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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 16:11

 

 

mediapart.fr

 

Un dialogue Piketty-Graeber: comment sortir de la dette

|  Par Joseph Confavreux et Jade Lindgaard

 

 

Il existe quatre méthodes principales pour réduire significativement une dette publique : la répudiation, l’impôt sur le capital, l’inflation et l’austérité. Mediapart a organisé une rencontre inédite entre l’économiste Thomas Piketty et l’anthropologue David Graeber.

 

 

Dette, 5000 ans d’histoire, de l’anthropologue David Graeber, publié par Les Liens qui libèrent, et Le Capital au XXIe siècle de l’économiste Thomas Piketty, édité au Seuil, constituent sans doute les essais les plus forts, décapants et politiques de cette rentrée. Chacun des deux auteurs recourt à l’histoire longue – trois siècles pour Thomas Piketty et 5000 ans pour David Graeber – pour dresser un saisissant paysage de la manière dont nous sommes arrivés à une situation où l’inégalité entre les hommes et le poids des dettes atteint des sommets insoutenables.

 

 

Tous deux s’appuient sur un corpus impressionnant pour proposer des solutions originales : un impôt exceptionnel, progressif et, si possible, mondial, sur le capital et les patrimoines pour Thomas Piketty ; une répudiation des dettes, comme plusieurs sociétés en ont connu au cours des siècles, pour David Graeber.

D’où l’envie d’organiser une rencontre entre les deux chercheurs, à l’occasion de la venue à Paris de l’Américain, rencontre centrée sur la question de savoir comment se libérer économiquement, politiquement, mais aussi mentalement, des processus d’endettement et de creusement des inégalités.

Vous semblez tous deux penser que le système économique et financier est en bout de course, et ne pourra pas tenir très longtemps en l’état. Pourriez-vous, chacun, expliquer quelles en sont les principales raisons ?

Thomas Piketty. Je ne suis pas sûr qu’on soit à la veille d’un effondrement du système, du moins d’un point de vue purement économique. Cela dépend beaucoup des réactions politiques et de la capacité des élites à persuader le reste de la population que la situation est acceptable ou non. S’il existe un appareil de conviction très efficace, il n’y a aucune raison que le système ne puisse pas continuer à exister en l’état. Je ne crois donc pas que des forces purement économiques causeront la chute du système.

Marx pensait que la baisse tendancielle du taux de profit ferait inéluctablement tomber le système capitaliste. D'une certaine manière, je suis plus pessimiste que lui, puisque même avec un taux de rendement du capital stable, autour de 5 % en moyenne, et une croissance mesurée, les richesses seront de plus en plus concentrées et le poids des héritages du passé toujours plus fort.

Mais cela, en soi, ne signifie pas qu’il se produira un effondrement économique. Ma thèse est donc différente de celle de Marx, et aussi de celle de David Graeber. Il se produit certes une explosion de la dette, notamment américaine, que nous observons tous : mais il y a, dans le même temps, une forte augmentation du capital, bien supérieure au montant de la dette.

La richesse nette créée est donc positive, puisque la croissance du capital est plus rapide encore que la montée de la dette. Je ne dis pas que c’est nécessairement une bonne chose. Mais il n’y a pas de raison purement économique qui ferait que ce phénomène serait synonyme d'effondrement du système.

 

Thomas Piketty et David Graeber 
Thomas Piketty et David Graeber



Mais vous dites bien que le niveau d’inégalités est devenu insupportable ?

T. P. Oui mais, là encore, l’appareil de persuasion, ou de répression, en fonction du pays dont vous parlez, ou la combinaison des deux, peut permettre à une telle situation de durer. Il y a un siècle, en dépit du suffrage universel, les élites des pays industrialisés avaient réussi à refuser toute mise en place d'impôts progressifs. Il a fallu la guerre pour créer un impôt sur le revenu progressif.

David Graeber. Mais l’endettement d’une personne correspond nécessairement à la richesse d’une autre, non ?

T. P. C’est un point intéressant. J’ai adoré votre livre, la seule critique que j’en ferais, c’est que le capital ne se résume pas à la dette. Il est exact que davantage de dettes, qu’elle soit publique ou privée, crée des ressources pour d'autres. Mais vous n'évoquez pas frontalement les différences possibles entre la dette et le capital. Vous faites comme si l’histoire du capital était la même que celle de la dette. Je pense que vous avez raison de dire que la dette joue un rôle beaucoup plus important qu’on ne l’a supposé jusqu’ici. Et, en particulier, dans les contes de fées que racontent les économistes sur l’accumulation du capital, le troc, la création de la monnaie ou l'échange monétaire.

La manière dont vous déplacez le regard, en insistant sur les relations de pouvoir et de domination à l’œuvre dans les relations d'endettement, est excellente. Mais le capital est utile en soi. Les inégalités de capital sont un problème, mais pas le capital en lui-même. Et il y a beaucoup plus de capital aujourd’hui qu’auparavant.

D. G.  Je ne veux pas dire que le capital se résume à la dette. Mais qu’on raconte l’inverse à tout le monde, et que c’est notre rôle de remplir les blancs que ce récit laisse sur l’histoire du salariat, du capitalisme industriel, des formes initiales de capital. J’essaie d’élargir le spectre. Pourquoi dites-vous que les ressources augmentent alors même que la dette augmente ?

T. P. La richesse nette a augmenté, c'est-à-dire les ressources telles qu'on peut les calculer, même compte tenu de la dette.

D. G. Il y a donc plus de richesses par tête qu’avant ?

T.P. C’est évident. Prenons les logements. Non seulement il y a plus de logements qu’il y a 50 ou 100 ans, mais, en proportion d’un an de production, il y a beaucoup plus de logements « nets de dette » qu’auparavant. Rapporté à un an de PIB, si vous mesurez le capital national, défini comme tous les revenus engendrés par l’activité économique, et que vous déduisez tout l’endettement des acteurs publics et privés du pays, le ratio a augmenté dans les pays riches depuis 40 ans. C’est un peu moins spectaculaire aux États-Unis qu’en Europe et au Japon, mais il augmente aussi. Les ressources augmentent donc beaucoup plus vite que la dette.

 

Thomas Piketty et David Graeber 
Thomas Piketty et David Graeber



D. G. Pour revenir à la question initiale, sur un possible effondrement du système, je pense que les prévisions historiques de ce type sont piégées. Ce qui est sûr, c’est que tous les systèmes ont une fin, et qu’il est très dur de savoir quand cela se produira. Mais nous voyons les signes d’un ralentissement du système capitaliste.

Au niveau technologique, on n’a pas le sentiment, comme dans les années 1960 et 1970, de se trouver à la veille de grandes inventions. En termes de visions politiques, on semble loin des grands projets de l'après-guerre, comme la création de l'ONU ou le lancement du programme spatial. Personne n'arrive même à agir sur le dérèglement climatique, qui menace pourtant la viabilité de notre écosystème et de la vie humaine.

Ce sentiment d’impuissance vient notamment du fait que, depuis trente ans, les appareils de persuasion ou de coercition, ont été davantage mobilisés pour gagner la guerre idéologique que pour n'importe quoi d'autre, y compris créer les conditions de la viabilité du système capitaliste. Le néolibéralisme a privilégié le politique et l'idéologique sur l’économique. Stratégiquement, cela veut dire qu‘il a préféré tout déployer pour faire croire que le capitalisme est viable à long terme, plutôt que s’atteler à le rendre viable à long terme. Le résultat, c’est une guerre de l’imaginaire, efficace au point que les gens qui se retrouvent avec des boulots de merde pensent que rien d’autre n’est possible.

On voit bien que cette hégémonie idéologique atteint ses limites aujourd'hui. Cela signifie-t-il que le système s’effondre ? C’est dur à dire. Mais s’il commençait à s’effondrer, cela ressemblerait à ce que nous voyons. Les systèmes économiques peuvent connaître des changements fondamentaux. Le capitalisme est récent, il est raisonnable d’imaginer qu’il peut devenir quelque chose d’autre.

« Retour à la Mésopotamie »

Le capitalisme est-il en lui-même la source du problème ou peut-il être réformé ?

T. P. Un des points que j'apprécie le plus dans le livre de David Graeber, c’est la continuité qu’il établit entre l’esclavage et la dette publique. La forme la plus extrême de la dette est l’esclavage : vous appartenez pour toujours à quelqu’un d’autre, et vos enfants potentiellement aussi. En principe, l’un des progrès de la civilisation a été de se débarrasser de l’esclavage.

 

Médaillon abolitionniste britannique (1795) 
Médaillon abolitionniste britannique (1795)

Or, nous explique David Graeber, la transmission inter-générationnelle de la dette, qui se faisait avec l'esclavage, a trouvé un mode d'existence moderne, qui est la dette publique et son augmentation, qui permet de transférer l'endettement d'une génération à l'autre. On peut imaginer un cas extrême, avec une quantité infinie de dette publique, qui représenterait non pas un, mais dix ou vingt ans de PIB, et qui reviendrait à faire exister une société complètement esclavagisée, où toute la production, où toute la création de richesses serait affectée à rembourser la dette. Tout le monde serait, par ce biais, esclave d’une minorité de la population, ce qui serait un retour au début de notre histoire.

Dans les faits, nous n’en sommes pas encore là. Il y a en effet encore beaucoup de capital à mettre en face de la dette. Mais cette façon de regarder les choses aide à comprendre cette étrange situation, où on culpabilise les endettés, où on nous rabâche que, chacun, nous « possédons » entre 30 000 et 40 000 euros de la dette publique nationale.

C’est particulièrement fou car, encore une fois, nous possédons collectivement plus de ressources que de dettes. Une grande partie de la population possède très peu de capital, puisqu’il est très concentré. Jusqu’au XIXe siècle, 90 % du stock de capital appartenaient à 10 % de la population. Aujourd’hui c’est un peu différent. Aux États-Unis, 73 % du stock de capital appartient aux 10 % les plus riches. C’est quand même un niveau de concentration qui implique que 50 % de la population ne possède que de la dette. Pour cette moitié de la population, la dette publique par tête est donc plus grosse que ce qu’ils possèdent. Mais 50 % de la population « possède » plus de capital que de dettes et il est donc absurde de culpabiliser ainsi les populations pour justifier les politiques d'austérité.

L’annulation de la dette est-elle pour autant la solution, ainsi que l'écrit David Graeber ? Je n’ai rien contre. Mais je suis plus favorable à un impôt progressif sur le patrimoine, avec de forts taux d’imposition en haut de l’échelle. Pourquoi ? La question est de savoir à quoi ressemble le jour d’après. Que faites-vous une fois que la dette est annulée ? C’est quoi le plan ?

Annuler la dette, c’est considérer que le dernier créancier, le détenteur en dernier ressort de la dette, est le coupable. Or, le système de transactions financières tel qu'il fonctionne permet aux plus gros acteurs de se débarrasser de leurs titres de dette bien avant l’annulation. Le dernier créancier, du fait du système d’intermédiation, n’est pas forcément très riche. Si vous annulez la dette, il n’est pas sûr que les plus riches y perdent de l’argent.

D. G. Personne ne prétend que l’annulation de la dette est la seule solution. Pour moi, c’est un élément inévitable dans une série de solutions. Je ne crois pas que l’annulation de la dette puisse résoudre tous nos problèmes. Il s'agit davantage d'une rupture conceptuelle. Pour être tout à fait honnête, je crois vraiment que l’effacement massif de la dette va, de toute façon, se produire, d’une façon ou d’une autre.

Pour moi, la discussion porte donc davantage sur les modalités de cette annulation : ouvertement, par décision verticale, en protégeant les intérêts des structures existantes ou sous l’impulsion des mouvements sociaux. La plupart des responsables politiques et économiques auxquels j’ai parlé reconnaissent qu’une forme de répudiation de la dette est nécessaire.

T. P. C'est bien mon problème : les banquiers sont d’accord avec vous !

Stèle dite de la démocratie (Musée d'Athènes) 
Stèle dite de la démocratie (Musée d'Athènes)

D. G. À partir du moment où cet effacement de la dette va se produire, la question est de savoir comment nous prenons possession de ce processus pour qu’il se termine bien. Car, dans l’histoire, il y a de multiples exemples d’effacement de l’endettement qui ont servi à préserver les structures sociales existantes et souvent iniques.

Mais cet effacement a aussi, parfois, servi à produire du changement social. Prenez les origines des constitutions athéniennes et romaines, dans les deux cas, il y avait une crise de la dette, et une manière de la régler a été de prendre des réformes politiques structurelles. La république romaine et la démocratie athéniennes sont nées de crise de la dette.

En réalité, tous les grands moments de transformation politique sont nés d’une manière ou d’une autre de crises de dette. Pendant la révolution américaine, la répudiation de la dette vis-à-vis de la Grande-Bretagne était l’une des demandes. Je pense que nous sommes devant un moment semblable, qui demande de l'invention politique.

Mais l'effacement n’est pas une solution en soi, puisqu'il en existe historiquement des versions terriblement régressives. Le Boston Consulting Group a ainsi pondu une note intitulée « Retour à la Mésopotamie » sur ce sujet, où ils font tourner des modèles pour voir ce qu’il se passerait en cas d’effacements massifs de dettes. Leur conclusion est que cela créerait de gros troubles économiques, mais que de ne pas le faire en créerait encore plus ! Si vous voulez protéger les structures actuelles de l’économie, il sera nécessaire d'en passer par là. Voilà un exemple typique de réponse réactionnaire à la proposition d’effacement de la dette.

Affiche d'Occupy Wall Street pour le 1er mai 2012 
Affiche d'Occupy Wall Street pour le 1er mai 2012

Concernant le capitalisme, il m’est difficile de l’imaginer survivant encore plus de cinquante ans, surtout au regard de la question écologique. Lorsqu'on reprochait au mouvement Occupy Wall Street de ne pas formuler de demande concrète, alors qu'on l'avait fait, j'ai lancé, un peu par provocation, l'idée d’annuler la dette et d’instaurer la journée de travail de 4 heures. Ce serait bénéfique écologiquement et répondrait à l’hypertrophie du temps de travail qui veut que nous travaillons beaucoup pour des boulots dont une grande partie ne sert à rien d’autre qu'à occuper les gens.

Le mode de production actuel est fondé sur des principes moraux plus qu’économiques. La croissance de la dette, des heures de travail et de la discipline de travail, tout cela semble aller de pair. Si la monnaie est une relation sociale faite de la promesse que chacun accordera la même valeur au billet de banque qu’il a entre les mains, pourquoi ne pas réfléchir au type de promesses que nous souhaitons nous faire, en matière de productivité future et d’engagement dans le travail ? C’est pourquoi je dis que l’abolition de la dette est une rupture conceptuelle. C’est pour nous aider à imaginer d’autres formes de contrat social, qui pourraient être renégociées démocratiquement.

« S'ils n'ont pas peur de l'Irak, il n'y a pas de raison d’avoir peur des Bahamas ou de Jersey »

À vous lire, Thomas Piketty, la répudiation de la dette n'est pas une solution « civilisée ». Qu'entendez-vous par là ?

T. P. Parce que les derniers créanciers des dettes ne sont pas nécessairement ceux qu'il faudrait faire payer. Que pensez-vous, David Graeber, de la proposition d’un impôt progressif sur les richesses, qui me paraît être une façon plus civilisée d'aboutir à ce résultat ?

J’insiste sur le fait que je suis vraiment très perplexe face au fait que les plus fervents soutiens de l’abolition de la dette, à part vous, sont ceux qui veulent des « haircuts », cette expression employée au FMI et à la Bundesbank, qui revient à dire : les détenteurs de dette publiques ont pris beaucoup de risques, donc maintenant, ils doivent payer. Réduisons de 50 % la valeur de la dette grecque, de 60 % celle de la dette chypriote. Ce n'est pas du tout une solution progressiste !

Je suis surpris, excusez-moi, que vous ne preniez pas plus au sérieux la question de quel outil nous doter, de quelles institutions collectives créer, afin de mieux cibler ceux que nous voulons cibler ? Une partie de notre rôle d’intellectuels est de dire quelles institutions collectives nous voulons bâtir. L’impôt en fait partie.

 

Thomas Piketty et David Graeber 
Thomas Piketty et David Graeber



D. G. L’impôt progressif me semble typique de l’« ère keynésienne » et de mécanismes redistributifs fondés sur des hypothèses de taux de croissance qui ne semblent plus vraiment soutenables. Ces formes de mécanismes de redistribution s’appuient sur des projections de hausse de productivité, liées aux hausses de salaires qui, historiquement, se sont produites en même temps que la mise en place de politiques fiscales redistributives. Est-ce que ces politiques sont viables dans un contexte de faible croissance ? Avec quels effets sociaux ?

T. P. Une faible croissance rend encore plus désirable ce type d’instruments fiscaux redistributifs. Je ne parle pas seulement du traditionnel impôt sur le revenu ; mais bien d’une taxation progressive de la richesse et du capital. Il y a une quantité de capital que des gens possèdent, net de dette. Si vous imposez un taux d’imposition progressif sur ce capital, pour ceux qui possèdent très peu, le taux d’imposition est négatif, et cela revient donc à effacer une partie de leurs dettes. Il s'agit donc de quelque chose de très différent des politiques keynésiennes d’imposition sur le revenu.

Par ailleurs, la faible croissance rend l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les richesses encore plus désirables car, avec une faible croissance, l’écart entre le taux de rendement du capital et le taux de croissance s’accroît. Durant la plus grande partie de l’histoire humaine, la croissance a été presque nulle, et le taux de rendement du capital était d'environ 5 %. Quand le taux de croissance est d’environ 5 %, comme en Europe après la guerre, l’écart entre les deux est donc faible.

Mais quand le taux de croissance est de 1 %, ou même négatif comme dans certains pays européens, l’écart entre les deux taux devient énorme. Ce n'est pas un problème d'un point de vue purement économique, mais c'est en un d'un point de vue social, parce que cela entraîne de grosses concentrations de la richesse. Face à cela, la taxation progressive de la richesse et du patrimoine est utile.

D. G. Mais cet impôt progressif sur le capital ne devrait-il pas être international ?

T. P. Oui bien sûr. Je suis internationaliste, comme vous, je ne pense donc pas que ce soit un point de discussion entre nous.

Tablette mésopotamienne 
Tablette mésopotamienne

D. G. C’est quand même intéressant car, historiquement, quand vous passez à une ère où le crédit est fort, vous avez en général une forme de mécanisme surplombant qui protège les débiteurs et empêche les créanciers de faire n'importe quoi, quitte à prendre des mesures favorables aux débiteurs. Ces mécanismes qui empêchent les créanciers d'avoir trop d'emprise sur les débiteurs ont pris des formes diverses : une monarchie de droit divin en Mésopotamie, le jubilé biblique, le droit canon au Moyen Âge, le bouddhisme, le confucianisme : en bref, il existait dans ces sociétés un appareil institutionnel et/ou moral qui maintenait une forme de contrôle sur le crédit.

Aujourd’hui, nous sommes dans une phase où le crédit est déterminant, mais nous faisons les choses à l’envers. Nous avons déjà des institutions surplombantes, de nature quasi religieuses dans la mesure où le néolibéralisme peut être vu comme une forme de foi, mais, au lieu de protéger les débiteurs contre les créanciers, elles font l’inverse.

Depuis trente ans, l'ensemble composé par le FMI, l'OMC, les institutions financières issues de Bretton Woods, les banques d’investissements, les multinationales ou les ONG internationales constitue un système bureaucratique international de taille mondiale qui, contrairement à l’ONU, a les moyens de faire appliquer ses décisions. Puisque toute cette structure a été explicitement mise en place pour défendre les intérêts des financiers et des créanciers, comment serait-il politiquement possible de transformer cet appareil pour qu’il fasse le contraire de ce pour quoi il a été mis en œuvre ?

T. P. Il va falloir convaincre plus de gens, que puis-je vous dire ? ! C’est important de savoir déjà où nous voulons aller. Ce qui m’inquiète, c’est que pour les grandes institutions dont vous parlez, il est beaucoup plus naturel que ce que vous pensez d’annuler la dette. Pourquoi aiment-ils cette expression d’« haircut » ? Parce que vous restez dans le système moral du marché. Le coupable est celui qui possède la dette. Le risque, pour moi, est que les institutions financières aillent dans la direction que vous décrivez.

Typiquement, lors de la crise chypriote, alors qu'avait été discuté un projet d’impôt progressif sur les capitaux, avec un peu de progressivité, le FMI et la BCE ont, in fine, décidé de procéder par « haircuts », en faisant le choix d’une taxe égale pour tous.

En France, en 1945/46, il y avait une dette publique énorme. Deux outils ont été utilisés. D'abord beaucoup d’inflation, qui est historiquement la principale manière de se débarrasser de la dette, mais qui a réduit le peu que possédaient par exemple les personnes âgées pauvres, qui ont tout perdu. Ce qui fait qu’en 1956, il y a eu un consensus national pour créer une allocation vieillesse, une forme de revenu minimum pour ces retraités qui avaient tout perdu. Les riches n’ont rien perdu du fait de cette inflation. L’inflation ne réduit pas leur richesse, parce qu'ils l’investissent dans le dur, et cela la protège.

Ce qui leur a fait perdre de l’argent, c'est un autre mécanisme alors mis en place : un impôt progressif et exceptionnel sur les richesses et le capital, créé en 1945. Or, 70 ans plus tard, le FMI essaie de nous faire croire qu'il est techniquement impossible d’établir un impôt progressif gradué sur le capital. J’ai vraiment peur que ces institutions dont vous parlez n’aient de fortes raisons idéologiques de préférer les « haircuts ».

N’y a-t-il pas un risque d’évasion fiscale ? N’est-il pas plus facile aux possesseurs de capital d’échapper à l’impôt qu’aux effets de l’annulation de la dette ?

T. P. Non, c’est très facile d’échapper aux effets de la répudiation de la dette, comme d’échapper à l’inflation. Les gros portefeuilles ne détiennent pas de titres de dettes et sont constitués de capitaux propres. Est-il possible de lutter contre l’évasion fiscale ? Oui, si on le veut, on le peut. Quand les gouvernements modernes veulent que leurs décisions soient respectées, ils y arrivent.

 

Puits de pétrole en feu au Koweït (1991) 
Puits de pétrole en feu au Koweït (1991)

Quand les gouvernements occidentaux veulent envoyer un million de soldats au Koweït pour que le pétrole koweïti ne soit pas annexé par l'Irak, ils le font. S'ils n'ont pas peur de l'Irak, il n'y a pas de raison d’avoir peur des Bahamas ou de Jersey, il faut être sérieux ! Créer un impôt très progressif sur la richesse et le capital ne pose pas de problèmes techniques. C’est une question de volonté politique.

 

 

 

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 15:53

 

rue89.com

 

Documentaire 06/10/2013 à 17h15

L’histoire oubliée de Mordechai Vanunu, lanceur d’alerte israélien kidnappé par le Mossad

Paola Schneider | Rue89

 

 


Mordechai Vanunu en 1986 (AP/SIPA)

 

Libéré sur parole en 2004, Mordechai Vanunu a croupi seize ans dans une cellule de confinement israélienne. En 1986, quand ce technicien nucléaire israélien révèle au monde l’existence d’un programme d’armement nucléaire tenu secret par l’Etat hébreu, le terme « lanceur d’alerte » n’existait pas.

Ses révélations fracassantes n’ont pourtant pas eu l’écho de celles d’un Edward Snowden. Un documentaire diffusé sur la radio britannique BBC World le 3 octobre nous a rappelé comment la presse indépendante et la raison d’Etat pouvaient s’entrechoquer, déjà, dans les années 80.

Vanunu l’affirme, Israël détient secrètement entre 100 et 200 armes nucléaires, ce qui en fait la sixième puissance mondiale en la matière. Des révélations publiées le 4 octobre 1986 dans le Sunday Times par le journaliste Peter Hounam.

Pas une usine textile, une centrale nucléaire

Née au Maroc de parents juifs, Vanunu émigre en Israël avec sa famille dès l’enfance. Il étudie la philosophie, sert dans l’armée et finit par travailler dans le complexe de Dimona, à 200 kilomètres au sud de Jérusalem, en plein désert. Sous couvert de fabriquer du textile, on y produit du plutonium. Dimona n’est autre qu’une centrale nucléaire qui fabrique secrètement des armes et emploie plusieurs milliers de personnes contraintes au silence.

 

 

Extrait de « Who Is Mordechai Vanunu ? » (2004)

Vanunu y travaille neuf ans comme technicien nucléaire et marque peu à peu son désaccord avec la politique du pays. Il désapprouve le traitement réservé au peuple palestinien et le secret qui entoure la centrale. Ses divergences d’opinion se font sentir, il est mis en garde puis renvoyé.

Mais Vanunu a pris les devants et a rassemblé des preuves dans l’espoir qu’une médiatisation internationale puisse imposer à Israël de démanteler son armement.

Le Sunday Times travaille plusieurs semaines

Mis sur la piste par des rumeurs, un journaliste du Sunday Times, Peter Houman, retrouve la piste de Vanunu. Il le rencontre pour la première fois en Australie, où le technicien s’est exilé et converti au christianisme. Dans le documentaire diffusé sur BBC World, il raconte :

« Quand j’ai vu Vanunu qui se tenait là, un peu dégarni, pas très confiant, habillé très simplement, il ne ressemblait certainement pas à un scientifique nucléaire. »

Les deux hommes sont méfiants, explique Peter Houman. Mais le journaliste montre patte blanche et Vanunu se livre. Houman épluche la documentation qu’il trouve en bibliothèque pour vérifier les informations fournies par son interlocuteur. Après deux ou trois jours, il en est certain : les procédés de fabrication des armes décrits par Vanunu sont plus que plausibles.

« Il m’a raconté comment il avait introduit un appareil photo à l’intérieur, puis plus tard une pellicule cachée dans sa chaussette, et avait commencé à prendre des clichés tard le soir ou tôt le matin. »

Mordechai Vanunu est inquiet mais accepte de suivre Houman en Angleterre. Il vit caché dans un hôtel de campagne pendant que le Sunday Times vérifie ses déclarations. Un travail de plusieurs semaines. Vanunu s’ennuie et la rédaction finit par l’installer dans un hôtel du centre londonien.

Dupé par une touriste américaine... du Mossad

L’histoire est sur le point d’être publiée. Caché dans le coffre d’une voiture, Vanunu est introduit dans la rédaction du Sunday Times. Il annonce alors à Peter Houman qu’il en pince pour une touriste américaine rencontrée par hasard. Le journaliste se méfie et met Vanunu en garde. Il lui propose de dîner avec eux le soir même en vue d’écarter tout soupçon. Mordechai Vanunu accepte puis, finalement, annule. Convaincu qu’il sera plus en sécurité ailleurs, il s’envole pour Rome en compagnie de l’Américaine.

Dès son arrivée, il est kidnappé, drogué et expédié vers Israël par bateau. La femme n’était autre qu’un agent du Mossad, le service de renseignement israélien.

Traître et renégat du judaïsme

Sans nouvelle de sa source, le Sunday Times publie l’article. Vanunu n’apparaîtra pas à la télévision comme prévu et les révélations n’ont pas l’impact escompté. Un mois plus tard, l’Etat hébreu admet détenir Vanunu mais nie tout enlèvement. Accusé de trahison, il doit comparaître devant la justice.

 


Le message écrit par Mordechai Vanunu sur sa main, le 28 décembre 1986 (Sipa)

 

Le jour du procès, alors qu’il est escorté en voiture vers le palais de justice, Vanunu dérobe un stylo. Dans la paume de sa main plaquée contre la vitre, il adresse un message à la presse agglutinée autour du convoi : « Détourné à Rome le 30 octobre 1986 ».

Le technicien est condamné à dix-huit ans de prison pour trahison et espionnage. Son sort n’émeut pas outre mesure une population qui condamne son rejet du judaïsme. Vanunu est déclaré mort par ses parents et tombe rapidement dans l’oubli.

A l’origine de l’enlèvement et instigateur du programme nucléaire, le premier ministre israélien Shimon Peres à réussi son coup.

Libération sous conditions

Fervents opposants au nucléaire, les Américains Nick et Mary Eoloff adoptent Mordechai Vanunu en 1997 et lui rendent visite en prison. L’année suivante, il quitte enfin la cellule d’isolement où il a été confiné depuis son incarcération. Vanunu y passera quatre mois de plus pour des infractions mineures avant d’être libéré sur parole en 2004. Le condamné promet de ne plus dire un mot à la presse et de ne pas quitter le territoire. Mais en 2010, Vanunu outrepasse ces conditions et écope à nouveau d’une peine de trois mois de prison.

Aujourd’hui libre, Mordechai Vanunu est le premier Israélien à avoir demandé à bénéficier de la nouvelle loi dite de « révocation de la citoyenneté israélienne ». Elle permet à la Cour suprême d’Israël de destituer de leur nationalité les Israéliens condamnés pour traîtrise ou espionnage. En 2012, invoquant un vice de procédure, la Cour suprême a refusé d’accéder à sa demande.

 

 

 

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 13:08

 

midilibre.fr

 

Gaz de schiste : la compagnie Schuepbach compte réclamer 1 milliard à l'Etat

 

 

Midi Libre
05/10/2013, 17 h 07 | Mis à jour le 05/10/2013, 17 h 28
Les paysages autour de Nant sous la menace d'explorations pétrolières.
Les paysages autour de Nant sous la menace d'explorations pétrolières. (Archives FRANCOIS CELIE)

                                                                                                                                                                                                                         La compagnie pétrolière américaine Schuepbach compte réclamer plus d’un milliard d’euros d’indemnisation à l’État français du fait de l’abrogation de ses permis visant les gaz de schiste dans ce pays, écrit le Bulletin de l’industrie pétrolière, BIP.

La société fondée par le géologue suisse Martin Schuepbach est à l’origine de la question prioritaire de constitutionnalité sur la loi française de juillet 2011 interdisant la fracturation hydraulique, sur laquelle le Conseil Constitutionnel va se prononcer le vendredi 11.


Une somme prenant en compte les bénéfices escomptés

Schuepbach réclame plus d’un milliard d’euros au titre du préjudice qu’elle a subi du fait de l’abrogation de ses permis de Nant (Aveyron) et de Villeneuve-de-Berg (Ardèche), dans le cas où elle n’obtiendrait pas gain de cause. "Si la loi n’est pas jugée anticonstitutionnelle, la procédure d’indemnisation, lancée parallèlement par la même société, deviendra dès lors inévitable", rapporte le quotidien. La somme, considérable, inclurait notamment le bénéfice attendu d’une production de gaz pendant 50 ans, alors même qu’aucun forage n’a été encore effectué afin d’établir la présence d’hydrocarbures. Les pétroliers accusent l’État de bloquer injustement les dossiers alors qu’ils se sont engagés à ne pas utiliser la fracturation hydraulique.

 

Le gouvernement prêt à déposer un nouveau texte

En cas de censure partielle ou totale par le Conseil constitutionnel, le gouvernement a d'ores et déjà fait savoir qu'il était prêt à déposer un texte empêchant l'exploitation du gaz et du pétrole de schiste en France en raison de leur impact environnemental.

 

 

 

 

 

 

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 15:53

 

 

lemonde.fr

 

Journée de mobilisation en soutien aux militants de Greenpeace de l'"Arctic Sunrise"

Le Monde.fr avec AFP | 05.10.2013 à 04h36 • Mis à jour le 05.10.2013 à 12h30

 
 

 

 

Près de deux semaines après l'assaut de l'"Arctic Sunrise" par les services de sécurité russes, Greenpeace demande la libération des 30 membres de l'équipage.

 

 

Près de deux semaines après l'assaut du bateau de Greenpeace Arctic Sunrise par les services de sécurité russes, l'ONG internationale organise, samedi 5 octobre, une journée de mobilisation à Moscou et dans le monde pour demander la libération de ses 28 militants et deux journalistes emprisonnés en Russie.

L'ONG a annoncé un rassemblement à Moscou, au parc Gorki, ainsi que des piquets dans le centre-ville, avec notamment une tente installée devant le siège de Gazprom, qui doit être déplacée jusqu'au Kremlin et à la place Loubianka. Des rassemblements sont également prévus dans une quinzaine de villes françaises, mais également en Suède, aux Pays-Bas et en Argentine.

Greenpeace a, en outre, indiqué mercredi que plus d'un million de personnes, plus de 100 ONG et des personnalités telles que l'acteur britannique Ewan MacGregor et le chanteur de rock russe Iouri Chevtchouk, avaient signé un appel à libérer les militants. Mardi soir, quatre militants de Greenpeace avaient perturbé le début de la rencontre de Ligue des champions entre Bâle et Schalke en déployant une immense banderole hostile à Gazprom, un des parraineurs de la compétition.

 

 

Les militants de Greenpeace ont déployé une banderole en soutien aux militants de l'"Arctic Sunrise" pendant le match FC Basel contre FC Schalke, vendredi 4 octobre.

 

 

 

Les trente membres d'équipage ont été inculpés jeudi de "piraterie" et risquent jusqu'à quinze de prison pour pour une opération contre une plateforme pétrolière dans l'Arctique.

Lire l'entretien de Jean-Marc Thouvenin, professeur de droit international à l'université Paris X, pour qui l'inculpation de piraterie pourrait être remise en cause au motif que l'ONG n'a pas agi à des fins privées

Les membres de l'équipage, quatre Russes et 26 ressortissants de 17 autres pays (dont six Britanniques, deux Canadiens, un Américain et un Français) ont été placés en détention à Mourmansk et dans sa région à la suite de l'arraisonnement le 19 septembre en mer de Barents (Arctique russe) de l'Arctic Sunrise par un commando héliporté des garde-côtes russes. Auparavant, plusieurs d'entre eux avaient tenté d'escalader une plateforme pétrolière du géant russe Gazprom pour dénoncer le risque qu'elle fait selon eux courir à l'environnement.

Lire : Défiant Moscou, un brise-glace de Greenpeace part pour l'Arctique

 

 

 PROCÉDURE JURIDIQUE DES PAYS-BAS

A l'heure actuelle, seuls les Pays-Bas – l'Artic Sunrise battait pavillon néerlandais – ont pris position publiquement et demandé qu'ils soient relâchés. La Haye a en effet entamé vendredi une procédure juridique, estimant que l'arraisonnement du bateau et l'arrestation de l'équipage sont "illégaux" car les Russes auraient dû demander aux Pays-Bas la permission d'interpeller l'Arctic Sunrise.

Greenpeace a immédiatement "applaudi" la décision néerlandaise. "Les Pays-Bas ont pris une position ferme en vue de la défense de la loi et du droit à la protestation pacifique", a déclaré Jasper Teulings, avocat de Greenpeace, cité dans un communiqué.

La France a indiqué mercredi que les ambassades des autres pays concernés "se concertaient" sur le sujet. En France, 18 manifestations sont organisées dans tout le pays. Un rassemblement est notamment prévu à 14 heures place de la République, à Paris.

 

   

 

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 15:12

 

marianne.net

Arrivederci Silvio Berlusconi

Vendredi 4 Octobre 2013 à 19:19 
Ariel F. Dumont

 

C’est officiel : Le Cavaliere a été déchu de son rang de sénateur par la commission électorale du sénat. La décision sera entérinée d’ici une vingtaine de jours par l’ensemble de l’hémicycle.

 

Gregorio Borgia/AP/SIPA
Gregorio Borgia/AP/SIPA
Condamné à quatre ans de prison pour fraude fiscale, une peine réduite des deux tiers en raison d’une amnistie, Silvio Berlusconi vient aussi d’être déchu de son titre de sénateur. Vendredi après-midi, la majorité des membres de la commission électorale sénatoriale ont décidé d’appliquer la loi « Severino » interdisant aux personnes condamnées à une peine inférieure à quatre ans de prison d’être élues. Le sénat italien sera convoqué dans un délai de trois semaines pour entériner la décision de la commission électorale.  

Normalement, la messe est dite pour le Cavaliere. Le sénat est composé de 315 membres plus 5 sénateurs à vie dont Mario Monti. En février dernier, la gauche a remporté cent vingt trois sièges, le Mouvement5stelle cinquante quatre et les centristes de Mario Monti, dix neuf. La majorité est à 163 voix. Compte tenu de la position de la gauche et des centristes, la déchéance du milliardaire devrait être largement proclamée. « Mais en Italie, tout est possible, d’autant plus que le vote est secret. N’oublions pas qu’en avril 1993, le président du Conseil socialiste Bettino Craxi accusé de corruption par le tribunal de Milan qui réclamait la levée de son immunité parlementaire,  fut sauvé par une poignée de sénateurs grâce au système du vote secret » se souvient l’ex sénateur démocrate Silvio Sircana.  

Pour sauver sa tête, le Cavalier table sur le soutien de ses sénateurs pour soudoyer quelques collègues de la gauche et du centre. Et  surtout, sur le fait que son parti a soutenu le gouvernement d’unité nationale mercredi après-midi à l’occasion du vote de confiance réclamé par le président du Conseil Enrico Letta. « Nous espérons que les alliés du gouvernement, le  parti démocrate et les centristes fassent preuve de responsabilité le jour du vote au sénat et qu’ils refusent d’entériner la déchéance d’un chef de parti » a déclaré l’ancien président berlusconien du Sénat Renato Schiffani.  

Reste que la marge de manœuvre pour faire pression sur les démocrates et les centristes est faible. Après avoir obligé Silvio Berlusconi à soutenir le gouvernement d’unité nationale qu’il avait essayé de faire sauter, les cinq ministres berlusconiens peuvent difficilement menacer de rendre leur tablier pour sauver le vieux chef déplumé. D’ici le jour du vote par ailleurs, le Cavaliere aura dû choisir entre les arrêts domiciliaires et les travaux d’utilité publique pour purger sa peine pendant un an et demi.

 

Il devra aussi affronter les magistrats napolitains qui l’accusent d’avoir soudoyé un sénateur de centre-gauche en 2008 en lui versant un million d’euros pour faire tomber le gouvernement de Romano Prodi. Et expliquer les écoutes téléphoniques démontrant qu’il  aurait payé les services des prostituées qui lui rendaient régulièrement visite du temps où il était encore président du Conseil italien. Soupçonné par le parquet napolitain d’avoir essayé de polluer les preuves sur ces affaires de corruption et de prostitution, le Cavaliere risque d’être arrêté. Certes son grand âge lui évitera la prison mais pas la honte de la garde-à-vue, la photographie signalétique et les empreintes digitales.

 

«  Silvio Berlusconi va surement démissionner pour éviter l’humiliation du vote au sénat. Il a perdu le soutien de la majorité de son parti et les déclarations enflammées des membres de Forza Italia qui ont critiqué la décision de la commission sénatoriale sont une façade. Le climat politique actuel n’a rien à avoir avec celui des années 90 quand le sénat avait sauvé Bettino Craxi » estime  Luigi Vimercati. Pour cet ancien sénateur démocrate, le Cavaliere n’a de toutes les façons aucune chance d’échapper à la déchéance.

Le parquet de Milan qui avait condamné Silvio Berlusconi à cinq ans d’interdiction d’exercice dans la fonction pour fraude fiscale a du recalculer la peine selon les indications données par la cour de cassation. Cette peine trop lourde par rapport aux quatre ans de prison sera ramenée à trois ans
 le 19 octobre prochain. En sauvant le Cavaliere le jour du vote, le sénat le ferait reculer pour mieux sauter.


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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 14:41

 

marianne.net

 

"Rompre avec la cupidité sans bornes"

Samedi 5 Octobre 2013 à 10:00

 

par Axel Kahn

 

Dans son nouveau livre, "l'Homme, le libéralisme et le bien commun", le généticien retrace l'histoire de notre système économique et parie sur sa faillite à venir s'il ne rompt pas avec ses démons.

 

BALTEL/SIPA
BALTEL/SIPA
Le titre du livre d'Axel Kahn dont nous publions des extraits n'est pas choisi au hasard. Le bien commun n'est pas seulement la volonté générale. Il est ce qui soutient la coexistence de tous et améliore la vie de chacun. C'est une notion que l'on trouve déjà chez Aristote et saint Thomas d'Aquin et que l'on retrouve au cœur des grands courants du libéralisme. Atterré par son dévoiement actuel, Axel Kahn en dresse une généalogie exemplaire dans un style enlevé et efficace. La crise actuelle du capitalisme trouve ses racines aux origines de l'économie marchande. Et il n'est pas de meilleur chemin pour l'appréhender que de retracer son histoire, des temps préhistoriques à l'essor du néolibéralisme.

Car ce chemin est une route à deux voies. La première privilégie le laissez-faire, il trouva en la personne de Mandeville (1660-1733) son expression la plus pure en affirmant que les vices privés font les vertus publiques, et qu'il n'est de meilleure harmonie sociale que celle qui permet à chacun de réaliser ses désirs. La seconde au contraire insiste sur l'intolérance humaine à l'injustice. Ces deux courants se retrouvent au XIXe et au XXe siècle sous des formes variées, le premier puisant chez un Darwin mal compris de quoi alimenter sa caution naturaliste, le second, en France en tout cas, accouchant de la doctrine solidariste, chère à Léon Bourgeois (1851-1925). Pour finir, avec Reagan et Thatcher, et la chute du communisme, par la victoire du premier courant, sous l'impulsion des néoconservateurs Hayek et Friedman. D'où cette question : comment réconcilier aujourd'hui le libéralisme et le bien commun ? Il faut d'abord se repasser le film à l'envers. Ne rien perdre de cette histoire à double voie. Et se rappeler le mot de Goethe : «Au fond, nous avons beau faire, nous sommes tous des êtres collectifs.»


EXTRAITS

Aux origines de la révolution conservatrice

La décennie qui commence avec l'apparition de la stagflation (contraction de «stagnation» et «inflation») au Royaume-Uni puis aux Etats-Unis à la fin des années 70 peut-être considérée comme une période de transition entre les Trente Glorieuses, qui appartiennent déjà au passé, et la contre-révolution libérale néoclassique des années 80. L'inflation et le chômage restent élevés, la croissance est molle, le système financier et monétaire hérité de la Seconde Guerre mondiale s'effondre, les principes du New Deal et de la «théorie générale» de Keynes sont de plus en plus vivement contestés par les économistes néoclassiques, monétaristes, nouveaux classiques, etc. Cependant, en Europe et aux Etats-Unis, les politiques restent conjoncturelles, dans l'ensemble assez interventionnistes (le républicain Nixon bloque temporairement les prix et les salaires, une première fois en août 1971, puis en 1973), et conservent les réflexes hérités de la phase précédente. En revanche, l'arrivée au pouvoir de la conservatrice Margaret Thatcher au Royaume-Uni en 1979 et la victoire du républicain Ronald Reagan à l'élection présidentielle américaine de 1980 marquent le début de la mise en application systématique de politiques directement inspirées par des figures dominantes des nouveaux libéraux, respectivement Friedrich Hayek et Milton Friedman. C'est ce que l'histoire retient sous le nom de révolution conservatrice.

Milton Friedman et les Chicago Boys

Milton Friedman appartient à une famille juive de Brooklyn originaire de Transcarpathie, alors hongroise. Il est un élève doué, en particulier pour les mathématiques. L'essentiel de ses études d'économie se déroule à l'université de Chicago où il revient de façon définitive en 1946. Entre-temps, il occupe différents postes dans l'administration de Roosevelt, au temps du New Deal puis pendant la guerre : entre autres, il est en charge de son financement par les taxes, mission qui rappelle celle attribuée à Keynes durant les deux guerres mondiales. Membre du National Bureau Of Economic Research, il fonde le Workshop In Money And Banking en 1951, cadre du développement des idées monétaristes qu'il va plus que d'autres populariser, et autour desquelles se constituera l'école monétariste d'économie de Chicago. Les cinq prix Nobel d'économie - dont celui de Friedman lui-même - obtenus par ses membres illustrent l'influence de cette école. Les ouvrages de Friedman, auteur prolifique et populaire, traitent bien sûr de ses thèses économiques mais aussi de sa vision générale de la société libérale. Capitalisme et liberté, publié en 1962, se livre à une attaque en règle du New Deal et de l'Etat-providence ; il devient l'un des ouvrages de référence des républicains américains. Dès 1964, Milton Friedman est le conseiller du très réactionnaire Barry Goldwater, adversaire - malheureux de Lyndon Johnson à l'élection présidentielle. Il reprend ensuite du service, sous Richard Nixon, puis sous Ronald Reagan dans les années 80.

L'école de Chicago - ses élèves aussi bien que son maître lui-même - aura une influence internationale considérable. Elle formera l'épine dorsale de la politique économique du général Pinochet, qui lancera en effet, dès son accession à la tête du Chili, un programme de dénationalisations massives, déréglementations tous azimuts, coupes dans les budgets sociaux, diminution drastique du nombre de fonctionnaires. L'influence directe ou indirecte des Chicago Boys se manifestera dans tous les pays d'Amérique latine. Ailleurs dans le monde, on peut citer comme exemple de l'influence de Friedman et de son école, sans être exhaustifs : le Canada de Brian Mulroney, l'Islande de David Oddsson, l'Estonie de Mart Laar...

Hayek, le père spirituel de Thatcher

Friedrich Hayek, auteur favori de la Dame de fer, est, au même titre que Milton Friedman, l'un des économistes les plus emblématiques de la pensée économique postkeynésienne, dont il est en fait un adversaire plus radical encore que l'Américain. Cet esprit brillant aux centres d'intérêt multidisciplinaires naît en 1899 dans une famille intellectuelle à Vienne. Diplômé de droit et de science politique, il fait la connaissance de Ludwig von Mises, tête de file de l'école autrichienne d'économie et, par son intermédiaire, des autres membres de cette école, en particulier Carl Menger, l'un des cofondateurs de la pensée libérale néoclassique. Après un séjour d'études à New York en 1923-1924 et avoir exercé ses talents dans l'administration de la jeune République autrichienne, il est invité en 1931 comme conférencier puis professeur par la prestigieuse London School Of Economics (LSE). Refusant l'Anschluss, il obtient la nationalité britannique en 1938. En 1944 paraît son premier best-seller international, la Route de la servitude, l'un des livres de chevet de Margaret Thatcher. Il y dénonce les totalitarismes. En 1947, il fonde la Société du Mont-Pèlerin, qui réunit des libéraux du monde entier opposés au communisme, au socialisme et au keynésianisme. Après une dizaine d'années passées à l'université de Chicago à partir de 1950, il termine sa carrière d'enseignant en Europe, à Fribourg-en-Brisgau et à Salzbourg. En 1960, il publie son second best-seller, la Constitution de la liberté. Brandissant cet ouvrage pendant une réunion du Parti conservateur britannique, Margaret Thatcher se serait écriée : «Voilà ce que nous croyons !»

Une mécanique implacable

La disparition de l'URSS et la conversion de tous les pays du monde, Corée du Nord et, peut-être, Cuba exceptés, à la logique libérale constituent en première analyse une éclatante victoire du libéralisme. Enthousiasmé par ce triomphe, Francis Fukuyama pouvait annoncer urbi et orbi la fin de l'histoire en 1989, dans la revue américaine The National Interest ; le critère que lui assignait Hegel, un consensus démocratique universel, lui semblait en effet rempli. La chute du concurrent honni et, un temps, redouté a d'un autre côté sans doute fragilisé le système libéral en lui faisant perdre toute mesure et toute prudence dans l'application dogmatique de ses principes idéologiques. En 2006, soit deux ans avant l'effondrement de la banque Lehman Brothers, Milton Friedman était ainsi fort satisfait de la situation à laquelle avait abouti la révolution conservatrice des années Thatcher et Reagan, dont il était l'un des artisans majeurs. Dans une interview à Politique internationale, il répond à Henri Lepage, qui l'interroge sur la conjoncture après la récession des années 2001-2002 : «Pour l'instant les fondamentaux sont plutôt bien orientés. Il n'y a pas de crise financière, les banques ne sont pas en difficulté. Notre situation est plutôt bonne. L'Europe est loin de présenter un bilan aussi positif, en particulier l'Allemagne.» Le vieil économiste oppose à ce dernier pays l'exemple selon lui bien plus favorable de l'Irlande. En cette même année 2006, je présidais le conseil scientifique d'un fonds d'investissement dans des sociétés émergentes en biotechnologies d'une des principales banques européennes et en côtoyais les hauts dirigeants et leur milieu. Là, le son de cloche était tout différent. Tous me faisaient part de leur certitude d'une catastrophe inéluctable ; le système financier, découlant de l'application des 3D, de la globalisation associée et du nouveau partage des activités économiques entre les différentes régions du monde, leur apparaissait intrinsèquement instable. Ils avaient à l'évidence raison, Friedman se trompait, une fois de plus.

Le règne de la cupidité

Les nouvelles règles imposées dans les années 80, la promotion de la cupidité sans bornes au rang de seul moteur crédible d'une croissance aux bienfaits universels, la dénonciation virulente de tout régulateur public capable de poser la question de l'intérêt général, devaient aboutir aux déséquilibres schématisés ci-dessus, qui condamnaient à terme l'ensemble du système. Même après les rafistolages des années 2008-2010, la situation est loin d'être durablement stabilisée, les déséquilibres restent gigantesques, les dettes publiques des anciennes puissances dominantes ont atteint des niveaux insupportables à terme.

Pour ne prendre que l'exemple de la Chine et des Etats-Unis, la première, véritable manufacture à l'échelle du monde, a pour l'instant un intérêt évident à ce que les seconds continuent de consommer ses produits. Elle se sert par conséquent de ses gigantesques réserves de devises pour acheter les bons du Trésor par lesquels la dette américaine est financée. Si jamais la crise s'aggravait encore au point que la solvabilité à terme des Etats-Unis devienne si douteuse que la Chine stoppe la perfusion qui les maintient à flot, le désastre d'une intensité encore inconnue serait planétaire.

Voilà où nous conduit l'abandon explicite de toute finalité à l'économie autre que son propre dynamisme fondé sur la promotion par les individus de leurs intérêts personnels. Or l'évolution darwinienne a doté l'homme de traits particuliers changeant la nature et la manifestation des passions. La lutte pour la vie dans le monde de nature est ainsi marquée chez Homo sapiens par la volonté de puissance, par la capacité de sympathie et d'empathie constitutive du désir de justice et du sentiment de solidarité. Limiter les conséquences de la volonté de puissance et de la gloutonnerie afin de respecter la justice et la solidarité, ce sont des desseins dénués de sens au sein de la nature non humaine, mais à l'évidence essentiels chez nos semblables. n Copyright Stock

L'Homme, le libéralisme et le bien commun, d'Axel Kahn, Stock, 18 €.

 

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 13:46

 

 

rue89.com

Témoignage 05/10/2013 à 10h39

Travailler six semaines gratos pour Leclerc : j’ai craqué

Grégory Roumier | Chercheur d'emploi

 

 

Un Leclerc Drive a ouvert ses portes le 20 août à Auxerre. Je devais y travailler six semaines, sans que cela ne coûte un centime à Leclerc. J’ai tenu six jours.

Tout a commencé lorsque j’ai répondu à une offre sur le site de Pôle emploi. La semaine suivante, je décroche un entretien dans leurs locaux, avec un de leurs conseillers et une personne de chez E. Leclerc.

C’est là qu’on m’explique qu’avant d’être embauché, je dois faire six semaines de formation. Je demande quelle sera la rémunération. Le conseiller me répond que je continuerai à percevoir mes indemnités, en Allocation de solidarité spécifique, soit 477 euros ce mois-ci. Mis à part cela, je ne pourrai prétendre qu’à des indemnités de frais de repas : 6 euros par jour ! Leclerc me promet un CDI à l’issue de ces six semaines de formation.

Formation bidon

Making of

Chez E. Leclerc, notre riverain Grégory Roumier (c’est un nom d’emprunt) n’a tenu qu’une semaine. A l’essai dans le tout nouveau « drive » d’Auxerre, il raconte comment Pôle emploi finance du travail gratuit. Rue89

Leclerc me donne rendez-vous le lundi suivant à 14 heures. Ce jour-là, nous sommes quatre nouveaux. Je commence, on me met en formation avec une fille, arrivée la semaine précédente – et donc elle-même théoriquement encore en formation.

En un quart d’heure tout est expliqué, je prépare quelques commandes avec elle. Une heure plus tard, muni de ma « scannette », je prépare déjà seul mes commandes.

Tout aussi rapidement, je suis aussi formé à la livraison clients, cette fois avec une employée qui a bien signé le fameux CDI.

Une formation de six semaines pour être préparateur de commande ? Elle ne prendra en réalité pas plus d’une heure. En une semaine, un nouveau fait aussi bien que les autres.

Taylorisme en règle

Nous n’avons qu’un jour de repos par semaine, le dimanche. Nous travaillons 6 heures par jour sauf le vendredi, 6h15, et le samedi, 6h30. Soit 36h45 par semaine.

Une collègue m’explique que nous ne seront payés que 35 heures. Ce temps de travail en plus correspond à notre temps de pause, 18 minutes par jour, non payé.

Dès le début, je trouve l’ambiance pesante. Peu de sourires, peu de bavardages. Une semaine après mon arrivée, je discutais un peu avec un collègue, tout en préparant une commande. Un autre collègue me dit qu’il ne vaut mieux pas trop discuter, notre « scannette » est un mouchard qui détaille nos statistiques à notre chef.

Très vite, je sais que je ne vais pas rester dans cette enseigne. C’est définitif pour moi quand les deux responsables du « drive » attendent samedi 20 heures pour faire un sermon à l’ensemble de l’équipe.

Un produit surgelé a été retrouvé en frigo. On nous explique que c’est très grave, que si on ne s’en rend pas compte, un client peut être intoxiqué. C’est vrai.

On nous dit aussi que nous sommes trop lents : les préparateurs d’autres « drives » tournent à 200 articles par heure, nous seulement à 120. On nous dit que cinq personnes récemment formées n’ont pas été gardées car elles n’étaient pas assez efficaces : à nous de faire nos preuves ! Et pas question de relâcher les efforts le jour où nous serons embauchés : si nous ne donnons plus satisfaction au « drive », on nous menace de finir au magasin. Où les conditions sont bien plus dures, précise le chef.

Il est 20h20 quand je quitte le « drive ». Vingt minutes de réunion, en dehors du temps de travail ! C’en est trop. J’y retournerai le lundi, une dernière fois, pour récupérer mes affaires dans mon casier.

Leclerc encaisse, Pôle emploi banque

J’ai travaillé sept jours, et n’ai prévenu personne que je ne reviendrai pas. Ni Pôle emploi ni Leclerc ne m’ont contacté. Je n’avais rien signé, aucun document, ni de Pôle emploi ni de Leclerc.

Cette prétendue formation est en réalité une période d’essai, financée par Pôle emploi.

Comment Pôle emploi peut-il participer à de telles pratiques ? Pôle emploi connaît le marché du travail et sait bien qu’un préparateur de commandes ne se forme pas en six semaines. Des employés sans salaire, un vrai atout pour être moins cher.


La réponse de Pôle Emploi

Contacté par Rue89, Pôle emploi n’a pas donné suite à notre appel. La direction générale s’est contentée de nous envoyer des documents par e-mail faisant référence à la fameuse Préparation opérationnelle à l’emploi (POE). Son but est de former le demandeur d’emploi aux compétences recherchées par l’employeur. La POE est une formation de maximum 400 heures, pendant laquelle le demandeur d’emploi n’est pas rémunéré par l’employeur, mais indemnisé par le Pôle emploi. Selon ce document :

« L’action de formation réalisée suppose que soient précisément identifiés les objectifs pédagogiques et les moyens mis en œuvre pour les atteindre. »

Sur le papier, l’opportunité semble satisfaisante. On vous forme gratuitement en vous promettant un contrat à la clé. Sauf que Grégory, lui, n’a pas été formé, mais a bel et bien travaillé comme n’importe quel autre employé. E.Leclerc a donc bénéficié d’un préparateur de commande gratuit pendant sept jours, et Grégory n’est pas une exception.

La réponse du Leclerc d’Auxerre

Jérôme Chauffournais, directeur de l’hypermarché Leclerc d’Auxerre, confirme que le « drive » ouvert récemment recourt à la POE pour embaucher des préparateurs de commandes. Pendant six semaines, ces demandeurs d’emploi ne sont effectivement par rémunérés par l’entreprise mais indemnisés par le Pôle emploi.

Six semaines de formation sont-elles véritablement nécessaires ?

« Oui, mais évidemment au fil de l’eau la personne prend de l’autonomie. »

Même pour être préparateur de commandes ?

« Oui, mais je crois que nous allons nous arrêter là. »

Jérôme Chauffournais ne souhaite rien ajouter tant que « tout le monde ne jouera pas la transparence ».

Paola Schneider

 


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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 12:02

 

 

altermonde-sans-frontiere.com

 

Interdiction future des potagers privés ?
samedi 5 octobre 2013
 
 

                                                                                                                                                                                                                        Une nouvelle loi proposée par la Commission européenne souhaite l’illégalité de la pousse, la reproduction ou la vente des semences de végétaux qui n’ont pas été testées et approuvées par une nouvelle autorité, l’Agence européenne des variétés végétales. En criminalisant la culture privée de légumes, la Commission européenne remettrait le contrôle de l’approvisionnement alimentaire à des sociétés comme Monsanto.

Les eurodéputés verts voient d’un mauvais œil la proposition de la Commission jugée « contreproductive et dangereuse » : « La biodiversité est en danger. Les multinationales ont focalisé leurs efforts sur la création de plantes à haut rendement, mais qui sont fragiles. Elles ne peuvent subsister que dans un environnement artificialisé dépendant des engrais chimiques et des pesticides, donc du pétrole », affirme José Bové. Plus de semences régionales, plus de variétés ancestrales ou endémiques. Bref des semences F1, transgéniques ou pire OGM. Fin de la bio-variété dans nos jardins. Finis les jardins ouvriers et les marchés d’échanges de plants et semences entre particuliers. Bref, finie la bonne bouffe.

Le texte pondu par notre chère Commision européenne, rien que le titre vaut le jus : « Des règles plus intelligentes pour des denrées alimentaires plus sûres : la Commission propose un paquet législatif primordial pour moderniser, simplifier et renforcer la filière agroalimentaire en Europe ». Vive l’Europe !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


lekiosqueauxcanards.fr

 

 

 

 

 

 

 

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 11:46

 

youphil.com

 

Écologie, énergie, emploi: ces villes qui bougent

Les politiques locales peuvent être un levier de transformation majeur.

Les crises écologique, économique et sociale sont souvent traitées sous l’angle de la mondialisation et les réponses sont souvent cherchées sur le plan national.

Partout dans le monde, des territoires innovent. Ils combinent une politique de développement écologique tout en créant de l’emploi, en redynamisant les liens sociaux et l’économie locale. La richesse que ces politiques génèrent tend à rester sur le territoire.

Peut-on entrevoir la voie d’une nouvelle prospérité durable et locale à haute qualité de vie? Petit tour d’horizon de quelques exemples innovants en France et en Europe.

Quarante emplois et une cantine 100% bio

Veut-on relocaliser les emplois? Ungersheim, une petite ville de 2000 habitants en Alsace donne le la. En revalorisant huit hectares (ha) de friche industrielle en zone maraîchère bio, la ville a créé 40 emplois: 30 postes en insertion, cinq encadrants. Les habitants peuvent s’abonner aux paniers hebdomadaires, qui leur fournissent des fruits et légumes frais bios, locaux et de saison.

Ce nouvel espace maraîcher fournit aussi les cantines des écoles maternelles et primaires. Les enfants mangent désormais 100% bio, goûters compris, et vont même voir pousser ce qu’ils mangent: un petit espace a été réservé pour leurs propres expérimentations.

Comme la cantine fonctionne en période scolaire, alors que la productivité de la ferme est maximale en été, la municipalité construit une légumerie et une conserverie, pour distribuer toute l’année les surplus de l’été. Ces derniers permettront de créer cinq emplois supplémentaires.

Ungersheim a réussi à mener ces politiques sans augmenter les impôts locaux. "Nous avons commencé par une politique d’économie d’énergie et de fourniture en énergie renouvelable des infrastructures et bâtiments de la commune", explique Jean-Claude Mensch, le maire d’Ungersheim. "En complétant avec les fonds de développement européens, nationaux et régionaux, et parfois des partenariats avec des structures privées ou associatives, l’argent économisé a permis de réaliser les nouveaux investissements".

Les ressources locales comme levier économique

En Ariège, dans le Séronais, les communes se sont alliées pour monter une filière bois à partir de la gestion des forêts situées sur leur territoire. "Quand vous achetez 1000 euros de fuel, 900 euros vont au pétrolier et 100 euros servent à payer le chauffeur et son carburant, explique André Rouch, le président de la communauté de communes du Séronais. Quand vous achetez 1000 euros de plaquettes (bois), 100 euros vont au chauffeur et au carburant, et 900 euros aux plaquettes. La somme rétribue le bûcheron, le débardeur, le broyeur, le sécheur, le livreur, tous installés sur le territoire."

Pour être efficace, "il ne faut pas transporter le bois sur plus de 30 km, sinon la consommation de carburant annule les gains écologiques et économiques. C’est pourquoi le bois énergie n’a de sens qu’en filière locale et maillée intelligemment sur le territoire", poursuit André Rouch.

Cette seule activité permet de créer un emploi pour 400 tonnes de plaquettes vendues. Soit dix emplois à terme grâce aux capacités mises en place, tout en améliorant les réseaux de chauffage urbain et en incitant la construction de nouvelles chaufferies sur le territoire.

"Nous fonctionnons en intercommunalité et il faut une bonne entente des élus pour mettre en place ces projets, ce n’est pas simple. Mais chaque fois que nous installons une chaudière de 200 kilowatts (l’équivalent du chauffage de 30 maisons), nous créons un emploi, nous faisont vivre une famille", précise André Rouch. Le prix de l’énergie est également diminué: "le coût d'un kilowatt électrique est de douze centimes d'euros. Le même prix que pour le fuel et le gaz. Avec les plaquettes bois, il est de quatre centimes et nous le vendons sept centimes, pour inclure l'amortissement de la chaudière."

Cette politique attire d’autres entreprises et un pôle "bois et énergie renouvelable" a été créé en rénovant une ancienne ferme du canton. À ce jour, les 30 bureaux accueillent près d’une dizaine de structures dans le domaine du bois et de l’environnement. Tandis que la rénovation du bâtiment a mobilisé quatorze entreprises ariégeoises et a été réalisée à partir de matériaux locaux.

Comme à Ungersheim, les enfants du Séronais mangent également une nourriture bio ou d’origine locale tous les jours: "Nous avons eu la chance d’avoir beaucoup d’agricultures alternatives autour de nous, ce qui a permis de faciliter l’approvisionnement de la cantine en aliments frais et de qualité."

La ville autonome en énergie

En Autriche, la petite ville de Güssing (frontière hongroise) a été confrontée, dans les années 80 et 90, à une déprise rurale alarmante et un exode massif des jeunes touchés par le chômage. La municipalité a fait le pari fou d’organiser l’autonomie énergétique de la ville à partir des ressources locales: elle a été la première ville autonome en énergie au monde.

Chauffage, électricité, carburants, Güssing a réussi son pari et exporte même son surplus d'énergie. Les entreprises attirées par ce dynamisme et la stabilité énergétique sont venues: 1000 emplois ont, en effet, été créés.

À contrario, les fonds investis par les communes, les régions et l’État peuvent ne pas profiter aux populations. C'est le cas de la communauté d'agglomérations Plaine commune (Seine-Saint-Denis): sa politique d’attraction des entreprises a permis de créer massivement des emplois sur le territoire, mais qui n’ont pas profité à la population locale. Plaine commune a favorisé l’implantation d’immeubles de bureaux à destination, notamment, des sièges de grandes structures, et non pas l’implantation de filières à partir des ressources naturelles et humaines locales.

Entre les grandes avenues bordées d’immeubles d’entreprise luxueux, et les rues où le logement et les commerces peinent, la ségrégation entre une population de cadres de jours, et une population précarisée de jour comme de nuit, s’est renforcée. Tout comme l’engorgement des grands axes et des transports en communs, aux heures de pointe.

Le transport, dans le top trois des dépenses des ménages 

Les Français passent plus d’une heure par jour dans les transports pour aller travailler, notamment. Le transport est dans le top trois des dépenses budgétaires des ménages, après le logement et l’alimentation: en moyenne, ils y consacrent 12% de leurs revenus.

L’automobile est particulièrement onéreuse. Ainsi, les ménages dépensent en moyenne plus de 6000 euros par an pour leur(s) voiture(s): remboursement des crédits, carburant, assurance, frais techniques, parking et garage… Comment offrir une offre de transport rapide, souple et correspondant aux besoins de chacun?

Là encore cela dépend des politiques municipales. Lyon et son agglomération seront les premières villes au monde à offrir une offre de transport "multimodale": vélo, bus, métro, tramway ou voiture. Le tout relié à un système informatique qui donne, en temps réel, le mode de transport le plus approprié et le plus rapide pour se rendre à un endroit.

Mais ce n’est pas toujours facile quand on habite dans des zones plus reculées. En Bretagne, les communes ont fait des partenariats avec les centres commerciaux situés au bord des voies rapides, pour faciliter le covoiturage: une partie des parkings est réservée à la rencontre entre covoitureurs et au stationnement des véhicules. Dans le parc naturel du Pilat (Rhône-Alpes), un service de location de cyclomoteurs a été mis en place pour les personnes en zones reculées. Le premier frein à l’emploi était la mobilité.

De l’eau pure pour moins cher en créant des emplois, est-ce possible?

Même la politique de l’eau initiée par les communes peut changer la vie d’un territoire. Des villes comme New York, Munich ou Grenoble ont choisi, pour conserver la qualité de l'eau potable, d’investir dans la protection des forêts et le développement de l’agriculture biologique dans les zones de captage des eaux.

Résultat: les économies sont énormes. Les municipalités disposent de davantage d’argent pour investir dans d’autres services publics, et redynamisent les territoires alentour. Profitant des aides de la municipalité, 85% des agriculteurs de la région de Munich se sont convertis au bio. Le tourisme a été dynamisé par la préservation des paysages et les circuits courts ont fleuri.

À contrario, les communes françaises commencent à avoir de sérieux problèmes d’eau potable. Ces dernières années, les autorités ont peu à peu relevé les seuils de tolérance aux pesticides. L’eau n’est pas de meilleure qualité, mais ce jeu réglementaire permet d'approvisionner des populations qui ne le seraient plus, en vertue des anciennes normes de qualité.

Cette année, 419 communes bénéficient de dérogations sur des teneurs en nitrate, en arsenic et autres polluants, pour pouvoir continuer à distribuer une eau qui n’est pourtant plus considérée comme potable. Dans certains départements comme la Seine-et-Marne, près d’un tiers des communes sont concernées.

Au contraire, à New York et à Munich, qui ont initié ces politiques depuis longtemps, l’eau distribuée est parmi les plus pures et les moins chères du monde.

Renouveler l'économie du territoire

Ces nouvelles façons de gérer la ville montrent que les municipalités ont des cartes insoupçonnées en mains. En pensant le développement à partir des ressources de leur région et pour leurs habitants, elles peuvent initier des politiques susceptibles de renouveler la vie quotidienne et l’économie du territoire.

Les habitants des villes concernées se rendent-ils compte des actions menées par ces municipalités? "Pas toujours", répondent Jean-Claude Mensch et André Rouch. Pourtant, en cette période d'élections municipales, la conscience des habitants apparaît cruciale pour enclencher les voies d’une résilience économique et sociale, à l’échelon local.

> Retrouvez notre rubrique spéciale "Villes durables"

 

Crédit photo: Johan Hansson/Flickr

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 18:54

 

 

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Combien de pauvreté pouvons-nous supporter ?

4 octobre par Esther Vivas

 

 


« Les choses ne peuvent pas être pires ». Combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? Nous pensons que plus de pauvreté, plus de précarité, plus de chômage, plus d’expulsions de logement, plus de faim sont impossibles. La réalité, cependant, contredit cette perception.

Ces dernières années, les chiffres et les visages de la misère n’ont fait qu’augmenter dans l’Etat espagnol. Aujourd’hui, le nombre de personnes qui vivent en situation de pauvreté extrême se situe déjà à trois millions. Les revenus des familles sont tombés aux niveaux de l’année 2001. L’explication est aussi simple que brutale : les revenus ont diminué de 4% tandis que les prix ont augmenté de 10%. C’est ce qu’indiquent les chiffres fournis par le rapport « Inégalité et droits sociaux. Analyse et perspectives 2013 » élaboré par la Fondation Foessa.

Les plus touchés sont les plus pauvres parmi les pauvres, ceux qui possèdent le moins. Hier, une personne sans ressources, qui vivait dans la rue, est morte de faim à Séville. D’abord, c’est le chômage, ensuite les difficultés pour boucler les fins de mois, puis on ne sait plus payer l’électricité, l’eau, le loyer ou l’hypothèque et, finalement, la nourriture. La tendance indique que les choses empirent. Selon le rapport de Intermón Oxfam, « Le piège de l’austérité », on estime que pour l’année 2025, le nombre de pauvres dans l’État espagnol pourrait atteindre 8 millions de personnes.

Il ne s’agit pas seulement d’une crise mais bien des mesures qui sont appliquées pour la résoudre. L’austérité, les coupes, la réduction des aides et des allocations, la privatisation des services publics, l’augmentation de la TVA, tout cela retombe principalement sur les secteurs les plus vulnérables.

En conséquence, les inégalités sociales augmentent. La différence entre les plus riches et les plus pauvres dans l’État espagnol se situe déjà à 30%, constituant le sommet de l’inégalité en Europe. Cette position se situe même devant les pays les plus durement frappés par la crise, comme la Grèce, et elle n’est dépassée que par des pays comme la Lettonie, la Bulgarie et le Portugal.

La conclusion est limpide : une petite minorité augmente ses richesses sur le dos de l’appauvrissement de la majorité. La sortie de crise n’est ni impartiale ni idéologiquement neutre ; elle répond aux intérêts d’élites politiques et économiques qui veulent tirer profit – et pas qu’un peu – de cette situation. Notre misère n’est, ni plus ni moins, que leur profit.

Les choses peuvent-elles être pires ? Malheureusement oui. Les politiques de sortie de crise qui sont actuellement appliquées dans les pays de la périphérie de l’Union européenne sont la copie conforme de celles qui ont été menée à bien dans les pays du Sud. Si on les appelait à l’époque « Programmes d’Ajustement Structurel, aujourd’hui elles reçoivent le nom de « sauvetage ». La logique est cependant la même et le résultat est plus que suffisamment connu. Nous allons vers une « tiers-mondisation » de la société. La dynamique centre-périphérie qui s’était déployée ces dernières années à l’échelle globale se reproduit aujourd’hui au sein de l’Union.

Mais combien de pauvreté pouvons-nous supporter ? Combien de misère sommes-nous disposés à accepter ? Jusqu’où permettrons-nous qu’ils nous saignent à blanc ? La soif du profit du capital n’a pas de limites. Et le goût du lucre ne fait qu’augmenter leur avarice. Nous, la majorité, sommes les seuls capables de leur faire front. Quand nous aurons pris conscience de cela et que nous agirons en conséquence, nous aurons gagné la partie.

Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

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