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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 14:53

 

l'humanite.fr

Politique - le 5 Août 2013

penser un monde nouveau 16/34

 

Pierre Rabhi « Toute démarche qui construit 
de l’autonomie est insurrectionnelle »

 

 

 


 

Les séries d'été de l'Humanité : Penser un monde nouveau  Agroécologiste, philosophe, créateur 
de mouvements écologistes, Pierre Rabhi, 
face au capitalisme, milite pour la puissance de 
la modération et l’insurrection des consciences.

Sa vie parle pour lui. En 1961, Pierre Rabhi, qui étudie la philosophie en autodidacte, est OS dans une entreprise de la région parisienne. La condition ouvrière crée chez lui une insurrection aussi douce que radicale. « Je travaillais dans un lieu carcéral et je considérais que ma vie était plus importante qu’un salaire. Nous ne sommes pas nés pour le produit national brut mais pour vivre. » Avec sa compagne, il part s’installer en Ardèche. Lui, le déraciné d’une oasis du Sud algérien, va prendre racine sur une terre aride où, dès 1962, refusant tout conditionnement, il opte pour l’agriculture biologique. La « sobriété heureuse », 
une utopie incarnée, 
qui deviendra le titre d’un 
de ses ouvrages en 2010, est dorénavant son mode de vie. Parallèlement 
à son activité agricole, Pierre Rabhi poursuit 
un travail de réflexion 
et d’écriture : il a publié une quinzaine d’ouvrages. Dès la fin des années 1970, il forme des stagiaires à l’agroécologie. En 1981, à l’invitation de Thomas Sankara, il intervient au Burkina Faso. Ses réalisations et ses réflexions dépassent les frontières. Il crée le Mouvement pour la terre 
et l’humanisme et lance 
le mouvement Oasis 
en tous lieux. Aujourd’hui, à soixante-quinze ans, face au capitalisme, il prône la « puissance de la modération », « l’insurrection et la fédération des consciences ». Alors que 
les citoyens mettent en avant leur incapacité à agir, il les invite à « reprendre 
le pouvoir sur leur existence et à incarner une politique en actes dans chacune des sphères de leur quotidien ».  

En 1960, vous décidez de quitter 
usine et ville. Un choix radical 
et mûrement réfléchi ?

Pierre Rabhi. La question était pour moi : comment sortir de cette aliénation, existe-t-il une façon de reconquérir son destin ? Avec ma compagne, nous avons décidé de retourner à la terre. Les critères de beauté ont beaucoup pesé dans le choix du lieu où nous voulions vivre. En complet décalage avec les critères traditionnels ! La beauté est une valeur importante dans la vie, mais elle ne figure jamais dans un bilan. Dès le début, nous avons établi une feuille de route : intégrer la modération, ­rester dans un cadre sobre et maîtrisable. J’ai alors passé un petit diplôme d’agriculteur, pour me former, et j’ai découvert que nous étions dans une forme de guerre contre la nature. Il fallait travailler en permanence avec un masque, vu la dangerosité des produits que nous manipulions à longueur de journée. J’ai refusé cela et j’ai trouvé que des gens avaient déjà mis au point des méthodes d’agronomie respectueuses de la nature. J’ai fait tout de suite ce choix.

Un choix qui a guidé votre vie et reste 
pertinent aujourd’hui ?

Pierre Rabhi. Il y a aujourd’hui des valeurs essentielles à mes yeux dont je vérifie la pertinence et la réceptivité grâce au débat public. Les idées que j’essaie de promouvoir depuis des années reposent sur une composante très concrète, je suis un agroécologiste dans la matière, sur la terre. J’essaie de vivre sur des principes qui ne sont pas ceux du « produisons, détruisons et polluons », mais du « produisons, valorisons et améliorons ». Nous sommes face à un choix radical : soit nous nous nourrissons en détruisant la terre qui nous nourrit, soit nous nous nourrissons en entretenant la vie, la terre pour nous-mêmes et les générations à venir. Aujourd’hui, à cause de notre boulimie, notre inintelligence, notre non-sens, notre cruauté, nous laissons aux générations futures de trop graves problèmes à régler. Ce n’est pas déontologiquement acceptable.

Vous avez vérifié les dégâts de ce que 
vous appelez l’« agro-nécrocarburante » jusqu’en Afrique…

Pierre Rabhi. En 1981, des paysans du Burkina Faso ont fait appel à moi. Ces paysans des zones semi-arides avaient subi un dérèglement complet de leur existence du fait de la « modernité ». En son nom, on leur avait dit : « Abandonnez les petites parcelles qui vous nourrissent, cultivez du coton et de l’arachide pour exporter ! » Des brigades de vulgarisateurs parcouraient la brousse avec des sacs d’engrais : « Essayez cette poudre des Blancs, vous allez voir ! » Sur un sol semi-stérile, l’engrais fait des miracles. On donnait cette poudre aux paysans en les invitant à rembourser une fois la récolte faite. Mais la vente du produit des récoltes ne compensait pas l’investissement de l’intrant. Les paysans étaient pris dans la spirale de l’endettement. Face à cette situation, je me suis retrouvé alors à ­expliquer comment l’agroécologie pouvait être une alternative à ce système. Une démarche scientifique, pas un truc façon soixante-­huitards. Nous avons lancé un nouveau paradigme. ­Thomas Sankara, qui présidait alors le ­Burkina Faso, avait décidé d’en faire une politique ­nationale. Hélas, il a été assassiné.

De ces expériences, vous avez tiré la conclusion que notre modèle économique est mortifère…

Pierre Rabhi. Notre modèle actuel de société est en déshérence, ne répond plus et provoque un grand nombre de tragédies dans le monde. Le capitalisme cumulatif a réinstauré une féodalité planétaire, provoquant une vulnérabilité humaine et nous installant dans la voie de la confiscation du patrimoine vital de l’humanité par une minorité. Cela m’est insupportable. On aboutit à un paroxysme que j’appellerai « un hold-up légalisé ». Je ne peux pas admettre que l’argent justifie tout. Dans le processus de survie de l’humanité, nous sommes face à des sols détruits, 60 % des semences traditionnelles cumulées depuis 10 0000 à 12 000 ans ont disparu… Avec les OGM, les grandes firmes s’occupent d’évacuer tout ce qui les gêne pour dégager des espaces de profit. En suivant ce chemin, l’humanité va se retrouver subordonnée à la stricte autorité de l’argent et des gagneurs d’argent. C’est un coup d’État planétaire qui est en train de se faire insidieusement. Car, ce qu’ils savent faire le mieux, c’est emprunter les voies subliminales : créer du consentement chez l’autre. Apporter un message et convaincre l’autre de sa véracité. La force de ce système réside dans la manipulation humaine.

Ce sont ces considérations qui vous ont poussé à vous présenter à l’élection présidentielle 
en 2002 ?

Pierre Rabhi. La seule chose qui m’intéressait dans cette aventure était d’ouvrir un espace de débat public au plan national et d’y défendre des idées qui ne s’inscrivent pas dans le strict cadre de la politique. Parmi celles que je voulais mettre en avant : le féminin au cœur du changement, parce qu’on a banalisé la subordination de la femme au plan planétaire ; l’éducation, dont la base ne doit pas être la compétition mais la coopération, la solidarité ; l’incarnation des utopies, parce qu’elles ne sont pas des chimères, mais au contraire ce qui fait avancer le monde ; l’agriculture, qu’il faut sortir du désastre dans lequel elle s’enfonce. Et puis, grand blasphème qui m’aurait valu le bûcher : la décroissance. Je me suis aperçu que nos idées étaient plus partagées que je ne le pensais. C’est normal, l’écologie c’est la vie, personne n’y échappe. J’intègre à l’écologie, l’être humain, notre rapport les uns aux autres, pas seulement entre la nature et nous.

L’être humain reste un point central 
dans votre réflexion…

Pierre Rabhi. L’humain s’est autoproclamé le meilleur et a décrété sa domination sur la nature et sur la vie. Il s’est donc arbitrairement octroyé des prérogatives qu’il considère ­aujourd’hui comme normales. Nous sommes dans ce brouillard-là. L’être humain, par sa pensée, sa capacité spéculative, sa perception du temps, sa connaissance de la vie, n’a-t-il pas plus le devoir de protéger et de prendre soin, plutôt que de détruire ? Nous devons être les gardiens de la vie et non ses destructeurs. À partir de là, se pose la question : « Peut-on remettre en phase ­l’humain et la nature ? » Aujourd’hui, nous ­faisons de l’humanitaire. Mais l’humanitaire, c’est la défaillance de l’humanisme. Nous sommes dans le scénario global d’une catégorie sociale humaine qui pille la planète, qui confisque les biens des gens jusqu’à les rendre pauvres et qui, ensuite, court avec des sacs de riz pour leur dire : « Voyez comme nous sommes gentils. » C’est la politique du pompier pyromane. Cette politique a l’appui de chefs d’État pourris, prêts à vendre leur pays et ses ressources au détriment de leur propre peuple. Ces chefs d’État corrompus, complices du banditisme international, m’écœurent. Thomas Sankara a tenté de s’opposer à cela et il a été assassiné.

Quels moyens préconisez-vous pour sortir 
de cette situation ?

Pierre Rabhi. Je pense qu’il faut une fédération des consciences car chacun est un peu pétrifié dans son histoire. Les croyances, les idéologies fragmentent les sociétés. Regardez une ­mappemonde, vous êtes face à un puzzle de nations. C’est un processus de destruction généralisée. L’ensemble du genre humain est confronté à la question de son propre devenir. Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? Quels enfants laisserons-nous à notre planète ? Il faut transcender tout cela, fédérer les consciences et raisonner en termes d’humanité. Il faut universaliser la réponse.

En appeler à l’individu, est-ce suffisant ?

Pierre Rabhi. Il est vrai que vous pouvez manger bio, recycler votre eau, vous chauffer à l’énergie solaire… et exploiter votre prochain. Je remarque d’ailleurs que le capitalisme s’intéresse aux alternatives. Il laisse la société civile faire le boulot et quand la situation est mûre, il le détourne à son profit. Quand je vois la bio se retrouver entre les mains de la grande distribution, je me sens ruiné. Aujourd’hui, soit on est subordonné à un système inique, unique et totalitaire qui est fondé sur la puissance ­absolue de la finance, qui est elle-même capable de ­subordonner les États et de ­déterminer les destins collectifs en ­fonction de ses propres critères, soit il faut marquer une forme ­insurrectionnelle. Produire et consommer localement est ­aujourd’hui un critère politique, quand ­l’alimentation est confisquée par des trusts qui font circuler en tout sens les produits dans des camions pour leur plus grand profit, seul ressort de cette dynamique. À tous nos ­stagiaires qui viennent apprendre à cultiver bio, je dis qu’ils sont en train de commettre un acte de résistance et un acte politique. Toute ­démarche qui construit de l’autonomie est ­insurrectionnelle parce que notre système a instauré 
– et n’existe que grâce à – la dépendance. Les trusts, aujourd’hui, nous rendent dépendants. Cette dépendance est claire avec les OGM : ils ­neutralisent les semences transmissibles. En Inde, cela a provoqué de nombreux suicides de paysans. C’est un crime contre l’humanité.

Parmi vos propositions, vous mettez en avant aujourd’hui la notion de « puissance de 
la modération ». Comment se traduit-elle ?

Pierre Rabhi. La puissance de la modération est une option politique. Nous ne sommes pas dans la morale, dans l’ascèse ou la mortification, si nous sommes nombreux à adopter la modération face au toujours plus, infini. Nous n’avons qu’une planète, nous sommes dans un système limité. Dans le cadre d’un humanisme généralisé, nous devrions tenir compte des capacités de notre terre, les partager équitablement sans oublier les générations futures. Voilà une réflexion fondamentale. Produire toujours plus, ça veut dire aussi toujours plus travailler. Dans la logique du capitalisme généralisé, c’est augmenter les profits, réduire les charges, et donc aussi éliminer les gens, en exclure toujours plus. Dans ce système, on produit de plus en plus de choses et on réduit les moyens des gens qui ne peuvent plus les acheter. La publicité entretient la frustration, laisse des citoyens en permanence inassouvis. Une de mes problématiques est, aujourd’hui, comment aller vers la simplicité ? Dans la société civile, des gens pourtant conditionnés pour penser la complexité vont vers un mode de pensée qui passe par la simplification. Il y a aujourd’hui tout un réservoir de gens qui innovent, inventent, et tout notre boulot est de parvenir à les fédérer pour en faire une proposition politique. Et si les politiques acceptent de sortir du schéma de la croissance à tout prix, qui est négatif, et soutenir ces initiatives, en faire une proposition sociopolitique, là, oui, il y aura de l’intelligence. Nous en avons besoin. À l’appauvrissement financier, il faut donner une réponse non financière.

Vous prônez la décroissance depuis longtemps. A-t-elle toujours autant de vertu à vos yeux ?

Pierre Rabhi. Quand on invoque la croissance, ça veut dire qu’on maintient les castes qui concentrent l’argent. Même s’il y avait générosité, ­attention à l’autre, il faudrait se demander à quoi elle sert. À fabriquer des armes ? Combien de dépenses sont faites sans qu’on prenne l’humain en compte ? L’urgence, c’est l’humain. Dans les entreprises, c’est en se délestant des salaires qu’on fait un meilleur bilan. C’est ça, la croissance économique ? Si l’urgence absolue était de maintenir le travail et non de mettre les gens dehors pour augmenter le profit, la situation serait complètement différente. Aujourd’hui, peu importe l’humain. On a mis en place des palliatifs pernicieux pour éviter que les gens ne meurent de faim. C’est inique, d’autant que je suis persuadé que ces palliatifs ne tiendront pas longtemps. L’indigence va se développer… Face à une telle situation, je considère que les hommes politiques sont dans la gestion, dans l’entretien du système, dans l’acharnement thérapeutique. Pourtant, ce modèle ne peut pas tenir, c’est impossible. Il ne tiendra pas. Par contre, la société civile invente, innove, imagine un autre modèle de société. Avec la puissance de la ­modération, on inverse les choses. La modération devient un fondement puissant de l’organisation d’un monde futur. Avec elle, le capitalisme a du souci à se faire.

  • Une conférence de Pierre Rabhi sur "la sobriété heureuse"

 

 

 

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 14:31

 

mediapart.fr

 

En Chine, le trafic d'ivoire en toute liberté

|  Par Jordan Pouille

 

 

 

40 000 éléphants ont été tués l'an dernier en Afrique. La Chine est le premier consommateur d'ivoire de la planète. En voulant contrôler le marché, l'État chinois a créé des structures qui servent en fait à “blanchir” les pièces illégales. Des milliers de défenses ont été saisies ces derniers mois. Reportage à Pékin.

 

 Pékin, de notre correspondant

De l’extérieur, le Arts and Crafts Emporium de l’avenue Wangfujing ne paie pas de mine. Comme les Champs-Élysées, la principale artère touristique de Pékin dégaine les boutiques de luxe, fast-foods et enseignes mondialisées. L’Emporium, ce parangon de l’artisanat chinois, se retrouve pris en sandwich entre un McDo et un KFC. Le rez-de-chaussée du magasin est dédié aux métaux précieux : de la chevalière en platine jusqu’à la maquette en or du porte-avions Liaoning. Devant chaque présentoir, les touristes comptent et recomptent le nombre de zéros avant de quitter le magasin, hébétés.

Le quatrième étage est un festival de jade blanc et d'ivoire. Dès la sortie de l’escalator, le visiteur affronte une armée de bouddhas, de Guanyin et autres statuettes de divinités finement sculptées, censés apporter fortune et longévité et qu'il est interdit de photographier. Ceux qui ont déjà tout s’intéressent à cette jolie paire de défenses d’éléphanteaux, à 220 000 euros. Les ascètes se contentent de paires de baguettes à 1 700 euros ou d’un bijou. Une jeune cliente en lunettes de soleil Dior essaie un bracelet de la même blancheur lactée que son visage poupon. « Tout est authentique et certifié », susurre une vendeuse en tailleur. Chaque objet de plus de 50 grammes dispose d’un certificat en plastique affichant un hologramme, sa photo “d'identité” et un numéro de série vérifiable sur Internet.

 

A l'Emporium, magasin accrédité d'ivoire gravé à Pékin 
A l'Emporium, magasin accrédité d'ivoire gravé à Pékin© JP

L’Emporium est l’un des 135 commerces d’ivoire légaux du pays, se distinguant par le panneau bilingue officiel : « Point de vente accrédité de gravures d’ivoire ». Ils se fournissent auprès de 37 usines de gravure agréées, devant elles-mêmes jongler avec un stock de 61 tonnes de défenses d’éléphants acquis par l’État chinois en 2008 auprès du Zimbabwe, du Botswana, de l’Afrique du Sud et de la Namibie, avec l’accord de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction), mettant un terme à un moratoire de vingt ans sur l’ivoire (le Japon l’ayant brisé plus tôt, en 1999).

Depuis, l’État chinois délivre ses défenses au compte-gouttes : six tonnes d’ivoire par an, sur dix ans. Soit au bout du compte, seulement 44 kilos par magasin : une somme bien dérisoire, aux antipodes de la réalité du marché. Face à une clientèle croissante de nouveaux riches en mal de prestige ostentatoire, l’afflux d’ivoire « frais » et de toute origine est irrépressible.

Le 6 août dernier, dans le port de Kwai Chung, les douaniers hongkongais annoncent une pêche miraculeuse : 1 120 défenses cachées au fond de deux conteneurs marchands en provenance du Nigeria. Un mois plus tôt, ils découvraient une cargaison de 1 148 défenses, principalement d’éléphanteaux, en provenance du Togo. En novembre 2012, 569 défenses apparaissent sous une montagne de graines de tournesol de Tanzanie. Le mois précédent, 1 200 défenses sont extirpées d’un amas de déchets de plastique africains destinés à être recyclés en Chine. Soit un total de 8 tonnes d’ivoire saisies en dix mois, rien qu’à Hong Kong. Les douanes hongkongaises disent détenir 16 tonnes d'ivoire dans leurs hangars. Parmi d'autres actions, une pétition en ligne a été lancée ce mois-ci, afin que le stock illicite soit incinéré.

En déplacement dans l’Anhui en juillet, nous avions rencontré par hasard un jeune menuisier de retour d’une mission de trois ans en Afrique du Sud. Il disait s’être octroyé un salaire confortable de 6 000 euros par mois en planquant de l’ivoire dans les conteneurs chargés de parquet massif à destination de la province côtière du Zhejiang.

 

Dans une boutique de Pékin. 
Dans une boutique de Pékin.© JP

Que les 135 boutiques d’ivoire chinoises autorisées et si bien approvisionnées servent aussi à blanchir l’ivoire braconné est un secret de Polichinelle. Dans un récent rapport diffusé par le Fonds international pour la protection animale (IFAW), les enquêteurs Ning Hua et Juan Wang déchantent : « Au départ, l’intention d’acheter ces stocks de défenses était d’inonder le marché d’ivoire légal afin de faire baisser les prix et dissuader le braconnage. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. L’afflux limité d’ivoire légal sur le marché chinois a renforcé la demande, augmenté les prix et donné naissance à un marché gris dans lequel le marché légal apporte des lieux et des opportunités de vente pour l’ivoire braconné. »

Les ateliers d'Etat

 

Atelier de gravure d'ivoire, rue Guoru, à Pékin 
Atelier de gravure d'ivoire, rue Guoru, à Pékin© JP

Le grand retour de l’ivoire en Chine en 2008 a permis la réouverture de 37 ateliers de gravure. Ces entreprises publiques – Pékin en compte 8 – fournissent uniquement les 135 boutiques certifiées. « Comme les anciens ouvriers ont été mis à la retraite au moment du moratoire mondial sur l’ivoire (en 1989), il nous a fallu embaucher sept nouveaux sculpteurs. Le plus âgé n’a pas trente ans », se réjouit Xu Jian, 35 ans, commercial en bras de chemise et ceinturon Hermès chez l’atelier de gravure des dents d’éléphant de Pékin (Beijing Xiang Ya Diaoke Chang). C’est une usine discrète, cachée derrière la gare centrale depuis 1958. « Ici s’exprime un savoir-faire millénaire », assure-t-il, devant une pléthore de défenses finement ciselées. L’éléphant, qui gambadait encore au nord et au centre de la Chine sous les dynasties Shang et Zhou, doit son succès constant à la similarité entre son caractère (Xiang) et celui de la fortune (Jixiang).

Xu Jian dit ignorer si la marchandise de son atelier provient de mammifères morts de vieillesse ou empoisonnés au cyanure, comme ces  87 animaux du Zimbabwe. Et se moque d'apprendre que le trafic de l'ivoire profiterait aux combattants d'Al Shebab. « Ce n’est pas ce que les clients veulent savoir. Mais grâce aux certificats, ils ont la garantie qu’ils n’achètent pas du mammouth russe », ersatz fossile de l’ivoire africain, libéré des sols gelés sibériens grâce, notamment, au réchauffement climatique. Xu Jian bannit les photos : « L’an dernier, un photographe et un journaliste américains sont venus nous voir. Tout s’est bien passé mais ils ont publié une photo d’un de nos sculpteurs à côté de celle d’un éléphant meurtri. Le collègue était très triste car il est bouddhiste et refuse que l'on tue des animaux. »

Dans une enquête du journal cantonnais Nangfang Weekend publiée le 9 décembre 2011, l'auteur révèle qu'une poignée d'ateliers officiels s'approvisionne auprès du stock d'ivoire étatique, jugé cher et de mauvaise qualité. Ce qui laisse sous-entendre que la majorité achète son ivoire ailleurs, dans des hangars du Guangdong, du Zhejiang ou du Fujian, où échouent les défenses interdites.

Mammouth, ivoire, légal ou braconné : la confusion est grande dans les monts de piété et sur les marchés d’antiquités de la capitale. Comme à Panjiayuan, où exercent 3 000 marchands « civilisés et crédibles » d’après les écriteaux. Figés derrières leurs meubles anciens, les vendeurs sont nombreux à proposer, spontanément, des médaillons en ivoire et sans certificat. Plus loin, dans le marché climatisé de Chengtian, devant lequel stationnent les Audi noires d’officiels en goguette, un commerçant est fier de présenter ses huit grosses défenses certifiées… mais rechigne à montrer la plaque “point de vente accrédité” : « Si vous êtes acheteur, qu'est-ce que cela peut vous faire ? »


Défense de mammouth, au Mont de piété. 
Défense de mammouth, au Mont de piété.© JP

 Chez ce prêteur sur gage de l'avenue Chang’An, à côté du siège de la fédération nationale des femmes chinoises, deux défenses de mammouth offrent une haie d'honneur. Un coffret de bois laqué est posé sur l'étagère voisine, avec 144 tuiles de mahjong, toutes en ivoire selon le vendeur. Le scénario se répète au Beijing Antics Center, mitoyen d’un concessionnaire Cadillac : la “Boutique de l’Ancien Banquet”, au dernier étage, exhibe elle aussi quelques défenses à la patine chaude et brillante, mais sans certificat ni licence de vente. « Parce qu’elles datent de bien avant la Nouvelle Chine », soutient Deng Yamin, le patron.

Ailleurs, sur l’avenue Jianguomenwai, à l'entrée du quartier d'affaires, quelques palaces plébiscités par les businessmen chinois incitent à l’achat. Le Jinglun ou le China World Hotel ont installé des défenses et des statues d’ivoire incrustées de turquoises à quelques mètres de leurs boutiques de souvenirs.

Bien sûr, l’ivoire s’achète aussi en ligne, en toute illégalité. L’offre est discrète mais tenace car les connaisseurs utilisent des subterfuges pour éviter les ennuis policiers. Dans la barre de recherche du site marchand gucn.com ou du forum feiqu.com, on n’écrit pas « éléphant » mais plutôt « gros mammifère » ou ses initiales. Et parce qu’un nombre de zéros élevé paraîtrait suspect, les tarifs sont parfois remplacés par la mention « à négocier ».

À défaut d’être prohibé par un gouvernement qui en tire actuellement profit, le commerce de l’ivoire ne pourra s’estomper que par le remords collectif. Dans la terminologie chinoise, une défense se dit « dent » et laisse entendre qu’elle tombe de l’animal naturellement. L’association IFAW teste donc une campagne d’information dans les métros des grandes villes et sur les réseaux sociaux. Comme à Pékin, à la station Jiangguomen, sur la ligne 1. Pas de photo barbare, juste quelques mots feutrés et candides pour rappeler que l’ivoire ne s’obtient qu’à partir d’éléphants morts. Sur un millier de badauds sondés par IFAW après avoir vu la campagne, 68 % d’entre eux ont assuré qu’ils ne succomberaient jamais à l’or blanc. Dans le même esprit, l’association WildAid, défendue par l'icône du basket-ball Yao Ming, diffuse un clip dans les rames avec ce credo : « Si la tuerie s'arrête, le commerce aussi. »

Ces associations savent bien que leur temps d’action est limité : quand le stock d’ivoire étatique aura totalement disparu dans cinq ans, tous les commerces, légaux ou illégaux, ne s’alimenteront qu’en ivoire braconné.

 

 

 

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 22:50

 

ordif.com

Danemark : un resto récup !


Un restaurant de Copenhague cuisine avec des invendus.

 

 

 

danemark

 

Le 17 septembre, en plein centre de Copenhague, le restaurant "Rub og Stub" (« tout sans exception »)  a ouvert ses portes. Il propose des côtes d'agneau, magrets de canard, salades de pâtes …. Tous les ingrédients utilisés proviennent des stocks de nourriture destinés à être jetés par les supermarchés et les entreprises locales. La co-gérante de cet établissement a fréquenté les cuisines des entreprises et les rayons des supermarchés avant d'y faire ce constat sur le gaspillage alimentaire. D'où ce projet. Elle précise que la nourriture est récupérée avant d’être jetée dans la poubelle.

Plus précisément le restaurant récupère les denrées que les supermarchés ne mettent pas en rayon parce que par exemple la date de péremption est trop proche.
La carte change tous les jours en fonction des marchandises récupérées.

Le premier distributeur au Danemark, la chaine de magasin Coop, a adhéré au concept et a donné d'importants stocks de nourritures à l'établissement. Cerise sur le gâteau: l'ensemble des bénéfices sont reversés à des associations humanitaires actives au Sierra Leone.
Source : RTBF

Plus d’informations :
- Le site Internet de RTBF

Sur le site de l’ORDIF :
Etude ORDIF « Lutte contre le gaspillage alimentaire, les bonnes pratiques européennes » 
Article ORDIF « Royaume-Uni : lutte contre le gaspillage alimentaire »  

 

 

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 20:08

 

 

parlement.blog.lemonde.fr

Lobbies à l’Assemblée nationale : ce qui va changer

 

 

 
in Share 

Le député Christophe Sirugue remet un rapport sur la réforme des dispositifs de soutien aux revenus d’activité modestes à Jean-Marc Ayrault, le 15 juillet 2013. AFP PHOTO/ JACQUES DEMARTHON

 

On ne les appelle toujours pas “lobbies”, pourtant leur existence devient de moins en moins cachée. A partir de mardi 1er octobre, les “représentants d’intérêts”, ces groupes de pression ou d’influence, défendant les intérêts d’entreprises, d’ONG ou d’associations vont franchir un nouveau pas vers la reconnaissance et l’officialisation de leur statut à l’Assemblée nationale.

Issues du rapport du député Christophe Sirugue (PS, Saône-et-Loire), les nouvelles dispositions qui entrent en vigueur vont vers plus de transparence et d’encadrement et sont saluées comme “un nouveau pas dans la bonne direction” par l’organisation Transparency International France, même si cela reste “un minimum en matière de transparence de la décision publique”. De leur côté, les lobbyistes se disent satisfaits, par la voix de Pascal Tallon, président de l’Association française des conseils en lobbying qui assure que “tout le monde va découvrir qu’il n’y a rien à découvrir”.

 

Plus d’informations, mais toujours pas de contrôle. Un registre de renseignement existait déjà depuis 2009 mais le nouveau “registre de transparence”, mis en ligne à partir de mardi, s’inspire directement du modèle bruxellois et va encore plus loin (voir le modèle pour les cabinets de conseil). Toute personne ou organisme voulant défendre ses intérêts auprès des députés et souhaitant le faire officiellement via le registre devra désormais indiquer : le nom de ses clients, les honoraires perçus pour le seul lobbying au Parlement, les objectifs et missions à remplir ainsi que le chiffre d’affaires ou les montants dépensés en termes de lobbying. Autant d’informations qui seront rendues publiques.

Si “l’orientation est bonne” pour Pascal Tallon, il va falloir du temps pour convaincre les clients de passer à la transparence, la plupart étant tenus par des clauses de confidentialité dans leur contrat. Les associations qui devront, pour leur part, fournir la liste de leur financements se heurteront au même problème. Beaucoup pourraient donc être tentés de ne tout simplement pas s’inscrire sur le registre et passer par des voies officieuses ; pour les autres, Christophe Sirugue espère pouvoir récolter l’ensemble des informations au 1er janvier 2014. Autre bémol, souligné par l’association Transparency : aucun contrôle ou vérification de ces informations n'est prévu.

 

Un accès plus restreint dans les lieux. Jusqu’alors, un lobbyiste inscrit sur le registre bénéficiait d’un badge d’accès à l’année lui permettant d’aller et venir au Palais-Bourbon. Une pratique consistant à “arpenter les couloirs à la rencontre de parlementaires, décrite comme inefficace et potentiellement source d’incidents” et qui “suscite de fortes réticences de la part des députés, qui ressentent très négativement le démarchage dont ils peuvent faire l’objet, au détour d’un couloir”, selon le rapport Sirugue.

Désormais, la salle des Quatre-Colonnes où se retrouvent députés et journalistes ainsi que la grande salle attenante des Pas-Perdus seront interdites aux représentants d’intérêts, qui devront en outre récupérer un nouveau badge d’accès pour chaque visite. “Le représentant d’intérêt ne pourrait être présent à l’Assemblée nationale que dans un but précis”, explique Christophe Sirugue. L’association Transparency aurait voulu que les choses aillent plus loin, avec la publication de la liste des réunions et des rencontres entre les députés et des représentants d’intérêts.

 

Des rapports plus exhaustifs. Les rapporteurs des textes de loi vont être appelés à plus de rigueur dans leurs rédactions. En 2011, une étude de Transparency International France, avec l’association Regards Citoyens, avait montré que dans 62% des cas, les rapports des textes de lois ne mentionnaient pas la liste des personnes auditionnées ou rencontrées, un chiffre anormalement élevé.Le nouveau règlement prévoira l’obligation de publier cette liste ainsi qu’une mention explicite lorsqu’aucune audition n’a été conduite.

De plus, devront être distingués les représentants d’intérêts inscrits sur le registre et ceux qui ne le sont pas. “Seraient ainsi clairement mis en avant les lobbyistes qui jouent le jeu de la transparence”, et les autres pointés du doigt, veut croire M. Sirugue.

Sa réforme, si elle est ambitieuse, repose encore beaucoup sur le bon vouloir de tous les acteurs. Malgré cela, l’Assemblée nationale reste, dans la reconnaissance du lobbying, en avance sur le Sénat, les ministères et toutes les administrations publiques.

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 18:52

 

reporterre.net

 

Gaz de schiste : la liste des grandes entreprises françaises qui sont déjà dans le business

Sylvain Lapoix (Reporterre)

lundi 30 septembre 2013

 

 

 

 

Si le lobby en faveur de l’exploitation du gaz de schiste est si fort en France, c’est que plusieurs grandes entreprises sont engagées dans cette activité aux Etats-Unis : de Vallourec à Vinci en passant par Veolia, Lafarge et Suez, elles sont nombreuses à en tirer déjà profit.

 


 

Une leçon du vieil Ouest est revenue à la mode avec le boom des gaz de schiste aux Etats-Unis  : « Durant la ruée vers l’or, les seuls à être sûr de faire fortune étaient les vendeurs de pioche. » Passé de l’artisanat du tamisage des rivières à l’ère industrielle, les chercheurs d’or gris ont désormais besoin de la fracturation hydraulique et du forage horizontal pour faire cracher les schistes profonds. Mais si les méthodes ont changé, il y a toujours des quincaillers pour profiter de la manne, dont plusieurs d’entreprises françaises du Cac 40 spécialisées dans des segments clefs de ces techniques : tubage, béton, chimie, services pétroliers et eau. Au delà d’une vision « industrielle » par laquelle ils encouragent une exploitation tous azimuts des ressources énergétiques, les majors françaises défendent avec les gaz de schiste des relais de croissance pour leurs propres activités. Des retombées bien plus certaines qu’une baisse des prix de l’énergie pour les ménages.

Vallourec et Lafarge déjà leader aux Etats-Unis

D’un point de vue industriel, la fracturation hydraulique et les forages horizontaux sont des techniques intensives en matériel comme en compétence. La phase de forage mobilise trois ingrédients principaux  : un « rig » (la plateforme de forage), du tubage (canalisations insérées dans le puits sur toute sa longueur), et du béton (sous forme de « manteau  » coulé le long du tubage pour assurer son étanchéité et la résistance à la pression).

 

 

Sous la marque VAM USA, la société Vallourec s’est imposée comme un des leaders des tubages traités et des joints filetés qui garnissent chaque puits de gaz de schiste sur un minimum de cinq kilomètres [1]. Fin 2012, l’entreprise a inauguré une usine spécialisée à Youngstown (Ohio) d’un coût de 1,05 milliards de dollars. Une adaptation judicieuse pour l’entreprise dont le directeur des affaires industrielles espère doubler le business « dans les deux ans qui viennent  ». Philippe Crouzet, le patron de l’entreprise Vallourec, est l’époux Sylvie Hubac, directrice du cabinet du président de la République. Il avait pesé publiquement, en juin dernier, pour le limogeage de la ministre de l’Ecologie Delphine Batho, jugée trop opposée aux gaz de schiste.

Pour le coffrage, la société Lafarge qui est sur les rangs  : sponsors du congrès « Global WellCem » regroupant les experts du bétonnage de puits, le cimentier français dispose d’une unité de production de ciment technique à Allentown, en Pennsylvanie, livrant les forages du gisement de gaz de schiste de Marcellus.

On ne saurait bien sûr oublier Total, directement engagée dans l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis, notamment à ses parts dans la société Chesapeake.

Quant aux sociétés de services pétroliers, les maîtres d’ouvrages sont le plus souvent des multinationales (Schlumberger, Baker Hughes et Halliburton) sous-traitant l’exécution à des maîtres d’ouvrages locaux. Pour le forage pétrolier de Jouarre, c’est une foreuse de la société Cofor (filiale de Vinci) qui est utilisée par Schlumberger, chargée du chantier par la société Hess, producteur titulaire du permis. La société de certification Bureau Veritas bénéficie aussi de l’appel d’air en matière d’expertise.

Relais de croissance pour Suez et Veolia

La fracturation hydraulique, par laquelle les gaz ou huiles présents en microbulles dans la couche de schiste sont « libérés », mobilise quant à elle des grandes quantités de matériau  : dix à vingt millions de litres d’eau, cinq cents tonnes de proppant (granulé chargé de « bloquer » les fissures, le plus souvent du sable) et cinquante tonnes de produits chimiques.

 

 

Camion de transport de solution liquide pour la fracturation.

 

Sur ce dernier volet, la société SNF capte un tiers du marché américain des polymères solubles, utilisés pour rendre l’eau plus visqueuse et à même d’amener le proppant dans les fissures. Ce segment (en hausse de 20% par an) constitue désormais 100 millions de dollars de chiffre d’affaires pour la société.

Du côté des grandes entreprises, les sociétés Arkema (issue de la branche chimie de Total) et Saint-Gobain proposent toute une gamme de produits, notamment des alternatives au sable (dont le prix explose) sous forme de billes de céramique. A l’occasion de sa journée des investisseurs du 18 septembre 2012, Arkema présentait comme facteurs clefs de croissance de son activité le secteur pétrolier et gazier via le « enhanced recovery of oil ». Un terme décrivant dans le domaine les nouvelles techniques d’extraction intensive, à commencer par le fracking.

Suez et Veolia, enfin, placent de grands espoirs dans les déchets de ce procédé  : pour chaque puits 60 à 80% de l’eau utilisée pour fracturer la couche de schiste remonte à la surface, soit des millions de litres d’eau usée. Si la réglementation américaine autorise l’enfouissement dans des « puits poubelles », les normes environnementales européennes, plus strictes, ouvrent un boulevard pour le retraitement massif de ces déchets chargés de polymères, acides et autres dérivés de pétrole.

 

 

Veolia mène ainsi une expérience conjointe avec la société Chevron en Californie visant à une gestion plus efficace de l’eau dans la fracturation hydraulique et a remporté en avril dernier un contrat pour le traitement des eaux usées issues de l’exploitation des gaz de houille du bassin de Surat, en Australie, d’un montant de 650 millions d’euros. L’occasion pour son PDG Antoine Frérot de s’enthousiasmer dans le rapport annuel du groupe  : « L’extraction des gaz de schiste constitue pour nous un autre secteur d’avenir. Veolia se range parmi les très rares entreprises au monde maîtrisant la chaîne des techniques nécessaires pour exploiter proprement ces gaz, sans pollution hydrique et en recyclant la totalité des volumes d’eau utilisés ».

 


 

Source : Sylvain Lapoix pour Reporterre.

Illustrations :
. chapô : A côté de chaque puits de gaz ou huile de schiste, des kilomètres de tubes attendent de venir renforcer le puits. Ici, à Newtown, dans le Dakota du Nord, mai 2013. Source : Sylvain Lapoix.
. schéma de forage : Journarles
. camion de tranport : SNF

Lire aussi : Gaz de schiste : le gouvernement est incohérent.

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 18:50

 

 

 

lemonde.fr

 

La Grèce dévoile les "actions criminelles" d'Aube dorée

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 30.09.2013 à 11h51 • Mis à jour le 30.09.2013 à 17h27

 
 

 

D'après les informations du quotidien "Ta Nea", des photos de Hitler, des croix gammées et un pistolet de calibre 38 ont été trouvés au domicile du député Christos Pappas, ici escorté par la police, le 29 septembre.

 

Des témoignages d'ex-membres du parti d'extrême droite Aube dorée et un rapport judiciaire, publiés lundi 30 septembre, mettent au jour les nombreuses "actions criminelles" du parti néonazi grec, qui a commencé "ses attaques en 1987, tout d'abord contre des immigrés et ensuite contre des Grecs".

Des "milices d'assaut" avaient ainsi été constituées et s'en prenaient en particulier aux migrants pakistanais ces dernières années, ont confié à la justice deux ex-membres du parti, après l'arrestation ce week-end des principaux dirigeants d'Aube dorée.

"J'ai participé à plusieurs reprises à des actions où prenaient part cinquante à soixante motos, avec deux personnes sur chacune. Celui qui était à l'arrière tenait un bâton avec le drapeau grec et frappait tous les Pakistanais qu'il rencontrait."

"STRUCTURE STRICTEMENT HIÉRARCHISÉE"

Selon le rapport du vice-procureur de la Cour suprême, Charalambos Vourliotis, Aube dorée dispose d'une "structure strictement hiérarchisée, le dirigeant étant tout-puissant selon le principe de Hitler, le Führerprinzip". D'après le témoignage des deux anciens membres du parti, Aube dorée est en effet divisée en petites cellules de cinq personnes, qui ont chacune un chef chargé de rendre compte des actions aux leaders du parti. Les membres suivaient également régulièrement des cours qui analysaient des événements historiques. Celui sur la période nazie "niait l'existence de toutes les atrocités imputées au régime", selon la presse grecque.   

Selon les deux témoins, "tout membre qui posait des questions à ses supérieurs hiérarchiques subissait des violences physiques". Un groupe avait d'ailleurs été spécialement créé pour "harceler toute personne qui choisissait de quitter le parti, afin qu'elle ne se risque pas à parler de ses expériences". 

 

"ENTRAÎNEMENT DE TYPE MILITAIRE"

Le document précise que ce parti, "dont les membres bénéficient d'un entraînement de type militaire, surtout dans des régions de l'Attique [agglomération d'Athènes] (...) a commis des dizaines d'actions criminelles".  Cette liste comprend deux homicides volontaires, trois tentatives d'homicide et de nombreuses attaques contre des immigrés. Selon les ex-militants, qui ont témoigné en "situation de témoins protégés" :

"La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, cela a été quand ils ont tiré avec des armes contre deux Pakistanais. L'un a réussi à s'enfuir mais l'autre a été attrapé, violemment battu à coups de pied dans la tête. Les agresseurs disaient : 'On frappe un penalty' ou 'Peut-être qu'il est mort'" (...) il y avait des stylets, des matraques et des couteaux dans des locaux du parti."

PAS D'ÉLECTIONS ANTICIPÉES

Lundi, la police a poursuivi ses perquisitions dans des locaux du parti et recherchait des caches d'armes, après les arrestations effectuées ce week-end du dirigeant et fondateur d'Aube dorée, Nikos Michaloliakos, de six des dix-huit députés du parti et d'une quinzaine de ses membres. D'après les informations du quotidien Ta Nea, des photos de Hitler, un drapeau affichant une croix gammée, et un pistolet de calibre 38 au domicile du député Christos Pappas, qui s'est rendu lui-même à la police dimanche. Selon les conclusions du procureur adjoint de la Cour suprême, "Christos Pappas a occupé le poste de chef adjoint de l'organisation criminelle".

De son côté, le gouvernement a exclu lundi des élections anticipées après le démantèlement d'Aube dorée. "Les scénarios sur des élections anticipées sont inexistants, ce serait dangereux pour l'économie et la stabilité politique et sociale du pays", a dit M. Venizélos, vice-président du gouvernement et ministre des affaires étrangères. "Personne ne peut provoquer une crise parlementaire", a ajouté M. Venizélos en soulignant qu'il ne croyait pas que les députés d'Aube dorée "allaient oser démissionner".

Le chef de la diplomatie a toutefois annoncé que le gouvernement présenterait au Parlement un nouveau projet de loi contre le racisme, d'une "valeur morale et symbolique", dans les jours qui viennent. Le parti conservateur Nouvelle Démocratie du premier ministre, Antonis Samaras, qui gouverne avec les socialistes, n'était pas à l'origine favorable à une nouvelle législation antiraciste, estimant que les textes actuels suffisaient. Le gouvernement prépare aussi une nouvelle loi qui mettrait fin au financement d'Aube dorée par des fonds publics, car "la démocratie n'a pas à financer ses adversaires", a poursuivi Venizélos.

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 18:31

 

 

mediapart.fr

Affaire Bettencourt : Sarkozy et Woerth forment un pourvoi en cassation

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

Plusieurs mis en examen de l'affaire Bettencourt forment un pourvoi en cassation, après que la procédure a été validée par la cour d'appel.

 

La quasi-totalité des personnes mises en examen pour abus de faiblesse dans le cadre de l’affaire Bettencourt, et parmi lesquelles figurent Nicolas Sarkozy et Eric Woerth, ont formé un pourvoi en cassation contre l’arrêt de la cour d'appel de Bordeaux validant l’instruction. Ce pourvoi n'est pas suspensif, et n'empêche pas le juge Gentil de rédiger son ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel.

A quelques heures de la date limite pour déposer un recours, ce lundi 30 septembre au soir, onze des douze mis en examen avaient formellement saisi la Cour de cassation contre la décision rendue le 24 septembre par la cour d’appel de Bordeaux validant le travail des trois juges d’instruction, et notamment l’expertise médicale du Liliane Bettencourt, pièce centrale de ce dossier.

L’ancien gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, le photographe François-Marie Banier et l’avocat Pascal Wilhem avaient fait connaître leur décision dès lundi matin. Ont suivi, l’homme d’affaires Stéphane Courbit et l’ancien gestionnaire de l’île d’Arros, Carlos Vejarano. Nicolas Sarkozy et Eric Woerth ont, eux, fait connaître leur décision lundi en cours d’après-midi. Ils sont tous suspectés d’avoir profité de l’état de santé de Liliane Bettencourt pour obtenir de sa part des sommes d’argent qui, dans le cas de l’ancien président, auraient servi à financer la campagne électorale de 2007.

 

 

 

 

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 17:43

 

 

CADTM

 

cadtm.org

FMI et Banque mondiale : l’heure du bilan

Plaidoyer pour leur remplacement

26 septembre par Eric Toussaint

 

 


En 2014, la Banque mondiale et le FMI auront 70 ans d’existence. En octobre 2013, elles tiennent comme d’habitude leur réunion annuelle à Washington. De nombreuses organisations, dont le CADTM, appellent ensemble à une semaine d’action contre la dette illégitime et les institutions financières internationales qui se déroulera à l’échelle internationale du 8 au 15 octobre 2013 |1|. Cet article revient sur le bilan du FMI et de la Banque mondiale et propose des pistes pour une nouvelle architecture internationale.

  • 1) Depuis leur création en 1944, la Banque mondiale (BM) et le FMI ont soutenu activement toutes les dictatures et tous les régimes corrompus du camp allié des États-Unis.
  • 2) Ils piétinent la souveraineté des États en violation flagrante du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes du fait notamment des conditionnalités qu’ils imposent. Ces conditionnalités appauvrissent la population, accroissent les inégalités, livrent les pays aux transnationales et modifient les législations des États (réforme en profondeur du Code du travail, des Codes miniers, forestiers, abrogation des conventions collectives, etc) dans un sens favorable aux créanciers et « investisseurs » étrangers.
  • 3) Bien qu’ils aient détecté des détournements massifs, la BM et le FMI ont maintenu, voire augmenté, les montants prêtés aux régimes corrompus et dictatoriaux alliés des puissances occidentales (voir le cas emblématique du Congo-Zaïre de Mobutu après le rapport Blumenthal en 1982).
  • 4) Ils ont aidé par leur soutien financier la dictature d’Habyarimana au Rwanda jusqu’en 1992, ce qui a permis de quintupler les effectifs de son armée. Les réformes économiques qu’ils ont imposées en 1990 ont déstabilisé le pays et exacerbé des contradictions latentes. Le génocide préparé depuis la fin des années 1980 par le régime d’Habyarimana est perpétré à partir du 6 avril 1994, faisant près d’un million de morts chez les Tutsis (et les Hutus modérés). Par la suite, la Banque mondiale et le FMI ont exigé, des nouvelles autorités rwandaises, le remboursement de la dette contractée par le régime génocidaire.
  • 5) Ils ont soutenu d’autres régimes dictatoriaux de l’autre camp (Roumanie de 1973 à 1982, Chine à partir de 1980) afin d’affaiblir l’URSS avant son implosion en 1991.
  • 6) Ils ont soutenu les pires dictatures jusqu’à ce qu’elles soient renversées. Exemples : le soutien emblématique à Suharto en Indonésie de 1965 à 1998, à Marcos aux Philippines de 1972 à 1986, à Ben Ali en Tunisie et à Moubarak en Égypte jusqu’à leur renversement en 2011.
  • 7) Ils ont activement saboté des expériences démocratiques et progressistes (de Jacobo Arbenz au Guatemala et de Mohammad Mossadegh en Iran dans la première moitié des années 1950, de Joao Goulart au Brésil au début des années 1960, aux sandinistes au Nicaragua dans les années 1980 en passant par Salvador Allende au Chili de 1970 à 1973. La liste complète est bien plus longue).
  • 8) La Banque et le FMI exigent des peuples, victimes des tyrans qu’ils financent, le remboursement des dettes odieuses que ces régimes autoritaires et corrompus ont contractées.
  • 9) De même, la Banque et le FMI ont exigé de pays qui ont accédé à l’indépendance à la fin des années 1950 et au début des années 1960 qu’ils remboursent les dettes odieuses contractées par les anciennes puissances coloniales pour les coloniser. Cela a été notamment le cas en ce qui concerne la dette coloniale contractée par la Belgique auprès de la Banque mondiale pour compléter la colonisation du Congo dans les années 1950. Rappelons que ce type de transfert de dettes coloniales est interdit par le droit international.
  • 10) Dans les années 1960, la Banque mondiale et le FMI ont soutenu financièrement des pays comme l’Afrique du Sud de l’apartheid et le Portugal qui maintenait sous son joug des colonies en Afrique et dans le Pacifique alors que ces pays faisaient l’objet d’un boycott financier international décrété par l’ONU. La Banque mondiale a soutenu un pays qui en avait annexé un autre par la force (annexion du Timor oriental par l’Indonésie en 1975).
  • 11) En matière d’environnement, la Banque mondiale poursuit le développement d’une politique productiviste désastreuse pour les peuples et néfaste pour la nature. Elle a réussi en plus à se faire attribuer la gestion du marché des permis de polluer.
  • 12) La Banque mondiale finance des projets qui violent de manière flagrante les droits humains. Parmi les projets directement soutenus par la Banque mondiale, on peut mettre en exergue le projet « transmigration » en Indonésie (années 1970-1980) dont plusieurs composantes sont assimilables à des crimes contre l’humanité (destruction du milieu naturel de populations indigènes, déplacement forcé de populations). Plus récemment, la Banque mondiale a financé intégralement la mal nommée opération « départs volontaires » en RDC, un plan de licenciement qui viole les droits de 10 655 agents de la Gécamines, l’entreprise publique minière située au Katanga. Ces derniers attendent toujours le paiement de leurs arriérés de salaires et les indemnités prévues par le droit congolais.
  • 13) La Banque mondiale et le FMI ont favorisé l’émergence des facteurs ayant provoqué la crise de la dette qui a éclaté en 1982. En résumé : a) la Banque mondiale et le FMI ont poussé les pays à s’endetter dans des conditions menant au surendettement ; b) ils ont poussé, voire forcé, les pays à lever les contrôles sur les mouvements de capitaux et sur le change, accentuant la volatilité des capitaux et facilitant ainsi fortement leur fuite ; c) ils ont poussé les pays à abandonner l’industrialisation par substitution d’importation au profit d’un modèle basé sur la promotion des exportations.
  • 14) Ils ont dissimulé les dangers qu’ils avaient pourtant eux-mêmes détectés (surendettement, crise de paiements, transferts nets négatifs…).
  • 15) Dès que la crise a éclaté en 1982, la Banque mondiale et le FMI ont systématiquement favorisé les créanciers et affaibli les débiteurs.
  • 16) La BM et le FMI ont recommandé, voire imposé, des politiques qui ont fait payer la facture de la crise de la dette par les peuples, tout en favorisant les plus puissants.
  • 17) La BM et le FMI ont poursuivi la « généralisation » d’un modèle économique qui augmente systématiquement les inégalités entre les pays, et à l’intérieur de ceux-ci.
  • 18) Dans les années 1990, la BM et le FMI, avec la complicité des gouvernants, ont étendu les politiques d’ajustement structurel à la majorité des pays d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie, d’Europe centrale et orientale (y compris la Russie).
  • 19) Dans ces derniers pays, les privatisations massives ont été réalisées au détriment du bien commun et ont enrichi de manière colossale une poignée d’oligarques.
  • 20) Ils ont renforcé les grandes entreprises privées et affaibli à la fois les pouvoirs publics et les petits producteurs. Ils ont aggravé l’exploitation des salariés et les ont précarisés davantage. Ils ont fait de même avec les petits producteurs.
  • 21) Leur rhétorique de lutte pour la réduction de la pauvreté cache mal une politique concrète qui reproduit et renforce les causes même de la pauvreté.
  • 22) La libéralisation des flux de capitaux qu’ils ont systématiquement favorisée a renforcé l’évasion fiscale, la fuite des capitaux, la corruption.
  • 23) La libéralisation des échanges commerciaux a renforcé les forts et écarté les faibles. La plupart des petits et moyens producteurs des pays en développement ne sont pas en mesure de résister à la concurrence des grandes entreprises, qu’elles soient du Nord ou du Sud.
  • 24) La Banque mondiale et le FMI agissent avec l’OMC, la Commission européenne et les gouvernements complices pour imposer un agenda radicalement opposé à la satisfaction des droits humains fondamentaux.
  • 25) Depuis que la crise frappe l’Union européenne, le FMI est en première ligne pour imposer aux peuples grec, portugais, irlandais, chypriote… les politiques qui ont été imposées préalablement aux peuples des pays en développement, à ceux d’Europe centrale et orientale dans les années 1990.
  • 26) La Banque mondiale et le FMI, qui prêchent la bonne gouvernance à longueur de rapports, couvrent en leur sein des agissements douteux.
  • 27) Ces deux institutions maintiennent la plupart des pays dans la marginalité bien qu’ils constituent la majorité de ses membres, privilégiant une poignée de gouvernements des pays riches.
  • 28) En résumé, la Banque mondiale et le FMI constituent des instruments despotiques aux mains d’une oligarchie internationale (une poignée de grandes puissances et leurs sociétés transnationales) qui renforce le système capitaliste international destructeur de l’humanité et de l’environnement.
  • 29) Il est nécessaire de dénoncer les agissements néfastes de la Banque mondiale et du FMI afin d’y mettre fin. Les dettes dont ces institutions réclament le remboursement doivent être annulées et ces institutions doivent être traduites devant la justice.
  • 30) Il est urgent de construire une nouvelle architecture démocratique internationale qui favorise une redistribution des richesses et soutienne les efforts des peuples pour la réalisation d’un développement socialement juste et respectueux de la nature.

Bâtir une nouvelle architecture internationale

Il faut opter pour des propositions qui redéfinissent radicalement le fondement de l’architecture internationale (missions, fonctionnement…). Prenons le cas de l’OMC, du FMI et de la Banque mondiale.

La nouvelle OMC devrait viser, dans le domaine du commerce, à garantir la réalisation d’une série de pactes internationaux fondamentaux, à commencer par la Déclaration universelle des droits humains et tous les traités fondamentaux en matière de droits humains (individuels ou collectifs) et environnementaux. Sa fonction serait de superviser et de réglementer le commerce de manière à ce qu’il soit rigoureusement conforme aux normes sociales (conventions de l’Organisation internationale du travail – OIT) et environnementales. Cette définition s’oppose de manière frontale aux objectifs actuels de l’OMC. Ceci implique bien évidemment une stricte séparation des pouvoirs : il est hors de question que l’OMC, comme d’ailleurs toute autre organisation, possède en son sein son propre tribunal. Il faut donc supprimer l’Organe de règlement des différends.

L’organisation qui remplacera la Banque mondiale devrait être largement régionalisée (des banques du Sud pourraient y être reliées), elle aurait pour fonction de fournir des prêts à taux d’intérêt très bas ou nuls et des dons qui ne pourraient être octroyés qu’à condition d’être utilisés dans le respect rigoureux des normes sociales et environnementales et, plus généralement, des droits humains fondamentaux. Contrairement à la Banque mondiale actuelle, la nouvelle banque dont le monde a besoin ne chercherait pas à représenter les intérêts des créanciers et à imposer aux débiteurs un comportement de soumission au marché-roi, elle aurait pour mission prioritaire de défendre les intérêts des peuples qui reçoivent les prêts et les dons.

Le nouveau FMI, quant à lui, devrait retrouver une part de son mandat originel pour garantir la stabilité des monnaies, lutter contre la spéculation, contrôler les mouvements de capitaux, agir pour interdire les paradis fiscaux et la fraude fiscale. Pour atteindre cet objectif, il pourrait contribuer avec les autorités nationales et les fonds monétaires régionaux à la collecte de différentes taxes internationales.

Toutes ces pistes requièrent l’élaboration d’une architecture mondiale cohérente, hiérarchisée et dotée d’une division des pouvoirs. La clef de voûte pourrait en être l’ONU, pour autant que son Assemblée générale en devienne la véritable instance de décision - ce qui implique de supprimer le statut de membre permanent du Conseil de Sécurité (et le droit de veto qui lui est lié). L’Assemblée générale pourrait déléguer des missions spécifiques à des organismes ad hoc.

Une autre question qui n’a pas encore fait suffisamment de chemin est celle d’un dispositif international de droit, d’un pouvoir judiciaire international (indépendant des autres instances de pouvoir international), qui complète le dispositif actuel comportant principalement la Cour internationale de La Haye et la Cour pénale internationale. Avec l’offensive néolibérale des trente dernières années, la loi du commerce a progressivement dominé le droit public. Des institutions internationales comme l’OMC et la Banque mondiale fonctionnent avec leur propre organe de justice : l’Organe de règlement des différends au sein de l’OMC et le CIRDI au sein de la Banque mondiale dont le rôle a démesurément augmenté. La charte de l’ONU est régulièrement violée par des membres permanents de son Conseil de Sécurité. Des nouveaux espaces de non droit sont créés (les prisonniers sans droit embastillés à Guantanamo par les États-Unis). Les États-Unis, après avoir récusé la Cour internationale de La Haye (où ils ont été condamnés en 1985 pour avoir agressé le Nicaragua), refusent la Cour pénale internationale. Tout cela est extrêmement préoccupant et requiert d’urgence des initiatives pour compléter un dispositif international de droit.

En attendant il faut amener des institutions comme la Banque mondiale et le FMI à rendre des comptes à la justice devant des juridictions nationales |2|, exiger l’annulation des dettes qu’elles réclament et agir pour empêcher l’application des politiques néfastes qu’elles recommandent ou imposent.

Notes

|1| Voir : http://cadtm.org/Semaine-globale-d-...

|2| À ce jour, il n’existe toujours pas de juridiction internationale compétente pour juger des crimes de la Banque mondiale et du FMI.

Éric Toussaint, docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org). Il est l’auteur de Banque mondiale : le coup d’État permanent, Édition Syllepse, Paris, 2006, téléchargeable : http://cadtm.org/Banque-mondiale-le... Son dernier ouvrage : Procès d’un homme exemplaire, Édition Al Dante, Marseille, septembre 2013. Il est coauteur avec Damien Millet de 65 Questions, 65 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, Liège, 2012 (version en téléchargement libre sur internet : http://cadtm.org/65-questions-65-re... ) ; La dette ou la vie coédition CADTM-Aden, Liège-Bruxelles, 2011. Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège http://www.cadtm.org/Le-CADTM-recoi.... Voir également Éric Toussaint, Thèse de doctorat en sciences politiques présentée en 2004 aux universités de Liège et de Paris VIII : « Enjeux politiques de l’action de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international envers le tiers-monde », http://cadtm.org/Enjeux-politiques-...

 

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 17:34

 

 

mediapart.fr

Baisse du chômage : le « bug » est avéré

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

La forte baisse du nombre de demandeurs d'emploi le mois dernier est due, au moins pour moitié, à un problème technique dans l'envoi « des messages de relance (SMS et messages vocaux) aux demandeurs d’emploi lors de la campagne d’actualisation du mois d’août ».

 

La baisse du chômage observée au mois d’août serait en partie due à un problème technique chez l’opérateur téléphonique SFR qui n’a pas envoyé les messages de relance d’actualisation, sans laquelle les demandeurs d’emploi sont radiés, a-t-on appris lundi 30 septembre auprès de Pôle emploi et de la Dares.

Mercredi dernier, le ministère du travail avait annoncé une forte baisse du nombre de chômeurs sans aucune activité (catégorie A) de 50 000 personnes le mois dernier. Mais cette bonne nouvelle était hypothéquée par une mystérieuse très forte hausse de nombre des sorties de liste pour défaut d’actualisation (+40%).

Une partie de ce bond des radiations a pour origine un problème chez SFR. « SFR a indiqué avoir rencontré une grave défaillance dans l’acheminement d’une partie des messages de relance (SMS et messages vocaux) aux demandeurs d’emploi lors de la campagne d’actualisation du mois d’août », annoncent Pôle emploi et la Dares dans un communiqué.

Sans ce « bug », la baisse du nombre de demandeurs d’emploi aurait été moitié moins importante. « On peut estimer que le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie ABC aurait connu une diminution comprise entre 22 000 et 31 000. » « Pôle emploi déplore cet incident », poursuit le communiqué. « Il présente ses excuses aux demandeurs d’emploi concernés et s’assure que cet incident n’a pas de conséquences pour eux notamment quant à leur indemnisation. »

De son côté, SFR renvoie la balle à Pôle emploi en affirmant qu’il fournit bien une plateforme technique mais que la surveillance de celle-ci est de la responsabilité du client. « S’il y a un problème », explique l’opérateur au Monde, « c’est à eux de nous prévenir et nous le réparons tout de suite ». Or, selon SFR, Pôle emploi a bien signalé un dysfonctionnement mais seulement « en fin de semaine dernière ».

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 17:25

 

mediapart.fr

 

Le «M. Contravention» fait payer ses PV par l'administration

|  Par Stéphanie Fontaine

 


Le préfet Jean-Jacques Debacq, qui dirige l'usine à procès-verbaux issus des radars automatisés, pourfend régulièrement les fraudeurs de la route. Mediapart a découvert qu'il a fait payer par son administration les contraventions routières dont son véhicule de fonction a fait l'objet et échappe au retrait de point sur son permis de conduire.

 

Avis de contravention, certificats administratifs, bordereaux comptables… Les documents en possession de Mediapart sont sans appel : le haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur qui dirige l'usine à procès-verbaux issus des radars automatisés – plus de 12 millions en 2012 – et des nouveaux PV électroniques (PVE) a tout l'air de se comporter comme ceux qu’il traque tous les jours.

 

Le préfet Jean-Jacques Debacq, directeur de l'Antai, au ministère de l'intérieur 
Le préfet Jean-Jacques Debacq, directeur de l'Antai, au ministère de l'intérieur© DR

Directeur de l'Agence nationale de traitement automatisé des infractions (Antai), le préfet Jean-Jacques Debacq, dont le discours officiel stigmatise régulièrement les fraudeurs de la route, fait payer par son administration – c’est-à-dire par le Trésor public – les contraventions routières du dimanche dont son véhicule de fonction, une Peugeot 508, fait l'objet. Tout en parvenant à échapper au moindre retrait de point sur son permis de conduire.

Au total, c'est une douzaine de contraventions que l'on a pu retracer entre la fin 2010 et l’été 2013, soit près de 700 euros d'amendes. Mais rien ne dit, à ce jour, qu'il n'y en a pas eu d'autres.

La première infraction identifiée dans les certificats administratifs, signés de la main même du directeur de l'Antai et récupérés par Mediapart, fait ainsi état du stationnement gênant de “sa” Peugeot immatriculée BP-020-GK, qu'il est censé être le seul à conduire avec son chauffeur. Mais un chauffeur dont il ne dispose qu'en journée et en semaine, pas le soir ni le week-end. Or, la contravention dont il est question a été dressée le 31 octobre 2010, c’est-à-dire un dimanche. Comme bien d'autres.

 

  

« Dans le cadre des activités de l'Antai, ce véhicule a fait l'objet d'une infraction », écrit ainsi M. Debacq dans ce certificat. « Le conducteur du véhicule n'est pas identifié », se sent-il obligé d’ajouter dans d'autres, en particulier quand il s'agit d'une infraction relevée par un radar automatique. Pourquoi ? Pour éviter la perte de point(s) encourue… Des écrits qui écornent l'image tant vendue par nos autorités pour décrire le contrôle automatisé comme un système juste, équitable, sans passe-droit.

En septembre 2011, devant les membres d’une mission parlementaire, Jean-Jacques Debacq n'avait pourtant pas hésité à défendre vigoureusement le principe de la sanction : « Si vous me demandez s’il faut retirer un point pour les petits excès de vitesse, ma réponse est un “oui” ferme, car c’est là la vraie sanction, qui vaut pour tous. » Pas vraiment, apparemment.

Encore plus sévère face aux resquilleurs, le préfet Debacq déclarait le 2 juillet dernier à l’occasion des rencontres des Acteurs publics (RAP), rendez-vous annuel des décideurs de la fonction publique : « Dans la fraude, il y a la fraude dans la fraude (…). L'infraction routière est déjà une fraude d'une certaine manière, mais il y a celui qui non seulement est pris mais veut essayer d'échapper à la sanction. »

« Très sincèrement, je ne sais plus du tout où j'étais »

Ces propos intransigeants ne l'ont pas empêché d'établir un nouveau certificat administratif quelques jours plus tard, pour le règlement d'un excès de vitesse commis le 14 juillet. Jour de fête nationale, de toute façon férié, mais qui – pour la petite histoire – tombait également un dimanche cette année. « Très sincèrement, je ne sais plus du tout où j'étais (…). À mon avis, je n'étais pas là et devais être en province »,explique aujourd’hui le préfet. N'était-ce pas du côté de la Normandie ? Selon le relevé du télépéage attribué notamment à son véhicule de fonction, il y a bien eu un responsable de l'Antai qui se trouvait par là…

Comme pour cette infraction, près de la moitié des contraventions que Mediapart a pu retracer dans les documents récupérés, proviennent du contrôle de vitesse automatisé. En clair, comme il n'y a eu aucune interpellation, il est donc assez simple de nier avoir été au volant.

Le reste correspond à des PV relatifs à du stationnement irrégulier. Il s'agit d'ailleurs surtout de PVe, dont la particularité est d'être envoyés à l'adresse correspondant au propriétaire sur le certificat d'immatriculation – et non plus laissés sur le pare-brise sur le lieu de l'infraction. Autrement dit, les PV de Monsieur Debacq arrivent directement au siège de l'Antai.

 

Radars routiers, à Nice.  
Radars routiers, à Nice. © Reuters

Et toutes les amendes sont payées avec… l’argent de l’État, comme le montrent les documents en notre possession. Toutes celles dont il est question ici ont en effet été réglées par mandats administratifs. « Heureusement que je ne paie pas tous les frais de l'Antai ! » a vivement réagi Monsieur Debacq, sans nier le fait qu'il lui arrive ainsi de signer des certificats administratifs pour « protéger la personne qui conduisait à ce moment-là ».

Des agissements, en tout cas, qui ne peuvent pas être ignorés par les autres responsables de l'Antai, au premier desquels l'agent comptable. Détournement de biens publics ou abus de confiance ? Certains s’interrogent aujourd’hui en interne.

De fait, comme l’explique Caroline Tichit, avocate spécialisée dans le droit routier, ce type de pratique pose de gros problèmes de légalité : « Selon l'article L121-3 du code de la route, lorsqu'une personne morale – comme l'Antai par exemple – est titulaire du certificat d'immatriculation d'un véhicule flashé par un radar automatique, et que le conducteur n'est donc pas identifié, c'est bien à son représentant légal qu'il incombe de payer l'amende. » « D'ailleurs pour les véhicules de société, c'est pareil, sans dénonciation d'un conducteur particulier, c'est au chef d'entreprise de régler ! » précise-t-elle.

Ce que Jean-Jacques Debacq réfute en bloc. Selon lui, il n'avait « aucune obligation de payer ». On peut d'ailleurs se demander si au sein de l'administration, il est bien le seul à procéder ainsi. Certes, son cas est d'autant plus cocasse qu'il symbolise l'arroseur arrosé. Mais la question mérite d'être posée. Et il ne serait pas si compliqué d'y répondre pour nos autorités, si elles se donnaient la peine de chercher. Il suffirait en effet de voir combien de contraventions ont été payées au Trésor public via des mandats administratifs, seul moyen de paiement d'un acteur public.

 

 

Lire aussi

Un fichier pour les contestataires de PV

Par La rédaction de Mediapart

 

 

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