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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 21:01

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

Agriculture

Des semences libres pour délivrer les paysans des géants agro-industriels

 

par

 

 

 

Semer, sélectionner, échanger librement ses semences : ces pratiques ancestrales contribuent à l’autonomie des paysans et à la diversité des cultures. Mais ces dernières décennies, à cause d’une réglementation de plus en plus complexe, une partie des savoirs a été perdue. Refusant la mainmise de quelques multinationales, des paysans s’organisent pour faire revivre d’anciennes variétés de semences agricoles ou pour en créer de nouvelles, adaptées à leurs pratiques et aux particularités de leur environnement. Reportage dans une bourse d’échange de semences, en Rhône-Alpes.

« La bourse d’échange de semences va commencer. » En quelques minutes, des dizaines de sacs contenant des semences de blé recouvrent la table. Ces variétés ont une particularité : toutes ont été semées, sélectionnées et démultipliées par des paysans, directement dans leur champ. Elles sont libres de droits, non soumises à la propriété intellectuelle de quelque multinationale. « Ça c’est un mottet rouge, une variété de blé tendre qui était autrefois très répandue en Savoie, explique un participant. Elle est réputée donner un bon goût au pain ». Autour de la table, pas de jardiniers amateurs mais des paysans. Certains sont céréaliers, d’autres font de la polyculture et de l’élevage, d’autres encore sont paysans-boulangers.

« C’est la première fois que je viens, confie une paysanne en cours d’installation. Ce n’est pas toujours facile d’identifier les variétés ». C’est justement l’objet de ces rencontres régionales des semis, organisées chaque année par l’Association pour le développement de l’emploi agricole et rural (Ardear Rhône-Alpes), cette fois dans la Drôme [1]. « La diffusion des semences fait totalement partie du travail de paysan. Il s’agit d’échanger, de partager notre expérience avec ceux qui débutent », appuie Christian Dalmasso, paysan-boulanger en Isère.

 

Reconquête de « l’autonomie semencière »

L’histoire de ces rencontres remonte à 2004. Des paysans de l’Ardear décident d’expérimenter l’usage de variétés paysannes de céréales, comme le blé, le seigle, l’orge ou le maïs. Ils veulent reconquérir leur autonomie semencière, c’est-à-dire cesser de s’approvisionner auprès des grandes firmes qui trustent le marché des semences, pour trouver des variétés plus adaptées à leurs pratiques. Il existe un catalogue des variétés officielles [2], mais nombre de paysans constatent qu’elles ne correspondent pas à leurs besoins, notamment en agriculture biologique. C’est le cas de Christian Dalmasso : « Les semences du catalogue ont été sélectionnées sur les meilleures terres de France, avec tout un arsenal de chimie et d’engrais (voir la vidéo ci-dessous, extraite du documentaire La guerre des graines). Quand on leur enlève cette béquille chimique, ce sont des blés qui ont beaucoup de mal à exprimer leur potentiel. »

 

 

La baisse des rendements, de même que la qualité irrégulière des variétés du catalogue, conduisent Christian et d’autres paysans à chercher des semences plus en adéquation avec leurs conditions de culture. Avec l’Ardear, ils commencent par identifier les céréales qui étaient autrefois cultivées dans leur région. Leurs recherches les conduisent chez des particuliers qui continuent de cultiver, pour leur consommation personnelle, des espèces non inscrites au catalogue. L’Ardear se tourne également vers l’Inra, l’Institut national de la recherche agronomique, qui collecte, répertorie et stocke des échantillons de plantes et de graines [3]. Les agriculteurs en demandent de petites quantités, qu’ils multiplient quelques années pour les utiliser à plus grande échelle.

 

Synergie entre paysans et chercheurs

Une fois les semences retrouvées, il faut réapprendre à les connaître après des décennies d’oubli. Un travail de « sélection participative » des blés a été mis en place depuis dix ans, associant les paysans à des chercheurs de l’Inra. L’idée est de mener des recherches en partant d’un réseau de fermes et de leurs besoins spécifiques. Raphaël Baltassat, paysan près d’Annemasse en Haute-Savoie, participe à ce programme incluant 65 fermes en France et 1350 parcelles de culture. Il compte à lui seul une « collection » de 80 variétés. « Nous partons de variétés anciennes, parfois trop grandes, avec de petits rendements ou qui versent (c’est à dire qui ploient, ndlr), explique t-il. Nous les croisons pour obtenir par exemple des variétés plus courtes, sans rien lâcher sur la qualité, que ce soit en terme de goût ou de digestibilité vis-à-vis du gluten ».

 

Environ dix mètres carrés par variété sont nécessaires. Et pour partager les expériences et connaissances acquises, des formations et visites de fermes sont régulièrement organisées entre paysans. En parallèle, des essais sont menés à l’Inra pour évaluer les caractéristiques des variétés sur le plan nutritionnel et « organoleptique » – c’est à dire concernant leur apparence, leur odeur, leur goût, ou encore leur texture. « C’est une démarche ouverte, mais qui requiert un travail d’observation assez soutenu du paysan », souligne Christian Dalmasso. « On sélectionne avec son propre regard, et la problématique de sa ferme. C’est une façon pour le paysan de reprendre sa place dans le processus de sélection, pour trouver une ou des variétés qui correspondent réellement à ses besoins. »

 

Faire vivre les semences

Selon l’Ardear Rhône-Alpes, plus de 250 variétés de céréales à paille et de maïs sont ainsi cultivées et préservées sur les fermes, dans le cadre de ce programme de sélection participative. Les rencontres régionales des semis sont l’occasion de favoriser l’échange de ces semences entre les paysans. « Nous faisons en sorte que les rencontres soient toujours accompagnées de partages d’expériences et de savoir-faire, qui sont essentiels pour construire son autonomie », décrit Alexandre Hyacinthe, de l’Ardear. « Il est indispensable de faire circuler les semences, de comparer les variétés, de les expérimenter et de les faire évoluer sur différentes fermes. » L’enjeu : que chaque agriculteur puisse avoir des semences adaptées à ses pratiques, à l’altitude et à son type de sol.

Si la vente de semences non inscrites au catalogue officiel est interdite par la loi, l’échange de semences en vue d’un travail expérimental est toujours possible [4]. Par ailleurs, « la loi biodiversité votée pendant l’été implique des changements », précise Émilie Lapprand, du Réseau semences paysannes. Les échanges entre paysans de semences et de plants libres de droits peuvent désormais se faire également dans le cadre de « l’entraide générale ». Si cette notion reste encore floue, dans l’attente de la publication des décrets [5], elle ouvre la possibilité pour les paysans d’échanger plus librement les semences qu’ils ont sélectionnées et multipliées dans leurs champs.

 

Réponses locales face au développement des multinationales semencières

Lors de l’échange de semences, chaque personne est invitée à noter sur une fiche le nom de la variété qu’il compte semer sur sa ferme, la quantité, et le nom de la personne qui lui a donné la variété. « Nous centralisons les informations à l’Ardear, et lorsqu’une personne cherche des informations sur une variété, on peut l’orienter », précise Alexandre Hyacinthe. Mais ce travail est aujourd’hui en péril. « Sur 2016, la région Auvergne-Rhône-Alpes (dirigée par Laurent Wauquiez, ndlr) a baissé de 30% nos financements, ce qui implique une baisse d’effectifs », souligne Christian Dalmasso. « On ne sait pas si on va pouvoir continuer à faire ce que l’on fait. »

 

 

Ces coupes budgétaires interviennent alors que la demande pour ces variétés anciennes est croissante. « Il y a un engouement des acteurs des filières longues sur le blé et la farine issus de ces variétés, alors même que nous n’avons pas les quantités pour les approvisionner », relève Christian Dalmasso. En dépit des freins politiques, la détermination des paysans à recouvrir leur autonomie et à développer la biodiversité cultivée est intacte. En cette fin de rencontre régionale des semis, chacun repart vers sa ferme avec différentes variétés entre les mains. Et avec l’espoir d’apporter des réponses locales face au développement démesuré des multinationales semencières. En achetant la géant Monsanto, l’entreprise Bayer s’apprête à contrôler près d’un tiers du marché mondial des semences.

Texte et photos : Sophie Chapelle

 

 

 

Notes

[1Pour ce reportage, Basta ! s’est rendu à la rencontre régionale de semis se tenant le 26 septembre 2016 sur une ferme située à Hauterives, dans la Drôme.

[2Depuis 1949, toute variété de semence mise sur le marché doit obligatoirement être inscrite sur le catalogue géré par l’Office communautaire des variétés végétales, dont le siège est à Angers. Cet office accorde un droit de propriété intellectuelle, d’une durée de 25 à 30 ans, à « l’obtenteur », celui qui a sélectionné cette variété. Les principaux détenteurs de ces « certificats d’obtention végétale » ne sont autres que les grandes multinationales semencières réunies au sein de l’Union française des semenciers.

[4La commercialisation des semences et des plants est réglementée en France par le décret 81-605 qui rend obligatoire l’enregistrement des variétés au catalogue officiel, la certification de chaque lot commercialisé de semences et l’application de règles sanitaires strictes. Mais cette réglementation ne concerne pas tous les échanges ni toutes les ventes. L’article 1-1 du même décret précise que « ne relèvent pas de la commercialisation les échanges de semences qui ne visent pas une exploitation commerciale de la variété ». Les obligations définies dans ce décret ne s’appliquent donc pas à la commercialisation et aux échanges réalisés en vue d’utilisations non commerciales de la variété comme la recherche, la sélection, la conservation des ressources génétiques ou encore la production pour l’autoconsommation de la récolte (jardinage amateur).

[5L’entraide est définie à l’article L.325-1 du Code rural comme « un contrat à titre gratuit, même lorsque le bénéficiaire rembourse au prestataire tout ou partie des frais engagés par ce dernier ». Elle « est réalisée entre agriculteurs par des échanges de services en travail et en moyens d’exploitation ».

 

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Source : http://www.bastamag.net

 

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:55

 

 

 

Demain après-midi, 
Samedi 12  Novembre,
de 14  à  19 heures  :
 
NUIT  DEBOUT
organise à  Nîmes,
au Square Antonin, 
une  Gratiferia.
.
C'est un marché gratuit,
où chacun apporte
ce dont il n'a plus besoin,
et récupère ce qui lui est nécessaire.
Des animations  et un goûter
sont prévus  pour les enfants.
.
C'est surtout un lieu d'échanges,
et de débats sur les mobilisations à venir.
.
Loi travail, CETA, TAFTA, précarité,
état d'urgence,  climat...
Il y a beaucoup de quoi dire,
de quoi  faire.
.
Venez nombreux.
.
NUIT DEBOUT  Nîmes  (30 - Gard)
tel : 06 11 41 34 4O
Facebook : Nuit Debout - Nîmes
Instangram : nuitdeboutnimes
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:53

 

 

Source : http://www.bastamag.net

 

 

États-Unis

Administration Trump : un ancien de Goldman Sachs au Trésor et un lobbyiste climato-sceptique à l’Environnement ?

 

 

Ceux qui voyaient en Donald Trump un pourfendeur des « élites » affairistes risquent de déchanter. Le profil des candidats pressentis pour intégrer la nouvelle administration Trump laisse rêveur : un ancien de la puissante banque d’affaires Goldman Sachs au Trésor, un patron de firme pétrolière à l’Energie, un lobbyiste climato-sceptique à l’Environnement ou des représentants de l’agrobusiness à l’Agriculture. Plusieurs secteurs économiques, séduits par les promesses de dérégulation, se réjouissent déjà.

Donald Trump a largement axé sa campagne électorale victorieuse sur un discours de rejet des élites de Washington et de Wall Street. Une stratégie gagnante qui lui a permis d’attirer une grande partie des classes populaires blanches, au détriment des Démocrates. Mais ceux qui ont pris au sérieux sa rhétorique anti-libérale, et sa dénonciation du libre-échange, des délocalisations et des excès de la finance, risquent fort de déchanter. Donald Trump se prépare en effet à nommer une équipe qui accordera une large place aux intérêts économiques. Avec notamment un ancien dirigeant de Goldman Sachs au Trésor et le patron d’une firme pétrolière au secrétariat à l’Énergie.

Une partie des postes ministériels de la future administration Trump sera sans doute réservée aux membres du parti républicain qui se sont rangés derrière lui – comme l’ancien maire de New York Rudy Giuliani ou l’ex-gouverneur du New Jersey Chris Christie. Pour étoffer cette équipe, la consigne est de trouver des personnalités du monde de l’entreprise. Parmi les potentiels candidats : Steven Mnuchin, ancien de Goldman Sachs, patron de la firme d’investissement Dune Capital Management et principal conseiller économique de Trump, est favori pour la position de secrétaire au Trésor. Deux patrons de firmes pétrolières pourraient être nommés à l’Intérieur et à l’Énergie (Forrest Lucas de Lucas Oil et Harold Hamm de Continental Resources respectivement).

 

Un climato-sceptique à l’Agence fédérale de l’environnement ?

Selon le site Politico, d’autres hommes d’affaires ou ancien dirigeants d’entreprises pourraient hériter des secrétariats d’État au Commerce et au Travail. Sans oublier le poste de secrétaire à l’Agriculture, où plusieurs représentants du secteur de l’agrobusiness sont pressentis. La direction de l’Agence fédérale de l’environnement pourrait, elle, se voir confier à Myron Ebell, dirigeant de lobbys climato-sceptiques.

Durant la campagne électorale, une bonne partie des milieux d’affaires américains s’étaient tenus publiquement à l’écart de Trump, en raison à la fois de ses positions sur le libre-échange et de la révulsion d’une bonne partie de l’opinion publique pour ses discours racistes, sexistes et homophobes. Comme nous l’expliquions dans notre enquête sur les financements des entreprises françaises dans la campagne électorale américaine 2016, cela ne les a pas empêchés de continuer à financer massivement les Républicains, soit directement, soit par le biais de divers associations professionnelles et lobbys.

Certains secteurs comme celui des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) menacé par les régulations climatiques, de la restauration rapide inquiète des campagnes pour une hausse du salaire minimal, de l’élevage industriel, ou encore des casinos et de l’immobilier, ont soutenu massivement la campagne de Trump. Celui-ci a pu compter sur le soutien de plusieurs milliardaires, ayant fait fortune dans les casinos, le pétrole ou la finance.

 

Les évadés fiscaux réhabilités ?

Avant même sa victoire, Donald Trump a assemblé une équipe de lobbyistes chevronnés liés à Disney, Koch industries et Goldman Sachs – là encore en contradiction avec la posture qu’il a adoptée durant la campagne – pour préparer son arrivée à la Maison blanche. Selon The Intercept, des réunions ont été organisées avec des représentants de plusieurs secteurs économiques, dont ceux de la finance et de la technologie.

Wall Street et la Silicon Valley, qui ont plutôt misé sur Hillary Clinton, ont-ils du souci à se faire ? Pas forcément, car le candidat Trump, s’il a beaucoup vitupéré les rémunérations des traders, a aussi promis de revenir sur la loi Dodd-Frank, adoptée en 2010 pour réguler un peu plus le secteur financier suite à la crise des subprimes. Quant à Apple, Google ou Facebook, ils pourront au moins se consoler avec la promesse du candidat Trump de faciliter le retour aux États-Unis des centaines de milliards de cash qu’ils ont accumulés dans des paradis fiscaux, en réduisant les taxes très élevées que les géants du Net auraient dû payer.

 

Les marchés financiers rassurés

La nervosité des marchés financiers mondiaux affichés à l’annonce des résultats s’est rapidement apaisée. Le CAC 40 a même fini en hausse de 1,5%, tout comme les autres indices européens et le Dow Jones. De nombreux secteurs économiques, perçus comme les bénéficiaires d’une présidence Trump, ont même connu des hausses spectaculaires. C’est le cas du BTP et du transport en raison du plan d’investissement dans les infrastructures annoncé par Trump après son élection. C’est le cas également des industries minières en raison des promesses de remise en cause des normes environnementales et des besoins pour la construction. Ou encore du pétrole et de l’énergie rassurés par la remise en cause des politiques climatiques nationale et internationale.

Peabody Energy, la principale entreprise charbonnière américaine, a ainsi vu sa valeur boursière bondir de près de 50% en une journée. D’autres industries, comme celles des prisons privées ou des marchands d’armes, pourraient être parmi les principaux bénéficiaires du nouveau monde « trumpien ». Le secteur pharmaceutique sort lui aussi du lot, car il échappe aux mesures de contrôle du prix des médicaments promises par Hillary Clinton. Les principales hausses de la place de Paris ce mercredi 9 novembre – la parapétrolière Vallourec, Alstom, ArcelorMittal, Dassault, Sanofi… – reflètent ces tendances. Le secteur des énergies renouvelables, en revanche, faisait plutôt grise mine.

Olivier Petitjean

Photo : CC Gage Skidmore

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:36

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

 

Bolloré poursuit France 2 jusqu'au Cameroun

 
 
Après avoir lui avoir réclamé 50 millions d'euros en juillet dernier, Vincent Bolloré continue de menacer France 2. La chaîne, qui avait diffusé un reportage sur l'industriel breton, est aujourd'hui traînée devant la justice camerounaise par Socapalm, une société qui appartient à l'empire Bolloré.
 
 
Vincent Bolloré n'a pas aimé que les journalistes de France 2 enquêtent sur ses activités au Cameroun. - SIPA

 

Vincent Bolloré ne lâche pas l'affaire. La société Socapalm, une filiale de son groupe, a ainsi engagé des poursuites au Cameroun contre la chaîne France 2. Plus grande entreprise camerounaise de production d'huile de palme, Socapalm s'affirme victime de diffamation à cause d'un reportage diffusé en avril dernier et consacré à Vincent Bolloré. Réalisée par le magazine Complément d'enquête, l'enquête consacrait une large part aux activités africaines du groupe Bolloré, dont celles de Socapalm. Sept mois plus tard, la société saisit la justice camerounaise. France 2, Delphine Ernotte (présidente de France Télévisions), Nicolas Poincaré (présentateur du magazine) et Tristan Waleckx (auteur du reportage) sont ainsi cités à comparaître devant le TGI de Douala le 2 février 2017.

"La chaîne a joué le jeu, confie un dirigeant de France 2 cité cette semaine par le Canard Enchaîné. Nous avons pris un avocat à Douala et envoyé notre offre de preuves. Mais pour ce qui est d'envoyer plaider les journalistes, c'est plutôt hasardeux…" Hasardeux, le mot est faible ! Au Cameroun - 126e dans le classement mondial de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse -, la diffamation est un délit passible de prison ferme. En octobre 2014, avaient été condamnés à plusieurs mois d'emprisonnement pour avoir enquêté sur des affaires de corruption touchant de hauts responsables. se montre donc particulièrement critique à l'égard de la justice qui est rendue à Douala :

 

"Le traitement des dernières affaires de presse jugées à Douala laisse transparaître une tendance inquiétante : celle d'une collusion entre les plaignants - souvent des personnalités locales puissantes dont les actions en justice se multiplient - et des juges qui leur donnent raison, même en l'absence d'éléments à charge contre les accusés. Ce petit microcosme semble déterminé à décourager les journalistes dans leur mission d'information, notamment leurs enquêtes sur la corruption."

 

Une autre action a été lancée en France

Difficile de ne pas voir dans cette manœuvre judiciaire la griffe du big boss. Le 22 juillet dernier, Vincent Bolloré annonçait par la voie d'un qu'il assignait France 2 en réparation devant le tribunal de commerce de Paris. Il indiquait par ailleurs vouloir obtenir une indemnisation extravagante de 50 millions d'euros ! Cette déclaration - faite au lendemain de la rediffusion du reportage -, dénonçait une "émission totalement à charge et tendancieuse à l’encontre du groupe Bolloré" caractérisant "une volonté avérée de lui nuire en le dénigrant gravement". Dans le reportage de France 2, on voyait notamment des Camerounais travaillant au cœur d'une palmeraie avec un matériel obsolète. Parmi eux, certains affirmaient être mineurs. Un élément qui avait attisé la colère de Bolloré, du reportage d'avoir "payé" pour obtenir de faux témoignages.

 

 

 

Ce qui est curieux, c'est que Vincent Bolloré ait saisi le tribunal de commerce au lieu de la 17e chambre du TGI de Paris. Cette dernière est pourtant la juridiction spécialisée dans les affaires de presse, chargée notamment de trancher les litiges rattachés à la diffamation. L'industriel estime sans doute que les arguments développés par les journalistes de France 2 auront moins de poids devant une juridiction commerciale. Avocat au barreau de Paris, Me Pascal Winter confirmait cette hypothèse au site : "Les avocats du groupe ont peut-être voulu éviter les juridictions parisiennes qui traitent les cas de diffamation, qui sont assez sensibles à la question de la liberté d'expression, et pour qui la question la qualité de l'enquête va entrer en compte. Ce n'est pas le cas du tribunal de commerce, qui sera peut-être plus sensible aux arguments d'un groupe comme Bolloré."

Une tentative de contournement des lois françaises sur la liberté de la presse qui vient donc de franchir un nouveau cap avec l'action lancée au Cameroun. Tristan Waleckx, l'auteur du reportage à l'origine de la polémique, va dans ce sens : "Un reportage français relève du droit de la presse français, et non pas du droit commercial ou du droit camerounais, argumente-t-il. Bolloré a peur de la solidité de nos preuves et préfère esquiver en tentant des procédures inédites et irrecevables." Car à travers les poursuites lancées au Cameroun, c'est un message clair qui est adressé aux journalistes : s'aventurer dans les jardins de Vincent Bolloré peut être risqué…

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:18

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

Le film "Merci Patron !" une nouvelle fois censuré au "Parisien"

 
 
 
 
 
 
Le film "Merci Patron !", qui avait déjà subi à sa sortie la censure dans les pages du journal possédé par Bernard Arnault, vient de se voir refuser une page de publicité pour la sortie du DVD. Pour François Ruffin, réalisateur du film, ce nouvel épisode "montre bien quelle est la limite de l'indépendance du journal vis-à-vis de son actionnaire".
 
 
Bernard Arnault, patron de LVMH et propriétaire du "Parisien". Mori/AP/SIPA

 

Décidément, entre le fondateur du journal Fakir François Ruffin et Le Parisien, le torchon brûle. Entre eux, il y a le film Merci Patron !. Cet ovni cinématographique, qui met en scène le coup de poker d'une famille de prolos contre le grand patron Bernard Arnault, avait déjà subi lors de sa sortie une première censure dans les pages du journal, propriété du même Bernard Arnault. Une "auto-censure", avaient dénoncé conjointement dans un communiqué le SNJ, FO, SNJ-CGT et la SDJ du quotidien. "Au final, le choix retenu est toxique : le silence pour lequel a opté le directeur de la rédaction est un message dangereux envoyé à l’actionnaire LVMH", concluaient les journalistes. Bernard Arnault ayant fait main basse, via LVMH, sur "Le Parisien" et "Aujourd'hui en France" depuis 2015.

 

 

"A notre grande surprise, le service en charge de la pub a accepté notre demande"Mais ça, ce n'était que pour la sortie du film… Ce qui avait d'ailleurs - effet Streisand - assuré paradoxalement une certaine renommée au film de Ruffin. Toujours espiègle, ce dernier a voulu retenter sa chance à l'occasion de la sortie de Merci Patron ! en DVD. Se disant peut-être qu'avec le temps, les rancunes s'estompent, les haines s'effacent. François Ruffin a donc essayé d'acheter un espace de publicité dans les pages du Parisien pour en faire la promotion. "On était plutôt dans le domaine de l'expérience sociale, se marre-t-il aujourd'hui auprès de Marianne. Mais à notre grande surprise, le service en charge de la pub a accepté notre demande !". Mieux, le rédacteur en chef de Fakir passe même un bon deal : l'encart publicitaire passera dans les pages politique pour 4.000 € et l'envoi d'une cinquantaine de DVD du film. "Ça aurait été très drôle que 'Le Parisien' reçoive nos DVD", s'amuse-t-il. 

 

La date du 9 novembre est finalement arrêtée. Les équipes de Fakir versent alors un acompte de 1.200 euros, affirme Ruffin, et préparent les cartons de DVD à envoyer pour la date du 4 novembre. Le casse est pratiquement bouclé. Mais la veille, François Ruffin reçoit un coup de téléphone du directeur de la clientèle qui, gêné, l'informe qu'il est "allé un peu vite dans la confirmation"… Un échange que, fidèle à ses habitudes, Ruffin a pris soin d'enregistrer de bout en bout. Comme quoi, la leçon de Merci patron ! n'a pas été retenue…

 

"Ce nouvel épisode montre bien quelle est la limite de l'indépendance du journal"Au cours de cette conversation, le directeur tente maladroitement de se justifier : "Puisqu’on avait des directives, en fait, en période préélectorale, de refuser, en fait, tout ce qui est communication polémique. Or, la vôtre en fait partie…" Et de tenter un dégagement surprenant : "On peut pas se permettre de laisser la parole libre comme ça à des personnalités ou à… Y a une indépendance de la rédaction et ils restent maîtres de leurs contenus. Ils veulent une autonomie, ils veulent une clarté de l’information et ça passe par ce type de choix".

Du pain bénit pour Ruffin. "Ce nouvel épisode montre bien quelle est la limite de l'indépendance du journal vis-à-vis de son actionnaire", se délecte-t-il. Et de pointer les jeux de cour au sein du quotidien : "Arnault n'a sûrement même pas eu besoin de donner le moindre ordre. Je pense même que ce n'est même pas arrivé aux oreilles de la rédaction. Il y a juste un type dans la hiérarchie qui s'est réveillé d'un coup, et qui a pris la décision pour éviter de fâcher le maître", déplore-t-il.

Ce que confirmait déjà, lors de la sortie du film, Martine Chevalet, journaliste au Parisien et déléguée SNJ-CGT, : "Finalement, cela prouve qu’un milliardaire qui entre en possession d’un journal n’a quasiment pas besoin de faire des pressions directes : il suffit de laisser les échelons inférieurs s’inféoder tout seuls". 

 

 

 

Source : http://www.marianne.net

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 19:01

 

Source : http://www.cadtm.org

 

A Safi, une autre COP 22 organisée par la société civile marocaine

 

10 novembre par Nicolas Sersiron

 

 

 

 

Quelques jours avant la COP 22 de Marrakech, le soir du 3 novembre, des journalistes attentifs et des militants se serrent dans la très petite salle du groupe local de Safi pour assister à la conférence de presse de lancement de l’Alter COP 22, organisée par Attac/Cadtm Maroc. Si cette ville, au bord de l’Atlantique, à 150 km à l’est de Marrakech, a été choisie pour accueillir, le 4 et 5 novembre 2016, une réunion internationale sur le thème « changer le système pas le climat », ce n’est pas un hasard. Cette ville fut longtemps un port de pêche spécialisé dans la sardine avec des centaines de conserveries, employant des milliers de travailleuses-rs. Mais en raison de la surpêche internationale dans les eaux marocaines, des pollutions aériennes et surtout liquides d’eaux fortement polluées vidangées par un complexe chimique très proche, il ne reste que des bâtiments en majorité vides.

L’office chérifien des phosphates, l’OCP, est le propriétaire du centre industriel dédié à la production d’engrais. Le Maroc est un des premiers producteurs mondiaux de phosphate. Aucune tentative pour cesser, voire seulement atténuer ces rejets hyper polluants, n’est entreprise, malgré les injonctions de l’Europe. Selon les responsables, cela couterait trop cher de nettoyer les eaux rejetées. L’océan Atlantique, ce bien commun à tous les humains, ne pourra absorber toute cette pollution, la vie marine disparaitra dans une zone de plus en plus immense ainsi que sa capacité à capter le CO2. On peut voir, devant le complexe, des milliers de litres d’eaux verdâtres sortir en torrent d’un pipeline d’un mètre de diamètre, tomber dans la mer 24h sur 24. L’exportation des engrais est très rentable, elle est devenue un cheval de Troie pour le business marocain en Afrique : banques, chimie, extractivisme, téléphonie, etc. Convaincre les petits paysans africains que les engrais chimiques sont la solution à leurs problèmes de rendement et à la faim dans le monde, voire les déposséder de leurs terres, même si l’agriculture productiviste et chimique sera une catastrophe pour eux, est un business à gros profits. Nous sommes nombreux à le savoir et à dénoncer la NASAN (nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition) poussée par Yara, grand producteur norvégien d’engrais azotés avec d’autres multinationales du secteur et aussi l’« Agriculture climato-intelligente », une nouvelle révolution verte à base d’engrais, de pesticides et de grosses machines, soutenue par la Banque mondiale. Elles feront perdre à l’agriculture familiale et vivrière - qui nourrit encore 70 % des habitants de la planète avec des émissions de GES ultra faibles – ses territoires de vie et ses espaces de culture. De plus, l’agriculture productiviste et chimique est le premier émetteur mondial de GES à cause des transports d’intrants à travers terres et océans, des monocultures mécanisées de clones brevetés avides de pesticides et en conséquence, de la destruction de la matière organique des sols contenant de grandes quantités de carbone.

Pourtant le Maroc, qui reçoit la COP 22 en ce début novembre 2016 pour lutter contre le réchauffement climatique avec grands déballages, limousines noires et police à tous les coins de rue de Marrakech, est justement en train de construire une centrale électrique à charbon près de l’usine de phosphate avec un grand port en eau profonde. Le charbon arrivera par d’immenses vraquiers d’Afrique du Sud ou d’Australie. Le libre-échange débridé favorise le moins disant écologique, social et financier. Il est incompatible avec la lutte contre le réchauffement. 10 000 tonnes de charbon seront brulées chaque jour pour renforcer les capacités de production du complexe chimique de l’OCP à Safi. Des investisseurs étrangers, en prenant des parts importantes dans ces nouvelles installations, permettent au régime marocain d’augmenter sa production et ses exportations d’engrais et bien sûr les externalités négatives, pollutions diverses et désastre climatique. Si la finance n’a pas de frontière, la pollution non plus. La France qui recevait la COP 21 en décembre 2015, était à travers EDF, sa compagnie nationale, un des champions mondiaux de la production d’électricité avec du charbon, mais hors de ses frontières. Les décideurs de ces pays industrialisés réunis en grandes pompes au Maroc, pour ne rien faire contre le réchauffement climatique si cela devait réduire leurs profits, sont-ils venus nous faire une nouvelle représentation d’illusionnistes. Ou bien sont-ils atteints de schizophrénie, cette maladie psychique caractérisée par une perte de contact avec la réalité ? Ou alors sont-ils ensorcelés par leur surpuissance croyant que ni eux ni leurs enfants ne seront atteints par ces désastres, ou bien encore sont-ils tellement drogués aux profits qu’ils sont contraints de prendre leur dose chaque jour, quel qu’en soit les conséquences. Pire encore, ne sont-ils que de tristes cyniques ? Un peu, voire beaucoup de tout cela sans doute.

La société civile doit résister par tous les moyens si elle veut avoir une chance que les générations futures, nos enfants, survivent à leurs crimes. Réunis en colloque pendant deux jours, plus de cent cinquante militants étrangers et marocains, des intervenants d’Europe, d’Afrique, et d’Amérique du Nord, des personnes de la société civile sont venues pour entendre les conférences traduites dans 5 langues. Ils ont participé activement par leurs interventions et leur écoute attentive à cette résistance.

 

 
 
 
 

Nicolas Sersiron

Ex-président du CADTM France, auteur du livre « Dette et extractivisme » Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie aux côtés de François-Xavier Verschave (Françafrique) puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar au début des années 2000. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD. Il donne régulièrement des conférences sur la dette.

 

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Source : http://www.cadtm.org

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 18:31

 

 

 

Espagne : L’enjeu de l’audit de la dette des municipalités et du manifeste d’Oviedo. Désobéir aux créanciers pour rompre avec l’austérité

 

 

11 novembre par Eric Toussaint , Fátima Martín

 

 

 

 

L’expérience démontre que des mouvements de gauche peuvent parvenir au gouvernement sans pour autant arriver réellement au pouvoir. La démocratie, c’est à dire l’exercice du pouvoir par le peuple et pour le peuple, requiert bien davantage. Le problème s’est posé en Grèce en 2015 avec Syriza et se posera à l’avenir avec les forces du changement en Espagne et dans d’autres pays européens.

 

La question se pose pour tout mouvement de gauche qui parvient au gouvernement dans une société capitaliste. Lorsqu’une coalition ou un parti de gauche parvient au gouvernement, il n’obtient pas le pouvoir réel. Le pouvoir économique (la propriété et le contrôle des groupes financiers et industriels, des grands moyens de communication, des grandes enseignes commerciales, etc.) demeure entre les mains de la classe capitaliste, c’est à dire le 1 % le plus riche. Cette classe capitaliste contrôle l’État, le pouvoir judiciaire, les Ministères de l’Économie et des Finances, la Banque centrale... En Grèce et en Espagne, comme dans d’autres pays, un gouvernement déterminé à exercer des changements structurels devra entrer en conflit avec le pouvoir économique pour affaiblir et ensuite mettre fin au contrôle de la classe capitaliste sur les grands moyens de production, de services, de communication et sur l’appareil d’État.

 

Si les gouvernements de gauche veulent réellement rompre avec les politiques d’austérité et les privatisations qui ont cours actuellement dans toute l’Europe, ils entreront immédiatement en conflit avec les puissantes forces conservatrices tant au niveau national qu’au niveau européen. Et ce par le simple fait d’affirmer que le gouvernement désire appliquer les mesures demandées par la population qui rejette l’austérité. Chaque gouvernement véritablement de gauche fera face à une dure opposition des instances européennes, de la majorité des gouvernements de l’Union européenne ainsi que des dirigeants et grands actionnaires des principales entreprises privées, sans oublier le FMI.

 

Même en autolimitant son programme de changement, chaque gouvernement de gauche fera face à une forte opposition. En effet, les classes dominantes et les instances européennes (intimement liées et solidaires) veulent aller plus loin encore dans l’attaque concertée au niveau européen contre les droits économiques et sociaux des peuples, sans oublier leur volonté de limiter fortement l’exercice des droits démocratiques |1|.

 

Il est illusoire de penser pouvoir convaincre les autorités européennes et les dirigeants des grandes entreprises (principalement financières et industrielles) d’abandonner le cours néolibéral qui a été renforcé depuis 2010. Alors que François Hollande et Matteo Renzi ont timidement proposé de diminuer l’austérité, ils visent en même temps à transposer le modèle allemand dans leurs pays respectifs |2|. Or, ce modèle allemand se traduit par la précarisation la plus avancée des droits de négociation collective et de la protection des conquêtes des travailleurs. Ils n’ont pas non plus été les alliés du peuple grec au cours de l’année 2015 qui fut décisive et ne le seront pas à l’avenir pour soutenir de réelles forces de gauche dans d’autres pays européens.

 

La conclusion qui s’impose est qu’il n’y aura pas de chemin facile pour la mise en route d’un programme économique et social de rupture avec l’austérité et les privatisations. Les gouvernements de gauche devront désobéir aux créanciers, aux autorités européennes et au FMI (lesquels se confondent largement) pour respecter leurs promesses électorales. Le degré de rejet de l’austérité et des politiques européennes est tel qu’il permet à ces gouvernements de gauche de bénéficier d’une légitimité et d’un appui considérable. Le refus du paiement d’une partie substantielle de la dette constituera un élément clé dans la stratégie du gouvernement, de même que la décision de mettre fin aux privatisations et de rétablir pleinement les droits sociaux affectés par les politiques d’austérité. Il s’agit là d’une combinaison vitale.

 

La réduction radicale du stock de la dette et la diminution drastique de la partie du budget consacrée au paiement de la dette est une condition sine qua non pour pouvoir augmenter massivement les dépenses sociales et les investissements nécessaires pour financer la transition écologique et la création d’emplois.

 

Un gouvernement de gauche doit socialiser le secteur bancaire (c’est à dire procéder à l’expropriation du capital des grands actionnaires privés et transformer les banques en un service public sous contrôle citoyen |3|). Il doit par ailleurs prendre des mesures strictes de contrôle des mouvements de capitaux, collecter un impôt sur le patrimoine du 1 % le plus riche, refuser les emprunts conditionnés à la poursuite de l’austérité et des privatisations, refuser le paiement d’une dette largement illégitime, illégale, insoutenable du point de vue de l’exercice des droits humains, y compris odieuse. L’audit de la dette avec participation citoyenne active est l’un des nombreux instruments dont dispose un gouvernement de gauche pour favoriser la participation et le soutien de la population et qui lui permet en même temps de renforcer sa position face aux créanciers. L’audit a pour objectif d’identifier la partie de la dette qui ne doit pas être remboursée, en d’autres termes qui doit être répudiée.

 

Sans prétendre à l’exhaustivité on peut avancer les définitions suivantes :

 

Dette publique illégitime : dette contractée par les pouvoirs publics sans respecter l’intérêt général ou contractée pour favoriser particulier d’une minorité privilégiée.

 

Dette illégale : dette contractée en violation de l’ordre juridique ou constitutionnel applicable.

 

Dette publique odieuse : crédits liés à la mise en place de politiques qui violent les droits sociaux, économiques, culturels, civils ou politiques des populations affectées par le paiement de ladite dette, en connaissance de cause des créanciers. Par exemple, la dette contractée pour sauver les banques espagnoles en application des politiques dictées par la Commission européenne pour imposer davantage d’austérité qui viole les droits économiques et sociaux de la population |4|.

 

Dette publique insoutenable : dette dont le remboursement empêche les pouvoirs publics de garantir les droits humains fondamentaux.

 

Le point 9 de l’article 7 du Règlement n°472/2013 du Parlement et du Conseil européens du 21 mai 2013 - règlement que nous avions déjà dénoncé car il constitue la mise sous tutelle des États membres soumis aux plans d’ajustement structurel - prescrit cependant à ces pays la réalisation d’un audit intégral afin de déterminer les raisons de l’augmentation exagérée de l’endettement et de révéler d’éventuelles irrégularités. Le texte complet du point 9 dudit article 7 dispose que : « Un État membre soumis à un programme d’ajustement macroéconomique effectuera un audit exhaustif de ses finances publiques afin entre autres d’évaluer les raisons pour lesquelles on a atteint des niveaux excessifs d’endettement et de détecter toute possible irrégularité |5|. »

 

Le gouvernement grec d’Antonis Samaras (2012-2014) s’est abstenu d’appliquer cette disposition du règlement pour cacher ainsi à la population grecque les véritables motifs de l’augmentation de la dette et les irrégularités qui y sont liées. Les autres gouvernements européens sous assistance financière, y compris celui de Mariano Rajoy |6|, n’ont pas davantage effectué d’audit. La Commission européenne n’exige pas cet audit car elle s’est rendue compte que cette disposition du règlement est susceptible d’aller à l’encontre de ses intérêts et de ceux des créanciers. Nous plaidons pour qu’un gouvernement de gauche prenne des mesures unilatérales d’autodéfense face aux impositions injustes des institutions européennes. Il est nécessaire de désobéir en s’appuyant sur cet article du règlement européen que les gouvernements qui imposent l’austérité et la Commission européenne n’appliquent pas.

 


L’enjeu de l’audit de la dette des municipalités

Après plus de 5 années d’austérité imposée par l’Union européenne en connivence avec les gouvernements espagnols de Zapatero et Rajoy, les « municipalités dites du changement » |7| ont commencé à se rebeller contre cette situation. En 2011, l’article 135 de la Constitution espagnole avait été modifié pour donner la priorité absolue au paiement de la dette |8|. Par la suite surgirent des lois « austéritaires » comme la loi de stabilisation budgétaire et la loi « Montoro » relative aux administrations locales |9|. La mise en œuvre de ces lois détruit l’autonomie des municipalités et des gouvernements autonomes et attaque les droits des citoyens. Nous considérons qu’il s’agit de lois particulièrement injustes imposées sans légitimité démocratique. De fait, la loi « Montoro » a été déclarée partiellement inconstitutionnelle |10|.

 

La socialisation des pertes à laquelle a donné lieu le sauvetage bancaires espagnol s’est poursuivie avec des mesures comme le « Plan de paiement des fournisseurs » (Plan de pago a Proveedores, FFPP) des municipalités ou le « Fonds de liquidités à destination des Communautés autonomes » (Fondo de Liquidez Autonómico, FLA) qui, au lieu de servir l’intérêt général, ont en réalité servi l’intérêt des banques. Celles-ci ont prélevé un intérêt jusqu’à 26 fois supérieur à celui auxquelles elles empruntent auprès de la Banque centrale européenne (BCE).

 

Le 20 novembre 2015, la municipalité de Cadix, dont le maire José María González dit « Kichi » est à la tête d’une équipe municipale composée de mouvements favorables au changement |11|, a présenté une motion en ce sens, mais elle n’a pas été approuvée par l’opposition. Cette motion mettait en avant que la dette de 90 millions d’euros liée au « Plan de paiement des fournisseurs » avait généré un surcoût de 14 millions d’euros d’intérêts abusifs. L’argument en faveur de l’illégitimité de ce surcoût était la différence abusive entre le taux auxquelles les banques avaient emprunté auprès de la Banque centrale européenne (0,25 % en 2013) et le taux d’intérêt (de 3,34 %) auxquelles ces mêmes banques avaient prêté aux municipalités. Le différentiel étant ici de 1 à 13 |12|.

 

Un autre élément qui atteste de l’illégitimité de ces « Plans de paiement des fournisseurs » et « Fonds de liquidités à destination des Communautés autonomes » est leur utilisation électoraliste de la part du gouvernement de Mariano Rajoy pour soutenir son parti. Au cours de l’année électorale 2015, il a éliminé les intérêts que les municipalités devaient payer aux banques et a fixé à 1,31 % à partir de 2016 et pour une période de 7 ans le taux d’intérêt qui serait octroyé aux banques. Ce qu’il faut comprendre c’est que si Rajoy, par décision de gouvernement, impose aux banques de prélever un intérêt moindre, c’est que les taux prélevés précédemment étaient clairement abusifs. Cela démontre également que même le gouvernement du Parti populaire (droite) peut lorsque cela l’arrange prendre une décision contre les banques pour diminuer la dette |13|. Cela étant, le taux de 1,31 % demeure illégitime tenant en compte que les banques se financent depuis mars 2016 auprès de la BCE à un taux de 0 % |14|.

 

Le Plan de pai

ement aux fournisseurs peut également être un moyen de blanchir des dettes illégales. L’audit pourrait montrer des années après comment une municipalité aurait contracté une dette commerciale illégale. Avec le Plan de paiement aux fournisseurs, cette dette commerciale a été transformée en dette financière. Le créancier n’étant plus l’entreprise commerciale mais une banque. Cette restructuration de dettes, comparable à ce qui s’est passé en Amérique latine ou en Grèce, s’est faite dans l’intérêt de la banque et sert en plus à blanchir une dette illégale. Lorsqu’un délit est lié à la contraction d’une dette, il ne disparaît pas lorsque cette dette change de mains, quand bien même tel était l’objectif.

 

Au cours de cette année 2016, le gouvernement « en affaires courantes » de Mariano Rajoy n’a pas cessé d’appliquer l’austérité, en obéissant servilement à une Commission européenne de plus en plus affaiblie et discréditée. Le ministre des finances et des administrations publiques, Cristóbal Montoro - le même qui a signé l’amnistie fiscale de 2012 - a envoyé des courriers menaçants aux municipalités pour leur ordonner la fermeture des entreprises offrant des services publics fondamentaux comme l’épuration des eaux usées ou le transport urbain. Sa « dictature politique » a amené les municipalités à entrer en résistance et la Fédération espagnole des Municipalités et Provinces (FEMP), présidée par un maire du PSOE (parti socialiste), a exigé un moratoire de la « Loi Montoro ».

 

L’exigence de fermeture des entreprises publiques locales est très mal passée puisque les municipalités sont les entités les moins endettées, à hauteur de 3,2 % du PIB. A comparer avec le taux d’endettement des Communautés autonomes qui est de l’ordre de 24,9 % du PIB. Le total de la dette publique au second trimestre 2016 a atteint 101 % du PIB.

 

Les Communautés autonomes subissent aussi les pressions du Ministre Montoro qui a exigé des mesures d’austérité en exerçant un chantage avec le Fonds de liquidités qui leur est destiné (FLA). Or, lors de la réunion d’avril 2016, le Conseil de politique budgétaire et financière en charge de la coordination de l’activité financière des Communautés et des finances de l’État, il y a eu un consensus absolu de toutes les Communautés Autonomes de toutes couleurs politiques pour contester la politique de répartition du déficit ainsi que de l’objectif exigé par Bruxelles |15|.

 

Notre activité en tant que Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) et en tant que Plateforme espagnole d’audit citoyen de la dette (PACD) s’inscrit dans cette défense de la souveraineté populaire et de la dignité contre l’austérité et la dictature de la dette. Nous soutenons la réalisation d’audits citoyens. Il est nécessaire que les gouvernements du changement soutiennent la volonté des citoyens d’identifier les dettes illégitimes. Ces gouvernements devraient stimuler et apporter leur concours aux audits qui ne peuvent se limiter à un simple exercice démocratique mais qui doivent déboucher sur une pratique pour en finir avec le paiement des dettes illégitimes et punir les responsables.

 

Si on paie les créanciers, notre dette n’est pas leur problème. Comme le dit un proverbe populaire : si vous avez une dette de 1000 euros à l’égard de votre banque et que vous ne pouvez pas la payer, le problème est le vôtre. S’il s’agit d’une dette de 10 millions d’euros et qu’elle n’est pas remboursée, c’est la banque qui a un problème.

 

Nous savons que rien de cela ne sera possible sans une mobilisation nécessaire et indispensable. Si le mouvement citoyen, les mouvements sociaux, les militant-e-s et membres des forces de gauche abandonnent la question du refus de paiement de la dette illégitime dans l’État espagnol et se limitent à la revendication d’une simple restructuration, on aboutira à une déception comme dans le cas de la Grèce. De ce fait, il est nécessaire de maintenir l’importance de ce combat et de jeter toutes ses forces dans la bataille.

 

L’exemple le plus récent est le Manifeste d’Oviedo |16| qui propose un front des municipalités, communautés autonomes et nationalités de l’État espagnol contre la dette illégitime. Celui-ci a reçu l’appui de près de 600 conseillers municipaux et députés de différents territoires et partis politiques et est ouvert aux mouvements sociaux, activistes et citoyens.

 

Fátima Martin |17| et Éric Toussaint |18|


Traduction : Virginie de Romanet

 
Notes

|1| Eric Toussaint, « Union européenne : conquêtes démocratiques et sociales radicalement remises en cause », 16 décembre 2014, http://www.cadtm.org/Union-europeenne-conquetes

|2| Eric Toussaint, « Le modèle allemand et l’offensive contre les droits sociaux », 7 janvier 2015, http://www.cadtm.org/Le-modele-allemand-et-l-offensive

|3| Voir : Éric Toussaint, Michel Husson, Patrick Saurin, Stavros Tombazos, Miguel Urbán Crespo, « Que faire des banques ? Version 2.0. Mesures immédiates pour aller vers la socialisation », 25 mars 2016, http://www.cadtm.org/Que-faire-des-banques-Version-2-0

|4| Voir en espagnol : https://www.boe.es/diario_boe/txt.p...

|5| Règlement n°472/2013 du Parlement et du Conseil européens du 21 mai 2013 sur le renforcement de la supervision économique et budgétaire des États membres de la zone Euro connaissant ou risquant de connaître de sérieuses difficultés du point de vue de leur stabilité financière. Disponible sur : http://eur-lex.europa.eu/legal-cont...

|6| Le gouvernement de Rajoy est sous assistance financière via le Fonds européen de stabilité financière (FESF).

|7| Ces municipalités qui à l’issue des élections municipales du 24 mai 2015, sont gouvernées par de nouvelles formations « populaires » nées dans la foulée du mouvement des Indignés de 2011 et qui regroupe divers partis politiques progressistes et sont généralement appuyées par des mouvements sociaux. C’est le cas à Madrid avec Ahora Madrid, à Barcelone avec Barcelona en Comú, à Valence avec València en Comú, à Zaragoza avec Ganemos Zaragoza en Común, à Cadiz avec Por Cadiz sí se puede et Ganar Cádiz en Común...

|8| Réforme de l’article 135 de la Constitution espagnole, du 27 septembre 2011. Voir en espagnol le Bulletin officiel de l’État : http://www.boe.es/diario_boe/txt.ph...

|9| Loi de stabilisation budgétaire : Loi organique 2/2012, du 27 avril, de stabilisation budgétaire et de soutenabilité financière. Voir en espagnol le Bulletin officiel de l’État : https://boe.es/buscar/act.php?id=BO...
La Loi Montoro limite les dépenses des municipalités aux dépens des services publics pour satisfaire le service de la dette : Loi 27/2013, du 27 décembre, de rationalisation et soutenabilité de l’administration locale. Voir en espagnol le Bulletin officiel de l’État : https://www.boe.es/boe/dias/2013/12...

|10| Lire en espagnol : Fátima Martín, « España : Ayuntamientos en pie de guerra exigen una moratoria de la austeritaria Ley Montoro, declarada parcialmente inconstitucional », 31 août 2016, http://www.cadtm.org/Espana-Ayuntamientos-en-pie-de

|11| Il s’agit des mouvements Sí se puede Cádiz et Ganar Cádiz qui coexistent à côté des partis traditionnels.

|12| Voir : Fátima Martín, Gouvernement municipal de Cadix, « Le gouvernement municipal de Cadix juge que la majeure partie de la dette de la Ville devrait être considérée comme illégitime », 7 mars 2016, http://www.cadtm.org/Le-gouvernement-municipal-de-Cadix

|13| Éric Toussaint, « En Espagne, il est fondamental que les municipalités du changement constituent un front commun, qu’elles soient ou non confrontées dans l’immédiat à un problème de dette », 28 février 2016, http://www.cadtm.org/Eric-Toussaint-En-Espagne-il-est

|14| Notons qu’entre septembre 2014 et mars 2016, les banques espagnoles se sont financées auprès de la BCE à un taux de 0,5% : http://www.ecb.europa.eu/stats/mone... (consulté le 9 octobre 2016).

|15| La dette de la Communauté autonome d’Aragon a été multipliée par 6 au cours des 8 dernières années, une augmentation « absolument illégitime ». Voir à ce sujet en espagnol : http://www.cadtm.org/La-deuda-de-Aragon-se-ha

|16| Manifeste d’Oviedo, publié le 21 octobre 2016 en français : http://www.cadtm.org/Manifeste-d-Oviedo

|17| Journaliste. Membre de la PACD et du CADTM Espagne.

|18| Docteur en sciences politiques des Universités de Liège et Paris VIII, historien de formation, Éric Toussaint est porte-parole du CADTM International. Il lutte depuis de nombreuses années pour l’annulation des dettes publiques au Sud et des dettes publiques illégitimes au Nord. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette grecque créée en 2015 par la présidente du parlement grec.

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, est porte-parole du CADTM international et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014, Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 créée par la la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission a poursuivi ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

 

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Fátima Martín

est journaliste, membre du CADTM et de la PACD, la Plateforme d’Audit Citoyen de la Dette en Espagne (http://auditoriaciudadana.net/). Elle est l’auteure, avec Jérôme Duval, du livre Construcción europea al servicio de los mercados financieros, Icaria editorial 2016. Elle développe le journal en ligne FemeninoRural.com.

 

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Source : http://www.cadtm.org

 

 

 

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 18:13

 

 


Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Paul Magnette: «Dans l’intérêt de l’Europe, il faut parfois lui désobéir»

Par Ludovic Lamant
 
 
 
 

Dans un entretien à Mediapart, le ministre-président wallon Paul Magnette tire les leçons de la victoire de Donald Trump pour la social-démocratie et revient en longueur sur les coulisses de sa bataille contre le CETA. « Ce que les démocrates ont subi aux États-Unis, les sociaux-démocrates en Europe peuvent le subir exactement de la même manière », met-il en garde. Le socialiste belge plaide pour une gauche plus offensive sur les questions commerciales.

Il a été la figure du « moment wallon », lorsque cette région belge de 3,5 millions d’habitants a tenu tête à l’Europe, fin octobre, sur le traité de libre-échange avec le Canada (CETA). Dans un entretien à Mediapart, Paul Magnette, ministre-président de la Wallonie, réagit à la victoire de Donald Trump et réfléchit aux leçons politiques à tirer pour la social-démocratie en Europe. Le socialiste revient aussi, longuement, sur les coulisses de cette négociation inédite avec Bruxelles et Ottawa, et explique pourquoi il a choisi, en bout de course, de ratifier ce texte. 

Paul Magnette à Bruxelles le 27 octobre 2016, en pleine crise du CETA. © Reuters / Yves Herman Paul Magnette à Bruxelles le 27 octobre 2016, en pleine crise du CETA. © Reuters / Yves Herman
 
 
 
 

 

Que vous inspire la victoire de Donald Trump ?
Paul Magnette : Les premiers éléments que l’on observe, surtout lorsque l'on se souvient que le vote des démocrates et des républicains était très figé lors des trois dernières élections, c'est que tous les États de la « rust belt » [la ceinture de la rouille, dans le nord-est – ndlr] ont basculé côté républicain. C'est l’ouvrier qui a subi la désindustrialisation et la pression de la compétitivité, ce sont les classes moyennes qui ont peur du déclassement, et qui ont voté anti-système. Je formule une analyse précoce, parce que je ne connais le résultat que depuis quelques heures (lire la boîte noire). Mais si cela se confirme, c’est bien sûr une question fondamentale pour la gauche. Cela veut dire que ce que les démocrates ont subi aux États-Unis, les sociaux-démocrates en Europe peuvent le subir exactement de la même manière.

Nous devons repenser notre rapport à la politique industrielle et aux politiques anti-dumping, de manière beaucoup plus offensive. On ne doit pas devenir un populiste de gauche pour autant, parce qu’on perdrait notre âme de socialiste. La différente entre un socialiste et un populiste de gauche, c’est que nous avons vocation à gouverner la société. Je dis cela tout en étant convaincu que la fonction tribunitienne est très importante.

 

La réponse à Trump, c'est plus d'agressivité en matière commerciale ?
C’est entendre ce cri des “perdants” de la mondialisation. Si l’on n’entend pas ce cri-là, à quoi on sert, en tant que gauche ? C’est cela qu’on doit incarner. Le problème d’une partie de la social-démocratie européenne, c’est qu’elle a fini par faire partie du système. Sur les questions du libre-échange, la différence idéologique n’est plus aussi nette. Cela ne veut pas dire que l’on doit devenir protectionnistes. Mais je prends toujours l’expression de Gramsci pour le dire : on doit assumer « l’autonomie culturelle » de la gauche. La gauche doit dire : je ne suis ni libérale ni protectionniste, je suis sociale-démocrate et c’est un programme en soi. Si l'on fait des échanges commerciaux avec les pays qui produisent les mêmes produits que nous, et s’ils le font dans des conditions sociales et environnementales inférieures aux nôtres, quel est l'intérêt de l’Europe à se lancer là-dedans ?

 

Cela commence à bouger un peu à Bruxelles, avec la lutte contre le dumping chinois sur l’acier.
Oui, et ce sont celles-là, les vraies questions. La social-démocratie doit porter ce débat-là : très bien, vous voulez faire du commerce, mais pourquoi ? Cela va créer de l’emploi ? Pour lutter contre le réchauffement climatique ? Il faut forcer la commission à dire : on ne peut pas continuer le “business as usual”. J’espère qu’à la commission, il n’y a plus personne ce matin qui croit que l’on va négocier le TTIP [le traité de libre-échange avec les États-Unis, ou TAFTA – ndlr]. Mais je ne suis pas sûr qu’il n’y en ait pas quelques-uns qui y croient encore.


Si l'on vous suit, votre bras de fer sur le CETA, c'est la bonne manière de revitaliser la social-démocratie ?
Le vice-premier ministre de Belgique, Didier Reynders [MR, droite – ndlr], a dit, en substance : Paul Magnette, Donald Trump, même combat. Il l'a dit de manière plus nuancée. Mais il estime, en gros, que le protectionnisme de Trump n’est pas très différent de la résistance de la Wallonie au CETA. Il y a toujours cette volonté de nous faire passer pour des protectionnistes et d’empêcher les sociaux-démocrates d’avoir un discours critique sur le libre-échange. Mais c'est exactement ce qui tue l’Europe, et la gauche depuis toujours.

Si vous étiez contre l’euro, vous étiez un mauvais social-démocrate et un mauvais européen. Si vous étiez contre les traités, idem. Non : je suis un Européen convaincu, mais je pense, et je l'ai dit sans prémonition lors de mon discours de rentrée [le 3 octobre 2016 – ndlr], que « dans l'intérêt de l'Europe, il faut parfois lui désobéir ». Pour sauver le projet européen, il faut, dans certains moments, se mettre en opposition au projet européen, se mettre presque en infraction, pas au sens légal du terme, mais au sens politique.

 

« Tsipras, lui, avait une contrainte colossale »

Qu’est-ce que le « moment wallon » sur le CETA vous a appris de l'Europe ?
J'ai vu de l'intérieur quelles techniques les institutions européennes utilisent pour isoler les « minoritaires ». Un jour, je l’écrirai en détail. Dans le fond, ce sont des techniques diplomatiques classiques. En interne, l'Union fonctionne beaucoup plus comme un système international que comme un État. L’UE n’est pas une machine à produire de l’accord, c’est une machine à réduire les désaccords.

Il y a ceux qui sont pour le traité avec le Canada, très bien. Et il y a les autres. La commission va les voir les uns après les autres, pour cerner les difficultés, et voir comment s’en accommoder. Évidemment, avec une certaine préséance : quand c’est l’Allemagne qui demande, ça n’a pas le même poids que la Wallonie, pour dire les choses clairement.

L'idée, c'est de laisser les plus petits pour la fin. Et à la fin, on vous dit : 27 sont d’accord, vous ne pouvez pas être tout seul à ne pas être d’accord. Comme si le seul fait d’être le dernier vous privait de votre droit au désaccord. Quand on dit que l'UE fonctionne à l'unanimité, ce n'est pas vrai. C'est de la presque unanimité. Au fond, le dernier, surtout s'il est petit, n’a pas le droit d’avoir un veto.

 

Il y a d'autres techniques pour vous faire rentrer dans le rang ?
Les ultimatums. On vous dit qu’il y a une date qu'on ne peut pas dépasser, qu'il y a conseil européen, qu'il faut un accord sur le CETA au conseil européen. Je savais que d'un point de vue institutionnel, c'était faux : ce n'est pas au conseil européen [la réunion des chefs d'État et de gouvernement – ndlr] que l'on adopte les traités commerciaux, c'est aux conseils commerce [les réunions des ministres du commerce des 28 – ndlr] de le faire. Même si j'entendais que politiquement, c'était délicat de sortir du conseil européen le 21 octobre sans accord.

 

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Troisième technique : on vous convoque sans cesse à des réunions. Et il faut être honnête, il n'est pas possible de ne pas y aller. Parce que l'on joue le jeu institutionnel. Il m'est arrivé une seule fois durant la séquence de pratiquer la politique de la chaise vide, parce qu'on avait essayé de me coincer dans un format de réunion qui n'était pas celui que je désirais. Mais sinon, la technique, c’est que l'on vous invite et l'on vous demande d'expliquer vos difficultés. On vous explique pourquoi on ne peut pas y répondre. On vous demande de faire des propositions. On vous fait des contre-propositions. Vous ne pouvez pas sortir de la réunion. La négociation dure. Et il faut reconnaître la qualité intellectuelle et le professionnalisme des experts, de la commission comme du conseil. Ce sont de grands commis de l'État, d'une grande rigueur et honnêteté intellectuelles. Et tout cela fait que l'on se trouve un peu coincés dans le processus.

 

C’est une technique d’épuisement ?
Une technique d’entonnoir, très classique dans les négociations internationales. Au fil des semaines, de moins en moins d'acteurs s'y opposent. Mi-octobre, il restait encore les Roumains et les Bulgares, qui voulaient des garanties sur les visas avec le Canada, pour signer le CETA. Puis il n'est plus resté que les Wallons. Et puisqu'il n'y a plus que vous, vous allez forcément céder. On a dit non. Et là, ils nous disent qu'ils veulent bien discuter, mais uniquement jusqu’à telle date, et sous telles conditions, et uniquement sur tels aspects. Tout l'enjeu pour nous, tout au long des discussions, c'était de rouvrir l’agenda, et de rouvrir le calendrier, pour trouver à chaque fois la manière de ne pas se laisser enfermer.

 

Vous avez pensé à appeler Alexis Tsipras, pour qu'il vous conseille ? [Le premier ministre grec a perdu son bras de fer au sein du conseil européen à l'été 2015, après des mois de bataille, sur l'aide économique à la Grèce]
J’y ai pensé. Mais je ne l’ai pas fait (rires). La grande différence, c’est que Tsipras avait une contrainte colossale. Il avait besoin d’un accord sur la dette, sans quoi le lendemain, son pays était en faillite. Moi, je n’avais besoin de rien. J’étais dans un confort politique beaucoup plus grand. J'avais des pressions diplomatiques, c'est tout...

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 18:01

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/patricjean/blog/091116/pourquoi-la-victoire-de-trump-est-elle-une-chance-saisir

 

 

Pourquoi la victoire de Trump est-elle une chance à saisir?

 

 

La victoire de Trump permise par le vote d'Américains désespérés doit être pour nous un électrochoc salutaire. Face au gouffre, une seule question doit nous être posée: que suis-je prêt à perdre pour que d'autres souffrent moins ?

 

"gardez votre monnaie, je veux le changement" "gardez votre monnaie, je veux le changement"
 
 
 
 

 

La victoire d'un milliardaire qui s'est fait connaître du grand public par une télé réalité est un événement politique majeur qui révèle plusieurs fondamentaux:

- une part des hommes blancs (et pas seulement blancs) fait son baroud d'honneur face à la transformation anthropologique que représente l'égalité femmes hommes mais aussi homos hétéros. Un groupe social aussi puissant n'allait pas s'effacer de son pouvoir total et incontesté depuis deux cent millénaires sans tirer une dernière salve. La voilà. Trump a traité Clinton de "féminazie", véritable cri de ralliement du masculinisme revendiqué et revanchard.

- si les conséquences de cette élection sont terribles pour les Noirs en premier lieu (le rythme actuel d'un Noir tué toutes les 28h par la police devrait s'accélérer) mais aussi pour les homosexuels, les migrants, les femmes, il ne faut pas s'imaginer que Trump mettra en pratique les bribes de programme politique qu'il a éructé. Quand il va découvrir que la Chine est le premier propriétaire de la dette américaine, il rangera vite ses idées de barrières douanières. Structurellement, rien ne changera et les pauvres qui ont voté pour lui en seront pour leur compte.

- il serait criminel de ne pas observer que ce qui a permis l'élection de Trump, c'est le désespoir d’hommes et de femmes poussés vers le chômage et le désespoir par une politique menée tant par les Républicains que par les Démocrates. Ils auraient pu tout autant élire le clown de MacDo puisqu'ils ont la politesse d'exprimer leur colère par la violence légitime des urnes. Ce coup de pied dans la fourmilière est peut-être un électrochoc salutaire si nous en tirons immédiatement les leçons avant qu’il ne se reproduise chez nous.

 

Trump élu, que pouvons-NOUS faire? Est-ce une occasion à ne pas rater ?

La réussite de l'extrémisme (Le Pen s'est félicitée de la victoire de Trump) est le résultat de nos petits égoïsmes. Notre système social se fonde sur des rapports de force et de domination auxquels nous participons tous et toutes, souvent involontairement. Hommes sur les femmes, Blancs sur les autres, plus riches sur plus pauvres, hétéros sur homos (bi trans), valides sur handicapés. Sans nous culpabiliser, nous devons reconnaître que la vie est plus facile quand on est un homme, un Blanc, un hétéro, un valide. Contrairement aux homosexuels, je ne risque rien en embrassant ma compagne dans la rue. J’obtiens un emploi ou un logement plus facilement que si j’étais noir ou arabe. En cas de coup dur je possède encore la maison de vacance héritée de la grand-mère. Etc.

Et il faut observer que les privilèges qui nous favorisent ne nous empêchent pas de dormir. Très peu d'entre nous font des cauchemars à l'idée qu'il y a trois millions d'enfants sous le seuil de pauvreté en France.

Le coupable est toujours l'Autre:

- le méchant homme c'est l'Arabe ou le beauf sexiste mais pas moi, même si je profite tranquillement de mon statut d’homme

- les méchants pollueurs sont la Chine et les USA mais pas nous qui achetons du café Max Havelaar

- le méchant raciste c'est l'électeur du FN mais pas moi qui ne m'étonne pas de vivre dans un univers entièrement blanc et qui m'insurge quand un migrant s'est installé dans le hall de mon immeuble

- le méchant homophobe c'est l'intégriste mais pas moi qui continue avec mes blagues de mauvais goût dans l'indifférence de ce qu'elles provoquent

- le méchant antisocial c'est le millionnaire des 1% mais pas moi qui ne vis pourtant pas si mal à côté d'une misère inouïe

- le méchant c'est l'élu-e cynique mais je me fous des personnes handicapées murées chez elle parce que l'accessibilité n'est pas une urgence

L'histoire nous a habitués à penser que l'autre est le problème et que la solution est de le combattre. La révolution anthropologique en cours permet de considérer l'individu comme libre et égal à tout autre individu, une femme à un homme, un homo à un hétéro. Et donc d'admettre que le problème est aussi "moi". Tout cela ne peut se faire sans soubresauts, résistances et régressions dont Trump et Le Pen sont le symptôme. Mais tout cela nous oblige à nous remettre "individuellement" en question, non pour nous culpabiliser ou nous auto-flageller (attitude narcissique par excellence) mais pour sortir de nos idées binaires et observer la société comme une structure où nous occupons chacun-e une place particulière. Pour nous poser une question:

 

Que suis-je prêt à perdre pour que d'autres souffrent moins ?

Ce moment particulier où notre intuition nous indique que la situation politique peut nous mener à des catastrophes plus grandes que celles que l'histoire a déjà connues, cet instant nous force à changer de grille d'analyse avant qu'il ne soit trop tard. Que nous soyons de gauche ou de droite, (pour beaucoup cela ne signifie rien d'autre qu'une tradition familiale) chacun-e peut commencer par exprimer à haute voix la conscience qu'il ou elle a de ses propres privilèges.

Car rien n'est plus terrible que l'humiliation qui consiste à nier la souffrance imposée par nos rapports de force. C'est cette douleur qui pousse des jeunes de quartiers populaires à brûler des voitures quand il n'y a plus personne pour les entendre et leur dire que leur désespoir est légitime. C'est cette folie qui pousse d'autres jeunes à se jeter dans le nihilisme du suicide kamikaze. C'est ce mépris ressenti qui jette les classes oubliées dans les bras des Trump, Le Pen ou autres Soral. C'est ce "no future" entretenu par notre silence qui indique la porte des officines les plus radicales, politiques ou religieuses.

La Fraternité dont le concept est tellement à la mode devrait nous obliger à penser à ce que nous sommes prêts, chacun et chacune à lâcher, à abandonner, à céder. Oublier cette habitude consistant à ne penser le bouleversement de l’échelle sociale qu’en regardant vers le haut, jamais vers celles et ceux qui sont en-dessous. Et donc désirer perdre individuellement pour gagner collectivement. Cesser de penser que mon action individuelle est si minuscule qu’elle ne vaut pas la peinte d’être tentée (car dans ce cas pourquoi voter ou payer des impôts ?).

Parce que je ne peux rien au machisme des Talibans, à la pollution de la Chine, à l'homophobie du Vatican, à la gourmandise des plus riches, au racisme des néo-nazis. Parce que je peux tout sur moi-même dès que j'accepte que je ne suis ni en dehors de la structure sociale, ni au-dessus. Parce que ce que j’obtiens injustement (en tant que membre d’un groupe social particulier, hommes, Blancs, valides etc) quelqu’un d’autre en est, par ce fait-même, privé.

Parce que verbaliser cette prise de conscience de mes privilèges a un effet performatif (la parole agit sur le réel), affirmer à mon entourage que mon statut favorisé d'homme, de Blanc ou blanche, d'hétéro, de petit bourgeois-e de naissance, de valide, me confère des privilèges indus, je participe à faire reculer une pensée qui nous dirige vers le gouffre. Je deviens la molécule d’un catalyseur social mille fois plus efficace que quand je place mon bulletin dans l’urne (et qui ne m’empêche pas de le faire).

Il ne s’agit pas de se soumettre à un fatalisme politique suicidaire mais de considérer que dans le rapport de force qui s’impose, nous ne sommes pas tous intégralement des victimes dès que nous n’appartenons pas à une oligarchie. Déclarer illégitimes nos propres privilèges et en assumer les conséquences est le seul moyen d’abolir tous les privilèges, y compris ceux qui pèsent sur nous. C’est le seul moyen d’éviter Trump, Le Pen ou pire encore.

 

 

 

 

 

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Source : https://blogs.mediapart.fr/patricjean/blog/091116/pourquoi-la-victoire-de-trump-est-elle-une-chance-saisir

 

 

 

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 17:49

 

Nicole Ferroni

N'ayez crainte... On a tous en nous quelque chose de Donald Trump

 

Source : https://www.youtube.com/watch?v=8kqq3Ivfwa8

 

 

 

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