettent à se serrer la ceinture et à refaire de l’austérité.

Les Allemands sont-ils responsable de la crise en Europe ?

La situation est tragique de ce point de vue. Le comportement des Allemands et de leurs dirigeants est parfaitement compréhensible. Ils ont beaucoup souffert avec Schröder, en termes de pouvoir d’achat et d’emploi. Ils se disent – à tort selon moi – que c’est grâce à cela qu’ils s’en sortent moins mal que les autres. Dans ce contexte, ils considèrent évidemment qu’ils ne peuvent aider les autres que si ceux-ci font les même efforts qu’eux – pour leur bien. Mais si cette attitude est compréhensible, elle est parfaitement suicidaire sur le plan européen.

La politique Schröder aurait pu avoir des effets bien pires si, à l’époque, les Allemands n’avait pas été les seuls à l’appliquer : heureusement qu’il y avait les autres pays européens, y compris les Italiens, les Espagnols ou les Grecs, pour s’endetter et acheter les produits allemands...

Si tout le monde applique cette politique – ce qui est en train de se passer –, la demande chute, le chômage explose et personne n’arrive à se désendetter dans un contexte de récession. Et le risque aujourd’hui, est que cette situation mène à l’explosion de l’euro et de la construction européenne.

Elle est, en tout cas, contraire aux intérêts de l’économie allemande : une zone euro en récession, ce sont en effet des débouchés en moins pour l’industrie. Et cela ne peut pas non plus être dans l’intérêt des épargnants.

La situation conforte toutefois le leadership politique des Allemands...

C’est plus un emmerdement pour eux qu’autre chose. Ils ont le leadership, mais ils ne savent pas quoi en faire. Ils sont comme une poule qui aurait trouvé un couteau. Ils ne savent pas comment exercer ce leadership, notamment parce qu’ils sont embarrassés par les traces de leur dernier leadership. C’est une partie du problème d’aujourd’hui : une partie des Allemands pensent qu’ils auraient moins de problèmes s’ils sortaient de l’euro.

A cela s’ajoute un problème Merkel personnel. C’est quelqu’un qui est entré dans l’Union européenne à 35 ans [après avoir vécu en Allemagne de l’Est, ndlr]. Elle n’a découvert l’Europe occidentale qu’à travers des voyages officiels et des sommets internationaux. Elle ne comprend rien à ce qui se passe en Europe.

Il semble pourtant qu’ils commencent à prendre conscience que l’austérité ne fonctionne pas : en témoigne le délai accordé il y a quelques jours à la France pour atteindre les 3% de déficit public...

Dans une partie des élites, il y a une prise de conscience de l’impopularité de l’Allemagne. Tant que c’était chez les Grecs ou les Espagnols, c’était supportable, mais le développement d’un sentiment anti-allemand en France a été un choc. C’est, je pense, ce qui les a décidés à mettre les pouces et à faire des concessions.

Est-ce que la crise européenne ne pourrait pas se résoudre en laissant des chômeurs grecs ou espagnols aller travailler en Allemagne, pays qui a une industrie solide et qui est victime d’une implosion démographique ?

La tentation existe, mais je pense que cela ne peut pas marcher. Je connais bien la théorie : une zone monétaire est optimale si la main-d’œuvre peut bouger d’une région à l’autre de cette zone.

Mais le problème, c’est que la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal sont déjà en situation de crise démographique. Ils ont peu de jeunes. Si les jeunes qualifiés partent pour l’Allemagne, cela veut dire qu’il ne se passera plus rien pendant 50 ans dans ces pays-là. On aura créé le Mezzogiorno puissance dix... L’Europe ne pourra survivre à une telle situation que si les Allemands acceptent de payer pour entretenir les gens qui seront restés en Grèce, en Italie, en Espagne ou au Portugal. On n’en prend pas le chemin...

Ne peut-on pas imaginer que l’industrie allemande fasse avec ces pays ce qu’elle a fait avec la Pologne, la Slovaquie ou la République tchèque ?

La culture industrielle n’est pas forcément la même en Allemagne et en Grèce et je vois mal les industriels italiens accepter facilement de passer sous la coupe d’entreprises allemandes. Avec l’Espagne, la question peut se poser davantage. Ils le font déjà dans l’automobile.

Angela Merkel semble vouloir favoriser l’activité des femmes, par la création de crèches par exemple : ce serait une autre façon de réduire les conséquences du déclin démographique sur le marché du travail.

Oui, sur le terrain de la place des femmes dans l’économie, elle joue un rôle moteur. Schröder lui-même avait favorisé l’arrivée des femmes sur le marché du travail, mais sous des formes très inégalitaires, par le développement de temps très partiels.

Un Allemand travaille autant qu’un Français chaque semaine. Mais si un homme allemand travaille une heure de plus qu’un homme français, une femme allemande travaille trois heures de moins qu’une femme française. Et l’Allemagne est l’un des pays où les écarts de salaires sont les plus importants.

 

4 Ce qu’il faudrait importer du système allemand en France

 

Si l’on avait à importer quelques éléments du système allemand, quels devraient-ils être ?

J’en vois trois :

  • le premier, c’est la décentralisation du pays. L’Allemagne est un pays plus équilibré : on trouve des entreprises qui exportent dans la moindre vallée perdue, ce qui n’est pas le cas chez nous. Mais c’est l’élément le plus difficile à importer. Un changement institutionnel, qui passerait par l’augmentation des budgets des régions, ne suffirait pas ;

 

  • deuxième chose dont on pourrait s’inspirer, c’est leur intérêt pour l’écologie. C’est l’avenir qu’ils préparent ! Ils ont fait plus d’efforts sur l’efficacité énergétique et sont plus avancés sur les technologie. Nous ne devons pas louper les différents coches qui se présentent ;

 

  • la dernière chose à importer, la plus importante à mon avis, c’est la gouvernance des entreprises, et notamment la codétermination. On avait une occasion unique d’avancer sur ce terrain avec la loi sur l’emploi et l’accord national interprofessionnel, mais on est en train de la rater.

Par ailleurs, il y a un élément important de la gouvernance des entreprises dont on pourrait s’inspirer. En Allemagne, il n’y a pas de PDG : il y a un président du directoire et un président du conseil de surveillance. Ces deux chefs doivent s’entendre pour les grands tournants stratégiques. Ainsi, si un jour un président du directoire qui dirige une compagnie vendant de l’eau et des services publics locaux s’ennuie, qu’il ne trouve pas cela rigolo et qu’il veut acheter une major d’Hollywood et avoir un appartement à New York, eh bien il ne pourra rien faire de tout cela [allusion à Jean-Marie Messier, ex-patron de Vivendi, ndlr].

A travers ce système et à travers le pouvoir donné aux salariés, il y a dans les entreprises allemandes des systèmes de contre-pouvoirs que nous ne connaissons pas dans notre pays.

 

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 13:13

 

 

consocollaborative.com

 

Le développement du crowdfunding n’est qu’à ses prémices et dévoile de jour en jour l’étendu de son potentiel. HelloMerci est une nouvelle plateforme de crowdfunding issue du retour d’expérience de KissKissBankBank. Rencontre avec Vincent Ricordeau, un des co-fondateurs de HelloMerci et de KissKissBankBank.

Image 1

 

hellomerci c’est quoi ? C’est pour qui ?

HelloMerci c’est une plateforme de prêts solidaires entre particuliers qui ont des besoins en trésorerie limités. Prêts solidaires parce que sur HelloMerci il s’agit de prêts à taux 0. Le service s’adresse aux particuliers mais également aux micro-entrepreneurs qui cherchent entre 200€ et 1500€.

C’est Héloïse qui finance sa thèse sur l’urbanisme en Jordanie ou Emmanuel le brasseur qui finance le développement de sa nouvelle marque de bière.

Comment cela fonctionne ?

Les projets ont 90 jours pour atteindre l’objectif que le porteur de projet s’est lui même fixé. Si cet objectif n’est pas atteint, les fonds sont directement redistribués aux préteurs. En amont le porteur du projet doit préparer sa collecte à travers des vidéos, des textes en précisant la façon dont seront utilisés les fonds. La préparation de la collecte est une phase essentielle pour la réussite de celle-ci.

N’y a t-il pas un risque que les emprunteurs ne remboursent pas ?

Dans la vraie vie on n’est jamais sûr non plus qu’on sera remboursé lorsque l’on prête de l’argent à ses proches.

HelloMerci ne garantit évidemment pas le remboursement mais nous pensons que le prêt entre particuliers sera quasi systématiquement honoré, sauf cas exceptionnel. C’est le pari que nous prenons, basé notamment sur notre expérience avec KissKissBankBank.

D’ailleurs, une étude récente de quatre chercheurs basés aux Etats-Unis semble indiquer ue le prêt entre pairs serait capable de mieux gérer le risque que les banques traditionnelles (R. Iyer, A. I. Khwaja, E. F. P. Luttmer, K. Shue, « Screening Peers Softly : Inferring the Quality of Small Borrowers« , www.hks.harvard.edu)…

L’étudiant qui veut financer son permis de conduire va s’adresser en premier lieu à sa propre communauté. La pression sociale qui en résulte a plus de valeur et d’impact qu’un éventuel prêt avec sa banque.

Néanmoins si des difficultés apparaissent nous avons prévu une phase de médiation pour trouver un accord (diminuer les mensualités ou augmenter la période de remboursement) entre l’emprunteur et sa communauté de prêteurs. A l ‘issu de cette période soit un accord est trouvé à l’amiable,  soit en cas de défaut hellomerci  s’assure que des reconnaissances de dettes sont éditées dans les règles.

 Du micro-crédit Nord-Nord, ça veut dire que ça va vraiment mal en France ?

Oui ça va mal évidemment, mais ce n’est pas l’explication principale.  Nos utilisateurs viennent chercher exclusivement un retour sur investissement émotionnel. De plus en plus, les gens préfèrent risquer un peu d’argent pour des projets qui ont du sens pour eux ou pour leur communauté. Encore une fois, la crise accélère cette tendance mais elle n’est pas à l’origine. On s’identifie facilement au porteur du projet que l’on soutient, c’est son succès qui nous motive à lui prêter quelques centaines d’euros, en imaginant que cette histoire pourrait être la nôtre ou celle d’un proche.

On cherche à donner ou à redonner du sens à l’argent.

 Un premier bilan 4 mois après le lancement ?

HelloMerci a été lancée le 23 avril 2013, nous avons déjà 40 projets en ligne avec un taux de réussite au dessus de 60%, ce qui est très encourageant. La demande de financement moyenne est de 6000 € ; les prêteurs prêtent en moyenne 200€ soit 4 fois plus que ce que donnent les contributeurs sur KissKissBankBank. Nous avons déjà collecté quasiment 200 k€ (exactement 190 946 Euros le 19/09/13 à 17h34 !) en 4 mois. Nous avions mis plus d’un an pour atteindre cet objectif sur KissKissBankBank.

De très nombreux partenaires ou mentors ( laruchequiditoui, le parc national de Chevreuse, la BGE, la chambres des métiers et de l’artisanat des Yvelines…) sont déjà présents sur hellomerci. Ils soutiennent nos projets en leur donnant de la visibilité soit en payant la commission d’hellomerci à la place de l’emprunteur !

Nous sommes donc ravis de ce lancement parfaitement réussi.

Je pense que dans 2 ans, hellomerci sera au moins aussi imposante que KissKissBankBank.

 

A propos de Edwin Mootoosamy

 

Je suis depuis toujours intéressé par les modèles culturels différents qui viennent bousculer l’idéologie dominante. Passionné par les nouveaux usages d’Internet et les mutations socio-économiques que cela induit, j'observe le développement de la consommation collaborative depuis 2008. OuiShare Co-Founder & France Connector et doctorant sur ces sujets, je m’intéresse plus généralement à la manière dont Internet reconditionne notre façon de faire société.

 

 

 

 

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 13:00

 

forez-info.com

 

Une dizaine de personnes auront participé à cette oeuvre amusante et revendicative de détournement publicitaire. Elles étaient réunies dans un collectif stéphanois baptisé "The Caca-Collage Company". Enregistrant actuellement plusieurs départs, il n'est pas certain que celui-ci puisse poursuivre ses activités (NDFI).

La Company par elle-même

Ce collectif aux allitérations en [k] a failli s'appeler La Coloc, toujours avec la même allitération. En effet, en 2011 naissait à Saint-Etienne une ambiance artistique dans une colocation multiculturelle et cosmopolite. Le terme de « colocataire » prenait chaque fois un sens toujours un peu plus élargi, au gré des participations de chacun aux multiples activités de ladite coloc.

La Coloc aurait été un nom un peu trop usurpateur : tout le monde qui a participé n'aurait pas pu se sentir autant reconnu dans la paternité des oeuvres. Et pourtant, La Coloc s'appelle toujours ainsi dans le langage courant : les proches disent qu'ils vont « faire des affiches à la coloc. » Il fallait trouver un nom, un nom qui comprît aussi ces participants d'un soir, un nom paradoxalement à la fois subversif et fédérateur.
Le choix du nom

Quelle marque est la plus connue au monde ? Eh bien, peut-être la marque au soda. Tout le monde sait ce qu'est un coca. Le Petit Robert signale que c'est vers 1945 que l'usage courant a fait un nom commun à partir de la marque bien connue (marque créée en 1886). Tout le monde connaît ? Tout le monde ? Non, selon un film humoristique qui a fait grand bruit : Les dieux sont tombés sur la tête (The Gods Must Be Crazy pour le titre original), du réalisateur Jamie Uys (1980). Le collectif s'est vite rendu compte que leur humour facile était un peu facilement scatologique. Le « Caca » est donc venu naturellement (signe de bonne santé, diront les gastro-entérologues !). Le « Collage » est venu de ce que les ciseaux et la colle sont les amis du collectif : à aucun moment, il n'est fait usage de l'informatique dans la conception des affiches. C'est à l'ancienne que sont réalisés les « trucages », les détournements publicitaires. La « Company » rappelle avec ironie l'aspect collectif du travail mené par ce collectif (sic) ; ironie, car c'est dans une logique anti-commerciale que le collectif pense son art et c'est ainsi aussi que l'art a souvent été pensé.

« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. » (Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1.)

Le détournement publicitaire

En décembre 2012, le collectif commençait ses activités de détournement publicitaire. Le collectif n'est cependant pas le premier à faire cela. Le détournement publicitaire est en fait, dans l'optique du collectif, un détournement du mobilier urbain publicitaire. Comme le dit un artiste parisien sur un 4x3m, "un espace pour la création vaut mieux qu'une pub à la con !" Le constat de départ est que la pollution visuelle des publicités est bien maigre par rapport à la pollution mentale qu'elle laisse insidieusement : ce que nos yeux voient ne sont donc que la partie visible de l'iceberg et nos esprits sont la partie cachée de l'iceberg. Le mobilier urbain est dans l'espace public : c'est dans la droite ligne de l'art urbain que s'inscrit le détournement publicitaire. Ainsi, dans l'espace public, la réappropriation d'une hygiène mentale se fera avec humour et création populaire. Oui, la publicité est une activité bigrement créative. Mais oui aussi, elle veut enfermer les esprits. Fort conscient de ce paradoxe, le collectif fait de son activité de détournement publicitaire une résistance récréative et re-créatrice. Le détournement est pleinement utilisé dès les années 1960 par les situationnistes (l'Internationale Situationniste, Guy Debord, etc.). Le collectif croit à la force du détournement dans un processus de libération mentale et de recul critique nécessaire face à la publicité. Les affiches (même les inchangées) ont d'ailleurs toutes un titre donné par le collectif : ainsi, le collectif ne partage pas le dessein des publicitaires.

Adbusters : les penseurs

Le mot Adbusters est anglo-saxon : il est composé de « ad », abréviation anglaise courante pour « advertising » (publicité) et « buster », mot polysémantique mais ici donné dans le sens de « destructeur, casseur, éliminateur ». En français de France le terme « casseurs de pub » est une traduction correcte.

La lutte contre les effets négatifs de la pub est menée par les Adbusters aux Etats-Unis. Adbusters (fondé en 1989) est à la fois un magazine (Adbusters magazine) et une fondation (Adbusters Media Foundation). La philosophie de ce mouvement est anti-consumériste. En France, le mouvement s'est organisé dans les années 90. Casseurs de Pub est une association à but non lucratif qui publie annuellement son magazine éponyme (et donc sans pub !) : une de ses revendications est la « Rentrée sans marques », par exemple. « Résistance à l'Agression publicitaire » (R.A.P.) est une association de loi 1901 et compte parmi ses fondateurs le professeur et écrivain François Brune, ancien diplômé de HEC. Des publications plus régulières s'inscrivent aussi dans la lutte contre la publicité, parmi lesquelles Le Publiphobe (mensuel) et La Décroissance (mensuel).

Source : Wikipédia (articles : « antipub », « adbusters », « Résistance à l'Agression Publicitaire », « Casseurs de Pub »)

Adbusting : les acteurs dans l'espace public

Les mouvements qui organisent une pensée pour se libérer des fers de la publicité ne doivent pas occulter les mouvements qui agissent dans la cité (au sens historico-politique du terme). En effet, l'action peut être très artistique ou très militante, entraîner la dégradation du mobilier ou bien être non dégradante pour ce mobilier. Les pratiques diffèrent donc. Un site internet recense toutes les actions, et met au courant des évolutions législatives ainsi que des décisions judiciaires en la matière : c'est le site de la Brigade Anti-Pub.

L'association « Paysages de France » agit sur un plan juridique afin de faire respecter les lois en termes de respect du paysage. Les Reposeurs ont agi fin 2012 sur Paris à grande échelle : ils collaient des papillons adhésifs (pour ne pas faire de pub à cette marque aux papiers jaunes que l'on colle en pense-bête) ou des grandes bandes de papier marron (pour ne pas faire de pub à une autre marque) sur lesquels ils écrivaient des slogans appelant au repos vis-à-vis de la publicité. Les Déboulonneurs agissent différemment, parfois en barbouillant ou en cassant les supports publicitaires, et des procès ont régulièrement lieu ; dernièrement (mars 2013), le tribunal de Paris en a relaxé six d'entre eux en leur reconnaissant l'état de nécessité (en citant l'article 11 de la DDHC) :

« Article 11. - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».
(Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.)

Sources : DDHC, site internet de Brigade Anti-Pub.

La cible : le mobilier urbain dans l'espace public

Malgré l'exposition prolongée à la publicité que subissent les usagers des médias (internet, télévision, presse gratuite, voire presse payante telle que les magazines), les mouvements antipub ne ciblent pas forcément tous ces médias dans leurs agissements. C'est aussi le choix du collectif (dont tous les membres vivent pourtant sans télé) : la voix est à reconquérir dans l'espace public car c'est là que l'invasion publicitaire n'a vraiment pas d'arguments pour elle. Elle s'impose au passant qui ne choisit pas de passer devant, mais qui y passe de fait (alors que l'on peut choisir, parfois pour son plus grand bien, d'éteindre un écran). Qui attend à un feu rouge se fait agresser visuellement (et surtout mentalement) par un 4x3m lui disant que la voiture vantée par la publicité est celle d'un gagnant, insinuant que la sienne est mauvaise. La publicité crée de la frustration: dans l'espace public, le collectif The Caca-Collage Company ne peut pas l'accepter. C'est pourquoi, après avoir retravaillé les affiches, il s'efforce de les reposer sur les supports publicitaires où elles ont été momentanément empruntées: la vitre de la « sucette » publicitaire est soulevée et l'affiche modifiée y est remise.

La destinée des affiches dans l'espace public

Une fois sous la vitre d'une sucette publicitaire, une oeuvre de détournement a une espérance de vie incertaine : en effet, c'est un peu le jeu du chat et de la souris, l'intérêt de la société publicitaire étant de remplacer au plus vite les productions des artistes. Le collectif The Caca-Collage Company récupère de temps à autre ses productions après une ou plusieurs journées passées sous vitrine, dans l'espace public. D'autres fois, les affiches du collectif sont retirées par la société publicitaire en moins de vingt-quatre heures.


Soyez « in » avec mon slip.
Déchirage-collage et écriture au marqueur, à partir d'un slip déchiré et d'une affiche au format « raisin » vantant la « une » d'un tabloïd, décembre 2012.


Le Petit Prince prend un malin plaisir à prendre son temps.
Découpage et collage de lettres, à partir d'une affiche publicitaire et d'une bande rose annonçant les soldes, décembre 2012.


Charlotte a fait caca.
Découpage et collage, à partir de deux affiches identiques, janvier 2013.


Le diesel, ça pue (ou l'affiche qui fait mouche), découpage et collage, à partir de deux affiches identiques, février 2013.



Nucléaire : unlimited
Collaboration Ladamenrouge + The Caca-Collage Company, découpage et collage, à partir de deux affiches identiques,  avril 2013



Le casse-couille est mauvais pour votre santé.

Les égéries, de nos jours, ne savent plus se tenir. Découpage et collage à partir de deux affiches de deux produits différents, février 2013.

Impératif : consomme ! Découpage et collage, à partir de deux affiches identiques, février 2013.

Mythique DTC. Découpage et collage, à partir d'une affiche et d'une feuille A4 de papier blanc, février 2013.

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 12:47

 

reporterre.net

 

A Jouarre, des activistes ont investi la tour de forage du pétrole de schiste

Linda Maziz (Reporterre)

dimanche 22 septembre 2013

 

 

Ils en ont assez d’être les "dindons de la farce" : la farce jouée par le gouvernement qui interdit officiellement la fracturation hydraulique, mais laisse des compagnies chercher du pétrole de schiste. Ce dimanche à l’aube, une trentaine d’activistes ont investi la plate-forme de forage de la compagnie Hess Oil, à Jouarre, en Seine-et-Marne. Reporterre raconte.


- Jouarre, "La Petite Brosse", Reportage

« On peut y aller, la voie est libre ». Il est 6h30 ce matin quand Marie-Dominique, partie en repérage, rejoint le reste du groupe, resté légèrement en retrait, pour plus de discrétion. C’est le signal que tout le monde attendait. A partir de cet instant, tout va très vite. Chacun a en mémoire le briefing de la veille et sait ce qui lui reste à faire. Juste le temps d’un dernier conseil avant de reprendre la voiture. « N’hésitez pas à prendre des initiaves. Une action se joue aussi au culot ».

A peine trois minutes plus tard, un premier militant s’éjecte d’un des six véhicules et passe de l’autre côté du grillage. Par chance, la porte n’est pas cadenassée. Il s’empresse de déverrouiller cette issue de secours pour libérer l’accès au reste du groupe. « Faites attention, soyez discret, il y a des ouvriers sur le site », prévient quelqu’un en tête. Mais l’effet de surprise aidant, les quelques employés n’ont rien tenté pour les empêcher d’accéder aux installations.

Avant qu’ils puissent réaliser ce qu’il se passe, la trentaine d’activistes est parvenue à se faufiler jusqu’à la plate-forme, à monter les escaliers et à investir la foreuse. Certains commencent à s’enchaîner aux structures métalliques. Pendant qu’ils verrouillent leurs cadenas et optimisent le blocage, quatre grimpeurs ont comme prévu pris d’assaut l’échelle qui va leur permettre d’accéder à la tour de forage, et d’atteindre le point culminant du derrick, à 26 mètres de haut. C’est de là qu’ils comptent déployer leur banderole « Stop forage ». Il est 6h40, le jour peut se lever. La plateforme pétrolière de Jouarre, en Seine-et-Marne, est belle et bien occupée.

Les dindons de la farce en ont assez

Le message, qui s’étend sur douze mètres de long, recouvre tout un côté de la tour. Mais ici, à Jouarre, le mal est fait. Le trou dans la croûte terrestre a déjà été percé. La foreuse est descendue à plus de 3 000 mètres de profondeur et les travaux démarrés le 6 août sont maintenant terminés. Le démontage de l’installation a d’ailleurs débuté cette semaine. Pour les militants, il a fallu agir vite pour être en mesure de réunir les troupes avant que la foreuse ne soit démontée et envoyée faire ses trous ailleurs, « probablement vers Nogent-sur-Seine, sur une plateforme située juste à côté d’une centrale nucléaire, avance l’un d’eux. Mais peu importe la prochaine destination, où qu’elle aille, elle ne sera jamais la bienvenue ».

Car faire des trous partout, c’est évidemment contraire aux engagements du gouvernement. Par cette action, ils entendent exiger la fin des forages exploratoires visant le gaz de schiste, de houille et l’huile lourde, l’abrogation de tous les permis de recherche portant sur ces hydrocarbures, le rejet de toutes les demandes de permis en cours d’instruction et l’abandon des projets similaires. Et pour traduire cette opposition d’envergure nationale, ces militants sont arrivés de toute la France pour tenter d’immobiliser la foreuse. De l’Ile-de-France bien sûr, mais aussi de la Saône-et-Loire, du Gard, de la Lozère, des Bouches-du-Rhône ou encore de l’Hérault. La plupart appartiennent à des organisations écologistes, mais aujourd’hui, tous ont décidé d’agir sans étiquettes et de revendiquer l’action au nom du collectif des « Dindons de la farce ».

Un nom qui se veut évocateur de la mascarade qu’ils voient se dérouler sous leurs yeux. Car même si la loi Jacob du 13 juillet 2011 interdit la fracturation hydraulique pour extraire les gaz de schiste, en raison de ses dangers pour l’environnement, tous les permis de recherche ciblant les hydrocarbures non-conventionnels n’ont pas été annulés. C’est le cas du permis de Château-Thierry, sur lequel s’est basé la compagnie américaine Hess Oil pour forer à Jouarre. Officiellement, rien d’incompatible avec la nouvelle législation, se défend la société américaine qui prétend qu’il ne s’agit là que d’un programme de recherche destiné à analyser les réserves de pétrole conventionnel et que d’une simple mise à jour cartographique du sous-sol du bassin parisien.

« Il nous prenne vraiment pour des billes, s’énerve Isabelle Levy, porte-parole du collectif local, qui est arrivé sur place à sept heures, dès qu’elle a appris la nouvelle. La compagnie cherche du pétrole de schiste. Tout le reste, ce n’est que du blabla, c’est de l’emballage. Le problème, c’est que leur stratégie de communication fonctionne. Sauf qu’il est de notoriété publique que lorsque le permis a été octroyé en 2009, c’était écrit noir sur blanc que c’était des huiles de roche qu’ils allaient chercher. Mais comme aujourd’hui, c’est devenu un gros mot, on nous raconte que c’est pour faire de la cartographie et pour aller chercher du conventionnel ».

Pour ce collectif, la cartographie, le conventionnel, ces mots sont un prétexte. Les réserves sont largement connues après cinquante années d’exploitation pétrolière en région parisienne, et ce forage ne laisse planer aucun doute quant aux intentions de la compagnie pétrolière. Même si la loi lui interdit pour l’heure de passer à l’acte, Hess Oil prépare le terrain en attendant la brèche juridique ou administrative qui lui permettra de lancer les hostilités. « C’est la technique du pied dans la porte. Une fois qu’ils sont dans le trou, on peut toujours essayé de les en sortir », alerte Estelle Tardy, une des porte-parole du collectif les dindons de la farce.

« Il était temps de passer à l’action, parce que les pétroliers, eux, ils avancent, souligne Xavier Renou, des Désobéissants. C’est maintenant qu’il faut les arrêter. » Dépôt de permis, forage, recueil de données. Le lobby pétrolier semble prêt à tout pour faire passer la fracturation hydraulique en France. Guettant la faille, il joue sur tous les fronts, politique, économique et évidemment juridique. « Il est évident que les sociétés misent sur une évolution de la loi, voire son invalidation », craint Estelle Tardy, venue de Lozère.

C’est en tout cas ce que laisse craindre la question prioritaire de constitutionnalité déposée par la compagnie texane Schuepbach qui espère ainsi lever l’interdiction.

Le Conseil constitutionnel doit se prononcer d’ici le 24 septembre. « La menace est réelle", assure David Escalier, jardinier biologiste de profession, qui fait partie de ceux qui ont déployé la banderole. Il est venu spécialement de Marseille pour participer à cette action. « Je suis là pour protester contre ce forage coûteux, dangereux pour l’environnement, contraire à la transition énergétique et à tout ce que Hollande nous a promis. Ce que je fais aujourd’hui, je le fais pour la France ».


Actualisation 9 h 30

Tous les activistes ont été fouillés, palpés, et leur identité a été relevée. Les gendarmes leur ont remis une convocation pour une audition libre. Tout le groupe a été libéré, sauf les quatre perchés qui sont toujours en haut.


Source et photos : Linda Maziz pour Reporterre.

Lire aussi : Le déroulé de l’action d’occupation de la plate-forme de Jouarre.

 

 


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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 17:32

 

 

 

 LE MONDE

21.09.2013 à 09h55 • Mis à jour le 21.09.2013 à 17h24 | Par Jérémie Baruch, Jean-Baptiste Chastand et Alexandre Léchenet

 

 

La grande inégalité des chômeurs face à Pôle emploi

 

 
Que vous soyez chômeur à L'Ile-Rousse, en Haute-Corse, ou à Douai, dans le Nord, vous ne serez pas reçu de la même manière à Pôle emploi. Les données locales détaillées, publiées pour la première fois par l'organisme le vendredi 20 septembre, faisant suite à la demande du Monde, montrent à quel point le nombre de conseillers est inéquitablement réparti sur le territoire.

Lire aussi : Une bataille de six mois pour obtenir des données jugées sensibles

Au 1er septembre, à Douai, chaque conseiller suivait en moyenne 192 chômeurs, contre seulement 32 à L'Ile-Rousse.

La moyenne nationale est de 116 chômeurs par conseiller, mais l'écart varie de un à sept selon les agences. Ces chiffres ne comprennent que les chômeurs qui font l'objet d'un suivi effectif. Ils ne tiennent pas non plus compte d'éventuels conseillers en temps partiel, Pôle emploi n'ayant pas souhaité fournir de données ajustées. Mais ils n'en restent pas moins un bon indicateur de la charge de travail des 1 000 agences que compte la France.

Infographie "Le Monde"
  • De considérables différences régionales

Les disparités entre régions vont du simple au double. En Picardie, la moyenne est ainsi de 150,2 chômeurs par conseiller, contre 66 en Corse. Le Nord-Pas-de-Calais et la Lorraine, malgré leurs taux de chômage élevés, affichent respectivement 136,4 et 127 chômeurs par conseiller. A l'opposé, en Basse-Normandie et en Midi-Pyrénées, deux régions au taux de chômage inférieur à la moyenne nationale, chaque conseiller suit moins de 100 chômeurs.

Selon les données fournies par Pôle emploi, la région qui dispose du moins de moyens par chômeur est La Réunion. Mais comme l'organisme n'a pas été en mesure de donner des chiffres pour la Guadeloupe et la Martinique, nous avons décidé de nous concentrer sur la métropole. Les départements les moins bien lotis sont alors l'Aisne, la Creuse et la Somme. Les mieux dotés sont les deux départements corses et l'Orne.

Les cinquante agences qui disposent du moins de moyens sont situées dans des communes du quart nord de la France (Picardie et Nord-Pas-de-Calais) ou des territoires en difficulté, comme Marseille, Beauvais, Cambrai ou Vierzon. Des agences situées en zones urbaines sensibles comme à Cenon, dans l'agglomération de Bordeaux, ou à Bron, près de Lyon, affichent aussi un nombre de chômeurs par conseiller qui grimpe au-delà des 150. A l'inverse, plusieurs agences en Corse, ou en centre-ville de grandes agglomérations comme Toulouse, Lyon ou Nantes, font partie des agences avec le moins de chômeurs par conseiller.

 

L'Ile-de-France a la particularité de compter à la fois des agences parmi les plus chargées du pays et celles parmi les mieux dotées. La géographie des inégalités franciliennes respecte presque parfaitement celle des différences économiques. Les agences de Saint-Denis, Tremblay-en-France, Sevran, Bobigny, La Courneuve, situées en zones urbaines sensibles en Seine-Saint-Denis, affichent toutes plus de 160 chômeurs par conseiller. La Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne se classent d'ailleurs parmi les vingt départements les moins pourvus.

A l'opposé, dans six agences situées dans des arrondissements parisiens favorisés et des villes aisées comme Versailles ou Rambouillet, les conseillers n'ont pas plus de 80 chômeurs à suivre, soit deux fois moins ! Paris affiche le 10e meilleur chiffre national. Si quelques territoires en difficulté, comme Les Ulis ou Trappes, font partie des agences favorisées, il apparaît globalement que la logique de Pôle emploi qui est "de faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin" est loin d'être applicable en Ile-de-france.

Consulter les données chiffrées agence par agence : Quel portefeuille pour les conseillers dans votre agence Pôle emploi ?

  • Des inégalités en voie de correction

L'organisme ne nie pas les disparités territoriales et promet que les 2 000 CDI supplémentaires attribués au printemps par le gouvernement permettront justement de les résorber. "Par exemple, la Picardie, qui représente 3,5 % des demandeurs d'emploi en portefeuille, a bénéficié de 5,5 % des renforts", affirme Pôle emploi.

L'agence de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), parmi les moins favorisées, devrait bientôt profiter de 5 postes supplémentaires. Pour l'instant, seuls 35 % des 2 000 renforts sont opérationnels. Par ailleurs, la convention collective empêche quasiment toute mobilité forcée. Comme pour tous les organismes publics, il est plus facile de trouver des agents volontaires pour travailler dans le Sud-Est que dans le Nord ou dans les quartiers difficiles.

  • 6 % des chômeurs en "suivi renforcé"

Pôle emploi a par ailleurs publié des chiffres sur les modalités de suivi des chômeurs. Depuis janvier, l'organisme a choisi de différencier son suivi en fonction des difficultés des demandeurs d'emploi. Ces derniers sont désormais classés en trois catégories, selon leur éloignement du marché du travail. Pôle emploi affirme qu'un peu plus de 130 000 chômeurs, soit 6 % de ceux suivis par l'organisme, bénéficient d'un suivi renforcé, avec des conseillers qui ne s'occupent pas de plus de 70 chômeurs. 55 % des chômeurs ont un suivi guidé avec en moyenne 105 demandeurs d'emploi par conseiller. Le reste des chômeurs, normalement les plus autonomes, peuvent être suivis par des conseillers qui encadrent jusqu'à 350 chômeurs.

Mais ces chiffres sont fondés sur les seuls chômeurs "en portefeuille", soit 2371000 personnes, près d'un million de personnes en moins que les chiffres officiels du chômage. En tout, Pôle emploi a exclu de cette étude près de 2,3 millions de personnes inscrites dans ses listes, mais actuellement en formation, en contrat aidé ou inscrites depuis moins de quatre mois. En incluant ces chômeurs, la moyenne de demandeurs d'emploi par conseiller grimpe à 230 et il n'est pas rare de voir sur le terrain des conseillers avec plus de 500 chômeurs à suivre.

 Alexandre Léchenet
Journaliste au Monde

 

 


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