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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 17:10

 

 

mediapart.fr

La crise et le vote : après les élections municipales au Portugal

|  Par Philippe Riès

 

 

Du soulèvement de la jeunesse de mars 2011 à la victoire surprise, à Porto, de l'indépendant Rui Moreira aux municipales de dimanche, le Portugal cherche en tâtonnant une nouvelle expression politique. Mais la « partitocratie », comme ailleurs, résiste.

 

Bien avant les « Indignés » de la Puerta del Sol à Madrid, la jeunesse urbaine et souvent diplômée du Portugal, première victime, comme partout en Europe, d’une crise économique et sociale sans équivalent depuis les années trente du siècle dernier, avait fait éclater le cadre traditionnel de la protestation avec le mouvement « Geraçao à rasca ». Sans trouver la voie d’un débouché politique. La victoire surprise dimanche 29 septembre à Porto, deuxième ville du pays, d’un candidat véritablement indépendant, contre les machines politiques des partis du « bloc central », le PSD (centre droit) au « pouvoir » et le PS (centre gauche) dans « l’opposition », écrit une page nouvelle d’une histoire paradoxale, celle de la résistance des structures politiques traditionnelles aux bouleversements systémiques révélés par la crise.

« Pouvoir » et « opposition » bien relatifs, ce qui justifie ces guillemets, puisque le gouvernement de coalition du PSD-CDS de Pedro Passos Coelho est essentiellement voué depuis sa naissance au printemps 2011 à la mise en œuvre du mémorandum signé par le gouvernement « socialiste » sortant de José Socrates avec les bailleurs de fonds internationaux du pays. La troïka UE-FMI-BCE était d’ailleurs de nouveau à Lisbonne pour ce week-end électoral, à la veille d’une nouvelle évaluation conditionnant le déboursement des dernières tranches du programme d’appui financier de 78 milliards d’euros qui prend fin en avril 2014.

 

Rui Moreira, vainqueur à Porto  
Rui Moreira, vainqueur à Porto © DR

 « Si les partis n’ont pas compris ce qui s’est passé ici aujourd’hui, alors c’est qu’ils n’ont rien compris », a lancé dans son allocution victorieuse Rui Moreira, un novice en politique venu de la société civile, qui a écrasé le favori des sondages, de l’establishment politique et des commentateurs lisboètes avertis, le « dinosaure » du PSD Luis Felipe Menezes, qui voulait traverser le Douro pour prolonger à Porto un règne ruineux à Vila Nova de Gaia. Tout aussi notable a été l’incapacité du candidat du PS à exploiter ce qui pouvait apparaître comme une simple division de la « droite », le maire sortant PSD Rui Rio ayant joué un rôle important dans la défaite de son ennemi (et néanmoins camarade de parti) Menezes.

Tout aussi intéressant est le fait que le triomphe de Rui Moreira, président de la plutôt poussiéreuse Association commerciale de Porto, ne soit pas celui de la démagogie et du populisme, au contraire de l’apanage du candidat « officiel » Menezes qui, après avoir placé Gaia au bord de la faillite (deuxième dette municipale du pays), avait fait exploser à Porto le plafond légal des dépenses électorales, promettant la lune aux quartiers déshérités et étant même accusé d’achat de votes, comme un Serge Dassault au petit pied. « Nous avons toujours dit que nous n’étions pas contre les partis mais que les partis ne se comportaient pas bien, et cette élection est un signal clair donné par Porto que l’on peut faire autrement et que les partis doivent être différents », a insisté Moreira. 

Discours qui, remarquablement, trouvait un écho dans les propos de l’autre triomphateur de la soirée, le maire de Lisbonne Antonio Costa, réélu pour un troisième (et dernier mandat), avec, pour la première fois, plus de 50 % des suffrages accordés par les électeurs à sa « majorité plurielle » autour du PS, aussi bien pour l’exécutif (camara) que l’assemblée municipale, le parlement des communes. Et arrivant en tête dans les 24 « freguesias » de la capitale. Il faut rappeler que pour ces élections municipales l’électeur portugais devait mettre trois bulletins dans l’urne, pour l’équipe dirigeante du « conseil » (municipalité), l’assemblée et les mairies de quartier, avec un mode de scrutin proportionnel.  Antonio Costa, qui avait refusé en 2012 de se lancer dans la course à la présidence du PS, laissant la place au très falot José Antonio Seguro, a invité les partis à « réfléchir », sur la base des résultats, « à leur ouverture à la société, aux mouvements, aux citoyens ».

Au-delà de la poussée, à Porto et ailleurs, des nombreuses listes indépendantes, qui dépassent les 6 % à l’échelon national (mais certaines ne sont que des dissidentes de partis établis), ces élections municipales auront vu un renouvellement sans précédent de la classe politique locale, la moitié des 308 conseils et des 3 091 mairies de quartier devant changer de tête. Renouvellement aidé par deux changements institutionnels : la loi prohibant plus de trois mandats locaux consécutifs et une réforme administrative réduisant d’un petit millier le nombre de « freguesias ». À Porto, Menezes était le plus emblématique de ces « dinosaures » qui tentaient de contourner la loi en se présentant dans une commune voisine, et dont une poignée a d’ailleurs réussi son coup, avec la complicité des ineffables juges du Tribunal constitutionnel. Dans la grande majorité des cas, les électeurs ont sagement désavoué les juges.

Le retour de l'Alentejo « rouge »"

À l’inévitable question de l’interprétation nationale de résultats locaux, le premier ministre Pedro Passos Coehlo, avec le masochisme ou la candeur voltairienne qui le caractérise, avait admis par avance une « lecture nationale » de ces élections. Et tout fait pour se tirer une balle dans le pied, en mettant lui-même sur la place publique des repoussoirs électoraux, comme de nouvelles coupes sur les pensions des retraités ou la perspective d’un deuxième plan de secours international dans le cas, pas du tout exclu, où le Portugal ne réussirait pas l’indispensable retour sur les marchés financiers d’ici au printemps prochain.

Dimanche soir, il a reconnu sans barguigner la défaite du PSD, ce qui allait de soi, mais aussi félicité pour sa victoire le Parti socialiste, ce qui est beaucoup plus discutable. N’en déplaise aux simplificateurs primaires, notamment parisiens, le Portugal n’est pas la Grèce, ce qui s’est vérifié une nouvelle fois dans les urnes. Ni même la France. Pas de poussée populiste, nationaliste ou xénophobe. Une sanction sévère mais pas d’effondrement pour la coalition au pouvoir.

Par rapport aux élections municipales de 2009, le PS n’enregistre aucune progression en nombre de voix, en dépit de la contribution décisive d’Antonio Costa à Lisbonne. Il gagne le plus grand nombre de conseils et va reprendre au PSD, pour ce que cela vaut, la présidence de l’assemblée nationale des municipalités. Il remporte Gaia, où il peut dire merci à l’héritage calamiteux du « dinosaure » Menezes, Sintra (deuxième conseil du pays en nombre d’électeurs) d’un souffle et Coimbra. Mais il subit aussi quelques échecs significatifs. Outre le ratage de Porto, les candidats du PSD, en dépit du handicap « national », sont parvenus à mettre fin à des dizaines d’années de règne socialiste dans des capitales de district au nord du pays comme Guarda et Braga. Et au sud, le grand retour de l’Alentejo rouge se fait au détriment des socialistes. 

Organisation frontiste du Parti communiste portugais (avec une pincée d’écologistes), la CDU arrache au PS, grâce d’ailleurs à des « dinosaures » venus de Serpa et Montemor, deux capitales de district, Béja et Evora. Et reconquiert quelques bastions historiques, dont la glorieuse Grandola. Plus significative encore, la victoire sans appel des communistes à Loures, banlieue ingrate du nord de Lisbonne, où la liste socialiste perd la moitié de son pourcentage (60 %) de 2009. Dans ces conditions, parler, comme Antonio José Seguro, d’un « renouveau de confiance » du peuple portugais dans le Parti socialiste est aller très vite en besogne. « Inseguro Seguro » (fragile Seguro) plaisantait d’ailleurs un commentateur en estimant que Antonio Costa ne ferait le moment venu qu’une bouchée du « leader » du PS, à moins que le maire de Lisbonne ne s’en tienne aux visées plus lointaines qu’on lui prête sur la présidence de la République.

Nier le poids de l'équation personnelle dans des élections locales est aussi vain que d’en refuser toute « lecture nationale ». À Oeiras (lire ici), ce mélange de Neuilly et Levallois au bord du Tage, le véritable vainqueur des élections municipales est…derrière les barreaux. La clientèle locale d’Isaltino Morais, finalement embastillé au terme d’un inénarrable feuilleton judicaire, a accordé une courte avance à son homme de paille et adjoint dans l’équipe sortante Paulo Vistas, tête d’affiche du mouvement indépendant « Isaltino Oeiras Mais A Frente ». Des partisans de l’ancien maire sont allés faire la fête sous les murs de la prison de Carregueira où il se morfond, privé de ses cigares cubains favoris, depuis le 24 avril dernier. De la même manière, la déroute du PSD (perte de 7 conseils sur 11, dont la capitale Funchal) dans la région autonome de l’île de Madère est avant tout l’échec personnel du caudillo local, Alberto Joao Jardim, dont l’autoritarisme brouillon, dispendieux et populiste s’est enfin heurté à un front uni de toutes les autres formations politiques et de candidats indépendants.

À court terme, l’impact de ces élections municipales sur le fonctionnement gouvernemental sera négligeable. Pedro Passos Coelho a récusé toute idée de démission et même de changement d’orientation de la coalition PSD-CDS et il peut compter sur l’appui du président de la République Anibal Cavaco Silva (investi du pouvoir constitutionnel de révoquer le gouvernement) qui a écarté la question d’un haussement des épaules. D’autant que le CDS de Paulo Portas sort plutôt renforcé du vote de dimanche, ayant mis fin à un long déclin dans les scrutins locaux et à sa « solitude municipale » en passant de un à cinq (petits) conseils. À moyen et long terme, la question cruciale de la « politique autrement » reste posée, au Portugal comme ailleurs dans les vieilles démocraties européennes.

L’agenda politique national et gouvernemental lisboète continuera à être dominé par l’achèvement du programme d’ajustement inscrit dans le mémorandum négocié en 2011 avec le « bloc central », PSD-CDS et PS. Sous la menace, en cas d’échec, d’un second plan de secours, que certaines sources évaluent déjà à quelque 50 milliards d’euros sur trois ans (jusqu’en 2017) et dont la « conditionnalité » pourrait être encore plus dure concernant la réforme structurelle de l’État que l’équipe actuelle n’a fait qu’entamer. Dans l’immédiat, ce qui est important, comme le faisait remarquer le directeur adjoint du quotidien Publico Miguel Gaspar, est de savoir « pour qui a voté la troïka, pour qui voteront les marchés ».

 


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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 16:26

 

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Lettre ouverte 29/09/2013 à 12h32

Roms : lettre ouverte à Manuel Valls d’une ex-Roumaine devenue française

 

 

Notre riveraine Raluca, née en Roumanie, écrit au ministre de l’Intérieur qui, à force de confusions sur les Roms, lui porte « un réel préjudice au quotidien ».

Monsieur le ministre,

Vous avez déclaré, le 24 septembre, souhaiter dire la vérité aux Français sur les Roms. Votre constat du clivage réel entre le mode de vie des Roms et les attentes, voire les souhaits des citoyens sédentaires de France à leur égard, m’a semblé lucide et pertinent.

Il n’en est pas moins que j’ai été profondément choquée par la teneur de vos propos portant sur la solution que vous envisagiez apporter à ce problème précis, auquel la société et les autorités françaises sont confrontées.

Je doute, qui plus est, que la solution préconisée par vous soit réaliste ou favorable à la France sur le plan européen... ni qu’elle puisse être réellement appliquée, et encore moins suivie des effets escomptés, en l’occurrence la résolution du problème.

Est-ce donc là le discours de vérité annoncé par un membre du gouvernement, ministre de l’Intérieur ? Ou s’agit-il d’un message marketing et d’un nouveau positionnement du politicien Manuel Valls ?

 


Manuel Valls au ministère de l’Intérieur le 25 septembre 2013 (LCHAM/SIPA)

                                                                                                                                                                                                                             1 Le constat

 

En effet, vous avez déclaré que :

« Ces populations [roms, ndlr] ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres [...]. C’est illusoire de penser qu’on réglera le problème des populations roms à travers uniquement l’insertion. »

C’est loin d’être faux, en effet. Les Roms s’affirment comme étant des nomades, des itinérants, toute une population (et un peuple à part entière), se plaçant résolument en marge d’un système reposant sur la sédentarité et s’adressant aux sédentaires.

Les Roumains, les Bulgares, les Grecs, les Hongrois, les Croates le savent bien, et depuis fort longtemps, ayant été confrontés à diverses difficultés de cohabitation avec les Roms sur leurs territoires.

Renouer avec l’histoire des Roms en France

Tout comme les Français, les Espagnols, et tant d’autres pays de l’Europe. Vous-même n’êtes pas sans savoir que, présente en Espagne depuis le XVe siècle, la communauté rom – qui est là-bas la plus grande en Europe occidentale avec 650 000 à 800 000 membres – affirme régulièrement (par le biais de ses porte-parole) n’avoir jamais pu trouver sa place dans la société ibérique.

Sous Franco, le code civil espagnol allait jusqu’à faire des Gitans des suspects potentiels. Relevons au passage que même les pires régimes totalitaires de l’Est européen, tout comme celui de Vichy en France ou celui de Franco en Espagne, n’ont pas été en mesure – malgré toutes les terribles et
regrettables dérives inhumaines pratiquées alors – d’intégrer les populations rom dans la société sédentaire.

Dois-je vous rappeler, monsieur Valls, le site du camp de concentration de Montreuil-Bellay, par exemple ?

De 1941 à 1945, la France vichyste a transformé ce lieu parmi d’autres en un camp pour « individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani » (des « romanichels au teint tanné » à sédentariser par la force). Ils étaient gitans, roms et tsiganes, nous apprend-on. Et pas « roumains » ou « bulgares ».

En 2010, les ruines de ce camp ont été déclarées « site protégé » par les autorités françaises, afin d’empêcher leur disparition et d’en faire un lieu de mémoire.

Pourquoi ne pas s’y rendre, monsieur Valls, afin de montrer publiquement une volonté préalable de renouer avec l’histoire des Roms en France, y compris en ses heures les plus sombres et les plus éprouvantes ?

Pas d’argent européen pour eux

 

Voir le document

(Fichier PDF)

 

Parlant « insertion des Roms en France » et fonds européens et français afférents, pourquoi ne pas préciser aussi clairement que possible aux Français, monsieur le ministre, que la France a perçu une enveloppe de crédits européens de 14,3 milliards d’euros de la part du Fonds européen de développement régional (Feder) et du Fonds social européen (FSE) pour l’ensemble de la période 2007-2013, soit plus que la Roumanie et la Bulgarie réunies ? (Chiffres extraits du rapport téléchargeable ci-contre de la Cour des comptes intitulé « L’Utilisation des crédits du Fonds social européen : des améliorations mais toujours une grande dispersion des actions ».)

Il n’en est pas moins que chaque pays décide, au sein de cette enveloppe globale de crédits, de la part qu’il consacre au FSE. Dans le cas de la France, cette part représente 5,4 milliards d’euros, au lieu de 7 milliards d’euros pour la programmation précédente.

Contrairement à d’autres pays, comme l’Espagne ou la Roumanie, la France n’a pas souhaité, qui plus est, attribuer des fonds spécifiquement aux Roms au sein de cette enveloppe. En revanche, l’un des « axes » du programme prévoyant la répartition du FSE en France est explicitement consacré à la lutte contre la discrimination, afin de favoriser l’inclusion et la cohésion sociale.

Au total, la France consacre 39% du FSE à cette priorité. « A titre de comparaison, selon les données fournies par la Commission, le Royaume-Uni en consacre 23%, l’Allemagne 20%, l’Italie 9% et l’Espagne 7% », peut-on lire dans le document de la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) cité plus haut.

Pourtant, au vu des actions entreprises, pratiquement rien n’a été consacré par la France aux Roms sur ces fonds.

« Pas porteur politiquement », n’est-ce pas M. le ministre ?

Selon Morgan Garo, docteure en géopolitique et auteure de l’ouvrage « Les Roms, une nation en devenir ? » (éd. Syllepse, avril 2009), la faible utilisation des fonds européens en faveur des Roms en France s’explique par l’obligation d’identifier et de cofinancer les projets. Elle juge :

« Qui va cofinancer des projets destinés aux Roms ? Ce n’est pas porteur
politiquement. »

Se trompe-t-elle, monsieur le ministre ?

En foi de ces quelques chiffres et précisions, je vous serais réellement reconnaissante de veiller, monsieur le ministre, à ce que plus aucun membre des équipes du gouvernement ne s’autorise à affirmer aux Français que la Roumanie et la Bulgarie ont perçu « les » fonds européens pour l’intégration des Roms, et pas la France.

Ce serait une mystification tout à fait condamnable de l’électorat français, à l’opposé du vœu de vérité exprimé publiquement par vous sur ce dossier.

                                                                                                                                                                                                                             2 Votre solution

 

Vous avez aussi affirmé qu’« il n’y a pas d’autre solution que de démanteler ces campements progressivement et de reconduire [ces populations, ndlr] à la frontière », car « les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ».

La solution selon vous serait donc de les « déporter » massivement en déportant le problème et la charge de sa résolution ? Puis, les envoyer dans ces deux pays : pour combien de temps ? N’oublions pas que les Roms ne sont pas juste des « Roumains », ou des « Bulgares », mais un peuple européen
multiforme, pratiquant le nomadisme.

Présenter une telle solution aux Français, c’est les induire en erreur, les leurrer.

Leur vocation est le nomadisme

La vocation des Roms, pour reprendre votre propos, n’est pas de « revenir en tel ou tel pays ». Leur vocation est le nomadisme. Pas une sédentarisation forcée, d’avance vouée à l’échec – voire hautement condamnable – que ce soit en Roumanie, en Bulgarie, ou ailleurs.

Ces populations, ne l’oublions pas, avaient la possibilité de pratiquer une vie itinérante en franchissant les frontières (et elles étaient présentes sur le sol français) bien avant que certains pays de l’Est ne fassent partie de la CE.

Même Nicolae Ceausescu et ses sbires de sinistre mémoire n’ont pas été en mesure de les sédentariser durablement. Comment croire ne fut-ce qu’un moment qu’une fois renvoyés en Roumanie et en Bulgarie, les Roms deviendraient sédentaires et ne retourneraient pas aussitôt en France et ailleurs ?

Comment imaginer que la Roumanie d’après la chute du Mur pourrait et souhaiterait contraindre ces populations à un travail forcé et à une assignation à domicile ?

Un seul nom pour tous les Roms

Rappelons-nous aussi que les Roms s’appellent ainsi depuis peu (depuis le Congrès de l’Union rom internationale, qui s’est tenu à Londres en 1971, et qui a adopté le terme « Rom » pour désigner « toutes les populations du peuple rom »).

Avant, ils s’appelaient tsiganes, gitans, manouches... Un peuple multiculturel donc – sans pays et sans attache, sinon l’attachement au nomadisme, à
l’itinérance. Telles sont les revendications et telle est l’identité des Roms en Europe.

Et les Roms dans leur ensemble, fédérés depuis 1971, ont été entendus par la Commission européenne, pour laquelle dorénavant (je cite) :

« Le terme “Roms” fait référence à divers groupes d’individus qui se décrivent eux-mêmes comme roms, gitans, gens du voyage, manouches, ashkalis, sintis, etc. […]

En Europe, la population rom totalise entre 10 à 12 millions de membres, dont 6 millions au sein de l’UE. Les Roms représentent aujourd’hui la plus importante minorité ethnique de notre continent. La plupart des Roms sont citoyens de l’UE. »

Pourtant, cela fait un certain temps que nos décideurs politiques français, en usant de divers artifices et subterfuges, s’emploient à catégoriser le peuple rom présent sur le territoire français selon des critères d’origine, dans l’unique optique d’externaliser le « problème » afin de ne pas avoir à s’impliquer dans sa résolution.

Triangle tricolore pour nos « Roms de souche »

Pour nous en convaincre, penchons-nous sur un rapport rendu au Sénat par Michel Billout le 6 décembre 2012. Ce rapport est intitulé « L’Intégration des
Roms : un défi pour l’Union européenne et ses Etats membres ». Vous l’avez sans doute parcouru, monsieur le ministre.

D’emblée nous sommes avertis (je cite un extrait du préambule) :

« La question des gens du voyage français, en tant que tels, n’est pas abordée. En effet, même s’il s’agit de l’approche retenue tant par la Conseil de l’Europe que par la Commission européenne [et par les représentants des Roms, ndlr], la confusion ainsi entretenue entre ces deux catégories de populations paraît préjudiciable. […] les Gens du voyage sont, pour la plupart, des nationaux, tandis que les Roms sont, bien souvent, des migrants ; les deux groupes ne partagent pas toujours le même mode de vie, le nomadisme étant principalement l’apanage des gens du voyage. »

Ne préconiserait-t-on pas là, en quelque sorte, d’attribuer :

  • d’un côté, un semblant de triangle tricolore – réservé aux « nomades » français non externalisables, mais ayant été soumis toutefois à l’obligation de produire un carnet de circulation des gens du voyage abrogé fin 2012 car anticonstitutionnel, et un livret de circulation des gens du voyage demeuré obligatoire et toujours en vigueur ;
  • de l’autre côté, l’équivalent d’un triangle marron – réservé aux « migrants », aux expulsables, aux délocalisables… bref, à ceux qui n’auraient pas… quoi ? Le droit du sol pour eux ? L’origine ? Ou, peut-être, plus pragmatiquement, les moyens d’acquérir des caravanes et des voitures leur permettant de pratiquer le nomadisme tel que défini par Michel Billout, bien proche de la gravure d’Epinal ?

L’intégration des Roms présents sur le sol national serait donc, au vu de ce rapport, comme au vu de votre récente déclaration, un défi pour l’Union européenne et ses Etats membres… sauf pour la France, qui n’aurait à traiter qu’avec ses « Roms de souche », monsieur le ministre ?

Encore une fois, « Rom » est un terme désignant un peuple qui ne vient pas juste de Roumanie et de Bulgarie, monsieur le ministre, vous le savez fort bien, vous qui êtes né espagnol, avez grandi à Barcelone, et avez vraisemblablement du entendre parler du « Vacie de Séville », connu comme le plus grand et plus ancien bidonville rom de l’Europe.

Les Roms sont des gens nés en France, en Espagne, en Bulgarie, en Roumanie et dans tant d’autres pays. Souvent plusieurs pays pour la même famille rom, d’ailleurs.

Devrait-on aussi, prochainement, accepter la pratique du « découpage familial », monsieur le ministre, pour mieux renvoyer les Roms au bon « expéditeur » à travers l’Europe ?

Renvoyer les « intouchables » au Pendjab ?

En raisonnant par l’absurde, pourquoi ne pas les envoyer plus loin encore ? Européens depuis près de mille ans déjà, les Roms sont arrivés en Europe en migrant du nord de l’Inde (de la région du Sindh, couvrant une partie de l’actuel Pendjab pakistanais et indien), sans doute pour fuir la société brahmanique qui les rejetait comme « intouchables ».

Devrons-nous nous sentir une forte inclinaison brahmanique, monsieur le ministre, pour tenter de nous réjouir en vous entendant déclarer que les Roms migrants sont une fois encore à ranger dans la catégorie des « intouchables » et des « indésirables » ?

Devrons-nous peut-être, un jour, accepter la proposition de les renvoyer au Pendjab, en foi de leurs origines géographiques et ethniques supposées ?

Ce qui est certain, c’est qu’aucun Etat de droit ne devrait autoriser les Roms présents sur son territoire à briser les lois en vigueur. Et c’est à vous, monsieur le ministre de l’Intérieur, de vous assurer que la loi soit constamment et en tous points connue et respectée par ces populations sur le territoire de la France.

Cela réduirait rapidement et de manière appréciable le clivage manifeste et
croissant entre sédentaires et Roms sur le territoire français.

Vous me portez un réel préjudice au quotidien

Il est aussi un autre problème que je souhaite vous exposer, monsieur le ministre. Je suis française née en Roumanie et je suis totalement intégrée en France, qui est mon seul pays. Je ne suis pas rom, pas plus que la grande majorité des Français d’origine roumaine, ou la très grande majorité de la
population de la Roumanie. En Roumanie, les Roms sont une minorité, comme en France.

En entretenant sciemment, vous aussi, une confusion voulue entre Roms d’un côté, et Roumains et Français d’origine roumaine de l’autre, au point de semer le trouble dans l’esprit des Français, vous me portez un réel préjudice au quotidien.

Tout comme vous portez préjudice à l’ensemble des Roms dont je ne fais pas partie – et qui peuvent prétendre à des solutions adaptées à leur situation, à
leurs souhaits et à leurs aspirations.

Pour paraphraser le rapport au Sénat déjà cité, « la confusion ainsi entretenue entre ces deux catégories de populations paraît préjudiciable ». Et je ne peux que vous tenir coresponsable de cette situation dorénavant.

J’aurais, enfin, deux questions plus personnelles à vous soumettre, monsieur le ministre :

  • expulserez-vous prochainement les Roms d’Espagne présents sur le territoire français, s’ils ne s’intègrent pas ou ne s’adaptent pas très rapidement ?
  • Que ressentirez-vous, vous qui êtes mi-espagnol et mi-suisse, né à Barcelone et naturalisé français à l’âge de 20 ans, si l’on se mettait à confondre sciemment, tant dans la presse que dans les discours des personnalités politiques et des membres du gouvernement, les Espagnols et les Français d’origine espagnole avec les Roms d’Espagne, autrefois appelés gitans ? Réaliserez-vous alors, tout comme moi maintenant, que « la confusion ainsi entretenue entre ces deux catégories de populations paraît préjudiciable », tant dans vos rapports sociaux que professionnels ?

Dans l’attente de vos réponses, je vous prie d’agréer, monsieur le ministre, l’expression de mes salutations les plus sincères.

MERCI RIVERAINS ! Enki
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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 16:04

 

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Billet d’humeur 28/09/2013 à 17h49

Sauver la planète ou travailler le dimanche : faux dilemme, vraie crise

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

 

 

Soyez honnêtes, avez-vous vraiment lu les articles à propos du dernier rapport des experts scientifiques du Giec sur les changements climatiques ? Avez-vous regardé d’un œil autrement que distrait les reportages télé qui, vendredi soir, nous annonçaient que Bordeaux et La Rochelle seraient sous les eaux dans un délai dans lequel nous serons sans doute tous morts (surtout moi) ?

Je ne rejoins pas, en posant ces questions perfides, les rangs des climatosceptiques qui contestent la validité du travail colossal du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Je respecte leur travail et partage globalement leur verdict rendant l’humain coupable de la dégradation de notre environnement.

Ce que je veux dire, c’est que ces données chiffrées, ces prédictions apocalyptiques scientifiques, tombent à plat à un moment de crise dans lequel l’horizon immédiat est suffisamment bouché pour qu’on n’ait la possibilité de réfléchir à l’horizon lointain.

« Il faut sauver la planète »

En écoutant, là aussi d’une oreille distraite, Clémentine Autain, vendredi soir à « Ce soir ou jamais » sur France 2, parler de la nécessité de « sauver la planète » dans un débat de sourds sur le travail le dimanche à Bricorama, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que c’était devenu un cliché inaudible.

 


Une fleur cassée et « réparée » (Arne Hendricks/Flickr/CC)

 

Oui, la planète a besoin d’être sauvée, mais, pour ça, il faut arriver à réconcilier :

  • la sortie du marasme mental dans lequel nous nous débattons actuellement ;
  • le retour d’un espoir de vie sinon meilleure au moins d’une vie tout court pour tous ceux qui se sentent perdre pied dans la société actuelle ;
  • avec les perspectives à plus long terme visant à protéger notre environnement.

La grande faillite intellectuelle des écologistes, c’est de ne pas avoir réussi à faire cette synthèse de manière convaincante, qui aurait non seulement justifié leur raison d’être dans le champ politique, mais aussi modifié le rapport de forces entre une gauche classique obstinément productiviste et les nouveaux acteurs issus de la société civile.

Ils n’y sont pas parvenus, sans doute parce que la tâche est colossale, mais aussi parce que les logiques politiciennes les ont court-circuités, en France encore plus qu’ailleurs.

L’échec de l’écologie politique

Cet échec de l’écologie politique n’est peut-être que temporaire, mais il repose sur un paradoxe. Jamais, la conscience de la nécessité d’une réponse « verte » aux problèmes de notre société n’a été autant partagée par les citoyens... tout en s’éloignant des préoccupations politiques de l’heure. C’était le cas sous Nicolas Sarkozy avec son « ça commence à bien faire » à propos de l’écologie ; c’est dit plus élégamment sous François Hollande.

 


Fiscalité verte sur le site du Ministère de l’écologie (capture d’écran)

 

Dans l’actualité récente, la formule qui résume cette contradiction est celle de « fiscalité verte »... L’inventeur de cette formule doit être grassement payé par Areva et Total réunis pour avoir réussi à rendre aussi antipathique l’action des écologistes. De quoi préférer polluer avec son diesel plutôt que de payer encore plus de taxes, même vertes !

Comment sortir de cette contradiction ? Faudra-t-il un nouveau Fukushima, nucléaire ou autre, pour retrouver les chemins de la prise de conscience et l’envie de passer à l’acte ? Ou au milieu de la morosité actuelle, sera-t-il possible de réunir suffisamment d’intelligence politique pour proposer autre chose ?

Peut-être n’est-ce pas dans le champ politique qu’il faut désormais agir pour « sauver la planète » ? Peut-être l’espoir repose-t-il dans d’autres organisations de la société, d’autres pratiques sociales et productives, sans attendre les lendemains qui sont censés chanter depuis longtemps ?

En attendant, la planète va mal. On n’avait pas besoin des experts du Giec pour le savoir, mais ça va mieux en le disant avec autorité. Connaître la maladie est nécessaire, mais pas suffisant, pour la guérir.

 

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 15:45

 

 

mediapart.fr

Berlusconi lance l'Italie dans la crise et l'Europe avec

|  Par Martine Orange

 

 

Silvio Berlusconi a décidé de précipiter une crise politique, dans l’espoir d’échapper à une inéligibilité à vie. L’Italie risque de se retrouver aux mains de la spéculation financière. Et la zone euro avec.

 

 

Cela couvait depuis l’été. Après avoir brandi toutes les menaces, Silvio Berlusconi, soucieux de son seul intérêt, a décidé de passer aux actes : samedi 29 septembre, l’ancien premier ministre italien a obtenu la démission des cinq membres de son parti, le peuple de la Liberté, qui siégeaient au gouvernement. La fragile coalition gouvernementale, laborieusement mise en place au lendemain des élections législatives de février, qui avaient fait apparaître un paysage politique totalement décomposé, est à terre. Elle n’a pas duré cinq mois.

Le président du Conseil, Enrico Letta, dénonce un geste « fou et irresponsable », à la suite de l’annonce de cette démission. Le président de la République, Giorgio Napolitano, qui depuis le mileu de la semaine appelait tout le monde à la raison, a annoncé qu’il tiendrait dimanche, avec le gouvernement, une conférence d’urgence. Il a devant lui deux options : soit trouver les modalités pour former une nouvelle coalition gouvernementale, soit appeler à de nouvelles élections. Dans la semaine, il avait appelé le parti de Silvio Berlusconi à la raison, en soulignant que le pays ne pouvait se payer le luxe d’élections anticipées. « Nous avons besoin d'un parlement qui débatte et travaille et non qui soit dissous en permanence. Nous avons besoin de continuité », avait-il insisté.

Officiellement, la démission des ministres du parti de Silvio Berlusconi fait suite à un désaccord sur les choix gouvernementaux de maintenir la hausse de la TVA, qui doit passer de 21 % à 22 % au 1er octobre. Les ministres du parti de  Silvio Berlusconi, opposés à cette hausse, entendraient marquer leur désaccord avec le président du conseil, Enrico Letta, qui, vendredi lors du conseil des ministres, aurait remballé toutes les propositions alternatives – hausse des impôts sur l’essence, hausse de la taxe du logement – face au désaccord des membres du gouvernement.

Le gouvernement estime qu’il a besoin, compte tenu de la dérive du budget, d’un milliard d’euros de recettes supplémentaires s’il veut respecter son engagement de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB, comme il s’y est engagé auprès de la Commission européenne. Faute d’accord sur des mesures alternatives, il a donc décidé de maintenir sa mesure controversée de hausse de la TVA.

Alors que l’Italie s’enfonce dans la récession et a à nouveau révisé la baisse ses prévisions économiques – la chute de l’économie serait de plus de 1,7 % cette année au lieu de 1,3 % prévu –, le refus de toute mesure d’austérité, qui ne risque que d’aggraver la situation, pourrait solidement s’argumenter. Dans le cas particulier, Sivlio Berlusconi a exigé la démission des ministres de son parti par simple calcul personnel.

Depuis que la Cour de cassation a confirmé début août son inéligibilité, assortie d’une condamnation de douze mois d’assignation à résidence et de travaux d’intérêt général pour fraude fiscale, l’ancien premier ministre cherche par tous les moyens à échapper à sa condamnation. Après les déclarations du président de la République, rappelant que la justice italienne était indépendante et qu’il n’y aurait pas de grâce présidentielle, il a commencé à s’énerver. Début septembre, il est apparu à la télévision annonçant la renaissance de son parti, Forza Italia, tout en vouant aux gémonies la justice italienne.

La menace a été suspendue jusqu’aux élections allemandes. Silvio Berlusconi, ayant compris que le Sénat était prêt à confirmer, le 4 octobre, la sentence de la Cour de cassation et à approuver son inéligibilité à vie, est entré en manœuvre. Dès mercredi, les députés de son parti menaçaient de démissionner en bloc. Même si certains députés du parti déclaraient que la consigne relevait de l’appréciation individuelle – sous-entendu qu’ils n’étaient pas disposés à la suivre, l’Italie a suspendu son souffle. Le marché boursier a commencé à dévisser, tandis que les taux italiens ont légèrement monté. Rome était en apnée.

En déplacement à New York, le président du conseil Enrico Letta a multiplié les déclarations sur l’attitude irresponsable de Silvio Berlusconi, tandis que le président de la République appelait tout le monde à ses responsabilités. Doutant de l’attitude des députés de son parti, Sivlio Berlusconi a préféré précipiter la crise, en obtenant des cinq membres de son parti qui siègent au gouvernement – et que manifestement il tient bien – leur démission samedi.

Son calcul est basique : s’il n’y a plus de gouvernement, il faut appeler à des élections anticipées. Dès lors, le Sénat est dissous, il ne peut donc voter sa destitution et son inéligibilité à vie. Compte tenu des sondages, alors que son parti est au coude à coude avec le Cinque Stelle (le Mouvement 5 étoiles qui a refusé de participer à toute coalition gouvernementale), il a toutes les chances de se refaire, voire de redevenir président du Conseil.

C’est oublié que le jeu est un peu plus compliqué que cela. Dès lundi, l’Italie risque de se retrouver aux prises avec une spéculation financière, qui n’ayant jamais cru au replâtrage politique imposé par la commission européenne, est aux aguets. Alors que le pays est totalement anémié par une cure d’austérité voulue par l’Europe et asphyxié par un euro qui ne correspond absolument pas à la réalité de son économie, il se retrouve à la merci du haut brigandage financier. Par effet de contagion, toute la zone euro se retrouve à nouveau menacée.

Une solution de bricolage peut être trouvée. Mais elle risque de ne tromper personne. L’Europe, qui avait tenté de gagner du temps en imposant à Rome une solution bancale, se retrouve prise à son propre piège. La fausse accalmie décrétée le temps de la réélection d’Angela Merkel est bien achevée. Tous les problèmes politiques et économiques que les dirigeants européens ont repoussé depuis cinq ans de crise, se retrouvent devant nous.

 

 

 

 

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 14:40

 

mediapart.fr

Frédéric Lordon : «Revenir aux monnaies nationales, pour refaire une monnaie commune»

|  Par La rédaction de Mediapart

 

Invité de notre émission «En direct de Mediapart», l'économiste Frédéric Lordon est revenu sur son dernier ouvrage : La Société des affects – Pour un structuralisme des passions.

 

 

 

Frédéric Lordon, qui vient de faire paraître La Société des affects – Pour un structuralisme des passions (Éditions du Seuil), était vendredi en direct de Mediapart. Joseph Confavreux l'a interrogé sur la passion en politique et en économie, mais aussi, à travers notamment la question d'une éventuelle sortie de l'Euro et d'un détour par les monnaies nationales, sur les mésusages de l'Europe et un possible recours à la notion de Nation, qui soit à la fois irrécupérable par l'extrême droite et susceptible de réouvrir des possibilités démocratiques.

 

 

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 14:27

 

 

mediapart.fr

Au Maroc, manifestations contre l'incarcération d'un journaliste

|  Par Ilhem Rachidi

 


Pour avoir fait un lien renvoyant à une vidéo d’Al Qaïda menaçant le Maroc, le journaliste Ali Anouzla, du site indépendant Lakome, est incarcéré pour « incitation au terrorisme ». Il risque jusqu'à 20 ans de prison. Correspondance au Maroc.

 

 Rabat, Maroc, correspondance

« Anouzla est journaliste, pas terroriste ! », « Pourquoi ils t’ont arrêté, Ali ? Parce que tu dis la vérité ! », « Tous solidaires avec Ali Anouzla ! » Ils étaient plusieurs centaines à être venus ce jeudi devant le parlement marocain dénoncer l’inculpation du journaliste Ali Anouzla pour « incitation au terrorisme ». Connu pour ses éditoriaux critiques envers le pouvoir, le directeur de la version arabophone du journal électronique indépendant Lakome est poursuivi pour avoir publié un lien renvoyant à une vidéo d’Al Qaïda menaçant le Maroc.

Manifestation en faveur de journaliste Anouzla à Rabat  
Manifestation en faveur de journaliste Anouzla à Rabat © IR

Avocats, journalistes, acteurs associatifs, artistes et quelques personnalités politiques se sont réunis à Rabat pour appeler à sa libération et à l’abandon des charges qui pèsent contre lui. À Tanger aussi, une manifestation a rassemblé quelques dizaines de personnes. Pour la militante du Mouvement du 20 Février et de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) Kamilia Raouyane, « le pouvoir essaie de se venger de lui en lui collant une affaire de terrorisme ».

Mardi soir, après une garde à vue d’une semaine, Anouzla était présenté devant un juge d’instruction et poursuivi pour apologie du terrorisme, incitation au terrorisme et assistance matérielle. Il a ensuite été transféré à la prison de Salé, où sont généralement détenus les prisonniers condamnés pour terrorisme. Il est poursuivi en vertu de la loi antiterroriste de 2003 et, d'après son avocat, risque jusqu’à 20 ans de prison.

Dans un article évoquant une menace terroriste contre le Maroc, Anouzla a partagé le lien d’une vidéo d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) qui appelait au Jihad – tout en précisant qu’il s’agissait de propagande – disponible sur un blog du journal espagnol El País, et retirée depuis. La version francophone du site Lakome a publié cette vidéo, mais son directeur, Aboubakr Jamaï, n’a pour l’instant pas été inquiété. Contacté par téléphone le lendemain de l’annonce des poursuites, Aboubakr Jamaï se disait « abasourdi »  par les chefs d’accusation retenus contre son confrère.

Selon l’avocat d’Anouzla, Me Abderrahim Jamaï, le fait que son client soit accusé selon la loi antiterroriste est « scandaleux » et « aberrant ». « C’est un procès d’opinion. Quand on fait un procès à un journaliste, c'est la liberté d’expression qui est menacée, affirme-t-il. Il s’agit de quelqu’un qui n’a commis aucun acte matériel. Quand on cherche coté matériel, on trouve un site électronique, des analyses. »

Depuis l’inculpation d’Anouzla, la mobilisation s’est nettement intensifiée. Ce samedi, des sites d’information électroniques (Lakome bien sûr et aussi Yabiladi, Mamfakinch, Onorient, Telquel), ainsi que des blogueurs connus (Larbi.org, docteurho.com, mounirbensalah.org, excepmag.com, mdd.ma, sniper.ma, transportmaroc.wordpress.com, carnetdebeur.com, mcherifi.org, thesanae.com) ont lancé une opération blackout Internet. Elle a été aussi suivie sur Facebook et Twitter.

Vendredi 27 septembre, 56 journalistes marocains établis à l’étranger ont entamé une grève de la faim. Sur les réseaux sociaux, des journalistes du monde entier ont publié leur photo appelant à sa libération. De nouveaux rassemblements sont aussi prévus à l’étranger, à Montréal ce samedi, et à Lille le 1er octobre.

Un signal contre la presse libre

 

Le journaliste Ali Anouzla 
Le journaliste Ali Anouzla

Déjà, au lendemain de l’arrestation d’Anouzla, une centaine de manifestants s’étaient réunis devant la brigade nationale de police judiciaire, où Anouzla était maintenu en garde à vue. Puis, une manifestation s'était déroulée devant le ministère de la justice à Rabat. Sur la toile, de nombreux internautes ont exprimé leur colère et leur stupéfaction. « Nous assistons à l'assassinat de la presse libre marocaine », écrivait le twitto @Vi_Ninua. D’autres ont envoyé des lettres de protestation et inondé de SMS les messageries du ministre de la justice Mustapha Ramid et du ministre de la communication et porte-parole du gouvernement Mustapha El Khelfi.

La mobilisation a rapidement dépassé les frontières marocaines. « La rapidité et la détermination avec laquelle les plus grandes ONG de défense des droits de l'Homme et de liberté de la presse se sont mobilisées pour Ali est exceptionnelle. Au Maroc aussi, il y a un vrai élan en faveur d'Ali », souligne Jamaï. Amnesty International, Human Rights Watch, ainsi que le Committee to Protect Journalists et Reporters sans Frontières ont appelé les autorités marocaines à libérer Anouzla.  

Au Maroc, les soutiens parmi la classe politique et les médias traditionnels ont été jusqu'ici plutôt timides. Plus inquiétant, des membres éminents de partis politiques estiment justifiée la détention d’Anouzla. Le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement Mustapha El Khlefi a même publié un communiqué à l'adresse des organisations qui soutiennent Anouzla. Il n’a répondu ni aux appels ni aux messages laissés par Médiapart. Le ministre de la justice Mustapha Ramid s’est refusé à tout commentaire. « Je ne veux rien dire ni me prononcer, je ne veux pas commenter une instruction en cours », a-t-il déclaré au téléphone. Il était pourtant de ceux qui s’étaient farouchement opposés à l’adoption de la loi antiterroriste il y a 10 ans. Alors avocat, il défendait de nombreux islamistes accusés d’être impliqués dans les attentats perpétrés en mai 2003 à Casablanca.

Ce n’est pas la première fois qu’Anouzla a des démêlés avec la justice marocaine. En 2009, il était déjà poursuivi et condamné à un an avec sursis pour avoir publié de « fausses informations » sur la santé du roi Mohamed VI. Son journal, Al Jarida El Oula, disparaîtra.
 
En juin, il s’interrogeait sur les longues absences à l’étranger du roi. Le mois dernier, il lançait ce qui allait devenir le scandale du Danielgate – la grâce royale d’un pédophile espagnol condamné à 30 ans de détention pour le viol de 11 enfants –  et évoquait la responsabilité du conseiller et proche du roi, Fouad Ali El Himma, dans ce scandale. Son dernier éditorial était consacré à l’Arabie saoudite. Il y dénonçait les efforts du royaume pour freiner tout effort de démocratisation dans le monde arabe.

 

Sur la pancarte : « Vous avez libéré Daniel et vous avez emprisonné Anouzla ! »  
Sur la pancarte : « Vous avez libéré Daniel et vous avez emprisonné Anouzla ! » © IR

Pour de nombreux journalistes indépendants, le message est clair. Le pouvoir tente d’éliminer la presse électronique indépendante, à défaut de ne pouvoir la domestiquer, comme il a pu le faire avec la presse traditionnelle.

Le journaliste Rachid El Belghiti du site d’information Hespress redoute que certains de ses confrères « ne fassent marche arrière », même si lui ne changera pas « sa façon de travailler ». « Ça fait vraiment peur, c’est mauvais signe. Ça veut dire que nous sommes dans un pays qui recule », regrette-t-il. « Ali Anouzla, c’est une école, j’ai beaucoup appris avec lui. C’est aussi un ami. Je connais ses valeurs humaines. C’est inacceptable de mettre un journaliste dans une cellule et le poursuivre en se basant sur la loi antiterroriste. Ça n’arrive plus, même dans les pays de dictature militaire. »

Le journaliste Imad Stitou dénonce des accusations « fantaisistes ». « Anouzla n’a fait que son travail », dit-il. D’après lui, cette arrestation est un retour à l’ère du Maroc de Hassan II. Un recul, qui risque de changer sa façon – et celle de ses confrères, d’après lui – de pratiquer le journalisme. « On commence à penser aux lignes rouges, de plus en plus nombreuses. »

De plus en plus de « lignes rouges »

Ces dernières années, le pouvoir marocain a progressivement étouffé la presse indépendante. Les sujets à aborder avec des pincettes demeurent les mêmes : la situation au Sahara, l’Islam, la monarchie ou l’entourage royal. Plusieurs publications indépendantes ont mis la clef sous la porte après des condamnations judiciaires, mais surtout à cause des boycotts publicitaires. C’est le cas du Journal hebdomadaire et de Nichane, disparus des kiosques en 2010.

« Ali est aussi, et probablement surtout, le cofondateur d'un média réellement indépendant qui expose et qui perpétue le genre de journalisme libre d'Al Jarida Al Oula et du Journal hebdomadaire », explique Jamaï. « Il y a un effet mirage lorsque vous vous mettez devant un kiosque marocain, poursuit-il. La diversité quantitative est réelle, mais si vous vous intéressé à ce sujet essentiel : qui sont ceux qui exercent le pouvoir et comment ils l'exercent, alors le désert éditorial apparaît. L'uniformité est alors déprimante. »


Manifestation à Rabat en faveur de journaliste Anouzla
Manifestation à Rabat en faveur de journaliste Anouzla © IR

Cette affaire ne suscite pas d’inquiétude uniquement chez les journalistes. Le rappeur Mouad Belghouate, alias L7a9d, était présent lors des manifestations. Il a passé quatre mois puis un an en détention pour une supposée bagarre et une chanson qui avait déplu à la police. Mais d’après ses soutiens, il a été incarcéré pour ses raps irrévérencieux envers le pouvoir dans lesquels il va jusqu’à critiquer le roi. « Je suis en colère. Anouzla est l’un des rares journalistes qui ne tient pas compte des lignes rouges. Le peu de liberté d’expression que nous avons, ils veulent nous la réduire. »

 

 

 

 


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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 16:11

 

nevivonspluscommedesesclaves.net

 

Ne vivons plus comme des esclaves !


 


25 SEPTEMBRE : COMME PROMIS, VOICI LE FILM EN INTÉGRALITÉ !


Trois remarques :
- Internet ne nous permet qu’une qualité moyenne tant au niveau du son que de l’image, c’est pourquoi nous vous invitons à venir nous retrouver : rien ne vaut les projections-débats pour savourer l’ambiance, entrer dans l’image, vivre les situations, se laisser porter par les nombreuses chansons, assister ou participer aux débats (détails dans la rubrique Agenda projections-débats).
- Le bilan comptable du film affiche un déficit de 1715 euros au 25 septembre. La souscription continue pour boucler à l’équilibre cette aventure bénévole (détails dans la rubrique "Souscription de soutien").
- Nous avons sorti le film en version grecque avec un mois d’avance, le 28 août :
voir ici l’accueil du film en Grèce.

 



Pour améliorer la qualité de l’image, lancez la vidéo, puis cliquez en bas à droite sur le rouage et choisissez 720pHD, avant de mettre en plein écran

Prochaines projections-débats (détails dans la rubrique Agenda) :
26/09 à JOIGNY (89) en présence de Yannis Youlountas (réalisateur)
28/09 à DAMIATTE (81) en présence de Cyril Gontier (chanteur qui a participé à la BO du film)
29/09 à MERLIEUX (02) en présence de Mimi et Vangelis (personnages du film) ainsi que Yannis
29/09 à LILLE en présence de Mimi, Vangelis et Yannis
30/09 à PARIS en présence de Mimi, Vangelis et Yannis
01/10 à PARIS en présence de Mimi, Vangelis et Yannis
01/10 ST-DENIS (93)en présence de Mimi, Vangelis et Yannis
02/10 à LYON en présence de Mimi, Vangelis et Yannis
03/10 à NÎMES en présence de Mimi, Vangelis et Yannis
04/10 à DURFORT (81, limitrophe 31 et 11)en présence de Mimi, Vangelis et Yannis
05/10 à RENNES en présence de Mimi et Vangelis
06/10 à ROUEN en présence de Mimi et Vangelis
07/10 à PARIS en présence de Mimi et Vangelis
(...)
Toutes les soirées à prix libre sauf Durfort. Soirée de Joigny organisée par la Maison citoyenne, soirée de Damiatte par le FdG, tournée Mimi et Vangelis par la FA, soirée de Durfort par La Fontaine Magique (repas de fête avant projection-débat : réservation 48h avant maxi auprès de maud@nevivonspluscommedesesclaves.net 15€, tout compris, vin et surprises inclus). Détails dans la rubrique "Agenda projections-débats".

 

JEUDI 26 SEPTEMBRE 19H30 À JOIGNY (89)
Projection-débat du film en présence du réalisateur
Salle Debussy 61, rue Saint-Jacques 89300 Joigny

La projection sera précédée d’un hommage à notre ami et camarade Pavlos,
assassiné par les fascistes ce 18 septembre au Pirée.

Καλο ταξίδι φίλε... Γεια σου ρε Παυλο
Δεν ξεχναμε, δε συγχωρουμε

Voir le film en grec, anglais, allemand :

ΝΑ ΜΗΝ ΖΗΣΟΥΜΕ ΣΑΝ ΔΟΥΛΟΙ (GR)
http://nevivonspluscommedesesclaves...
ou lien direct : http://youtu.be/neRt6XS05b0

LET’S NOT LIVE LIKE SLAVES (EN)
Bientôt disponible sur
http://www.x-pressed.org/?xpd_artic...

LASS UNS NICHT LÄNGER WIE SKLAVEN LEBE (DE)
Bientôt disponible sur
http://www.x-pressed.org/?xpd_artic...

Plusieurs versions dans d’autres langues ont commencé (espagnol, croate, russe, etc.).
Si vous désirez proposer une autre langue, contactez la coordination des traductions du film :
maud@nevivonspluscommedesesclaves.net ou info@x-pressed.org

 


 

ladepeche.fr

 

 

Ginals. Le film d'Yannis Youlountas ovationné

 

Publié le 23/08/2013 à 03:49

Les témoins grecs en traduction simultanée avant la projection.

Les témoins grecs en traduction simultanée avant la projection.  


 

C’est un film* encore à retravailler selon son réalisateur Yannis Youlountas qui a fait le clou de la soirée des Rencontres du Possibles, à Begayne. Tourné avec la fonction vidéo d’un appareil photo à Athènes et surtout à Exerchia, le quartier ZAD de la capitale grecque, ce documentaire donne largement la parole aux promoteurs des pratiques alternatives pour résister à la crise que connaît le pays. Depuis les réseaux entre producteurs de jardins partagés et épiceries ou restaurants autogérés jusqu’aux analyses des acteurs des occupations des places, un éclairage authentique de la réalité vécue par les Grecs dans une période de crispation entre néo-fascistes et anti-autoritaires.

La personnalisation des témoignages rend chaleureuse l’explication et les panneaux de réflexions que propose le réalisateur pour ponctuer les chapitres donnent raison à Raoul Vaneigem, André Gorz, Buenaventura Durruti ou Victor Hugo éclairés des choix musicaux remarquables. On reconnaît là la formation philosophique d’Yannis.

Une soirée très grecque

La soirée, débutée avec un repas grec délicieux, au son du groupe Ta Limania Xena et des danses des spectateurs, a donné ensuite lieu à des échanges détendus avec le groupe de jeunes Grecs autour du feu de vallée et co.

Questions, traductions, échanges, la compréhension du fonctionnement du système n’étonne pas grand monde mais l’espoir d’une société plus juste se lisait dans les pratiques concrètes mises en place autour et dans Athènes.

Jeudi 22 août, les plantes et la nourriture se retrouvaient au cœur des débats.

Aujourd’hui vendredi 23, encore du concret pour rendre les hétérotopies possibles: faites-le vous-même! montrera des exemples pratiques avant le concert d’Annabeth MacNamara.

*Le film sans but lucratif «Ne vivons plus comme des esclaves!» sera accessible gratuitement dans sa version définitive sur internet le 25 septembre, après sa présentation le 21 au festival du film grolandais de Toulouse. Souscription possible à nevivonspluscommedesesclaves.net

La Dépêche du Midi

 



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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 15:23

 

 

lemonde.fr

Fukushima : le système de décontamination de l'eau à nouveau stoppé

Le Monde.fr avec AFP | 28.09.2013 à 08h54 • Mis à jour le 28.09.2013 à 11h39

 
 

 

 

Le problème de l'eau contaminée a dégénéré en crise à la centrale de Fukushima.

 

 

La compagnie gérante de la centrale accidentée de Fukushima a fait part, samedi 28 septembre, de l'arrêt du système avancé de traitement de liquide (advanced liquid processing system, ALPS) qui venait tout juste d'être remis en service, à cause d'un problème technique.

Tokyo Electric Power (Tepco) s'est rendu compte dans la nuit de vendredi à samedi de l'existence d'un problème dans le débit d'une pompe de ce système de décontamination de l'eau  censé filtrer 62 éléments radioactifs (à l'exception du césium 134 et du césium 137 retirés en amont et du tritium qui reste).

Tepco avait relancé une unité ALPS en test à chaud vendredi à 0 h 4, mais a dû la stopper à 22 h 37 le même jour, sans pour le moment connaître la cause exacte de cette avarie. Entre-temps, 100 tonnes de liquide radioactif ont été traitées, ce qui est une goutte d'eau comparée à l'énorme quantité de plus de 400 000 tonnes stockées dans des réservoirs ou accumulées dans les sous-sols du complexe atomique saccagé par le tsunami du 11 mars 2011.

 

 

 DISPOSITIF ARRÊTÉ PLUSIEURS MOIS

Le dispositif ALPS avait déjà été testé en mars, mais n'avait alors pas donné totale satisfaction. Il a été arrêté plusieurs mois pour remédier à ce qui ne fonctionnait pas correctement. Une seule des trois unités existantes avait été remise en exploitation vendredi, les autres devraient l'être dans quelques semaines.

ALPS est un des rouages clés de la stratégie de Tepco pour traiter les centaines de milliers de tonnes d'eau du site, une quantité qui augmente de jour en jour et qui ne pourra pas être stockée indéfiniment, d'autant que les réservoirs utilisés ne sont pas fiables. L'un d'eux a fui récemment et a jeté le doute sur les 300 autres du même type.

 

 PURIFIER L'EAU AVANT MARS 2015

Lors de la tenue vendredi d'une réunion d'une commission d'enquête parlementaire sur le problème de l'eau à Fukushima, le patron de Tepco, Naomi Hirose, a déclaré vouloir "purifier l'eau contenue dans les réservoirs d'ici à la fin de mars 2015 [terme de la prochaine année comptable]".

Le problème de l'eau radioactive a dégénéré en crise, et Tepco est sous la pression du gouvernement japonais et de la communauté internationale pour en venir à bout, une partie de cette eau souillée s'écoulant aussi dans l'océan Pacifique voisin depuis les sous-sols inondés de la centrale. Le gouvernement a déjà décidé d'allouer des fonds pour créer un "mur de glace" en sous-sol afin d'isoler les eaux contaminées sous la centrale des nappes souterraines. Il s'agira de faire passer dans des tuyaux verticaux une substance réfrigérante pour geler le sol alentour. La construction de cette muraille prendra néanmoins deux ans.

Lire : "Le Japon va consacrer 360 millions d'euros à Fukushima"

 

 

 

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 15:17

 

animaux.blog.lemonde.fr

, par Catherine Vincent

Poules en batterie: des images de maltraitance censurées par la justice

 

 

« Chers amis, chères amies, Nous avons besoin de votre aide… » Ce n'est pas si souvent que  L214, spécialisée dans la défense des animaux d’élevage, fait ainsi appel à ses sympathisants. Mais la décision de justice est elle-même peu ordinaire : en juillet,  l'association a été condamnée à payer une somme conséquente à deux élevages de poules pondeuses en batterie, au motif... d'une « atteinte à la vie privée ». 

De quoi s’agit-il ? De deux reportages vidéo, reçus il y a quelques mois par L214. Ils ont été tournés de façon clandestine dans deux élevages en batterie, situés en Saône-et-Loire pour l’un, dans l'Ain pour l’autre. Deux élevages parmi des dizaines,  qui ne traitent sans doute pas leurs volailles plus mal que d'autres. Mais qui détiennent, dans « des bâtiments gigantesques, des milliers de poules enfermées dans des cages non conformes à la réglementation », affirme l'association. Jouant son rôle de lanceur d'alerte, celle-ci demande aux éleveurs de corriger la situation, informe les autorités vétérinaires,et avertit dans la foulée les supermarchés qui commercialisent ces œufs, notamment Carrefour, Super U et Monoprix. La réponse ne tarde pas : les deux exploitants assignent L214 en justice,  les images ayant été obtenues sans autorisation.

Quelques semaines plus tard,  la justice tranche. En faveur des éleveurs. Par deux ordonnances, à consulter ici et , L214 a interdiction d’utiliser les images (sous astreinte de 3000 et 5000 € par infraction constatée), et se voit condamnée à payer des réparations financières (1300 € dans un cas, 1500 € dans l'autre) aux deux élevages. L’association a fait appel de la décision, mais le jugement et l'appel s'élèvent à plus de 6000 €. Des frais importants pour cette petite structure, au budget annuel d'environ 100 000 €. D’où cet appel aux dons.

"Quelle justice ordonne de fermer les yeux sur la détresse d'êtres vivants ?", s’interroge Brigitte Gothière, co-fondatrice de L214, qui affirme "avéré que ces deux élevages sont en infraction avec la réglementation européenne en vigueur depuis le 1er janvier 2012 ". Celle-ci impose notamment que les cages soient équipées de "nids" artificiels avec sols en plastique,  de perchoirs, d’une litière pour le picotage et le grattage et de raccourcisseurs de griffes. Or, que constate L214 en visionnant les vidéos reçues? Dans le premier élevage (111 000 poules), exploité par la société Val Produits sur la commune de Branges (Saône-et-Loire), "les nids ne sont pas conformes, les raccourcisseurs de griffes inadaptés et aucun dispositif pour le picotage et le grattage n’est installé", énumère Brigitte Gothière, en précisant que « certaines poules n’ont plus que quelques plumes sur le corps", et que "des cadavres en décomposition avancée bloquent des œufs ».

Même constat ou presque dans le cas du second élevage (200 000 poules), exploité par le GAEC (Groupement agricole d'exploitation en commun) du Perrat, sur la commune de Chaleins (Ain). Avec, en prime, "des oeufs et de nombreuses poules infestés de parasites". Des éléments difficiles à vérifier en l'absence d'images fiables (et maintenant d'images tout court), mais qui figurent de manière récurrente parmi  les "effets collatéraux" de ce type d'installations.

Car rien n'est simple au royaume de l'élevage intensif,  pour les poules comme pour ceux qui s'en occupent. En réponse à la demande de précisions du distributeur Carrefour, alerté par L214, la société Val Produits indique dans un courrier daté du 6 juin 2013 que « plusieurs aménagements ont été entrepris » dans son élevage dans le respect des nouvelles dispositions européennes . Le retour d’expérience de ces changements, poursuit-elle toutefois, « tend à mettre en évidence les avantages des nouvelles dispositions de confort, mais également plusieurs inconvénients ayant un effet contraire au bien-être animal recherché ». Si ses cages ne contiennent pas d’aire de grattage et de picotage par distribution de matériel friable et de grain sur une zone dédiée, c'est que celle-ci  s’est révélée « extrêmement difficile à nettoyer et à désinfecter ». Un risque sanitaire qui a incité Val Produits  « à attendre les évolutions techniques et règlementaires des exigences relatives à la litière permettant grattage et picotage ». 

En ce qui concerne le GAEC du Perrat,  l’association L214 a reçu du groupe Casino, par un courrier daté du 2 juillet, les conclusions des services vétérinaires de l’Ain, qui ont réalisé une inspection de cette exploitation le 26 juin. Selon ces derniers,  l’élevage « a réalisé la mise aux normes du bien être des poules »,  lesquelles sont hébergées dans des cages aménagées conformément aux dispositions de la dernière directive européenne. Cette inspection a toutefois révélé certaines non-conformités pour lesquelles la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) de l'Ain a demandé des mesures correctives : notamment pour le sol des "nids", toujours constitués de treillis métallique et non de caillebotis plastiques.

Faire tant de foin pour quelques micro-infractions, est-ce bien raisonnable? "Personne ne s'étonne d'avoir une amende parce qu'il dépasse dans sa voiture la limite de vitesse de quelques km/h", rétorque Brigitte Gothière. Soucieux « d'être en conformité avec la réglementation », le groupe Casino affirme avoir provisoirement stoppé son approvisionnement auprès du GAEC du Perrat. Une initiative dont se réjouit L214, comme elle déplore de se retrouver "criminalisée dans son rôle d'information" .

"Ce n'est pas la première fois qu'en France, des filières agricoles tentent, parfois avec succès, de faire interdire des images. Si ces jugements se généralisent, l'industrie agro-alimentaire  restera seul maître à bord", s'inquiète Brigitte Gothière. S'étonnant que la justice qualifie d'atteinte à la vie privée "ce qui relève avant tout de l'intérêt général", elle précise que son association reçoit  "de plus en plus de vidéos anonymes et de témoignages de gens ayant vu des maltraitances avérées sur les animaux d'élevage".

Catherine Vincent

 

 

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 15:08

 

lejournaldabbeville.fr

 

 

Drucat Flash: 800 manifestants sur la ferme des 1000 vaches

La confédération paysanne, les Élus verts (EELV), Pascal Durand en tête, il y a du monde au Plessiel.

Dernière mise à jour : 28/09/2013 à 16:19

 


 
 
 

 

Pascal Durand, président d’Europe écologie les verts, est aux côtés de la Confédération paysanne , déjà présente le 17 septembre pour un raid nocturne (video) et des adhérents de Novissen et des habitants de Drucat pour dénoncer le projet de ferme des 1000 vaches.

EELV.jpg

Les manifestants étaient, pour la plupart, déguisés en vache.

La confédération paysanne état fortement représentée.

conf.jpg

 

 

Drucat, France
leredacchef
                                                                                             ***********************

L'étable des multiplications

LE MONDE | 28.09.2013 à 11h32 • Mis à jour le 28.09.2013 à 14h57 | Par Laurence Girard

 
 
Dans la Somme, le projet de l'entreprise Ramery prévoit d'accueillir un millier de vaches laitières. Une rupture avec le modèle français d'élevage.

La ferme des 1 000 vaches commence à sortir de terre. A Buigny-Saint-Maclou, près d'Abbeville, dans la Somme, au coeur d'une large plaine céréalière et betteravière, un premier hangar pour stocker la paille est déjà construit. Suivra l'étable géante de 234 mètres de long abritant les fameuses 1 000 laitières. Mais aussi des bâtiments pour les 750 génisses (vaches qui n'ont pas encore vêlé) et pour les veaux. Si tout se déroule comme prévu pour les promoteurs du projet, la première traite du plus grand troupeau de France pourra se dérouler en avril 2014. Un méthaniseur d'1,5 megawatt viendra compléter le dispositif en 2015.

Pour suivre l'avancée des travaux, il suffit de se connecter sur le site Internet de Novissen (Nos villages se soucient de leur environnement). Photos et vidéos prises par les membres de cette association montrent le ballet des camions et tractopelles sur les 2 hectares du chantier. Mais aussi l'inlassable mobilisation de ce groupement depuis près de deux ans, contre cette "ferme-usine", comme il la qualifie. D'Abbeville à Bruxelles, d'Amiens à Paris, du Salon de l'agriculture au ministère de l'environnement, Novissen ne cesse de dire non.

Samedi 28 septembre à 14 heures, l'association et ses 2 000 adhérents avaient prévu de manifester une nouvelle fois leur opposition près de la future plus grande ferme française de vaches laitières. Son mot d'ordre : "Halte aux travaux. Exigeons l'abandon total du projet [de la société] Ramery". Un troupeau de 1 000 vaches devait accompagner la mobilisation. Beaucoup de riverains soucieux de leur environnement sont prêts à répondre à l'appel. Mais aussi la Confédération paysanne, qui dénonce "l'industrialisation de l'agriculture". Ce syndicat agricole avait déjà mené une opération coup-de-poing, le 12 septembre, sur le chantier, puis au siège de la société Ramery, à Erquinghem-Lys (Nord).

 APPROCHE LIBÉRALE DE L'AGRICULTURE

La ferme des 1 000 vaches est devenue un symbole. Et la crispation qui accompagne son avancement est à la hauteur des tensions qui secouent le monde agricole. Alors que le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll, vient de lancer la concertation sur son projet de loi d'avenir et s'apprête à donner les nouvelles clés de répartition des 7 milliards d'euros de crédits alloués chaque année par Bruxelles aux agriculteurs, les interrogations sur le modèle agricole français se font pressantes.

D'autant qu'au fil des années, l'Europe a opté pour une approche libérale de l'agriculture. Début 2015, les quotas laitiers auront vécu. La disparition de cet outil de régulation inquiète des éleveurs. La France a la particularité de posséder un tissu encore dense de fermes laitières familiales enracinées dans de nombreuses régions. L'élevage laitier, qui est souvent la seule activité agricole possible en montagne, emploie d'ailleurs aujourd'hui le plus d'agriculteurs. Combien seront-ils demain ?

La ferme des 1 000 vaches est en rupture totale - et elle le revendique - avec ce modèle français d'élevage familial où la moyenne des troupeaux n'excède pas 50 à 80 bovins. Rupture de par l'origine de son promoteur, Michel Ramery, un entrepreneur du Nord qui a bâti dans sa région un groupe de BTP d'envergure, avec un chiffre d'affaires de 541 millions d'euros en 2012 et 3 550 salariés. Le magazine Challenges classe M. Ramery et sa famille, propriétaires de 100 % de l'entreprise, au 349e rang des fortunes françaises, avec un capital estimé à 120 millions d'euros.

 "LAIT POSITIF"

Le patron nordiste, qui possède une exploitation dans la Somme, est le seul gérant de la société civile d'exploitation agricole Côte de la justice qui porte le projet de la ferme des 1 000 vaches. Il s'est associé en 2009 à trois producteurs de lait au sein d'une société civile laitière baptisée Lait Pis Carde pour mettre en commun leurs quotas laitiers et constituer progressivement le futur cheptel. Deux autres producteurs l'ont rejoint en 2013. Ils gèrent désormais dans cette structure commune 300 vaches. Leur production de 2,8 millions de litres de lait est livrée à Senagral, filiale commune au fabricant de produits laitiers Senoble et à la coopérative Agrial.

Autre rupture : pour gérer cette structure d'élevage et piloter l'installation de la future ferme, M. Ramery a recruté un chef de projet salarié, Michel Welter, et des employés. Enfin, les promoteurs du projet, qu'ils appellent, eux, "lait positif", sont allés chercher leur inspiration hors des frontières. Des Etats-Unis à l'Allemagne, en passant par l'Espagne ou Israël. Sachant que l'Allemagne, où les fermes de 1 000 vaches sont légion, produit désormais plus de lait que la France.

De retour de leurs pérégrinations, ils ont dessiné le modèle de leur future étable géante. Les 1 000 vaches seront cantonnées dans un bâtiment ouvert, juste couvert d'un toit. Des stores mobiles protégeront les bêtes des intempéries.

La traite, automatisée, mais pas robotisée, aura lieu trois fois par jour, contre deux habituellement en France. Le recours à des salariés autorise ce rythme intensif. "La production de lait passera de 9 000 à 11 500 litres par an et par bête" assure Philippe Beauchamps, président du directoire du groupe Ramery, qui chiffre l'investissement pour la ferme à 6 millions d'euros.

QUE FAIRE DES RÉSIDUS ORGANIQUES ISSUS DU MÉTHANISEUR ?

Le projet de méthaniseur est, lui, indépendant de la ferme, même s'il traitera son lisier. Il est géré directement par Ramery Environnement, filiale du groupe de BTP. La société connaît ce métier de valorisation des déchets, qu'ils soient agricoles, ménagers ou industriels. Elle a décroché, il y a quatre ans, avec Dalkia, un contrat de délégation de service public auprès de Lille Métropole, pour la collecte et la valorisation des déchets urbains.

Le méthaniseur installé à Ducrat, commune limitrophe à Buigny-Saint-Maclou, sera l'un des plus puissants du secteur agricole. L'investissement est de 6 millions d'euros. "Le rachat de l'électricité par EDF rapportera 1,2 million d'euros par an", affirme M. Beauchamps. La revalorisation des tarifs auxquels EDF est obligé de racheter l'électricité rend ce type d'investissement attractif. Ramery Environnement est d'ailleurs en pourparlers pour un autre méthaniseur, qui traiterait, cette fois, des déchets de pêche.

Reste un problème de taille : que faire du "digestat", les résidus organiques chargés d'azote produits par le méthaniseur ? Il faut avoir une surface agricole suffisante pour l'épandre. Si le permis de construire a bien été accordé par arrêté préfectoral en mars 2013 pour l'ensemble du projet, le droit d'exploitation est limité pour l'instant à un troupeau de 500 vaches. Une limitation qui correspond à la superficie des contrats d'épandage signés avec les agriculteurs, soit 1 500 hectares. L'entreprise de M. Ramery souhaite convaincre d'autres céréaliers de signer pour atteindre les 3 000 hectares nécessaires.

EMPÊCHER LE ROULEAU COMPRESSEUR

L'association Novissen tente de ralentir le rouleau compresseur de l'entreprise de BTP Ramery qui construit la ferme de son patron. En mai, elle a déposé un recours auprès du préfet de la Somme contre le permis de construire. Puis le 6 septembre, une requête en excès de pouvoir auprès du tribunal administratif d'Amiens. "La préfecture refuse de nous donner le plan du projet malgré l'accord de la commission d'accès aux documents administratifs" dit Michel Kfoury, président de Novissen qui met en avant l'impact sur la santé, l'eau et l'environnement du projet.

"Pour nous, le problème n'est pas le nombre de vaches, c'est celui du modèle d'agriculture. Il n'est pas celui d'un industriel qui crée une usine à faire de l'argent. La passion de 95 % des éleveurs c'est l'élevage, pas la rentabilité des capitaux", dit André Bonnard, de la Fédération nationale des producteurs de lait, branche laitière du syndicat FNSEA.

Laurence Girard
Journaliste au Monde


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